L’ANALYSE DE TEXTE AUX TRAVAUX DIRIGÉS EN FLE.
UNE APPROCHE MÉTHODIQUE
Conf. dr. Angelica VÂLCU
Universitatea „Dunărea de Jos”, Galaţi
Résumé
Entre les stratégies et les techniques de créativité qui stimulent la rédaction de texte mais ignore le
regard réflexif sur le texte, et l’exploration des modèles des grands classiques qui aide l’étudiant à appréhender
les contenus mais inhibe les capacités de création, notre étude a en vue une troisième voie, celle où la lecture et
la rédaction de texte, souvent disjointes dans la pratique scolaire, se réclament et se motivent réciproquement.
Mots-clés : lecture de texte, rédaction de texte, analyse de texte, approche méthodique
1. Une analyse de textes consiste à extraire du texte sa structure interne et ses éléments
constitutifs. Le but de cette activité est de saisir l’articulation des éléments essentiels du texte, sa
cohérence et l’organisation logique des idées et des arguments qui le soutiennent.
Comme nous l’avons déjà affirmé, l’activité par laquelle on commence l’analyse de texte
est celle de la lecture du texte.
L’activité de lecture dans la classe de français-langue étrangère peut être décrite
comme l’ensemble des processus de déconstruction/reconstruction par le biais desquels le
texte sera, petit à petit, intégré au discours propre de l’apprenant/lecteur.
Souvent, le contenu du cours pratique d’analyse de texte peut laisser l’étudiant
indifférent pour des raisons très complexes et très diverses : soit ce contenu est loin de ses
préoccupations, soit l’apprenant a l’impression qu’il ne possède pas assez d’informations dans
le domaine de l’analyse textuelle et donc, il se sent incompétent.
C’est pourquoi l’enseignant de français langue étrangère doit commencer sa
démarche par le choix des sujets qui intéressent les étudiants, sujets qui appartiennent au
domaine de leurs preoccupations, à leur univers. L’apprenant doit être encouragé à
communiquer en écrit et oralement, à partager ses opinions, à écouter celles des autres et à
acquérir ce que les spécialistes appellent la compétence discursive.
L’enseignement/apprentissage de la langue française au cours des travaux dirigés,
dans l’enseignement supérieur, est centré, notamment, sur l’étude des textes littéraires,
scientifiques, politiques, historiques, etc.
Dans ces conditions, la stratégie didactique réclame une lecture analytique et après,
une discussion orale ou écrite sur les points d’intérêt que ces types de textes présentent.
Comme dans n’importe quelle matière l’apprenant écrit pour structurer sa pensée, pour
apprendre, créer, interagir. Au cours de travaux dirigés il est mis en situation et est obligé
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d’écrire des textes à divers intentions : donner des réponses, faire des suggestions, proposer
des justifications ou des autoévaluations, etc. Les textes offrent la possibilité à leur auteur de
clarifier sa pensée, de stocker ses expériences professionnelles (et d’autre nature), de planifier
des projets, de prouver ses compétences et la capacité de les intégrer dans tout contexte de
communication.
« Le texte agit en profondeur sur le rapport du sujet au langage : dans le texte, le
langage est à la fois une trace matérielle inscrite sur un support (un objet parmi d’autres
objets, une image parmi d’autres images), et un discours qui s’adresse à un sujet, qui lui parle
pour entrer en résonance avec son propre discours. Avec le texte, le sujet est amené à accepter
cette double nature du langage et à établir des relations entre ces deux ordres de manifestation
dans des situations de communication particulières »1.
Les textes ont des fonctions précises et sont souvent utilitaires. Au cours pratique
d’analyse de texte l’apprenant devra écrire régulièrement, sur différents supports, des textes
divers comme type et genre et de dimensions variables. En ce but, l’utilisation des nouvelles
technologies de l’information et de la communication et des programmes prévus de correcteur
orthographique devient obligatoire.
Une analyse méthodique du texte débutera par la lecture méthodique du texte à
étudier. La lecture méthodique du texte est profitable pour l’activité d’écriture, pour les
explications sur le contenu textuel par la vérification des connaissances de vocabulaire, pour
un commentaire composé sur le texte, pour la reconnaissance des points d’intérêt et/ou de
difficulté du texte.
La stratégie de lecture est définie comme la manière de lire un texte. Apprendre à lire
signifie choisir la stratégie propre en fonction de la situation où se trouve le lecteur et des
motifs pour lesquels se déroule cette activité.
F. Cicurel2 établit une classification des types de lecture, selon les objectifs qui leur
sont spécifiques :
a. la lecture studieuse – une stratégie utilisée par le lecteur pour extraire le maximum
d’informations du texte lu ;
b. la lecture balayage est une manière de lire par laquelle le lecteur veut apprendre,
purement et simplement, l’essentiel du texte ;
c. la lecture de sélection est sollicitée lorsque le lecteur cherche une information
ponctuelle ;
1
Souchon Marc, Lecture de textes en LE et compétence textuelle, AILE n° 13 - 2000, Acquisition et
Interaction en Langue Étrangère [En ligne], consulté le 15 juillet 2009,
[Link]
2
Cicurel, F., 1991, Lectures interactives en langue étrangère, Hachette, collection F, Paris, pp 16-17
829
d. la lecture-action est adoptée par le lecteur préoccupé de la réalisation d’une activité
à partir d’un texte qui contient diverses consignes ;
e. la lecture oralisée consiste en une lecture du texte à haute voix.
Des spécialistes en didactique des langues (voir S. Moirand, F. Cicurel, C. Dévelotte)3
s’accordent à dire que les modalités/stratégies de lecture peuvent être nommées plutôt
«attitudes de lecture » avec des racines profondes dans les particularités individuelles et
sociales du lecteur.
Lors de l’analyse d’un texte on a la tendance de privilégier une des variables : texte,
but, lecteur. Par exemple, dans ses ouvrages sur la pragmatique de la lecture, F Cicurel joint
les stratégies de lecture notamment à la variable but, tandis que C. Dévelotte centre ses
études pragmatiques sur la variable lecteur. Quel que soit le choix, il faut admettre que
chaque stratégie de lecture contient la dimension textuelle et pour mieux dire, le texte est saisi
en tant que globalité, comme un tout et que n’importe quel type de stratégie de lecture ne
peut pas ignorer cette réalité.
Apres une première lecture, on procédera à une re-lecture du texte, activité au cours
de laquelle l’apprenant prend des notes qui contiennent des questions sur le texte, des voies à
suivre, des arguments a développer, etc. ; les notes sont nécessaires pour la création d’ un
plan complet, logique et équilibré.
Cependant, ces notes n’expriment pas directement le fait de comprendre ou de ne pas
comprendre le sens du texte ce qui serait une interprétation trop schématisée, sans grand
intérêt pour une analyse du processus de compréhension. Pour nous, comme enseignants, ces
notes représentent, avant tout, l’indication d’une attention particulière accordée à telle ou telle
unité du texte. Ce qui est intéressant dans l’analyse de ces notes et soulignements sur le texte,
c’est de localiser les fragments du texte où ils s’accumulent : « On obtient une sorte de carte
du texte correspondant aux lieux où se concentreraient les difficultés du point de vue de la
reconstruction du sens »4
Le plan est un élément déterminant pour une activité écrite. Les idées brillantes, les
connaissances solides ou l’analyse approfondie ne sont pas suffisantes si elles ne sont pas
rationnellement et efficacement organisées. Toute explication, toute présentation écrite ou
orale doivent se fonder sur une structure tripartite: introduction, développement et conclusion.
L’introduction annonce le sujet de l’activité didactique et les directions que celles-ci
développeront. Le développement constitue le corps de l’activité à effectuer et la conclusion
3
Dévelotte, C. 1990, Lire : un contrat de confiance, in Le Français dans le monde, n°235, pp.50-54
4 voir note [1]
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nous permet un regard rétrospectif par le biais duquel on analyse l’originalité ou l’intérêt que
présente le texte. La conclusion n’est pas une sorte de sommaire, une révision des points
abordés, mais une synthèse de l’étude qui a été menée et surtout une affirmation de la
tentative de choisir d’autres perspectives.
L’approche d’un texte (littéraire, argumentatif, de spécialité, etc.) transgressera
l’étape de « lecture naïve » à la suite de laquelle peuvent apparaître des idées et des
impressions superficielles.
Une analyse de texte doit, nécessairement, suivre la voie des trois phases : description,
analyse, interprétation. Il y a un va et vient entre ces trois étapes : toute hypothèse sur la
production du sens (le niveau de l’interprétation) exige sa vérification à partir des
caractéristiques objectives du texte (le niveau de la description) et du fonctionnement du texte
au cours de la lecture (le niveau de l’analyse).
La description est réalisée par quelques constatations objectives sur le texte afin de
créer un fondement solide pour les étapes suivantes, l’analyse et l’interprétation. Ces
constatations nous indiquent :
- s’il s’agit d’un texte complet ou d’un extrait de texte ;
- auquel type de texte on a affaire ;
- quel est le but, la finalité du texte (à une première vue) : l’expression d’un
sentiment, d’une opinion, informer, émouvoir, amuser, etc. ;
- s’il existe un narrateur explicite ou non, si le narrateur est omniscient ou seulement
participant, etc. ;
- s’il existe des personnages (des gens, des villes, des animaux, des phénomènes
naturels), sur lesquels est focalisée la description, l’attention de l’auteur ;
- quelles sont les caractéristiques linguistiques du texte : des phrases longues ou
courtes, le niveau de langue (soutenu, familier, etc.), vocabulaire simple ou
complexe, concret ou abstrait, quels sont les effets ou les figures rhétoriques
employés par l’auteur du texte ;
L’analyse démonte les mécanismes de fonctionnement du texte et dévoile la manière
dont le texte essaie d’atteindre le but (les buts) que l’auteur s’est proposé. Au cours de
l’analyse on repère aussi les moyens par lesquels le texte réussit à produire certains effets sur
le lecteur.
Dans cette phase, on observera comment l’auteur implique le lecteur dans le texte, s’il
demande au lecteur de formuler ses propres conclusions, s’il essaie de l’influencer, de le
manipuler, si l’auteur veut que l’ambiguïté et le doute planent sur le texte, etc. Certainement,
le fonctionnement du texte n’est pas dû exclusivement aux intentions de son auteur. Souvent,
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l’auteur ne peut pas contrôler, entièrement, les mécanismes de fonctionnement du texte et il
pourrait apparaître de nouvelles informations sur l’auteur, informations que celui-ci n’aurait
pas voulu les dévoiler. Parfois, le texte peut produire des effets étranges sur le lecteur, effets
non prévus et même non-agréés par l’auteur.
L’interprétation suppose l’émission des hypothèses, des conclusions sur le sens du
texte. Si les premières deux étapes ont été consciencieusement abordées, le sens du texte peut
être précisé en fonction de paramètres assez objectifs. La signification du texte, son message,
peut paradoxalement, être ambigu, explicite, implicite mais jamais aléatoire.
Pour établir le sens du texte il faut avoir en vue que tout texte est écrit pour un certain
public, bien déterminé et qu’au cours pratique d’analyse de texte, l’étudiant proposera une
interprétation qui tiendra compte du contexte socioculturel de la réception d’origine du texte.
Cela signifie qu’on fera abstraction de notre propre sensibilité de lecteur contemporain d’un
texte écrit au XVIII siècle et qu’on essayera lui donner une interprétation « historiquement
correcte », une interprétation, la plus proche possible, de l’intention de l’auteur du texte.
Pour une analyse de texte appropriée, il est nécessaire, tout d’abord, de nous
convaincre d’avoir bien saisi le sens du texte analysé. Il est assez difficile à établir le sens
(au singulier) d’un texte car le sens n’existe qu’en fonction d’un lecteur et donc il reste ouvert
à plusieurs interprétations.
Le sens du message peut être modifié par le contexte de sa production et de sa
réception ce qui signifie que le sens est, partiellement, extérieur au texte. Le sens que l’auteur
a voulu attribuer à son texte n’est pas toujours et obligatoirement celui que le lecteur saisit.
Pour enlever ces inconvénients il faudrait :
- identifier le plus correctement possible les conditions de production et de réception
du texte, le contexte socio-historique et culturel et la connexion de ceux-ci aux conditions
actuelles, c’est à dire au moment où on fait l’analyse (la lecture) du texte ;
- ne pas oublier que les informations contextuelles peuvent, souvent, changer même le
sens des mots ou leur donner des connotations qu’ils n’ont plus au moment de la lecture du
texte ;
- ne pas interpréter le texte à partir du sens qui s’impose après la première lecture et
considérer l’activité d’analyse de texte comme un exercice de surpassement des jugements
propres émis à priori.
Finalement, il faut reconnaitre qu’ « Au lieu de déchiffrer des sens qui seraient donnés
dans le texte, il vaut mieux tenter d'appréhender les facteurs qui rendent possible la
constitution de sens. Le texte ne fait en définitive que mettre à la disposition du lecteur un
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certain nombre de schémas, de pistes possibles, de projets auxquels seul l'acte de lecture est
susceptible d'apporter une réalisation » 5
Comprendre un texte, cela ne veut pas dire se rapporter tout simplement à une
grammaire et à un dictionnaire, mais cela signifie mobiliser des savoirs très divers et
complexes, faire des hypothèses, construire un contexte qui n’est pas donné d’avance et qui
n’est pas stable. Ce qui le destinataire reconstruit ne garantit pas du tout que le sens qu’il
donne à l’énoncé coïncide avec les représentations de l’énonciateur. Les apprenants doivent
savoir que la construction du sens est une sorte de « puzzle intellectuel et actif» qui se déroule
et s’accomplit progressivement dans le temps.
Dans ces conditions, en tant que destinataire, le lecteur est indispensable à
l’actualisation et à la réalisation de la visée pragmatique de l’énonciateur (locuteur) d’un texte
de communication.
Conclusions. L’objectif de cette approche méthodique d’analyse de texte est celui
d’assurer la sensibilisation des apprenants aux différents types de textes/discours et aux
stratégies employées, soit lors d’élaboration d’un discours, soit lors de la compréhension du
discours. Il ne s’agit pas de travailler sur ce qu’il faut être dit mais sur la manière de le dire. Il
est important que l’apprenant qui produit le texte s’assume les techniques et les stratégies de
production de texte et de gérer, le plus rigoureusement possible, les formes et les possibilités
du langage, exercices qui se constituent en un puissant générateur d’idées.
Références bibliographiques
Adam, J.-M., 1985, Réflexion linguistique sur les types de textes et de compétences en lecture,
in L’Orientation scolaire et professionnelle, n° 4, pp. 293-304
Dévelotte, C., 1989, Stratégies de lecture d’un article de presse en langue étrangère,
mémoire de D.E.A. Université Paris III - Sorbonne Nouvelle
Rui, Blandine, 2000, Exploration de la notion de “stratégie de lecture” en français langues
étrangère et maternelle, in AILE (Acquisition et Interaction en langue Etrangère), nr 13
Reboul, A. & J. Moeschler, 1998, La pragmatique aujourd’hui. Une nouvelle science de la
communication. Seuil, coll. Points, Paris.
5 Yves Gilli, « Le texte et sa lecture. Une analyse de l'acte de lire selon W. Iser », Semen, 01, Lecture et lecteur,
1983, [En ligne], mis en ligne le 21 août 2007. URL : [Link] Consulté le
11 sept. 2009
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CONSEIL DE L’EUROPE (2000). Cadre européen commun de référence pour les langues :
apprendre, enseigner, évaluer. Strasbourg : Conseil de l’Europe. URL :
[Link] (consulté le 09.08.2009).
Sitographie :
[Link]
[Link]
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