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Individu face à la violence communautaire

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Individu face à la violence communautaire

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Thématique : individu et communauté

📌 Thème 1 – Individu écrasé par la communauté / État violent

Dans les œuvres, on observe comment l’individu peut être écrasé par la force de la communauté
ou de l’État. Que ce soit par des normes sociales, une tradition oppressive ou un pouvoir
autoritaire, cette domination se manifeste sous différentes formes de violence.

Dans Le Temps de l’innocence, Edith Wharton illustre cette oppression sociale à travers le
personnage de Winsett, un intellectuel marginalisé. Bien qu’il s’efforce de dissimuler sa
frustration par l’humour, « derrière cette gaité se cachait l’amertume d’un homme, jeune encore,
qui avait lutté et se déclarait vaincu ». Winsett représente l’individu brillant mais inadapté à une
société fermée à la pensée libre et critique. Sa défaite n’est pas spectaculaire, mais elle est
profondément douloureuse : elle marque la victoire silencieuse d’un monde conformiste sur la
vocation intellectuelle.

Dans Les Suppliantes d’Eschyle, les jeunes filles suppliantes fuient un mariage imposé par la
tradition familiale. Leur plainte révèle une peur existentielle : « Que la chaste Artémis jette sur
notre troupe un regard de pitié et que Cythérée ne nous impose point un hymen forcé ! » ou
encore « la race fougueuse qui recherche opiniâtrement mon hymen ». Ici, la communauté
patriarcale impose un destin où le corps et la volonté des femmes sont niés. Cette violence
rituelle montre à quel point l’individu peut être réduit à un simple rouage dans l’ordre collectif.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza écrit : « L’exercice du pouvoir ne va pas sans
la pire violence ». Il dénonce ici la nature intrinsèquement violente du pouvoir lorsqu’il cherche
à imposer des croyances ou des lois sans respecter la liberté de penser. Cette domination n’est
pas toujours visible, mais elle est constante : elle habite les institutions, les dogmes et les
interdits. L’individu est alors soumis à une force qui agit au nom du bien commun, mais au
détriment de son autonomie.

📌 Thème 2 – Haine et peur de l’étranger (xénophobie), de ce qui est différent

La peur de l’autre et le rejet de ce qui est différent sont des réflexes puissants qui traversent les
sociétés humaines. Qu’il s’agisse de différences sociales, culturelles ou religieuses, l’étranger
dérange et fait peur – et cette peur nourrit souvent la haine, l’hostilité ou le rejet.

Dans Le Temps de l’innocence, Edith Wharton montre une société new-yorkaise conservatrice,
qui marginalise tout ce qui sort du cadre établi. Ellen Olenska, par son originalité et ses
fréquentations, en devient suspecte aux yeux des siens : « Elle est trop différente. Elle fréquente
des gens bizarres » dit May à son propos. Son étrangeté, perçue à la fois comme morale, sociale
et culturelle, suffit à en faire une figure inquiétante, presque scandaleuse. De même, Winsett, un
intellectuel isolé, est rejeté par cette société qui n’a « pas de place pour ceux qui ont le goût des
idées » : « C’était justement parce que ce pauvre Winsett avait le goût des idées qu’il dépérissait
à New York ». La différence, ici, n’est pas célébrée, mais refoulée, considérée comme une
menace à l’équilibre d’un ordre figé.

Dans Les Suppliantes d’Eschyle, la xénophobie s’exprime de manière ouverte lors de la


confrontation entre le roi Pélasgos et le héraut venu réclamer les Danaïdes. L’ambassadeur parle
avec autorité, sans respecter les coutumes locales ni la dimension sacrée de la supplication.
Offensé, le roi s’écrie : « Pour un barbare, tu t’en prends bien à ton aise avec les Grecs ». Ce
mépris témoigne d’un rejet profond de celui qui ne partage ni les lois, ni les mœurs, ni les
croyances de la cité. Le héraut est ainsi rejeté non pour ce qu’il fait seulement, mais pour ce qu’il
est : un étranger, symbole d’un autre ordre, perçu comme arrogant, violent et sacrilège. La
tragédie illustre ainsi la difficulté pour une cité de tolérer un contact égal avec ce qui est perçu
comme radicalement autre, et révèle la peur d’un désordre venu de l’extérieur.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza propose une analyse historique et critique de
l’attitude des Hébreux vis-à-vis des peuples étrangers. Il explique comment « la haine qui leur
était commune envers les autres nations, et celle qu’elles leur rendaient, entretenait cet amour ».
L’amour du concitoyen, dans la culture hébraïque ancienne, se construit sur un rejet absolu de
l’étranger, vu comme impie, profane et menaçant. L’étranger est ainsi conçu non seulement
comme un ennemi extérieur, mais comme une altérité incompatible avec l’ordre sacré de la cité.
Ce rejet devient alors une vertu politique et religieuse, ce que Spinoza critique comme une dérive
dangereuse, menant à la fermeture et au fanatisme.

📌 Thème 3 – Communauté synonyme de conformité:

Si la communauté garantit un cadre structurant, elle exige en échange l’adhésion aux normes
collectives. Cette contrainte à la conformité se révèle à travers divers personnages, pris entre
désir de liberté et devoir d’appartenance.

Dans Le Temps de l’innocence, cette contrainte sociale se manifeste dans la figure de Newland
Archer, enserré dans les codes moraux d’une élite new-yorkaise rigide. Le narrateur souligne
que, « par une habitude de solidarité masculine, Newland Archer acceptait leur code en fait de
morale » : cette phrase résume la manière dont l’appartenance à une caste impose
automatiquement un alignement sur ses normes. Même dans des gestes anodins, la conformité
est scrupuleusement respectée : « Newland Archer arriva chez les Chivers le vendredi soir et
exécuta consciencieusement, le lendemain, tous les rites d’un week-end à Highbank. » Ces
rituels sociaux, pratiqués sans remise en question, révèlent un asservissement volontaire à des
conventions collectives qui garantissent l’ordre mais étouffent les aspirations individuelles.

Dans Les Suppliantes d’Eschyle, l’adhésion au collectif se fait aussi au détriment de la liberté
individuelle. Lorsqu’un personnage affirme : « Mais c’est celui-ci que nous suivrons, comme la
cité et le droit le recommandent », il ne fait que souligner la puissance d’une loi communautaire
qui prime sur toute volonté personnelle. La cité, entité supérieure, impose ses choix, ses règles, et
dicte les comportements. La soumission devient ainsi une vertu, au nom de la préservation de
l’unité sociale. Le groupe, en quête de protection et de reconnaissance, se ligue autour d’un idéal
partagé, rendant toute divergence suspecte, voire dangereuse.

Enfin, dans le Traité théologico-politique de Spinoza, cette dynamique est poussée à son
paroxysme. Il y écrit que l’individu doit transférer à la société « toute la puissance qui lui
appartient » afin qu’elle seule exerce « une souveraineté de commandement à laquelle chacun
sera tenu d’obéir ». Spinoza expose ici l'idée que la stabilité d’une communauté repose sur une
dépossession volontaire du pouvoir individuel, remplacé par une autorité collective. La liberté,
dès lors, n'est plus individuelle mais réside dans l'obéissance à une autorité commune, garante de
l'ordre et de la paix.

📌 Thème 4 – Rejet, exclusion et intolérance:

Si toute communauté repose sur un principe d’union, elle se fonde aussi, paradoxalement, sur
l’exclusion de ceux qui la menacent ou s’en écartent. Le rejet devient alors une mécanique
violente, parfois implacable, par laquelle l’ordre est préservé au prix de l’humain.

Dans Le Temps de l’innocence, le rejet de la comtesse Olenska prend la forme d’un


bannissement social feutré mais cruel. Le dîner d’adieu organisé en son honneur n’est en réalité
que « le dernier ralliement du clan autour du membre qui allait en être retranché ». Ce geste
apparemment bienveillant révèle en fait une stratégie d’expulsion collective. Le narrateur insiste
d’ailleurs sur la violence sourde propre à ce milieu : « C’est ainsi, dans ce vieux New York, où
l’on donnait la mort sans effusion de sang ». À travers ces rites mondains, c’est une sentence
sociale qui s’accomplit : exclure sans heurter les apparences, mais sans appel.

Chez Eschyle, dans Les Sept contre Thèbes, l’exclusion prend une tournure brutale et sacrilège.
Polynice, mort dans l’affrontement contre son frère, se voit refuser les honneurs funèbres : « Cet
autre cadavre sera jeté hors des murs sans sépulture, pour être déchiré par les chiens ». Ce refus
de sépulture marque la négation ultime de l’appartenance à la cité. L’individu devient étranger,
voire impur, dès lors qu’il a trahi ou rompu le pacte communautaire, même dans la mort.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza évoque un épisode biblique d’une violence
extrême où l’exclusion prend la forme d’une extermination : « La tribu de Benjamin, ayant
offensé les autres et rompu le lien qui les unissait à elles », est entièrement détruite. Les autres
tribus, « enfin victorieuses, mirent à mort tous ceux de Benjamin, coupables et innocents ».
L’intolérance y est portée à son comble : l’unité du groupe est préservée non par la justice, mais
par la suppression absolue de l’autre, jusqu’à l’éradication indistincte.

📌 Thème 5 – Inconstance de l’individu:

L’être humain oscille souvent entre fidélité à un ordre établi et reniement de ses engagements.
Lorsque les circonstances changent ou que les intérêts personnels l’emportent, l’individu peut
trahir ses valeurs ou ses pactes, révélant une fragilité intérieure qui menace les équilibres
collectifs.

Dans Le Temps de l’innocence, l’inconstance de Newland Archer se manifeste dans sa lutte


intérieure entre conformisme et désir d’émancipation. D’abord modelé par les conventions, il est
soumis à « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas », ces règles tacites qui guident toute sa
conduite. Pourtant, à un moment de bascule, « il sentait craquer le moule des contraintes sociales
: il ne se souciait plus de l’opinion ». Ce glissement signale un trouble identitaire, une vacillation
entre l’homme qu’il croit devoir être et celui qu’il aspire à devenir, sans pour autant parvenir à
choisir pleinement.

Dans Les Sept contre Thèbes, l’inconstance prend une forme tragique avec le personnage
d’Étéocle, qui rompt le pacte conclu avec son frère Polynice, accaparant le trône. Ce dernier lui
adresse une accusation amère : « Si tu vis, il te faudra subir la vengeance de la cité qui te
chassera de Thèbes, comme tu m’en as honteusement chassé. » Le reniement d’un serment
fraternel révèle ici l’instabilité du pouvoir fondé sur la parole donnée, et met en lumière une
trahison qui déchaîne le désordre politique et familial.

Dans le Traité théologico-politique, Spinoza évoque l’inconstance du peuple hébreu, incapable


de maintenir son engagement spirituel lorsque les signes visibles du divin s’estompent : « Quand
les miracles manifestes vinrent à manquer, l’âme populaire, affaiblie et attachée aux intérêts
matériels, perdit d’abord son ardeur religieuse, puis elle finit par l’abandonner. » Ce passage
montre comment la foi collective, pourtant fondatrice, se délite face aux aléas de l’histoire et aux
désirs immédiats, trahissant l’alliance sacrée au profit de satisfactions temporelles.

📌 thème 6: La fragilité du pacte

Le pacte, qu'il soit social ou moral, repose sur une confiance souvent illusoire. Dès que l'intérêt,
la passion ou le pouvoir s'en mêlent, il vacille. Les œuvres le montrent à travers des liens brisés,
des serments trahis, ou des conventions étouffantes.

Dans Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton, Newland Archer incarne cette lutte intérieure
contre le poids des pactes sociaux. Il comprend très tôt combien « ce qui se fait » et « ce qui ne
se fait pas » joue un rôle déterminant dans son existence, non seulement comme règle extérieure
mais comme réflexe acquis, enraciné, qui gouverne ses actions et limite ses élans. Pourtant,
lorsqu'il s'éprend de la comtesse Olenska, il sent « craquer le moule des contraintes sociales : il
ne se souciait plus de l’opinion » ; cette fissure dans le pacte implicite de la société new-yorkaise
ouvre une brèche dans son conformisme, mais le prix de cette désobéissance reste trop élevé
pour un homme prisonnier de ses habitudes. Wharton montre que les pactes sociaux n’ont de
solidité que celle que chacun veut bien leur accorder, et qu’ils sont toujours sur le point de se
rompre quand le cœur ou le désir s’en mêle.
Dans Les Sept contre Thèbes d’Eschyle, le pacte est tout aussi vulnérable, mais la trahison est
cette fois brutale et éclatante. Étéocle et Polynice avaient juré de se succéder sur le trône de
Thèbes, mais l’ambition d’Étéocle brise cet engagement solennel : « si tu vis, se venger en te
chassant de Thèbes comme tu l'en as honteusement chassé ». La violation du pacte est ici à
l’origine d’un conflit fratricide, révélant la violence sous-jacente à toute entente humaine,
lorsque le pouvoir et la soif de domination viennent supplanter l’honneur et la parole donnée.

Enfin, dans le Traité théologico-politique de Spinoza, la fragilité du pacte est pensée


philosophiquement. Il démontre que « nul en effet ne pourra jamais, quelque abandon qu'il ait
fait à un autre de sa puissance et conséquemment de son droit, cesser d'être homme » ; le pacte
social est une construction utile, mais jamais absolue, car l’individu conserve toujours une part
de souveraineté intérieure, irréductible à toute soumission extérieure. Spinoza souligne que tout
pacte est conditionné par son utilité, et qu’il cesse d’obliger dès lors qu’il ne sert plus les intérêts
de ceux qui l'ont conclu : « levée l’utilité, le pacte est levé du même coup et demeure sans force
».

📌 Thème 7: Individu rebelle, résistance à la pression sociale

Face aux normes imposées par la société, certains individus choisissent la révolte, portés par la
fidélité à leurs convictions plutôt qu'à l'obéissance. Ils incarnent ce refus, qu'il s'agisse d'un geste,
d'un mot ou d'une attitude qui brise l'ordre établi.

Dans Le Temps de l’innocence, Edith Wharton fait de Mme Olenska une figure de résistance
silencieuse. Alors que « l’usage voulait que les dames qui recevaient le soir portassent de simples
robes de dîner », elle s’affiche en toute liberté, « vêtue d’un long fourreau de velours rouge,
bordé autour du cou d’une haute fourrure noire ». Son apparence devient une provocation
discrète mais puissante, un refus d’adhérer à l’étiquette étouffante d’un monde qui juge plus qu’il
n’accueille. Elle incarne ainsi le courage d’être soi au mépris des convenances, affichant sa
différence dans une société codifiée qui tolère peu l’indépendance.

Dans Les Sept contre Thèbes, c’est Antigone qui refuse la soumission aux lois de la cité lorsque
l’ordre interdit d’ensevelir Polynice. Sa déclaration est sans appel : « je déclare aux chefs des
Cadméens que, si personne ne veut m’aider à ensevelir celui-ci, c’est moi qui l’ensevelirai ». Par
ce choix, elle se dresse seule contre l’autorité, portée par un sens du devoir familial et sacré plus
fort que la peur des représailles, et révèle la force morale de l’individu face au pouvoir collectif.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza évoque la figure d’Éléazar, modèle de


constance face à l’oppression. Refusant de trahir sa foi et ses principes, « il voulut donner aux
siens l’exemple de la constance, pour qu’à sa suite ils souffrissent tout plutôt que d’accepter le
transfert de leur droit et de leur pouvoir aux Grecs ». Le sage, pour Spinoza, incarne une forme
ultime de résistance intérieure : celle qui préfère la souffrance à la soumission, montrant que la
liberté individuelle ne se négocie pas, même sous la contrainte.
📌 Thème 8: L’individu égocentrique — tendance naturelle à se distinguer, avidité, vanité

L’individu cherche souvent à s’élever au-dessus des autres, mû par l’avidité, l’orgueil ou le
besoin d'affirmer sa différence. Cette tentation de se distinguer, loin d’être marginale, semble une
inclination profonde de la nature humaine.

Dans Le Temps de l’innocence, Edith Wharton fait entendre la voix intime de Mme Olenska,
qui s’interroge avec lucidité sur son propre besoin de singularité : « Pourquoi ne pas se faire sa
mode à soi ? Peut-être ai-je toujours vécu avec trop d’indépendance. » Cette réflexion révèle une
nature volontairement détachée du regard social, affirmant son individualité même au risque de
se marginaliser. Son apparence, son attitude et ses choix trahissent ce désir d’être différente, non
par hasard, mais par fidélité à son propre jugement.

Dans Les Sept contre Thèbes, c’est l’orgueil d’Étéocle qui prend le dessus. Loin d’agir pour le
bien commun, il trahit son frère Polynice et rompt leur pacte de succession, mû par une soif de
pouvoir égoïste qui le pousse à conserver la couronne. La cité, le serment fraternel et l’honneur
sont sacrifiés à la satisfaction de son ambition personnelle. Cette trahison souligne la brutalité
avec laquelle l’avidité personnelle écrase tout lien humain dans une quête de domination.

Dans le Traité théologico-politique, Spinoza analyse cette pente universelle vers l’égoïsme : «
Chacun pense être seul à tout savoir et veut tout régler selon sa complexion », avant d’ajouter
que « par envie de l’honneur qu’il n’a pas ou d’une fortune meilleure que la sienne, il désire le
mal d’autrui et y prend plaisir ». Ainsi, l’orgueil et la rivalité apparaissent comme des ressorts
ordinaires du comportement humain, alimentant jalousie, avidité et quête de distinction
personnelle — autant d’éléments qui nourrissent la vanité et corrompent le pacte social.

📌 Thème 9: Opposition entre les désirs de l’individu et ceux de sa communauté

L’individu se heurte souvent à la volonté collective, lorsque ses aspirations profondes entrent en
conflit avec les attentes de son entourage. Ce tiraillement révèle la fragilité de l’équilibre entre
liberté personnelle et devoir social.

Dans Le Temps de l’innocence, Mme Olenska confie à Archer ce dilemme intérieur : « Mes
tantes ? Et ma chère vieille grand-mère ? … Elles m’en veulent un peu de m’être émancipée, ma
pauvre grand-mère surtout. Elle aurait voulu me garder avec elle ; mais j’avais besoin d’être
libre. » Son besoin d’indépendance la pousse à s’éloigner d’un cercle familial soucieux des
convenances, soulignant le choc entre son désir personnel d’émancipation et l’attachement
conformiste de sa communauté.

Dans Les Sept contre Thèbes, Antigone refuse de se plier à la loi imposée par sa cité et
revendique sa propre éthique : « Je déclare aux chefs des Cadméens que, si personne ne veut
m’aider à ensevelir celui-ci, c’est moi qui l’ensevelirai. » Ce geste brave l’ordre collectif,
illustrant la supériorité qu’elle accorde à sa conscience personnelle sur les lois sociales, et
révélant l’inévitable fracture entre l’individu fidèle à ses valeurs et la cité soucieuse de maintenir
l’ordre.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza éclaire ce conflit d’un regard rationnel : «
Puisque, en effet, le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun pense être
seul à tout savoir et qu’il est impossible que tous opinent pareillement et parlent d’une seule
bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l’individu n’avait renoncé à son droit d’agir suivant le
seul décret de sa pensée. » Il montre ainsi que la coexistence sociale exige une renonciation
partielle à la volonté propre, soulignant la tension constante entre les désirs individuels et les
nécessités de la vie collective.

📌 Thème 10: Individu en crise

Lorsque l’individu se retrouve face à des choix impossibles, déchiré entre ses désirs, ses peurs et
la réalité, naît une crise intérieure profonde, où l’équilibre moral et psychologique vacille.

Dans Le Temps de l’innocence, Edith Wharton dévoile une héroïne (Olenska) brisée par les
contraintes d’un mariage étouffant : « La vie à laquelle elle avait voulu échapper était intolérable.
Elle était jeune, elle avait peur, elle était désespérée. » Son mari la délaisse au profit de femmes
légères — « son mari lui préfère des cocottes » — et cette trahison mine son identité, l’isolant
affectivement au sein d’un monde qui lui ferme toute issue. Cette impasse souligne une crise
morale aiguë, où la souffrance se mêle à l’incapacité d’agir, plongeant l’individu dans une
détresse silencieuse mais dévastatrice.

Dans Les Sept contre Thèbes, Étéocle, accablé par le siège de la cité et la fatalité du combat
fratricide, laisse éclater son désarroi : « J’ai peur également d’agir et de ne pas agir et de tenter la
fortune. » Son hésitation le condamne à l’inaction et révèle la paralysie de l’homme confronté à
une situation sans échappatoire. Plus qu’un choix politique ou stratégique, c’est un combat
intérieur entre le courage et la peur qui se joue, et qu’il exprime en ces mots lourds de
résignation : « Une masse de maux s’avance sur moi comme un fleuve ».

Dans le Traité théologico-politique, Spinoza décrit avec lucidité cet état de détresse : « Dans
l’adversité, en revanche, ils ne savent plus où se tourner, demandent en suppliant conseil à tous
et sont prêts à suivre tout avis qu’on leur donnera, quelque inepte, absurde ou inefficace qu’il
puisse être. » Le philosophe met en lumière la perte de toute autonomie de pensée chez l’homme
en crise, qui, aveuglé par l’angoisse, devient vulnérable aux influences extérieures. La détresse
psychologique anéantit la raison, ne laissant place qu’à une quête désespérée de solutions,
souvent illusoires et destructrices.

📌 Thème 11 : La communauté au service de l’individu


Il arrive que la collectivité ne soit pas une force d’oppression, mais un soutien actif à
l’épanouissement de l’individu. Dans certains cas, les institutions sociales ou politiques peuvent
protéger, réhabiliter ou défendre une personne en difficulté face à l’hostilité du reste du groupe.

Dans la haute société new-yorkaise, l’influence des van der Luyden permet à Ellen Olenska de
retrouver sa place malgré les soupçons et les commérages. Par une simple invitation, ils envoient
un signal clair à leur cercle : « Je suis sûr que Louisa sera aussi heureuse que moi, si la comtesse
Olenska veut bien venir dîner ce soir-là ». Cette hospitalité, venant d’une des familles les plus
respectées, légitime publiquement la présence d’Olenska dans la société. Il s’agit d’un geste
stratégique, qui vise à la protéger contre les critiques (notamment celles de Lefferts), et montre
que la communauté peut parfois corriger ses propres injustices par la solidarité d’un de ses
membres influents.

Dans la même œuvre, Mr van der Luyden résume avec autorité la logique de solidarité propre à
leur caste : « Tant qu’une famille de notre milieu soutient un de ses membres, on doit considérer
la question comme résolue ». Cette déclaration impose le respect du groupe envers la décision
d’un des siens. Ainsi, la communauté se fait garante de l’intégrité de ses membres : elle les
défend face à l’exclusion, tant que l’un d’entre eux prend leur cause en charge. Cela montre que
le pouvoir de la communauté peut servir à protéger au lieu d’exclure, à condition qu’un
consensus se forme autour de l’individu.

Dans Les Suppliantes d’Eschyle, cette dynamique est portée à son paroxysme lorsque le roi
Pélasgos annonce : « Le peuple d’Argos a ratifié d’une voix unanime la résolution de ne point
rendre, malgré elle, cette troupe de femmes ». Le peuple entier d’Argos choisit d’accueillir les
Danaïdes et de les protéger contre leurs poursuivants. Cette décision, prise collectivement, donne
un statut d’inviolabilité aux jeunes femmes : elles deviennent des membres à part entière de la
cité. La communauté devient ici une structure d’accueil, de défense et de légitimation — preuve
que le collectif peut servir la justice et la liberté individuelle.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza affirme avec clarté que la vocation de l’État
est de garantir la liberté de chacun : « La fin de l’État est de libérer l’individu de la crainte, pour
qu’il vive autant que possible en sécurité ». Loin de vouloir écraser l’individu ou le réduire à un
rouage impersonnel, l’organisation politique bien pensée est, selon lui, un outil de libération. Elle
permet à chacun de vivre librement, sans peur, en s’appuyant sur la force de la collectivité. La
communauté, ici, est le moyen rationnel par lequel l’individu accède à la paix, à la sécurité et à
l’épanouissement.

📌 Thème 12: La communauté — gage de la liberté de l’individu

Loin d’opprimer, la communauté peut garantir la liberté de l’individu en le protégeant des


menaces extérieures et en instaurant un cadre propice à l’épanouissement personnel.

Dans Le Temps de l’innocence, la candeur et la sérénité de May Welland sont le fruit d’une
confiance naïve en la protection offerte par son univers social : « Elle était franche, la pauvre
chérie, parce qu’elle n’avait rien à cacher ; confiante, parce qu’elle n’imaginait pas avoir à se
garder. » Ce climat d’harmonie apparente repose sur la force invisible d’un groupe soudé, où la
sécurité affective est assurée par la stabilité des codes sociaux. C’est précisément ce cocon
collectif qui permet à May de vivre sans défiance, et qui la dispense de toute vigilance face aux
dangers du monde.

Dans Les Suppliantes, la décision du peuple d’Argos marque une étape décisive dans la
reconnaissance d’autrui comme égal et libre : « Le peuple a ratifié d’une voix unanime la
proposition de nous traiter comme des habitants du pays, comme des hommes libres, qu’on ne
pourra revendiquer pour l’esclavage. » Ce geste collectif élève les Danaïdes au rang de citoyens,
leur offrant protection et dignité. En choisissant l’intégration plutôt que l’exclusion, la
communauté garantit non seulement la survie physique, mais aussi la reconnaissance morale des
individus qui la rejoignent.

Dans le Traité théologico-politique, Spinoza affirme que la communauté bien ordonnée


n’écrase pas l’individu, elle le libère : « La fin de l’État est donc en réalité la liberté. » Les lois,
les institutions et l’ordre social créent un espace stable où l’homme peut développer ses talents et
vivre sans crainte de l’arbitraire. C’est à travers la soumission volontaire à un cadre commun que
l’individu conquiert une liberté durable, loin de l’insécurité brutale de l’état sauvage.

📌 Thème 13: Nécessité des lois pour vivre en harmonie

La loi est le socle invisible qui permet à une communauté de préserver sa cohésion et d'éviter le
chaos. Sans règles, le désordre, la violence et l’arbitraire prennent le dessus.

Dans Le Temps de l’innocence, la société new-yorkaise est comparée à une structure fermée et
solide, rendue possible par le respect tacite de normes collectives : « La société de New York
pouvait être comparée à une petite pyramide solide et glissante où aucune fissure apparente ne
s’était encore produite. » Cette métaphore souligne combien le respect des conventions permet la
stabilité du groupe et le maintien des apparences. Sans ce filet invisible, cette pyramide sociale
s’effondrerait, révélant l’instabilité des relations humaines laissées à elles-mêmes.

Dans Les Sept contre Thèbes, la désobéissance d’Antigone face à l’ordre de la cité entraîne une
scission au sein même du chœur, emblème de la communauté. Ce trouble met en lumière que
l’absence de respect des lois fragilise immédiatement l’unité sociale, exposant la cité aux
divisions et au désordre. Lorsque chacun suit sa propre logique, la parole collective se brise et
l’harmonie devient impossible, laissant place à la confusion et à la discorde.

Dans le Traité théologico-politique, Spinoza analyse cette dérive : « Celui qui n’a aucune force
morale, a un droit souverain de faire tout ce que persuade l’appétit, autrement dit de vivre suivant
les lois de l’appétit. C’est la doctrine même de Paul qui ne reconnaît pas de péché avant la loi. »
Sans loi pour fixer des limites, le plus fort impose sa volonté — c’est la loi du chaos : « Les
grands mangent les petits. » La loi civilise l’instinct brut et permet la coexistence pacifique,
tandis que son absence condamne les hommes à la violence et à l’injustice permanente.
📌 Thème 14: La communauté repose sur un imaginaire collectif

La cohésion d’un groupe humain repose souvent sur un récit commun, un idéal partagé ou une
représentation symbolique. Cet imaginaire collectif fonde les valeurs, guide les comportements,
et légitime les normes au sein de la communauté.

Dans Le Temps de l’innocence, Newland Archer ressent avec force la pression de ce qu’il
appelle « le bon goût », norme esthétique et morale non écrite qui régit les conduites : « Peu de
choses semblaient à Newland Archer plus pénibles qu'une offense au “bon goût”, cette lointaine
divinité dont le “bon ton” était comme la représentation visible ». Ce culte du « bon goût »
fonctionne comme une religion sociale : il définit ce qui est tolérable ou non, et condamne sans
recours ceux qui s’en écartent. C’est cette fiction collective, profondément ancrée dans les
esprits, qui garantit l’unité de la communauté new-yorkaise.

Dans Les Suppliantes d’Eschyle, le mythe d’Io – prêtresse d’Héra, transformée en génisse puis
errante – est invoqué par les Danaïdes pour rappeler leur lien ancestral avec la terre d’Argos : «
On dit, n’est-ce pas, qu’il y eut jadis en ce pays d’Argos une gardienne du temple d’Héra, Io ? ».
Ce récit mythologique n’a pas seulement une fonction poétique : il devient un instrument
politique puissant. En ancrant leur origine dans cette histoire sacrée, les suppliantes obtiennent la
faveur du roi et l’adhésion du peuple. Le mythe permet ainsi à la communauté de se représenter
son unité et de justifier ses choix au nom d’une mémoire commune.

Dans le Traité théologico-politique, Spinoza souligne le pouvoir des symboles dans la cohésion
sociale : « l’arche d’alliance était portée au milieu de l’armée, de façon que le peuple, combattant
comme s’il voyait son Roi présent, donnât tout ce qu’il avait de force ». Ici, l’arche – objet sacré
– incarne la présence invisible de Dieu et agit comme un moteur de motivation collective. Le
peuple ne combat pas pour un intérêt individuel, mais pour une représentation partagée, incarnée
dans un objet sacré. Cette mise en scène du pouvoir religieux montre que l’imaginaire est un
pilier fondamental de la cohésion politique et morale.

📌 Thème 15: Le représentant: nécessité d’un chef

Une communauté a souvent besoin d’une figure d’autorité pour la guider, la protéger ou trancher
en son nom. Ce représentant est celui à qui l’on confie une charge symbolique et pratique : porter
la voix du groupe, maintenir son unité et assurer sa survie.

Dans Le Temps de l’innocence, Mr. et Mrs. Van der Luyden incarnent cette figure d’autorité
sociale à laquelle tout le monde se soumet sans discussion. Ils apparaissent comme « les arbitres
sociaux de leur petit monde, la dernière cour d'appel du protocole ». Leur influence silencieuse,
mais décisive, stabilise un monde fondé sur les règles implicites du bon ton. C’est pourquoi,
lorsqu’un scandale éclate, leur simple décision suffit à rétablir l’ordre : « Mr. et Mrs. Van der
Luyden ne pouvaient rester sourds à cet appel. À contrecœur, mais toujours héroïquement
soumis au devoir, ils étaient rentrés en ville ». Ils n’agissent pas par goût du pouvoir, mais parce
que la communauté a besoin de leur jugement pour éviter la dérive. Leur présence rassure,
légitime et maintient l’unité du groupe.

Dans Les Sept contre Thèbes, Étéocle est présenté comme le chef légitime de la cité assiégée. Le
chœur s’adresse à lui avec confiance : « C’est à toi, comme un habile pilote, de fortifier la ville,
avant que le souffle d’Arès se déchaîne ». Le roi est ici métaphorisé en capitaine de navire : lui
seul a la vision stratégique, le sang-froid et l’autorité pour tenir la cité à flot en temps de crise. Sa
parole oriente, son choix engage, et le peuple accepte de placer en lui son destin. Sans ce
représentant fort, la cité se disloquerait dans la panique. Le chef devient ainsi l’incarnation de la
cohésion et de la survie collective.

Enfin, Spinoza analyse dans le Traité théologico-politique le moment où les Hébreux, terrifiés
par l’écoute directe de Dieu, transfèrent à Moïse leur droit de communication divine : « Toi donc
va et écoute toutes les paroles de notre Dieu et tu nous les rapporteras ». Par cet acte, ils
désignent un médiateur, un représentant exclusif, détenteur de l’autorité religieuse et politique.
Moïse devient alors « le seul porteur des lois divines », un chef à qui le peuple obéit comme s’il
parlait au nom de Dieu. Ce transfert révèle un besoin profond de représentation : face au mystère,
au danger ou au chaos, la communauté choisit de se protéger en confiant son pouvoir à un
individu jugé digne et stable.

📌 Thème 16: L’individu sert la communauté

Dans certaines situations, l’individu n’agit pas pour son propre intérêt, mais pour celui du groupe
auquel il appartient. Il devient alors un relais de la volonté collective ou un rempart contre une
menace, mettant ses décisions personnelles au service de la cohésion sociale.

Dans Le Temps de l’innocence, Newland Archer est sollicité par les Mingott pour convaincre
Mme Olenska de renoncer à son projet de divorce. Leur demande est claire : « Les Mingott
comptent sur vous pour user de votre influence sur Mme Olenska » ; et en retour, Ellen lui
répond : « Je vous l’ai déjà dit : je ferai ce que vous désirez ». Ici, les choix individuels sont
dictés par la volonté collective de la famille, soucieuse de préserver l’honneur et les apparences.
L’individu se plie donc aux exigences du clan, sacrifiant ses aspirations personnelles pour
protéger l’image sociale du groupe.

Dans Les Sept contre Thèbes, Étéocle exhorte tous les citoyens, jeunes et vieux, à défendre
activement leur cité contre l’attaque imminente : « chacun faisant son devoir comme il convient,
de porter secours à la ville, aux autels des dieux du pays ». La cité ne peut survivre que si tous
ses membres s’unissent dans un même élan. Ici, la guerre révèle une vérité fondamentale : en
temps de crise, la survie du collectif dépend de la mobilisation de chaque individu. Personne
n’est dispensé, car chacun fait partie du tout.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza affirme que la piété véritable, loin d’être une
affaire individuelle, doit toujours se mesurer à l’aune de l’utilité publique : « Nul, par suite, ne
peut agir pieusement à l’égard du prochain suivant le commandement de Dieu, s’il ne règle la
piété et la religion sur l’utilité publique ». Cela signifie que les devoirs religieux et moraux de
chacun ne peuvent être définis que par rapport au bien commun. Pour Spinoza, l’individu n’est
vraiment vertueux que lorsqu’il agit pour renforcer l’ordre et la paix de la communauté dont il
fait partie.

📌 Thème 17: Besoin instinctif d’appartenance et quête de reconnaissance

L’être humain ressent un besoin profond d’être reconnu, accepté et protégé par un groupe. Même
ceux qui se croient indépendants ou révoltés cherchent inconsciemment à appartenir à une
communauté, qu’elle soit familiale, culturelle, ou politique.

Dans Le Temps de l’innocence, Ellen Olenska, pourtant perçue comme une femme libre et en
rupture avec les normes sociales, avoue sa souffrance d’être à part : « Si vous saviez combien j’ai
horreur d’être différente ! ». Elle exprime ici un désir intense d’intégration et d’effacement du
passé, ce qui nuance fortement son image de femme affranchie. De son côté, Archer lui-même
n’échappe pas à la pression implicite du groupe : « Il sentait instinctivement que, sur ce terrain, il
serait à la fois incommode et de mauvais goût de faire cavalier seul ». La peur du jugement, du
regard des autres, pousse les individus à se conformer, non par conviction mais par besoin
d’acceptation sociale.

Dans Les Suppliantes d’Eschyle, les Danaïdes brandissent des rameaux sacrés pour exprimer
leur statut de suppliantes : « Oui, je vois des rameaux fraîchement coupés se balancer sur cette
assemblée des dieux de la cité qu’ils ombragent ». Ces rameaux ne sont pas qu’un symbole
religieux : ils sont le signe visible d’une volonté d’intégration, d’une demande d’accueil et de
reconnaissance. Même fugitives, même étrangères, elles revendiquent leur appartenance à une
humanité partagée, sous la protection des dieux et des lois de l’hospitalité.

Spinoza, dans le Traité théologico-politique, analyse ce besoin comme fondamental : « Il n’est


personne qui ne désire vivre à l’abri de la crainte autant qu’il se peut ». Il ajoute que « pour vivre
dans la sécurité et le mieux possible, les hommes ont dû nécessairement aspirer à s’unir en un
corps ». Cette aspiration à l’union n’est pas idéologique mais instinctive : elle découle d’un désir
universel de sécurité, de paix et de reconnaissance mutuelle. La communauté, dès lors, n’est pas
un choix raisonné mais une nécessité vitale.

📌 Thème 18: Le rassemblement renforce l’individu

Si l’individu paraît faible ou médiocre isolément, il peut gagner en puissance, en légitimité ou en


reconnaissance en s’unissant aux autres. La force collective rehausse chaque membre et donne à
chacun un poids plus grand que celui qu’il aurait seul.

Dans Le Temps de l’innocence, le narrateur souligne que les membres de l’aristocratie new-
yorkaise n’ont, pris individuellement, rien d’exceptionnel. Pourtant, leur unité leur confère une
autorité presque sacrée : « Isolément, ceux-ci trahissaient leur médiocrité intellectuelle ; mais en
bloc, ils représentaient “New York” ». C’est cette cohésion qui fait leur force : en se conformant
au groupe, chaque individu accède à une reconnaissance et une légitimité qu’il n’aurait jamais pu
obtenir seul. L’union fait ici le prestige.
Dans Les Suppliantes d’Eschyle, les Danaïdes ne doivent leur salut qu’au vote unanime du
peuple d’Argos : « Mes enfants, il faut que vous offriez aux Argiens des vœux […], puisque,
d’un accord unanime, ils viennent de nous sauver ». La solidarité du peuple leur confère un statut
inviolable et les protège d’une menace pourtant imminente. Ce n’est ni leur beauté, ni leur
faiblesse qui les sauve, mais la décision d’un groupe uni, capable de faire face ensemble à une
pression étrangère. Cette unanimité devient une force qui dépasse celle des individus.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza affirme : « s’ils ne s’entraident pas, les
hommes vivent très misérablement ». Il insiste sur l’idée que la vie humaine n’a de valeur et de
stabilité que dans l’union et l’organisation collective. En s’associant, les hommes ne diminuent
pas leur pouvoir individuel : ils le multiplient en le coordonnant avec celui des autres. La
collectivité devient donc non pas une entrave, mais un prolongement du pouvoir de chacun.

📌 Thème 19: La modération, la tolérance et l’empathie: socle de toute communauté

Toute société stable repose sur des valeurs de modération, de respect mutuel et d’ouverture à la
différence. Sans ces qualités, aucune forme de vie collective durable ne peut s’établir. L’accueil
de l’autre, le respect des opinions diverses et la maîtrise de soi constituent les piliers silencieux
de toute coexistence humaine.

Dans Le Temps de l’innocence, c’est par empathie que Newland Archer parvient à comprendre
et à se rapprocher de Mme Olenska. Lorsqu’il songe « à l’atmosphère malsaine où Ellen avait
vécu », il ne la juge pas, mais tente de percevoir ce qui a forgé sa douleur et son besoin de
liberté. Ce regard compréhensif lui permet d’instaurer un lien fondé non sur le devoir social,
mais sur une véritable reconnaissance humaine. Sans cette capacité d’écoute et de compassion,
leur relation aurait été impossible.

Dans Les Suppliantes, Danaos rappelle à ses filles, dans un moment de tension, l’importance de
rester humbles : « un langage altier ne sied pas à des faibles ». Il invite ici à la modération dans
le discours, et donc dans l’attitude : la retenue, la prudence et l’humilité sont nécessaires pour
être dignes de respect et d’accueil. C’est aussi grâce à l’empathie du roi Pélasgos, qui comprend
la situation des suppliantes, que le peuple les accueille avec une « voix unanime ». Cette
unanimité n’est pas imposée : elle naît de la reconnaissance d’une souffrance partagée et d’un
geste solidaire.

Enfin, Spinoza, dans le Traité théologico-politique, fait l’éloge d’Amsterdam comme exemple
d’un vivre-ensemble apaisé : « Que la ville d’Amsterdam nous soit en exemple […] dans cette
république […] des hommes de toutes nations et de toutes sectes vivent dans la plus parfaite
concorde ». Il montre ici que la paix sociale ne résulte pas de l’uniformité, mais de la tolérance
institutionnelle : tant que chacun respecte les lois et ne nuit pas à autrui, la diversité devient
richesse. Cette modération politique rend possible la liberté individuelle et la stabilité du corps
social.
📌 Thème 20: Optimisme, flexibilité, parfois ruse: des compromis nécessaires pour vivre en
communauté

La vie en communauté exige parfois plus que de la vertu : elle implique du tact, de l’optimisme,
une certaine souplesse, et même, à l’occasion, une forme de ruse bienveillante. Ces qualités
permettent d’éviter les conflits, de préserver l’unité du groupe et de faire durer les liens sociaux.

Dans Le Temps de l’innocence, May incarne cette forme d’optimisme stratégique. Malgré la
complexité de sa relation avec Archer, elle meurt « convaincue qu’il [le monde] était plein de
ménages aimants et harmonieux comme le sien ». Elle s’accroche à cette vision idéalisée,
nécessaire pour construire et maintenir l’harmonie familiale. On apprend aussi qu’elle avait peut-
être feint une grossesse pour consolider son couple : « Je n’étais pas sûre, en effet, mais j’ai fait
comme si je l’étais ». Ce geste révèle une ruse discrète, au service d’un projet collectif :
sauvegarder l’unité familiale. Ce n’est pas un mensonge malveillant, mais un compromis affectif.

Dans Les Suppliantes, Danaos, face à l’incertitude du sort de ses filles, adopte une posture de
confiance pour rassurer et rassembler : « Les Argiens ont émis un vote décisif. [...] Ils
combattront pour toi, j’en suis sûr ». Son optimisme n’est pas naïf : il est un instrument de
cohésion. Par ses paroles, il ancre la foi de ses filles dans la communauté argienne, et renforce
ainsi leur sentiment d’appartenance. Il manie habilement la parole pour fédérer autour d’un
espoir commun.

Spinoza, dans le Traité théologico-politique, attribue à Moïse des qualités qui ont permis la
fondation durable de l’État hébreu. Il souligne que Moïse, plutôt que de s’accrocher au pouvoir
ou de répondre par la colère, a su faire preuve de souplesse : « Il éprouvait un tel dégoût du
pouvoir qu’il eût mieux aimé mourir que régner seul » ; et il répondit à Josué : « Plût à Dieu que
tout le peuple fût prophète ». Ce retrait stratégique, loin d’affaiblir l’État, a consolidé sa stabilité.
Loin d’un chef autoritaire, Moïse incarne ici la sagesse du compromis et l’humilité politique,
bases d’un ordre durable.

📌 Thème 21: La démocratie – le respect de l’irréductible liberté de l’individu est la


condition sine qua non du vivre-ensemble

Toute société démocratique repose sur un équilibre entre l’autorité collective et le respect de la
liberté individuelle. L’union pacifique des citoyens ne peut se construire que si chacun est libre
de juger, de penser et de choisir sans coercition. Cette liberté intérieure est essentielle à la
légitimité du pouvoir commun.

Dans Le Temps de l’innocence, le mariage entre May et Newland repose précisément sur cette
liberté fondamentale. May refuse de contraindre Archer à rester auprès d’elle par devoir ou par
mensonge. Elle affirme avec force : « Je ne voudrais pas devoir mon bonheur à un tort, à une
déloyauté envers une autre ». Ce refus de fonder leur vie sur une injustice rend possible une
forme de vérité entre eux. Plus tard, un « désir irrésistible saisit Archer de lui dire la vérité, de
demander à sa générosité la liberté que, l'autre fois, il avait refusé de prendre ». Cette libération
morale ouvre la voie à un choix véritablement assumé : rester par volonté, non par contrainte.

Dans Les Suppliantes d’Eschyle, le roi Pélasgos incarne un modèle de gouvernance


démocratique. Confronté à la demande pressante des Danaïdes, il répond avec prudence : « Pour
moi, je ne puis faire de promesse avant d’en avoir référé à tous les Argiens ». Ce refus d’agir
seul témoigne de son respect pour la souveraineté collective. Il place le peuple au centre de la
décision, garantissant à chacun le droit de s’exprimer et de peser sur les affaires publiques. Ce
fonctionnement évite l’arbitraire et légitime l’action politique par le consensus.

Enfin, dans le Traité théologico-politique, Spinoza défend fermement la liberté d’opinion comme
fondement d’un État juste : « Il peut avec une entière liberté opiner et juger et en conséquence
aussi parler, pourvu qu’il n’aille pas au-delà de la simple parole ou de l’enseignement ». Cette
tolérance, loin de fragiliser l’ordre public, en est la condition : chacun peut exprimer ses
désaccords, à condition de respecter les lois. L’État ne vise pas à dominer mais à permettre la
paix, la justice et la vérité. En empêchant l’expression, on ne supprime pas les pensées ; on
corrompt seulement le lien entre parole et confiance.

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