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Variable Complexe L3

Le document présente un cours sur les fonctions holomorphes, mettant en avant les travaux d'Augustin Louis Cauchy et sa théorie des fonctions d'une variable complexe. Il aborde des concepts clés tels que la dérivation complexe, l'intégration sur des chemins, et les propriétés analytiques des fonctions holomorphes. La structure du cours inclut des définitions, des propositions, et des exercices pour approfondir la compréhension des sujets traités.

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Variable Complexe L3

Le document présente un cours sur les fonctions holomorphes, mettant en avant les travaux d'Augustin Louis Cauchy et sa théorie des fonctions d'une variable complexe. Il aborde des concepts clés tels que la dérivation complexe, l'intégration sur des chemins, et les propriétés analytiques des fonctions holomorphes. La structure du cours inclut des définitions, des propositions, et des exercices pour approfondir la compréhension des sujets traités.

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Année 2002/2003

Faculté de MathInfo
Licence de Mathématiques
Premier semestre
UV LM7

COURS DE VARIABLE COMPLEXE

Professeur Y. Lacroix
i

Extrait de l’encyclopédie hachette multimédia, version 2001 :


Augustin Louis, baron Cauchy. “Mathématicien français (Paris, 1789 Sceaux,
1857). Augustin Louis Cauchy est né à Paris quelques semaines après la prise de
la Bastille. Son père, Louis François Cauchy, avocat au parlement de Normandie et
secrétaire de l’intendant de Haute-Normandie jusqu’en 1785, avait suivi ce dernier à
Paris et avait échappé à la guillotine en 1794 en se retirant à Arcueil”.
“... La partie la plus importante et la plus originale de l’oeuvre de Cauchy est sa théorie
des fonctions holomorphes d’une variable complexe. En1825, il fonde la théorie des fonc-
tions de la variable complexe au moyen de l’intégrale prise entre deux limites complexes
dans son “Mémoire sur des intégrales définies prises entre des limites imaginaires”, et
fait de cette idée un outil très puissant pour résoudre de nombreux problèmes : calcul
d’intégrales définies, développements en série, représentation de solutions d’équations
différentielles, etc”.
ii

TABLE DES MATIÈRES


1. Fonctions holomorphes. 1
1.1. Dérivation complexe. 1
1.2. Analycité. 3
1.3. Dérivabilité et différentiabilité 4
1.4. Equations de Cauchy, expressions polaires 5
1.5. Exercices. 5
2. Intégration sur des chemins. 7
2.1. Intégrales sur les chemins. 7
2.2. L’indice. 8
2.3. Expression intégrale des fonctions analytiques. 9
2.4. Exercices. 11
3. Primitives des fonctions complexes. 12
3.1. Primitives. 12
3.2. Primitives et intégrales. 12
3.3. Primitives dans un ouvert étoilé. 12
3.4. Primitives dans un domaine. 13
3.5. Exercices. 14
4. Analycité des fonctions holomorphes. 15
4.1. Théorème de Goursat. 15
4.2. Théorème de d’Alembert. 16
4.3. Formule intégrale de Cauchy pour un disque et pro-
priété de moyenne. 16
4.4. Analycité des fonctions holomorphes. 18
4.5. Formule intégrale de Cauchy pour un ouvert étoilé.19
4.6. Théorème de Morera et convergence uniforme sur les
compacts. 19
4.7. Exercices. 20
5. Zéros des fonctions holomorphes. 21
5.1. Etude au vosinnage d’un zéro. 21
5.2. Distribution des zéros. 22
5.3. Principe du prolongement analytique. 23
5.4. Principe du maximum. 23
5.5. Exercices. 24
6. Points singuliers. 25
6.1. Points singuliers isolés. 25
6.2. Résidu. 25
6.3. Fausses singularités. 26
6.4. Etude au voisinnage d’un pôle. 26
6.5. Point singulier essentiel. 28
6.6. Partie singulière 28
6.7. Exercices. 29
7. Théorème des résidus. 30
iii

7.1 : Lemmes préliminaires 30


7.2 : le Théorème des Résidus 30
7.3 : dénombrement des zéros et des pôles 31
7.4 : le Théorème de l’image ouverte 34
7.5 : le Théorème d’inversion locale 35
7.6 : exercices 36
8. Application au calcul des intégrales. 37
8.1 : intégrales du premier type 37
8.2 : intégrales du second type 37
8.3 : intégrales du troisième type 38
8.3.1 : pas de singularité sur l’axe. 38
8.3.2 : des singularités sur l’axe. 39
8.4 : intégrales du quatrième type 40
8.5 : intégrales du cinquième type 41
8.6 : exercices 42
9. Suites et séries de fonctions holomorphes
ou méromorphes. 43
9.1 : suites de fonctions holomorphes 43
9.2 : séries de fonctions méromorphes 44
9.3 : applications : formule d’Euler et autres
développements 45
9.4 : reconstructions 47
9.5 : produits infinis 48
9.6 : exercices 50
Annexe. Le bestiaire des fonctions usuelles. 51
Annales. 54

Bibliographie
[AA] : J. Avignat et E. Azoulay, “Compléments d’analyse”, Edisciences International
(1994).
[C] : H. Cartan, “Théorie élémentaire des fonctions d’une ou plusieurs variables com-
plexes”, Collection Enseignement des Sciences, 1, Hermann Editeur.
[C] : S. D. Chatterji, “Cours d’analyse, 2. Analyse complexe”, Presses polytechniques et
universitaires romandes (1997).
[P] : J.-F. Pabion, “Elémenst d’analyse complexe, Licence de Mathématiques”, Ellipses
(1995).
[R] : W. Rudin, “Analyse réelle et complexe”, Masson (1987).

Et bien d’autres... .
CHAPITRE 1 : FONCTIONS HOLOMORPHES 1

Chapitre 1 : fonctions holomorphes


Nous étudions dans ce chapitre les fonctions f : Ω → C, avec Ω ⊂ C ouvert, et telles
qu’en a ∈ Ω,
f (z) − f (a)
lim
z→a z−a
existe. Nous verrons que ces fonctions ont des propriétés fortes d’analycité.
1.1 : dérivation complexe.
Quelques notations et notions de bases sont nécessaires pour commencer.
Espace topologique (X, Θ) : c’est un couple où X est un ensemble et Θ ⊂ P(X) est un
sous-ensemble de parties de X, appelées les ouverts de la topologie, et tels que ∅, X ∈ Θ,
O1 , O2 ∈ Θ ⇒ O1 ∩ O2 ∈ Θ, et (Oi )i∈I ∈ ΘI ⇒ ∪i∈I Oi ∈ Θ.
Par exemple, l’ensemble des unions quelconques d’intervalles ouverts de R muni R
d’une topologie (dite euclidienne). Aussi, l’ensemble des unions quelconques de disques
ouverts dans le plan complexe muni C d’une topologie (euclidienne, encore).
Si r > 0 et si a ∈ Ω, notons

D(a, r) = {z : |z − a| < r} (resp. D̄(a, r) = {z : |z − a| ≤ r})

le disque ouvert (resp. fermé) de centre a et de rayon r du plan complexe. Notons


D′ (a, r) = D(a, r) \ {a} = {z : 0 < |z − a| < r} le disque ouvert épointé.
Dans ce cours, C sera muni de sa topologie euclidienne. Donc un ouvert est une union
de boules ouvertes. On démontre sans peine (exercice) qu’un ensemble Ω ⊂ C est ouvert
si et seulement si quel que soit x ∈ Ω, il existe r > 0 tel que D(x, r) ⊂ Ω. Le LM4
développera ces notions plus en détails.
Rappelons qu’un sous-ensemble E ⊂ X d’un espace topologique X est connexe s’il
n’existe pas deux ouverts U et V tels que E ⊂ U ∪ V , E ∩ U ̸= ∅, E ∩ V ̸= ∅, et
E ∩ U ∩ V = ∅.
Dans la suite de ce cours, Ω désignera un ouvert du plan.
Définition 1.1.1. Soit f : Ω → C et soit z0 ∈ Ω. Nous dirons que f est dérivable
en z0 si la limite suivante, notée f ′ (z0 ), existe :

f (z) − f (z0 )
lim .
z→z0 z − z0

Si ceci est vrai pour chaque z0 ∈ Ω, nous dirons que f est holomorphe sur Ω.
Nous noterons H(Ω) l’ensemble des fonctions holomorphes sur Ω.
Remarque. Il ne faut pas confondre la dérivabilité en z0 et la différentiabilité en z0 ,
si nous identifions C à R2 . La dérivabilité entraı̂ne la différentiabilité, mais la réciproque
est fausse. Cf. infra avec les équations de Cauchy.
Voici quelques propriétés de base de la dérivabilité (et de l’holomorphie, donc) :
2 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Proposition 1.1.2. Soient f, g : Ω → C dérivables en z0 (resp. holomorphes sur Ω).


Alors f + g et f g le sont, et

(f + g)′ = f ′ + g ′ , (f g)′ (z0 ) = f ′ (z0 )g(z0 ) + f (z0 )g ′ (z0 ).


!
Si en outre g ne s’annule pas en z0 , f g est holomorphe en z0 et
" #′
f f ′ (z0 )g(z0 ) − f (z0 )g ′ (z0 )
(z0 ) = .
g g(z0 )2

Donc f /g est holomorphe sur Ω \ g −1 ({0}) si f et g le sont sur Ω.


Supposons que f ∈ H(Ω), que Ω1 ⊂ C soit ouvert, que g ∈ H(Ω1 ), et qu’enfin
f (Ω) ⊂ Ω1 . Alors la composée g ◦ f ∈ H(Ω), et

(g ◦ f )′ (z0 ) = g ′ (f (z0 ))f ′ (z0 ).

Preuve. Ajouter les limites pour la somme, et utiliser la formule xy − ab = (x −


a)y + a(y − b) pour le produit, en remarquant que la dérivabilité entraı̂ne la continuité.

Montrer que 1/g est dérivable en z0 et a pour dérivée −g (z0 )
g(z0 )2 , puis appliquer la formule
produit.
Pour la composée, la preuve s’inspire aussi du cas réel, issu du Deug. Transcrivons le
contenu de l’assertion “les limites existent” : notons w0 = f (z0 ). Alors il existe ε : Ω → C
et η : Ω1 → C telles que limz→z0 ε(z) = 0 et limw→w0 η(w) = 0, et que

f (z) − f (z0 ) = (f ′ (z0 ) + ε(z))(z − z0 )


g(w) − g(w0 ) = (g ′ (w0 ) + η(w))(w − w0 ).

Pour conclure remarquer que

(g ◦ f )(z) − (g ◦ f )(z0 )
= [g ′ (f (z0 )) + η(f (z))] [f ′ (z0 ) + ε(z)],
z − z0

et utiliser “dérivable entraı̂ne continue”. !


Y-a-t-il des fonctions holomorphes??? Oui. Tout ce qui est polynôme de la variable
complexe, à coefficients complexes, l’est dans le plan, les calculs de dérivées coı̈ncident
avec ceux du deug pour ce qui est du cas réel. De même pour les fractions rationnelles en
la variable complexe, à condition d’être bien définies (par exemple z → z1 ∈ H(C \ {0})
(vérifer au passage que C \ {0} est un ouvert-connexe...)).
CHAPITRE 1 : FONCTIONS HOLOMORPHES 3

1.2 : analycité.
Proposition - Définition 1.2.1. Soient a ∈ C et (cn )n≥0 ∈ CN . Considérons la
série entière $
cn (z − a)n .
n≥0

Nous admettrons que lui correspond un unique R ∈ [0, +∞[∪{+∞}, appelé son rayon
de convergence, tel que la série converge absolument et uniformément sur D̄(a, r) si
0 ≤ r < R, et diverge à l’extérieur de D̄(a, R).
Son rayon de convergence est donné par la formule d’Hadamard (d’autres l’appellent
de Cauchy) :
1 1
= lim sup |cn | n .
R n
Nous dirons que f : Ω → C est développable en série entière
% en a ∈ Ω si il existe
r > 0 tel que D(a, r) ⊂ Ω et qu’il existe une série entière n cn (z − a)n de rayon de
convergence R > r qui converge vers f (z) pour tout z ∈ D(a, r).
Nous dirons que f est analytique sur Ω si f est développable en série entière en tout
point de Ω.
Théorème 1.2.2.“Analytique entraı̂ne holomorphe”. Si f est analytique dans
Ω alors f ∈ H(Ω) et f ′ est analytique dans Ω. Et donc une fonction analytique est
indéfiniment dérivable et ses dérivées sont analytiques.
De fait, si l’on développe f en série entière conformément à la définition 1.1.3., si
$ $
f (z) = cn (z−a)n pour z ∈ D(a, r), alors f ′ (z) = ncn (z−a)n−1 pour z ∈ D(a, r).
n≥0 n≥1

Preuve. La fonction f étant analytique,


% si a ∈ Ω, il existe r > 0 tel que D(a, r) ⊂ Ω,
et il existe une série entière S(z) = n≥0 cn (z − a)n de rayon de convergence R > r
telle
% que f = S sur D(a, r). Alors le critère d’Hadamard montre que la série T (z) =
n−1
n≥1 ncn (z − a) a le même rayon de convergence que le série S, et donc converge
absolument uniformément dans D̄(a, r).
Pour simplifier nous pouvons supposer que a = 0, sans altérer la généralité de la
preuve. Soit w ∈ D(0, r) et soit ρ > 0 tel que |w| < ρ < r. Si z ̸= w, alors par
convergence simple des séries impliquées,
S(z) − S(w) $ & z n − wn '
n−1
− T (w) = cn − nw .
z−w z−w
n≥1
%n−1
Le terme correspondant à n = 1 ci-dessus est nul, et il vaut (z − w) k=1 kwk−1 z n−k−1
si n ≥ 2. Si n ≥ 2 et si en plus |z| < ρ, alors en module, ce terme ne dépasse pas
|z − a| n(n−1)
2 ρn−2 , et donc pour un tel z,
( (
( S(z) − S(w) ( $
( − g(w) ( ≤ |z − w| n2 |cn |ρn−2 .
( z−w (
n≥2
4 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

La série de gauche ci-dessus converge (critère de Hadamard), et donc, si z → w, on a


S(z)−S(w)
z−w
→ T (z), et puisque f coı̈ncide avec S localement, nous en déduisons que f ′
existe et vaut T . !
Nous verrons au Chapitre 4 que la réciproque est vraie : toute holomorphe sur un
ouvert y est analytique.
1.3. Dérivabilité et différentiabilité.
Une f : Ω → C peut être interprétée comme une f : Ω ⊂ R2 → R2 , et de ce fait, il
est naturel de tenter de rapprocher la notion de différentiabilité de celle de dérivation
complexe que nous venons d’aborder.
Cette f sera différentiable en z0 ∈ Ω si il existe une application R-linéaire Dfz0 de R2
vers lui-même et telle que
f (z0 + h + ik) − f (z0 ) − Dfz0 (h, k)
lim ) = 0,
h,k→0 |h|2 + |k|2
et donc si f ′ (z0 ) existe, en posant Dfz0 (h, k) = (h + ik)f ′ (z0 ), on constate que la
dérivabilité entraı̂ne la différentiabilité, et que dans le cas dérivable, la différentielle
(l’application R-linéaire Dfz0 ) a une forme particulièrement simple. Plus spécifiquement,
sa différentielle n’est pas seulement R-linéaire, mais aussi C-linéaire. En outre, puisque
dans le cas différentiable, on a
∂f ∂f
(z0 ) = Dfz0 (1, 0) et (z0 ) = Dfz0 (0, 1),
∂x ∂y
il vient que dans le cas dérivable,
∂f ∂f
(z0 ) = f ′ (z0 ) et (z0 ) = if ′ (z0 ),
∂x ∂y
et donc
∂f ∂f
(z0 ) + i (z0 ) = 0. (C)
∂x ∂y
Réciproquement, si f est différentiable en z0 et satisfait à la relation (C), elle est
dérivable en z0 et sa dérivée en z0 vaut Dfz0 (1, 0), donc :
Proposition 1.3.1. “Equations de Cauchy”. Soit f : Ω → C, avec Ω ouvert de C.
Pour que f soit dérivable en z0 ∈ Ω, il faut et il suffit qu’en tant que fonction de deux
variables, elle soit différentiable en z0 et que sa différentielle vérifie (C) en z0 .
En outre, si nous écrivons f = P + iQ, avec P, Q à valeurs réelles, la condition (C)
se traduit sous la forme des équations de Cauchy :
∂P ∂Q ∂P ∂Q
= , =− .
∂x ∂y ∂y ∂x

Preuve. Tout est déjà fait si ce n’est de remarquer que f est différentiable si et
seulement si P et Q le sont, et qu’alors Df = DP + iDQ. Il ne reste plus qu’à traduire
(C) sur P et Q. !
CHAPITRE 1 : FONCTIONS HOLOMORPHES 5

1.4. Expressions polaires des équations de Cauchy.


La formule du changement de variable existe pour les applications de plusieurs vari-
ables. Ici, nous allons supposer z ̸= 0 et poser z = reiθ . Nous noterons g(r, θ) = f (reiθ ).
En utilisant la formule de différenciation d’une composée, et donc ici en restreignant
(r, θ) à varier dans ]0, +∞[×]α, α + 2π[, nous avons
* ∂g ∂f ∂f
∂r = cos θ ∂x + sin θ ∂y ;
∂g
∂θ = −r sin θ ∂f ∂f
∂x + r cos θ ∂y .

Ces formules s’inversent, et donnent le système


+ ∂f ∂g sin θ ∂g
∂x = cos θ ∂r − r ∂θ ;
∂f
∂y
= sin θ ∂g
∂r
+ cosr θ ∂g
∂θ
.
∂f
La condition ∂y = i ∂f
∂x (cf. (C)) s’écrit alors

1 ∂g ∂g
=i . (C̃)
r ∂θ ∂r
Du coup, les équations de Cauchy deviennent, si f = P + iQ et g = P̃ + iQ̃,
*
∂ P̃ 1 ∂ Q̃
∂r = r ∂θ ;
∂ Q̃
∂r
= − 1r ∂∂θP̃ .

1.5 : exercices. % n
Ex. 1.5.1 : montrer que si l’on pose exp(z) = n≥0 zn! , on obtient une série de rayon
de convergence infini. % Montrer que% z /→ exp(z) ∈ H(C).
Ex. 1.5.2 : soient n≥0 un et n≥0 vn deux séries de nombres complexes absolument
% %
convergentes. On pose wn = 0≤k≤n uk vn−k , n ≥ 0. Montrer qu’alors n≥0 wn est
% ,% - ,% -
absolument convergente, et que n≥0 wn = n≥0 un vn .
% n
% n≥0 n
Ex. 1.5.3 : soient A(X) = n≥0 an X et B(X) = n≥0 bn X deux séries entières
%
de rayon de convergence ≥ ρ > 0. Montrer que leur somme S(X) = n≥0 (an + bn )X n
% %
et leur produit P (X) = n≥0 ( k≤n ak bn−k )X n , formels, ont un rayon de convergence
≥ ρ. Montrer ensuite que si |z| < ρ, alors S(z) = A(z) + B(z) et P (z) = A(z)B(z).
En déduire que exp(z1 +% z2 ) = exp(z1 ) exp(z2 ), z1 , z2 ∈ C.
Ex. 1.5.4 : soit S(z) = n≥0 an (z − a)n une série entière de rayon de convergence
R > 0. Montrer que S : z /→ S(z) est indéfiniment dérivable sur D(a, R), et montrer que
pour chaque n ≥ 0,
S (n) (a)
an = .
n!
Supposons que f : % D(a, r) → C soit analytique, % et qu’en b ∈ D(a, r), il existe deux
séries entières S(z) = n≥0 sn (z − b)n et T (z) = n≥0 tn (z − b)n , de rayons de conver-
gence ≥ ρ > 0, et un 0 < ε ≤ ρ, telles que dans D(a, r) ∩ D(b, ε), f = S = T . Montrer
6 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

que pour chaque n ≥ 0, sn = tn , autrement dit que le développement en série entière est
unique.
Ex. 1.5.5 : on pose sin(z) = exp(iz)−exp(−iz)
2i
et cos(z) = exp(iz)+exp(−iz)
2
. Montrer que

cos(z + z ′ ) = cos z cos z ′ − sin z sin z ′


sin(z + z ′ ) = sin z cos z ′ + cos z sin z ′
cos2 z + sin2 z = 1.

Ex. 1.5.6 : un Théorème Taubérien.


Soient (αn )n≥0 et (βn )n≥0 deux suites de nombres ayant les propriétés suivantes :
a) il existe M > 0 telle que pour tout n ≥ 1,

|α1 + . . . + αn | ≤ M ;

b) les βn sont réels positifs ou nuls et décroissent.


1 : montrer qu’alors pour tout n ≥ 1, |α1 β1 +. . .+αn βn | ≤ M β1 (Indication : introduire
sn = α1 +. . .+αn et%écrire α1 β1 +. . .+αn βn = (β1 −β2 )s1 +. . .+(βn−1 −βn )sn−1 +βn sn ).
2 : soit S(X) = n≥0 an %X n une série entière à coefficients complexes, de rayon de
%
convergence 1, et telle que n≥0 an converge. Utiliser 1 pour montrer que n≥0 an xn
converge uniformément dans l’intervalle fermé [0, 1], et en conclure que
$ $
lim
x→1,
a n xn = an .
0<x<1 n≥0 n≥0

Ex. 1.5.7 : montrer que z /→ z̄ n’est nulle part dérivable.


CHAPITRE 2 : INTÉGRATION SUR DES CHEMINS 7

Chapitre 2 : Intégration sur des chemins


2.1. Intégrales sur les chemins.
Soit (X, Θ) un espace topologique. Une courbe dans X est une application continue
γ : [α, β] → X, où α < β ∈ R. Nous appelons [α, β] l’intervalle de paramétrage de γ,
et notons γ ⋆ l’image de l’application γ.
Si le point initial γ(α) coı̈ncide avec le point final γ(β), nous dirons que γ est une
courbe fermée.
Un chemin est une courbe du plan C muni de sa topologie euclidienne, continûment
dérivable par morceaux (c’est à dire qu’il existe une partition finie de [α, β] en des in-
tervalles fermés ne s’intersectant, au plus, qu’en leurs extrémités, et tels que sur chacun
d’eux, γ restreinte est de classe C 1 ).
Un chemin fermé est une courbe fermée qui est aussi un chemin.
Supposons que γ soit une chemin, et que f : γ ⋆ → C soit une fonction continue. On
pose alors
. . β
f (z)dz = f (γ(t))γ ′(t)dt, (2 − 1)
γ α

l’intégrale ci-dessus étant bien définie au sens de Riemann.


Si φ : [α1 , β1 ] → [α, β] est bijective, continûment dérivable, et si φ(α1 ) = α et φ(β1 ) =
β, alors γ1 = γ ◦ φ est un chemin, et γ1⋆ = γ ⋆ . De plus, par le théorème élémentaire du
changement de variables dans les intégrales des fonctions continues, on a
. β1 . β1 . β
f (γ1 (t))γ1′ (t)dt = ′
f (γ(φ(t)))γ (φ(t))φ (t)dt = ′
γ(φ(t))γ ′(t)dt,
α1 α1 α

et donc . .
f (z)dz = f (z)dz.
γ1 γ

Nous dirons que les deux chemins γ1 et γ précédents sont équivalents. Le lecteur
vérifie
/ sans peine que c’est une relation d’équivalence. Et donc nous avons démontré que
γ
f (z)dz ne change pas si l’on remplace γ par un chemin équivalent.
Etant donnés deux chemins γ1 et γ2 , nous pouvons choisir les intervalles de paramétrage
de sorte que celui de γ1 soit [a, b] et celui de γ2 soit [b, c]. Si le point final de γ1
coı̈ncide avec le point initial de γ2 , en joignant les deux, puisque seules la continuı̈té
et la dérivabilité par morceaux sont éxigées, nous obtenons un chemin γ paramétré par
[a, c], appelé la somme de γ1 et de γ2 , noté γ1 + γ2 , et tel que γ ⋆ = γ1⋆ ∪ γ2⋆ . Alors la
relation de Chasles sur l’intégrale de a à c en passant par b montre que
. . .
f (z)dz = f (z)dz + f (z)dz. (2 − 2)
γ γ1 γ2

Supposons maintenant que [0, 1] paramètre le chemin γ et posons γ1 (t) = γ(1 − t),
0 ≤ t ≤ 1. Alors γ1 est un chemin, γ1⋆ = γ ⋆ , mais si f ∈ C 0 (γ ⋆ , C) (les fonctions continues
8 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

f : γ ⋆ → C), alors
. . 1 .

f (z)dz = f (γ(1 − t))γ (1 − t)(−1)dt = − f (z)dz. (2 − 3)
γ1 0 γ

On appelle γ1 le chemin opposé au chemin γ, noté −γ.


Pour le module, nous avons
(. ( ((. β (
( . β
( ( ( ′
|γ ′ (t)|dt,
(
( f (z)dz ( = (
( ( ( f (γ(t))γ (t)dt( ≤∥ f ∥∞ (2 − 4)
γ α ( α


où ∥ f ∥∞ = supz∈γ ⋆ |f (z)|, et α
|γ ′ (t)|dt représente la longueur du chemin γ, il sera
noté L(γ).
2.2. : l’indice.
Rappelons que R ou C munis de leur topologie euclidienne ont quelques propriétés
très fortes : ces propriétés, que nous allons énoncer, sont vraies avec plus de généralité,
mais ici, seuls nous intéressent la droite et le plan euclidiens.
Un intervalle fermé [α, β] de R est compact : plus généralement les com-
pacts de la droite ou du plan sont les fermés bornés, les fermés étant les
complémentaires des ouverts. Toute fonction continue à valeurs dans le plan,
définie sur un compact, est bornée et dans le cas réel, atteint ses bornes.
En outre, l’image continue d’un compact est compacte.
Si Ω est un ouvert du plan, et si z ∈ Ω, c(z) désigne la composante con-
nexe de z : c’est le plus grand connexe contenant z et contenu dans Ω. Parcequ’Ω
est ouvert, c(z) est ouvert. Si z ′ ∈ Ω, on a ou bien c(z) = c(z ′ ), ou bien
c(z) ∩ c(z ′ ) = ∅. Si C ⊂ Ω est connexe, alors C ⊂ c(z) dès que z ∈ C.
Si f : Ω → Z est continue, alors f est constante sur les composantes con-
nexes de Ω, car l’image continue d’un connexe est connexe, et les connexes
de Z sont les singletons (Z est muni de la topologie induite par l’euclidienne).

Définition - Théorème 2.2.1. “L’indice”. Soit γ un chemin fermé, et Ω le com-


plémentaire de γ ⋆ (Ω = C \ γ ⋆ ). Définissons, pour z ∈ Ω, l’indice de z relativement à γ,
noté Indγ (z), par .
1 dζ
Indγ (z) = .
2iπ γ ζ − z
Alors z /→ Indγ (z) est une fonction à valeurs entières sur Ω, constante sur les com-
posantes connexes de Ω, et qui vaut 0 sur la composante connexe non bornée de Ω.
Remarque : γ ⋆ est compact donc borné donc inclus dans un disque D(0, R). Par suite,
C \ D(0, R), qui est connexe, est inclus dans Ω. Et donc toute composante connexe de
Ω qui ne contient pas C \ D(0, R) est contenue dans D(0, R), donc bornée. Et donc une
seule composante connexe de Ω n’est pas bornée.
CHAPITRE 2 : INTÉGRATION SUR DES CHEMINS 9

1
Preuve. Remarquons que ζ /→ ζ−z est continue sur γ ⋆ lorsque z ∈ Ω.
1
/ β γ ′ (s) w
En paramétrant, Indγ (z) = 2iπ α γ(s)−z
ds. Puisque 2iπ est entier si et seulement si
w
e = 1, il vient que Indγ (z) est entier si et seulement si ψ(β) = 1, avec
". t #
γ ′ (s)
ψ(t) = exp ds , α ≤ t ≤ β. (2 − 5)
α γ(s) − z

Puisque γ ′ est définie continue sauf peut-être sur un ensemble fini de points S ⊂ [α, β],
nous pouvons différencier (2 − 5) pour obtenir, lorsque t ∈ [α, β] \ S, l’équation

ψ ′ (t) γ ′ (t)
= (2 − 6)
ψ(t) γ(t) − z
ψ
Donc φ := γ−z est continue sur [α, β], dérivable et de dérivée nulle sur [α, β] \ S. Comme
S est fini, φ est constante sur [α, β]. Puisque ψ(α) = 1, il vient

γ(t) − z
ψ(t) = , α ≤ t ≤ β.
γ(α) − z

Enfin, γ est fermé, i.e. γ(α) = γ(β), et donc la relation ci-dessus entraı̂ne que ψ(β) = 1,
et donc Indγ (z) est entier.
Pour conclure, par (2 − 4), si |z| est très grand, on a |Indγ (z)| < 1, et puisque c’est un
entier, on aura Indγ (z) = 0 pour |z| suffisamment grand.
Enfin, z /→ Indγ (z) est continue sur Ω, à valeurs entières, donc constante sur les
composantes connexes de Ω. !
Exemple 2.2.2. Si γr (t) = a + re2iπt , 0 ≤ t ≤ 1, alors
+
1 si |z − a| < r;
Indγr (z) =
0 si |z − a| > r.

Preuve. Si Ω = C \ γ ⋆ , Ω a deux composantes connexes, à savoir c1 = D(a, r) et


c2 = C \ D̄(a, r). Par le théorème de l’indice, Indγ est constante sur chacune d’elles, et
nulle sur c2 puisque c’est celle qui n’est pas bornée.
Calculons pour conclure Indγ (a) :
. 1
1 r2iπe2iπt
Indγ (a) = dt = 1.
2iπ 0 re2iπt
!
2.3. : expression intégrale des fonctions analytiques.
Nous disposerons en fin d’année de théorèmes d’interversion de l’intégrale et de la
limite plus puissants que celui qui suit (le théorème de convergence dominée de Lebesgue,
cf. cours de LM1). Cependant le Lemme qui suit suffira à nos besoins :
10 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Lemme 2.3.1. “Convergence uniforme et intégrale”. Soit γ un chemin et (fn )n≥1


une suite de fonctions continues sur γ ⋆ , à valeurs complexes. Si il existe f : γ ⋆ → C
telle que ∥ f − fn ∥∞ → 0, où le sup est pris sur γ ⋆ , alors
. . , -
lim fn (z)dz = lim fn (z) dz.
n γ γ n

Preuve. La fonction/ f est continue en tant que limite uniforme des fonctions con-
tinues fn (deug). Donc γ f (z)dz est bien définie. En outre, si [α, β] paramètre γ, alors
à l’aide de propriétés classiques de l’intégrale de Riemann,
(. . ( . β
( (
( f (z)dz − fn (z)dz ( ≤
( ( |f (γ(t)) − fn (γ(t))||γ ′(t)|dt ≤∥ f − fn ∥∞ L(γ).
γ γ α

!
Proposition 2.3.2. “Intégrales analytiques”. Soient γ un chemin et φ : γ ⋆ → C
continue. Alors
f : C \ γ ⋆ −→ C
/
z /→ f (z) = γ φ(u)
u−z
du
définit une fonction analytique. En outre, on a
.
(n) φ(u)
f (z) = n! n+1
du, n ≥ 1.
γ (z − u)

Enfin, le rayon de convergence de la série qui exprime l’analycité de f en z est supérieur


ou égal à la distance de z à γ ⋆ .
Preuve. Soit a ∈ / γ ⋆ , et r > 0 tel que D̄(a, r) ∩ γ ⋆ = ∅ (un tel r existe car C \ γ ⋆ est
ouvert, en tant que complémentaire d’un fermé). Soit ensuite r ′ > r tel que D(a, r′ )∩γ ⋆ =
∅ (un tel r ′ existe car (z, z ′ ) ∈ D̄(a, r)×γ ⋆ /→ |z−z ′ | est continue, positive sur un compact,
donc atteint son inf qui est strictement positif).
|z−a|
Alors si z ∈ D̄(a, r) et u ∈ γ ⋆ , |u−a| ≤ rr′ < 1, et donc nous pouvons développer en
série
φ(u) φ(u) 1 $ φ(u)(z − a)n
= z−a = .
u−z u − a 1 − u−a (u − a)n+1
n≥0

Pour z ∈ D̄(a, r), la série ci-dessus converge normalement et uniformément en u ∈ γ ⋆


(car φ est continue donc bornée sur le compact γ ⋆ ).
Alors le Lemme 2.3.1. montre (en considérant la suite des sommes partielles) que
.
$
n φ(u)
f (z) = (z − a) n+1
du.
n≥0 γ (u − a)

Donc f est développable en série entière en a, et le rayon de convergence de cette série


entière est supérieur ou égal à tout r > 0 tel que D̄(a, r) ∩ γ ⋆ = ∅. Donc ce rayon est
supérieur ou égal à d(a, γ ⋆) := inf u∈γ ⋆ |u − a|.
La formule donnant l’expression de f (n) (z) découle alors de 1.5.4.. !
CHAPITRE 2 : INTÉGRATION SUR DES CHEMINS 11

2.4. : exercices.
Ex. 2.4.1 : déterminer les images et calculer les longueurs des chemins suivants :
– t ∈ [0, 1] /→ e⎧2iπt ;
1
⎨ 3t si t ≤ 3 ;
– t ∈ [0, 1] /→ 1 + 3i(t − 13 ) si 13 ≤ t ≤ 23 ;

(1 − 3(t − 32 ))(1 + i) si 32 ≤ t ≤ 1.
Ex. 2.4.2 : dans le plan euclidien, si a, b ∈ C, et si I = [α, β] est un intervalle, on note
t−α
γa,b,I le chemin paramétré par I et défini par γa,b,I (t) = a + β−α (b − a).
Soient A, B, C et D quatre points du plan d’affixes respectives a, b, c et d. Soit γ le
chemin défini par

γ = γa,b,[0, 41 ] + γb,c,[ 14 , 12 ] + γc,d,[ 12 , 34 ] + γd,a,[ 34 ,1] .

On suppose que 0 ∈ / γ ⋆ . En faisant varier les points A, B, C, D, montrer que Indγ (0)
peut prendre différentes valeurs. Lesquelles?
Ex. 2.4.3 : définissons le chemin t ∈ [0, 1] /→ γn (t) = Re2iπnt pour chaque n ∈ Z.
Calculer Indγn (0) pour chaque n. Calculer suivant les valeurs de |z| les différentes
valeurs de Indγn (z) lorsque z parcourt C \ γn⋆ et n ∈ Z.
/ z2
Ex. 2.4.4 : avec les notations de l’exercice précédent, calculer γ1 z−u dz lorsque |u| =
̸ 1.
Ex. 2.4.5 : paramétrer avec l’intervalle [0, 1] un chemin fermé commençant en 0 dont
l’image est le quadrilatère de sommets d’abscisses 0, 1, 1 + i, 2i et dont la longueur vaut
12.
Ex. 2.4.6 : étant donnés deux complexes a, b, quelle est la longueur du chemin t /→
a + (b − a)t2 , avec t ∈ [0, 1]?
12 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Chapitre 3 : primitives des fonctions complexes


3.1 : primitives.
Soit f : Ω → C. Nous appelons primitive de f dans Ω toute F : Ω → C dérivable et
telle que F ′ = f .
%
Par exemple, en utilisant le chapitre 2, une série entière z /→ n≥0 an z n , ayant un
% n+1
rayon de convergence R > 0, admet des primitives : z /→ c + n≥0 an az n+1 à l’intérieur
de son disque de convergence.

3.2 : primitives et intégrales.

Proposition 3.2.1. Soit f : Ω → C continue et admettant une primitive F dans Ω.


Alors si γ est un chemin et γ ⋆ ⊂ Ω, d’origine z0 et d’extrémité z1 ,
.
f (z)dz = F (z1 ) − F (z0 ).
γ

/
En particulier, sous les mêmes hypothèses, si en outre γ est fermé, on a γ
f (z)dz = 0.

Preuve. Supposons γ paramétré par [0, 1], et posons G(t) = F (γ(t)), 0 ≤ t ≤ 1.


Alors, sauf pour un ensemble fini S ⊂ [0, 1], on a G′ (t) = F ′ (γ(t))γ ′ (t), et en outre, G
est continue. Donc, par le théorème fondamental du calcul intégral,
. 1 . 1 .
′ ′
G(1) − G(0) = G (t)dt = f (γ(t))γ (t)dt = f (z)dz.
0 0 γ

3.3 : primitives dans un ouvert étoilé.


Soit E ⊂ C : nous dirons que z0 est un centre de E si z ∈ E ⇒ [z0 , z] ⊂ E. Un
sous-ensemble E peut ne pas avoir de centre, en avoir un, ou plusieurs.
Nous dirons que E est étoilé s’il a un centre.

Lemme 3.3.1. Soit Ω ⊂ C un ouvert étoilé, et f : Ω → C continue. Alors deux


primitives de f sur Ω ne diffèrent que d’une constante.

Preuve. Soient F1 et F2 deux telles primitives. Alors si G = F1 − F2 , G′ = 0 dans


Ω.
Soit z0 un centre de Ω. Soit z ∈ Ω, et soit γ /: O ≤ t ≤ 1 /→ tz + (1 − t)z0 le chemin
rectiligne joignant z0 à z. Alors G(z) − G(z0 ) = γ G′ (z)dz = 0, et donc G est constante
sur Ω. !

Un chemin triangulaire γ dans C est déterminé par trois complexes z1 , z2 , z3 tels que

γ = [z1 , z2 ] ∪ [z2 , z3 ] ∪ [z3 , z1 ].
CHAPITRE 3 : PRIMITIVES DES FONCTIONS COMPLEXES 13

Proposition 3.3.2. Soit Ω un ouvert étoilé du plan complexe,


/ et f : Ω → C continue.
Alors f admet des primitives dans Ω si (et seulement si) T f (z)dz = 0 pour tout chemin
triangulaire fermé T contenu dans Ω.
Preuve. Soit z0 un centre de Ω, et notons Iz0 ,z : t /→ tz + (1 − t)z0 , 0 ≤ t ≤ 1.
Définissons ensuite .
F : z ∈ Ω /→ F (z) = f (u)du.
Iz0 ,z

Soit z ∈ Ω et r > 0 tel que D(z, r) ⊂ Ω. Si |v| < r, le triangle T (v) de sommets z0 , z, z +v
a son contour contenu dans Ω. Alors l’hypothèse s’écrit
. . .
f (u)du + f (u)du − f (u)du = 0,
Iz0 ,z Iz,z+v Iz0 ,z+v

/ /1 /1
c’est à dire F (z + v) − F (z) = Iz,z+v f (u)du = 0 f (z + tv)vdt = v 0 f (z + tv)dt. Donc
si v ̸= 0,
. 1
F (z + v) − F (z)
− f (z) = [f (z + tv) − f (z)]dt
v 0

ce qui tend vers 0 lorsque v tend vers 0, par continuité de f en z. Donc F ′ = f . !


Puisqu’un ouvert est une union de boules ouvertes de rayons positifs, lesquelles sont
des ouverts étoilés, nous en déduisons le
Corollaire 3.3.3. Soit f : Ω → C continue d’intégrale nulle sur tout chemin trian-
gulaire contenu dans Ω. Alors f admet localement dans Ω des primitives.
3.4 : primitives dans un domaine.
Un domaine Ω ⊂ C est un ouvert dont deux points quelconques peuvent toujours
être reliés par un chemin tracé dans Ω.
Lemme 3.4.1. Si f : Ω → C est continue et Ω est un domaine, deux primitives de f
sur Ω diffèrent par une constante.
Preuve. Soient F1 et F2 deux telles primitives, soient z0 , z ∈ Ω, et soit γ : [0, 1] → Ω
un chemin tel que γ(0) = z0 et γ(1) = z. Alors
. 1 . 1

F2 (z) − F1 (z) = f (γ(t))γ (t)dt + F2 (z0 ) − F1 (z0 ) − f (γ(t))γ ′(t)dt.
0 0

!
Proposition 3.4.2. Soit f : Ω → C continue,/ avec Ω ⊂ C un domaine. Alors f
admet une primitive dans Ω si et seulement si γ f (z)dz = 0 pour tout chemin fermé γ
dans Ω.
Preuve. La condition est clairement nécessaire.
14 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Soient z0 , z ∈ Ω. Soient γ et γ̃ deux chemins/contenus dans


/ Ω, ayant pour origine z0
et pour extrémité z. La condition entraı̂ne que γ f (u)du = γ̃ f (u)du, ce qui permet de
définir .
F (z) = f (u)du
γ

sans ambiguı̈té. Montrons que F est une primitive de f dans Ω. Soit r > 0 tel que
D(z, r) ⊂ Ω. Le disque ouvert étant étoilé, f admet une unique primitve G dans D(z, r)
telle que G(z) = F /(z). Soit u ∈ D(z, r), soit λ = γ + I[z,u] − δ, où δ est un chemin de z0
à u dans Ω. Alors λ f (v)dv = 0, et donc
.
F (u) = F (z) + f (v)dv = F (z) + G(u) − G(z) = G(u),
I[z,u]

et donc F = G dans D(z, r), et donc puisque G est une primitive de f dans D(z, r), F ′
existe en z et F ′ (z) = f (z). !
3.5 : exercices.
1
Ex. 3.5.1 : montrer que dans C \ {a}, z /→ (z−a) 2 a des primitives. Lesquelles? C \ {a}

est-il un ouvert étoilé? Un domaine?


Ex. 3.5.2 : montrer qu’un ouvert étoilé est un domaine. Montrer qu’un domaine est
connexe.
Montrer que le plan fendu P = C \ R− est un ouvert étoilé. Montrer que z ∈ P /→
log z + c est une primitive dans P de z1 (cf. annexe).
Ex. 3.5.3 : montrer que z /→ z1 n’a pas de primitive dans C⋆ (utiliser l’indice relative-
ment à l’origine).
Ex. 3.5.4 : construire un ouvert étoilé dont tous les points sont des centres. En
construire un n’ayant qu’un seul centre.
CHAPITRE 4 : ANALYCITÉ DES FONCTIONS HOLOMORPHES 15

Chapitre 4 : analycité des fonctions holomorphes


4.1: théorème de Goursat1 .
Théorème 4.1.1. Goursat. Une fonction f : Ω → C holomorphe dans un ou-
vert
/ étoilé y admet des primitives. Ou encore quelque soit γ un chemin fermé dans Ω,
γ
f (z)dz = 0.
Preuve. Appelons triangle le contour et l’intérieur du contour (d’un triangle clas-
sique). Etant donné un triangle T , ∂T désignera le chemin fermé constitué du contour
du triangle, parcouru une fois dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (sens
trigonométrique direct), et Int(T ) l’intérieur du triangle.
Lemme 4.1.2. Si ∆ est un domaine étoilé, tout contour triangulaire ∂T tracé dans
∆ a son intérieur dans ∆.
Preuve du Lemme. Soit z0 un centre de ∆. Soient z1 , z2 , z3 les sommets du contour
triangulaire ∂T , et soit z ∈ Int(T ). Alors la droite joignant z0 à z coupe ∂T en un point
z4 tel que z ∈ [z0 , z4 ]. Puisque ∆ est étoilé, on a [z0 , z4 ] ⊂ ∆ et donc z ∈ ∆. !
Fin de la preuve du Théorème de Goursat : supposons le triangle T de sommets a, b, c;
nous subdivisons chacun des côtés de T par son milieu, et obtenons ainsi quatre nouveaux
triangles Ti , i = 1, 2, 3, 4. Chacun est l’image homothétique de rapport 12 du triangle T ,
et donc a un périmètre moitié de celui de T .
On s’aperçoit sans peine que ∂T = ∂T1 + . . . + ∂T4 , de sorte que
. 4 .
$ 4
$ .
I := f (z)dz = f (z)dz, et donc |I| ≤ | f (z)dz|,
∂T i=1 ∂Ti i=1 ∂Ti
/
et par suite pour un i au moins, | ∂Ti f (z)dz| ≥ 41 |I|.
Notons T 0 = T et choisissons T 1 = Ti . Nous recommençons avec T 1 et ainsi de suite
pour obtenir une suite de triangles emboı̂tés (T n )n≥0 dont la suite de périmètres décroı̂t
/
en se divisant par deux, et qui soit telle que | ∂T n f (z)dz| ≥ 4|I|n . Notons pn le périmètre
de T n et δn son diamètre (δn = maxu,v∈T n |u − v|). Observons que pn+1 = 12 pn et
δn+1 = 12 δn .
Soit a le point d’intersection des T n . La fonction f est holomorphe en a, et donc il
existe ε : Ω → C telle que lima ε(z) = 0, et que f (z) = f (a) + (z − a)f ′ (a) + (z − a)ε(z),
z ∈ Ω. On a donc aussi
. . . .

f (z)dz = f (a) + (z − a)f (a)dz + (z − a)ε(z)dz = (z − a)ε(z)dz,
∂T n ∂T n ∂T n ∂T n

1 Mathématicien français (Lanzac, Lot, 1858 - Paris, 1936). Elève de l’Ecole normale supérieure, il

enseigna principalement à Paris. Il fit avancer l’analyse dans plusieurs branches (analyse infinitésimale,
théorie des équations aux dérivées partielles) et en assura la transmission par un enseignement réputé
à la Sorbonne. Il précisa notamment les conditions d’application du théorème de Cauchy (auquel on a
joint son nom). Goursat vit ses travaux récompensés par de nombreux prix. Il fut membre de l’Académie
des sciences en 1919 et il présida la Société mathématique de France.
16 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES


/ z /→ f (a) + (z − a)f (a) a des primitives dans Ω (polynôme). Ainsi en notant
puisque
In = ∂T n f (z)dz, on a

|I0 | p0 δ0
n
≤ |In | ≤ δn pn maxn |ε(z)| = n maxn |ε(z)|,
4 z∈T 4 z∈T

et donc pour chaque n, |I0 | ≤ p0 δ0 maxz∈T n |ε(z)|, ce qui n’est possible que si |I0 | = 0,
puisque lima ε(z) = 0. !
4.2: théorème de d’Alembert2.
Voici une preuve d’un théorème important d’algèbre :
Théorème 4.2.1. “de d’Alembert”. Tout polynôme non constant à coefficients
complexes admet un zéro complexe, i.e. le corps C est algébriquement clos.
Preuve. Soit f (z) un polynôme à coefficients complexes de degré n. Supposons qu’il

ne s’annule pas sur C. Alors z /→ nf (z)−zf
zf (z)
(z)
est holomorphe dans C⋆ .
Soit R > 0 et γR (t) = Reit , 0 ≤ t ≤ 2π. Alors IndγR (0) = 1, et
.
1 nf (z) − zf ′ (z)
IR := dz = nIndγR (0) = n,
2iπ γR zf (z)
!
car z /→ f ′ (z) f (z) est holomorphe, ce qui par le Théorème de Goursat implique que
son intégrale sur γR est nulle.

Mais lim|z|→∞ nf (z)−zf
zf (z)
(z)
= 0. Donc

. 2π ( (
1 ( nf (Reit ) − Reit f ′ (Reit ) ( 1
lim sup |IR | ≤ lim sup sup (
( ( R|eit |dt = 0,
R→+∞ R→+∞ 2π 0 |z|=R f (Reit ) (R

et donc n = 0. !
4.3: formule intégrale de Cauchy pour un disque et propriété de moyenne.
Théorème 4.3.1. Notons D = D(z, R), et soit f : D → C holomorphe. Alors si
0 < r < R, et si γr (t) = z + reit , 0 ≤ t ≤ 2π, et si |a − z| < r, on a
.
1 f (u)
f (a) = du.
2iπ γr u−a

2 Mathématicien et philosophe français (Paris, 1717 - id, 1783). D’Alembert fut abandonné à sa

naissance sur les marches de l’église Saint-Jean-le-Rond, dans la paroisse de Notre-Dame de Paris, par
sa mère, la marquise de Tencin. Baptisé Jean le Rond, il est placé à l’hospice des Enfants-Trouvés. Le
nourrisson est rapidement retiré de l’hospice et placé chez la femme d’un pauvre vitrier. Bien qu’il n’ait
pas reconnu l’enfant, son père, le chevalier Destouches, veille discrètement à son éducation et fait servir
une pension à la nourrice...
CHAPITRE 4 : ANALYCITÉ DES FONCTIONS HOLOMORPHES 17

Preuve. Soit 0 < ε < r − |a − z|. Soit δ(t) = a + εeit , 0 ≤ t ≤ 2π. Soit γ le circuit
tel que
a−z
γ ⋆ = {|u − z| = r} ∪ {|u − a| = ε} ∪ {z + t |a−z| : −r ≤ t ≤ |a − z| − ε}
a−z
∪{z + t |a−z| : |a − z| + ε ≤ t ≤ r},

les deux segments étant parcourus dans un sens puis dans l’autre, le grand cercle dans
a−z
le sens direct, le petit dans le sens indirect, et partant de b = z + r |a−z| .
Le chemin fermé γ est l’union de deux chemins fermés γ1 et γ2 , chacun étant l’union
de deux demi-cercles et de deux morceaux de segment, chacun parcouru une seule fois,
chacun de ces deux chemins partant de b (faire un dessin).
Ces deux chemins sont inclus dans un ouvert étoilé ne contenant pas a, disons D(z, R)\
(a + i(a − z)R− ) pour γ1 , et D(z, R) \ (a + i(a − z)R+ ) pour γ2 .
Puisque g(u) = f (u)−fu−a
(a)
est holomorphe sur chacun de ces ouverts étoilés, il vient
que son intégrale sur chacun de γ1 et de γ2 est nulle, et donc
. . .
g(u)du = 0, ou encore g(u)du = g(u)du,
γ γr δ

chaque segment étant parcouru dans un sens puis dans l’autre.


Ensuite, en posant g(a) = f ′ (a), /on prolonge g par continuité en a. Ainsi g est bornée
au voisinnage de a, et donc limε→0 δ g(u)du = 0. Et donc
. . .
1 f (u) f (a) du
g(u)du = 0, et donc du = = f (a)Indγr (a) = f (a).
γr 2iπ γr u−a 2iπ γr u−a

!
Corollaire 4.3.2.. Une fonction entière se développe en série entière en un point
a de rayon de convergence infini.
Preuve. Par la formule intégrale de Cauchy, en notant γa,r (t) = a + reit , 0 ≤ t ≤ 2π,
1
/ f (z) 1
/ f (z)
on a f (u) = 2iπ γa,r z−u
dz si |u − a| < r, et par 2.3.2., u →
/ 2iπ γa,r z−u
dz est
analytique en a de rayon de convergence ≥ r. Donc f est analytique en a de rayon de
convergence ≥ r quel que soit r > 0, donc de rayon de convergence infini puisque les
coefficients qui développent f en série entière en a sont uniques. !
Soit f : Ω → C holomorphe, a ∈ Ω, et r > 0 tel que D̄(a, r) ⊂ Ω. Alors soit r ′ > r tel
que D(a, r′ ) ⊂ Ω.
Notons γ(t) = a + reit , 0 ≤ t ≤ 2π. La formule intégrale de Cauchy, pour ce chemin
et ce paramétrage, s’écrit alors
. 2π
1
f (a) = f (a + reit )dt, (M )
2π 0
18 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

c’est à dire que f prend en a la valeur moyenne de ses valeurs sur le cercle centré en a et
de rayon r. On dit alors que f a la propriété de moyenne.
Remarquons que si f a la propriété de moyenne, il en est de même de f¯, Re(f )
et Im(f ). L’ensemble des fonctions ayant la propriété de moyenne est la classe des
fonctions dites harmoniques. Elle est plus large que celle des fonctions holomorphes,
cf. Ex. 1.5.7..
4.4: analycité des fonctions holomorphes.
Proposition 4.4.1. Si f est holomorphe dans un ouvert Ω, elle y est analytique. En
particulier, la dérivée d’une fonction holomorphe est holomorphe. En outre, si a ∈ D,
et si r > 0 est tel que D(a, r) ⊂ Ω, alors le rayon de convergence de la série entière en
laquelle f se développe localement en a, vaut au moins r.
Preuve. On représente f sous la forme intégrale 4.3.1. puis il suffit d’appliquer
2.3.2.. !
Supposons désormais que f soit holomorphe dans un ouvert Ω et que D(a, r) ⊂ Ω
pour un certain a ∈ Ω et un r > 0. % Alors par 4.3.1. et 2.3.2. et 1.5.4., f se développe
en série entière sur D(a, r), f (z) = n≥0 an (z − a)n , avec
. . 2π
f (n) (a) 1 f (u) 1
an = = du = f (a + reit )e−int dt,
n! 2iπ γr (u − a)n+1 2iπrn 0
et le rayon de convergence de cette série dépasse strictement r > 0.
Puisque γr⋆ est compact, et que f y est continue, |f | y est bornée, et
M (r) := sup |f (z)| < +∞.
z∈γr⋆

Nous déduisons de ceci et de l’expression intégrale de an les inégalités de Cauchy :


M (r)
|an | ≤ , n ≥ 0.
rn
Définition - Théorème 4.4.2. “de Liouville3 ”. Une fonction entière est une
fonction f ∈ H(C). Toute fonction entière bornée est constante.
Preuve. Utilisons les inégalités de Cauchy pour le développement en série entière de
f en 0 (qui doit avoir un rayon de convergence infini), et remarquons que si f est entière
et bornée, alors il existe M > 0 tel que quel que soit r > 0, M (r) ≤ M . Alors pour
chaque n ≥ 0, an ≤ rMn quel que soit r > 0. Donc an = 0 si n ≥ 1. !

3 Mathématicien français (Saint - Omer, 1809 - Paris, 1882). Il fut professeur à l’Ecole polytechnique

et au Collège de France. Fondateur du Journal de mathématiques pures et appliquées, il a apporté


une contribution originale du plus haut niveau aux mathématiques de son siècle. Principaux travaux:
découverte des nombres transcendants, théorie des fonctions elliptiques, des fonctions à variables com-
plexes et des fonctions doublement périodiques, transformations conformes de l’espace réel. Son théorème
est l’une des bases de la mécanique statistique et de la théorie de la mesure. Théorème de Liouville:
dans l’espace de phase d’un système mécanique, il y a conservation, au cours du temps, de la mesure
d’un élément de volume dont chaque point suit les équations de mouvement du système considéré.
CHAPITRE 4 : ANALYCITÉ DES FONCTIONS HOLOMORPHES 19

Théorème 4.4.3. “de d’Alembert, seconde preuve”. Tout polynôme à coeffi-


cients complexes, et non constant, s’annule au moins un fois dans le plan.
Preuve. Supposons que g soit un polynôme non constant et qui ne s’annule pas dans
C, g(z) = a0 + a1 z + . . . + an z n , n ≥ 1, an ̸= 0. Alors lim|z|→∞ |g(z)| = +∞, et donc g1
est entière et bornée, et non constante, ce qui contredit le théorème de Liouville. !
4.5: formule intégrale de Cauchy pour un ouvert étoilé.
Théorème 4.5.1. Soit f holomorphe sur Ω un ouvert étoilé. Soit λ un chemin fermé
tel que λ⋆ ⊂ Ω, et soit a ∈ Ω \ λ⋆ . Alors
.
1 f (z)
dz = f (a)Indλ (a).
2iπ λ z − a
Plus généralement,
.
n! f (z)
n+1
dz = f (n) (a)Indλ (a), n ≥ 0.
2iπ λ (z − a)
Preuve. Montrons d’abord le cas n = 0.
On pose g(z) = f (z)−fz−a
(a)
si z ̸= a et on pose g(a) = f ′ (a). Alors g : Ω → C ainsi
définie est continue. En outre, g est holomorphe sur Ω\{a}. Montrons que g est dérivable
en a aussi : nous avons f (z) = f (a) + f ′ (a)(z − a) + (z − a)2 ε(z) où ε est holomorphe
dans un voisinnage de a (un petit disque ouvert de rayon positif centré en a et inclus
dans Ω) (l’holomorphie découle ici par exemple de la représentation en série entière au
voisinnage de a) (ε(z) = 21 f (2) (z) au voisinnage de a).
Alors g(z) = f ′ (a)+(z −a)ε(z) au voisinnage de a, elle est manifestement holomorphe.
/
1
L’ouvert Ω est étoilé, et g y est holomorphe. Par le théorème de Goursat, 2iπ λ
g(z)dz =
0, ou encore, . .
1 f (z) 1 f (a)
dz = dz = f (a)Indλ (a),
2iπ λ (z − a) 2iπ λ (z − a)
par application de 2.2.1.. / f (z)
1
Pour n ≥ 1, on pose h(a) = 2iπ λ z−a
dz et l(a) = f (a)Indλ (a), pour a ∈ Ω \ λ⋆ . Par
n!
/ f (z)
2.3.2., h est holomorphe sur Ω \ λ⋆ et h(n) (a) = 2iπ λ (z−a)n+1
dz.

Ensuite a /→ Indλ (a) est localement constante sur Ω \ λ donc y est dérivable et à
dérivée nulle. Donc l(n) (a) = Indλ (a)f (n) (a). !
4.6: théorème de Morera et convergence uniforme sur les compacts.
Une réciproque au théorème de Goursat :

/ Théorème 4.6.1. “de Morera”. Si f : Ω → C est continue ⋆


sur l’ouvert Ω et vérifie
λ
f (z)dz = 0 pour tout circuit triangulaire λ dont le support λ est inclus dans un disque
ouvert contenu dans Ω, alors f est holomorphe.
Preuve. Soit a ∈ Ω. Il existe r > 0 tel que D(a, r) ⊂ Ω. Mais alors la restriction
de f à l’ouvert étoilé D(a, r) admet une primitive dans cet ouvert d’après 3.3.2.. Une
primitive de f est dérivable donc de dérivée dérivable mais sa dérivée n’est autre que
f! !
20 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Corollaire 4.6.2. “limites uniformes d’holomorphes sur les compacts”. Soit


(fn )n≥0 une suite de fonctions holomorphes définies sur l’ouvert Ω. Supposons qu’il ex-
iste f : Ω → C telle que fn → f simplement sur Ω. Supposons enfin que si K ⊂ Ω est
compact (fermé borné), alors supK |fn (z) − f (z)| → 0, autrement dit que la convergence
de (fn )n≥0 vers f est uniforme sur tout compact de Ω.
Alors f est holomorphe.
Preuve. Les disques fermés étant compacts, la convergence uniforme sur les compacts
montre que f est localement limite uniforme d’une suite de fonctions continues, donc
continue.
Ensuite, si λ est un circuit triangulaire inclus dans un disque ouvert contenu dans Ω,
le triangle associé étant compact et les fn holomorphes, on a par le théorème de Goursat
. .
| f (z)dz| = | [f (z) − fn (z)]dz| ≤ L(λ) sup |f (z) − fn (z)| → 0,
λ λ λ⋆

et donc par le Théorème de Morera, f est holomorphe. !


4.7: exercices. /
Ex. 4.7.1 (Théorème de Goursat) : calculer I(a) = γR zch(z)
2 2 dz pour R > 0 et a ∈

/ γR .
/ 2π +aπ
Ex. 4.7.2 (Propriété de moyenne): calculer I = 0 sin( 4 + 5 cos θ)ch(5 sin θ)dθ en
utilisant la fonction Re(sin(z)).
Ex. 4.7.3 : montrer qu’une série entière est holomorphe à l’intérieur de son disque de
convergence (Corollaire
/ duz Théorème de Morera).
Ex. 4.7.4 : calculer γ2 ze8 dz (Formule de Cauchy).
5. ZÉROS DES FONCTIONS HOLOMORPHES. 21

5. Zéros des fonctions holomorphes.


5.1 : étude au voisinnage d’un zéro.
L’équivalence entre analycité et holomorphie entraı̂ne le
Lemme 5.1.1. Soit f : Ω → C holomorphe et z0 ∈ Ω. Alors les conditions suivantes
sont équivalentes :
(i) : quel que soit k ≥ 0, f (k) (z0 ) = 0;
(ii) : dans un voisinnage de z0 (ou si l’on préfère une petite boule de rayon positif
centrée en z0 et incluse dans Ω), f est identiquement nulle.
Preuve. Clairement (ii) ⇒ (i) car la fonction nulle a toutes ses dérivées nulles.
Réciproquement l’holomorphie entraı̂ne l’analycité, et donc puisque seule la fonction
nulle a tous les coefficients de son développement en série entière nuls, il s’ensuit que sur
un petit disque de rayon positif, f est nulle si (i), en appliquant 1.5.4.. !
En découle la
Définition 5.1.2. Avec les mêmes notations, z0 ∈ Ω est un zéro isolé de f si f (z0 ) =
0 mais l’une des deux conditions équivalentes qui précèdent n’a pas lieu.
Proposition 5.1.3. Si f a en z0 un zéro isolé, alors il existe un unique p ≥ 1, et
une g holomorphe sur un petit disque de rayon positif centré en z0 , tels que sur ce petit
disque,
f (z) = (z − z0 )p g(z) et g(z0 ) ̸= 0.
Preuve.
% Soit r > 0 tel que sur D̄(z0 , r), f se développe en série entière sous la forme
n
f (z) = n≥0 an (z − z0 ) . Soit ensuite p > 0 le plus petit entier p ≥ 0 tel que ap ̸= 0
(un tel p existe par%hypothèse).
Notons g(z) = n≥p an (z−z0 )n−p pour z ∈ D(a, r). La formule d’Hadamard implique
alors que le rayon de convergence de la série qui exprime g en z0 est identique à celui de
celle qui exprime f en z0 . Donc g est analytique, donc holomorphe, sur D(a, r). Et sur
D(a, r), on a l’identité recherchée. En outre g(z0 ) = ap ̸= 0 par définition de p.
Pour l’unicité de p, si p1 ̸= p2 et g1 et g2 font l’affaire sur un petit disque de rayon
positif D(a, r), si par exemple p1 > p2 , alors f (p1 −1) (z0 ) doit à la fois être nul et ne pas
l’être (on applique (L) ci-dessous). C’est impossible (et ce n’est pas shakespearien). !
Définition 5.1.4. Si f a en z0 un zéro isolé, l’entier p de la proposition précédente
s’appelle l’ordre de multiplicité de z0 .
Propriété 5.1.5. Si z0 est un zéro d’ordre p de f et d’ordre q de g, c’en est un
d’ordre p + q de f g.
Preuve. On applique la formule de Leibniz pour calculer les dérivées d’ordre k de f g,
pour k ≤ pq, et l’on constate que toutes sont nulles sauf celle d’ordre pq, en mettant f et
g sous la forme produit de la Proposition 5.1.3.. Rappelons donc la formule de Leibniz :
$k
(k)
(uv) = Cnl u(l) v (k−l) ! (L)
l=0
22 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

5.2 : distribution des zéros.


Lemme 5.2.1. “Principe des zéros isolés”. Si z0 est un zéro isolé de f , il existe
r > 0 tel que dans D(z0 , r), f (z) = 0 ⇔ z = z0 .
Preuve. On applique 5.1.3. et puisque (z − z0 )p = 0 ⇔ z = z0 , l’affaire est dans le
sac. !
Rappelons qu’un domaine est un ouvert tel que s’il contient deux points, il contient
l’image d’un chemin les joignant.
Proposition 5.2.2. Si f : Ω → C est holomorphe et si Ω est un domaine, alors si f
est nulle sur un petit disque de rayon positif inclus dans Ω, elle est identiquement nulle
sur Ω.
Preuve. On pose φ(z) = 0 si z satisfait f (k) (z) = 0, ∀k ≥ 0, et sinon φ(z) = 1. Par
le Lemme 5.1.1., si φ(z) = 0, alors φ est identiquement nulle sur un voisinnage de z. Et
si φ(z) ̸= 0, c’est que pour un k ≥ 0, f (k) (z) ̸= 0. Alors par continuité de f (k) , sur un
voisinnage de z, f (k) ̸= 0, et donc sur un voisinnage de z, φ vaut 1.
Donc φ prend deux valeurs et est continue. Elle est donc localement constante, donc
holomorphe à dérivée nulle. Soient alors z, z ′ ∈ Ω, et soit γ un chemin dans Ω allant de
z à z ′ . Alors .

φ(z ) − φ(z) = φ′ (u)du = 0,
γ

et donc φ est constante, et comme elle vaut 0 quelque part, elle vaut 0 partout. !
Une conséquence immédiate est qu’une holomorphe sur un domaine qui a un zéro non
isolé est identiquement nulle.
Appelons X ⊂ Ω localement fini si quel que soit K ⊂ Ω compact (fermé borné), on
a K ∩ X fini.
Lemme 5.2.3. Un ensemble localement fini X est fini ou dénombrable.
Preuve. Si Ω est ouvert, et si z ∈ Ω, il existe r > 0 tel que D(z, 2r) ⊂ Ω. Ensuite, il
existe t(z) ∈ (Q+iQ) et q(z) ∈ Q⋆+ tel que |z−t(z)| < q(z) < 2r . Alors z ∈ D̄(t(z), q(z)) ⊂
D(z, 2r) ⊂ Ω, et donc Ω = ∪z∈Ω {z} ⊂ ∪z∈Ω D̄(t(z), q(z)) ⊂ Ω. Donc, puisque Q3 est
dénombrable, un ouvert est une union au plus dénombrable de boules fermées.
Chacune de ces boules fermées est un compact, et donc intersecte X en un ensemble
fini de points. Donc puisque X ⊂ Ω, X est une union au plus dénombrable d’ensembles
finis, donc fini ou dénombrable. !
Lemme 5.2.4. Une suite injective n /→ zn est localement finie dans C si et seulement
si limn |zn | = +∞.
Preuve. La condition est clairement suffisante, puisque tout compact est inclus dans
une boule centrée à l’origine, et qu’une telle boule ne contiendra qu’un nombre fini de
points de la suite si limn |zn | = +∞.
5. ZÉROS DES FONCTIONS HOLOMORPHES. 23

Réciproquement, si la suite est localement finie, alors quel que soit R > 0, il ne doit
exister qu’un nombre fini d’images de la suite dans D̄(0, R), ce qui, puisque la suite
est injective, nécessite qu’au delà d’un certain rang n0 , les zn ne soient plus dans la
boule. !
Corollaire 5.2.5. Les zéros d’une holomorphe non identiquement nulle dans un
domaine constituent un ensemble localement fini.
Preuve. Sinon, un compact en contient une infinité, et donc une suite de zéros de f
converge dans le domaine. Puisque f est continue, la limite est un zéro, et donc f a un
zéro non isolé dans le domaine. Donc f est identiquement nulle (utiliser 5.1.1., 5.2.1.
et 5.2.2.). !
5.3 : principe du prolongement analytique.
Proposition 5.3.1. Si f et g sont holomorphes sur un domaine Ω, et si {f = g}
contient un compact infini, alors f = g sur le domaine.
Preuve. Un compact infini contient une suite injective qui converge, et donc si {f =
g} en contient un, alors f − g a un zéro non isolé. !
Corollaire 5.3.2. “Principe de symétrie”. Soit ∆ un domaine symétrique rel-
ativement à {y = 0}, i.e. tel que z ∈ ∆ ⇔ z̄ ∈ ∆, et contenant un segment de longueur
positive [x, x′ ], avec x, x′ ∈ R. Soit f holomorphe sur ∆. Alors les deux conditions
suivantes sont équivalentes :
(i):∀z ∈ ∆, f (z̄) = f¯(z);
(ii):x ∈ R ∩ ∆ ⇒ f (x) ∈ R.
Preuve. Notons g(z) = f¯(z̄), z ∈ ∆. Alors
" #
g(z + u) − g(z) f (z̄ + ū) − f (z̄)
= → f ′ (z̄),
u ū

et donc g est holomorphe. Alors (i) signifie que f = g, et (ii) signifie que f = g sur le
compact infini [x, x′ ]. Utiliser 5.3.1.. !
5.4 : principe du maximum.
Proposition 5.4.1. “Principe du maximum”. Soit f : Ω → C holomorphe et
a ∈ Ω. Si |f | a un maximum local en a, alors f est constante au voisinnage de a.
%
Preuve. Soit D̄(a, r) ⊂ Ω avec r > 0 et tel que f (z) = n≥0 an (z − a)n et |f (z)| ≤
1
/ 2π
|f (a)| sur D(a, r) si r < R. On sait que (cf. §4.4.) an r n = 2π 0
f (a + reit )e−int dt.
1
/ 2π
Ensuite, si n < 0, on pose an r n = 2π 0
f (a + reit )e−int dt. Dans l’espace L2 ([0, 2π], dt),
on interprète an r n comme le nième coefficient de Fourier de t /→ f (a + reit ).
D’autre part, par /définition de l’intégrale sur un chemin, si γr (t) = a + reit , et si
1
n < 0, alors an = 2π γr
f (z)(z − a)−n−1 dz. Mais z /→ f (z)(z − a)−n−1 est holomorphe
/
sur D̄(a, r), donc par le Théorème de Goursat, γr f (z)(z − a)−n−1 dz = 0.
24 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

dt
L’espace L2 ([0, 2π], 2π ) admet, muni de sa norme 2, une b.o.n. constituée des fonctions
int
(t /→ e )n∈Z (cf. cours d’intégration de Licence), et donc nous avons la relation de
Parseval (calcul différentiel de Licence) :
. 2π
1 $ $
∥f ∥22 = |f (a + eit )|2 dt = |an |2 r 2n = |an |2 r 2n .
2π 0 n∈Z n≥0

La fonction f a un maximum local en a, et donc ∥ f ∥22 ≤ |f (a)|2 , et en outre, a0 = f (a)


d’après la formule de Cauchy pour un disque (cf. 4.5.1.). Donc on a
$
|a0 |2 + |an |2 r 2n ≤ |a0 |2 ,
n≥1

ce qui montre que an = 0 si n ≥ 1, et donc f est localement constante en a. !


Corolaire 5.4.2. Si f : Ω → C est holomorphe et si Ω est un domaine, alors f est
constante sur Ω si elle a un maximum local en un point de Ω.
Preuve. Par 5.4.1., f sera localement constante sur une boule D(a, r). On applique
ensuite le principe du prolongement analytique 5.3.1.. !
Corolaire 5.4.3. “Théorème de d’Alembert, troisième preuve”. Un polynôme
non constant à coefficients complexes admet au moins un zéro dans le plan.
Preuve. Soit g le polynôme non constant ! et supposons qu’il n’a pas de zéro. Alors
1
g est holomorphe sur C, et lim|z|→+∞ 1 g(z) = 0. Donc pour R suffisamment grand,
! !
|1 g| est strictement
! plus petite que max|z|≤R |1 !g(z)| sur C \ D(0, R).
Alors 1 g est holomorphe sur D(0, R) et |1 g| a un maximum (absolu) dans
D(0, R). Par 5.4.1., elle doit être constante, une contradiction. !
5.5 : exercices.
Ex. 5.5.1 : trouver les zéros et leurs ordres de multiplicité des fonctions z /→ sin(z) et
z /→ 1 + cos(z).
Ex. 5.5.2 : montrer que si f, g : Ω → C sont holomorphes, si Ω est un domaine, et si
f g ≡ 0 sur Ω, alors ou bien f ou bien g est identiquement nulle sur Ω.
Ex. 5.5.3 : montrer à l’aide du principe de symétrie que, puisque pour x, y ∈ R, on a
ex+y = ex ey , alors on a aussi ez+z̃ = ez ez̃ pour z, z̃ ∈ C. Retrouver quelques formules de
trigonométrie dans le même esprit (extension de R à C) (cf. l’Annexe).
6. POINTS SINGULIERS. 25

6. Points singuliers.
6.1. Points singuliers isolés.
Définition 6.1.1. “Singularité”. Soit f : Ω \ {a} → C une fonction holomor-
phe définie sur l’ouvert Ω sauf en a ∈ Ω. Nous dirons alors que f présente en a une
singularité.
Nous dirons qu’il s’agit d’une fausse singularité si f est bornée sur un voisinnage
épointé de a inclus dans Ω.
Si par contre f n’est pas bornée au voisinnage de a, nous dirons que a est un point
singulier isolé de f .
Si limz→a |f (z)| = +∞, nous dirons que a est un pôle de f . Sinon, nous dirons que
c’est un point singulier essentiel de f .
6.2. Résidu.
Lemme 6.2.1. Soit ∆ = D′ (a, r) avec r > 0. Soient 0 < r1 < r2 < r, et soient
γ1 (t) = a + r1 eit et γ2 (t) = a + r2 eit , 0 /≤ t ≤ 2π. /
Alors si f : ∆ → C est holomorphe, γ1 f (z)dz = γ2 f (z)dz.

Preuve. On ajoute à γ1⋆ ∪ γ2⋆ les segments a + [r1 , r2 ] et a + [−r2 , −r1 ]. On considère
ensuite les plans fendus Pb = C \ (a + iR− ) et Ph = C \ (a + iR+ ).
Alors ∆ \ Pb ou ∆ \ Pb est un ouvert étoilé, et on raisonne comme dans la preuve de
4.3.1.. !
Lemme 6.2.2. Avec les mêmes notations, si r1 < |z − a| < r2 , on a
. .
1 f (u) 1 f (u)
f (z) = du − du.
2iπ γ2 (u − z) 2iπ γ1 (u − z)

Preuve. Posons, à z fixé, g(u) = (f (u) − f (z))(u − z) si u ̸= z, et g(z) = f ′ (z). Alors


comme dans la preuve de 4.5.1., on montre que g est holomorphe sur ∆. L’application
à g de 6.2.1. montre que
. .
1 f (u) 1 f (u)
f (z)(Indγ2 (z) − Indγ1 (z)) = du − du.
2iπ γ2 (u − z) 2iπ γ1 (u − z)

Pour conclure, on calcul ou l’on sait que Indγ2 (z) − Indγ1 (z) = 1 − 0 = 1. !
Définition 6.2.3. “Résidu”. Soit Ω ⊂ C ouvert, et a ∈ Ω. Soit f : Ω \ {a} → C
holomorphe, et soit r > 0 tel que D′ (a, r) ⊂ Ω. Pour ρ ∈]0, r[, notons γρ (t) = a + ρeit ,
0 ≤ t ≤ 2π.
Alors
/ on appelle résidu de f en a la valeur commune (d’après 6.2.1.) aux intégrales
1
2iπ γρ f (z)dz, lorsque 0 < ρ < r, et on le note Res(f , a)
26 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Lemme 6.2.4. Le résidu en une fausse singularité est nul.


Preuve. Si f est bornée au voisinnage épointé de a, disons par M , alors pour ρ > 0
assez petit, |Res(f, a)| ≤ M ρ, et donc Res(f, a) = 0. !
6.3. Fausses singularités.
Proposition 6.3.1. Une f : Ω \ {a} → C présentant en a une fausse singularité est
prolongeable en une fonction holomorphe sur Ω tout entier.
Preuve. Soit r > 0 tel que D(a,!r) ⊂ Ω, et soient 0 < r0 < r1 < |z − a| < r2 < r.
Alors ce z étant fixé, gz : u /→ f (u) (u − z) est holomorphe sur D′ (a, r1 ) et présente
une fausse singularité en a. Par 6.2.4., Res(gz , a) = 0, et donc par 6.2.2.,
. . .
f (u) f (u) f (u)
f (z) = du − du = du.
γr2 (u − z) γr0 (u − z) γr2 (u − z)
/ f (u)
Pour conclure, on sait par 2.3.2. que z /→ γr (u−z) du est analytique de rayon de
2
convergence ≥ r2 , sur D(a, r2 ). !
Nous étoffons un peu la définition 6.1.1. :
Définition 6.3.2. “Point singulier”. Soit f : Ω → C holomorphe sur un ouvert
Ω, et soit a ∈ ∂Ω, la frontière de Ω (i.e. ∂Ω = Ω ∩ C \ Ω).
Alors s’il existe un disque ouvert D de rayon positif centré en a, et une g : D → C
holomorphe, et telle que f = g sur D ∩ Ω, alors nous dirons que a est un point régulier
de la frontière de Ω.
Sinon, nous dirons que a est un point singulier.
Et donc un point singulier isolé est un point isolé de l’ensemble des points singuliers
de f .
Aussi, 6.3.1. nous dit que si f a en a une fausse singularité, alors a est un point
régulier de f .
6.4. Etude au voisinnage d’un pôle.
Soit Ω ⊂ C ouvert, a ∈ Ω, et f : Ω \ {a} → C holomorphe. Supposons que r > 0 soit
tel que D(a, r) ⊂ Ω.
Si a est un pôle de f , alors puisque lima |f (z)| = +∞, il s’ensuit que f peut être
supposée non
! nulle sur D(a, r) (quitte à diminuer r au! besoin). !
Alors 1 f est holomorphe sur D′ (a, r), et lima 1 f (z) = 0. Donc 1 ! f présente en
a une fausse singularité, et il existe un prolongement holomorphe g de 1 f sur D(a, r),
et tel que g(a) = 0.
La fonction
! holomorphe g présente en a un zéro isolé, puisque sur D′ (a, r) elle coı̈ncide
avec 1 f qui ne s’annule pas. Et donc par 5.1.3., il existe un unique p ≥ 1 et une h
holomorphe sur D(a, r) et ne s’annulant pas, tels que g(z) = (z − a)p h(z). Il y a donc,
localement, un seul entier p ≥ 1 et une seule fonction holomorphe non nulle w tels que
w(z)
f (z) = , z ∈ D′ (a, r).
(z − a)p
6. POINTS SINGULIERS. 27

Cet entier p est appelé l’ordre du pôle a. Le pôle est dit simple si p = 1, sinon on dit
qu’il est multiple.
Localement toujours,
% disons sur D(a, r), on peut développer w en série entière en a,
mettons w(z) = n≥0 an (z − a)n , |z − a| < r. Alors f s’écrit

a0 a1 ap−1 $
f (z) = + + . . . + + an (z − a)n−p .
(z − a)p (z − a)p−1 (z − a)
3 45 6 n≥p
3 45 6
partie singulière
partie régulière

Proposition 6.4.1. Si f a en a un pôle d’ordre p, alors Res(f, a) est égal au coeffi-


1
cient de z−a dans la partie singulière de f .
Preuve. On écrit f = S + R, où S désigne la partie singulière de f en a. On a alors
. . .
dz dz
2iπRes(f, a) = a0 p
+ . . . + ap−1 + R(z)dz.
γρ (z − a) γρ z − a γρ

Toutes les intégrales


/ dz ci-dessus sont nulles car les fonctions que l’on y intègre ont une
primitive, sauf γρ z−a = 2iπIndγρ (a) = 2iπ, et donc

Res(f, a) = ap−1 . !

Nous passons maintenant à quelques cas génériques


! pour le calcul des résidus :
• : Pôle simple.
! Localement en a, f (z) = g(z) (z − a), et donc la partie singulière de
f s’écrit g(a) (z − a). En dérivant (z − a)g(z) en a, il vient g(a) = lima (z − a)f (z), et
donc
Res(f, a) = lim (z − a)f (z).
z→a
g(z)
On peut aussi exprimer f en a sous la forme (z−a)h(z) avec g et h localement holomorphes
en a, et g(a) ̸= 0 et h(a) ̸= 0. Alors

g(a)
Res(f, a) = .
h(a)
g(z)
•• : Pôle multiple. Localement en a on a f (z) = (z−a)p si l’ordre du pôle a est p. Si
%
nous développons g(z) = n≥0 an (z − a)n , alors

1 (p−1)
Res(f, a) = ap−1 = lim [(z − a)p f (z)] (z).
z→a (p − 1)!

Mais dans ce cas, cette dérivée m − 1ième est aussi coûteuse à calculer, en général, que
de déterminer le développement en série de g. On aura donc tendance à développer en
série tout de suite.
28 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

6.5. Point singulier essentiel.


Le comportement de f en un pôle est assez simple (5.1.3.). Dans le cas d’une sin-
gularité essentielle, le comportement, d’emblée, est chaotique, et nous avons la précision
suivante :
Théorème 6.5.1. “Weierstrass“. Si a ∈ Ω, et f : Ω \ {a} → C est holomorphe et
présente une singularité essentielle en a, alors l’image par f de tout voisinnage épointé
de a est dense dans C.
Preuve. Supposons qu’il existe r > 0 tel que D(a, r) ⊂ Ω et qu’il existe b ∈ C
et δ > 0 tels que f (D′ (a, r)) ⊂ C \ D̄(b, δ), autrement dit que b ∈/ f (D′ (a, r)). Alors
1
g(z) := f (z)−b est holomorphe sur D (a, r), et g étant bornée sur D′ (a, r), elle présente

une fausse singularité en a. Mais f n’étant pas bornée au voisinnage de a, g ne peut se


prolonger en a que par 0, et donc a est un pôle de f − b, par suite de f elle-même, une
contradiction. !
6.6. Partie singulière.
Notons ∆ = D′ (a, r), et soit f : ∆ → C holomorphe. Si a est un pôle de f , nous
savons que f = R + S où S est la partie singulière de f , holomorphe sur C \ {a}, avec
lim|z|→∞ S(z) = 0, et R est holomorphe sur D(a, r).
Supposons que l’on puisse écrire f = S1 + R1 avec S1 et R1 ayant les propriétés pré-
citées au sujet de R et S. Alors R − R1 = S1 − S, et donc D := S − S1 a une fausse
singularité en a, se prolonge donc en une fonction entière, et telle que lim|z|→∞ D(z) = 0.
Donc D est constante, et vaut 0, par le Théorème de Liouville 4.4.2.. Donc R = R1 et
S = S1 .
Notons, si 0 < ρ < r, γρ (t) = a + ρeit , 0 ≤ t ≤ 2π. Si z ̸= a et 0 < ρ < |z − a|, alors
en posant .
1 f (u)
S(z) = − du
2iπ γρ u − z
on obtient une fonction analytique en z, dont la définition ne dépend pas de ρ, par 6.2.1.
et 2.3.2..
La fonction S ainsi définie est bien holomorphe sur C \ {a}.
Ensuite, dès que |z − a| > r, on peut fixer ρ = 2r par exemple, et obtenir, puisque f est
rM
continue sur γ r2 , que |S(z)| ≤ 2|z|−r , où M =∥ f ∥∞,γρ , et donc |S(z)| → 0 si |z| → ∞.
Pour conclure, si z ∈ ∆, soient ρ et ρ′ tels que 0 < ρ′ < |z − a| < ρ < r. Alors par
6.2.2., .
1 f (u)
f (z) − S(z) = du
2iπ γρ u − z
est holomorphe en a.
Nous avons donc montré que la décomposition f = S + R avec les conditions précitées
concernant S et R existe dès que f a en a une singularité isolée. Nous continuerons
d’appeler S la partie singulière de f en a.
Nous pouvons quelque peu généraliser ce qui précède :
6. POINTS SINGULIERS. 29

Proposition 6.6.1. Soit f holomorphe sur D′ (a, r) présentant en a une singularité


isolée. Alors la partie singulière de f en a se met sous la forme
$ an
S(z) = ,
(z − a)n
n≥0

où la série converge normalement sur toute couronne |z − a| ≥ R, R > 0.


Nous disons ici que S(z) est développée en série de Laurent en a.
De plus, le point a est un pôle si tous les coefficients an sont nuls à partir d’un certain
rang.
Preuve. Décomposons f = S + R, et notons T (z) = S(a + 1z ) pour z ̸= 0. Nous
avons lim0 T (z) = 0, et donc
% en posant T (0) = 0, on obtient une fonction entière T nulle
en 0. Pour r > 0, T (z) = n≥0 an (z − a)n sur D̄(a, r), la convergence étant normale sur
1
D̄(a, r) (cf. 4.3.2.). Pour z ̸= a, remarquons que T ( z−a ) = S(z), et donc
$ an
S(z) = ,
(z − a)n
n≥0

la convergence étant normale sur toute couronne |z − a| ≥ r1 .


Si de plus a est un pôle de f d’ordre m, alors il existe g holomorphe sur D(a, r)
g(z)
telle que f (z) = (z−a) m , et donc si localement nous développons g en série entière,
% p
g(z) = p bp (z − a) , nous obtenons, par unicité de la décomposition en partie singulière
%m−1 b
- partie régulière, S(z) = p=0 (z−a)pm−p .
%m−1 b
Inversement, si f a une partie singulière de la forme S(z) = p=0 (z−a)pm−p , avec
b0 ̸= 0, alors manifestement f a un pôle d’ordre m en a, puisque dans ce cas f s’écrit
g(z)
f (z) = (z−a) m avec m ≥ 1 et g holomorphe. !
Proposition 6.6.2. “Résidu en un point singulier isolé”. Sous les hypothèses
1
de 6.6.1., le résidu de f en a est égal au coefficient du terme en (z−a) du développement
en série de Laurent de sa partie singulière.
%
Preuve. Puisque par 6.6.1., il existe 0 < r1 < r tels que f (z) = n∈Z an (z − a)n ,
la convergenceétant normale pour r1 ≤ |z − a| ≤ r, si nous choisissons r1 < ρ < r dans
6.2.3., nous obtenons directement Res(f, a) = a−1 . !
6.7. Exercices.
6.7.1 : montrer que z /→ sinz z a en 0 une fausse singularité.
1
6.7.2 : déterminer les singularités de z /→ 1+z 2 . Sont-ce des pôles ou des singularités

essentielles?
6.7.3 : déterminer celles de z /→ sin( z1 ); même question.
1
6.7.4 : calculer les résidus de z /→ 1+z 2 en i et −i.
z 3
e z
6.7.5 : calculer les résidus suivants : Res( 1+z 2 , i), Res( 1+z 4 , ζ), où ζ est une racine

quatrième de l’unité,
6.7.6 : montrer que si une fonction entière est telle que lim|z|→∞ |f (z)| = +∞, alors
c’est un polynôme (étudier f ( z1 )).
30 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

7. Théorème des résidus.


7.1 : Lemmes préliminaires.
Lemme 7.1.1. Si f est holomorphe sur l’ouvert Ω sauf en un ensemble S de points
singuliers isolés, alors S est localement fini.
Preuve. Si tel n’est pas le cas, un compact de Ω contient une suite convergente de
points singuliers de f . La limite est un point singulier non isolé de f , une contradic-
tion. !
Les points singuliers isolés sont d’habitude considérés comme faisant partie de l’ensemble
d’étude d’une fonction holomorphe.
Lemme 7.1.2. “L’enclos étoilé”. Dans un ouvert étoilé, tout compact s’inclut
dans un ouvert étoilé borné dont l’adhérence est incluse dans l’ouvert initial.
Preuve. Soit z0 un centre de l’ouvert étoilé Ω, et soit K ⊂ Ω un compact. Chaque
point de K est dans un disque ouvert de rayon positif d’adhérence incluse dans Ω, et
K, par compacité, est recouvert par un nombre fini de ces disques, disons les D̄(zi , ri ),
1 ≤ i ≤ n.
Soit r > 0 tel que z0 ∈ D(z0 , r) ⊂ D̄(z0 , r) ⊂ Ω, et pour chaque 1 ≤ l ≤ n, soit Kl un
compact étoilé en z0 d’intérieur contenant z0 et D(zl , rl ), contenu dans Ω, et construit
comme suit :
– si z0 ∈ D(zl , rl ), alors Kl = D̄(zl , rl ) convient ;
– sinon, unissons le petit disque centré en z0 , le disque D(zl , rl ), et l’union des segments
joignant z0 à un point de D(zl , rl ). Nous obtenons alors un ouvert étoilé borné, dont
l’adhérence Kl convient (faire un dessin).
Pour terminer, l’union ∪ni=1 Ki est un compact étoilé contenu dans Ω dont l’intérieur
contient K. !
Corollaire 7.1.3. Si f est holomorphe sur l’ouvert étoilé Ω sauf sur un ensemble
de singularités isolées S, et si γ est un chemin fermé dans Ω ne rencontrant pas S, alors
l’ensemble des z ∈ S tels que Indγ (z) ̸= 0 est fini.
Preuve. On inclut γ ⋆ (compact) à l’intérieur d’un compact étoilé Ω0 , lequel ne con-
tient qu’un nombre fini de points de S (on a appliqué 7.1.1 et 7.1.2).
Alors si z ∈ S \ Ω0 , z est dans la composante connexe non bornée de C \ γ ⋆ . Ainsi
Indγ (z) ̸= 0 qu’éventuellement pour z ∈ S ∩ Ω0 qui est fini. !
7.2 : le Théorème des Résidus (ouvert étoilé).
Théorème des Résidus 7.2.1. Soit f holomorphe sur l’ouvert étoilé Ω sauf peut-
être présentant des singularités isolées aux points de l’ensemble S ⊂ Ω. Alors si γ est
un chemin fermé tracé dans ω et ne rencontrant pas S,
.
1 $
f (z)dz = Indγ (z)Res(f, z).
2iπ γ z∈S
7. THÉORÈME DES RÉSIDUS. 31

Remarquons que par 7.1.3 la somme ci-dessus n’a qu’un nombre fini de termes non
nuls.
Preuve. Avec les Lemmes 7.1.1 et 7.1.2, quitte à diminuer Ω, on peut supposer que
S = {z1 , . . . , zn } est fini.
Notons Si la partie singulière de f en zi , et remarquons que
n
$
g=f− Sk
k=1

est en fait holomorphe


/ sur
%Ω puisqu’elle
/ présente en chaque zk une fausse singularité.
1 n 1
Alors 2iπ γ
f (z)dz = k=1 2iπ γ k S (z)dz par le Théorème de Goursat.
% bk,l
D’autre part, Sk (z) = l≥1 (z−z k)
l , la convergence étant normale sur toute couronne

de la forme |z − zk | > rk (> 0). On peut choisir tous les rk égaux à un petit r > 0
suffisamment petit pour que pour chaque k, D̄(zk , r) ∩ γ ⋆ = ∅.
Alors par convergence normale, on peut intervertir intégrale et série et calculer que
. $ bk,l .
1 dz
Sk (z)dz = .
2iπ γ 2iπ γ (z − zk )l
l≥1

Dans la série ci-dessus, tous les termes correspondant à l ≥ 2 sont nuls puisqu’alors
1
z /→ (z−z k)
l possède une primitive. Au bout du compte, nous obtenons que

. $ bk,1 .
1 dz $
f (z)dz = = Res(f, zk )Indγ (zk )
2iπ γ 2iπ γ (z − zk )
k k

par application de 6.2.3, car bk,1 = Res(f, zk ). !


7.3 : dénombrement des zéros et des pôles.
Soit f : Ω → C holomorphe sur l’ouvert Ω, soit γ un chemin fermé tel que γ ⋆ ⊂ Ω, et
supposons que f ne s’annule pas sur γ ⋆ . Alors
. .
1 f ′ (z) 1 du
dz = = Indf ◦γ (0)
2iπ γ f (z) 2iπ f ◦γ u

représente l’indice du chemin fermé f ◦ γ relativement à l’origine.


L’intégrale ci-dessus représente, intuitivement, la variation de l’argument de f (z)
lorsque z suit γ, divisé par 2π. Ceci justifie l’intérêt que l’on porte à de telles intégrales.

(z)
La fonction z /→ ff (z) s’appelle, là où elle est définie, la dérivée logarithmique de f .
Elle est holomorphe là où f l’est et ne s’annule pas.

La terminologie vient de ce que, si f (z) = exp(u(z)) avec u holomorphe, alors ff = u′ .
32 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

La dérivée logarithmique, même si f n’est pas l’exponentielle d’une holomorphe, con-


serve les propriétés algébriques usuelles :
f′ f1′ f′
si f = f1 f2 alors f
= f1
+ f22 ;
f′ ′
si f = gk alors f
= k gg .

Lorsque f présente en a un zéro ou un pôle, i.e. f se met sous la forme, localement


en a, f (z) = (z − a)k g(z) avec g holomorphe non nulle et k ̸= 0, alors
f′ k g′
= + ,
f (z − a) g

et donc ff présente en a un pôle simple de résidu k, et ce résidu est tel que :
– si k > 0, f a en a un zéro d’ordre k;
– si k < 0, f a en a un pôle de multiplicité −k.

Poursuivons par le
Lemme 7.3.1. Un domaine Ω privé d’une partie localement finie S, Ω \ S, est un
domaine.
Preuve (esquisse). Soient z0 et z1 ∈ Ω \ S. Il existe un chemin γ joignant z0 à z1
dans Ω. S’il ne rencontre pas S, il convient pour joindre ces deux mêmes points, mais
dans Ω \ S.
Sinon, puisque γ ⋆ est compact, il ne contient qu’un nombre fini de points de S. On peut
même en dire autant de ∂(γ, r) := {d(z, γ ⋆ ) ≤ r}, où d(z, γ ⋆ ) = min{|z − u| : u ∈ γ ⋆ },
en choisissant r > 0 de sorte à ce que ∂(γ, r) ⊂ Ω.
Soit δ > 0 tel que pour chaque s ∈ S ∩ ∂(γ, r), on ait S ∩ D̄(s, δ) = {s}. Alors partons
de z0 et suivons γ : si nous rencontrons, ce faisant, un petit disque fermé D̄(s, δ), suivons
le bord de ce petit disque au lieu de suivre γ, jusqu’à ce que nous retrouvions sur ce bord
le chemin γ qui ressort du petit disque.
Et ainsi de suite un nombre fini de fois : nous avons fait des “déviations” pour éviter
S en allant de z0 à z1 : il n’y en a eu qu’un nombre fini, chacune était un bout de chemin,
et donc le parcours effectué l’a été le long d’un chemin joignant z0 à z1 dans Ω \ S. !
Nous savons que l’ensemble des pôles d’une fonction holomorphe sur un ouvert est
localement fini. Introduisons la
Définition 7.3.2. Nous appelons fonction méromorphe une fonction holomorphe sur
un ouvert sauf en un certain nombre de points de l’ouvert où elle a éventuellement des
pôles.
Remarquons d’emblée que la dérivée d’une méromorphe l’est, et que la somme et le
produit de deux méromorphes le sont.
Remarquons que par le Lemme 7.3.1, le principe du prolongement analytique s’applique
aux fonctions méromorphes, et donc si g est méromorphe sur un domaine non identique-
ment nulle, alors l’ensemble de ses zéros est aussi localement fini.
7. THÉORÈME DES RÉSIDUS. 33

Si g est méromorphe sur un domaine Ω, si elle n’est pas identiquement nulle, si P


désigne l’ensemble de ses pôles, et si Z désigne celui !de ses zéros, alors Z et P sont
localement finis dans Ω, et en considérant la fonction 1 f , on obtient une méromorphe
dont l’ensemble des zéros est P et celui des pôles est Z.
Donc l’ensemble des méromorphes sur un domaine constitue un corps.
Théorème de l’argument 7.3.3. Si ∆ est un ouvert étoilé, et si f est méromorphe
non identiquement nulle sur ∆, d’ensemble de pôles P et de zéros Z, si γ est un chemin
fermé dans ∆ ne rencontrant ni P ni Z, et si pour a ∈ Z ∪ P , nous notons m(a) son
ordre de multiplicité, alors
. ′
1 f (z) $ $
dz = m(a)Indγ (a) − m(a)Indγ (a).
2iπ γ f (z)
a∈Z a∈P

Preuve. C’est le théorème des résidus 7.2.1 en tenant compte des remarques et des
commentaires qui précèdent dans ce paragraphe. !
Nous allons passer au Théorème de Rouché4 . D’abord un
Lemme 7.3.4. Soient γ1 et γ2 deux chemins fermés ne passant pas par zéro et paramé-
trés par le même intervalle. Alors γ1 γ2 : t /→ γ1 (t)γ2 (t) est un chemin fermé ne passant
pas par 0, et
Indγ1 γ2 (0) = Indγ1 (0) + Indγ2 (0).

Preuve. Il suffit de paramétrer et de remarquer que


(γ1 γ2 )′ γ′ γ′
= 1 + 2.
γ1 γ2 γ1 γ2
!
Théorème de Rouché 7.3.5. Soit ∆ un ouvert étoilé, et soit γ un chemin fermé
dans Ω tel que pour tout z ∈/ γ ⋆ , Indγ (z) ∈ {0, 1}. Soient f et g deux fonctions holomor-
phes dans ∆ et vérifiant :
+
1. f ne s’annule pas sur γ ⋆ ;
2. ∀z ∈ γ ⋆ , |g(z)| < |f (z)|.

Alors f et f + g ont le même nombre de zéros à l’intérieur de γ ⋆ , chacun étant compté


avec son ordre de multiplicité.
Preuve. Remarquons que f + g ̸= 0 sur γ ⋆ . Appelons N le nombre de zéros de f à
l’intérieur de γ ⋆ , et N1 celui de f + g. Par le théorème de l’argument, on a
. ′ . ′
1 f (z) 1 f (z) + g ′ (z)
N= dz et N1 = dz.
2iπ γ f (z) 2iπ γ f (z) + g(z)
4 Rien dans l’encyclopédie à son propos.
34 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Supposons que γ soit paramétré par l’intervalle [α, β], et introduisons les deux nouveaux
chemins fermés définis par

λ(t) = f (γ(t)), λ1 (t) = f (γ(t)) + g(γ(t)), t ∈ [α, β].

On a alors N = Indλ (0) et N1 = Indλ1 (0). On peut en outre écrire λ1 (t) = λ(t)δ(t) où δ
est le chemin fermé défini par
g(γ(t))
δ(t) = 1 + , t ∈ [α, β].
f (γ(t))
Par le Lemme 7.3.4, on a

Indλ (0) + Indδ (0) = Indλ1 (0).

Pour conclure, on remarque que δ ⋆ ⊂ D(1, 1) et donc Indδ (0) = 0 par 2.2.1. !
Nous pouvons maintenant donner notre quatrième démonstration du
Théorème de d’Alembert 7.3.6. Je vous laisse l’énoncer!
Preuve. Soit P (z) = z n + !an−1 z n−1 + . . . + a0 un polynôme non constant. Alors
lim|z|→∞ (an−1 z n−1 + . . . + a0 ) z n = 0, et donc pour R > 0 assez grand, |an−1 z n−1 +
. . . + a0 | < |z n | sur γR . Par le théorème de Rouché, P a le même nombre de zéros que
z /→ z n dans D(0, R), lequel en a n (avec multiplicité). Donc P s’annule. !
7.4 : le Théorème de l’image ouverte.
Théorème de l’image ouverte 7.4.1. L’image d’un domaine par une fonction
holomorphe non constante est un domaine.
Preuve. Notons ∆ le domaine, et soit f : ∆ → C holomorphe. Commençons par
montrer que si u0 , u1 ∈ f (∆), il existe un chemin γ les joignant dans f (∆). Pour cela
choisissons des antécédents z0 , z1 ∈ ∆ tels que f (z0 ) = u0 et f (z1 ) = u1 . Soit ensuite δ
un chemin dans ∆ joignant z0 à z1 . Posons alors γ = f ◦ δ. La fonction f étant dérivable
au sens complexe, il s’ensuit que γ est continu et dérivable par morceaux, puisque δ l’est
et que f ne pose pas de complications de ce point de vue là. Et donc γ est un chemin
joignant u0 à u1 dans f (∆).
Il nous reste à montrer que f (∆) est ouvert. En fait nous allons montrer plus :
Lemme 7.4.2. Soit f : ∆ → C holomorphe sur le domaine ∆, et non constante. Soit
z0 ∈ ∆ et posons w0 = f (z0 ). Alors z0 est un zéro, isolé, de f − w0 . Et si m désigne
son ordre de multiplicité, alors il existe r, s > 0 tels que
(i) : pour tout w tel que |w − w0 | < s, l’équation f (z) = w a exactement m solutions
dans le disque |z − z0 | < r;
(ii) : si en outre w ̸= w0 , ces zéros sont tous distincts.
Preuve de 7.4.2. Par le principe de prolongement analytique, puisque f n’est pas
constante, f − w0 a ses zéros isolés. Et f ′ n’étant pas nulle, f ′ a ses zéros isolés aussi (si
elle en a).
7. THÉORÈME DES RÉSIDUS. 35

Donc il existe ρ > 0 tel que 0 < |z − z0 | < ρ ⇒ (f (z) − w0 )f ′ (z) ̸= 0. Soit ensuite
0 < r < ρ et soit γr (t) = z0 + reit , 0 ≤ t ≤ 2π. On peut aussi choisir ρ > 0 assez petit
pour être sûr que D̄(z0 , ρ) ⊂ ∆.
1
/ f ′ (z)
Par le théorème de l’argument on a m = 2iπ γr f (z)−w0
dz. Soit alors δ = f ◦ γr . Alors
w0 ∈/ δ et la formule précédente montre que m = Indδ (w0 ). / dz
1
Soit alors s > 0 tel que D(w0 , s) ∩ δ ⋆ = ∅. La fonction w /→ 2iπ δ z−w
est constante
sur les composantes connexes de C \ δ , et en l’occurrence, puisque D(w0 , s) ∩ δ ⋆ = ∅,

elle vaut m sur D(w0 , s).


Et donc en invoquant de nouveau le théorème de l’argument, on a (i). Pour (ii), par
choix de r, on a f ′ ̸= 0 sur D′ (z0 , r). !
Fin de la preuve du théorème de l’image ouverte : étant donné z0 ∈ ∆, on peut,
par le Lemme qui précède, trouver s > 0 tel que D(f (z0 ), s) ⊂ f (∆), ce qui montre que
f (∆) est ouvert. !
7.5 : le Théorème d’inversion locale.
Le théorème qui suit est le cas particulier d’un théorème d’inversion locale plus général,
et qui concerne les applications différentiables entre espaces de Banach. Nous bénéficions
ici de l’implication “dérivable ⇒ C ∞ ”, qui en général n’est pas vérifiée.
Rappelons qu’un voisinnage d’un point est un sous-ensemble contenant un ouvert
contenant le point en question.
Théorème d’inversion locale. Soit f holomorphe sur un domaine ∆ et soit z0 ∈
∆ tel que f ′ (z0 ) ̸= 0. Alors il existe un voisinnage U ⊂ ∆ de z0 tel que f (U ) soit un
ouvert contenant f (z0 ) et que f : U → f (U ) soit une bijection d’inverse holomorphe (en
fait on peut choisir U et f (U ) ouverts).
Preuve. On applique 7.4.2 et puisque f ′ (z0 ) ̸= 0, il existe r > 0 et s > 0 tels que
l’équation f (z) = w ait une unique solution dans D(z0 , r) pour w ∈ D(f (z0 ), s). Posons
alors V = D(f (z0 ), s) et U = f −1 (V ) ∩ D(z0 , r).
Puisque f est continue, à la fois U et V sont ouverts, et par les remarques qui précèdent
(applications de 7.4.2), la restriction f : U → V est bijective.
Par 7.4.2, à l’instar de l’argument développé dans la fin de la preuve de 7.4.1, on voit
que cette restriction est une application ouverte, c’est à dire que l’image d’une petite
boule ouverte incluse dans U est un ouvert contenu dans V .
Ceci montre que f −1 : V → U est continue. Ensuite, considérons w, w1 ∈ V et notons
z et z1 leurs images respectives par f −1 . Supposons que w ̸= w1 et remarquons que
" #−1
f −1 (w) − f −1 (w1 ) f (z) − f (z1 )
= .
w − w1 z − z1
Puisque f −1 est continue en w1 , il vient que z → z1 si w → w1 , et l’identité ci-dessus
permet alors de conclure que
7 8−1
∃(f −1 )′ (w1 ) = f ′ (f −1 (w1 ))
si l’on prend soin de noter que f ′ ̸= 0 sur U , par construction dans la preuve de 7.4.2. !
Le théorème d’inversion locale précédent a une forme globale :
36 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Théorème d’inversion globale. Si f est holomorphe et injective sur le domaine


∆, alors f : ∆ → f (∆) est bijective d’inverse holomorphe.
Preuve. D’après la preuve de 7.4.2, si z ∈ ∆ et si f ′ (z) ̸= 0, alors f n’est pas
injective. Donc f ′ ̸= 0 est nécessaire.
Alors f : ∆ → f (∆) est bijective et en tout point de ∆, nous pouvons appliquer le
théorème d’inversion locale. Nous savons d’autre part que f (∆) est un domaine. Au bout
du compte f −1 : f (∆) → ∆ est définie sur un domaine et en chaque point de celui-ci,
elle est dérivable. !
7.6 : exercices.
Ex. 7.6.1 : montrer que z /→ sin z a un pôle simple en chaque kπ, k ∈ Z. En déduire
que z /→ cotanz a une singularité isolée en chaque kπ, et calculer son résidu en kπ.
Ex. 7.6.2 : on considère l’équation e−z + z − λ = 0, où λ est un paramètre complexe.
Montrer que quel que soit λ, elle a une solution unique dans le demi-plan Re(z) > 0
(Indication : utiliser Rouché avec le sous-ensemble {Re(z) ≥ 0} ∩ {|z| ≤ R}).
8. APPLICATION AU CALCUL DES INTÉGRALES. 37

8. Application au calcul des intégrales.


Nous allons décrire quelques cas typiques où l’on pourra calculer la valeur d’une
intégrale d’une fonction réelle sans calculer de primitive de la fonction supposée intégrée,
mais en déterminant un contour à “faire tendre vers +∞”, et en interprétant l’intégrale
comme une somme de résidus...
Le lecteur est invité à vérifier que pour les chemins utilisés dans ce Chapitre, les indices
sont soit 0 soit 1.
8.1 : intégrales du premier type.
Intégrales de la forme
. 2π
R(cos t, sin t)dt, (T1)
0

où R(x, y) désigne une fraction rationnelle en x et y sans pôle sur le cercle {x2 + y 2 = 1}.
On paramètre le cercle par t /→ eit = γ1 (t), 0 ≤ t ≤ 2π, et on remarque que si z = eit ,
z+ 1 z− 1
R(cos t, sin t)dt = R( 2 z , 2iz ) dz
iz
= G(z)dz.
Ensuite G est méromorphe sur C, puisque ses pôles, en nombre fini, sont isolés, et
qu’ailleurs qu’en un pôle, elle est holomorphe.
Donc le Théorème des Résidus 7.2.1 s’applique, et nous obtenons
. 2π . $
R(cos t, sin t)dt = G(z)dz = 2iπ Res(G, a),
0 γ1 a

1
1 z+ z z− z1
la somme étant étendue aux pôles de z /→ iz R( 2 , 2i ) intérieurs au disque de centre
0 et de rayon 1.
8.2 : intégrales du second type.
Intégrales de la forme
. +∞
I= R(t)dt, (T2)
−∞

où R est une fraction rationnelle sans pôle réel, et où l’on suppose que l’intégrale de
Riemann généralisée converge, à savoir que limx→±∞ xR(x) = 0.
On considère alors le chemin γ ρ union de deux chemins γ1ρ et γ2ρ , γ1ρ (t) = ρeit , 0 ≤
t ≤ π, et γ2ρ (t) = t, −ρ
/ ≤ t ≤ ρ. / /ρ %
Nous avons alors γ ρ R(z)dz = γ ρ R(z)dz + −ρ R(x)dx = 2iπ y>0 Res(R, z), la
1
somme étant étendue aux pôles de R situés dans le demi-plan ouvert y > 0, si ρ est assez
grand. /ρ
Le truc va consister, puisque limρ→+∞ −ρ R(x)dx = I, à montrer que
.
lim R(z)dz = 0.
ρ→+∞ γ1ρ
38 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Remarquons au passage que si nous parcourons le segment en sens opposé, et si nous


y joignons le demi-cercle {|z| = ρ, Arg(z) ∈ [π, 2π]} paramétré par disons γ3ρ , un calcul
similaire, mais en tenant compte de l’orientation, montre que
. +∞ $ .
R(x)dx = −2iπ Res(R, z) + lim R(z)dz,
−∞ ρ→+∞ γ3ρ
y<0

ce qui redonne par les y < 0 la valeur de I à condition de montrer, comme nous l’avons
annoncé dans le cas y > 0, que la limite impliquée est nulle. Ceci va résulter d’un

Lemme 8.2.1. Soit f une fonction continue dans le secteur angulaire θ1 ≤ θ ≤ θ2 ,


où r et θ désignent le module et l’argument d’un nombre complexe z. Supposons que
lim|z|→∞ zf (z) = 0 (respectivement que lim|z|→0 zf (z) = 0). Si γr,θ1 ,θ2 (t) = reit , θ1 ≤
t ≤ θ2 , alors
. .
lim f (z)dz = 0 (respectivement lim f (z)dz = 0).
r→+∞ γr,θ1 ,θ2 r→0+ γr,θ1 ,θ2

Preuve. Faisons le cas r → +∞, l’autre se traitant de façon similaire. Soit ε > 0

donné. Alors il existe r0 > 0 tel que r > r0 ⇒ r|f (z)| ≤ ε si z ∈ γr,θ 1 ,θ2
. Mais alors
(. (
( (
( (
( f (z)dz ( ≤ (θ2 − θ1 )ε.
( γr,θ (
1 ,θ2

8.3 : intégrales du troisième type.


Il s’agit d’intégrales du type
. +∞
I= f (x)eix dx, (T3)
−∞

où f est holomorphe au voisinnage de tout point du demi-plan y ≥ 0, sauf peut-être en un


nombre fini de points. Nous allons séparer l’étude des intégrales du type (T3) selon que
f présente sur l’axe y = 0 des singularités ou pas. Toutefois les résultats sont regroupés
dans le paragraphe “intégrales du type (T3)” dans la mesure où après épluchage on verra
que le fruit est le même. Bon appétit.

8.3.1 : pas de singularité sur l’axe.


Evidemment vous aurez remarqué que les questions de convergence de l’intégrale I
n’ont pas même été soulevées.
8. APPLICATION AU CALCUL DES INTÉGRALES. 39

Proposition 8.3.1.1. Supposons que lim|z|→+∞ f (z) = 0 pour y ≥ 0. Alors, sans


autre hypothèse que celles propres à ce sous-paragraphe, on a
. r $
lim f (x)eix dx = 2iπ Res(f (z)eiz , a).
r→+∞ −r y≥0

Nous avons donc la convergence des parties principales de Cauchy.


Observons que ci-dessus si f ∈ L1 (Lebesgue sur R), alors la limite est égale à
l’intégrale I, qui existe en tant qu’intégrale de Riemann généralisée absolument con-
vergente.
Remarquons aussi que l’intégrale peut être convergente sans être absolument conver-
gente. Il se peut même que la limite ne soit qu’une partie principale de Cauchy.
Preuve. Nous reprenons le contour du second type et observons que |eiz | ≤ 1 dans
le demi-plan y ≥ 0. La convergence résultera si nous montrons que
Lemme 8.3.1.2. Soit f une/ fonction définie dans un secteur du demi-plan y ≥ 0. Si
lim|z|→+∞ f (z) = 0 l’intégrale f (z)eiz dz étendue à l’arc de cercle de centre 0, de rayon
ρ, contenu dans un secteur angulaire donné du demi-plan y ≥ 0, tend vers 0 lorsque
ρ → +∞.
Preuve de 8.3.1.2. Notons z = ρeiθ , avec 0 ≤ θ1 ≤ θ ≤ θ2 ≤ π. Notons M (ρ) =
sup |f (z)|. Alors
|z|=ρ,
Arg(z)∈[θ1 ,θ2 ]

(. ( . π
( (
iz
ρe−ρ sin θ dθ.
( (
( f (z)e dz ( ≤ M (ρ)
( γρ,θ ( 0
1 ,θ2

Reste à montrer que le majorant ci-dessus tend vers 0. Montrons qu’en fait, ce qui suffira,
. π . π2
−ρ sin θ
ρe dθ = 2 ρe−ρ sin θ dθ ≤ π.
0 0

L’égalité ci-dessus résulte de la symétrie sin( π2 − θ) = sin( π2 + θ). Ensuite, observons que
/π /π 2
si 0 ≤ θ ≤ π2 , alors π2 ≤ sinθ θ ≤ 1, ce qui implique que 2 02 ρe−ρ sin θ dθ ≤ 02 e− π rθ rdθ ≤
/ +∞ − 2 rθ
0
e π rdθ = π2 . !
8.3.1.1 en découle directement. !
8.3.2 : des singularités sur l’axe.
Les arguments de §8.3.1. fonctionnent, si ce n’est qu’il y a des singularité sur l’axe.
Nous allons en fait traiter de l’existence d’une singularité en l’origine, les autres singu-
larités, s’il en est, se traiteront sur le modèle, avec bon sens et discernement.
On va donc reprendre le contour du paragraphe précédent, avec ρ assez grand, mais
il va falloir éviter 0. Pour cela, enlevons du segment [−ρ, +ρ] le sous-segment [−ε, +ε],
et remplaçons ce petit sous-segment par un demi-arc de cercle −γε , où γε (t) = εeit , avec
0 ≤ t ≤ π.
40 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Lemme 8.3.2.1. Supposons que g soit holomorphe au voisinnage de 0 et présente en


0 un pôle simple. Alors .
lim g(z)dz = iπRes(g, 0).
ε→0+ γε

Preuve. On décompose g = αz + h(z) avec h holomorphe et α = Res(g, 0), puis on


intègre chacun des deux morceaux séparément sur γε . La longueur de γε tend vers 0 et h
est continue donc bornée au voisinnage de 0, ce qui fait que l’intégrale pour h converge
vers 0. Pour l’autre, il suffit de paramétrer pour trouver à la main que
.
α
dz = iπα.
γε z

!
Pour conclure ce sous-sous-paragraphe, notons que si f a un pôle simple en l’origine,
alors son intégrale sur l’axe, même multipliée par eix , ne convergera qu’en un sens res-
treint (parties principales de Cauchy ou autres limites restreintes).
Si elle présente un pôle compliqué, alors la convergence sera encore moins bonne, voire
inexistante, et c’est pour cela que nous n’avons traité ici que d’un pôle simple.
/ +∞
Pour la méthode, si nous avions eu à calculer −∞ f (x)eax dx avec une constante
complexe a, nous nous serions placés dans le demi-plan |eaz | ≤ 1 . . . .
8.4 : intégrales du quatrième type.
Il s’agit d’intégrales de la forme
. +∞
R(x)
I= dx, (T4)
0 xα

où α ∈]0, 1[, et R est une fraction rationnelle sans pôle sur [0, +∞[. Pour que l’intégrale
converge, il faut et il suffit que lim+∞ R(x) = 0.
Pour étudier la convergence de cette intégrale, nous introduisons la fonction définie
par f (z) = R(z)

, où z /→ z α est définie sur C\[0, +∞[:= Ω par z α = |z|α eiαArg(z) , Arg(z)
ayant été choisi dans ]0, 2π[.
Remarquons que l’on a pour x > 0, z→x, lim z α = e2iπα xα .
lim z α = xα , alors que z→x,
Im(z)>0 Im(z)<0

Considérons le contour Γ = Γ(ε, r), avec 0 < ε < r, défini par l’union d’un aller-retour
du segment [ε, r], du cercle γr parcouru en sens direct, et du cercle γε parcouru en sens
/
indirect. Nous allons donner un sens à l’expression Γ R(z) ⋆
z α dz bien que Γ ne soit pas
inclus dans Ω.
Pour cela considérons un secteur angulaire −θ ≤ Arg(z) ≤ θ, avec disons 0 < θ < π2 ,
et “ouvrons” Γ par le demi-axe [0, +∞[ en “dédoublant” ce dernier et définissons Γθ
comme étant l’union des deux segments [εeiθ , reiθ ], [re−iθ , εe−iθ ], puis de γr ∩ {Arg(z) ∈
8. APPLICATION AU CALCUL DES INTÉGRALES. 41

[θ, 2π − θ]} parcouru en sens direct, et de γε ∩ {Arg(z) ∈ [θ, 2π − θ]} parcouru en sens
indirect.
Alors Γ⋆θ ⊂ Ω, et en choisissant ε > 0 et θ > 0 assez petits, et r > 0 assez grand, nous
obtenons que .
R(z) $
α
dz = 2iπ Res(f, z)
Γθ z z∈C\{0}

Remarquons ensuite que, en paramétrant et en utilisant des critères standards de


convergence des intégrales, nous avons
. . . . r . r
R(z) R(z) R(z) R(x) 2iπα R(x)
lim α
dz = α
dz − α
dz + α
dx − e dx.
θ→0 +
Γθ z γr z γε z ε x ε xα

Par application directe de 8.2.1, on obtient, en observant que z /→ R(z) zα


n’est pas
continue en 0 mais que cela ne pose pas de problème dans la preuve de 8.2.1, en
/
notant γr,θ (t) = reit et γε,θ = εeit , θ ≤ t ≤ 2π − θ, que limr→+∞ γr,θ R(z) z α dz =
/ R(z)
limε→0+ γε,θ zα dz = 0.
De la preuve de 8.2.1 il ressort que cette convergence vers 0 est uniforme en 0 < θ < π2 ,
et donc nous pouvons tout autant affirmer que
. .
R(z) R(z)
lim α
dz = lim α
dz = 0.
r→+∞ γ
r
z ε→0 +
γε z

Nous pouvons donc conclure à


. +∞
7 8 R(x) $ R(z)
1 − e2iπα α
dx = 2iπ Res(f, z), f (z) = α .
0 x z
z̸=0

8.5 : intégrales du cinquième type.


Il s’agit d’intégrales du type
. +∞
I= R(x) ln xdx, (T5)
0

où R est une fraction rationnelle sans pôle sur l’axe [0, +∞[ et telle que lim+∞ xR(x) = 0,
cette dernière condition assurant la convergence de l’intégrale en +∞ par comparaison
ln - puissance.
Ici nous allons appliquer une méthode très semblable à celle utilisée pour (T 4), et
notamment nous introduisons la fonction z /→ ln z = ln |z| + iArg(z), où Arg(z) ∈]0, 2π[,
et z ∈ C \ [0, +∞[= Ω.
Remarquons qu’ici aussi nous avons une “bizarrerie”, dans la mesure où si x > 0,

lim
z→x,
ln(z) = ln(x) et lim
z→x,
ln(z) = ln(x) + 2iπ.
Im(z)>0 Im(z)<0
42 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Pour une raison qui apparaı̂tra plus claire sous peu, nous allons poser g(z) = R(z)(ln z)2 ,
z ∈ Ω. Nous appliquons stricto-sensu la même méthode, pour les mêmes contours, qu’en
(T 4), et nous obtenons
. +∞ . +∞ $
2
R(x) ln(x) dx − R(x)(ln x + 2iπ)2 dx = 2iπ Res(g, z),
0 0 z̸=0

et donc, si R est réelle, en séparant le réel de l’imaginaire, nous obtenons que


+ / +∞ %
0
R(x) ln xdx = − 21 Re ( Res(g, z)) ;
/ +∞ 1
%
0
R(x)dx = − 2π Im ( Res(g, z)) .

8.6 : exercices. / 2π dt
Ex. 8.6.1 : utiliser (T 1) pour calculer 0 a+sin avec a > 1 réel.
/ +∞ dx t
Ex. 8.6.2 : utiliser (T 2) pour calculer 0 6.
/ +∞ 1+x
sin x
Ex. 8.6.3 : utiliser (T 3) pour calculer 0 dx.
/ +∞ x dx
Ex. 8.6.4 : utiliser (T 4) pour calculer 0 α avec 0 < α < 1.
/ +∞ x ln(1+x)
x
Ex. 8.6.5 : utiliser (T 5) pour calculer 0 (1+x)3 dx.
Ex. 8.6.6 : soient a > 0 et ν réel. Montrer que l’on a
. +∞
cos(νx) π sin(νa)
dx =
0 chx + cha sh(πν)sha
νz
e
en utilisant la fonction z /→ chz+cha , et le contour rectangulaire de sommets ±R et
±R + 2iπ.
Ex. /8.6.7 : calculer par la méthode des résidus :
+∞ dx
– 0 (a+bx2 )n , a, b > 0;
/ +∞ cos(2ax)−cos(2bx)
– 0 x2
dx, a, b ∈ R;
/ +∞ x2 −a2 sin x
– 0 2 +a2 x dx, a > 0;
/ π xcos(nt) zn
– 0 1−2a cos t+a2 dt, |a| = ̸ 1, en intégrant z /→ (z−a)(z− 1
)
sur le cercle unité.
a
9. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS HOLOMORPHES OU MÉROMORPHES. 43

9. Suites et séries de fonctions holomorphes ou méromorphes.


9.1 : suites de fonctions holomorphes.
Voici une définition qui correspond à une notion déjà utilisée en 4.6.2 :
Définition 9.1.1. “Convergence compacte”. Soit (fn : Ω → C)n≥1 une suite de
fonctions. Nous dirons qu’elle converge uniformément sur les compacts (en abrégé CUC)
si il existe f : Ω → C telle que quel que soit K ⊂ Ω compact, fn → f uniformément sur
K.
Voici quelques propriétés de base de la convergence compacte :
Lemme 9.1.2. On a, avec les notations de 9.1.1, en supposant que la suite CUC, les
propriétés suivantes :
(a) : si les fn sont continues, f aussi;
(b) : la suite est CUC si et seulement si elle l’est sur les disques compacts inclus dans
Ω;
(c) : si g : C → C est continue, et si les fn sont continues, alors la suite (g ◦ fn ) est
CUC, et converge vers g ◦ f .
Preuve. Pour (a), on a la convergence uniforme locale (sur les petits disques com-
pacts de rayons positifs) qui entraı̂ne la préservation de la continuité à la limite.
Pour (b), une implication est claire : et la réciproque s’obtient par la propriété de
sous-recouvrement fini, et en observant que la convergence reste uniforme sur une union
finie de sous-ensembles où elle a lieu.
Pour (c), soit K ⊂ Ω compact, soit δ > 0, si L = f (K), L est compact, et Lδ :=
∂(L, δ) = {z : d(L, z) ≤ δ} est compact car fermé borné. Puisque g est continue sur C,
elle est uniformément continue sur le compact Lδ : soit ε > 0 : il existe δ > 0 tel que
|u − u′ | ≤ δ et u, u′ ∈ Lδ ⇒ |g(u) − g(u′ )| ≤ ε.
Ensuite, la suite est CUC, et donc il existe n0 tel que si n ≥ n0 , alors quel que soit
z ∈ K, |fn (z) − f (z)| ≤ δ. Et alors on a |g ◦ fn (z) − g ◦ f (z)| ≤ ε. !
Pour renforcer 4.6.2, nous avons
Proposition 9.1.3. Avec les notations de 9.1.1, si les fn sont holomorphes, alors f
(k)
l’est, et de plus pour chaque k ≥ 1, la suite (fn ) CUC vers f (k) .
Preuve. Par 4.6.2, f est holomorphe. Pour ce qui est de la CUC de la suite des
dérivées partielles, utilisons notre représentation intégrale 2.3.2 : d’abord soit D̄(a, r) ⊂
Ω un disque fermé inclus dans Ω. Ω étant ouvert, il existe un 0 < r < ρ tel que
D̄(a, ρ) ⊂ Ω. Ensuite, si z ∈ D̄(a, r),
. .
(k) fn (u) (k) f (u)
fn (z) = k! k+1
du, f (z) = k! k+1
du, z ∈ Ω \ γ ⋆ ,
γ (u − z) γ (u − z)

où γ ⋆ ⊂ Ω est par exemple le chemin γ(t) = a + ρeit , t ∈ [0, 2π].


On en déduit aisément la convergence compacte sur les disques fermés inclus dans Ω,
et par 9.1.2, la conclusion recherchée en découle. !
44 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Pour ce qui est de la gestion des pôles dans le cadre CUC commençons par les fausses
singularités :
Lemme 9.1.4. Supposons que (fn ) CUC vers f sur D′ (a, r) pour un certain r > 0.
Alors si chaque fn présente en a une fausse singularité, il en est de même de f .
Preuve. Un prolongement analytique de chaque fn est, sur D(a, r2 ), par 2.3.2,
.
fn (z)
z /→ fˆn (u) = dz,
γ z−u

où γ(t) = a + r2 eit , t ∈ [0, 2π].


/ n (z) / (z)
Par la propriété CUC, limn γ fz−u dz = γ fz−u dz pour tout u ∈ D(a, 2r ), puisque γ ⋆
est compact inclus dans D′ (a, r).
D’autre part, si z ∈ D′ (a, r2 ), alors limn fˆn (z) = f (z), et donc f coı̈ncide sur D′ (a, 2r )
/ (u)
avec z /→ γ fu−z du qui est analytique sur D(a, 2r ) (2.3.2). Ceci montre que f a un
prolongement analytique en a, et donc y présente bien une fausse singularité. !
Proposition 9.1.5. Supposons que (fn ) CUC vers f sur Ω \ {a}, les fn étant holo-
morphes et présentant en a un pôle d’ordre ≤ k, avec a ∈ Ω.
Alors la limite est holomorphe sur Ω \ {a} et présente en a un pôle d’ordre ≤ k.
Preuve. Par 6.4, en posant gn (z) = (z − a)k fn (z) et g(z) = (z − a)k f (z), nous
obtenons une suite de fonctions gn qui CUC vers g, et qui présentent en a une fausse
singularité. Par le Lemme 9.1.4, la limite g présente en a une fausse singularité aussi.
Et donc f présente en a un pôle d’ordre ≤ k. !
9.2 : séries de fonctions méromorphes.
Ici nous considérons un ouvert
% Ω et pour chaque n une fonction un méromorphe sur
Ω. Nous dirons que la série n un (z) CUC sur Ω si quel que soit K ⊂ Ω compact, les
deux conditions suivantes sont satisfaites :
(K1) : il existe%n0 tel que si n ≥ n0 , alors un n’a pas de pôle sur Ω;
(K2) : la série n≥n0 un (z) converge uniformément sur K.
Notons alors, pour une telle série, Pn l’ensemble des pôles de un , et P = ∪n Pn .
L’hypothèse
% CUC sur la série montre que P est localement fini. Pour z ∈ Ω \ P , la série
n un (z) converge vers sa somme, au sens classique.
%
Proposition 9.2.1. Soit donnée une série de fonctions méromorphes n un (z) qui
CUC sur l’ouvert Ω. Alors
(a) : sa somme est méromorphe sur Ω;
(b) : la série des dérivées k ièmes CUC vers la dérivée k ième de la série.
Preuve. Observons que puisque P est localement fini, Ω \ P est ouvert. Sur cet
ouvert, la série est limite CUC de la suite des sommes partielles, car pour tout K ⊂ Ω \ P
compact, nous pouvons supposer n0 = 0 dans la condition (K1 ).
9. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS HOLOMORPHES OU MÉROMORPHES. 45

Par 9.1.3, nous en déduisons que la somme est holomorphe sur cet ouvert, et que celle
des dérivées k ièmes des un CUC vers la dérivée k ième de la somme.
Soit maintenant z ∈ P . Puisque {z} est compact, z n’est un pôle que pour un nombre
fini de un . Notons mz le plus grand de ses ordres. Alors z est un pôle d’ordre ≤ mz de
%k
n=0 un , et par 9.1.5, c’en est un d’ordre ≤ mz de la somme de la série.
Donc la somme de la série est bien méromorphe, et l’ensemble de ses singularités est
inclus dans P .
Montrons pour conclure que la série des dérivées k ièmes CUC vers la dérivée k ième de
la somme, au sens de la définition du présent paragraphe.
La condition (K1) est clairement vérifée, et la condition (K2) découle directement
de
% 9.1.3, puisque le compact K étant donné, avec son entier n0 dans (K1), la série
n≥n0 un CUC sur l’ouvert Ω \ (∪n≥n0 Pn ), et en particulier converge uniformément sur
K. !
9.3 : applications : formule d’Euler et autres développements.
Supposons que z ̸= kπ pour k ∈ Z. Alors on a la formule d’Euler

1 $ z
cotanz = +2 2 − n2 π 2
. (E)
z n=1
z

Avant de démontrer la validité de la formule (E), remarquons simplement que par 9.2.1
la série de droite dans l’équation (E) est CUC sur Ω := C \ {kπ : k ∈ Z}.
Pour z ∈ Ω, notons F (z) = cotanz − z1 . Proche de z = 0, on a le DL

z3
z cos z − sin z = − + o(z 3 )
3
dont il découle que lim0 cotanz − z1 = 0 puisque sinz z → 1 en 0. Donc on peut prolonger
f en 0 en une fonction holomorphe en posant F (0) = 0.
Soit u ∈ C \ {kπ : k ∈ Z}, et notons

F (z)
G(z) = .
z−u
Cette fonction est méromorphe dans le plan, et n’a que des pôles simples aux points
{kπ : k ∈ Z} ∪ {u}. Nous pouvons calculer facilement les rédsidus de G en ces points :
– Res(G, u) = F (u);
Res(F,kπ) 1
– Res(G, kπ) = limz→kπ z−kπz−u F (z) = kπ−u = kπ−u .
π
Soit n ≥ 1 un entier et rn = 2 + nπ, et soit Cn le carré parcouru dans le sens direct
et de sommets rn (±1 ± i). Appliquons la formule des résidus à G pour ce contour Cn
et un entier n tel que |u| < rn . Observons qu’un calcul simple montre que les indices
relativement à Cn sont 1 à l’“intérieur”, et 0 à l’extérieur. Ainsi
. n " # .
1 F (z) $ 1 1 1 F (z)
dz = F (u)+ − , dz = F (0) = 0 (u = 0),
2iπ Cn z − u kπ − u kπ + u 2iπ Cn z
k=1
46 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

et donc en prenant la différence de ces deux formules, on obtient


. n
1 uF (z) $ u
dz = F (u) − 2 .
2iπ Cn z(z − u) u − k2 π 2
2
k=1

Nous allons maintenant montrer que l’intégrale de gauche ci-dessus tend vers 0 si n
tend vers +∞. Pour cela observons que si z = x + iy, alors
cos2 x + sh2 y
|cotanz|2 = ,
sin2 x + ch2 y
et donc si y ̸= 0, on peut écrire
1 + sh2 y ch2 y
|cotanz|2 ≤ ≤ , donc |cotan(z)| ≤ coth|y|.
sh2 y sh2 y
Ensuite, si |x| = rn , on a
sh2 y π
|cotanz|2 ≤ 2
< 1 < coth2 ,
1 + sh y 2
1
et donc quoiqu’il arrive si z ∈ Cn , on a |F (z)| ≤ rn
+ coth π2 < 1 + coth π2 =: K. Alors
(. (
( uF (z) ( 8K|u|
( dz (( ≤ −−−−→ 0.
Cn z(z − u) rn − |u|
( n→+∞

Ceci achève de démontrer la formule d’Euler.


On peut utiliser la formule
, π-
tan z = −cotan z +
2
et déduire de la formule d’Euler que
$ z
tan z = −8 ,
4z − (2k − 1)2 π 2
2
k≥1

puis utiliser
1
= cotanz + tan(z/2)
sin z
pour en déduire que
1 1 $ (−1)k z
= +2 .
sin z z z2 − k2 π 2
k≥1

Concluons par quelques mots sur la fonction ζ de Riemann :


$ 1
ζ(z) = , Re(z) > 1.
nz
n≥1

On applique 9.2.1 et on démontre que ζ est holomorphe dans Re(z) > 1.


9. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS HOLOMORPHES OU MÉROMORPHES. 47

9.4 : reconstructions.
Voici deux théorèmes dits de ‘‘reconstruction”, dont nous ne démontrerons qu’une
forme faible :
9.4.1. Théorème de Weierstraβ. Soient Ω un ouvert de C, soit Z ⊂ Ω un
ensemble localement fini, et pour chaque z ∈ Z, soit m(z) un entier positif. Alors il
existe f : Ω → C holomorphe telle que Z soit exactement l’enemble des zéros de f , et
qu’en chaque z ∈ Z, le zéro soit d’ordre m(z).
9.4.2. Théorème de Mittag-Leffler. Soient Ω un ouvert de C et P ⊂ Ω un
sous-ensemble localement fini. Pour chaque a ∈ P , soit qa (z) un polynôme de terme
constant nul. Alors il existe f : Ω → C méromorphe dont P soit exactement , - l’ensemble
1
des pôles, et telle qu’en chaque a ∈ P , la partie singulière de f soit qa z−a .
Nous allons démontrer du second une forme simplifiée :
Proposition 9.4.3. Soit (an )n≥1 une suite injective de nombres complexes telle que
limn |an | = +∞, et soit (bn )n≥1 une autre suite de nombres complexes.
Alors il existe une fonction f méromorphe sur C, telle qu’elle ait des pôles exactement
aux an , et qu’en chacun d’eux, le pôle soit simple et de résidu bn .
Preuve. On peut toujours trouver une suite (qn )n≥1 d’entiers positifs telle que pour
chaque 0 ≤ r < 1, $
|bn |r qn < +∞.
n≥1

Par exemple, il suffit de choisir qn entier tel que


ln |bn | 1
≤ ln(1 + ).
qn n
On peut ensuite supposer que les an soient tous non nuls (le résultat recherché peut
être translaté). Considérons alors la série
$ bn z pn
T (z) = .
apnn (z − an )
n≥1

C’est une série de fonctions rationnelles. Le terme de rang n a un pôle simple z = an , de


résidu
bn apnn
= bn .
apnn
Soit R > 0. Il n’existe qu’un nombre fini d’indices n tels que |an | ≤ R. Choisissons un
nombre r tel que 0 < r < 1. Il existe un entier N tel que n ≥ N ⇒ |an | ≥ r1 et |aRn | ≤ r
(donc |an | > R).
Alors si |z| ≤ R et n ≥ N , on a
( (
( bn z pn pn
( ≤ |bn | r ≤ |bn | r qn ,
(
( p
( ann (z − an ) ( 1 − r |an | 1−r
48 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

% z pn
et donc la série n≥N apnnbn(z−a n)
converge uniformément pour tout |z| ≤ R.
Nous pouvons appliquer 9.2.1 pour conclure. !
Corollaire 9.4.4. Une fonction méromorphe dans C est le quotient de deux fonc-
tions entières.
Preuve. Soit f méromorphe sur C, et P l’ensemble de ses pôles. Par le théorème de
Weierstraβ, il existe g holomorphe sur C présentant des zéros exactement aux points de
P , avec pour multiplicité en chaque point de P celle qu’a ce point en tant que pôle de f .
Alors gf est méromorphe sur C et n’a sur P que de fausses singularités. Elle est donc
entière, comme g, et f = gf g . !

9.5 : produits infinis.


Un produit infini de nombres complexes est défini comme la limte des produits finis
partiels, à l’instar d’une série qui n’est autre que la limite de la suite de ses sommes
partielles.
Une seule différence existe cependant : on dira que le produit infini converge si la suite
des produits partiels converge vers une limite non nulle. 9
Supposons donc donnée une suite (an )n≥1 ∈ C⋆ telle que n an soit convergeant.
Alors nécessairement
– limn an =91; 9 9
n
– si Pn := k=1 ak , n≥1 an = Pn k≥n+1 ak .
Nous étendrons un petit peu le cas de la nullité en convenant que le produit infini
converge si la suite des produits partiels des termes de la suite pris à partir
d’un certain rang converge vers une limite non nulle, ce qui évite d’avoir à exclure
la nullité de quelques premiers termes éventuels.
Lemme 9.5.1. Critère de convergence. Soit ln la détermination principale du
logarithme complexe, et soit (an )n≥1 une suite dans C telle que limn an = 1.
Alors pour n assez grand, ln an existe. Et s’il existe n0 tel que
$
S(n0 ) := ln(an ) converge,
n≥n0

9
alors n an converge.
La réciproque est vraie.
9n %n 9
Preuve. On a si n ≥ n0 , k=n0 ak = exp( k=n0 ln(ak )), ce qui montre que k≥n0 ak
converge vers exp(S(n0 )) ̸= 0.
La réciproque est laissée à titre d’exercice. !
Nous allons maintenant nous intéresser aux produits infinis de fonctions holomorphes.
9n holomorphes non nulles sur Ω ⊂ C ouvert, (fn )n≥1 .
Considérons une suite de fonctions
Notons fn = 1 + un , et gn = k=1 fk . Alors les un et les gn sont aussi des fonctions
holomorphes sur Ω.
9. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS HOLOMORPHES OU MÉROMORPHES. 49

Si pour z ∈ Ω, (gn (z))n≥1 converge simplement, nous noterons


:
f (z) = fn (z).
n≥1

Lemme 9.5.2. On suppose que si K ⊂ Ω est compact, il existe un entier n0 tel que
% sur K pour tout n ≥ n0 ;
(a) : ln(fn ) existe
(b) : la série n≥n0 ln(fn ) converge uniformément sur K.
% 7 ! 8
Alors f est holomorphe sur Ω et la série de fonctions méromorphes n≥1 fn′ fn
!
converge uniformément sur tout compact vers f ′ f .

% Preuve. Soit D un disque ouvert d’adhérence D̄ ⊂ Ω. Il existe n0 tel que la série


n≥n0 ln(fk ) converge
9n
uniformément sur D̄. Elle définit une fonction holomorphe sur
D, et la suite ( k=n0 fk )n≥n0 converge par 9.5.1. Donc la suite (gn )n≥1 converge uni-
formément vers f sur D̄, et donc est holomorphe sur D. Donc f est holomorphe sur
Ω. %
En notant h(z) = n≥n0 ln(fk (z)), on a f (z) = gn0 −1 (z) exp(h(z)), et donc

f′ $ f′
= k
+ h′ .
f fk
k<n0

Et sur tout compact de D, par CUC,


$ f′
h′ = k
.
fk
k≥n0

′ % fk′
On obtient donc ff = k≥1 fk
sur tout disque compact D̄ ⊂ Ω, ce qui permet de
conclure par 9.1.2. (b). !
Nous obtenons donc le
Théorème 9.5.3. Produit infini d’holomorphes. Soit (un )n≥1 une suite de
fonctions holomorphes sur un ouvert Ω, telles que 1 + un ̸= 0 sur Ω, et telle que le
produit infini :
(1 + un )
n≥1

converge normalement sur tout compact. Alors ce produit infini définit une fonction f
holomorphe sur Ω, et de plus
$ u′ f′
n
= .
1 + un f
n≥1
50 Y. LACROIX, COURS DE LM7, UPJV, LICENCE DE MATHÉMATIQUES

Factorisation de sin z.
Considérons le produit infini

:" z2
#
f (z) = z 1− 2 2 .
k π
k≥1

C’est par le théorème précédent une fonction entière dont les zéros sont les complexes de
la forme kπ, k ∈ Z. Tous ses zéros sont simples, et sur tout compact de C \ {kπ : k ∈ Z},
on a
f ′ (z) 1 $ 2z
= + .
f (z) z z − k2 π 2
2
k≥1

Par (E), on reconnaı̂t à droite ci-dessus cotanz, et donc il existe λ constant tel que

f (z) = λ sin z.

Pour déterminer λ, observons que pour z ̸= 0,

f (z) :" z2
#
= 1− 2 2 ,
z k π
k≥1

f (z)
donc limz→0 z
= 1, et donc λ = 1.
9.6 : exercices.
p
9.6.1 : soient p ≤ q ∈ N et n ≥ 1 des entiers. On pose fn (z) = nznz+1 q . Déterminer

limn fn . Qu’observez-vous par passage à la limite en 0 ? (penser à l’ordre des pôles).


%
9.6.2 : montrer que si avec les hypothèses de 9.4.3 on a n |a|bnn||2 < +∞, alors une
% bn
solution très simple au problème de reconstruction correspondant est z /→ n an (z−a n)
.
9.6.3 : démontrer la 9réciproque dans le Lemme 9.5.1.
9.6.4 : montrer que n≥1 (1 − n12 ) converge, et trouver sa limite.
A.1 : LES FONCTIONS QUE VOUS CONNAISSEZ OU PRESQUE. 51

A.1 : les fonctions que vous connaissez ou presque.


A.1.1. : les fonctions de base.
Fonctions circulaires: sinus (sin), cosinus (cos), tangente (tan).
Fonction exponentielle: ex
x −x
Fonctions hyperboliques: cosinus hyperbolique (chx = e +e 2
), sinus hyperbolique (sh(x) =
x −x sh(x)
e −e
2 ), tangente hyperbolique (th(x) = ch(x) ).
Fonctions réciproques: logarithme népérien (ln) sur R⋆+ vers R, arcsinus (Arcsin) sur
[−1, 1] vers [− π2 , π2 ], arccosinus (Arcos) sur [−1, +1] vers [0, π], arctangente (Arctan) sur
] − π2 , π2 [ vers R, argsh (Argsh) sur R vers R, argch (Argch) de [1, +∞[ vers R+ , argth
(Argth) de ] − 1, +1[ vers R.

Quelques développements en série (utiliser Taylor - Lagrange) :


% n
ex = n≥0 xn! ; rayon de convergence infini;
% x2n
chx = n≥0 (2n)! = 12 (ex + e−x ); idem;
% x2n+1
shx = n≥0 (2n+1)! = 12 (ex − e−x ); idem;
% x2n
7 8
cos x = n≥0 (−1)n (2n)! = 12 eix + e−ix ; idem;
% x2n+1 1
7 ix 8
sin x = n≥0 (−1)n (2n+1)! = 2i e − e−ix ; idem.

Les séries ci-dessus ayant un rayon de convergence infini, et C étant complet, elles
convergent si l’on remplace la variable réelle x par une variable complexe z. Par conver-
gence absolue, puisque in vaut i, −1, −i et 1 selon que n est congru à 1, 2, 3 et 0 modulo
4, nous obtenons la formule de Moivre

eix = cos x + i sin x.

Par convergence absolue encore, nous avons toujours (cf. 1.5.3.)

ez1 +z2 = ez1 ez2 .

Les rayons de convergence étant infinis, nous en déduisons que les fonctions précédentes,
étendues à la variable complexe, sont des fonctions holomorphes. La dérivation formelle
terme à terme dans la série donne

(ez ) = ez , sh′ (z) = ch(z), ch′ (z) = sh(z), cos′ (z) = − sin(z), sin′ (z) = cos(z).

En posant z = x+iy, nous avons ez = ex eiy et |eiy | = 1, et ex > 0. Donc l’exponentielle


complexe ne s’annule jamais, et |ez | = eRe(z) et Arg(ez ) = Im(z) mod (2π).

On a les relations suivantes entre les circulaires et les hyperboliques :


cos z = ch(iz), chz = cos(iz),
sin z = −ish(iz), shz = −i sin(iz).
52 Y. LACROIX, COURS DE LM7

On en déduit, si z = x + iy,

⎪ cos z = cos xchy − i sin xshy,



⎪ sin z = sin xchy + i cos xshy,



⎪ chz = chx cos y + ishx sin y,



⎪ shz = shx cos y + ichx sin y,
| cos z|2 cos2 x + sh2 y,

=

⎪ | sin z|2 = sin2 x + sh2 y,



⎪ | cos z|2 + | sin z|2 = 1 + 2sh2 y = ch(2y),



⎪ cos z = 0 ⇔ cos x = 0 ⇔ x = π2 + kπ, k ∈ Z,
z = i( π2 + kπ), k ∈ Z,



⎩ chz = 0 ⇔
shz = 0 ⇔ z = ikπ, k ∈ Z.

Ceci permet d’introduire les fonctions tan et th proprement :

sin z shz
tan z = , thz = .
cos z chz

La première est définie et holomorphe sur C \ { π2 + kπ : k ∈ Z}, et la seconde l’est sur


C \ {i( π2 + kπ) : k ∈ Z}, et un calcul simple montre que

tan′ (z) = 1 + tan2 (z) = cos12 (z) ,


th′ (z) = 1 − th2 (z) = ch12 z .

A.1.2. : le logarithme complexe.


• L’équation ez = a.
Ici, a ∈ C est la donnée, z l’inconnue. Pour a = 0, il n’y a pas de solution. Si a ̸= 0,
écrivons a sous forme trigonométrique : a = reiθ . Notons z = x + iy. Alors l’équation
s’écrit
ex = r et eiy = eiθ ,
Les solutions sont donc
z = ln r + i(θ + 2kπ), k ∈ Z.
•• Inversion de l’exponentielle.
Nous venons de voir que ez = a a toujours une solution pour a ∈ C⋆ , mais pas unique.
Inverser l’exponentielle conduit donc à privilégier une de ces solutions plutôt qu’une
autre. C’est ce que l’on appelle choisir une détermination de l’argument.
La détermination principale de l’argument est la valeur de l’argument de z,
disons θ, qui soit telle que
−π < θ ≤ π.
Posons alors log : C⋆ → C définie par

log(z) = ln r + iθ,
A.1 : LES FONCTIONS QUE VOUS CONNAISSEZ OU PRESQUE. 53

où r = |z| et θ est la détermination principale de Arg(z). C’est le logarithme complexe.


La fonction log présente un ensemble de discontinuités sur R− , elle est holomorphe
sur C \ R− (utiliser les équations de Cauchy en polaires), a pour dérivée

1
log′ (z) = , z ∈ C \ R− ,
z
et satisfait aux équations
+
log(ez ) = z si − π < Im(z) < π;
elog z = z si z ∈ C \ R− .

Remarquons que C \ R− n’est pas stable par produit. La relation

log z1 z2 = log z1 + log z2 mod (2iπ)

n’est pas aussi simple que son pendant dans le cas réel positif, et n’est vraie que si
z1 z2 ∈ C \ R− .
Il existe d’autres déterminations de l’argument, et donc d’autres logarithmes com-
plexes, qui sont à priori des fonctions L satisfaisant à la relation eL(z) = z.
A.1.3. : exercices.
Ex. 1 : montrer que si a, b ∈ R, sin a sin b = 21 [cos(a − b) − cos(a + b)].
Ex. 2 : résoudre cos z = i.
1
Ex. 3 : poser F (z) = √ e 2 log z , z ∈ Ω := C \ R−
√ . Montrer que F est holomorphe sur Ω,
′ n
et calculer F . Définir z pour z ∈ Ω. Définir z pour n ≥ 3.
54 Y. LACROIX, COURS DE LM7

Annales
UPJV, Licence de Mathématiques
Année universitaire 2002/2003
Partiel de LM7 (Analyse Complexe)
Jeudi 21 Novembre 2002, 9h–12h

Tous documents sauf livres autorisés, calculettes aussi.


E-mail, wap et communications téléphoniques interdits.

Les exercices sont indépendants les uns des autres.

Premier exercice.
Soient a, b > 0 et Ea,b l’ellipse dans le plan d’équation
, x -2 , y -2
+ = 1.
a b

I-1 : trouver un chemin /“simple” t /→ γ(t) paramétrant l’ellipse avec l’intervalle [0, 2π].
I-2 : calculer l’intégrale γ dz
z
de deux façons différentes, et en déduire que

. 2π
dt 2π
2 = ab .
0 a2 cos2 2
t + b sin t

Deuxième exercice.
Soit f une fonction holomorphe sur le disque opuvert D(a, R) = {|z − a| < R}, avec
R > 0 donné. Soit ρ un réel vérifiant 0 < ρ < R. On pose

φ(θ) = Re(f (a + ρeiθ )), θ ∈ R.

II-1: montrer
% qu’il existe une unique suite (cn )n≥0 dans C telle que pour θ ∈ R, f (a +
ρe ) = n≥0 cn ρn einθ (Indication : on pourra utiliser 2.3.2. du cours).

II-2: montrer que


. 2π
1
Re(f (a)) = φ(θ)dθ.
2π 0
ANNALES 55

II-3: montrer que quel que soit k ∈ N⋆ ,


. 2π
πρk (k)
φ(θ)e−ikθ dθ = f (a).
0 k!
/ 2π
(Indication : partir de 0 φ(θ)e−ikθ dθ, exprimer φ(θ) comme somme d’une série à partir
de la série qui exprime f en II-1, et conclure en intervertissant somme de la série et
intégrale (justifier)).
II-4 : en déduire que
. 2π
(k) k!
Re(f (a)) = φ(θ) cos(kθ)dθ.
πρk 0

Troisième exercice.
III-1: soit γ un chemin dans le plan complexe, et soit γ̄ son image par la transformation
z /→ z̄. Montrer que γ̄ est un chemin du plan, et que si f : γ ⋆ → C est continue, alors
z /→ f (z̄) est continue sur γ̄ ⋆ , et que
. .
f (z)dz = f¯(z̄)dz.
γ γ̄

III-2: si γ(t) = eit =: γ1 (t), 0 ≤ t ≤ 2π, montrer que


. .
dz
f (z)dz = − f (z) .
γ1 γ1 z2

III-3: soit Ω ⊂ C un ouvert contenant le disque fermé {|z| ≤ 1} = D̄(0, 1). Montrer que
. +
1 f (z) f (0) si |a| < 1;
dz =
2iπ γ1 z−a f (0) − f (1/ā) si |a| > 1.

Quatrième exercice.
1
IV-1: décomposer z /→ z(1−z)en éléments simples sur C[X].
/ ez
IV-2 : en déduire la valeur de γ z(1−z) dz lorsque γ est le chemin
it
IV-2-1: γ(t) = e /2, 0 ≤ t ≤ 2π;
IV-2-2: γ(t) = 1 + eit /2, O ≤ t ≤ 2π;
IV-2-2: γ(t) = 2eit , O ≤ t ≤ 2π.

Cinquième exercice.
56 Y. LACROIX, COURS DE LM7

Soit f ∈ H(C) et soient 0 ≤ r < R. Notons


. .
I= √ f (x + iy)dxdy.
r< |x|2 +|y|2 <R

En passant en coordonnées polaires dans l’intégrale double, montrer que


. * . <
R
1 f (z)
I= dz ρdρ,
r i γρ z

où γρ (t) = ρeit , O ≤ t ≤ 2π. En déduire que

I = πf (0)(R2 − r 2 ).
ANNALES 57

UPJV, Licence de Mathématiques


Année universitaire 2002/2003
Examen de LM7 (Analyse Complexe)
Jeudi 23 Janvier 2003, 8h–12h

Seuls les cours polycopiés ou manuscrits sont autorisés.


E-mail, wap et communications téléphoniques interdits.

Les exercices sont indépendants les uns des autres.


Les réponses doivent être suffisamment argumentées.

Premier exercice : théorème des Résidus.


/ +∞ dx / +∞ ln x
On note J0 = 0 1+x4 et J1 = 0 1+x4 dx.
I-1) : justifier l’existence des deux intégrales J0 et J1 .
I-2) : soit γ le chemin fermé du plan défini par
⎧ it
⎪ Re si 0 ≤ t ≤ π;

−R(1 − (t − π)) − ε(t − π) si π ≤ t ≤ π + 1;
γ(t) = i(π−(t−π−1))
⎩ εe
⎪ si π + 1 ≤ t ≤ 2π + 1;
ε(1 − (t − 2π − 1)) + R(t − 2π − 1) si 2π + 1 ≤ t ≤ 2π + 2,

où 0 < ε < R sont des paramètres.


Dessiner le support de γ (γ ∗ ), en indiquant à l’aide de petites flèches le sens de parcours
des différentes portions de ce support.
ln z
I-3) : soit f (z) = 1+z 4 , où ln z désigne la détermination du logarithme définie sur

U := C \ {z : Re(z) = 0, Im(z) ≤ 0}.


En intégrant f sur γ, et en justifiant proprement, montrer que l’on a
= >
iπ i 3π
2J1 + iπJ0 = 2iπ Res(f, e ) + Res(f, e ) .
4 4

2
π
En déduire que J0 = √
2 2
et J1 = − 8π√2 .

Deuxième exercice : prolongement analytique.


58 Y. LACROIX, COURS DE LM7

Soit f une fonction analytique sur D := D(0, 2).


1
II-1): que dire de f si ∀n ≥ 1, f ( 2n ) = n1 ? (Considérer f (z) − 2z).
II-2): même question pour f satisfaisant à l’équation f ( n1 ) = f (− n1 ) = 1
n3 , n ≥ 1?

Troisième exercice : formule de Cauchy sur un disque.


Soit f (z) = a0 + a1 z + . . . + an z n + . . . une série entière convergente dans le disque
|z| < 1. On suppose que si |z| < 1, alors

1
|f (z)| ≤ .
1 − |z|
7 8n
Montrer qu’alors quel que soit n ≥ 1, |an | ≤ 1 + n1 (n + 1) ≤ e(n + 1).

Quatrième exercice : un contre-exemple.


%
Donner un exemple d’une série entière n≥0 an z n normalement convergente dans le
%
disque fermé D̄(0, 1) mais telle que n≥1 nan z n−1 ne converge pas uniformément sur le
disque ouvert D(0, 1).

Cinquième exercice : résidus.


/ f (z)
Démontrer le théorème de Liouville en appliquant le théorème des résidus à γR (z−a)(z−b)
dz
où a ̸= b et γR (t) = Reit , 0 ≤ t ≤ 2π.

Sixième exercice : résidus.


Utiliser,/en la justifiant, la méthode des résidus pour évaluer les intégrales suivantes :
+∞ dx
•: I= 0 2 ) , a, b > 0 ;
/ π (a+bx
cos(nt) zn
•• : J = 0 1−2a cos t+a2 dt, a ∈]0, +∞[\{1}, en intégrant z /→ (z−a)(z− 1 sur le cercle
a)
unité, n ≥ 1.
ANNALESUPJV, Licence de Mathématiques59
Année universitaire 2002/2003
Examen de LM7 (Analyse Complexe)
Mardi 9 Septembre 2003, 8h30–12h30

Seuls les cours polycopiés ou manuscrits sont autorisés.


E-mail, wap et communications téléphoniques interdits.

Les exercices sont indépendants les uns des autres.


Les réponses doivent être suffisamment argumentées.

Premier exercice : théorème des Résidus.


/ +∞ dx / +∞ ln x
On note J0 = 0 1+x4
et J1 = 0 1+x4
dx.
I-1) : justifier l’existence des deux intégrales J0 et J1 .
I-2) : soit γ le chemin fermé du plan défini par
⎧ it
⎪ Re si 0 ≤ t ≤ π;

−R(1 − (t − π)) − ε(t − π) si π ≤ t ≤ π + 1;
γ(t) = i(π−(t−π−1))
⎩ εe
⎪ si π + 1 ≤ t ≤ 2π + 1;
ε(1 − (t − 2π − 1)) + R(t − 2π − 1) si 2π + 1 ≤ t ≤ 2π + 2,

où 0 < ε < R sont des paramètres.


Dessiner le support de γ (γ ∗ ), en indiquant à l’aide de petites flèches le sens de parcours
des différentes portions de ce support.
ln z
I-3) : soit f (z) = 1+z 4 , où ln z désigne la détermination du logarithme définie sur

U := C \ {z : Re(z) = 0, Im(z) ≤ 0}.


En intégrant f sur γ, et en justifiant proprement, montrer que l’on a
= π 3π
>
2J1 + iπJ0 = 2iπ Res(f, ei 4 ) + Res(f, ei 4 ) .

2
π
En déduire que J0 = √
2 2
et J1 = − 8π√2 .

Deuxième exercice : séries.


Soit (zn )n≥1 une suite de nombres complexes de parties réelles positives ou nulles, et
telle que les deux séries z1 + . . . + zn + . . . et z12 + . . . + zn2 + . . . convergent. Montrer
qu’alors la série |z1 |2 + . . . + |zn |2 + . . . converge.
Est-il alors nécessaire que la série |z1 | + . . . + |zn | + . . . converge ? Argumenter.
60 Y. LACROIX, COURS DE LM7

Troisième exercice : formule de Cauchy sur un disque.


Soit D ⊂ C un disque ouvert non vide du plan complexe, soient f, g holomorphes sur
D, jamais nulles, et soient a, an des points de D tels que an → a et an ̸= a.
Montrer que si pour chaque n,

f ′ (an ) g ′ (an )
= ,
f (an ) g(an)

alors il existe une constante c ∈ C telle que l’identité f (z) = cg(z) soit valable sur D.

Quatrième exercice.
/ +∞ sin x
Calculer, en justifiant proprement les choses, l’intégrale 0 x dx.

Cinquième exercice.
/ 2π dθ
Soit α un nombre complexe de module distinct de 1. Calculer 0 1−2α cos θ+α2 en
intégrant (z − α)−1 (z − α1 )−1 le long du cercle unité.

Sixième exercice.
Soit f une fonction à valeurs complexes indéfiniment dérivable dans un intervalle
non vide I =]x0 − c, x0 + c[⊂ R. Montrer que pour qu’il existe dans C un disque
D = {|z − x0 | < r} avec 0 < r < c et une fonction analytique g sur ce disque telle que
f = g sur I ∩ D, il faut et il suffit qu’il existe un nombre 0 < b < c, un entier k ≥ 0 et
un nombre A ≥ 0 tels que pour x0 − b ≤ x ≤ x0 + b, et tout entier n ≥ 0, on ait

|f (n) (x)| ≤ An (n + k)!

(Indication : pour la nécessité, appliquer les inégalités de Cauchy. Pour la suffisance,


majorer le reste de la formule de Taylor pour f au point x0 .)

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