Août 2020 APRC/20/INF/11
CONFÉRENCE RÉGIONALE DE LA FAO
POUR L’ASIE ET LE PACIFIQUE
Trente-cinquième session
1-4 septembre 20201
La transformation numérique de l’alimentation et de l’agriculture
Résumé
Le système alimentaire mondial doit encore surmonter des défis considérables pour fournir
suffisamment d’aliments de bonne qualité afin de nourrir une population en expansion constante.
D’autre part, le monde évolue rapidement au rythme de l’apparition de diverses nouvelles
technologies. Les technologies numériques constituent des occasions uniques d’améliorer la
production et le commerce alimentaires, en particulier au niveau des petits exploitants, contribuant
ainsi à réaliser les objectifs de développement durable (ODD). Le présent document s’intéresse au
potentiel qu’offre l’informatisation de l’agriculture et dresse un bilan des initiatives menées par la
FAO pour aider les pays à concevoir et mettre en œuvre des stratégies et des applications
numériques.
Suite que la Conférence régionale est invitée à donner:
La Conférence régionale est invitée à:
• débattre du potentiel qu’offre l’application des technologiques numériques s’agissant
d’accroître la productivité agricole dans des conditions durables et d’atteindre l’ODD 2, et
dégager les différentes approches envisageables pour élaborer des stratégies agricoles
numériques au plan national;
• examiner les défis et les risques liés à l’informatisation de l’agriculture et échanger des
suggestions sur la manière dont on pourrait répondre aux préoccupations économiques, sociales
et éthiques;
• prenant acte de la note conceptuelle approuvée par le Forum mondial pour l’alimentation et
l’agriculture, qui propose l’instauration d’un conseil numérique international pour l’alimentation
et l’agriculture au sein de la FAO, évaluer l’intérêt que pourrait présenter un forum ouvert aux
diverses parties prenantes, au sein duquel les gouvernements, le secteur privé, les organisations
d’agriculteurs, les institutions de recherche et les organisations internationales échangeraient
des idées sur le meilleur parti à tirer des technologies numériques aux fins d’améliorer les
systèmes agroalimentaires et proposeraient des mesures au sujet des préoccupations exprimées,
et formuler des suggestions à ce sujet.
1 La session devait initialement avoir lieu à Thimphou (Bhoutan), du 17 au 20 février 2020.
NC580/f
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Pour toute question relative au contenu du présent document, prière de s’adresser au
Secrétariat de la Conférence régionale pour l’Asie et le Pacifique
APRC@[Link]
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Introduction
1. Dans l’alimentation et l’agriculture, les technologies numériques sont en train de transformer
rapidement la façon dont les individus, les entreprises et les gouvernements travaillent. Elles produisent
déjà d’importants avantages en réduisant les coûts liés à l’information, aux transactions et à la
supervision. Bon nombre de pays ont élaboré des stratégies agricoles numériques ou sont en train de le
faire afin de concevoir, développer et appliquer des manières innovantes d’exploiter les technologies
numériques. Ces stratégies sont axées sur l’amélioration de l’infrastructure numérique ainsi que
l’élaboration et l’application d’outils numériques dans le secteur agricole et dans les zones rurales. Elles
tentent de réduire la «fracture numérique» entre les différents secteurs, individus ou économies, qui
n’ont pas tous les mêmes capacités à adopter les nouvelles technologies.
2. Le présent document traite du potentiel des applications numériques pour améliorer le
fonctionnement des systèmes alimentaires et agricoles, des activités que mènent la FAO pour aider ses
États Membres à tirer parti de telles applications pour transformer ces systèmes, et de la nécessité de
créer un espace de concertation entre multiples parties prenantes, par exemple le conseil numérique
international pour l’alimentation et l’agriculture récemment suggéré par les 75 ministres de l’agriculture
réunis au Forum mondial pour l’alimentation et l’agriculture 2020.
Potentiel de l’agriculture numérique
3. Notre système alimentaire et agricole mondial fait face à des défis majeurs. En 2019, on
comptait plus de 820 millions de personnes en situation de sous-alimentation chronique sur la planète,
en hausse par rapport aux 811 millions recensés l’année précédente. L’agriculture doit combattre la faim
et la malnutrition sous toutes ses formes, mais aussi générer plus d’emplois dans les zones rurales,
améliorer les revenus et soutenir la croissance économique rurale afin de contribuer à éliminer la
pauvreté. Les systèmes agricoles et alimentaires ont un rôle crucial à jouer pour favoriser une utilisation
durable des ressources naturelles et de la biodiversité, pour combattre le changement climatique et pour
répondre à ses conséquences.
4. Les technologies numériques peuvent fortement contribuer à surmonter ces défis. Dans
l’agriculture, les capteurs, drones, satellites et robots sont des exemples de technologies numériques
susceptibles de révolutionner les modes d’exploitation, même à l’échelle artisanale. Les capteurs et les
satellites fournissent des informations sur l’humidité du sol, la température, la croissance des cultures et
les réserves de nourriture du bétail, ce qui permet aux exploitants d’obtenir de meilleurs rendements en
optimisant la gestion des cultures et en réduisant l’utilisation d’engrais, de pesticides, d’aliments et
d’eau.
5. En connectant véhicules, robots et drones au réseau, l’internet de objets accroît la rentabilité de
tâches à forte intensité de main d’œuvre comme la surveillance sanitaire des cultures, le semis, ou la
traite des vaches. Ces technologies produisent en outre d’énormes quantités de données qui peuvent être
combinées à d’autres informations, stockées et analysées pour étayer la prise de décision. Ces
«mégadonnées» sont massives en termes de volume et comportent des informations d’une variété
considérable qui exigent de nouvelles formes de traitement et d’analyse permettant d’interpréter les
événements passés et de prévoir les prochains. En aval, les technologies numériques telles que les
systèmes de grand livre distribué (comme la chaîne de blocs) présentent de nombreux avantages, car
elles permettent de réaliser et d’enregistrer les transactions entre différentes parties non fiables de façon
plus transparente et distribuée. Cet aspect devient essentiel dans les chaînes d’approvisionnement
alimentaire et dans le secteur agricole en raison de la multiplicité des acteurs en jeu de la ferme à
l’assiette.
6. Les technologies numériques peuvent contribuer de manière significative au développement
durable. À titre d’exemple, les applications numériques peuvent transformer et promouvoir des
technologies agricoles intelligentes face au climat exploitant de gros volumes d’informations et de
connaissances, et gérer de multiples objectifs en matière de productivité agricole en tenant compte des
contraintes liées au changement climatique. Il est possible d’exploiter le potentiel des mégadonnées de
manière sûre et responsable en faveur du développement durable et de l’action humanitaire. Les chaînes
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de blocs peuvent améliorer le suivi des responsabilités sociale et environnementale et de la traçabilité.
Elles sont aussi à même de faciliter le paiement mobile, le crédit et le financement de façon sûre et
fiable. En somme, appliquées aux systèmes alimentaires, les technologies numériques peuvent amener
des évolutions majeures ou des ruptures qui améliorent non seulement l’efficacité et la rapidité, mais
redistribuent aussi l’information et le pouvoir tout au long de la chaîne de valeur. Si ces technologies
offrent un potentiel énorme pour uniformiser les conditions entre les acteurs de la chaîne de valeur, elles
peuvent aussi servir à concentrer le pouvoir. Essentielles pour surmonter les défis mondiaux et favoriser
le développement durable, elles pourraient aussi paradoxalement compliquer les efforts en ce sens de
façon inattendue. Il est toutefois presque certain que ces technologies accélèrent la mutation des
systèmes alimentaires, et de sérieux efforts doivent être faits pour suivre leur utilisation et leurs
incidences afin d’en tirer des propositions de mesures visant à optimiser les avantages et limiter les
risques systémiques autant que possible.
7. En dépit des avantages considérables qu’elles peuvent apporter à la société, force est de
reconnaître que les technologies numériques soulèvent des inquiétudes. La fracture numérique,
notamment entre l’agriculture de subsistance et l’agriculture moderne, s’accentue rapidement. Les
enjeux liés aux données et à la vie privée en matière d’agriculture numérique peuvent saper la confiance
en ces technologies. Dans le domaine agricole comme dans tous les secteurs économiques, il convient
de faire preuve de transparence et de clarté concernant les questions comme la propriété des données, la
portabilité, la vie privée, la confiance et la responsabilité. L’introduction de la robotique et de
l’intelligence artificielle pourrait être utile aux secteurs agricoles qui manquent de main d’œuvre, mais
dans d’autres pays où la main d’œuvre est abondante, cela pourrait entraîner des déplacements de
travailleurs à moins que ces derniers n’adaptent leur savoir-faire et ne se spécialisent dans de nouvelles
tâches. De tels déplacements peuvent occasionner d’importants problèmes dans les zones rurales où les
secteurs alimentaire et agricole restent les premiers pourvoyeurs d’emplois et où les compétences
nécessaires pour exploiter le potentiel positif de l’informatisation font défaut.
8. À long terme, il se peut que les technologies numériques aient aussi des répercussions sur la
structure des exploitations. Pour l’heure, elles sont surtout employées dans des grandes exploitations où
elles favorisent l’efficience d’échelle; de plus en plus d’éléments suggèrent toutefois que ces outils
pourraient apporter divers avantages aux petits producteurs, par exemple en améliorant leur accès aux
marchés ainsi qu’à des services financiers ouverts au plus grand nombre. Des études suggèrent par
ailleurs que la technologie des chaînes de blocs pourrait avoir des effets contrastés: elle promeut certes
l’efficacité, la transparence des chaînes de valeur alimentaires et la traçabilité des produits alimentaires,
mais pourrait également brider la concurrence et, dans certaines conditions, encourager la collusion entre
les entreprises. Ces questions concernent de nombreux secteurs économiques, activités, entreprises et
pays, et constituent un enjeu important pour l’agriculture.
9. Bon nombre de pays ont élaboré des stratégies agricoles numériques ou sont en train de le faire
afin de concevoir, développer et appliquer des manières innovantes d’exploiter les technologies
numériques. Ces stratégies s’appuient sur des améliorations de l’infrastructure numérique et de
l’aptitude à se servir des outils numériques, ainsi que sur l’élaboration et l’application de tels outils dans
l’agriculture et dans les zones rurales. Mais pour transformer l’agriculture, il faut une stratégie
numérique axée sur l’adoption et l’adaptation des technologies numériques et sur leur développement
futur de façon à appuyer les améliorations systémiques et les objectifs élargis du Programme de
développement durable à l’horizon 2030. Le principal élément d’une telle stratégie est l’instauration
d’un environnement favorable (politiques, institutions, information, suivi et autres biens publics)
invitant les développeurs, fournisseurs et utilisateurs des technologies numériques à adapter ces outils
de manière à influencer notablement les moyens d’existence des agriculteurs, le secteur agroalimentaire
et les consommateurs.
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Activités de la FAO en matière d’évaluation et de promotion de
l’informatisation
10. La FAO et l’Union internationale des télécommunications (UIT) ont mis au point un Guide
stratégique pour l’agriculture électronique visant à épauler les pays dans l’élaboration et la mise en
œuvre de stratégies d’agriculture numérique. Ces stratégies aident à rationaliser l’utilisation des
ressources (financières et humaines) et permettent d’analyser globalement les possibilités et les
problèmes relatifs aux technologies numériques dans le secteur agricole de manière plus efficace. Le
Guide stratégique pour l’agriculture électronique de la FAO décline une approche sur trois volets:
i) mettre en place un environnement propice à l’agriculture électronique; ii) répondre à l’ensemble des
besoins nationaux en matière d’environnement numérique; iii) exploiter le potentiel lié à l’adoption des
technologies numériques par d’autres secteurs. L’adoption d’une approche transversale reposant sur les
compétences et contributions d’un large éventail de secteurs et de parties prenantes sera essentielle à la
planification d’une stratégie fructueuse pour l’agriculture numérique.
11. La FAO a mis au point des applications, bases de données et plateformes pour appuyer les
travaux engagés dans différents pays du monde. Ces services numériques offrent un meilleur accès aux
données, informations, cartes et statistiques utiles. La gamme de services numériques de la FAO
comprend quatre applications pour téléphone mobile qui rapprochent les services agricoles des
exploitants en leur fournissant des informations en temps réel sur les conditions météorologiques, les
calendriers culturaux, le soin du bétail, les marchés, et les aspects nutritionnels de la production
alimentaire.
12. La nécessité d’un espace d’échange ouvert à de multiples parties prenantes afin de discuter du
potentiel lié à la transformation numérique du secteur alimentaire a trouvé un écho en janvier 2019 lors
du Forum mondial pour l’alimentation et l’agriculture, où environ 74 ministres de l’agriculture des
quatre coins de la planète ont demandé à la FAO d’«ébaucher, avec les parties intéressées: Banque
africaine de développement (BAfD), Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), Fonds
international de développement agricole (FIDA), Union internationale des télécommunications,
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Organisation mondiale de la
santé animale (OIE), Banque mondiale, Programme alimentaire mondial (PAM) et Organisation
mondiale du commerce (OMC), un concept pour examiner l’instauration d’un conseil numérique
international pour l’alimentation et l’agriculture chargé de conseiller les gouvernements et d’autres
acteurs concernés, de stimuler l’échange d’idées et d’expériences, et ainsi d’aider chacun à tirer parti
des possibilités offertes par l’informatisation».
13. En janvier 2020, la FAO et d’autres organisations internationales ont présenté au Forum mondial
pour l’alimentation et l’agriculture une note conceptuelle proposant la création d’un nouveau Comité
international pour l’alimentation et l’agriculture. Il s’agirait d’une instance de concertation entre
multiples parties intéressées travaillant étroitement avec les mécanismes existants pour pointer les
avantages et les risques liés à l’informatisation, faciliter le dialogue entre l’ensemble des parties
prenantes et proposer des mesures favorisant la confiance dans les technologies numériques et leur
adoption dans le but d’atteindre les objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030.
Le communiqué final du Forum mondial pour l’alimentation et l’agriculture indiquait: «Nous, ministres
de l’agriculture de 71 nations, remercions la FAO et les autres organisations internationales qui ont
conceptualisé la création d’un conseil numérique international pour l’alimentation et l’agriculture,
conformément à la demande formulée dans le communiqué final de l’édition 2019
[[Link] Nous saluons les efforts de la FAO pour définir ce concept et appelons
les organes directeurs de l’Organisation à soutenir un processus visant l’instauration de ce Comité.»
14. Les membres de la Conférence régionale sont invités à exprimer leurs vues sur la transformation
numérique des systèmes alimentaires et agricoles et sur les mesures permettant de tirer le meilleur parti
de cette évolution, et à examiner les moyens par lesquels la FAO pourrait favoriser l’échange et l’analyse
des connaissances au niveau mondial, par exemple dans le cadre d’une instance internationale au sein
de l’Organisation, aux fins d’éclairer les responsables politiques et d’autres parties prenantes dans les
domaines agricole et alimentaire.