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Ce chapitre présente les systèmes éoliens, en se concentrant sur la typologie et l'évolution technologique des éoliennes, notamment les HAWT et VAWT. Les innovations récentes, comme les éoliennes flottantes et les technologies de recyclabilité des pales, sont également abordées, soulignant leur potentiel pour améliorer l'efficacité énergétique et réduire l'impact environnemental. Enfin, une comparaison des différentes technologies de génératrices éoliennes met en lumière leurs avantages et limitations respectifs.

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Ce chapitre présente les systèmes éoliens, en se concentrant sur la typologie et l'évolution technologique des éoliennes, notamment les HAWT et VAWT. Les innovations récentes, comme les éoliennes flottantes et les technologies de recyclabilité des pales, sont également abordées, soulignant leur potentiel pour améliorer l'efficacité énergétique et réduire l'impact environnemental. Enfin, une comparaison des différentes technologies de génératrices éoliennes met en lumière leurs avantages et limitations respectifs.

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Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

5. Typologie et évolution technologique des éoliennes


Face aux défis croissants du changement climatique et à la nécessité de décarboner nos systèmes
énergétiques, l'énergie éolienne s'est imposée comme une solution de premier plan. Pour
comprendre son potentiel et ses limitations, commençons par explorer les différentes
architectures d'éoliennes et leur évolution au fil des décennies.
5.1 Éoliennes à axe horizontal (HAWT)
Les éoliennes à axe horizontal (Horizontal Axis Wind Turbines ou HAWT) représentent
aujourd'hui plus de 90% du marché mondial [10]. Cette domination n'est pas le fruit du hasard :
leur conception fondamentale, avec un rotor perpendiculaire à la direction du vent, offre un
rendement aérodynamique supérieur à presque toutes les alternatives.
5.1.1 Modèles à vitesse variable
L'une des innovations majeures dans la conception des HAWT a été l'introduction des systèmes à
vitesse variable dans les années 1990. Contrairement aux premières générations à vitesse fixe,
ces turbines peuvent adapter leur vitesse de rotation en fonction des conditions de vent, ce qui
présente plusieurs avantages significatifs.
L'équation fondamentale gouvernant la puissance extraite par une éolienne est donnée par :
1 3
P= ρ A C p v ( 1 4 )
2
où P est la puissance extraite (W), ρ la masse volumique de l'air (kg/m³), A la surface balayée
par le rotor (m²), C p le coefficient de puissance (sans dimension) et v la vitesse du vent (m/s).
Le coefficient de puissance C p représente la fraction de l'énergie cinétique du vent que l'éolienne
peut convertir en énergie mécanique. Sa valeur maximale théorique, connue sous le nom de
limite de Betz, est de 16/27 (≈ 0,593). Dans les systèmes à vitesse variable, C p peut être optimisé
pour différentes vitesses de vent, permettant des rendements proches de cette limite théorique sur
une large plage de conditions [11].
Comme l'illustre la Figure 1, les
éoliennes à vitesse variable
maintiennent un C p optimal sur une
plage de vitesses bien plus large que
leurs homologues à vitesse
constante, ce qui se traduit par une
production annuelle supérieure de 8
à 15% selon les sites
d’implantation. Figure 1: Courbes comparatives du coefficient de puissance
pour éoliennes à vitesse fixe vs variable en fonction du ratio de
vitesse en bout de pale (TSR).
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

Au-delà de l'efficacité énergétique, ces systèmes offrent également une réduction significative
des charges mécaniques. En permettant au rotor de "fléchir" face aux rafales, ils limitent les
contraintes sur les composants structuraux, prolongeant ainsi la durée de vie des équipements.
Les données de terrain montrent une réduction de 30 à 50% des charges de fatigue sur la tour et
les pales, un avantage considérable quand on sait que la fatigue des matériaux est souvent le
facteur limitant dans la conception des grandes éoliennes modernes.
5.1.2 Installations onshore et offshore
Le développement de l'éolien suit deux trajectoires parallèles mais distinctes : l'éolien terrestre
(onshore) et l'éolien en mer (offshore). Chaque environnement présente ses propres défis
techniques, logistiques et économiques.
L'éolien offshore bénéficie de vents plus forts et plus constants, avec une rugosité de surface
réduite. Selon les données collectées sur différents sites européens, la production annuelle d'une
éolienne offshore peut dépasser de 30 à 40% celle d'une installation terrestre équivalente [12].
Cette productivité supérieure s'accompagne cependant de défis techniques considérables.
La corrosion marine représente une menace permanente pour les structures métalliques. Les
turbines modernes intègrent des systèmes de protection cathodique et des revêtements spéciaux
qui doivent être régulièrement entretenus. Une étude menée sur 48 éoliennes offshore dans la
mer du Nord a révélé que les coûts de maintenance liés à la corrosion représentaient environ
25% des coûts d'opération et maintenance totaux.
Le Tableau 1 présente une comparaison détaillée des caractéristiques clés des installations
onshore et offshore.
Tableau 1: Comparaison des caractéristiques techniques et économiques des éoliennes onshore et
offshore
Paramètre Éolien onshore Éolien offshore

Facteur de charge moyen 25-35% 40-55%

Puissance unitaire typique 2-5 MW 6-15 MW

Durée de vie moyenne 20-25 ans 25-30 ans

Coût d'investissement 1000-1500 €/kW 2500-3500 €/kW

Coûts O&M annuels 2-3% CAPEX 3.5-4.5% CAPEX

Délai de construction 1-2 ans 2-4 ans

La logistique représente un autre défi majeur pour l'offshore. L'installation d'une éolienne en mer
nécessite des navires spécialisés dont les coûts journaliers peuvent atteindre 150 000 €, et les
fenêtres météorologiques favorables peuvent être rares dans certaines régions. Ces contraintes
expliquent en partie pourquoi, malgré ses avantages productifs, l'éolien offshore reste
significativement plus coûteux que son homologue terrestre.
5.2 Éoliennes à axe vertical (VAWT)
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

Les éoliennes à axe vertical (Vertical Axis Wind Turbines ou VAWT) constituent une alternative
intéressante aux modèles conventionnels à axe horizontal. Leur axe de rotation perpendiculaire
au sol leur confère des caractéristiques opérationnelles uniques, particulièrement adaptées à
certains contextes spécifiques.
5.2.1 Modèles Savonius et Darrieus
Deux principales architectures dominent les VAWT : le rotor Savonius et le rotor Darrieus,
chacun basé sur des principes aérodynamiques différents. Mis au point dans les années 1920 par
l’ingénieur finlandais Sigurd Savonius, le rotor Savonius utilise la traînée différentielle grâce à
sa forme en "S", générant un couple de démarrage élevé qui lui permet de tourner dès 2-3 (m/s)
de vent [13].
Breveté en 1931 par l’ingénieur français Georges Darrieus, le rotor Darrieus fonctionne par
portance, à l’image des ailes d’avion. Ses pales profilées génèrent une force de portance créant
un couple moteur autour de l’axe vertical. Cette architecture, plus performante que le Savonius,
présente toutefois un couple de démarrage faible, nécessitant souvent une aide au démarrage.
L’équation (15) exprime le rapport entre la vitesse du rotor et celle du vent, appelé "tip-speed
ratio" (TSR).
ωR
λ= ( 15 )
v

Où le TSR (sans dimension) est la vitesse angulaire du rotor (rad/s) divisée par la vitesse du vent
(m/s) et le rayon du rotor (m). Les rotors Savonius fonctionnent typiquement à des TSR
inférieurs à 1, tandis que les rotors Darrieus peuvent atteindre des valeurs de TSR de 4 à 6,
entraînant des différences significatives en termes d'efficacité et d'applications.

Figure 2: Comparaison des (Cp) d'éoliennes selon le tip-speed ratio


Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

Ces caractéristiques distinctes rendent les VAWT particulièrement adaptées aux environnements
urbains et périurbains, où les vents sont souvent turbulents et de direction variable. Une étude
comparative menée sur 18 mois dans un environnement urbain à Manchester (Royaume-Uni) a
démontré que les turbines Savonius produisaient en moyenne 18% d'énergie de plus que des
HAWT de puissance nominale équivalente dans ces conditions spécifiques.
5.2.2 Limitations techniques
Malgré leurs avantages dans certains contextes, les VAWT souffrent de limitations techniques
qui ont freiné leur déploiement à grande échelle. Une analyse critique de ces contraintes est
essentielle pour évaluer objectivement leur potentiel.
Le frottement constitue l'un des principaux défis. Dans une VAWT, le rotor entier tourne autour
d'un axe vertical, créant une charge radiale importante sur les roulements inférieurs. L'équation
(16) permet d'estimer cette charge:
2
F r=m ω r ( 16 )
où F r est la force radiale (N), m la masse du rotor (kg), ω la vitesse angulaire (rad/s) et r la
distance entre le centre de masse et l'axe de rotation (m).
Pour une turbine Darrieus de taille moyenne (20 kW), cette charge peut atteindre plusieurs
tonnes, exigeant des roulements surdimensionnés et une maintenance fréquente [14]. Les
données de terrain indiquent un taux de défaillance des roulements 2,5 fois supérieur à celui
observé dans les HAWT de puissance comparable.
La fatigue des matériaux représente un autre défi majeur. Dans une VAWT, les pales subissent
des variations cycliques de charge aérodynamique durant chaque rotation, alternant entre
périodes de production maximale et minimale. Ces cycles répétés peuvent entraîner une fatigue
prématurée des matériaux. Les données collectées sur 15 installations VAWT commerciales
montrent une durée de vie moyenne des pales réduite de 30% par rapport aux HAWT .
Ces limitations expliquent en grande partie pourquoi, malgré un demi-siècle de développement,
les VAWT représentent moins de 5% du marché éolien mondial. Néanmoins, les recherches
récentes sur les matériaux composites avancés et l'optimisation des profils aérodynamiques
pourraient améliorer significativement leurs performances à moyen terme.
5.3 Innovations émergentes
Le secteur éolien, mature mais en constante évolution, connaît aujourd'hui une nouvelle vague
d'innovations visant à surmonter les limitations actuelles et à répondre aux défis de la transition
énergétique mondiale.
5.3.1 Technologies des pales et recyclabilité
Les pales d'éoliennes constituent paradoxalement un défi environnemental pour une technologie
par ailleurs largement bénéfique pour le climat. Traditionnellement fabriquées en matériaux
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

composites thermodurcissables (principalement fibre de verre ou de carbone imprégnée de


résines époxy), elles sont difficilement recyclables une fois leur cycle de vie terminé.
L'équation (17) illustre l'ampleur du problème en estimant le volume cumulé de déchets de pales
d'ici 2050:
2050
V déchets= ∑ ni × ( V pale ×3 ) ( 17 )
i=2023

où V déchets est le volume total de déchets (m³), ni le nombre d'éoliennes démantelées l'année i, et
V pale le volume moyen d'une pale (m³).
Selon les projections basées sur les installations actuelles et prévues, ce volume pourrait
atteindre 43 millions de tonnes à l'échelle mondiale d'ici 2050 [15].
Face à ce défi, plusieurs innovations prometteuses émergent. Siemens Gamesa a récemment
lancé la technologie RecyclableBlade, première pale d'éolienne commerciale entièrement
recyclable. Elle utilise une nouvelle résine thermodurcissable dont les propriétés mécaniques
restent comparables aux matériaux conventionnels, mais qui peut être dépolymérisée en fin de
vie par un processus chimique relativement simple.
Vestas explore quant à elle l'utilisation de résines thermoplastiques qui peuvent être fondues et
réutilisées plusieurs fois. Des essais à échelle réelle ont démontré des performances
aérodynamiques et structurelles équivalentes aux pales conventionnelles, avec l'avantage
supplémentaire d'une recyclabilité quasi-totale.
Au-delà du recyclage, des filières de réutilisation émergent également. Le Tableau 2 présente
quelques applications innovantes pour les pales en fin de vie.
Tableau 2: Applications de réutilisation des pales d'éoliennes en fin de vie
Application Description Avantages
Infrastructure Ponts piétonniers, barrières Durabilité, résistance aux intempéries
acoustiques
Habitat Éléments structurels pour logements Isolation thermique, légèreté
Mobilier urbain Bancs, abris Résistance, faible maintenance
Art et design Sculptures, installations Sensibilisation environnementale
Matériaux de construction Agrégats, fibres de renforcement Réduction de l'empreinte carbone
Ces innovations constituent une réponse cruciale aux critiques concernant le cycle de vie
complet des éoliennes, renforçant la durabilité globale de cette technologie énergétique.
5.3.2 Éoliennes flottantes et synergies avec l'hydrogène vert
L'éolien offshore flottant représente peut-être l'innovation la plus transformative du secteur.
Contrairement aux éoliennes offshore conventionnelles fixées au fond marin, les plateformes
flottantes permettent d'exploiter les ressources éoliennes dans des zones où la profondeur d'eau
dépasse 50-60 mètres, ouvrant ainsi un potentiel immense jusqu'alors inaccessible.
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

Trois architectures principales dominent actuellement : la bouée à ligne tendue (TLP), la semi-
submersible, et le SPAR (cylindre lesté). Chacune présente des caractéristiques de stabilité
distinctes, exprimées par l'équation (18) qui gouverne le mouvement d'une plateforme flottante:
( M + A ) Ẍ + B Ẋ +CX=F ext ( 18 )
Où M est la matrice de masse de la structure, A la matrice de masse ajoutée, B la matrice
d'amortissement, C la matrice de raideur, X le vecteur de déplacement et F ext les forces
extérieures incluant vent, vagues et courants [16].
Les parcs comme Hywind Scotland (30 MW) affichent des facteurs de charge impressionnants -
plus de 55% - ce qui prouve vraiment le potentiel énorme de l'éolien flottant. On voit aussi une
synergie super intéressante qui se développe avec la production d'hydrogène vert. L'électrolyse
en mer présente pas mal d’avantages : plus besoin de se connecter au réseau électrique, on peut
produire en continu grâce au stockage d'hydrogène, et ça réduit considérablement les coûts des
infrastructures sous-marines. D'ailleurs, le projet pilote OCEHY, mené par un consortium
européen, a déjà démontré que c'était tout à fait réalisable - leurs électrolyseurs adaptés à
l'environnement marin peuvent produire jusqu'à 400 kg d'hydrogène quotidiennement sur une
plateforme flottante.

.
Figure 3: Schéma conceptuel d'une plateforme éolienne flottante intégrée avec production d'hydrogène.

Selon les modélisations économiques, cette approche intégrée pourrait produire de l'hydrogène
vert à moins de 3€/kg d'ici 2030, atteignant ainsi la parité de coût avec l'hydrogène gris issu du
reformage du méthane, mais sans les émissions de CO₂ associées.
5.4. Comparatif des technologies de génératrices éoliennes
 MAS (Machine asynchrone à cage) : simple et peu coûteuse, mais avec un contrôle limité
et peu de flexibilité. Elle n'apporte qu'une contribution marginale aux services réseau.
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

 MADA (Machine asynchrone à double alimentation) : permet un meilleur contrôle actif


de la puissance (P/Q), une meilleure intégration au réseau et une plage de vitesse élargie.
Elle peut partiellement participer aux services système.
 MSAP (Machine synchrone à aimants permanents) : offre un contrôle total sur la
puissance (P/Q), une meilleure efficacité, et une flexibilité maximale pour participer à la
fréquence, à la tension ou même à l'îlotage.
Les dernières innovations — notamment les turbines offshore flottantes et les génératrices à
aimants permanents — ouvrent de nouvelles perspectives : accès à des sites plus éloignés et
contribution renforcée à la flexibilité des réseaux électriques.

Figure 4: Comparaison des trois principales technologies d'éoliennes.


Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

6. Intégration au réseau et défis techniques


L'intégration à grande échelle de l'énergie éolienne dans les réseaux électriques existants soulève
des défis techniques considérables qui doivent être surmontés pour permettre des taux de
pénétration élevés. Cette section explore les problématiques centrales et les solutions
émergentes.
6.1 Gestion de l'intermittence
L'intermittence constitue sans doute le défi le plus fondamental de l'énergie éolienne.
Contrairement aux centrales conventionnelles, la production éolienne ne peut être programmée à
la demande mais dépend des conditions météorologiques. Cette caractéristique intrinsèque
impose des adaptations profondes dans la gestion des réseaux électriques.
6.1.1 Stabilité de fréquence et qualité du courant
Dans un réseau électrique, la fréquence (50 Hz en Europe, 60 Hz en Amérique du Nord) reflète
l'équilibre instantané entre production et consommation. L'équation fondamentale gouvernant
cette dynamique est :
df f 0 P m−Pe
= × ( 19 )
dt 2 H SB
df
Où est la variation de fréquence (Hz/s), f 0 la fréquence nominale (Hz), H la constante
dt
d'inertie du système (s), Pm la puissance mécanique (W), Pe la puissance électrique (W), et S B la
puissance apparente de base (VA) [17].
Les générateurs synchrones conventionnels contribuent naturellement à la stabilité de fréquence
grâce à leur inertie mécanique. À l'inverse, les éoliennes modernes, particulièrement celles
équipées de convertisseurs électroniques de puissance, sont découplées du réseau et ne
fournissent pas cette inertie naturelle, ce qui peut compromettre la stabilité du système lors de
variations rapides de production ou de consommation.
Pour répondre à ce défi, des solutions d'inertie synthétique ont été développées. Ces systèmes
utilisent des algorithmes de contrôle sophistiqués pour émuler le comportement inertiel des
machines synchrones. Une étude menée sur le réseau irlandais, avec 40% de pénétration
éolienne, a démontré que l'implémentation d'inertie synthétique sur 50% des turbines permettait
de réduire les excursions de fréquence maximales de 0,85 Hz à 0,32 Hz lors d'incidents réseau.
La qualité du courant représente un autre défi majeur. Les convertisseurs de puissance des
éoliennes modernes peuvent introduire des harmoniques dans le réseau, perturbant
potentiellement les équipements sensibles. Le taux de distorsion harmonique total (THD) doit
respecter des limites strictes, typiquement :
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

√∑ ( )
Vh 2

THD= ≤5 % ( 20 )
h=2 V1

Où V h est l'amplitude de l'harmonique de rang h, et V 1 l'amplitude de la composante


fondamentale.
Des filtres actifs et passifs, ainsi que des stratégies de modulation avancées, sont désormais
intégrés aux éoliennes modernes pour garantir le respect de ces normes, même dans des réseaux
faibles.
6.1.2 Solutions de stockage énergétique
Les solutions de stockage d'énergie sont cruciales pour gérer l'intermittence éolienne. Plusieurs
technologies coexistent selon les besoins : les batteries lithium-ion excellent pour le court terme
(minutes-heures) avec leur densité énergétique impressionnante (200-300 Wh/kg) et efficacité
>90%, idéales pour lisser la production. Les volants d'inertie, malgré une densité plus faible (5-
15 Wh/kg), offrent une puissance phénoménale (1000-5000 W/kg) et tiennent >100 000 cycles,
parfaits pour réguler la fréquence en quelques secondes ou minutes.
Pour le stockage massif et saisonnier, les Stations de Transfert d'Énergie par Pompage (STEP)
restent incontournables. Leur principe repose sur l'équation (21) estimant l'énergie potentielle
stockée :
E=ρ ghV η ( 21 )
Où E est l'énergie stockée (J), ρ la masse volumique de l'eau (kg/m³), g l'accélération
gravitationnelle (m/s²), h la hauteur de chute (m), V le volume d'eau (m³), et η l'efficacité du
cycle turbinage-pompage (typiquement 70-85%).
Tableau 3: Caractéristiques comparatives des technologies de stockage pour l'intégration
éolienne
Technologie Capacité Temps de Durée de Efficacité Maturité Coût
typique réponse décharge (€/kWh)
Batteries Li-ion 1 kW - 100 MW ms min - heures 85-95% Commercial 200-400
e
Volants 10 kW - 10 MW ms sec - min 90-95% Commercial 1000-5000
d'inertie e
STEP 100 MW - 3 GW sec - min heures - jours 70-85% Mature 50-100
Air comprimé 10 - 300 MW min heures 40-70% Démo 100-250
Power-to-Gas 1 - 100 MW sec - min heures - mois 30-45% Pilote 150-900

L'hybridation de ces différentes solutions permet d'optimiser la gestion de l'intermittence à


différentes échelles temporelles. Le parc éolien d'El Hierro (Canaries), combinant 11,5 MW
d'éoliennes avec une STEP de 11,3 MW, illustre parfaitement cette approche et atteint un taux de
couverture renouvelable de l'île dépassant 60% sur une base annuelle.
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

6.2 Couplage avec les réseaux intelligents


L'émergence des réseaux intelligents (smart grids) offre de nouvelles opportunités pour optimiser
l'intégration de l'énergie éolienne. En permettant une gestion bidirectionnelle et dynamique des
flux d'électricité, ces technologies transforment fondamentalement l'approche traditionnelle des
réseaux électriques.
6.2.1 Prévision de production
La prévisibilité de l'éolien est essentielle pour son intégration massive. Les prévisions à court
terme (1-48h) sont vitales pour les gestionnaires de réseau. Si les modèles météo numériques
forment le socle de ces prévisions, ce sont les données terrain en temps réel qui boostent
vraiment leur précision. L'IoT est un vrai game-changer ici - il permet de collecter et transmettre
des milliers de mesures (vent, température, pression, production) à moindre coût.
L'intelligence artificielle, particulièrement les réseaux de neurones profonds et les méthodes
d'ensemble, permet d'exploiter ces masses de données pour affiner les prévisions. L'erreur
moyenne absolue (MAE) normalisée des prévisions de production à 24h est ainsi passée de 12-
15% avec les méthodes traditionnelles à 6-8% avec les approches basées sur l'apprentissage
profond [18].
L'équation (22) définit cette métrique d’erreur :
1
n
| P préd ,i−P réel ,i|
MA Enorm = ∑
n i=1 Pinstallée
( 22 )

Où MA Enorm est l'erreur moyenne absolue normalisée, P préd , i la puissance prédite à l'instant i,
Préel , i la puissance réellement produite, et Pinstallée la puissance installée totale du parc.

Figure 5: Évolution de la précision des prévisions éoliennes à 24h (erreur moyenne absolue normalisée)
entre 2000 et 2023
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

Ces améliorations ont un impact économique direct. Une étude menée sur le marché électrique
espagnol a démontré qu'une réduction de 1% de l'erreur de prévision éolienne à l'échelle
nationale permettait une économie annuelle de 3,6 millions d'euros sur les coûts d'équilibrage du
réseau.
6.2.2 Systèmes hybrides éolien-photovoltaïque
Le couplage entre éolien et photovoltaïque (PV) émerge comme une solution particulièrement
efficace pour atténuer l'intermittence et optimiser l'utilisation des infrastructures réseau. Cette
complémentarité s'explique par la corrélation généralement négative entre productions éolienne
et solaire à l'échelle journalière et saisonnière.
L'équation (23) quantifie le foisonnement entre ces deux sources :
σ éol− PV
F éol−PV = ( 23 )
√σ 2
éol
2
+σ PV
Où F éol−PV est le facteur de foisonnement (entre -1 et 1), σ éol−PV la covariance entre productions
éolienne et photovoltaïque, et σ éol et σ PV les écarts-types respectifs de ces productions.
Des valeurs négatives de ce facteur indiquent une complémentarité favorable, comme observé
dans de nombreuses régions. Une analyse de données sur 12 sites en Europe a révélé des facteurs
de foisonnement moyens de -0,3 à l'échelle journalière et -0,4 à l'échelle saisonnière.
Cette complémentarité est particulièrement précieuse dans les régions isolées ou les micro-
réseaux, où elle permet de réduire significativement les besoins en stockage ou en génération
conventionnelle de secours. Sur l'île de La Réunion, une étude a démontré qu'un mix optimal
comprenant 60% d'éolien et 40% de photovoltaïque permettait d'atteindre une autonomie
énergétique de 70% avec un stockage limité à 12h de consommation moyenne, contre seulement
45% d'autonomie pour des installations purement éoliennes ou photovoltaïques avec le même
niveau de stockage.
Les systèmes de gestion énergétique (EMS) avancés constituent la clé de voûte de ces
installations hybrides. Intégrant prévisions météorologiques, modèles de comportement des
consommateurs et algorithmes d'optimisation, ils orchestrent dynamiquement la production, le
stockage et la consommation pour maximiser l'utilisation des ressources renouvelables.
7. Analyse critique des enjeux
Au-delà des aspects purement techniques, le déploiement massif de l'énergie éolienne soulève
des questions environnementales, sociétales et économiques qui méritent une analyse
approfondie. Cette section propose un examen critique de ces différentes dimensions, essentielles
à une évaluation équilibrée de cette technologie.
7.1 Enjeux environnementaux
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

L'énergie éolienne est généralement perçue comme une source d'électricité "propre", avec une
empreinte carbone parmi les plus faibles du mix énergétique. Néanmoins, son déploiement à
grande échelle n'est pas sans conséquences environnementales, qu'il convient d'analyser
objectivement.
7.1.1 Impact sur la biodiversité
L'interaction entre éoliennes et avifaune constitue l'un des enjeux environnementaux les plus
documentés. Les collisions d'oiseaux avec les pales représentent le risque le plus direct, mais
d'autres effets comme la perte d'habitat ou la modification des couloirs migratoires peuvent
également affecter certaines espèces.
L'équation (24) propose un modèle simple pour estimer le taux de mortalité aviaire par collision :
M =N × A × F × P ( 24 )
Où M est la mortalité annuelle estimée, N le nombre d'oiseaux traversant la zone, A la
proportion de la zone occupée par les rotors, F la fréquence de passage des oiseaux à hauteur de
rotor, et P la probabilité de collision lors d'un passage.
Des études de terrain menées sur plus de 100 parcs éoliens en Europe occidentale indiquent des
taux de mortalité moyens de 0 à 30 oiseaux par turbine et par an, avec d'importantes variations
selon les sites et les espèces. Ces chiffres, bien que non négligeables, doivent être mis en
perspective avec d'autres causes de mortalité aviaire anthropique, comme l'illustre le Tableau 4.
Tableau 4: Causes anthropiques de mortalité aviaire - Estimations comparatives pour
l'Europe (millions d'oiseaux/an)
Source de mortalité Estimation basse Estimation haute Médiane
Bâtiments vitrés 100 900 500
Lignes électriques 10 100 25
Trafic routier 10 60 27
Chats domestiques 100 400 200
Tours de 1 50 6
communication
Éoliennes 0,1 0,5 0,3

La fragmentation des habitats constitue un autre impact potentiel, particulièrement pour les
grands parcs terrestres. L'effet barrière peut perturber les déplacements de la faune locale ou
migratrice, avec des conséquences sur les dynamiques de population à long terme. Des études de
télémétrie menées sur des cervidés en Europe du Nord ont révélé une réduction de 25 à 40% de
l'utilisation des zones situées à moins de 200 mètres des éoliennes durant les phases de
construction et d'exploitation.
Pour les parcs offshores, les impacts sur l'écosystème marin sont complexes et parfois
contradictoires. Si la phase de construction peut perturber temporairement la faune (notamment
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

par le bruit des forages ou battages de pieux), les structures immergées agissent ensuite comme
des récifs artificiels, favorisant localement la biodiversité. Des relevés biologiques réalisés sur
des parcs offshores en mer du Nord ont documenté une augmentation de 50 à 150% de la
biomasse benthique à proximité des fondations, créant de véritables "oasis" de biodiversité dans
des zones auparavant relativement homogènes.
7.1.2 Nuisances sonores et acceptabilité sociale
Les éoliennes modernes génèrent deux types de bruit: aérodynamique (lié au passage des pales
dans l'air) et mécanique (issu de la nacelle). Le niveau sonore perçu à distance peut être estimé
par l'équation (25) :
L p ( r )=LW −10 log 10 ( 2 π r 2 )−α r ( 25 )
Où L p ( r ) est le niveau de pression acoustique à la distance r (dB), LW la puissance acoustique de
la source (dB), et α le coefficient d'atténuation atmosphérique (dB/m).
Pour une éolienne moderne de 3-4 MW, avec un niveau de puissance acoustique typique de 105-
108 dB(A), le niveau sonore perçu à 500 m est généralement de 35-40 dB(A), comparable au
bruit de fond d'une bibliothèque. Les réglementations nationales imposent typiquement des seuils
de 35-45 dB(A) la nuit aux limites des habitations les plus proches, ce qui conduit généralement
à des distances minimales d'implantation de 500-1000 mètres selon les contextes.
Au-delà du volume sonore, la gêne ressentie dépend surtout de facteurs psychoacoustiques
comme la modulation d'amplitude et les fréquences. Les infrasons, même sous les seuils
d'audibilité, restent controversés pour leurs effets potentiels. Une méta-analyse de 32 études n'a
pas trouvé de lien causal direct entre infrasons éoliens et maladies spécifiques, mais note des
corrélations avec les troubles du sommeil chez certaines personnes sensibles.
L'acceptabilité sociale est cruciale pour l'éolien. Le "NIMBY" n'explique pas tout - les
recherches montrent que l'acceptation repose sur trois piliers : justice procédurale (processus
transparent), justice distributive (partage équitable des avantages) et confiance envers les acteurs
du projet.
Les projets participatifs marchent bien mieux. En Allemagne, plus de 40% de la capacité
éolienne appartient à des coopératives citoyennes ou municipalités, ce qui a vraiment facilité son
développement massif.
7.2 Enjeux économiques
La compétitivité économique de l'énergie éolienne a connu une transformation radicale au cours
des deux dernières décennies, passant du statut de technologie subventionnée à celui d'option
souvent la plus compétitive pour la nouvelle capacité électrique. Cette évolution mérite une
analyse approfondie.
7.2.1 Analyse comparative des coûts énergétiques
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

Le coût actualisé de l'énergie (Levelized Cost of Energy, LCOE) constitue la métrique de


référence pour comparer différentes technologies de production électrique. Il intègre l'ensemble
des coûts sur le cycle de vie, actualisés et rapportés à la production totale :
n
I t +O & M t + Ft +Ct
∑ ( 1+r )t
t =0
LCOE= n
( 26 )
Et
∑ t
t =0 ( 1+r )
Où I t représente les investissements à l'année t, O∧M t les coûts d'opération et maintenance, F t
les coûts de combustible (nuls pour l'éolien), C t les coûts carbone ou autres externalités, Et
l'énergie produite, r le taux d'actualisation, et n la durée de vie du projet .
Sur la base de cette métrique, l'éolien terrestre affiche aujourd'hui des LCOE de 30-50 €/MWh
dans les sites favorables, tandis que l'offshore conventionnel se situe entre 70-120 €/MWh.

Figure 6: comparaison des coûts actualisés de l'énergie (LCOE) pour différentes technologies de
production électrique en 2023 (€/MWh).

La compétitivité de l’éolien s’explique par une forte baisse des coûts : entre 2010 et 2023, le
LCOE a chuté de 68 % pour l’éolien terrestre et de 60 % pour l’offshore. Cette évolution vient
des économies d’échelle (turbines plus grandes), de la standardisation, de chaînes logistiques
optimisées, de meilleures performances (facteurs de charge) et de taux d’intérêt plus bas.
Cependant, le LCOE a ses limites : il ne reflète pas la valeur réelle de l’électricité, qui dépend du
moment et de la régularité de la production. Dans des marchés très renouvelables, le "profil de
coût" peut pénaliser l’éolien de 15 à 30 %.
Les coûts d’intégration au réseau (renforcements, équilibrage, backup) ne sont souvent pas pris
en compte non plus, alors qu'ils peuvent représenter 5 à 25 €/MWh à 30-50 % de pénétration.
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

Pour comparer l’éolien au nucléaire ou au gaz, il faut aussi intégrer ces éléments, ainsi que les
externalités environnementales, comme le coût social du carbone estimé entre 50 et 200 €/tCO₂.
7.2.2 Modèles de financement et cadres incitatifs
Le financement est crucial pour l'éolien. Ces projets très capitalistiques (80-85% de CAPEX)
nécessitent des mécanismes adaptés pour attirer les investisseurs.
Au début, les tarifs d'achat garantis donnaient une grande visibilité aux investisseurs. On est
ensuite passé aux primes, puis aux enchères concurrentielles - plus économiques mais
compliquées pour les petits acteurs.
Aujourd'hui, les PPA cartonnent ! Ces contrats directs entre producteurs et entreprises offrent de
la visibilité sans fonds publics. En Europe, les PPA éoliens ont explosé de 1,5 GW en 2016 à
plus de 12 GW en 2022.
La structure financière s'est sophistiquée : le ratio dette/fonds propres est passé de 70/30 à 80/20,
voire 85/15 pour les projets matures. Les green bonds diversifient aussi l'accès aux capitaux.
Côté avantages fiscaux, plusieurs pays proposent des crédits d'impôt ou amortissements
accélérés. Aux USA, le Production Tax Credit a été décisif avec environ 25$/MWh sur les dix
premières années d'exploitation.
Tableau 5: Évolution des mécanismes de soutien à l'énergie éolienne dans les marchés matures
Période Mécanisme Caractéristiques Avantages Inconvénients
dominant
1990- Tarifs d'achat Prix fixe sur 15-20 ans Simplicité, sécurité Coût élevé, déconnexion du
2005 garantis maximale marché
2005- Systèmes de prime Prix du marché + prime Exposition partielle au Complexité, risque modéré
2015 marché
2015- Enchères/appels Prix déterminé par enchère Efficience, découverte Barrières à l'entrée pour
présent d'offres de prix petits acteurs
2018- PPA corporate Contrat bilatéral producteur- Indépendance des Complexité contractuelle
présent consommateur subventions

La transition vers des modèles de marché sans subvention constitue désormais une tendance
lourde, reflétant la maturité économique croissante du secteur éolien. Néanmoins, cette évolution
s'accompagne de nouveaux défis, notamment la gestion du risque de prix dans des marchés de
plus en plus volatils et la nécessité d'adapter les designs de marché électrique conçus pour des
systèmes conventionnels.
8. Conclusion
Dans ce chapitre, on a dressé un panorama des énergies renouvelables en insistant sur l'éolien
dans la transition énergétique mondiale. On a décrit les différents systèmes - du terrestre à
l'offshore - et expliqué les mécanismes qui transforment le vent en électricité.
Chapitre I Introduction aux Systèmes Éoliens

La deuxième partie s'est concentrée sur les aspects techniques et opérationnels. On a exploré
toute la chaîne de conversion énergétique, de la capture du vent jusqu'à la production
d'électricité, avec des schémas et tableaux comparatifs. Cette approche nous a permis d'identifier
les défis d'intégration au réseau et d'anticiper les innovations comme les éoliennes flottantes et
les technologies pour vents faibles.
Le prochain chapitre présente la Machine Asynchrone à Double Alimentation (MADA), clé des
systèmes éoliens modernes. Nous en verrons les principes, les composants, le modèle
dynamique, ainsi que ses avantages, notamment à vitesse variable. Nous étudierons aussi les
stratégies de commande et son intégration pour améliorer rendement et fiabilité.

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