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La PARURE

Le document présente 'La Parure' et d'autres nouvelles à chute de Guy de Maupassant, mettant en avant des récits réalistes et satiriques sur la vie quotidienne à Paris sous la IIIe République. Chaque nouvelle illustre des personnages ordinaires confrontés à des situations comiques ou tragiques, souvent avec une chute inattendue. L'anthologie inclut des notes sur l'auteur, le contexte historique et des analyses des œuvres.

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La PARURE

Le document présente 'La Parure' et d'autres nouvelles à chute de Guy de Maupassant, mettant en avant des récits réalistes et satiriques sur la vie quotidienne à Paris sous la IIIe République. Chaque nouvelle illustre des personnages ordinaires confrontés à des situations comiques ou tragiques, souvent avec une chute inattendue. L'anthologie inclut des notes sur l'auteur, le contexte historique et des analyses des œuvres.

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sant

Guy de Maupas

La Parure
et a u tr e s n o u v e lles à chute
E
L O G IE
N TH OL
AN
Guy de Maupassant
La Parure
et autres nouvelles à chute
Anthologie

LE DOSSIER
Cinq nouvelles réalistes
et satiriques à chute

L’ENQUÊTE
Employés et ouvriers
à Paris sous la IIIe République

Notes et dossier
Aubert Drolent
certifié de lettres modernes

Collection dirigée par


Bertrand Louët
Sommaire

OUVERTURE
Qui sont les personnages ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Quelles sont les histoires ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Qui est l’auteur ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Que se passe-t-il à l’époque ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

Le Boulevard
des Italiens à Paris
en 1872.

© Hatier, Paris, 2011


ISBN : 978-2-218-94879-4
La Parure
et autres nouvelles à chute
La Parure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Le Parapluie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
Décoré ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
La Question du latin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Mademoiselle Cocotte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

LE DOSSIER
Cinq nouvelles réalistes et satiriques à chute
Repères . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Parcours de l’œuvre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Textes et image . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82

L’ENQUÊTE
Employés et ouvriers à Paris sous la IIIe République . . . . . . 86

À lire et à voir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
La Parure et autres nouvelles à chute

Qui sont les personnages ?


La Parure

MATHILDE LOISEL
Jeune femme d’un milieu
modeste qui aspire à une vie
plus brillante.

MONSIEUR LOISEL
Mari de Mathilde, employé
sans ambition du ministère
de l’Instruction publique.

MADAME FORESTIER
Riche bourgeoise, amie
de Mathilde.

Le Parapluie

MME OREILLE
Bourgeoise parisienne, rentière,
elle est économe jusqu’à l’avarice
la plus sordide.

M. OREILLE
Bien que sa fortune lui permette
de vivre de ses rentes, sa femme
l’oblige à travailler comme
employé de bureau au ministère
de la Guerre, par économie.
4
OUVERTURE

Décoré !

M. SACREMENT
Rentier médiocre, il est obsédé par
une idée fixe, recevoir une décoration.

MME SACREMENT
Jeune, jolie et maline, elle est l’épouse
de M. Sacrement.

M. ROSSELIN
Député et décoré, il aide M. Sacrement dans
ses démarches.

La Question du latin

LE NARRATEUR
Écolier au moment des faits,
c’est un farceur qui aime inventer
des canulars.

LE PÈRE PIQUEDENT
ANGÈLE Pion dans un pensionnat, il est
Jeune et jolie ouvrière repasseuse. passionné de latin et l’apprend
à la perfection à ses élèves.

Mademoiselle Cocotte

MADEMOISELLE COCOTTE
Chienne trouvée, elle est toujours en
chaleur et possède des traits humains.

FRANÇOIS
Un cocher, François, recueille la chienne
et s’éprend d’affection pour elle.

LES NARRATEURS
Le narrateur et son ami médecin, ils ne
sont là que pour raconter l’histoire dont
ils sont les témoins.
5
La Parure et autres nouvelles à chute

Quelles sont les hisoires ?

Les circonstances Publiées dans la presse entre 1883 et 1886,


ces nouvelles relatent des faits contemporains
à leur écriture. Elles mettent en scène des gens
ordinaires, employés de bureau, petits rentiers,
cochers, aux prises avec les tracas de la vie
quotidienne.

L’action

« La Parure » : Mathilde Loisel est « Le Parapluie » : Mme Oreille, avare,


invitée à une soirée mondaine. Mais doit acheter un beau parapluie à son mari,
il lui faut, comme Cendrillon, une belle pour qu’il puisse se rendre à son bureau.
robe et de beaux bijoux pour briller. Dès le lendemain il revient avec
La soirée est un triomphe mais le retour le parapluie criblé de trous. Comment
à la vie quotidienne est une épreuve. réparer les dégâts sans dépenser plus ?

6
OUVERTURE

« Décoré ! » : M. Sacrement met « La Question du latin » : le père


tout en œuvre pour être décoré : Piquedent est engagé pour donner
il écrit des ouvrages savants, des cours de latin au narrateur. Mais
écume les bibliothèques, jusqu’au jour les séances tournent tout autrement :
où l’ami député Rosselin intervient. on lie connaissance avec de jeunes et
jolies ouvrières.

Le but
D’abord écrites pour la presse,
ces nouvelles se devaient d’être
brèves et saisissantes pour tenir
en haleine le lecteur pressé
du journal. Ainsi, chacune aboutit
à une « chute » inattendue et
amène le lecteur à réinterpréter
les différents épisodes. Chaque
nouvelle est aussi l’occasion de
faire la satire d’un milieu, souvent
celui des employés et des petits
bourgeois de la IIIe République,
« Mademoiselle Cocotte » : un cocher,
Fançois, recueille une brave chienne errante
et de se moquer des vices humains
mais toujours en chaleur, elle attire tous les comme l’avarice ou l’hypocrisie.
chiens du quartier. Son maître lui ordonne L’écrivain se veut un peintre
de noyer la bête ou de quitter sa place. de la réalité et un moraliste.

7
La Parure et autres nouvelles à chute

Qui est l’auteur ?

Guy de Maupassant (1850-1893)

• UNE ENFANCE NORMANDE


Né le 5 août 1850 à Dieppe, Maupassant passe les vingt premières
années de sa vie entre sa mère et son frère, en Normandie, où
il situe l’action de nombreuses nouvelles. En 1868, il rencontre
Flaubert, qui sera son père spirituel. En 1870, il part faire son droit à Paris
mais, mobilisé lors de la guerre, il interrompt ses études.

• PARIS : DES DÉBUTS LITTÉRAIRES AU SUCCÈS


Démobilisé en 1871, il s’installe à Paris et partage sa vie entre le métier
de commis dans un ministère, les guinguettes et la fréquentation
des prostituées. Sous la férule de Flaubert, il publie son premier recueil
de nouvelles, Histoire du vieux temps, en 1879. Il écrit pour différents
journaux, rencontre Zola et participe aux soirées naturalistes de Médan.
Avec Boule-de-Suif, en 1880, il devient un écrivain reconnu et quitte son
emploi de commis. En une dizaine d’années, il écrit six romans, plus de trois
cents nouvelles et de très nombreuses chroniques.

• LA MALADIE ET LA MORT
À partir des années 1890, les troubles nerveux liés à la syphilis contractée
dans sa jeunesse, s’aggravent. Peu à peu, il sombre dans la folie, puis meurt
le 16 juillet 1893 dans la clinique où il est interné.

1850 1868 1870-1880 1880 1881


VIE DE Naissance Rencontre Commis au ministère Triomphe Premiers
MAUPASSANT de Maupassant de Flaubert de la Marine puis de de Boule de suif problèmes de santé
l’Instruction publique

1851 1857 1863 1870 1871


HISTOIRE Coup d’État de Gustave Flaubert, Édouard Manet, Guerre franco- Commune de Paris,
Napoléon III Madame Bovary Le Déjeuner sur l’herbe. prussienne, chute instauration
et début du Second Empire de la IIIe République
du Second Empire

8
OUVERTURE

Que se passe-t-il à l’époque ?

Sur le plan politique Sur le plan culturel

• DU SECOND EMPIRE • LE RÉALISME ET LE NATURALISME


À LA IIIe RÉPUBLIQUE À partir de 1850, Balzac puis
Régime autoritaire, le Second Flaubert veulent décrire ce qui
Empire modernise le pays existe. Le naturalisme, initié
mais s’effondre avec la défaite de par Zola, poursuit le même but :
Sedan en 1870. le roman se veut scientifique
Après La Commune, et un outil pour connaître la société.
la IIIe République lui succède
en 1871. Elle rétablit la liberté • LE RÉALISME EN PEINTURE
de la presse (1881) et des syndicats Simultanément, les peintres
(1884) et instaure l’enseignement révolutionnent le regard
primaire obligatoire et gratuit sur le monde : Courbet peint la vie
(1881-1882). quotidienne et les impressionnistes
rejettent l’académisme (Cézanne,
• UNE SOCIÉTÉ EN MUTATION Manet, Monet, Renoir…).
La presse connaît un essor sans
précédent. L’industrie se développe • UNE ÉPOQUE CRITIQUE ET INQUIÈTE
et de nombreuses inventions Littérature et peinture se font de plus
apparaissent. La France se couvre en plus critiques envers la société
de voies de chemin de fer et devient et montrent l’hypocrisie des relations
plus urbaine : les employés et les de couples, la misère des ouvriers
ouvriers remplacent les paysans. et les injustices sociales…

1883 1884 1885 1892 1893


Une vie, La Parure, Bel-Ami, Internement Mort
Mademoiselle Le Parapluie Le Horla à la clinique de Maupassant
Cocotte, Décoré ! du docteur Blanche

1877 1881 1882 1883 1884 1885


Émile Zola, Loi instaurant Loi instaurant Émile Zola, Loi garantissant Émile Zola,
L’Assommoir la liberté l’enseignement Au Bonheur des dames la liberté Germinal
de la presse primaire gratuit syndicale
et obligatoire

9
La Parure
et autres nouvelles à chute

La Parure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Le Parapluie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
Décoré ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
La Question du latin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Mademoiselle Cocotte . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
La Parure et autres nouvelles à chute

La Parure
V

paru dans le Gaulois, le 17 février 1884


puis dans Contes du jour et de la nuit en 1885

C’était une de ces jolies et charmantes filles, nées, comme par


une erreur du destin, dans une famille d’employés. Elle n’avait pas
de dot1, pas d’espérances2, aucun moyen d’être connue, comprise,
aimée, épousée par un homme riche et distingué ; et elle se laissa
5 marier avec un petit commis3 du ministère de l’Instruction publique.
Elle fut simple, ne pouvant être parée, mais malheureuse
comme une déclassée ; car les femmes n’ont point de caste ni
de race, leur beauté, leur grâce et leur charme leur servant de
naissance et de famille. Leur finesse native, leur instinct d’élé-
10 gance, leur souplesse d’esprit sont leur seule hiérarchie, et font
des filles du peuple les égales des plus grandes dames.
Elle souffrait sans cesse, se sentant née pour toutes les délica-
tesses et tous les luxes•. Elle souffrait de la pauvreté de son loge-
ment, de la misère des murs, de l’usure des sièges, de la laideur
15 des étoffes. Toutes ces choses, dont une autre femme de sa caste
ne se serait même pas aperçue, la torturaient et l’indignaient. La
vue de la petite Bretonne qui faisait son humble ménage éveillait
en elle des regrets désolés et des rêves éperdus. Elle songeait aux
antichambres4 nettes, capitonnées avec des tentures orientales,
20 éclairées par de hautes torchères5 de bronze, et aux deux grands

1. Dot : biens qu’une femme apporte en se mariant. Mathilde est de rang modeste
2. Espérances : héritages possibles. mais sa grâce lui confère
3. Commis : employé subalterne. – comme à beaucoup de jeunes
4. Antichambre : pièce qui précède les pièces principales, filles – une sorte de noblesse
entrée ou vestibule.
naturelle.
5. Torchère : lampe portant une flamme vive.
12
LA PARURE

valets en culotte courte qui dorment dans les larges fauteuils,


assoupis par la chaleur lourde du calorifère1. Elle songeait aux
grands salons vêtus de soie ancienne, aux meubles fins por-
tant des bibelots inestimables, et aux petits salons coquets, par-
25 fumés, faits pour la causerie de cinq heures avec les amis les
plus intimes, les hommes connus et recherchés dont toutes les
femmes envient et désirent l’attention.
Quand elle s’asseyait, pour dîner, devant la table ronde cou-
verte d’une nappe de trois jours, en face de son mari qui décou-
30 vrait la soupière en déclarant d’un air enchanté : « Ah ! le bon
pot-au-feu ! je ne sais rien de meilleur que cela… », elle songeait
aux dîners fins, aux argenteries reluisantes, aux tapisseries peu-
plant les murailles de personnages anciens et d’oiseaux étranges
au milieu d’une forêt de féerie• ; elle songeait aux plats exquis
35 servis en des vaisselles merveilleuses, aux galanteries chuchotées
et écoutées avec un sourire de sphinx2, tout en mangeant la chair
rose d’une truite ou des ailes de gélinotte3.
Elle n’avait pas de toilettes4, pas de bijoux, rien. Et elle n’aimait
que cela ; elle se sentait faite pour cela. Elle eût tant désiré plaire,
40 être enviée, être séduisante et recherchée.
Elle avait une amie riche, une camarade de couvent qu’elle ne
voulait plus aller voir, tant elle souffrait en revenant. Et elle pleu-
rait pendant des jours entiers, de chagrin, de regret, de désespoir
et de détresse.

1. Calorifère : ancien appareil de chauffage. Maupassant accentue


2. Sphinx : créature fabuleuse, à corps de lion et tête de femme. le contraste entre le raffinement
Ici, il symbolise une attitude énigmatique. de l’héroïne et la simplicité
3. Gélinotte : poule des bois. Plat rare et luxueux. un peu vulgaire de son époux.
4. Toilettes : belles robes.
Les rêveries de Mathilde
rappellent le personnage
de Madame Bovary, créé par
Flaubert en 1857.
13
La Parure et autres nouvelles à chute

45 Or, un soir, son mari rentra, l’air glorieux et tenant à la main


une large enveloppe.
– Tiens, dit-il, voici quelque chose pour toi.
Elle déchira vivement le papier et en tira une carte imprimée
qui portait ces mots :
50 « Le ministre de l’Instruction publique et Mme Georges Ram-
ponneau prient M. et Mme Loisel de leur faire l’honneur de venir
passer la soirée à l’hôtel du ministère, le lundi 18 janvier. »
Au lieu d’être ravie, comme l’espérait son mari, elle jeta avec
dépit l’invitation sur la table, murmurant :
55 – Que veux-tu que je fasse de cela ?
– Mais, ma chérie, je pensais que tu serais contente. Tu ne
sors jamais, et c’est une occasion, cela, une belle ! J’ai eu une
peine infinie à l’obtenir. Tout le monde en veut ; c’est très recher-
ché et on n’en donne pas beaucoup aux employés. Tu verras là
60 tout le monde officiel1.
Elle le regardait d’un œil irrité, et elle déclara avec impatience :
– Que veux-tu que je me mette sur le dos pour aller là ?
Il n’y avait pas songé ; il balbutia :
– Mais la robe avec laquelle tu vas au théâtre. Elle me semble
65 très bien, à moi…
Il se tut, stupéfait, éperdu, en voyant que sa femme pleurait.
Deux grosses larmes descendaient lentement des coins des yeux
vers les coins de la bouche ; il bégaya :
– Qu’as-tu ? qu’as-tu ?
70 Mais, par un effort violent, elle avait dompté sa peine et elle
répondit d’une voix calme en essuyant ses joues humides :
– Rien. Seulement je n’ai pas de toilette et par conséquent, je
ne peux aller à cette fête. Donne ta carte à quelque collègue dont
la femme sera mieux nippée2 que moi.

1. Le monde officiel : les personnes de rang élevé.


2. Nipée : (familier) vêtue.
14
LA PARURE

75 Il était désolé. Il reprit :


– Voyons, Mathilde. Combien cela coûterait-il, une toilette
convenable, qui pourrait te servir encore en d’autres occasions,
quelque chose de très simple ?
Elle réfléchit quelques secondes, établissant ses comptes et son-
80 geant aussi à la somme qu’elle pouvait demander sans s’attirer un
refus immédiat et une exclamation effarée du commis économe.
Enfin, elle répondit en hésitant :
– Je ne sais pas au juste, mais il me semble qu’avec quatre
cents francs je pourrais arriver.
85 ll avait un peu pâli, car il réservait juste cette somme pour
acheter un fusil et s’offrir des parties de chasse, l’été suivant,
dans la plaine de Nanterre, avec quelques amis qui allaient tirer
des alouettes, par là, le dimanche•.
Il dit cependant :
90 – Soit. Je te donne quatre cents francs. Mais tâche d’avoir une
belle robe.

Le jour de la fête approchait, et Mme Loisel semblait triste,


inquiète, anxieuse. Sa toilette était prête cependant. Son mari lui
dit un soir :
95 – Qu’as-tu ? Voyons, tu es toute drôle depuis trois jours.
Et elle répondit :
– Cela m’ennuie de n’avoir pas un bijou, pas une pierre, rien
à mettre sur moi. J’aurai l’air misère comme tout. J’aimerais
presque mieux ne pas aller à cette soirée.

Maupassant accentue volontairement le contraste


entre les ambitions simples du mari et les rêves
de grandeur de l’épouse, pour mettre en valeur
sa souffrance morale.
15
La Parure et autres nouvelles à chute

100 Il reprit :
– Tu mettras des fleurs naturelles. C’est très chic en cette saison-
ci. Pour dix francs tu auras deux ou trois roses magnifiques.
Elle n’était point convaincue.
– Non… il n’y a rien de plus humiliant que d’avoir l’air pauvre
105 au milieu de femmes riches.
Mais son mari s’écria :
– Que tu es bête ! Va trouver ton amie Mme Forestier et
demande-lui de te prêter des bijoux. Tu es bien assez liée avec
elle pour faire cela.
110 Elle poussa un cri de joie.
– C’est vrai. Je n’y avais point pensé.
Le lendemain, elle se rendit chez son amie et lui conta sa
détresse. Mme Forestier alla vers son armoire à glace, prit un
large coffret, l’apporta, l’ouvrit, et dit à Mme Loisel :
115 – Choisis, ma chère.
Elle vit d’abord des bracelets, puis un collier de perles, puis
une croix vénitienne, or et pierreries, d’un admirable travail. Elle
essayait les parures devant la glace, hésitait, ne pouvait se décider
à les quitter, à les rendre. Elle demandait toujours :
120 – Tu n’as plus rien d’autre ?
– Mais si. Cherche. Je ne sais pas ce qui peut te plaire.
Tout à coup elle découvrit, dans une boîte de satin noir, une
superbe rivière1 de diamants ; et son cœur se mit à battre d’un
désir immodéré. Ses mains tremblaient en la prenant. Elle l’atta-
125 cha autour de sa gorge, sur sa robe montante, et demeura en
extase devant elle-même.
Puis, elle demanda, hésitante, pleine d’angoisse :
– Peux-tu me prêter cela, rien que cela ?

1. Rivière : collier comportant de nombreux diamants.


16
LA PARURE

– Mais oui, certainement.


130 Elle sauta au cou de son amie, l’embrassa avec emportement,
puis s’enfuit avec son trésor.

Le jour de la fête arriva. Mme Loisel eut un succès. Elle était


plus jolie que toutes, élégante, gracieuse, souriante et folle de
joie. Tous les hommes la regardaient, demandaient son nom,
135 cherchaient à être présentés. Tous les attachés du cabinet vou-
laient valser avec elle. Le Ministre la remarqua.
Elle dansait avec ivresse, avec emportement, grisée par le plai-
sir, ne pensant plus à rien, dans le triomphe de sa beauté, dans
la gloire de son succès, dans une sorte de nuage de bonheur fait
140 de tous ces hommages, de toutes ces admirations, de tous ces
désirs éveillés, de cette victoire si complète et si douce au cœur
des femmes.
Elle partit vers quatre heures du matin. Son mari, depuis
minuit, dormait dans un petit salon désert avec trois autres mes-
145 sieurs dont les femmes s’amusaient beaucoup.
Il lui jeta sur les épaules les vêtements qu’il avait apportés pour
la sortie, modestes vêtements de la vie ordinaire, dont la pauvreté
jurait avec l’élégance de la toilette de bal•. Elle le sentit et voulut
s’enfuir, pour ne pas être remarquée par les autres femmes qui
150 s’enveloppaient de riches fourrures.
Loisel la retenait :
– Attends donc. Tu vas attraper froid dehors. Je vais appeler
un fiacre1.

1. Fiacre : voiture à cheval qui faisait office de taxi à l’époque. Ce passage rappelle la fin
de Cendrillon, le conte
de Perrault : une fois le bal
fini, la réalité reprend
ses droits, ce que symbolisent
les vêtements pauvres.
17
La Parure et autres nouvelles à chute

Mais elle ne l’écoutait point et descendait rapidement l’esca-


155 lier. Lorsqu’ils furent dans la rue, ils ne trouvèrent pas de voi-
ture ; et ils se mirent à chercher, criant après les cochers qu’ils
voyaient passer de loin.
Ils descendaient vers la Seine, désespérés, grelottants. Enfin,
ils trouvèrent sur le quai un de ces vieux coupés1 noctambules2
160 qu’on ne voit dans Paris que la nuit venue, comme s’ils eussent
été honteux de leur misère pendant le jour.
Il les ramena jusqu’à leur porte, rue des Martyrs•, et ils remon-
tèrent tristement chez eux. C’était fini, pour elle. Et il songeait,
lui, qu’il lui faudrait être au Ministère à dix heures.
165 Elle ôta les vêtements dont elle s’était enveloppé les épaules,
devant la glace, afin de se voir encore une fois dans sa gloire. Mais
soudain elle poussa un cri. Elle n’avait plus sa rivière autour du cou !
Son mari, à moitié dévêtu déjà, demanda :
– Qu’est-ce que tu as ?
170 Elle se tourna vers lui, affolée :
– J’ai… j’ai… je n’ai plus la rivière de Mme Forestier.
Il se dressa, éperdu :
– Quoi !… comment !… Ce n’est pas possible !
Et ils cherchèrent dans les plis de la robe, dans les plis du man-
175 teau, dans les poches, partout. Ils ne la trouvèrent point.
Il demandait :
– Tu es sûre que tu l’avais encore en quittant le bal ?
– Oui, je l’ai touchée dans le vestibule du Ministère.
– Mais si tu l’avais perdue dans la rue, nous l’aurions enten-
180 due tomber. Elle doit être dans le fiacre.
– Oui. C’est probable. As-tu pris le numéro ?

1. Coupé : voiture à cheval moins confortable que le fiacre. Le choix de cette rue est
2. Noctambule : qui aime sortir la nuit. sûrement symbolique…
18
LA PARURE

– Non. Et toi, tu ne l’as pas regardé ?


– Non.
Ils se contemplaient atterrés. Enfin Loisel se rhabilla.
185 – Je vais, dit-il, refaire tout le trajet que nous avons fait à pied,
pour voir si je ne la retrouverai pas.
Et il sortit. Elle demeura en toilette de soirée, sans force pour
se coucher, abattue sur une chaise, sans feu, sans pensée.
Son mari rentra vers sept heures. Il n’avait rien trouvé.
190 Il se rendit à la Préfecture de police, aux journaux, pour faire
promettre une récompense, aux compagnies de petites voitures,
partout enfin où un soupçon d’espoir le poussait.
Elle attendit tout le jour, dans le même état d’effarement
devant cet affreux désastre.
195 Loisel revint le soir, avec la figure creusée, pâlie ; il n’avait rien
découvert.
– Il faut, dit-il, écrire à ton amie que tu as brisé la fermeture
de sa rivière et que tu la fais réparer. Cela nous donnera le temps
de nous retourner.
200 Elle écrivit sous sa dictée.

Au bout d’une semaine, ils avaient perdu toute espérance.


Et Loisel, vieilli de cinq ans, déclara :
– Il faut aviser à remplacer ce bijou.
Ils prirent, le lendemain, la boîte qui l’avait renfermé, et se
205 rendirent chez le joaillier, dont le nom se trouvait dedans. Il
consulta ses livres :
– Ce n’est pas moi, Madame, qui ai vendu cette rivière ; j’ai dû
seulement fournir l’écrin.
Alors ils allèrent de bijoutier en bijoutier, cherchant une parure
210 pareille à l’autre, consultant leurs souvenirs, malades tous deux
de chagrin et d’angoisse.
19
La Parure et autres nouvelles à chute

Ils trouvèrent, dans une boutique du Palais-Royal, un chapelet


de diamants qui leur parut entièrement semblable à celui qu’ils
cherchaient. Il valait quarante mille francs. On le leur laisserait
215 à trente-six mille.
Ils prièrent donc le joaillier de ne pas le vendre avant trois
jours. Et ils firent condition qu’on le reprendrait pour trente-
quatre mille francs, si le premier était retrouvé avant la fin de
février.
220 Loisel possédait dix-huit mille francs que lui avait laissés son
père. Il emprunterait le reste.
Il emprunta, demandant mille francs à l’un, cinq cents à
l’autre, cinq louis par-ci, trois louis par-là. Il fit des billets, prit
des engagements ruineux, eut affaire aux usuriers1, à toutes les
225 races de prêteurs. Il compromit toute la fin de son existence, ris-
qua sa signature sans savoir même s’il pourrait y faire honneur,
et, épouvanté par les angoisses de l’avenir, par la noire misère
qui allait s’abattre sur lui, par la perspective de toutes les priva-
tions physiques et de toutes les tortures morales, il alla chercher
230 la rivière nouvelle, en déposant sur le comptoir du marchand
trente-six mille francs.
Quand Mme Loisel reporta la parure à Mme Forestier, celle-ci
lui dit, d’un air froissé :
– Tu aurais dû me la rendre plus tôt, car je pouvais en avoir
235 besoin.
Elle n’ouvrit pas l’écrin, ce que redoutait son amie. Si elle
s’était aperçue de la substitution, qu’aurait-elle pensé ? qu’aurait-
elle dit ? Ne l’aurait-elle pas prise pour une voleuse ?

1. Usurier : personne qui prête de l’argent à un taux de crédit


très élevé.
20
LA PARURE

Mme Loisel connut la vie horrible des nécessiteux. Elle prit


240 son parti, d’ailleurs, tout d’un coup, héroïquement. Il fallait
payer cette dette effroyable. Elle payerait. On renvoya la bonne ;
on changea de logement ; on loua sous les toits une mansarde1.
Elle connut les gros travaux du ménage, les odieuses besognes
de la cuisine. Elle lava la vaisselle, usant ses ongles roses sur
245 les poteries grasses et le fond des casseroles. Elle savonna le
linge sale, les chemises et les torchons, qu’elle faisait sécher sur
une corde ; elle descendit à la rue, chaque matin, les ordures,
et monta l’eau, s’arrêtant à chaque étage pour souffler. Et, vêtue
comme une femme du peuple, elle alla chez le fruitier, chez l’épi-
250 cier, chez le boucher, le panier au bras, marchandant, injuriée,
défendant sou à sou son misérable argent.
Il fallait chaque mois payer des billets, en renouveler d’autres,
obtenir du temps.
Le mari travaillait, le soir, à mettre au net les comptes d’un
255 commerçant, et la nuit, souvent, il faisait de la copie à cinq sous
la page.
Et cette vie dura dix ans.
Au bout de dix ans, ils avaient tout restitué, tout, avec le taux de
l’usure, et l’accumulation des intérêts superposés.
260 Mme Loisel semblait vieille, maintenant. Elle était devenue la
femme forte, et dure, et rude, des ménages pauvres. Mal peignée,
avec les jupes de travers et les mains rouges, elle parlait haut,
lavait à grande eau les planchers. Mais parfois, lorsque son mari
était au bureau, elle s’asseyait auprès de la fenêtre, et elle son-
265 geait à cette soirée d’autrefois, à ce bal où elle avait été si belle et
si fêtée.

1. Mansarde : pièce à pans coupés éclairés par une fenêtre


ouverte dans le toit ; procédé inventé par l’architecte Mansart.
21
La Parure et autres nouvelles à chute

Que serait-il arrivé si elle n’avait point perdu cette parure ? Qui
sait ? qui sait ? Comme la vie est singulière, changeante ! Comme
il faut peu de chose pour vous perdre ou vous sauver !•

270 Or, un dimanche, comme elle était allée faire un tour aux
Champs-Élysées pour se délasser des besognes de la semaine, elle
aperçut tout à coup une femme qui promenait un enfant. C’était
Mme Forestier, toujours jeune, toujours belle, toujours séduisante.
Mme Loisel se sentit émue. Allait-elle lui parler ? Oui, certes.
275 Et maintenant qu’elle avait payé, elle lui dirait tout. Pourquoi pas ?
Elle s’approcha.
– Bonjour, Jeanne.
L’autre ne la reconnaissait point, s’étonnant d’être appelée
ainsi familièrement par cette bourgeoise.
280 Elle balbutia :
– Mais… Madame !… Je ne sais… Vous devez vous tromper.
– Non. Je suis Mathilde Loisel.
Son amie poussa un cri.
– Oh !… ma pauvre Mathilde, comme tu es changée !…
285 – Oui, j’ai eu des jours bien durs, depuis que je ne t’ai vue ; et
bien des misères… et cela à cause de toi !…
– De moi… Comment ça ?
– Tu te rappelles bien cette rivière de diamants que tu m’as
prêtée pour aller à la fête du Ministère.
290 – Oui. Eh bien ?
– Eh bien, je l’ai perdue.
– Comment ! puisque tu me l’as rapportée.
– Je t’en ai rapporté une autre toute pareille. Et voilà dix ans
que nous la payons. Tu comprends que ça n’était pas aisé pour
Cette phrase est l’une des morales possibles de l’histoire.

22
LA PARURE

295 nous, qui n’avions rien… Enfin c’est fini, et je suis rudement
contente.
Mme Forestier s’était arrêtée.
– Tu dis que tu as acheté une rivière de diamants pour rempla-
cer la mienne ?
300 – Oui. Tu ne t’en étais pas aperçue, hein ! Elles étaient bien
pareilles.
Et elle souriait d’une joie orgueilleuse et naïve.
Mme Forestier, fort émue, lui prit les deux mains.
– Oh ! ma pauvre Mathilde ! Mais la mienne était fausse. Elle
305 valait au plus cinq cents francs !…

Mme Loisel rencontre Mme Forestier sur les Champs-Élysées, illustration de Jeanniot pour
les Œuvres Complètes de Guy de Maupassant, parues aux éditions Ollendorff en 1906.
23
Le Bon Marché à Paris en 1887.

62
LE DOSSIER

La Parure
et autres nouvelles à chute
Cinq nouvelles réalistes
et satiriques à chute
REPÈRES
Qu’est-ce qu’une nouvelle ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Qu’appelle-t-on le réalisme ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
Qu’est-ce qu’une œuvre satirique ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67

PARCOURS DE L’ŒUVRE
Étape 1 : Lire l’incipit d’une nouvelle (La Parure) . . . . . . . . . . . 68
Étape 2 : Analyser la composition et la chute
d’une nouvelle (La Parure) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
Étape 3 : Étudier le réalisme d’une nouvelle (Le Parapluie) . . . 72
Étape 4 : Mettre en évidence la satire sociale (Décoré !) . . . . . 74
Étape 5 : Faire apparaître la variété des registres utilisés
dans une même nouvelle (La Question du latin) . . . . . 76
Étape 6 : Étudier un récit enchâssé (Mademoiselle Cocotte) . . . 78
Étape 7 : Exploiter les informations de l’enquête . . . . . . . . . . 80

TEXTES ET IMAGE
Le bal, providence ou catastrophe ? : groupement de documents . . 82

63
La Parure et autres nouvelles à chute

Qu’est-ce qu’une nouvelle ?


La nouvelle est un récit réaliste court qui raconte une intrigue
unique présentée comme s’étant réellement produite. Elle
connaît une sorte d’âge d’or à l’époque de Maupassant.

• L’ORIGINE DE LA NOUVELLE
La littérature regorge d’histoires courtes : fables, moralités, apologues,
fabliaux, cependant c’est le Decameron (vers 1353) de Boccace qui est consi-
déré comme l’origine de la nouvelle. Dans ce livre, dix jeunes gens, réunis
pendant dix jours à la campagne pour fuir la peste, se racontent tour à tour
une histoire. Au bout des dix jours il y a donc cent histoires courtes, qui nar-
rent des événements présentés comme s’étant réellement passés, il y a peu
de temps et non loin de l’endroit où se trouvent les narrateurs. Après le suc-
cès du Decameron, ce modèle sera repris dans toute l’Europe.

• UN GENRE EN PLEINE EXPANSION AU XIX e


SIÈCLE
L’essor de la presse est un des facteurs du développement de la nouvelle. En
effet, les journaux sont très demandeurs de récits dont la brièveté est adaptée
à la taille d’une page de journal et aux habitudes de lecture de la presse. Pour
les écrivains, une nouvelle est aussi plus rapide à écrire qu’un roman et la
demande de la presse leur assure un revenu régulier. C’est ainsi que la plu-
part des romanciers de l’époque écrivent des nouvelles ou de courts romans.

Nouvelle ou conte ?
Le conte est un récit bref qui se déroule dans un monde merveilleux, c’est-à-dire
magique, non rationnel, dont l’action est située dans un lointain passé et en un pays
imaginaire. Le récit débouche sur une morale. Malgré ces différences avec la nouvelle,
les auteurs du XIXe siècle emploient presque indifféremment l’une ou autre dénomina-
tion pour leurs œuvres, sans doute pour faire comprendre qu’elles ont, comme le conte,
une dimension morale.

64
REPÈRES

Une écriture narrative et rapide


L’écriture de la nouvelle est très narrative et peu descriptive. La narration elle-même
présente des ellipses (périodes passées sous silence) : c’est le cas dans La Parure, où dix
ans passent entre la perte du bijou et la scène finale. Il en va de même dans Mademoi-
selle Cocotte, où un temps assez long est tu entre le début de l’histoire et sa « chute ».

• UNE INTRIGUE SIMPLE, UNE CHUTE FRAPPANTE


Compte tenu de sa brièveté, la nouvelle se concentre obligatoirement sur
une intrigue simple, la perte du collier dans La Parure, par exemple, ou
bien la réparation du parapluie dans Le Parapluie. Le narrateur commence
souvent « in medias res », c’est-à-dire que l’action est déjà commencée au
début de la nouvelle, ou par la présenta-
La chute d’une nouvelle est
tion rapide d’un personnage comme dans
une fin inattendue et cette
Le Parapluie : « Mme Oreille était économe. » surprise du dénouement,
Souvent, la nouvelle est construite en vue en plus de surprendre,
de sa chute et de l’effet qu’elle produira sur invite souvent le lecteur à
le lecteur : c’est le cas des nouvelles de ce une deuxième lecture pour
recueil. obtenir un nouvel éclairage.

• PEU DE PERSONNAGES
Dans une nouvelle, le nombre de personnages est toujours réduit et leur psy-
chologie n’est pas fouillée. Ils incarnent des « types sociaux ».
L’héroïne de La Parure est une « déclassée », c’est-
à-dire qu’elle occupe une position inférieure à
ses origines. Les personnages du Parapluie
sont des caricatures de petits employés de
bureau. Le personnage de Décoré ! est un
exemple de mari cocu. Dans chacune de
ces nouvelles, comme dans les autres du
recueil, on notera qu’il n’y a jamais plus
de trois personnages.
La Parure de Guy de Maupassant
publiée dans La Vie Populaire en 1885,
illustration d’Édouard Zier.

65
La Parure et autres nouvelles à chute

Qu’appelle-t-on le réalisme ?
Le réalisme est un mouvement littéraire et une forme d’écriture
qui se donnent pour objectif de représenter le réel tel qu’il est,
comme si la littérature était un miroir dans lequel se reflèterait
le monde, selon la formule de Stendhal.
• LES ÉCRIVAINS RÉALISTES
Romanciers ou nouvellistes, les écrivains Dans Le Rouge et le Noir
réalistes les p
plus importants sont Balzac (1830), Stendhal écrit
(1799-1850), Stendhal (1783-1842), Flaubert cette formule qui résume
(1821-1880). Le réalisme se poursuit avec le le réalisme : « Un roman est
naturalisme représenté par Zola (1840-1902) un miroir qui se promène
sur une grande route. »
et Maupassant (1850-1893).

• L’ESTHÉTIQUE RÉALISTE
L’écrivain réaliste choisit des personnages et des situations ordinaires, pris
dans le réel, contrairement par exemple aux héros de tragédies ou d’épopées.
Dans les dialogues, il s’attache à reproduire le plus fidèlement possible la
manière de parler des personnages, comme le fait Maupassant avec le cocher
de Mademoiselle Cocotte. Le narrateur reste neutre. Il ne porte pas de juge-
ments explicites sur ses personnages mais fait en sorte que la description,
les adjectifs fassent naître une idée du personnage.
Souvent, l’écrivain réaliste s’appuie sur une importante documentation. Il se
veut un analyste de la société et prétend suivre une démarche scientifique.
D’abord réaliste, Maupassant prend ses distances avec ces théories et affirme
que le romancier réaliste reste un artiste qui interprète le monde.

Le procédé de la narration enchâssée


Dans certains cas l’écrivain met en scène une conversation entre deux amis, dont l’un
va raconter une histoire à l’autre : celle d’un personnage rencontré par exemple, comme
dans Mademoiselle Cocotte. L’histoire racontée est ainsi enchâssée dans un récit cadre.
Le personnage qui raconte est souvent détenteur d’une autorité (il est médecin, juge ).
Ce procédé et la personnalité du narrateur fournissent une très forte légitimité au récit
et persuadent le lecteur de la réalité de l’histoire.

66
REPÈRES

Qu’est-ce qu’une œuvre satirique ?


La satire est un genre littéraire de l’Antiquité qui consiste à
dénoncer les travers d’une époque par le rire.

• DU GENRE AU REGISTRE
La satire est pratiquée comme un genre indépendant Dans les Lettres persanes,
jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Par la suite, les écri- Montesquieu insère
vains recourent aux procédés de la satire pour de nombreuses satires.
dénoncer les défauts en les rendant ridicules.

• LES PROCÉDÉS DE LA SATIRE La satire selon Horace


Les procédés de la satire sont ceux
du comique et de la caricature. En Castigat ridendo mores : « Elle châtie
insistant sur un défaut de caractère, les mœurs en riant ». Dans ses Satires,
un geste, un tic de langage, l’écri- Horace, poète latin du I er siècle avant
vain fait rire et rend ainsi sa critique Jésus-Christ, se moque des vices et des
plus efficace. Dans les nouvelles du ridicules de ses contemporains pour
recueil, Maupassant fait la satire de dénoncer l’absurdité de l’opinion com-
plusieurs types sociaux. mune et les dysfonctionnements de la
Dans Le Parapluie, il s’agit d’une satire société de cette époque.
de l’avarice mais aussi de l’épouse
autoritaire et acariâtre. Inversement, son époux est une représentation sati-
rique du mari faible et gouverné par son épouse.
Plusieurs nouvelles offrent une vision satirique et grinçante des petits
employés (La Parure, Le Parapluie), chacun des récits insistant à plaisir sur
l’étroitesse de leurs existences et de leurs vues et moquant leurs travers.
Dans La Question du latin, c’est une satire des collèges à travers le déses-
poir du professeur de latin et le directeur de l’école présenté plus comme un
« marchand de soupe » que comme un pédagogue.

• RÉALISME ET SATIRE
Le réalisme participe de la satire sociale dans la mesure où, montrant le
monde tel qu’il est, il en rend visible les défauts, contrairement à la littérature
épique qui va s’attacher à mettre en avant la Ulysse dans L’Odyssée
dimension exemplaire de ce dont elle parle. d’Homère est ainsi un héros
parfait et sans défauts.

67
La Parure et autres nouvelles à chute

Étape 1 • Lire l’incipit d’une nouvelle


SUPPORT : La Parure (l. 1 à 131, p. 12 à 17)
OBJECTIF : Comprendre ce qui se met en place dans les premières lignes d’un récit.

As-tu bien lu ?
1 Mathilde est née :
dans une famille d’employés dans une famille noble à la campagne
2 Quel événement survient dans sa vie ?
elle hérite elle prend un riche amant
elle est invitée à une réception
3 Pourquoi Mathilde refuse-t-elle d’aller à la réception ?
4 Que propose alors son mari ?
5 Quel nouvel obstacle se dresse devant-elle ? Quelle solution lui propose
alors son mari ?

Un incipit efficace
6 Complète le tableau suivant en indiquant les lignes.
Résumé Lignes
Présentation du personnage principal Une jeune femme insatisfaite
Événement déclencheur
Premier obstacle/solution
Deuxième obstacle/solution

7 Quel jugement le narrateur porte-t-il sur la situation de Mathilde ?


Relève plusieurs expressions qui permettent de justifier ta réponse.
8 Relève les adjectifs, les verbes et les noms qui montrent que Mathilde
est insatisfaite de sa condition.
9 Mathilde est déchirée entre ce qu’elle est et ce qu’elle voudrait être.
En quoi cela lance-t-il la narration ?
10 Quel bouleversement l’« invitation » (l. 50) introduit-elle dans la vie
de Mathilde ? Relève le terme qui indique cette opposition et les deux
objets qui vont symboliser la nouvelle situation de Mathilde.
11 Explique le titre de la nouvelle en citant un passage de cet extrait.

68
PA R C O U R S D E L’ Œ U V R E

Des personnages opposés par la pauvreté et la richesse


12 Qu’est-ce qui oppose Mathilde à ses amies ? Justifie ta réponse.
13 Combien de fois le verbe « songer » est-il répété ? Sur quoi portent
les songes de Mathilde ?
14 Relève deux passages qui montrent que le mari de Mathilde a,
au contraire, des rêves modestes.
15 Explique en quoi tout oppose ces deux époux.
16 D’après cet incipit, peut-on déduire que Mathilde va réussir à réaliser
son rêve grâce à l’invitation ?

La langue et le style
17 Des lignes 13 à 15, quelle est la figure de style employée
par Maupassant ? Quel est le rôle de cette figure ?
18 Dans les phrases suivantes, quels sont le temps et la valeur du verbe ?
« Les femmes n’ont point de caste ni de race. – Leur finesse native,
leur instinct d’élégance, leur souplesse d’esprit sont leur seule hiérarchie,
et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames. »

Faire le bilan
19 Complète le bilan avec les mots suivants : pauvre, enjeux, riche, beauté,
invitation, une parure, injustice, attributs, personnages, une robe.
Le rôle de l’incipit est de présenter les . . . . . . . . et les . . . . . . . . du récit.
Maupassant commence sa nouvelle par la présentation de Mathilde
Loisel, une jeune femme . . . . . . . . rongée par le désir d’être . . . . . . . . .
Le narrateur insiste sur l’ . . . . . . . . de la situation de la jeune femme qui
mériterait mieux en raison de sa . . . . . . . . . . Son mari, en lui offrant une
. . . . . . . . à une soirée mondaine lui donne alors l’occasion de réaliser
son rêve le temps de la fête. Mais elle doit se procurer les . . . . . . . .
de la richesse : . . . . . . . . et . . . . . . . . . Tous les éléments sont en place
pour que l’on aille vers une fin heureuse ou au contraire catastrophique.

À toi de jouer
20 Imagine un début de récit dans lequel un personnage est invité à un bal.
Rédige son portrait en indiquant que ce bal va changer sa vie.
69
La Parure et autres nouvelles à chute

Étape 2 • Analyser la composition et la chute


d’une nouvelle
SUPPORT : La Parure (p. 12 à 23)
OBJECTIF : Comprendre le mécanisme d’une nouvelle à chute.

As-tu bien lu ?
1 À quel milieu social appartient l’héroïne ?
2 L’Héroïne rêve :
d’être aventurière de vivre à la campagne d’une vie brillante
3 Que lui rapporte son mari un soir ?
un jambon un fusil de chasse une invitation
4 Pour quelles raisons successives refuse-t-elle d’abord d’y aller ?
Que perd-elle en revenant de cette soirée ?

La composition d’une nouvelle à chute


5 Le récit comporte sept étapes. Identifie-les en complétant le tableau.
Lignes Titre
1-44 Mise en place du cadre et présentation de l’héroïne
L’invitation à la fête
92-131
132-200
La quête d’un nouveau bijou
201-269
270 à la fin

6 Relève les ellipses. En quoi donnent-elles du rythme à la nouvelle ?

7 Quel événement transforme le triomphe de l’héroïne en catastrophe ?


8 La nouvelle aurait-elle pu se terminer à ce moment ? Justifie ta réponse.
9 Quel est l’effet de la dernière phrase prononcée par Mme Forestier ?
10 Une « chute » est une fin saisissante où la situation se renverse.
Explique en quoi la fin de cette nouvelle est un modèle de « chute ».
11 La fin de la nouvelle est-elle fermée ou ouverte ? Justifie ta réponse.

70
PA R C O U R S D E L’ Œ U V R E

Les personnages et la visée de la nouvelle


12 À quel milieu social appartient Mathilde Loisel ? Justifie ta réponse.
13 Montre, en t’appuyant sur des extraits précis, que le narrateur estime
qu’elle n’est pas à la place qu’elle mérite.
14 Mathilde et son mari ont-ils les mêmes ambitions et les mêmes rêves ?
15 Caractérise l’évolution de Mathilde en comparant le portrait du début
(l. 1 à 5) et celui de la fin (l. 260 à 263) ?
16 En t’appuyant sur les jugements du narrateur, Mathilde est-elle
responsable de ce qui lui est arrivé ou victime de sa pauvreté ?

La langue et le style
17 Lignes 18 à 37 : quel verbe est répété quatre fois en début de phrase ?
Comment appelle-t-on cette figure de rhétorique ? Que suggère-t-elle ?
18 Relève des paroles du mari. Que révèlent-elles sur sa personnalité ?

Faire le bilan
19 Complète le texte avec les mots suivants : renversement inattendu,
beauté, nouvelle, situation, l’issue, condition médiocre, invitation, faux,
riche parure, bijou, chute, renversement.
Dans une . . . . . . . . . . . . . à chute, le narrateur crée une . . . . . . . . . . . . .
dont . . . . . . . . . . . . . semble évidente mais qui va se terminer
par un . . . . . . . . . . . . .. Ainsi, dans La Parure, une . . . . . . . . . . . . .
semble d’abord réparer l’injustice de la . . . . . . . . . . . de Mathilde. Mais
pour s’y rendre, elle doit emprunter une . . . . . . . . . . . . . à une amie.
La fête est un succès et Mathilde triomphe par sa . . . . . . . . . . . . .. Mais,
en rentrant, elle perd le . . . . . . . . . . . . .. Ce premier . . . . . . . . . . . . . effraie
le lecteur et ruine le couple. Dix ans plus tard, alors qu’elle a remboursé
le bijou, son amie lui apprend que le bijou était . . . . . . . . . . . . ..
Cette . . . . . . . . . . . . . plonge le lecteur dans la stupeur.

À toi de jouer
20 Imagine la suite de cette nouvelle.

71
La Parure et autres nouvelles à chute

Étape 3 • Étudier le réalisme d’une nouvelle


SUPPORT : Le Parapluie (p. 24 à 34)
OBJECTIF : Identifier les dominantes du genre et du style réalistes.

As-tu bien lu ?
1 Mme Oreille est :
économe
gourmande
prodigue
2 M. Oreille est-il obligé d’être employé ?

3 Les collègues de M. Oreille se moquent de lui car :


il change rarement de parapluie
il porte un costume démodé
il a l’air bête
4 Quel conseil donne un ami à Mme Oreille pour faire réparer
son parapluie brûlé ?
5 Comment Mme Oreille explique-t-elle l’incendie de son parapluie
à l’assureur ?
des collègues de son mari lui ont fait une farce
son mari l’a brûlé avec un cigare
une allumette enflammée est tombée sur le parapluie

Un cadre et une narration réalistes


6 Le narrateur de cette nouvelle est-il un personnage de l’histoire ?

7 À quel moment nous fait-il pénétrer dans les pensées de Mme Oreille ?
Relève ce passage et montre que le narrateur adopte ici un point de vue
narratif omniscient. Justifie ta réponse par un relevé précis du texte.
8 À quelle époque se déroule cette nouvelle ? Relève plusieurs indices qui
t’aident à répondre.
9 Où est située l’action ? Relève un indice qui te permet de l’affirmer.

72
PA R C O U R S D E L’ Œ U V R E

Des personnages réalistes


10 Complète le tableau suivant.
Caractéristiques M. Oreille Mme Oreille
Métier ou activité
Description physique
Traits de caractère

11 Comment et dans quels domaines se manifeste l’autorité


de Mme Oreille ? Dans quelles circonstances son mari lui résiste-t-il ?
12 En quoi le récit éclaire-t-il le personnage de Mme Oreille ?
13 Que nous apprend ce récit sur les relations des conjoints au sein
du mariage ?

La langue et le style
14 Dans la phrase : « Mais elle trépignait de fureur, (…) où pleuvent
les balles. » (l. 72 à 74), quelle est la figure de rhétorique employée ?
Que donne-t-elle comme indication sur l’atmosphère du ménage ?
15 « faire danser l’anse du panier » (l. 3-4), « riflard » (l. 36) : à quel registre
appartiennent ces expressions ? Recherche trois autres expressions
du même registre. En quoi son utilisation est-elle caractéristique
du réalisme ?

Faire le bilan
16 En t’appuyant sur la narration, l’époque et le lieu du récit, le choix
des personnages et le langage employé, explique en quoi cette courte
nouvelle est caractéristique du genre réaliste.

À toi de jouer
17 « Pendant deux ans, il vint au bureau avec le même parapluie rapiécé
ce qui donnait à rire à ses collègues ». Imagine un portrait comique
et moqueur de M. Oreille par l’un de ses collègues.
73
La Parure et autres nouvelles à chute

Étape 4 • Mettre en évidence la satire sociale


SUPPORT : Décoré ! (p. 35 à 42)
OBJECTIF : Comprendre la satire cachée et identifier le thème de l’adultère.

As-tu bien lu ?
1 M. Sacrement est :
rentier fonctionnaire militaire
2 M. Sacrement a-t-il fait des études ?
3 Dans les rues, M. Sacrement compte :
les chapeaux les fiacres les hommes décorés
4 Quel est le rôle du député Rosselin ?

5 Comment M. Sacrement obtient-il sa décoration ?

Le thème de l’adultère
6 Que fait le député Rosselin pour aider M. Sacrement à obtenir
une décoration ? Quelle est son intention réelle en faisant cela ?
À quel moment peut-on le comprendre ?
7 Remets dans l’ordre les actions de Jeanne, la femme de M. Sacrement,
à son retour.
Elle traverse plusieurs fois sa chambre en courant.
Elle demanda : « C’est bien toi, Alexandre? »
Elle lui arrache le Paletot décoré des mains.
Elle lui ouvre et dit : « Oh ! quelle terreur ! quelle surprise, quelle joie ! »
Elle saute du lit et parle seule.
Elle court à son cabinet de toilette, l’ouvre et le referme.
8 Lors du retour inopiné de M. Sacrement (l. 145 à 184), comment Jeanne
explique-t-elle son comportement ? Comment le lecteur le comprend-il ?
9 Comment Jeanne explique-t-elle la présence du paletot décoré ?
Que comprend le lecteur ?
10 Peut-on penser que M. Sacrement n’est pas tout à fait dupe
de sa femme ? Justifie ton point de vue par deux arguments.
74
PA R C O U R S D E L’ Œ U V R E

La satire des décorations


11 En quelle mesure le premier paragraphe permet-il de penser
que M. Sacrement est l’illustration d’une règle générale ?
12 Dans les lignes 55 à 63, analyse la description des décorations. Quel
champ lexical peux-tu identifier ? Que peut-on en déduire du jugement
du narrateur sur les décorations ?
13 « Il était décoré (…) cette distinction » (l. 125-126) : qui prononce
cette phrase à propos du député Rosselin ? De quel jugement sur les
décorations et la manière dont elles sont attribuées est-elle porteuse ?
14 Dans le portrait de M. Sacrement (l. 3 à 83), relève les expressions qui
soulignent que rien ne justifie qu’on lui attribue une décoration.
15 Que fait M. Sacrement pour être décoré ? À ton avis, mérite-t-il
une décoration après cela ?
16 Pour quelle raison obtient-il une décoration ? Explique, avec deux
arguments, que M. Sacrement ne mérite pas sa décoration.

La langue et le style : l’ironie


17 « Il affirma au solliciteur que son affaire était en bonne voie et il lui
conseilla de continuer ses remarquables travaux » (l. 119-121) : qu’y a-
t-il d’ironique dans cette formule ?
18 En quoi la clausule (fin de la nouvelle), et notamment la formule
« services exceptionnels », est-elle ironique ?

Faire le bilan
19 Explique en quoi cette nouvelle est une satire grinçante des décorations
et de ceux qui se piquent d’en obtenir. Dans ton argumentation tu
expliqueras en quoi elle est critique, puis en quoi elle est comique.

À toi de jouer
20 Le député Rosselin raconte l’histoire que tu viens de lire, mais
de son point de vue et en insistant sur la naïveté du mari. Écris son récit.
21 Fais une recherche sur la Légion d’honneur. Comment se présente-t-elle ?
Quand, par qui et dans quel but a-t-elle été créée ?

75
La Parure et autres nouvelles à chute

Étape 5 • Faire apparaître la variété des registres


utilisés dans une même nouvelle
SUPPORT : La Question du latin (p. 43 à 54)
OBJECTIF : Mettre en évidence les registres comique, satirique, mélodramatique.

As-tu bien lu ?
1 Le père Piquedent est :
surveillant professeur de latin épicier
2 Comment le narrateur fait-il la connaissance du père Piquedent ?
3 Que font le père Piquedent et le narrateur lors de leur rencontre ?
ils échangent des confidences du latin du sport
4 Pourquoi le narrateur organise-t-il une rencontre entre son professeur
et la jeune blanchisseuse ?
5 En quoi la chute est-elle heureuse ?

Une nouvelle entre comédie d’intrigue et mélodrame


6 Complète ce tableau et montre que le déroulement de la nouvelle
s’inspire de celui d’une comédie d’intrigue amoureuse classique.
Épisode Lignes

Exposition (présentation des personnages)

Deux amoureux maladroits et gauches

Un tour joué par un personnage aux autres

Un personnage rusé qui aide à la réalisation de l’amour

Des obstacles à franchir

Une rencontre en présence d’un tiers

Une péripétie

Une fin heureuse

7 Montre que Piquedent est un personnage comique (qui fait rire)


et pathétique (qui fait pitié), en analysant la description qu’en donne
le narrateur au début de la nouvelle (l. 1 à 91).
76
PA R C O U R S D E L’ Œ U V R E

8 Montre que le couple Piquedent/Angèle est un couple de mélodrame


(genre théâtral qui insiste sur le pathétique et les bons sentiments).
9 Donne des exemples des différentes formes de comique théâtral.
10 Explique que les contrastes entre personnages ont des effets comiques.

Une description satirique de l’enseignement


11 Relève les formules qui font apparaître le directeur de la pension
comme un commerçant plus que comme un éducateur (l. 1 à 38).
12 Comment apparaît le latin dans la réplique l. 83 à 87 ? Quelle image de
la valeur des titres universitaires et des enseignants donne-t-elle ?
13 Montre que dans la relation entre le narrateur et le père Piquedent,
les rôles de maître et d’élève s’inversent et le sujet étudié change.
Que peut-on en conclure sur la valeur des maîtres ?
14 Confronte le titre, la nouvelle et sa clausule, puis explique quel jugement
le narrateur porte sur l’enseignement du latin.

La langue et le style
15 « les travailleuses du trottoir » et « les fainéants de la pension » (l. 125-
126) : quelle est la figure de rhétorique employée dans ces expressions ?
Montre qu’elles s’opposent l’une à l’autre et indique le jugement que
cette phrase suggère sur l’enseignement.
16 « elle était vraiment gentille, bien que pâlotte, et gracieuse, bien
que d’allure un peu faubourienne. » (l. 215-217) : donne la nature
et la fonction des groupes soulignés. Qu’ajoutent-ils à la description ?

Faire le bilan
17 Montre que, dans cette nouvelle, Maupassant emploie différents
procédés humoristiques, dont certains empruntés au théâtre, pour
amuser son lecteur, mais aussi pour faire la satire de l’enseignement.

À toi de jouer
18 Rédige la lettre d’amour de Piquedent (l. 179 à 183).

77
La Parure et autres nouvelles à chute

Étape 6 • Étudier un récit enchâssé


SUPPORT : Mademoiselle Cocotte (p. 55 à 61)
OBJECTIF : Comprendre le fonctionnement et les effets d’un récit enchâssé.

As-tu bien lu ?
1 Où commence la nouvelle ?
dans un hôpital
dans une gare
dans un salon
2 Quel est le métier de François ?
3 Mademoiselle Cocotte est :
une femme
une jument
une chienne
4 Pourquoi François ne peut-il garder Mademoiselle Cocotte ?
5 Que fait Mademoiselle Cocotte lorsqu’on la perd ?

Un récit enchâssé
6 Lignes 1 à 10 : à quelle personne le récit est-il raconté ? Et ensuite ?
7 Quel personnage est présent dans les deux récits ?
8 Qui raconte l’histoire de François et Mademoiselle Cocotte ?
9 Mets en place le schéma du récit enchâssé en complétant ce tableau.

Récit cadre Récit encadré


Narrateur
Personnages
Moment de l’histoire
Lieu de l’histoire

10 Explique en quoi ce système narratif permet de donner une plus grande


impression de vérité et de réalité des faits rapportés au lecteur.

78
PA R C O U R S D E L’ Œ U V R E

Une chute terrible


11 À quel moment l’histoire pourrait-elle se terminer ? Justifie ta réponse.
12 Relève l’ellipse entre cette première fin et la chute de la nouvelle.
13 « La chienne morte avait retrouvé son maître à soixante lieues
de leur maison ! » (l. 186-187) : qui prononce cette phrase ? En quoi
permet-elle de faire le lien entre la nouvelle et la chute ?
14 La chienne est-elle déjà revenue après avoir été éloignée ? Montre que
la chute est en fait une réécriture de certains épisodes de la nouvelle.
15 Quel sens nouveau cette chute donne-t-elle à la nouvelle ?

La langue et le style : un chien humanisé


16 Dans le passage lignes 148 à 152, quels procédés contribuent
à assimiler la chienne à une personne humaine ?
17 Pourquoi la chienne s’appelle-t-elle Mademoiselle Cocotte ?
Relève deux extraits de la nouvelle qui prouvent que ce surnom est lié
à son caractère propre.

Faire le bilan
18 En t’appuyant sur tes réponses aux questions précédentes, montre
ce qu’est un récit enchâssé et en quoi il produit un puissant effet
de réalité.

À toi de jouer
19 Le narrateur du récit cadre reprend la parole à la fin de l’histoire
pour en proposer une interprétation et une morale au lecteur.
Rédige cette conclusion de la nouvelle.
20 À ton tour, raconte une histoire faisant intervenir un animal en créant
un système de récit enchâssé. Par exemple, tu te mets en scène
te promenant avec un ami, vous rencontrez un personnage et ton ami
raconte son histoire.

79
La Parure et autres nouvelles à chute

Étape 7 • Exploiter les informations de l’enquête


SUPPORT : L’ensemble des nouvelles et l’enquête
OBJECTIF : Étudier le réalisme, de la littérature à la peinture.

As-tu bien lu ?
1 Quelle nouvelle met en scène la jeune épouse d’un employé insatisfaite
de sa vie médiocre ?
2 Quel objet symbolise les petits moyens des employés et leur aspiration
à la dignité bourgeoise dans l’une des nouvelles ?
3 Qui a peint l’un des premiers tableaux représentant des ouvriers urbains ?

4 Pour peindre la ville moderne, Claude Monet s’inspire :


de rues
de gares
de rives de la Seine
5 Quelle distraction typique des employés apparaît à la fois
dans la peinture de Monet et la nouvelle La Question du latin ?
l’équitation
la chasse
le canotage

Comparer peinture réaliste et littérature réaliste


6 En quelle mesure Un bar aux Folies Bergères de Manet (p. 94) pourrait-il
être une illustration pour La Parure ?
7 Dans Le Parapluie, relis le passage dans lequel Madame Oreille se rend
à la compagnie d’assurances et relève le vocabulaire servant à décrire
la ville et les immeubles.
8 Emploie maintenant ce vocabulaire pour écrire une description
de Une rue de Paris par temps de pluie de Caillebotte (p. 92).
9 À ton avis, cette toile pourrait-elle servir d’illustration à une ou plusieurs
nouvelles du recueil ? Dis pourquoi.
80
PA R C O U R S D E L’ Œ U V R E

10 Compare les personnages choisis par les peintres et les caricaturistes


reproduits dans l’enquête et ceux du recueil de nouvelles et dis ce qu’ils
ont en commun (milieux sociaux, activités, habillement…).

Caricature et littérature
11 Regarde la caricature du sous sous-chef de bureau (p. 90).
a. Quel animal est-il choisi ?
b. Quelle indication cela donne-t-il sur le caractère du personnage ?
12 Pourquoi peut-on dire que cette caricature est une satire de la hiérarchie
qui règne dans les bureaux ?
13 Avec quel personnage du « Parapluie » pourrais-tu comparer
cette image ? Justifie ta réponse par au moins deux arguments.
14 Regarde la caricature p. 91.
a. Comment sont montrés les employés à travers cette caricature ?
b. Cherche un passage dans « Le Parapluie » qui montre que le travail
n’est pas au centre des préoccupations des employés de bureau ?

Faire le bilan
15 Rédige un paragraphe dans lequel tu exposeras que peinture
et littérature réalistes apportent un nouveau sujet et de nouveaux
personnages : les ouvriers et les employés.

À toi de jouer
16 Choisis une des images de l’enquête et fais-en la critique en évaluant
sa capacité à donner une image fidèle de la réalité de l’époque.
17 Imagine que tu es peintre. Explique quel sujet (objet, scène ou
personnage) tu choisirais de peindre aujourd’hui pour faire comprendre
notre époque. Tu justifieras ton choix par au moins deux arguments.
81
La Parure et autres nouvelles à chute

Le bal, providence ou catastrophe ?


groupement de documents
OBJECTIF : Comparer plusieurs documents sur le thème du bal.

DOCUMENT 1 u CHARLES PERRAULT, Cendrillon, 1697.


La fée dit alors à Cendrillon :
« Hé bien, voilà de quoi aller au bal, n’es-tu pas bien aise ?
– Oui, mais est-ce que j’irai comme cela avec mes vilains habits ? »
Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en même temps ses
habits furent changés en des habits de drap d’or et d’argent tout chamarrés
de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus
jolies du monde. Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse ; mais sa
marraine lui recommanda sur toutes choses de ne pas passer minuit, l’aver-
tissant que si elle demeurait au bal un moment davantage, son carrosse rede-
viendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards, et que ses
vieux habits reprendraient leur première forme. Elle promit à sa marraine
qu’elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit.
Elle part, ne se sentant pas de joie. Le fils du roi qu’on alla avertir qu’il venait
d’arriver une grande princesse qu’on ne connaissait point, courut la recevoir ;
il lui donna la main à la descente du carrosse ; et la mena dans la salle où était
la compagnie. Il se fit alors un grand silence ; on cessa de danser, et les violons
ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de
cette inconnue. On n’entendait qu’un bruit confus : « Ah, qu’elle est belle ! »
Le roi même, tout vieux qu’il était, ne laissait pas de la regarder, et de dire
tout bas à la reine qu’il y avait longtemps qu’il n’avait vu si belle et si aimable
personne. Toutes les dames étaient attentives à considérer sa coiffure et ses
habits, pour en avoir dès le lendemain de semblables, pourvu qu’il se trouvât
des étoffes assez belles, et des ouvriers assez habiles.
Le fils du roi la mit à la place la plus honorable, et ensuite la prit pour la mener
danser : elle dansa avec tant de grâce, qu’on l’admira encore davantage. On
apporta une fort belle collation dont le jeune prince ne mangea point, tant il
était occupé à la considérer. Elle alla s’asseoir auprès de ses sœurs, et leur fit
mille honnêtetés : elle leur fit part des oranges et des citrons que le prince lui
avait donnés, ce qui les étonna fort, car elles ne la connaissaient point.

82
T E X T E S E T I M AG E

Lorsqu’elles causaient ainsi, Cendrillon entendit sonner onze heures trois


quarts : elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie, et s’en alla le
plus vite qu’elle put. Dès qu’elle fut arrivée, elle alla trouver sa marraine et,
après l’avoir remerciée, elle lui dit qu’elle souhaiterait bien aller encore le len-
demain au bal, parce que le fils du roi l’en avait priée.

DOCUMENT 2 u IRÈNE NEMIROVSKY, Le Bal, 1930.


Rosine et Alfred, parents de la narratrice âgée de 14 ans, organisent un bal dans le but
d’impressionner leurs relations par le faste de la réception. La narratrice n’y est pas invitée
et, pour se venger, la jeune fille jette les invitations au lieu de les poster. Le jour dit, seule une
cousine moins riche qu’eux se présente et à onze heures il n’y a toujours personne…

– … Neuf, dix, onze, cria Mme Kampf avec désespoir en levant au ciel ses bras pleins
de diamants ; mais qu’est-ce qu’il y a ? Mais qu’est-ce qui est arrivé, mon doux Jésus ?
Alfred rentrait avec Isabelle ; ils se regardèrent tous les trois sans parler.
Mme Kampf rit nerveusement :
– C’est un peu étrange, n’est-il pas vrai ? Pourvu qu’il ne soit rien arrivé…
– Oh ! ma chère petite, à moins d’un tremblement de terre, dit Mlle Isabelle
d’un ton de triomphe.
Mais Mme Kampf ne se rendait pas encore. Elle dit, en jouant avec ses perles,
mais la voix enrouée d’angoisse :
– Oh ! ça ne veut rien dire ; figurez-vous l’autre jour, j’étais chez mon amie,
la comtesse de Brunelleschi : les premiers invités ont commencé à venir à
minuit moins le quart. Ainsi…
– C’est bien ennuyeux pour la maîtresse de maison, bien énervant, murmura
Mlle Isabelle avec douceur.
– Oh ! c’est… c’est une habitude à prendre, n’est-ce pas ?
À cet instant, un coup de sonnette retentit. Alfred et Rosine se ruèrent vers
la porte.
– Jouez, cria Rosine aux musiciens.
Ils attaquèrent un blues avec vigueur. Personne ne venait. Rosine n’y put tenir
davantage. Elle appela :
– Georges, Georges, on a sonné, vous n’avez pas entendu ?
– Ce sont les glaces qu’on apporte de chez Rey1.
1. Rey : glacier parisien célèbre.

83
La Parure et autres nouvelles à chute

Mme Kampf éclata :


– Mais je vous dis qu’il est arrivé quelque chose, un accident, un malentendu,
une erreur de date, d’heure, je ne sais pas, moi ! Onze heures dix, il est onze
heures dix, répéta-t-elle avec désespoir.
– Onze heures dix déjà ? s’exclama Mlle Isabelle ; mais parfaitement, mais
vous avez raison, le temps passe vite chez vous, mes compliments… Il est
même le quart, je crois, vous l’entendez qui sonne ?
– Eh bien, on ne va pas tarder à venir maintenant ! dit Kampf d’une voix forte.
De nouveau, ils s’assirent tous les trois ; mais ils ne parlaient plus. On enten-
dait les domestiques qui riaient aux éclats dans l’office.
– Va les faire taire, Alfred, dit enfin Rosine d’une voix tremblante de fureur : va !
À onze heures et demie, la pianiste parut.
– Est-ce qu’il faut attendre plus longtemps, madame ?
– Non, allez-vous-en, allez-vous-en tous ! cria brusquement Rosine, qui sem-
blait prête à se rouler dans une crise de nerfs : on va vous payer, et allez-
vous-en ! Il n’y aura pas de bal, il n’y aura rien : c’est un affront, une insulte,
un coup monté par des ennemis pour nous ridiculiser, pour me faire mourir !

DOCUMENT 3 u Illustration pour Cendrillon par GUSTAVE DORÉ, 1867.

84
T E X T E S E T I M AG E

As-tu bien lu ?
1 Document 1 : que demande Cendrillon à sa marraine pour aller au bal ?
Qui l’accueille à l’entrée du bal ?
2 Document 2 : pourquoi Rosine est-elle inquiète ? Qui rit aux éclats ?
Que fait Rosine à la fin du texte ?

Le bal, un événement social


3 Relève les trois particularités de Cendrillon qui provoquent l’admiration.
4 Quelle place Cendrillon occupe-t-elle dans le bal ? Relève trois citations.
5 Comment réagissent ses sœurs en la voyant ? Explique en quoi cela
permet de dire que sa situation au bal est à l’inverse de la réalité.
6 Explique pourquoi Rosine ressent l’absence de ses invités comme
« un affront, une insulte ».
7 Quel personnage voit sa situation sociale améliorée par le bal,
lequel au contraire voit sa situation empirer ?

Deux histoires très proches


8 Compare Cendrillon et La Parure. Quelles sont les situations de Mathilde
et de Cendrillon au départ ? Quel événement va changer leur vie ?
Quels obstacles rencontrent-elles ?
9 Analyse la fin des trois histoires. Dans quel cas le bal est une aubaine,
dans quel cas est-il une catastrophe ?
10 Compare maintenant la fin de La Parure avec la fin des deux autres
récits. Laquelle se rapproche de celle de La Parure. Justifie ta réponse.

Lire l’image
11 Relève trois procédés employés par Gustave Doré pour attirer
l’attention sur Cendrillon. Tu t’intéresseras à la composition de l’image,
à l’utilisation de la lumière, aux regards et positions des personnages.
12 Qu’est-ce qui permet d’identifier Cendrillon, le roi, la reine, le prince ?
13 Cette image pourrait-elle convenir pour illustrer La Parure ? Donne deux
arguments positifs et deux arguments négatifs.
85
La deuxième moitié du XIXe siècle est marquée
par l’urbanisation, l’industrialisation
et le développement de l’administration d’État
et privée. Une nouvelle catégorie sociale apparaît :
les employés. Sans être riches, ils n’ont cependant
plus le mode de vie des ouvriers. Les écrivains
s’emparent d’eux, les peintres aussi, qu’ils soient
réalistes, comme Manet, ou impressionnistes,
comme Monet ou Caillebotte, et nous montrent
un nouveau monde à travers eux.
L’ E N Q U Ê T E

Employés et ouvriers
à Paris sous
la IIIe République
1 Qui sont les ouvriers et les employés ? . . . . . . . . . . . . . 88
2 Employés au travail : la caricature . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
3 Une nouvelle ville pour les employés . . . . . . . . . . . . . . . 92
4 De nouvelles distractions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94

L’ENQUÊTE EN 4 ÉTAPES 87
Qui sont les ouvriers
1 et les employés ?
Au cours du XIXe siècle, la France paysanne devient plus urbaine
sous l’effet de l’exode rural et de l’industrialisation. Le nombre
d’ouvriers et d’employés augmente considérablement. Ils
deviennent aussi le sujet de nombreuses peintures, nouvelles et
romans. Mais qui sont-ils ?

• LES OUVRIERS les modes de vie et les conditions de


Les ouvriers sont ceux qui travaillent travail de plus en plus dures. Cela
de leurs mains pour produire des favorise aussi l’action collective. Ils
biens. Tout au long du XIXe siècle, leur deviennent un « sujet » pour les écri-
nombre augmente et leur situation vains et les peintres, qu’il s’agisse
est profondément modifiée par l’in- d’ouvrières des villes, comme les
dustrialisation. Alors qu’ils étaient blanchisseuses de La Question du
isolés et relativement indépendants, latin ou d’ouvriers d’industrie comme
l’apparition de grandes usines (mines, les mineurs de Germinal de Zola. La
forges) crée des regroupements critique bourgeoise réagit en les trai-
importants d’ouvriers, influant sur tant d’artistes « vulgaires ».

Socialisme utopique Gustave Caillebotte,


et mouvement ouvrier Raboteurs de parquet
Tout au long du siècle les penseurs Le tableau est une des premières
du socialisme utopique (Fourier, Saint- représentations du prolétariat
Simon, Cabet, Proudhon) se demandent urbain. Le peintre insiste sur
comment libérer les ouvriers du joug qui l’étude documentaire (gestes, outils,
pèse sur eux. À leur Suite, Marx et Engels accessoires) dans une visée réaliste.
rédigent le Manifeste du parti Il peint ici de manière académique,
communiste en 1848 qui servira mais pour montrer l’univers
contemporain comme personne
de base à la création du parti communiste
avant lui. Le jury du Salon de 1875
puis à la création de la première refuse le tableau, parlant de « sujet
Internationale en 1864. vulgaire ». L’artiste rejoint alors
88
les impressionnistes.
Gustave Caillebotte (1848-1894), Raboteurs

• LES EMPLOYÉS de parquet, 1875, huile sur toile, 102 x 147 cm,
Paris, Musée d’Orsay.
Cette catégorie est aussi en plein
essor au XIXe siècle. Le terme recouvre • UNE CATÉGORIE MAL À L’AISE
d’abord toute une foule de petits et Les employés se distinguent de la
moyens fonctionnaires, immortalisés classe ouvrière car ils se livrent à
par Balzac dans Les Employés, puis des tâches intellectuelles. De même,
par Maupassant, qui a lui-même été ils portent redingote et chapeau
employé dans un ministère. Puis il melon. Ils aspirent à s’élever dans
s’étend aux employés administra- la classe bourgeoise, dont ils ont les
tifs des grandes compagnies pri- attributs visibles, mais ils restent
vées1. L’augmentation du nombre cantonnés dans des tâches subal-
des employés s’explique par celle ternes et reçoivent des traitements
des fonctions de l’État qui intervient très faibles.
dans de nouveaux domaines (édu- À l’image des personnages de La
cation, postes, colonies, etc.). Ainsi, Parure, ils ne sont pas pauvres, mais
entre 1869 et 1899, le budget du minis- ils mènent une existence médiocre
tère de l’Instruction publique passe tout en côtoyant la bourgeoisie.
de 27 à 209 millions. Sur la même Toujours entre deux mondes, ils sont
période le nombre de fonctionnaires rongés par la frustration et la peur
double, passant de 217 000 à 416 000. de tomber dans la misère.

1. Les sociétés de chemin de fer,


les banques ou les assurances.

89
Employés au travail :
2 la caricature
Le plus clair du travail des employés au XIXe siècle consiste en
l’écriture et en la copie d’actes administratifs.
À cette époque, les moyens de reproduction mécanique des
documents n’existent pas encore…

Un travail de scribe
L’employé est assis à son bureau
et traite des « papiers » ou
des documents.

• UNE ORGANISATION
AUTORITAIRE ET HIÉRARCHISÉE
L’administration est extrême-
ment hiérarchisée : chacun a un
grade et un rôle précis, et cha-
cun travaille sous les ordres d’un
supérieur hiérarchique direct
qui a une autorité entière sur
ses subordonnés. Le document
ci-contre le montre de manière
plaisante en caricaturant le
chef en chien patibulaire et ter-
rifiant. On note que le person-
nage est désigné comme « sous
sous-chef », façon plaisante de
moquer la multitude d’échelons Un employé de bureau représenté en bouledogue,
caricature de Lucien Métivet parue
hiérarchiques. dans L’Assiette au Beurre du 30 novembre 1901.

90
L’ E N Q U Ê T E

• UN SOUPÇON DE PARESSE bons endroits, veiller à ce que les


Contrairement aux ouvriers, qui four- instituteurs soient payés, à ce que la
nissent un effort physique visible, et poste fonctionne, etc. Cela développe
contrairement aux industries qui le mythe du fonctionnaire paresseux,
produisent des richesses palpables, toujours prêt à cesser le travail dès
l’administration ne produit rien d’im- que le chef tourne le dos.
médiatement perceptible. Elle se Ce thème est bien illustré par le
charge silencieusement d’organiser document ci-dessous, qui montre un
le fonctionnement général de la employé en train de dormir profon-
société : faire arriver les choses aux dément sur son bureau.

Balzac,
Les
Employés
« Aujourd’hui, Messieurs,
servir l’État, ce n’est plus
servir le prince qui savait
punir et récompenser !
Aujourd’hui, l’État, c’est tout
le monde. Or, tout le monde
ne s’inquiète de personne.
Personne ne s’intéresse
à personne. Un employé vit
entre ces deux négations ! »

« L’administration que l’Europe nous envie.


À toi, l’Europe ! » : fonctionnaire faisant
la sieste, caricature de Jacques Villon parue
dans L’Assiette au Beurre du 15 février 1902.

91
Une nouvelle ville
3 pour les employés
Les peintres, réalistes et impressionnistes, vont s’attacher à
représenter la ville moderne, la ville hausmannienne, milieu
« naturel » des employés, sans gommer sa dimension indus-
trielle et laborieuse.

• UNE RUE DE PARIS PAR TEMPS DE PLUIE

Gustave Caillebotte (1848-1894), Une rue de Paris par temps de pluie, 1877, esquisse, Paris, Musée Marmottan.

92
L’ E N Q U Ê T E

Cette toile de Gustave Caillebotte • LA GARE SAINT-LAZARE


représente la place de l’Europe à Lorsqu’il peint ce tableau, Monet
l’angle des rues de Miromesnil et de vient de quitter Argenteuil pour s’ins-
Lisbonne, où se trouvait la maison taller à Paris et cherche à diversifier
familiale du peintre. son inspiration pour représenter la
Le tableau présente une vue nette vie moderne. En 1877, il demande
et réaliste du Paris bourgeois, du l’autorisation de travailler dans la
Paris haussmannien, souligné par gare Saint-Lazare, motif radicale-
une perspective régulière à deux ment moderne et « impressionniste »
points de fuite qui accentue la pro- par sa luminosité et ses nuages de
fondeur : la ligne d’horizon se situe vapeurs. Contrairement à Caillebotte,
à la hauteur des yeux du spectateur il rend la gare par des effets colorés
et traverse ainsi la tête de tous les plutôt que par l’attachement à la
personnages. description détaillée des machines
ou des voyageurs, aboutissant par
Claude Monet (1840-1926), La gare Saint-Lazare, 1877, endroits à une vision quasi abstraite.
huile sur toile, 75 x 105 cm, Paris, Musée d’Orsay.

93
4 De nouvelles distractions
Là où la noblesse pratiquait la chasse et l’équitation, les employés
eux, se rendent aux spectacles et se livrent aux joies du canotage
ou de la promenade à la campagne le dimanche, en banlieue
parisienne. Les peintres représentent ces moments de détente.

• THÉÂTRE ET CAFÉ-CONCERT

Édouard Manet (1832-1883), Un bar aux Folies Bergères, 1882, huile sur toile, 96 x 130 cm, Londres, Courtaud Institute Gallery.

94
L’ E N Q U Ê T E

Édouard Manet peint ce tableau Un • CANOTAGE SUR LES BORDS DE SEINE


bar aux Folies Bergères au début des Le dimanche, les employés vont cano-
années 1880. Le modèle, « Suzon », ter en dehors de Paris sur les bords
est une employée de ce célèbre de Seine ou de ses affluents. On se
café-concert, même si la scène a été retrouve et on se courtise dans des
recréée en atelier. Le reflet dans le « guinguettes »1, qui deviennent le décor
miroir intrigue les critiques car il est de nombreux nouvelles et tableaux
faux (le personnage qui fait face à la comme cette peinture de Monet. Ce
serveuse devrait ainsi tout cacher). décor, avec les reflets mouvants de
Il permet en tout cas de montrer la lumière dans l’eau, la vivacité des
ce que voit la serveuse et de placer mouvements, les contrastes des cos-
le spectateur dans la position d’un tumes de sports, les robes colorées des
employé du XIXe siècle venu se dis- femmes, est aussi en parfaite adéqua-
traire au café-concert et se recon- tion avec les principes de peinture des
naître dans le regard énigmatique de impressionnistes, qui veulent saisir la
l’employée du bar. lumière et peindre d’après nature.

Claude Monet (1840-1926), Canotiers 1. Petits bistros où l’on mange


à Argenteuil, 1874, huile sur toile, de la friture.
60 x 81 cm, collection particulière.

95
Maupassant
La Parure
et autres
nouvelles à chute
« Que serait-il arrivé si elle n’avait point perdu
cette parure ? Qui sait ? qui sait ? Comme la vie
est singulière, changeante ! Comme il faut peu
de chose pour vous perdre ou vous sauver ! »
G. de Maupassant, La Parure

Cinq nouvelles, La Parure, Le Parapluie, Décoré !,


La Question du latin et Mademoiselle Cocotte,
qui nous frappent par leur construction parfaite
et leur chute.
Cinq récits qui, à travers le portrait de petits
bourgeois du XIXe siècle, nous révèlent les ressorts
peu reluisants des actions humaines.

LE DOSSIER Cinq nouvelles réalistes et satiriques à chute


• des repères, pour mieux comprendre
• un parcours de lecture, pour étudier l’œuvre en classe
• un groupement « textes et images », pour aller plus loin
L’ENQUÊTE Employés et ouvriers à Paris sous la IIIe République
• une enquête très documentée sur l’arrivée des ouvriers
et des employés dans les grandes villes et leur
figuration dans la littérature et la peinture

ET SUR LE SITE www.classiques-et-cie.com (en accès gratuit)


• des images du livre
• le guide pédagogique
• des fiches d’activité photocopiables

49 8548 7
ISBN 978-2-218-94879-4

www.editions-hatier.fr

2,90 €
Illustration : Eva Chatelain
Conception couverture : cedricramadier.com

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