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8eme TEXTES DE FRANÇAIS II

Le document présente plusieurs textes qui explorent les thèmes de l'amour maternel, de la séparation, de la famille et de l'éducation. À travers des récits personnels, les personnages expriment leurs émotions face à la perte, à la distance et aux sacrifices familiaux. Les textes mettent également en lumière l'importance de l'éducation et du travail manuel dans la culture et la société.

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8eme TEXTES DE FRANÇAIS II

Le document présente plusieurs textes qui explorent les thèmes de l'amour maternel, de la séparation, de la famille et de l'éducation. À travers des récits personnels, les personnages expriment leurs émotions face à la perte, à la distance et aux sacrifices familiaux. Les textes mettent également en lumière l'importance de l'éducation et du travail manuel dans la culture et la société.

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1

TEXTE 1. AMOUR MATERNEL


A la mort de mon père, j’étais âgé de quelques années
seulement. Ma mère entreprit donc de m’élever. Elle y a
apporté une sollicitude extrême. Elle a fait tout, m’entends-tu ?
Tout ce qu’elle croyait faire pour mon bien. Elle me gavait de
nourriture, de bonne nourriture. Chaque soir, elle me plongeait
dans une énorme marmite pleine d’eau tiède et me frottait
longuement tout le corps. Trois fois par semaine, elle
m’envoyait écouter les leçons du catéchiste … J’étais mieux
habillé que les gosses de mon âge qui avaient leur père.
Nous dormions sur des lits de bambou des deux côtés
du feu que ma mère ne cessait d’attiser la nuit tandis qu’elle me
racontait des fables ou me parlait de mon père, de son enfance
à elle, du pays où elle était née, de ma grand-mère morte peu
avant ma naissance…
Certaines nuit, nous entendions hululer in hibou ou
hurler un chimpanzé : je me faisais tout petit dans mon lit, et
ma mère en riant me disait : « n’aie donc pas peur, fils ; il ne
viendra tout de même pas te chercher là, devant moi… »
D’autres nuits, la pluie crépitait sur le toit, tandis que
de violentes rafales balayaient la cour, agitaient les arbres là-
bas derrière le village ; alors ma mère me disait : « Mon Dieu !
Écoute les mangues tomber. Un qui va être content demain,
c’est toi. Pas vrais ? » Oh ! Elle me corrigeait souvent et sans
ménagement. Mais le souvenir même de ces punitions me la
rend plus chère.
Tout ce qu’elle était pour moi, je ne l’ai deviné que ce
jour où j’ai souffert pour la première fois de ma vie : ma mère
était allée m’inscrire à l’école de la ville. Désormais, cinq jours
sur sept, je serai séparé d’elle. J’ai pleuré ce jour-là comme
jamais plus je ne pourrai le faire. J’ai bien fini par ma faire à
cette nouvelle existence ; mais, au début, ce fut très difficile :
2

ma mère, jalouse, ne m’avait pas habitué à fréquenter les


enfants de mon âge.
Eza Boto, Ville cruelle (Présence Africaine).

TEXTE 2. PREMIERE SEPARATION

J’avais quinze ans quand je partis pour Conakry. J’allais


y suivre l’enseignement technique au collège Georges-Poiret.
Depuis une semaine, ma mère accumulait les provisions.
Conakry est à quelques six cent kilomètres de Kouroussa et,
pour ma mère, c’était une terre inconnue, où Dieu seul savait si
l’on y mange à sa faim. Et c’est pourquoi les couscous, les
viandes, les poissons, les ignames, les riz, les patates
s’entassaient.
La dernière nuit fut triste. J’étais très énervé, un peu
angoissé aussi, et je me réveillai plusieurs fois.
Ma mère me réveilla à l’aube. Je vis qu’elle avait les
traits tirés, lais elle prenait sur elle, et je ne dis rien ; je fis
comme si son calme apparent me donnait réellement le change
sur sa peine. Mes bagages étaient soigneusement rangés dans
la case.
J’allais dire au revoir aux vieilles gens de notre
concession et des concessions voisines, et j’avais le cœur gros.
Quand je revins près de ma mère et que je l’aperçus en
larmes devant mes bagages, je me mis à pleurer à mon tour. Je
me jetai dans ses bras.
« Mère ! Criais-je »
Je l’entendais sangloter, je sentais sa poitrine
douloureusement se soulever.
« Mère, ne pleure pas ! Dis-je. Ne pleure pas ! »
Mais je n’arrivais pas moi-même à réfréner mes
larmes, et je la suppliai de ne pas m’accrocher à la gare, car il
me semblait qu’alors je ne pourrais jamais m’arracher à ses
bras. Elle me fit signe qu’elle y consentait. Nous nous
3

étreignîmes une dernière fois, et je m’éloignai presque en


courant. Mes sœurs, mes frères se chargèrent des bagages.
Mon père m’avait rapidement rejoint et il m’avait pris
par la main, comme du temps où j’étais encore enfant. Je
ralentis le pas : j’étais sans courage, je sanglotais éperdument.
« Père, fis-je.
- Je t’écoute, dit-il.
- Est-il vrai que je pars ?
- Que ferais-tu d’autre ? Tu sais bien que tu dois partir.
- Oui, dis-je.
- Allons ! Allons, petit, dit-il. N’es-tu pas un grand
garçon ? »
Et je me mis à sangloter.
Mais sa présence, sa tendresse même, et davantage
encore maintenant qu’il me tenait la main, m’enlevait le peu de
courage qui me restait, et il le comprit.
« Je n’irai pas plus loin, dit-il. Nous allons nous dire
adieu ici, il ne convient pas que nous fondions en larmes à la
gare, en présence de tes amis ; puis je ne veux pas laisser ta
mère seule en ce moment : ta mère a beaucoup de peine. Sois
courageux ! Mes frères, là-bas, s’occuperont de toi. Mais
travaille bien ! Travaille comme tu travaillais ici. Nous avons
consenti pour toi des sacrifices, il ne faut as qu’ils demeurent
sans résultat. Tu m’entends ?
- Oui, fis-je.
Il demeura silencieux un moment, puis il reprit :
- Vois-tu, je n’ai pas eu comme toi un père qui veillait sur moi, à
douze ans j’étais orphelin, et j’ai dû faire seul mon chemin. Ce
n’était pas un chemin facile ! J’ai dû beaucoup me contraindre
et beaucoup travailler pour me faire ma situation. Toi … Mais en
voilà assez. Saisis ta chance ! Et fais-moi honneur ! Je ne te
demande rien de plus. Le feras-tu ?
- Je le ferai, père.
- Bien ! bien … Allons ! Sois brave, petit. Va ! … »
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Il me serra contre lui. Puis brusquement, il desserra son étreinte


et partit très vite. Sans doute ne voulait-il point me montrer ses
larmes.
Camara Laye, L’enfant noir(Plon).

TEXTE 3. TANTE BELLA

Les femmes, insouciantes et joyeuses le matin, quand


elles partaient aux champs, en revenaient maintenant, non plus
en file, mais une à une et muettes de fatigue.
Toutes étaient rentrées depuis longtemps, lorsque, au
bout du village, apparut, enfin, la silhouette familière de notre
tante, de tante Bella, la grande-sœur de notre père.
Lourdement bâtie, elle ployait pourtant sous le poids de
l’immense panier de rotin qu’elle portait sur son dos. Ce panier
contenait un peu de tout : des morceaux de bois de chauffage,
des moreaux de cannes à sucre, un régime de plantain, des
courges, des bottes de feuilles de manioc et une diversité de
fruits comestibles, juteux, farineux, doux, un tas de bonnes
choses dont elle nous savait friands et qu’elle seule nous offrait.
En retour, tous les enfants, petits garçons et petites filles, ses
neveux et ses nièces, nous lui faisions fête quand elle rentrait
des champs, presque toujours la dernière.
Nous guettions son retour, et nous nous placions à
proximité du chemin par lequel elle devait arriver. Elle donnait
toujours plus, et le meilleur fruit à celui qui, le premier,
parvenait jusqu’à elle, et lui prenait la main.
Aussi, quand elle apparut, toute la marmaille se précipitait à sa
rencontre.
« Sono a soaaaaah », criaient les petites voix. Notre tante est
venue !
On se frayait un passage pour aller jusqu’à elle, et celui
qui tenait sa main s’y cramponnait solidement pour ne pas
5

perdre sa récompense. Tante Bella, elle, sans arrêter sa lente


progression, touchait à la ronde, de petites têtes, de petites
mains, et lorsqu’on lui marchait sur les pieds ou qu’on entravait
sa marche, elle tentait de nous écarter, et proférait des
menaces qui ne trompaient personne, et n’écartaient personne.
Elle nous aimait tant.
Aussi, entourée de cette bande sautillante et jacassante,
elle nous pilotait vers sa case, d’où nous ressortions bientôt,
mangeant, croquant, suçant toutes sortes de choses.
D’après Joseph Owono, Tante Bella (Librairie Au Messager).

Texte 4. VOL DES QUESTIONS D’EXAMEN (1re partie)


Mapera (entrant) : Victoire ! Victoire, mon ami. Nous sommes
sauvés !
Tsongo : Nous sommes sauvés ?
Mapera : Oui, mon cher ; je suis parvenu à dérober le
questionnaire de géographie !
Tsongo : Le questionnaire ? Ce n’est pas possible.
Mapera : J’étais allé chercher la petite-sœur du géographe. En
entrant dans la maison, je ne trouve personne. Sur la table, les
fiches de préparation de monsieur Climat ainsi que ce
questionnaire.
Tsongo ; Montre-le donc !
Mapera : (exhibe un papier et lit) : la question est unique :
établissez un parallélisme entre climatb et végétation des
Monts bleus des Mitumba.
Tsongo : Etablissez quoi ?
Mapera : Un pararér…pararél…pa-ral-lé-lisme.
Tsongo : Il est fou : ce mot n’existe pas en français.
Mapera : Je connais le palarélogramme, les droites palarères, le
palaroropipède, mais le palarolisme… Ah non ! Je n’y pige rien.
Tsongo : Consulte un peu tes bras.
6

Mapera (consultant) : Climat et végétation des Monts Bleus des


Mitumba. Mais le pararolisme n’y est pas ?
Tsongo : Et c’est là le nœud de la question.
Mapera : Monsieur Climat est fou, mais je sais le tromper à ma
façon.
Tsongo : On ne peut ps tromper Monsieur Climat. Un
philosophe !

Mumbere Mujomba, Le Philosophe.

VOL DES QUESTIONS D’EXAMEN (2e partie)

Mapera (découvrant une autre question au verso) :


Ah ! il y a deux questions au choix.
Tsongo : Lis un peu l’autre. Elle doit être moins imperméable.
Mapera : Première série. Répondez à une seule question. Un.
Localisez sur un croquis les principaux gisements cuprifères en
Afrique et brossez succinctement l’évolution de la
commercialisation du cuivre dans le monde.
Tsongo : Localisez quoi ?
Mapera : Sur un croquis, les principaux gisements cuprifères.
Tsongo : Mais localiser, c’est quoi et cuprifères, c’est quoi ?
Mapera : Moi je n’ai jamais entendu ces mots. Cuprifères ! Ah !
(rires)
Tsongo :La deuxième partie de la question demande de brosser
quoi ?
Mapera : De brosser succinctement. (Rires) Ah ! (rires).
Mapera : L’examen commence dans quinze minutes. Fais
rapidement deux copies de la réponse que je t’ai dictée tantôt.
Tu as du cirage ?
Tsongo : Bien sûr. Pourquoi ?
Mapera : Puisque je ne sais pas brosser succinctement
(consultant le questionnaire) l’évolution de la
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commercialisation du cuivre alors je vais brosser succinctement


mes souliers. (Il le fait).

Texte 5. TENTATIVE DE CORRUPTION


ACTE II. SCENE 2
Mapera : Bonjour, Citoyen Professeur.
Kakule : Bonjour. Le professeur n’est pas là ?
Mapera : Il est allé prendre un verre à Njapanda. Vous êtes
devenu invisible, citoyen professeur.
Kakule : C’est que nous avons du pain sur la planche, mon ami,
avec toutes les corrections que vous devez imaginer.
Mapera : Certainement avec treize classes, vous devez corriger
au moins 650 copies.
Kakule : 67 exactement. Mais le comble, c’est qu’en plus de
tout ça, je suis titulaire d’une classe de 70 élèves. Il y a des
points à totaliser et à transcrire, des pourcentages à calculer,
des places à classer… un tas de choses à faire…
Mapera : Si bien que je ne pourrais pas essayer de vous exposer
un petit problème, très petit, pendant deux secondes, Citoyen.
Kakule : Passez chez moi demain à seize heures trente (il a
consulté un muni-agenda avant de dire l’heure).
Mapera : Il me semble, Citoyen, qu’il pourrait être trop tard.
Kakule : Il n’est Jamais trop tard pour causer et demain, pour
bavarder autour d’une tasse de thé, je serai très libre.
Mapera : Parce que, Citoyen, c’est-à-dire que je voulais tout
simplement vous supplier de bien vouloir être gentil pour avoir
l’amabilité de me dire si notre examen est déjà corrigé, Citoyen
professeur.
Kakule : Si j’ai bonne souvenance, vous avez remis une feuille
toute blanche. N’est-ce pas ? (Il l’exhibe).
Mapera : C’est que, Citoyen, la question était
supermétaphysique, Citoyen, et je vous prie, Citoyen, de
trouver, Citoyen, une solution, à ce problème, Citoyen. Et puis,
je me demande si c’était la question prévue.
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Kakule : Je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire.

TEXTE 6. ECOLIERS CHINOIS AUX CHAMPS

Les « lettrés » et administrateurs de l’ancienne Chine


méprisaient le travail manuel. Dans les écoles de la Chine
populaire, il est au contraire remis à l’honneur.
« Le collège secondaire de la commune des Deux ponts
abrite des ateliers, où travaillent côte à côte enseignants,
ouvriers et écoliers…
Tous les élèves passent un jour par semaine, à tour de
rôle, dans ces ateliers. Mais l’agriculture, n’est pas oubliée : on
consacre une demi-journée au jardin potager, dont les légumes
approvisionnent la cantine scolaire.
En outre, pendant les périodes de la moisson et des
semailles, les jeunes sont envoyés aux champs pour aider aux
gros travaux ; ils y consacrent chaque année environ un mois.
Tout cela suppose, naturellement, le recours à des ouvriers ou
des paysans, sui partagent ainsi avec les enseignants de carrière
la responsabilité de former les enfants. Cette entrée des
travailleurs manuels dans le système scolaire chinois est un des
principaux aspects de la Révolution culturelle …
Ce n’est pas seulement le corps enseignant qui a été
renouvelé, mais ses méthodes. De nombreux cours se donnent
en dehors de la classe. Dans cette « commune du Thé du
Dragon », les élèves apprennent à cultiver le théier, à éliminer
les insectes, à traiter les maladies, à cueillir les feuilles. Dans
une « commune populaire de riz », près de Shanghai, on
familiarise les élèves avec les diverses phases de la riziculture ;
les cours de mathématiques sont donnés dans les champs ; les
élèves apprennent à les arpenter, à calculer le volume du
fumier, la capacité des greniers, les prévisions de récolte. Dans
une commune de pêcheurs, on enseigne sur le tas la pratique
9

de la pêche, la fabrication et la réparation des bateaux et des


filets, la culture artificielle des moules et des algues, la
mécanique, la comptabilité… »
Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera …, Fayard, 1973

TEXTE 7. AMITIE D’ENFANTS


« Bonjour, Peter.
- Salut, Ellen.
- Tu viens te promener avec moi au bout du terrain de jeux ?
- Je ne peux pas : tu sais bien que je dois faire la queue à la
cantine.
- Tu n’as pas besoin de faire la queue aujourd’hui.
- Moi, je veux manger
- Tu sais, j’ai apporté deux déjeuners.
- Et il y en a un pour moi ?
- Oui.
- Mais pourquoi ? Je croyais que tu étais plus pauvre que moi,
comme tu es plus maigre.
- Nous sommes très pauvre pour tout mais pas pour la
nourriture. Là où ma mère travaille, ils gaspillent beaucoup de
choses, alors, elle rapporte tout ce qu’elle peut chez nous. Il y a
du poulet dans tes sandwiches. Moi, j’ai beau manger, je ne
deviens pas plus grosse ! Maintenant il vaut mieux que je te
dise quelque chose : je suis faible de la poitrine.
- Ca, ça m’est égal !
- On est loin maintenant : tiens, prends tes sandwiches. Si on
s’asseyait sous cet arbre …? C’est bon ? …
- Mmmmmm.
- Je suis tellement contente !... Je t’apporterai toutes sortes de
bonnes choses. J’ai aussi des bonbons pour après.
- Je ne peux rien te donner, moi.
- Ne me donne rien du tout. Je veux seulement que tu sois mon
ami, si cela te va. C’est pour cela que je t’ai expliqué pour ma
poitrine ; ma grand-mère m’a dit qu’il ne faut jamais cacher la
10

vérité. D’ailleurs, même si tu ne m’aimes pas, je t’apporterai à


déjeuner tous les jours…enfin, tous les jours, tant que maman
restera avec nous ! Si elle s’en va, il n’y aura plus rien à
manger… Tu m’aimes bien ?
- Oui.
- Vrai ? Crache par terre …
- J’ai craché.
- Je pensais bien que oui, mais je n’étais pas sûre… Mais ça
alors, j’étais sûre que tu ne le dirais jamais, si je ne te le
demandais pas la première ! Tu sais, ce n’est pas commode
pour une fille de dire à un garçon qu’elle le trouve gentil !
- Ce n’est pas pour un garçon, non plus !
- Bien sûr s’il est comme toi… Prends un peu du mien, veux-tu ?
Je ne veux pas tout manger et un homme, ça mange plus
qu’une femme… J’ai tant parlé de toi à grand-mère qu’elle me
permet de t’amener à la maison, mais si ça t’ennuie, ne viens
pas.
- Mais non, cela ne m’ennuie pas du tout ! Je te porterai tes
livres, ce soir, après l’école.
- Bon… Je suis si contente que tu ne fasses plus la queue… Cela
me donnait envie de pleurer lorsque je les entendais faire leurs
réflexions.
- Si seulement je pouvais te donner quelque chose… Dis donc,
j’ai une toupie. Ou tu veux des billes ?
- Garde-les, sois mon ami seulement.
- Je suis ton ami et je pense que tu es la fille la plus gentille de
toute l’école ».
Peter Abraham, Je ne suis pas un homme libre.

TEXTE 8. CONAKRY
Je visitai la ville… Les avenues y étaient tirées au cordeau
et se coupaient à angle droit. Des manguiers bordaient les
avenues et par endroits formaient charmille, leur ombre
épaisse était partout la bienvenue, car la chaleur était
11

accablante, non qu’elle fût beaucoup plus forte qu’à Kouroussa,


mais elle était saturée de vapeur d’eau à un point inimaginable.
Les maisons s’entouraient toutes de fleurs et de feuillage ;
beaucoup étaient comme verdure, noyées dans la verdure.
Et puis, je vis la mer. Je la vis brusquement au bout d’une
avenue et je demeurai un long moment à regarder son
étendue, à regarder les vagues se suivre et se poursuivre, et
finalement se briser contre les rochers rouges du rivage. Au
loin, des îles apparaissaient, très vertes en dépit de la buée qui
les environnait. Il me sembla que c’était le spectacle le plus
étonnant qu’on pût voir ; du train et de la nuit, je n’avais fait
que l’entrevoir ; je ne m’étais pas fait une notion juste de
l’immensité de la mer, et moins encore de son mouvement, à
présent j’avais le spectacle sous mes yeux et je m’en arrachai
difficilement.
- Eh bien, comment as-tu trouvé la ville ? me demande mon
oncle à mon retour.
- Superbe ! Dis-je.
- Oui, dit-il, bien qu’un peu chaude si je n’en juge pas l’état de
te vêtements. Va te changer. Il faudra te changer ici plusieurs
fois par jour. Mais ne traîne pas : le repas doit être prêt, et tes
tantes seront certainement impatientes de le servir.
Camara Laye, L’enfant noir(Plon)
TEXTE 9. LA CAMPAGNE
Maïmouna a quitté sa mère, Yaye Daro, et son village ;
déçue par la ville, elle regrette son pays natal.
Son pays natal… un vieux point du Sénégal où l’on pouvait
suivre le soleil depuis son lever jusqu’à son coucher.
Là-bas, les campagnes étaient vastes, il y avait des
boqueteaux et des clairières, et les fillettes du bourg allaient
cueillir des jujubes ridés et des cerises roses gonflées de jus.
12

Elles envahissaient des villages paisibles qu’elles


remplissaient un moment de gaieté et de leurs cris, allant chez
l’un, chez l’autre, demander à boire ; puis, de nouveau, elles
s’égaillaient dans la brousse à la recherche de fruits mûrs et de
bois morts.
Le soir, on rentrait avec de gros fagots, le pagne relevé, la
démarche vive et régulière, en chantant des mélopées. Leurs
mamans les entendaient, anxieuses. Plus tard, au clair de lune,
crépitaient des touques sonores ; on s’attroupait, nombreux et
bruyants, dans les ruelles et sur les places sableuses jusqu’à ce
que la terre fût devenue « froide », vraiment « froide ». On
rentrait dans sa case déjà assoupie, et l’on dormait d’une seule
traite.
Pendant l’hivernage, les cours des concessions se
couvraient de gazon, des petites mares s’y creusaient, où les
grenouilles coassaient et où il était passionnant de suivre les
évolutions si drôles des têtards. Puis, quand le tonnerre
grondait un peu trop fort et que la pluie tombait à verse, on
restait chez soi, blottie dans des pagnes, à coté de sa mère.
Abdoulaye Sadji, Maïmouna (Présence africaine)
.

TEXTE 10. SCENE DE MARCHANDAGE

Une gourde, travaillée au fer chaud, a attiré l’attention


d’Isabelle, une blanche. Elle a décidé de l’acheter. Aussitôt sa
belle-sœur Seynabou, une noire, a entrepris de marchander.
- Bonne dame, combien vas-tu cette gourde ?
- Oh ! La fille, ce chef-d’œuvre là, cette mignonne petite
calebasse, je te la donne à cent francs.
- Ah ! Là là ! C’est trop cher, bien trop cher. Et disant cela,
Seynabou a pris la gourde des mains de sa belle-sœur et l’a
rendue.
13

- Ecoute, ma fille, ce n’est pas pour toi, c’est pour ta patronne.


Alors, si on se fait d tort entre nous, que nous restera-t-il ?
Demande-lui cent cinquante francs, donne-moi cent et les
cinquante seront pour toi.
- Ce n’est pas ma patronne, c’est ma belle-sœur.
- Alors, pardon, et fais ton prix. Isabelle voyait la gourde aller
des mains de la marchande à celles de Seynabou et suivait des
yeux la longue palabre des deux femmes.
- Cinquante francs, et je paye comptant. La marchande a pris un
air fâché :
- Alors non, mon enfant laisse-là ; c’est que tu ne veux pas
acheter. Ce matin, j’ai refusé de la vendre pour soixante-quinze
francs. Elles s’en allaient, la marchande a craché sur leurs pas,
mais elle les a rappelées.
- Allons, prends-la et donne-moi quatre-vingt-cinq francs.
- Cinquante ! La marchande a réfléchi, a compté sur ses doigts
en faisant la moue, puis a fini par céder.
- Donne-moi soixante-cinq francs. Je pourrais être ta mère, c’est
pour ça que je consens à faire cette perte. Peut-être me
porteras-tu chance, car je n’ai rien vendu depuis que je suis ici.
D’après S. Ousmane, O Pays, mon beau peuple.

TEXTE 11. UN MARCHE AU SENEGAL


Comme les villageois commençaient à envahir le bourg,
Daro s’en alla vers le marché. C’était un lundi, jour de foire aux
denrées locales. La matinée s’annonçait belle et remplie de
promesses.
Daro vendait diverses denrées sur le marché du bourg.
C’était selon la saison pour certains produits, toute
l’année pour d’autres ; ainsi, elle avait à tout moment du
piment en poudre, couler de sang durci et pulvérisé ; des
cornets de poivre gris et blanc, du poisson fumé ou séché.
14

Et quand arrivait la saison où les arbres fruitiers gonflés


de sève éclatent en produits juteux et mordorés, elle devenait
une des plus actives vendeuses de mangues, de goyaves et
d’oranges du marché. Son étal en tout cas était très renommé.
Daro ne rentrait pas à midi. Le marché était situé loin du
quartier où elle habitait, et le soleil est trop pénible à cette
heure. De plus, elle ne voulait pas, en quittant la halle, même
pour peu de temps, perdre la clientèle de ces gens sans souci,
qui arrivent à n’importe quel moment de la journée.
Sa fille, la petite Maïmouna, lui portait donc le repas au
marché où toutes les deux se régalaient au milieu du bavardage
des marchandes. Souvent, elles n’étaient pas seules à manger
leur plat ; des voisines, invitées par protocole, accourraient, peu
scrupuleuses, et leur tenaient bonne compagnie, intarissables
de verve et d’imagination. Mais Daro, pieuse et fidèle épouse,
pensait au fond d’elle-même que cette nourriture offerte à
autrui, était une aumône qui contribuerait à sauver l’âme de
son défunt mari.
Certains jours, par temps très lourd, et quand les
opérations s’étaient succédées avec une intensité fiévreuse, la
mère de Daro, après ces repas copieux, cédait à
l’engourdissement de ses nerfs et dormait.
Maïmouna alors veillait seule et continuait à servir la
clientèle de hasard.
D’après Abdoulaye Sadji, Maïmouna (Présence africaine)

TEXTE 12. UN COMMERCANT HABILE

A Dakar pour les dames deux pôles d’attraction : chez Jim


et la rue Vincent. Jim était un Sénégalais très au courant des
goûts et de la mode de son pays. Il tenait un superbe magasin
de nouveautés où toutes les femmes indigènes pouvaient
15

satisfaire leurs rêves de toilettes : tissus de soie aux couleurs de


l’arc-en-ciel, mousselines e gazes légères comme une toile
d’araignée, babouches brodées chargées de dorures, pagnes
rayés, bijoux en or, colliers de verroterie. D’un bout à l’autre du
magasin, ce n’étaient que merveilles et, dans les vitrines, des
objets rares d’un luxe inutile mais combien fascinants.
Jim se tenait derrière son immense comptoir, le sourire
aux lèvres, la main habile à faire valoir sa marchandise. Nul ne
savait comme lui donner du « chic » aux pièces de tissus et de
pagnes. Il les soulevait comme gros bébés, les posait
avantageusement sur le comptoir lisse et brillant et se mettait à
les caresser avant de commencer le vrai travail d’exhibition.
Puis il les crevait du doigt, les étalait, vantant la beauté du tissu,
sa solidité, la qualité de ses couleurs, etc. ses mains palpaient
l’étoffe, la pressaient doucement, l’étendaient, la froissaient.
Elles dépliaient un mouchoir de tête à contre-jour pour mettre
en relief les dessins. C’étaient des vraies mains de magicien,
petites, effilées, souples comme une paire de gants. Jim savait
encore persuader les femmes, que tel ou tel coloris, telle
mosaïque de dessins, telles arabesques se mariaient
admirablement avec les peaux claires ou chocolat, ou noir
terreux, noir d’ébène. Il savait enfin décider les clients à l’achat
en invoquant la vogue d’un tissu nouveau : on n’en aurait
bientôt plus, « ce sont mes derniers mètres ». Aidé de deux
employés, il menait comme il l’entendait le peuple naïf des
femmes coquettes et rendait en somme un immense service à
la société en comblant quelques-uns et les moins dangereux de
leurs désirs.
D’après Sadji, Maïmouna (Présence africaine)

TEXTE 13. LE TRAVAIL

- Tu vois, mon cœur n’est plus solide. Mais il marchera quand


même. Il doit encore faire un peu de chemin avec moi, avant de
16

s’arrêter. Car s’il est fatigué, moi je ne le suis pas encore !...
Regarde ces gourmands-là, il faut toujours les enlever au
sécateur ou à la machette. As-tu constaté le souffle d’un vent
tout différent des autres ?
- Non !
- C’est un vent qui annonce la pluie. Tiens, là-bas, droit devant
toi, vois-tu le nuage en paquet au-dessus du grand arbre à
l’horizon ?
- Oui.
- Eh bien il n’arrive jamais sans nous apporter la pluie. Du reste,
écoute, le touraco chante. Je ne me trompais pas ; il pleuvra
cette nuit. Nous allons enfin pouvoir repiquer, remplacer les
plants morts. Les herbes déjà si hautes ont été coupées, il y a
tout juste deux mois. Ah ! si mes plants poussaient aussi vite
que tous ces chiendents et ces roseaux, je ne regarderais jamais
le ciel pour connaître le temps du lendemain.
Ils avaient atteint la rizière où chantonnaient des insectes
cachés dans la vase. De là, ils arrivèrent dans la bananeraie où
poussaient aussi taros et canne à sucre, piment et gombo.
- Regarde, regarde l’insecte qui se sauve, dit l’oncle, en
montrant un genre de scarabée aux ailes noires rayées, il fait
partie du bataillon d’insectes qui cisaillent les jeunes pousses de
maïs, de riz, de cacao, de café. Il n’y a que des ennemis ici. Tous
ligués contre nous. Mais ils n’auront pas le dernier mot…
Bernard Berlin Dadié, Climbié.

TEXTE 14. LA MOISSON DU RIZ (1re partie)

Parvenus au champ, les hommes s’alignaient sur la lisière


le torse nu et la faucille prête. Mon oncle Lansana invitait alors
à se mettre au travail. Aussitôt les torses noirs se courbaient sur
la grande aire dorée, et les faucilles entamaient la moisson.
Ces faucilles allaient et revenaient avec une rapidité qui
surprenait. Elles devaient couper la tige de l’épi entre le dernier
17

nœud et la dernière feuille tout en emportant cette dernière.


Eh bien ! Elles n’y manquaient jamais.
Les moissonneurs maintenaient l’épi avec la main et
l’offraient au fil de la faucille, ils cueillaient un épi après l’autre
et la vitesse avec laquelle la faucille aillait et venait était
surprenante.
Chaque moissonneur mettait son honneur à faucher avec
sûreté et avec la plus grande adresse ; il avançait un bouquet
d’épis à la main, et c’était au nombre et à l’importance des
bouquets que les autres l’appréciaient.
Mon jeune oncle était merveilleux dans cette cueillette du
riz : il y devançait les meilleurs. Je le suivais pas à pas,
fièrement, et je recevais de ses mains les botes d’épis.
Quand j’avais à mon tour la botte dans la main, je
débarrassais les tiges de leurs feuilles et les égalisais, puis je
mettais les épis en tas ; et je prenais grande attention à ne pas
trop les secouer, car le riz se récolte très mûr et, étourdiment
secoué, l’épi aurait abandonné une partie de ses grains. Je ne
liais pas les gerbes que je formais ainsi : c’était là déjà du travail
d’homme ; mais j’avais permission, la gerbe liée, de la porter au
milieu du champ pour la dresser.
Camara Laye, L’Enfant noir
TEXTE 15. LE TRAVAIL DE L’OR

Ce travail, la fabrication d’un bijou en or, demande des


précautions spéciales, et se déroule un peu comme une
cérémonie.
Quand l’or commençait à fondre, j’aurais crié si un
respect sacré ne m’avait pas interdit d’élever la voix. Je tressais
et je sentais que tous tressaillaient aussi en regardant mon père
remuer la pâte encore lourde ou le charbon de bois finissait de
18

brûler. La chaleur augmentait et l’or devenait fluide comme de


l’eau.
Les génies ne s’étaient pas opposés à l’opération.
« Approchez la brique », disait mon père, mettant fin à
l’interdiction qui nous avait empêché de parler jusque là.
La brique qu’un apprenti posait près du foyer était creuse,
généreusement graissée de beurre de karité. Mon père retirait
la marmite du foyer, la penchait doucement et je regardais l’or
couler dans la brique, je le regardais couler comme du feu
liquide. En fait, ce n’était qu’un mince trait de feu, mais vif, si
brillant ! A mesure que l’or coulait dans la brique, le beurre
flambait ; il se transformait en une fumée lourde qui prenait à la
gorge et piquait les yeux.
Tout ce travail de fusion, mon père aurait pu le confier à
l’un ou à l’autre de ses aides… Mais, je l’ai dit, mon père
remuait les lèvres. Ces paroles secrètes que nous n’entendions
pas, ces paroles magiques c’était là l’essentiel.
Appeler les génies du feu, du vent, de l’or, écarter les
mauvais esprits, c’était une science que mon père était seul à
posséder et c’est pourquoi il était seul aussi à pouvoir tout
conduire.
Camara Laye, L’Enfant noir.

TEXTE 16. LA MORT DE BATOUALA

Tandis que, poussé par le vent, la ligne des feux que les
rabatteurs ont allumés jette dans les fosses cachées et sous les
sagaies des chasseurs l’abondant gibier qui tente de fuir,
soudain retentit un cri de terreur.
– Att… attention !
– Mourou, la panthère !...
– Sauve-qui-peut !...
– Vite à cet arbre …
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– Dans ce fourré…
– Dépêche-toi ! …
– Où trouver un abri ? …
– Mourou ! …
– La panthère ! …
– Sauve-qui-peut ! …
Bissibi’ngui n’a pas eu le temps d’entendre ni de réfléchir
davantage. L’aboiement des chiens, les cris de leurs maîtres, les
flammes, leur éclat, leur chaleur, l’ivresse née de la vue du sang
et de la violence des mouvements auxquels lui et ses
compagnons venaient de se livrer ; tout ce tumulte de sons, de
gestes et de lumière l’avait étourdi.
Juste à ce moment, une lourde sagaie siffla au-dessus de lui.
Qui l’avait lancée ?
Batouala.
Heureusement pour lui, il venait de se jeter de côté, à plat
ventre, afin d’éviter la panthère qui bondissait dans sa
direction.
Lorsqu’il se releva, tout tremblant encore, le fauve disparaissait
avec feulements furieux.
Par contre, là, tout près, Batouala, le chef, râlait, au milieu d’un
attroupement de rabatteurs et de chasseurs.
Irritée par cette sagaie qu’elle avait vue venir- et qui ne lui était
pourtant pas destinée-, la panthère, au passage, lui avait ouvert
le ventre d’un coup de patte.
D’après René Maran, Batouala.
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TEXTE 17. LUTTE CONTRE LES CRIQUETS

« Les criquets ! Les criquets ! Les criquets !... »


Les gens se rendirent compte de ce dont il s’agissait et, affolés,
se mirent à pousser des cris de détresse : « Les criquets ! Les
criquets ! Les criquets ! »
Ils abandonnèrent soudain leurs paniers pour s’emparer des
récipients vides, des fers de houes, de tout ce qui était sonore
et qu’ils rencontraient dans leur course fébrile ; ils prirent aussi
des bouts de bois et se mirent à faire un vacarme assourdissant
en frappant de toutes leurs forces sur les récipients, tout en
courant vers le champ ; certains saisissaient des massues et se
ruaient aussi vers nos plantations.
Ma mère se démenait, sans savoir exactement que faire ni où
aller. Mon père, les bras levés en signe de détresse, avec son
boubou flottant au vent, courait partout, criait, maudissait les
criquets, invoquait Allah !
Je pris la décision bien ferme d’agir de mon mieux, de me
montrer un garçon digne de quelque chose… Je me précipitai
dans la case couverte de tôle qu’habitaient mes parents. Je pris
mon arc et mes trois carquois chargés des flèches ; il y en avait
même d’empoisonnées préparées par mon père.
Jeune guerrier ainsi accoutré, je me dirigeai sur notre champ
d’un pas décidé.
J’arrivai au champ, mon père me vit ; ému, il me serra
tendrement contre son cœur :
– Mon pauvre garçon ! J’admire ton courage, mais ni l’arc les
flèches empoisonnées ne peuvent rien contre les criquets ; des
coups de bâton et de talon, du tapage : voilà les seuls remèdes.
Je fus profondément déçu de m’être inutilement armé pour
mette les criquets en déroute, mais je luttai de mon mieux…
Des criquets il y en avait partout, le champ en était couvert, ils
21

rampaient, trottaient, sautaient d’épis en épis. A leur passage,


les épis disparaissaient, les tiges tombaient coupées en menus
morceaux.
Nous criions, hurlions, écrasions les sales bêtes qui semblaient
se multiplier malgré nos farouches efforts. Volumineux et vert
cendré, ils grimpaient le long de nos jambes. Nous les écrasions
avec plus de force et de violence qu’il n’en aurait fallu pour tuer
un fauve.
Peine perdue ! … En peu de temps, le récolte était faite, le
champ entièrement dévasté, et le reste de criquets, comme
obéissant à quelque cri de ralliement, à quelque ordre
impératif, reprit son vol funeste.
Et ce fut la misère dans toute sa puissance…
D’après Olympe Bhély-Quenum, Un piège sans fin.

TEXTE 18. LE BOUC ET L’ANGLAIS

Un Anglais dessinait un charmant paysage. Il s’était assis sur un


tronc d’arbre abattu, et avait déployé le gigantesque parasol
gris des touristes peintres… Le sommeil le tenta et alourdit ses
paupières… Il referma son carton, et, les bras appuyés sur sa
canne, le parasol lui faisant ombre et fond, il s’endormit.
Un bouc vint à passer en tour de promenade. Ce spectacle le
surprit. Il s’arrêta et contempla l’Anglais… Le brave homme
dormait de tout son cœur. Sa tête lentement s’inclinait et
tombait sur sa poitrine ; puis, brusquement se relevait, pour
s’incliner encore et retomber… Ce manège involontaire fut mal
compris du bouc… Il recula, pencha lui aussi sa tête sur la
poitrine et… attendit de pied ferme…
L’Anglais restant en place, le bouc après quelques temps leva
les yeux et le regarda de nouveau… le front de l’Anglais pendait
toujours… Alors, décidément froissé, mon bouc se remet en
22

garde et, avec un grand élan, fond sur l’Anglais ! Le malheureux


tourna comme une aile de moulin autour de son arbre, et la
tête en bas, les jambes en haut, pêle-mêle avec le parasol, les
cartons et les pinceaux, roula dans l’eau du fossé… Je vous
laisse à deviner les cris, la colère, la honte, l’embarras du
pauvre homme se débattant dans la vase. Le bouc, lui, les
pattes de devant sur le tronc, contemplait d’en haut sa victime
empêtrée, il bêlait, et son bêlement faisait rire tous les échos de
la montagne.
D’après Van Tricht, Les familiers de l’étable.

TEXTE 19. LA PART DU LION

Un jour le lion, le loup et le renard s’en allèrent chasser


ensemble. Ils attrapèrent un âne sauvage, une gazelle et un
lièvre. Le lion dit alors au loup : « Loup, c’est toi, aujourd’hui,
qui feras le partage. » Le loup dit :
« Il me semble équitable, sire, que vous receviez l’âne sauvage
et que mon ami le renard prenne le lièvre. Quant à moi, je me
contenterai de la gazelle. »
A ces mots, le lion se mit en rage. Il souleva sa grosse patte
puissante et l’abattit sur la tête du loup. Le loup eut le crâne
brisé et mourut presque aussitôt.
Alors le lion s’adressa au renard :
« A ton tour, maintenant, d’effectuer le partage ; et tâcher de
mieux t’y prendre. »
Le renard dit solennellement :
« L’âne sera pour votre déjeuner, Sire, la gazelle sera pour le
souper de Votre Majesté et le lièvre vous revient, pour votre
petit déjeuner de demain. »
Le lion, surpris, lui demanda :
« Et depuis quand es-tu aussi sage ? »
23

Le renard répondit :
« Depuis que j’ai entendu craquer le crâne du loup, Majesté. »
Fable du Soudan.

TEXTE 20. A QUI REVIENT LE TROUPEAU

Un enfant était assis, en train de jouer sous l’arbre qui se trouve


à l’entrée du village : deux hommes arrivèrent et lui dirent :
« Enfant, veux-tu nous montrer le chemin ? Si tu nous mets sur
le chemin, nous te donnerons cette génisse. »
L’enfant leur montra le chemin et prit la génisse, puis alla la
confier à son oncle maternel dans un village voisin. Cette
génisse resta là et sa postérité finit par remplir un parc.
Le père de l’enfant étant devenu pauvre, son fils lui dit : « Papa,
allons chercher mes bœufs chez mon oncle maternel. » Ils y
arrivèrent ensemble.
L’oncle ne voulut lui donner que la vieille mère, disant que tous
les produits étaient issus de son propre taureau.
Ils réunirent les vieux du village et leur exposèrent l’affaire,
mais en vain. L’enfant dit à son père : « Papa, partons, il me
donnera mes bœufs ». Ils sortirent du village et partirent.
Une fois qu’ils furent un peu éloignés du village, le fils dit à son
père : « Papa, attends-moi ici, je vais chercher mes bœufs et je
reviens. »
Arrivé près du village, l’enfant se mit à crier : « Mon oncle !
Mon oncle ! Vieux du village ! Donnez-moi une calebasse neuve,
et du savon : papa a accouché d’une fille et je vais la laver. »
Tous les vieux se mirent à crier ensemble : « Tu es fou ?
Comment un homme peut-il accoucher ? »
24

L’enfant dit : « Vous êtes des vieux à barbe blanche et vous


n’avez jamais rien vu de pareil ? » Les vieux
répondirent : « Jamais nous ne l’avons vu. »
L’enfant dit : « Est-ce que mon père ne pouvait pas accoucher
d’une fille, puisque le taureau de mon oncle a vêlé ? »
Tous les hommes du village dirent à son oncle de rendre les
bœufs à l’enfant : Donne-les-lui, ils sont à lui ! »
L’enfant emmena tous ses bœufs chez son père.
D’après Moussa Travele.
TEXTE 21. LA MALADIE DE FAYE

Faye et sa femme blanche Isabelle habitent « La Palmeraie ». La


mère de Faye, Rokhaya, est venue chez eux.
Trois jours après, une fièvre terrassa Faye. D’abord, il avait senti
son corps secoué de frissons, ensuite il s’était trouvé plongé
dans un véritable bain de sueur. C’était une violente attaque de
paludisme. Le moustique porteur du mal avait dû le piquer dans
hautes herbes de la brousse. Rokhaya fut alertée. Elle déclara
qu’on avait jeté un mauvais sort sur son fils et dans tous les
coins de la chambre où il gisait à demi-mort, les fétiches se
mêlèrent aux peaux de bêtes. Pendant plusieurs jours, Oumar
fut en proie au délire.
La présence de la vieille Rokhaya ne déplaisait pas à Isabelle,
mais lorsque le médecin africain arriva, la mère de Faye poussa
de tels cris que le praticien se fâcha et qu’Isabelle se demanda
si vraiment il était nécessaire que Rokhaya restât à la Palmeraie.
Au lever du soleil, Faye n’allait pas trop mal, mais lorsque venait
le soir, il n’était plus possible de le retenir sur le lit : il parlait
fort, s’agitait, se tordait comme si un diable l’habitait.
Les deux femmes se relayaient régulièrement pour veiller le
malade. Rokhaya lui frictionnait le corps avec du vinaigre, ce qui
25

l’apaisait pour un moment. Elle lui donnait à boire des


décoctions de tamarin mêlé à des plantes inconnues. Il
vomissait aussitôt puis s’endormait. La violence de cette crise
inquiétait tout le monde, elle durait maintenant depuis près
d’un mois. L’oncle Amadou, lui, était allé chercher un charlatan
qui confirma les doutes de la vieille mère. Il affirmait que le mal
qui possédait Oumar s’était enfui dans le marigot, qu’il fallait le
retrouver à tout prix, sinon c’était la mort. Quelques jours plus
tard, on le vit revenir portant un œuf bizarrement peint sur
lequel il se livra à de curieuses simagrées.
Cependant, jour après jour, Oumar revenait à lui. Il avait
beaucoup maigri et Isabelle souffrait de le voir ainsi.
Enfin, un matin, on put le descendre au jardin.
- Tu reviens de loin, mon ami, dit Isabelle en posant une
couverture sur ses genoux.
D’après S. Ousmane, O pays mon beau peuple.

TEXTE 22. PREMIER VOYAGE EN AVION

L’avion atterrit dans un bruit infernal.


Croyant qu’on prendre place dans un avion comme dans un bus
ou dans un « Fula-fula », Zoao se précipite et s’introduit dans la
cabine de l’équipage. On l’en refoule puis il finit par prendre
une place ailleurs.
« C’est ma place, » lui dit un Blanc, « regarde ma carte de
bord. »
Zoao se met debout. «Ça commence mal, se dit-il, on me
refoule partout. On ne veut certainement pas du noir ». Une
hôtesse vient le chercher :
« Montrez votre carte de bord, s’il vous plaît. »
« C.38. »
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« Voici votre place. Juste à côté de la fenêtre ».


Il est plus ou moins midi. Zoao a faim. Il donne raison à son père
qui avait prévu un pique-nique pour lui. Il ouvre son sac, prend
sa chikwangue et un peu de makayabu « capitaine ». L’odeur de
la chikwangue ainsi que celle du makayabu et surtout le gaz
dégagé par le pili-pili, font éternuer les voisins, tous les Blancs
s’écrient :
« Ça ne va pas ! »
« Qu’est-ce que c’est ? »…
« Où sommes-nous ? »…
Une hôtesse se précipite vers Zoao et lui demande de donner
tout son paquet. Ce dernier proteste et s’exclame :
« Jai faim, je dois manger. »
« Non, monsieur ; bientôt tout le monde va manger, nous
sommes en train de préparer le dîner. Vous mangerez à votre
faim. »
« Dans ce cas, dit Zoao, vous pouvez prendre tout le paquet ;
cependant, mademoiselle, pourriez-vous m’assurer que là où je
vais on ma donnera à manger ? »
« N’ayez crainte, monsieur. »
Adieu chikwangue et makayabu. On les jette dans la poubelle,
sans plus.
L’hôtesse annonce qua dans quelques instants on sera en plein
désert du Sahara. Soudain l’avion commence à faire des hauts
et des bas.
Zoao regarde à travers la fenêtre. Très loin en bas, il aperçoit
des amas de sable, des montagnes, etc. « Si l’avion tombe, se
dit le jeune homme, on ne retrouvera certainement pas un seul
gramme de ma chair ». En entrant dans les nuages il espère voir
27

le Bon Dieu dont on lui disait, dans les leçons de religion, qu’il
était au ciel…
« Nous sommes en plein Sahara », dit l’hôtesse. Les montées et
les descentes de l’avion commencent.
C’est l’heure du plus grand drame ; l’avion monte d’abord puis
descend brusquement.
« Au secours ! » s’écrie Zoao.

D’après Zamenga Batukezanga, Carte postale.

TEXTE 23. EN CAR

Il lui fut impossible de prendre le premier car, par suite de la


lutte à soutenir pour y accéder. Un autre véhicule arriva. Ils
furent nombreux à s’y précipiter, serrés comme des sardines ;
pas moyen de bouger un bras, un pied. On chargea ensuite du
bois, des planches, un bric-à-brac innombrable, avec une
lenteur désespérante. Le chauffeur discutait avec des petits
revendeurs qui tournaient autour du véhicule, en compagnie
des mendiants. Ceux-ci chantaient, appuyés d’une main sur le
rebord de la carrosserie et de l’autre sur leur bâton d’aveugle.
L’apprenti, du toit où il rangeait les bagages, descendit en
piétinant des doigts. Le chauffeur monta, manœuvra des
manettes. Le car refusait de partir. La foule oisive qui
stationnait là se mit à le pousser…
Le paysage était fait de cactus fleuris et de filaos dans lesquels
le vent murmurait avec un bruit de houle. Puis ce fut la plaie
des arrêts, pour descendre ou prendre un passager, pour le
contrôle des gendarmes, qui, graves, comptaient et
recomptaient les voyageurs enfumés par le gaz.
La route était longue, droite, goudronnée ; les piétons dociles
en suivaient les bords. Les autres véhicules passaient en sifflant.
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Le chauffeur allait lentement. Peut-être voulait-il désintoxiquer


les passagers du tumulte de la ville, de la fièvre de la
précipitation, du goût de la vie facile, au contact de ce paysage
magnifique.
Bernard Dadié, Climbié.

TEXTE 24. LE DEPART

Le bateau qui vient de Pointe-Noire sera là dans une heure. De


minute en minute les nouveaux arrivants grossissent le groupe.
Le quai s’encombre. Chacun semble heureux de partir. Un seul
mot sur toutes les bouches : Paris.
Kocoumbo et ses parents étaient sur le quai depuis une demi-
heure et la vue de l’allégresse de ses camarades avait mis un de
tranquillité dans l’esprit du jeune homme. C’est alors qu’il se
mit à penser à ce que serait sa vie de tous les jours à Paris …
Les bruits et l’agitation qui régnaient sur le quai troublaient ses
méditations et lui rappelaient que le moment de quitter ses
parents était arrivé. Son grand corps mince, aux épaules solides,
flottait dans son vilain costume mal coupé, les jambes trop
longues de son pantalon fléchissaient sur les bouts jaunes de
ses souliers blancs.
Il n’avait pas envie de se mêler aux autres, encore moins de
faire le va-et-vient.
Maintenant il partait pour la France ; cela aussi était du
courage. Un pays dont il ignorait tout … Il fallait réellement du
courage pour abandonner brusquement un matin les rivages de
son pays, les choses familières, ses parents, ses amis, afin de
partir vers l’inconnu.
L’heure du départ approchait. Les étudiants maintenant
circulaient entre les ballots de marchandises, interpellaient les
derniers arrivants à grand cris …
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La sirène stridente du navire en vue depuis un long moment les


fit sursauter.
Des cris de joie partirent des plages. Au large, le bateau jetait
l’ancre.
Kocoumbo regardait le paquebot. Il lui sembla tout petit sur
l’océan, et un sourire de doute vint figer un instant ses traits.
Puis il ramena ses yeux illuminés de tendresse sur ses parents,
et sa mère se jeta à son cou avec des sanglots entrecoupés …
Les étudiants prirent place dans les nacelles suspendues aux
grues. Celles-ci les déposaient dans de petites chaloupes qui les
emportaient jusqu’au bateau où les accueillaient ceux qui
étaient partis de Pointe-Noire, toute une jeunesse joyeuse,
remuant des mouchoirs avec des clameurs assourdissantes.
D’après Aké Loba, Kacoumbo, l’étudiant noir.

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