Article 71
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Résumé : Quels sont les dommages des coupures d’électricité pour les ménages ? Pour
répondre à cette question, plusieurs études ont été réalisées aux Etats-Unis, en Asie et en
Afrique. Ce travail propose une analyse descriptive des dommages liés aux coupures
d’électricité au Bénin à partir d’une enquête auprès des ménages.
Cet article, qui porte sur l’évaluation des dommages des coupures d’électricité met en
évidence les stratégies adoptées par les ménages pour faire face à l’inconstance de l’offre de
l’électricité et les consentements à payer des ménages pour éviter les coupures non planifiées
sur le réseau de distribution.
Code JEL : L95, Q40
1
1- INTRODUCTION
1
Document de Stratégie de Croissance pour la Réduction de la Pauvreté pour la période 2011-2015
2
4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2013
3
Tableau de Bord Social, 2008
4
Groupe de Réflexion sur la Vision du Secteur Energétique, 2008
2
assiste à des délestages périodiques dans le pays. Du coup cette défaillance du service public
crée de longues ruptures d’électricité dans les grandes villes du pays et plus particulièrement
dans la ville d’Abomey-Calavi. La durée moyenne de coupure par jour est passée de 80 mn en
2006 à 78 mn en 2007 puis à 97 mn en 2008 (SBEE, 2008). Aussi dans la commune
d’Abomey-Calavi, disposer d’un compteur électrique devient difficile pour les ménages. Un
autre problème lié aux pannes d’électricité est la perturbation de la circulation dans la
commune. En effet, la discontinuité de l’électricité perturbe les activités au sein des ménages.
Un des éléments de la valeur de l'électricité aux usagers est la panne fréquente parce que
l'électricité constitue une source d'énergie primaire au sein des ménages. La détermination du
coût économique des pannes est un paramètre central dans l'analyse coûts-avantages de la
fiabilité et de la conception des circuits d'alimentation de l'électricité. Le concept de la
fiabilité des biens de réseaux est complexe à définir, en ce qui concerne l’énergie, la fiabilité
revêt deux notions principales : l’adéquatement du système et la sécurité du système.
L’adéquatement du système réfère à l’existence de capacité de génération et de distribution
suffisante de l’énergie capable de satisfaire la demande du consommateur à n’importe quel
moment où celle-ci se manifeste. La sécurité du système de l’autre côté réfère à l’habilité du
système à répondre efficacement à tout imprévu survenu dans le fonctionnement du système
(Debnath et Goel, 1995). L’analyse des coûts d’inconstance de la fourniture des services
publics s’est développée dans les pays du Nord au niveau de trois types de clients à savoir :
résidentiels, commerciaux et industriels. Aux Etats-Unis, depuis le milieu des années 1980,
les services du département de l’énergie avaient entrepris un certain nombre d’études (Vingt-
huit) dans l’analyse des coûts de panne chez les consommateurs résidentiels, commerciaux et
industriels en utilisant différentes méthodes d’évaluation (Sullivian, 2010). La connaissance
des coûts économiques des pannes d’électricité constitue un indicateur de base des avantages
tirés des investissements en infrastructures d’alimentation électrique (Ghaus-Pasha, 2009).
Economiquement, la détermination des coûts d’interruptions en énergie électrique permet
d’évaluer la fiabilité du système d’approvisionnement (Ghajar et Billinton, 2006).
L’évaluation quantitative de la fiabilité constitue un aspect important dans le fonctionnement
d’un système d’approvisionnement. Selon Munasinghe (1980), il y a une forte corrélation
positive entre les coupures de courant et les coûts encourus par les consommateurs. Si
l’incidence des défaillances électriques ou des coupures augmente alors les coûts
économiques de ces coupures pour les consommateurs augmentent également. Cette
défaillance du service public génère donc des externalités négatives sur les ménages qui
engagent des dépenses pour éviter les dommages que pourraient engendrer la discontinuité de
3
l’offre d’électricité par la SBEE. Une des stratégies souvent adoptées par les ménages pour
faire face à cette discontinuité de l’offre de l’électricité est l’investissement dans la génération
de secours. La discontinuité de l’offre entraîne des coûts supplémentaires pour les
consommateurs qui sont sur le réseau de distribution. Cette stratégie n'est pas sans coût.
Quel est le niveau de service de la SBEE aux ménages ? L'accès au réseau de la SBEE
garantit-t-il une disponibilité suffisante de l’électricité dans le ménage?
L’objectif de cette étude est donc de déterminer les coûts des dommages des pannes
d’électricité dans les ménages et les consentements à payer pour les coupures non planifiées
dans la commune d’Abomey-Calavi.
L’article est organisé comme suit : la première section aborde l’introduction, la deuxième
présente l’analyse des coupures d’électricité dans la littérature, la section 3 se concentre sur
les données et les résultats de cette étude et la section 4 présente la conclusion et quelques
recommandations de politiques économiques pour améliorer la distribution de l’énergie
électrique et atténuer les effets négatifs des coupures sur les ménages dans la commune
d’Abomey-Calavi.
4
remettre des travaux du ménage à plus tard, minimisant ainsi les coûts d'indisponibilité. En
règle générale, les interruptions dans l'alimentation de l'électricité affecteront le
fonctionnement des appareils électroniques utilisés pour repasser, laver, nettoyer à
l'aspirateur, etc…Cependant, il existe parfois au sein du ménage, une substituabilité entre les
tâches ménagères dépendant de l’électricité et d’autres tâches ménagères ne dépendant pas de
l'électricité. En outre, sur une période de temps donnée, par exemple, un jour, il y aura un
certain degré de substituabilité entre les activités ménagères et autres activités en dehors du
ménage. Ainsi, le coût des facteurs non utilisés à cause des coupures dans le ménage sera
faible. Néanmoins, il y aura un certain coût, y compris les coûts psychologiques de ruptures
dans la routine normale, aussi longtemps qu'on suppose que les membres du ménage
répartissent rationnellement leur temps entre divers types de production avant la panne. La
préparation de nourriture est une activité qui pourrait être entravée par des pannes aux
moments particuliers du jour, particulièrement si l'électricité est essentielle pour faire cuire
et/ou l’éclairage. Pour les interruptions de courte durée, les coûts de la panne d’électricité
peuvent impliquer seulement les inconvénients d'un repas retardé, mais dans d'autres cas, le
repas peut être fourni de l'extérieur de la maison, et être payé comme une dépense imprévue.
Dans les zones où la probabilité de survenance des coupures est élevée, les ménages peuvent
engager des dépenses supplémentaires qui sont des coûts indirects associés à l'achat
d'appareils non électriques, comme des petits réchauds à kérosène à des fins de secours, en
plus de leurs fourneaux électriques. Par contre, lorsque la cuisson est effectuée exclusivement
par l'utilisation d'autres combustibles (pétrole, gaz ou bois de chauffage), les coûts
d'indisponibilité sont susceptibles d'être petits. Si les dépenses associées à la cuisson non
électriques dépassent les coûts d'achat et d'utilisation d'une cuisinière électrique, et si les
premières ont été préférées à celui-ci, notamment en raison de la faible fiabilité de
l'approvisionnement en électricité, alors la différence de coût entre les deux alternatives
constituerait également un coût d'indisponibilité indirect.
Pour Munasinghe M. (1980), les divers loisirs et les activités de préparation de nourriture du
ménage sont tels que les coûts associés à la panne sont plus importants. Premièrement, la
production et le plaisir des loisirs dans la plupart des ménages est contrainte, en particulier
pour des salariés, à une période relativement fixe, habituellement en soirée. On postule que les
femmes au foyer ne sont pas contraintes de profiter des loisirs pendant les heures du soir, et
en raison des possibilités de substitution entre la soirée et les loisirs du jour, leurs coûts
d'indisponibilité sont petits. Même si les activités de loisirs du jour dépendent de l'électricité
telle que regarder la télévision était interrompus par des coupures, il y aurait de substituabilité
5
suffisante avec d’autres activités ménagères ne dépendant pas d’électricité pour minimiser les
coûts d'indisponibilité. En second lieu, dans le cas des activités de loisirs, telles que regarder
la télévision, la lecture, etc., qui exigeraient l'utilisation de l'électricité pendant les heures de
nuit, il y aurait des possibilités limitées de remplacement pour des activités ne dépendant pas
de l’électricité en cas de panne, au moins à court terme. En outre, les pannes de courant
altéreront le fonctionnement d’équipements tels que les réfrigérateurs, les climatiseurs, et les
radiateurs, qui peuvent être que partiellement associés aux types d'activité de ménages
mentionnées. Dans ces cas, les effets de la rupture seraient significatifs seulement pour les
pannes d'une plus longue durée (par exemple, plusieurs heures), qui se produisent
généralement beaucoup moins fréquemment. Cependant, outre la perte de services de ces
matériels, la réduction de la durée de vie des moteurs et des équipements dus aux variations
de tension devraient être pris en considération. Les ménages peuvent également encourir des
coûts indirects de panne par l'achat de groupes électrogènes de secours, des batteries de
stockage, des lampes au kérosène, et ainsi de suite. À cet égard, les conséquences des pannes
peuvent être inéquitablement distribuées, parce que des consommateurs plus riches seront
mieux en mesure de se permettre les dispositifs amplifiants de tension et les sources
énergétiques alternatives, réduisant de ce fait la panne directe. D'autre part, les plus pauvres
utilisateurs peuvent être moins dépendants de l'électricité, et donc moins sensibles aux pannes.
6
augmentation de l'incertitude dans les entreprises et à un faible retour sur l'investissement, qui
entrave sérieusement la prospérité des affaires. Quand l'électricité est temporairement
indisponible, on parle d'une interruption. Selon les recommandations de l'Institut des
Ingénieurs et Electroniciens Electriques (IEEE), une interruption est définie comme une perte
complète de tension de courant ou de charge d'alimentation (IEEE, 1995). Il y a deux durées
principales d’interruptions : celles courtes et celles qui sont longues, (Tristiu, 2003). Les
interruptions courtes sont celles dans lesquelles la tension tombe en-dessous de 0.1 unité pour
une période plus courte ou égale à 1 minute. Les longues interruptions sont celles dans
lesquelles la tension tombe à zéro pendant une période au-dessus de 1 minute (Willis, 1997).
L'effet des interruptions sur les consommateurs change selon le type de client, la période de
l'occurrence, la durée de l'interruption, la fréquence de l'occurrence, etc. Traditionnellement,
pour beaucoup de clients, l'impact d'une interruption d’une (01) minute est beaucoup inférieur
à l'impact d'une interruption d’une heure (01h). Cependant, en raison de la modernisation de
l'industrie et de l’augmentation de l'appareillage électrique et de l'électronique, l'effet des
interruptions a changé au cours des années. Les industries préfèrent les longues durées
d’interruptions à plusieurs interruptions de courte durée (Diboma et Al, 2007). En effet, les
nombreuses coupures de courte durée occasionnent plus de coûts dans l’entreprise ; il s’agit
des coûts liés aux pertes de production, au remplacement ou à la réparation des matériels
endommagés, aux pertes de matières premières, au non-respect de contrats avec des clients,
aux coûts de la main d’œuvre pendant les interruptions.
Les approches de quantification des coûts de panne pour les consommateurs dans la
littérature peuvent être classées en trois groupes : approches de procuration, approches
économétriques sophistiquées et approches d'aperçu. Cette classification dépend de la nature
de la façon dont des coûts de panne pour les consommateurs sont estimés.
Les approches de procuration utilisent des données secondaires (par exemple la puissance de
secours coûte, salaires horaires) pour estimer les coûts des pannes chez les consommateurs.
Elles se fondent sur des variables liées indirectement observables pour assurer la sécurité.
Parmi elles être, nous avons la dépense en équipements pour produire la ressource, la valeur
monétaire du revenu perdu et la production a produit aussi bien que d'autres pertes à prendre
en considération. Les méthodes de procuration sont donc appropriées dans les cas où les
pertes prévues peuvent être exprimées avec la précision suffisante par de telles variables
observables.
7
Les approches économétriques sophistiquées étudient la perte possible aux entreprises en cas
de panne. Par exemple, les coûts de panne possible à une entreprise pourraient inclure des
dommages au matériel, au bénéfice renoncé, et au paiement de salaire pour tourner au ralenti
des ouvriers si une panne se produit. Elles se fondent sur des décisions réelles et observables
du consommateur et, comme représentatives de l'approche des préférences-révélées, peuvent
fournir des données très robustes. Cependant, dans des monopoles naturels tels que
l'approvisionnement de l'électricité par grille, presque aucune décision du consommateur
basée sur le marché n'est observable pour évaluer la sécurité d'approvisionnement.
D'autre part, les approches d'aperçu s'enquièrent des clients pour identifier leur perte possible
dans différents scénarios hypothétiques. Les méthodes d'évaluation contingentes permettent
l'évaluation des pertes encourues par les consommateurs (partiellement subjectifs). Avec cette
approche, les consommateurs eux-mêmes assignent une valeur à la perte due aux pannes à
travers leur bonne volonté de payer (directement ou indirectement) pour éviter à l'avenir des
coupures d'électricité ou bien combien sont-ils disposés à accepter dans la compensation s'ils
encourent une panne (Hartmann, Doanne et Woo, 1991). Cette méthode pour révéler la
préférence est également utilisée pour l'évaluation monétaire des pertes immatérielles telles
que l'effort ou l'avantage récréationnel perdu. Elle est souvent employée pour évaluer les
pertes économiques des ménages.
L'étude des coûts de panne s'est souvent concentrée sur les consommateurs résidentiels,
industriels, et commerciaux.
Dans le cas des résidentiels, plusieurs articles soulignent que la perte de loisirs est l'élément
principal des coûts de panne aux clients résidentiels. Munasinghe (1980), affirme que le
plaisir des loisirs est habituellement limité en soirée quand il y a coupure d'électricité. Les
activités de loisirs telles que regardé la télévision ou fait la lecture exigent l'électricité. Par
conséquent, il y aura très peu de possibilités de substitution pour ces activités dépendantes de
l'électricité si une panne se produit. L'auteur développe également dans son article un modèle
permettant d'estimer les coûts de la panne pour les utilisateurs d'électricité résidentiel en
employant une fonction d'utilité composée des types S de loisirs (qui ne peuvent pas être
appréciés sans électricité) et V de loisirs (qui sont indépendants de l'électricité). L'idée
principale est qu'une panne interrompt le modèle préféré de la consommation et mène ainsi à
une perte. L'auteur affirme que le salaire horaire pourrait être une bonne procuration pour des
coûts résidentiels de panne (approche de procuration de salaire horaire).
Dans le cas des industries, Bental et Ravid (1982), affirment que les clients industriels
pourraient investir dans la protection par l'achat de générateurs de puissance si le gain espéré
8
par KWH produite des générateurs est égal à la perte marginale prévue de KWH qui n'est pas
fournie conséquente à la panne. Par conséquent, le coût marginal prévu de puissance de
secours peut servir à estimer le coût marginal de la panne (approche de procuration).
L'approche économétrique sophistiquée est aussi utilisée dans la littérature pour déterminer
les coûts de pannes. Tishler (1993), développe un modèle pour mesurer des coûts prévus de
panne en employant une fonction de production. Il montre dans son article que, les coûts de la
panne sont de diverses sources et contribuent à une réduction possible de la productivité. Les
firmes utilisent l’EE pour produire un résultat ayant une valeur marchande. La mesure des
coûts de panne serait la baisse du rendement provoqué par l'interruption électrique
d'approvisionnement, telle qu'en raison de la détérioration des matériaux, des facteurs de la
production rendus inutilisable, etc.
Sanghvi (1983), constate que quelques problèmes peuvent surgir en développant une
approche appropriée pour estimer les coûts de panne pour les clients commerciaux parce que
la définition des activités commerciales est souvent peu claire. Sanghvi affirme que de
grands immeubles, de petits salons de pizza, et des entreprises de petite taille peuvent être
classés comme types d’utilisateurs commerciaux. Cependant, une grande partie de leurs
activités commerciales sont des activités de production. Les coûts de panne de ces activités
peuvent être estimés en employant les mêmes approches que pour le type de client industriel.
D'ailleurs, quelques activités commerciales, telles que de grands centres commerciaux,
peuvent être regardées en tant qu'ayant des caractéristiques semblables au type de client
résidentiel et peuvent être analysées en employant les approches résidentielles.
3- DONNEES ET RESULTATS
3.1- Données
Les données utilisées dans cette étude sont des données primaires. Elles ont été collectées au
Bénin sur un échantillon de 150 ménages choisis de façon aléatoire dans les neuf (09)
arrondissements de la commune d’Abomey-Calavi. En effet, Abomey-Calavi est la deuxième
commune la plus peuplée5 du Bénin et les problèmes des coupures d’électricité sont fréquents
dans chaque arrondissement. Le questionnaire nous permis de ne enquêter que les ménages
abonnés à la SBEE et résidants dans la commune (Question I.1, I.2 et I.3). Ces données en
coupe instantanée ont été collectées par les étudiants de master de l’école doctorale de la
5
RGPH 4, 2013
9
Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FASEG) en fin de formation pendant un
mois dans les neufs (09) arrondissements de la commune. La nature de ces données présente
l’avantage de se prêter aux questions économétriques et de nous rassurer sur la robustesse des
résultats à obtenir.
3.2-Résultats
L’enquête a permis de déterminer les opinions des ménages sur leur niveau de
consommation, la qualité et la valeur de l’électricité, les types et la fréquence des coupures, et
leur disposition à payer pour éviter les coupures d’électricité sur le réseau de distribution de la
SBEE.
Les ménages sans exception sont tous raccordés au réseau de distribution de la SBEE et
consomment en moyenne 97,72 Kwh pour un prix moyen de 15198,77 FCFA par mois durant
les trois derniers mois. Le nombre de Kwh consommé varie d’un ménage à un autre et
s’accroît d’une part avec les appareils électriques utilisés (des climatiseurs, des
réfrigérateurs, des télévisions, des fers à repasser, moulinex,…) qui sont très consommateurs
d’énergie alors que la tension que la SBEE renvoie vers les ménages est instable et faible
entrainant des baisses de tensions qui occasionnent des pertes d’équipements et d’autres part
avec la taille des ménages (5 personnes en moyenne vivent dans un ménage). Par ailleurs cette
consommation est favorisée par le développement des Technologies de l’Information et de la
Communication (chaînes HIFI, téléphone mobile,…). La dépendance des ménages vis-à-vis
de la SBEE pour leur approvisionnement en électricité les rendent particulièrement
vulnérables aux coupures d’électricité dans cette commune.
10
Graphique 1: Courbe de consommation d'électricité
80000
60000
40000
20000
L’enquête a permis d’identifier les principaux usages de l’électricité dans les ménages à
Abomey –Calavi (Question III.13). La taille moyenne des ménages est de 5,3 personnes
(écart-type = 2,8). Les ménages utilisent l’électricité comme inputs dans le fonctionnement
des appareils électriques. Ainsi, nous avions regroupé les usages de l’électricité en cinq (05)
catégories : l’éclairage (Ecl), appareils électroménagers (AE), matériels informatiques (MI) et
forage d’eau (FE).
En moyenne, 51,33 % des ménages utilisent l’électricité pour l’éclairage, les appareils
électroménagers et les matériels informatiques tandis que 28% des ménages l’utilisent pour
l’éclairage seulement. En effet, l’électricité permet aux individus dans le ménage d’accéder
par exemple aux médias d’éducation sanitaire grâce aux technologies de l’information et des
communications (TICs). Selon les ménages, l’électricité de bonne qualité permet aux
apprenants d’étudier à la maison et de suivre des cours du soir.
De même 7,33% des ménages utilisent l’électricité de la SBEE pour pomper de l’eau
souterraine localement ; ce qui leur permet de réduire le temps nécessaire pour la puiser et la
corvée que cela représente.
11
Graphique 2: Principaux usages de l'électricité
51.33
50
40
30
Percent 28
20
10 8 7.333
5.333
0
Ecl AE MI FE Ecl,AE,MI
En plus de ses usages, les ménages utilisent en moyenne l’électricité pendant 4 heures pour
les loisirs (écart-type = 2,8). Pour les ménages, l’électricité est un service important (98,67%)
mais demeure encore trop cher (92%). En moyenne, ils utilisent l’électricité pendant 3 heures
pour suivre la télévision (TV) (écart-type = 2,0), 1,4 heure pour écouter la radio (écart-type =
0,97), 0,848 heure pour le diner (écart-type = 0,48) et consacre environ 1,73 heure pour la
lecture (écart-type = 1,24) (voir Annexe 1).
Sur les 150 ménages de l’échantillon, 82 ménages affirment que l’énergie électrique vendue
par la SBEE est de mauvaise qualité tandis que tous les ménages affirment qu’il y a trop de
coupures sur le réseau de distribution (Question III.3). En effet, la construction de certaines
lignes constituant le réseau de distribution de la SBEE dans la commune date de plus d’une
trentaine d’années. Cette vétusté est souvent à l’origine de plusieurs dysfonctionnements dans
les neuf (09) arrondissements de la commune: saturation des réseaux conduisant à des baisses
de tension, développement anarchique des réseaux de fortune (toiles d’araignée) au sein des
quartiers et l’accroissement des pertes en lignes (18%) 6. Selon le type de coupures, les
6
Taux de perte en ligne sur le plan national (SCRP, 2011-2015)
12
ménages subissent sur le réseau exclusivement des coupures non planifiées ; c’est-à-dire que
la SBEE ne les informent pas sur la période des coupures. Ainsi, en moyenne par jour, les
ménages subissent trois (03) coupures non planifiées d’une durée de 95 minutes. De plus
selon les ménages, il y a plus de coupures dans la soirée (60%) que dans la matinée (40%).
Les ménages ont révélé que l’électricité est indispensable pendant les heures de loisirs
(Question III.5a). Dans la théorie économique, les coupures d’électricité impactent
négativement la durée des loisirs. La fraction des coupures d’électricité pendant les heures de
loisirs est de 0,89 (écart-type = 1,11) (annexe 1). Ainsi la perte de loisirs attribuable aux
coupures d’électricité s’établit en moyenne à 0,89878 * 4,021333 soit de 3,6 heures par jour
(Question III.6). Ce résultat est conforme à celui obtenu par Munasinghe (1980) qui trouve
que l’impact le plus important des coupures chez les consommateurs résidentiels d’électricité
est la perte de loisirs.
De même, tous les ménages qui disposent d’un congélateur et ou d’un réfrigérateur affirment
que les coupures conduisent à la perte des aliments qui sont conservés au frais dans leurs
réfrigérateurs et ou congélateurs (Question III.5b). En effet, la fréquence des coupures
modifient le processus de conservation des aliments qui deviennent impropres à la
consommation.
Les coupures de l’électricité créent des externalités sur le niveau d’activité des ménages.
13
-Dommages directs : Ils surviennent lorsque le ménage perd ses appareils électriques. A court
terme, les dommages liés aux coupures d’électricité dans les ménages sont : perte des
télévisions (44%), des lecteurs vidéo (8%), des décodeurs (2%), des lampes (26%) et des
pertes de temps (20%).
40
30
26
Percent
20
20
10 8
0
TV DVD Décodeur Lampes Perte de temps
-Dommages indirects : Ils sont ex post aux dommages directs. A court terme, il y a par
exemple le retard dans la révision des cours et leçons par les élèves et les étudiants du
ménage. A long terme, les coupures non planifiées dans la commune diminuent le nombre de
Kilowattheures à consommer dans le ménage d’une part et d’autre part peuvent accroitre
l’insécurité (braquage…), augmentation du risque de vol, accroissement du taux d’échec des
enfants, etc. Pour les ménages ce sont surtout la perte des repas qui se retrouvent dans les
réfrigérateurs ; ce qui dans certains crée des problèmes de santé. En effet, lorsque la coupure
dure, certains aliments tels que : les produits laitiers, la viande et les poissons deviennent
impropres à la consommation ; or beaucoup de ménages ignorent ou bien ont du mal à jeter
les produits et donc se retrouvent dans l’obligation de consommer les aliments en état. Cela
14
occasionne souvent des maux de ventre pour les individus du ménage et fragilise la santé des
enfants du ménage qui sont les plus sensibles.
-Dommages directs : Il s’agit de la perte des avantages liés au non utilisation des biens
d’équipements ayant l’électricité comme source d’alimentation. La discontinuité de
l’électricité occasionne pour les individus au sein du ménage, la perte du loisir domestique, la
perte d’éclairage ; allongement de la durée de préparation des repas ; perte des bactéries de
téléphones portables, inaccessibilité aux réseaux de téléphones mobiles, etc
-Dommages indirects : les coupures non planifiées à long peuvent entraîner chez les individus
dans le ménage des problèmes de santé (des pertes de la vision par exemple), risque
d’incendie, augmentation du taux d’échec scolaire, etc.
Dans le questionnaire, il a été demandé aux ménages de proposer des montants pour éviter des
coupures non planifiées d’une durée allant de 30 minutes à plus de 120 minutes (Question
III.10). Les résultats obtenus sont présentés dans le tableau ci –dessous :
En effet, les résultats montrent que les ménages sont prêts à payer plus pour éviter les longues
coupures.
Pour faire face aux coupures d’électricité, les ménages de la commune d’Abomey-Calavi ont
globalement noté une augmentation de leurs dépenses. Les lampes torche à piles et
rechargeables sont utilisées par 40,67% des ménages qui coûtent respectivement à l’achat
15
1500 FCFA et 3500 FCFA qui dépensent en moyenne 200 FCFA par jour pour les piles. Le
groupe électrogène est utilisé par 16% des ménages. La bougie est utilisée par 22 % des
ménages qui dépensent en moyenne 150 FCFA par jour. L’utilisation des panneaux solaires a
été citée par seulement 1,33 % des ménages et cela en raison du coût d’installation très élevé.
20 % des ménages utilisent les lampes à pétrole qui coûtent en moyenne 1300 FCFA à l’achat
et 550 FCFA comme consommation mensuelle en pétrole. De plus pour réduire la perte des
aliments les ménages affirment qu’après la coupure, ils consomment tous les aliments dans les
congélateurs et réfrigérateurs.
4- CONCLUSION
Les résultats de cette enquête dans la commune d’Abomey-Calavi sur un échantillon de 150
ménages confirment que cette catégorie de consommateurs d’énergie électrique subit sur le
réseau de distribution de la SBEE les coupures non planifiées. Les coupures interviennent
plusieurs fois dans la journée et fréquemment dans la soirée et durent en moyenne 95 minutes.
En effet, la structure du marché (situation de monopole de la SBEE) aggrave chez les
ménages les dommages des coupures d’électricité. Cette fréquence des coupures d’électricité
diminue les temps de loisirs domestiques et leur niveau de consommation. Cette discontinuité
de l’offre de l’électricité dans les ménages génère des coûts. Les principaux dommages sont :
les pertes de télévisions, de lampes et de temps matériels. Selon les ménages, l’électricité
constitue un service très important mais encore trop cher. Ainsi les ménages sont prêts à payer
pour éviter des coupures non planifiées sur le réseau. Face aux nombreuses coupures sur le
réseau, les ménages développent différentes stratégies telles que : utilisation des lampes
(torches, rechargeable), des groupes électrogènes, des bougies, des panneaux solaires,
etc…Plusieurs causent sont à la base de ses coupures sur le réseau de la SBEE. On peut citer
entre autres : la faible capacité du réseau, la dépendance énergétique, vétusté des installations
de la SBEE, les vols de câbles par des individus, une mauvaise politique de gestion du réseau,
une saturation du réseau, une surcharge sur les lignes, etc.
Pour réduire les coupures d’électricité dans la commune, nous proposons les solutions
suivantes : accroitre le niveau d’investissement dans le secteur énergétique, sécuriser les
installations, faire une promotion de l’énergie solaire en réduisant les coûts d’abonnement aux
ménages, ouvrir le marché de l’offre de l’électricité à travers la fourniture locale d’électricité
par de petites entreprises locales, la promotion de l’utilisation rationnelle de l’énergie
électrique, etc…
16
Ces mesures vont permettre à long terme d’une part dans la commune : d’accroître et de
rendre abordables les services énergétiques, l’installation des entreprises, la création des
activités génératrices de revenus après la tombée de la nuit, l’utilisation des équipements
d’enseignements dans les écoles (internet, ordinateur, etc) dans la commune.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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dans le contexte de l’ouverture du marché d’électricité». Travail de Diplôme Postgrade, Ecole
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17
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Volume XII No. 3.
Willis K. G., Garrod,G.D (1997): « Electricity supply reliability : Estimating the value
of lost load ».Energy Policy 25(1),97–103.
ANNEXES
-------------+--------------------------------------------------------
-------------+--------------------------------------------------------
q_3_11_1 | 148 1 0 1 1
-------------+--------------------------------------------------------
18
-------------+--------------------------------------------------------
-------------+--------------------------------------------------------
-------------+--------------------------------------------------------
q_3_15:
1 lampes(torche,rechargeable,etc)
2 groupe électrogène
3 bougies
4 panneau solaire
5 lampe à pétrole
. end of do-file
-------------+--------------------------------------------------------
q_3_15 | 61 1 0 1 1
19
-------------+--------------------------------------------------------
q_3_15 | 24 2 0 2 2
-------------+--------------------------------------------------------
q_3_15 | 32 3 0 3 3
-------------+--------------------------------------------------------
q_3_15 | 2 4 0 4 4
-------------+--------------------------------------------------------
q_3_15 | 9 5 0 5 5
sum q_3_10_1
-------------+--------------------------------------------------------
. sum q_3_10_2
-------------+--------------------------------------------------------
. sum q_3_10_3
-------------+--------------------------------------------------------
. sum q_3_10_4
-------------+--------------------------------------------------------
20
. sum q_3_10_5
-------------+--------------------------------------------------------
Face aux nombreuses coupures d’électricité au Bénin, nous nous intéressons à la détermination des coûts de ses pannes de
courant chez les ménages dans la Commune d’Abomey-Calavi. Les informations recueillies dans cette enquête seront
utilisées pour analyser et améliorer la qualité des services de l’électricité aux ménages. Toutes les réponses seront traitée s
comme strictement confidentielles.
I- PRELIMINAIRES
-Cadre supérieur /__/ Employé /__/ Agriculteurs – Fermiers /__/Profession libérale /__ /
Etudiants /__/Retraités /__/ Chômeurs /__/
II.1 Etes-vous ? Propriétaire /__/ Locataire /__/ Colocataire /__/ Héritiers /__/
II.2 Combien de personnes y a-t-il dans votre ménage y compris vous ? ----------------------
Moins de 25000 /__/ 25000 – 50000 /__/ 50000 – 75000 /__/ 75000 – 100000 /__/
100000 – 150000 /__/ 150000 – 200000 /__/ 200000 – 300000 /__/ Plus de 300000 /__/
21
Minutes par jour Heures par jour
III.5 a- A quelle heure de la journée, l’électricité est indispensable pour vos loisirs ?
b- Disposez-vous d’un congélateur/réfrigérateur ? Oui /__/Non /__/ Si oui est ce que les coupures vous font perdre vos
aliments ? Oui /__/ Non /__/
III.6 En moyenne, quelle fraction représentent les pannes intervenues pendant ces heures où l’électricité est essentielle pour
vos loisirs ?
III.7Quelle est la durée moyenne du type de coupures que vous subissez sur le réseau de la SBEE ?
III.8 Selon le type de coupure que vous subissez, quelle est en moyenne :
III.9 Si une coupure attendue se produisait pendant vos heures de loisirs (par exemple regarder la TV, étude des enfants,
écoute de la radio, le dîner, etc), combien seriez-vous disposez à payer à l’avenir pour éviter :
III.10 Si une coupure inattendue se produisait pendant vos heures de loisirs (par exemple regarder la TV, étude des enfants,
écoute de la radio, le dîner, etc), combien seriez-vous disposez à payer à l’avenir pour éviter :
III.12 En moyenne, pendant combien d’heures vous utilisez l’électricité pour vos loisirs ?
a. Regarder la TV heures
b. Ecouter la Radio TV heures
c. Pendant le dîner heures
d. Pendant la lecture heures
e. Autres loisirs heures
stratégies Coûts
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