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Recommandations Economiques

Le document traite de la transformation de la presse et de l'édition numérique, soulignant la nécessité d'un écosystème dynamique qui favorise l'innovation et l'expérimentation. Il recommande un accompagnement étatique à travers des financements mixtes, la création d'incubateurs et la valorisation des initiatives innovantes pour soutenir les entreprises de presse. Enfin, il insiste sur l'importance de réviser les critères d'attribution des aides et de sécuriser les parcours professionnels des journalistes dans un contexte en mutation.

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Recommandations Economiques

Le document traite de la transformation de la presse et de l'édition numérique, soulignant la nécessité d'un écosystème dynamique qui favorise l'innovation et l'expérimentation. Il recommande un accompagnement étatique à travers des financements mixtes, la création d'incubateurs et la valorisation des initiatives innovantes pour soutenir les entreprises de presse. Enfin, il insiste sur l'importance de réviser les critères d'attribution des aides et de sécuriser les parcours professionnels des journalistes dans un contexte en mutation.

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Conclusion et recommandations :

Tenter de décrire le paysage de la presse et de l’édition numérique


d’information, et les nouvelles frontières qui s’y dessinent, c’est prendre la
mesure de l’ampleur de la mutation dans laquelle chacun est plongé et cela
pour longtemps. Dans cette mutation se télescopent, un puissant élan de
création, de renouvellement des contenus et des activités, avec la destruction
des modèles économiques, qui prévalaient jusqu’ici dans la presse, sans que les
nouveaux soient encore pensés et encore moins installés. Dans une telle
période trois notions s’imposent qui dessinent des contours possibles de
l’action publique dans ce domaine : écosystème, le couple innovation-
expérimentation, attractivité.

Placer l’écosystème au cœur de la réflexion :


En premier lieu il convient de placer au cœur de la réflexion la notion
d’écosystème, pour en saisir toutes les implications. Par écosystème, cela a été
dit dans l’introduction, il s’agit de mettre en évidence un système d’acteurs,
pluriels par leur histoire, leur organisation, le contenu de leur activité, leur
production, le rapport au public (direct ou indirect). Il est surtout question de
prendre toute la mesure des interrelations qui s’y développent. Celles-ci sont
faites de compétitions, de solidarité et surtout de nécessaires moments ou
sujets de mutualisation. Comme cela a été dit plus haut, il est important de
reconnaître que les avancées ou les freins qui s’y expriment découlent des
succès et des échecs rencontrés, quel que soit le point ou l’acteur concerné.
L’écosystème n’est bien évidemment pas clos sur la France, l’une des
potentialités principales du milieu professionnel qui s’y développe est d’être
ouvert au monde, avec de nombreuses circulations entre pays et continents, à
commencer par l’Amérique du nord. Prendre la mesure du nouvel écosystème
qui se construit c’est donc l’appréhender et l’accompagner dans sa globalité
pour en attendre des effets vertueux plutôt que de le segmenter à priori au
nom de critères qui avaient cours sur l’imprimé (notamment IPG ou

94
périodicité), mais qui doivent être dépassés si l’intervention de l’Etat se donne
pour objet l’innovation, l’expérimentation, la nécessaire attractivité du secteur.
Alors que ceux-ci se révèlent le seul chemin possible pour la construction de
modèles économiques viables.

Accompagnement du couple innovation – expérimentation :


Concrètement l’intervention de l’Etat doit donner toute sa place, si ce n’est la
priorité au binôme innovation – expérimentation, sachant que bien sûr les
acteurs sont les entreprises elles-mêmes. Le problème est ici, qu’il y a, à
dépasser la contradiction entre l’importance des moyens et des énergies à
mobiliser pour l’innovation - expérimentation (notamment les labs,
l’investissement en recherche développement, les compétences diversifiées à
réunir, etc.) et la faible rentabilité des modèles économiques actuels, qui
limitent ces moyens.
Pour intervenir, à son niveau, face à une telle contradiction, les leviers sur
lesquels peut jouer l’Etat, combinent : aide au financement de l’innovation,
valorisation des réalisations et entreprises innovantes, recherche de formes
juridiques inédites :

Financements et accompagnement :
Imaginer de nouvelles modalités d’aides financières mixtes :
Pour ce qui est des financements, il s’agit de combiner les financements publics
(Fonds stratégique) avec la recherche de financements mixtes. L’expérience du
« Fonds Google », devra être évaluée, sachant qu’il serait souhaitable de voir
converger une pluralité de sources de financements vers un Fonds, ou des
dispositifs (fiscaux notamment,) d’aides à l’innovation qui prennent en compte
aussi bien l’éditorial, que la commercialisation77 et les dispositifs techniques
nécessaires.
Il y a matière à prospecter ici les modalités possibles d’une combinaison de
fonds publics, des fonds privés diversifiés (notamment des infomédiaires), et
de financements volontaires du public lui-même (extension de la notion de
crowdfunding).

77
Telle l’expérimentation d’une place de marché mutualisée sur le modèle du projet « Constantinoples », à
l’initiative de plusieurs entreprises et groupe de presse, dont Prisma Média.

95
Ce fonds ou ces aides au financement d’accompagnement de l’innovation
devraient s’adresser aux différentes formes d’entreprises de presse et de
numérique d’information, ainsi qu’aux start-up et agences contribuant à la
production d’information, voire au cas par cas à des projets de pure players de
contenus pouvant avoir un fort impact sur l’écosystème.

Réviser les critères d’attribution des aides du « Fonds stratégique » :


A cet égard, l’expérience du Fonds Google souligne l’apport d’un dispositif
d’aide qui accorde autant de priorité à l’innovation éditoriale, qu’à l’innovation
technique ou commerciale. Simultanément un volet particulier devrait être
réservé aux créations de jeunes entreprises, sur des critères d’innovation aussi
bien éditoriale, que technique.
Il existe déjà l’instrument du Fonds stratégique. Il faut d’urgence en adapter les
modalités en l’étendant tant à l’éditorial, qu’à la création de jeunes pousses.

Création d’incubateurs :
Dans ce cadre, l’Etat pourrait favoriser, en réunissant les conditions
nécessaires, la création d’incubateurs accueillant les pure players
d’information, les labs des entreprises de presse, ainsi que les start-up
contribuant à la production d’information, à la fois à Paris et en région
(écosystème toujours). Au-delà, le Ministère de la culture et de la
communication en partenariat avec le Secrétariat d’état à la recherche à
l’enseignement supérieur pourraient inciter au développement de pôles
associant formation liée à l’innovation, veille et recherche, avec une forte
dimension internationale. Ceux-ci auraient grand avantage à être articulés à de
tels incubateurs. Les modalités concrètes de tels incubateurs pourraient
donner lieu à études, supervisées par le « Club des innovateurs » créé par le
ministère de la culture et de la communication.

Start-up en résidence :
Face au risque de voir des start-up de contenus se détourner de la presse en
ligne, faute de financement suffisant, une aide spécifique pourrait
accompagner des formules de « start-up en résidence ». La formule, à
expérimenter, consisterait à l’accueil par une entreprise éditrice, d’une start-up
96
le temps de faire aboutir conjointement une application ou un contenu
innovant. Des formules privées existent déjà, telle l’initiative du groupe
Amaury. Un aide au financement de l’Etat pourrait avoir un effet levier afin
d’amplifier les recherches et innovations dans ce domaine.

Valorisation :
Pour ce qui est de la valorisation des réalisations la réflexion de l’Etat doit
s’orienter vers une palettes d’initiatives dans laquelle prendrait place des
moments d’échanges, d’évaluation et d’analyse des expériences que ce soit
sous forme de colloques, de forums, de séminaires. Dans ce registre l’initiative
« Entreprendre dans la culture » est intéressante et à poursuivre. Il faudrait
également imaginer des moments de présentation et de distinction publique
(concours, prix, bourses, etc.) de réalisations, particulièrement intéressantes,
par le degré d’innovation qu’elles représentent ou les acteurs qu’elles mettent
en scène (jeunes créateurs-entrepreneurs notamment).
Dans ce domaine les différentes formules de « hackathon » constituent une
source d’inspiration. Il s’agirait là d’insister davantage sur l’éditorial et de
mettre l’accent sur des réalisations en cours de développement ou phase de
lancement. Des initiatives privées peuvent exister dans ce domaine. Il pourrait
s’agir de les accompagner ou de créer un moment phare bénéficiant d’un écho
supplémentaire lié au patronage du Ministère de la culture et de la
communication, qui pourrait y associer le Club des innovateurs.

Cadre juridique d’entreprise de presse :


Les évolutions récentes concernant le cadre juridique des entreprises de presse
appellent une réflexion et de nouvelles initiatives afin de mieux cerner le cadre
particulier de la jeune entreprise de production d’information. Celui-ci serait
tout particulièrement à penser avec une articulation possible avec le
mouvement qui se dessine au sein de la société en faveur de
l’accompagnement financier de l’innovation ou de réalisations difficilement
profitables économiquement. Une réflexion sur les potentialités et les
modalités de la notion de crowdfunding serait une contribution importante, qui
puisse donner une véritable assise réaliste à des projections telles que celles
qu’avance aujourd’hui un auteur comme Julia Cagé78.
78
Sauver les médias, idem.

97
Etablir des passerelles entre filières de formation :
Nombre d’innovations éditoriales passent par la coopération de professionnels
aux compétences différentes, qui n’ont jamais eu par le passé matière à
coopération. Faut-il attendre la rencontre dans l’entreprise pour que
s’amorcent les échanges et la compréhension par chacun de quoi est faite la
compétence des autres professionnels ? Une initiative conjointe des pouvoirs
publics, alliant conjointement Ministère de la culture et de la communication et
Ministère de l’éducation nationale, doit s’employer à construire des
passerelles, des formes de relations à imaginer entre les formations des
différents métiers concourant à la production de l’information. Il s’agit bien sûr
des établissements de formation de journalistes, des établissements formant
au visuel (graphisme, design), des établissements formant au développement
informatique.
Le principe serait d’abord d’engager un nécessaire dialogue entre les
différentes filières. Celui-ci devrait permettre d’organiser rapidement des
moments et des événements publics (colloques par exemple) où ces échanges
se discutent, se réfléchissent et s’analysent. L’un des premiers fruits de tels
échanges serait la mise au point de formules de croisements dans les cursus
des étudiants des différentes filières, qui anticipent leur collaboration future au
sein entreprises de médias. Des expériences existent déjà dans ce domaine à
l’image d’Ouest Medialab à Nantes. Il est urgent d’élargir et accentuer ce
mouvement, dans lequel devraient s’engager, en premier chef, les formations
reconnues en journalisme.
Il fait peu de doutes qu’une démarche qui articule solidement les différents
métiers de la production d’information, grâce à la formation renforce
l’attractivité du secteur. L’enjeu est particulièrement fort pour les
développeurs informatiques, face aux sirènes d’autres secteurs ou d’une
aventure internationale ?

Sécurisation des parcours professionnels des journalistes :


L’observation concernant un « journalisme à deux vitesses » et le risque que
s’amplifie l’écart entre des statuts et situations d’exercice du métier appelle un
travail d’analyse et de recherche approfondi qui prenne en compte la situation
française, en la resituant vis-à-vis d’un contexte international. Ce recueil

98
bien, qu’il s’agisse du rôle joué par celles-ci (production d’information, y
compris spécialisée et certification de celle-ci), et des contenus conçus et
expérimentés, notamment par l’AFP en matière de visualisation de données,
d’infographie, de vidéo, de formes nouvelles de narrations, de couleurs
d’écritures et mises en contexte, sans parler de l’identification de contenus
informatifs circulant sur les réseaux sociaux21, etc.
Globalement le secteur des agences (250 au total, en France, y compris celles
travaillant exclusivement pour la télévision) souffre de la mutation numérique.
Les plus touchées sont les agences photos dont les prix se sont effondrés. Les
entreprises éditrices à la recherche d’économies de coûts reportent celles-ci
sur ce secteur atomisé et fragile. Les moyens et les compétences ont parfois
manqué pour réaliser les évolutions nécessaires. Il s’en suit un décalage
d’autant plus grand entre le dynamisme des initiatives de l’AFP et les freins que
connaissent les agences spécialisées. Un tel décalage a d’autant plus d’impact
que l’Agence d’information internationale est l’un de leurs principaux
concurrents. Celle-ci peut être directe comme sur la photo. Elle peut aussi être
indirecte lors d’investissements dans une structure comme Citizenside, alors
que la start-up promouvait la concurrence de photos d’amateurs.
Dans l’univers des agences, l’AFP, bénéficie de sa dimension internationale, de
sa taille et de ses capacités de développement. Elle peut ainsi opérer un
tournant qui lui permet de se positionner comme partenaire majeur des
rédactions sur le numérique. Cela vaut aussi bien pour l’information dans sa
présentation traditionnelle, que pour de nouveaux contenus, nouvelles formes
éditoriales et nouvelles prestations. Pour opérer ce tournant l’agence change
son outil éditorial. Celui-ci permettra désormais à chaque journaliste de
produire et éditer toute forme d’information (texte, photo, vidéo) sur tout
support. Parallèlement l’agence engage un partenariat avec le Numa pour les
expérimentations de nouveaux services et nouvelles formes (valorisation de ses
archives sur 50 ans avec création d’une banque de données, par exemple).
Parmi les structures mises en place pour conduire et accompagner ce
mouvement figure un comité de pilotage R & D, sorte de médialab constitué de
journalistes et d’ingénieurs. Simultanément l’agence crée un blog, sorte de
making off quotidien, dont la vocation est d’expliquer la production d’une
information. Ce dernier est également censé faciliter l’apprentissage de la
21
Il faut d’ailleurs noter la concurrence qui s’est engagée dans ce domaine entre une start-up telle que Storyful
(Irlande) dont la spécialité est de « puiser l’information sur les réseaux sociaux » et les agences d’information.
Cette dernière se revendique d’ailleurs désormais comme agence d’information auprès de sa clientèle, face aux
Reuters , AFP et autres AP.

27
relation au public Il vient conforter une approche plus générale d’observation
des publics, notamment sur les réseaux sociaux. Observation qui devrait
permettre à l’agence d’identifier les réactions des internautes à l’égard de ses
productions.

Start-up au service des entreprises productrices d’information :


Dans un registre différent de l’éditorial des start-up interviennent dans un
ensemble d’activités qui vont contribuer à la vie de l’entreprise de presse. Ce
sera par exemple le financement participatif de projets, autrement dit le
«crowdfunding ». Ce peut être aussi l’insertion et la présentation de vidéos
publicitaires en fonction du contexte d’usage. D’autres se sont spécialisées
dans la commercialisation de contenus amateurs. Des start-up conçoivent des
plateformes d’accès à des contenus payants à l’unité, etc.
Le domaine du crowdfunding est désormais bien développé et opérationnel,
comme le montre la levée de fonds importante réussie au profit de la reprise
de Nice Matin. Plusieurs start-up sont actives ici, qu’il s’agisse de Ulule,
Kisskissbankbank ou de Jaimelinfo. Les deux premières assez proches en chiffre
d’affaire collecté, d’origine française, revendiquent un leadership européen.
Celui-ci va devoir faire face désormais à l’arrivée de l’américain Kickstarter sur
leur marché.
Face à l’accueil souvent critique de vidéos publicitaire au cours de la
consultation d’articles, Médiabong développe une solution technique qui tient
compte du contexte de lecture. D’un côté le suivi du cheminement de
l’internaute permet de proposer la vidéo aux moments les moins perturbants.
De l’autre côté l’association de textes de présentation du contenu évite les
incohérences entre la sensibilité de l’utilisateur et le contenu de la vidéo.
En matière de négociation de contenus amateurs Citizenside, désormais
rattachée à un homologue anglo-saxon Newzulu (à l’initiative du fond de
pension Mathilda Media) reste en deçà des promesses mises dans cette
démarche. L’AFP qui en fut un temps actionnaire, s’en est d’ailleurs retirée.
Enfin, la notion de plateforme multiservice et multi éditeurs permettant de
monétiser les contenus à l’unité reprend de l’actualité avec le succès de
Blendle aux Pays Bas. Celui-ci change de dimension avec le soutien financier
conjoint du New York Times et du groupe Springer. L’échelle est désormais
européenne. Faut-il voir dans cette annonce une opportunité donnée à un

28
projet français dans ce domaine ? C’est en tout le pari de la toute jeune équipe
de Onemoretab. Il permet en tout cas de relativiser l’échec d’une démarche
approchante, il y a peu, sous le nom de Chronicly. Cette démarche est en tout
cas cohérente avec un modèle d’accès du public qui se fait de plus en plus, par
un surf de site en site ou au travers des réseaux sociaux, plateformes
d’échanges et liens.
Le développement d’un nouvel écosystème à la rencontre de la presse et du
numérique, appelle l’émergence et la multiplication de tels partenaires des
anciens et nouveaux médias. Il est d’ailleurs notable que nombre des
initiateurs de ces nouvelles entités ont eu un parcours, même bref, dans les
médias. Ils ont pour la plupart souhaité initialement privilégier les médias
comme partenaires (The Pixel Hunt, Journalisme ++, etc.). Cependant, tous ont
été contraints de concevoir leur activité à une échelle plus large en s’adressant
à des institutions publiques, des associations, des ONG et très souvent les
marques commerciales. En réalité, la place qu’occupent la presse et les
éditeurs numériques d’information dans leur chiffre d’affaire est souvent
marginale et occasionnelle. De fait, ceux-ci financent peu ou pas les
développements nécessaires aux innovations en matière de contenus. Dans les
médias, les télévisions sont souvent des clients plus significatifs, qui acceptent
davantage des productions expérimentales (comme Arte, France Télévision ou
Canal+). Le risque est que ces start-up se détournent complètement de la
presse d’information imprimée ou numérique. Elles ignoreraient ses besoins en
contenus innovants et surtout ses contraintes particulières. Un clivage se fait
ainsi jour au sein de la data visualisation entre ceux qui revendiquent un geste
journalistique (Journalisme ++, Ask média, wedodata) et ceux qui se pensent
aujourd’hui plus à la marge ou à l’extérieur de celui-ci (Dataveyes). Il y a là
certainement à imaginer des initiatives (aides à l’innovation) qui favorisent le
rapprochement de ces deux univers, dans une perspective d’innovation
éditoriale et d’expérimentation.

Création – renouvellement de pure players de contenu :


Les pure player de contenus (CCM Benchmark, AuFéminin, Meltygroup,
Webedia, Zoomon, etc.) occupent une place très significative dans l’offre
éditoriale, et de services aux internautes. L’espace qu’ils occupent est contigüe,
voire se situe directement dans l’information. Le choix qu’ils ont fait de se
situer hors du statut juridique d’éditeur de presse en ligne ne change rien à

29
l’affaire. Plusieurs d’entre eux réunissent sur une, voire plusieurs de leurs
marques des audiences qui font jeu égal, voire dépassent les plus puissants
sites de la presse en ligne. Tel est le cas de CommentCaMarche, Linternaute ou
de Marmiton22.
Même si chacun a des origines bien spécifiques, des publics, des contenus
éditoriaux, voire des moyens assez différents, il est possible d’identifier
plusieurs traits qui leur sont propres au regard de la presse en ligne :
Le premier de ceux-ci est la logique poussée à l’extrême du « user centric »,
c’est-à-dire de l’utilisateur au coeur du projet éditorial. Les approches
éditoriales se pensent comme une réponse directe aux attentes, aux goûts des
utilisateurs. Qu’il s’agisse d’information générale, d’information spécialisée, de
services ou de divertissements, c’est toujours la même priorité qui est affirmée.
Pour atteindre cet objectif, les équipes chargées de produire ces contenus sont
formées et organisées sur ce critère principal. Elles ont à leur disposition des
méthodologies et des outils d’analyse des attentes, en temps réel. Elles ont les
moyens de cibler précisément les internautes pour un contenu déterminé. Elles
disposent également d’outils qui garantissent les meilleurs référencements
possibles sur les moteurs de recherche.
Le second de ces traits, en pleine cohérence avec le premier vise à multiplier
les entrées éditoriales et de services, par autant de marques facilitant leur
identification. Dans le cas de Meltygroup il s’agira surtout de créations
nombreuses et régulières23. Pour Webedia il est plus souvent question
d’acquisitions en profitant des opportunités24. L’important est ici de multiplier
cibles et réponses à des attentes, de manière à réaliser des audiences
extrêmement massives, ce qui passe par un recours assez systématique à
l’internationalisation de marques telles que Aufeminin, Marmiton, Melty, Fan2,
AlloCiné, etc.
Le troisième des traits caractéristiques de ces pure players réside dans leur
organisation. Celle-ci se singularise en effet par un développement très
important des plateformes techniques. Marie-Laure Sauty de Chalon
(Auféminin), résume l’originalité de ces structures d’entreprises en parlant
« d’un tiers, un tiers un tiers : contenu, technique, commercial ». Alexandre

22
En décembre 2014, CCM réalise 10 097 000 VU, devant Marmiton 9 689 000 et Linternaute 9 353 000,
leFigaro, premier éditeur de presse en ligne se situant 9 036 000 VU, selon Mediametrie / NetRatings.
23
Melty (2008), Fan2 (2009), Melty Style, Melty Fashion et Melty Buzz (2010), Melty Food et Melty Xtrem
(2012), Melty Discovery (2014).
24
Véronique Morali parle d’un investissement de 250 millions d’Euros en acquisitions, pour Webedia.

30
Malsch (Meltygroup), évoque quant à lui un quart de l’effectif constitué de
développeurs. Et, de fait les plateformes techniques qui vont mettre au point
et faire évoluer les outils au service des producteurs de contenus, comme des
commerciaux (données relatives aux internautes et consultations) sont très
importantes. Elles regroupent plusieurs dizaines d’informaticiens,
développeurs. Véronique Morali, présidente du directoire de Webedia déclare
que le groupe emploie 150 ingénieurs et développeurs sur un effectif global de
450 personnes25. Il s’agit tellement d’une priorité, que les responsables de ces
pure players, s’inquiètent de la rareté de certaines spécialités. Ils observent
que les niveaux de salaires montent en conséquence. Ils font remarquer que
dans ce domaine les entreprises productrices de contenus sont en concurrence
avec d’autres secteurs économiques (publicité, grandes marques, etc.) et cela à
l’échelle internationale. Webedia regrettait ainsi récemment d’être freiné dans
son développement national et international par une telle pénurie.
Le quatrième trait caractéristique réside dans la volonté de ces entreprises de
se situer hors du cadre juridique et social des entreprises de médias. Les
conventions collectives des journalistes sont ici clairement visées. Elles sont
jugées handicapantes, du point de vue d’une activité décrite comme exigeant
une très grande « agilité ». Est visée ici la nature des activités confiées aux
« journalistes », plutôt qualifiés de rédacteurs ou opérateurs de contenus. Ces
derniers, outre le traitement de l’information proprement dite, ont la charge
de l’analyse de la demande la concernant, en même temps qu’ils suivent ses
performances publicitaires. Dans la critique des conventions collectives
interviennent également les niveaux de rémunérations et surtout la clause de
cession, dans un secteur où la propriété des entreprises évolue fréquemment.
C’est ce qui explique le choix assez général de la convention collective syntec,
présentée comme plus en cohérence avec les contraintes économiques d’un
secteur aussi évolutif et concurrentiel. La question est loin d’être mineure pour
des groupes de la taille de CCM Benchmark qui emploient une centaine
de « journalistes ». Meltygroup avance, quant à lui, le chiffre de 55 rédacteurs
permanents, auxquels s’ajoute une partie de la centaine de free-lances (à
l’étranger) employés par l’entreprise.
Le cinquième trait caractéristique qui peut paraître éloigné de l’éditorial, alors
que pour ces pure player de contenu il interagit étroitement sur celui-ci est la
capacité de ces entreprises ou groupes à mobiliser des capitaux dans des
volumes importants. Pour plusieurs d’entre eux ces levées de fonds se
25
Lors de la conférence des EchosEvents du 27 novembre 2014.

31

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