Quand l’amour s’efface
Il pleuvait ce matin, sur les toits et les cœurs,
Le tien s’est éloigné, laissant l’ombre et les pleurs.
Nos silences s’échangent, plus lourds que des adieux,
Et les mots que je tais ont le goût d’un aveu.
Tu partais sans un cri, sans colère apparente,
Mais ton regard fuyait, comme l’âme errante.
Un frisson sur mes bras, un soupir dans mes veines,
Tu m’as laissé le froid, le vide et puis la peine.
J'ai revu dans l’instant ton sourire effacé,
Comme un éclat de lune au miroir brisé.
Les promesses qu’on tissait comme fils d’or fidèles,
Se sont dissoutes, hélas, en poussières cruelles.
Le lit garde l’empreinte où ton corps reposait,
Mais ton parfum s’éteint, et le drap s’est froissé.
Je vis dans ce décor que l’absence prolonge,
Où chaque meuble parle et où ton rire ronge.
Tu disais que l’amour n’était pas une chaîne,
Mais que l’on s’y attache au prix de bien des peines.
Je croyais au destin, à l’éternel nous deux,
Mais l’éternel se lasse, et le destin est creux.
Chaque pas sans ta main me paraît incertain,
Comme un enfant perdu dans l’ombre d’un matin.
J’arpente nos ruelles, nos cafés, nos dimanches,
Mais tout a changé d’air, tout vacille et se penche.
Je t’écris sans espoir que tu répondes un jour,
Mais les lettres soulagent ce qu’on cache d’amour.
Ton nom sur mes papiers me regarde et m'accuse,
Comme un Dieu oublié que le cœur désabuse.
Ton absence est un cri, un écho qui s’épuise,
Dans les couloirs du temps que la douleur balise.
2
Mais parfois je revois nos danses, nos regards,
Et ton rire m’arrive, lointain, comme un départ.
Je ne hais pas ton choix, je n’en fais pas reproche,
Car l’amour n’est pas dû, il éclot puis décroche.
Mais laisse-moi pleurer encore un peu, ce soir,
Les morceaux d’un passé qu’on ne peut plus revoir.
J'ai caché sous mon lit tes photos, ton écharpe,
Mais l’oubli ne vient pas, même quand on le happe.
Il se fait lent poison, il s’invite en secret,
Il ranime la plaie que le temps ne tait.
Et pourtant, dans l’écho de ce triste silence,
Je sens poindre parfois comme une délivrance.
Non, je ne t’oublie pas, mais j’apprends à marcher,
Sans ton pas dans le mien, sans ton souffle à guetter.
Un jour, je verrai clair, sans chercher ton visage,
Je saurai dire ton nom sans en faire un naufrage.
Tu vivras loin de moi, mais sans peser mon ciel,
Comme un rêve ancien, doux, mais irréel.
Je te rends tes serments, je te rends ta lumière,
Je garde mes chagrins, mes lueurs éphémères.
Merci pour les saisons, les orages, les fleurs,
Pour l’amour que tu fus, pour ce feu, pour l’ardeur.
Je ne suis pas brisé, seulement différent,
Tu m’as laissé plus vrai, plus seul, mais plus vivant.
Et si demain le vent me murmure ton nom,
Je sourirai peut-être, sans larme, sans pardon.