ENV 3013
ÉCOTOXICOLOGIE
([Link]
Problème 9
Les effluents miniers
Présentation
Résumé
De 2001 à 2004, une étude a été menée pour développer et (ou) valider des outils de diagnostic des effets écotoxicologiques des
effluents miniers dans le milieu aquatique afin de mieux définir des objectifs environnementaux de rejets pour l’industrie minière. Ce
projet a été réalisé sur deux rivières de la région minière de l’Abitibi − Baie-James dans le nord-ouest du Québec. Parmi les outils
diagnostiques les plus importants qui ont été développés et (ou) validés, notons une technique de mesure directe de l’ion métallique
libre en solution (Cd, Ni, Zn); l’utilisation de trois organismes comme biomoniteurs de contamination métallique en milieu lotique : la larve
fouisseuse de l’éphémère Hexagenia limbata , le crustacé amphipode Hyalella azteca , le bivalve Pyganodon grandis ; et le test de
toxicité en laboratoire, sur l’eau du milieu récepteur, avec la micro-algue Pseudokirchneriella subcapitata .
Introduction
Depuis quelques années, un consensus s’est développé dans le milieu scientifique, et incidemment auprès des gestionnaires de
l’environnement, à l’effet que la gestion de la toxicité des rejets miniers dans les lacs et les rivières ne tienne pas suffisamment compte
des caractéristiques mêmes du milieu récepteur. Les approches de gestion basées essentiellement sur la détermination de la toxicité
des effluents miniers en laboratoire, de la persistance ainsi que de la bioaccumulation des métaux ne représentent pas de façon
rigoureuse et élaborée ce qui survient réellement dans le milieu récepteur. Afin de mieux identifier les impacts des activités industrielles
reliées aux métaux, une plus grande attention doit être portée notamment à l’influence de la qualité de l’eau du milieu récepteur sur la
biodisponibilité des métaux, à l’importance de l’ion libre métallique dans la bioaccumulation et la toxicité ainsi qu’aux effets mesurés
sur les organismes indigènes des milieux récepteurs. Pour ce faire, une approche multidisciplinaire qui intègre les divers aspects qui
caractérisent et définissent les milieux récepteurs (hydrologie, géologie, géochimie, biologie, écologie, etc.) a été adoptée.
Objectifs
L’objectif général du projet était de développer des outils de diagnostic écotoxicologique qui tiennent compte des particularités du milieu
récepteur aquatique afin de contribuer à la définition d’objectifs environnementaux de rejets pour les effluents miniers. Le
développement de ces outils s’appuie sur trois types de mesures : des mesures d’exposition, des mesures d’effets, et des mesures de
relation causale visant à établir le lien entre l’exposition et les effets.
Les objectifs spécifiques sont :
l’évaluation de cinq organismes comme biomoniteurs de la présence de métaux traces dans le milieu récepteur;
la validation de la métallothionéine (MT) comme biomarqueur d’exposition et d’effet, propre aux métaux, chez trois organismes
sentinelles;
l’évaluation de la toxicité des effluents miniers à partir de tests de toxicité usuels réalisés en laboratoire sur des échantillons d’eau du
milieu récepteur;
le développement d’une mesure directe de la forme cationique du métal dans un échantillon d’eau obtenu in situ par dialyse, comme
mesure d’exposition (Technique d’échange ionique – TEI).
Méthodologie utilisée
Échantillonnage et analyses En 2001, une étude pilote a été réalisée afin de caractériser le milieu d’un point de vue physico-chimique,
géochimique et biologique. Les stations d’échantillonnage étaient distancées d’environ deux kilomètres pour maximiser les différences
entre les caractéristiques physico-chimiques et les concentrations en métaux, ainsi que pour diminuer les risques que les organismes que
nous voulions étudier fréquentent deux zones adjacentes. Les stations ont été choisies sur la base de la présence d’au moins une des
espèces sentinelles.
Des sédiments de surface et des eaux superficielles ont été prélevés. La caractérisation physico-chimique des eaux comprenait la
mesure du pH, des anions et des cations majeurs ainsi que du carbone organique dissous (COD). En 2003, 27 éléments ont été suivis
dans plusieurs stations, soit Ag, Al, As, B, Ba, Be, Bi, Cd, Co, Cr, Cu, Fe, Ga, La, Li, Mn, Mo, Ni, Pb, Rb, Sb, Se, Sr, Tl, U, V et Zn. La
quantification des métaux traces a fait appel à une gamme de techniques analytiques comprenant la spectrométrie de masse ou
d’émission couplée à un plasma inductif et la spectrométrie d’absorption atomique avec four au graphite ou à la flamme.
Les sédiments de surface oxiques (0,5 cm superficiels) ont été soumis à une extraction partielle. Les métaux dans les digestats étaient
ensuite mesurés à l’aide des techniques analytiques décrites plus haut. Les anions majeurs étaient analysés par chromatographie ionique
alors que le COD l’était par spectrophotométrie UV-visible. La détermination des formes libres Cd2+, Ni2+ et Zn2+ dans l’eau impliquait
l’utilisation de la dialyse in situ comportant une membrane filtrante de porosité 0,2 µm. Ces ions étaient par la suite mesurés à l’aide de la
technique d’échange ionique.
Le CEAEQ (Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec), en collaboration avec le ministère des Ressources
naturelles du Canada (CANMET), a réalisé l’étude de la toxicité d’échantillons d’eau provenant des rivières à l’aide de différents tests de
toxicité normés. La batterie de tests de toxicité appliquée était composée de : (1) test MicrotoxTM; (2) test d’inhibition de croissance
de l’algue P. subcapitata ; (3) test de létalité avec le microcrustacé D. magna ; (4) test de reproduction et de survie avec le
microcrustacé C. dubia ; (5) test de létalité avec la truite Arc-en-ciel (O. mykiss); (6) test de croissance et de survie avec le méné
Tête-de-boule (P. promelas).
Espèces sentinelles
Cinq espèces sentinelles ont été étudiées : (1) un organisme filtreur : le mollusque bivalve Pyganodon grandis ; (2) un organisme
fouisseur des sédiments : la larve de l’éphémère Hexagenia limbata ; (3) un organisme épibenthique : l’amphipode Hyalella azteca ; (4 et
5) deux espèces de poissons, soit le grand brochet du nord Esox lucius et le doré jaune Stizostedion vitreum . La sélection de ces
espèces reposait à la fois sur leur présence dans les rivières, leur relative sédentarité, la facilité à les échantillonner, leur tolérance aux
métaux, leur capacité à bioaccumuler les métaux, leur capacité à synthétiser de la métallothionéine, et leur physiologie et leur
comportement.
Les travaux sur le terrain comprenaient le prélèvement d’organismes indigènes, et pour P. grandis et H. azteca, des expériences de
transplantation à un ensemble de stations formant un gradient environnemental en métaux. Les tissus mous des organismes récoltés
étaient homogénéisés; un sous-échantillon d’homogénat était destiné à la détermination des métaux tissulaires et un autre sous-
échantillon faisait l’objet d’une analyse en métallothionéine.
Résultats
Études de toxicité
Lors de l’étude pilote durant laquelle une batterie de tests de toxicité a été appliquée sur les eaux du milieu récepteur, seul le test
d’inhibition de la croissance de P. subcapitata a donné des résultats valables. La figure 1 présente le suivi spatio-temporel de l’inhibition de
la croissance de P. subcapitata pour la rivière Allard. On y constate la présence d’une relation entre la toxicité et la position de la station
dans l’axe amont-aval par rapport au point de rejet de l’effluent minier.
Organismes sentinelles
Des régressions linéaires ont été établies entre la concentration en métallothionéine (MT) et les concentrations en métaux tissulaires
chez l’éphémère, la moule et le brochet. Une relation positive et significative entre la MT et le cadmium a été observée pour les trois
espèces sentinelles (p ≤ 0,05). Pour le bivalve P. grandis, l’espèce présentait de faibles densités d’individus et une répartition hétérogène
des populations dans les rivières. Quant aux poissons étudiés, la mobilité des individus dans ces écosystèmes constitue un obstacle
important à leur utilisation comme biomoniteurs.
FIGURE 1 Suivi spatio-temporel de l’inhibition de la croissance de l’algue P. subcapitata (CEAEQ 2003) exposée à des échantillons d’eau de
la rivière Allard obtenus par dialyse in situ (C1 à C4 : campagnes d’échantillonnage réalisées à l’été et à l’automne 2003).
Outils de diagnostic des effets écotoxicologiques des effluents miniers
Dans le cadre du programme canadien d’évaluation des techniques de mesure d’impacts en milieu aquatique (Aquatic Effects
Technology Evaluation Program ou AETE), coordonné par Ressources naturelles Canada (CANMET), quatre questions guident le
développement d’outils pour évaluer adéquatement l’impact des effluents miniers sur le milieu récepteur :
1. Les métaux ont-ils atteint le milieu récepteur?
2. Si oui, y sont-ils biodisponibles?
3. Y a-t-il une réponse biologique dans le milieu récepteur?
4. Si oui, l’effluent en est-il responsable?
Nous croyons que les différents outils développés et (ou) validés dans le présent projet de recherche permettent d’apporter des réponses
à ces questions (tableau 1).
TABLEAU 1 Outils diagnostiques proposés pour évaluer l’impact écotoxicologique d’un effluent minier dans une rivière
Références
L’Association minière du Canada. Le programme d’évaluation technologique des effets aquatiques (Aquatics Effects Technology Evaluation
– AETE), CANMET [Link]
sa=t&rct=j&q=aquatics%20effects%20technology%20evaluation%20%E2%80%93%20aete&source=web&cd=9&ved=0CG0QFjAI&url=http%3A%
FvJJuEk4ZeJA ([Link]
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FvJJuEk4ZeJA)
Couillard, Y, Masson, S., Hontela, A., Pinel-Alloul, B., Olsen, C., Martel, L., Parent, L. et Campbell. P.G.C. 2009. Développement d’outils
d’évaluation du milieu récepteur pour l’industrie minière. Déchets, Sciences et Techniques, 54(2), 41-48.
Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP). 2007. Calcul et interprétation des objectifs
environnementaux de rejet pour les contaminants du milieu aquatique. 2e édition. Ministère du Développement durable, de
l’Environnement et des Parcs, Direction du suivi de l’état de l’environnement, Québec, 57 p. et 4 annexes, [En
ligne].[Link] ([Link] (Consulté le 17 mai 2010)
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