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ESAIE

Le document traite de la vie et du ministère du prophète Esaïe, qui a exercé son activité sous quatre rois de Juda. Esaïe est connu pour ses prophéties concernant le jugement et le salut d'Israël, et son livre est divisé en plusieurs groupes de discours traitant de différents thèmes. La critique moderne attribue différentes sections du livre à plusieurs auteurs, mais le document défend l'idée que tout le livre est l'œuvre d'Esaïe.

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Le document traite de la vie et du ministère du prophète Esaïe, qui a exercé son activité sous quatre rois de Juda. Esaïe est connu pour ses prophéties concernant le jugement et le salut d'Israël, et son livre est divisé en plusieurs groupes de discours traitant de différents thèmes. La critique moderne attribue différentes sections du livre à plusieurs auteurs, mais le document défend l'idée que tout le livre est l'œuvre d'Esaïe.

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Cours d‘ESAÏE 1

LA VIE ET LE MINISTERE D’ESAÏE.

Les quatre rois de Juda, sous lesquels vécu Esaïe, sont : Ozias, Jotham, Achaz et Ezéchias (Es. 1 :1),
Esaïe est dont contemporain de Michée, qui prophétisait comme lui dans le royaume du sud, et d’Osée,
qui exerçait son ministère dans celui des dix tribus.
Dès sa vocation sous Ozias, il comprit que le salut du peuple avait pour condition un
jugement purificateur. Nous ne possédons pas de prophétie de lui qui appartienne au temps de Jotham.
Aucun événement saillant n’appela pendant ce règne son intervention. Le ministère actif d’Esaïe
commence proprement avec le règne d’Achaz ; il se rattache essentiellement à trois événements :
l’invasion des rois de Samarie et de Syrie sous Achaz ; celle de sanchérib sous Ezéchias, et le péché
auquel ce dernier fut entraîné par l’ambassade du roi de Babylone.
Esaïe ( en hébreu Jeschajahou, abrégé Jeschaja) signifie « Jéhovah sauve » ou « salut de
Jéhovah ».
Esaïe vivait à Jérusalem, où nous le trouvons dans toutes les circonstances connues de sa vie. (Es.
7 :22, 15 et suiv. ch.37, 38-39). Il était marié ; la Bible lui attribue deux fils : Schéarjaschub et
Maherschalal – Chaschbaz (7 :3 ; 8 :3). Nous ignorons la date de sa naissance et celle de sa mort. Mais
nous savons qu’il fut appelé au ministère prophétique l’année de la mort d’Ozias (758), et qu’il
l’exerça jusque vers la fin du règne d’Ezéchias (invasion de Sanchérib, 701-700). Son activité a donc
duré une soixantaine d’années, et comme il pouvait guère avoir moins de vingt ans lors de sa vocation,
il doit être mort dans un âge fort avancé. Rien dans les textes n’indique qu’il ait survécu d’Ezéchias
(mort au 608). Une tradition juive rapporte qu’il fut martyr sous Manassé, le plus impie et le plus cruel
des rois de Juda (2 Rois 11). Condamné à mort pour avoir osé dire qu’il avait vu Dieu et s’être permis
de comparer Jérusalem à Sodome et Gomorrhe, Esaïe, poursuivi par les gens du roi, se réfugia, dit la
légende, dans le tronc creux d’un cèdre qui se referma sur lui. Le roi donna l’ordre de scier l’arbre,
quand la scie atteignit la bouche du prophète, celui-ci expira. C’est peut-être à cette tradition que fait
allusion l’auteur de l’épître aux Hébreux, lorsqu’il dit des prophètes (11 :37) : Ils ont été sciés.

AUTEUR D’ESAIE
La critique moderne attribue au livre d’Esaïe plusieurs auteurs. Cela n’est pas notre point de vue.
Selon la critique moderne
1. Les chaps 1 – 39 sont l’œuvre d’Esaïe (Proto Esaïe c’est-à-dire 1er Esaïe).
2. Les chaps 40-66 sont l’œuvre d’un prophète anonyme vivant parmi les exilés de Babylone.
Les principaux arguments en faveur de cette thèse et de ses principales variantes sont :
1. Le fait que le prophète s’adresse d’habitude à leurs contemporains c’est-à-dire les exilés.
2. Le style distinctif de celui de la 1ère partie.
3. Le vocabulaire diffère de celui de la 1ère partie.
4. L’orientation théologique des chaps. 40-66.
Nous étudierons ces arguments plus loin.
Les chaps 40-66 sont ordinairement divisés en deux parties principales ; Le Deutéro (c’est-à-
dire, le second) Esaïe, chaps 40-55 datant de la période de l’Exil ; et le Trito (troisième) Esaïe
(chaps.56-66 ; Post exilique. La 1ère partie est généralement considérée comme une unité, œuvre
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Cours d‘ESAÏE 2

d’un « grand inconnu) disciple d’Esaïe ; Mais la dernière partie (chap 56-66) est le plus souvent
attribuée aux disciples même du second prophète.
Le livre d’Esaïe n’est pas, comme ceux d’Amos et d’Osée, une composition suivie, résumant
en quelques pages tout un ministère. C’est une collection de discours, dont la plupart ont été prononcés
au public avant d’être écrits, et dont quelques-uns nous sont parvenus sous la forme de simples
fragments. Ces discours se répartissent en cinq groupes, formés plutôt d’après l’analogie des sujets que
selon un ordre strictement chronologique.

1er GROUPE : (Ch 2(1)-12) : Prophéties concernant Juda et Ephraïm.

Trois parties :
A. Ch.2-5 deux discours sur l’infidélité du peuple et spécialement sur celle de Juda ;
B. Ch. 6, la vocation d’Esaïe.
C. Ch. 6-12, la prophétie d’Emmanuel et de son règne : le salut d’Israël assuré et dans le présent et
dans l’avenir.

2ème Groupe (Ch. 13-27)


A. Ch. 8-23. Prophéties concernant les peuples étrangers (à l’exception de deux morceaux, Ch. 22).
Ce second groupe est, comme nous l’avons vu, séparé du premier par un nouveau titre (13 :1). Il
comprend des oracles, tous d’un caractère menaçant, dirigés contre les peuples voisins de la
Palestine : Babylone, l’Assyrie, les Philistins, Moab, Damas, l’Ethiopie, l’Egypte, Edom, l’Arabie,
et enfin Tyr.
B. Ch. 24-27. Le jugement du monde et la restauration d’Israël à la fin des temps. Ce morceau est
destiné à clore par une vue d’ensemble les prophéties relatives aux païens.

3ème GROUPE (Ch. 28-35) : Ce groupe concerne, comme le premier, le peuple d’Israël.
A. Ch. 28-33. Israël et l’Assyrie au temps d’Ezéchias. Certitude du salut d’Israël, défaite immanente
des Assyriens. Le Ch. 28 est antérieur à la ruine de Samarie, qu’il annonce. Les Ch. 29-33 sont de
l’époque de l’invasion de Sanchérib.
B. Ch. 34-35. Le jugement des nations (représenté ici par Edom) et la gloire d’Israël revenant de
l’exil. Ce morceau met le sceau aux promesses comme aux menaces des parties précédentes.

4ème GROUPE (Ch. 36-39) : Morceau historique, qui se compose de deux parties :

A. Ch. 36-37. L’invasion des Assyriens sous Sanchérib, et leur subit anéantissement.
B. Ch. 38-39. La maladie, la guérison miraculeuse d’Ezéchias, son cantique, la visite des ambassades
Mérodac-Baladan, et la prédication de la captivité de Babylone, prononcée par Esaïe à cette
occasion.

5ème GROUPE (Ch. 40-66) : Le relèvement d’Israël, commençant par le retour de l’exil,
s’achevant par l’œuvre de la nouvelle création. Cette restauration s’accomplit en trois phases :

A. La délivrance temporelle, l’affranchissement du peuple captif à Babylone, par l’intervention de


Cyrus (40-48).
B. Le salut proprement dit, la délivrance spirituelle opérée par le serviteur de l’Eternel (49-57).
C. L’épanouissement du salut dans l’humanité glorifiée, sur une terre et sous des cieux nouveaux (58-
66). La prophétie Ch. 40-66 forme un tout bien lié, qui se compose de trois chants, chacun de neuf
chapitres ; elle n’a évidemment pas été prononcée avant d’être écrite.

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Cours d‘ESAÏE 3

Les prophéties d’Esaïe, très riches en renseignements sur son époque nous permettant aussi de
nous faire une idée précise de son caractère et de son génie.
Le fondement de toute son activité est la conscience intime qu’il a d’une mission divine à
remplir (Ch.6). Aussi chez lui nulle crainte humaine. Qu’il s’agisse du roi, des grands ou du peuple
entier, il s’adresse à tous avec la même sévère et sainte hardiesse. Sa parole ne ménage aucune
hypocrisie, aucune injustice. Il applique partout la norme immuable et inviolable de la sainteté. La
notion du Dieu (6 :3) est en effet l’idée fondamentale qu’il se sent dès le début appelé à proclamer. De
cette idée découle directement celle de la nécessiter du jugement. Le salut d’Israël, dont la fidélité de
Dieu est le sage, a pour condition sa purification préalable par le châtiment. Seul le « reste saint » qui
sortira de ce creuset sera le vrai peuple de l’alliance, auquel les nations se joindront pour jouir avec lui
de bienfaits de l’ère messianique.

ANALYSE DU LIVRE

I.

PROPHETIES CONCERNANT LE ROYAUME DE JUDA ET D’EPHRAHIM (1-12)

I. L’ACTE D’ACCUSATION ET L’APPEL A LA CONVERSION (1 :2-31).

1 Ch. 1 :1. Ce titre se rapporte non seulement à ce chap. mais au livre entier ; car il mentionne les
quatre rois sous lesquels Esaïe a exercé tout son ministère. Vision d’Esaïe. Le livre d’Esaïe ne
renferme qu’une vision proprement dite, celle du Ch. 6 ; Mais toute communication divine, lors même
qu’elle n’a pas lieu sous forme d’image sensible, peut recevoir le nom de vision.

1 Ch. 2-31. Ce discours d’ouverture résume les expériences du prophète durant son long ministère. Il
dénonce l’impiété et l’immoralité qui se couvrent du manteau du formalisme, et prédit des châtiments
nouveaux et toujours plus sévères. Ce réquisitoire se développe en trois strophes :

1) Tableau de l’état misérable du pays (V.2-9).


2) Invitation à une conversation sincère (V. 10-20)
3) Le glorieux passé opposé au triste présent ; les bénédictions et les châtiments que réservent
l’avenir selon le parti que prendront les auditeurs (V.21-31).

II. LA GLOIRE PREPAREE PAR LE JUGEMENT (II-IV)

Ce morceau comprend (outre le titre II.1)

1. La gloire de la maison de l’Eternel aux derniers jours (2 :2-4)

V. 2. A la fin des jours. Pour Esaïe et les prophètes de la même période la fin des temps est l’époque
de la venue du messie sur la terre (comp. Joël 2 :28 ; Dan. 2 :28, 44). Pour les apôtres et pour l’Eglise,
les « derniers jours » désignant la période qui s’étende de la première à la seconde venue du Seigneur
(1 Jean 2 :18 ; 1Pie 4 :7).

La montagne de la maison de l’Eternel. La colline du temple, Morija, est l’un des sommets de
la montagne sur laquelle est bâtie la ville de Jérusalem, et qui est habituellement nommé Sion dans
l’Ancien Testament. Dans le langage symbolique de l’Ecriture, une montagne représente un royaume,
une autorité ou une domination.( Scofield p. 737).

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Cours d‘ESAÏE 4

2. Le jugement d’Israël (2 :5 à 4 :1)

Tout le discours chap. 2 à 4 a pour idée centrale l’anéantissement de toute grandeur terrestre devant le
Dieu dont la gloire est le but suprême de l’histoire.

Chap.2/5 à 9. Puisque la lumière qui éclaire Israël est destinée à se répandre dans le monde entier (V.
2-4), Israël devrait en profiter lui-même et craindre de se laisser devancer par les païens (V.5). Mais,
au contraire, c’est lui qui se converti à leurs faux cultes et à leurs mœurs corrompues ; Il attire ainsi sur
lui le jugement de Dieu (V.6-9). Ce morceau exprime le sentiment de la grandeur de Dieu seul et du
néant de créature devant lui.

12-17. l’Eternel à un jour marqué pour abattre tout ce qui s élève ; ce jour est celui du jugement où les
hommes rendront compte de l’emploi de leur vie et verront disparaître tous les objets de leur orgueil et
de leur confiance (Math 23 :12).

18-21. Le jour de Jéhovah fera disparaître les idoles.


Chap 2 :22 ou chap 3 :7. Folie de la confiance en l’homme ; comment le mortel subsisterait-il quand
Jéhovah paraît, et que tout s’anéantit devant lui ? Le seigneur va enlever à son peuple tous ses
soutiens, et les livres à une anarchie telle que nul ne se sentira la force d’y remédier.

8-15, l’insolence d’Israël a irrité l’Eternel. Aussi la menace v.4-5 s’accomplit elle déjà (v.8-12).
Sentence de condamnation sur les chefs, qui sort les premiers coupables (v.13-15).
Chap 3 :16 à 4 :1 : l’orgueil des femmes sera humilier ; leur opulence fera place à la misère et à la
captivité.
Chap 4 :1 Trait suprême de la misère et de la dépopulation du pays.

3. le reste d’Israël sanctifié et glorifié (4 :2-6).

2-6 par le jugement qui détruit les pécheurs étroitement, Sion est purifié, par conséquent sauvée. UN
reste seulement a donc part au salut, reste saint, qui vit désormais paisible et glorieux sous l’égide de
Jéhovah. Le discours se termine par un tableau lumineux semblable à celui qui en avait été le texte
(2 :2-4).

III. LA CULPABILITE D’ISRAEL (5 :1-30)


V.1-30. ce morceau est, par son contenu, étroitement lié au précédent, et date certainement de la
même époque (voir 2 :1, note) il s’ouvre par la parabole de la vigne, ce fruit le plus noble et dont la
culture réclame le plus de soin. – parabole qui justifie la sévérité du jugement porté sur Israël dans les
chap.2 et 3 (v.1-7). Le malheur, six fois répétée et motivée, que prononce le prophète contre les
méchants, est l’application de la parabole (v.8-23). Le discours se termine enfin par l’annonce de deux
châtiments par lesquels s’accompliront les menaces divines (v.24-30).

v. 1-7. Esaie veut contraindre les hommes de Juda à prononcer leur propre jugement. Nathan se sert
aussi d’une parabole pour forcer David à se condamner lui-même (2 sam. 12) Jésus raconte aux
pharisiens la parabole des vignerons dans un but tout pareil (Math. 21 : 33-41).

IV. LA VOCATION DU PROPHETE (6 : 1-13)

Chap. 6 : 1-13. Esaie contemple la gloire de DIEU (v. 1-4) ; ce spectacle le remplit d’effroi à cause de
son état de péché (v.5) ; Mais après avoir été purifié par l’intervention d’un séraphin(V. 6-7), il se
présente lui-même pour recevoir le redoutable mandant de prophète de l’Eternel auprès du peuple
d’Israël(V. 8-13).

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Dieu apparaît à Esaïe sous une forme humaine, siégeant sur un trône élevé, comme un monarque
oriental entouré de sa cour. C’est ainsi qu’il apparaît également dans la vision de Michée(1Rois 22.19).
Le trône est dressé dans le palais divin, le temple ; il occupe le lieu Très saint. Les pans du vêtement
royal du Seigneur remplissent tout l’espace du Lieu saint, à l’entrée duquel se tient le prophète ? Esaïe
ne décrit pas la face de Dieu, qui sans doute lui demeure invisible. Le temple, où il se voit transporté,
est celui de Jérusalem, ou plus probablement le sanctuaire le plus élevé (Ps. 11.4 ; Es. 57.15).

L’Apocalypse de saint Jean (12.41) rapporte à Christ l’apparition ici décrite de même que Paul lui
attribue les miracles du désert(1Cor. 10.4), et Pierre l’inspiration des prophètes ( Eph. 1.11).

2. Ce passage est le seul où la Bible parle des séraphins. Il faut, sans doute, les distinguer des
chérubins, mentionnés. Gén. 3.24 et ailleurs ceux-ci sont des êtres à quatre faces, qui ont pour fonction
de porter le trône de Dieu, tandis que les séraphins entourent le trône et proclament la gloire du
Souverain.

V. LA PROPHETIE D’EMMANUEL (7.1-9, 6)

Au livre de la menace (Ch. 2 - 5) succède le livre de la promesse (Ch. 7-12). Emmanuel, annoncé dès
le chapitre 7, est le centre et le lieu de toute la prophétie Ch. 7-12, qui se compose de trois parties :

1. 7.1-9, 6 : Emmanuel, le gage du salut pour le peuple de Dieu ;


2. 9.7-10, 4 : Le jugement qui va atteindre Samarie et le royaume d’Ephraïm ;
3. 10.5-12 : La délivrance du reste d’Israël par la ruine de l’Assyrie ; le règne du Messie et le cantique
des rachetés.

La prophétie 7.1-9, 6 comprend deux sections, qui s’ouvrent chacune par un morceau historique 7 : 1-
9, 8 :1-4.

Dans la première section ch .7, Esaie, accompagné de son fils, vient raffermir le courage chancelant d’
Achaz, attaqué par les rois de Syrie et d’Ephraïm 7 :1-9. Achaz refuse le gage de protection divine
qui lui est offert par le prophète.
Celui–ci donne alors lui –même un signe de la part de Dieu : La naissance d’Emmanuel. Cet enfant est
pour l’Israël fidèle la garantie du salut. Mais l’incrédulité d’Achaz attirera sur lui et sur son peuple des
calamités terribles V.10-25.

Dans la deuxième section 8 :1-9,6, la défaite prochaine de la Syrie et d’Ephraïm par les Assyriens est
d’abord annoncée par deux signes 8 :1-4. Puis Judas lui-même est menacé de l’invasion des assyriens
et d’un temps d’épouvantable calamité (V.5-22) ; enfin le prophète montre dans l’enfant promis 7 :14
le libérateur du peuple, le vainqueur des païens, l’ auteur pour Israël d’une paix et d’une prospérité
éternelle ( 8 :23 ;9 :6).

1. ESAIE ET ACHAZ ; Prophétie de la naissance d’Emmanuel (7 :1-25)

La scène rapportée Es .7 ne peut avoir eu lieu qu’après la double défaite de l’armée d’Achaz par les
syriens et Ephraïmites (2chr.28 :5-6).C’est ce qui ressort d’un côté du profond découragement qui
s’empare de lui et de son peuple (Es.7 :2), de l’autre côté, du fait qu’Esaie ne dit pas un mot de ces
désastres et annonce au contraire la prochaine et heureuse issue de la guerre (V4-7.16)

v.3 Le nom du fils d’Esaïe, Schéarjaschub (un reste se convertira), exprime les deux parties,
menaçantes et consolantes, de toute prophétie :
L’idée qui domine ici est celle de la promesse ; Car le message qu’Esaïe apporte est surtout de
consolation (v4-9).

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Cours d‘ESAÏE 6

v.4 Deux bouts, littéralement « deux queues de tisons fumants » Les deux rois sont comparés à des
torches incendiaires près de s’éteindre
11. Dieu offre de produire devant Achaz un fait sensible et surnaturel qui soit pour lui et pour son
peuple le gage certain de l’accomplissement de la promesse. Il y’a des cas où Dieu punit ceux qui lui
demandent un signe (Luc 1 :20) ; Les fidèles doivent savoir s’en passer. Dieu épuise ici donc en
faveur d’Achaz toutes les ressources de sa bonté et son support (Il consent même à s’appeler son
Dieu). Le choix du signe lui est laissé, afin qu’il n’ait aucun prétexte pour ne pas le trouver suffisant.
1 sam. 28 nous présente l’exemple d’un signe venant du schéol, Jos 10 ; (1saam.7 :9-10 ; 1rois18 :36-
38, des exemples de signes venant du ciel (Luc 11 :16).

12 Achaz couvre sa mauvaise volonté et son incrédulité du manteau de l’hypocrisie. IL feint de croire
en Jéhovah, mais de craindre de l’offenser en lui demandant témérairement de montrer ce qu’il peut
faire. Cette réponse parait indiqué chez lui la connaissance de la loi (….Deut.6 :16). En réalité,
superstitieux comme tant d’incrédule, il a peur d’entrer en contact trop intime avec le divin ;
d’ailleurs en acceptant le secours de Dieu ; Il s’engagerait à renoncer à celui de l’homme. Or. Son parti
est déjà pris de recourir à l’assistant du roi d’assyrien.

14. Vous ne voulez pas du signe que Dieu vous offre, Dieu vous donnera lui–même le signe du salut
(v.14) ; mais d’un salut qui n’empêchera pas votre ruine : Les ennemis actuels seront détruits sans
doute, d’ici à peu de temps (v. 15-16) ; Mais les Assyriens, qui vous délivreront d’eux, deviendront les
exécuteurs de mon jugement sur votre incrédulité (v.17-25). Emmanuel (8.8 ;10) signifie « Dieu avec
nous » c’est nous la mère qui donne à l’enfant son nom ; cela se passait souvent ainsi chez les
hébreux (Gen.29 :32 ; 1sam.120ect)

Les V.14-17 sont hérissés de difficultés de toute nature ; Les interprètes exercent, depuis des siècles
leur perspicacité sur ce passage, sans être parvenus jusqu’ici à en dissiper entièrement les obscurités.
Nous ne nous flattons pas d’y réussir. Mais nous chercherons à mettre le lecteur au fait des solutions
proposées et des raisons principales pour ou contre chacune d’elles. Qui est la jeune mère ? Il y a deux
classes principales de solutions présentées. Les unes nient toute signification messianique de l’oracle ;
Les autres reconnaissent en Emmanuel le Messie. La force des premières réside dans les v.15 et 16, qui
paraissent dire qu’avant que l’enfant désigné ait atteint l’âge de deux ou trois ans, les deux rois
actuellement en guerre avec Juda, Pékach et Retsin, seront abattus. La force des secondes est dans les
expressions du v.14

1. Plusieurs interprètent : si une femme, maintenant enceinte enfantait un fils dans quelques mois, elle
pourrait lui donner le nom favorable de : Dieu avec nous, car, avant que cet enfant eut atteint l’âge de 2
ou 3 ans, la Judée serait délivrée. Mais ou serait, dans ce cas, le signe si solennellement annoncé
comme venant de la part de Dieu : « Le seigneur, Lui vous donnera un signe ? » Il s’agit d’ailleurs
évidemment ici d’une mère et d’un enfant déterminé (« la jeune fille »).

2. D’autres pensent que le prophète parle de sa propre femme et de l’enfant qu’elle devra bientôt
mettre au monde (et que quelques-uns identifient avec Maherschalal - chaschbaz.

Enfin à toutes ces explications s’oppose une raison plus décisive. La comparaison du ch. 7. Avec les
chaps. 8 et 9 prouvent que dans la pensée d’Esaie, Emmanuel n’est autre que le Messie. D’après 8 :8,
la terre sainte lui appartient ; 8 :10, c’est lui qui doit faire échouer les desseins des ennemies du peuple
de Dieu. Ce même enfant réapparaît au ch.9 :16 (morceau qui forme un seul tout avec le ch.8 et qui est
relié étroitement à 7 :14 par le passage 8 :8-10). L’identité des expressions employées constate celle de
la personne : Elle enfante un fils...:; on appelle son nom Dieu avec nous (7 :14), comp. avec : « le
fils nous est né… ; On appelle son nom Dieu fort » (9 :5) Au ch.9 :1 nous le retrouvons encore
comme le rejeton sortant du trône d’Isaï (le père de David ). Par conséquent comme le Messie.

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Cours d‘ESAÏE 7

Au ch.7, il va naître, au ch.9, il est né, au ch.11, il règne. Ces rapprochements ne laissent subsister
aucun doute sur la pensée du prophète. Le contexte du chap.7. conduit naturellement à l’interprétation
messianique. La délivrance dont Dieu donne le signe en la personne d’Emmanuel, ne peut s’appliquer
à la prochaine défaite des deux rois ennemis, annoncée v.15et 16.

15-16 L’expression manger de la crème et du miel n’est point comme on pourrait le croire,
l’emblème d’un temps d’abondance ; c’est au contraire celui d’une époque de dévastation (comp. V.
21-22). Toute culture a cessé ; Il ne reste plus que les produits naturels du pays dépeuplé. C’est dans de
telles circonstances que grandira, l’enfant qui est le sujet des v.15 et 16, cet état de désolation durera
jusqu’à ce qu’il soit en état de choisir le bien et de rejeter le mal. L’âge désigné par ces expressions
est-il comme on le croit d’ordinaire, celui de deux à trois ans ? Ou serait-ce plutôt celui de douze ans,
époque à laquelle les enfants juifs étaient assujettis aux pratiques légales et recevaient le nom de « fils
de la loi » ? Quoi qu’il en soit, au v. 16, le prophète annonce qu’avant même que l’enfant soit arrivé à
cet âge de raison, le pays de deux ennemis (Retsin et Pékach) sera dévasté (évidemment par les
Assyriens avec lesquels Achaz s’est ligué contre eux), ce qui les forcera à abandonner leur entreprises
contre Juda ; Le moment indiqué est par conséquent aussi celui où la dévastation du pays de Juda
(V.15) prendra fin. Il semble d’après cela qu’Esaïe place réellement l’apparition d’Emmanuel dans
l’avenir le plus prochain. C’est ici le seul argument sérieux contre l’application du V. 14 à la
personne du Messie. Si l’on maintient l’identité d’Emmanuel et de l’enfant mentionné dans les V. 15
et 16, il n’y a qu’une réponse à cette objection : Esaïe contemple en esprit Emmanuel et l’enfant
comme déjà présent ; il le voit naître et grandir au milieu de son peuple et partager son sort ; les traits
de la situation présente du pays viennent ainsi se mêler au tableau de sa naissance et se reflètent dans
la description de sa personne. ? Emmanuel l’enfant qui naît à Bethléem, mais dont l’origine remonte
aux temps anciens, aux jours éternels.

2. EMMANUEL, LIBERATEUR DU PEUPLE DE DIEU (8.1-9, 6)

1-4 Les deux signes prophétiques de la ruine de Damas et de Samarie.

7-8 Les grandes eaux du fleuve (l’Euphrate), opposées ici aux paisibles eaux de Siloé, représentent
l’armée conquérante des assyriens. Israël a méprisé Siloé et appelé l’Euphrate à son aide ; l’Euphrate
le submergera.

9 – 16. Ne crains point, Juda, lorsque tu vois tes ennemis se liguer contre toi ; car Dieu est avec nous !
Aussi m’à-t-il appris à ne point partager les frayeurs du grand nombre, à ne craindre que lui seul. Cet
enseignement divin doit être gravé dans le cœur des disciples de Jéhovah.

17-22 Esaie demeure, avec les siens, ferme dans la foi au témoignage de Dieu ; il invite les fidèles à
imiter son exemple ; ceux qui suivront une autre voie périront.

Chap. 8 :23 à 9 :6. La scène change brusquement (comme 4 :2 ). Esaie se transporte au-delà du
châtiment accompli. Le salut brille soudain comme une vive lumière au sein des ténèbres les plus
épaisses. Israël est délivré ; toute trace de l’oppression disparaît. Cette victoire est due à un enfant
divin, qui, héritier de David, relève le trône de son ancêtre pour y régner éternellement.
9 :1 . Le peuple qui marchait….. : en première ligne, les habitants de la Galilée, mais ensuite ceux de
toute la Palestine, car tout le pays est devenu le pays de l’ombre de la mort.
- L’ombre de la mort. La nuit qui règne dans le séjour des morts ; la plus épaisse qu’on puisse imaginer
(Ps. 23 :4), est l’image de l’abaissement profond où gémit Israël en attendant le Messie.

5. Car un enfant… ton fils… ces mots expliquent la victoire (v.4), en désignant celui qui en est
l’auteur. Esaie ne dit point de qui ce personnage est fils, mais le v.6 (comp.11 :1) ne laisse aucun doute
là-dessus : Il est l’héritier promis à David (2 sam. 7). Cet enfant est évidemment identique à Emmanuel
(7 :14)
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- Sur son épaule. Les insignes d’une charge se portaient sur l’épaule (22 :22)
- L’enfant reçoit quatre noms ; chacun d’eux se compose de deux mots. Ce ne sont évidemment pas
des noms propres, mais des titres destinés à exprimer ce qu’il est réellement.

VI. Le jugement de Samarie et du royaume d’Ephraïm (9 :7-10,4).

L’idée du morceau est celui-ci : le peuple d’Ephraïm a déjà été frappé par la main de Dieu, et il
s’imagine que le jugement est passé, mais ce n’en est encore que le commencement, et coups vont se
répéter jusqu’au jour de la grande catastrophe, de l’exil, au-delà du quel le prophète fait pressentir que
le jugement se prolongera encore. Ces châtiments sont mérités, car le peuple ne s’est point humilié
après un premier jugement (v.7-11) ; il est aveugle et perverti (v. 12-16) ; il est dévoré par le feu de la
discorde intérieure (v.17-20) ; L’injustice envers les petits met le comble à son iniquité (10 :1-4).

VII. La chute de l’Assyrie et le règne du messie (10 :5-12).

1. La chute de l’Assyrie (10 :5-34)

10 : 1-4. Les violences commises contre les petits alluments la colère de Dieu : les coupables n’ont à
attendre que la mort ou l’exil. Mais ce ne sera pas encore la fin.

10 : 5-34. Samarie est déjà détruite (10 :9-11) ; Mais le royaume de Juda est encore tributaire de
l’Assyrie (10 :27). Notre discours a donc été composé entre la prise de Samarie (722) et le moment où
Ezéchias refusa le tribut à Sanchérib (après 705).

- Ce discours se compose de quatre strophes (v. 5-11, 12-19, 20-26, 27-34) annoncées chacune (sauf la
première) par un : il arriva… Le thème du morceau précédent (9 :7-10, 4) était le nom, menaçant pour
Ephraïm de « Maheeschalalchaschbaz »(8.3-4) ; Le thème de celui-ci est le nom, consolant pour Juda,
de « Schéarjaschub » (v. 20-22 ; 7.3).

2. Le règne du Messie (11. 1-12, 6)

Le prophète donne ici un magnifique développement du tableau plus abrégé 9.1-6. Trois strophes :
1° Le Messie et son règne de paix (11.1-9) ;
2° La conversion des nations et le retour d’Israël (11.10-16) ;
3° Le cantique des rachetés (12.1-6)

12.1-6. Le cantique des rachetés.


- Israël rentrant en Canaan entonne un chant de louange, comme il le fit après avoir passé la mer
rouge (Ex. 15). Esaïe emprunte au chant de l’Exode plusieurs expressions. Les deux strophes du
cantique sont reliées par une parole prophétique destinée à affermir la foi des croyants (v.3)

1. Tu me consoles. Comp. 40.1 ; 49.13 ; Luc 2.25).


2. Voici : ce qu’on avait longtemps attendu, est maintenant sous nos yeux ! v. 2b est tiré de
Exode 15.2(Ps. 118.14).
3. En réponse à l’action de grâce v.1-2, le prophète promet à Israël de nouvelles bénédictions.

- Des eaux : image des grâces du salut dont Dieu leur ouvrira la source inépuisable (Ap. 7.17). Cette
image est empruntée aux faits typiques de la délivrance d’Egypte. Après avoir passé la mer, les
Israélites arrivèrent aux douze sources d’Elim (Ex. 15.27) ; Plus tard ils burent, au désert de l’eau
miraculeuse (Ex. 17.6 et ailleurs).

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Cours d‘ESAÏE 9

COUP D’œil SUR LES CHAPITRES 1 a 12.

Avant de quitter ce premier groupe de prophéties, cherchons à en faire ressortir les idées les plus
essentielles.

- Deux objets principaux remplissent la pensé du prophète : le JUGEMENT d’ISRAEL et son


RELEVEMENT PAR LE MESSIE ; car le jugement du peuple est la condition de son salut, et le
Messie est le moyen de ce salut.
Dans la première série de discours (Ch. 1 – 5) domine le premier de ces points de vue, celui du
jugement ; l’idée du Messie n’y est encore qu’au second plan ; dans la seconde série (Ch. 7 à 12) l’idée
du Messie devient dominante ; celle du jugement n’est plus qu’en seconde ligne.
- Le chapitre 6 est le centre du groupe ; il fait la transition entre les deux séries et peut à volonté, être
rattaché à l’une ou à l’autre.
Dans la première série est d’abord exposée la cause morale du jugement ; c’est le formalisme du culte
marchant de pair avec l’injustice générale (chap. 1). A ce triste tableau répond magnifiquement
l’annonce du règne futur de la loi de Dieu sur toute la lettre, qui forme le commencement du second
discours (Ch. 2 à 4).

- Celui-ci renferme la description du jugement, qui consistera dans l’abaissement de toute grandeur
humaine. Ce tableau aboutit à celui du relèvement de Sion par le «Germe de l’Eternel ».

- Le troisième discours (ch. 5) retrace de nouveau les causes du jugement et le jugement lui-même,
mais cette fois sans faire luire aucun rayon d’espérance ; Il se termine au contraire par ces mots :
« La lumière sera voilée par les ténèbres. »

Dans le chapitre 6, l’Eternel confirma au prophète la fatale nécessité de ce jugement qui ira jusqu’à la
dévastation complète du pays et devra même se réparer. La prophétie nous fait descendre ci jusqu’au
fond de l’abîme ; mais elle ouvre dans les derniers mots la perspective du relèvement.
Ce relèvement que doit accomplir le Messie, est le sujet principal de la seconde série. Déjà, bien
antérieurement à Esaïe, le personnage du Messie était connu. Il devait être de la postérité de David (2
Sam. 7), et d’après quelques psaumes prophétiques participer à la gloire et à la toute puissance de Dieu
(Ps. 110, par exemple). Trois traits nouveaux nous paraissent distinguer les tableaux messianiques
renfermés dans ces discours (Ch. 7 à 12).

1. La maison de David, se séparant ouvertement de l’Eternel, en la personne du roi Achaz, son


représentant, devient indigne de la promesse qui lui a été faite (7.12, 13, 17). La promesse
subsiste sans doute malgré tout ; le Messie naîtra bien encore de la race de David ; mais le
prophète fait entrevoir dans cette naissance l’intervention surnaturelle qu’un principe supérieur
à l’humanité (7.14). A la suite de cette promesse, l’attente d’Emmanuel plane désormais sur
toutes les catastrophes nationales comme la garantie de la conservation du peuple et du salut
final (8.8).
2. La réprobation (relative) dont l’Eternel vient de frapper la famille royale est étendue à toute la
Judée. Ce n’est pas dans cette contrée dominante et privilégiée, c’est dans le district le plus
obscur et le plus méprisé de la Terre-Sainte, dans la Galilée des Gentils, que poindra la lumière
de l’apparition messianique (8.23 à 9.6)
3. Pour que cette apparition ait lieu, il faudra que la maison de David elle-même ait été réduite par
le jugement à un abaissement complet, tellement qu’elle sera semblable à un arbre coupé
jusqu’aux racines (11.1) ; c’est alors que la vertu divine pénétrera la race d’Isaï pour en faire
surgir nouveau rejeton, supérieur au grand Roi lui-même, qui possédera la plénitude de l’Esprit
et qui étendra le règne de Dieu sur la terre pacifiée et renouvelée.

Le chapitre 12 est le cantique d’actions de grâce par lequel Israël et l’humanité sauvée célébreront
cette délivrance consommée. Ainsi, par le jugement au salut, par la mort à la vie, per crucem ad lucem,
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telle est la devise qui, par l’effet du péché, s’applique au peuple entier d’abord, puis à la maison de
David en particulier. La dernière partie du livre d’Esaïe montrera que cette devise s’applique aussi à
la personne du Messie lui-même (Ch. 53) ; comp. Jean 12.24-26.

II.

PROPHETIES CONCERNANT LES PEUPLES PAIENS (13 à 27)

Les prophéties concernant les peuples païens forment un groupe particulier, dans le livre d’Esaïe
comme dans ceux de Jérémie (ch. 46 à 51) et d’Ezéchiel (25 à 32). A ce groupe (chap. 13 à 23) se
rattache le grand morceau sur la fin des temps, chaps 24 à 27, qui en forme la clôture. Les ch. 13 à 23
comprennent quinze morceaux ; Dans le nombre, deux ne se rapportent pas à des païens (ch. 22) ; on
verra plus loin pour quelles raisons ils ont néanmoins trouvé place dans ce groupe d’oracles.

Les sujets de ces quinze discours sont :


1. Babylone, 13. 1 à 14.23
2. L’Assyrie, 14.24-27 ;
3. Les Philistins 14.28-32
4. Moab, Ch. 15 à 16
5. Damas et Ephraïm 17.1-11
6. L’Assyrie 17.12-14
7. L’Ethiopie Ch. 18
8. L’Egypte ch. 19
9. L’Egypte et l’Ethiopie ch. 19 et20
10. Babylone 21.1-10
11. Edom 21.11-12
12. L’Arabie 21.13-17
13. Jérusalem 22.1-14
14. Le ministre Sebna 22.15-25
15. Tyr ch. 23

L’ordre suivi dans l’arrangement de ces morceaux n’est pas très systématique. En tête vient Babel,
avec l’Assyrie, à laquelle elle a succédé dans le rôle de monarchie universelle et hostile à Israël, l’on
passe ensuite aux petits voisins de Juda, en commençant par l’ouest (Philistins), en suivant par
l’orient (Moab), et en finissant par le nord (Ephraïm, Syrie) ; ici, l’on retrouve encore une fois
l’Assyrie ; Puis l’on se tourne vers la grande puissance du sud. L’Egypte - Ethiopie, qui remplit trois
chapitres. Les ch. 21 et 22 (Babel, Edom, l’Arabie, Jérusalem) forment, comme nous le verrons, un
petit livre dans le grand, enfin Tyr (l’occident) clôt ce groupe d’oracles dont le cadre semble avoir été
tracé par le prophète dans l’énumération qu’il fait, 11.11-14, des pays où Israël doit aller en exil.

L’idée générale qui pénètre toute cette série de discours est celle de la chute de toutes les puissances
ennemies d’Israël, et de la soumission finale des païens au règne de Dieu. L’élément messianique
n’occupe pas autant de place dans cette partie que dans la précédente (ch. 2 à 12), mais il n’en est pas
absent, et il reçoit des développements nouveaux dans le morceau de clôture, ch. 24 à 27.

III.

ISRAEL ET L’ASSYRIE AU TEMPS D’EZECHIAS, LE JUGEMENT DES NATIONS ET LA


GlOIRE D’ISRAEL (28 à 35)

Les ch. 28 à 35 renferment deux groupes distincts de prophéties : le premier (ch. 28 à 33) se compose
de six premiers discours qui se rapportent spécialement aux relations d’Israël avec l’Assyrie au temps
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d’Ezéchias. Le second (ch. 34 à 35) nous présente dans deux tableaux le jugement des nations et le
retour d’Israël dans son pays. Ces deux derniers morceaux forment la clôture de la série de prophéties
qui précède immédiatement aussi bien que de toute la première partie du livre d’Esaïe (1 – 35)

Chacun des six discours, ch. 28 à 33, commence par le mot malheur (com. Les six malheurs du ch. 5).
Ils sont destinés à préparer le peuple à la crise, tant de fois annoncée déjà dans les ch. 2 à 12 et de
plus en plus imminente, de l’invasion assyrienne en juda. Effrayer les pécheurs, troubler les mondains,
faire taire les moqueurs, tout en rassurant les humbles, promettre aux croyants la délivrance certaine et
miraculeuse de Jérusalem, sans encourager les méchants dans leur sécurité ; opérer, en un mot, une
réforme intérieure correspondante à la réforme extérieure accomplie dans les premières années du
règne d’Ezéchias : ! Telle fut la grande et difficile tâche qui s’imposa en ce moment à Esaïe et qu’il
remplit par ces discours. Les ch. 28 à 33 nous montrent que son activité fut pleinement à la hauteur de
cette mission. Ils nous font connaître en même temps l’état du peuple à cette époque, comme les ch. 2
à 8 nous avaient révélé l’état des choses au temps d’Achaz.

Ce dernier, lorsqu’il était menacé par l’invasion syro-éphraïmitique, avait commis la faute de se jeter
dans les bras de l’Assyrie. Nous avons vu les conséquences désastreuses de cette démarche (ch. 7). En
face d’un péril plus grand encore, le pieux Ezéchias cède à un parti puissant à Jérusalem et recherche
l’alliance de l’Egypte, qui paraissait aux incrédules de Juda le seul moyen de salut dans cette situation
(2Rois 18.21). Cet acte de faiblesse fut la grande faute d’Ezéchias. A cette confiance dans les hommes,
qui n’est que méfiance à l’égard de Dieu, Esaïe oppose la confiance au secours de Dieu. La menace
domine d’abord dans ses discours. On y suit, comme pas à pas, les progrès de l’alliance projetée dont
il montre énergiquement l’impiété et l’inutilité. Mais, à la mesure que les temps avancent, la promesse
l’emporte de plus en plus sur la menace. Il déploie aux yeux du peuple fidèle la perspective de la
délivrance des mains d’Assur qui va lui être accordée, et cette attente se confond dans ses prophéties
avec celle des temps messianiques. Le ch. 28 dénonce le jugement terrible de la sécurité charnelle de
la vie dissolue, de l’esprit de révolte et d’incrédulité qui règne, soit à Samarie, soit à Jérusalem. Ce
discours doit avoir été prononcé avant la prise de Samarie, ainsi tout au commencement du règne
d’Ezéchias. Dans le second morceau, 29.1-14, Esaïe décrit le châtiment prochain et la délivrance
miraculeuse de Jérusalem. Suivent trois discours dirigés contre l’alliance égyptienne : dans le premier
(29.15-24), il stigmatise à mots couverts le complot encore tenu secret ; Le chapitre 30 dévoile
ouvertement le projet déjà en voie d’exécution ; le discours ch. 31 et 32 achève de condamner cette
fausse politique. Dans le chap. 33, enfin, le malheur jusqu’ici dirigé contre Jérusalem, se retrouve
contre l’Assyrie, et la prophétie devient une magnifique promesse du salut.

I. LE JUGEMENT DE SAMARIE ET DE JERUSALEM (28.1-29)

Le prophète fait ressortir le contraste entre la ruine de Samarie et la gloire promise au peuple fidèle
(v.1-6) ; Mais les chefs à Jérusalem ne sont ni moins frivoles ni moins impies que ceux de Samarie(v.
7-15) ; Ils périront donc, tandis que les croyants seront sauvés, quand l’Eternel se lèvera pour juger son
peuple (v. 14-21) ; le discours se termine par une application sous forme de parabole, dont le sens est
convertissez-vous, car Dieu châtie son peuple, non pour le détruire, mais dans le but de former ce
reste qui doit participer au salut (v.22-29).

II. LE CHÂTIMENT ET LA DELIVRANCE D’ARIEL (29.1-14)

Ce morceau se compose de deux parties :


1. Jérusalem sera assiégée, mais miraculeusement délivrée (v.1-8) ;
2. Les paroles du prophète sont inintelligibles pour les chefs et la masse incrédule, c’est pourquoi
Dieu continuera à les frapper de ses jugements (v.9-14)

1 - Ariel : nom symbolique de Jérusalem, comme le prouvent les mots qui suivent : « Cité où David a
dressé sa tente. On peut traduire ce nom de deux manières : soit « lion de Dieu » soit « foyer (autel)
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de Dieu » Le premier sens a pour lui le passage 2 Sam. 23.20, où le mot Ariel désigne deux guerriers
moabites comme des lions ou héros de Dieu »

Ce nom, appliqué ici à Jérusalem, signifierait que, par la force d’en haut, elle se montrera invincible,
même en face des ennemis les plus nombreux et les plus puissants (comp. La même image du lion
31.4). Mais, les villes étant toujours du genre féminin en hébreu, il semble que Jérusalem devrait être
comparée à une lionne plutôt qu’à un lion. Le second sens possible du mot Ariel se trouve Ezéch.
43.15-16, où il désigne l’autel des holocaustes dans le nouveau temple. Appliqué à Jérusalem, ce nom
la caractériserait comme le lieu où le feu est continuellement entretenu sur l’autel de Jéhovah (Lév.
6.12-13).

III. PREMIER DISCOURS CONTRE L’ALLIANCE EGYPTIENNE (29 :15-24)

Ch. 29.15-24. Ce morceau est le premier des trois discours dirigés par Esaïe contre l’alliance
égyptienne, qui était à ses yeux le grand péché et le grand péril du moment.
Le prophète annonce la ruine prochaine de ceux qui poursuivent en secret des desseins contraires à la
volonté de l’Eternel. Car la face des choses va changer : les puissants seront abaissés, les impies
retranchés, les humbles glorifiés, et le peuple revenu à son Dieu sera de nouveau digne de ses origines.

IV. SECOND DISCOURS CONTRE L’ALLIANCE EGYPTIENNE (30.1-33)

Ch. 30.1-33. Ce discours appartient à une époque un peu plus avancée que le précédent. Le projet
d’alliance égyptienne, les ambassadeurs de Juda sont en route pour l’Egypte (33.2, 4, 6). Le prophète
montre la folie de ceux qui s’en vont à grands frais réclamer l’appui d’un peuple qui ne leur sera
d’aucun secours, plutôt que de se confier en Dieu (v.1-7) ; l’Eternel est irrité de leur incrédulité (v. 8-
14) ; Mais il n’attend que leur prière pour leur faire grâce (v. 15-18), les combler de bénédiction (v.19-
26), et détruire leurs ennemis (v. 27-33).

V. TROISIEME DISCOURS CONTRE L’ALLIANCE EGYPTIENNE (31.1-32, 20)

Ch. 31.1-32, 20. La situation reste la même. L’occasion de ce discours est toujours l’obstination des
Juifs à aller demander du secours en Egypte. Ici, le prophète s’arrête moins à la menace et arrive
beaucoup plus vite à la délivrance promise. Le discours comprend 3 parties bien distinctes.

1. Ch. 31. Ce n’est pas l’Egypte qui sauvera Jérusalem (v. 1-3) ; mais l’Eternel, qui combattra lui-
même pour elle (v. 4-9).
2. 32.1-3 : Le peuple de Juda, sauvé et purifié verra commencer une ère nouvelle.
3. 32.9-20 : Avant de donner les derniers traits à son tableau de la bénédiction à venir, le prophète
revient encore aux châtiments par lesquels on devra passer ; et cette fois (comme dans la seconde
partie du ch. 3), il s’adresse aux femmes et leur déclare qu’elles auront aussi leur part dans la
catastrophe (v.9-14). Après quoi il achève le tableau commencé de l’ère messianique (v.15-20)

VI. L’ASSYRIEN CONFONDU : JERUSALEM SAUVEE (33.1-24)

Ch. 33.1-24. Les cinq premiers malheurs ont été dirigés contre Israël ; le sixième s’adresse aux
Assyriens. Ce discours a été prononcé pendant l’invasion assyrienne, alors que Sanchérib occupait tout
le pays de Juda et se préparait, malgré le riche tribut payé par Ezéchias, à assiéger Jérusalem si elle
refusait de se rendre (voir v.7-13 ; 2Rois 18.13 et suiv.)

Dans ce discours, prononcé au moment où l’angoisse était le plus vive à Jérusalem, la menace qui
tenait encore une si grande place dans les prophéties précédentes (ch.28-32), disparaît complètement.
C’est le moment où Dieu va accomplir sa promesse de détruire Assur ? Comp. Le discours d’Esaïe,
rapporté 37.22-35, qui appartient à la même époque et à la même situation.
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Quatre parties :

1. Le dévastateur sera pillé à son tour- ; prière en faveur de Jérusalem et promesse de salut (v. 1-6)
2. Le triste état du pays et du peuple en proie à l’invasion et l’intervention divine qui le sauvera (v. –
12)
3. La condition du salut : la conversion des pécheurs (v.13-16)
4. Le fruit du jugement : la parfaite sécurité de Sion et le règne de l’Eternel au milieu de son peuple
(v.17-24)

VII. LE JUGEMENT DES NATIONS ET LA GLOIRE D’ISRAEL (34 – 35)

1. Le jugement des nations (34.1-17)

Ch. 34.1-35.10 Ce morceau nous présente le double tableau du jugement du monde, spécialement
d’Edom qui apparaît ici comme le type des ennemis d’Israël (ch. 34), et de la délivrance d’Israël
rentrant de l’exil dans son pays (ch. 35). Si l’on adopte pas l’opinion d’un grand nombre de critiques
qui en placent la composition au temps de la captivité (voir sur ce point l’introduction aux ch. 40 à
46), il faut admettre qu’Esaïe l’a écrit à la fin de sa carrière, après le désastre de Sanchérib, lorsque
Assur avait déjà disparu de l’horizon prophétique pour faire place à Babel. Le jugement annoncé à, de
même que celui du ch. 24 un caractère tout à fait général ; mais le prophète en individualise la
peinture en l’appliquant spécialement à un peuple, Edom, qui joue ici le même rôle que Moab dans la
prophétie ch. 24 à 27 (voir 25.9-12).

Le Ch. 34 se compose de deux parties :

Le jugement de l’Eternel va frapper les peuples et particulièrement Edom (v. 1-7) ; L’effet de ce
jugement sera de réduire le pays d’Edom en un affreux désert, repaire des bêtes sauvages et des esprits
impurs (v. 8-17).

2. La délivrance et le retour d’Israël (35.1-10)

Ch. 35.1-10. Au chapitre 34, Dieu vient pour juger toutes les nations.

En opposition avec ce sombre tableau, le prophète décrit maintenant (ch. 35) la venue de Dieu pour
délivrance et glorifier son peuple. Tandis que la terre d’Edom est changée en un affreux désert, le
désert se transforme, à l’approche de Jéhovah, en un pays fertile, et le peuple des rachetés rentre en
Sion avec des chants de joie, pour y jouir d’une félicité éternelle.

1 – 4. Le désert fleurit à l’approche de Jéhovah, le peuple humilié est invité à reprendre courage ; car
son Dieu vient pour sauver comp. Ps. 98.

5 – 10. La délivrance opérée par l’Eternel et le salut parfait accordé aux élus : ils sont délivrés de tous
maux, comblés de tous biens ; un chemin réservé pour eux seuls les conduits sûrement jusqu’au séjour
du salut. La description a un caractère symbolique. Plusieurs des traits de ce tableau se sont réalisés à
la lettre dans le ministère de Jésus, de manière à le désigner clairement au peuple comme Messie.

IV.

PARTIE HISTORIQUE (36 à 39)

Les chapitres 36 à 39 ont pour but d’éclairer par l’histoire les prophéties qui précèdent et celles qui
suivent. Ils se composent de deux parties.

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1. (ch. 36 et 37) renferme le récit de l’invasion et de la défaite de Sanchérib et présente ainsi l’éclatante
confirmation des prophéties précédentes et particulièrement de celles des ch. 29 à 33.
2. (ch. 38 à 39 aboutit à la prédiction de la déportation à Babylone. Cette menace provoquée par le
péché auquel l’orgueil induisit Ezéchias après sa délivrance miraculeuse d’une grave maladie, sert
de point de départ historique à la partie suivante.
3. (ch. 40 à 46), qui repose tout entière sur le fait accompli ou prévu de la captivité.
N.B. En dévoilant son système de défense.

Chap. 37.2 C’est de Dieu même qu’Ezéchias désire recevoir la réponse qu’il fera à Rabsaké dans ce
but, il consulte un prophète ; Ainsi fait aussi Josias (2Rois 22.11-14). Au temps de David, c’était
plutôt le souverain sacrificateur qu’on envisageait comme l’organe de l’Eternel (1Sam. 23.9-12 ; 30.6-
8). Les organes vivants de l’Esprit sont graduellement substitués aux anciens moyens extérieurs de
révélation.

Le nombre et la haute position des envoyés du roi témoignent de la considération extraordinaire dont
jouissait Esaïe.

II. LA MALADIE D’EZECHIAS ET L’AMBASSADE DE MERODAC – BALADAN (38.1 - 39.8)

1. La maladie, la guérison et le cantique d’Ezéchias (38.1-22)

Ch. 38.1-22. Ce chapitre renferme le récit de la maladie du roi Ezéchias et de sa guérison par le
ministère d’Esaïe (v.1-8), puis le cantique d’action de grâce composé par Ezéchias à cette occasion
(v.9-20), enfin deux versets (21-22) qui ne sont pas ici à leur vraie place et qui ont été tirés, par un
copiste, du récit parallèle 2 Rois 20.

Dans le livre des Rois, Esaïe laisse Ezéchias décider si l’ombre doit reculer ou avancer, et avant
d’accomplir le miracle, il crie à Dieu. Sur les degrés d’Achaz. Il s’agit évidemment d’un cadran
solaire, cet instrument était d’invasion babylonienne, ainsi qu’au dire d’Hérodote, la division du jour
en 12 heures. On peut supposer que ce cadran avait été établit par Achaz dans la cours du palais et
qu’il consistait en un obélisque dressé au centre d’une plate-forme à laquelle on parvenait par des
degrés. Le matin, l’ombre remontait le degré en se retirant de l’ouest à l’est ; L’après-midi, elle
s’allongeait en redescendant vers l’Est. La terrasse avait sans doute douze degrés, correspondant
chacun à une demi-heure. Le miracle doit avoir eu lieu le soir, lorsque l’ombre était près d’atteindre le
bas des degrés qui mesuraient la seconde partie du jour ; Esaie la fit remonter jusqu’au point où elle
était à midi.

2. L’ambassade de Merodac - Baladan et la prédiction de l’exil a Babylone (39.1-8)

La prophétie s’accomplit une première fois lorsque le propre fils d’Ezéchias, Manassé, fut emmené à
Babylone par Asarhaddon (2 Chron. 33.11), mais plus complètement lors de la captivité de Babylone
(Dan 1.3 ; 2 Chron. 36.18). En acceptant comme juste la sentence prononcée par Esaîe, Ezéchias
reconnaît sa faute et s’en humilie (2 Chron. 32.26 comp. La parole d’Eli 1 Sam.3.18). Mais il ressent
en même temps un vif sentiment de reconnaissance de ce Dieu veut bien l’épargner lui-même et
tempérer à son égard la justice par la miséricorde. Il ne mérite pas pour cela d’être taxé de vulgaire
égoïste.

V.

LA GLOIRE DE JEHOVAH, DE SON SERVITEUR ET DE SON PEUPLE (40 à 66)

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Cours d‘ESAÏE 15

C’est depuis un siècle seulement que l’authenticité de plusieurs portions du livre d’Esaïe a été
sérieusement contestée. Beaucoup de savants envisagent comme un fait désormais acquis, que les ch.
40 - 66 quelques autres morceaux (13-14, 23 ; 21.1-10 ; 34 à 35) ont été composés vers la fin de la
captivité de Babylone, ainsi près de deux siècles après le temps d’Esaïe. C’est ici le lieu d’examiner
cette question importante. Nous n’avons nullement l’intention de la trancher ; notre désir est
simplement de placer les éléments du problème sous les yeux de l’étudiant et de le mettre à même de
se former une opinion. L’exposé que nous allons faire sera conçu dans un esprit de stricte impartialité.
Il nous sera d’autant plus aisé de ne point nous en départir, que la question dont il s’agit relève à nos
yeux de la seule critique historique et n’a pas l’importance dogmatique et religieuse qu’à première vue
on serait tenté de lui attribuer.

Le livre d’Esaïe ne forme pas un tout arrangé selon un ordre systématique ; c’est un recueil de
morceaux très divers, dont le plus petit nombre seulement est muni d’un titre portant le nom de ce
prophète. La prophétie 40 à 66 est sans titre et ne se donne elle-même nulle part pour l’œuvre d’Esaïe.
Nous ne voyons donc pas en quoi sa valeur serait diminuée, s’il était prouvé que ce n’est pas lui qui en
est l’auteur. Ceux qui ont formé le recueil de ses œuvres auraient sans doute commis une erreur ; Mais
la prophétie dont nous parlons n’en resterait pas moins le plus remarquable des écrits prophétiques de
l’Ancien Testament. Nous estimons donc que l’autorité de l’Ecriture n’est point en jeu dans la question
qui va nous occuper et qui est affaire non de foi, mais d’histoire.

La principale raison qui porte un si grand nombre de savants à refuser à Esaïe la composition des ch.
40 à 66, c’est le fait que l’auteur de ce morceau, au lieu d’être placé dans les circonstances historiques
de l’époque d’Esaïe, parle bien plutôt en homme du temps de l’exil. Il n’annonce plus la captivité,
comme l’avait fait Esaïe (39.6) ; pour lui, la catastrophe appartient au passé ; l’exil est le présent, et la
délivrance, l’avenir imminent. Jérusalem et le temple sont en ruines 44.10-11 : « Tes villes saintes sont
devenues un désert, Sion est devenue un désert et Jérusalem une solitude ; notre maison sainte et
magnifique, où nos pères t’ont loué, est devenue la proie du feu… » comp. 44.28. Israël est dans
l’oppression et privé de son héritage (49.6-9 ; 53.18-19, comp. 14.2-3, 21.10). Les ennemis sont les
Chaldéens, l’assyrien, auquel avait affaire Esaïe, a disparu, c’est sur Babel et sa chute que se
concentrent les pensées du prophète (43.14 ; Ch. 47 ; 48.20 ; comp. Ch. 8 à 14 ; 21.9) ; C’est aux exilés
qu’il s’adresse ; Sa tâche est de les consoler par la bonne nouvelle de la délivrance (40.1-2). Il souffre
et se plaint avec eux des retards que subit le salut promis ; et il vit tellement au milieu d’eux qu’il dit
« nous » en parlant d’eux et de lui et prie en leur nom pour obtenir l’accomplissement des promesses
(59.9-11 ; 58.7 ; 58.15-54). Dans d’autres passages, il annonce la délivrance comme très prochaine, si
prochaine qu’il crie à Israël : Sortez de Babylone » (40.9 ; 48.20 ; 52.11 ; comp. 21.1-2). Le libérateur
qui doit ramener Israël en Palestine a déjà paru sur la scène, ses conquêtes sont décrites et son nom
même est prononcé (41.2-3, 25 ; 44.28). Ne semble-t-il pas résulter de tout cela que notre auteur n’a pu
vivre qu’au temps de la captivité et qu’il ne saurait par conséquent être le prophète Esaïe, qui vivait
plus de cent ans avant la ruine de Jérusalem ? Se pourrait-il, si ce dernier était l’auteur de la prophétie,
qu’il ne se rencontrât sous sa plume aucune allusion aux circonstances de son temps, et que, en
revanche 150 ans avant l’apparition de Cyrus, il l’eût désigné par son nom ?

Le fait est exact, c’est bien aux exilés que l’auteur parle, et c’est sans raison qu’on l’a quelque fois
contestées et qu’on a cru voir dans les reproches qu’il adresse à ses lecteurs relativement à l’idolâtrie,
et dans la polémique à laquelle il se livre contre le paganisme, une preuve qu’il écrivait avant la
dispersion du peuple.

Rien ne démontre qu’Israël ait été subitement guéri par cette catastrophe de son penchant à l’idolâtrie ;
il parait plutôt consulter Ezéchiel. 20 :20-38 que les exilés se livraient encore aux pratiques païennes
que les anciens prophètes avaient reprochées à leurs pères.
Ce rôle de consolateur, que l’auteur d’ES.40-46 remplit à l’égard du peuple de l’exil, est certainement
étrange, si c’est Esaïe qui tient la plume. Remarquons toute fois, en premier lieu, que la pensée des
malheurs du peuple captif en Babylonie ne peut avoir été étrangère à Esaïe, puisqu’il avait prédit lui-
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Cours d‘ESAÏE 16

même la déportation de Juda à Babylone (39 :6 ; Prédiction qui a son parallèle dans la prophétie de
Michée(4 :10) : ‘‘Sois en travail et crie, fille de Sion, comme celle qui enfante ; Car maintenant tu
sortiras de la ville, et tu iras jusqu’à Babylone ; là tu seras délivrée ; c’est là que l’Eternel te rachètera
des mains des tes ennemis. ‘‘Les prophètes contemporains d’Esaïe ont donc déjà compris que la
captivité de Juda ne devait pas avoir pour théâtre l’Assyrie, comme celle des dix- tributs. Et comment
en eut-il été autrement d’Esaïe lui-même ; qui tant de fois avait annoncé la destruction de la puissance
assyrienne ? Ce que nous savons aujourd’hui de la grandeur déjà formidable de Babel a cette époque,
nous prouve au reste que les prédications d’Esaïe et de Michée, relatives à la captivité de Babylone,
avaient dans les circonstances de leur temps un point d’attache historique plus que suffisant.

Une seconde remarque à faire, c’est que les prophètes ne doivent pas être jugés comme des écrivains
ordinaires. L’inspiration, les élèves au- dessus de leur état naturel. Le plus souvent, c’est sous forme
de vision que l’avenir leur est révélé, et ils s’y trouvent si vivement transportés qu’ils deviennent pour
eux, le présent, quelquefois même le passé, et qu’ils s’adressent à des personnages futurs comme s’ils
étaient là devant leurs yeux. C’est ainsi que Michée parle de la ruine de Jérusalem comme d’un
événement présent, passé même (4 :10, 7 :8-13) : « Si je suis tombée, s’écrie Sion, je me relèverai ; si
j’ai été couchée dans les ténèbres, l’Eternel m’éclairera. » Le livre d’Esaïe, dans ses parties
incontestées, offre de nombreux exemples de ces genres d’anticipations (5.26-30 ; 8.23-9.6 ; Ch. 23
etc.). C’est par une sorte de vision que débute également la dernière partie. Le prophète saisis tout à
coup par l’inspiration, entend une voix (40.3 et 6). Cette forme de la vision, quoique rare dans son
écrit, y réparait pourtant voir surtout 63.1-6.

Ce qui fait la difficulté spéciale d’Esaïe 40 à 66, c’est que ce phénomène d’anticipation prophétique,
dont nous venons de parler, se prolongerait ici durant vingt sept chapitres et deviendrait le point de
départ de discours et de réflexions qui n’ont rien de commun avec l’état d’extase. Cela est-il
psychologiquement possible ? La difficulté est au moins atténuée, si l’on envisage quelle est la pensée
essentielle de l’auteur de cet ouvrage. Bien que le retour de la captivité y occupe une très grande place,
ce retour n’est pourtant pas le point de mire unique ou principale du prophète. Son regard est dirigé
comme celui de tous les autres voyants, sur la consommation finale du règne de Dieu : et celui-ci ne
pouvant être amené que par le moyen d’Israël, le prophète doit parler spécialement de son retour
comme condition du glorieux avenir qui s’ouvre pour lui et pour toute l’humanité. Ce vaste coup d’œil
ne convient-il pas à un homme qui, comme Esaïe voyait de haut et de loin les grands châtiments et la
grande délivrance, mieux peut-être qu’à un auteur qui aurait vécu dans l’horizon restreint tracé par des
circonstances mêmes.

La mention de Cyrus reste le fait le plus difficile à expliquer. Il est évident que, pour quiconque
n’admet pas de communications surnaturelles entre l’Esprit de Dieu et l’esprit des prophètes, ce seul
argument emporte la question. Si l’on réduit la prophétie à de simples prévisions reposant sur les
grandes idées qui formaient le fond de la conscience religieuse d’Israël, toute prédiction positive de
l’avenir devient impossible, et il est superflu de discuter la question de savoir si Esaïe a pu écrire la
prophétie 40 – 66. Au point de vue auquel nous nous plaçons, ce fait est encore si extraordinaire – bien
qu’il ne soit pas sans analogue 1 Rois 13.2) – que l’on comprend les doutes qu’il suscite. Il s’agirait de
savoir d’abord si l’inspiration prophétique peut aller jusqu’à ce point de précision.
1. Le phénomène d’anticipation prophétique se prolonge durant 26
chapitres constituant des discours et de réflexions qui n’ont rien de
commun avec l’état d’extase. L’inspiration élève le prophète au-dessus
de leur état naturel.
2. La vision de l’avenir leur est présenté comme étant au présent Es.7/14.

C’est, pour ainsi dire, une question de degré dans le surnaturel. Mais qui voudrait fixer les limites que
la révélation ne peut dépasser ? Il s’agirait de savoir de plus si le personnage de Cyrus occupe dans
l’histoire du règne de Dieu une place assez importante pour que son nom ait été révélé à Esaïe comme
l’un des traits du tableau de l’avenir qu’il contemplait.
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Cours d‘ESAÏE 17

Nous avons admis, dans ce qui précède, que le présent idéal ou réel, dans lequel se meut le prophète,
est celui de la captivité. Il y a cependant quelques passages qui paraissent ne pas convenir à l’époque
de l’exil, ou qui semblent présenter ce châtiment comme encore à venir. Ainsi 51.9-12, les ennemis du
peuple de Dieu sont invités à le dévorer, ce qui leur sera aisé, car ses chefs sont incapables de le
défendre. Israël se gouverne donc encore lui-même, et l’invasion chaldéenne n’est pas un fait
accompli.

– 52.1, le juste est retiré de devant le mal, c'est-à-dire enlevé avant le jugement imminent. La peinture
de l’idolâtrie du peuple, 57.5-7 (hauts lieux, culte de moloch, etc.) rappelle tout à fait les censures de
prophètes d’avant l’exil ; et le tableau du v.5 est rempli de traits qui semblent empruntés aux
circonstances naturelles de la Palestine (comp. 1.29). Aussi le morceau 56.9 ; 57.11 est-il dans
l’opinion de la plupart des critiques qui attribuent Es. 40-46 à un retour vivant dans l’exil, l’œuvre
d’un prophète plus ancien, peut-être d’Esaïe lui-même, que cet auteur aurait intercalée ici dans son
ouvrage.
- 56.1-3, le prophète met Israël en garde contre l’idée d’un mérite attaché au culte cérémonial. Cela
serait-il possible pendant l’exil, alors qu’il n’y avait plus de temple et de sacrifices ? Les v. 6 et 20
paraissent aussi supposer l’existence du culte lévitique et temple. Plusieurs savants ont conclu de là
que ce chapitre devait avoir été composé seulement après le retour des exilés.
Nous abordons maintenant un autre ordre de difficultés. L’auteur de la dernière partie d’Esaïe a sur le
développement du règne de Dieu des vues assez différentes de celle que renferme la première partie.
Nous ne relèverons ici que le point le plus important, l’idée du Messie. Esaïe (particulièrement dans les
ch. 1 à 12) attend l’apparition d’un Christ, fils de David, qui vaincra les plus d’un roi théocratique
visible. C’est de Jéhovah lui-même qu’il attend la venue (40.5, 9-10 ; 64.1, comp. 35.2-4). Pour
réaliser ses desseins, le Seigneur emploiera, d’une part, Cyrus, qu’il appelle « son oint, son pasteur »,
et qui fera sortir Israël de Babylone (44.28 ; 45.1). – Et de l’autre, un personnage inconnu comme lui à
Esaïe des premiers chapitres, le serviteur de Jéhovah » qui expiera par ses souffrances les fautes de
son peuple et répandra parmi les Gentils la connaissance du vrai Dieu (42.1-6 ; 49.1-7 ; 52.13-53.12).

Cette diversité de points de vue prouve qu’il faut placer en tout cas un développement important de
l’idée messianique entre la première et la dernière partie du livre d’Esaïe. Mais la différence ne doit
pas être exagérée, et pour notre part nous ne la croyons pas telle qu’elle soit inconciliable avec
l’identité d’auteur. En effet, si le nom du Messie Roi a disparu, l’idée ne s’en retrouve pas moins dans
les ch. 40 – 56. Le serviteur de l’Eternel, d’abord humilié, doit finir par occuper la même place que le
Roi Glorieux d’Esaïe 9 et 11 : il règnera sur la nation, jugera les peuples, recevra les hommages de
leurs rois (42.4 ; 49.6-7 ; 52.13-15 ; 53.12). Et, d’autre part, la première partie présente certains traits
qui évidemment préludent à l’idée du serviteur telle que la développe la dernière partie. Comp. 53.2
avec 4.2 (le germe de l’Eternel) et 11.1 (le rejeton sortant du tronc coupé de David).

Le style et la langue du livre d’Esaïe soulèvent aussi quelques difficultés. Le ton général des ch. 40 –
66 est autre que celui de la première partie. Les développements sont plus abondants et plus calmes ; le
style, moins imagé, plus ample et plus coulant, n’a pas cet imprévu, cette concision allant parfois
jusqu’à l’obscurité, qui frappent dans les prophéties Es. 1-33. mais, à côté de ces différences, on
observe aussi des analogies bien remarquables ; telle page de la dernière partie semble en pouvoir être
sortie d’une autre plume que de celle d’Esaïe. Le même auteur peut d’ailleurs avoir des genres bien
différents, et il est difficile de dire jusqu’où cette variété a pu aller, chez un écrivain d’un génie aussi
riche, aussi souple, que celui d’Esaïe, pendant un ministère qui n’a pas duré moins de soixante années.
Si enfin il est l’auteur de la prophétie de ch. 40 – 66, il doit l’avoir composé dans le recueillement du
cabinet et tout à la fin de sa vie, alors qu’à la suite de la tourmente assyrienne, le calme s’était fait pour
lui et pour Juda, ainsi dans des circonstances bien différentes de celles où il prononçait les brûlantes
harangues de la première partie.

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Cours d‘ESAÏE 18

Quant à la langue de la seconde partie, comparée à celle de la première, elle présente quelques
différences on a tiré un argument contre l’identité des auteurs cependant la langue de ces deux parties
offre d’autre part des analogies si marquées que l’on pourrait en faire un argument en sens inverse. Il
nous parait difficile d’en rien conclure dans un sens ou dans un autre.

Nous avons, croyons-nous, fidèlement exposé les objections contre l’opinion traditionnelle, qui
attribue la dernière partie du livre à Esaïe, aussi bien que les raisons qui peuvent atténuer la valeur de
ces objections. Nous devons encore indiquer ici deux considérations qui parlent en faveur de la
tradition.

On s’explique difficilement l’apparition d’un écrivain capable de produire un livre tel que la dernière
partie d’Esaïe, pendant la captivité de Babylone. Il ne suffit pas de parler du « grand inconnu » pour
avoir résolu le problème. Il ne prendrait le nom d’un génie, même pareil à l’auteur du livre de Job, par
exemple se perdant dans l’éclat d’un grand règne comme celui de Salomon, mais que l’auteur d’un
ouvrage tel qu’Esaïe 40 – 66, l’un des produits les plus parfaits de la langue hébraïque, naît et demeure
inconnu dans un siècle d’affaiblissement comme fut celui de l’exil, c’est ce qui est vraiment
incompréhensible. Les écrivains de ce temps-là et de celui qui a immédiatement précédé, Jérémie,
Ezéchiel, Daniel, Aggée, Zacharie, représentent visiblement dans une de décadence littéraire. Que l’on
compare leurs ouvrages, écrits dans un style généralement prosaïque, avec celui qui nous occupe, et
l’on reconnaîtra que l’auteur de ce dernier est, selon toutes les apparences, infiniment plus rapproché
qu’eux de l’époque classique de la littérature israélite.

Le second point dont nous devons dire un mot, ce sont les rapports qui existent entre la dernière partie
du livre et plusieurs auteurs postérieurs à ce prophète. Il s’agit particulièrement de Nahum, de
Sophonie et de Jérémie. Ces rapports ne sauraient être accidentels. Il est indubitable que, dans une
foule de cas, l’un des écrivains a cité ou imité l’autre. Si la question de priorité pouvait être résolue
sans laisser place à aucun doute, en faveur d’Esaïe 40-66, il est clair que cet argument trancherait sans
réplique la question de savoir si Esaïe est l’auteur de cet ouvrage. Mais des questions semblables sont
trop délicates pour qu’à toute rigueur on ne puisse les résoudre dans un sens comme dans l’autre.
Cependant une étude impartiale laisse l’impression qu’Es.XL-LXVI est plutôt l’origine que
l’imitation. Et cet argument en faveur de l’authenticité de ce morceau nous paraît être un des plus forts.

Nahum a prophétisé vers 660, moins d’un demi-siècle après Esaïe. Entre autres rapprochements à
signaler, il faut comparer dans son livre III, 7, 10 avec Esaïe LI,19-20, et surtout 1.15 (dans les bibles
hébraïques II.1) avec Es. LII, 7 et 1. Ces deux derniers passages sont combinés dans le texte de
Nahum de telle façon que la priorité d’Esaïe semble s’imposer.

Jérémie et Sophonie, au plus haut degré, entre tous les prophètes, la particularité de citer ou d’imiter
leurs devanciers. Leur texte combine parfois deux passages différents de la seconde partie d’Esaïe, ou
même, ce qui est plus remarquable, un passage de celle-ci avec un de la première partie. L’auteur
d’Esaïe XL-LXVI a du reste infiniment plus de puissance créatrice et de souffle poétique que ces deux
prophètes. Il est bien difficile de ne pas admettre que ce sont ceux qui l’ont imité, et non l’inverse.

Il faut mentionner encore une curieuse parole du prophète Zacharie, qui vivait à l’époque du retour de
l’exil. Faisant allusion à un passage de la prophétie Es. XL-LXVI, il dit que ce sont là les paroles
prononcées par les prophètes, lorsque Jérusalem était habitée et paisible, avec des villes à l’entour et
lorsqu’on habitait vers le midi et dans la plaine. Cp. Zach. VII,5-10 et Es. LVIII,3-7.
En présence des faits que nous venons d’exposer, on jugera sans doute qu’il est téméraire d’affirmer,
comme le fait M. REUSS (prophète, t. II, p.219à, que « dans aucun des successeurs de l’ancien Esaïe,
on ne trouve la moindre trace d’une connaissance quelconque des prophéties dont nous nous
occupons, et que cela est surtout vrai à l’égard de Jérémie. » L’affirmation contraire serait évidemment
tout aussi légitime que celle-là. Il est temps de conclure. Comme on l’a vu, l’opinion traditionnelle, qui
attribue à Esaïe la prophétie XL-LXVI, soulève de graves objections ; mais elle peut aussi faire valoir
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des raisons sérieuses en sa faveur. Les arguments pour et contre ne nous ont paru être, ni les uns ni les
autres, absolument décisifs : ils se balancent, pour ainsi dire. Dans cette incertitude, il n’y a pas de
motif péremptoire pour abandonner le point de vue traditionnel, et c’est de ce point de vue que nous
partirons dans l’explication de prophéties qui vont suivre. D’une manière générale, il est du reste à
peu près indifférent pour l’interprétation que la question de l’auteur soit résolue dans un sens ou dans
l’autre, puisque, en tout cas, le présent, réel ou idéal, où se place le prophète, est celui de la captivité.

Il nous reste à jeter, en terminant, un coup d’œil sur le contenu de prophéties que nous allons étudier.
La pensée du prophète ne s’y développe pas selon un ordre rigoureusement systématique ; les mêmes
idées reviennent fréquemment. Cependant les différents morceaux se répartissent assez distinctement
en quelques groupes, dans chacun desquels domine l’une des idées fondamentales de cette prophétie,
et l’on peut ainsi constater un progrès d’une partie à l’autre.

Le prophète a constamment devant les yeux le but final des voies divines : le règne de Dieu pleinement
réalisé. C’est à la lumière de ce terme glorieux qu’il considère la misère présente de son peuple et
l’obscurité qui règne encore dans le monde païen. Comme on l’a dit, « il lit, pour ainsi dire, le livre de
l’histoire, en reculant de la fin au commencement. Son regard est essentiellement et avant tout dirigé
sur la consommation dernière des promesses divines ; et dans chaque événement particulier qui la
prépare, il voit poindre déjà la rédemption finale. » Dès le début de la prophétie (Ch. XL), il place ce
terme suprême sous les yeux d’Israël, dans le but de la consoler ; et c’est de là qu’il revient en arrière
pour parcourir les diverses phases à travers lesquelles la réalisation de cet avenir doit être acheminée
dans l’histoire. Ces phases sont au nombre de trois, et chacune d’elles remplit l’une des trois parties
dont se compose notre prophétie.

La première est la délivrance de la captivité de Babylone ; elle forme l’objet principal des neuf
premiers chapitres (XL-XLVIII). Le point central auquel convergent ici toutes les promesses, est
l’apparition de Cyrus, l’agent prédestiné pour la destruction des faux dieux. Sa victoire sur les
Chaldéens idolâtres qui oppriment Israël est le triomphe de l’Eternel sur les idoles ; aussi toute son
œuvre est-elle représentée comme une manifestation décisive de la puissance et de la divinité de
Jéhovah dans la défaite de Babylone et de ses dieux de néant et dans la délivrance de son peuple.

Le retour de l’exil n’est pas le salut complet ; il en est seulement le point de départ et la condition : il
faut que le peuple, extérieurement restauré, soit aussi moralement transformé ; c’est cette rédemption
spirituelle dont la pensée remplit la seconde série de discours (XLIX-LII). Ici, le premier plan est
occupé par un personnage dont la figure n’avait eu qu’une place secondaire dans la première partie : le
« serviteur de l’Eternel », qui sera l’instrument de cette œuvre nouvelle, comme Cyrus avait été celui
de la délivrance de Babylone. Le prophète contemple la personne, l’activité, les humiliations,
l’élévation du serviteur, et proclame le salut assuré à Sion par son ministère. Le centre de toutes ces
prophéties est le ch. LIII, qui se trouve placé précisément au milieu non seulement de ce morceau,
mais de toute la prophétie XL-LXVI.

Dans le troisième groupe de discours (LVII-LXVI), le prophète presse d’abord le peuple d’accepter le
salut gratuit qui vient de lui être présenté ; puis, continuant à mêler les exhortations aux promesses, il
déploie devant lui dans des tableaux d’une éblouissante fraîcheur la gloire réservée à la Sion de
l’avenir et au vrai Israël qui l’habitera. Ici, les deux aspects, temporel et spirituel, du salut, qui
dominaient l’un dans la première partie, l’autre dans la seconde se trouvent réunis : la gloire finale
consomme à la fois la délivrance temporelle et la délivrance spirituelle du peuple de Dieu.

La division en trois groupes, telle nous venons de l’indiquer est assez clairement marquée par le
prophète lui-même. XLVIII, 22 et LVII,21 se lisent ces paroles : « il n’y a point de paix pour les
méchants. » Et la prophétie se termine (LXVI,24) par celles-ci, qui expriment la même pensée sous
une autre forme : « Ils sortiront et verront les cadavres des hommes qui se sont rebellés contre moi, car
leur ver ne mourra pas, et leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront en horreur à toute chair. » Cette triple
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répétition de la même pensée, et cela deux fois dans les mêmes termes, ne sauraient être accidentelle ;
elle forme évidement une sorte de refrain, qui appose comme un point final au terme de chacune des
trois parties.

I. LA GLOIRE DE JEHOVAH DANS LA DELIVRANCE DE SON PEUPLE (40-48)

1. LA CERTITUDE DU SALUT PROMIS (40.1-31)

Chapitre 40.1-31, ce chapitre forme l’introduction de la grande prophétie 40-46. le ton général de toute
cette prophétie ressort dès les premiers mots : c’est celui de la consolation. A l’affliction présente va
succéder le plus glorieux salut (v.1-11). Ce salut est assuré, puisque celui qui le promet est le Dieu
infiniment grand, devant qui les dieux des païens ne sont que néant (v/ 12-26). Qu’Israël se console
donc et reprenne confiance (v.27-34)

2. L’ETERNEL SUSCITE LE LIBERATEUR DE SION (41.1-29)

Chapitre 41.1-29. Le but de ce discours est comme celui du précédent de consoler Israël. Le prophète
l’a fait au ch . 40, en lui présentant d’une manière générale le salut promis, dont il lui a donné pour
gage la puissante infinie de Dieu. Il continue à le faire, au ch. 41, en lui montrant un libérateur déjà en
marche pour le sauver et en prouvant, par les prédictions relatives à l’apparition de ce libérateur, que
c’est bien Jéhovah qui l’envoie.

1 – 7. L’Eternel démontre qu’il est Dieu par l’envoi d’un conquérant devant qui les peuples païens
tremblent.
8 – 20. Le prophète n’attend pas de voir si les païens ont quelque chose à répondre à ce discours. Il se
tourne vers Israël pour le rassurer : lui n’a rien à craindre de Cyrus, n’est-ce pas son Dieu même qui
l’envoie pour sa délivrance ?

21-29. Cette œuvre (l’envoie de Cyrus) est bien celle de Dieu, puisque lui, et lui seul, l’a prédite.

3. LE SERVITEUR DE L’ETERNEL SALUT D’ISRAEL ET LUMIERE DES GENTILS (42.1-43,7)

Chap. 42.1-43.7. Le chapitre 41 a décrit l’apparition du conquérant qui doit infliger une défaite
décisive aux dieux de Babylone et mettre fin à la captivité d’Israël. Le ch. 42 introduit un nouveau
personnage, le « serviteur de Jéhovah ». C’est de lui qu’Israël et le monde entier recevront le salut
préparé par la rentrée du peuple de Dieu dans sa patrie. Ce discours, qui s’étend de 42.1 à 43.7,
renferme quatre parties.

1. L’apparition du serviteur de Jéhovah est décrite (v.1-9)


2. le monde entier est invité à louer l’Eternel, car il va paraître pour juger ses ennemis et délivrer
son peuple (v.10-17)
3. l’Eternel reproche à son serviteur infidèle, Israël, son incrédulité (v.18-25)
4. Il lui promet qu’après l’avoir châtié, il va maintenant se souvenir de lui pour le sauver (43.1-7)

4. LE SALUT PROMIS AU PEUPLE DE DIEU (43.8-44.5)

Chap. 46.8-44.5. Ce discours développe d’une manière complète l’idée du salut, qui est l’objet de
toutes les promesses des chapitres précédents. Quatre parties :

1. L’auteur du salut : Jéhovah, dont Israël doit être le témoin et proclamer la louange (v.8-13)
2. Le commencement du salut : la sortie de Babylone, non moins glorieuse que la sortie d’Egypte
(v.14-21).
3. Le motif du salut : la grâce de Dieu qui pardonne le péché de son peuple (v. 22-28)
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4. Le couronnement du salut : l’effusion de l’Esprit sur Israël et la conversion des païens (44.1-5).

5. LES DIEUX DE NEANT DES PAIENS ET LE DIEU VIVANT D’ISRAEL (44.6-23)

Chapitre 44.6-23. Ce discours a pour but de confirmer les promesses qui précèdent en rappelant une
fois de plus à Israël que son Dieu est le seul vrai(v.6-8), tandis que les idoles ne sont rien(v.9-20), et en
lui renouvelant l’assurance de sa grâce (v. 21-23).

6. CYRUS L’OINT DE L’ETERNEL LE LIBERATEUR D’ISRAEL (44.24-45.23)

Chapitres 44.24-45.25. la prophétie se précise ici davantage ; le libérateur promis est enfin désigné par
son nom. Ce nouveau discours se compose de quatre parties :

1. L’Eternel accomplira ses promesses ; Cyrus rebâtira sa ville et son temple (v.24-28)
2. Dieu déclare à Cyrus que s’il remporte des victoires, il les doit à l’Eternel qui veut que son nom
soit glorifié dans toute la terre (45.1-8)
3. Il exhorte Israël à la confiance et lui promet le plus glorieux avenir (v.9-17).
4. Il invite les païens à regarder au seul vrai Dieu pour être sauvés (v. 18-25).

Le but des voies de Dieu, dans l’envoi de Cyrus, est donc celui-ci : tous, Israël, les païens. Cyrus lui-
même, doivent parvenir au salut par la connaissance du Dieu unique et véritable.

7. LA CHUTE DES DIEUX DE BABYLONE (46.1-13)

Chapitre 46.1-13. Après avoir annoncé le vainqueur (ch. 45), le prophète dépeint le sort des vaincus.
En effet, l’objet des trois discours suivants (ch. 46-48) est la chute de Babel et de ses dieux. Dans le
premier (46), il proclame la défaite des idoles à laquelle il oppose l’éternelle protection dont Jéhovah
entoure son peuple et le salut prochain qu’il lui prépare. Dans le second (47), il voit la grande ville
elle-même sort que ses dieux protecteurs. Dans le troisième, il termine toute cette première série de
prophéties (ch. 40-43), en invitant Israël à profiter de la liberté qui lui est rendue par la chute de ses
ennemis.

8. LA CHUTE DE BABYLONE (47.1-15)

chap. 47 : 1-15. Babylone est punie pour son orgueil et pour sa dureté en vers Israël (v.1-11), aucun
des moyens auxquels elle pourra avoir recours ne saurait le sauver (v .12-14).

9. LA SORTIE DE BABYLONE (48.1-22)

chap. 48 :1-22. Ce morceau est la conclusion de tout le premier cycle de prophéties(40-48), dont il
reproduit et résume les idées fondamentales. C’est un discours d’exhortation, ou le prophète reproche à
Israël son incrédulité, et l’invité à revenir à Dieu pour jouir des bienfaits du salut. Son dernier est une
menace à l’adresse des rebelles opiniâtres. C’est par ce mot sévère que se termine la première partie de
la prophétie.

1-11. L’incrédulité d’Israël est censurée ; si Dieu le sauve, ce sera par pure grâce.

12-22. Appel à la conversion ; nouvelle promesse d’un salut prochain, menace à l’adresse
des impies .

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Cours d‘ESAÏE 22

COUP-D’ŒIL SUR LES CHAPITRES 40-48

En jetant un coup d’œil sur le chemin que vient de parcourir le regard prophétique dans les neuf
morceaux dont se compose le premier cycle de cette grande prophétie finale, nous reconnaissons
immédiatement dans le chap. 40 et dans le chap.48 deux morceaux d’une nature plus générale, dont le
premier est destiné à affermir la foi d’Israël aux prophéties qui vont suivre, en fondant sur la grandeur
de Jéhovah la certitude du salut qu’il lui promet. Les trois morceaux suivants décrivent, le premier
(ch.41), l’auteur de la délivrance temporelle, Cyrus ; le second (ch.42 :1 - 43 :7), le libérateur spirituel,
le messie ; Le troisième (43 :8 ;44 :5), le salut lui-même sous ses divers aspects. Chacun de ces
morceaux aboutit au même résultat : la démonstration par l’œuvre de Cyrus, par l’annonce du Messie,
et par le témoignage d’Israël rétabli, de la vanité de l’idolâtrie et du triomphe final de l’adoration de
Jéhovah dans le monde entier.

La même pensée préside aux prophéties suivantes, seulement l’absurdité de l’idolâtrie y est démontrée
d’une manière plus directe et sa chute proclamée plus magnifique encore : dans le premier discours,
par la description de la fabrication des idoles (44 :6-23) ; Dans le second (chap.44 :24-45), par
l’annonce nominative de Cyrus, qui doit être l’instrument de cette chute en même temps que de la
délivrance d’Israël, dans le troisième (ch. 46), par le tableau de la chute des deux principales divinités
babyloniennes, Bel et Nébo ; dans le quatrième (ch.47), par l’annonce de la ruine de Babylone, ce
centre de l’idolâtrie païenne en Orient.

On voit quelle était la pensée qui remplissait l’âme du prophète. Cette captivité d’Israël à Babylone,
qui semblait être une honte pour Jéhovah et un triomphe pour les idoles, va par le moyen de Cyrus et
par la délivrance d’Israël, poser le principe de la destruction de l’idolâtrie et du triomphe de la vraie
religion sur toute la terre. C’est là le grand thème de cette partie auquel le prophète revient au terme de
chaque développement. Six fois au moins il le traite directement. Et certes les faits ont prouvé qu’il
n’avait pas exagéré l’importance des séquences. Avec le retour de la captivité, l’histoire religieuse
d’Israël et même du monde entier a pris une nouvelle direction. Israël restauré a rompu radicalement
avec son ancien penchant à l’idolâtrie et s’est attaché à son Dieu comme il ne l’avait jamais fait
précédemment. Bien plus, il est devenu le propagateur de la connaissance de Jéhovah et de l’attente du
Messie dans les contrées de l’Orient, du Midi et de l’Occident, tellement que, lorsque l’Evangile fût
prêché cinq siècles plus tard par les apôtres, ils trouvèrent partout dans le monde païen les esprits
préparés, et n’eurent qu’à recueillir la moisson semée en tous lieux par Israël.

II. LA GLOIRE DU SERVITEUR DE L’ETERNEL (49-57)

Avec le ch. 49 commence un nouveau cycle de prophéties. La controverse avec les idolâtres est
terminée. Le prophète a suffisamment montré que Jéhovah est le seul Dieu, et il n’y revient pas. Cette
leçon, les Juifs, de retour de Babylone, l’ont comprise. Mais il en est une autre qu’Israël doit recevoir,
et qui va faire l’objet des prophéties du second cycle. Dans le premier, la figure principale était Cyrus,
qui n’est serviteur de Dieu que dans un sens secondaire. Dans le second, c’est le serviteur par
excellence, le Messie, qui forme le centre du tableau.

Les discours précédents ont déjà fait pressentir que le salut promis ne se bornera pas au retour d’Israël,
opéré par l’intervention de Cyrus, mais qu’il comprendra une délivrance plus grande encore et dont les
effets s’étendront à la terre entière. C’est à cette idée que se rattachent les discours qui suivent et dont
le point culminant est le tableau des souffrances et de la gloire du serviteur de Dieu. Ce serviteur parait
dès le début de cette partie, et la prophétie déclare à l’instant même que sa mission échouera, du moins
temporairement auprès d’Israël.

Ce peuple le rejettera. De là, d’une part, les souffrances qui consumeront le serviteur de l’Eternel, et de
l’autre, l’extension de son œuvre aux païens, qui lui seront donnés, comme dédommagement, pour son
insuccès auprès de son peuple. Avec les morceaux qui dépeignent en traits de plus précis la personne
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du serviteur (49.1-13 ; 50.4-11 ; 52.13 ; 53.12), en alternent d’autres, remplis de consolations et


d’avertissements à l’adresse d’Israël (49.14 ; 50.3 ; 51.1-8,9 ; 52.12 ; 54 et suivant). A partir du ch. 53,
le nom du serviteur de l’Eternel n’est plus prononcé, et ce sont les morceaux de la seconde catégorie
qui dominent.

1. Le serviteur de l’Eternel et le rétablissement de Sion (49.1-50.3)

Chap. 49.1-50.3. Ce morceau, comme le ch.40 dans le groupe précédent, une portée tout à fait
générale : c’est le discours d’ouverture du second cycle. Le serviteur de l’Eternel se présente et parle
de sa mission, des obstacles qu’il rencontre et des promesses divines qui le fortifient ; le prophète lui
répond en confirmant ces paroles de la part de Dieu (v.1-13). Au verset 14 commence la seconde partie
du discours, dont le sujet est le rétablissement de Sion. L’Eternel raffermit ici la foi défaillante de son
peuple, en assurant de l’immuable fidélité de sa grâce (v.14-50.3).

2. La fidélité du serviteur de l’Eternel (50.4-11)

Chap. 50.4-11. Le serviteur de l’Eternel, que nous avons déjà entendu parler 49.1-6, prend de nouveau
la parole. Le Seigneur l’a, dit-il, préparé lui-même pour son œuvre, et il l’accomplit, sans faiblir devant
la persécution, assuré qu’il est de l’aide de son Dieu (v.4-9). A ce discours le prophète ajoute quelques
paroles d’encouragement pour ceux qui obéissent à la voix du serviteur, et de menace pour ceux qui
s’opposent à lui (v.10-11)

3. Invitation à la confiance (51.1-8)

Chap. 51.1-8. le Chapitre 50 s’est terminé par une menace à l’adresse de ceux qui méprisent la parole
de Dieu. C’est maintenant à ceux qui obéissent à sa voix que va parler le prophète pour les encourager
à croire ; il fait valoir trois motifs de confiance : ce que Dieu a fait jadis pour Abraham (v.1-3) ; le
salut et le jugement universels qu’il veut opérer (v.4-6) ; enfin le châtiment spécial qu’il réserve aux
ennemis de son peuple (v.7-8).

4. La délivrance de Jérusalem (51.9-52.12)

Chapitres 51.9-52.12. Dans le discours précédent, le prophète a consolé Sion par la perspective du
jugement final du monde ; il va la consoler maintenant par la perspective d’une délivrance plus
prochaine, le retour de la captivité. Les trois sont nettement indiquées par le refrain : Réveille-toi..

9 – 16. L’Eternel, qui a ramené d’Egypte son peuple, va le faire sortir de sa captivité.
17 – 23. Jérusalem a bu la coupe de la colère de Dieu ; l’Eternel va maintenant la donner à boire à ses
oppresseurs.
17. Tout le morceau 51.9-52.12 est un dialogue entre Dieu, le prophète et le peuple. Le prophète prend
ici la parole. Israël a dit tout à l’heure : « Bras de l’Eternel, réveille-toi ! » pour appeler la délivrance.
Esaïe dit maintenant : « Sion, réveille-toi ! Relève-toi de tes ruines ! » Car l’Eternel a répondu par ses
promesses.

Ch. 52.1-12. L’Eternel va racheter son peuple ; les messages de paix proclament la venue de son règne,
et Israël est invité à sortir de captivité.

5. Le sacrifice et la gloire du serviteur de l’Eternel (52.13-53.12)

Ch. 52.13-53.12. Ce morceau est le point culminant du livre d’Esaïe et de la prophétie de l’Ancien
Testament en général. La figure du Messie n’est dépeinte nulle part avec une pareille précision, sous
son double aspect d’humiliation et de gloire. Le prophète commence par un tableau sommaire de
l’abaissement et de l’élévation du serviteur de Dieu (52.13-15) ; puis il confesse au nom d’Israël,
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l’incrédulité de ce peuple à son égard et décrit avec détail les souffrances imméritées par lesquelles il
expiera le péché de ses frères (53.1-9) ; enfin il annonce la récompense qui sera le salaire de son
sacrifice (53.10-12). C’est l’Eternel qui prononce les trois premiers versets ; c’est le peuple qui parle,
par la bouche du prophète, de 53.1 à 10 ; les v. 11 et 12 sont de nouveau des paroles de l’Eternel. Ce
tableau incomparable de l’œuvre du Messie, qu’on a pu appeler un « cinquième évangile » est le
développement plus complet et plus précis des tableaux déjà tracés 49.1-13 et 50.4-11. Il est cité très
souvent dans le Nouveau Testament. Les auteurs sacrés n’hésitent pas à y reconnaître une prophétie
du sacrifice et de la gloire de Christ. C’est aussi la seule interprétation qui nous paraisse admissible.
Voir sur les autres interprétations, les remarques à la fin du morceau.

6. La gloire de Jérusalem sauvée (54.1-17)

Le ch. 54 décrit la gloire de Sion ainsi repeuplée et restaurée par le Messie. Le salut n’est complet que
lorsque le corps tout entier partage l’état glorieux de son chef. Le ch. 54 présente donc le
couronnement de l’œuvre de rédemption accomplie par le serviteur (ch. 53).
Après ce tableau, le prophète passe, dès le ch. 55, aux applications pratiques qui découlent de ce qui
précède : il adresse à Israël un pressant appel à accepter ce salut tout gratuit (ch. 55) ; il invite
spécialement les païens à y participer 56.1-8 ; il confirme enfin solennellement de la part de Dieu les
grâces promises et menace des châtiments divins ceux qui les méprisent (56.9-57.)

7. Appel à profiter du salut gratuit (55.1-13)

Ch. 55.1-13. Le salut acquis par le serviteur de l’Eternel(ch. 53), a été couronné par la restauration
glorieuse de cours, le prophète montre par quel moyen simple et accessible à tous on peut se
l’approprier : la foi, et non plus les œuvres, et il invite quiconque soupire après la grâce à la saisir sans
se laisser arrêter par le doute ou par la crainte.

8. La maison de Dieu ouverte à tous les peuples (56.1-8).

Ch. 56.1-8. Jusqu’ici, c’est du salut d’Israël qu’il a surtout été question bien que le prophète ait à plus
d’une reprise annoncée que les païens aussi participeraient au salut. Le but du discours qu’on va lire
est d’en assurer expressément la jouissance à ces derniers. Ce morceau est le pendant du ch. 55 elle
l’avait été à Israël. Le prophète complétera au ch. 57, cette double application, en confirmant l’offre du
salut à tous, et en adressant de sévères reproches aux impies et de redoutables menaces à ceux qui
persisteraient à mépriser l’appel de Dieu.

9. Conclusion : Censures, promesses et menaces (56.9-57.21)

Ch. 56.9-57.21. Ce discours forme la clôture du second cycle (49-57). Il présente, du moins dans sa
première partie jusqu’à 57.11, des caractères assez différents de ceux qu’on remarque dans les
morceaux qui précèdent et qui suivent. Le style est ici plus concis et plus obscur, les images souvent
énigmatiques. Le prophète paraît s’adresser plutôt au peuple d’avant l’exil qu’à celui de la captivité
auquel il parle en général dans la prophètie 40 – 66.

Ch. 56.9-57.2. Pendant que les mauvais conducteurs d’Israël se livrent à leurs plaisirs jusqu’à la veille
du jugement, les jours sont retirés avant ce jour-là et introduits dans la paix.

1. LE FAUX ET LE VRAI CULTE (58.1-14.)

Les brillants tableaux de l’avenir pourront-ils être réalisés ? Oui, répond Esaïe, tout peut et doit devenir
nouveau, à la condition qu’Israël lui-même soit moralement renouvelé. La nécessité de ce
renouvellement est le sujet des deux discours ch. 58 et 59.

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Cours d‘ESAÏE 25

2. LE PECHE D’ISRAEL ET LE SALUT PAR LA PUISSANCE DE DIEU SEUL(59.1-21)

Ch. 59.1-21. Dans le discours précédent, Esaïe a repoussé le reproche d’injustice qu’Israël adressait à
son Dieu. Il montre dans celui-ci que, si Dieu ne sauve pas, ce n’est pas qu’il ne puisse le faire. Ce
sont les péchés du peuple qui l’en empêchent. Il trace de l’état moral un tableau des plus sombres (v.1-
8). Le peuple reconnaît la vérité de ce tableau et confesse son péché (v.8-15a). La dernière partie du
discours est la réponse à cette confession ; Israël reçoit la promesse que Dieu va paraître pour juger ses
ennemis et faire droit à son peuple (v.15b-21).

3. LA GLOIRE DE LA NOUVELLE JERUSALEM (60.1-22)

Chap. 60.1-22. Ce chapitre est le tableau le plus complet et le plus brillant que notre prophète ait tracé
de la gloire finale de Jérusalem. C’est comme la réponse aux plaintes échappées à Israël dans le
morceau précédant ; Tout ce qu’il déplorait de ne pas avoir reçu, il le possède maintenant : la lumière ;
la justice et la paix, l’abondance de tous les biens ; le salut tout proche, la venue du Dieu Rédempteur.

Le chapitre 60 se divise en quatre strophes :


1. Jérusalem, illuminée par l’apparition de Jéhovah, attire à sa lumière tous les peuples (v.1-3)
2. Les nations viennent à elle avec leurs richesses et lui ramènent ses enfants dispersés(v.4-9) ;
3. Les païens rebâtissent eux-mêmes et ornent magnifiquement Jérusalem (v.10-16).
4. Le prophète décrit la sainteté et la splendeur de Sion ainsi restaurée (v.17-22).

4. LE SERVITEUR DE L’ETERNEL, MESSAGER ET AUTEUR DU SALUT (61.1-11)

Chap. 61.1-11. Le chapitre 60 décrivant la gloire future de Sion, sans nommer celui qui accomplira de
si grandes choses. Dans les premiers versets du ch. 61, le libérateur se présente lui-même et proclame
le salut qu’il va opérer. A partir du v. 4. C’est le prophète qui reprend la parole pour développer les
richesses de ce salut. Ces promesses sont confirmées, v.8, par la bouche de Dieu même. Enfin dans les
v. 10 et 11, Israël répond à ces paroles de consolation, prononcées par le Messie, le prophète et
l’Eternel, en célébrant la grandeur du salut dont il est l’objet.

5. LE SALUT DEMANDE ET OBTENU (62.1-12)

Ch. 62.1-12. Ce troisième tableau de la gloire de Sion se distingue des précédents par un trait
particulier : le prophète fait ressortir la nécessité de l’intercession des fidèles en faveur du
rétablissement de Sion. Ainsi, après avoir décrit, au ch. 60., Le salut de Sion, et avoir présenté, au ch.
61, la personne du Sauveur, il indique, au ch. 62, le moyen par lequel sera hâtée cette œuvre ; Dieu
attend pour l’accomplir qu’elle soit réclamée. Le morceau 63.7-64 nous fera entendre la supplication
par laquelle les fidèles répondent à cet appel à la prière qu’Esaïe leur adresse ici de la part de Dieu.
Trois parties dans ce morceau : le prophète demande et attend la délivrance(v.1-5) ; les fidèles sont
invités à ne pas laisser de repos à l’Eternel, qu’il n’ait tenu le serment qu’il a fait en leur faveur (v.6-
9) ; le prophète promet que le salut est proche (v. 10-12).

6. LE JUGEMENT DU MONDE PAIEN(63.1-6)

Ch. 63.1-6. Au salut d ‘Israël se lie nécessairement le châtiment de ses ennemis, le « jour de la
vengeance » ne peut se séparer de l’année de la rédemption (61.2). C’est pourquoi nous voyons
succéder aux tableaux du salut, ch. 60 à 62, la description du jugement des peuples ; et entre eux tous
nous trouvons ici Edom désigné comme le premier et principal objet du courroux divin (63.1-6). La
prophétie revêt la forme d’une vision. L’Eternel se présente au prophète sous la figure d’un guerrier
qui arrive du pays d’Edom, où il vient d’exécuter son jugement. On remarquera l’analogie entre ce
morceau, du caractère le plus dramatique, et plusieurs prophéties de la première partie, par exemple,
celles d’Edom et l’Arabie 21.11-17, celle sur Jérusalem 22.1-4.
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7. PRIERE POUR LA DELIVRANCE D’Israël (63.7-64.12)

Ch.63.7-64.12. Dans les morceaux qui précèdent, le prophète a contemplé deux tableaux : Celui de la
gloire réservée à Sion (ch. 60-62), celui du jugement final dont Dieu frappera les peuples (63 :1-6).
Cette vue de l’avenir est complète. Mais quel contraste entre cet avenir et le présent, réel ou idéal, dans
lequel se meut l’esprit du prophète, celui de la captivité ! C’est à ce présent qu’il revient maintenant. Il
offre à Dieu une requête fervente, en faveur et au nom du peuple de l’exil, dont il expose les misères
matérielles et morales. Cette prière est contenue dans le morceau suivant 63.7-64.12. la réponse divine,
qui est en même temps l’application de toute la prophétie 40-64, sera le sujet de la conclusion
renfermée dans les ch. 65 et 66.

8. REPONSE DE DIEU A LA PRIERE DU PEUPLE (65.1-25)

Ch. 65.1-25. Ce chapitre renferme la réponse de l’Eternel à la prière du peuple (63.7-64). En voici le
résumé :
1. Si Dieu traite Israël si sévèrement, ce n’est pas que ses sentiments à son égard aient changé :
c’est que le peuple l’a lassé par ses rébellions. Il se tourne donc vers les païens qui le recevront
(v.1) tandis qu’il abandonne Israël qui le repousse depuis si longtemps(v.2-7)
2. Cependant, Jéhovah ne détruira pas son peuple tout entier : il séparera avec soin les fidèles des
infidèles, pour assigner aux uns et aux autres le sort qui leur convient(v.8-16)
3. Le discours divin se termine par la peinture de l’ordre de choses nouvelles que Dieu créera et
dans lequel les élus jouiront d’une félicité parfaite (v.17-25). En un mot la prière offerte en
faveur de tout le peuple sans distinctions (voir 64.8-9), le Dieu juste répond qu’Israël ne sera ni
détruit ni sauvé tout entier : les impies périront ; mais un reste échappera au jugement et
deviendra avec les païens croyants l’objet de toutes ses bénédictions.

9. LA NOUVELLE JERUSALEM. LE JUGEMENT DES IMPIES ET LEUR EXCLUSION DU


SALUT (66.1-24)

Ch.66.1-24. Ce morceau est la conclusion de la réponse de l’Eternel à la prière du peuple. Comme


dans le précédent, une séparation définitive est annoncée entre les fidèles et les méchants ; mais tandis
qu’au ch. 65 le prophète, après avoir prononcé le rejet des impies, s’était arrêté à peindre l’heureux
avenir des fidèles, il retrace ici les grands actes de jugements par lesquels sera préparé l’avènement du
nouvel ordre de choses. Les fidèles sont invités à se réjouir de ces jugements ; les méchants doivent
trembler au contraire à la menace d’être privés pour toujours du salut.

Le discours se divise en trois parties.

1. Condamnation de l’hypocrisie en Israël (v.1-4)


2. Châtiment du peuple infidèle et naissance d’une Jérusalem nouvelle (v.5-14)
3. Jugement des nations, rassemblement des élus de tout peuple à Jérusalem, les impies
irrévocablement exclus du salut (v.15-24).

FIN

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