Introduction
Les soleils des indépendances est un roman
historique majeur de la littérature africaine,
écrite dans un contexte où de nombreux pays
africains venaient d’obtenir leur indépendance.
A travers une narration complexe et une
critique incisive Ahmadou Kourouma offre une
vision réaliste et provocante de l’ère post-
coloniale, tout en mettant en lumière les défis
auxquelles les sociétés africaines ont dû faire
face. Dans la suite de cette expose, il s’agira
d’étudier plus en profondeur ce roman.
I-Présentation de l’auteur
1-Biographie
Né le 24 Novembre 1957 au Nord de la Côte
D’ivoire à Boundiali Ahmadou Kourouma est
un écrivain d’origine Malinké, une ethnie
présente dans différents pays d’Afrique de
l’Ouest. Son nom signifie <<guerrier<<. Ne
dans une famille princière musulmane de
l’ethnie Malinké, il a passé une partie de son
enfant en Guinée. A l’âge de 7ans, il est pris en
charge par son oncle qui le fait entrer à l’école
primaire rurale. En 1947, il est reçu au
concours d’entrée à l’école technique
supérieur de Bamako. En 1949, il est arrêté
comme meneur de grève et envoyé en Côte
D’ivoire. On lui supprime son sursis et il est
enrôlé dans le corps des tirailleurs sénégalais
pour un service de trois ans. Il est dégradé
quelques mois plus tard, et il se rend en France
pour continuer ses études en 19551. C’est à
Lyon que son intérêt pour la littérature et l’art
d’écrire se précise. Dès son retour dans son
pays natale, il entreprend la rédaction du
roman qui deviendra Les Soleils des
independances et il meurt à Lyon le 11
Décembre 2003 .
2-Bibliographie
Les œuvres d’Ahmadou Kourouma couvrent
un large éventail de genres littéraires, reflétant
sa polyvalence et son engagement envers la
narration africaine.
Dans le domaine du théâtre, il a produit
Tougnatigui ou le Diseur de verite , une pièce
qui a été reprise en 1996 et éditée en 1998
chez Acoria .
En ce qui concerne ses romans, Kourouma est
surtout connu pour Les Soleils des
indépendances publié en 1968 qui a été suivi
par une série d’autres œuvres influentes,
notamment Monné, outraages et defis (1990),
En attendant le vote des betes sauvages
(1994), Allah n’est pas obligé (2000), Quand on
refuse on dit non (2004), tous publiés chez
Seuil.
Parallèlement à ses contributions en littérature
adultes, Kourouma a également écrit plusieurs
livres pour enfant. Parmi eux, Yacouba,
chasseur africain (1998 ), Les griot, homme de
parole (2000), Le chasseur, héros africain
(2000), Le forgeron, homme de savoir (2000),
Prince, suzerain actif (2000), tous témoignant
de son talent pour captiver un jeune public tout
en transmettant des valeurs culturelles
importantes.
II- Résumé de l’œuvre
1 : Fama un prince déchu
Le vent des indépendances n'a
épargné personne encore moi
Fama, prince malinké même du fait
de son statut : dernier descendant
et chef traditionnel de Doumbouya
du horodougou. Habitué à
l'opulence, les indépendances lui
ont légué pour cette héritage
l'indigence et le malheur, une carte
d'identité et celle du parti unique.
Bien qu’il se soit donner corps et
âme pour celle-ci Fama fut oublier
dans le partage de pouvoir et voir
ses anciens compagnons partir
investir son cousin Lancina comme
roi. Il se ruine et se confirme dans la
misère comme un '' charognard " qui
cherche sa pitance dans les
cérémonies. Mieux le prince
commence a chuté de son piédestal
pour devenir prince mendiant. Partie
vivre avec sa femme Salimata loin
du village de ses aïeux Fama en
quête d’aumône, se verra obligé
d'arpenter différents funérailles afin
d'assurer son quotidien. Bien
qu'incapable de lui donner une
progéniture pour perpétuer la ligne
de Doumbouya, salut Martin ça
donnera au petit commerce afin de
faire vivre son ménage. Excisée puis
violée dans sa jeunesse par le
marabout féticheur Tiecoura, elle
gardera à jamais le souvenir atroce
de ces moments où elle a souffert.
2-Retour au village de Togobala
Quelques temps après, à la mort de son
cousin Lancina, femme devait le succéder sur
le trône de la capitale de Nikitaï, Togobala. Son
retour lui fait découvrir son histoire, la gloire
de sa ligne et de son insignifiant héritage, pour
une dynastie naguère, prospère et respectée. Il
hésite à prendre les rênes d'un pouvoir
presque en lambeaux et retourne en ville avec
Mariam comme seconde épouse. Sa maison
devient dès lors un enfer à cause des
empoignades entre Mariam et Salimata la
première.
3-L’arrestation et la mort de Fama
Accusé de complot visant à assassiner le
président et de renverser le régime, il faut
arrêter et enfermé avant d'être jugé. Fama sera
emprisonné et torturé pendant 20 ans. Il est
libéré vieilli et déçu. C'est dans la dignité d'un
homme libre que s'éteignit, avec Fama, toute
une dynastie et son histoire.
III-Etude des personnages
1-Personnages principaux
Fama : IL est le héros du récit. Il a les dents
blanches et les gestes d'un prince. Bien qu'il
soit réduit à rien, il reste toutefois fidèle aux
traditions de sa tribu et continue à porter les
costumes d'antan. En malinké, son nom
signifie roi ou chef. Il est le dernier et légitime
descendant du prince de Horodougou. Il est
devenu un mendiant un charognard comme on
le dit, lui qui était élevé dans la richesse. La
stérilité de sa femme Salimata mais fin à son
espoir d'avoir un héritier. Ce vieil homme
solitaire et déchu va invoquer la mort qui
viendra le trouver dans la dignité.
Salimata : Salimata est une femme sans limite
dans la bonté du cœur. Elle a les dents
régulières, très blanche et une peau d'ébène.
Elle provoque le désir point le fait que son mari
est une autre femme sous son toit la rend
hystérique. Les années passées non en rien
affaibli son charme et sa beauté. Elle reste
toujours la femme droite, pure, courageuse
belle. Sa vie fut bouleversée par son excision
et son viol et même elle failli être violée une
deuxième fois par un autre marabout
Abdoulaye. Déçu par la vie elle quittera son
mari sachant qu'elle ne pouvait apporter la
paix à celui-ci.
Mariam : elle n'apparaît pas beaucoup dans le
texte. Elle est souvent évoquée par les autres
personnages. Inconsciente, irresponsable et
agissant surtout par réflexe au début, et ça fait
de plus en plus et provoque même
ouvertement Fama oubliant le deuil. Seconde
épouse elle est la cause de l'hystérie de
Salimata. Elle est belle, ensorcelante, la femme
parfaite pour le reste des jours d'un homme.
Dans ses yeux vifs, on peut lire la tendresse et
le tempérament. Elle est bien plus belle et
séduisante que Salimata. Malgré son
caractère bien trempé, elle affiche toujours un
petit sourire. Mais avec Fama en ville, elle sera
la première à le délaisser et déserter ainsi de
toit conjugal sans aucun remord. C'est une
femme très légère et <<elle ment comme une
édentée, elle vole comme un Toto trois...>> dit
Diamourou.
2- Personnages secondaires
Tiecoura: c'est lui le féticheur dans la case
duquelle Salimata, évanouie suite aux douleurs
de l'excision, sera violée. Tiecoura est un
marabout féticheur, à a l'air effrayant, et
sauvage. Il restera dans l'imaginaire de
Salimata. Aussi refusera à tel son premier
mari à cause de lui : <<Baffi puant un Tiecoura
séjourné et réchauffé>>. Son regard ressemble
à celui du buffle noir de savane et ses cheveux
tressés sont chargés d'omelette et hantée par
une nuée de mouches qui provoquent la
nausée et l'horreur.
Abdoulaye : c'était un marabout renommé,
<<longtemps avant de le voir, salut Martin
avait entendu parler du marabout sorcier Hadji
Abdoulaye>>. Il essaiera d'abuser de cette
dernière, et reçut d'elle en coup qu'il n'oubliera
pas.
Balla : le vieil affranchi aveugle, est un homme
gros et gras. II porte toujours des vêtements
de chasseur et son pas est hésitant. Des
essaims de mouches tournent autour de son
visage boursoufle, jusque dans le creux des
yeux et des oreilles. Ses cheveux tressés et
chargés de gris-gris lui donnent un air
grotesque qui n'enlève rien à la crainte qui
émane de lui. Il se compare lui-même à un
vieux chien ou à une hyène solitaire. C'est le
personnage le plus attaché aux traditions et à
l'histoire de son peuple. D'ailleurs c'est lui qui
interprète les songes, prédit l'avenir et indique
les dispositions à prendre dans certaines
circonstances. Aussi, avertit-il Fama s'il venait
de rentrer à la république.
Diamourou : Le griot est l'un des rares
personnages à s'adapter aux finesses des
indépendances. II partage avec Balla, une
longue expérience dans le village.
IV-Etude de l’espace et du temps
1. L’ESPACE
L’espace dans le roman est
essentiellement symbolique et
contrasté, entre tradition et
modernité, village et ville, Nord et
Sud.
a. Horodougou (le village natal)
C’est l’espace rural et traditionnel,
enraciné dans les coutumes
mandingues. C’est là que Fama (le
héros) incarne encore un certain
prestige en tant que descendant de
chef. Il représente la mémoire, les
ancêtres, la religion, et le respect
des coutumes.
b. La ville de la capitale (non
nommée)
C’est un espace moderne et
chaotique, marqué par l’injustice, la
corruption et la perte des repères.
Fama y est marginalisé, il n’y a plus
de place pour l’aristocratie
traditionnelle.
La ville reflète l’échec des
indépendances, avec un pouvoir
politique dictatorial et déconnecté
du peuple.
c. Autres espaces secondaires
Les lieux religieux : mosquée, lieux
de sacrifices, montrent la dimension
spirituelle et religieuse.
Les espaces carcéraux : la prison,
où Fama finit, symbolise le piège
politique et social.
2. LE TEMPS
Le roman fonctionne sur une
temporalité non linéaire, avec des
retours en arrière et des analepses,
ce qui crée une profondeur
historique et identitaire.
a. Le temps du récit
Le récit se déroule après
l’indépendance de l’Afrique noire
(probablement la Côte d’Ivoire, bien
que non citée).
C’est un temps de désillusion :
l’indépendance n’a pas amené le
progrès espéré, mais plutôt la
répression.
b. Le temps de la mémoire
Kourouma évoque souvent le temps
précolonial, glorieux pour la famille
de Fama.
Puis le temps colonial, avec ses
contradictions, mais aussi son ordre.
Le roman confronte trois temps :
précolonial, colonial et postcolonial,
pour souligner la perte de repères.
c. Le temps cyclique africain
Contrairement au temps linéaire
occidental, Kourouma utilise une
conception africaine du temps,
cyclique, rythmée par les saisons,
les rituels, les ancêtres.
Le passé et le présent sont
imbriqués, et les événements
prennent un sens spirituel autant
que politique.
V-Le style
En pliant la langue française aux
exigences de la pensée et des
structures linguistiques des
Malinkés, Kourouma a donné à son
récit une vigueur et un relief
saisissant. Tandis que les uns
criaient au scandale, d'autres
étaient séduits par l'originalité de
l'auteur. Dès lors, il devient adéquat
de comparer le récit dans l'univers
malinké : « Je n'arrivai pas à
exprimer Fama de l'intérieur et c'est
alors que j'ai essayé de le trouver
dans le style malinké.
Je réfléchissais en Malinké, je me
mettais dans la peau de Fama pour
présenter la chose », dit Ahmadou
Kourouma. En effet, l'auteur a
volontairement tordu le cou à la
langue française pour mieux
ressortir ses idées.
VI- Etude thématique
[Link] ville et le village
La description de la ville laisse
transparaître la volonté
d'opposer symboliquement la
condition des Noirs et celle des
Blancs. D'un côté nous avons
l'opulence des bâtiments en
bétons, de l'autre la pauvreté
des cases. Le village de
Togobala constitue pour Fama
le lieu des survivances des
coutumes et des traditions, le
lieu du souvenir et du retour aux
sources. Mais durant cette
période des indépendances, le
village n'offre pas d'espoir ni de
perspective, aussi Fama préféra
retourner en ville.
b. La stérilité
La stérilité est brossée dans le texte
à travers le couple Sali-mata-Fama,
mais cette idée dépasse le couple
et s'étend à la tribu, au pays, au
monde malinké. Elle symbolise
l'improductivité et l'incapacité à
assurer la relève et la conservation
d'une certaine espèce.
C. Les traditions et les croyances
La nuit est présentée comme
chargée de mystère, et les hommes
sont attentifs aux comportements
des animaux.
La mort est considérée comme un
passage dans l'invisible. Les
exigences morales sont aussi
évoquées à l'humanisme, la
paternité, la solidarité, l'hospitalité
mais aussi le devoir de procréer
qui concerne aussi bien l'homme
que la femme.
d. La religion
La religion musulmane et les
pratiques animistes se côtoient, se
chevauchent quand il s'agit de
conjurer un mauvais sort ou de
demander une faveur à Dieu ou aux
puissances occultes de l'au-delà.
C'est ce qui explique la présence de
Balla et de Tiécoura à côté des
pieux Diamourou et Fama. La
synthèse est quand bien même
réalisée par Fama.
e. L'excision
L'épreuve délicate et douloureuse
est à la base de toutes les
souffrances de Salimata. Dans sa
description, le narrateur relate à la
fois les questions, les significations,
l'atmosphère et la personnalité de
celle qui opère sans oublier les
chants traditionnels et les
lamentations des exciseuses.
f. Les indépendances
Le roman dit la déception des
malinkés qui se retrouvent par des
prestiges politiques perdues à
cause de la colonisation. C'est ainsi
l'apparition d'une nouvelle classe
politique qui rejette la classe
politique traditionnelle. C'est le
régime des fils d'esclaves.
g. La bâtardise
L'idée de bâtardise parcourt tout le
roman, on la retrouve dans le délire
final de Fama comme dernière
insulte. Elle prend cette signification
variée qui se ramène à l'idée
d'authenticité et de légitimité que
Fama porte en lui. D'ailleurs, selon
son aigri (mécontent) qui ne
comprend pas que les choses
soient finies et qu'elles ne
reviendront plus
Conclusion
Les soleils des indépendances est
un roman tragique et engagé.
Ahmadou Kourouma y dénonce
l'échec des indépendances
africaines. À travers le destin de
Fama, l'auteur montre que les
peuples africains sont passés d'une
domination coloniale à une autre
forme d'oppression sous les
nouveaux dirigeants. C'est une
œuvre riche, pleine
d'enseignements, qui reste
d'actualité.