FRIDA
Mise en scène, Paõla Duniaud
Avec
Ana Lorvo, Sacha Vucinic, Sabrine Ben Njima, Thierry Mulot et
Paõla Duniaud.
*Ceci n’est pas l’affiche.
motivations pour le concours du Théâtre 13
La philosophie du théâtre 13 se rapproche de très près de mes valeurs artistiques: les
spectacles sont exigeants, vous privilégiez la qualité du texte et des interprètes. Mais sur-
tout, vous laissez place au théâtre engagé et politique. Prônant des valeurs de partage, de
tolérance et de liberté qui laissent la même place aux Femmes qu’aux Hommes.
Ce qui me fascine et m’attire avant tout, c’est de découvrir à chacune de mes venues, des
nouveaux talents, comédien/nes, metteur/es en scène et des nouvelles oeuvres. Je res-
sens la sensation que vous ne regardez que très peu les noms et les CV des porteurs de
projets mais plutôt ce qu’ils défendent, leur passion, leur engagement et leur amour du
théâtre. Ce qui laisse une chance plus large de travailler à vos côtés.
De plus, vos salles permettent un rapport privilégié entre le public et les artistes.
Votre concours est la meilleure excuse pour se lancer le défi d’un nouveau projet qui est,
pour moi, une grande première. « FRIDA » est ma deuxième mise en scène mais la pre-
mière fois que j’adapte le texte. Ce concours est une réelle opportunité de me découvrir
d’avantage avec une nouvelle approche de la mise en scène car pour la première fois, je
vais diriger des comédiens plus âgés et plus expérimentés que moi. Tous se réjouissent à
l’idée de participer à ce concours.
Si l’on venait à être sélectionnés, ce serait un véritable tremplin dans ma carrière théâtrale
et artistique. Une opportunité incroyable de défendre ma vision de Frida.
L’accompagnement de ce concours est idéal pour des jeunes metteur/es en scène car il
permet de monter le projet étapes par étapes, de ne rien bâcler, d’avoir une lecture par-
faite du texte et une qualité presque irréprochable de la construction du spectacle, tout en
ayant un accompagnement professionnel tout au long du processus. Et si, par chance
nous arrivions au dernier tour, quel cadeau que de pouvoir jouer devant des profession-
nels et un public sans encore être produits ou avoir du investir une grande somme d’ar-
gent personnel. Nous sommes une équipe très motivée, curieuse et ouverte d’esprit. Nous
apporterons toute notre bienveillance, notre assiduité et notre travail. A travers nos diffé-
rentes formations et parcours professionnel, on a tous acquis une forte exigence et une
envie incroyable de travailler avec des gens, avec qui nous partageons les mêmes va-
leurs. Nous donnerons toute notre énergie aux spectateurs et par respect à votre interêt
pour ce projet.
RESUMÉ DE LA PIECE
Frida retrace la vie mouvementée de Frida Kahlo. Artiste peintre mexicaine du XXe siècle qui se
distingue par son art provocateur et radical, son engagement politique en faveur du communisme,
son esprit si libre et sa relation épique avec l’artiste Diego Riveira.
Enfant de la révolution mexicaine, elle a vécu une période de l’histoire tumultueuse et excitante,
des drames personnels ainsi que la guerre. Victime d’un très grave accident à 19 ans, elle aurait
pu perdre la vie.
En passant par le Mexique, les Etats-Unis et Paris, tout en faisant défiler Frida de sa jeunesse à
son lit de mort, cette œuvre raconte son histoire personnelle mais aussi l’histoire d’une femme de
son temps qui résonne clairement avec notre époque actuelle.
Frida, par son ouverture d’esprit et sa liberté, a façonné une image indélébile et a laissé son héri-
tage à toutes les générations futures.
Son ambition brute et son charisme se devinent à l’intensité de son regard.
NOTE D’INTENTION
LE PROPOS
« J’espère que la sortie sera joyeuse, et j’espère ne jamais revenir. »
Je suis parti au Mexique quelques semaines et j’ai, inévitablement, visité la Casa
Azul qui était la maison de Frida Kahlo. Tout a réellement commencé à ce moment
là. Je ne peux pas expliquer ce qu’il s’est passé dans mon corps, mais cet endroit
tant chargé, a aspiré mon âme et titillé mon esprit.
Depuis, Frida Kahlo résonne en moi et je bois chacune des informations perçant
les mystères de cette dernière.
Elle est le fantôme moderne de la folie et la démesure. Tant fascinante que mysté-
rieuse, j’ai décidé d’écrire mes mots sur ses maux en me calquant minutieusement,
avec respect, distance et politesse à sa vie tumultueuse.
Véritable force de la nature, elle a su trouver la lumière et la faire briller dans la
douleur et la désintégration. Un destin on ne peut plus dramatique dans lequel elle
puisait sa joie de vivre.
En plus d’être l’icône des femmes du monde entier, elle nourrit une réflexion sur
l’identité en permanence également pour les queers, les métisses, les bisexuels et
les créatifs de toutes sortes.
Ses peintures autobiographiques reflètent son intimité la plus profonde. Chacun de
ses moments de vie si sombres y sont pourtant représentés avec tant de couleurs
et d’espoir.
Je veux faire de ce spectacle une balade immersive de son adolescence qui frôle la
folie et la rébellion en passant par la jeune femme avide de sensualité, de sexe, de
rires, de chairs et de souffrance jusqu’à son lit de mort dans la mélancolie la plus
profonde. Une ode à : « Viva la vida! »
FRIDA est une pièce de théâtre biographique faisant écho à la société actuelle et à
ma génération en voie de déconstruction. Une histoire de résistance entre l’art de
la débrouille et la réalité qui l’a rattrape / nous rattrape.
Nous sommes cinq comédiens sur le plateau, trois filles et deux garçons jouant
plusieurs personnages marquants de la vie de ce personnage haut en couleurs.
Deux générations passionnées par cet esprit si libre, dans une mise en scène
rythmée, vive et captivante afin d’en rendre le public complice.
DIRECTION D’ACTEURS
André Breton (premier surréaliste) décrivait les oeuvres de Frida comme
« un ruban autour d’une bombe. »
C’est exactement ce que je veux représenter au plateau à travers la voix des co-
médiens: une parole poétique et percutante.
Mon travail sera surtout axé sur une mise en place de situations dans un univers
bien définit dans lequel le jeu des acteurs aura une importance centrale. C’est dans
cette configuration et dans un travail d’écoute très minutieux entre les interprètes,
que l’étincelle naitra.
Durant les répétitions et afin de permettre aux acteurs de trouver leur liberté dans
le texte, un travail d’improvisation sera abordé.
Un réel travail physique et chorégraphique sera également effectué afin de donner
vie à ce corps tant abimé pour atteindre avec respect, les obstacles physiques qui
accompagnaient Frida au quotidien et qui ont fait d’elle, la guerrière qu’elle était.
MISE EN SCENE
En Art, Frida ne faisait aucune concession et se fichait du respectable. Elle était
forte et ambitieuse et ne répondait à aucune autorité.
Afin de retranscrire ça, ce qui m’importe, c’est de voir vivre en direct les étapes de
sa vie en étant propulsé dans ce sentiment d’immortalité et d’invincibilité dans une
atmosphère où la mort plane pourtant en permanence. Qu’on ressente toute la folie
et la démesure avec laquelle elle avançait.
C’est grâce à des jeux de lumières alternant le chaud et le froid et à un rétroprojec-
teur, que je vais raconter et imager ces différentes étapes.
Les couleurs chaudes serviront à signifier à la fois tendrement ses rêves à jamais
perdus, et tous ces moments suspendus de son rapport à l’amour et à la sensuali-
té.
Puis, l’idée de se résoudre à avancer dans une situation dramatique face à une
réalité beaucoup plus sombre, sera surplombée par des couleurs froides.
Ensuite, et plus en profondeur, des intermèdes vidéo, mélange d’images et d’ar-
chives, viendront rehausser le phénomène d’immersion, sans jamais forcer le sens
du texte pour ne rater aucun moment important de sa vie, difficilement re-transmis-
sibles au théâtre. Ils permettront de faire le pont entre deux périodes retranscrites
au plateau.
J’aimerai faire « sonner la musique » de ce texte avec des sonorités mexicaines et
des phrases courtes et compréhensives en espagnol ainsi que des paroles fortes et
percutantes de chansons interprétées par les comédiens.
Accompagnée de musiciens et compositeurs, nous essayons de créer des nappes
musicales en utilisant des instruments que nous pouvons retrouver dans les docu-
mentaires ou films sur Frida.
Frida et Diego passaient beaucoup de temps dans des tavernes mexicaines à faire
la fête. Afin de souligner ça, je voudrai créer des moments suspendus pendant les-
quels, des corps se déchaînent et se délestent du poids de cette vie en hommage à
Frida qui dansait, buvait et chantait dès qu’elle le pouvait. Des mouvements à tra-
vers lesquels, durant l’instant de quelques secondes, ils se retirent et se permettent
de rêver encore.
COSTUMES/ SCENOGRAPHIE
Le plateau sera chaud et colorée pour coller au plus près de l’univers de Frida. Dès
l’entrée des spectateurs, j’aimerai qu’ils se sentent aspirés par une explosion de
couleurs et d’objets significatifs, qu’ils soient décontenancés par cette surface et
perdent la notion de l’espace temps.
En fait, je veux faire de mon plateau, un tableau tel que pourrait l’être une peinture
de Frida.
J’imagine plusieurs espaces dans un même espace, qui permettraient d’être des
lieux isolés et d’en créer un seul et même à la fois.
La Casa Azul sera le décor principal mais grâce au jeu de lumières et de scénogra-
phie, je laisserai apparaître son atelier, sa chambre, son école et sa cuisine entre
autre, toujours dans la subtilité.
Je veux des décors primordiaux et évidents sans jamais encombrer ni surcharger le
plateau d’objets et d’artifices.
C’est entourée de costumiers que je souhaite retranscrire l’élégance à la mexicaine
et le style « Frida. »
Elle a inspirée les plus grands de la mode ainsi que des générations entières.
Je ne tiens pas à faire un défilé de mode au plateau mais bien de trouver un juste
milieu entre ses tenues emblématiques et ma génération.
Les costumes seront réfléchit au détail près, permettant aux comédiens qui jouent
plusieurs personnages de faire une transition plus confortable entre deux rôles.
Je crois que dans ce genre de théâtre, le costume est primordial afin de s’impré-
gner des personnes qu’on imite.
ANA LORVO
COMEDIENNE - FRIDA
Ana Lorvo est une comédienne française qui parle couramment espagnol et portu-
gais. Elle est formée aux Cours Florent, au Conservatoire de théâtre du 13 ème
(Maurice Ravel) et à Milles Visages.
Elle est actuellement au conservatoire régional de Paris (CRR) avec Marc Ernotte,
Lucie Vallon, Anne-Frédérique Bourget et Frédéric Giroutru.
Elle participé à de nombreux stages avec Claudio Tolcachir (à Timbre 4 en Argen-
tine) avec la compagnie MXM (Cyril Teste), Brigit Ensemble et la compagnie
Ariadne ( Au Théâtre du Grand R à la Roche-sur-Yon)
Elle joue Libre de Cojear mis en scène par Alice Schwab (2022-2023) à Saint-De-
nis, au Festival du Pescet, au Parc Floral de Paris, à l’Institut Culturel du Mexique,
à l’Ambassade Argentine, au théâtre La Flèche (2023), au Festival des Planches
Fêlées au Théâtre de L'Escabeau ( Mai 2023), aux Lettres d'Auzay- festival d'art
postal dédié à Frida Kahlo.
Egalement dans Skreens, mis en scène par Adama Diop (2022-2023), au théâtre
de la Piscine-Pédiluve, dans « Love and money » de Dennis Kelly, mis en scène
par Maxime Galichet- au Festival du Pescet (août 2023) et dans « Tiens ton cœur»,
mis en scène par Kouam Tawa (2023-2024), à l’Institut Français du Cameroun.
SACHA VUCINIC
COMEDIEN - DIEGO (+ petits rôles.)
Sacha Vučinić est un réalisateur, scénariste et acteur franco-Yougoslave. Immigré en
France au début des années 90, il s'intéresse aux métiers de l'Art et principalement
au théâtre. De MJC en MJC jusqu'aux portes du Cours Simon, il travaille les textes
des plus grands auteurs classiques et contemporains, interprétant tour à tour, Yvan
dans « Art » de Yasmina Reza, Harpagon dans « l’Avare », Sganarelle dans « Le
medecin malgré lui », Henri Ménard dans « Un air de Famille » de Bacri et Jaoui ou
encore Monsieur Jourdain dans le « Bourgeois gentilhomme ».
Aujourd’hui, il poursuit sa formation à l’Actors Factory, un studio d’artistes à Paris
dans lequel il évolue et travaille en tournant dans des films. Récemment, il a tourné
dans « Memory of Men » (réalisé par Henri de Trogoff) primé et diffusé sur OCS et
dans le film de Mélanie Laurent "Sulak" dont la sortie est prévue en 2024.
En parallèle de sa carrière de comédien, Sacha est un réalisateur de pub, de court
métrage et de documentaire. Le dernier en date: Tour de France Unchained pour
Netflix. Il s’est formé à l'École Supérieure de Réalisation (Paris) dont il est sorti major
de promotion en 2010. Plusieurs projets en cours de développement, un court mé-
trage sur la bi-nationalité et le déracinement, ainsi qu'une série sur la découverte de
soi à l'âge adulte sont en production actuellement.
SABRINE BEN NJIMA
COMEDIENNE- MERE DE FRIDA (+ petits rôles)
Sabrina Ben Nima est comédienne et metteure en scène. Elle chante et danse éga-
lement.
Elle a fait l’ENSATT (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre).
En 2022, elle intègre l’agence de cinéma les Agents associés à Paris et obtient un
rôle important dans la série tv « La Doc et le Veto » réalisé par Thierry Binisti.
Elle joue pour le Festival En Actes au TNP de Villeurbanne dans « Se plier » d’Aïcha
Euzet.
En 2023, elle jouera avec la compagnie Nandi dans « Michelle doit-on t’en vouloir
d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? » dans différentes régions françaises.
Sa pièce « Le Printemps des révoltés » est présentée aux Clochards Célestes de
Lyon en 2022 et jouera en 2023 au Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin.
THIERRY MULOT
COMEDIEN - PERE DE FRIDA + TROTSKI
Thierry Mulot, rémois d’origine, débute sa carrière en tant que danseur en saison au
Grand Théâtre de Reims et c’est au cours de ces années qu’il découvre l’univers de l’art
lyrique.
Il poursuit et complète son expérience du spectacle vivant en tant que choriste dans un
premier temps puis en tant que comédien.
Il tient différents rôles en opérette : Montarron dans « 4 jours à Paris » de Francis Lopez,
Bonnardel dans « La route fleurie » de Francis Lopez, « le commissaire dans Andalousie »
de Francis Lopez et AJAX II, dans « La Belle Hélène » de Jacques Offenbach entre
autres.
Puis au théâtre avec « Monsieur Mosk » dans une adaptation de Musée Haut, « Musée
Bas » de Jean Michel Ribes, Jean Paule Sartre dans « Camus », « Sartre et les autres »
de JF Prevant, le juré numéro 3 dans « 12 hommes en colère » de Reginald Rose et Mon-
sieur Pinchard dans « le Dindon » de Georges Feydeau pour les plus récents.
Aujourd’hui, il explore également les techniques d’utilisation de la voix dans le domaine du
doublage et de la voix off.
PAÕLA DUNIAUD
METTEURE EN SCENE + COMEDIENNE
SOEUR DE FRIDA (+ petits rôles)
Paõla Duniaud est Corse et Toulousaine. Elle est comédienne et metteure en scène.
Elle est formée aux Cours Florent à Paris en 2014 accompagnée de Laurence Cote, Cyril
Anrep, Suzanne Marrot et Benoit Guibert. Elle commence à tourner en parallèle de l’école
et s’expérimente dans les stages de Jack Waltzer, C ME ACTING et cinemasterclass après
sa formation. Depuis 2018, elle fait parti de la maison d’artistes « Actors Factory ».
Après diverses expériences théâtrales: Iphigenie, Louison, La manie de la villégiature, Le
dindon de la farce, Platonov… elle tourne dans plusieurs courts-métrages dont 2 sont fina-
listes en festival, dans lesquels elle a les rôles principaux.
Dernièrement, elle est dans le dernier film d’Olivier Dahan, Le voyage du siècle dans le rôle
de Deborah Veil, dans la Veuve Saverini pour France TV, dans Marie Tudor de Victor Hugo
dans le rôle de Jane et dans Immortels de Nasser Djemai dans le rôle de Mona.
Elle vient également de terminer l’écriture d’une série long format et met en scène sa
deuxième pièce de théâtre.
EXTRAIT DE « FRIDA »
Frida, Diego et Cristina.
Caza Azul, Frida amène à manger à Diego dans son atelier.
Il fume son cigare.
DIEGO
Je travaille.
FRIDA
Je vois ça. Le docteur dit que tu dois manger plus, pour une fois.
Diego… Tu as besoin d’aide.
FRIDA (à Cristina)
Il ne travaille plus. Il est malade et déprimé.
Il compare les gens d’ici à des mules tellement qu’ils sont stupides. Il m’en veut de l’avoir fait reve-
nir.
CRISTINA
C’est ridicule!
Tu as quand même de la chance de l’avoir. Je me sens si seule tous les jours. Parfois, je pense à
retourner avec lui.
FRIDA
Hors de question.
Et si tu travaillais? Aide moi à ranger l’atelier de Diego.
CRISTINA
Par où je commence?
DIEGO
Ne touchez à rien!
FRIDA
Diego…
Diego s’en va.
FRIDA
Ne t’inquiète pas, c’est un agneau.
Frida s’en va. Noir.
Musique, bruits de gémissements qui durent et augmentent en intensité.
Frida revient et surprend Diego et sa soeur en plein rapport sexuel chez eux. Elle rentre dans une
colère noire et leur lance pleins d’objets dessus en hurlant.
FRIDA
C’est ma soeur nom de Dieu! T’es un animal! Enflure. Vas-t’en!
Cristina et Diego ramassent leurs habits et partent en courant.
Frida s’effondre en larmes.
Diego revient en tapant aux carreaux de la fenêtre.
DIEGO
Frida? Frida! Je suis un salaud. Un idiot. Mais ça ne signifiait rien pour moi.
Frida, parle-moi!
FRIDA à travers la fenêtre
Il y a eu deux gros accidents dans ma vie, Diego. Le tramway et toi. Tu es de loin le pire.
Noir.
Jeu de lumière, effet stroboscope.
Frida seule sur le plateau boit de l’alcool et se coupe les cheveux courts en hurlant.
Noir.
Lupe et Frida. Dans la cuisine.
FRIDA
Il y a trois étages, j’ai même pas les moyens d’acheter des meubles et il fait froid la nuit. Mais, au
moins, je sais qui baise qui chez moi.
LUPE
Diego ne te donne pas d’argent?
FRIDA
Je préfère être pauvre.
C’était ma soeur putain. Pas un quelconque modèle, non, ma propre soeur.
LUPE
Qu’il aille se faire foutre!
Trouve du travail, paie tes factures…
FRIDA
Je vendrai des tableaux.
LUPE
Ça couvrira même pas ta note de bar…
Ecoute Frida, j’adore tes tableaux, vraiment, mais je ne sais pas si tu pourrais en vivre. Ils sont
très durs.
Regarde celui-là. C’est quoi?
FRIDA
C’était dans les journaux. Un homme a poignardé sa femme 22 fois. Quand le juge lui a demandé
« Pourquoi? » Il a répondu: « C’était juste quelques petites égratignures. »
Elles boivent un coup, rigolent et s’en vont.
La lumière s’allume sur la Casa Azul. Frida entre.
Frida et son père.
PERE
Qui est-ce?
FRIDA
Le fantôme de Frida Kahlo.
PERE
Je me souviens d’elle.
FRIDA
Comment tu vas?
PERE
Seul.
Seuls les fantômes me rendent visite. Comment va « ton Diego? »
FRIDA
Je ne sais pas pourquoi je l’appelais comme ça. Il n’a jamais été à moi et ne le sera jamais. Mais il
va bien. Il peint, j’imagine.
PERE
Et toi, tu peins aussi?
FRIDA
Oui.
Je veux que tu poses pour moi. Pas besoin de sortir d’ici.
PERE
Je veux sortir d’ici.
FRIDA
Encore mieux! On bougera tous les jours.
PERE
Bonne idée. C’est vrai que tu as peins tous les autres membres de la famille.
FRIDA
Oui, il y a longtemps.
Papa… Rappelle moi ce que je voulais à l’époque.
PERE
Tu voulais être toi-même.
Noir.
Frida, devant la tombe de sa mère.
Diego arrive.
DIEGO
Frida.
FRIDA
Elle ne t’a jamais aimé. Elle me disait que tu m’apportais que des ennuis.
DIEGO
Je dois te parler. Te demander une faveur.
FRIDA
Tu as du culot de venir ici me demander une faveur.
DIEGO
C’est pas à propos de moi mais de Trotski. Les norvégiens l’ont expulsé, aucun autre pays ne veut
de lui et Staline veut sa mort. J’ai fait appel au président Cardenas. On lui accorde l’asile ici, au
Mexique. Accueilles-le avec moi. Hébergeons-le dans la maison de ton père. C’est beaucoup de-
mander mais c’est une transition difficile pour eux.
Et toi, Frida, tu apportes la vie et la joie où que tu sois.
Trotski est un très grand monsieur en danger et nous avons l’occasion de l’aider.
FRIDA
D’accord.
Noir.
Retour à la Caza Azul.
Diego, Frida, le père, Trotski et Natalia.
PERE
Je ne comprends pas, tant de remue ménage pour un philosophe.
FRIDA
Un très grand monsieur. Un vrai révolutionnaire. On rend un service important.
PERE
Si tu l’admires, je lui conseille de ne pas faire de politique. La politique, c’est dangereux.
FRIDA
Il serait sûrement d’accord.
Trotsky arrive avec sa femme, Natalia.
DIEGO
Désolé de n’avoir pas pu vous accueillir au port.
TROTSKI
Natalia et moi vous devons beaucoup pour votre générosité en ces temps difficiles.
DIEGO
Nous sommes très honorés de vous recevoir chez nous.
FRIDA
Diego, ils meurent de faim, il faut les nourrir!
Diego à Frida
Merci.
Ils s’installent à table.
DIEGO
Ces gens sont idiots, ils hurlent contre Hitler et chantent les louanges de Staline. Ils sont pareils!
TROTSKI
Pas exactement, ce sont tous deux des monstres, mais Hitler au moins est un fou inspiré.
DIEGO
C’est un dément.
TROTSKI
Oui, mais un dément qui sait comment galvaniser les esprits. Alors que Staline est… si insipide.
En fin de compte, Staline n’est qu’un bureaucrate et c’est ça qui étouffe notre révolution. Ils ne se
ressemblent que dans la mesure où la folie du pouvoir les possède. Et à eux deux, ils consume-
ront le continent.
FRIDA
Quelle folie.
TROTSKI
Oui, mais quel défi! Regardez-nous, Mexicains, Russes, Français sur cette merveilleuse nouvelle
planète Rivera!
Ils rient et lèvent leur verres.
TROTSKI
Je vous le dis mes amis, tout au long de ma vie, j’ai connu plus d’échecs et de souffrances que de
triomphes. Non seulement ça n’a pas détruit ma foi en la raison, en la vérité, en la solidarité hu-
maine, mais au contraire, ça l’a rendue indestructible. Je vois l’espoir du monde en vous. Et du
fond du coeur, je vous remercie.
Ils trinquent et boivent tous ensemble.
Diego et Frida débarrassent et s’écartent.
DIEGO
Imagine, vivre comme ça, la tête mise à prix, et rester si calme.
FRIDA
Oui.
Diego essaye de l’embrasser mais elle le repousse.
Bonne nuit Diego.
Noir.
Le lendemain, Trotski et André regardent des tableaux de Frida, dans son bureau.
Frida, Diego, Trotski, Natalia, André.
FRIDA
Stop André, je deteste la flatterie.
ANDRE
Je m’en moque. Ces tableaux sont merveilleux. Vous les avez vu?
DIEGO
Oui, je lui dis tout le temps. Julien Levy en a emporté deux à New-York et les a vendu. Elle en a
vendu quatre à l’acteur, euh… Le gangster.
FRIDA
Edward G. Robinson.
DIEGO
200 dollars pièce.
FRIDA
Il s’est fait avoir mais on n’a dupé personne d’autre. Mes petits tableaux n’intéressent que moi.
ANDRE
Réfléchissez-y sérieusement. Participez à l’exposition mexicaine à Paris.
FRIDA
Je veux une exposition dans mon pays.
ANDRE
Vous l’aurez, une fois célèbre ailleurs. Vos tableaux doivent être vus.
Andre s’en va.
TROTSKI
Qui vient voir la pyramide avec moi?
FRIDA
Je viens!
DIEGO
Tu es sûre?
FRIDA
Si un vieil homme en est capable, une estropiée aussi.
Frida et Trotski se mettent en route.
TROTSKI
Frida, comment avez-vous été blessée?
FRIDA
Je ne pourrais même plus vous le dire. On m’a ouverte, re-cassée, remis les os en place tant de
fois. Je suis un vrai puzzle. Et les opérations ont du faire plus de dégâts que l’accident. J’ai mal
partout. C’est ma jambe le pire. (Ils s’assoient)
Mais ça va. Au bout du compte, on peut endurer bien plus qu’on ne le croit.
TROTSKI
C’est ce que j’adore dans vos tableaux. Ils portent ce message. Vous avez tort de dire qu’ils n’inté-
resseraient personne. Vos tableaux expriment ce que tout le monde ressent, qu’on est seul dans la
douleur.
FRIDA
Peut-être.
Parlez moi de vos enfants.
TROTSKI
Mes enfants. On savait que les filles avaient été assassinées ainsi qu’un des garçons. On croyait
l’autre encore en vie, en prison. Puis on a eu une lettre, il a été exécuté aussi. Tous disparus. J’ai
condamné ma famille. Comme je suis condamné.
FRIDA
Ne dites pas ça.
TROTSKI
Mais c’est vrai. Staline a plus de pouvoir qu’aucun Tsar. Je suis seul, j’ai peu d’amis et aucune
ressource face à la plus grande machine à tuer! Que puis-je faire, à part continuer à travailler? À
vivre. Vous n’imaginez pas quelle joie c’est pour moi d’être ici, de voir tout ceci. C’est la première
fois que j’ai l’impression d’exister depuis des années.
Ils se regardent, commencent à s’embrasser et font l’amour.
Noir.
Le lendemain, à la Casa Azul.
Diego peint Natalia.
Trotski écrit.
Frida arrive.
TROTSKI
Frida! Le livre que j’avais mentionné. Donnez-moi votre avis.
Frida acquiesce en souriant.
Natalia comprend leur petit jeu.
FRIDA
Je reviens dans une heure.
TROTSKI
Nous devrons y aller. C’est mieux ainsi. On ne perturbera plus votre vie. On ira pas loin, juste au
coin.
DIEGO
Surtout pas, ne serait-ce par sécurité!
TROTSKI
On sera tout à fait en sécurité. Faites-moi confiance. Mille mercis mon ami.
Natalia se lève et le suit sans rien dire. Ils se disent tous au revoir.
Diego et Frida les regarde partir.
DIEGO
Ca n’a pas de sens! C’était pour son bien!
FRIDA
Il ne pense pas à lui. Il pense à elle.
DIEGO
De quoi parles-tu?
FRIDA
D’un homme prêt à sacrifier son propre plaisir pour épargner celle qui l’aime.
Frida s’en va, il l’a suit.
DIEGO
Tu as perdu la tête?
FRIDA
Va au diable Diego!
DIEGO
Tu as pensé aux conséquences?
FRIDA
Il n’a pas peur lui, imite-le.
DIEGO
Pourquoi lui?
FRIDA
Parce qu’on en avait envie.
DIEGO
Tu me brises le coeur, Frida.
FRIDA
Ca fait mal, hein? Mais pourquoi? On a baisé, simple poignée de main!
DIEGO
Je t’ai prévenu avant le mariage!
FRIDA
Oui, et je t’ai épousé quand même! Et… Tu as promis d’être loyal. Tu as été mon camarade, mon
collègue, mon meilleur ami. Mais, jamais mon mari.
DIEGO
Friducha…
Chacun quitte le plateau et s’en va de son côté.
Noir.
Rétroprojecteur avec écrit dessus « Paris, 6 mois plus tard.»
Voix off Frida.
VOIX OFF FRIDA
« Diego, comment vas tu Panzon? Tu m’avais caché que Paris était un cauchemar! Les Français
sont des raseurs prétentieux. Je préfèrerai vendre des tortillas assise par terre plutôt que d’écouter
les ragots de ces snobs d’artistes parisiens. »
Rétroprojecteur, on voit l’ombre de Frida faire l’amour avec des femmes.
VOIX OFF FRIDA
« L’exposition n’a pas suscité l’interêt que Breton avait promis. Les artistes mexicains ne sont
qu’une curiosité exotique. »
Rétroprojecteur, on voit Frida faire l’amour avec un homme.
Une petite lumière est allumée sur Diego au plateau, qui lit la lettre en étant avec une femme qui
l’embrasse dans le cou.
VOIX OFF FRIDA
« Somme toute, je suis très seule et j’ai soif de nouvelles du Pays. »
Musique.
Un temps.
VOIX OFF FRIDA
« Diego, cette lettre est un mensonge. Paris m’a choyée, mais sans toi, peu m’importe. Toute la
fureur de nos 12 années ensemble s’efface et je sais que je t’aime plus que moi-même.
Et même si tu ne m’aimes pas autant, tu m’aimes quand même un peu, non? Si ce n’est pas vrai,
je vis dans l’espoir que ça le devienne. Je t’adore, Frida. »
Frida est de retour et arrive sur scène avec ses bagages. Cuisine.
Diego et Frida
DIEGO
On me soupçonne d’avoir tué Trotski. On s’est querellé, c’est vrai, mais… On risque de vouloir
m’arrêter encore.
FRIDA
Parle au président.
DIEGO
Non. Non, je vais en Californie.
FRIDA
Californie?
DIEGO
Oui.
Et Frida, je veux qu’on divorce.
FRIDA
Pour qui? Cette actrice américaine?
Mon Dieu, Diego…
DIEGO
Non, Frida, non. Ca sera mieux comme ça, on vit mieux comme amis.
FRIDA
Pas moi.
DIEGO
Mais si. Tu te débrouilles seule, je suis fier de toi. T’as pas besoin de moi.
FRIDA
Assez! Tu veux partir, pars.
Diego se lève et s’en va.
Frida seule, stroboscope.
On voit Frida en train de boire et de fumer. Elle s’ouvre le bras et saigne. Elle balance son sang
dans un geste artistique sur une robe blanche étendue.
Noir.
Frida est assise en face d’un policier.
POLICIER
Ecoutez, je n’aime pas spécialement M.Trotski, mais on ne peut pas laisser les réfugiés politiques
se faire assassiner chez nous, n’est ce pas? Encore une fois, où est votre mari?
FRIDA
Je n’ai pas de mari.
Cristina entre.
CRISTINA
Frida?
Oh mon dieu…
FRIDA
Cristina…
CRISTINA
Je suis vraiment désolé.
FRIDA
Ce n’est pas ta faute, c’est la mienne. Je n’aurais jamais dû te laisser seule avec lui.
Les deux soeurs s’en vont.
FRIDA
Comment m’as-tu fait sortir?
CRISTINA
Diego, il est devenu fou quand il l’a appris. Il a appelé le président Cardenas immédiatement.
Noir.
Retour a la Casa Azul.
Frida, Cristina et l’infirmier.
INFIRMIER
Ca y est presque.
Il regarde et attrape le pied de Frida.
Votre pied est comme ça depuis quand?
FRIDA
Qui sait? Une catastrophe à la fois. Rafistolez-moi afin que je puisse peindre.
INFIRMIER
C’est la gangrène, il faut amputer. Heureusement, la jambe n’est pas atteinte.
Lumière stroboscope+ musique angoissante. On aperçoit des médecins qui viennent allonger Fri-
da et l’amputer.
Lumière, on retrouve Frida, seule en train de peindre dans un fauteuil roulant.
Diego entre.
FRIDA
Tu as perdu du poids.
DIEGO
Tu as perdu tes orteils.
FRIDA
Tu viens présenter tes condoléances?
DIEGO
Je viens voir comment tu vas.
Comment tu te sens?
FRIDA
Fatiguée de répondre à cette question. Sinon, merdique. Et toi?
DIEGO
Je viens te demander de me ré-épouser.
FRIDA
Je n’ai pas besoin d’aide.
DIEGO
Moi, si.
FRIDA
J’ai perdu des orteils, j’ai le dos foutu, les reins malades, je fume, je bois, je jure, je ne peux pas
avoir d’enfants, je n’ai pas d’argent et plein de dettes envers l’hôpital. Je continue?
DIEGO
Une vraie lettre de recommandation.
Frida… Frida. Je me languis. De nous.
FRIDA
On dit qu’il ne faut pas croire un chien qui boîte, ni les larmes d’une femme.
DIEGO
On a tort.