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Le Parnasse

Le Parnasse, mouvement poétique du XIXe siècle, se caractérise par une réaction contre le Romantisme, prônant l'impersonnalité et la recherche d'une Beauté idéale. Les poètes parnassiens, tels que Théophile Gautier et Leconte de Lisle, valorisent le travail poétique comme un effort sculptural, éloignant l'art des préoccupations politiques et sociales. Ce mouvement influence le Symbolisme et souligne l'importance de la forme et de l'esthétique dans la création littéraire.

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Le Parnasse

Le Parnasse, mouvement poétique du XIXe siècle, se caractérise par une réaction contre le Romantisme, prônant l'impersonnalité et la recherche d'une Beauté idéale. Les poètes parnassiens, tels que Théophile Gautier et Leconte de Lisle, valorisent le travail poétique comme un effort sculptural, éloignant l'art des préoccupations politiques et sociales. Ce mouvement influence le Symbolisme et souligne l'importance de la forme et de l'esthétique dans la création littéraire.

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Le Parnasse

Sculpte, lime, cisèle ; / Que ton rêve flottant se scelle / Dans le bloc résistant !
Théophile Gautier.

Le mont Parnasse est, dans la mythologie grecque, le lieu de résidence d'Apollon et des
neuf Muses. L'usage métonymique de ce nom pour désigner une assemblée de poètes est
déjà ancien lorsque l'éditeur Alphonse Lemerre publie à partir de 1866 une anthologie de
poésie moderne qui prend le nom de Parnasse contemporain. Le mot désigne tout de
suite ces poètes qui se reconnaissent dans leur réaction contre le Romantisme.
D'abord groupés autour de Théophile Gautier, ils se réunissent le samedi soir chez
Leconte de Lisle ou José-Maria de Hérédia : Banville, Villiers de l’Isle-Adam, Sully
Prudhomme, François Coppée apparaissent comme les plus représentatifs. À
l'épanchement personnel, les Parnassiens opposent un souci d'impersonnalité qui leur
fait fuir les facilités du lyrisme. Leurs métaphores, constamment empruntées au domaine
de la sculpture, prônent le travail poétique, résolument asservi au culte d'une forme
parfaite. Loin de l'engagement social des Romantiques, ils se prononcent enfin pour une
retraite hautaine, tout entière vouée à la célébration d'une Beauté divinisée. Ces
tendances se prolongeront dans le Symbolisme.

1- Le Beau
Profondément déçus dans leurs aspirations révolutionnaires, les Parnassiens ont
manifesté le souci de sortir l'Art de l'arène politique et, plus généralement, des visées
sociales que lui assignait le Romantisme. Leur célébration du Beau trouva dès lors un
équivalent acceptable dans la beauté plastique de la statuaire hellénique, dont la chaste
perfection, alliée au gage que lui donne la durée temporelle, s'oppose aux contingences
de l'Histoire. Pour exprimer ce «rêve de pierre», les images et les symboles deviennent
systématiques : cygnes immaculés, statues impassibles, pics neigeux, saltimbanques
amoureux des étoiles.
Charles Baudelaire (1821-1867)
Sans appartenir au Parnasse, dont il condamnera le culte excessif de la forme,
Baudelaire poursuit une méditation esthétique où s'exprime une mystique de
l'Art et de la Beauté. Ce culte austère prend même la forme d'une véritable
morale, la création poétique constituant à ses yeux « le meilleur témoignage
que nous puissions donner de notre dignité » (Les Phares).
Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;


J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,


Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,


De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Du fait de la dimension religieuse qu'il donne à l'Art, la création artistique apparaît


souvent chez Baudelaire comme un véritable combat. « L’étude du beau est un duel où
l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu », note-t-il dans Le Confiteor de l'artiste
(Petits poèmes en prose). Tiré de ce même recueil, l'apologue ci-dessous vous permettra
de caractériser la hauteur de l'enjeu mis sur la création poétique :
1
Le Fou et la Vénus

Quelle admirable journée ! Le vaste parc se pâme sous l’œil brûlant du soleil,
comme la jeunesse sous la domination de l’amour. L’extase universelle des
choses ne s’exprime par aucun bruit ; les eaux elles-mêmes sont comme
endormies. Bien différentes des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les
objets ; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l’azur du ciel par
l’énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les
fait monter vers l’astre, comme des fumées. Cependant, dans cette jouissance
universelle, j'ai aperçu un être affligé. Aux pieds d’une colossale Vénus, un de
ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois
quand le remords ou l’ennui les obsède, affublé d’un costume éclatant et
ridicule, coiffé de cornes et de sornettes, tout ramassé contre le piédestal, lève
des yeux pleins de larmes vers l’immortelle déesse. Et ses yeux disent : "Je suis
le dernier et le plus solitaire des humains, privé d’amour et d’amitié, et bien
inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi
aussi, pour comprendre et sentir l’immortelle beauté ! Ah ! déesse ! Ayez pitié
de ma tristesse et de mon délire." Mais l’implacable Vénus regarde au loin je ne
sais quoi avec ses yeux de marbre.

2- Le travail poétique

La recherche d'une Beauté idéale et la place donnée au poète dans la société ne


pouvaient manquer de générer une conception nouvelle du travail poétique. Celui-ci est
assimilé par les Parnassiens à un effort acharné pour extraire de la matière la plus dure
une forme impérissable, « comme un divin métal au moule harmonieux » (Leconte de
Lisle).Le poète devient ainsi sculpteur ou ciseleur, préoccupé par la plastique plus que
par l'Esprit. Théophie Gautier choisit pour son recueil de 1852 le titre d'Émaux et Camées
qu'il justifie ainsi : «Ce titre exprime le dessein de traiter sous forme restreinte de petits
sujets, tantôt sur plaque d’or ou de cuivre avec les vives couleurs de l’émail, tantôt avec
la roue du graveur de pierres fines, sur l’agate, la cornaline ou l’onyx. Chaque pièce
devait être un médaillon à enchâsser sur le couvercle d’un coffret, un cachet à porter au
doigt, serti dans une bague, quelque chose qui rappelât les empreintes de médailles
antiques qu’on voit chez les peintres et les sculpteurs. Mais l’auteur ne s’interdisait
nullement de découper dans les tranches laiteuses ou fauves de la pierre un pur profil
moderne, et de coiffer à la mode des médailles syracusaines des Grecques de Paris
entrevues au dernier bal. L’alexandrin était trop vaste pour ces modestes ambitions, et
l’auteur n’employa que le vers de huit pieds, qu’il refondit, polit et cisela avec tout le soin
dont il était capable. » (Histoire du Romantisme, 1874). C'est sur ce primat accordé à la
forme que les Symbolistes feront plus tard porter leurs objections.

Théodore de Banville (1823-1891) à Théophile Gautier (1856)


Ce poème fut publié dans la revue L'Artiste. L'année suivante, Gautier y répondit par son célèbre
manifeste, L'Art (« Oui, l'œuvre sort plus belle / D'une forme au travail / Rebelle, / Vers, marbre, onyx,
émail ...»), qui deviendra le dernier poème d'Émaux et camées.

Quand sa chasse est finie Et que, brillant et ferme,


Le poète oiseleur Le beau Rythme d'airain
Manie Enferme
L'outil du ciseleur. L'Idée au front serein.

Car il faut qu'il meurtrisse Les Strophes, nos esclaves,


Pour y graver son pur Ont encore besoin
Caprice D'entraves
Un métal au cœur dur. Pour regarder plus loin.

Pas de travail commode ! Les pieds blancs de ces reines


Tu prétends comme moi, Portent le poids réel
Que l'Ode Des chaînes,
Garde sa vieille loi, Mais leurs yeux voient le ciel.

2
Et toi, qui nous enseignes Tu daignes
L'amour du vert laurier, Être un bon ouvrier.

« Le goût immodéré de la forme pousse à des désordres monstrueux et inconnus.


Absorbées par la passion féroce du beau, du drôle, du joli, du pittoresque, car il y a des
degrés, les notions du juste et du vrai disparaissent. La passion frénétique de l’art est un
chancre qui dévore le reste ; et, comme l’absence nette du juste et du vrai dans l’art
équivaut à l’absence d’art, l’homme entier s’évanouit ; la spécialisation excessive d’une
faculté aboutit au néant.. [...] La folie de l’art est égale à l’abus de l’esprit. La création
d’une de ces deux suprématies engendre la sottise, la dureté du cœur et une immensité
d’orgueil et d’égoïsme. [...]
Il faut que la littérature aille retremper ses forces dans une atmosphère meilleure. Le
temps n'est pas loin où l'on comprendra que toute littérature qui se refuse à marcher
fraternellement entre la science et la philosophie est une littérature homicide et
suicide. »
Baudelaire, L'École païenne, 1853, in L'Art romantique.

3- L'impersonnalité

Contre l'épanchement lyrique des Romantiques, jugé impudique et ridicule, les


Parnassiens ont cultivé la distance et l'objectivité. «Le thème personnel et ses variations
trop répétées ont épuisé l'attention», note Leconte de Lisle. Ceci conditionne la
thématique parnassienne, volontiers tournée vers l'évocation des civilisations anciennes,
les paysages pittoresques, la méditation philosophique ou scientifique.

Charles-René-Marie Leconte de Lisle (1818-1894)


Les Montreurs (Poèmes barbares, 1862)

D'origine réunionnaise, Leconte de Lisle supporte mal l'échec des aspirations sociales
du Romantisme. Réfugié dans le pessimisme, il s'emploie dès lors à explorer le fonds du
patrimoine humain en évoquant les civilisations hellénistiques et barbares.

Tel qu'un morne animal, meurtri, plein de poussière,


La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d'été,
Promène qui voudra son cœur ensanglanté
Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !

Pour mettre un feu stérile en ton œil hébété,


Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière,
Déchire qui voudra la robe de lumière
De la pudeur divine et de la volupté.

Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire,


Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire,
Je ne te vendrai pas mon ivresse et mon mal,

Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,


Je ne danserai pas sur ton tréteau banal
Avec tes histrions et tes prostituées.

4- Le divorce de l’action et de la poésie


Paul Verlaine
Poèmes saturniens, 1866

3
Prologue : Ne lui demandez rien de plus, car ses prunelles,

Où le rayonnement des choses éternelles


[…] — Aujourd’hui l’Action et le Rêve ont brisé
A mis des visions qu’il suit avidement,
Le pacte primitif par les siècles usé,
Ne sauraient s’abaisser une heure seulement
Et plusieurs ont trouvé funeste ce divorce
Sur le honteux conflit des besognes vulgaires,
De l’Harmonie immense et bleue et de la Force.
Et sur vos vanités plates ; et si naguères
La Force qu’autrefois le Poète tenait
On le vit au milieu des hommes, épousant
En bride, blanc cheval ailé qui rayonnait,
Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant
La force, maintenant, la Force, c’est la Bête
Aux guerres, célébrant l’orgueil des Républiques
Féroce bondissante et folle et toujours prête
Et l’éclat militaire et les splendeurs auliques.
À tout carnage, à tout dévastement, à tout
Sur la kitare, sur la harpe et sur le luth,
Égorgement d’un bout du monde à l’autre bout !
S’il honorait parfois le présent d’un salut
L’Action qu’autrefois réglait le chant des lyres,

Trouble, enivrée, en proie aux cent mille délires


Et daignait consentir à ce rôle de prêtre
Fuligineux d’un siècle en ébullition,
D’aimer et de bénir, et s’il voulait bien être
L’Action à présent, — ô pitié ! — l’Action,
La voix qui rit ou pleure alors qu’on pleure ou rit,
C’est l’ouragan, c’est la tempête, c’est la houle
S’il inclinait vers l’âme humaine son esprit,
Marine dans la nuit sans étoiles, qui roule
C’est qu’il se méprenait alors sur l’âme humaine.
Et déroule parmi des bruits sourds l’effroi vert

Et rouge des éclairs sur le ciel entr’ouvert !


— Maintenant, va, mon Livre, où le hasard te

mène.
— Cependant, orgueilleux et doux, loin des

vacarmes

De la vie et du choc désordonné des armes

Mercenaires, voyez, gravissant les hauteurs

Ineffables, voici le groupe des Chanteurs

Vêtus de blanc, et des lueurs d’apothéoses

Empourprent la fierté sereine de leurs poses :

Tous beaux, tous purs, avec des rayons dans les

yeux,

Et sur leur front le rêve inachevé des Dieux,

Le monde que troublait leur parole profonde,

Les exile. À leur tour ils exilent le monde !

C’est qu’ils ont à la fin compris qu’ils ne faut plus

Mêler leur note pure aux cris irrésolus

Que va poussant la foule obscène et violente,

Et que l’isolement sied à leur marche lente.

Le Poète, l’amour du Beau, voilà sa foi,

L’Azur, son étendard, et l’Idéal, sa loi !

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