Maillage Hexaédrique et Delaunay
Thèmes abordés
Maillage Hexaédrique et Delaunay
Thèmes abordés
Notes — À ce niveau du document, on peut considérer que la méthode des éléments finis a été présentée,
au moins en ce qui concerne les aspects les plus classiques (et même un peu plus). Nous avons décidé,
avant d’entrer dans le détail de « subtilités » liées au comportement des matériaux et à la non-stationnarité,
d’insérer ici un petit chapitre sur le maillage, dont les techniques de construction n’ont rien de commun
avec celles relatives aux éléments eux-mêmes. De plus, nous nous restreindrons aux maillages de type
Delaunay.-Voronoï
Le maillage n’a pas seulement un intérêt en calcul scientifique. Le maillage est un « support » de représentation
tridimensionnel utilisé par exemple dans les jeux vidéo ainsi que dans les animations 3D. Dans ce dernier cas, on
s’intéresse à la qualité du maillage en lien avec la qualité de rendu de l’image générée lorsque l’on applique une
texture sur le maillage. On s’intéresse également à comment « faire bouger » le maillage pour qu’un personnage
n’apparaissent pas distordu pendant une animation...
Parfois, il ne s’agit pas de mailler un domaine, mais de le remailler. Les méthodes d’adaptation de maillage les
plus connues sont :
— Raffinement ;
— Transformation des éléments ;
— Déplacements de nœuds ;
— Simplification de maillage.
L’utilisation de différentes méthodes est illustré à la figure 14.1 issue de [71].
Définition 64 — Maillage simplexial. Un maillage simplexial Td;h d’un ouvert polygonal h de Rd est un
i j
ensemble de d -simplex K k de Rd pour k D 1:::N t , tel que l’intersection de deux d -simplex distincts K et K
i j
de Td;h soit l’ensemble vide ou le p-simplex commun à K et K avec p 6 d .
En termes plus simples : le maillage Td;h est constitué de N t éléments K k (k D 1:::N t ) appelés d -simplex
(qui sont des triangles pour d D 2 et des tétraèdres pour d D 3) tels que l’intersection (de l’adhérence) de deux
i j
éléments K et K soit soit nulles (éléments parfaitement séparés), soit un point, une arête ou une face (i.e.
un p-simplex avec p 6 d ) commun aux deux éléments.
On notera T0;h l’ensemble des sommets de Td;h , T1;h l’ensemble de ses arêtes et Td 1;h l’ensemble de ses
faces. Le bord @Td;h est l’ensemble des faces n’appartenant qu’à un seul d -simplex de Td;h
Théorème 51 Pour tout ouvert polygonal h de R2 , il existe un maillage de cet ouvert sans sommet interne
(voir figure 14.2).
i.e. une arête ai est définie par ses deux sommets .s1i ; s2i / qui sont des points de S, et un sous-domaine est défini
par une arête frontière ai et un sens de parcourt (positif ou négatif).
Définition 65 Les diagrammes de Voronoï sont les polygones convexes V i , i D 1; :::; Np formés par l’ensemble
des points de R2 plus proches de x i que des autres points x j , soit :
n o
V i D x 2 R2 =kx x i k 6 kx x j k; 8j 2 f1; :::; Np g (14.4)
Chaque point x i (point générateur) étant considéré comme une île d’où partent des bateaux, la région de Voronoï
du point x i est la région où un bateau issu de l’île x i arrive avant tout bateau issu d’une autre île. Notons qu’il
est possible de jouer avec la métrique pour définir des diagrammes de Voronoï sur d’autres géométries que la
géométrie euclidienne, et qu’il est possible également d’étendre la définition au cas où « les bateaux ne vont pas
tous à la même vitesse ». Dans ce dernier cas, on parle de diagramme de Voronoï pondéré, que nous n’utiliserons
pas dans ce document.
Les diagrammes de Voronoï sont des polygones obtenus comme intersections finies de demi-espaces et sont
k
donc convexes. De plus, les sommets v k de ces polygones sont à égale distance des points fx ij ; j D 1; :::; nk g
de S, où le nombre nk est généralement égal ou supérieur à 3. À chacun de ces sommets v k , nous pouvons associer
k
le polygone convexe construit avec les points fx ij ; j D 1; :::; nk g en tournant dans le sens trigonométrique. Ce
maillage est généralement formé de triangles, sauf si il y a des points cocycliques.
Histoire
L’usage informel des diagrammes de Voronoï remonte à Descartes en 1644. Dirichlet a utilisé des dia-
grammes de Voronoï en dimension 2 ou 3 dans son étude des formes quadratiques en 1850. Le médecin
britannique John Snow a utilisé un diagramme de Voronoï en 1854 pour montrer que la majorité des
personnes mortes dans l’épidémie de choléra de Soho (à Londres) vivait plus près de la pompe infectée de
Broad Street que de n’importe quelle autre pompe.
Définition 66 — Maillage de Delaunay. On appelle maillage de Delaunay strict, le maillage dual des dia-
grammes de Voronoï, construit en reliant deux points x i et x j , si les diagrammes V i et V j ont un segment en
commun.
Pour rendre le maillage triangulaire, il suffit de découper les polygones qui ne sont pas des triangles en
triangles. Nous appelons ces maillages des maillages de Delaunay de l’ensemble S.
F IGURE 14.3: a) points, b) ajout du diagramme de Voronoï, c) ajout de la triangulation de Delaunay et d) maillage
seul
Le domaine d’un maillage de Delaunay d’un ensemble de points S est l’intérieur du convexifié C.S/ de
l’ensemble de points S.
Il existe une propriété qui permet de savoir si un maillage est un maillage de Delaunay. C’est la propriété de la
boule ouverte.
La propriété de la boule ouverte peut être appliquée également au cas d’un quadrilatère convexe, puisque
celui-ci peut être découpé en deux triangles adjacents. Il suffit alors de vérifier la propriété pour toutes les paires de
triangles adjacents formant un quadrilatère convexe.
Si le critère de la boule ouverte n’est pas vérifié pour un quadrilatère convexe, alors on fera un échange de
diagonal pour résoudre le problème.
14.1.3 Remarques
À ce niveau, nous sommes en mesure de générer un maillage... toutefois, celui-ci n’est pas forcément exempt de
problèmes :
— si les seuls points disponibles sont sur la frontière, il va falloir générer des points internes au maillage.
En effet, le maillage généré existe, mais peut présenter des distorsions inadmissibles en termes de calcul.
Le critère le plus naturel pour distribuer les points internes est d’imposer en tout point x de R2 , le pas de
maillage h.x/. En pratique, on ne dispose pas toujours de cette information et il faut la construire à partir
des points disponibles, i.e. des points de la frontière. D’autre part, dans de nombreuses applications, on
préfère donner le nombre de subdivisions souhaitées entre deux sommets : un peu de géométrie différentielle
(longueurs d’arcs) permet de se ramener à donner une valeur à h.x/ ;
— il existe des cas où le maillage généré peut ne pas respecter la frontière (par exemple pour un domaine en
forme de « U » avec peu de points. Il existe une solution de forçage de la frontière par permutation d’un
certain nombre de diagonales. Voir figure 14.5 ;
— il faut traiter le cas des trous... mais ce n’est pas réellement difficile.
Comme il ne s’agit pas ici de donner un cours sur les algorithmes de maillage, nous en resterons là. Les maillages
triangulaires sont plutôt bien maîtrisés. Il y a de nombreux cas à traiter pour couvrir toutes les configurations
existantes, mais les bases théoriques et les réalisation pratiques existent dans tous les cas.
F IGURE 14.5: a) Points et arêtes, b) maillage de Delaunay ne respectant pas la frontière, c) maillage respectant la
frontière obtenu en échangeant des diagonales
III ÉLÉMENTS FINIS 14.4 Remarques sur le maillage quadrangulaire et hexaédrique 203
— On peut raisonner comme en CAO en générant des maillages par extrusion ou par révolution.
— Le paving est une variante de l’avancée de front. On essaye de faire un maillage de type structuré en reportant
un front « parallèle » au front existant, avec le même nombre de nœuds. Il sera nécessaire d’avoir des
distorsions à certains endroits et autour des trous, il faudra faire des coutures.
— Le Q-morph se propose de de transformer un maillage triangulaire en maillage quadrangulaire par avancée
de front. Cela ne fonctionne pas en 3D.
— Les méthodes basées sur une grille considèrent la surface ou le volume découpé(e) en carrés ou cubes selon
une grille prédéfinie. Il suffit alors d’adapter les éléments situés au bord du domaine : ceux-ci seront de
moins bonne qualité et parfois même pas totalement conformes au bord théorique.
Le maillage quadrangulaire et surtout hexaédrique reste un domaine de recherche actif.
Les théories des milieux effectifs visent à estimer les propriétés effectives (i.e. macroscopiques) d’un milieu
en fonction des propriétés locales de chacun des constituants ainsi que d’un certain nombre d’informations
sur la microstructure.
Les premières théories remontent au xixe siècle
et sont dues à Mossotti, Maxwell, Poisson ou en-
core Lorentz. Le but de ces modèles est de four-
nir soit des bornes pour le comportement effectif,
soit des approximations du comportement effectif.
Les bornes sont optimales lorsqu’il existe une mi-
crostructure particulière qui réalise exactement le
modèle physique. On évalue les « bonnes » proprié- Mossotti Maxwell Poisson Lorentz
tés de ces théories en les confrontant à d’autres résultats théoriques, calculs analytiques et numériques...
Ces théories sont utilisées pour les problèmes de conductivité (milieux diélectriques), en mécanique,
magnétique, thermique... lorsque l’on a des phases de conductivité, d’élasticité, des coefficients thermiques...
variables. Ces problèmes sont en général très difficiles à résoudre (non-linéaires et anisotropes) alors qu’en
même temps, du point de vue des applications pratiques, il n’est pas forcément nécessaire de tenir compte
de l’ensemble des degrés de liberté de ces systèmes.
L’existence d’un comportement effectif n’est nullement assurée. On montre que, sous certaines hypo-
thèses (en particulier l’existence d’un volume élémentaire représentatif ), on peut effectivement remplacer
un matériau hétérogène par un milieu homogène équivalent.
Enfin, d’un point de vue purement numérique, ces méthodes peuvent être utilisées pour « simplifier »
un système à résoudre, que cela ait un sens physique ou non.
Notons que les techniques d’homogénéisation ne sont pas que des artefacts, des trucs et astuces. Certaines
des grandeurs physiques que nous utilisons tous les jours ne sont que des moyennes. Le meilleur exemple en
est la pression. Bien qu’en un point donné d’un gaz on voit passer des particules allant en tous sens, on constate
également, à une échelle plus macroscopique, un schéma d’ensemble qui permet de définir par exemple la pression
qu’exerce ledit gaz sur une paroi... pourtant rien de « cohérent » ne se dégage à l’échelle microscopique.
Le but de ce chapitre est donc d’effectuer le passage du niveau microscopique au niveau macroscopique (histo-
riquement les premières homogénéisations, appelées alors moyennisations, utilisaient les moyennes arithmétique et
harmonique) en fournissant la justification de ce passage (existence et unicité) ainsi que la formule (l’algorithme)
de calcul des coefficients efficaces.
On rappelle également que si est un ouvert connexe borné de Rn , et H01 ./ l’espace de Sobolev des fonctions
qui s’annulent sur , alors la solution u 2 H01 ./ du problème précédent est également la solution du problème
faible : Z Z
1
8v 2 H0 ./; A.x/ru rv D f .x/v (15.2)
où f 2 L2 ./. Pour que ces deux formulation soient équivalentes, on a supposé que A.x/ est régulière : i.e.
que pour chaque x de , A.x/ est une matrice n n, dont les éléments sont mesurables et qui est symétrique,
définie-positive, bornée, i.e. qu’il existe deux constantes K1 et K2 > 0 telles que :
8v 2 Rn ; K1 v v 6 A.x/v v 6 K2 v v (15.3)
Mentionnons le cas particulier où A.x/ est régulier dans mais pas sur , alors on a deux conditions d’interface :
Nous savons également que la solution existe et est unique (d’après le théorème de Lax-Milgram, i.e. d’après le
théorème de Riesz-Fréchet en remarquant le produit scalaire qui va bien...)
0 ε 2ε 3ε x
F IGURE 15.1: Matériau périodique
coefficients A dépendent de x=". Cette écriture sous forme normalisée permet de dire que A est périodique de
période 1.
Dans le cas unidimensionnel, le problème devient :
< d A x
8 du
D f .x/ pour x 2 Œ0; l
dx " dx (15.5)
uD0 pour x D 0 et x D l
:
A est une fonction de R dans R de période 1, et nous la supposerons régulière par morceaux et telle qu’il existe K1
et K2 > 0 telles que K1 6 A.v/ 6 K2 .
La solution du problème est alors :
Z x Z y
1
u.x/ D A .y="/ f .v/dv C c1 dy C c2 (15.6)
0 0
avec c2 D 0 et
Z l Z y
1
A .y="/ f .v/dvdy
0 0
c1 D Z l
(15.7)
1
A .y="/dy
0
Le nombre d’intervalles pour le calcul approché de c1 est très grand (i.e. très supérieur à l=").
1
Exprimé autrement, ce résultat devient : le coefficient homogénéisé est 1=h A i et non pas hAi (où hi désigne la
moyenne).
B
0
A 1 x
la figure 15.2, nous disposons de la courbe correspondant à y D ur D f .x/=p.x/ (en noir) qui approche la
solution du problème donnée par la courbe rouge.
La solution exacte se confond avec ur sur la plus grande partie de l’intervalle Œ0 I 1, mais u et ur sont fortement
différents dans un voisinage des extrémités.
Cherchons une solution asymptotique sous la forme de l’ansatz :
1
X
.1/
"i uri .x/ C u0i .x="/ C u1i ..x
u 1/="/ (15.10)
i D0
où les uri .x/ sont les termes réguliers, et u0i .x="/ et u1i ..x 1/="/ les termes de couche limite correspondant aux
extrémités x D 0 et x D l.
Pour le calcul on procède donc comme suit :
— on injecte les termes réguliers de l’ansatz dans la formulation du problème ;
— on traite les extrémités pour vérifier les conditions aux limites, ce qui donne les termes de couche limite ;
— on vérifie que la solution trouvés conviennent bien (i.e. que l’erreur commise est négligeable).
15.2.1 Introduction
D’une manière générale, tous les matériaux, mêmes isotropes, sont hétérogènes en dessous d’une certaine échelle.
Il peut sembler naturel d’utiliser des propriétés homogènes équivalentes correspondant à des propriétés mécaniques
effectives. Toutefois, comme nous l’avons déjà vu, ces propriétés effectives ne s’obtiennent pas par une simple
moyenne des propriétés des constituants, mêmes pondérées par les fractions volumiques.
Les propriétés effectives du milieu homogène équivalent cherché peuvent être obtenues en résolvant un
problème aux limites sur un volume élémentaire d V , à condition que celui-ci soit suffisamment grand pour être
représentatif de la microstructure du matériau hétérogène. Dans le cas où les constituants présentent une structure
périodique, le volume d V peut se réduire à un volume élémentaire.
Une fois le volume élémentaire déterminé, on le soumet à des sollicitations élémentaires pour déterminer la
réponse résultante. La difficulté réside en fait dans le choix des conditions aux limites à appliquer au volume
élémentaire considéré pour imposer une déformation ou contrainte globale moyenne donnée. Dans le cas linéaire,
on peut prouver l’existence et l’unicité pour les différents cas de conditions aux limites existants.
Principalement pour les composites stratifiés ou sandwichs, il y a deux niveaux d’homogénéisation :
— du niveau micromécanique au niveau mésoscopique : Les hétérogénéités de base sont les fibres et la matrice.
On effectue ici une étape d’homogénéisation locale.
— du niveau mésoscopique au niveau macroscopique : Les hétérogénéités de base sont les différentes couches
du stratifié. Ces couches sont considérées comme « homogènes » (étape précédente). Cette fois, il s’agit
d’une homogénéisation dans l’épaisseur du stratifié.
On pourra par exemple se reporter à [97] pour voir comment cela est utilisé pour développer un modèle de
plaque homogénéisée équivalente à un matériau fait de carton ondulé entre deux peaux de carton.
V D Vm C Vf D 1 (15.14)
III ÉLÉMENTS FINIS 15.2 Homogénéisation simplifiée pour les matériaux composites 209
— Matrice : comportement élastique non-linéaire, isotrope de coefficients Em et m .
Elongitudinal D El D Ef Vf C Em Vm (15.15)
C’est la loi des mélanges, qui est bien vérifiée dans la direction des fibres. Il s’agit de la borne supérieure de
Voigt (1887).
— deuxième essai — Il s’effectue dans la direction perpendiculaire aux fibres (compression transversale)
1 1 Vf Vm
D D C (15.16)
Etransverse Et Ef Em
C’est la loi des mélanges en souplesse. Cette relation n’est pas très bien vérifiée transversalement mais donne
une indication sur la borne inférieure, dite de Reuss (1929).
— Module de cisaillement et coefficient de Poisson d’un UD par la loi des mélanges :
1 Vf Vm
lt D f Vf C m Vm et D C (15.17)
Glt Gf Gm
Les modèles à bornes fournissent un encadrement du comportement mécanique du matériau composite par des
comportements mécaniques limites (bornes). Ils sont obtenus par la résolution du problème de l’élasticité linéaire
sous forme faible. La minimisation de l’énergie potentielle conduit à la borne supérieure de Voigt. la résolution en
contrainte conduit à la borne inférieure de Reuss.
Pour gagner un peu en généralité, on peut remplacer les termes fibres et matrice par des phases, car ces modèles
sont applicables à des mélanges de polymères (matériaux composés) et à des composites chargés par des particules
diverses.
Les bornes correspondent aux associations série des deux phases (borne inférieure de Reuss, équivalent au
modèle du module transverse équivalent de la loi des mélanges) et parallèle (borne supérieure de Voigt, équivalent
au modèle du module longitudinal équivalent de la loi des mélanges).
Aucune hypothèse n’est faite sur la morphologie du matériau. Il est simplement admis que pour le modèle de
Reuss, la contrainte est homogène dans les deux phases (continuité de la contrainte) et, pour le modèle de Voigt, la
déformation est constante (continuité de la déformation) dans tout le composite. L’intérêt est limité dès que l’écart
des caractéristiques des deux phases est important.
Évidemment, d’autres modèles existent :
— Hashin et Shtrikman (1963) : resserre les bornes de Reuss et Voigt
— Takayanagi (combinaison de Reuss et Voigt)
— Halpin - Tsaï : pour le renforcement par des fibres courtes alignées
— Tsaï - Pagano : fibres courtes
— Halpin - Kardos : extension de la précédente
Dans ce document, visant un public plutôt mécanicien, nous nous intéresserons essentiellement à de l’optimisa-
tion de « structures », et nous envisagerons les cas suivants :
— l’optimisation paramétrique où l’on dispose d’un nombre réduit de variables qui paramètrent la structure (par
exemple l’épaisseur d’une plaque, l’orientation des plis d’un composite...). Nous verrons que des problèmes
d’homogénéisation entrent dans ce cadre ;
— l’optimisation géométrique : il s’agit du cas où l’on souhaite faire varier toute ou partie de la forme des
frontières, mais sans changer la topologie de la pièce, i.e. sans ajouter ou supprimer de « trous » ;
— l’optimisation topologique : c’est le cas le plus général d’optimisation de forme d’une structure. On cherche
à trouver la meilleure forme possible sans restriction, i.e. quitte à modifier la topologie.
Si l’on s’en sort en 2D en remarquant qu’une topologie est caractérisée par le nombre de composantes
connexes des bords, cela est plus compliqué en 3D où il faut en plus tenir compte du nombre d’anses ou de
boucles de la structure.
Notre présentation de l’optimisation se concentrera sur l’approche continue, l’approche discrète n’étant que
très brièvement mentionnée au paragraphe 16.1.7 afin de justifier notre choix de l’optimisation continue.
Histoire
Le mot « optimiser » a pour origine latine « optimum » qui signifie le meilleur. Il s’agit donc de faire les
choses de la meilleure façon qui soit, ou encore de concevoir la meilleure des solutions possibles en terme
d’objectif prescrit (minimisation ou maximisation) et répondant à un ensemble de contraintes. L’optimisa-
tion commence avec le calcul des variations, même si des exemples plus anciens peuvent être trouvés.
Lié à la mythologie de la création de Carthage, résolu élégamment par la reine Didon, ce problème
d’isopérimétrie, connu sous le nom de « Problème de Didon », est sans doute l’un des plus ancien problème
d’optimisation dont on trouve trace.
Définition 68 — Suite minimisante. Une suite minimisante du critère J sur K est une suite .un /n2N telle
que :
un 2 K; 8n et lim J.un / D inf J.v/ (16.4)
n!1 v2K
Évidemment, nous allons nous intéresser à l’optimisation en dimension finie, et pour cela, nous nous servirons du
résultats suivant :
Quelle que soit la suite .un /n2N dans K; lim kun k D C1 ) lim J.un / D C1 (16.5)
n!1 n!1
Remarque. Le théorème précédent n’est pas toujours vérifié en dimension infinie : une fonction continue sur un fermé borné
n’atteint pas toujours son minimum.
Une fonction J définie sur un ensemble convexe non vide K et à valeurs dans R est dite convexe sur K si et
seulement si :
J. x C .1 /y/ 6 J.x/ C .1 /J.y/; 8x; y 2 K; 8 2 Œ0 I 1 (16.7)
Si de plus l’inégalité précédente est stricte lorsque x ¤ y et 2 0 I 1Œ, alors la fonction J est dite strictement
convexe.
On dispose alors du résultat suivant d’existence :
Théorème 54 — Existence du minimum. Soient K un convexe fermé non vide d’un espace de Banach
réflexif V , et J une fonction convexe continue sur K qui est infinie à l’infini dans K, i.e. qui vérifie l’équa-
tion (16.5), alors il existe un minimum de J sur K.
Théorème 55 — Unicité du minimum. Si de plus la fonction J est strictement convexe, alors il existe au plus
un point de minimum.
Théorème 56 Si la fonction J est convexe sur un ensemble convexe K, alors tout point de minimum local de J
sur K est un minimum global.
On voit donc tout l’intérêt de vérifier que notre fonction objectif est convexe. Un exemple d’un tel problème en
mécanique est la minimisation de l’énergie.
Définition 70 — Différentiabilité au sens de Fréchet. Soit V un espace de Banach. On dit que la fonction J ,
définie au voisinage de u 2 V et à valeurs dans R, est différentiable au sens de Fréchet en u s’il existe une forme
linéaire L 2 V 0 , continue sur V , telle que :
jo.v/j
J.u C v/ D J.u/ C L.v/ C o.v/; avec lim D0 (16.8)
v!0 kvk
On appelle L la différentielle (ou la dérivée, ou le gradient) de J en u que l’on note L D J 0 .u/, ou encore L.v/ D
hJ 0 .u/; viV 0 ;V .
Remarques. Si V est un espace de Hilbert, alors le théorème de représentation de Riesz-Fréchet, donné par l’équation (7.5),
permet d’identifier V à son dual V 0 . Il existe donc un unique p 2 V tel que hp; vi D L.v/. On note p D J 0 .u/.
Cette identification V D V 0 est utilisée si V D RN ou V D L2 ./.
En pratique, il est plus simple de calculer la dérivée directionnelle :
j 0 .0/ D hJ 0 .u/; viV 0 ;V (16.9)
avec j.t / D J.u C tv/.
Lien entre minimisation et formulation variationnelle. Nous nous proposons de retrouver les résultats
du paragraphe 7.6.
Soient a.:; :/ une forme bilinéaire symétrique (continue coercitive) et f .:/ une forme linéaire
continue. On considère la fonction J.u/ D 12 a.u; u/ f .u/. On pose, comme ci-dessus, j.t / D
J.u C tv/. On a donc :
t2
j.t / Da.v; v/ C t .a.u; v/ f .v// C J.u/
2
On dérive j par rapport à t, ce qui donne :
j 0 .t / D t a.v; v/ C a.u; v/ f .v/
Par définition, on a j 0 .0/ D hJ 0 .u/; viV 0 ;V , donc :
hJ 0 .u/; viV 0 ;V D a.u; v/ f .v/
La condition J 0 .u/ D 0 est une formulation variationnelle. On peut ainsi démontrer l’équivalence
entre la minimisation de l’énergie J.u/ et la résolution de la formulation variationnelle.
Ce résultat est fondamental (et souvent utilisé, donc à connaître). La question que l’on est en droit
de se poser est alors de savoir si une telle équivalence tient toujours dans le cas général. La réponse est
oui, et nous allons maintenant présenter ces résultats.