1848.
Révolutions et mutations au
XIXe siècle
Industrialisation et urbanisation : trois études de cas
Roger Price
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Price Roger. Industrialisation et urbanisation : trois études de cas. In: 1848. Révolutions et mutations au XIXe siècle, Numéro
10, 1994. Le silence au XIXe siècle. pp. 182-187;
doi : https://doi.org/10.3406/r1848.1994.2541
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neur de dire quel rôle Benoît Malon a joué dans l'histoire du mouvement ouvrier.
Une exposition Benoît Malon, organisée et mise en place par Mme Flachat,
avait été organisée à la salle polyvalente où le pot de l'amitié a rassemblé tous
les participants à cette cérémonie à la fois sympathique et émouvante.
Claude LATTA
NOTES
1. Pendant cet exil, Benoît Malon avait été le compagnon de Léodile Champseix (1824-1900), plus
connue sous le nom d'André Léo, romancière et journaliste, engagée dans le mouvement fémi¬
niste et révolutionnaire. A l'initiative de notre ami Alain Dalotel, un hommage a été rendu en 1991
par notre société à André Léo au cimetière d'Auteuil où elle est enterrée (cf. l 'Hommage paru dans
notre Bulletin de 1992, p. 123-124).
2. Cahier Benoît Malon, Village de Forez, supplément au n° 20, octobre 1984, 2e édition en 1990. Ce
cahier comporte deux parties : Benoît Malon (1841-1893), militant et théoricien du socialisme fran¬
çais par Claude Latta et Fragment de Mémoire (souvenirs d'enfance) de Benoît Malon.
GRANDE-BRETAGNE
Industrialisation et urbanisation : trois études de cas
En 1851, la ville de Londres était, avec sa population de deux millions
deux cent cinquante mille habitants, six fois plus importante que sa rivale bri¬
tannique la plus proche. Fernand Braudel fait néanmoins remarquer que « Les
capitales allaient participer à la révolution industrielle imminente, mais en tant
que spectatrices. Ce ne fut pas Londres, mais Manchester, Birmingham, Leeds,
Glasgow, et d'innombrables petites villes ouvrières, qui inaugurèrent une
époque nouvelle » (Capitalism and Material Life, 1400-1800, 1974, p. 440). Cette
réflexion contient une part importante de vérité. Les différents services, du com¬
merce de détail et des transports aux professions libérales et au gouvernement,
constituaient la source principale d'emplois et de capitaux. Ces employés
créaient un marché pour les produits finis relativement chers, tout comme pour
les marchandises de première nécessité. Au milieu du XIXe siècle, cependant,
Londres restait aussi non seulement le plus grand port, mais aussi le plus
important centre industriel du pays. Les manufactures employaient en effet plus
de 373 000 ouvriers. Elles composaient donc le secteur le plus vaste pour
l'emploi, suivi par celui des services domestiques (p. 1 1). Les historiens se sont,
par le passé, concentrés sur l'influence de Londres au niveau de l'économie
nationale. L.D. Schwartz, lui, dans son ouvrage London in the Age of industriali¬
zation, Entrepreneurs, Labour Force and Living Conditions, 1700-1815 (Cam¬
bridge University Press, 1992, XV+285pp., £35), s'intéresse davantage aux
interactions entre l'économie nationale et internationale, et celle de la capitale.
Les structures de base de l'économie industrielle londonienne ne pou¬
vaient évoluer qu'avec lenteur, étant donné la prédominance des métiers de
finissage. Les coûts élevés de la terre, de la main-d'œuvre et du charbon ren-
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daient la production de textiles et de fer dans la capitale terriblement onéreuse.
Les avantages étaient la proximité des marchés, le prix abordable des trans¬
ports et l'abondance de la main-d'œuvre. L'industrie reposait encore sur de
petites manufactures, nécessitant peu de capitaux et à la productivité limitée.
Dans la ville même, la Cité et les quartiers ouest attiraient des métiers artisa¬
naux au coût élevé, reléguant aux quartiers est les métiers (et logements) bon
marché. Cependant, une évolution constante ne cessait d'avoir lieu sous une
apparence de stabilité. « La croissance était due à l'augmentation des capitaux
et à une plus grande division de la main-d'œuvre » (p. 23). De plus, au cours de
la période de croissance à long terme délimitée par les années 1 760 et la fin
des années 1820, l'économie resta influencée par les cycles du marché, les
effets de la guerre, et plus particulièrement les fluctuations saisonnières. Le
cycle annuel de productivité reflétait en effet l'influence du climat sur les métiers
en plein air, ainsi que les hausses prévisibles de la demande pendant la
« saison » mondaine. Cette structure traditionnelle devait survivre parallèlement
à la segmentation traditionnelle du marché. Ainsi, l'évolution se fit progressive¬
ment jusqu'aux années 1860. La révolution dans les transports et le système de
libre-échange qui étaient intervenus entretemps devaient, par la suite, engen¬
drer le développement d'un marché de masse et intensifier la concurrence.
Dans des industries aussi diverses que la soierie, l'horlogerie et la
construction navale, l'intensification de la concurrence était déjà apparente dès
le XVIIIe siècle. Plusieurs études ont relaté les effets néfastes pour les soieries
des traités d'Eden - en 1785 - et de Cobden-Chevalier - en 1860. Les
employeurs réagissent alors - comme ils le font de nos jours - en intensifiant la
division de la main-d'œuvre, employant autant que possible, une main-d'œuvre
temporaire et mal rémunérée. La capacité de résistance des ouvriers dépendait
de leur pouvoir de négociation sur un marché de l'emploi fluctuant. Seuls les
ouvriers hautement qualifiés pouvaient compter sur un emploi sûr et un salaire
suffisant à leurs besoins. À part un noyau d'employés qualifiés (30 à 40 % de la
main-d'œuvre), les 50 à 70 % restants vivaient dans une misère constante
(p. 121), en raison de l'excédent de main-d'œuvre non qualifiée. Ces conditions
d'insécurité pouvaient encore s'aggraver, comme ce fut le cas à partir des
années 1820, lorsque les métiers de tailleur, de cordonnier, d'ébéniste connu¬
rent une perte d'expertise, une baisse de salaire et le déclin des syndicats qui
les protégeaient. Le budget familial dépendait de la paye des femmes et des
enfants. Particulièrement difficile était la situation des femmes célibataires,
condamnées à des emplois mal rémunérés par les conventions culturelles et
sexuelles en cours. Les niveaux de salaire semblent avoir peu changé entre
1717 et 1792. Le niveau de vie dépendait principalement du prix du pain, bien
que celui-ci absorbât une moindre proportion du revenu familial qu'il ne le fai¬
sait à Paris. En temps de guerre, rien n'était plus à craindre que la combinaison
d'une dépression commercviale et d'un hiver rude, comme celui de 1813-14.
Après 1815, la baisse du coût de la vie, la succession de bonnes récoltes et la
stimulation des marchés apportèrent un réel soulagement. Le taux de mortalité
avait, pour sa part, commencé à décliner à partir des décennies 1750-1770,
reflétant la baisse de la mortalité infantile et le recul de la tuberculose, de la
petite vérole et des fièvres, plutôt qu'une amélioration significative des condi¬
tions de vie.
Il existait dans la ville même, bien sûr, d'énormes disparités entre les reve¬
nus. Selon Georges Rudé (Hanoverian London 1714-1808, 1971, pp. 48-58),
entre 3000 et 4500 familles de l'aristocratie et de la petite noblesse passaient
au moins une partie de l'année à Londres, Ajoutées au millier de familles dans
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les affaires et la haute finance, elles constituaient de 2 à 3 % de la population.
Rudé est encore plus hésitant dans son recensement des « classes intermé¬
diaires ». Selon Schwartz, celles-ci - groupe très disparate - formaient 16 à
20 % du total, contre 75 % constitués par la population travailleuse. Cette der¬
nière comptait 9 à 10 % de commerçants, mais seulement 5 à 6 % d'artisans à
leur compte (en dehors des métiers du bâtiment). Les artisans qualifiés compo¬
saient, certes, 35 % de cette population travailleuse, mais les deux tiers res¬
tants n'étaient que semi-qualifiés ou sans qualification (p. 57). Chaque métier
avait sa hiérarchie. Il était relativement facile de commencer sur le tas. Quant à
rester solvable ou à grimper les échelons, cela exigeait un effort constant, un
sens de l'épargne et beaucoup de chance.
L'ouvrage de Schwartz est une contribution majeure à l'histoire de
Londres. On y trouve, notamment, une foison de détails sur les changements
démographiques, économiques et sociaux. Moins exhaustifs que l'étude clas¬
sique faite par Dorothy George {London in the Eighteenth century, 2e édition,
1965), il offre néanmoins un contrepieds essentiel aux conclusions par trop
optimistes de cette dernière.
Une croissance urbaine soutenue supposait que les fermiers et les mar¬
chands étaient en mesure de fournir régulièrement des quantités de nourriture
toujours plus abondantes. Les villes de Manchester et de Salford, centres
importants de l'industrie cotonnière, devinrent au moins cinq fois plus étendues
entre 1801 et 1871. L'ouvrage de Roger Scola - Feeding the Victorian City. The
Food Supply of Manchester, 1770-1780, Manchester University Press, 347 pp.,
£ 29,95, 1992 - est consacré à la distribution de nourriture à cette population en
pleine expansion. Il révèle, à travers l'examen d'archives municipales, de textes
parlementaires, d'annuaires et de revues professionnelles, l'existence de toute
une armée de marchands de gros et de détail, travaillant à nourrir la population.
Les petits commerçants et les marchands ambulants jouaient assurément un
rôle crucial, participant au fonctionnement d'un système de crédit complexe.
L'analyse des salaires réels et de régime alimentaire débouche sur des conclu¬
sions relativement optimistes quant au niveau de vie du peuple dans les décen¬
nies 1820 à 1850, suggérant que l'importance accordée jusqu'alors aux années
1851-1870 comme une période de progrès considérable était quelque peu exa¬
gérée. Malgré la lenteur d'adaptation du commerce de détail, le consommateur
avait néanmoins bénéficié, en particulier après 1860, de la construction du
réseau ferroviaire, qui créait de nouvelles sources d'approvisionnement, assu¬
rait un apport régulier de denrées et réduisait les variations annuelles et saison¬
nières, sinon les prix « normaux ». Il est regrettable que Scola soit mort en lais¬
sant son livre inachevé, ce qui peut expliquer le fait que la vente de viande, de
produits laitiers, de poisson, de fruits et de légumes soit analysée en détail, au
détriment du commerce des céréales et du pain, aliments de base de la popula¬
tion ouvrière.
Notre dernier exemple d'urbanisation était un endroit à part, un centre
industriel de toute première importance créé dans les montagnes peu peuplées
de la Galles du Sud, né d'une « révolution structurale soudaine » dans la sidé¬
rurgie après l'introduction d'une technologie basée sur le charbon. En 1805, la
Galle du Sud produisait déjà 30 % du fer britannique, production en augmenta¬
tion rapide qui répondait aux besoins domestiques comme à ceux de la guerre.
D'importants investissements de capitaux londoniens finançaient la construc¬
tion de vastes complexes sidérurgiques ultra-modernes, exploitant la proximité
de charbon, de minerai et d'énergie hydraulique à bas prix. Bien qu'apparem¬
ment inépuisables, les matières premières faisant l'objet de rivalités intenses
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entre maîtres de forges et propriétaires. Dans son étude « The Labyrinth of
Flames ». Work and social conflict in early industrial Merthyr Tydfil (University of
Wales Press, VIII + 237 pp., £ 25, 1993), Chris Evans étudie l'organisation du
travail et le développement d'une communauté urbaine dans une ville entière¬
ment consacrée à la production sidérurgique. Les forges dominaient le paysage
de leur silhouette, crachant d'énormes quantités de fumée, leurs fourneaux illu¬
minant le ciel nocturne. La campagne était défigurée par les mines à ciel ouvert
et les opérations de dérochage - le recours aux inondations contrôlées pour
dénuder les dépôts de minerai. Au début du XVIIIe siècle, la paroisse comptait
moins de 1 000 âmes. Au premier recensement, en 1801, elles étaient déjà
7 700. Le recensement de 1811 mentionne 17400 habitants, résultat d'un flux
migratoire incessant. On peut alors parler de croissance urbaine sous sa forme
la plus chaotique. Les quartiers industriels et résidentiels empiétaient les uns
sur les autres. Le logement et les services restaient rudimentaires. Peu de loge¬
ments d'ouvriers étaient construits, en comparaison avec d'autres centres
industriels. La spéculation sur le bâtiment pratiquée par les fermiers et les mar¬
chands de la région ne suffisait pas à empêcher le surpeuplement.
Ce berceau de l'industrialisation occupe une place toute spéciale dans
l'histoire et dans le mythe de la classe ouvrière galloise. Evans s'intéresse parti¬
culièrement aux liens entre travail et influence sociale, et à la façon dont s'éta¬
blissaient les rapports d'autorité, sur le lieu de travail comme dans la commu¬
nauté. Le premier rôle allait aux maîtres de forges : des hommes de la trempe
de Richard Crawshay, surnommé dans la région « Moloch, l'Homme de Fer »,
considérablement riches, exerçant une influence sociale et politique, et de plus
en plus liés, socialement et maritalement, aux propriétaires de la région, eux-
mêmes au fait de l'activité des entreprises. Conservateurs en politique, généra¬
lement anglicans de confession, horrifiés par la Révolution française et par le
risque d'un Jacobisme interne, le besoin de maintenir l'ordre et de faire respec¬
ter les lois les obsédait. Aussi, bien que les conditions de vie des travailleurs les
laissent d'habitude indifférents, la menace des crises de subsistances et de la
« rébellion » les força-t-elle, dans les années 1 790, à surmonter leur mépris du
« commerce » en brisant l'isolation du marché de Merthyr. Ils combinaient en
fait leurs pouvoirs d'employeurs avec l'autorité publique de la magistrature.
Sur le lieu de travail, l'idéal était un système de gestion autoritaire.
L'absence de formalité, et le besoin impératif de discipline parmi les ouvriers
des fourneaux et des fonderies travaillant dans des conditions dangereuses,
étaient accentués par les pouvoirs plus formels et coercitifs des maîtres de
forges. La menace du licenciement était exacerbée par le risque de poursuites
judiciaires et d'emprisonnement pour rupture de contrat. Seule la pénurie de
main-d'œuvre, en une période d'expansion industrielle, exerçait un effet modé¬
rateur. Les employeurs exigeaient qu'on leur reste loyal. Ils tiraient fierté de leur
style de gestion patriarcal. La réalité était, certes, fort différente. Le paterna¬
lisme actif était chose rare, et le gouffre se creusait entre maître de forges et
ouvriers, révélant que ces derniers n'étaient pas dépourvus d'influence.
Les employeurs dépendaient considérablement, tout d'abord, des compé¬
tences et des forces physiques dont disposait la main-d'œuvre, en particulier
les surveillants et fondeurs chargés des hauts fourneaux, et les affineurs,
« puddleurs » et cingleurs qui transformaient la fonte en fer forgé. Le travail pro¬
duit « obéissait à un réseau complexe de rapports d'autorité, de coutumes et de
solidarité entre ouvriers » (p. 30). Seule une révolution technologique à grande
échelle, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, réduirait considérablement
l'influence de ces hommes de métier sur le processus de production. Pour l'ins-
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tant, les employeurs continuaient à compter sur leurs compétences empiriques,
et l'expérience qu'apporte une observation constante. La fabrication du fer res¬
tait un processus « intuitif », plutôt que « scientifique ». Les maîtres de forges
introduisaient, bien sûr, des innovations techniques afin d'augmenter la produc¬
tivité et d'être moins à la merci de la main-d'œuvre qualifiée. Cependant, les
changements de pratiques de travail qu'entraînaient des innovations majeures,
comme l'introduction du « puddlage » et du laminage, ne suffisaient pas à briser
le moule des rapports de travail. Les nouvelles techniques étaient absorbées
par les anciennes, s'inscrivant dans un phénomène cumulatif d'évolution tech¬
nologique. Le processus d'innovation et la renégociation des pratiques de tra¬
vail exacerbaient néanmoins les tensions entre maîtres de forges et ouvriers.
Ces derniers semblent avoir montré une résistance singulière aux notions de
subordination et de déférence, résistance en partie compensée, il est vrai, par
un sentiment de loyauté à l'égard de « l'usine ». Les salaires étaient une source
évidente de conflit. Les ouvriers qualifiés tenaient à s'assurer une rémunération
monétaire adéquate, ainsi que diverses concessions - réductions de loyer et
charbon gratuit, notamment. A mesure que la productivité augmentait, la rému¬
nération du travail à la pièce devenait une source inévitable de disputes. Aux
dires de certains, comme Richard Crawshay, les ouvriers recevaient « des
salaires si exorbitants que c'en était un vrai scandale » (p. 169). Vers la fin des
années 1790, période d'inflation importante, tout effort pour réduire les niveaux
de paye ne pouvait que semer la discorde. En septembre 1800, de graves
émeutes éclatèrent lorsque l'utilisation de poids et mesures inexacts fut décou¬
verte sur un marché. La foule mit à sac les magasins d'entreprise, qui affi¬
chaient, certes, des prix plus bas que les autres commerces, mais risquaient de
réduire encore davantage l'indépendance de la main-d'œuvre. L'arrivée du
maître de forges Samuel Homfray à la tête d'une troupe de dragons dispersa
rapidement l'émeute. La crainte obsessive d'un courant de subversions ne
quitta cependant plus les employeurs, qui voyaient, dans les incidents de Mer-
thyr, le prélude à un soulèvement de masse dans toute la Galle du sud.
Les récessions de 1810 et de la fin des années 1820, qui poussèrent les
employeurs à tenter de réduire les coûts, provoquèrent de nouvelles tensions.
Devant une telle indifférence à leurs conditions de vie, les ouvriers cherchèrent
à s'assurer un semblant de sécurité en s'inscrivant à des mutuelles. En 1813,
celles-ci avaient déjà attiré un quart de toute la population, à savoir la plupart
des adultes. A cette organisation, véhiculée par les nombreux cabarets, s'ajou¬
taient coutumières
tions la culture et le
entre
sentiment
usines.d'unité
Tous ces
propres
facteurs
aux gens
contribuaient
de métier,à et
la les
transmis¬
migra¬
sion d'idées radicales. On assistera alors à l'apparition d'une « intelligentsia de
libres penseurs et hommes de cabaret », étroitement liée aux traditions de dissi¬
dence religieuse, et comprenant surtout les hommes jouissant d'une relative
indépendance économique et d'une aisance modeste - petits fermiers, mar¬
chands, artisans qualifiés, prêts à condamner en bloc Église, État, monopolisa¬
teurs et propriétaires terriens. Ce radicalisme à la manière de Paine était,
cependant, impossible à soutenir. La répresion politique des années 1 790 et la
peur d'un soulèvement qui hantait la classe moyenne suscitèrent un réaligne¬
ment politique rapide. La bourgeoisie « respectable » se méfiait de l'ambiance
sociale des cabarets, et ne pouvait, ni ne voulait, tolérer cette institution chère
au prolétariat. L'énergie de la classe moyenne fut détournée en disputes avec
les maîtres de forges au sujet de l'impôt des pauvres, problème majeur pour
une communauté industrielle sujette à la récession, la main-d'œuvre étant, de
surcroît, exposée aux accidents et à la maladie. Merthyr était en effet célèbre,
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aux dires d'un contemporain, pour « ses mendiants horriblement difformes et
ses musiciens aveugles ou estropiés » (p. 45). Le radicalisme bourgeois ne
devait renaître qu'en 1815-1816.
Les théories en vogue présentent l'industrialisation de la Grande-Bretagne
comme un processus d'évolution progressive. L'ouvrage de Schwartz sur
Londres tend à corroborer cette idée. La transformation de l'industrie sidérur¬
gique à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, en revanche, fut incontestable¬
ment « révolutionnaire », par les changements technologiques et structuraux qui
la caractérisaient, comme par ses effets globaux. Il serait imprudent, cepen¬
dant, de considérer les études de Schwartz et d'Evans comme ilustrant deux
modèles diamétralement opposés d'industrialisation. Elles montrent, plutôt, une
diversité -etparmi
industriel urbain.
les industries, les régions, et les différentes formes de progrès
Roger PRICE
University of Wales, Aberystwyth
Traduit de l'anglais par Claudine Tourniaire
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par le roi Umberto I avait été alors chargée de choisir et de rassembler les
documents que Sa Majesté désirait dérober à la curiosité des historiens.
Depuis cette date l'histoire de ces archives se mêle aux vicissitudes de la
monarchie. Emportées par Vittorio Emanuele III lors de son exil égyptien en
1946, elles ont été par la suite conservées à Cascais, enrichies des documents
publics et privés concernant l'histoire ultérieure de la dynastie au XXe siècle.
La volonté testamentaire d'Umberto II, le dernier roi d'Italie décédé en
1983, a enfin permis à l'État italien de rentrer en possession des documents de
la Maison qui régna sur le pays pendant presque un siècle.
Il a fallu une bonne dizaine d'années pour vaincre les résistances oppo¬
sées par les héritiers au respect de la volonté de l'ex-roi. Si en cette année 1993
les négociations ont enfin abouti, on le doit à l'entremise tenace et intelligente
de Mme Isabella Ricci Massabò, directrice de I' « Archivio di Stato » de Turin,
où actuellement les archives des Savoie sont conservées.
Il faut cependant signaler, qu'au grand regret des autorités italiennes, la
restitution de ces archives est bien loin d'être intégrale, ainsi que le voulait
Umberto II. Des vides énormes dans le patrimoine documentaire des Savoie
sont signalés par I' « Archivio di stato » de Turin, spécialement en ce qui
concerne l'histoire de la monarchie au XXe siècle.
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