Connected
Connected
Connections t.1
Kim Karr
Traduit de l’anglais
Eden
© City Editions 2016 pour la traduction française
ISBN : 9782824644196
Imprimé en France
SOMMAIRE
Note de l’auteur
Playlist
Prélude
Prologue
6
7
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
Épilogue
Remerciements spéciaux à…
NOTE DE L’AUTEUR
La musique compte beaucoup pour moi. Dans ce livre, j’ai utilisé de nombreuses chansons pour
transmettre les sentiments et les émotions du personnage dans chacun des chapitres. Si bien que
chaque titre de chapitre est celui d’une chanson. J’ai passé de nombreuses heures à chercher des
chansons qui correspondaient au récit, et j’espère que les écouter avant de lire chaque chapitre vous
permettra d’améliorer votre expérience de lecture. Rendez-vous sur mon site
[Link] pour retrouver les liens vers les chansons sur Spotify. Malheureusement,
sans la permission des artistes, je n’ai pas pu inclure les véritables paroles dans le livre. Vous verrez
donc des versions modifiées pour correspondre au mieux aux sentiments et émotions du chapitre, et
non les paroles originales. La seule exception est l’utilisation des paroles de la chanson de Maroon 5,
pour laquelle j’ai obtenu une autorisation.
PLAYLIST
Prologue
Gnarls Barkley – « Crazy », Prince – « Purple Rain », Nirvana – « Rape Me », U2 – « Beautiful Day »
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
« Sex Therapy »
Chapitre 12
John Mayer – « Say », Fuel – « I Should Have Told You », Coldplay – « Yellow »
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
« In the Air Tonight », Poison – « Talk Dirty to Me », Adelitas Way – « Dirty Little Thing »
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Dashboard Confessional –
Chapitre 20
Chapitre 21
Natasha Bedingfield) – «
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Ivan & Alyosha – « I Was Born to Love Her »
Chapitre 25
Rihanna – « Diamonds »
Chapitre 26
Chapitre 27
Épilogue
Go Radio – « Go to Hell »
PRÉLUDE
Je suis venu ici de nombreuses fois, mais aujourd’hui, c’est différent. Je suis seul. Il n’y a pas de bras
pour me réconforter. Mon corps tremble ; pas à cause du froid, mais parce que je prends conscience
du destin. Une larme esseulée coule doucement le long de mon visage tandis que je regarde dans la
nuit et crie :
Le vent hurle au loin, le tonnerre gronde et les éclairs frappent. Je reste là en espérant que la tempête
imminente m’emportera et effacera l’ombre qui me menace. Une petite pluie apaisante tombe du ciel
sombre, mais elle ne soulage en rien mon âme ravagée. La brume se lève doucement dans la nuit, des
flaques se forment par endroits, et l’air froid me donne des frissons dans le dos. Je suis dans le noir et
la tempête.
Je suis une silhouette solitaire et je me recroqueville par terre avec le sentiment d’être complètement
perdu. Mes larmes se mêlent à la pluie dans une danse lente. Personne n’est là pour me voir. Personne
ne sait où me trouver. Seuls les vautours me remarquent. Ils planent au-dessus de ma tête, essayant de
s’abriter de l’averse froide. Je ne cherche pas de refuge dans cet endroit que je méprise, à présent,
mais je n’ai nulle part ailleurs où aller. Je n’ai pas d’espoir. Je n’ai pas d’avenir. Ma place est ici :
dans les ténèbres.
PROLOGUE
Crazy
Août 1999
Chaque élément et chaque son m’indiquaient que c’était le meilleur endroit du monde. C’était une
vraie fourmilière : la musique rugissait des haut-parleurs, l’électricité emplissait l’air, et des
personnes anonymes se précipitaient pour trouver leur place. Mon père et moi nous sommes arrêtés
rapidement pour acheter des tee-shirts du concert. Empoignant fermement nos billets, nous nous
sommes frayé un chemin à travers la foule.
L’excitation autour de nous était incommensurable, presque indescriptible. Nous nous sommes assis,
fascinés par ce qui se tenait devant nous. En regardant la scène, il était impossible de tout intégrer.
Être si près était enivrant. J’étais paralysée, sous le choc, et mes yeux suivaient les rayons des
projecteurs tandis qu’ils descendaient l’escalier.
Bono encourageait des milliers de mains et de têtes qui s’agitaient. Finalement, j’ai retrouvé mes
esprits et commencé à m’imprégner de l’ambiance quand U2 s’est mis à jouer « Beautiful Day ».
Plongeant dans un état presque hypnotique, j’ai fermé les yeux et me suis balancée au rythme des
battements alors que les vibrations pénétraient mon corps tout entier. Je suis restée ainsi pendant toute
la durée du concert, comme je l’avais déjà fait tant de fois auparavant.
Se rendre au Greek Theatre – ou au Greek comme on l’appelle – était une expérience unique. C’était
la plus grande salle de concert couverte, et des gens de tous horizons y venaient pour connaître son
ambiance particulière. Des personnalités, des groupes inconnus, des chanteurs célèbres, des groupies
et des amateurs de concerts pouvaient venir de très loin. Ils adoraient tous cet endroit, et moi aussi.
J’aimais observer les tee-shirts des visiteurs qui se mêlaient comme une couverture de différentes
couleurs de laine tissée avec finesse. Tous venaient d’endroits différents, mais ils étaient rassemblés
pour la même raison : écouter la meilleure des musiques.
Mon père était le directeur général du Greek. Il adorait la musique, surtout le rock et les années 1980
et 1990. Il assistait à des concerts depuis ses treize ans et achetait un tee-shirt chaque fois. Autant dire
qu’il possédait une jolie collection. Il avait commencé à travailler au Greek jeune et ne l’avait jamais
quitté tout simplement parce qu’il adorait ce qu’il faisait. Il accumulait des tas d’histoires et me
racontait de nombreuses anecdotes complètement folles. Il connaissait toujours les scoops et les
partageait avec moi. J’avais même eu la chance d’avoir des morceaux de l’un des billets Wear Purple
du concert complet de Prince en ma possession.
Il y a un concert qui aura toujours une place spéciale dans mon cœur. C’est celui de Nirvana au profit
des Bosniaques victimes de viol. Ils avaient fait l’ouverture avec la chanson très émouvante « Rape
Me », et, même si la cause me touchait, ce fut l’émotion véhiculée par cette chanson qui m’avait fait
tomber encore plus amoureuse de la musique que je ne l’étais déjà. Après le concert, ce soir-là, le
Greek n’était plus seulement l’endroit préféré de mon père, mais aussi le mien.
Ma mère n’était pas aussi mélomane que mon père ; elle préférait les vêtements aux concerts. Elle
m’a appris à coudre, et ensemble nous avons confectionné une couverture en patchwork avec les tee-
shirts de concert qui ne m’allaient plus en grandissant. Mon père et moi avons rassemblé plus de deux
cents vestiges de l’histoire de la musique.
Essayer de savoir ce que je voulais faire quand je serais adulte était déconcertant. J’étais partagée
entre l’amour de mon père pour la musique, l’amour de ma mère pour la mode et la passion que
j’avais à saisir les images de tout ce qui était beau. Je pensais que je ferais peut-être carrière dans la
musique ou irais à l’école de mode et de design de New York comme l’avait fait ma mère. Quelle que
soit la voie que je choisirais, elle devrait me permettre de prendre des photos. Peut-être qu’un jour je
créerais mon propre métier de rêve qui mêlerait ces trois-là !
Out of My Head
Octobre 2006
En passant les portes marquées des lettres grecques Kappa Sigma, j’ai eu l’impression de pénétrer
dans un décor de cinéma. C’était Halloween, et tout le monde portait des costumes, un gobelet rouge à
la main, et dansait… Enfin, pas vraiment tout le monde. J’ai dû y regarder à deux fois pour m’en
assurer, mais c’était bien ça : il y avait un immense pain de glace bleu au milieu du salon. Le garçon
en bas de la piste était mon petit ami, Ben, et la personne derrière lui, ma meilleure amie, Aerie.
Je n’allais pas à beaucoup de fêtes de fraternité et, en les regardant tous les deux au pied de ce glaçon
qui faisait presque la taille d’un toboggan pour enfants, j’ai su pourquoi.
J’ai observé d’un air renfrogné les deux idiots ivres qui s’étaient visiblement retrouvés au bout de ce
pain de glace alcoolisé un peu trop souvent avant de me diriger vers la cuisine pour prendre une
bière. En revenant au salon, j’ai aperçu Ben en train de sucer un citron les yeux mi-clos et le nez
froncé. Il bougeait vigoureusement la tête de gauche à droite. Il essayait en vain de dissiper l’impact
puissant des shots innombrables qu’il s’était envoyés. Secouant la tête d’un air amusé, je suis passée
devant un couple qui jouait au bière-pong et me suis mise à rire. Si l’état de la fille était un indicateur
de son niveau, le garçon jouait manifestement bien mieux qu’elle.
Quand il m’a remarquée, Ben m’a adressé un petit sourire et a agité son index pour me demander
d’avancer vers lui. Il a avancé de quelques pas, son regard plongé dans le mien pendant que la foule
disparaissait.
Une fois face à lui, j’ai vu que ses paupières tombaient légèrement sur ses yeux du même bleu que les
myosotis, me permettant de n’avoir qu’un aperçu de ses pupilles dilatées. Son petit sourire était
toujours là, ce qui m’a indiqué qu’il devait encore être relativement sobre.
‒ Je ne sais pas trop, a-t-il dit en penchant la tête de côté et en haussant les épaules.
Ben m’a pris mon gobelet des mains et l’a posé sur la table près de nous. Il a passé ses bras autour de
ma taille et m’a tirée vers lui.
‒ Hé ! Dahl. Qu’est-ce qui t’a retenue si longtemps ? a-t-il demandé en posant ses grosses mains sur
mes fesses.
Les bras autour de son cou, j’ai appuyé mon front contre son menton et poussé un long soupir.
‒ La séance photo a été plus longue que prévu. Drake s’est effondré quand il s’est rendu compte que
les tenues des modèles n’étaient pas dans la teinte de violet qu’il avait demandée.
‒ Drake est une vraie tapette. Il ferait mieux d’espérer que tu trouves un autre stage pour le semestre
prochain parce qu’il commence vraiment à me les briser.
Ses paroles m’ont fait légèrement sourciller, et je me suis penchée en arrière pour poser les mains
sur son torse ferme avant de regarder dans ses yeux un peu vitreux.
‒ C’est bon. Je te le promets, Dahl, a-t-il dit en ricanant, l’haleine chargée de l’odeur forte de l’alcool.
‒ Tu vas bien ?
‒ Bien sûr. Ce n’est pas vraiment la fin du monde s’il n’y avait pas la bonne teinte de violet.
Je me suis raidie. Je savais de quoi il voulait parler, mais je n’avais pas envie d’évoquer
l’anniversaire de la mort de mes parents.
J’ai rompu notre étreinte, attrapé ma bière et cherché Aerie dans la pièce.
Ben a acquiescé et affiché de nouveau son petit sourire en m’observant vider tout le contenu de mon
gobelet avant de mâcher les glaçons. Il m’a attirée vers le centre de la pièce, où il a agité le bras pour
m’indiquer le pain de glace.
Après avoir rempli nos verres, nous sommes restés près du distributeur de glaçons alcoolisés. La fête
battait son plein, et j’ai observé Ben se servir au pain de glace une nouvelle fois. Je me suis excusée
pour aller aux toilettes ; j’ai jeté un coup d’œil à la foule autour de moi et me suis frayé un chemin
dans le chaos. Chaque pièce était pleine à craquer. J’ai percuté un grand type roux et compris qu’il
était soûl quand il a essayé de m’embrasser. Je l’ai poussé et me suis mise à rire lorsqu’il s’est
emmêlé les pieds et est tombé sur les fesses. J’ai poursuivi mon chemin vers l’escalier. Il était
encombré par une multitude de personnes qui buvaient, se pelotaient ou faisaient des choses que je
n’avais pas du tout besoin de voir.
Il y avait une odeur d’alcool mélangée à celle de la transpiration, et j’ai soudain eu le sentiment que je
n’arriverais pas à sortir à temps. Je devais me faufiler prudemment entre les gens à l’étage et j’ai
ressenti un grand soulagement quand j’ai enfin atteint la salle de bain.
Après en être sortie, je me suis rendue dans la chambre de Ben pour faire la pause dont j’avais grand
besoin. Cette journée était la plus dure de l’année pour moi, mais participer aux festivités semblait
toujours m’aider à la supporter. Tandis que je me dirigeais vers son lit, j’ai remarqué les billets qu’il
m’avait donnés ce matin. Je savais que le fait qu’il ait acheté des billets pour que nous allions voir
l’un de mes groupes préférés, Maroon 5, au Greek, partait d’une bonne intention. J’avais vraiment eu
honte de mon réflexe lorsqu’il me les avait tendus en pensant que cela égaierait une journée qui
s’annonçait bien sombre. Mais je ne pouvais pas y retourner. J’avais vécu tellement de bonheurs là-
bas avec mon père que je ne l’aurais pas supporté. Cela n’aurait fait que me rappeler à quel point il
me manquait.
Je me suis jetée sur le lit en soupirant. Oui, cela partait d’une bonne intention et il voulait vraiment
être celui qui m’accompagnerait là-bas, mais il savait que je ne pourrais jamais y retourner. Je le lui
avais dit. Lorsqu’il avait acheté ces billets, il s’était certainement dit qu’il pourrait me ramener le
bonheur que j’avais autrefois partagé avec mon père. Malheureusement, je n’étais pas retournée au
Greek depuis mes quatorze ans, quand j’étais allée assister au concert de U2. C’est le dernier concert
auquel je suis allée avec ma famille avant que ma mère, ma tante et mon père meurent dans l’accident
d’un petit avion de retour de Mexico. Retourner au Greek ne pourrait jamais m’apporter du bonheur,
mais seulement la tristesse d’avoir perdu ma famille et l’envie profonde qu’ils soient de nouveau
auprès de moi. Je ne sais trop combien de temps je suis restée dans sa chambre à penser à mes
parents, mais j’ai finalement décidé de rejoindre la fête.
Je me suis arrêtée dans la cuisine pour prendre une troisième bière, puis je suis retournée au salon.
Toutes les lumières avaient été éteintes, des bougies orange luisaient partout et le son d’une musique
entêtante emplissait la pièce.
J’ai senti un bras puissant passer autour de ma taille et Ben me mordiller l’oreille.
‒ Juste chercher une bière, ai-je répondu, levant mon gobelet et me retournant dans ses bras.
Des hurlements ont attiré mon attention vers le pain de glace, où Aerie sautait sur place, les mains sur
la gorge, semblant pousser des cris de douleur. J’ai tourné la tête vers elle et posé mon verre sur la
rampe d’escalier.
‒ Que boit-elle ?
Ben a renforcé son étreinte autour de mes hanches et m’a attirée vers lui. Glissant ses longs doigts
dans la ceinture de mon legging noir, il a caressé la dentelle de ma culotte et a susurré à mon oreille :
‒ Je ne sais pas.
‒ Tu en veux ?
‒ J’ai promis à Aerie de l’accompagner au bar pour écouter un nouveau groupe. L’une de nous deux
doit rester relativement lucide…, au moins jusqu’à ce qu’on se rende là-bas.
Il a passé sa main le long de ma culotte ; le bout des doigts de son autre main a glissé de mes fesses à
ma hanche. Avant que je ne m’en rende compte, ses doigts glissaient vers l’avant de ma culotte.
‒ Je ne parlais pas du pain de glace, a-t-il dit de manière évasive avant d’enfoncer sa langue dans mon
oreille et frotter son entrejambe contre le mien.
Je me suis éloignée de lui et j’ai enlevé ses mains de mes leggings. Il fallait que j’interrompe cette
démonstration d’affection très publique avant qu’il ne soit trop tard. J’ai écarté ses cheveux blonds de
ses beaux yeux bleus et lui ai demandé :
‒ Tu viens ?
La musique résonnait fortement dans la pièce peu éclairée principalement occupée par des personnes
déguisées qui ne faisaient absolument pas attention à nous. J’ai passé mes bras autour de son cou et
tiré sa tête vers moi pour joindre nos bouches. C’était vraiment quelque chose.
Ben a éloigné ses lèvres douces des miennes et grommelé à mon oreille :
Je me suis écartée et j’ai fixé son sourire incroyablement irrésistible. J’ai dû rassembler toute ma
volonté pour décider ce que je devais faire.
Avant de pouvoir répondre, Aerie a tiré sur ma queue de cheval. Elle se balançait légèrement et a dit
en ayant du mal à articuler :
Je me suis détachée de Ben en haussant les épaules avant de prononcer silencieusement : « Désolée.
Je me suis de nouveau penchée vers Ben pour lui donner un rapide baiser. Malgré Aerie qui me tirait
violemment vers la porte, je suis parvenue à dire :
En marchant à reculons en riant, j’ai envoyé un baiser à Ben et lui ai dit au revoir de la main.
Il s’est redressé et est resté là, les mains dans les poches. Il s’est mordu la lèvre et a secoué la tête en
me regardant partir.
La nuit fraîche a aidé à faire descendre ma température corporelle que Ben venait de faire grimper.
Les bruits d’Halloween résonnaient dans toutes les directions, alors que nous parcourions l’allée de
la fraternité. J’ai mis mes mains sur mes oreilles pour empêcher les sons agaçants venant des fenêtres
des maisons de m’atteindre. J’ai jeté un coup d’œil à Aerie ou, plus précisément, à son costume de
diablesse.
Elle devait être bourrée quand elle s’était préparée parce que je ne l’aurais jamais imaginée porter ça.
C’était vraiment la plus ridicule des tenues : une robe de paillettes rouge très courte, des talons hauts
et tous les accessoires assortis. Cela pouvait tout juste passer pour un ensemble digne des quartiers
chauds…, alors, pour un costume d’Halloween…
Tandis que nous marchions vers le bar, j’ai empoigné une Aerie chancelante par le bras avant qu’elle
n’atterrisse sur ses fesses.
‒ Ben alors ? On entre dans la danse ? lui ai-je demandé en riant et en sachant parfaitement qu’elle
n’aimait pas qu’on se moque d’elle, mais cela m’était alors égal.
Aerie a haussé les épaules avant de tirer ses beaux cheveux blonds ondulés en arrière pour les
attacher avec la barrette qu’elle était en train de chercher dans son sac quand elle avait failli tomber.
‒ Sois gentille ! a-t-elle lancé en m’arrêtant pour qu’elle puisse rajuster sa chaussure. Au moins, on
ne peut pas dire que je suis une anticonformiste !
Comme elle avait dissipé sa colère contre ma remarque sarcastique en m’attaquant avec ses paroles
d’ivrogne, elle ne faisait plus la tête.
Je n’avais jamais dit à Aerie qu’Halloween correspondait à l’anniversaire de la mort de mes parents.
Ben était le seul à le savoir. Il comprenait pourquoi je n’aimais pas Halloween et pourquoi je ne me
déguisais jamais. Pour moi, c’était déjà une journée sombre, et je ne ressentais pas le besoin de
cacher ma tristesse en camouflant mes sentiments derrière un costume.
J’ai poussé un profond soupir en constatant son état d’ivresse et face à ma propre humeur ; j’ai passé
mon bras sur son épaule et imité au mieux la voix de Vincent Price dans la chanson Thriller.
Nous avons continué à avancer, Aerie sur ses escarpins rouges de vamp, moi dans mes baskets
Converse noires, et elle a encore trébuché, laissant cette fois sa chaussure derrière elle.
‒ Aerie, sérieusement, je crois que tu aurais pu te passer de ces chaussures. Elles sont trop grandes.
‒ C’est quelle pointure ? ai-je demandé en plissant les yeux pour regarder à l’intérieur.
‒ T’occupe. C’est pas comme si tu allais un jour les porter, de toute façon, mademoiselle Je-ne-porte-
que-des-chaussures-confortables. C’était la seule paire de chaussures rouges qui restait, et une
pointure de trop n’est pas vraiment un problème quand elles vont parfaitement avec ta tenue, a-t-elle
expliqué en m’arrachant la chaussure des mains. Tu sais qu’il n’y a que l’apparence qui compte. Je
sacrifierais toujours le confort au profit du style. Hum, hum…
Elle s’est éclairci la voix tout en regardant mes chaussures.
‒ Comme tu veux.
J’ai marché un peu plus lentement pour qu’elle puisse remettre ses chaussures. Aerie a alors dit d’une
voix bien plus douce :
‒ Merci de m’accompagner. Maintenant, c’est parti. Allons nous amuser. C’est une soirée entre filles,
après tout, et j’ai un cœur brisé à réparer.
Aerie a agité les pieds sur le trottoir pour remettre correctement ses chaussures, et j’ai su alors que la
soirée serait intéressante. Aerie, ma meilleure amie depuis le collège, rompait avec ses petits copains
comme je changeais de parfum de café…, c’est-à-dire souvent.
Aerie avait une personnalité de type A, mais impossible de s’en rendre compte quand elle était ivre.
Son principal défaut était son besoin de perfection, pas seulement avec elle, mais aussi avec ses
copains.
Quand un mec ne répondait pas à ses attentes de perfection, elle se contentait de s’en débarrasser.
C’était le cas avec son dernier copain, et elle avait rompu la veille. Ce soir, elle attendait avec
impatience de découvrir de nouveaux horizons, et moi, j’attendais d’écouter un nouveau groupe.
Next Lifetime
Nous avons passé la porte ouverte du bar du campus de l’U.S.C., et Aerie a remonté sa queue de
cheval.
‒ Au moins, ils ne passent pas cette merde de bruitages d’Halloween ici ! a-t-elle crié un peu trop fort.
Tandis que mes oreilles s’habituaient à un son plus calme, j’ai entendu une voix de velours interpréter
une chanson que je ne connaissais pas, mais qui était pourtant envoûtante. Aerie s’est arrêtée pour
mettre ses cornes de diablesse et j’ai jeté un coup d’œil à la grande salle pour repérer tous les visages
familiers et essayer d’apercevoir le groupe sur scène. J’ai crié directement dans son oreille :
Elle était sur la pointe des pieds pour essayer de voir au-dessus de la foule. Je me suis mise à rire de
sa petite taille jusqu’à ce que sa corne pointue touche mon œil.
‒ Non, mais j’adore leur son, a-t-elle répondu en essayant toujours de voir la scène et en manquant de
tomber.
Je venais ici depuis trois ans pour écouter de la musique, découvrir de nouveaux groupes et danser. Je
ne me souvenais même pas d’avoir déjà vu ce bar aussi bondé. Il y avait tant de monde que j’arrivais
à peine à voir le long bar en bois à ma droite, et, avec la masse de corps qui bondissaient et
s’agitaient sur la piste de danse, j’avais bien du mal à apercevoir la scène qui se trouvait derrière.
Elle m’a fait un clin d’œil, puis elle a avancé en dansant vers des amis qu’elle venait de repérer sur la
piste. Elle a crié par-dessus son épaule :
‒ Quoi qu’il en soit, je les adore ! Super nom et un son encore meilleur.
Aerie était comme deux personnes en une. L’Aerie sobre était une machine de perfection, dont la vie
était parsemée d’impatience et d’ordre. L’Aerie ivre était une Aerie sobre avec le fun et la folie pure
en plus. Je ne sais trop laquelle je préfère.
‒ Je vais chercher à boire et te rejoins dans pas longtemps, ai-je dit à personne puisqu’elle était déjà
partie.
Une multitude de gens m’entourait. Je me suis frayé un chemin vers le bar. Lorsque le barman m’a
remarquée, j’ai commandé deux bières, une avec des glaçons et l’autre sans, et ajouté deux shots pour
poursuivre ma mission qui était d’aider Aerie à sortir du malheur.
La musique s’est arrêtée, et le mix typique de chansons d’Halloween a pris la relève dans la salle. Je
me suis retournée et j’ai parcouru la foule des yeux pour trouver Aerie. On aurait pu croire qu’elle
aurait été facile à repérer avec son costume de diablesse en paillettes. Elle m’avait expliqué qu’elle
sortait pour prendre sa vengeance et que sa tenue lui serait utile pour être innocentée.
En regardant la foule, je ne l’ai trouvée nulle part, mais, ce que j’ai vu, c’est une silhouette séduisante
qui m’a tout de suite attirée. C’était celle d’un mec. Il était encore trop loin de moi pour que je me
concentre sur une quelconque spécificité physique. Mais quelque chose…, non, tout chez lui attirait
mon attention.
J’ai étudié son mouvement et remarqué la beauté de sa démarche ; il était captivant et il transpirait
l’assurance. Il semblait détendu et calme, comme s’il savait exactement où il allait. Ce mec attirant
avançait dans ma direction et, pendant qu’il s’approchait, j’étais complètement hypnotisée. Je me
mordais la lèvre inférieure et j’étais incapable de me concentrer sur autre chose que sur lui. J’avais
toujours la tête un peu embrumée par les trois bières que j’avais bues un peu plus tôt dans la soirée. Je
ne réfléchissais clairement pas correctement quand nos regards se sont croisés et que j’ai étudié
lentement son corps, de la tête aux pieds.
La distance qui nous séparait a diminué, et je voyais que son apparence physique était aussi captivante
que sa démarche. Il était dangereusement séduisant : grand, mince et musclé, mais pas corpulent. Il
portait un bonnet noir sur ses cheveux châtain clair qui dépassaient çà et là. Quand j’ai regardé dans
ses yeux, je me suis tout simplement liquéfiée. Même si je ne pouvais pas voir leur couleur, leur
intensité était extrêmement puissante. C’était presque comme si je craignais de ne jamais en sortir si
j’y plongeais trop longtemps. Ses yeux à part, les mots « charmant » et « beau » n’étaient pas des
adjectifs assez forts pour le décrire.
Mon esprit a erré où il n’aurait pas dû. Je savais bien qu’il ne fallait pas comparer ce type captivant à
mon copain, mais je l’ai quand même fait. Je me suis sentie affreusement coupable, mais je ne
pouvais m’en empêcher. Mon petit ami avait tout d’un surfeur. Il était séduisant, sexy et avait l’ego qui
allait avec.
Ce mec époustouflant était aussi séduisant et sexy, mais il y avait quelque chose en plus. Je n’arrivais
pas à déterminer quoi.
En se frayant facilement un chemin dans la foule, il a enlevé son bonnet et passé ses mains dans ses
cheveux. J’ai cru voir une touche cuivrée dans ses mèches marron clair. Lorsque nos yeux se sont
croisés, j’ai eu l’impression que cela durait plusieurs minutes, quand, en réalité, cela s’est limité à
quelques secondes. À cet instant, quelque chose s’est produit en moi. Cette connexion ne ressemblait à
rien que j’avais déjà connu auparavant. C’était une attraction électrique qui m’incitait et me forçait à
continuer à le regarder.
Tout ce que je voyais et tout ce que je ressentais se résumaient à trois petits mots : Il est dangereux. Je
savais que j’aurais dû détourner le regard, m’éloigner, mais je ne l’ai pas fait. Je ne pouvais pas. Il
était tout simplement trop attirant. Je voulais tout savoir sur lui et je n’avais même pas encore fait sa
connaissance. Avec ces trois mots qui tournaient dans ma tête, d’autres pensées se sont mises à hurler.
Des pensées que je ne pouvais ignorer, et je savais qu’il fallait que j’en aie le cœur net.
Il s’est finalement retrouvé assez près pour que je puisse voir que ses yeux brillants étaient verts. Leur
éclat doux et réfléchi m’a rappelé deux boules de cristal. J’ai instantanément été attirée comme un
aimant par son sourire. Ce n’en était pas un grand, mais plutôt un demi qui mettait en valeur ses
fossettes. Sa peau était lisse, glabre, et cela rendit mes jambes molles. Il avait des lèvres charnues qui
me donnaient envie de l’embrasser sans que je sache pourquoi. Je n’avais jamais regardé un autre
garçon de cette façon auparavant, pas même Ben. Alors, pourquoi l’observais-je ainsi et pourquoi
étais-je incapable de détourner le regard ?
En dehors de son sex-appeal général, le simple choix de ses vêtements le rendait encore plus
irrésistible. Il portait un jean délavé, un tee-shirt de concert de Foreigner noir et des boots noirs. Je
n’ai pas pu m’empêcher de rire doucement en voyant le tee-shirt de concert parce que j’en portais un,
moi aussi. Le mien était celui de mon père avec « U2 » inscrit à l’avant. J’avais fait un nœud sur le
côté, ce qui faisait que l’encolure descendait sur mon épaule.
Comme il s’était bien mieux débrouillé que moi pour traverser la foule, il se tenait juste devant moi.
Son visage était à couper le souffle ; il avait un menton adorable, un petit nez droit, des sourcils à la
forme parfaite et de longs cils. C’était une vision de la perfection, et je ne pouvais m’empêcher de
sourire.
Le bar était bondé et il n’y avait pas d’espace libre autour de moi. Il est resté où il était, les mains dans
les poches, et m’a souri en retour. Et puis, il a passé la langue sur sa lèvre inférieure avant de me
demander d’une voix grave et sexy :
J’ai fait la moue et levé les yeux au plafond. J’étais un peu choquée par sa franchise. J’ai pris une
profonde inspiration en me redressant et en posant mes mains sur mes hanches.
‒ Non, je cherchais mon amie pendant que j’attendais ma commande. Et il s’avère que tu t’es retrouvé
dans mon champ de vision.
Lorsque le barman a apporté ma commande et l’a posée devant moi, mon téléphone s’est mis à
sonner dans ma poche, mais je l’ai ignoré et j’ai continué à le fixer.
Le client précédent a réglé sa note et est passé à côté de moi. Lui s’est déplacé pour libérer le passage
et a jeté son bonnet près de mon verre. Sa proximité a fait s’accélérer mon pouls, et mon cœur s’est
mis à battre plus fort. Penché sur le côté, il a appuyé sa hanche contre le bar. Les yeux toujours rivés
sur les miens, il a répondu :
Quand je me suis retournée pour parler, j’ai aussitôt perdu le fil de mes pensées. J’ai directement
regardé dans ses puissants yeux verts, si intenses, et je me suis perdue. L’attraction électrique n’a fait
que grandir entre nous. J’avais peur de ne pas pouvoir en sortir indemne.
Il s’est mordillé la lèvre inférieure, et ses yeux ont parcouru mon corps. L’expression sur son visage
m’a indiqué qu’il voulait faire plus que simplement discuter avec moi. J’ai eu une étrange sensation
dans le ventre parce que j’en voulais plus, moi aussi. Ses yeux continuaient à m’étudier ; mes bras se
sont couverts de chair de poule. Je ne me souvenais pas d’avoir été dans cet état uniquement à cause
de la manière dont quelqu’un me regardait.
Un moment de silence agréable est passé avant qu’il ne penche la tête d’une manière absolument
adorable et affiche un grand sourire.
‒ Avec toute cette discussion pour savoir qui regardait qui, je crois que nous avons oublié les bases.
Je m’appelle River, a-t-il dit en tendant la main et en affichant le plus diabolique des sourires.
Avec le sentiment d’avoir été envoûtée, j’ai tendu la main pour serrer la sienne, mais je l’ai aussitôt
écartée. Malheureusement, ce faisant, j’ai heurté la personne qui se trouvait à côté de moi et renversé
accidentellement sa bière.
Le type m’a jeté un regard noir en jurant dans sa barbe. Le sourire de River s’est transformé
rapidement en regard désapprobateur, et il m’a fait délicatement quitter les lieux. Avec un ton sec, il
m’a excusée :
‒ Désolé, mec, c’était un accident, mais laisse-moi t’en payer une autre.
L’homme qui avait perdu sa bière mais gagné une chemise un peu mouillée l’a regardé et a hoché la
tête sans jamais sourire. River a sorti son portefeuille. Il a fait un signe de tête à l’individu et lui a
tendu un billet de dix.
‒ Achète-t’en deux.
Le gars a pris l’argent et s’est éloigné en marmonnant. River a immédiatement retourné son attention
vers moi, et je me suis mordu le coin de la lèvre inférieure en lui souriant.
Nous nous sommes retrouvés là, face à face, avec seulement quelques verres entre nous. J’ai fait
glisser une des bières vers lui et pris une gorgée de la mienne, même si les glaçons avaient fondu.
‒ Merci. À l’évidence, ce type était furieux contre moi. En fait, il a un peu réagi comme un imbécile.
Il a pris lui aussi une gorgée avant de se mettre à rire, manquant de cracher. Il a passé son doigt sur
mon épaule nue, les yeux rivés sur les miens.
‒ Je t’en prie.
Le simple contact de son doigt et son regard intense m’ont fait frissonner. Apeurée par où cela
pouvait nous mener, j’ai fait un pas en arrière.
Mais il s’est avancé. Il n’allait pas laisser la distance entre nous s’agrandir. Il m’a regardée dans les
yeux avec intensité et demandé :
J’ai tiré ma lèvre inférieure avec mes dents et lui ai adressé un sourire taquin.
Mes yeux ont examiné minutieusement son visage pour trouver un indice non verbal. Je l’ai
instantanément trouvé dans son sourire. J’ai tapoté son torse avec mon doigt et l’ai mesuré du regard
avant de lancer :
‒ Je ne suis pas sûre que tu aies besoin de connaître cette information pour le moment. Après tout, tu
pourrais être un harceleur.
‒ Si, je le suis.
Mais mon rire s’est atténué quand j’ai réalisé le doux surnom qu’il m’avait donné.
En se penchant vers moi, il s’est retrouvé assez près pour que je puisse sentir son parfum frais. Il
sentait le savon, comme s’il venait de sortir de la douche, une odeur simple et pourtant incroyable.
‒ Quoi ? Puisque tu ne me dis pas ton nom, je peux t’appeler comme je veux.
Après avoir pris une autre gorgée de sa bière, il a posé la choppe. Il a mis son doigt sous mon
menton pour me faire relever la tête. Son contact prolongé m’a brûlé la peau et a produit en moi de
petits picotements. Il m’a fixée avec ses pénétrants yeux verts et a ri doucement.
‒ Et si on parlait du fait que tu penses que je suis le successeur de Jack l’Éventreur. Je veux que tu
saches que ce n’est absolument pas le cas. En fait, je pense qu’on peut affirmer que c’est toi qui m’as
regardé en premier. Pourtant, je ne crois pas que tu sois une harceleuse.
Son contact m’a fait frissonner, et ma bouche s’est ouverte. Je ne savais trop quoi dire. Je savais qu’il
avait raison : je l’avais dévisagé la première. J’ai été surprise qu’il me le rappelle.
‒ Alors, on peut oublier ça ; disons que c’est moi qui t’ai regardée en premier. Même si ce n’est pas
très important.
Nous étions yeux dans les yeux quand le barman m’a présenté ma note. Je me suis tournée pour payer
mes boissons, et le lien a été rompu. J’ai tendu mon argent au barman, l’ai remercié et lui ai dit de
garder la monnaie. Cette diversion m’a donné un peu de répit pour réfléchir à la manière dont j’allais
gérer cette situation potentiellement dangereuse. Je devais aussi prendre en compte mon amour pour
Ben.
J’ai observé River commander deux autres bières et réalisé que je devais déterminer quels étaient ces
étranges nouveaux sentiments que j’éprouvais. Je voulais en savoir plus parce que notre première
connexion à distance ne s’était pas seulement intensifiée à cause de son rapprochement physique, mais
aussi en raison de son honnêteté désarmante et son charme brut. J’ai mis de côté tous sentiments de
culpabilité concernant mon comportement séducteur. Je lui ai tendu un des shots et lancé :
‒ Santé !
Les gens se cognaient contre lui, contre moi, mais ni lui ni moi ne semblions y faire attention. Il a
baissé les yeux sur mon tee-shirt et les a remontés avant de lever son verre pour trinquer.
J’essayai de ne pas montrer à quel point j’étais excitée par le simple fait qu’il vienne de citer les
paroles de l’une de mes chansons préférées. Chacun de ses gestes durant cette rencontre rivalisait
pour la première place dans ma tête, mais ils la méritaient tous.
Le son de sa voix était fort, mais doux, et cela le rendait encore plus attirant. Je me surpris alors à
penser qu’il n’était pas seulement adorable, mais aussi tout à fait autre chose. Je savais que je ne
devais pas faire ça. Un petit copain que j’aimais m’attendait.
J’avais bien du mal à me concentrer sur la conversation et, honnêtement, je ne savais pas du tout
pourquoi il s’excusait.
Quand son souffle chaud a atteint mon cou, j’ai voulu le sentir partout.
Poursuivant ce flirt dangereux, j’ai baissé les yeux sur ma tenue et désigné mon corps de haut en bas
avec mes mains.
Pendant qu’il m’attirait un peu plus près en tirant sur mon tee-shirt, il a murmuré de manière
séductrice :
‒ Si c’est ton costume, tu te trouves décidément en première place du concours, parce que c’est le plus
sexy que j’aie jamais vu.
Nous sommes restés silencieux une minute ; nous ne pouvions même pas entendre nos respirations
fortes. Le bruit du bar et la foule autour de nous s’étaient atténués, mais ses paroles, son contact…
‒ Tu l’as-tu eu où, d’ailleurs ? a-t-il demandé en tirant sur le nœud de mon tee-shirt pour m’attirer
encore plus près.
J’avais l’impression que la salle tournait et je ne savais pas si c’était à cause de lui, de l’alcool ou du
fait qu’il venait de me poser une question à laquelle je ne voulais pas répondre.
‒ Mon père gérait le Greek et collectionnait les tee-shirts de concert, ai-je dit en essayant de retenir
l’émotion qui montait en moi.
Il a semblé comprendre mon hésitation, peut-être à cause de l’utilisation du passé ou alors de mon
langage corporel. Il a acquiescé, s’est éclairci la voix et, une fois encore, a changé totalement de sujet.
‒ Tu as déjà vu Foreigner jouer ? a-t-il demandé en désignant son propre tee-shirt avec un grand
sourire.
Tandis que je regardais les lettres blanches sur son tee-shirt, j’ai chassé toute ma tristesse et me suis
reconcentrée sur notre conversation. Nous n’étions que deux personnes, qui avaient beaucoup de
points communs, en train de discuter ou, en tout cas, c’était ce que je voulais croire. Une fois nos
verres terminés, il a commandé une autre tournée. Quand j’ai eu fini le shot, j’ai frappé violemment
sans le faire exprès le verre sur le bar, provoquant un grand bruit. Le barman m’a jeté un regard noir.
River a tendu le bras pour saisir une mèche de mes cheveux qui s’était échappée de ma queue de
cheval. Il l’a coincée très lentement derrière mon oreille, et un frisson m’a parcourue. Il a dessiné un
cercle avec son index autour de mon oreille, puis tiré délicatement sur le lobe. Il suscitait dans mon
corps une chaleur dont j’ignorais l’existence. Un geste rapide avait suffi à provoquer des picotements
dans mon cuir chevelu et mettre le feu à mon lobe.
En avalant l’alcool que je n’avais pas besoin de boire, j’espérais éteindre ces flammes. J’espérais
aussi que personne ne le voie me toucher ainsi. Ben aurait été carrément furieux. Sa jalousie était
presque ridicule, et nous avions eu de nombreuses disputes à propos d’autres hommes, toutes
injustifiées. Tout au moins, jusqu’à maintenant.
Tandis que les lumières stroboscopiques se mettaient à clignoter et que j’appuyais ma hanche contre
le bar pour me soutenir, il a posé sa main sur ma taille et m’a fait tourner de manière à ce que mon
dos soit contre le bar. Avait-il remarqué que je perdais l’équilibre à cause des flashes et de mes
vertiges ? Il s’est déplacé pour se tenir juste devant moi, a positionné ses bras de chaque côté de mon
corps et appuyé ses mains sur le bar. En fait, il m’enveloppait, mais je ne me sentais pas du tout
piégée. Je ne savais honnêtement pas ce que je ressentais, mais je savais que mon cœur battait très fort
; mon estomac était noué et j’étais étourdie alors que j’avais de nouveau la chair de poule.
Il a rapproché ses bras, et j’ai cru qu’il allait m’embrasser, car il regardait intensément mes yeux. Je
les ai fermés pour me préparer au baiser, mais j’ai senti qu’il s’écartait brutalement. Aussitôt, j’ai
entendu une voix aiguë crier :
‒ Ma petite sœur tombe au mauvais moment, a-t-il dit avec un sourire en coin.
J’allais répondre quand j’ai entendu un étrange roulement de batterie résonner dans le bar. J’ai
regardé autour de moi pour essayer de savoir à qui il était destiné. Un air amusé sur le visage, il a
levé les yeux au plafond avant de les tourner vers la scène, puis vers moi.
‒ Ce doit être pour moi, a-t-il dit en riant et en s’approchant, si bien que nous étions face à face. Ils
veulent que je remonte sur scène. Je dois y aller, à moins que tu ne préfères que je reste pour qu’on
finisse ce qu’on a commencé ? Parce que ce serait certainement bien plus sympa.
Je n’ai vraiment rien entendu de ce qu’il a dit, mais tout semblait enfin devenir logique. Il était la voix
envoûtante que j’avais entendue quand j’étais entrée dans le bar, et là, il était si près de moi que je
sentais son souffle chaud et son odeur de savon. Il était si charmant, si captivant et si attentionné avec
moi.
J’étais presque sûre d’être ivre parce que j’éprouvais des choses que je n’aurais pas dû éprouver.
Regardant dans ses puissants yeux verts, j’ai su que je ne devais pas essayer d’en sortir.
Avant que je puisse répondre quoi que ce soit, il a reculé légèrement la tête, levé ma main et y a
déposé un baiser. Puis il s’est penché vers moi et a murmuré dans mon oreille, avec ses lèvres
humides :
Ma main était en feu, mon oreille brûlait ; j’aurais dû m’habiller comme la méchante sorcière de
l’Ouest, parce que non seulement je représentais le mal en personne, mais en plus j’étais en train de
fondre.
Cet étrange roulement a de nouveau retenti dans les haut-parleurs, et il m’a regardée encore une fois.
‒ Je dois filer.
À cet instant, j’ai réalisé que ce qui avait commencé comme un petit flirt inoffensif s’était transformé
en une situation qui était devenue bien trop dangereuse pour moi ; les ennuis étaient tout proches.
Il a placé ses mains sur le bar, m’entourant avec ses bras à nouveau, mais sans me toucher, et a attendu
une réponse. Comme il n’avait pas vraiment posé une question à laquelle j’avais envie de répondre, je
me suis contentée de sourire et de dire :
‒ Si tu fais partie du groupe, tu ferais mieux d’y aller. Tu ne devrais pas faire attendre tes fans.
Il a pris cela pour une réponse, ou peut-être pas, puisqu’il n’en attendait pas vraiment une. Peut-être
qu’il était simplement pressé. Quoi qu’il en soit, il m’a adressé un dernier sourire à couper le souffle,
s’est penché et m’a embrassée. Mon corps a réagi étrangement à son baiser. Une vague de quelque
chose que je ne pouvais identifier a déferlé en moi. D’abord, il s’est contenté de toucher légèrement
mes lèvres avec les siennes. Pendant quelques brèves secondes, il les a pressées plus fort avant de
s’éloigner. Je ne lui ai pas rendu son baiser, mais je me suis complètement perdue sur le moment.
‒ J’espère que tu es devenue une fan ! a-t-il lancé avec un clin d’œil avant d’attraper son bonnet.
J’ai porté mes doigts à l’endroit qu’il venait d’embrasser et regardé sa silhouette s’éloigner,
remarquant la démarche qui m’avait captivée à l’instant où j’avais posé les yeux sur lui. J’ai pris
vaguement conscience de la musique qui venait des haut-parleurs. C’était la chanson « Superstition »,
mais je ne l’écoutais pas vraiment parce que mon esprit se concentrait sur lui.
J’ai secoué la tête pour essayer de me débarrasser des pensées qui n’auraient pas dû être là. Je savais
que je devais partir, ou je finirais par faire quelque chose que je regretterais. Je devais partir pour
deux raisons : d’abord, j’aimais Ben ; ensuite, Ben truciderait River ne serait-ce que pour m’avoir
regardée comme il l’avait fait. En plus, il y avait eu le baiser… Oui, Ben ferait plus que le trucider.
Consciente de tout cela, je me suis demandé pourquoi je ne m’étais pas enfuie dès le début. Pendant un
instant, c’était comme si je croyais aux coups de foudre, ce qui n’était pas le cas. Et comment les
coups de foudre pourraient-ils exister quand on est déjà amoureuse de quelqu’un ? Je ne voulais pas
analyser les événements de ce soir parce que j’étais complètement confuse, et les réponses ne
correspondraient pas à ce que je voulais entendre.
Je souris en repensant à mon échange avec cet inconnu envoûtant. Ce n’était décidément pas un
harceleur. C’était un type qui était adorablement charmant et extrêmement charismatique, un type qui
avait une certaine aisance que j’aimais beaucoup, et un type que je ne devais plus jamais revoir. Ça,
j’en étais sûre, parce que le fait qu’on s’intéresse autant l’un à l’autre me faisait carrément flipper, et
son contact suscitait quelque chose en moi. Je craignais que le danger ne l’emporte, et je ne laisserais
pas cela se produire. J’avais un petit ami que j’aimais, et il m’attendait chez lui.
La tête embrouillée par des images de River, je me suis frayé un chemin à travers la foule pour
atteindre la piste de danse, où j’ai trouvé Aerie avec un verre de boisson rose à la main.
‒ Il faut qu’on parte. Tout de suite ! lui ai-je crié en la tirant hors de la piste.
‒ Parce que, si ce n’est pas le cas, j’ai bien envie de voir ce mec sexy chanter avant de partir.
Je me suis retournée et j’ai vu la direction qu’elle indiquait. Bien sûr, c’était lui, River, le mec qui me
fascinait. C’est là que j’ai réalisé que je ne lui avais même pas dit mon nom.
En tirant Aerie dans la foule malgré ses protestations, j’ai entendu le public scander « River Wilde,
River Wilde ». J’ai jeté un coup d’œil à la scène juste à temps pour le voir saisir le micro. Avant que
la musique ne commence, nous avons passé la porte, et Aerie s’est mise à me hurler des obscénités. À
mesure que nous nous éloignions, je me suis surprise à penser que je venais de rencontrer le type le
plus charmant tout en sachant que rien ne serait plus jamais pareil.
Mars 2010
Je me suis regardée dans le miroir pour essayer de décider si le collier de perles détournerait
l’attention de ma robe de soirée noire et son profond décolleté en « V ». Le meuble de la salle de bain
était couvert de différents colliers, nos vêtements sales formaient un tas sur le panier, et des serviettes
traînaient par terre. J’ai souri quand j’ai levé les yeux et vu le reflet de Ben dans le miroir. Il était
appuyé contre le cadre de la porte de la salle de bain, un sourire malicieux sur le visage et un brin de
folie dans ses pénétrants yeux bleus.
‒ Perles ou pas perles ? ai-je demandé en le regardant s’approcher de moi dans le miroir.
Je le connaissais depuis mes cinq ans, mais, pour une raison ou une autre, la manière dont il m’a
regardée à cet instant m’a coupé le souffle. Ben a passé ses bras bronzés autour de ma taille et s’est
mis à m’embrasser dans le cou. J’ai senti la peau douce et chaude de son visage fraîchement rasé.
‒ Dahl, je préfère quand tu ne portes rien, pour être parfaitement honnête, a-t-il murmuré en
commençant à descendre la fermeture de ma robe.
‒ Hé ! On va être en retard ! ai-je lancé. Il y a au moins une heure de route pour aller à L.A.
J’ai essayé en vain de me débarrasser du bras qui était toujours autour de ma taille pendant qu’il
continuait à défaire ma robe avec l’autre.
Dans le miroir, j’ai vu Ben se mordre la lèvre. Il a laissé échapper un petit râle.
‒ C’est ma fête, et je peux y arriver en retard si j’en ai envie, a-t-il marmonné à mon oreille avant de
recommencer à embrasser mon cou.
Il était incroyablement sexy dans son smoking avec ses cheveux noirs lissés et son visage rasé de
près.
J’ai senti un léger frisson me parcourir le corps à cause de sa proximité, ce qui m’a décidée à arrêter
de lutter dans ses bras. Je me suis retournée pour le regarder.
J’étais si fière du succès qu’avait remporté Ben en si peu de temps. Il avait obtenu un boulot au L.A.
Times immédiatement après son diplôme et prouvé son extrême assurance et ses compétences en
quelques années en se dévouant à son travail. Même si le trajet quotidien de Laguna était fastidieux,
cela ne semblait pas le déranger, surtout depuis qu’il n’était pas obligé d’aller au bureau tous les
jours. Mon fiancé allait recevoir la récompense du journaliste de l’année en Californie lors d’un
prestigieux dîner à L.A. pour son travail brillant d’investigation dans le milieu du crime organisé. Je
savais que je n’étais pas la seule à être très excitée, même si j’étais la seule à le montrer.
Le manque d’enthousiasme de Ben envers l’honneur qu’il recevait ce soir ne lui ressemblait pas. En
fait, il n’avait pas semblé lui-même pendant toute la semaine. Il n’était pas différent en positif ou en
négatif…, il était simplement différent, et j’avais essayé de savoir pourquoi. J’ignorais si je devais
être inquiète ou touchée par son comportement. Il était un peu étrange, à vrai dire. Il s’était montré
plus doux que d’habitude ; il m’avait envoyé des fleurs, acheté des chocolats, avait passé toutes les
soirées à la maison avec moi. Il s’était même pointé à mon bureau tous les jours pour m’amener
déjeuner.
Ben n’avait jamais été le genre de petit copain à être aux petits soins avec moi. Ce n’était pas le genre
romantique qui offre des fleurs et du chocolat, et je n’étais pas du genre à en avoir besoin. J’aimais
mon indépendance et lui aussi. Il avait toujours pris soin de moi et m’avait toujours aimée à sa façon,
mais jamais, pendant toutes ces années que nous avions passées ensemble, il n’avait fait le genre de
choses qu’il avait faites cette semaine.
Une fois, il s’était presque comporté comme un petit ami fleur bleue, mais, techniquement, ce n’était
pas mon copain, à l’époque. J’avais rompu avec lui et, à cause de son attitude, je m’en étais méfiée. Ce
qui nous avait menés à la rupture restera à jamais gravé dans mon esprit. Je me souviens clairement
du jour où j’ai surgi dans la chambre de Ben dans la résidence de la fraternité. C’était la fin du
premier semestre de notre dernière année à U.S.C. J’étais passée pour lui dire que j’avais finalement
obtenu le stage que je voulais vraiment à Sound Music. J’étais super contente de ne plus devoir
travailler avec Drake et je savais que Ben serait ravi. Comme il n’était pas dans sa chambre quand
j’étais arrivée, je m’étais assise à son bureau pour envoyer à sa sœur, Serena, un e-mail pour lui
apprendre la nouvelle. Je savais qu’elle serait contente pour moi.
J’avais appuyé sur la barre d’espace sur l’ordinateur, et son compte mail était déjà ouvert. Je m’étais
dit que j’allais taper mon message là. Au lieu de cliquer sur RÉDIGER, j’avais accidentellement
appuyé sur CORBEILLE. J’avais tout de suite remarqué la date du 31 octobre 2006. Tandis que mes
yeux parcouraient l’écran, les mots « Re : S’belle », « plus tard ce soir », « yeux verts », « toucher »,
« cuivré », et « ton appartement » avaient été tout ce que j’avais vu avant qu’il surgisse, fasse un
rapide clic-droit et appuie sur le bouton EFFACER. Sa présence m’avait fait sursauter, car je ne
l’avais pas entendu entrer dans la chambre. J’avais retenu mon souffle, étonnée qu’il efface cet e-mail
si rapidement sous mes yeux. Je n’avais pas pu tout lire, mais j’avais compris qu’il me cachait
quelque chose. Avait-il vraiment des projets avec une autre fille ? Des projets qui n’étaient
absolument pas platoniques ?
Il avait admis avoir échangé des mails avec cette fille et bavardé avec elle, mais m’avait assuré que
rien de sexuel ne s’était passé. Au final, il avait avoué que leur relation était déplacée. Il avait juré
qu’il y mettrait fin, et je suis sûre qu’il l’a fait ; mais je ne pouvais plus lui faire confiance et j’avais
rompu avec lui.
Il m’avait alors appelée tous les jours. Pendant les trois mois qui avaient suivi, des petits cadeaux avec
des Ne m’oublie pas m’étaient livrés presque quotidiennement. Il faisait tout pour me convaincre de le
pardonner. Il laissait des petits mots sur ma voiture, des fleurs devant ma porte, des messages sur mon
répondeur avec de nombreuses excuses, des lettres exprimant son amour, il se montrait partout où il
savait que je serais… Il m’avait même acheté une tasse à café argentée et avait écrit : Pour égayer tes
matins.
Cela avait été une longue et difficile séparation de trois mois. Je n’avais jamais réalisé à quel point il
me manquerait, mais c’était le cas…, vraiment. Ainsi, j’avais décidé de lui faire confiance et passer
outre ce déshonneur. Je l’aimais vraiment et je savais qu’il m’aimait. Peut-être que je me sentais aussi
un peu coupable concernant ma propre rencontre pas tout à fait innocente avec ce chanteur.
Alors, oui, le fait qu’il soit aux petits soins avec moi m’a alarmée ; je ne peux pas dire que je
n’appréciais pas ce genre de gestes, mais cela me faisait penser que quelque chose n’allait pas. Y
avait-il quelque chose qui clochait dans notre couple, un couple qui avait déjà connu son lot de hauts
et de bas ?
Peut-être que ce comportement n’était qu’un de ces hauts, ou peut-être que le côté romantique soudain
de Ben avait un lien avec sa volonté de se marier puisque nous n’avions jamais parlé de fixer une
date.
Ce dont j’étais sûre, c’était de notre amour et de notre engagement l’un envers l’autre. Nous avions
grandi ensemble. Nous étions en couple depuis nos seize ans, et fiancés depuis deux ans. Nous étions
en désaccord sur de nombreux points et nous disputions plus que je ne l’aurais aimé, mais la
longévité de notre relation était notre base ; surtout depuis que l’origine de la plupart de nos
désaccords provenait de quelque chose que je ne pouvais pas changer. Nos disputes étaient
généralement dues à la jalousie de Ben ou à son nombrilisme. Il suffisait qu’un autre me regarde pour
que Ben soit jaloux, ce qui était ironique puisqu’il était lui-même toujours très séducteur. Il était aussi
égocentrique. Ce trait de caractère collait avec sa personnalité d’homme dynamique et déterminé à
avancer, même si parfois je me demandais le prix qu’il serait prêt à payer. Je ne savais pas ce qui se
passait avec Ben. Mais j’ai fait l’effort d’écarter ces pensées troublantes pour profiter de l’instant
présent.
‒ Aujourd’hui, c’est le grand jour pour toi, ai-je dit en le regardant dans les yeux.
Je lui ai adressé un large sourire heureux qui reflétait ma fierté pour tout ce qu’il avait accompli. Puis
j’ai détourné le regard pour ajouter :
‒ Que ce soit ta fête ou pas, ce serait malpoli de la part du principal intervenant d’être en retard.
Ben m’a lancé son sourire ravageur, mais n’a pas bougé.
‒ Tu me mènes vraiment par le bout de la…, de la baguette. Je te trouve super belle, a-t-il dit avec un
petit rire en me retournant finalement pour remonter la fermeture de ma robe.
‒ Non, je parlais des perles, idiot ! Dois-je les porter ou pas ? ai-je demandé en les remettant devant
mon cou.
Le sourire de Ben s’est effacé un peu et il m’a pris les perles des mains.
‒ Pas de perles. Elles me rappellent ta grand-mère. Ne va pas croire que je n’aime pas ta mamy, mais
je t’aime d’une façon toute différente. Je ne veux pas que des images d’elle apparaissent dans ma tête
pendant que je te fais l’amour.
Il m’a encore fait faire demi-tour et embrassée juste en haut de la poitrine, où le collier de perles
serait tombé, tout en remontant sa main sous ma robe. Son contact m’a donné des frissons, et son
sourire éclatant a réapparu.
‒ Arrêtez tout de suite, Ben Covington ! Tu ne peux pas faire ça après avoir parlé de grand-mère. Ça
ne se fait pas.
J’ai fait un pas de côté et commencé à quitter la salle de bain pour mettre mes chaussures. J’ai
trébuché sur une serviette et lancé :
Mais il savait que je plaisantais parce que j’étais bien plus désordonnée que lui.
Assise sur le lit, toujours groggy par nos ébats de l’après-midi, j’ai enfilé l’une de mes chaussures
avant de remonter ma jambe sur le lit.
Ben me surplombait pour m’aider à attacher la lanière autour de ma cheville gauche. J’ai remarqué
que son expression avait encore changé pour prendre un air plus sérieux.
‒ Dahlia ? Tu ne m’appelles jamais comme ça, ai-je dit en remuant le pied et en le dirigeant vers son
ventre pour alléger l’atmosphère.
Ben a souri, reposé mon pied et s’est dirigé vers la commode. Je cherchais mes mots pendant qu’il
fouillait l’un des tiroirs avant d’en sortir une boîte Cartier. Il est revenu vers le lit et me l’a tendue.
‒ Je t’ai acheté ça parce que cela exprime ce que j’ai l’impression de n’avoir jamais été capable de te
dire.
Surprise par le nom luxueux, j’ai fixé la boîte quelques secondes avant de l’ouvrir. À l’intérieur se
trouvait un splendide bracelet d’or blanc et de diamants. Quatre cœurs étaient gravés sur le bord. Je le
connaissais bien parce que j’avais écrit un article sur ce bijou à l’université pour l’un de mes cours de
stylisme. Le bracelet avait été créé par Cartier dans les années 1970 et il était censé être le symbole de
l’attachement amoureux sincère ; le gage discret d’un amour passionné. Il doit être fermement attaché
au poignet de l’être aimé à l’aide d’un tournevis doré fourni par celui qui le lui offre et en reste le
gardien.
En levant les yeux vers lui, mes yeux se sont remplis de larmes, et, sans dire un mot, j’ai tendu la
main pour qu’il attache le bracelet à mon poignet.
Saisie par l’émotion, j’ai fixé le magnifique bijou en essayant de ne pas pleurer.
Il s’est penché et a déposé un doux baiser sur mes lèvres. En le regardant, j’ai remarqué que ses yeux
étaient légèrement humides, et son front, plissé. J’ai continué à l’observer tandis qu’il se retournait et
se dirigeait vers le coffre qui avait appartenu à ma mère. Il était vieux, et la peinture blanc cassé était
presque entièrement écaillée. Les pas de Ben étaient lents et mesurés. Sa démonstration d’émotion
était inhabituelle. Je ne l’avais jamais vu aussi transi, pas même lorsqu’il m’avait fait sa demande en
mariage.
Il n’était tout simplement pas très émotif ; ce n’était pas dans sa nature.
En tournant la clé que je laissais toujours dans la serrure, il a ouvert le couvercle du coffre et dit :
‒ Je ne vois pas pourquoi tu aurais à enlever ce bracelet un jour, mais, juste au cas où, je pose ça (il
leva le tournevis en l’air) ici pour que tu saches où le trouver, d’accord ?
Il m’a fait un clin d’œil en désignant le trousseau de ma mère. Je savais qu’il n’aimait pas mon côté
désordonné, mais il n’ignorait pas que je pouvais toujours retrouver quelque chose d’important dans
ce coffre.
J’ai regardé Ben chercher un endroit où mettre le tournevis. Il semblait agir avec sérieux et minutie. Il
a choisi un coin situé dans le petit plateau couvert de velours rouge accroché au couvercle. Du lit, je
pouvais voir toutes les choses matérielles que je considérais comme chères à mon cœur et que je
conservais dans ce coffre. J’ai souri quand j’ai vu les poupées, accompagnées des annuaires d’écoles,
des diplômes et diverses photos. J’ai fini de mettre ma seconde chaussure, me suis levée et approchée
derrière lui. J’ai passé mes bras autour de sa taille et serré. Il a attrapé mes bras et les a étreints à son
tour pendant quelques secondes avant de poser ses mains sur le couvercle. Pendant qu’il le refermait,
j’ai vu le Malibu Ken étendu au-dessus de tout le reste et j’ai repensé à la première fois où nous
avions fait l’amour.
Nous étions allés surfer sur notre spot préféré, loin des gens et des voitures. Les vagues étant petites,
le surf était tranquille. Il avait commencé à pleuvoir, mais nous étions restés pour surfer les plus
parfaites des vagues. Quand la pluie s’était mise à tomber plus fort, nous avions nagé jusqu’au rivage,
les planches attachées à nos jambes. Il pleuvait à verse quand nous avions couru jusqu’à la voiture.
Ben portait nos deux planches pendant que je m’occupais du reste du matériel. Le grondement du
tonnerre était fort, et l’éclair l’avait fait tomber avec les planches. Je m’étais arrêtée pour l’aider en
jetant tout le matériel par terre. Il s’était contenté de me regarder et avait éclaté de rire :
‒ Merde !
Il avait planté les deux planches dans le sable pour former une sorte de tipi.
Nous étions assis en dessous, en train de regarder la pluie frapper les vagues comme des gouttes de
verre qui se fracassaient sur le sol quand Ben s’était penché et m’avait embrassée. Nous nous étions
embrassés si souvent auparavant, mais jamais comme ça. Je m’étais d’abord éloignée, ne sachant pas
où nous allions. J’avais commencé à prendre la pilule environ deux mois avant, anticipant le fait que
Ben et moi finirions par avoir nos premiers rapports sexuels. Tandis que la marée montait sur le
rivage, j’ai su que le temps était venu, j’ai su que c’était le bon moment.
Ben avait reposé ses lèvres sur les miennes et enfoncé sa langue pour qu’elle rejoigne la mienne.
J’avais fermé les yeux, impatiente de sentir ses mains sur mon corps. Je sentais l’odeur du sel de
l’océan sur sa peau et son goût sur sa langue. Il m’avait tirée aussi près de lui que possible et, quand
nous nous étions arrêtés de nous embrasser, j’avais ouvert les yeux.
Nous respirions tous les deux fortement, haletions presque alors que la pluie continuait à s’abattre. Il
m’avait regardée, la bouche légèrement entrouverte, j’avais appuyé mes doigts contre ses lèvres et il
les avait embrassés. En lui rendant son baiser, j’avais embrassé mes propres doigts avant de les faire
descendre le long de son torse nu et sur ses abdominaux bien dessinés. Je l’avais légèrement entendu
retenir sa respiration et, les paupières à demi closes, il m’avait embrassée à nouveau sur la bouche,
cette fois avec plus de fougue. Alors que sa langue se mêlait à la mienne, il avait glissé sa main dans
le haut de mon bikini et décrit des cercles autour de mon mamelon avec son pouce.
Le vent s’était renforcé, faisant voler mes cheveux sur nos visages joints. Alors que je gémissais dans
sa bouche et montais sur lui à califourchon, j’avais senti son érection en appuyant mes hanches contre
lui.
J’avais passé mes mains dans ses cheveux mouillés et le long de son dos nu, et senti le sable crisser
contre sa peau. Ben était descendu le long de ma gorge en la couvrant de baisers et avait murmuré «
Je t’aime, Dahl » avant de passer sa main derrière ma nuque et de tirer la lanière de mon bikini.
J’avais rejeté la tête en arrière. Il embrassait délicatement chacun de mes seins pleinement exposés.
J’avais cambré le dos lorsque ses baisers s’étaient transformés en succions et coups de langue qui
envoyaient des chocs de plaisir au plus profond de moi, et un frisson qui m’avait traversé le dos.
J’avais senti son sourire contre ma peau et gémi :
‒ Je t’aime aussi.
Des éclairs avaient illuminé le ciel au loin, mais les véritables étincelles se trouvaient là, sur la plage.
Pendant que je descendais les mains contre son short de surf, il avait bougé les siennes entre mes
genoux pour écarter un peu plus mes jambes. J’étais toujours à cheval sur lui.
Après avoir fait le contour de son érection avec mes doigts, j’avais attrapé l’élastique de son short,
car j’avais envie de faire la même chose sans la barrière humide qui nous séparait. Mes mains
descendaient, et Ben s’était écarté.
‒ J’ai envie de toi, moi aussi, avais-je répondu en me penchant en arrière pour pouvoir voir son
visage tout en laissant mes mains où elles étaient.
La tempête menaçante prenait la plage d’assaut, et nous avions continué à explorer le corps de l’autre.
Nous étions tous les deux en train de haleter de manière incontrôlable. Il s’était levé et avait pris ma
main pour m’aider à me lever, hors de notre abri, sous la pluie battante.
‒ Allons-y, je reviendrai récupérer nos affaires plus tard, était-il parvenu à dire pendant qu’il me
serrait si fort que je pouvais sentir les gouttes de pluie sur son corps se mêler à celles sur le mien.
Nous étions restés là, debout, à nous toucher et nous embrasser. Il me serrait contre son membre
ferme et passait ses doigts à l’arrière du bas de mon bikini.
‒ Et si on restait ici ?
Je n’avais pas eu besoin de convaincre Ben ; il m’avait tirée sous notre tipi de planches de surf et
nous avions fait l’amour pour la première fois.
Je me suis souvenue de l’avoir regardé pendant très longtemps ce jour-là, avec ses cheveux blonds et
son teint toujours hâlé. Quand nous nous tenions là sous la pluie, sur le point de franchir la prochaine
étape de notre relation, je m’étais dit qu’il ressemblait de plus en plus à ma poupée Malibu Ken, et
j’avais envie d’être la Barbie de ses rêves. Depuis ce jour, je l’appelais « Malibu Ken » ou tout
simplement « Ken ». Je me suis souvenue même qu’il avait dit, en réaction au surnom que je lui avais
donné :
‒ Merde, Dahl, les gens vont croire que je joue à la poupée.
Il savait que c’était le cas. Ce soir, j’ai sorti mon Malibu Ken et l’ai posé sur ma commode. Quand il
l’a vu, il m’a demandé avec un air amusé :
‒ Cool.
J’ai pensé à la façon dont il avait toléré le surnom que je lui avais donné depuis toutes ces années,
même s’il ne l’avait jamais vraiment apprécié. Il savait uniquement que mes poupées Barbie étaient
des repères de mon enfance perdue, et je pense que c’était pour ça qu’il n’avait jamais protesté contre
son surnom. Mes poupées étaient photogéniques, elles me laissaient les habiller, elles étaient toujours
super devant l’appareil et elles me rappelaient une époque plus heureuse.
Ben a soudain fermé complètement le couvercle, et les souvenirs ont disparu. J’ai cligné des yeux et
suis revenue au présent. Il s’est retourné pour me serrer fort dans ses bras. Je ne me souvenais pas de
la dernière fois où nous nous étions étreints comme ça. Encore une fois, je me suis un peu inquiétée
jusqu’à ce qu’il me regarde dans les yeux et me murmure tout bas :
‒ S’il te plaît, Dahl, j’ai envie de te baiser, de te faire l’amour avant de partir.
Avec toute l’émotion et l’amour que j’éprouvais pour lui, je me fichais totalement que nous soyons
en retard. Je lui ai répondu, tout doucement, moi aussi :
‒ Comment pourrais-je refuser lorsque c’est demandé si gentiment ? Et puis, tu t’es rasé, après tout…
Je l’ai attrapé par l’arrière de la tête et l’ai tiré vers moi pour l’embrasser.
Ben m’a embrassée différemment de toutes les autres fois et a fait l’amour d’une tout autre manière
aussi. Il débordait de passion et d’amour, comme d’habitude, mais je ressentais aussi en lui une sorte
de besoin que je n’avais jamais perçu avant. Il aimait le sexe, et nous le faisions souvent. Il était
généralement rapide et allait à l’essentiel, mais là, il a pris son temps, ses yeux ne m’ont jamais quitté
et il n’a rien dit. L’expression dans ses yeux et la manière dont il me touchait m’ont dit tout ce que
j’avais besoin de savoir. Après ça, nous sommes restés dans les bras l’un de l’autre pendant un petit
moment avant qu’il se lève et aille se rhabiller dans la salle de bain. J’ai entendu des bruits qui
ressemblaient à des sanglots. Ben n’avait jamais pleuré – jamais – et, sachant que nous allions être en
retard, j’ai écarté ces sentiments sinistres et me suis juré que nous discuterions de ce comportement
étrange quand nous rentrerions ce soir.
La lueur des phares traversait la pluie qui continuait de tomber. J’étais assise dans sa BMW et le
regardais. Ben détestait écouter le top des titres musicaux, mais il a quand même mis la station de
radio 102,7 pour moi, ce qui m’a fait sourire. Nous écoutions « I’m in Love with a Girl » de Gavin
DeGraw. Je chantais sur les paroles et j’ai été surprise quand j’ai vu Ben se mettre à chanter lui aussi.
Lorsqu’il a senti que je l’observais, il a tourné la tête, m’a jeté un rapide coup d’œil et s’est arrêté de
chanter.
‒ Si un jour j’avais écrit une chanson, ce serait celle-là que j’aurais écrite sur toi, a-t-il dit.
Puis il a monté le son, et la boule que j’avais dans la gorge plus tôt est revenue.
Nous étions ensemble depuis si longtemps que parfois je perdais de vue ce que j’aimais chez lui. À
cet instant, j’ai su que c’était tout : sa carrure d’un mètre quatre-vingts, ses cheveux blonds et courts,
ses fossettes et la manière dont il attirait l’attention de tous avec son assurance. Parfois, cela semblait
flirter avec l’arrogance, mais les gens ne le remarquaient que davantage.
Il avait grandi en tant que surfeur et, même adulte, c’était toujours le cas. J’ai souri en pensant que,
petit, il parlait mal, était une tête brûlée, et la plupart des professeurs disaient qu’il avait un mauvais
comportement, mais je n’avais jamais pensé la même chose. C’était juste sa façon d’être. Tandis que
je le regardais conduire sur l’autoroute, je réalisais qu’il avait toujours cette attitude, et Dieu que je
l’aimais !
Il m’a jeté un coup d’œil lorsqu’il qu’il a sorti de le voie rapide pour emprunter les rues de L.A.
‒ Quoi ? a-t-il dit en baissant le son de la radio alors que la chanson se terminait.
Avec un grand sourire, j’ai tendu la main pour la poser sur sa cuisse et la faire remonter le long de sa
jambe.
‒ Nous allons être en retard à ta première cérémonie de remise de prix, et c’est entièrement ta faute.
Nous nous sommes arrêtés à un feu rouge et j’ai enlevé ma main de sa jambe pour remettre la station
précédente. J’ai entendu un crissement de pneus. Quand j’ai levé les yeux, j’ai vu un gros SUV noir
avec des vitres teintées se mettre en travers devant nous. Son passager a ouvert la portière, et un
homme avec un masque de ski a bondi avec un pistolet.
La panique m’a aussitôt saisie et j’ai eu du mal à respirer quand il s’est approché du côté de Ben.
‒ Sors de cette bagnole !
J’étais paralysée sur place par la peur. Que se passait-il ? Dans mon état de panique, j’ai appuyé sur le
bouton de verrouillage de la portière, mais la voiture était déjà fermée à clé. J’ai attrapé Ben avec
mes mains moites tremblantes. Il m’a regardée, et j’ai vu qu’il essayait de contenir son émotion.
Mes yeux étaient rivés sur l’homme armé. Son regard a croisé le mien. J’ai été terrifiée quand il a
tapé son arme contre la vitre deux fois avant de la pointer vers moi.
‒ Appelle le 911 !
J’étais pétrifiée.
‒ Ben, non !
Je n’ai pas quitté Ben des yeux, et, les mains tremblantes, j’ai réussi à composer le 911 avant que le
téléphone ne me glisse des doigts.
Ma vue a commencé à se troubler et j’ai ravalé ma bile. Mes cris ont disparu dans les hurlements des
sirènes de police. J’étais de plus en plus hébétée, et le son des sirènes était de plus en plus fort. Il y
avait
« It’s not My Time » des 3 Doors Down à la radio pendant que tout ce que je connaissais cessait
d’exister.
Tout est noir. Le sol sur lequel il est tombé, le sac dans lequel son corps magnifique a été emporté, la
couleur de la robe que je portais le jour de son enterrement, ce que je ressens, et la couleur du journal
que j’ai conservé depuis mes dix ans. Le journal qu’il m’a dit de conserver parce qu’il en gardait un
de son côté. Il aimait déjà le frisson que lui procurait le fait de poser les mots sur le papier. Cela ne
m’a jamais procuré de frisson, et maintenant, cela ne fait que m’enfoncer un peu plus dans
l’obscurité.
6 mars 2010
L’enterrement. Serena, sa sœur, s’est occupée de tout. Son meilleur ami, Caleb, était là. Je ne savais
même pas qu’il était revenu d’Afghanistan. Il a aidé Serena. Sa mère, Grace, sa sœur, son neveu Trent
et moi étions assis ensemble. C’est vraiment tout ce dont je me souviens.
9 juin 2010
Chaque jour met ma volonté à l’épreuve. Ma volonté pour sortir du lit, prendre une douche, quitter la
maison, manger, dormir sur le canapé, par terre ou dans la chambre d’amis parce qu’il est hors de
question que je retourne dans cette chambre. Quand j’y entre, je le vois partout et, quand j’y dors, je
n’arrête pas de rêver de lui. Sauf que ce ne sont pas des rêves ; ce sont des cauchemars parce que,
quand je rêve, il est avec moi et, quand je me réveille…, je suis seule. J’ai fait mon premier rêve
environ une semaine après sa mort. Je m’étais réveillée au beau milieu de la nuit, et il était allongé
près de moi.
J’avais posé ma tête sur sa poitrine pour l’entendre respirer. J’avais passé ma main sur son ventre
pour sentir ses muscles fermes. Mon Dieu, c’était si bon et il me manquait tellement, et il était là.
J’avais reposé ma tête sur sa poitrine, contente de l’avoir retrouvé, et je m’étais rendormie. Bien sûr,
quand je m’étais réveillée le matin, j’étais seule.
J’ai fait mon deuxième rêve après que Grace a insisté pour m’accompagner chez le médecin parce
qu’elle savait que je ne dormais pas bien. Le docteur m’avait prescrit du Zolpidem. Ce soir-là, j’avais
décidé de dormir dans notre chambre. Grace était restée avec moi, comme elle le faisait souvent, et je
m’étais endormie facilement. Je m’étais réveillée dans le noir. Il était penché sur moi, m’embrassait,
passait sa main sur ma cuisse et sous mon short. Il avait écarté ma culotte et, avant de me l’enlever
complètement, il avait plongé son doigt en moi. Il avait retiré son boxer et s’était glissé en moi en
bougeant d’abord lentement, puis plus vite, ses à-coups s’intensifiant jusqu’à ce qu’il trouve
satisfaction.
C’est là que je m’étais réveillée et que j’avais réalisé qu’il n’était pas là ; j’étais à nouveau seule, et
mon rêve n’était qu’un doux souvenir de ce que nous avions fait tant de fois avant qu’il ne soit tué.
Les cauchemars sur sa mort arrivent où que je dorme. Ils me remontrent cette nuit, la route que nous
avons prise, le feu rouge, l’arme, le bruit assourdissant de la balle qui en est sortie, lui qui m’appelle
et qui tombe à terre… Du sang partout. Dans mes cauchemars, nous prenons des routes différentes et
nous arrêtons à d’autres feux, mais l’issue est toujours la même : il crie mon nom, puis il meurt. «
Dahlia ».
« Mort ». Ces deux mots résonnent dans ma tête presque chaque nuit.
La police a appelé Grace la semaine dernière pour lui apprendre qu’ils avaient arrêté l’homme qui
l’avait tué. Ils ont trouvé l’arme qu’il a utilisée. Il y avait ses empreintes, ce qui a mené la police
directement à lui. Il a ensuite avoué. Serena est passée me l’apprendre parce que Grace ne pouvait pas
en parler. Elle était trop bouleversée. Caleb est passé plus tard pour voir comment j’allais et a
finalement dormi sur le canapé. Comme il s’inquiète pour moi, il passe souvent ces derniers temps.
15 septembre 2010
Je n’arrive pas bien à affronter sa mort, la vie sans lui. Je le sais. Je n’arrive toujours pas à prononcer
son nom. C’était mon ami, mon amour…, mon tout. Quand mes parents sont morts, je n’avais que
quatorze ans et, même si mon oncle est venu vivre avec moi, je me serais sentie très seule s’il n’y
avait pas eu sa tendresse et son affection.
Mon oncle était un homme plutôt renfermé qui avait perdu sa femme et son unique frère dans
l’accident d’avion qui nous les avait tous enlevés. L’accident qui avait changé non seulement ma vie,
mais aussi mes rêves de carrière ; monter là où mon père adorait être. Je n’ai jamais pensé que je
pourrais me remettre de la perte de mes parents, et, même à quatorze ans, il n’était pas seulement mon
meilleur ami, mais aussi ma seule source de réconfort. Nous avons passé chaque jour ensemble
l’année qui a suivi la mort de mes parents et nous avons créé un lien qui était indéfectible.
Quand le drame a frappé à nouveau, il était là, mon roc ; la montagne dont je dépendais pour qu’elle
me donne de la force. Je ne me souviens pas vraiment de l’enterrement de mes parents. Je pense que
j’ai refoulé les souvenirs de cette période désastreuse. Mais je me souviens qu’il était assis près de
moi, qu’il restait avec moi, prenait soin de moi tout comme il l’a fait quand mon oncle est mort. Je
me souviens bien de l’enterrement de mon oncle. J’étais à genoux dans l’église vide, en train de
pleurer, quand il s’est assis près de moi, quand il m’a tirée sur le banc. Il a défroissé ma chemise
noire et m’a demandé :
J’ai regardé autour de nous et, quand j’ai remarqué qu’il n’y avait personne d’autre dans l’église, j’ai
réalisé que c’était tout à fait inapproprié. J’ai plongé dans ses yeux bleus et me suis remise à pleurer.
J’ai aussitôt détourné les yeux pour regarder n’importe où sauf lui. Je ne voulais pas qu’il me voie
pleurer. J’étais plus forte que ça. J’étais une fille qui connaissait bien la mort. En regardant vers
l’avant de l’église, je suis tombée sur Jésus sur la Croix. Les couleurs des vitraux se reflétaient sur la
statue, et Jésus semblait incroyablement beau et tranquille. J’aurais aimé ressentir une telle paix.
Il a attrapé mon menton et m’a fait tourner la tête vers lui. Il me fixait avec ses yeux cristallins, aussi
clairs que le ciel un jour sans nuages.
‒ Tu ne seras jamais seule ; je serai toujours là pour toi, tu le sais, n’est-ce pas, Dahl ?
Mais il n’est plus là. Il est parti, tout comme le reste de ma famille, et je suis seule.
18 décembre 2010
Récemment, j’ai commencé à sortir de la maison, mais j’ai l’impression de n’avoir aucun espoir, rien
à attendre de l’avenir et je me demande à quoi bon. Dire que la vie a été dure pour moi depuis sa mort
serait un euphémisme. Je ne suis pas retournée travailler. Je n’ai pas vraiment besoin de travailler, pas
pour l’argent, en tout cas. Même si l’argent ne compte pas du tout pour moi. Avec ce que mes parents
m’ont laissé et ce que lui maintenant m’a laissé, ainsi que l’assurance hypothécaire qui a remboursé la
maison, financièrement, je suis tranquille. Émotionnellement…, c’est une autre histoire. J’ai
l’impression de ne m’intéresser à rien. Retourner au travail n’est pas une option.
Grace et Aerie passent presque tous les jours. Serena vient aussi souvent qu’elle le peut. Caleb apporte
le dîner une fois par semaine et reste pour regarder la télévision jusqu’à ce que je m’endorme. Ce
sont les seules personnes qu’il me reste au monde, désormais. J’ai eu beaucoup d’amis dans ma vie,
mais ce sont les seuls avec qui je suis restée proche. Ils s’inquiètent beaucoup pour moi, je le sais. Ils
essaient de me faire sortir avec eux : un restaurant, un ciné, même une promenade, mais j’ai
l’impression que je ne peux pas sortir sans m’effondrer.
Ma dernière crise a eu lieu à la mi-octobre. Serena m’a amenée au marché des producteurs pour
prendre des pommes parce qu’elle voulait faire une tarte. Je n’avais pas envie de venir, mais elle a
insisté. Quand nous sommes arrivées, l’extérieur était décoré avec des citrouilles et des balles de foin.
Sur le bord de l’entrée, il y avait plein de fantômes et de gobelins. Je n’ai pas ouvert la portière de la
voiture. Je n’ai pas pu. J’ai dit à Serena d’entrer sans moi. Elle était habituée à mes changements
d’humeur et n’a pas protesté ; elle y est donc allée sans moi.
Tandis que je fixais les décorations, des larmes coulant sur mes joues, je me suis souvenue de notre
première Halloween ensemble en première année. Sa fraternité donnait une fête et, à la dernière
minute, il m’avait dit que nous devions nous déguiser. J’étais très agacée parce qu’il savait que je ne
me déguisais pas pour Halloween, et, même si cela avait été le cas, nous n’avions pas de costumes à
porter. Je me souviens que nous avions eu une grosse dispute.
Nous étions dans la chambre et je venais de finir de me sécher les cheveux quand il avait décidé de me
parler de cette fête d’Halloween.
J’étais tellement furieuse contre lui que je voyais du rouge dans le miroir plutôt que mes cheveux
blond cendré. Les mots étaient sortis avant que je n’aie pu les retenir :
‒ Pourquoi fais-tu toujours les choses à la dernière minute ? Tu ne pourrais pas réfléchir juste une
fois et prévoir ?
Sans répondre, sans contester, sans même me jeter un coup d’œil, il avait avancé vers le lit et attrapé
les deux draps qui le couvraient. Il n’avait toujours rien dit, même si je continuais à crier.
Il avait amené les draps dans la salle de bain et en était ressorti avec une paire de ciseaux à ongles.
Il s’était approché de moi avec les draps dans les mains et avait commencé à découper des trous. Une
fois terminé, il m’avait adressé un grand sourire.
‒ Voilà, tu seras un fantôme, avait-il annoncé en balançant le drap découpé sur ma tête. Et je serai un
gobelin, avait-il ajouté en faisant des bandes dans l’autre drap qu’il avait enroulé autour de son corps.
‒ Je ne porterai pas ça. Je ne porte pas de costume. Je déteste Halloween ! lui avais-je lancé en me
débarrassant du drap.
Mais il savait pourquoi je détestais cette fête et je savais qu’il savait pourquoi. Bien sûr qu’il savait
pourquoi : c’était le jour où l’avion de mes parents s’était écrasé quelques années auparavant.
‒ Très bien, alors, sois toi-même, aussi magnifique que d’habitude, avait-il fait remarquer en me
souriant tandis qu’il me tirait vers lui pour m’embrasser fougueusement. Maintenant, allons à cette
foutue fête et amusons-nous.
J’aurais aimé pouvoir en faire de même pour lui, mais ça ne se passait jamais ainsi. Quand il était en
rogne contre moi, sa colère perdurait quoi que j’essaie de dire ou faire. Cela pouvait durer une heure
ou une journée. J’avais appris à rester à l’écart, à le laisser venir à moi quand il était prêt. Il
n’exprimait pas très souvent son amour avec des mots, mais ses gestes suffisaient largement, parce
qu’à la fin de la journée, il s’assurait toujours que je sache à quel point il m’aimait. Ce n’est qu’une
des nombreuses choses qui me manquent chaque jour.
4 mars 2011
Grace a insisté pour que je reste avec elle la semaine dernière et elle m’a amenée voir mon thérapeute
chaque jour. Elle a reçu des informations sur son meurtrier. La police lui a dit que son procès se
tiendrait pendant les douze prochains mois. Pour me l’apprendre, elle m’a fait venir chez elle ; elle
savait à quel point je serais bouleversée.
Rester chez elle m’était égal parce que la solitude et le chagrin me dévoraient, mais je suis enfin
rentrée chez moi aujourd’hui. Chez moi. C’est une drôle de façon de l’appeler. C’est plus comme si je
rentrais dans la maison que lui et moi partagions et considérions comme notre chez-nous avant qu’il
ne meure.
Hier, c’était l’anniversaire de sa mort, et je suis allée avec Grace au cimetière. Après, elle m’a fait
asseoir et m’a dit qu’il était temps d’enlever ma bague. Elle m’a tendu une longue chaîne en or qu’elle
avait achetée et m’a dit de porter la bague autour de mon cou jusqu’à ce que je me sente capable de
l’enlever et de m’en débarrasser définitivement. Elle m’a rappelé que cette bague serait toujours un
souvenir tendre que je garderais à jamais, mais il était temps de commencer à vivre ma vie. Elle a
pleuré plus qu’elle n’avait jamais pleuré pendant toute l’année qui venait de passer et j’ai réalisé la
profondeur de son chagrin à elle aussi.
En arrivant à la maison, je suis allée m’asseoir dehors dans le patio que j’aime tant. Il était calme et
paisible, comme une oasis privée avec une allée de galets qui menait au bassin. J’ai remarqué que les
sauges violettes avaient éclos. En fait, la plupart des fleurs sauvages ont commencé à éclore. Elles
sont belles, et je me suis mise à pleurer en pensant que le printemps était déjà là. Une autre saison
seule.
En parcourant l’allée, j’ai vu qu’il y avait des papillons partout. Je me suis assise dans l’un des
fauteuils Adirondack à l’arrière du patio et j’ai regardé l’anneau brillant à ma main. Cette bague de
princesse Tiffany de deux carats et demi est vraiment splendide. Il l’avait choisie lui-même et m’avait
dit qu’elle lui faisait penser à moi. Les contours du diamant taillé accentuaient sa forme dans un
chaton en platine. Elle est élégante, moderne et simplement superbe.
Je faisais tourner la bague autour de mon doigt et je me suis souvenue du jour où il m’a demandée en
mariage. Je venais de recevoir mon diplôme et il travaillait déjà à temps plein comme journaliste.
Comme nous avions tous les deux été très occupés pendant les deux mois précédents, j’avais insisté
pour qu’il pose son lundi après ma remise de diplôme. À ma grande surprise, il avait accepté en
disant que nous avions besoin de passer un peu de temps ensemble. Nous venions d’emménager dans
notre maison à Laguna Beach et nous avions décidé de faire certaines tâches le dimanche pour
pouvoir profiter du lundi.
Nous nous étions levés tôt le lundi matin. J’étais allée dans la cour pour regarder le lever du soleil ;
je me souviens comme l’air frais picotait sur ma peau. Je me souviens de la brise légère qui balayait
mes cheveux. La température fraîche incitait à choisir des vêtements plus chauds que normalement.
Quand il avait avancé devant moi, j’avais vu la ceinture de son short de surf sortir légèrement de son
jean. J’avais enfilé mon sweat [Link] à rayures noires et blanches par-dessus mon bikini.
Nous avions mis tout notre matériel dans la BMW M5 Touring et nous étions dirigés vers Rockpile
Beach. Aller surfer là-bas m’importait peu, mais il adorait ça.
‒ La côte a un mauvais reef-break là. Si les conditions sont bonnes, on pourrait en chopper une belle
au coin nord. Si ça se trouve, ce sera complètement fou. Viens, Dahl. Ça arrive seulement deux ou
trois fois dans l’année et, aujourd’hui, c’est l’occasion.
Quand nous étions arrivés à la plage avec nos planches sur le toit de la voiture, j’avais regardé les
vagues par la vitre et j’avais eu le souffle coupé. Le chenal se trouvait au sud de la plage, où la
déchirure permettait un accès aisé à des vagues vraiment grosses et puissantes. Il avait enlevé ses
lunettes aviateur et regardé les vagues. Elles devaient faire deux mètres ou un peu plus. Beaucoup
d’eau déferlait dans la petite crique. Nous n’étions même pas sortis de la voiture. Il savait que je ne
serais absolument pas capable de surfer ces vagues sans me faire broyer.
‒ Vas-y. Je te regarderai, avais-je dit en fixant les vagues qui s’écrasaient sur les rochers.
‒ Non, je n’ai pas d’envie suicidaire aujourd’hui. Une autre fois, Dahl. Descendons plus au sud, avait-
il dit tandis qu’il regardait le Pacifique en plissant ses yeux bleus abrités par sa main.
Il avait remis ses lunettes de soleil et repris la route US1. Il faisait beau. Nous roulions les vitres
ouvertes et je sentais la chaleur du soleil pénétrer ma peau. Les Cure hurlaient dans les haut-parleurs.
‒ Tu as faim ? Je suis affamé. On s’arrête d’abord au Taco Bell ? m’avait-il demandé avec un
immense sourire plaqué sur le visage.
J’avais levé les yeux au ciel en considérant son choix de restaurant et m’étais contentée de sourire en
hochant la tête.
‒ Dahl, et si nous prenions nos serviettes et descendions sur la plage, là où c’est un peu plus calme ?
On pourrait peut-être même piquer un somme ?
‒ Tu n’as pas envie de surfer ? lui avais-je dit en contemplant le bleu de l’océan, les vagues qui se
cassaient jusqu’à l’horizon et toutes ces personnes déjà sur leur planche.
‒ Non, ça ne me dit rien, avait-il fait en attrapant ma main pour me guider jusqu’à la voiture et
récupérer les serviettes.
Puis nous étions descendus vers la plage de sable blanc sans fin.
Nous avions parcouru quelques kilomètres pour être assez éloignés des installations. Quand nous
avions été seuls, il avait jeté une serviette sur le sable et m’avait soulevée dans ses bras comme s’il
allait me jeter sur elle. J’avais protesté en criant, et qu’il m’avait déposée délicatement sur la serviette
avant de se mettre sur moi pour m’embrasser. C’était si calme que je pouvais entendre les oiseaux
crier avant de plonger dans l’eau et attraper leur proie.
‒ Ça m’avait manqué, m’avait-il murmuré en enfouissant sa tête pour embrasser mon cou, me piquant
légèrement avec son visage mal rasé. Et tu m’as manqué.
‒ Tu m’as manqué aussi, tu sais. Au moins, j’en ai enfin fini avec l’école !
‒ Maintenant, je suis dans le monde réel : pas de devoirs, pas de stages, pas de thèse. Juste un travail
quotidien et je suis impatiente de commencer, avais-je dit en l’attirant vers mes lèvres et en faisant
descendre mes mains le long de son dos.
Il s’était appuyé sur ses avant-bras pour me fixer pendant un long moment.
‒ Quoi ?
Je lui avais souri en secouant la tête comme je le faisais toujours quand il utilisait son langage à lui.
‒ Mais vraiment. Je pourrais te regarder, être avec toi jusqu’à la fin de ma vie, avait-il affirmé
pendant qu’il se levait pour chercher quelque chose dans la poche intérieure de son short de surf.
Il en avait sorti un truc argenté et brillant, mais je ne voyais pas bien ce que c’était avec le soleil et
sans mes lunettes. Il tenait l’objet qui semblait refléter les rayons du soleil. Peut-être que c’était une
pièce ou même sa montre, je ne pouvais le dire. Puis il s’était mis à genoux sur la serviette et m’avait
aidée à me redresser pour que je sois dans la même position que lui.
‒ Dahl London, je t’ai aimée pendant toute ma vie et je ne veux pas savoir ce que ça fait de vivre sans
toi. Épouse-moi !
Le vent qui soufflait dans la cour m’a ramenée au présent. J’ai arrêté de faire tourner ma bague et me
suis levée pour chercher dans ma poche de jean et sortir la chaîne que m’a donnée Grace. Les larmes
aux yeux, je me suis avancée vers les fleurs et assise sur l’herbe pour les sentir. Après avoir inhalé
leur agréable parfum, j’en ai cueilli une. Une larme silencieuse a coulé sur ma joue et j’ai décidé que,
oui, il était temps.
18 mai 2011
Je me suis réveillée dans la chambre d’amis, la chambre que Grace m’avait désormais réservée. Mais
aujourd’hui, je me suis réveillée en me sentant différente. Ce matin, je me sentais un peu mieux que la
veille, et bien mieux que le mois précédent ou celui d’avant. J’ai regardé par la fenêtre, et le soleil
brillait. J’ai décidé qu’il fallait que je me lève et, en le faisant, j’ai observé les murs nus et mes
vêtements jetés par terre. Je me suis dit que c’était peut-être le bon jour pour retourner dans notre
chambre, cette chambre. Je détestais celle dans laquelle j’étais, mais je ne pouvais m’empêcher de
penser que sa personnalité terne et sans vie était le reflet de ce que je ressentais.
Quand nous avions aménagé, je n’avais jamais pris la peine de la décorer. Les murs et la moquette
étaient d’un vieux blanc sinistre, les fenêtres, nues, et il y avait peu de meubles. La pièce n’avait
aucune personnalité ; exactement comme ce que je ressentais.
Je me suis tirée du lit et traînée dans le couloir jusqu’à la salle de bain en réalisant à quel point je la
détestais, elle aussi. Peut-être que je devrais retourner dans cette chambre aujourd’hui. Ma chambre,
me suis-je corrigée mentalement. Je pourrais peut-être même dormir à nouveau dans ce lit et utiliser
cette salle de bain. Mon thérapeute voulait que je dise que les choses dans la maison sont à « moi »
plutôt qu’à
« nous », mais je ne pouvais pas encore le faire ; alors, je me contentais de dire « ce » ou « cette ».
J’ai traversé le salon en essayant de ne pas trébucher sur les boîtes que Grace avait apportées trois
mois auparavant et qui étaient encore éparpillées sur le sol. Elle voulait que j’emballe certaines de ses
affaires, mais je ne l’avais pas fait. En écartant les cartons, je me suis approchée de la porte fermée au
bout du couloir et, quand ma main a touché la poignée, je me suis demandé si je devais vraiment
l’ouvrir ou pas. Je me suis souvenue des rêves que j’avais faits quand j’y dormais et comme ils
paraissaient réels, et je savais qu’il était là…, partout.
Je me suis forcée mentalement et j’ai ouvert la porte pour regarder dans la pièce. Elle n’avait pas
changé ; je n’avais laissé personne y entrer, pas même Grace. Le lit était défait. Ma robe était sur une
chaise dans le coin. Mes nombreux colliers de perles blanches et l’unique de perles noires étaient
suspendues au miroir sur ma commode. C’étaient les perles préférées de ma tante, qu’elle tenait de sa
mère et qu’elle m’avait laissées quand elle était morte. J’ai vu mes chaussures de running sous la
chaise et traversé la chambre. J’ai touché divers objets en me dirigeant vers la salle de bain. J’ai
même ri un peu en regardant les colliers qui étaient toujours sur le meuble et en me souvenant
l’entendre dire :
Debout devant la commode, j’ai observé toutes ses affaires. J’ai souri en remarquant son flacon d’eau
de Cologne, celle que sa sœur lui avait achetée longtemps auparavant, celle qu’il ne mettait presque
jamais. Il disait :
‒ « Eau de Cologne » n’est qu’une expression virile pour parler de parfum pour hommes, et, de toute
façon, c’est pour les nanas.
J’ai ri doucement en repensant comme il aimait redéfinir les mots en utilisant son dictionnaire
personnel. J’apercevais mon reflet dans le miroir : des pommettes émaciées, des taches de rousseur
plus évidentes, des cheveux mal peignés et des yeux noisette voilés par la fatigue. Je me suis souvenue
de ce qu’il me disait toujours :
‒ Tu es trop bonne.
Je me demandais ce qu’il dirait s’il me voyait maintenant. Probablement quelque chose du genre :
« Dahl, bouge ton cul. » Même là, je me suis mise à rire parce que son usage des gros mots n’était pas
vraiment vulgaire ; cela faisait simplement partie de son vocabulaire quotidien, et, avec les années, ils
étaient entrés dans le mien.
Je me suis regardée dans le miroir et j’ai vu ma bague de fiançailles pendre à mon cou et le bracelet
qui encerclait mon poignet. J’ai fermé les yeux pour éviter de me regarder. Je souffrais à l’idée que
cette bague ne reste à mon cou à jamais, mais je savais que je porterais toujours mon bracelet
d’AMOUR. Je porterais ce bracelet parce qu’il me l’avait donné le jour de sa mort, mais aussi à cause
de l’ironie de ce cadeau. Il est ironique parce qu’il me l’a donné en me disant :
Je n’ai jamais douté de son amour, mais le geste en lui-même avait fait plus que le prouver. Le simple
fait d’y penser m’a mise presque à genoux. Alors, tandis que je regardais le bracelet, je me suis
promis qu’il me rappellerait constamment que la vie est pleine d’ironie, que je dirais toujours ce qui
doit être dit…, sans regrets.
Lorsque j’ai ouvert les yeux, le miroir a semblé refléter la chambre en désordre dans laquelle je me
trouvais. Ce n’était pas notre chambre, ce n’était pas sa chambre, et ce n’était pas ma chambre. J’ai
souri parce que ce n’était qu’une chambre en désordre. Grace avait voulu y faire le ménage un
million de fois, mais je ne l’avais pas laissée faire. Je n’étais pas prête pour que les souvenirs de cette
belle journée, de notre dernière journée ensemble avant de monter dans sa voiture ne soient effacés,
mais je savais que les souvenirs ne peuvent jamais être effacés parce qu’ils sont gravés dans notre
mémoire à jamais.
En m’écartant de la commode pour contempler à nouveau la chambre, je me suis demandé : Que suis-
je devenue ? Mais je connaissais déjà la réponse. J’étais devenue creuse, presque entièrement vide
d’émotions, et je ne voulais plus être comme ça. J’avais besoin de laisser le temps s’emparer de
nouveau de cette chambre. Je savais que je devais mettre de côté cette journée. J’avais besoin de
redevenir moi.
Cette idée en tête, je me suis accroupie pour attraper mes baskets. Je me suis dirigée vers la porte et
j’ai souri, mais pas avant de récupérer mon iPod. Je commencerais ma journée avec une séance de
running en écoutant de la musique. Je courrais et me viderais la tête. Et puis, peut-être que, quand je
rentrerais, je commencerais ce que je savais que j’aurais dû déjà commencer.
Novembre 2011
Aujourd’hui
Ça sent l’automne. Une brise fraîche m’entoure en faisant voler en cercles les feuilles orange, jaunes
et rouges. En sortant du parc pour retourner chez moi, je passe devant un groupe d’enfants qui fait
des tas de feuilles, puis je les regarde sauter dedans, insouciants, sans s’inquiéter de ce qu’il peut y
avoir en dessous. Je me demande ce que je ressentirais si je sautais dans ces feuilles.
J’ai couru presque tous les jours. En courant, je me sens humaine à nouveau ; cela libère mon esprit
et me permet de tout oublier. J’ai couru huit kilomètres ce matin et j’ai eu l’impression que j’aurais
pu en faire huit de plus, mais j’ai promis à Aerie de la rejoindre pour le déjeuner. Je mange avec elle
au moins deux midis par semaine et presque tous les vendredis soir.
En passant la porte d’entrée, je remarque les cartons, certains avec des étiquettes, d’autres toujours
vides, empilés dans les coins, et je sais que je devrais finir d’emballer ses affaires. Peut-être plus tard.
J’ai recommencé à dormir dans ma chambre. Les nuits où je me suis réveillée en pensant qu’il était
toujours là, j’ai fini sur le canapé, mais cela arrive de moins en moins souvent, ces derniers temps,
tout comme les cauchemars sur sa mort.
Après avoir pris une douche dans ma salle de bain, je vais dans le garage. Sa voiture est garée près de
la mienne, nos planches de surf sont dans un coin, et notre équipement est rangé sur les étagères. Il est
partout et nulle part à la fois.
En conduisant vers le restaurant, je remarque un environnement familier qui me fait penser à lui
comme chaque fois que je quitte le quartier. Il est à l’arrêt de bus de l’angle de la rue, où il déposait
M.
Langston, notre vieux voisin, chaque mercredi matin. Il est à l’épicerie, où il allait dès qu’il lui
manquait quelque chose, toujours en hâte. Ces éléments qui me font penser à lui sont partout.
Cependant que les souvenirs envahissent mon esprit et que ces images du passé voilent ma vue, je
comprends finalement ce que je dois faire pour sortir de cette pluie battante sous laquelle je suis
depuis plus d’un an. C’est aujourd’hui, alors que je marche dans ma rue, celle qui était autrefois notre
rue, que je réalise enfin qu’il est temps que ma tempête personnelle prenne fin.
Aucun parapluie ne peut m’éviter de continuer à être mouillée tant que je vis dans cette maison, dans
ce qui était autrefois notre maison. C’est comme si le tonnerre avait enfin cessé de gronder dans ma
tête et, alors que les nuages commencent à s’éloigner, de minuscules rayons de soleil semblent
vouloir se faufiler. Je sais que je dois sortir de la maison que nous avons autrefois partagée.
En entrant dans le restaurant, je souris lorsque je repère Aerie dans son tailleur noir et son chemisier
rose vif, entièrement boutonné et impeccable. Je baisse les yeux sur mon jean, mes Converse, mon
tee-shirt de concert de 1987 de Bon Jovi et ma veste en cuir. J’anticipe déjà le regard inquiet qu’elle
va m’adresser.
Je m’assois à la table couverte d’une nappe blanche au milieu du restaurant ; elle est au téléphone,
évidemment en train de crier des ordres. Elle appuie sur le bouton pour raccrocher et pose son
portable sur la table. Elle se lève pour m’accueillir. Comme je m’y attends, elle me dévisage avant de
me prendre dans ses bras comme si j’étais faite de verre et qu’elle risque me briser si elle me serrait
trop fort.
Ce sont les premiers mots qui sortent de sa bouche avant qu’elle soulève une mèche de mes cheveux
et plisse le nez.
‒ Dahlia chérie, je t’amène voir mon coiffeur demain et je ne veux pas un mot de ta part. Tes cheveux
ne sont même plus blonds.
En parcourant des yeux le restaurant et tous les gens en train de manger, plongés dans leurs
conversations, je lui lance un faux sourire.
J’essaie de rester sérieuse, mais je ne peux retenir le rire qui m’échappe et qui ressemble plus à un
ébrouement.
Je sais qu’elle s’inquiète pour moi, mais nous passons par cette discussion chaque fois que je la vois,
et, franchement, j’en ai assez. La semaine dernière, elle m’a amenée faire une manucure après
m’avoir pris les mains et avoir fait la grimace en voyant la saleté coincée sous mes ongles parce que
j’avais jardiné. Pour ma défense, elle m’a appelée à la dernière minute pendant que je plantais un
parterre de fleurs et j’ai tout juste eu le temps de prendre une douche rapide. Ce n’est pas comme si je
me promenais en étant sale et sans prendre de douche, bon sang !
En tentant de maîtriser ma voix autant que possible, tout en retenant mes larmes, j’annonce :
‒ Tu es sûre ? Je veux dire, tu es sûre que tu es prête ? C’est plutôt soudain. La dernière fois que
Grace a évoqué l’idée, tu as refusé tout net.
‒ Ouais, je suis sûre. Tout dans la maison me rappelle Ben, et ce n’est pas seulement la maison, c’est
tout ce fichu quartier. J’ai besoin de le faire. Je le sais.
Pendant que je raconte à Aerie ce que je ressens, que je commence enfin à m’ouvrir à elle pour la
première fois depuis très longtemps, je réalise que je viens de prononcer son nom. J’ai vraiment
prononcé son nom. J’ai dit « Ben ». J’ai dit le nom que j’ai dû dire plus d’un million de fois jusqu’à
presque deux ans, et je sais que mon vide commence à se remplir. Je sais qu’il sera toujours dans mon
cœur, mais Ben sera toujours dans mes souvenirs, pas dans ma vie. Tout mon corps se raidit et se fige
avec cette prise de conscience, et mes yeux se remplissent de larmes. Je me bats contre mes émotions
pour me détendre et force ces larmes à ne pas couler.
Aerie tend la main au-dessus de la table et essuie doucement l’une de mes joues, où quelques larmes
persistantes sont apparues contre ma volonté. Elle prend une grande inspiration, et je vois ses yeux
commencer à se remplir de larmes eux aussi, car elle a réalisé que j’ai prononcé son nom.
‒ Je pense que c’est une bonne idée, Dahlia. Je crois que tu as besoin de te débarrasser des choses qui
t’empêchent d’aller de l’avant.
Le serveur approche pour prendre notre commande. Une fois qu’il est parti, Aerie me regarde avec
un air inquiet.
‒ Oui, tu en es capable. Tu es plus forte que tu ne le penses, et tu m’as, moi, tu as Grace, et Serena
aussi. Nous t’aiderons toutes.
‒ Je pense que déménager est la meilleure décision que tu aies prise depuis longtemps.
‒ Ça ne me regarde pas, mais tu sais que ça ne m’a jamais arrêtée avant ; alors, je vais simplement te
balancer ce que je pense.
Elle prononce cette phrase rapidement, et je vois les larmes remonter dans ses yeux. Après tout ce
temps, Aerie n’a toujours pas réussi à me dire son nom, probablement de peur que je craque.
L’atmosphère dans le restaurant est détendue, mais j’ai l’impression d’étouffer quand les larmes
remplissent mes propres yeux, et je suis sûre que je vais la surprendre avec ma prochaine réponse.
‒ Tu sais quoi ? C’est une excellente idée. En fait, je vais appeler Serena et voir si c’est bon. J’y
pensais justement depuis un moment, puisque Trent aura seize ans la semaine prochaine.
Je prends un morceau de pain et arrache la croûte. Je la plonge dans l’huile d’olive en espérant que
mes yeux arrêteront de piquer si je n’y fais pas attention.
‒ Je pense que Ben aurait voulu que son neveu ait sa voiture. Il adorait cette bagnole et il adorait
Trent. Je sais que Ben manque beaucoup à Trent aussi. Il aimait surfer avec lui et aller en voiture à la
plage. Trent a toujours dit à Ben que sa voiture était très puissante et avait de la répartie. Il adorait
aller n’importe où avec lui.
Je secoue la tête, rit légèrement en imaginant comme cela rendrait Trent heureux. Mâchant le
morceau de pain qui pourrait m’étouffer, j’essaie aussi de ne pas pleurer à l’idée que la voiture de
Ben ne soit plus garée près de la mienne.
Aerie se met à rire doucement, elle aussi, mais les larmes coulent sur ses joues.
‒ La puissance et la répartie, ce sont deux super mots pour le décrire, lui, pas seulement sa voiture.
Elle s’interrompt comme si elle essayait de décider si elle devait dire autre chose ou pas. Elle caresse
ma main.
‒ Parce qu’il t’aimait tant, tu sais qu’il aurait voulu que tu ailles de l’avant et fasses ta vie. Je pense
qu’il aurait été content que tu prennes cette décision.
Elle enlève sa main de la mienne et s’éclaircit la voix. Souriant et riant presque, elle ajoute :
‒ Je sais aussi que, s’il était là, il t’aurait passé un savon pour ne pas l’avoir fait plus tôt.
Aerie marque un nouveau temps d’arrêt avant de lever son verre et attendre que j’en fasse de même.
‒ Aux beaux jours à venir, Dahlia chérie. Je sais qu’ils seront là.
Avant qu’on se mette toutes les deux à pleurer, nos assiettes arrivent.
Nous passons le reste du repas à discuter de tout et de rien, et j’apprécie vraiment la nourriture et la
compagnie. Quand nous avons fini, Aerie prend un air plus sérieux et déterminé.
‒ J’ai besoin d’une faveur, dit-elle en penchant la tête avec un sourire. Tom est parti hier, et j’ai
besoin que tu reviennes bosser. Je manque vraiment de mains au département photo du magazine.
Dahlia chérie, s’il te plaît, j’ai besoin de toi.
Je soupire en sachant que je ne suis pas prête à m’engager dans quoi que ce soit à temps plein, mais,
sans réfléchir, je réponds :
‒ Non, je veux dire revenir travailler à temps plein. Prendre le poste de Tom. J’ai besoin de toi.
Je la regarde, appuyée au fond de ma chaise et les bras croisés. C’est l’incarnation de la beauté avec
ses cheveux blonds légèrement ondulés, son petit nez retroussé et son corps menu et harmonieux.
Sous cette beauté, je sais que se cache une bête. J’ai le sentiment que je suis sur le point de voir surgir
cet aspect bestial lorsque je mets fin à cette conversation.
‒ Aerie, ne me demande pas de prendre une telle décision. Tu ne peux pas dire que tu veux une faveur
et finalement ne pas apprécier ma réponse, ce n’est pas juste.
Elle sait que je ne résiste jamais à une requête quand quelqu’un dans le besoin me demande quelque
chose. Je suis une bonne poire… et je l’ai toujours été.
‒ Je viens de décider de vendre la maison. Laisse-moi surpasser ça d’abord, et là, nous pourrons
parler de travail, d’accord ?
‒ Mais je t’aiderai selon mes conditions. Est-ce que cela te conviendrait si, pour le moment, je ne
travaillais que lorsque c’est vraiment nécessaire ?
À ma grande surprise, l’irritation d’Aerie semble s’adoucir rapidement. Elle prend une gorgée d’eau
en soupirant et se contente de me regarder. Elle écarte son assiette, affiche un petit sourire narquois et
dit :
‒ C’est ce qu’on appelle du travail free-lance. Pour ma défense, je ne savais pas que tu arriverais ici
en m’annonçant que tu avais décidé de vendre ta maison. Alors, je suis désolée. D’accord ?
Aerie a commencé à travailler à Sound Music juste après les études, au moment où je passais ma
licence. Elle a grimpé les échelons rapidement et gère maintenant tout un département. Une fois que
j’ai obtenu mon diplôme, je suis allée travailler pour elle comme styliste photo. Mon amour, c’est la
photographie, mais ma passion, la musique ; alors, après mon diplôme, j’ai pu mêler mon amour et
ma passion pour créer le job de mes rêves. Je ne suis pas retournée travailler depuis le jour où Ben
est mort, mais peut-être que c’est le moment.
Une semaine plus tard. Nous sommes jeudi soir. Ma routine consiste à enfiler mon pyjama, me
brosser les dents et m’étendre sur le canapé pour regarder Vampire Diaries. Chaque jeudi, Ben et moi
avions l’habitude de regarder Vampire Diaries ensemble.
Il me disait qu’il détestait cette série, mais il la regardait toujours avec moi. Je me disais qu’il craquait
secrètement pour Elena. Nous mangions du pop-corn, je sortais mon plaid et mes oreillers du
placard, et nous nous allongions tête-bêche sur l’immense canapé. J’ai conservé la tradition, mais
sans le pop-corn puisque c’était toujours Ben qui mangeait tout le saladier, de toute façon.
Juste au moment où je m’installe sur le sofa, avec le plaid que ma mère et moi avons cousu ensemble,
et que j’allume la télévision, mon portable sonne. Quand je vois le nom d’Aerie sur l’écran, je lève
les yeux au plafond.
‒ Je sais, je sais. Vampire Diaries ! Mais écoute, ne dis rien, pas même non. Je veux que tu sois dans
l’avion pour Las Vegas à onze heures demain matin. Tu vas mener la première interview photo de
River Wilde.
‒ Quoi ? Tu es folle ? Non ! Hors de question ! lui dis-je en secouant la tête pour souligner ma
décision, même si je sais qu’elle ne peut pas me voir.
Aerie ignore ma crise et me dit qu’elle a déjà tout préparé pour que je rencontre le chanteur des
Wilde Ones au siège de Sound Music, à Las Vegas, demain après-midi.
‒ Le chanteur et leader du groupe, tu sais, River Wilde, insiste-t-elle au cas où je ne saurais pas bien
de qui il s’agit.
Aerie m’explique que River est à Las Vegas pour faire de la promo et a eu un changement de dernière
minute dans son agenda. Elle n’a personne d’autre pour le faire, et son changement de planning ne
permet qu’un petit créneau pour que le magazine le rencontre vendredi. Elle ajoute :
‒ Dahlia chérie, c’est une opportunité exceptionnelle pour moi et le magazine. S’il te plaît.
Je baisse le son de la télé et regarde autour de moi tout ce que j’ai à ranger.
‒ Je ne peux pas partir en étant avertie si tard, tu le sais. Je viens de mettre la maison sur le marché.
‒ Non, je ne sais pas. La mise en vente de ta maison n’est pas un problème. Être absente une nuit ne
changera rien. Je ne suis pas idiote. Je te connais. Je sais ce qui se passe dans ta petite tête, et cela n’a
rien à voir avec ton béguin, je t’assure.
‒ Tu as peur de la revoir, la rock star qui t’a fait craquer, mais allez, Dahlia. River ne se souviendra
probablement pas de toi.
Je réfléchis tout en la corrigeant dans ma tête puisque, en fait, River Wilde était mon béguin avant
qu’il ne devienne une rock star. Peu importe ce que je dirai, à l’évidence, elle ne me laissera pas dire
non. Aerie sait que je l’ai admiré secrètement après notre rencontre au bar du campus de l’U.S.C. il y
a de nombreuses années. Elle sait que c’est l’interprète des chansons que j’écoutais en boucle, pas
seulement sur mon iPod, mais aussi dans ma tête. Elle sait que c’est le seul chanteur dont je n’ai
jamais parlé à Ben, et, maintenant, elle veut que je le revoie.
‒ Tu vas avoir une sacrée dette envers moi, tu sais ça ? Je vais le faire, je suis certaine qu’il ne se
souviendra pas de moi, de toute façon, et ce n’est pas comme s’il s’était passé quoi que ce soit
d’embarrassant, hein ?
‒ Merci beaucoup, je t’aime sincèrement, Dahlia chérie, chantonne Aerie avant de passer l’heure
suivante à me raconter les points importants de la carrière de River.
Après avoir raccroché, je me remémore distraitement ce que j’ai ressenti le soir où j’ai rencontré
River. Au fait que c’est la seule fois que le contact de quelqu’un m’a donné la chair de poule. Je me
souviens des sentiments que j’ai éprouvés alors, des sentiments que j’ai enfouis depuis longtemps,
maintenant. J’espère qu’ils ne referont pas surface demain. Comment le pourraient-ils ? Il s’agissait
des sentiments d’une jeune étudiante qui était amoureuse de quelqu’un d’autre, de toute façon.
J’ai souvent pensé à notre connexion intense, ce soir-là dans le bar, et je me suis demandé si cela
n’avait pas été plus dans ma tête que dans la réalité. Comme si c’était normal de croire en quelque
chose qu’on savait impossible.
D’ailleurs, même si cette connexion était réelle, River est connu, maintenant, et je suis sûre qu’il a de
nombreuses femmes à ses pieds ou même une petite amie. Quelle importance, de toute façon ? Je suis
encore une fille brisée qui lutte pour traverser les différentes étapes de son deuil en essayant de
retourner dans le monde réel sans l’homme qui fait encore partie d’elle.
Je n’ai pas beaucoup fait attention à la carrière de River depuis la mort de Ben. La curiosité
l’emporte, et je tape son nom sur Google. Je lis quelques articles sur lui et télécharge ses dernières
chansons. Je me glisse dans mon lit à environ onze heures sans même réaliser que je n’ai pas regardé
Vampire Diaries.
Begin Again
envahissent ma tête
Chatoyant dans la brume du désert du Nevada se trouve la ville la plus animée du monde. Mon avion
s’apprête à toucher le sol que l’on appelle souvent l’Eldorado moderne. J’ai l’estomac noué. C’est un
mélange de nervosité, d’excitation et de peur absolue. Je suis nerveuse parce que c’est mon premier
jour de boulot depuis presque deux ans. Je suis excitée parce que j’ai le sentiment de faire enfin
quelque chose de productif après tant de temps. Et j’ai peur à cause de la personne que je vais
interviewer pour préparer sa prochaine séance photo. À vrai dire, je ne ressens pas vraiment autant de
peur que de doute et peut-être même d’appréhension, ou, oserais-je le dire, d’enthousiasme à l’idée de
le voir.
Nous décrivons des cercles au-dessus de l’aéroport en attendant d’atterrir depuis presque quarante-
cinq minutes. Assise sur le siège en cuir confortable de l’avion, j’écoute la musique que j’ai
téléchargée récemment. En regardant par le hublot à travers les nuages, je vois le Strip de Las Vegas,
la célèbre ville en constante ébullition. J’essaie de comprendre comment j’ai pu me laisser embarquer
dans cette mission.
Comment se fait-il qu’en seulement quelques brèves minutes, je me retrouve à revoir River ?
Ce matin, Aerie m’a envoyé une liste de points « beauté » auxquels j’aimerais peut-être porter
attention avant de me lancer dans ma première mission de « free-lance ». Ces points comprennent
l’épilation de mes jambes et mon brushing, puisqu’elle sait que ce sont deux choses que j’ai faites très
peu fréquemment depuis la mort de Ben. Elle m’a aussi conseillé de manière peu délicate de prendre
le temps de réfléchir à mon choix de tenue.
Hier soir, j’ai sélectionné soigneusement ce que je porterais aujourd’hui. J’ai fixé mon choix sur un
chemisier blanc, une jupe crayon noire et les traditionnels escarpins noirs à talons hauts. Après avoir
écouté l’album des Wilde Ones ce matin, j’ai vraiment eu envie d’aller travailler aujourd’hui.
De bonne humeur, j’ai pris une douche et utilisé mon shampoing préféré au parfum de raisin. J’ai non
seulement pris le temps de le faire mousser et d’en appliquer une seconde fois, mais j’ai aussi décidé
de laisser tomber la tenue d’affaires que j’avais choisie en faveur de quelque chose de plus détendu.
Mes douches durent généralement cinq minutes tout compris, mais aujourd’hui elle a duré bien plus
longtemps.
Je ne saurais dire pourquoi, mais je me sentais simplement différente, peut-être même excitée d’une
façon que je ne peux pas vraiment décrire. J’ai dansé dans ma chambre avant de m’habiller. Je n’avais
pas fait ça depuis des lustres.
Préoccupée par mon apparence pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai décidé qu’un style
casual valait mieux qu’un style branché, puis que le sophistiqué était mieux que le casual, et,
finalement, j’ai fait un mélange des trois. J’ai opté pour un jean skinny noir et mon top trapèze
préféré sur lequel étaient inscrits les mots THE KINGS en diagonale et LOLA en dessous en lettres
manuscrites noires. J’ai enfilé mon blouson de moto gris avec la capuche, et mes bottines
compensées ouvertes noires. Je n’ai pas fait les magasins depuis si longtemps que je ne sais même
pas si ces chaussures sont toujours à la mode, mais elles sont confortables. J’ai ajouté de l’eye-liner,
du mascara et du gloss, et j’étais prête à partir.
Quand l’avion finit par atterrir, je prends une profonde inspiration et descends sur la passerelle. Je me
mets à rire quand je lis le panneau au bout qui dit : CE QUI SE PASSE À VEGAS RESTE À VEGAS.
Alors que je traverse l’aéroport, je souris à nouveau en entendant les bruits des manches des
machines à sous qu’on tire et les sonneries des gagnants chanceux. Après avoir récupéré mes
bagages, je pose les pieds sur la chaussée de Sin City et attends un taxi qui me conduira à destination.
Nous sommes au début du mois de novembre, et le temps est tonifiant. Assise sur la banquette arrière
d’un taxi, je sens les rayons brillants du soleil à travers la vitre pénétrer ma peau. Je profite de la
chaleur et prends plusieurs grandes inspirations en essayant de contenir ma trouille soudaine. Il y a
tant d’émotions qui traversent ma tête tandis que je pense aux deux issues extrêmes de cette nouvelle
rencontre avec River aujourd’hui. Comment réagirai-je s’il ne se souvient pas de moi ? Et si oui ? La
réponse à ces deux questions est… Je n’en ai aucune idée.
Sachant que je suis pressée, le chauffeur me dit qu’il empruntera la route la plus rapide qu’il connaît.
Alors qu’il m’explique que c’est le trajet le plus long, le compteur défile, mais très vite mon esprit
s’égare. Mon Dieu… S’il ne se souvient pas de moi alors que je n’ai jamais été capable de l’oublier
ou s’il se souvient et que nous avons toujours cette connexion immédiate ? Est-il toujours
adorablement charmant et extrêmement charismatique ? Pourquoi suis-je en train de penser à ça et
pourquoi cela semble-t-il me préoccuper ? Je suis ici pour faire mon travail et c’est tout ce à quoi je
dois penser. River n’est qu’une personne que je dois interroger pour préparer une séance photo. J’ai
fait ce travail un millier de fois.
Contente-toi de faire ton boulot. C’est tout ce que tu as à faire, me dis-je encore et encore.
Je regarde la multitude de gens qui marchent sur le trottoir, hommes et femmes, couples et familles,
gagnants et perdants, et je me dis qu’ils sont tous là pour oublier leur vie quotidienne. Je décide
qu’aujourd’hui est le jour parfait pour que j’en fasse de même. Je vais me perdre dans cette ville, moi
aussi. Aujourd’hui, je suis Dahlia London, la photographe. Je peux être cette fille. J’étais cette fille. Je
suis cette fille. Aujourd’hui, je ne serai pas Dahlia London, la pauvre fille dont le fiancé a été tué sous
ses yeux.
Le soleil qui entre dans le taxi se reflète sur les diamants de mon bracelet. Alors que je regarde la rue,
je vois un homme en costume qui marche en regardant son téléphone et je ne peux m’empêcher de
penser à Ben. Il faisait toujours plusieurs choses en même temps, était capable d’accomplir plus de
tâches en une journée que je n’en ferai jamais en une semaine. Aujourd’hui, ces pensées ne sont pas
tristes. Je souris en me remémorant ces aspects de cet homme déterminé et qui a connu la réussite à
un si jeune âge. En prenant de grandes inspirations purifiantes, je regarde à nouveau mon bracelet et
me souviens de la raison pour laquelle je ne l’ôterai jamais. La promesse que je me suis faite de
n’avoir aucun regret. Ce sont ces pensées que j’emporterai pour interviewer le seul homme avec qui
j’ai failli flirter, il y a longtemps.
Le taxi approche l’immeuble de bureaux situé sur East Harmon Avenue, à seulement quelques pâtés
de maisons à l’est du Hard Rock Hotel, où je séjournerai. Comme je suis pressée, je décide de ne pas
déposer mes sacs à l’hôtel avant.
En sautant du taxi, j’entends la sonnerie familière de mon téléphone. Je réponds en attrapant ma valise
et mon sac pour me diriger vers l’immeuble. Le téléphone coincé avec mon épaule, j’ouvre les
grandes doubles portes du bâtiment qui abrite les bureaux de Sound Music. Le hall est calme. Comme
nous sommes vendredi après-midi, je suppose que de nombreux employés sont déjà partis en week-
end. Aerie est de l’autre côté de la ligne et crie comme une forcenée que je suis en retard en me disant
de me rendre au septième étage immédiatement parce que River est déjà là. Après l’avoir rassurée en
lui disant que je suis arrivée et que je monte, je sors de l’ascenseur et appuie sur le bouton
RACCROCHER de mon téléphone.
En courant presque pour atteindre la salle de conférences, je tire derrière moi ma valise, sur laquelle
j’ai posé mon sac. Je tourne à l’angle et parcours le couloir, où je peux voir la salle à travers les murs
de verre. Il est là, River Wilde, assis et en train de regarder son téléphone. Mon cœur s’emballe rien
qu’en le voyant, et les sentiments que la jeune fille a éprouvés pour lui il y a cinq ans ressurgissent.
Je ralentis, respire profondément et marque une pause pour ajuster ma veste. Quand je me redresse,
mon sac tombe de ma valise en faisant un gros bruit sur le sol en marbre. Je jette un coup d’œil à la
pièce vide autour de moi et ramasse mon sac avant de continuer à marcher. Mais lorsque je lève les
yeux et que River Wilde entre dans mon champ de vision, je découvre qu’il n’est plus absorbé par son
téléphone. Il me regarde, moi. Il est toujours aussi fascinant qu’il l’était il y a bien longtemps, mais
cette fois, le mot
Je le vois passer sa main dans ses cheveux. Il contourne la table de conférence pour venir vers la
porte, et nous l’atteignons en même temps. Je saisis la poignée d’un geste nerveux et baisse les yeux
pour éviter les siens. Mon bracelet Cartier tinte contre la vitre, et une douleur intense se propage dans
mon poignet.
Je grimace en le heurtant. Une fois que nos corps se touchent, ma nervosité s’envole et elle est
remplacée par une volée de sensations exacerbées. Je suis si près de lui. Je sens le parfum de savon
dont je me souviens si bien. Je sens son corps ferme. Quand je lève les yeux, je vois la peau lisse de
son visage, et mes genoux flanchent.
Mes bras et mes jambes se couvrent de chair de poule. Notre collision a éveillé une sensation en moi.
C’est aussi simple et pur que le désir. Quelque chose que je n’ai pas ressenti depuis très, très
longtemps.
En reprenant mon sang-froid, je plonge dans ses étincelants yeux verts ; leur intensité est telle que
quiconque les regarderait pourrait ne jamais en ressortir. Je sais déjà que je ne veux pas en sortir. Je
suis sûre que j’ai l’air paralysée pendant que je continue de fixer ses yeux à la recherche du même
regard qu’il m’a adressé il y a longtemps, mais notre contact visuel est soudain rompu.
Il fait un pas en arrière et je remarque que ses yeux étudient tout mon corps. En me souvenant que je
suis censée être Dahlia London, l’intervieweuse, j’essaie de mettre la groupie de côté et la remplacer
par la professionnelle. Cependant, tenter de gérer plusieurs personnalités n’a jamais été facile pour
moi. Je baisse les yeux pour échapper à son pouvoir et me mets à prononcer un flot de mots
embrouillés qui ne veulent pas dire grand-chose, même pour moi.
Je jette un coup d’œil à la salle, gênée par mon manque de professionnalisme, et parviens je ne sais
comment à le regarder à nouveau. Je remarque son jean délavé, ses bottines Doc Martens noires et
son tee-shirt gris avec le mot « Fender » en noir. Il est toujours terriblement attirant. Il est exactement
comme dans mes souvenirs ; non, il est même mieux. Le garçon à qui j’ai parlé cette nuit-là dans un
bar il y a cinq ans est maintenant un homme.
‒ Pas besoin de s’excuser. C’est le genre de collision dont j’aimerais bien être victime tous les jours.
Je lui adresse un signe de tête poli en restant là, et je me demande s’il ne se souvient vraiment pas de
moi.
‒ Laisse-moi prendre ton sac, dit-il en attrapant ce que j’ai dans la main.
Il traverse alors la pièce et pose mon sac noir sur la table devant nous, puis, en ramassant ma valise, il
marche tranquillement jusque dans le coin, où il la met à côté de son étui à guitare qui est appuyé
contre le mur. Je ne peux m’empêcher de remarquer qu’il marche toujours en se balançant et avec
plein d’assurance.
Après s’être retourné, il revient à la table de conférence sans montrer qu’il m’a reconnue, et je
commence à me sentir un peu découragée. Il s’arrête à la table où je l’ai vu tout à l’heure, et nous
restons face à face, séparés par ce meuble.
J’essaie de déterminer si je devrais mentionner que nous nous sommes déjà rencontrés et je choisis
de ne pas le faire. Je ne suis pas sûre qu’il se souvienne de moi. En fait, je suis presque sûre que non ;
alors, pourquoi me mettre un peu plus dans l’embarras ?
Rassemblant tout mon sang-froid et me rappelant que je suis là pour travailler, j’enlève ma veste et
me redresse en tendant la main.
‒ Bonjour, je suis Dahlia London de Sound Music. Je suis désolée d’être en retard.
River tend la main pour prendre la mienne, et j’ai l’impression de voir un petit éclat dans ses yeux,
mais je n’en suis pas sûre.
‒ Dahlia, hmmm… Une fleur. Ravi de faire enfin ta connaissance, fait-il remarquer alors que son
sourire en coin revient. Aerie m’a envoyé ta position pendant toute l’heure qui vient de passer, dit-il
en regardant son téléphone. Tu sais déjà qui je suis ; donc, nous pouvons passer outre cette partie des
présentations. D’accord ? demande-t-il en souriant.
‒ Cela me semble très bien, dis-je en m’asseyant et en appréciant cet homme dans son intégralité.
En repensant à cette soirée lointaine, qui me semble être hier, j’essaie de lire entre les lignes. Ses
paroles me font remettre en question ma première impression sur le fait qu’il ne se souvient pas de
moi.
Est-ce vraiment le cas ? Joue-t-il avec moi ? De mon côté, je ne joue pas. C’est une réunion de travail
; alors, concentrons-nous sur le travail. Avec cela en tête, j’ouvre mon sac, sors ma tablette, mon
stylo et du papier, et j’évite à tout prix de croiser son regard.
En jetant un œil à la salle, je remarque l’environnement austère. Il n’y a qu’une table de conférence,
des chaises et une crédence. Il n’y a pas de tableau blanc, pas de chevalet, rien pour écrire des notes.
Je sors une tablette plus grande et des stylos de couleur de mon sac et les place au centre de la table.
River regarde les objets avec curiosité.
‒ Pour notre layout final, dis-je avec le sourire.
En se rasseyant au fond de sa chaise, ses mains sur sa nuque, River réplique avec un air malicieux :
‒ Comme tu veux. Tant que ce n’est pas moi qui dessine, tout me va.
‒ Je ne te noterai pas sur ta capacité à dessiner un simple diagramme, dis-je en lui adressant un demi-
sourire à mon tour.
Après l’historique de leur groupe, je passe à des questions sur le nouvel album. Avant de répondre,
River se lève de sa chaise et traverse la pièce jusqu’à la crédence pour nous verser un verre d’eau
fraîche chacun avec une carafe. Le silence règne. Je l’observe marcher, détendu et confiant. C’est la
chose la plus sexy que j’aie jamais vue. Le fixant de dos, je remarque que ses fesses sont un peu plates
et que son jean tombe un peu, et je me dis que c’est aussi la chose la plus sexy que j’aie jamais vue.
River contourne la table et s’assoit près de moi. Ce petit déplacement me surprend et me fait perdre le
fil de mes pensées. Mon esprit perd la piste qu’il suivait si bien jusqu’ici. Il tourne sa chaise pour me
faire face, désigne mon haut et dit :
‒ « Lola » est dans mon top dix des meilleures chansons de tous les temps. En fait, elle est sur mon
téléphone.
Il attrape son téléphone dans sa poche, touche l’écran à plusieurs reprises et me le montre, au cas où
j’en douterais.
‒ C’est cool. Nous avons manifestement les mêmes goûts en matière de musique, dis-je tout en
essayant de jeter un œil au reste de sa playlist.
‒ D’où vient ce tee-shirt, d’ailleurs ? On dirait le vrai, vendu à la sortie de l’album One for the Road
en 1980, me demande River en se redressant pour me faire lever avec lui.
La chair de poule revient aussitôt sur mes bras et mes jambes lorsqu’il tire sur le bord de mon tee-
shirt et demande :
Je le regarde droit dans les yeux avec un air interrogateur avant de me retourner. Sans même
réfléchir, j’entre dans son jeu tête baissée. Son parfum, sa proximité, la réaction de mon corps à son
contact m’ont paralysée, et je saute sur l’occasion de me retourner pour essayer d’échapper à ces
yeux verts telles des boules de cristal. Bon sang, il est tellement captivant ! Il faut que je trouve la
force de me remettre sur la voie.
Son téléphone sonne sur la table, mais il l’ignore. Je lui tourne le dos. River tire le col de mon tee-
shirt et lit l’étiquette.
‒ Merde, mais c’est un original ! Tu sais depuis combien de temps j’en cherche un ?
‒ Désolé, ma mère m’a pourtant appris à ne pas jurer devant les femmes.
‒ Ne t’inquiète pas pour ça, je dis « merde » dans pratiquement toutes mes phrases.
L’aisance qui s’était immédiatement glissée entre nous dans le bar ce soir-là revient aussitôt. En tout
cas pour moi, puisque je réalise que c’est sa manière d’être avec les femmes. Il est badin et charmeur,
et doit avoir le même rapport avec toutes les femmes qu’il rencontre. Consciente de cet élément, je
continue à discuter avec la rock star presque célèbre à l’esprit aiguisé.
Je me détends, me rassois dans ma chaise et commence à parler à River de mon père et de son
obsession pour la musique et les tee-shirts de concert. Je m’assure de ne pas répéter ce que je lui ai dit
ce soir-là, sans trop savoir pourquoi. Je me rends alors compte que notre conversation il y a
longtemps n’était qu’une des nombreuses conversations intimes qu’il devait avoir eues dans sa vie.
C’est dans sa nature ; c’est River Wilde.
Je continue à discuter avec lui parce que, honnêtement, je ne me suis pas sentie aussi à l’aise en
compagnie d’un homme depuis longtemps. J’essaie de garder en tête que ce n’est pas important s’il
ne se souvient pas de moi ; je passe un bon moment. D’ailleurs, c’est moi qui me suis enfuie ce soir-
là après une courte conversation et un baiser. Sérieusement, comment pourrait-on se souvenir d’une
simple conversation et d’un baiser avec une fille dans un bar bondé ?
En jetant un coup d’œil à l’horloge sur le mur, je remarque qu’il est presque dix-sept heures et que
j’ai tout juste commencé l’interview dont j’ai besoin pour préparer la séance photo des Wilde Ones.
River doit avoir lu l’inquiétude sur mon visage puisqu’il regarde lui aussi l’horloge et demande
nonchalamment :
‒ Je n’ai rien de précis de prévu pour ce soir. Nous pouvons terminer l’interview en dînant ?
J’ai passé la dernière heure à discuter de musique en général avec cet homme charmant et attirant. Je
lui ai parlé des concerts auxquels j’ai assisté ; il m’a parlé de tous les groupes qu’il a vus, et nous
avons dressé la liste des meilleures chansons, artistes, singles et albums. Pendant notre conversation,
il a continué à me fixer avec ses yeux verts pétillants, me souriant parfois, même quand ce dont nous
parlions n’était pas amusant. Il a fait semblant de jouer de la guitare quand j’ai mentionné une
chanson avec un super solo, et des percussions quand nous avons évoqué un artiste connu pour son
talent de batteur. Il est en fait très enjoué, et je me suis énormément amusée avec lui ; en fait, j’ai pris
mon pied. J’ai même attrapé un stylo pour l’utiliser comme micro et faire semblant d’interpréter ma
chanson préférée de Britney, ce qui l’a beaucoup fait rire. Alors, dîner ensemble…, bien sûr,
pourquoi pas ?
Juste au moment où j’allais lui répondre, mon portable se met à sonner. Il est caché dans mon sac à
main, et je tends la main pour l’attraper, au cas où ce serait Aerie. En attrapant le sac sur la table, je
déverse tout son contenu.
‒ Merde ! dis-je en levant l’index. Désolée, donne-moi une seconde, ça pourrait être ma patronne.
Je recule ma chaise et m’agenouille sous la table pour trouver mon téléphone et rassembler mes
affaires. Je trouve d’abord mon portable, juste entre les pieds de River.
Tandis que je tends la main pour l’attraper, j’entends River s’éclaircir la voix :
‒ Hum, je peux le ramasser pour toi, dit-il avant de passer la tête sous la table. Mais, tout bien
réfléchi, je pense que ça me plaît bien, poursuit-il en désignant ma tête placée entre ses jambes.
En remarquant que ma tête est presque au niveau de ses genoux, je recule un peu pour le regarder et
me retrouve à fixer son entrejambe. Je me déplace rapidement et, en essayant de quitter cette position
gênante, je me cogne la tête contre la table.
Je me relève, mon téléphone à la main, et ris légèrement avant de me frotter la tête en disant :
Il rit à nouveau.
‒ Veux-tu que je ramasse le reste de tes affaires ou préfères-tu t’en occuper ? C’est comme tu veux.
Sans attendre ma réponse, il descend de la chaise et se met à tout rassembler. Je l’observe tout en
continuant à me frotter la tête. J’ai raté l’appel.
Ses tics, son ton, ses expressions et son langage corporel… Tout est si charmant…, presque
désarmant. Il est comme dans mes souvenirs. Et là, alors qu’il se lève devant moi pour remettre mes
affaires dans mon sac, je ne pense qu’à lui. Et à quel point j’ai envie de lui.
‒ Et pour le dîner ?
Je ravale un sourire.
‒ Bonne idée, mais il faut vraiment qu’on y aille. Les bureaux ferment à dix-sept heures le vendredi.
‒ Pas de problème, dit-il avant de pointer du doigt la grande tablette au centre de la table. Mais j’étais
impatient de jouer au Pictionary. Peut-être une autre fois ?
‒ Allons-y.
Il tend la main pour m’inviter à passer devant et examine de nouveau mon corps de la tête aux pieds.
‒ Tu veux déposer tes affaires à ton hôtel avant de dîner ? me demande-t-il pendant qu’il attrape sa
guitare et ma valise dans le coin.
‒ Oui, dis-je en acquiesçant. Je vais prendre un taxi et passer à mon hôtel. Nous pouvons nous
rejoindre plus tard pour dîner.
Il passe une main dans ses cheveux et me regarde. Non, en fait, il me lance un regard froid.
J’ai un mouvement de recul en me souvenant de la soirée où je suis partie quand il m’a demandé de
rester, mais, puisqu’il ne se souvient même pas de moi, je ne sais trop pourquoi il utilise un ton si
agacé.
‒ Quoi ? Non.
‒ Alors, c’est réglé : ma voiture est ici. Nous allons simplement commencer par passer à ton hôtel.
Son agacement semble avoir disparu et il n’attend plus que je passe devant. Il attrape alors ma main et
me guide vers l’ascenseur, puis nous sortons de l’immeuble.
Where We Belong
Ben est le seul mec à qui j’ai tenu la main. Alors, en essayant de répondre à cette question d’art ou de
science, je tente de revoir dans ma tête d’autres couples que je connais. J’essaie de me souvenir de la
manière dont leurs mains s’entremêlent ; mais je ne trouve pas ce détail dans ma mémoire. Je n’ai que
l’exemple de Ben comme indicateur pour trouver ma réponse.
Ben et moi nous tenions généralement la main quand nous étions en public. Je ne sais pas vraiment si
c’était un geste de proximité ou une façon pour Ben de faire savoir aux autres qu’il était mon copain.
Quoi qu’il en soit, quand nous nous tenions la main, c’était paume contre paume et de manière assez
détendue pour pouvoir facilement se lâcher si nous devions permettre à quelqu’un de passer ou si
l’un de nous deux voulait s’arrêter regarder quelque chose. Je dirais que notre façon de nous tenir la
main se rapportait plus à de la science.
Alors, pourquoi la manière dont River tient ma main me semble-t-elle si différente ? Sa prise est
ferme, nos doigts sont entrelacés, et il décrit occasionnellement des cercles sur le dessus de ma main
avec son pouce. Ces petits détails donnent à ce geste un aspect bien plus artistique. Ma conclusion
serait que la manière de se tenir la main est unique aux deux personnes qui le font.
Complètement absorbée par mes pensées pendant que nous traversons le parking couvert, je
remarque à peine qu’il est aussi vide que l’immeuble. Sa guitare à l’épaule, River passe son autre
main dans ses cheveux. Nous nous dirigeons vers ce que je suppose être sa voiture. C’est une Porsche
vintage noire. Il se retourne pendant que nous marchons et je le vois afficher un sourire franc. Il a des
fossettes super mignonnes. C’est le premier vrai grand sourire que je vois chez lui, et il est adorable.
En arrivant à sa voiture, il lâche délicatement ma main pour chercher ses clés dans sa poche de
devant. Il déverrouille la portière et l’ouvre pour que je monte. Il attrape ma main pour m’aider à
m’asseoir sur le siège très bas. Une fois que je suis installée, il lève ma main et l’embrasse.
Instantanément, j’ai un sentiment de déjà-vu, comme si j’étais à nouveau dans le bar la première fois
que je l’ai rencontré il y a longtemps.
Il referme la portière et contourne la voiture pour déposer mes affaires dans le coffre. Il ouvre sa
portière et jette sa guitare dans le petit emplacement derrière nous avant d’entrer. Avec un sourire en
coin, il lève un sourcil et tend les deux mains.
‒ Alors, tu l’aimes ?
Je me mets à rire en l’entendant donner un tel surnom à une voiture, ce qui me rappelle mon père et
son amour pour James Dean. Il avait gagné ma cause à force de regarder et faire référence
constamment à La Fureur de vivre. Nous étions tous les deux de tels fans de James Dean que nous
avons dû regarder ce film au moins cent fois. Je crois que je connaissais toutes les répliques par
cœur. Et c’est probablement toujours le cas.
Il place ses deux mains sur le volant et me regarde. L’intensité de ses yeux verts capte mon attention.
Je mets ma ceinture avant de me tourner sur le côté pour lui faire face.
‒ James Dean était l’acteur préféré de mon père, et il a toujours adoré sa voiture. Alors, c’est génial
de pouvoir monter dans une Spyder une fois dans ma vie.
Son grand sourire réapparaît avec des fossettes en haute définition. Puis, exactement comme il le
faisait dans mes souvenirs, il essaie de manière très galante d’éviter un malaise dans la conversation
en changeant de sujet.
Il fait démarrer la voiture et sort du parking pour prendre la rue vers le Strip.
‒ Où allons-nous ?
Je lui dis où je séjourne, et, après ce qui me semble n’être que quelques minutes, nous arrivons devant
le Hard Rock Hotel. Il gare la voiture et me regarde.
Il fait le tour de la voiture et indique au voiturier qu’il va s’occuper lui-même d’ouvrir la portière.
Après l’avoir fait, il écarte ses mains de chaque côté du chambranle et se penche. Il m’encercle avec
son parfum enivrant et son sex-appeal irrésistible avant de me tendre la main.
Je secoue la tête et lève les yeux au plafond à cause de son geste chevaleresque, mais j’apprécie
beaucoup ses principes.
Il me guide pour pouvoir fermer ma portière. Avec un petit sourire, il détourne le regard, un air
presque timide sur le visage.
‒ Je t’en prie.
Tout près de moi, il me pousse délicatement contre la voiture en posant de nouveau ses mains de
chaque côté. Il est près, mais pas encore assez. Ses yeux reviennent sur les miens ; ils me transpercent
avec une telle intensité qu’un frisson me parcourt. Il se penche vers moi et murmure à mon oreille :
Il hausse les épaules et me fixe avec ses yeux verts hypnotiques. Il rit légèrement et lance :
‒ Les sacs dans le coffre vont dans la chambre de cette superbe jeune fille. Nous ne serons pas loin.
Main dans la main à nouveau, il me conduit à l’accueil. Il reste près de moi, et je sens sa main frôler
occasionnellement, peut-être accidentellement, ma cuisse. Il donne mon nom à la jolie réceptionniste
et me fait remplir une fiche. Elle lui adresse un sourire dragueur et demande si elle doit prendre une
carte de crédit pour les faux frais. Il affiche un sourire satisfait et sort sa carte. Lorsque je proteste, il
se contente de hausser les épaules et me faire un clin d’œil.
J’ai toujours été indépendante ; même avec Ben, j’insistais pour le rester et je m’énervais souvent si
je trouvais qu’il ne respectait pas ce principe. Étrangement, sans que je sache pourquoi, je ne suis
absolument pas énervée par le fait que cet homme adorablement charmant prenne le contrôle pour ma
chambre d’hôtel. En fait, je trouve ça plutôt excitant. Avant de me tendre la clé de ma chambre, il la
regarde tout en passant sa langue et en plantant ses dents sur sa lèvre inférieure.
‒ Je vais attendre au bar, à moins que tu n’aies besoin d’aide pour aller jusqu’à ta chambre.
Je fixe sa lèvre et essaie de contrôler ma forte respiration. Je choisis de me concentrer sur son
commentaire dragueur et pas sur son charme sensuel. Je me contente de secouer la tête. Avec un air
séducteur à mon tour, je me mords la lèvre inférieure et examine tout son corps long et mince de
manière tout à fait évidente. Puis je penche la tête pour dire :
‒ Ça ira, merci.
Il répond avec un léger râle, et ses yeux se rivent sur moi. Je me tourne aussitôt et ris toute seule
tandis que je me dirige vers les ascenseurs sans jeter un regard derrière moi. Quand j’atteins ma
chambre, j’appelle le concierge et m’occupe de faire livrer mes bagages. En attendant, je m’allonge
sur le lit pour essayer de comprendre ce qui se passe avec mes sentiments et mes émotions. Je ressens
une connexion avec River. Nous avons retrouvé la même aise que le soir où je l’ai rencontré. Il est
adorablement charmant, affreusement charismatique et plus qu’attirant. Toutes ces qualités qui
m’avaient donné envie de rester avec lui ce soir-là au bar et qui m’inspirent pour passer plus de temps
avec lui maintenant. C’est comme s’il répétait la scène de cette soirée, même s’il ne semble pas se
souvenir de notre rencontre.
Je regarde ma chambre d’hôtel et les tableaux de guitares sur les murs, et l’envie d’avoir quelqu’un
pour me toucher, m’embrasser, quelqu’un avec qui être intime envahit mon esprit. Je jette un coup
d’œil par la fenêtre et commence à me poser des questions sur moi et sur ce que je fais avec River.
Suis-je en train de tromper Ben ? À partir de quand peut-on dire qu’assez de temps est passé ? Suis-je
prête pour être avec quelqu’un d’autre ? De toute ma vie, je n’ai couché qu’avec Ben. Et si j’étais
nulle dans l’intimité avec quelqu’un d’autre ? Ce dîner est-il en fait un rendez-vous ou simplement un
repas professionnel ? Suis-je prête pour une histoire d’un soir avec l’homme qui a attiré mon
attention plus vite que toutes les personnes que j’aie jamais connues, et à deux reprises ? Tout cela
tourne dans ma tête, et je ne suis certaine que de la réponse à la dernière question. Peut-être que oui.
Alors, pour le moment, je mets de côté mes doutes et mes questions et écarte aussi le sentiment de
culpabilité.
Quand quelqu’un tape à la porte, je suis sortie de mes pensées et saute du lit. Oh ! super, mes bagages.
En ouvrant la porte, je demande au groom d’attendre une seconde, le temps que j’aille chercher de
l’argent dans mon sac à main. Il répond aussitôt qu’un homme qui porte un tee-shirt FENDER et une
veste en cuir noire s’en est déjà occupé. Tout ce que je peux faire, c’est sourire.
Quand je ferme la porte, le téléphone de la chambre sonne et je me jette sur le lit pour répondre. La
voix séductrice de River me parvient dans le combiné :
‒ Je voulais juste te dire que j’ai réservé au N9 Steakhouse, au cas où tu préférerais te changer ou pas.
Je m’allonge sur le lit, cogne mes talons l’un contre l’autre et réponds :
‒ Tu as besoin d’aide ?
Je cache mon visage dans mes mains. Je ne peux m’empêcher de rire à voix haute des échanges qui se
sont instaurés entre nous en seulement quelques heures. Je ne pourrais absolument pas définir nos
conversations comme professionnelles. Il flirte avec moi et je flirte, moi aussi ! C’est marrant et
excitant, et j’ai presque l’impression de renaître.
Reconnaissante d’avoir pris des vêtements en plus, je suis contente d’avoir eu du mal à me décider
sur ma tenue ce matin. J’ai emporté plusieurs vêtements différents au cas où je déciderais de me
changer avant la réunion, ainsi que d’autres pour aller courir un peu le matin. J’ouvre ma valise et
sors une robe.
Elle est composée d’un haut en soie à carreaux et d’une minijupe asymétrique en cuir noir, ainsi
qu’un cordeau à la taille. Elle est moulante et courte, parfaite pour un dîner avec un chanteur de rock
presque célèbre et adorablement charmant. Je l’associe avec mes escarpins noir et nude avec une
lanière aux chevilles et un clutch argenté.
Comme je ne change jamais de bijoux, ma tenue pour ce soir est prête. Je porte les mêmes bijoux
depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Ma parure consiste en une paire de clous en diamants
deux carats aux oreilles, offerts par mes parents pour mon treizième anniversaire ; la montre vintage
de ma grand-mère avec un bracelet de satin noir et un cadran serti de diamants ; les bracelets de
perles noires et blanches de ma tante ; mon jonc Cartier ; et la bague de fiançailles que m’a offerte
Ben et que je porte toujours à une chaîne autour de mon cou.
En regardant dans le miroir alors que je me déshabille rapidement pour sauter dans la douche, je
grimace en voyant mon reflet. Consciente que le choix des vêtements n’est pas important pour les
hommes, mais qu’avoir l’air sexy l’est, je secoue la tête. Ce que je vois n’est pas du tout sexy. Mon
corps fin est désormais mou. J’ai perdu la majorité de mes muscles et toutes les formes que j’ai passé
des années à modeler à la salle de sport et avec des cours de Pilate. Ce qu’il reste, ce sont la peau et
les os.
Mes jambes n’ont pas de forme et la petite poitrine que j’avais autrefois a disparu : même le soutien-
gorge que je viens d’enlever est trop grand. Soudain, je doute que l’homme charmant, sexy et
séduisant qui attend en bas ne veuille ne serait-ce que ce que je veux donner.
Décidant de laisser le destin agir, je prends une douche, me brosse les dents, arrange mon visage,
mets un peu de déodorant et enfile mon soutien-gorge noir trop grand et ma culotte avant de me
glisser dans ma robe et mes chaussures. Je regarde à nouveau dans le miroir et agite mes cheveux
pour les brosser de manière à ce que ma chevelure maintenant blond cendré tombe en cascade dans
mon dos, puis je m’adresse un sourire pour me donner du courage.
Je détourne le regard du miroir de la salle de bain, je fais demi-tour et me dis que je ne devrais
probablement pas porter ma bague de fiançailles alors que je sors avec un autre homme. Ça ne serait
pas bien. Je décide que, juste ce soir, je devrais enlever mon collier. En le faisant, des images de Ben
en train de la glisser à mon doigt me viennent à l’esprit et j’essaie de les effacer, mais c’était un
moment heureux pour moi et je souris.
Ce n’est que lorsque j’ai vraiment enlevé le collier et embrassé ma bague que la tristesse emplit
instantanément mon cœur. Je déglutis pour retenir mon émotion. J’ai presque le sentiment que je
devrais implorer son pardon pour avoir de telles pensées, de tels désirs, de tels besoins. Alors que je
continue à regarder la bague qui me rappelle constamment Ben, je sais que je ne l’oublierai jamais,
mais je dois le mettre de côté juste pour l’instant. J’embrasse la bague une nouvelle fois et me
retourne pour l’enfermer dans le coffre en prononçant un doux « Je t’aimerai toujours ».
Pendant que je rassemble mes affaires, j’entends un léger coup à la porte. Je l’ouvre sans même
chercher à voir qui c’est. Il est là, appuyé contre le cadre, la tête penchée et un magnifique sourire
plaqué sur le visage. Je ne peux m’empêcher de scruter son corps long et fin d’un rapide coup d’œil.
Il est grand, mince, légèrement musclé comme un nageur, et a de superbes cheveux châtain clair avec
du cuivré çà et là. Il est follement séduisant. Quand mes yeux croisent les siens, il me fait fondre, tout
simplement, et m’hypnotise complètement.
Pour la première fois de la journée, j’éprouve la même attirance électrique que celle que j’ai
ressentie entre nous ce fameux soir. Je réalise aussi enfin ce qu’est cette « autre chose » que je n’ai
pas su identifier alors ; ce qui m’a attirée vers lui il y a si longtemps. C’est l’attention : non seulement
il a toute mon attention, mais il fait aussi très attention à moi.
Toujours dans l’encadrement de la porte, je le surprends en train d’étudier mon corps, puis il se
penche vers moi. Incapable de me contrôler, je bascule inconsciemment plus près du sien, et un petit
bruit s’échappe de ma gorge. Je l’entends inhaler en réponse. Nous sommes si près que je me dis
qu’il va m’embrasser, mais, au lieu de cela, il appuie son front contre le mien et je sens son souffle.
Nos fronts restent joints pendant quelques brèves secondes avant qu’il fasse glisser son nez sur ma
joue. Poussant un profond soupir pendant que sa bouche effleure mon oreille, il murmure :
Son geste sexy et sa proximité me prennent au dépourvu. Je sens comme des papillons et des petits
coups dans le ventre. Je ne m’attendais pas à son contact ni à ses paroles gentilles ; des paroles dont je
doutais, justement. En me mordant la lèvre inférieure, la gorge nouée, je résiste à l’envie de le tirer
jusqu’à mon lit et envoyer valser les mots. Je décide plutôt de faire un pas en arrière et de croiser les
bras pour arrêter mon tremblement incontrôlable.
Malgré ses yeux verts perçants qui me fixent, je parviens à retrouver ma voix et dire, une ou deux
octaves trop hautes :
Avant qu’il puisse faire un commentaire, son téléphone se met à sonner, mais il l’ignore. La
distraction me convient très bien parce que cela l’empêche de remarquer ma réaction à son contact. Il
continue de m’observer avec ce regard captivant qui exprime son attention totale. J’ai presque
l’impression qu’il est en train de décider s’il va faire de moi son dîner, ce qui m’irait très bien.
Il fait un pas en arrière, étend ses bras de chaque côté de la porte et secoue la tête.
‒ Non, je voulais m’assurer que tes sacs t’avaient bien été remis.
Je passe sous son bras pour atteindre le couloir et me retourne pour le regarder lorsque la porte se
ferme.
‒ Je suis prête.
Je souris quand j’entends ce « Hmmm… » à nouveau. J’en suis venue à penser qu’il émettait ce son
soit quand je faisais quelque chose d’inattendu ou quand il trouve amusant quelque chose que je dis ou
fais.
Il me rattrape et, encore une fois, prend ma main pour me mener à l’ascenseur. Nous sortons de
l’immeuble et marchons vers sa voiture qui nous attend toujours devant.
En se dirigeant vers la sortie du parking, il conduit sa voiture sur le bord de la route et penche la tête
vers moi.
Je me perds dans ses yeux verts avant de répondre de manière complètement honnête :
‒ En fait, oui, tu l’as fait, mais je veux bien te l’entendre dire encore.
Il marque une seconde de pause pour me regarder et, quand il voit que je secoue la tête, continue sans
attendre de réponse verbale de ma part :
‒ Je dois déposer ma guitare, de toute façon. J’ai eu une séance photo avant notre réunion et ils
voulaient que je pose avec elle.
‒ Stella, son nom est Stella, et ne te moque pas. C’est la seule fille sur laquelle j’ai toujours pu
compter.
‒ Je ne me moque pas. En fait, je comprends. Je ressens la même chose pour mon appareil photo.
‒ Il ?
‒ Il, elle, je ne sais pas. Je n’y ai jamais réfléchi comme ça, mais avoir une fille qui dort dans ma
chambre chaque nuit, ce n’est pas mon truc.
‒ Ce regard était très sensuel, dit-il après avoir émis un léger râle.
Nous nous arrêtons à un feu rouge, et mon fou rire cesse. Nous nous fixons. Je me demande s’il peut
voir l’avenir, car le regard qu’il me lance me dit qu’il voit ce que je vois.
Son téléphone sonne à nouveau dans sa poche, et il continue à l’ignorer. Il tend lentement la main,
attrape une mèche de mes cheveux et la coince très délicatement derrière mon oreille, me donnant un
frisson dans le dos. Après avoir décrit un cercle avec son index autour de mon oreille, il tire
légèrement sur mon lobe, ce qui m’apporte une chaleur que je n’ai sentie qu’une fois auparavant.
Mon corps se remet à trembler. Je lève les yeux pour voir les siens, légèrement fermés, et décide de
me lancer et lui demander s’il se souvient de moi parce que ses mouvements et ses gestes sont les
mêmes que ce soir-là, il y a si longtemps. Avant que les mots ne sortent, un klaxon retentit. Le feu est
passé au vert et je me tais.
Nous prenons l’allée de l’hôtel Palms Place, et il continue à me parler de son nouvel album, mais j’ai
beaucoup de mal à me concentrer sur autre chose que son physique.
Je n’ai aucune idée de ce qu’il vient de dire, et, ce qui est amusant, c’est que son nouvel album
m’intéresse vraiment, et pas seulement à des fins professionnelles.
Ma portière s’ouvre, et le voiturier est là. River me rejoint sur le trottoir et continue à me taquiner.
‒ Non, jamais.
‒ Bêcheur.
‒ Ne le dis pas.
‒ Dire quoi ?
‒ Premièrement, qu’est-ce qui te fait penser que j’allais dire ça ? Et, deuxièmement, il l’était !
Les salutations du voiturier permettent de le distraire. Je suis contente quand il répond d’un signe de
la tête, surtout en sachant ce qu’il s’apprêtait à dire parce qu’il m’avait dit exactement la même chose
pas seulement aujourd’hui, mais aussi le soir de notre rencontre.
Main dans la main, nous traversons le hall de l’hôtel. C’est calme et apaisant par rapport à la plupart
des entrées d’hôtel de Las Vegas, avec leurs lumières vives et leur sol presque aveuglant. Tout dans ce
lieu est paisible.
Nous attendons l’ascenseur, et je réalise qu’il me tient toujours la main, même si nous n’avançons
plus. Nous sommes immobiles, main dans la main. Il me regarde avec ses yeux verts pénétrants et
caresse le dessus de ma main en faisant des cercles avec son pouce.
Il m’explique qu’il aime séjourner ici parce que c’est proche de tout mais calme, sans l’agitation des
hôtels de casinos. Je vois ce qu’il veut dire. Cet endroit ne ressemble à aucun où je suis déjà allée. J’ai
l’impression d’être dans un autre temps et un autre lieu. Plus je plonge dans ses yeux, plus j’ai cette
sensation.
En approchant de l’ascenseur, il lâche ma main pour prendre la clé de sa chambre dans son
portefeuille. Il met la clé dans la serrure et appuie sur le bouton PENTHOUSE A. Je suis soulagée
qu’il n’ait pas une petite chambre comme la mienne, parce que je me demande ce que je suis censée
faire pendant qu’il prend sa douche. M’asseoir sur son lit et boire un verre ?
Nous montons. Il s’appuie contre la porte de l’ascenseur, ses pieds sur le mur et ses mains dans les
poches, face à moi. Il sourit légèrement, et j’aperçois les marques de ses fossettes. Tout à coup, il se
met à chanter une ode au tee-shirt que je portais tout à l’heure. En le regardant chanter « Lola », je me
dis qu’il a l’air perdu dans la chanson. Il est si attirant, et l’observer chanter fait s’accélérer ma
respiration et se serrer mes tripes.
Quand il atteint la partie qui mentionne le Cherry Cola, il affiche un sourire malicieux. Il a une voix
fantastique, et je me contente de fermer les yeux pour l’écouter en essayant de maîtriser ma
respiration. Il s’arrête de chanter avant d’arriver aux paroles qui parlent de boire du champagne.
Je suis consciente à l’excès de sa proximité sans même ouvrir les yeux. Il fait un pas pour se trouver
juste devant moi, et sa respiration est manifestement plus rapide. Il prend ma main et l’embrasse avant
de se pencher vers mon oreille et murmurer :
Something More
Nous sortons de l’ascenseur, et je ne peux arrêter de penser à tout ce qui s’est déjà passé aujourd’hui.
River attrape ma main et me guide dans un couloir magnifiquement décoré. Le sol est couvert de
carreaux de différents tons de blanc, les murs sont d’un bleu spa avec des cadres en moulures crème à
espaces réguliers, accueillant chacun différentes photographies de dessert derrière une vitrine de
verre.
En parcourant le couloir, je commence à réfléchir sur cette « autre chose », et mon esprit revient à la
question que je me suis posée il y a si longtemps. Les coups de foudre existent-ils ? C’est une question
intéressante. Si vous me l’aviez posée il y a cinq ans, j’aurais répondu : « Absolument pas. » L’amour
que Ben et moi éprouvions l’un pour l’autre a évolué au cours de nos nombreuses années d’amitié. Je
n’arrive pas à me souvenir quand notre amour est passé d’un amour entre deux amis à un véritable
amour.
Puis, lors d’une soirée alcoolisée entre filles, j’ai rencontré l’homme qui est en train de m’amener
dans sa chambre d’hôtel et je me suis demandé : Pourrais-je vraiment croire aux coups de foudre ?
Comment les coups de foudre pourraient-ils exister quand on est déjà amoureuse de quelqu’un d’autre
?
Et là, après la sérénade de River dans l’ascenseur, je me pose exactement la même question. Sauf que,
cette fois, l’homme dont j’étais amoureuse alors a disparu. Ben est un beau souvenir de mon passé et,
ainsi, le « danger » que représentait l’homme qui se tient près de moi a disparu, lui aussi.
Je secoue la tête pour me chasser ces réflexions sur l’amour et choisis de me concentrer sur le désir
sexuel. Mon corps commence à trembler légèrement, et une certaine souffrance semble se propager
partout. Je veux que cet homme me touche. Honnêtement, j’en veux plus…, bien plus. Je suis presque
certaine qu’il le veut aussi. Tout ce qu’il me reste à faire, c’est terminer cette interview pour que nous
puissions passer à ce que j’ai eu envie de faire à l’instant même où je l’ai vu pour la première fois.
River s’arrête à la porte pour glisser la clé dans la serrure. Il ouvre, lâche ma main et pose la sienne
dans le creux de mon dos pour me guider dans sa suite. En entrant, l’idée qu’il sera bientôt célèbre
m’assaille à nouveau. Cette suite est décidément destinée aux célébrités. Elle a des fenêtres qui
s’étendent du sol au plafond tout le long du mur. Le salon est décoré comme le couloir, dans des tons
doux, et comporte une cheminée. Dans la salle à manger trône une table en bois de hêtre clair pour
douze personnes, et la cuisine est équipée de plans de travail en marbre blanc, d’une machine à café
intégrée et même d’un four à gaz. Je n’ai jamais vu ce genre de parquet et de sol en marbre dans une
chambre d’hôtel auparavant. Il y a même un jacuzzi sur le balcon qui donne sur la ville. Cette suite a
l’air plus grande que ma maison.
Après avoir posé sa guitare dans un coin, il enlève sa main de mon dos tout en me guidant vers la
fenêtre. Il reste là un instant, et je me demande à quoi il pense. Il passe sa langue sur sa lèvre
inférieure d’une manière follement sensuelle. Nous sommes si près l’un de l’autre que je sens son
souffle chaud sur ma nuque. J’admire son magnifique visage et sa peau lisse. Je peux presque sentir
ses abdominaux bien dessinés au travers de son tee-shirt. Il est vraiment incroyablement charmant. Je
sens les battements de mon cœur s’accélérer et, s’il s’approche encore, je crains de tomber par la
fenêtre, mais je continue à le regarder. Ses traits sont si séduisants : il a une mâchoire puissante, un
beau nez sculpté, un corps extrêmement harmonieux, et sa personnalité est tout à fait captivante.
‒ Aucune autre vue à Las Vegas ne ressemble à celle qu’on a de cette fenêtre la nuit, dit-il en
déverrouillant la baie vitrée et l’ouvrant. J’espère que tu as l’intention de rester un peu pour voir la
ville s’éclairer.
Sans attendre de réponse de ma part, il me frôle pour se rendre dans la cuisine, mais pas sans avoir
caressé mon dos du bout des doigts. Son contact délicat diffuse de petits picotements jusque sur ma
nuque.
En se rendant dans la cuisine, il tape quelque chose sur son téléphone, mais je ne demande pas quoi.
‒ Est-ce une invitation ? Parce que je ne pensais pas en avoir besoin, dis-je pour le taquiner avec un
immense sourire.
Il me fait un clin d’œil, puis affiche un sourire si large que ses fossettes palpitent presque.
River pose son téléphone sur une station d’accueil sur le comptoir, et « Beautiful Day » de U2 nous
enveloppe. Il me regarde la tête baissée et un petit sourire sur les lèvres, et il fredonne la chanson.
River ouvre le réfrigérateur et sort deux bouteilles de bière. Il en lève une et me demande :
‒ Ça te va ? Je ne suis pas vraiment un bon barman, mais je peux essayer de te préparer autre chose, si
tu veux.
‒ C’est parfait. Puis-je avoir un verre avec des glaçons, s’il te plaît ?
Il se met à ouvrir et fermer plusieurs placards jusqu’à ce qu’il trouve les verres. Il en sort deux et les
pose sur le plan de travail. Après en avoir rempli un de bière et de glaçons récupérés dans le
distributeur de la porte du frigo, il avance vers le grand canapé en forme de L et me fait signe de
venir m’asseoir.
Je marche vers lui et je ne peux m’empêcher de remarquer comme il est sexy. Il est tel un aimant, et je
suis un morceau de métal attiré vers lui sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Lorsque je suis
assez près pour voir ses yeux, ceux dans lesquels je me suis déjà plongée trop de fois je me dis que
j’espère qu’ils ne me laisseront pas repartir.
‒ Pourquoi souris-tu ?
‒ Rien. Tout. Je ne sais pas, dis-je en haussant les épaules et en essayant de résister à l’attirance.
Je suis quelque peu distraite par ses cheveux en bataille mais parfaits et son apparence générale. J’ai
envie de lui demander s’il se rend compte à quel point il est attirant. Qu’est-ce qui cloche chez moi ?
J’ai l’impression d’être une adolescente, bon sang !
Je prends une grande gorgée pour refroidir mon corps en surchauffe et je la sens tout de suite : la
migraine causée par le froid. Je cligne des yeux pour essayer de l’arrêter, de la chasser.
‒ Super froid avec de la gla…, l’entends-je commencer à dire, mais il ne finit pas sa phrase.
Je lève les yeux. Il pose son verre sur la table. Il doit avoir remarqué mon expression puisqu’il dit :
‒ Tu as la migraine, c’est ça ?
River place ses doigts sur mes tempes et appuie fermement tout en décrivant des cercles. Je sens que
je vais de nouveau avoir la chair de poule, et mes tempes sont en feu. Je ne ressens plus le froid.
Je sens encore une fois son nez dans le creux de mon cou, mais, en s’approchant de mon oreille, ses
lèvres effleurent la partie la plus sensible de mon cou. Lorsqu’il atteint mon oreille, il murmure :
‒ Ça va mieux ?
Je hoche lentement la tête et ouvre les yeux, très sensible que je suis au fait que nous soyons si près
l’un de l’autre. Ma respiration se met à accélérer à nouveau. Réalise-t-il ce que ce petit geste
provoque en moi ? J’ai vraiment envie de lui sauter dessus, mais je me retiens, me souvenant du dîner
et de l’interview. Oui… Le dîner et l’interview.
Reculant pour être à bonne distance, River parvient une fois encore à changer de sujet, et la
conversation revient à la normale. Il me demande où j’ai grandi, comment j’étais au lycée, où je suis
allée à l’université, et me pose des questions sur ma vie en général.
Mes pensées vont vers Ben, encore et encore. Je trouve difficile de ne pas parler de lui, mais son
esprit occupe chacun de mes souvenirs. Je discute avec River, mais Ben est dans ma tête. Je commence
à me demander ce que je peux bien faire là.
Un coup à la porte me distrait un moment.
Un serveur fait entrer une table à roulettes pleine de plats couverts de cloches. Après que River lui a
tendu un pourboire, je lui jette un regard interrogateur.
‒ Ouiiiiii, fait-il en enlevant les cloches pour dévoiler un assortiment de petites bouchées.
‒ Quand as-tu commandé à manger ? dis-je en plissant les yeux et en faisant la moue.
Tout ce que je peux faire, c’est secouer la tête parce que je n’ai qu’une envie : l’allonger sur le
canapé. À quoi il joue ? Il me met à cran et je suis sûre qu’il l’est, lui aussi. Il haletait presque après
son dernier geste.
Mettant de côté mon besoin de contact humain (son contact), nous discutons pendant presque une
heure tout en mangeant et buvant.
Lorsque nous avons tous les deux terminé notre deuxième bière, la mienne avec de la glace, lui sans,
River se lève.
‒ Fais comme chez toi pendant que je prends une douche rapide.
Je regarde River quitter la pièce, admirant cette démarche dont je ne me lasse pas et la forme que
prennent ses cheveux quand il se retourne et me fait un clin d’œil. Comme il m’a surprise en train de
le mater, il marmonne quelque chose que je n’entends pas bien, mais qui ressemble étrangement à : «
Tu peux te joindre à moi, si tu veux. »
Quand il disparaît dans ce que je suppose être la chambre, j’envisage de le rejoindre. J’en ai vraiment
envie, mais je suis ici pour le travail. Mince, il faut que je me bouge et en finisse avec cette interview.
Je me dirige vers la fenêtre et sors. Les klaxons résonnent, les lumières clignotent et il y a du monde
partout. En regardant tout ce chaos en bas, j’ai l’impression que ce désordre est un soulagement
bienvenu dans la vie que j’ai eue ces derniers temps. J’ai tellement envie de simplement me sentir
vivante à nouveau. Mais tout me rappelle encore Ben. Même ici, avec cet homme incroyablement sexy
et pourtant adorablement charmant, mes pensées reviennent toujours à Ben et à notre séjour à Las
Vegas juste après la fin de mes études.
En me souvenant de cette fois où un groupe d’amis avait planifié un week-end de couples, je souris
encore aujourd’hui pour l’utilisation du mot « couple ». C’était plus un week-end entre filles et entre
garçons combiné au fait que chaque couple partageait une chambre d’hôtel. Dès que nous sommes
arrivés, le groupe de garçons s’est précipité au casino et je n’ai plus vu Ben jusqu’à qu’il rentre
titubant dans notre chambre à quatre heures du matin, ivre et pas prêt à dormir. Le lendemain, nous
avons passé la matinée ensemble dans notre chambre, puis il a retrouvé les garçons dans l’après-midi.
Cette fois, je ne l’ai pas revu avant qu’il ne titube dans notre chambre juste à temps pour prendre un
taxi et retourner à l’aéroport. Nous étions comme ça, à l’époque, et, honnêtement, j’ai passé un super
moment avec mes copines ce week-end-là. Nous avons joué au black jack, fait les boutiques, mangé
des plats fabuleux et sommes allées en boîte le soir. C’était génial.
Soudain, des bras m’entourent. River a posé ses mains sur la balustrade de chaque côté, interrompant
mes souvenirs de Ben. River est face à mon dos, et j’ai envie de m’appuyer contre lui pour sentir
toute la longueur de son corps ferme contre le mien, mais je ne le fais pas. Je respire son parfum
désormais familier et ferme les yeux. Chacune de mes terminaisons nerveuses est électrifiée par le
désir. Deux ans de négligence et mon corps réclame à cor et à cri que cet homme me touche.
‒ On devrait peut-être attendre le coucher du soleil avant de sortir, dit River, qui se tient si près et
encore bien trop loin.
‒ J’adorerais ça. Le ciel est si clair, le coucher de soleil va être magnifique, dis-je sans me retourner
ni bouger un muscle parce que l’attirance de mon corps vers le sien est maintenant si forte que je
peux à peine me retenir.
‒ En effet.
Je devine, à la manière dont son souffle chaud touche mon oreille, qu’il ne regarde pas le soleil, et
cela me fait extrêmement plaisir. Être entourée par River et regarder le coucher du soleil me semble
si agréable que j’essaie de débarrasser ma tête des images de Ben pour pouvoir me concentrer
uniquement sur River. Cependant, me concentrer sur quoi que ce soit à cet instant est très difficile. Sa
proximité me met de nouveau à cran, et je m’imagine encore faire le grand saut avec lui.
Après le coucher du soleil, River recule, mais laisse une main sur la balustrade près de moi.
‒ Prête ?
‒ Oui, dis-je en levant les yeux et en remarquant comme son bras fort mène à son magnifique visage.
Quand je me retourne complètement, je le vois pour la première fois depuis qu’il est sorti de la
chambre. Je remarque qu’il porte un jean noir usé avec une chemise grise qui laisse deviner ses
muscles très bien dessinés, une ceinture et ses bottes noires. Je remarque qu’il a à peu près la même
carrure que Ben. Il est peut-être légèrement plus grand.
‒ Ça te plaît ?
Avant que je ne puisse répondre, je trébuche légèrement en voulant me diriger vers le salon, et le nez
de River se retrouve dans mon cou, mais cette fois par ma faute.
River ne change pas ses habitudes et saute sur l’occasion pour glisser son nez près de mon oreille et
murmurer :
‒ Hé ! ma belle, tu vas bien ?
Je sens son nez près de mon oreille. Je sens son souffle. Je sens ses lèvres effleurant mon cou. Mais,
contrairement à la dernière fois, il ne recule pas immédiatement, et le courant électrique redouble de
puissance.
River ne me laisse pas terminer ma phrase et me pousse délicatement contre la balustrade. Ses bras
sont tendus de chaque côté de mon corps, il m’encercle, me piège, mais, une fois encore, je ne me
sens pas en danger. Ses lèvres ne quittent pas mon cou lorsqu’il nous repositionne. Ma respiration se
bloque, et mon rythme cardiaque a doublé tandis que je penche la tête pour lui faciliter l’accès à mon
cou. Il dépose doucement des baisers de mon cou à ma bouche et me lèche lentement, légèrement,
jusqu’à ce que ses lèvres touchent finalement les miennes.
Quand j’entrouvre ma bouche, je crois entendre un râle venant de sa gorge, et je sais que j’entends un
petit gémissement de ma part lorsque ses lèvres se pressent contre les miennes. Je suis paralysée,
incapable de bouger. Je ne peux même pas l’enlacer parce que je suis bloquée dans une nouvelle
émotion.
C’est le bonheur qui grandit et éclipse le chagrin. Je sens mes jours les plus sombres s’évanouir, juste
ici, maintenant, avec lui…, et cela me paralyse.
Mon corps se met à trembler, et je pose mes mains sur sa poitrine pour me soutenir. Il m’embrasse
délicatement, suçant ma lèvre inférieure avant de presser soudain sa bouche avec plus d’ardeur contre
mes lèvres, et sa langue heurte la mienne. Dès que je commence à glisser mes mains le long de son
torse, il gémit à nouveau, plus fort cette fois, mais se retire. Notre premier vrai baiser se termine
ainsi.
Mais ce n’était pas qu’un baiser. C’était bien plus que ça. Quand nos langues se sont touchées, j’ai eu
la sensation que nos âmes se connectaient comme si elles passaient par nos bouches. Cette impression
d’âme sœur me trouble, mais le regarder me donne le sourire. Il me sourit lui aussi en prenant ma
main pour me guider à travers le salon pour atteindre la porte sans rien dire.
Dans le silence de l’ascenseur, nos mains sont toujours jointes. Chacun est perdu dans ses pensées ;
nous ne nous regardons pas et ne disons toujours rien. Les souvenirs de Ben envahissent mon esprit,
mais ce sont des pensées pénétrantes, fugaces. Je ne me souviens pas que mon corps ait réagi au
contact de Ben comme il vient de le faire à celui de River. Il est si séduisant et attirant ; il me donne
envie d’avoir plus que le baiser que nous venons de partager. Et s’il ne me désirait pas ? Et si la fille
maigre et frêle qui se tient près de lui ne l’attirait pas ? Mais j’écarte les doutes me concernant parce
que je ne veux pas être cette fille mal dans sa peau. Peut-être qu’il est temps de faire mon deuil et
d’avancer ; de finir cette interview et de prendre le prochain avion pour rentrer à la maison.
Les portes s’ouvrent, et mes pensées éparpillées sont stoppées quand River me demande si j’ai faim.
Je suis transportée dans l’instant présent. Je fais oui de la tête. Nous sortons de l’ascenseur et
traversons le hall vers les portes. Je me répète : Contente-toi de finir ton boulot et va-t’en.
Je m’arrête brusquement quand je me souviens que je n’ai pas le matériel dont j’ai besoin pour
l’interview. J’ai laissé mon sac dans ma chambre d’hôtel quand River a frappé subitement à ma porte.
‒ Peut-être qu’on pourrait faire l’interview demain : tu es bien trop sexy pour que je réussisse à me
concentrer sur autre chose que toi.
Mes émotions sont tout embrouillées lorsqu’il me fait signe de monter dans un taxi.
‒ Que veux-tu dire ? demande-t-il en passant ses mains dans ses cheveux.
Son ton est bien plus dur que celui que j’ai entendu jusqu’ici. Mes yeux s’écarquillent et ma bouche
s’entrouvre. Je n’ai pas de mots.
Je le regarde, un peu perplexe et blessée qu’il ne l’ait pas mentionné avant. Je fais un signe de la tête
pour lui indiquer que, bien sûr, je m’en souviens. Puis, avec une voix grave, je réponds :
Avec une voix aussi grave et alors que la dureté dans son ton semble avoir disparu, il demande :
‒ Et toi, Dahlia ?
Il me regarde avec ses yeux verts pénétrants et je sais que l’avenir ne s’y trouve pas, à cet instant.
‒ Elle est bonne ! lance-t-il en riant presque, de nouveau avec son ton sévère.
Je regarde par la fenêtre à côté de lui pour éviter son regard. Nous sommes bloqués dans la
circulation. Super. Je ne veux pas le regarder. J’essaie de ne pas pleurer. Je suis troublée et ne sais pas
quoi penser. La séduction et l’attirance entre nous ont fait place à l’amertume. Ses émotions semblent
changer plus vite que je ne peux les suivre et je sais que je dois quitter la partie.
Frappée par une illumination soudaine, je tourne tout mon corps pour lui faire face. Avec ma robe, ce
n’est pas facile. Je pose ma main sur le siège devant moi, pour que le bas en cuir moulant ne glisse
pas sur la banquette, et je croise les jambes. Le taxi se remet en marche ; des klaxons retentissent et
des lumières de couleurs vives clignotent partout.
‒ River, je ne veux pas jouer. Je ne sais pas ce qui se passe, mais retournons simplement à mon hôtel
pour que je récupère mes affaires. Finissons cette interview, puis nous pourrons nous dire au revoir.
Je lui dis ça sur un ton aussi plat que possible en sachant que ce n’est pas ce que je veux, mais ce qui
doit se passer.
Ignorant ma requête, il se tourne vers moi à son tour. Le coude sur la plage arrière et le genou
s’agitant légèrement, il déclare :
‒ Dahlia, je ne joue à rien. J’essaie juste de comprendre. Alors, commençons par le soir où nous nous
sommes rencontrés, d’accord ?
‒ De quoi parles-tu ?
‒ Je ne suis pas partie avec un mec. Je suis partie avec ma copine Aerie. De quoi tu parles ?
Il passe ses doigts dans ses cheveux et lance, les dents serrées :
‒ Après mon concert, tu étais partie. Pourtant, j’ai pensé que nous avions eu une connexion forte.
Quand j’ai dû remonter sur scène, tu as dit que tu m’attendrais, mais ce n’est pas ce que tu as fait. Tu
es partie. Plus tard, ce soir-là, j’ai dû passer à la fraternité de mon frère pour récupérer ma sœur qui
était partie sans nous et je t’y ai vue. Tu étais avec un type près de l’escalier et il était collé à ton cou.
Il prononce cette dernière partie avec du dégoût dans la voix, et je commence à me sentir un peu mal
à l’aise. Je n’ai jamais pensé que mes deux mondes se heurteraient comme ça. Avec mon ton le plus
contrit et des yeux implorant le pardon pour cette omission, j’explique :
‒ River, ce n’était pas n’importe quel type. C’était mon petit copain et j’ai eu peur de ce qui aurait pu
se passer entre toi et moi. C’est pour ça que je suis partie.
‒ Ça, c’est une fantastique nouvelle à entendre, aujourd’hui. Tu ne t’es pas dit que tu aurais dû
partager ça avec moi à ce moment-là ?
‒ As-tu un copain ?
Je rougis et ravale mes larmes. Sa réaction amère m’a un peu énervée à mon tour. Je réponds, sur un
ton un peu dur :
‒ Non, Ben était mon copain, mais il est mort il y a presque deux ans. En fait, c’était mon fiancé.
Ses yeux se fixent sur les miens, et je vois de la compassion et peut-être même un peu de chagrin en
eux. Il étudie mon visage comme s’il essayait de retourner cinq ans en arrière sans savoir comment.
‒ Oui, Ben était mon petit copain depuis nos cinq ans. En fait, pas vraiment, mais c’est tout comme.
‒ Hmmm…
Après un moment, il me regarde. Ses yeux sont un peu plus doux, et il semble plus compréhensif.
Tout à coup, je retrouve l’homme charmant qui semble me captiver.
Il ne finit pas sa question, car le chauffeur de taxi annonce notre arrivée au restaurant.
Je pose ma main sur son genou. Je suis un peu secouée par notre échange, mais, pour une raison ou
une autre, je me sens encore plus proche de lui. Je ne sais pas si nous pouvons nous remettre de ça et,
honnêtement, j’ai peur d’aller trop loin au cas où ce ne serait pas le cas.
Il prend ma main sur son genou et la porte à sa bouche pour l’embrasser délicatement comme il l’a
déjà fait auparavant. J’ai de nouveau la chair de poule et je dois déglutir plusieurs fois pour déloger
la boule qui est dans ma gorge. En tenant toujours mes doigts, nos mains maintenant toutes les deux
posées sur sa jambe, il lève mon menton avec son autre main et passe son pouce sur mes lèvres.
‒ Dahlia, reste dîner avec moi. Tu me dois bien ça après m’avoir laissé en plan ce soir-là. Et puis,
nous verrons ensuite ce qui se passera.
Il le dit très doucement, presque comme un murmure, tout en continuant à caresser ma lèvre
inférieure avec son pouce. Le chauffeur sort du taxi et ouvre ma portière. Je suis sûre qu’il fait ça
pour nous inciter à bouger.
Mais je sais que ce n’est pas ce que je pense. Il est temps pour nous d’enlever nos masques pour voir
s’il y a vraiment autre chose entre nous, mais, pour y parvenir, je dois contrôler mes émotions. C’est
plus facile à dire qu’à faire en la présence de River Wilde, surtout quand, en descendant du taxi, je
sens toujours la marque brûlante qu’a laissée son contact sur mes lèvres.
Hold My Heart
Il y a certaines choses auxquelles je m’attendais en atterrissant à Las Vegas, ce matin : les casinos,
l’alcool, les jeux vidéo, les machines à sous, les tables de craps, les néons et même River Wilde. Mais
je ne m’attendais pas à cet échange amer qui venait de se produire dans le taxi.
En attrapant ma main, il me guide vers l’ascenseur à l’intérieur du grand bâtiment de verre. Je profite
de notre silence pour retrouver mes esprits le temps de monter les quarante étages jusqu’au
restaurant.
Premièrement, il se souvient de moi. Deuxièmement, il est – ou était, je ne sais trop – troublé par le
fait que je sois partie ce soir-là. Enfin, il est allé à la fête des Kappa Sigma pour chercher sa sœur
après avoir quitté le bar du campus de l’U.S.C. et m’a vue avec Ben.
Les faits sont plus simples à démêler que les sentiments sous-jacents qui les accompagnent. Ce sont
les miens que je n’arrive pas à comprendre. Ils grandissent, s’intensifient presque à chaque parole
qu’il m’adresse. Et, même si je ne le connais pas vraiment, cela n’entache pas le fait que je me sens
plus liée à lui actuellement qu’à n’importe quel autre homme vivant.
Ce sont ces sentiments qui m’incitent à rester ici, à ne pas m’enfuir. Mais la raison la plus importante,
c’est qu’il s’intéresse à moi. Là, il est furieux, mais, ce que je vois, c’est une sorte de conflit entre ses
émotions et son charme. Je vois au-delà de sa colère liée à son ego blessé de s’être fait poser un lapin.
Mais je vois aussi une petite blessure. Le fait que je l’intéresse m’intrigue ; ça me captive et me donne
encore plus envie de lui.
Les faits et les questions sans réponses tournent dans ma tête tandis que je sors de l’ascenseur pour
entrer dans le restaurant. Nous sommes main dans la main, et je me demande comment cela peut être
réel.
Les doutes commencent à embrouiller ma raison. Est-il réglo ou essaie-t-il de prendre sa revanche
parce que je l’ai laissé tomber ce soir-là ? Tout cela est-il un jeu ? Si ce n’est pas le cas, pouvons-
nous laisser le passé derrière nous ? Puis-je lui parler de Ben ? Pourquoi m’a-t-il demandé de rester
tout en me repoussant ? Mes doutes se mêlent à des certitudes, mais, ce qui m’inquiète le plus, c’est
pourquoi, chaque fois qu’il me regarde, j’ai l’impression qu’il peut voir en moi jusqu’à mon âme.
J’essaie désespérément de chasser Ben de ma tête, mais la conversation revient toujours vers lui. Pas
littéralement en utilisant son nom, mais au sens figuré, celui où toutes les issues de cette conversation
mènent à Ben.
L’hôtesse nous conduit à un box isolé en forme de « Y », et je remarque la magnifique vue sur Las
Vegas. Notre box est orienté vers l’intérieur du restaurant, et il y a un mur de verre à notre droite. En
me glissant à ma place, je me retourne pour admirer le panorama et profite de la tranquillité qu’il
nous offre.
Je reste très près du bord du box, ce qui empêche River d’y accéder par ce côté. Il affiche un petit
sourire quand je ne bouge pas, mais il ne dit rien. Il se contente d’acquiescer en se dirigeant vers
l’autre côté pour s’asseoir.
La lumière dans le restaurant est tamisée, mais une bougie au centre de la table diffuse une lueur
sinistre, et je jurerais qu’elle vient aussi de River. Nous nous asseyons en silence. Je sais qu’il me
fixe.
Je le sens, mais je ne le regarde pas. Je préfère baisser les yeux pour étudier le menu.
Le serveur approche, me demande ce que j’aimerais boire, et je commande mon cocktail fétiche :
Je le regarde pour la première fois depuis que nous nous sommes assis et lui demande :
Je lui adresse un sourire faussement timide, mais ne romps pas le contact visuel. En fait, j’autorise
son regard, je l’accueille presque chaleureusement. Je décide d’entrer dans le jeu et d’ignorer son
sous-entendu sexuel.
‒ Du martini.
Avec un petit sourire satisfait, je décide de tenter le coup et balancer un détail de notre première
rencontre. Sans artifice, j’ajoute :
Et le revoilà : un mélange de signaux brouillés, où les mots et le langage corporel ne sont pas
toujours synchronisés, mais les émotions et le langage corporel semblent être bizarrement connectés.
Comme ma tête et mon corps en ont assez de ce chaos, je laisse tomber et le dis tout simplement.
‒ River, à quel genre de jeu joues-tu ? Est-ce ta façon de me séduire ? Parce que, si c’est le cas, je ne
suis pas intéressée. Je ne suis pas une groupie !
Je suis finalement parvenue à dire ce qui me trottait dans la tête et je me sens soulagée.
Il se déplace vers le centre du box. Il se rapproche de moi, mais reste à bonne distance. Il pose ses
doigts sur la table et se met à tapoter. Il me regarde intensément et dit :
‒ Dahlia, je ne joue pas de jeu. Tu m’intéresses, c’est tout, et je sais que tu n’es pas une groupie.
Ses doigts arrêtent de tapoter la table et il tend le bras vers l’endroit où ma main serre le bord de ma
jupe. Il la prend et pose nos deux mains sur ma jambe, la sienne au-dessus de la mienne. Je remarque
qu’il n’a pas entremêlé ses doigts aux miens. Il s’éclaircit la voix avant de dire :
‒ J’essaie seulement de comprendre ce qui s’est passé ce soir-là. Crois-moi, les faits sont assez clairs,
mais ce sont les « pourquoi » qui me résistent.
River me regarde un moment, passant sa langue sur sa lèvre inférieure, avant de poursuivre :
‒ Voilà ce dont je me souviens. Je chantais lors d’un concert au bar du campus de l’U.S.C. Pendant une
pause, je suis allé chercher une bière. J’ai rencontré la fille la plus incroyable qui, je crois, ne savait
même pas que je chantais dans un groupe, mais adorait la musique. J’ai eu l’impression qu’on
s’entendait bien. Nous avons pris quelques shots, bu quelques verres et discuté sans faux-semblant. Je
lui ai demandé de m’attendre après le concert. Elle n’a rien dit sur le fait qu’elle avait un petit copain
ou qu’elle ne restait pas, et, quand j’ai fini, elle avait disparu.
Ses yeux me transpercent toujours. Il marque une pause comme s’il attendait une réponse, même s’il
n’a pas posé de questions.
Le restaurant semble très calme. Je lui rends son regard et me contente de hocher la tête pour
approuver tout en sachant que ce qu’il a dit est la vérité et que ce qu’il n’a pas demandé, c’est la
réponse.
Avant que River ne puisse continuer, le serveur revient avec nos verres et nous demande si nous
sommes prêts à commander. River lui demande de nous laisser encore quelques minutes. Une fois
qu’il est parti, River lève son verre et, par politesse, j’en fais de même.
Je ne peux m’empêcher de sourire en pensant au fait qu’il se souvient du tee-shirt de concert que
j’avais ce soir-là et au toast qu’il avait porté, mais cela me rend aussi furieuse.
‒ Ça ! Tu changes constamment d’attitude avec moi, avec tes actes, avec tes émotions. Tu agis comme
si tu ne te souvenais pas de moi, puis tu m’annonces que si. Tu flirtes avec moi, puis tu t’arrêtes d’un
coup. Tu m’embrasses, puis tu t’écartes dès que je te touche. Tu es furieux, puis tu ne l’es plus.
Je ne m’arrête pas pour respirer ou le laisser parler avant de lever la main qu’il tient et lâcher la
sienne.
Ma voix s’estompe ; je ne sais pas vraiment comment exprimer mes pensées. Détournant le regard du
sien, j’essaie de retenir mes émotions, d’empêcher la fille troublée que je suis à cet instant de craquer.
Ses lèvres se retrouvent soudain sur les miennes. Il m’embrasse très doucement. Il suce ma lèvre
inférieure avant de reculer et retourner au centre du box. Il s’installe sur la banquette et met ses deux
mains derrière sa tête en regardant par la fenêtre derrière moi. Quand ses yeux reviennent sur les
miens, il dit :
‒ C’est ça, le truc, Dahlia : tu fous la pagaille dans ma tête. Que tu aies un copain ou pas, j’ai vraiment
pensé qu’il y avait une connexion fabuleuse entre nous, puis tu t’es barrée sans même nous laisser une
chance.
Lorsqu’il a fini, il se contente de secouer les mains et regarder par la fenêtre. Ses yeux sont plus
sombres maintenant, tristes même.
Le serveur revient, et nous commandons notre repas. Je ne suis plus du tout en colère. Mon estomac
est noué, et je ne sais trop pourquoi nous continuons à discuter, où nous allons et dans quel but nous
restons ici. Je veux simplement que cette conversation soit close. Si nous partons ensemble, je n’ai
aucun doute sur le fait que cette attirance n’est qu’une aventure d’un soir, et cela me va très bien. Je
mettrai de côté ma confusion et profiterai de ce moment avec lui. J’ai un grand besoin d’intimité : un
contact, son contact ; un baiser, son baiser ; et bien plus encore. Mais cette conversation douce-amère
m’empêche de satisfaire mes besoins, et, ce qui est à l’origine de cette folie, c’est la confusion.
Assez bizarrement, le désir que je ressens pour lui n’est qu’amplifié par cette conversation sur nos
sentiments respectifs. Ce que je vois en lui est si réel. J’ai l’impression d’en savoir plus sur lui, sur
son âme, que je n’en ai appris sur Ben pendant toute une vie. Et cette attirance est irréfutable, mais
perturbante en même temps. Pourquoi est-ce que j’éprouve tout ça ?
S’il se passe quelque chose ce soir, je sais que je devrai faire face à mes émotions demain, parce que
je suis certaine que ma flamme ne sera pas éteinte. Mais, pour y arriver ce soir, nous devons passer
outre cette amertume. Nous devons lever le voile sur Ben, sur ma relation avec Ben. Je ne suis pas
sûre d’en être capable.
De la musique douce nous entoure, et la flamme de la bougie s’est éteinte, mais la lueur sinistre qui
entoure River est toujours là, et il est toujours assis au milieu du box. Alors que je le regarde, je vois
la tristesse sur son visage, et le magnétisme que je ressens et qui me donne envie d’être plus près de
lui est irrésistible.
Savoir que je suis la cause de sa confusion, de sa tristesse, me donne envie de réduire la distance qui
nous sépare. Physiquement et émotionnellement.
Je me rapproche un peu de lui. Il dirige son regard vers le mien. Le coin de ses lèvres monte
légèrement pour afficher presque un charmant petit sourire.
Quand je suis assez proche, je prends sa main et entrelace mes doigts avec les siens en disant :
‒ Je suis désolée. Je ne m’attends pas à ce que tu comprennes pourquoi je n’ai rien dit ou pourquoi
j’ai mis fin à ce qui se passait entre nous parce que je ne comprenais pas et ne comprends toujours
pas moi-même. Tout ce que je sais, c’est que j’étais une jeune étudiante qui flirtait avec un mec
follement attirant dans un bar et qu’elle a dû partir parce qu’elle a eu l’impression que tout l’Univers
s’effondrait sur elle. Et elle ne pouvait pas céder : elle avait un copain.
Je me tais une minute et parcours la salle des yeux avant de continuer, mais je ne vois rien d’autre
qu’un regard intense.
‒ Pour être parfaitement honnête, elle ne pensait même pas que ce type se souviendrait d’elle. Et c’est
pour ça qu’elle n’en a pas parlé. C’est pour ça que je n’en ai pas parlé, River.
Quand j’ai fini mon discours, je prends une grande inspiration et souffle, en serrant un peu plus sa
main pour m’aider à contenir toute mon émotion.
River ne dit rien pendant un moment pour m’observer, puis m’adresse le plus charismatique des
sourires.
‒ Hmmm…, tu flirtais ?
‒ Je pense que c’est moi qui flirtais avec toi, et je ne pouvais pas m’arrêter parce que tu étais vraiment
parfaite et tu l’es toujours.
‒ Ma belle, bien sûr que je me souviens de toi. Comment le contraire aurait-il pu être possible ? Tu es
inoubliable.
Nos plats arrivent et j’essaie de retenir les larmes qui noient mes yeux. Avant de lâcher ma main, il la
serre et, avec un regard absolument charmant, il me fait un clin d’œil. Ce simple regard suffit à
effacer toute la tension.
Puis il fait la chose la plus adorable que j’aie pu voir un homme faire. Il met sa main droite sur son
cœur et dessine un X en déclarant :
‒ Dahlia, je n’ai jamais été furieux. Je ne pourrais jamais être furieux contre toi, je te le promets.
Puisque je le crois, je décide de laisser cette conversation de côté pour le moment et, comme River le
fait si bien, je change de sujet. Nous mangeons, et je lui pose des questions sur son enfance, sa famille
et sa carrière. Nous discutons à nouveau avec cette aisance déconcertante. Il me touche parfois quand
l’occasion se présente et, avant que je ne m’en rende compte, nous avons terminé notre repas et notre
deuxième verre.
Le serveur revient pour nous demander si nous voulons des desserts. Je passe mon tour, mais River
commande une mousse au chocolat. Quand le dessert arrive, il me propose sa cuillère, et je goûte de
la manière la plus sensuelle possible en mangeant soigneusement et lentement la mousse. En
éloignant la cuillère de mes lèvres, il se penche vers moi, lèche avec le bout de sa langue un peu de
chocolat qui s’est déposé sur ma lèvre supérieure, puis s’appuie de nouveau contre le dossier.
Je ne sais pas si c’est l’alcool, son odeur fraîche ou juste lui, mais la tension sexuelle est partout, et
chaque fibre de mon corps crie pour qu’il le touche. Je ne le supporterai pas plus longtemps. Je me
penche, passe ma main sur la nuque de River et le tire vers ma bouche en appuyant fort, sans porter
attention au fait que nous sommes en public. Je laisse sa langue toucher la mienne juste une fois avant
de m’éloigner.
Je me rassois avec un grand sourire et vois qu’il me fixe de nouveau avec ce regard, cet éclat
hypnotique qu’il a dans les yeux. Il se repenche vers moi et murmure à mon oreille :
J’ai envie de crier « Je suis prête depuis ma naissance », mais je me retiens et bouge pour me lever.
Quand je sors des toilettes, il est appuyé contre le mur, la tête baissée, avec un grand sourire. C’est la
quintessence de l’homme sexy, avec son long corps mince et son sourire ravageur. Il lève les yeux et
attrape ma main. Il me surprend en m’adossant délicatement contre le mur. Il embrasse mon front
avant que sa bouche ne descende sur mon nez pour l’embrasser, lui aussi. Il vient à mes lèvres et
mord de manière à la fois tendre et agressive l’inférieure avant de me regarder. Je ferme les yeux
tandis qu’il suce ma lèvre, provoquant une sensation irrésistible dans tout mon corps. En appuyant
fermement ses lèvres contre les miennes, il commence à m’embrasser d’une manière extrêmement
érotique. D’abord, il m’embrasse légèrement, puis il ouvre nos bouches et expire. Je ne peux
qu’inspirer son souffle sucré. Il passe le bout de sa langue sur ma lèvre inférieure avant de la glisser
dans ma bouche et presser fortement ses lèvres contre les miennes. Je suis à bout de souffle quand le
baiser prend fin et qu’il attrape ma main.
Nous quittons le restaurant. River m’amène sur la terrasse pour regarder la folie en dessous de nous.
Nous parlons de ce que nous voyons et de la beauté de la nuit. Nous sommes tous les deux penchés
sur un muret en pierre, quand il fait un pas en arrière et me fait faire demi-tour pour être en face de
lui. Il met une main dans le creux de mon dos et l’autre sur ma nuque.
Comme la fois précédente, je n’ai jamais été embrassée ainsi auparavant. Il y a de l’émotion, de la
compassion et du désir, tout cela contenu dans son baiser. Un baiser lent, plein de passion. Nos
bouches bougent au rythme de nos langues, mais, contrairement à la fois d’avant, il ne s’appuie pas
plus fort et ne va pas plus vite. Il ralentit même, et les baisers se transforment en désir brûlant. Nos
lèvres se séparent, mais il ne s’arrête pas. Il murmure quelque chose que je n’entends pas. Je crois que
je ronronne. Je sais que je suis hors d’haleine. Je halète presque quand il se met à embrasser mon cou
et remonte en mordillant jusqu’à mon oreille pour susurrer :
Je le tire vers moi et écrase mes lèvres contre les siennes. Il réagit instantanément. Il lèche ma lèvre
supérieure et la suce ; il fait de même avec l’autre avant de plaquer sa bouche sur la mienne. Il
descend ses mains dans mon dos et me presse plus près de lui pour que je puisse sentir son corps
ferme contre le mien. Il fait glisser sa langue sur mon palais, et je sais que je gémis quand je fais un
pas en arrière.
‒ Je ne faisais pas que t’embrasser. Je murmurais dans ta bouche, dit-il en riant doucement. Tu veux
des leçons ? Parce que je dois pouvoir arranger ça pour toi.
Nous rions ensemble, tous les deux à bout de souffle et haletants, puis il prend ma main et me
regarde.
‒ Je veux te dire quelque chose avant qu’on y aille, dit-il en m’attirant de nouveau contre son corps.
J’acquiesce parce que je connais très bien ce titre. C’est l’une de celles que j’écoutais en boucle sur
mon iPod.
‒ J’ai écrit cette chanson sur toi. Sur notre rencontre ce soir-là.
Avec le sourire, tout en essayant de retenir l’émotion qui s’est logée dans ma gorge, je parviens à
verbaliser seulement une fraction des sentiments enfouis au fond de moi ; la véritable reconnaissance
d’être la muse de quelqu’un, la gratitude et le sentiment absolument génial qu’il ait écrit une chanson
sur moi. Mes mots sont brefs et secs, et je me fiche que ce soit une aventure d’un soir ou pas.
C’est tout ce que j’arrive à dire avant de me jeter à son cou et d’écraser mes lèvres contre les siennes.
River soupire en me fixant quelques secondes, puis cligne des yeux avant de dire :
‒ Tu es si belle.
Il serre un peu plus ma main, si c’est possible, et me guide prestement dans la rue. Dans notre hâte,
nous abandonnons l’idée de prendre un taxi parce qu’à cette heure, nous pouvons atteindre l’hôtel
plus vite à pied qu’en voiture. Je remarque qu’il a perdu le balancement que j’admire. Il marche vite,
de manière déterminée, et je le suis en ayant du mal à tenir le rythme.
En atteignant le hall de l’hôtel, il m’assoit dans un fauteuil et me dit de rester là. Il se rend à l’accueil
pour avoir une brève conversation avec le réceptionniste. Le hall est calme, et seulement quelques
personnes entrent et sortent. Je ne sais même pas quelle heure il est. Je le regarde en m’installant dans
le fauteuil et me dit : Bon sang qu’il est sexy !
Je le vois tendre au réceptionniste une liasse de billets et me demande à quoi sert cet argent. Paie-t-il
sa note en espèces plutôt que par carte de crédit ? Quand il revient vers moi, il sourit et je fonds à
nouveau. Il tend la main pour attraper la mienne, me tirer du fauteuil confortable, et il me conduit à
travers le hall.
Plus nous approchons de l’ascenseur, plus je suis nerveuse. Ma respiration s’accélère, car les
souvenirs de Ben me passent par la tête, et mon estomac se met à faire des bonds quand je pense à
River.
Mon esprit me crie d’agir avec prudence, et je me demande si mes pensées se répercutent sur les
murs.
Que suis-je en train de faire avec cet homme ? Je n’ai couché qu’avec une personne toute ma vie.
Suis-je en train de trahir Ben en décidant consciemment d’avoir une aventure d’un soir, puisque ça ne
pourra probablement pas aller plus loin ? Je le sais. C’est un coureur de jupons, je l’ai lu. Mon Dieu,
avec combien de femmes a-t-il couché ? Malgré tous ces avertissements, la pensée la plus présente
dans ma tête pendant que je serre la main de River aussi fort que si nous étions dans une ruelle
sombre est : Suis-je prête à être avec quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’est pas Ben ?
Ma tête répète : « N’emprunte pas cette voie. » Mon corps crie : « Si, prends cette route peu
fréquentée. » Mon corps me dit que je veux cet homme, son contact, son baiser, tout ce qu’il a à
donner et même plus. Et plus nous avançons vers l’inconnu, plus mon esprit commence à être
d’accord avec ce que crie mon corps. Quand River appuie sur le bouton de l’ascenseur, tous mes
voyants passent au rouge. Je ne peux pas le faire. Je ne peux pas coucher avec lui. J’essaie de
m’imprégner de la tranquillité du lieu, ma respiration devient superficielle et j’essaie de trouver
comment sauter de ce train dans lequel je suis montée si volontiers.
Sentant ma nervosité ou même mon appréhension, il me caresse la joue en y passant son pouce et me
demande :
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Je m’éclaircis la voix et tire sur la main qui me guide vers la
mauvaise direction. Ne regardant rien d’autre que le sol en marbre rutilant, je lâche sa main et
parviens à dire :
‒ Je suis vraiment désolée, River. Je ne suis pas sûre de pouvoir faire ça, de pouvoir être avec toi.
Il me repositionne délicatement pour que je sois adossée au mur et se tient devant moi. En posant son
pouce sur mon menton, il m’incite à lever les yeux pour le regarder, pour plonger dans ses pénétrants
yeux verts. Tout en me fixant intensément, il me dit :
‒ Tu connais la chanson que j’ai écrite sur notre rencontre ? Tu as déjà vraiment écouté les paroles ?
Je secoue la tête. Je connais bien la chanson, mais, à cet instant, je ne me souviens d’aucune parole.
Mon esprit est embrouillé par des pensées d’eux deux. Ben, River, River, Ben.
Il s’interrompt et éloigne sa main de mon visage. Il place ses deux mains contre le mur de chaque côté
de ma tête. Je sais ce que je viens de lui dire, mais sa proximité double mon rythme cardiaque
habituel.
Il continue à parler et je continue à écouter. Il a toute mon attention quand il se met à chanter tout
doucement :
Tu étais ma rencontre d’une vie,
Il chante ces magnifiques paroles dans mon oreille, et des larmes commencent à couler sur mon
visage.
En se rapprochant un peu de moi, il passe sa jambe entre les miennes. Avec une voix tendue, il
murmure :
‒ Ces paroles racontent l’histoire, Dahlia. Notre histoire. J’ai écrit cette chanson il y a cinq ans et,
encore aujourd’hui, quand je la chante, c’est ton visage que je vois. Tu es inoubliable, Dahlia. Tu es
parfaite, vraiment.
Mon corps tremble de manière incontrôlable lorsque River se penche et dépose un doux baiser sur
mon front avant de laisser glisser ses lèvres sur ma tempe, jusqu’à mon oreille.
‒ Je voulais uniquement que tu le saches parce que je me suis senti connecté à toi ce soir-là comme je
ne l’avais jamais été avec quiconque auparavant. Et puis aujourd’hui, quand je t’ai revue, la
connexion que j’ai sentie il y a des années est aussitôt revenue.
Me sentant étourdie, je ferme les yeux. Je suis incapable de parler. Ses paroles sont si touchantes, si
brutes, si émouvantes.
Il embrasse mes paupières et, en plaçant sa bouche juste devant la mienne, il parle autour de mes
lèvres.
‒ Depuis que je t’ai rencontrée, aucune fille n’a valu la peine que je pense à elle.
J’ouvre les yeux et il appuie son front contre le mien avant de poursuivre :
‒ J’ai la sensation que le destin nous a de nouveau réunis. Je crois aussi que, ce soir-là, il y a si
longtemps, ce n’était tout simplement pas le moment pour nous. Mais aujourd’hui, si.
Je referme les yeux en entendant son aveu. En les gardant fermés, cette fois, je reste là, immobile,
toujours incapable de parler. Quand je les ouvre, je m’imprègne de lui, de tout son être, de tout chez
lui, surtout ses magnifiques paroles.
‒ Et même si je suis sûr que tu en es capable, ce n’est pas grave si tu ne veux pas maintenant. Nous
pouvons rester tranquilles, discuter, regarder un film. Tout ce que tu veux. Mais reste avec moi, ne
contrarie pas le destin maintenant que nous nous sommes reconnectés.
Sur ces mots, je hoche la tête, me retourne, appuie sur le bouton pour appeler l’ascenseur et réalise
que je n’ai pas dit un mot pendant toute la conversation. Je n’en ai pas eu besoin. Parce que, même si
je ne sais pas comment, il savait exactement ce que je ressentais.
10
Tu prends ma main
Séparer mon boulot de ma vie personnelle n’a pas été aussi facile que je l’espérais. Dahlia la
photographe et Dahlia la fille dont le fiancé a été tué sous ses yeux se sont fondues l’une dans l’autre,
et je me trouve près de la personne qui fait se mélanger les deux.
Nous sommes sur le balcon et contemplons la nuit. En levant les yeux vers le ciel, je remarque qu’il
est d’un bleu extrêmement profond, et les étoiles sont plus brillantes qu’elles ne l’ont été depuis
longtemps. Il est près de moi, appuyé sur la balustrade, et regarde les étoiles. Je souris toute seule en
réalisant que je ne suis plus dans l’antichambre de l’enfer. J’ai pleuré Ben si longtemps que je ne
pouvais pas voir au-delà de lui et, même aujourd’hui, avec ce bel homme à mes côtés, mes pensées ne
peuvent pas complètement l’exclure.
River me donne un petit coup d’épaule, et mes pensées reviennent à lui. Il suffit que son corps effleure
le mien pour qu’il capte toute mon attention. Alors que seuls nos bras se touchent, je sens le courant
électrique me parcourir, et mon cœur bat un peu plus fort. Je le regarde et souris. Sa tête est penchée
sur le côté, ce qui m’empêche de le voir en entier puisque son beau visage est en partie dans l’ombre.
Il m’adresse un sourire si sexy que j’ai envie de m’approcher pour l’embrasser. Ce doit être l’homme
le plus attirant que j’aie jamais vu.
Effectivement, comme il l’a dit, la vue de cet endroit est la plus spectaculaire de Las Vegas. Les
montagnes extraordinaires, la clarté du ciel nocturne et les néons qui clignotent dans la ville en
dessous de nous composent notre décor pendant que nous discutons de son groupe et de sa propre
émergence imminente sous les feux de la rampe. River a les pieds sur terre et n’est absolument pas
prétentieux. Bien sûr, n’en ayant pas été témoin, je suis curieuse d’en savoir plus sur son interaction
avec ses fans.
‒ Qu’est-ce que ça fait d’être célèbre ? Qu’on te demande des autographes ? Des fans te suivent-elles
?
‒ Bien sûr que si ! Tu es partout sur Internet. Ton groupe a une immense communauté de fans, et je ne
serais pas là avec toi à préparer une séance photo qui annoncera le lancement de votre deuxième
album si ce n’était pas le cas.
‒ J’ai dû faire quelques recherches avant de venir. Je suis une professionnelle, tu sais, dis-je en riant
légèrement.
‒ Et tu en as trouvé de bonnes ?
‒ Je ne suis pas du genre à crier sur les toits que j’ai signé un autographe.
Il soupire et ajoute :
‒ Quand le groupe est réuni, en effet, on nous en demande, et, parfois, quand je me promène dans
L.A., il arrive que quelqu’un me reconnaisse. Mais, sincèrement, c’est rare. Quand nous étions en
tournée, des fans nous suivaient et des gens nous demandaient des autographes. À vrai dire, je ne sais
pas vraiment ce que je pense de tout ça. Une partie de moi voudrait rester anonyme. Toute cette
histoire de tournée, c’était dur. C’était une atteinte constante à ma vie privée. C’est pour ça que j’ai
repoussé si longtemps le moment de faire un deuxième album. Il y a tellement de… Bref, peu
importe. Et détrompe-toi : ce n’est pas que je ne sois pas reconnaissant, dit-il avant de faire une pause
et de rire. S’il n’y avait pas les fans, je ne serais pas là, avec toi, à essayer de mettre en place un
shooting professionnel.
‒ Bien sûr, j’imagine tout ce que cela doit représenter pour une seule personne. Cela semble si
glamour, mais je suis sûre que ça peut lasser.
Il semble se perdre sans ses pensées. Pour essayer de détendre l’atmosphère, je lance :
‒ Je pense que les gens qui viennent ici ne s’intéressent à rien d’autre qu’à eux. Tout autour d’eux est
si futile.
‒ Tu as vu trop de publicités.
‒ Alors, quand tu es chez toi, à L.A., il n’y a vraiment pas de fans qui te reconnaissent dans la rue ?
Il se retourne, appuie ses coudes sur la balustrade et réfléchit une minute avant de répondre.
‒ Parfois, si. Mais rarement. Il peut arriver que j’aille courir un peu et que quelqu’un m’aborde, tape
sur mon épaule et me mette un stylo sous le nez. Mais, la plupart du temps, à moins que je sois avec le
groupe, les gens sont cool et me laissent tranquille.
Il semble légèrement attristé par ma question et quelque peu distrait par sa propre réponse. J’ai envie
de lui demander si être reconnu ou pas est la raison de son attitude sérieuse, quand quelqu’un tape à la
porte.
Il traverse le salon pour répondre à la porte. Je ne peux m’empêcher de l’observer. Sa démarche, son
balancement sexy m’envoûtent à tous les coups. Une fois encore, il se retourne et me surprend en
train de le fixer ; et, comme les fois précédentes, il me fait un clin d’œil et sourit. Je secoue la tête et
ris toute seule. Cela fait si longtemps que je n’ai pas souri et ri comme ça… Je ne réalisais pas à quel
point ce sentiment me manquait.
Il ouvre la porte, et un employé de l’hôtel fait entrer un chariot-repas avec deux bouteilles de
champagne et un immense saladier de fraises. Je m’extasie à l’idée qu’il se souvient que j’aime le
champagne et que je l’aime avec des fraises.
Je suis surprise de voir que le serveur tire ma valise et mon sac du bas du chariot. River lui donne un
pourboire. Vraiment ? Comment ? Quand ? C’est ça qu’il devait faire à l’accueil. Ce geste gentil
dissipe toute appréhension que je peux encore avoir concernant le fait d’être avec lui et la remplace
par quelque chose de bien mieux et plus attirant. Je le sais quand la chair de poule recouvre mon
corps et que les papillons volettent dans mon ventre.
‒ Comme je savais que tu voulais commencer l’interview, j’ai demandé à l’accueil de me faire une
faveur et de faire en sorte que ton hôtel envoie tes affaires ici.
‒ J’espère que ça te va ?
‒ Bien sûr.
Il verse le champagne dans le premier verre. Il m’observe avec un regard inflexible. En me tenant
aussi près que possible pendant qu’il remplit le verre, je caresse son visage avec mon pouce avant de
déposer un doux baiser sur sa joue.
Sa respiration s’accélère. La passion emplit ses yeux, mais le champagne déborde. Nous faisons tous
les deux un pas en arrière et éclatons de rire.
‒ Je te l’ai dit : je ne suis pas un bon barman, fait-il en posant le verre et en commençant à remplir
l’autre.
Une fois que les deux verres sont pleins, il dépose une fraise dans chacun. Elles coulent au fond. Il
cale une autre fraise sur le bord et en attrape une autre qu’il me tend. Son sourire s’élargit, et il hausse
les épaules en disant :
‒ D’habitude, je laisse le fruit sur le bord, mais j’aime bien ta manière aussi.
‒ Ta manière est parfaite. Comme ça, j’ai une nouvelle façon de commander du champagne : pas avec
une mais deux fraises.
Quand il secoue la tête, j’ai le sentiment qu’il veut dire quelque chose ; au lieu de cela, il lève son
verre et trinque avec moi.
En prenant une gorgée, il passe sa langue sur sa lèvre inférieure de cette manière sexy. Il nous guide
de nouveau sur le balcon, où nous nous asseyons dans deux chaises longues. J’appuie ma tête en
arrière et bois mon champagne en appréciant l’air et sa compagnie discrète. Je pense que nous
essayons tous les deux de retrouver notre sang-froid. Après quelques minutes de silence, il se met sur
le côté.
Je tourne la tête pour répondre et j’aperçois un petit bout de peau à sa taille, où sa chemise est
remontée. Je ne peux m’empêcher de sourire en me disant que chaque contraction de ses muscles et
chaque mouvement de ses abdos le rendent sexy. Son corps ferme me fait tourner la tête. Ce n’est que
maintenant, alors que je pense à lui, à son corps, que je remarque ma respiration erratique.
Je me dis : Impossible que j’arrive à faire l’interview maintenant. Il me faut une seconde pour me
calmer. J’enlève la fraise du bord de mon verre, et, tout en le regardant droit dans les yeux, je lui dis :
‒ Absolument pas ! Je ne peux pas me concentrer sur le travail avec cette vue fabuleuse. C’est à
couper le souffle. Je préfère de loin rester assise pour l’apprécier, si cela te convient.
Je lui souris et lèche lentement ma fraise avant d’en prendre une bouchée.
‒ Ça me va.
Il a la tête baissée, mais il me regarde avec ses yeux profonds comme on ne m’a jamais regardée. La
manière dont il me transperce du regard me rend nerveuse. Il joint les mains, croise les doigts et
prend une grande inspiration.
‒ Je peux te demander quelque chose ?
Il s’éclaircit de nouveau la voix, plisse les yeux avec un air songeur et retourne son regard vers moi.
Il se réinstalle dans son siège. Il met les bras derrière sa tête, étend les jambes et ajoute :
‒ Non, dis-je encore à voix basse, cette fois en me retournant pour regarder le ciel clair avec ses
étoiles brillantes. C’est pathétique, n’est-ce pas ?
‒ Hé ! Dahlia, regarde-moi.
Quand je tourne la tête vers lui, je vois de la compassion et peut-être un certain malaise sur son
visage. Il déglutit, mais soutient mon regard.
‒ Ce n’est pas du tout pathétique. C’est beau, d’être avec la même personne, d’être assez attaché à
quelqu’un pour vouloir surmonter toutes les mer… difficultés de la vie avec lui.
Il me parle de Ben, et c’est d’abord un peu difficile. Mais, bizarrement, je trouve du réconfort à
pouvoir parler ouvertement de la véritable raison pour laquelle je ne l’ai pas attendu après son
concert le soir de notre rencontre. Je trouve aussi son inquiétude et son honnêteté extrêmement
touchantes.
Étonnamment, le fait de mentionner le nom de Ben ne me projette pas dans mes souvenirs. Mon esprit
va de l’avant, vers River, et mon corps recommence à frissonner de désir à cette idée.
‒ Ouais, il était là pour moi, pour surmonter toute la merde que la vie a mise sur mon chemin.
Je me tais un moment pour me ressaisir et me dire que, uniquement pour ce soir, je mets Ben de côté
pour laisser la place à River.
‒ Ben est peut-être le seul homme avec qui j’ai couché, mais ce n’est pas le seul avec qui j’ai eu envie
de le faire.
Il s’apprête à dire quelque chose, mais je ne le laisse pas faire. Au lieu de cela, je pose mon doigt sur
ses lèvres et fait :
‒ Chhh.
Je me lève pour franchir ce grand pas qui nous sépare. Je m’approche de lui et me mets à cheval sur
ses genoux. En l’observant, je ne peux pas dire si c’est le choc ou la surprise que je lis sur son visage,
mais, quand il soupire, ses bras enlacent instantanément ma taille, et je me fiche de savoir quelle était
son expression. Profitant de notre proximité, je me penche et murmure à son oreille :
‒ Voilà pourquoi j’ai quitté le bar il y a cinq ans : je voulais ce que je n’aurais pas dû vouloir. Je me
fichais de tout le reste. Je ne pensais pas aux conséquences ; alors, j’ai dû partir.
Quand je recule un peu pour le regarder, il retient son souffle. Sa respiration est superficielle et
rapide lorsque je passe mes bras autour de son cou et plonge dans ses yeux. À cet instant, j’ai la
certitude qu’il est temps que je me lance. En passant mes mains dans ses cheveux en bataille, je dépose
un doux baiser sur le coin de sa bouche.
‒ Je n’ai jamais désiré quelqu’un autant que je t’ai désiré ce soir-là, ou que je te désire maintenant.
Il attrape mon visage et essaie de me tirer contre ses lèvres, mais je résiste. J’ai besoin d’encore une
minute pour finir de dire ce qui doit être dit.
Je m’interromps une seconde pour embrasser délicatement ses lèvres douces avant de conclure.
‒ Et je sais que tu avais raison sur le fait que je peux le faire, mais, River, ce que tu ne sais pas, c’est
que j’ai envie de ça plus que tout.
Je le sens remuer sous moi. Un râle résonne au fond de sa gorge. J’en ai fini avec les mots. Je
m’avance pour embrasser son cou, inhaler son odeur fraîche et apprécier la douceur de sa peau
glabre. Je descends ma langue le long de sa gorge pour me diriger vers le haut de son torse. Il jette la
tête en arrière, mais, dès que je mordille sa peau, il se redresse et saisit mes hanches, les serre et me
tire vers lui. Ma jupe en cuir remonte jusque sous mes fesses, et je sais qu’il l’a remarqué quand ses
paumes se glissent en dessous et que j’entends un autre gémissement, plus fort cette fois. Il pousse un
souffle très érotique.
Lorsque je le couvre de baisers en remontant vers son cou, je sens ses lèvres dans mes cheveux et je
l’entends prendre de l’air par le nez comme pour capturer le parfum propre et citronné de mes
cheveux.
Mes lèvres se dirigent vers sa bouche et, quand j’atteins sa mâchoire, je sens à nouveau la douceur de
sa peau. Je m’arrête pour fixer son visage parfait. Lorsqu’il me regarde à son tour, les yeux pleins de
désir, je sais qu’il me veut autant que je le veux.
Quand je me presse un peu plus contre lui, je souris parce que je sens son érection. Cela enflamme
encore plus mon corps et repousse les limites de mon propre désir ; ce désir qui a été en hibernation
depuis trop longtemps et qui accueille avec joie l’été.
Avant que je ne revienne à sa bouche, il incline la tête et plaque ses lèvres sur les miennes, poussant sa
langue contre la mienne. Nous haletons tous les deux fortement, et il se lève en m’emportant. Il
enroule ses bras autour de mes cuisses pour pousser mes jambes à venir autour de sa taille. J’attrape
les cheveux à l’arrière de sa tête.
En passant la porte du salon, il s’immobilise et fait remonter sa langue dans mon cou avant de glisser
son nez près de mon oreille pour murmurer :
‒ Tu es sûre ?
‒ Je n’ai jamais été aussi sûre de quelque chose, dis-je aussitôt, sans l’ombre d’une hésitation.
Et c’est vrai. J’ai envie de lui. Je le désire. Cela n’a jamais été aussi vrai que maintenant qu’il me
touche, passe ses mains sur chacune de mes côtes, sur les formes quasi inexistantes de ma poitrine et
sur mon corps tout entier, laissant ma peau chaude sur son passage. Je sais qu’on ne m’a pas touchée
depuis presque deux ans, mais je sais surtout qu’on ne m’a jamais touchée comme ça auparavant.
Alors qu’il continue ses caresses, la chaleur se transforme en brûlure, et je sais que seul lui peut la
soulager.
Au lieu de continuer vers la chambre, il fait un pas vers l’une des baies vitrées fermées. Ayant
toujours les jambes autour de sa taille, je suis surprise quand je sens la fraîcheur du verre contre mon
dos, et cela me coupe le souffle. Ma robe est remontée à la hauteur de ma taille, et ma culotte est
totalement exposée.
Appréciant de sentir son corps ferme pressé contre le mien, je renforce notre baiser. Mes lèvres
glissent fiévreusement contre les siennes. Ma langue entre et sort de sa bouche avec la même
insistance que la sienne.
Nous restons ainsi pendant une durée indéterminée. Il appuie son corps contre le mien, fait monter et
descendre ses mains sur toute ma longueur. Nous nous embrassons, nous goûtons, caressons nos
langues.
J’ai toujours les mains dans ses cheveux et je les tire au moment où notre baiser se fait frénétique. Je
gémis quand il se recule et me pose.
Il écarte une mèche de mes cheveux pour la coincer derrière mon oreille et murmure sur un ton
séducteur :
‒ Dahlia, j’ai envie de toi. Je veux t’embrasser, te toucher, te faire jouir encore et encore. Je n’ai
jamais désiré quelqu’un autant que je te désire.
Mon corps se couvre de chair de poule, et je suis contente que la vitre soit là pour me soutenir. Je
tremble si fort que je ne pense pas que je serais capable de tenir debout. Il descend en déposant des
baisers le long de mon cou, sur mon décolleté et vers ma poitrine. Puis il passe sa langue sur mon
mamelon, toujours couvert de ma robe. En écartant le tissu, il le tient en place, et ses dents mordent la
dentelle de mon soutien-gorge. Après l’avoir retiré, il se met à sucer mes mamelons, les lécher,
décrire des cercles avec sa langue en soufflant occasionnellement de l’air frais. Il répète ces gestes,
encore et encore, jusqu’à ce que je commence à gémir et qu’une légère vague de plaisir déferle sur
mon corps.
Je sens son sourire. Il remonte vers mes lèvres en m’embrassant, s’arrête pour mordiller et sucer ma
peau sensible sur son chemin. Avec la main qui tenait mon haut de côté, il effleure mon nombril. Il
bouge la main, et le bout de ses doigts touche le bord de ma culotte.
Il glisse sa jambe entre les miennes et écarte mes cuisses. Sa main continue à bouger et son pouce
touche légèrement la partie sensible à l’intérieur de ma cuisse. Mon corps réclame que sa main
remonte.
Retenant mon souffle, je fais grimper puis descendre mes doigts dans son dos. Je glisse mes mains
dans la ceinture de son jean et elles effleurent sa peau le long de l’élastique de son boxer. En émettant
un petit gémissement, je les passe à l’avant et les fais glisser jusqu’à la braguette de son pantalon. Il
siffle en retenant son souffle et déglutit quand je déboutonne son jean.
Il dépose de légers baisers sur le bas de mon visage et monte vers mon oreille pour susurrer :
La chaleur et le désir débordant en moi, je ne peux pas supporter plus de préliminaires. Je passe les
mains dans le bas de son dos et décoince sa chemise. Je monte les mains sur son torse pour défaire les
boutons.
Il halète presque lorsque je défais le dernier. Il jette légèrement la tête en arrière avant de revenir en
avant vers la mienne. Il suce ma lèvre inférieure et m’embrasse, puis donne des petits coups de langue
à la mienne.
Sa main remonte le long de ma cuisse. Il écarte ma culotte et commence à décrire des cercles sur ma
chair glissante. Ma respiration est entrecoupée lorsqu’il plonge un doigt en moi et le fait lentement
sortir et entrer. Je bascule la tête en arrière et frappe la vitre quand son pouce me caresse, mais la
palpitation qui s’étend dans tout mon corps masque la douleur.
Il murmure à mon oreille pendant que ses lèvres explorent mon cou :
‒ Tu es tellement belle.
Mes doigts s’enfoncent dans les poches de son jean alors que mon muscle se contracte fermement, et
mon corps explose en un millier de morceaux. Je l’entends parler, mais sa voix est couverte par mes
cris de plaisir.
Il me pousse contre la vitre de toutes ses forces. Il appuie son front contre le mien et place ses mains
de part et d’autre de mon corps. Ses coudes touchent presque le verre, et sa respiration est aussi
erratique que la mienne.
Mon corps crie qu’il en veut plus. Je veux qu’il vienne en moi. Il faut qu’il soulage cette souffrance
plus importante encore, celle qui est restée figée depuis presque deux ans. Haletante, je me mords la
lèvre en descendant sa fermeture éclair. Quand j’ai terminé, il me soulève à nouveau et me porte dans
la chambre.
Il ferme la porte d’un coup de pied, me pose debout et me fait faire demi-tour. Il met mes cheveux sur
le côté, embrasse mon cou et commence à défaire ma robe en susurrant de manière très sensuelle :
‒ Tu es tellement belle.
Il s’assied sur le lit et me tire pour que je me tienne entre ses jambes. Il me fait lever un pied, puis
l’autre pour défaire les lanières de mes chevilles et m’enlever mes chaussures.
Toujours assis sur le lit, il tire sur ma robe jusqu’à ce qu’elle se retrouve au sol. Il embrasse
délicatement mon ventre.
Les rayons de la lune entrent par les fenêtres. Je lutte pour respirer. Ses paroles, son charme et tout ce
qui fait ce qu’il est me coupent le souffle. Il me laisse hors d’haleine. Il se lève et me fixe. Je suis
vêtue seulement de mon soutien-gorge et de ma culotte. En un geste vif, il me retire mon haut et fait
glisser le long de mes hanches le bas qui se retrouve lui aussi à mes pieds. Il continue de me fixer
pendant quelques secondes avant de parcourir mon corps des yeux.
‒ Tu es vraiment parfaite.
Je suis là, entièrement nue, vulnérable et incapable de bouger. Je tremble lorsqu’il s’approche pour
me toucher. Ses mains se promènent sur mes hanches, puis mes fesses, et il me tire vers lui.
‒ Tu as envie de moi ?
‒ Follement.
Lorsque je presse mon corps contre le sien, j’ai presque l’impression que nous allons faire une danse
érotique. Je lui retire brusquement sa chemise, et elle tombe par terre. En passant mes mains sur son
torse lisse et ferme, je le pousse sur le lit et me laisse tomber sur lui pour embrasser sa gorge alors
qu’il gémit dans mon oreille. En descendant encore mes mains le long du « V » bien sculpté de ses
abdominaux, je glisse une main dans son boxer. Je le saisis et fais des mouvements de bas en haut le
long de son membre.
Il me fait alors délicatement rouler sur le côté, s’assoit et ôte rapidement ses chaussures et ses
chaussettes. Je me redresse sur mes coudes et le regarde enlever son jean devant moi. Il se penche
pour le ramasser et attraper un préservatif dans son portefeuille, le jette sur le lit et enlève son boxer.
Il est là, devant moi, glorieusement nu, et je ne peux m’empêcher d’afficher un immense sourire.
C’est vraiment l’homme le plus sexy qui existe. Son corps est simplement incroyable. Il a des bras
ciselés, des abdos bien fermes et des muscles superbement dessinés. Il me sourit lui aussi, se penche
pour embrasser mes lèvres, ma joue et mon oreille. Il suce légèrement mon lobe, puis revient à mes
lèvres.
Je le tire pour qu’il vienne sur moi pendant que ses mains se promènent sur mes hanches, mes seins,
mes cheveux, puis, en attrapant mon visage, il émet un puissant râle.
‒ Je te veux aussi.
‒ Tu es trop sexy.
Il s’écarte une seconde et lâche mon visage pour nous faire rouler. Je ne peux pas plus attendre. Je
tends le bras, attrape le petit étui et le déchire. Il m’observe avec des yeux brillants, et la respiration
difficile. Je me mets sur le côté pour essayer de lui enfiler le préservatif. Je sens son corps trembler à
mon contact, et le mien réagit en frissonnant à son tour.
Je n’ai jamais mis une capote à un homme auparavant, et mes mains tremblent tellement que je n’y
arrive pas. Je me penche vers lui et ris contre sa bouche.
Or il ne le fait pas et va chercher un autre paquet avant de le balancer sur le lit et jeter le préservatif
inutilisé par terre. En me fixant avec ses pénétrants yeux verts, il déclare :
‒ Je dois faire quelque chose avant, quelque chose que j’ai envie de faire depuis longtemps.
Doucement, il me fait rouler sur le dos et repose ma tête sur un oreiller douillet. Il passe sa jambe au-
dessus de moi. Il me regarde avec un sourire malicieux en me surplombant et lance :
11
Closer
Je veux te sentir
Dans la photographie, l’important, c’est de trouver le moment, mais il est agréable de savoir poser
l’appareil. Parfois, je me demande : Ai-je envie de photographier ça ou juste de le vivre ? Là, cet
instant, je sais que je veux juste le vivre.
Avec ses derniers mots, notre petit éclat de rire momentané se transforme rapidement en une tout
autre émotion : le désir pur. Il est debout devant moi pendant que je suis assise sur le bord du lit, sans
voix. Les émotions me submergent tandis que nous embarquons à la recherche d’un magnifique
horizon. J’ai envie de lui. Non, j’ai besoin de lui… ardemment. Mais, aussi rapidement qu’une voile
se gonfle un jour de vent, une vague de nervosité s’empare de mon désir comme la chaîne d’une
ancre qui m’attirerait vers le fond. Il veut me goûter ? Heureusement qu’Aerie m’a amenée chez
l’esthéticienne ! Je n’ai pas couché avec un homme depuis presque deux ans. Est-ce comme faire du
vélo ? Vais-je me souvenir ou même savoir comment on fait ? Mon Dieu, que fais-je nue devant un
homme délicieux dont le deuxième nom pourrait être « Séduction » ? Je devrais peut-être arrêter tout
de suite avant de me ridiculiser, de me noyer dans ce vaste océan.
Il doit sentir mon appréhension parce qu’il se penche vers moi et murmure :
Ses paroles ont un pouvoir extraordinaire sur moi. Elles me donnent le courage de continuer la
course que nous avons commencée, de plonger dans la mer de désir si accueillante, si chaude, si
alléchante.
Il se place entre mes jambes, appuyé sur ses avant-bras, et commence à m’embrasser délicatement sur
les lèvres. En passant mes bras autour de son cou, je le tire plus près de moi et cambre le dos pour me
presser contre lui. Je veux qu’il vienne en moi, maintenant, mais il semble apprécier prendre son
temps.
Je brûle de désir pour lui, non seulement parce que j’ai été abstinente pendant une éternité, mais aussi
parce que j’ai envie de lui depuis encore plus longtemps.
Mes mains glissent le long de ses muscles fermes, sentant la peau douce de son dos, puis elles se
dirigent vers ses hanches et se frayent un chemin vers le point de non-retour à l’avant. Avant qu’elles
n’atteignent leur destination, il cesse de m’embrasser. Il lève la tête, la respiration courte, se redresse
sur ses bras et me regarde ostensiblement.
‒ Pas encore, murmure-t-il en secouant la tête avant d’embrasser mon nez et de promener ses lèvres
le long de mon cou.
Quand j’essaie à nouveau de glisser mes mains devant ses hanches pour sentir son érection, il
descend le long de mon corps. Je sens son sourire alors que sa bouche touche mon mamelon dur,
décrit des cercles et le suce avant de passer à l’autre. La sensation est irrésistible, et je suis choquée
d’avoir l’impression que je pourrais encore jouir aussi vite. Emmêlant mes doigts dans ses cheveux,
je commence à tirer dessus comme si c’était un radeau de sauvetage qui me ramènerait sur le rivage.
Je le lâche quand il descend encore plus bas, et ma respiration s’accélère à un rythme alarmant. Je
sens sa langue sur mon ventre, entrant et sortant de mon nombril. De petits gémissements
m’échappent.
River marmonne :
‒ Tu es délicieuse.
Sa bouche s’attarde sur ma peau, et je commence à sentir des palpitations à l’intérieur. Un oui bien
plus fort passe mes lèvres.
Lorsque sa langue plonge en moi et s’enfonce aussi loin que possible, entre et sort à un rythme
constant, ses yeux se rivent sur moi. Il remarque que je l’observe.
Il commence à faire des cercles autour de moi avec sa langue, et je perds toutes mes facultés. Il appuie
sa langue plus fort tout en glissant un doigt en moi. Il s’interrompt à nouveau pour dire :
Quand il enfonce un deuxième doigt, je ne peux même plus me souvenir de mon propre nom.
Alors que je redescends sur terre, il remonte lentement le long de mon corps en continuant à lécher et
goûter chaque centimètre carré de ma peau. Sa bouche rejoint la mienne et je peux me goûter. C’est
une sensation extrêmement érotique. Il lèche légèrement ma lèvre inférieure de l’extérieur à
l’intérieur.
J’ouvre un peu plus la bouche, et sa langue frôle la mienne. Il referme doucement les dents, puis
donne des petits coups de langue à la mienne avant de m’embrasser enfin.
Nous continuons notre baiser, et je descends mon doigt le long de la ligne bien marquée de son
abdomen. Son ventre se contracte sous mes doigts. Je passe sur sa peau sensible et l’entends souffler
doucement quand je ferme la main autour de son manche et la fais descendre à sa base.
Je me déplace pour me retrouver au-dessus de lui. Soufflant, haletant, presque hors d’haleine, je sens
chaque pulsation de son érection. J’entends à peine la musique en fond, mais je crois reconnaître «
Sex Therapy ». Comme c’est approprié ! Ma main trouve son propre rythme, et je me mets à sucer sa
lèvre inférieure, puis la supérieure, avant de passer la langue sur la voûte de son palais, lui arrachant
un gémissement encore plus fort.
Ne m’arrêtant que pour regarder ses puissants yeux verts, qui sont plus sombres et remplis d’un désir
profond, je recule pour me mettre presque en position assise. J’entends sa respiration, rapide et
irrégulière, presque incontrôlable, très similaire à la mienne, désormais.
‒ River, dis-je en tendant le bras pour attraper le préservatif, déchirant l’étui et le lui donnant. Est-ce
que tu sais à quel point j’ai envie de toi ?
J’ai l’impression d’être une araignée prise dans sa toile de séduction, à moins que ce ne soit ma
propre toile.
Il attrape le préservatif. Je le regarde le dérouler, souriant et plus que prêt, puis je me déplace pour
aligner mon sexe avec le sien. Son visage affiche une passion évidente.
Il sourit, attrape ma tête et me tire contre sa bouche. Il renforce son baiser, et j’ouvre la bouche plus
grand pour accueillir sa langue insistante et douce. Il enfonce le bout de ses doigts dans mes hanches,
et je m’empale sur lui.
En l’observant attentivement tandis qu’il me comble entièrement, je me dis que c’est la chose la plus
jouissive que j’aie jamais sentie. Je commence à bouger plus vite. Il s’agrippe à mes hanches pour
essayer de ralentir ma cadence, mais je ne le laisse pas faire.
Prenant une grande inspiration, il se mord la lèvre avant de fermer les yeux et plonger dans l’extase.
‒ Tu ne sais pas depuis combien de temps j’attends ça, parvient-il à dire, les dents serrées.
Il ouvre les yeux et nous fait rouler, même si nous sommes toujours connectés. Je suis maintenant
sous son beau corps ferme. Pendant qu’il bouge en moi avec des va-et-vient lents et réguliers, il
embrasse mon cou, touche mes bras, saisit mes seins, pince mes tétons. J’aime le fait qu’il ne sache
pas quelle partie de moi il a le plus envie de toucher.
Le feu brûle dans mes veines, un incendie d’excitation dévore mon corps tout entier. Des
gémissements de passion emplissent la pièce. Je griffe son dos bien musclé pour l’inciter à aller plus
vite.
Ma tête bascule en arrière et je prends une grande bouffée d’air. Les paroles de Robin Thick
résonnent de l’autre pièce, et River me chante sa propre version de la chanson.
‒ C’est ton corps. Nous irons lentement si tu le veux ou aussi vite que tu le désires.
Alors qu’il bouge lentement, avec précision et intensité, il s’arrête momentanément d’embrasser mon
cou.
Les yeux plongés dans les miens, il continue son roulement lent, embrasse une joue, l’autre, puis mon
nez, et encore mes paupières tour à tour. Il s’approche de ma bouche, passe un bras sous moi pour me
pousser vers le haut et lui permettre ainsi de s’enfoncer encore plus profondément. C’est bien plus
intense.
J’enroule mes jambes autour de sa taille, nos corps s’assemblant comme s’ils étaient faits l’un pour
l’autre.
Gémissant lui aussi, il commence à accélérer le rythme et attrape ma main pour la poser sur son
cœur.
La lumière de la lune passe par les fenêtres. Je gémis plus fort, sentant l’orgasme approcher à
nouveau. Quand je regarde son visage, je devine que pour lui aussi.
Il ouvre la bouche et interrompt sa respiration. Je le sens commencer à exploser. Avec un râle grave
et intense, il s’immobilise un instant. Un orgasme époustouflant traverse mon corps et me fait hurler
de plaisir. Attrapant son menton avec ma main libre, je le tire vers moi. Chaque cellule de mon être
fourmille, de ma tête jusqu’au bout de mes pieds. Même si l’intensité de notre baiser s’atténue, nos
lèvres restent scellées. Alors que nous haletons l’un contre l’autre, il passe lentement ses doigts le
long de ma joue et écarte mes cheveux avant d’appuyer son front contre le mien.
‒ Tu me coupes le souffle.
Nous reprenons le contrôle de notre respiration. Il descend délicatement de moi et s’allonge à mes
côtés. Il enlève le préservatif, en fait un nœud et le jette par terre, près de celui que nous n’avons pas
utilisé. Il me prend dans ses bras. En caressant ma joue, il tourne la tête pour me regarder avec ses
yeux verts brillants.
Mais je me souviens de la raison : Ben. Je réalise comme je suis contente de ne pas avoir succombé à
mon désir pour River ce soir-là au bar, parce que je sais irrévocablement que je n’aurais jamais pu
me remettre de ça, de lui. Même aujourd’hui, je ne suis pas sûre que je m’en remettrai.
Ayant besoin d’oublier mon incapacité à considérer ce qui vient de se passer comme ce que c’est
probablement, c’est-à-dire une aventure d’un soir, je le regarde dans les yeux et lance :
Il me regarde avec un air satisfait qui en dit plus que tous les mots existants.
Le bras tendu sur son torse, je caresse légèrement sa peau lisse. Lui décrit des cercles sur mon dos. Je
lève les yeux vers lui, voulant effacer les accès de passion qui m’habitent encore, et demande :
Il roule sur le côté et me regarde dans les yeux tout en dessinant des cercles avec son doigt autour de
mon lobe d’oreille et tirant dessus avant de se pencher pour m’embrasser au coin des lèvres. Avec un
immense sourire, un sourcil levé, il lance :
‒ Je veux découvrir la vilaine fille qu’il y a en toi. Acceptes-tu de me laisser libérer le vilain garçon
qui est en moi ?
Je ris de sa tentative un peu ratée de réviser une fois encore les paroles d’une chanson. Il attrape mes
hanches, et une nouvelle soif apparaît entre nous. Il roule pour passer sur moi, et je me dis que, cette
fois, nous n’irons pas lentement.
12
Say
Après être restés éveillés presque toute la nuit et alors que nous apercevons les premières lueurs du
jour, nous restons tranquillement allongés ensemble, emmêlés dans les draps. Ma tête est posée sur sa
poitrine, une jambe autour de la sienne, et mes doigts effleurent son corps doux. Son nez est enfoui
dans mes cheveux, et ses mains me caressent le bas du dos.
N’ayant jamais eu de coup d’un soir, je ne savais pas à quoi m’attendre, mais je ne m’attendais pas à
ça. Beaucoup de mes amies ont déjà eu des aventures. Elles les ont toujours décrites comme un coup
rapide, parfois suivi par une nuit ensemble. De toute façon, elles disaient généralement que les deux
partenaires voulaient partir aussi vite que possible.
Pourtant, à cet instant, je n’ai pas envie que ce moment prenne fin. Cette nuit était fantastique. River et
moi avons été ensemble d’une manière que je n’avais jamais connue auparavant. Ce n’était pas
seulement du sexe et des orgasmes multiples, mais aussi ses caresses tendres, la chaleur que j’ai
ressentie partout dans mon corps, ses paroles douces et cette attention extrême portée l’un envers
l’autre. Je me surprends à espérer qu’il me demande mon numéro de téléphone pour que nous
puissions nous revoir.
En me demandant si toutes les rencontres sexuelles sont aussi satisfaisantes, j’essaie de garder à
l’esprit que Ben et moi étions ensemble depuis si longtemps que, quand nous faisions l’amour, c’était
devenu la routine – quelque chose d’attendu, oserais-je dire. Je garde aussi en tête que je n’avais pas
connu le contact d’un homme depuis très longtemps ; alors, bien sûr, ma renaissance sexuelle
exacerbe les sensations.
Consciente que je ne devrais pas comparer Ben à River, je le fais tout de même. Je pensais que ma vie
sexuelle avec Ben était épanouissante, mais, après ce que j’ai vécu cette nuit, on dirait qu’elle était
peut-
être un peu vide. Je me dis que ce n’est vraiment pas bien de ma part de comparer cet homme vivant à
Ben, qui n’est plus sur terre pour vivre librement.
Vais-je toujours faire des comparaisons avec Ben ? Je sais déjà que la réponse est oui. Mais,
habituellement, chaque fois que je compare quoi que ce soit à Ben, il est mieux. Si je prépare des
légumes sautés, je me dis : Ben les faisait mieux. Si je lis un article dans le journal, je me dis : Ben
l’aurait mieux écrit. Maintenant, je compare les rapports sexuels, et je sais que c’est mal. Je dois
arrêter de penser comme ça. Je dois me souvenir que Ben était toute ma vie, mais il n’est plus là,
alors que River, si. Je dois aussi me rappeler que River est quelqu’un que j’ai laissé me séduire pour
le seul plaisir d’avoir une aventure fantastique.
J’échoue lamentablement en essayant de me convaincre d’adopter sur cette mentalité volage, parce
que dans ma tête défilent continuellement toutes les qualités attachantes de River : son sex-appeal, son
charme, son caractère enjoué, sa sollicitude et son égard envers moi. Notre égard l’un envers l’autre,
lui envers moi et moi envers lui. Cela semble bizarre de me sentir aussi connectée à quelqu’un que je
pourrais bien ne jamais revoir. Même maintenant, après nos ébats, je suis absorbée par la sensation
que me procure sa respiration calme et détendue, et je sais qu’il ressent mon bien-être.
En essayant de rester concentrée, je force mes pensées à retourner à la liste de choses que je dois
faire ce matin : finir l’interview, dire au revoir à River, me rendre à l’aéroport et monter dans l’avion
destiné à m’emmener en un endroit très éloigné de ce bonheur absolu.
Son attention interfère avec mes plans. River remet en question ma capacité à me concentrer, car je ne
peux m’empêcher de réfléchir à sa façon de réagir et d’interagir ; sa manière de me donner
l’impression de se soucier vraiment de ma personne… Tout cela brouille mon jugement. Mais je me
souviens de mes recherches Google. De River qui apparaît tout aussi attentionné photo après photo
avec différentes femmes dans les bras, et cela me ramène à ma première idée sur le fait qu’il ne s’agit
que d’une aventure.
Je me redresse pour essayer de sortir du lit, mais River me tire vers lui et me plaque sur le matelas en
se penchant sur moi.
‒ Où vas-tu ? me demande-t-il, groggy par le manque de sommeil, d’une voix râpeuse avec un petit
sourire.
Je lui souris, le regarde dans les yeux. En désignant la salle de bain et la fenêtre, je réponds d’une
voix presque aussi rauque :
Il me répond avec un hochement de tête, et je me demande comment quelqu’un peut être encore plus
sexy le matin. Il m’embrasse doucement sur le nez et me lâche :
‒ Café ou thé ?
En faisant la moue et en fronçant les sourcils, je lui fais remarquer mon allure négligée des pieds à la
tête.
Adossé à la tête de lit, il passe ses mains sur sa nuque, son corps nu légèrement éclairé par la faible
lueur de la lampe de la salle de bain. Il secoue la tête et rit.
J’enfile sa chemise. Le fait qu’il répète les paroles que j’ai prononcées il y a si longtemps me fait rire.
Je secoue la tête et me retourne pour le découvrir en train de rire autant que moi. Ah tiens : ajouter «
me fait souvent rire » à la liste des qualités attachantes de River.
En entrant dans la salle de bain avec rien d’autre que ma trousse de toilette à la main, je m’assois un
instant pour réfléchir. Quand j’ai enfin décidé d’au moins me nettoyer le visage avant de préparer
mon sac, je regarde dans le miroir et passe mes doigts dans mes cheveux. Puis je vois sa brosse à
dents.
Pourquoi pas ?
En sortant de la salle de bain, j’attrape mon téléphone et passe un coup de fil rapide à Aerie.
‒ Pourquoi tu ne m’as pas rappelée ? J’ai dû t’appeler au moins dix fois, répond Aerie en guise de
bonjour.
Je comprends tout de suite que ce coup de fil ne sera pas rapide. J’espérais qu’elle dormirait encore et
que je pourrais me contenter de lui laisser un message.
‒ Je suis désolée.
‒ Dans sa suite.
‒ Euh… C’est une assez longue histoire et je te la raconterai plus tard, mais…, dis-je en essayant de
choisir consciencieusement mes mots.
‒ Non. Quoi ? Le fait qu’il puisse s’intéresser à moi est si difficile à croire ?
‒ Bien sûr que non, Dahlia. Les hommes s’intéressent toujours à toi. C’est toi qui me surprends. Tu
n’es pas vraiment mademoiselle Aventure-d’un-soir. Tu étais ivre ?
‒ Non, Aerie. On peut en reparler plus tard ? Je t’ai dit que c’était une longue histoire.
‒ Aerie, je raccroche.
‒ Ce n’est pas ce que je voulais dire et tu le sais. Nous savons toutes les deux que tu avais le béguin
pour lui. Je veux juste m’assurer que tu te sens bien. Coucher avec quelqu’un, c’est une chose, mais
coucher avec un séducteur en est une autre.
‒ Aerie, comment sais-tu que c’est un séducteur ? Et d’ailleurs, ce n’est qu’une nuit. On va se dire au
revoir, et je ne le reverrai plus, j’en suis sûre.
Je décide de ne pas lui dire que je n’ai pas encore fait l’interview.
‒ D’accord, Dahlia chérie, j’ai compris. Et je ne sais pas si c’est un séducteur. J’ai seulement entendu
dire qu’il ne restait jamais très longtemps avec ses copines.
Je raccroche et médite sur les remarques d’Aerie un instant avant de jeter un coup d’œil par la baie
vitrée, où le soleil commence à se lever. Des vagues roses et violettes recouvrent l’horizon derrière
les montagnes. Voulant vraiment voir la beauté de cette nouvelle journée, je décide de récupérer ma
trousse de toilette plus tard.
Mon pouls accélère quand je le vois assis sur une chaise, ne portant que son jean, les jambes croisées.
En avançant vers lui, je vois une cafetière et des croissants sur la table. Il m’adresse un large sourire
et verse deux tasses de café.
‒ De la crème et du sucre ?
Dans l’encadrement de la porte, les yeux rivés sur lui et un immense sourire plaqué sur le visage, je
réponds :
‒ Et je suis contente de voir que tu es un buveur de café. Maintenant que je le sais, je ne vais pas
pouvoir m’arrêter de te harceler.
Il me fait un clin d’œil pendant qu’il verse de la crème dans l’une des tasses et lance :
‒ Bizarrement, je ne pense pas qu’une femme sexy qui aurait des tendances au harcèlement me
dérangerait.
Je croise les bras et appuie ma hanche contre le cadre de la porte, mais je ne peux m’empêcher de
rire.
‒ Je l’aurais parié.
Il affiche un petit sourire narquois et ajoute :
‒ Et moi, comme tu étais si douce ce matin, je pensais que tu étais une buveuse de café avec crème et
sucre.
Comme je suis très à l’aise, j’avance nonchalamment vers lui pendant qu’il me fait signe de venir
m’asseoir sur ses genoux.
L’aube se transforme en un matin voilé, et la belle lueur de l’est emplit la pièce. Je m’installe sur lui,
les genoux repliés et les pieds sur ses genoux. Nous buvons notre café alors qu’il me donne des
morceaux de croissant à manger puisque l’une de mes mains est accrochée à mon café du matin et
l’autre autour de son cou.
Nous continuons à nous embrasser et discuter même après que le soleil s’est entièrement levé. Des
rayons de soleil éblouissants se reflètent dans ses cheveux ébouriffés, et ils prennent une multitude de
nuances du blond au marron. Je regarde cet homme incroyablement attirant avec admiration. Il croise
mon regard et m’embrasse un peu plus longuement et langoureusement. Il me touche aussi de
manière plus intime. J’essaie de calmer le sentiment de désir accablant qui se glisse en moi. Ses
doigts remontent sur ma jambe, et le fait que je ne porte pas de culotte me paraît soudain bien plus
évident. J’attrape sa main :
Il s’arrête dans la chambre avec un grand sourire et indique le lit d’un signe de la tête.
En regardant son magnifique visage souriant, son torse glabre, ses abdominaux bien définis et ses
yeux verts brillants à présent enflammés, je sais que je devrais dire non, résister à la tentation, mais je
ne peux pas. J’agite mon doigt vers lui comme un avertissement.
Alors que je vais chercher mon ordinateur portable dans le salon, je l’entends marmonner :
‒ Je ne promets rien.
Je ne peux m’empêcher de sourire tandis que je récupère mes affaires. Je suis épatée de voir comment
son sourire charmant est contagieux. Avant de retourner dans la chambre, je passe devant le plan de
travail de la cuisine, appuie sur le bouton PLAY de la station d’accueil et règle la musique pour
qu’elle retentisse dans la chambre. Aussitôt, j’entends le groupe Fuel chanter « I Should Have Told
You ».
J’adore cette chanson.
Quand j’entre dans la chambre, je vois River allongé sur le côté, accoudé sur l’oreiller. La tête sur la
main, son autre bras pend sur sa hanche. Ses jambes sont légèrement repliées avec l’une remontée, et
il me regarde intensément. Qu’il est sexy ! Il se met à ronger nerveusement l’ongle de son pouce et,
ne pouvant supporter d’admirer cette vision de la perfection plus longtemps, je détourne le regard. Je
sais que je ne pourrai pas me concentrer si je suis trop près de lui ; je décide de m’asseoir au pied du
lit.
Je sors mon portable de mon sac, l’allume et affiche la liste de questions que nous avons entamée
hier.
Avec le pouce qu’il vient de ronger, il se met à décrire des cercles le long de mes jambes. Son contact
encore mouillé me donne des frissons dans le dos. Je ne peux même pas imaginer me concentrer sur
ma liste de questions.
‒ Sois sage, dis-je en guise de réprimande alors que je lui jette un coup d’œil par-dessus l’écran de
mon ordinateur.
‒ Sound Music m’a payée pour venir à Las Vegas et faire une interview, pas pour avoir une aventure
d’un soir et remonter dans l’avion les mains vides.
Je prononce ces dernières paroles sur un ton bien plus taquin pour essayer d’amoindrir la rudesse de
mes propos.
Dégageant sa main, il se redresse aussitôt et saisit le portable sur mes genoux pour le poser par terre.
Il referme ses doigts autour de mes poignets et me tire pour me mettre debout et que nous nous
retrouvions face à face, les yeux dans les yeux. Il glisse son nez près de ma joue vers mon oreille et,
sur un ton grave, calme mais presque dur, il déclare :
‒ Dahlia, il ne s’agit pas, ou ne s’agissait pas, d’une aventure d’un soir pour moi. Et pour toi ? Parce
que, si c’est le cas, je me suis complètement trompé sur ça, sur toi, sur nous.
Ses paroles me coupent momentanément le souffle. Les émotions déferlent en moi, dans ma tête,
partout dans mon corps et jusque dans mon âme. Je ne sais trop quoi dire ou faire, mais je me sens
étrangement apaisée. Je libère mes bras pour attraper son visage et le regarder dans les yeux. Je suis
consciente que je peux faire mieux, que je peux effacer la douleur provoquée par mes paroles. Des
paroles qui sont pensées, prononcées uniquement pour me protéger, me préserver de ce que je
pensais n’être qu’une aventure.
Le cœur battant plus vite que la musique, je réponds avec des pensées fragmentées :
‒ Je suis désolée, je me suis juste dit… Non, ce n’est pas une aventure d’un soir pour moi. Je n’étais
pas sûre…
En me redressant et en écartant délicatement les cheveux qui tombent devant ses yeux, je pointe mon
doigt entre lui et moi.
Il affiche un air désapprobateur, secoue la tête pour dire non alors que la chanson de Coldplay,
En passant ses lèvres au-dessus des miennes, il les effleure au coin de ma bouche.
‒ Non, je ne fais pas ça tout le temps, affirme-t-il en avançant doucement ses lèvres de mon cou. En
fait, je ne crois pas avoir jamais passé une nuit dans une chambre d’hôtel avec une fille et partagé le
petit-déjeuner avec elle le lendemain, poursuit-il alors que ses lèvres amorcent leur descente. Et je
suis heureux que nous partagions le même sentiment, conclut-il en un murmure avant d’interrompre
ses baisers pour me fixer.
Plaçant mes deux mains sur sa mâchoire puissante, c’est mon tour de poser ma tête contre la sienne.
‒ Tu sais que chaque fois que tu avances ton nez près de mon oreille comme ça, ça me rend folle ?
Il recule, attrape délicatement mes bras et acquiesce avec un petit sourire, un sourire satisfait, à vrai
dire, et il avoue :
‒ Oui, je le sais.
13
Mon pouls palpite toujours un peu plus fort dans mon corps chaque fois qu’il m’embrasse, que ses
baisers s’intensifient et que ses lèvres touchent les points les plus sensibles. Chaque fois qu’il me
touche, il fait s’accélérer ma respiration, les battements de mon cœur, et monter ma température. Je
n’ai jamais ressenti cela avant.
Nous n’avons pas terminé l’interview. L’heure de mon départ est passée aux oubliettes. À un moment
en fin de matinée, nous nous sommes endormis. Après de nouveaux ébats fantastiques et jamais
suffisants, River m’a demandé de passer le week-end avec lui, et, sans avoir aucun doute, j’ai accepté.
Comment aurais-je pu refuser ? Je me sens vivante à nouveau. Il m’a fait visiter des endroits que ni
mon corps ni mon âme ne connaissaient, et j’ai envie d’en découvrir d’autres.
Quelque chose s’est produit en moi quand il m’a demandé si je considérais notre dernière nuit
comme une aventure, parce que ce n’était clairement pas son cas. Le chagrin, la douleur et la solitude
extrême que je portais avec moi depuis presque deux ans avaient disparu plus vite que les saisons
changent. J’ai le sentiment que c’est un renouveau ; l’espoir s’épanouit. C’est comme si j’arrivais au
printemps et laissais enfin l’hiver derrière moi. Mon esprit commence à voir les feuilles qui
deviennent vertes ; elles ne sont plus marron et ne jonchent plus sans vie le sol aride. J’entends les
oiseaux gazouiller ; ils ne volent plus vers le sud, et, tandis que les vents forts et froids du Santa Ana
se transforment en brises douces et fraîches, je peux dire que je suis à nouveau vivante.
En entendant la musique passer de « Glory Box » à « Tell Me I’m a Wreck » alors que je sors de mon
sommeil, je jette un coup d’œil à l’heure : il est presque midi. Quand je lève la tête de sa position très
confortable, je vois River. Il est réveillé et me sourit. Ses cheveux sont en bataille, mais toujours aussi
sexy, et son charme brut fait voler de petits papillons dans mon ventre. Il désigne la table de nuit d’un
signe de la tête.
Ses yeux reviennent sur les miens, puis vers le lit. Je repose la tête avec le sourire et me blottis contre
son torse. Je lève les yeux vers lui. Avec un soupir et un mouvement de tête, je me demande comment
il peut rendre une phrase aussi ordinaire sensuelle, presque érotique. Je marmonne :
‒ Ouais, c’est probablement Serena. Je devrais vraiment la rappeler et prendre des nouvelles de son
fils. Il était malade quand je suis partie.
Il se redresse en secouant la tête et tire les draps de nos corps nus avant de se pencher et d’embrasser
délicatement mon ventre et remonter sa main le long de ma poitrine. Il se lève, attrape mon téléphone,
me le tend et lance :
Je me mets assise et, alors qu’il marche vers les pieds du lit, je jette un rapide coup d’œil à ses fesses
nues. Elles sont parfaites, et je le regarde avec un sourire satisfait. Je ne peux pas m’en empêcher. Je
déverrouille mon téléphone et envoie un message à Serena.
Désolée de ne pas avoir appelé. J’ai été occupée. Comment va Trent ? Donne-moi des nouvelles.
River, qui a remis son boxer, revient vers moi et attrape mon téléphone. Il le repose sur la table de
chevet et me fait signe d’aller dans la salle de bain.
La tête penchée, il me regarde et ses yeux parcourent mon corps. J’ai la chair de poule. Je prends sa
main tendue, et il me guide vers la spacieuse salle de bain. Il y a du marbre noir au sol, deux vasques
et une grande douche ouverte sur la gauche, avec un immense jacuzzi au centre. Je me dirige
immédiatement vers les toilettes qui ont leur propre pièce séparée près des lavabos.
Une fois là, j’entends River chantonner doucement une chanson. Je ne peux pas vraiment la discerner
à cause du bruit de l’eau qui coule dans le lavabo. Quand j’ouvre la porte, je me fige et observe. Il
chante en se rasant comme si cela allait de soi, comme les câlins et les baisers ou comme le rock et le
roll. Il ne remarque pas que je suis là quand il arrête de chanter pour se brosser les dents. En
l’admirant ainsi, je ne peux m’empêcher de penser à quel point il est séduisant et je me mets à rire à
l’idée d’avoir utilisé cette même brosse à dents ce matin.
Je m’avance vers lui et m’appuie sur le meuble. Je croise les bras, me mords la lèvre inférieure et
reste près de lui avec un grand sourire.
En tournant la tête pendant qu’il se penche au-dessus du lavabo, il enlève la brosse à dents de sa
bouche.
‒ Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? parvient-il à dire avec la bouche pleine de dentifrice moussant.
‒ J’ai un peu utilisé ta brosse à dents ce matin. J’espère que ça ne te dérange pas.
Un sourire diabolique apparaît sur son visage, et il plisse les yeux en posant sa brosse à dents sur le
meuble. L’eau continue de couler.
Avant que je ne puisse l’éviter, ses bras encerclent ma taille et il attrape mes fesses. Il me soulève, ses
lèvres se plaquent sur les miennes et il me pose sur le meuble. Sa langue heurte mes dents du haut,
puis il fait la même chose avec celles du bas avant qu’elle ne vienne frotter mon palais. Le désir
monte en moi aussi facilement que l’eau coule du robinet dans la vasque.
En déplaçant légèrement son corps harmonieux, il écarte mes jambes et s’appuie contre moi. Il bouge
la bouche pour sucer ma lèvre inférieure avant de commencer à m’embrasser fougueusement. Une
envie ardente envahit mon corps aussi vite que l’eau qui éclabousse le lavabo et s’enfuit par
l’écoulement. Nos deux bouches sont maintenant couvertes de dentifrice, et l’eau remplit toujours le
lavabo, mais nous n’y prêtons pas attention.
Je finis par lui mettre un petit coup dans l’épaule, et il fait un pas en arrière.
‒ Hé ! Ce n’est pas du jeu. Je ne t’ai pas dit que je voulais que tu me brosses les dents. Je…
Mais je n’ai pas la chance de finir. Alors que ses yeux tombent sur mes lèvres, puis descendent vers
ma chemise ouverte, sa respiration se fait plus difficile, ses lèvres s’écartent, et il penche la tête en
avant.
Le bout de sa langue vient se loger dans le petit creux entre mes seins, où un peu de dentifrice a coulé.
Il commence lentement à passer sa langue sur ma poitrine. Un gémissement irrépressible m’échappe.
Ses lèvres glissent lentement et agréablement de ma poitrine à mon cou. J’essuie le dentifrice sur ma
bouche avec le dos de ma main et essaie d’arrêter de haleter. Ma température corporelle monte à son
contact. Quand il me regarde, ses yeux sont pleins de passion. En léchant le bord de sa lèvre
inférieure, il pousse à nouveau son corps ferme contre le mien, mais, cette fois, j’enroule mes jambes
autour de lui plutôt que de le repousser, appréciant la sensation de sa peau douce contre la mienne.
Alors qu’il retient brièvement sa respiration et que le dentifrice goutte toujours le long de son
menton, il me demande :
‒ Que disais-tu ?
En m’avançant vers lui, je passe ma langue sur son menton et lèche tout le dentifrice.
‒ Rien.
Son magnifique corps écrasé contre le mien, il tend le bras pour arrêter l’eau. Le seul bruit que l’on
peut entendre à présent dans la pièce est celui de nos respirations de plus en plus fortes.
‒ En fait, dis-je en gémissant et en faisant descendre mes lèvres sur son menton bien rasé, je me
posais une question.
Je marque une pause et prends une profonde inspiration. Mes mains glissent sous la ceinture de son
boxer soyeux noir.
J’arrive à peine à prononcer ces mots. J’essaie de maîtriser ma respiration et je passe mes mains dans
son boxer pour l’attraper.
Le souffle coupé, il me tire vers lui, mes fesses reposant à peine sur le meuble. Mes mains lâchent son
érection, et il souffle fortement. Il balance ses hanches contre les miennes, et ses mains se promènent
dans mon dos pour me serrer encore. Je me mets à crier et lui griffe le dos avant de me cambrer pour
rapprocher encore mon entrejambe du sien.
Ses mains entourent ma taille et se posent dans le creux de mon dos. Il fait un pas en arrière, me fixe
avec un désir évident dans les yeux, ces mêmes yeux dans lesquels j’avais peur de plonger sans
jamais pouvoir en ressortir. Désormais, je suis vraiment ravie de faire ce grand saut.
En acquiesçant, je sens ses mains se diriger droit vers mon sexe. Il les fait glisser entre mes jambes et
fait des allers et retours avec son doigt à l’intérieur de mes cuisses pour me titiller, presque me
torturer.
Mais il ne quitte pas la pièce, ne me quitte pas. Au lieu de cela, il passe ses mains autour de mes
hanches et me soulève du meuble pour me porter dans la douche et me plaquer contre le mur. Il fait
couler l’eau avant de me reposer, et j’ai l’impression que c’est elle, notre musique.
Prendre ma douche avec River est intime, très sexy…, presque charnel. Il savonne mon corps tout
entier et chante « She Will Be Loved ». Bien qu’il ait froncé les sourcils quand j’ai répondu Maroon
5, il le fait quand même. Je le récompense généreusement quand il chante : It’s not always rainbows
and butterflies it’s comprise that moves us along. Ma phrase préférée dans cette chanson.
Lorsqu’il a terminé, il murmure de manière séduisante dans mon oreille en paraphrasant les mêmes
paroles qu’il a prononcées cette nuit, mais en divulguant son propre désir sexuel. Il m’explique à quel
point il a envie de me goûter partout, indique ce qu’il veut me faire avec son corps. Nullement
décontenancée et tout à fait à l’aise, entièrement connectée dans les bras de cet homme, je détaille ce
que je veux lui faire, ce que je veux faire avec lui, librement, sans remparts ni barrières entre nous.
J’ai l’impression que mon cerveau marche à plein régime, mais mon corps est tonifié quand il me fait
quitter la route que j’ai désespérément envie de suivre. À chaque changement de vitesse, mon corps
accélère encore et encore. J’ai l’impression d’être une voiture qui roule trop vite, et mon corps se
dirige tout droit vers l’oubli. Mon Dieu, cet homme est…, est… Je n’arrive même pas à réfléchir
tandis qu’il fait lentement monter et descendre ses mains sur mes flancs et les passe dans mon dos
pour me soulever et me plaquer à nouveau contre le mur.
Quand nous sortons enfin de la douche, tous les deux comblés et satisfaits, il m’enveloppe dans une
serviette et en met une autre autour de sa taille. Je passe les mains dans ses cheveux mouillés et
ébouriffés. Je secoue la tête et souris en pensant à quel point il est séduisant, charmant et tout
simplement adorable avant de me retourner pour me diriger vers la chambre. Je sens son regard rivé
sur moi au moment où je quitte la pièce et je remue un peu les fesses pour le lui faire comprendre. Je
l’entends ricaner.
Je passe par le salon, attrape ma valise et la ramène dans la chambre. Je la pose sur le lit au moment
où River sort de la salle de bain en boutonnant son jean, une serviette sur les épaules. Il a un charme
irrésistible.
Il me dit gentiment :
Pour une raison ou une autre, son geste galant, chevaleresque, me touche. Je craque pour ce type que
je connais à peine.
Avec un sourire ravi, je prends un accent du Sud aussi fort que possible en faisant semblant de
m’éventer :
‒ Pourquoi donc, mon bon monsieur ? Vous me prenez pour une fillette impotente ?
Il éclate de rire et affiche cet immense sourire à fossettes avant de venir vers moi et me prendre dans
ses bras. Il secoue sa tête mouillée avec ses magnifiques cheveux châtain clair dans le creux de mon
cou.
‒ Non, ce n’est pas ce que je crois, dit-il en me mordant l’épaule. Je voulais seulement t’aider.
Le téléphone de River sonne dans la commode, mais il l’ignore. Il tend lentement le bras, attrape une
mèche de mes cheveux et la coince derrière mon oreille. Un frisson me parcourt. Il décrit un cercle
avec son index autour de mon oreille et tire légèrement sur mon lobe, provoquant une vague de
chaleur dans mon corps.
J’attrape la serviette sur ses épaules et l’utilise pour lui sécher les cheveux tout en lui massant le cuir
chevelu du bout des doigts. Le gargouillement dans mon estomac interrompt l’émotion provoquée
par sa douceur. Il pose ses mains sur mes bras, s’écarte, son torse glabre miroitant sous les rayons du
soleil, et me demande :
‒ Tu as faim ?
En évitant de le comparer à Ben ou de penser au fait que Ben manquait cruellement de douceur, je
réponds sur un ton neutre :
‒ On peut dire que tu sais comment éveiller l’appétit d’une fille, toi. Donc, oui, je meurs de faim.
River tire sur la mienne avec un grand sourire et me tape les fesses avec.
‒ Si tu pouvais arrêter d’être aussi sexy et t’habiller, on pourrait sortir d’ici et aller manger quelque
chose ! lance-t-il en se retournant pour aller dans la salle de bain.
Je me retrouve alors à baver devant la vue magnifique que m’offre ses jolies fesses. En entrant dans
la salle de bain, il ajoute :
J’éclate de rire et me mets à fouiller dans ma valise. J’enfile ma dernière culotte propre. Elle est toute
blanche avec un petit nœud noir à l’arrière. Je mets le soutien-gorge assorti. On ne peut pas vraiment
dire que cette lingerie soit super sexy.
Je me retourne pour le regarder avec l’intention de répondre de manière sarcastique, mais j’ai le
souffle coupé. Il porte un tee-shirt noir de la tournée Black Tour d’AC/DC. Mon père adorait AC/DC ;
alors, évidemment, moi aussi.
Il traverse la pièce en traînant les pieds. Il passe devant moi, s’arrête et fait un pas en arrière pendant
que je continue à chercher dans le bric-à-brac de vêtements dans ma valise. Il dépose un baiser sur
chacune de mes épaules, puis tire sur le nœud noir à l’avant de mon soutien-gorge.
‒ Merci, Dahlia, dit-il en se dirigeant vers le lit pour s’asseoir et enfiler ses chaussettes et ses boots
noirs avant de s’appuyer sur un oreiller et relever les pieds.
‒ Je ne fais pas un spectacle, tu sais, dis-je en enfilant un caraco en dentelle noire et en passant la tête
dans mon tee-shirt à manches longues de la tournée Viva la Vida de Coldplay avant de le nouer sur le
côté.
Je remonte rapidement mon jean noir délavé et, en le regardant, je commence à penser à la chanson
de Coldplay, « Green Eyes ». Je me dis qu’elle a dû être écrite pour lui avec les paroles : Des yeux
verts et les projecteurs sont braqués sur toi. J’entends la chanson dans ma tête et elle résonne jusque
dans mon âme.
‒ Je te rends nerveuse ?
‒ Non, pourquoi ?
‒ Je ne sais pas. C’est une impression. Tant mieux si ce n’est pas le cas, parce qu’il ne faudrait pas : tu
es bien trop sexy pour qu’on ne soit pas en adoration devant toi.
Pendant qu’il parle, je me souviens de ma bague. Où est ma bague ? Je suis prise de vertiges et pose
ma main sur ma nuque, où je promène mes doigts, mais je sais que la chaîne n’est pas là. River se
redresse aussitôt quand je dis sur un ton désespéré :
‒ Oh non, je dois retourner à mon hôtel : mon collier est toujours dans ma chambre !
J’essaie de ne pas céder à la panique, mais mon collier, la bague que m’a offerte Ben, il faut que je la
retrouve.
River descend du lit et se dirige vers moi avec un air inquiet. Il écarte mes cheveux de mon visage et
les coince derrière mon oreille avant de mettre ses mains sur mes joues en plongeant ses yeux dans
les miens.
J’essaie de me calmer, mais je n’y arrive pas, et les larmes commencent à couler sur mon visage. Il
les essuie Avec ses pouces. Il ne me demande pas pourquoi et ne prend pas mon inquiétude à la légère.
Il se contente de m’embrasser sur le front et me guider dans un périple qui ne pourra se finir que par
un malaise. Ou au moins par une conversation douloureuse à propos de l’homme que j’ai aimé avec
l’homme que je… Je n’ose même pas penser au mot que j’allais employer.
Les sentiments se mêlent en moi comme une tornade. Mais, contrairement à Dorothy, quand la
tornade cesse et les dégâts sont constatés, je ne vais pas atterrir au Kansas avec des souliers rouge
rubis sur une terre peuplée de gens heureux. Non, pour moi, la suite inclura le Hard Rock Hotel, où je
devrai dire à l’homme avec qui j’entame une nouvelle relation la raison pour laquelle je panique
ainsi. Je dois dire à River que, s’il me raccompagne à mon hôtel, c’est pour que je puisse retrouver le
plus important souvenir qu’il me reste de Ben. L’homme que j’ai pu tout récemment enfin laisser
partir mentalement.
Nous attendons sa voiture dehors. Il se tourne vers moi et prend mes deux mains. Il me regarde
comme s’il savait qu’il peut tout arranger.
‒ Ne pleure pas, bébé. Je te promets que j’arrangerai ça pour toi. Tout ira bien, dit-il en dessinant un
C’est à ce moment précis, près du stand du voiturier, alors que des rangées de voitures derrière moi
attendent d’être garées, que je sais. Je sais que je ne suis pas en train de tomber amoureuse de cet
homme séduisant, charmant et fascinant. J’ai déjà succombé.
Nous roulons jusqu’à mon hôtel en silence. La ville du péché est vraiment magnifique, mais elle est
très différente, de jour. Elle n’a pas l’allure qu’elle a la nuit. Les lumières sont allumées, mais ne
brillent pas vivement et n’éclairent pas la route. J’espère au moins qu’elles me guideront vers l’objet
que je dois retrouver.
Je me sens un peu perdue, assise dans la voiture de River pour aller chercher la bague de fiançailles
de Ben. Remuant sur mon siège, je n’arrête pas d’attraper le collier absent. River ne me tient pas la
main et ne m’a même pas jeté un coup d’œil depuis que nous sommes montés dans sa voiture. Je sais
qu’il doit être curieux de savoir pourquoi le fait de perdre un collier peut me rendre si émotive. Je ne
peux tout simplement pas en parler maintenant. Je dois retrouver le collier d’abord pour pouvoir
déloger la boule qu’il y a dans ma gorge. Ce n’est que là que je pourrai laisser les mots couler.
J’aurais aimé que ce soit si simple de faire taire mes pensées. Ai-je trahi Ben en enlevant sa bague ?
Quel genre de trahison lui ai-je fait subir en couchant avec River ? Mais était-ce vraiment une
trahison ? Combien de temps doit durer le deuil ? Combien de temps doit-on attendre avant de se
lancer dans une nouvelle relation ? Y a-t-il même des réponses à toutes ces questions ?
Quand nous arrivons enfin, le voiturier ouvre ma portière avant que River ne sorte de la voiture. Je
l’attends et il me prend la main pour nous guider directement à l’accueil. Je sais que le ménage a déjà
dû être fait dans la chambre et, apparemment, c’est ce que River pense aussi puisque nous ne prenons
pas la peine de monter. Il y a une assez longue file d’attente devant l’accueil, mais River ne semble
pas y prêter attention. Il avance directement jusqu’au bureau et fait un signe de tête au monsieur qui
vient de tendre des clés à un couple et attend qu’ils partent. Prenant la place du couple, il s’éclaircit la
voix pour attirer l’attention du réceptionniste qui a les yeux baissés sur l’écran de son ordinateur sous
le comptoir. Je suis sûre que la rangée de personnes derrière nous n’est pas contente de notre manque
de respect flagrant des règles de file d’attente.
Quand l’homme refuse de lever les yeux, River lâche ma main, se penche en avant, pose ses deux
coudes sur le comptoir, les avant-bras baissés, et forme un « V » avec ses mains pour s’approcher
encore un peu.
‒ Hé ! mon ami, j’ai un problème qui doit être pris en compte immédiatement, et j’espérais que vous
pourriez m’aider, explique-t-il d’une voix douce.
Le réceptionniste, manifestement insensible au charme de River, ne lève même pas les yeux pour lui
dire :
‒ Monsieur, je vais devoir vous demander d’attendre dans la file, comme tout le monde.
La mâchoire de River se crispe quand il agrippe le comptoir le plus proche. D’une voix plate mais
sérieuse, il dit :
‒ Je ne suis pas sûr que vous m’ayez entendu, mais nous avons un problème qui…
L’homme fronce les sourcils, lève les yeux vers River et lui coupe la parole :
Cette fois, River ne le laisse pas finir sa phrase et se penche aussi près que possible et dit très
poliment :
‒ Joe.
L’homme, visiblement très troublé, bégaie avant de retrouver son calme. Il se redresse et parvient à
dire gentiment :
‒ Pourquoi ne regardons-nous pas si je peux résoudre votre problème avant d’appeler monsieur
Hugues. Vous disiez ?
Alors que je me retiens de rire de cette situation soudainement très drôle, River incline la tête et me
fait un clin d’œil. Il me prend la main, la serre et la pose dans la sienne sur le comptoir, si bien que
nos coudes sont presque joints.
Avant de m’en rendre compte, l’homme en uniforme rouge appelle le service de maintenance et
demande si des objets ont été trouvés dans le coffre de ma chambre. Comme par miracle, il nous dit
que le collier a été récupéré et déposé dans le coffre principal de l’hôtel.
River lâche ma main pour serrer très poliment celle du réceptionniste. Avant de le remercier, il sort
son portefeuille de sa poche arrière et tend à un Joe radieux un billet de cent dollars. Avec un signe de
la tête, River dit discrètement :
‒ Joe, s’il vous plaît, faites en sorte que le collier nous soit apporté au bar.
Nous nous dirigeons vers le bar où River m’attendait hier soir. J’ai l’impression qu’il s’est écoulé
bien plus de temps qu’une seule journée. Je me sens si connectée à cet homme, comme si je le
connaissais depuis très longtemps. Alors qu’on nous place, River tire ma chaise, et je lui adresse un
petit signe de tête en souriant, mais, avant de m’asseoir, je me mets sur la pointe des pieds pour
l’embrasser sur la joue.
‒ Merci.
‒ Dahlia, ne me remercie pas. C’est ma faute si tu as perdu ton collier au départ, dit-il en caressant ma
joue avant de m’inviter à m’asseoir.
En s’asseyant près de moi, il saisit ma main et la caresse avec son pouce avant de se pencher pour
m’embrasser. Notre serveuse arrive, et nous commandons deux bières et des glaçons, ce qui fait
évidemment rire River. Quand il me demande ce que je veux manger, j’indique le casino et réponds :
Nous éclatons de rire parce que, franchement, j’aurais pu choisir quelque chose d’un peu moins
équivoque.
Il commande un burger et des frites, et moi, un sandwich au fromage, des frites et un milk-shake au
chocolat. Je demande à la serveuse de l’apporter avec le reste.
Il secoue la tête.
‒ Ça a l’air dégoûtant.
‒ Hmm…
Une fois que nos boissons arrivent, j’avale ma bière avant de me décider à aborder le sujet dont
j’aurais dû parler dans la voiture. En voyant les yeux de River remplis de tant de gentillesse, je me
lance :
‒ Je suis désolée d’avoir paniqué comme ça, mais ce collier est irremplaçable.
Je marque une pause pour ravaler la boule dans ma gorge avant de poursuivre.
Je me tais de nouveau en espérant que mes yeux vont cesser de piquer de la sorte.
River, ayant manifestement remarqué mon malaise, se penche en avant dans sa chaise et attrape ma
main avec les deux siennes.
Avant que je ne puisse finir, Joe débarque en souriant comme s’il venait de toucher le jackpot et tend à
River une enveloppe sur laquelle est écrit : Chambre 716. River le remercie à nouveau, et Joe
s’éloigne pour, je suppose, reprendre ses fonctions à l’accueil.
Il me tend l’enveloppe et je m’apprête à l’ouvrir. J’hésite avant de sortir la bague. Quand je l’attrape
finalement, je la serre dans ma main. En regardant River dans les yeux, je déclare :
Il se recule aussitôt dans sa chaise et prend une grande gorgée de bière. Il ne s’attendait visiblement
pas à ça. Il croise ses jambes et demande :
‒ Je peux la voir ?
Il y a quelque chose dans ses yeux. Ce n’est plus de la gentillesse ; cela ressemble plus à de la
tristesse.
Je me mords les lèvres et la lui tends, les doigts tremblants. Mon cœur se met à battre plus vite que les
leviers que l’on tire sur les machines à sous. Il l’observe quelques secondes avant de la replacer
délicatement dans ma main et de la refermer, comme si le fait de ne pas la voir pouvait la faire
disparaître.
‒ Elle est belle, tout comme la femme qui l’a portée, dit-il en me regardant droit dans les yeux.
‒ Bien sûr.
‒ Oui. Ben me l’a donné le jour de sa mort. Chaque fois que je le regarde, il me rappelle qu’il faut
vivre la vie pleinement et n’avoir aucun regret.
‒ Eh bien, lui aussi est très beau et c’est une bien belle façon de vivre sa vie, Dahlia.
Après avoir rangé soigneusement la bague dans mon sac, je réponds très doucement :
‒ Honnêtement, non. Non, je n’en ai pas envie. Je passe un moment fantastique avec toi. Je ne me suis
pas autant amusée depuis longtemps et je ne veux pas gâcher notre week-end avec des conversations
tristes.
Je prononce la dernière partie en tendant la main par-dessus la table pour caresser sa joue.
‒ J’espère que ça te va ?
‒ Dahlia, pour le moment, ça me va, mais j’aimerais qu’on en parle un jour. Je veux te connaître, tout
connaître sur toi.
À cet instant, notre repas arrive. Je retire ma main et lui fais un signe de la tête. Puis son téléphone
sonne dans sa poche, mais il continue de l’ignorer. Je me souviens alors d’avoir laissé le mien à
l’hôtel, mais je n’en ai pas vraiment besoin, de toute façon.
Nous discutons et rions pendant le repas. Avant de partir, nous décidons de ce que nous allons faire de
notre journée. Nous la passerons au casino, puis nous prendrons un petit dîner avant d’aller passer la
soirée à nous amuser dans un célèbre club de Las Vegas.
14
Alive
Tu es la meilleure raison
Je me souviens de ce que Grace m’a dit pour le premier anniversaire de la mort de Ben quand elle
m’a raccompagnée à la maison après que nous sommes allées au cimetière :
‒ Dahlia chérie, il y a quelque chose de beau dans chacune des cicatrices que nous portons, quelle
qu’en soit l’origine.
Elle avait marqué une pause pour essuyer les larmes qui coulaient à flots sur mon visage avant de me
donner ce qui, à ce jour, reste le conseil le plus important qu’on m’ait jamais prodigué.
‒ Quand nos cœurs seront guéris de la mort de mon fils, de la mort de notre Ben, tu le sauras. Une
cicatrice apparaîtra et cela signifiera que la douleur extrême et le chagrin insupportable seront
terminés, ta blessure sera guérie, mais ne laisse jamais ton cœur se fermer. Laisse-le ouvert, laisse
quelqu’un d’autre y entrer.
Elle n’avait pas pu continuer à parler, mais j’ai su qu’elle avait terminé. Elle a laissé un mot sur le
plan de travail quand elle est partie ce soir-là : Laisse ton cœur guérir et, un jour, tu aimeras à
nouveau. Laisse quelqu’un d’autre t’aimer. Tu le mérites. Souviens-toi que je serai toujours là pour
toi.
Alors, ce soir, tandis que j’embarque pour un premier rendez-vous avec cet homme extrêmement
sexy, charmant et charismatique, les paroles de Grace me reviennent. Je sais comment je me sens
maintenant : guérie.
En entrant à l’Aqua, je sais que je vais avoir des ennuis. Il fait sombre, et la musique retentit à un
rythme presque envoûtant. Je suis déjà enivrée par le charme pur de River et sa beauté époustouflante,
et cette boîte de nuit ne va pas du tout m’aider à dessoûler. En plus de mon excitation, il y a les deux
verres que j’ai pris au dîner et les quelques autres que j’ai bus plus tôt.
Tout à l’heure, nous avons utilisé sa voiture pour rentrer à l’hôtel et jouer au casino. Il m’a appris à
jouer au craps, et nous avons aussi joué au black jack et au poker. Je me suis installée aux machines à
sous pendant qu’il me regardait. Il a levé les yeux au plafond et m’a dit :
‒ Il n’y a que les vieilles dames de soixante ans qui perdent leur temps sur un jeu de pur hasard.
Avec cet air que je reconnais maintenant comme la marque de fabrique de River, il a ajouté :
‒ Les jeux d’adresse… Ce sont les seuls qui méritent qu’on perde son temps.
Bien sûr, il a murmuré cela dans mon oreille tout en promenant son doigt sur mon flanc. Nous nous
sommes tellement amusés que nous ne sommes même pas repassés par notre chambre. Après avoir
quitté le casino, nous avons marché dans les rues, puis pris un dîner léger avant de nous rendre au
club.
La boîte se situe au cinquante-cinquième étage du Casino Trees Place. Tous les murs extérieurs sont
en verre et il y a un immense bar dans le fond et une piste de danse encore plus grande au milieu. Il
semblerait aussi qu’il y ait des bars à l’extérieur à droite et à gauche, juste de l’autre côté des murs de
verre. Un mur de briques à l’arrière de chaque bar permet de recréer le charme d’une terrasse avec
des arbres et des bancs partout. Le bar à droite sert des boissons ; son jumeau d’en face s’avère fermé.
Tandis que nous sommes accueillis par la chanson de Rihanna, « S & M » , en passant la grande porte
double de l’entrée V.I.P., nous confions nos affaires à l’employé du vestiaire, et River se tourne vers
moi pour me dire :
Croit-il que je veux être ailleurs que tout près de lui ? Parce que non. En fait, avec toute l’énergie
sexuelle qui rayonne entre nous, j’ai même plus qu’envie de renoncer à la sortie en boîte pour aller
directement dans notre chambre d’hôtel. Mais, puisque cela ne semble pas être une option pour le
moment, je me contente de hocher la tête et me mordre la lèvre. Il est tellement appétissant que
j’espère bien pouvoir le goûter très bientôt.
Serrant sa main avec les deux miennes, je le suis de près et me colle contre lui dès que possible en me
frottant contre son dos. Après nous être frayé un chemin jusqu’au bar, il commande deux shots de
lemon drop. Je souris et secoue la tête.
Il me tend mon petit verre, la tête inclinée. Avec un immense sourire, il déclare :
‒ Je sais que, jusqu’à maintenant, tu ne prends des shots que pour célébrer les désastres, mais voilà de
quoi changer cette habitude.
Il cogne son verre contre le mien. Je me souviens de mes premières pensées à propos de mes
sentiments pour lui et je sais sans aucun doute que j’ai vraiment déjà succombé. Il se souvient de tout
ce que je lui ai dit, même les choses les plus futiles. Alors que je penche la tête en arrière pour boire
l’alcool sucré au goût de citron, je pense à Ben. Je pense au nombre de fois où je devais lui répéter
quelque chose avant qu’il ne s’en souvienne. J’avais mis ça sur le compte du comportement masculin
typique, et peut-être que c’était le cas. River serait-il l’exception à la règle ?
Nous commandons un autre verre, et il me guide vers une table haute dans la section réservée juste au
bord de la piste de danse. Nous continuons à discuter de tout et de rien. C’est libérateur et stimulant
d’être ici avec lui, à rire, boire et s’amuser tout simplement.
Alors que l’humidité atteint des records, le plafond au-dessus de nos têtes s’ouvre au moment où la
chanson d’Enrique Iglesias, « Dirty Dancer », retentit avec son rythme langoureux. Nous levons tous
les deux les yeux, fascinés par la vue spectaculaire. Quand nos têtes reviennent au niveau des yeux,
nos regards se croisent. Remuant la tête et agitant les hanches, j’éclate de rire quand j’entends des
paroles (à propos d’une fille qui couche à droite et à gauche) résonner dans cette salle désormais à
ciel ouvert.
River affiche un sourire éclatant avant de parcourir mon corps des yeux, me donnant la chair de
poule.
Il regarde ses pieds, puis les miens et, avec un sourire malicieux, il désigne la piste de danse et me
souffle à l’oreille :
En jetant un œil à la piste, je voix une bande d’étudiants ivres qui font des gestes grossiers avec leurs
mains, un groupe de filles qui dansent comme si elles ne se rendaient pas compte des paroles de la
chanson, et plusieurs couples effectuant des danses vraiment sensuelles, presque salaces. Après avoir
évalué notre environnement, je passe mes mains sur mes flancs. Avec un sourire jusqu’aux oreilles,
j’articule en silence : « Ça me va. »
Je l’entends retenir son souffle avant d’attraper ma main pour m’amener sur la piste de danse.
Je sens que notre connexion est de plus en plus forte chaque minute. Ce qui était une attirance devient
maintenant une force électrique. Je suis impatiente de libérer la puissance et la vélocité qui se cachent
derrière cette force sur la piste, sur son corps. La loi de la relativité s’applique ce soir, c’est une
certitude.
Nous nous trouvons au milieu d’une foule de gens, mais j’ai l’impression que nous ne sommes que
tous les deux. Comme j’ai retiré mon tee-shirt il y a déjà un bon bout de temps, je suis sur la piste de
danse en caraco en dentelle noire. Avec les lumières qui clignotent, je sais que tout le monde doit
pouvoir voir mon soutien-gorge blanc de petite fille. River ne semble pas y faire attention tandis que
ses yeux se déplacent sur mes lèvres, ma poitrine, le long de mon jean et remontent. Il me sourit
quand je soulève mes cheveux au-dessus de ma nuque pour essayer de rafraîchir mon corps en
surchauffe.
Il m’attrape par les hanches et me tire contre lui. Je passe mes bras autour de son cou alors
qu’Enrique continue à décrire sa danse obscène. Nous commençons à bouger nos corps au rythme de
cette chanson qui nous paraît maintenant très érotique, et je passe les doigts dans ses beaux cheveux
hirsutes. Nous bougeons comme si nous nous connaissions depuis des années, comme si nous étions
des pièces de puzzle qui s’assemblent parfaitement.
D’abord, nos mouvements sont innocents. Un léger contact ici, une douce caresse là, mais
l’innocence passe comme la chanson. Quand le titre « You’ll Be Mine » de Havana Brown retentit, la
partie commence. Je ne me contente plus de passer délicatement mes doigts dans ses cheveux, mais je
les tire.
Je ne me contente plus de passer mes mains dans son dos, je mets mon doigt dans ma bouche avant de
le faire glisser sur sa nuque, et il frissonne à mon contact.
Il joue, lui aussi. Ses mains ne sont plus posées sur mes hanches ; elles ont dévié sur mes fesses et les
tiennent. Il ne se contente plus d’être serré contre moi ; il me murmure des choses cochonnes à
l’oreille.
La chanson bat son plein, et nous sommes tellement perdus ensemble que nous ne sommes pas
conscients du monde qui nous entoure sur la piste de danse. Tandis que je me retourne pour ne plus
être face à lui, cela n’a jamais été aussi évident qu’à cet instant. Le dos contre lui, l’énergie sexuelle
qui passe entre nous devient galvanisante. Je succombe à mon envie et mon désir pour lui quand il
place sa main droite sur ma hanche. Mon corps réagit en tremblant lorsqu’il remonte lentement sur
mon ventre. Son nez est enfoui dans mes cheveux, et sa main passe sur mon caraco. Il respire fort sur
ma nuque, et je sais que je ne suis pas la seule à être victime de ce courant électrique. Il continue à
remonter délicatement le long de mon corps, et je m’imprègne de chaque contact. Quand il s’arrête et
enfonce doucement ses doigts dans les trous de la dentelle de mon haut pour toucher ma peau nue, je
rejette la tête en arrière dans son cou. Il caresse ma peau, la marque à son contact, et j’apprécie
pleinement chaque minute.
Sa main continue à remonter sur mon corps ; il écarte soigneusement, presque stratégiquement, mes
cheveux de mon épaule avec son autre main pour exposer le côté de mon cou. Il y dépose de doux
baisers.
Quand il atteint mon épaule, ses baisers disparaissent. Sa bouche réapparaît dans mon cou, et il sort sa
langue pour remonter jusqu’à mon oreille. Quand il arrive à mon lobe, il met des petits coups qui me
donnent des frissons dans le dos. Mon corps n’est maintenant plus qu’une masse tremblante de
sensations.
Cela ne fait que renforcer ma conscience et augmenter rapidement mon besoin de le posséder. Je
souris quand la musique passe à une autre chanson d’Enrique. Je n’entends plus les paroles de chaque
couplet, mais j’entends les mots quand il parle de baiser quelqu’un ce soir. Les lumières colorées de
la boule à facettes et les stroboscopes continuent de clignoter, et nous commençons à faire plus
qu’une danse. Il me séduit ou je le séduis ; je ne sais pas vraiment, et ça m’est égal. Tout ce qui
compte, la seule différence, c’est que j’ai un besoin urgent qui ne peut pas attendre.
Je ferme les yeux alors que sa main passe sur mes côtes et se pose sur ma poitrine, et ses doigts
décrivent des cercles autour de mes mamelons durcis. Son autre main exerce des pressions sur ma
hanche, et il continue son assaut avec sa langue sur mon oreille et mon cou. En surcharge sensuelle
avec son corps autour du mien, sa bouche sur moi, son parfum si enivrant et sa mâchoire lisse contre
ma peau tendre, un besoin charnel surgit soudain. L’un de ceux qui doivent être satisfaits sur-le-
champ. Quand je me frotte contre lui, je sens son érection, et cela me conforte dans l’idée qu’il est
dans le même état que moi. Je souris. J’entends sa respiration erratique, et il gémit en m’attrapant par
les hanches pour me serrer contre lui. Sa respiration est de plus en plus irrégulière. Ses mains
dérivent à l’avant de mon jean. Quand les miennes se dirigent vers son entrejambe, je les glisse dans
ses poches arrière pour le pousser encore plus près de moi. Il me fait aussitôt faire demi-tour. Ha !…
Il est à moi.
Face à face, nos yeux clignent, et nos respirations sont difficiles, extrêmement intenses. Quand il se
lèche la lèvre inférieure de cette manière tellement sexy, je mords la mienne. Je descends contre son
corps. Je suis étonnée de constater que mes talents de danse n’ont pas rouillé, ces dernières années, et
remuée de danser de manière bien plus lascive que jamais.
Je remonte contre sa jambe et passe les mains à l’intérieur de ses cuisses. Quand j’atteins son
entrejambe, je caresse son torse parfait et ses abdos bien dessinés qui se contractent sous son tee-shirt
moulant. Je commence à le remonter ; il attrape mes mains et les met autour de son cou avant de
murmurer d’une voix rauque :
Je ne contrôle plus ma respiration. Les gouttes de sueur coulent sur ma nuque et sur mes omoplates.
‒ Non, je ne veux pas un verre. C’est toi que je veux, dis-je à bout de souffle, mon désir plus
qu’apparent.
River s’immobilise un instant comme s’il évaluait la situation. Il se penche et appuie son nez contre le
mien avant de le glisser vers mon oreille et de susurrer :
Je secoue la tête et fais la moue. J’ai décidé que c’est mon tour de le rendre fou ; il ne s’en sortira pas
si facilement. Je me mets sur la pointe des pieds pour être à la hauteur de ses yeux et je l’embrasse.
Vraiment, de manière à exprimer sans mot ce que je veux. Je ne m’arrête que pour sucer sa lèvre
inférieure avant d’approcher mon nez de son oreille.
Je suis consciente de ce que je viens de dire. Si les paroles qui sont sorties de ma bouche ne l’ont pas
choqué, ce qui est sûr, c’est qu’elles m’ont choquée, moi. En fait, je crois que la seule fois où j’ai fait
l’amour dans un lieu public, c’était lors de ma première fois avec Ben, mais je préfère chasser cette
pensée de ma tête. J’ai l’impression d’être desséchée, déshydratée, et que River est la seule boisson
qui peut étancher ma soif. J’ai besoin d’une gorgée tout de suite, là, mais dans un endroit un tout petit
peu plus privé.
Il attrape mon menton et me tire brusquement contre ses lèvres avant de dire :
Il lâche mon visage et promène ses doigts le long de mes bras, stimulant mes sens encore plus. Quand
il me fixe intensément, ses yeux sont maintenant de la couleur d’une bouteille de cristal ; il semble
prêt à laisser le liquide couler. Tandis qu’il parcourt mon corps des yeux, il dit :
Je lâche sa main, préférant glisser mes bras autour de lui et frotter mon corps contre le sien. La
chaleur est stimulante, et j’ai besoin de sentir chaque partie de son corps. Quand nous arrivons au
fond de la boîte, il ouvre une porte vitrée et nous guide jusqu’au bar extérieur fermé.
La terrasse est aussi magnifique qu’elle semblait l’être de l’entrée, mais je me moque de la vue. La
chaleur, l’humidité, la musique forte, tout s’évanouit tandis que nous sortons dans l’air frais de la
nuit, et je me retrouve enfin seule avec River. Il s’arrête et je lui rentre dedans en riant. Quand il se
retourne, je vois la passion dans ses yeux et je ne ris plus.
Il penche la tête, et ses yeux cherchent le réconfort. Sa bouche s’entrouvre légèrement. Il passe ses
bras autour de ma taille. Je l’entends retenir son souffle, et l’électricité qui court dans mon corps se
transforme en haute tension. Je me presse contre lui et passe les bras autour de son cou pour plaquer
mes lèvres contre les siennes. Avec une soif que seuls sa langue mouillée, ses lèvres douces et son
corps ferme peuvent satisfaire, je commence à l’embrasser avec ardeur, avec l’envie qu’il verse son
champagne délicieux dans ma bouche.
Nous reculons lentement en veillant bien à ne pas rompre notre connexion. Nous perdons le sens des
réalités. Cinquante-cinq étages au-dessus des lampadaires, des voitures et des gens de la ville, nous
sommes dans notre propre monde érotique sur cette terrasse.
Après quelques pas, il s’arrête, regarde autour de nous, puis glisse l’une de ses jambes entre les
miennes, provoquant des vagues de choc dans mon corps. Il enfonce sa langue dans ma bouche et
passe rapidement ses mains sur tout mon corps. Il respire fort dans mon oreille et marmonne :
Il me rend folle à toujours citer mes paroles préférées et à me les chanter avec cette voix déterminée
mais douce.
Son odeur fraîche est irrésistible, son contact chaud est torride, et son corps ferme, si près du mien…
Je ne peux plus attendre. Comme j’ai besoin de remédier à cette démence, je commence à descendre
la fermeture de son jean et sortir sa chemise en même temps. Je baisse la tête et relève sa chemise
pour embrasser délicatement son ventre parfait. Je me fiche que les murs de verre du club ne soient
pas très loin.
Je gémis de déception quand il me fait remonter et m’écarte de lui en me dévorant avec ses yeux
d’émeraude pleins de désir.
‒ Tu vas arriver à la fin avant même qu’on ait commencé, dit-il en attrapant ma main. Viens avec moi.
‒ Avec plaisir.
Je ne peux rien dire de plus, car je ne veux plus de mots, plus de danse. Je veux simplement sentir sa
peau, son corps beau et ferme partout, le sentir en moi.
En passant un coin de mur, nous nous retrouvons de l’autre côté du bar. Nous sommes enfin isolés
dans la nuit froide et sombre. Il me pousse soudain contre le mur de briques. Mon visage est
enflammé et mon corps tremble. Je glisse mes mains le long de son torse sculpté. En atteignant sa
taille, je finis de défaire son pantalon pour libérer son érection. Je passe une main sur son long
manche jusqu’à sa base pendant que mon autre main s’agrippe à son biceps puissant pour
l’encourager. Haletant, il râle :
J’affiche un sourire satisfait parce que c’est la première fois que je l’entends jurer sans s’excuser, et
là, je sais que sa soif de moi est tout aussi insupportable que la mienne.
Ses mains descendent sur mon corps et, alors que je continue à le caresser, il commence à
déboutonner mon jean sans hâte. Ses râles et mes gémissements sont de plus en plus forts chaque
seconde qui passe.
Brisant notre connexion, notre baiser, il pose son front contre le mien.
‒ Tu es sûre que ça te convient ? Nous pouvons prendre un taxi pour rentrer tout de suite à l’hôtel si
tu veux.
Je secoue la tête et le tire vers moi en l’embrassant fougueusement pendant une courte seconde.
‒ Non, je te veux maintenant, dis-je en rompant notre baiser et en baissant la main pour saisir son
sexe.
Il descend rapidement mon pantalon sur le haut de mes cuisses et tout aussi vite glisse ses doigts dans
ma culotte. Alors qu’il caresse ma chair sensible, ma soif devient un peu plus contrôlable. Il passe ses
mains sur mes fesses en les retirant de l’endroit où je veux qu’elles soient, attisant de nouveau ma soif
insatiable.
Frottant mon bassin contre lui, je me presse exactement où je veux être ; il reste pourtant impassible
et ne perd pas le contrôle. Je le sens même sourire contre mes lèvres qu’il embrasse. Une brise
fraîche souffle, mais j’ai si chaud qu’elle ne me refroidit pas le moins du monde.
‒ Je croyais que tu ne pouvais pas te contrôler ? dis-je à voix basse, le pressant contre moi et voulant
que ses doigts sur mes fesses viennent de l’autre côté et me pénètrent.
Les mots que j’ai prononcés avant que nous n’allions sur la piste de danse résonnent en moi et je me
dis : O.K., que la partie commence.
Je sens son sourire espiègle quand je retire mes mains de son manche et les fais remonter le long de
son torse, puis sous ses bras musclés pour passer dans son dos. Il gémit et me fait la même chose,
mais je me retiens. Je commence à apprécier ce jeu beaucoup trop.
Avec l’alcool qui coule dans mes veines et le sentiment d’aise incroyable que j’éprouve en sa
compagnie, je n’ai aucune inhibition. Je glisse mes mains à l’arrière de son pantalon, les fais
descendre en bas de ses fesses et sur ses hanches pour passer devant. Je baisse les mains et serre
fermement l’intérieur de ses cuisses musclées. Il balance la tête en arrière quand mes mains remontent
légèrement et le saisissent. J’attrape la base de son incroyable érection avec les deux mains avant de
les faire passer sur son bout légèrement humide.
Alors que ses deux mains se dirigent vers mon entrejambe, je me colle contre le mur. D’une main, il
écarte mes lèvres glissantes avec son pouce et un doigt. Quand il en plonge un en moi, je ne remarque
plus les lumières clignotantes des casinos au loin et ne me concentre plus que sur le plaisir pur qu’il
éveille en moi.
Tout en embrassant mon cou, il utilise une main pour titiller mes seins et continue à enfoncer un
doigt, puis deux, en moi. Je perds la raison. Avec une respiration haletante, je murmure :
‒ Je me rends, tu as gagné.
Je ferme les yeux et prends une profonde inspiration. Je profite entièrement de lui en m’agrippant au
mur de briques pour me soutenir et crie dans la nuit :
‒ Oui, oui !
Mon corps frissonne et palpite. J’ai un orgasme fort et rapide. Ma soif de River est follement
satisfaite, mais absolument pas étanchée.
Voulant le sentir en moi plus que je n’ai jamais eu envie que quelqu’un me pénètre, je lance, à bout de
souffle :
De nouveau, je suis choquée par mes propres propos, mais ce n’est pas son cas puisqu’il répond :
Il n’attend pas pour s’enfoncer brusquement et profondément en moi. Lâchant le mur, je plaque mes
paumes sur son torse, et son gros membre me remplit. Chaque retrait est suivi par un autre
merveilleux mouvement en avant. Il accélère la cadence, passe ses mains sur mon cul pour lui
permettre d’enfoncer pleinement son énorme érection et frotter mon point sensible à chaque à-coup.
Il me demande de ne pas bouger et s’enfonce encore plus tout en allant de plus en plus vite. Quand ses
râles se font plus graves, presque bestiaux, je ne bouge pas. Je reste immobile. Je veux le sentir
pleinement. Les mains toujours sur son torse, je réalise que c’est la sensation la plus épanouissante
que j’aie jamais eue, sans exception.
Ses doigts commencent à s’enfoncer dans ma chair, son propre plaisir montant avec le mien. Quand il
pousse un râle sur mon épaule, il ne m’embrasse plus, il n’en est plus capable, j’en suis sûre. Surtout
si ce qu’il ressent ressemble au septième ciel que j’ai l’impression d’atteindre. Il continue de bouger
en moi, et je sens mon corps réagir à nouveau. J’attrape son biceps pour me soutenir et sens les
tremblements de son corps.
Quand il lève la tête, ses yeux verts croisent les miens, et ils débordent de passion. Il prend une
bouffée d’air et ferme les yeux en posant sa tête sur mon épaule.
Ses gémissements se font plus forts. Je continue de tenir son beau visage pour être témoin de la
transformation fascinante qui a lieu quand il trouve le soulagement. Il grogne :
‒ Je jouis.
Quand je le sens me remplir et l’entends dire ces mots, je sais que je me suis trompée, tout à l’heure.
Mes muscles se contractent fermement et mes orteils se recroquevillent. Ça, c’est le moment le plus
épanouissant que j’aie jamais connu.
Lorsqu’il baisse la tête et s’enfonce une dernière fois en moi, je perds mes moyens et jouis une
deuxième fois. Nous étanchons tous deux notre soif insatiable de l’autre, renforçons notre connexion.
Nous surmontons nos orgasmes ensemble. Son sperme me remplit. River lève soudainement la tête,
l’air inquiet et les yeux écarquillés.
Perdue dans mon monde onirique de plaisir, je n’ai pas réalisé non plus, mais je le rassure aussitôt :
Les mains appuyées contre le mur de chaque côté de ma tête, il pose son front sur le mien. Pendant
que nous essayons tous les deux de stabiliser notre respiration, il attrape mon menton et dit :
J’acquiesce et l’embrasse, ne voulant pas parler des autres femmes avec qui il a été. Je me contente de
dire :
‒ River, c’était incroyable.
‒ Tu pourrais répéter ça !
Il remonte ma culotte déchirée et mon jean avant que je ne le reboutonne et qu’il ferme le sien.
Une fois que nous avons tous les deux retrouvé nos esprits, il enlace ma taille et se serre contre moi.
Front contre front, il se met à danser lentement. Nous bougeons ensemble dans la nuit. Mon
environnement prend soudain vie et je vois la beauté qui m’entoure.
Avec les lumières éblouissantes en bas et les étoiles au-dessus de nos têtes, River me fait tourner
autour de la terrasse en chantant l’une de mes chansons préférées : « Addicted » de Saving Abel.
Quand il arrive à un couplet que je connais vraiment bien, je souris, car il invente ses propres
paroles.
‒ Je suis accro à toi, à tout ce que tu fais. Peu importe si tu marches ou tu danses, quand nous sommes
ensemble, les bruits que tu fais et le sourire sur ton visage ne ressemblent à rien d’autre que j’aie déjà
vu.
Ses paroles sont tellement vraies et elles expriment si bien ce que je ressens à cet instant. River ne
ressemble à personne que j’ai déjà rencontré. Et là, je suis si heureuse d’être avec lui…, d’être
vivante.
‒ Non, tu n’es pas désolé. Mais elle était moche, de toute façon.
Il se met à rire et attrape tendrement mon menton. Nous partageons notre premier doux baiser de la
soirée.
‒ Absolument !
Il lance son bras autour de moi, et je glisse ma main dans sa poche arrière pour nous diriger vers le
vestiaire, affichant tous les deux un sourire jusqu’aux oreilles.
15
Kiss You inside Out
On est dimanche matin et cela ne fait que deux jours que River et moi nous sommes reconnectés.
Deux jours, mais j’ai l’impression que cela fait bien plus longtemps. Après tout, il ne m’a fallu
qu’une minute pour craquer pour lui ce soir-là dans le bar il y a cinq ans ; il m’a fallu moins d’une
heure pour le désirer il y a deux jours, et, oserais-je le dire, il m’a fallu un tout petit peu plus d’une
journée pour savoir que je pourrais faire bien plus que l’apprécier.
Avec cette connexion si forte, il paraît étrange que Ben n’arrête pas d’apparaître dans ma tête. Me
faudra-t-il une éternité pour arrêter de penser à lui ? Ai-je envie d’arrêter de penser à lui ? Nous
avons été ensemble pendant si longtemps ; il représentait tellement dans ma vie. Pourtant, parler de
lui à River ressemble à une trahison. Ça ne devrait pas pourtant, non ? Est-ce parce que je me sens
coupable de ne pas être capable de me souvenir d’avoir eu ce genre de sentiment grandissant pour Ben
comme celui que j’ai pour River ?
Ben et moi n’avons jamais traversé les étapes typiques d’un jeune couple. Notre relation est arrivée,
tout simplement. Nous nous sommes simplement aimés. Je ne me souviens pas de signes particuliers
comme le moment où j’ai été certaine d’être amoureuse de lui ou le moment où j’ai été persuadée que
c’était avec lui que je voulais passer ma vie. Un jour, nous étions meilleurs amis, puis l’autre, nous
étions amoureux. Il n’y a pas eu de moment précis où j’ai su que j’aimais Ben ; ça a simplement
toujours été le cas.
Alors, hier, pourquoi ai-je senti quelque chose d’étrange et différent se produire en moi ? J’ai eu la
sensation que des sentiments extraterrestres venus de l’autre bout de l’Univers s’écrasaient sur moi et
frappaient à ma porte. Quels étaient ces sentiments inconnus tout au fond de moi ? Je ne connais pas
la réponse à ces questions, mais je sais que je suis allongée là, près de lui, et comblée.
Je me rappelle m’être réveillée près de Ben pendant les quatre ans où nous avons vécu ensemble et
d’innombrables autres matins avant cela, mais je ne me souviens pas d’avoir jamais ressenti ce que je
ressens actuellement. Nous ne nous blottissions jamais l’un contre l’autre quand nous dormions. Ben
avait son côté du lit, et moi, le mien. Généralement, nous faisions l’amour et nous endormions les
jambes entremêlées ou en nous touchant les bras, mais le matin, nous avions clairement chacun notre
côté du lit.
Pourtant, à cet instant, River dort profondément, son corps enlacé autour du mien. Je suis blottie
contre la peau douce de son torse ferme. Il dort du côté opposé de vendredi soir. C’est marrant. Peut-
être qu’il n’a pas de côté ou peut-être que je n’ai pas de côté ?
Nous avons passé une soirée tellement magique. Oui, mes fesses sont un peu égratignées à cause des
briques, mais quel souvenir agréable pour le fantastique moment que nous avons partagé ! En quittant
le club vers minuit, nous avons décidé de rentrer à l’hôtel à pied pour profiter du décor. Nous avons
marché bras dessus bras dessous, lentement ; nous nous arrêtions pour nous embrasser ou pour
discuter. Nous n’étions pas pressés. Tous les deux comblés par nos ébats sur la terrasse, nous
voulions juste profiter de la compagnie de l’autre.
River s’est arrêté tandis que nous passions devant la fontaine dansante du Bellagio. Il a sorti deux
pièces de cinquante cents de sa poche et m’en a tendu une. La tête penchée, il m’a expliqué, de cette
manière incroyablement sexy qu’il a quand il parle, qu’il voulait que nous nous retournions tous les
deux et jetions les pièces dans la fontaine par-dessus notre épaule en faisant un vœu. Il avait l’air
adorable lorsqu’il a dit « Un, deux, trois » en utilisant sa main comme s’il était avec son groupe et
marquait le rythme pour commencer une chanson. À trois, il a ajouté « Maintenant » et nous avons
tous les deux balancé nos pièces.
Il m’a tirée contre lui et nous a bercés d’avant en arrière. Quand j’ai regardé ce magnifique visage,
toutes traces d’espièglerie s’étaient estompées. En prenant un air plus sérieux, il a murmuré dans mon
oreille :
En regardant dans ses yeux calmes vert bouteille, j’ai répondu en lui posant une question sur une
vieille superstition.
Avec son petit sourire si sexy, il a secoué la tête et m’a embrassée. Il a approché son nez de mon
oreille et susurré :
‒ Je t’ai souhaitée.
Légèrement perplexe, puisque j’étais juste là, je me suis écartée et lui ai demandé :
Nous nous sommes approchés pour voir le spectacle des eaux dansantes et sommes restés là à
admirer la beauté devant nous. Puis il a baissé la tête et regardé droit dans mes yeux.
Les lumières blanches et brillantes étincelaient sur l’eau ruisselante et une brume nous entourait, car
nous étions très près de la fontaine. J’ai eu l’impression d’être de nouveau dans notre monde enchanté
et intime. Il me fixait avec une telle intensité que j’ai su qu’il était tout à fait sérieux, qu’il voulait
vraiment que je vienne avec lui.
Il a marqué une minute de pause et caressé mon cou. Quand il s’est humecté les lèvres, un frisson m’a
parcourue et m’a fait rougir. La chair de poule a recouvert mon corps quand il a ajouté :
‒ Je veux vraiment qu’on apprenne à se connaître, qu’on passe du temps ensemble.
‒ Je sens quelque chose entre nous que je n’ai jamais senti auparavant et je veux lui donner une
chance.
Appuyé légèrement en arrière et tapant le mur de la fontaine avec son talon, il a posé ses mains sur
mes épaules en attendant que je réponde.
Je me suis sentie extrêmement vulnérable à cet instant. Ses paroles ont noué ma gorge, et j’ai lutté
pour retenir les larmes de joie qui me piquaient les yeux. En même temps, tellement d’émotions se
mélangeaient dans ma tête. Je ne savais pas quoi dire. Bien sûr que je voulais l’accompagner, mais je
ne savais pas si je devais le faire. Je ne le connaissais pas vraiment, non ?
La soirée avait été parfaite. En fait, tout le temps que nous avions passé ensemble l’était. Bien sûr,
j’avais un semblant de vie chez moi, un travail, des amis, mais ma vie ces deux dernières années
n’avait rien à voir avec le bonheur que j’avais connu ces deux derniers jours. Et je savais, à cet
instant, cependant que je fixais les yeux qui ressemblaient tant à deux boules de cristal, que je voyais
ma réponse.
Avant même que j’aie fini ma phrase, il a courbé la tête de la plus adorable des façons et affiché son
grand sourire à fossettes. Il m’a soulevée en m’incitant à enrouler mes jambes autour de sa taille et
m’a fait tourner encore et encore. Avec un geste surprenant et avant que je m’en rende compte, il a
sauté par-dessus le mur de la fontaine en me tenant dans ses bras. Nous nous sommes retrouvés dans
l’eau froide, entièrement habillés, les lumières clignotant en dessous de nous et reflétant les étoiles du
ciel. Je me suis contentée de le regarder, de secouer la tête en affichant toujours le même sourire qui
ne me quittait pas depuis deux jours.
Après avoir essuyé les gouttes d’eau sur mon visage, il m’a regardée dans les yeux et fait un clin
d’œil en disant :
Il m’a embrassée.
Allongée là, le sourire aux lèvres en repensant à cet épisode de la fontaine, je regarde nos vêtements
mouillés éparpillés partout dans la chambre d’hôtel. La lumière est de plus en plus brillante et
radieuse.
Je regrette qu’il n’ait pas fermé les volets pour que je puisse continuer à dormir et rêver de lui.
Je commence à réaliser que je devrais vraiment envoyer un message à Aerie. Je tends doucement la
main vers la table de chevet pour attraper mon téléphone. Mince, il est déchargé. Aerie doit vraiment
être super énervée contre moi. J’ai oublié mon téléphone hier dans ma hâte pour retrouver ma bague
; du coup, je ne l’ai pas recontactée. Il va falloir que j’emprunte le téléphone de River pour l’appeler,
mais ça peut attendre.
Puisque je sais que je ne réussirai pas à me rendormir à moins de me lever et de fermer les volets
pour assombrir la chambre, je décide qu’il est temps de réveiller mon Dirty Dancer. Ai-je dit « mon »
?
En promenant mes doigts sur son torse qui monte et descend au rythme de sa respiration profonde, je
trace chaque creux de ses abdominaux et suis la ligne qui mène au « V » tout en bas.
En se réveillant, il émet un joli bruit guttural avant de se pencher pour m’embrasser sur le bout du
nez.
Je lève les yeux et, quand nos regards se croisent, il marmonne, avec son petit sourire sexy :
‒ Bonjour.
Me redressant sur un coude, je continue de dessiner les lignes profondes de ses muscles. Le bout de
mes doigts remonte vers sa poitrine, puis je murmure :
Il démêle rapidement nos corps des draps en riant et me fait rouler sur le dos. Il me surplombe. Je
regarde dans ses yeux qui brillent de désir, et il bloque mes bras de chaque côté de ma tête. Il répond :
Il met à exécution ce qu’il vient de dire qu’il ferait : me donner des papillons.
Quand je quitte Aerie et raccroche le téléphone, j’entends River chanter « Beautiful Day » sous la
douche. Comme je me suis déjà lavée, je travaille sur l’interview tout en l’écoutant, le sourire
jusqu’aux oreilles. Je clique sur le bouton ENVOYER de mon logiciel d’e-mails sur mon ordinateur
portable pour enfin soumettre l’interview à Sound Music et je me dis que mon père se serait vraiment
bien entendu avec River.
En fait, je pense que papa l’aurait beaucoup aimé. River a les mêmes goûts que lui en matière de
musique. Il aime de nombreux groupes que mon père aimait et, bien sûr, des groupes que j’aime
aussi, à l’exception de Maroon 5. C’est un de mes groupes préférés depuis des années. Je me demande
si c’est à cause d’une sorte de rivalité entre groupes que River est indifférent au nom d’Adam, ou si
c’est simplement le fait que Maroon 5 s’adresse vraiment au grand public. Si c’est pour cette dernière
raison, River ressemble vraiment beaucoup à mon père. Papa a toujours préféré les outsiders, les
groupes indé, et adoré les voir sur scène.
Le seul désaccord que mon père et moi avons jamais eu concernait les chansons du Top 40. Mon père
n’appréciait pas le genre de musique qu’on y trouvait, comme Ben, mais moi, je l’adore. Ben ne
l’appréciait pas parce que son choix de musique n’évoluait jamais. Il a toujours écouté la même chose
depuis le lycée. Mon père, lui, ne l’aimait pas parce qu’il n’aimait pas la commercialisation des
chansons et des groupes, qui allait de paire avec leur popularité. Je ne sais pas trop ce que River pense
du Top 40, mais, d’après les chansons que j’ai vues sur ses playlists, je dirais que ce n’est pas trop
son truc.
Une pensée me fait sourire pendant que j’enfile ma tenue de running, car j’ai décidé de faire un petit
tour à la boutique de l’hôtel à la recherche de vêtements propres à porter aujourd’hui. J’attrape mon
porte-documents, en sors un marqueur et ramasse par terre ma culotte déchirée en coton blanche.
Sous le nœud de devant, j’écris le mot : Tu peux me plaquer contre un mur et me faire des choses
cochonnes quand tu veux. Avant de laisser le message au pied du lit, je prends mon gloss rose,
l’applique généreusement sur mes lèvres et dépose un baiser en bas du petit mot. Laissant une grosse
paire de lèvres comme signature et attrapant mon téléphone rechargé, je termine le message en
ajoutant mon numéro de portable et me dirige vers la porte.
Je me dépêche de me rendre à la boutique et achète rapidement la tenue que porte le mannequin, des
chaussures et tout le reste, ainsi qu’un jean et un tee-shirt tout blanc. Après avoir sélectionné quelques
sous-vêtements suggestifs comprenant un boxer et un soutien-gorge push-up moulants en dentelle
noire, des porte-jarretelles et des bas qui montent jusqu’aux cuisses, je me change dans la cabine
d’essayage.
Mon téléphone se met à sonner tandis que je cherche un élastique dans mon sac. L’écran indiquant
NUMÉRO INCONNU, je décide de ne pas répondre et attache mes cheveux en un chignon décoiffé.
Après avoir appliqué un peu de poudre et une touche de blush, je m’arrête pour me regarder. Waouh !
Quelle différence quelques jours peuvent faire ! Je m’observe dans le miroir sans plisser les yeux
devant ce que je vois parce que ce qui me regarde là est plutôt sexy. Bien sûr, je suis toujours flasque
et émaciée, pratiquement sans poitrine, mais rien de tout cela ne semble compter pour l’homme
adorablement charmant et attirant qui m’attend en haut. Très contente de mes achats (une jupe noire
courte et évasée, un sweat gris échancré sur les épaules et des bottines basses noires), je sors pour
nous rapporter du café et un petit-déjeuner. Je me sens mieux aujourd’hui que je ne l’ai été depuis
longtemps.
Je pose les cafés et les scones près de la porte pour chercher la clé de la chambre que j’ai trouvée
dans la poche du jean mouillé de River avant de partir. Je la sors du petit sac que je porte en
bandoulière et déverrouille la porte. En l’ouvrant, j’entends des accords de guitare. Quand je me
penche pour ramasser les cafés, je reste bouche bée et renverse presque les gobelets surmontés de
couvercles en plastique sur ma nouvelle tenue.
Il est là, assis avec son jean bleu usé, torse nu, sa guitare sur ses genoux. Le soleil chaud du Nevada
passe par les baies vitrées ouvertes, mettant en valeur les magnifiques muscles de son torse parfait.
C’est la quintessence du sex-appeal. Il lève les yeux vers moi et me fait un signe de tête pour que je
vienne m’asseoir près de lui, mais je reste hypnotisée par la vue et le son de la musique. Je le regarde
jouer. Mes yeux se rivent sur ses doigts agiles qui serrent les frettes sur le manche de la guitare. Ses
doigts flottent avec une facilité déconcertante, et le son qu’ils produisent est vraiment envoûtant. Mes
yeux remontent le long des muscles de son avant-bras, qui se contractent de manière sexy à chaque
mouvement. Poursuivant mon voyage visuel sur ses bras extraordinaires, je pose finalement mon
regard sur ses biceps harmonieux, puis sur son adorable visage absorbé par la musique.
Tout son corps semble bouger à son propre rythme. Son corps musclé et ses lèvres douces semblent
agir ensemble en un seul et même rythme magnifique. Je le fixe de manière évidente, je n’ai pas
honte. Je ne peux pas m’en empêcher, mais, dès que les paroles Je veux que tu m’aimes passent sa
bouche charnue, je ferme les yeux et m’imprègne de sa voix, de sa musique, et le rejoins dans son
battement.
Quand il arrête de chanter, j’ouvre les yeux et regarde le canapé. Je vois son tee-shirt CHEAP TRICK
étendu sur le dossier et souris. Maintenant, je sais d’où il a tiré son inspiration du matin ou, en tout
cas, je crois le savoir. Il continue de chanter le refrain tout en grattant la guitare, et mon corps
s’anime. Mes joues s’enflamment, mon pouls s’accélère. J’avance vers lui d’un pas nonchalant en me
mordant fermement la lèvre, et mon cœur a des ratés quand je ressens le besoin d’embrasser ses
lèvres, de toucher son torse nu.
Il lève la tête et parcourt mon corps des yeux. Lorsque son regard atteint ma jupe courte flottante, il
s’arrête immédiatement de jouer. Nous nous fixons, et il penche la tête sur le côté alors en posant sa
guitare. Je lis l’excitation dans ses yeux. L’expression sur son visage me dévoile tout ce qu’il veut. En
fait, il me donne l’impression de vouloir me dévorer. Sa langue sort lentement de sa bouche pour
lécher sa lèvre inférieure. Quand elle rentre, encore plus lentement, je suis à deux doigts de
m’évanouir à cause du charme brut de sa déclaration non verbale.
Je suis à quelques pas de lui quand il passe ses doigts dans ses cheveux ébouriffés, laissant des pics
par-ci par-là.
Je pose les cafés, enlève mon sac et mets mes achats sur la table basse avant d’enfourcher ses genoux.
Il m’embrasse au coin de la bouche tout en promenant ses mains de mes bottines jusqu’au bas de ma
jupe.
‒ Salut, toi.
En emmêlant mes doigts dans ses cheveux, je tire sur sa lèvre inférieure avec ma bouche.
Mes cuisses picotent sous ses mains qui se glissent sous ma jupe. Je sais quand il touche mes
nouveaux sous-vêtements parce que son corps se raidit et il laisse échapper un petit halètement.
Il fait monter et descendre ses doigts sur les lanières de mon porte-jarretelles.
‒ Peut-être…
Caressant ma langue avec la sienne, puis me goûtant entièrement, il s’arrête pour marmonner :
Je mets ma main sur son torse et me frotte un peu contre lui avant de lancer :
Il glisse son nez près de mon oreille et mord doucement mon lobe avant de susurrer :
Je lui lance un sourire satisfait. Il écrase ses lèvres sur les miennes et passe sa main dans mon dos.
Ses doigts montent sur le chignon dans mes cheveux. Il tire sur l’élastique.
‒ Je t’ai appelée.
Appuyant mon corps contre le sien, mes mains errent le long de sa peau nue sur les côtés de son
torse.
Promenant ses doigts sur les légères courbes de ma poitrine puis sur mes côtes, il dit :
‒ Je peux le voir ?
Je me tourne pour attraper mon sac et sortir mon téléphone, exposant entièrement le haut de l’une de
mes cuisses.
‒ Merde.
Je l’entends jurer en marmonnant. Je me retourne et dis, avec mon bel accent du Sud :
‒ Voilà, mon bon monsieur.
Cet accent que je me surprends à utiliser chaque fois qu’il me fait une demande ou fait quelque chose
d’extrêmement charmant. Bizarre. Je ne sais trop pourquoi je fais ça.
‒ Voilà. Maintenant, tu sauras qui je suis quand je t’appelle, dit-il avec un clin d’œil.
‒ À mon tour.
Bon sang ! Ma culotte avec la marque de rouge à lèvres est enfoncée dans la poche arrière de son
jean.
A-t-il l’intention de la garder comme souvenir ? Et ce n’est pas tout ce que je remarque. Lorsqu’il se
dirige vers le comptoir avec sa démarche chaloupée, je vois que son jean tombe un peu et dévoile une
petite partie de ce qu’il cache. Bien sûr, il se retourne et me voit le mater, mais je m’en fiche et reste la
bouche ouverte.
Je le regarde, perplexe, incapable de comprendre ce qu’il est en train de faire jusqu’à ce que j’entende
le clic.
‒ Tu n’es pas en train de prendre une photo de mon porte-jarretelles pour le mettre dans ton
répertoire ? dis-je, écartant sa main et baissant ma jupe.
‒ Qu’est-ce qui te fait penser ça ? Mais merci pour la suggestion ! lance-t-il en riant et en feignant
l’innocence.
Avec un regard espiègle, il lève un sourcil et déplace son téléphone pour le passer à l’intérieur de
mon bas et continue :
Je le regarde faire et me souviens qu’il n’y a encore pas si longtemps, je pensais que le bonheur
n’existait que pour ceux qui croyaient aux contes de fées, que mon avenir ne me réservait rien d’autre
que la tristesse et une existence morne. Pourtant, à cet instant, alors qu’il s’amuse avec nos téléphones,
je me dis que mon avenir est radieux, et peut-être que c’est à mon tour. Peut-être que c’est à notre tour
d’entamer un nouveau chapitre de notre propre conte de fées.
River repose mon portable sur la table basse, reprend le sien et se retourne vers moi avec un sourire.
‒ Souris, beauté.
Et ses paroles sincères me font fondre. Pour la première fois depuis longtemps, je suis optimiste.
16
Speechless
Nous roulons les vitres ouvertes, le soleil brille et le vent souffle dans mes cheveux. La radio est
allumée, mais le son n’est même pas assez fort pour que j’entende la chanson qu’elle diffuse. Même
là, je ne peux pas m’empêcher de remarquer son charme fou. Il porte sa veste en cuir noir et des
lunettes de soleil Wayfarer. Il est incroyablement sexy. Je ne devrais même pas penser à ça après la
conversation que nous avons eue, mais je ne peux pas m’en empêcher. Mon esprit est un méli-mélo de
pensées qui reviennent constamment à l’homme assis près de moi et à l’état dans lequel il me met.
Ses mains agrippent les bandes de cuir perforées qui entourent le volant. Ses cheveux dansent de
façon étrange autour de son visage, frôlant ses oreilles. Sa mâchoire couverte d’une barbe rase est
contractée.
Tout ce que je vois, tout dans son langage corporel me donne des indices sur son état émotionnel
actuel. Il semble douter, ne pas savoir comment procéder, peut-être même ne pas savoir quoi dire.
Nous roulons depuis un peu plus de deux heures. River vient d’entrer sur l’autoroute I-10W et nous
approchons de L.A. En le regardant, même pendant qu’il conduit, je trouve qu’il respire l’assurance,
et ce n’est qu’une des nombreuses choses qui m’ont séduite chez lui. Cet homme exceptionnel qui
conduit cette voiture d’exception a complètement chamboulé mon monde en seulement quelques
jours. J’espère que notre récente conversation n’a pas altéré notre connexion.
Jusqu’à il y a environ vingt minutes, nous discutions sans interruption depuis notre départ de Las
Vegas. Je me suis surprise à lui raconter des choses que je n’ai jamais partagées avec personne, pas
même Ben. Il a assimilé chacune de mes paroles et voulait même en entendre davantage. Je lui ai parlé
de mes parents, de leurs souhaits pour mon avenir, des rêves que je nourrissais moi-même autrefois,
ceux qui les auraient fait sourire en me voyant de là-haut. Je lui ai parlé de ma vie quand j’étais plus
jeune, celle où j’avais encore des parents que j’aimais et qui m’aimaient. J’ai même partagé avec lui
la façon dont ils sont morts, ce que j’ai rarement fait. Quelque chose chez lui me donne tout
simplement envie de me confier. C’est l’un des nombreux sentiments que j’éprouve sans pouvoir les
comprendre.
Il m’a parlé de sa famille. Il a un frère qui a dix-huit mois de plus et une sœur qui a quinze mois de
moins. Son père est mort quand il avait seize ans, mais sa mère est très importante dans sa vie. Elle
s’est remariée. La sœur de sa mère vit à Paris et a un enfant qu’il n’a jamais rencontré. Ses grands-
parents maternels sont morts avant sa naissance, et ses grands-parents paternels, il y a quelques
années. Son père était fils unique. River a parlé ouvertement de la mort de ses grands-parents, mais il
n’a jamais mentionné comment son père est mort, et je n’ai pas posé la question. Il a évité le sujet. J’ai
senti que je ne devais pas insister. J’ai respecté son droit de garder secrets les sujets difficiles à
évoquer.
Il m’a raconté comment il a monté son groupe à l’époque du lycée avec deux potes, comment ils ont
choisi leur nom sans aucune originalité après un pari alcoolisé et pourquoi ils ne sont toujours restés
que trois. Il m’a parlé de ses objectifs de carrière, de ceux qu’il avait déjà atteints et de ceux qui
allaient l’être et même pourquoi. Il m’a parlé de certaines déceptions que la vie a jetées sur son
chemin vers une carrière dans la musique. Il m’a dit que, pour lui, le fait que le bonheur et la
notoriété puissent se côtoyer en harmonie n’était qu’une illusion. Il a approfondi sa vision des choses
en m’expliquant pourquoi c’était un mirage et pourquoi il avait le sentiment que le bonheur et la
célébrité ne semblaient pas pouvoir se mélanger dans l’industrie démente de la musique commerciale.
Il a même dévoilé son souhait de rester dans l’ombre et de se contenter de faire de la musique. Or son
frère, le manager du groupe, n’est pas d’accord avec lui et n’arrête pas de pousser le groupe sous les
projecteurs.
Cependant, cet échange passionné s’est produit il y a longtemps et, maintenant, nous sommes assis en
silence, réfléchissant tous les deux à notre dernière conversation. Je ne sais trop quoi dire ou faire,
maintenant. Mon esprit n’arrête pas de se promener entre le passé et le présent, de Ben à River et de
River à Ben. Pourquoi ne puis-je pas interrompre ce voyage dans le temps ?
En repensant au point de départ de notre conversation, quand River a demandé : « Je peux te poser une
question ? », je remets en doute ma réponse immédiate : « Bien sûr, tout ce que tu veux. » Je me
demande si je n’aurais pas dû réfléchir un peu plus avant de répondre. Mais je ne m’attendais pas à sa
question ni aux émotions profondes qui sont remontées à la surface quand j’ai répondu. Avec du
recul, c’est logique, puisque Ben ne semble jamais s’éloigner de mes pensées très longtemps.
Ces derniers mois, je suis devenue très douée pour ranger les souvenirs du meurtre de Ben au plus
profond de ma mémoire. J’ai mis au point un système pour ne pas revivre sa mort dans mes
cauchemars.
Cependant, plus nous approchons de L.A., plus je me rapproche de l’endroit où Ben est mort, et plus
mes souvenirs se faufilent au premier plan dans mon esprit. Pas seulement les souvenirs, mais les
sentiments aussi. La douleur de sa mort refait momentanément surface, mais la culpabilité de revenir
sur les lieux du drame avec quelqu’un d’autre s’empare de moi.
Donc, quand River a posé la question très directe : « Comment est-il mort ? », cela a lâché un torrent
de souvenirs horribles et le malaise qui était déjà là et n’attendait que d’être libéré. Une fois que j’ai
ouvert les vannes, impossible de les refermer. Je ne pouvais pas. Je devais tout laisser sortir. J’ai
raconté à River toute cette nuit tragique comme je m’en souviens. Des larmes coulaient sur mon
visage, mon corps tremblait de peur et l’émotion faisait vibrer ma voix. Je lui ai raconté ce que je
n’ai jamais raconté à qui que ce soit. J’ai fait une description précise de ce qui s’est passé, mais de
mon point de vue. Cette fois, je n’étais pas témoin, mais j’étais moi : la fille qui a vu le garçon qu’elle
aimait se faire tuer sous ses yeux.
Il a écouté, hoché la tête, pris ma main, essuyé les larmes sur mes joues et m’a dit qu’il était désolé.
En terminant la narration émue et détaillée de l’attaque de Ben et sa mort, j’ai réussi à prononcer cette
phrase :
‒ J’ai été escortée par une voiture de police alors que le coroner partait.
J’ai pris une profonde inspiration et soupiré. Je n’allais pas lui parler tout de suite de mon état
émotionnel après la mort de Ben. Je ne pouvais plus parler de Ben aujourd’hui. J’ai tout repoussé
mentalement très loin et demandé simplement :
Manifestement incapable de parler, peut-être en train d’essayer d’assimiler ce que je venais de lui
raconter, il s’est contenté d’acquiescer et n’a plus parlé depuis. Tandis que River quitte la I-10W pour
prendre l’autoroute de San Bernardino, je décide de rompre le silence et de détendre l’atmosphère
moite ; l’éloigner de son humeur morne, la même humeur dont je veux aussi désespérément me
débarrasser. Je branche mon iPhone à l’autoradio moderne qu’il a installé dans sa voiture des années
1960, prends une profonde inspiration et passe mes mains dans mes cheveux soufflés par le vent avant
de lui demander :
J’acquiesce, mais ne dis rien. Je veux chasser les images de Ben pour aujourd’hui, mais il ne va pas
me le permettre.
River gare la voiture sur le parking d’une station-service et enlève ses lunettes de soleil. Une fois
qu’il les a posées sur le tableau de bord, il défait silencieusement sa ceinture, se tourne pour me faire
face et défaire la mienne. En plaçant ses mains sur mes épaules, il me fait tourner vers lui.
Il m’enlève mes lunettes et, avec le plat de ses pouces, me caresse les joues. Il me regarde intensément
avant de prendre la parole, et ma gorge se serre devant ses yeux ; des yeux si pleins d’inquiétude que
j’ai l’impression que mes larmes pourraient revenir à tout instant.
‒ Ce qui lui est arrivé est mal, mais que ça se soit passé devant toi… C’est quelque chose que tu
n’aurais jamais dû avoir à voir, à vivre, à surmonter.
Il met son pouce sous mon menton pour relever ma tête. Ses yeux brillent et sont pleins de force, mais
sa voix est douce, presque cassée.
‒ Je suis sincère : ce que tu as traversé détruirait n’importe qui, mais tu es là…, si enjouée, si pleine
de vie et toujours en un seul morceau. Dès que tu seras prête à parler, je serai là, prêt à t’écouter.
Il s’interrompt une seconde pour repasser ses pouces sur mes joues, puis dans mon cou. Il a toujours
la même expression sereine quand il dit :
‒ Tu es absolument magnifique.
‒ River, ma vie, ces deux dernières années, s’est résumée à…, à rien, en fait.
Je m’arrête pour poser ma main sur son superbe visage avant de continuer :
‒ Je te parlerai de ça, de mon état pendant cette période. Mais pas maintenant. Tu dois comprendre que
ça a été une période d’une immense tristesse pour moi, et je ne veux pas encore la revivre, mais je
veux que tu saches quelque chose : être avec toi ces derniers jours a été l’expérience la plus agréable
que j’ai vécue depuis très longtemps.
Je m’arrête de parler et l’embrasse, mais mon baiser n’est pas doux comme le sien. Il est intense et
passionné. Il me donne envie de lui chaque fois qu’il me touche, et son contact chasse toutes les
pensées tristes qui semblent toujours perdurer dans ma tête.
Il m’enlace aussitôt et me serre fort dans ses bras. Cela me procure une sensation étrange, mais déjà
familière. Nous sommes deux personnes qui viennent tout juste de se connecter, ou à vrai dire se
reconnecter, et c’est comme si nous nous connaissions depuis bien plus que trois jours. Assis là, dans
sa voiture, sur le point d’emprunter une route vers l’inconnu, nous ne sommes pas pressés, nous
n’avons aucune obligation, et c’est un sentiment divin.
Avant de rompre notre étreinte, il enfouit son nez dans mon cou jusqu’à ce que ses lèvres atteignent
mon oreille.
J’ai aussitôt la chair de poule, et il affiche un grand sourire. Il passe son doigt le long de mon épaule
nue. Il sait que ça me rend folle. Il le fait exprès et je ne peux m’empêcher de sourire à cette idée.
Ses mots sont prononcés avec tant d’émotion. Ils sont si francs et honnêtes ; je sais qu’il ne peut que
dire la vérité. Mon rythme cardiaque a légèrement augmenté. Le désir envahit tout mon corps, et mon
sourire s’élargit, pas seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur. C’est à cet instant que je réalise
que les jolis petits mots qu’il me susurre font partie de son âme magnifique, cette âme à laquelle je
me sens tellement connectée pour le peu de temps que nous avons passé ensemble. Je sais que j’ai fait
le bon choix en l’accompagnant à L.A.
En me retournant mon sourire, il passe ma ceinture en travers de mon corps. Je vois le coin de ses
lèvres remonter lorsque ses doigts frôlent mes hanches avant de boucler ma ceinture, descendent le
long de ma jambe et remontent légèrement sous ma jupe. River se redresse et se rassoit correctement
sur son siège. Il me jette un coup d’œil tout en remettant sa ceinture.
Je monte le volume de la radio, ouvre les répertoires de mon iPhone et choisis l’une de mes chansons
préférées. Je la laisse tourner cinq secondes, puis appuie sur le bouton PAUSE.
‒ Vraiment ? Voyons. Il suffisait que tu me donnes les trois premières mesures de cette batterie
Roland utilisée en intro pour que je reconnaisse Phil Collins.
Il se met à tapoter le rythme de l’intro sur le volant et improvise. En utilisant le tableau de bord
comme grosse caisse et sa propre voix pour synthétiser le bourdonnement, il chante les premières
paroles de « In the Air Tonight ».
‒ Frimeur.
J’étudie mon répertoire, à la recherche de chansons qu’il pourrait ne pas reconnaître en moins de
trois secondes et je décide d’essayer « Talk Dirty to Me » de Poison. Avant même que je n’appuie sur
le bouton PAUSE, il crie :
Puis il s’interrompt et sourit, ne prenant pas la peine de terminer le titre de l’album. Il tend alors le
bras et passe ses doigts le long de ma jambe en indiquant nonchalamment :
‒ On a désigné « Talk Dirty to Me » comme étant l’une des quarante meilleures chansons de rock de
tous les temps.
‒ Suivante.
Je lui jette un coup d’œil et remonte ma jupe juste assez pour qu’il puisse apercevoir ce qu’il y a en
dessous et lui demande :
‒ Alors ? Tu es partant ?
Comme il a réussi à reconnaître toutes les chansons en moins de trois secondes, pourquoi ne pas le
distraire un peu pour corser la partie ?
Je l’entends retenir son souffle quand il tourne légèrement la tête dans ma direction.
Parcourant les chansons de ma playlist et sachant qu’il n’y en a pas une seule qu’il ne connaîtra pas, je
décide de m’amuser un peu. Je monte le volume et laisse Adelitas Way crier dans la voiture en sachant
très bien qu’il n’y a pas d’intro. « Dirty Little Things » commence, et je laisse les deux premiers vers
avant de regarder son visage souriant. Au troisième vers, je n’arrête pas la musique, mais préfère me
mettre à chanter. Je tends la main vers sa jambe et la remonte à l’intérieur de sa cuisse tout en
continuant de chanter que j’aime sa façon de me regarder et, avant que j’aie terminé le premier
couplet, il se joint à moi, et nous chantons ensemble que nous ne sommes pas capables de dire non.
Au troisième couplet, la chanson résonne toujours, mais nous ne jouons plus à « Quel est le titre ? »
Je lui enlève ses lunettes de soleil pour pouvoir voir ses yeux. Il repose immédiatement sa main sur
ma jambe. Cette fois, ses doigts se déplacent rapidement vers la zone nue entre mon bas et mon porte-
jarretelles. Mon corps commence à me faire sentir mon désir du plus profond de mon être. Son
contact me fait cet effet chaque fois.
Je pose ma main sur la sienne et la serre un peu, puis, d’une voix exprimant à la fois l’espièglerie et
la séduction, je lance :
‒ Tu as gagné, tu sais.
Avec un sourire éclatant qui fait battre mon cœur et picoter mes lèvres, il penche la tête et me regarde.
‒ Je sais.
Je reste près de lui, où j’inhale son odeur fraîche, frotte mon nez contre sa joue mal rasée. C’est
amusant : je n’ai jamais aimé quand Ben ne se rasait pas, mais j’adore la sensation de la barbe rase de
River contre ma peau douce.
Je recule et remarque qu’il passe sa langue sur sa lèvre inférieure. Je pousse un petit gémissement et
soupire.
Quand il incline la tête, ses lèvres affichent un léger sourire sexy et ses sourcils sont levés.
‒ Tout ?
‒ Tout.
Avec un rire rauque, il baisse les yeux sur ma main posée sur son genou et hausse encore les sourcils.
‒ Vraiment ? dis-je, mais sans vraiment mettre en doute ce que je sais qu’il veut comme récompense.
Je commence à la remonter vers le bouton de son jean pour y glisser les doigts.
‒ Dahlia, je plaisante.
Son regard descend à nouveau sur ses genoux. Je parviens à déboutonner son jean et commence à
descendre la fermeture éclair.
‒ River, tu ne me connais pas encore assez bien. Je ne renonce jamais à un défi à relever.
‒ Nous serons à la maison dans moins de trente minutes, parvient-il à dire, le souffle court.
Je continue à défaire son jean en lui embrassant le cou, la joue et le bord de l’oreille.
‒ Comment ça ?
En remarquant la manière dont il se cramponne au volant et l’expression dans ses yeux, je sais qu’il
en a envie, mais il ne veut pas l’admettre.
‒ Dahlia ? demande-t-il.
Je finis de descendre la fermeture de son pantalon et tire sur l’ouverture de son boxer, libérant son
érection avant de dire, pour le taquiner :
‒ Gare-toi.
Je me mets à effleurer le contour de son oreille avec ma langue avant de lui mordre le lobe. Je lance :
Il passe rapidement de la voie la plus à gauche à celle la plus à droite pour sortir de l’autoroute à la
première occasion.
Avant d’entamer ma descente, je lui jette un coup d’œil. Bien adossé au siège, il a les yeux légèrement
fermés et ils débordent de désir. À nouveau, je me surprends moi-même à être sur le point de faire
quelque chose que je n’ai jamais apprécié avant, et je ne peux que sourire. Cependant, décidant que
son état actuel pourrait altérer sa conduite, je préfère attendre qu’il gare la voiture en sécurité avant
de me diriger vers son entrejambe.
Mais je ne renonce pas à mon plan de séduction. Je défais ma ceinture. River entre dans le parking
souterrain d’un immeuble de bureaux, visiblement fermé le dimanche. Alors qu’il trouve une place au
milieu du parking, il défait sa ceinture, lui aussi, recule son siège et attrape mon visage.
Mais je sais qu’il ne fait pas vraiment référence à ce que je lui fais en ce moment même. Je le sais
parce que j’ai souvent envie de lui poser la même question. Il me fait tellement de bien, et je pense
qu’il ressent la même chose que moi.
Il capture ma bouche et m’embrasse passionnément jusqu’à ce que je sois à bout de souffle, mais je ne
flanche pas. Je m’éloigne de ses lèvres douces et commence à déposer des baisers la bouche ouverte
le long de son cou, sur son torse ferme et harmonieux. En m’arrêtant pour soulever son tee-shirt, je
trouve sa peau douce et continue d’embrasser ses muscles abdominaux bien dessinés et descends le
long du « V »
Ses jambes tremblent légèrement. Ma langue titille son gland et décrit des cercles avant de passer sur
un côté jusqu’à la base et de remonter. Ses mains attrapent légèrement ma tête, et j’entends sa
respiration erratique. Je serre la base d’une main, et il gémit bruyamment quand je glisse ma bouche
le long de son manche, montant et descendant lentement. Il lâche ma tête et attrape mon autre main
pour sucer ardemment mon pouce.
La passion bout en moi. Je le prends aussi loin que possible dans ma bouche. Quand son gland touche
le fond de ma gorge, je le laisse là en bougeant très légèrement d’avant en arrière, mais, cette fois, je
l’effleure avec mes dents, pas mes lèvres. Ma langue continue de décrire des cercles où elle est et,
quand elle tourne autour de sa base, je le sens frissonner.
La réaction de son corps, ses gémissements, sa respiration forte, tout attise le feu qui brûle déjà en
moi. Je veux lui faire du bien, comme il l’a fait avec moi ces derniers jours. Je suce plus fort et plus
vite.
Il promène une main en bas de mon dos en essayant en vain d’atteindre le rebord de ma jupe. Mais
l’angle de mon corps et la position de mes jambes n’aident pas ses mains baladeuses. Il n’a pas accès
à mon sexe et, puisque je fais ça pour lui, rien que pour lui, je ne bouge pas.
Il finit par abandonner, et ses mains viennent attraper mes cheveux pour se mettre à faire bouger ma
tête. Je le suis, le prenant tout entier avant de le faire sortir. Mes dents l’effleurent sur toute sa
longueur dure. Son corps se raidit d’abord avant de se détendre. Je suis sûre qu’il va perdre le
contrôle.
En gémissant bruyamment, il pose de nouveau sa main sur mon dos qu’il caresse de haut en bas en
murmurant mon nom. Il dévoile ma peau entre mon sweat et ma jupe, et l’effleure avec les ongles. Sa
main gauche continue de s’emmêler dans mes cheveux et de me guider pour adopter le rythme qu’il
préfère.
Sa respiration accélère. Je balance la tête de haut en bas selon sa propre cadence. Sa main droite
glisse maintenant sous la ceinture de ma jupe, et ses doigts s’étendent pour attraper ma fesse,
accentuant le désir qui monte entre mes jambes. Je sens que je suis de plus en plus mouillée ; cet acte
extrêmement sensuel ne fait pas que l’exciter, lui.
Quand je l’entends inspirer entre ses dents serrées et gémir, je sais qu’il ne va pas tarder à venir. Je
perçois déjà les signes. Je mets des petits coups de langue sur le bout de son membre, décris des
cercles, le suce. Il siffle « Merde », et je gémis à mon tour. Il lâche ma tête et attrape la portière, son
autre main frottant toujours la peau douce de mes fesses.
‒ Oui !
Son corps s’apaise, les muscles de son ventre se contractent, et son fluide chaud jaillit. Je sens sa
saveur sucrée salée couler au fond de ma gorge alors que j’avale.
En relevant la tête, je ne peux m’empêcher de sourire. Ses yeux sont toujours fermés, mais son visage
affiche une satisfaction totale. Quand il ouvre les yeux, sa respiration retourne lentement à la
normale. Je me lèche les lèvres, sentant toujours son goût, et il écarquille les yeux. Il commence à
dire quelque chose, mais je ne le laisse pas parler et plaque ma bouche sur la sienne.
Il m’embrasse goulûment, éloigne ses lèvres et appuie son front contre le mien. Son souffle chaud
effleure mes joues quand il dit :
En passant ses lèvres sur le côté de mon visage, il appuie sa bouche contre mon oreille. Des frissons
déferlent sur mon corps. Il poursuit :
‒ Je vais devoir trouver une super récompense pour toi quand tu finiras par gagner, un jour.
Je me recule contre l’appuie-tête et lève un sourcil. Je plonge dans ses beaux yeux verts et affirme,
radieuse :
‒ Peut-être que je t’ai tout simplement laissé gagner. J’ai de véritables talents de joueuse que tu n’as
pas encore vus.
En se reculant à son tour et étirant ses jambes pour remonter la fermeture de son pantalon, il secoue
la tête et affiche un sourire espiègle tout en tendant la main pour passer les doigts sur mes lèvres.
17
Home
Nous arrivons dans un quartier très aisé de Hollywood Hills. Je suis un peu surprise par la grandeur
du décor. Il y a un immense portail en fer forgé et plusieurs gardes qui portent des armes bien
visibles à leur ceinture. Je ne vois aucune allée destinée à des résidents qui entreraient simplement à
l’aide d’une télécommande ou d’un badge magnétique collé sur leur pare-brise.
Nous nous arrêtons devant une cabine vitrée. Une jeune femme blonde et mince en uniforme
s’approche de la voiture. River la salue d’un signe de tête. En lui donnant très peu de renseignements,
il affiche son sourire à fossettes et dents éclatantes. Elle nous fait aussitôt signe d’entrer.
Manifestement, cet agent sait déjà qui il est.
En examinant les environs, j’aperçois un groupe de jeunes femmes toutes habillées de la même façon.
Elles sont plantées derrière le portail. Je ne les ai pas remarquées quand nous sommes entrés avec la
voiture, mais maintenant, si, parce qu’elles hurlent et lèvent des pancartes. L’une dit : UN
AUTOGRAPHE
CONTRE UN BISOU. Une autre indique : JE PRATIQUE LE COMMERCE ÉQUITABLE.
Intéressant. En pointant du doigt les filles aguicheuses qui agitent leurs pancartes ainsi que d’autres
parties de leur corps, je fais remarquer :
‒ C’est principalement pour ça que j’ai déménagé dans une résidence fermée.
‒ Ce n’est pas vraiment ce que je veux dire. Je les aime bien, mais au bon endroit au bon moment.
Parfois, elles oublient que les artistes ont une vie privée, eux aussi.
‒ Ne te méprends pas : j’adore signer des autographes et rencontrer de nouvelles personnes après les
concerts. C’est le chaos que je n’apprécie pas vraiment.
Je réfléchis à cette remarque. La mélancolie dans sa voix me fait penser à son choix de résidence.
Pour une raison ou une autre, je n’avais pas imaginé River vivre dans l’un des quartiers les plus
connus de Hollywood Hills. Mais, en roulant sur les voies pavées des allées calmes, je comprends
pourquoi il a fait ce choix. Non seulement cela lui permet d’être dans l’intimité et en sécurité, mais
c’est aussi un endroit paisible et isolé, exactement comme l’hôtel dans lequel il a séjourné à Las
Vegas. Comme moi, il doit préférer le côté calme et tranquille de la vie. C’est amusant : Ben adorait la
plage, mais pas sa tranquillité, contrairement à moi.
River s’enfonce dans la propriété. Je ris toute seule en pensant que des bus effectuant des circuits
« Résidences des personnes riches et célèbres » doivent s’arrêter devant chez lui. C’est un quartier
que Ben aurait appelé « Résidences des personnes qui pètent plus haut que leur cul ». Depuis qu’il
avait enquêté sur Mark Hines, le célèbre footballeur qui vivait quelque part sur les collines, il n’était
pas du tout objectif envers toute personne célèbre habitant cette partie de L.A. Ben avait fait partie de
l’équipe qui avait enquêté sur le blanchiment d’argent dérivé des paris illégaux. Mark était tellement
con, comme l’avait fait remarquer Ben, qu’il n’a jamais avoué sa faute et a préféré rejeter la
responsabilité sur son agent. Grâce à ça, il a pu continuer à jouer au football. Ben avait senti que
Mark utilisait son argent et sa renommée pour dissimuler son implication dans l’affaire. Il avait aussi
senti que c’était grâce à son statut de célébrité que ça fonctionnait.
L’attitude de Ben devait découler d’un mélange de son amour pour le football, de sentiment
d’injustice ou peut-être même d’un peu de jalousie vis-à-vis du pouvoir que Mark détenait ; je n’ai
jamais vraiment su. Quoi qu’il en soit, dès que je mentionnais quelqu’un de connu qui vivait à
Hollywood Hills, il répondait toujours « ces enfoirés ceci », « ces enfoirés cela ». Il n’a jamais été
jaloux de l’argent que pouvait posséder une personne, ça, je le savais parce que nos deux familles
étaient financièrement à l’aise. Je pense qu’il était jaloux du statut d’une célébrité, d’avoir un nom
connu. Même si Ben ne me l’a jamais vraiment dit, je sais qu’il espérait que tout le monde connaisse
son nom un jour, comme Anderson Cooper.
Ben et moi n’avions pas des vies extravagantes comme les résidents de Hollywood Hills. Nous avons
grandi sur la plage, où il n’y avait pas de faux-semblants. Il n’y avait pas de pression pour satisfaire
untel ou untel. Nous vivions nos vies de manière facile et insouciante la plupart du temps ; c’est
comme ça qu’on vit sur la plage. En regardant autour de moi, je suis bien obligée de me rendre
compte que ma vie n’est plus comme ça.
Je devrais être contente de découvrir la ville où River a grandi, l’endroit où il est connu en tant que
musicien. Peut-être pas encore connu ou reconnu par des fans inconditionnels, mais je suis sûre que
ce sera bientôt le cas. Je ne l’ai pas considéré de cette manière jusqu’à maintenant, mais être ici me
fait penser à tout ça, et les paroles de Ben résonnent dans ma tête.
‒ Bien sûr que si, idiot ! C’est juste que tu ne m’as pas dit que tu faisais partie des personnes riches et
célèbres.
‒ Je te l’ai dit : j’ai fait une bonne affaire avec cette maison.
‒ Les précédents propriétaires ont divorcé et voulaient s’en débarrasser. Xander est ami avec l’ex-
mari et il m’a mis sur le coup.
‒ La vue de ma cour est fantastique. C’est ce qui m’a fait l’acheter à la minute où je l’ai vue.
Je lui adresse un immense sourire sans pouvoir m’empêcher de penser à tout ce que nous avons en
commun.
‒ C’est marrant, la première chose que je fais quand je vais quelque part, c’est regarder la vue.
‒ En fait, je crois que j’ai regardé ta vue la première fois que je t’ai rencontré.
Il rit et réplique :
‒ Non, je n’ai pas dit ça. Ne t’emballe pas, dis-je en lui pinçant la jambe.
En passant devant de nombreuses maisons, toutes isolées sur leur morceau de plaines privées sur les
collines, je jette un rapide coup d’œil par la vitre, mais je ne peux même pas voir les portes d’entrée
parce que ces maisons sont très bien cachées. De toute façon, on ne peut pas dire que cela m’intéresse
beaucoup puisque la vue que j’ai dans la voiture est bien plus séduisante.
‒ Alors, tu veux jouer à ce genre de jeu ? dit River, levant ma main et indiquant l’endroit où je viens
de le pincer.
Je remue dans mon siège et me mets à couiner. Je suis très chatouilleuse, mais, ne voulant pas qu’il le
sache, j’essaie de me retenir. En attrapant sa main, je tente de l’écarter, mais il est impitoyable et
continue son attaque de chatouille.
‒ Tu es en train de conduire ! Pose tes deux mains sur le volant. S’il te plaît !
En freinant à un stop, il remet sa main sur le volant et enclenche le clignotant avec l’autre. Il penche la
tête pour me regarder, et un sourire malicieux apparaît sur son visage.
‒ En fait, si. C’est pour ça que j’ai attendu que tu te gares, dis-je avec un petit sourire narquois.
‒ Je vais arrêter, mais seulement parce que tu me l’as demandé très gentiment ! lance-t-il avec sa voix
la plus adorable.
Il ralentit à l’approche d’un cul-de-sac. Il indique d’un signe de tête une maison que je vois à peine au
bout de la rue.
‒ Nous y voilà. Home sweet home, dit-il en empruntant une longue allée en pente.
La maison est couverte d’un enduit blanc et ressemble à un ranch dans le style de ceux des années
1940. Elle est suspendue au-dessus de la ville avec un grand escalier circulaire moderne qui mène à
une belle double porte de style Art déco. Le jardin est modeste mais bien entretenu ; des blocs de
pierre variés entourent les palmiers. River appuie sur un bouton dans sa voiture, et la grande porte en
bois s’ouvre.
Le garage se situe sous la maison. En y entrant, je vois un large escalier au fond, à droite, qui doit
mener à l’intérieur. Une fois qu’il a garé la voiture, il éteint le moteur et se tourne vers moi.
‒ Ça ne peut pas être pire que chez moi, et je suis en transition depuis bien plus longtemps, dis-je sans
lui expliquer pourquoi, mais l’informant que le fait que ça ne soit pas bien aménagé ne me dérange
pas.
Après avoir ouvert la portière, il se retourne pour me regarder. Il a un immense sourire et ses yeux
brillent.
‒ Je ne sais pas si je l’ai déjà mentionné, mais, comme je vivais avec un groupe de potes, je n’ai pas
rapporté grand-chose. Les anciens propriétaires ont laissé quelques trucs, mais ça ressemblera un peu
à du camping jusqu’à ce qu’on aille faire un tour dans les magasins.
Je secoue la tête en levant les yeux au plafond et attrape la poignée de la portière avant de lui
demander :
‒ Presque.
Je ne peux m’empêcher de rire en songeant à quel point nos habitudes domestiques se ressemblent.
Je m’approche de lui. Il m’attend devant la voiture et prend ma main pour me guider dans l’escalier.
Une fois que nous avons atteint une autre volée de marches qui arrivent au palier, il m’encourage à
avancer. Quand nous arrivons en haut, il passe la main au-dessus de la porte et attrape une clé sur le
rebord.
Je le regarde et j’ai le souffle coupé par sa proximité. Mon pouls se met à accélérer quand je
remarque sous son tee-shirt ses muscles qui se contractent à chaque mouvement. Je continue de
l’admirer sans honte. Il passe sa main près de moi pour déverrouiller la porte et reposer la clé.
Avant que je ne puisse prodiguer d’autres conseils de sagesse, je remarque ses yeux qui dévient vers
ma jupe. Ses doigts effleurent son bord avant que ses mains ne se posent sur l’encadrement de chaque
côté de ma tête. La lumière passe par une petite fenêtre ronde derrière lui, accentuant son charme
irrésistible.
‒ Puisque nous avons déjà conclu que tu n’étais pas une harceleuse, le fait que tu saches où je cache
ma clé simplifie les choses.
Il se met à rire et réfléchit un instant avant de sortir lentement sa langue et la passer sur sa lèvre
inférieure. En se penchant en avant, il place son genou entre les miens et m’embrasse goulûment. Il
poursuit le long de ma joue et dans mon cou, comme s’il essayait de trouver mon pouls. Cela devrait
être facile, car il bat fort. Ses lèvres reviennent sur les miennes, et nous continuons à nous embrasser.
Ce baiser n’est pas un simple baiser ; c’est un baiser plein de désir. Pas seulement le sien, mais le
mien aussi. C’est un baiser qui me laisse à bout de souffle et assoiffée de lui.
Je me demande comment il se peut qu’une minute nous ayons une conversation normale et que la
suivante j’aie envie de me déshabiller dans son garage et qu’il me prenne tout de suite. Ce désir est
complètement nouveau pour moi. Mon incapacité à contrôler ma libido en sa compagnie me rend un
peu nerveuse, et je décide d’échapper à la situation. Je baisse la tête, me retourne et passe sous son
bras pour atteindre la poignée.
Sans regarder derrière moi, j’ouvre la porte et passe devant lui et son sex-appeal irrésistible.
Il pose sa main sur mes yeux. J’entre dans la maison, et il murmure à mon oreille :
Depuis qu’il a exprimé verbalement ses intentions, explorer la maison tout de suite ne semble plus
être une priorité. Surtout depuis qu’il est si près de moi et que je peux le respirer. Je peux sentir son
parfum enivrant, de propre et de fraîcheur.
En riant doucement, il rétorque :
‒ Ne joue pas les innocentes. Tu sais bien que oui. Et ça ne m’a pas dérangé le moins du monde.
Il dit cela en descendant la main sur mon corps pour passer sous ma jupe. En promenant ses doigts
sur mon porte-jarretelles, il grogne dans mon oreille :
‒ Et je suis impatient de voir ça dès que je t’aurai fait visiter les lieux.
Je lève les yeux au plafond. Je n’ai pas vraiment besoin de découvrir la maison maintenant. J’ai
besoin de le découvrir, lui.
Avec une main toujours sur mes yeux, il me guide où il veut que j’aille. Il enlève sa main et lance :
‒ Tu peux regarder !
Quand j’ouvre les yeux, je change d’avis : j’ai vraiment envie de visiter la maison. Je me trouve dans
ce qui doit être la cuisine la plus moderne que j’aie jamais vue. Il y a une suspension avec douze spots
ultramodernes, c’est-à-dire au moins deux mètres cinquante de long, fixée au plafond. Je suppose
qu’elle est faite pour une table en dessous. Des appareils ménagers en inox ornent toute la cuisine, et
il y a des étagères en verre épais au-dessus des appareils où l’on trouverait normalement des
placards. Le plafond est un mélange de peinture noire et blanche en tourbillon, ce qui lui donne un
côté industriel très chic. Le plan de travail est en granit noir de jais avec des taches blanc perle. Il y a
un bar haut avec des tabourets noirs arrondis. Cette cuisine ne ressemble à aucune autre que j’aie déjà
vue. De l’autre côté se trouve le salon.
‒ River, c’est époustouflant, dis-je en observant l’ensemble avant d’avancer vers le séjour.
‒ Ouais, époustouflant.
Le salon est peint en blanc, et du lambris de noyer noir couvre le mur devant moi. Une grande photo
en noir et blanc de River et son groupe y est accrochée. Sous le portrait se trouve un long sofa gris
matelassé à côté duquel reposent quelques guitares vintage sur leur support. Sur la gauche, il y a un
immense écran plat posé sur une petite table. Étonnamment, aucune console de jeu n’y est branchée.
Il avance vers le canapé avec cette démarche que j’aime tant et s’assied avant de le tapoter.
‒ Xander s’est surpassé. Il l’a choisie pour moi et l’a fait livrer.
‒ C’est vraiment gentil de la part de ton frère, dis-je en m’approchant pour mieux voir la photo.
River lance, en étirant ses bras sur le dossier du canapé :
J’ai failli dire « que je l’aimerai », mais je me suis rapidement reprise. Mes émotions m’échappent ;
je dois les maîtriser.
‒ Quand a-t-elle été prise ? dis-je en regardant toujours la grande photographie sur le mur.
‒ Il y a un petit bout de temps, peut-être quatre ans. C’était notre première photo de groupe officielle,
affirme River en riant doucement. C’était important pour Xander. C’était sa première tâche accomplie
en tant que manager du groupe.
‒ Avoir ton frère pour veiller sur toi doit soulager beaucoup de pression. Je n’ai pas de frère et sœur,
mais j’en ai toujours rêvé.
‒ J’adore mon frère et ma sœur, mais ils peuvent être carrément casse-pieds.
‒ Eh bien, comme je suis fille unique, j’aurais adoré avoir des casse-pieds avec qui grandir, dis-je
pour le taquiner.
‒ Ouais, je suppose que tu as raison, concède-t-il en essayant de m’attraper, mais j’avance déjà vers
les grandes baies vitrées, qui semblent s’étendre à l’infini.
Quand je les atteins, je suis estomaquée, fascinée. La vue extraordinaire. Au loin, je vois chaque lettre
du panneau HOLLYWOOD. C’est vraiment fantastique. Je regrette de ne pas avoir pris mon appareil
photo en sortant de la voiture parce que c’était une occasion incroyable. J’ouvre l’une des portes et
sors sur une partie extérieure tout aussi fantastique qui s’étend sur toute la longueur de la maison. Il y
a une table en bois entourée de douze chaises et un barbecue encastré. À droite et à gauche se trouvent
deux escaliers modernes en colimaçon. Chacun donne sur le bas de la maison, où on trouve une
grande piscine rectangulaire et un jacuzzi. Plusieurs bancs couverts de toile entourent la clôture en
plexiglas.
Pendant le temps que nous avons passé ensemble, River ne m’a donné aucune indication sur le fait
qu’il était aussi riche que son environnement le suggère. Bien sûr, il a séjourné dans un joli hôtel et a
dépensé beaucoup d’argent pendant le week-end, mais il est si décontracté et réaliste que je n’y ai pas
pensé.
Après avoir vu cette maison, avec ce panorama, je commence à me demander dans quoi je me suis
embarquée avec lui.
Il rit et dit :
Son corps bouge quand il se met à rire, et je sens sa fermeté derrière moi.
‒ Que tu es l’une de ces personnes fascinées qui doit épeler « Hollywood » plutôt que de le dire
simplement.
‒ Idiot. Je suis surprise. Je trouve que c’est quelque chose que tu aurais dû mentionner. C’est tout, dis-
je en indiquant le panneau, la vue et sa maison.
‒ Tu veux dire que j’aurais dû lancer un truc du genre : « Hé ! Je viens d’aménager dans un endroit
vraiment sympa. D’ailleurs, on peut voir le panneau HOLLYWOOD de la cour » ? se moque-t-il en
me faisait faire demi-tour et en me tirant vers lui pour m’étreindre.
C’est tout ce que je trouve à dire parce qu’il est blotti dans mon cou et que sa langue le caresse si fort
que je sais que je vais avoir une marque. Son contact, son souffle chaud me font frissonner. Je dis en
gloussant :
‒ La visite a assez duré, et il me reste une chambre à te montrer, explique-t-il en nous faisant rentrer
dans la maison. Finissons ici ce que nous avons commencé dans la voiture, continue-t-il tandis que
nous traversons le salon et parcourons un couloir jusqu’à une porte ouverte au fond.
Je me mets à rire quand je regarde la pièce. Au milieu se trouve un matelas gonflable avec des
oreillers et des couvertures. Je me retourne vers River avec un petit sourire narquois, et il me lance le
même sourire. Grâce à lui, j’arrive à me détendre. Si bien que je sais que mes jours sombres sont
derrière moi.
‒ Pourquoi souris-tu ? dis-je à voix basse en passant mes mains sur son torse.
‒ Je n’arrive pas à croire que tu me disais la vérité. Nous allons vraiment faire du camping.
J’attrape alors sa main et le tire vers le centre de la pièce avant de me tourner pour lui faire face.
‒ Ce n’est pas ce que je voulais dire, fais-je à voix basse dans son oreille avant de sucer sa lèvre
supérieure.
Il marmonne quelque chose que je ne comprends pas, mais je ne lui demande pas de répéter. Il secoue
légèrement la tête et passe les doigts sur mes lèvres.
Le soleil brille si fort dans sa chambre que je ne peux pas me cacher. Je ne peux pas dissimuler ce que
je ne voulais pas qu’il voie jusqu’ici.
Sans jamais détacher mes yeux des siens, je romps notre étreinte et enlève mon tee-shirt avant de
laisser glisser ma jupe par terre à mes pieds. Je me tiens devant lui vêtue de la lingerie que j’ai
achetée rien que pour ses yeux et je lui souris en descendant mes mains sur mon propre corps. Il
retient son souffle.
Ses doigts effleurent la peau juste au-dessus de mon soutien-gorge push-up et descendent sur mes
côtes avant de décrire des cercles sur mes muscles abdominaux quasi inexistants.
‒ Tu es si belle et sexy, vraiment parfaite, murmure-t-il en se penchant pour embrasser les mêmes
zones qu’il a caressées du bout des doigts.
Je reste là, incapable de bouger, et son contact me brûle, mon cœur s’emballe et je ne sais pas
vraiment ce qui m’arrive. Chaque fois qu’il me touche, ce que j’éprouve ressemble un peu plus à un
besoin et moins à une envie.
Alors qu’il se redresse, ses pénétrants yeux verts me parcourent de la tête aux pieds, lentement. Avec
un grand sourire, ses mains descendent vers mon porte-jarretelles et il dit :
Mes paupières papillotent lorsqu’il souffle sur la zone sensible de mon poignet.
Je passe mes doigts sur ses pommettes. Je plonge dans ses yeux et l’embrasse fougueusement avant de
mordiller sa lèvre inférieure et d’explorer l’intérieur de sa bouche avec ma langue.
Il passe ses doigts dans mes cheveux en gémissant, les fait descendre dans mon dos pour dégrafer
mon soutien-gorge sans l’enlever. Je lui retire son tee-shirt, et il ouvre son jean avant que je le pousse
sur le matelas. Ses yeux sont pleins de désir. Je me mets à cheval sur lui, et il grommelle :
Penchée au-dessus de lui, ne portant rien d’autre que mes sous-vêtements, je le laisse me dévorer des
yeux. Je sens notre connexion devenir encore plus forte. Aujourd’hui, en ce début de soirée, la plus
belle journée de l’année, nous faisons lentement ce que nous n’avons pas fait avant. Nous
commençons à faire l’amour.
18
Pinball Wizard
Comment fait-elle ?
Je me demande comment
Bien qu’ayant dormi sur un matelas gonflable, je me réveille en étant étonnamment reposée. Je me
lève et me dirige vers la salle de bain. Je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule et souris en
voyant River dormir si paisiblement. Je remarque encore une fois que nous ne semblons pas avoir de
côtés préférés.
J’avance à pas feutrés vers son placard, où je trouve une chemise blanche sur un tas de cartons. En
l’enfilant, quelque chose attire mon attention. La première boîte contient les boxers de River, et Pac-
Man capte aussitôt mon attention. Pac-Man ? Vraiment ? J’adore Pac-Man ! Quand j’étais plus jeune,
mon père m’amenait dans une salle d’arcade rétro dans la même rue que le Greek au moins une fois
par semaine. Le sourire aux lèvres, j’enfile le boxer et traverse la maison vide jusqu’à la cuisine à la
recherche du café.
Dans le couloir qui mène au salon, je repense au reste de la journée d’hier que nous avons passé dans
sa chambre à apprendre à nous connaître de manière plus intime. Le fait que je me sente si à l’aise
avec lui me surprend. Cela et l’engouement que nous partageons sont tout simplement enivrants. Cela
me donne envie d’en vouloir plus, et je suis presque sûre qu’il en est de même pour River.
Quand il a commencé à faire nuit hier soir, le panneau HOLLYWOOD a brillé au loin. Après être
sortis pour l’admirer, nous sommes rentrés dans le salon et nous avons commandé une pizza et des
bouteilles d’eau. Nous avons parlé, puis, affalés sur son nouveau canapé, nous avons ri à gorge
déployée en regardant David Letterman donner sa version de Cinquante nuances de Grey. Finalement,
nous sommes allés dans sa chambre et nous avons poursuivi notre découverte intime l’un de l’autre.
En entrant dans la cuisine, je ne trouve de cafetière nulle part. Le fait qu’il ait ou pas du café devient
par conséquent hors de propos. En fait, il n’y a rien dans sa cuisine. Pas de nourriture, pas de petits
appareils, pas même de couverts.
Je reste dans l’encadrement de la porte de la chambre et examine cette toile vide. Elle ne révèle rien
sur la personne qu’est River. Mais ce n’est pas ce que j’en attends ; j’ai l’impression de bien le
connaître déjà. Hier, j’ai peut-être été un peu décontenancée par mon environnement et mes
sentiments vis-à-vis de la ville de L.A., mais, quand j’y repense maintenant, je sais que l’endroit où
River vit n’est pas une indication sur la personne qu’il est. D’ailleurs, j’adore sa maison, surtout la
vue incroyable. En fait, je suis presque sûre que je… Je n’ose pas y penser, pas encore.
En clignant des yeux lorsque je regarde par les portes vitrées, j’essaie de réfuter mes remords. Je
contemple la vue spectaculaire et essaie de penser à River, l’homme dont je suis éprise, et pas à Ben,
l’homme que j’ai aimé pendant si longtemps. Mais la culpabilité ne me quittera pas, et je me creuse la
tête pour essayer de me souvenir si Ben m’a déjà fait ressentir la même chose que River. Je ne me
rappelle pas avoir eu ces sentiments pour Ben.
Ce qui me libère de ces pensées et questions vagabondes et indésirables, c’est la voix qui me liquéfie.
Je le regarde en train de s’étirer et de bâiller. C’est lui qui est toujours aussi sexy.
‒ Qu’est-ce que tu fais si loin ? demande-t-il en tendant les bras pour que je le rejoigne.
‒ Bonjour, toi, dis-je avec le sourire tout en marchant vers lui et en sautant presque dans ses bras. Je
cherchais du café.
Il m’adresse un grand sourire et m’embrasse le nez avec légèreté, presque comme s’il embrassait
chaque tache de rousseur. Il s’appuie sur un coude.
‒ Je n’arrive pas à dormir quand il y a de la lumière qui vient de l’extérieur, lui dis-je honnêtement en
riant doucement. Mes parents avaient installé des rideaux occultants dans ma chambre quand j’étais
plus jeune pour que j’arrête de les réveiller aux aurores.
‒ Hmmm…, fait-il. Tu veux dire que, si je veux me réveiller avant toi et te regarder dormir, il
faudrait installer d’épais rideaux ?
‒ Cela ne gâcherait pas le panorama époustouflant que j’ai quand je me réveille, dit-il en me
regardant droit dans les yeux et en coinçant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.
Voilà de quoi je parle. Tout chez lui me rend folle. En passant ma main sur sa nuque, je le tire vers
moi pour l’embrasser fougueusement. Je passe mes pouces sur ses joues et continue de le serrer
contre moi.
Quand je le lâche, il parcourt des yeux mon corps tout près du sien. Un sourire malicieux apparaît sur
son visage et je lui demande :
Il promène ses doigts sur les boutons de sa chemise blanche, continue avec sa bouche en tirant sur le
premier bouton avec ses dents.
‒ Oh ! je ne savais pas que les gens utilisaient une expression spéciale pour ça.
‒ Les gens ? Est-ce que les gens ont une expression particulière lorsque leur copine porte leurs sous-
vêtements ?
‒ Je crois qu’il va falloir que je contrôle ça, dit-il. Tu es vraiment super sexy en Pac-Man.
Nos rires s’atténuent quand ses mains commencent à tracer les contours du petit bonhomme jaune
situé sur ma hanche. Il repose sa tête sur l’oreiller. Je plaque aussitôt ma bouche sur la sienne et suce
sa lèvre supérieure avant de descendre vers son cou avec des baisers.
‒ Oui.
Il me fixe avec rien d’autre que de la sincérité dans les yeux et se remet à rire en tirant sur l’élastique
du boxer Pac-Man que je porte.
Je l’embrasse à nouveau. Toute plaisanterie est écartée. Mon baiser déborde de désir, que je rends
assez évident. Il gémit instantanément, puis nous fait rouler pour qu’il puisse se retrouver au-dessus
de moi.
‒ Dahlia, je ne sais pas ce que tu me fais, mais, si nous ne nous débarrassons pas de ce truc
rapidement, nous risquons de rester ici toute la journée.
‒ En fait, si, mais j’ai d’abord besoin d’un café. Tu as donc de la chance. Nous ne pouvons pas rester
dans cette chambre toute la journée.
‒ D’abord, je vais aller te chercher du café, puis nous allons devoir faire les magasins. Ce n’est
qu’ensuite que je te laisserai te frotter à moi.
‒ Tu veux aller faire du shopping ? dis-je, surprise par ses projets pour la journée.
‒ Non…, pas du shopping. Cela ne ressemblera en rien à du shopping, promis ! lance-t-il en dessinant
une croix avec son doigt sur son cœur.
Il revient vers moi et se penche pour ricaner contre ma bouche et me pincer la fesse.
‒ Il faudrait qu’on passe dans un ou deux magasins pour trouver quelques objets indispensables.
Je me redresse et m’appuie contre son dos pour garder encore un peu son corps près de moi.
Je penche la tête sur son épaule. Il se tourne vers moi et je l’embrasse. Je caresse sa langue avec la
mienne et apprécie son goût avant de reculer. Je me glisse de l’autre côté du matelas et me lève en
m’étirant.
Il est toujours assis, les pieds au sol. Ses yeux se promènent sur mon corps, et ma peau commence à
fourmiller. Je me mords la lèvre en le voyant et essaie de me concentrer sur ce qui a toujours été ma
priorité matinale : le café. Mais même l’idée de mon café chéri du matin ne peut réfréner mon désir
insatiable.
Il se lève et laisse son regard inflexible s’attarder sur moi encore un peu.
Entièrement nu et sexy en diable, il reste planté là à me sourire. Sans dire quoi que ce soit de plus,
j’attrape mon sac et, consciente qu’il est en train de me regarder, me traîne jusqu’à la salle de bain en
enlevant la chemise et en la laissant glisser le long de mon corps. Peu de temps après mon arrivée
dans la salle de bain, j’entends ses pas sur le parquet et je sais qu’il va dans la même direction que
moi. Les jeux sont faits, et j’ai gagné.
Ayant choisi le jean et le tee-shirt que j’ai portés hier puisque c’étaient mes seuls vêtements propres,
j’enfile le jean sur le boxer Pac-Man de River et le tee-shirt sur mon soutien-gorge blanc avec le
nœud noir. En glissant mes bras dans ma veste en cuir noire et en laçant mes baskets Converse, celles
que j’ai heureusement jetées dans mon sac avant de quitter la maison, je suis prête à aller faire un tour
dans quelques magasins.
Je n’ai pas fait les boutiques depuis si longtemps que je suis un peu excitée. Cette sensation
s’intensifie lorsque je sors de la salle de bain et vois River taper un message sur son téléphone. Il
porte un jean usé, un tee-shirt des Ramones noir, une veste en cuir noire et des boots noirs. Il me
sourit en mettant son bonnet. Je suis transportée dans le passé. Je revois la première fois où j’ai posé
les yeux sur lui. Il est tout aussi sexy maintenant qu’il l’était à l’époque.
Pendant qu’il conduit, je lis mes nombreux e-mails et écoute mes messages. Grace et Aerie m’en ont
laissé toutes les deux. J’envoie à Aerie un bref texto et appelle Grace. Je raccroche juste au moment
où mon téléphone n’a plus de batterie et j’annonce à River que je devrai être de retour à Laguna pour
mercredi. Ses yeux plongent dans les miens et il dit tout doucement :
Je veux protester en expliquant qu’il faut vraiment que je rentre chez moi, mais je ne le fais pas parce
que je ne pourrais pas plus me moquer de mon retour à la maison. J’aime vraiment être avec lui. Au
lieu de protester, je lui souris et réponds :
Nous pénétrons dans ce qui semble presque être une ville dans la ville. Je suis déjà allée au Grove
quelques fois. C’est vraiment le meilleur centre commercial que je connaisse. On y trouve toutes mes
boutiques préférées, dont Nike, Pottery Barn, [Link] et H&M.
Nous commençons par Pottery Barn. Je découvre rapidement que faire les boutiques avec River est
assez comique. Lorsque nous entrons dans le magasin, il approche la petite brune très enthousiaste à
l’idée d’apporter son aide et qui le regarde en battant des cils. Elle cligne d’abord des yeux, comme si
elle avait l’impression de le connaître sans réussir à le remettre, puis abandonne dès qu’il mentionne
les articles qu’il cherche. J’éclate de rire quand il saute sur l’un des matelas et essaie de m’attirer avec
lui.
En moins de trente minutes, nous avons sélectionné du linge de lit neutre, des serviettes douces et des
oreillers douillets. Nous avons aussi choisi un matelas, un sommier et une tête de lit en cuir. La
vendeuse dragueuse n’a pas eu besoin de battre des cils pour le convaincre d’ajouter des tables de nuit
assorties ; il l’aurait fait de toute façon. Il paie rapidement et demande qu’on livre le tout plus tard
dans la journée.
Tandis que nous parcourons les magasins, son bras sur mon épaule et ma main dans sa poche de
derrière, il me dit qu’il veut m’amener dans un endroit qui s’appelle Smitten’s ce soir. C’est un bar de
quartier où les Wilde Ones se sont produits tous les mardis soir pendant plus de cinq ans. Il
m’apprend que je vais rencontrer son frère, sa sœur et les membres de son groupe. Cela me rend un
peu nerveuse, mais je suis encore plus excitée à l’idée de le voir enfin sur scène avec son groupe.
Notre prochain arrêt se fait à Williams Sonoma, où nous optons pour la toute dernière cafetière
Starbucks et achetons des capsules de café, une batterie de cuisine, des assiettes modernes blanches et
des couverts. Encore une fois, au moment de payer, il s’arrange pour que tout soit livré dans la
journée.
Tandis que nous parcourons les allées du centre commercial en plein air, nous passons devant un
H&M.
‒ Ça te dérange si j’entre pour acheter quelques trucs ?
Il sait ce que cela suscite en moi. Je lui souris et passe mes doigts sur son ventre.
Je sélectionne rapidement quelques articles à mettre jusqu’à ce que je découvre si River a une
machine à laver et un sèche-linge ou jusqu’à ce que je rentre chez moi. En approchant de la caisse,
j’entends le son palpitant, presque galopant du refrain d’une chanson très caractéristique. Les chœurs
déformés, les accords électroniques lourds et la ligne de basse puissante mixés tous ensemble pour
former le chef-d’œuvre de Justin Timberlake : « Sexy Back ».
Je regarde autour de moi pour déterminer d’où vient la musique et découvre enfin que c’est mon sac
à main qui chante. On entend bien fort le mot « sexy », et les paroles du premier couplet se terminent.
Je ne peux m’empêcher de sourire et sortir de la file. Je fouille dans mon sac et attrape mon
téléphone. Le nom
Il est là, adossé contre le mur entre deux vitrines. Son pied est appuyé contre le papier peint rose
fleuri du décor de la boutique. Il a une main dans la poche et l’autre tient son téléphone contre son
oreille.
Il affiche son grand sourire à fossettes et je lui souris, moi aussi. Il lève son portable pour que je le
voie, puis le ramène à son oreille.
Je le regarde coincer son téléphone sur son épaule lorsque deux fans s’approchent de lui, stylo à la
main. Il leur adresse un sourire poli et signe le dos du tee-shirt de l’une et l’épaule de l’autre. Je
secoue la tête et lève les yeux au plafond en repensant qu’il m’a affirmé que presque personne ne le
remarquait ; je retourne au sujet de la sonnerie. Je devine qu’il s’est assigné cette sonnerie quand il a
ajouté son numéro à mon répertoire.
Je lui montre mon épaule pour lui expliquer que je veux un autographe, moi aussi, tout en mimant un
stylo avec ma main. Il secoue la tête à son tour et raccroche. J’ai presque le souffle coupé par sa
perfection lorsqu’il fait un charmant signe de la main pour dire au revoir à ses deux groupies et
commence à marcher vers moi. Je sors de la file pour l’accueillir.
J’ai oublié ce que j’allais lui demander et je me dis que ça ne devait pas être bien important. Avant de
prendre ma main, il fait semblant de signer son nom sur mon épaule, et son contact m’envoie des
frissons dans le dos.
‒ Quoi ? La file de groupies dehors qui t’attend pour signer sur leur peau nue ?
‒ Si tu le dis, mais tu peux me donner un autographe quand tu veux, fais-je avec un grand sourire.
Nous grimpons dans le tramway qui rallie le Grove au marché des producteurs et descendons au
centre de divertissement. Le complexe compte des douzaines de bâtiments de toutes formes et tailles
éparpillés dans un parc paysagé avec des zones de pique-nique au centre. Il y a même une fontaine
dansante. Des gens se promènent partout. Certaines personnes ont des sacs de courses dans les mains,
pendant que d’autres marchent tranquillement en buvant un café ou en mangeant un bretzel. Le tracé
des rues en forme de grille et les bâtiments donnent l’impression que cet endroit est un centre-ville à
l’ancienne.
En descendant la première du tramway, je souris. River me suit. Se pressant contre mon dos, il enlace
ma taille et me guide vers un bâtiment en briques rouges avec des arches doubles. Quand mes yeux
s’habituent à la pénombre après avoir été en plein soleil, je vois des lumières et entends des sons
partout.
Nous sommes entrés dans une salle d’arcade. Elle ressemble beaucoup à celle que je fréquentais avec
mon père il y a tant d’années. Troublée par l’émotion, paralysée par le bonheur et débordante de joie,
je me retourne et jette mes bras autour de son cou pour l’embrasser. Il passe sa langue sur mon palais
avant de fermer les lèvres autour des miennes.
Le souffle court, je m’écarte de lui. Je sers fort ses épaules. Il passe un bras autour de ma taille. Son
autre main tient toujours mes sacs.
‒ Me plaire ? J’adore !
En observant les lieux, je vois de nombreuses bornes noires qui abritent toutes des jeux vidéo des
années 1980. Il y a Mousetrap, Asteroids, Centipede, Frogger, Pac-Man, Space Invaders et Venture,
ainsi que des jeux d’adresse et des jeux de course.
Les bruits, les odeurs et la même excitation qu’à l’époque me reviennent, et je n’arrive pas à y croire.
Ils me rappellent une musique d’ambiance qui ne tourne pas en boucle : bip, blip, ding, bzz et clic. En
fermant les yeux pour écouter, je me revois clairement traîner à la salle d’arcade du coin avec mon
père et dépenser mes pièces dans Miss Pac-Man, Donkey Kong et, bien sûr, les flippers. Mon père
était un as du flipper, comme il me l’a bien appris.
Son flipper préféré était celui de Flash Gordon. C’est la toute première machine à plusieurs boules à
laquelle j’ai joué. C’était l’équivalent de Black Night, mais en meilleur et plus rapide. Cette machine
était fantastique. Rien que penser au fait d’obtenir les fameuses « quinze secondes » m’envoie une
dose d’adrénaline. Je me souviens que la première extraball était facile à gérer, mais attraper la
deuxième était un défi bien plus corsé.
Mon préféré, bien sûr, c’était Baby Pac-Man. Il ne plaisait pas à tout le monde, et mon père ne l’aimait
pas beaucoup parce que les flippers visaient le centre et pas les côtés. Je trouvais que cela représentait
un challenge plus important ; il pensait que c’était parce que la table était défectueuse. Cela rendait
vraiment les labyrinthes difficiles et j’adorais ça.
‒ Regarde par là, dit River en me montrant Pac-Man. Qu’est-ce que tu en penses ? me demande-t-il,
les yeux brillants.
Nous restons là à jouer à différents jeux pendant des heures. Nous défiant l’un l’autre, je gagne
parfois, mais c’est plus souvent son cas. Je ne sais pas du tout comment. Je décide de tenter ma
chance, toute seule, à un jeu de course pendant que River est allé chercher d’autres jetons. Quand j’ai
fini, je regarde la salle autour de moi et le remarque en train de se diriger vers moi avec sa démarche
chaloupée.
‒ Pourquoi ?
Quand je fais ce qu’il me demande, je le sens me prendre la main et attacher quelque chose autour de
mon poignet. Le poignet où se trouve mon bracelet Cartier « Love ».
En baissant les yeux sur mon poignet, je n’arrive pas à croire ce que je vois. Cet homme
adorablement sexy et gentil vient de placer un petit bracelet trop mignon de Pac-Man plein de
couleurs à mon bras. Il y a un Pac-Man jaune et les monstres bleu, rouge, rose et orange.
‒ Merci.
‒ Heureuse ?
‒ Plus qu’heureuse.
19
Chaque ville a quelque chose qui la rend un peu unique. Pour Brentwood, ce doit être les beaux
cornouillers blancs qui bordent ses rues et l’aspect pittoresque des boutiques, toutes très différentes,
mais allant si bien ensemble. Le centre-ville de Brentwood est petit mais branché. Ses lampadaires à
l’ancienne arborent des étendards, ses commerces sont couverts de stores de diverses couleurs, et les
trottoirs de sa rue principale sont même pavés de briques.
Ayant laissé la voiture dans le petit parking d’une ruelle, nous marchons dans le village où River a
grandi. Nous avançons, son bras autour de mon épaule et ma main dans sa poche de derrière ; il porte
« Stella » sur son autre épaule. Nous nous dirigeons vers ce que River a décrit comme son bar de
quartier. La nuit tombe, mais il y a encore assez de lumière pour que je puisse voir le village. C’est
vraiment un endroit pour lequel le mot « local » semble adapté, mais ça m’ira. En fait, c’est très
classe. Il y a un cinéma, un fleuriste, un petit commerce, des galeries d’art et de nombreux bars et
restaurants. Les gens se promènent comme s’ils n’avaient aucun souci. Ils flânent, discutent, rient ;
tout comme nous.
Un endroit en particulier attire mon attention : c’est une librairie qui s’appelle Fiction Vixen. Mon
amour pour la littérature éveille mon intérêt pour deux piles de livres dans les grandes vitrines
situées de chaque côté de la porte d’entrée. Ces livres sont disposés en arbre de Noël et ornés de
guirlandes lumineuses. Quand je montre la boutique à River, il se met à rire doucement et me dit
qu’elle appartient à l’amie de sa mère, Vicki Mixen. Il poursuit en me disant qu’elle a toujours été
folle de livres et que, quand il avait quatorze ans, elle a décidé d’ouvrir une librairie. Il a alors passé
tout l’été à l’aider à préparer son magasin pour l’ouverture. C’était son premier petit boulot. Il me
raconte qu’il a porté et empilé tellement de livres qu’il n’a plus jamais voulu en regarder un par la
suite. Puis il lance en plaisantant que c’est pour ça qu’il a choisi de ne pas aller à l’université. Nous
nous mettons à rire ensemble et continuons notre chemin vers le bar.
J’admire toutes les splendeurs qui nous entourent. Le décor me fait penser au complexe du Grove. Je
ne peux m’empêcher de sourire en me souvenant de la journée magnifique que nous venons de
passer, comme tout le reste que nous avons fait. Après la salle d’arcade, nous sommes passés à Whole
Foods pour faire quelques courses ; mes priorités étaient le café et la crème. Nous avons ensuite pris
un déjeuner tardif chez un traiteur, puis nous sommes rentrés à la maison à temps pour réceptionner
la livraison de tous les articles que River avait commandés aujourd’hui.
Toute la journée, nous avons discuté de nos vies et j’ai découvert beaucoup de choses sur lui que je ne
savais pas. Lorsqu’il m’a posé des questions à propos de l’U.S.C. et que je lui ai demandé comment il
connaissait si bien le campus, il m’a dit qu’il rendait souvent visite à son frère et à sa sœur là-bas. Il
m’a aussi dit que son frère était dans la fraternité Kappa Sigma, mais ne vivait pas sur le campus. J’ai
évoqué le fait que Ben était dans la même fraternité, mais évité le sujet. Il m’a dit qu’il allait à
quelques fêtes dans le bâtiment de la fraternité avant de passer la nuit chez son frère ou sa sœur. Si
son frère rentrait accompagné, il allait chez sa sœur, et inversement, je crois. C’est amusant que nous
ne nous soyons croisés qu’une seule fois, mais je pense que c’est mieux ainsi.
J’ai appris que la mère de River avait quitté Brentwood il y a deux ans quand elle s’est remariée ; elle
et son mari vivent désormais dans le quartier de River. Sa sœur vit avec eux, et son frère vit dans
l’ancien appartement de leurs grands-parents dans le centre de Beverly Hills. Ses grands-parents sont
morts à six mois d’intervalle l’année dernière et ont laissé à River, son frère et sa sœur un héritage
assez considérable. Xander a récupéré leur appartement. J’ai appris que son grand-père était
actionnaire du premier et plus important commerce de Rodeo Drive et était extrêmement riche. J’ai
aussi appris que la maison de River avait une autre aile. Elle se trouve derrière le garage, et c’est là
que se trouve la buanderie. J’ai bien ri quand il m’a dit qu’il ne savait pas s’il y avait une machine à
laver et un sèche-linge dans la maison, mais nous avons découvert, à notre retour, que c’était le cas.
J’ai aussi ri parce que, tout comme lui, la lessive n’est pas quelque chose auquel je pense ni même que
je fais moi-même. Et, comme nous n’avons pas acheté de produit, nous n’avons pas pu laver les
nouveaux draps. Nous avons donc mis ceux du matelas gonflable sur le nouveau lit et l’avons baptisé.
Soudain, la lessive me fait penser à Ben, quelque chose que je n’ai pas beaucoup fait ces derniers
temps. Mais, comme c’est lui qui gérait la lessive, je ne peux pas m’empêcher de repenser à lui.
Quand je dis que Ben s’occupait de la lessive, ça signifie qu’il déposait le linge sale au pressing. Il
était drôle avec ça parce qu’il détestait qu’il s’empile. Il avait des T.O.C. seulement avec certains trucs,
et le soin de nos vêtements en faisait partie. Je me souviens quand même d’une fois où le gros tas de
vêtements sales n’a pas eu l’air de le déranger.
Nous avions entassé notre linge par terre dans la buanderie. Ni l’un ni l’autre ne l’avait mis dans le
sac jaune vif spécial que fournit le pressing. Ben était occupé sur un article et j’essayais de rédiger ma
thèse. C’était un dimanche matin au début du printemps, et Ben avait un match de flag football, mais il
ne trouvait pas son équipement.
‒ Non, ai-je répondu sans même lui jeter un coup d’œil du bureau dans la cuisine.
Quand je suis entrée dans la buanderie, il était là, penché au-dessus de la pile de linge, ne portant que
son pantalon de survêtement. Il venait de se doucher, et des gouttelettes d’eau faisaient briller son dos.
J’avais été cloîtrée devant mon ordinateur pendant tellement longtemps les semaines précédentes que
le voir a éveillé en moi un désir que je n’attendais pas.
Je me suis avancée et suis restée là, avec mes bottes UGG, à le regarder fouiller dans l’immense tas.
‒ Tu l’as trouvé ?
Quand il a levé les yeux vers moi, il a remarqué que je ne portais rien d’autre que l’un de ses longs
tee-shirts de sport et mes bottes. Je n’avais pas encore pris de douche parce que je voulais d’abord
terminer une partie de ma thèse. Donc, pendant qu’il était sous la douche, j’avais enfilé quelque chose
de confortable et chaud et je m’étais installée dans la cuisine pour boire un café et écrire.
‒ Quoi ?
‒ J’ai trouvé mon maillot, a-t-il dit en se relevant et en faisant un pas vers moi.
‒ Ah oui ? Où ça ? ai-je murmuré, à peine capable de détourner les yeux des siens.
‒ Sur toi.
Tandis que je repense à Ben, River me met un petit coup dans l’épaule.
‒ Nerveuse ?
‒ Non, bien sûr que non, affirme-t-il en me souriant. Tu sembles juste… ailleurs.
‒ Je suis juste là, idiot, dis-je en tirant sur sa poche arrière, mon bracelet Pac-Man s’agitant à chaque
petit mouvement de mon poignet.
Il se retourne et marche à reculons, sa guitare dans le dos, puis attrape mes deux mains pour me tirer
vers un immeuble sur lequel est accroché un panneau SMITTEN’S.
‒ T’ai-je dit comme tu étais belle ? me demande-t-il avec un sourire adorable et les yeux pétillants.
Ce soir, je porte une de mes nouvelles tenues. Je suis un peu plus maquillée que d’habitude parce que
je rencontre les amis et la famille de River. Quand je me suis changée, après notre virée shopping,
j’ai choisi un caraco en dentelle noire, un jean crème, des bottines à talons noires et ma veste en cuir.
J’ai mis des sous-vêtements un peu plus sexy et dû me passer de soutien-gorge à cause des bretelles
trop fines, mais cela ne se remarque pas. J’ai les cheveux lâchés, mais avec plus de volume que
d’habitude, et j’ai appliqué toute la panoplie de maquillage : du blush, du fard à paupières, de l’eye-
liner, du mascara et du gloss sur les lèvres. La force électrique que je sens quand je suis avec lui me
revient à la vue de son petit sourire, et mon corps se couvre de chair de poule.
‒ En fait, non, dis-je en bougeant la tête, si bien que mes cheveux se balancent d’un côté à l’autre.
‒ Même avec tout ce maquillage, tu es toujours parfaite ! lance-t-il en tenant toujours mes deux mains
avant de pencher la tête et toucher mon nez avec le sien.
Je ne suis pas du tout vexée parce que je n’aime pas ça non plus.
Nous sommes arrêtés tous les deux sur le trottoir. Il glisse son nez vers mon oreille.
‒ Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je trouve simplement que tu es superbe avec ou sans.
Ses lèvres touchent les miennes très légèrement, puis il se retourne pour m’ouvrir la porte. Il y a des
portes vitrées doubles et une immense fenêtre sur laquelle est gravé SMITTEN’S. J’entre la première.
Des murs en briques rouges entourent la grande salle carrée. Il y a une scène sur la gauche, le bar est
tout au fond, et le mur sur la droite est bordé de fauteuils et de canapés. Un grand panneau en miroir
encadré de bois affiche SMITTEN’S. Des tables de bar sont disposées un peu partout dans la pièce, et
une petite piste de danse s’étend devant la scène. Sur une arche sur la droite, il y a un panneau
TOILETTES et, sur la gauche, une autre avec une pancarte BILLARDS. L’endroit ressemble vraiment
à un bar de quartier.
La main dans le creux de mon dos, il commence à me guider vers un ensemble de fauteuils de
différentes formes et un grand canapé noir avec une table basse en bois. En me montrant cette
direction, il commence à dire :
‒ Il n’y a personne…
Mais, avant qu’il ait fini sa phrase, une très jolie jeune femme aux cheveux cuivrés se précipite vers
lui, passe ses bras autour de son cou et lui fait un énorme bisou sur la joue.
River lâche ma main pour la maintenir et l’étreint lui aussi en la soulevant presque du sol. Je sais
immédiatement que cette magnifique créature menue est sa sœur, Bell. La ressemblance est troublante.
On pourrait les prendre pour des jumeaux, sauf qu’elle a des yeux d’un vert encore plus vif et des
mèches rouges dans ses cheveux marron cuivré qui lui arrivent aux épaules. Elle est aussi un peu plus
petite que son frère. River témoigne sans gêne son affection pour sa sœur, et je vois à quel point ils
s’adorent.
En la reposant, il recule légèrement pour poser sa guitare contre l’une des quatre colonnes qui
délimitent le centre de la pièce. Il attrape ma main à l’aveugle et entremêle ses doigts avec les miens.
Elle rompt leur étreinte et lui met un coup de pouce dans le torse.
‒ Où étais… ?
Elle ne finit pas sa phrase quand ses yeux tombent sur nos doigts. Son sourire s’élargit et elle nous
observe avec curiosité. Il y a peut-être même une pointe de perplexité dans ses yeux verts brillants. En
fait, elle regarde nos mains comme si elle n’avait jamais vu son jumeau irlandais tenir la main d’une
fille.
‒ Quand tu m’as envoyé un message pour me dire que tu voulais me présenter quelqu’un, j’ai pensé
que c’était un pote.
Elle se jette à mon cou comme si nous étions des amies qui se sont perdues de vue depuis longtemps.
‒ Dahlia. Ravie de te rencontrer, Bell, dis-je alors qu’elle me serre toujours dans ses bras avant de me
laisser finalement un peu d’espace pour respirer.
‒ Je suis allée à l’U.S.C. River m’a dit que tu étais en première année quand j’étais en dernière.
‒ C’est peut-être ça, dit-elle en haussant les épaules avant de tirer sur une mèche de mes cheveux. Je
pense que je me souviendrais de toi. Tu es si jolie, et la teinte dorée de tes cheveux est inoubliable.
Elle se tourne vers River et lui jette un regard qu’il reconnaît manifestement puisqu’il lui sourit. En se
retournant, elle fait un clin d’œil au barman et me pointe du doigt. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Puis
son attention est de nouveau sur nous. Je devine qu’elle a des questions de toutes sortes à poser à son
frère, mais elle se retient.
‒ Alors, où vous êtes-vous rencontrés, tous les deux ? me demande-t-elle.
Quelqu’un hèle le nom de River de l’autre côté de la salle. En regardant dans cette direction, je vois
un homme brun aux yeux noirs siffler. Il garde les mains autour de sa bouche et répète le nom de
River.
River me sourit et pointe le menton vers son ami en tirant sur ma main.
‒ Viens.
Il demande à sa sœur :
Alors qu’il s’approche de la zone où l’on peut s’asseoir, le brun très séduisant boit une bière avec un
bras autour de la taille de la fille qui se trouve près de lui. En redescendant la main, il me dévisage,
finit sa bouteille avant de la poser sur la table. Il lâche la fille et attrape deux bières dans un seau à
glace sur la table basse. Après avoir décapsulé les Heineken, il vient à notre rencontre.
Il fait à peu près ma taille et a une carrure très athlétique. Je discerne clairement la forme des muscles
de son bras quand il décapsule la bouteille, et son tee-shirt moulant laisse deviner des abdos bien
dessinés. À l’évidence, il s’entretient. Il a des cheveux courts, mais assez longs pour être coiffés sur le
côté. Ses yeux ont une belle couleur chocolat, et sa peau a presque la teinte de l’amande, ce qui donne
l’impression qu’il est légèrement bronzé.
Avec un grand sourire qui dévoile les dents les plus blanches que j’aie jamais vues, il ajoute :
En regardant ce type, qui peut sans aucun doute séduire n’importe quelle fille, je devine qu’il doit
avoir du sang amérindien. Je jette un œil au bras qui vient de me tendre ma bière et remarque qu’il
arbore un tatouage tribal autour du biceps et une plume très élaborée. Elle dépasse de la manche
courte de son tee-shirt moulant noir.
‒ Voici ma copine, Dahlia London, dit River en lâchant ma main pour placer son bras autour de mon
épaule. Dahlia, ce balourd est Nix Stone.
‒ Dahlia, comme la fleur ? demande-t-il en tendant la main pour serrer la mienne. Ravi de faire ta
connaissance.
‒ Qu’est-ce qu’une jolie chose comme toi fait à traîner avec ce blaireau ?
Je me dis que Nix doit être l’abréviation de Phoenix. Je prends une gorgée de ma bière pour
détourner le regard du sien. Je déteste le goût de la bière sans glaçons. Pendant que son effronterie et
le goût de la bière me font plisser les yeux, je décide d’ignorer sa question grossière. Je me contente
de lui serrer la main.
Il fait oui de la tête et serre ma main un peu plus longtemps que nécessaire, mais s’arrête quand River
le fusille du regard. En donnant un coup sur l’épaule de River, mais les yeux toujours rivés sur moi, il
dit :
‒ Désolé, Dahlia. Je ne suis pas habitué à le voir amener une fille aux répétitions. Il ne reste jamais
avec une nana assez longtemps pour nous la présenter.
Je jette un rapide coup d’œil à River, mais il ne me regarde pas. Je suis distraite quand quelqu’un crie
le nom de Phoenix.
‒ Nix, arrête de remuer la merde ! intervient Bell en me prenant ma bière des mains avant de me
tendre une boisson rouge avec une tranche de citron.
‒ Bell, tu as de la chance que je t’aime, répond Nix en lui faisant un clin d’œil.
Levant les yeux au plafond en réaction à sa tentative d’agacer River, je lève mon verre et demande à
Bell :
J’en prends une gorgée pour ne pas paraître grossière. River se penche légèrement pour murmurer à
mon oreille :
‒ J’ai entendu ! lance Bell en tirant la langue à son frère avant de s’en aller.
En regardant sur ma droite, je vois un garçon blond super mignon serrer fermement la main de River
et l’étreindre de manière virile.
‒ Est-ce qu’il m’est déjà arrivé de rater quelque chose, mec ? répond River en attrapant ma main
gauche avant de nous présenter. Garrett Flynn, voici la fille dont je t’ai parlé.
River est visiblement proche de cet homme aux yeux gris aux allures de jeune garçon. Ses cheveux
légèrement plus longs que ceux de Nix ou de River couvrent presque ses yeux. Sa coiffure et son
visage enfantin lui donnent l’air d’avoir quinze ans. Son piercing à la lèvre ne fait que renforcer cette
impression de jeunesse, et sa grande taille et sa carrure mince ne doivent pas aider. Mais,
honnêtement, il est tellement mignon et a l’air si innocent que je sais qu’il doit faire fondre même les
femmes les plus difficiles.
Son sourire est si franc que je sais que ce qu’il dit est sincère.
Quelques secondes plus tard, je sens quelqu’un nous approcher par-derrière. En regardant par-dessus
mon épaule, je vois une autre copie de River.
‒ Ceci n’est pas une réunion. Il est temps de répéter, les filles, dit le double de River.
Il nous contourne, et je remarque immédiatement quelques différences dans leur allure, mais je suis
certaine qu’il s’agit de Xander.
Garrett lève la main comme pour lui dire « C’est bon » et me sourit.
‒ On se retrouve après la répétition ! lance-t-il avant de se diriger vers la scène pour rejoindre Nix,
qui gratte des accords sur sa guitare.
Xander est décidément un homme plein de charme, mais pas dans le style adorable de son frère. Ses
cheveux sont de la même couleur, mais ils sont plus courts. Il a les mêmes yeux verts, mais ils ne
brillent pas comme ceux de River. Je sens immédiatement qu’il a un comportement plus froid, plus
maîtrisé. À
première vue, l’apparence semble essentielle pour lui. Il a l’air d’être ce genre de type qui a troqué
son uniforme de garçon cool du lycée avec vieux sweat de sport, jean usé et casquette de base-ball
pour celui de garçon cool de la ville avec chemise, jean bien repassé et beaucoup de gel dans les
cheveux. Sans même lui avoir encore parlé, il me rappelle un peu Ben.
‒ Xander. Je suppose que tu es Dahlia, dit-il avec une certaine froideur dans la voix.
Bell pousse un cri, frappe dans ses mains au-dessus de sa tête et s’adresse à Xander.
‒ Viens ici ! crie-t-elle en s’envoyant ce que je suppose être un deuxième shot de tequila.
‒ Promis.
La batterie résonne dans la salle et les mots « Test, test. Un, deux, trois » retentissent. En regardant
vers la scène, je voix Nix au micro, puis je l’entends dire :
‒ Viens t’asseoir par là, dit-il en me guidant vers la table de bar au bout de la piste de danse qui se
trouve devant la scène.
‒ Tu veux autre chose à boire ? me demande-t-il en tirant le tabouret pour que je m’assoie.
J’enlève ma veste parce qu’il fait vraiment chaud ici. Il me la prend et l’étend sur le dossier de la
chaise. Je suspends mon sac sur ma veste et m’assois avec le sourire tout en le poussant vers la scène.
‒ Merci, mon bon monsieur. Maintenant, va chanter, veux-tu ! Je suis impatiente de voir ça. Je n’ai
jamais eu l’occasion de te voir avec ton groupe, et j’en meurs d’envie.
‒ D’envie, hein ? répète-t-il en me faisant un clin d’œil avant de m’embrasser une dernière fois et se
retourner pour partir.
Je le regarde marcher vers la scène. Il porte son jean usé caractéristique et un tee-shirt tout blanc. Je
jette un coup d’œil à ses fesses quand il ramasse sa guitare et me surprend. Il secoue la tête, affiche un
sourire malicieux et me fait un nouveau clin d’œil. Je fais de même et me mets à rire. Je suis habituée
à ce qu’il me prenne sur le fait ; autant assumer.
Je continue de le regarder monter sur scène. Il retire sa veste et la jette sur le côté avant de s’avancer
vers le micro. Il souffle plusieurs fois dedans, et nous gardons les yeux rivés l’un sur l’autre avec un
grand sourire. Mince ! J’aurais aimé avoir mon appareil sur moi. Il est tellement photogénique.
J’aimerais vraiment avoir quelques clichés de lui sur scène, où il est dans son élément, si détendu et à
l’aise. Il commence à chanter quelques notes, et je me rends compte que c’est plutôt tranquille et plus
une sorte de répétition qu’un concert parce qu’il n’y a pas de présentation. Certaines personnes
s’arrêtent pour regarder pendant que d’autres, probablement habituées aux répétitions du groupe,
continuent leurs conversations. Une fois que la chanson commence, je ne le quitte pas des yeux. C’est
un vieux titre de leur album, mais le voir chanter me donne des frissons. Il est si sérieux et, à peu près
au milieu de la chanson, il semble complètement plongé dedans. Je ne sais trop comment décrire ce
que je ressens, mais j’ai comme des vertiges et la chair de poule de la tête aux pieds. C’est un
sentiment très agréable qui m’engourdit presque. Je n’arrive même pas à lever mon verre parce que
je crois que j’ai perdu la sensation dans mes doigts. C’est un sentiment que je n’ai jamais éprouvé
auparavant. C’est étrange, mais incroyablement relaxant et apaisant. Je ne veux pas que la chanson ou
cet instant finisse, mais, quand c’est le cas, je retrouve lentement mes esprits et le félicite en levant le
pouce. Il me fait encore un clin d’œil et tourne pour parler avec Garrett.
Je peux finalement boire le verre que Bell m’a offert tout à l’heure quand elle s’approche et s’assied
près de moi. Elle me tend une boisson bleue et dit :
‒ Cul sec.
Puis elle trinque. C’est un mélange intéressant de myrtilles et de canneberges ; j’aime bien.
‒ Aucune idée. J’ai simplement dit à Tate que j’adorais les canneberges et les myrtilles, et voilà ce
qu’il nous a préparé.
‒ Tate ?
‒ Le barman, et mon très bon ami, répond-elle avec un clin d’œil avant de jeter un coup d’œil au type
grand comme Hulk qui nous regarde derrière le bar.
Ne sachant pas trop comment réagir, je montre mon verre vers Tate et lève le pouce. Il me sourit et
s’adresse à Bell en articulant silencieusement : « Tu aimes ? »
‒ Excuse-moi, dit-elle en se levant de la table. Je veux le remercier comme il faut. Je reviens tout de
suite pour papoter entre filles.
Je regarde la scène et vois River qui m’observe. Comme je suis d’humeur à féliciter tout le monde, je
lève mon pouce vers lui. Il ajuste le pied de son micro et passe sa guitare sur son épaule.
Il secoue la tête et se contente de sourire avant de se retourner pour ce qui ressemble à un powwow
avec le groupe et Xander.
En regardant vers le bar, je vois Bell penchée au-dessus en train de flirter avec Tate. Je me demande si
c’est son petit ami ou seulement son copain de bar, mais je ne saurais dire. Puis je la vois poser
brusquement son verre sur le bar et frapper du pied avant d’entrer dans la salle marquée BILLARD,
Tate la suivant de près. Après avoir vu leur petit échange, je devine que c’est bien son petit ami.
Quand je reporte mon attention vers la scène, River commence à interpréter une chanson que je
connais bien. C’est le morceau qu’il a dit avoir écrit sur moi. Ses yeux trouvent les miens tandis qu’il
chante les paroles de « Once in a Lifetime ». Quand il atteint le refrain, il les ferme.
Comme j’ai terminé mon mélange à la myrtille, je retourne au Cranberry Crown. J’écoute
attentivement River chanter. J’adore le son de sa voix rauque mais douce. En fermant les yeux, je
m’en imprègne pleinement. Le tintement d’une bouteille que l’on pose sur la table me les fait ouvrir,
et j’ai un peu la tête qui tourne. Je sais qu’il faut que je ralentisse, parce que, tout d’abord, je suis un
poids plume, mais en plus cela fait longtemps que j’ai mangé ; je n’ai donc plus grand-chose dans
l’estomac pour absorber la forte teneur en alcool des cocktails de Tate.
La chanson se termine, et River soulève son tee-shirt pour essuyer la sueur sur son visage. Il expose
ainsi une grande partie de son ventre ferme, et je ne suis pas la seule à le remarquer. Des filles partout
dans le bar se mettent à siffler et crier, et je suis partagée entre l’envie de faire pareil et celle de
courir vers lui pour le faire descendre de scène. Je choisis la première option. Il me regarde, laisse
retomber son tee-shirt et me fait un clin d’œil. J’arrête de siffler quand Xander s’assoit près de moi. Il
pose une bouteille de tequila Black Label Patron sur la table et deux verres.
En l’observant de plus près, je remarque que ses yeux sont d’un vert un peu plus clair que ceux de
River, mais il a la même mâchoire puissante et les mêmes lèvres charnues. Ses cheveux sont plus
courts et avec une coupe plus nette, grâce à des produits spéciaux, j’en suis sûre. Il est juste un peu
plus petit et plus carré que River.
Il me sourit, mais son sourire n’atteint pas ses yeux verts froids.
Je ne sais trop pourquoi il ne semble pas m’apprécier, mais je souris cordialement quand même.
‒ J’ai beaucoup entendu parler de toi aussi.
Il remplit les deux shots et en fait glisser un vers moi, mais pas sur toute la longueur. Il regarde sur la
scène son frère et les autres membres du groupe. J’ai l’impression qu’il évite de me regarder, mais il
parvient à dire :
La musique s’arrête, et les trois musiciens se regroupent sur le côté pour se parler. River montre les
accords de sa guitare acoustique, et Nix, les cordes de sa guitare électrique. Garrett acquiesce et
secoue la tête.
Il pousse le shot jusqu’à moi, et je le regarde, m’apprêtant à lui dire non, quand un sourire espiègle
apparaît sur son visage.
Je regarde River, mais il est toujours en train de discuter avec Nix. Sans rien dire d’autre, Xander
lèche son index et le passe dans le sel. Il m’invite à faire de même. Décidant qu’un verre ne peut que
m’aider à me sentir plus à l’aise en sa présence, je plonge mon doigt dans la tequila, humidifie mon
poignet et le couvre de sel. Après l’avoir léché, je descends rapidement la tequila et attrape une
tranche de citron. Il fait pareil.
Quand nous avons fini, il verse deux autres shots et pose cette fois-ci le verre devant moi dès qu’il
touche la table.
‒ Un autre ?
‒ À quoi buvons-nous ?
‒ À la vie !
Tandis que je prépare un autre shot et qu’il fait de même, je lui demande :
Il penche la tête en arrière pour boire son Black Label sans me donner de réponse.
Je l’imite, mais, quand je repose mon verre, je lui pose une autre question :
‒ Ai-je fait quelque chose qui bouscule ta vie ? dis-je en insistant sur ce dernier mot.
On entend des accords de guitare, mais le groupe est dos à nous, apparemment toujours en train de
débattre. Après nous avoir servi une troisième tournée, il s’affale un peu plus sur son tabouret.
‒ Par où commencer ! lance-t-il en faisant tourner son verre sur la table et en renversant un peu
d’alcool. Voyons voir… Tout d’abord, je suis un peu énervé contre mon frère, là. Il avait une
interview radio dimanche matin ici à L.A. et il l’a annulée.
Xander me regarde droit dans les yeux pour la première fois depuis qu’il s’est assis. En fait, il semble
plus en rogne contre moi que contre son frère.
‒ Je l’ai appelé tout le week-end et il n’a jamais décroché son putain de téléphone jusqu’à aujourd’hui.
Je lève les yeux vers River qui a recommencé à jouer, mais qui est toujours tourné vers Nix. Il
interprète une chanson que je n’ai jamais entendue.
Mais je ne réponds pas parce que cela semble être une question rhétorique. D’ailleurs, il poursuit :
Buvant mon shot cul sec, moi aussi, je refoule la bile qui monte dans ma gorge et je sais que je dois
arrêter.
‒ Tu ne le sais pas ? Il ne te l’a pas dit ? Non, bien sûr que non ! lance-t-il sèchement en faisant glisser
un quatrième shot vers moi.
River s’est retourné et me regarde avec un air inquiet. Je lui adresse un petit sourire et reviens à
Xander. River joue de sa guitare, mais je ne sais absolument pas ce qu’il chante parce que je n’écoute
pas les paroles. L’alcool coule dans mes veines, et ma capacité de jugement est maintenant bien
altérée.
J’adresse à Xander un regard posé et repousse le verre vers lui pour lui dire que ça suffit. Je ne parle
pas seulement de l’alcool. Il faut aussi qu’il arrête son petit jeu.
‒ Tu sais quoi ?
Je vois à ses yeux vitreux qu’il est plus que soûl. Il se penche et se tourne vers moi, mais je m’écarte.
‒ Tu devrais être flattée que je t’appelle sa « Muse ». En fait, ça fait longtemps que je t’appelle comme
ça.
‒ Cette chanson qu’il a écrite sur toi est la raison du succès du groupe aujourd’hui. Donc, tu étais déjà
sa muse.
‒ Il me l’a dit, fais-je, car je ressens le besoin de nous défendre, River et moi.
‒ De quoi alors ? dis-je, même s’il faut que je m’éclipse pour aller aux toilettes.
Il répond en grognant :
‒ River était venu avec Bell au bar le soir où il t’a rencontrée. Plutôt que de la ramener chez elle lui-
même, il m’a demandé de le faire pour pouvoir rester et discuter avec toi. Elle était pressée de
rejoindre un type à son appartement, et je n’étais pas prêt à partir ; alors, ma sœur est partie sans moi.
Il me jette un regard noir, comme si ça l’ennuyait que je me sois levée. Je me rassois et il poursuit :
‒ J’étais facilement distrait, à l’époque, et je m’étais arrêté pour discuter avec quelqu’un. Avant que je
ne m’en rende compte, elle était partie avec une amie. Quand River m’a vu toujours au bar sans signe
de Bell, il a essayé de lui téléphoner. Comme elle n’a pas répondu, il s’est inquiété et est allé à son
appartement. Elle n’était pas chez elle. Il m’a appelé et m’a demandé où il pouvait la trouver. Je lui ai
dit de passer à ma fraternité, et je pense que c’est ce qu’il a fait. Avant d’avoir de ses nouvelles, j’ai
reçu un appel de ma mère.
Tandis que j’imagine la scène, je connais déjà la suite. Ça ne présage rien de bon. Nos yeux restent
bloqués, et ni l’un ni l’autre ne les cligne avant qu’il ne lâche enfin :
‒ Il s’avère que l’amie avec qui elle était partie était soûle et a grillé un feu rouge. Leur petite voiture
a été heurtée par un S.U.V. L’amie de Bell est morte sur le coup, et Bell a passé six mois à l’hôpital. Le
traumatisme de l’accident l’a tellement affectée qu’elle ne s’est plus intéressée à l’école. Elle a perdu
pied et n’a jamais retrouvé le droit chemin.
Je reste bouche bée et secoue la tête en me disant que c’est faux, que c’est inventé ; ce n’est pas réel.
Mon regard flou se fixe sur l’expression maussade de Xander, et je vois qu’il dit la vérité. Je sens la
bile monter dans ma gorge et je sais que je vais craquer. Il rejette la faute sur moi ? Est-ce aussi le cas
de River ? Et de toute leur famille ?
‒ Aussi loin que je m’en souvienne, Bell a toujours voulu être médecin. Surtout quand notre père est
mort. Elle ne voulait rien de plus que sauver les gens. Mais, à cause de l’accident, elle n’a pas suivi
cette voie. Au lieu de devenir médecin, elle travaille pour moi en tant qu’assistante. Elle se soûle
presque tous les soirs et ne parle jamais de la vie qu’elle aurait dû avoir.
‒ Alors, Dahlia, tu comprends quel est mon problème avec toi, maintenant ?
‒ Tu es la seule nana qu’il ait jamais attendue ou pour laquelle il ait jamais pris la peine d’attendre, et
tu n’es même pas restée ce soir-là. Pourquoi ? Dis-moi pourquoi.
En me tournant vers la scène, j’aperçois les sourcils froncés de River. Il regarde son frère avec un air
désapprobateur. Voir son expression me fait trembler, et des larmes me montent aux yeux. Je détourne
le regard. Je ne connais même pas Bell, mais j’ai mal au cœur pour elle et pour moi. Comment puis-
je démarrer une relation avec quelqu’un dans ces circonstances ? Je me relève, légèrement
chancelante, et titube en tenant la table pour garder l’équilibre. Il faut que je me sorte de cette
situation, mais Xander n’a pas terminé. Il ajoute, riant presque :
‒ Et maintenant, je vois mon frère ce soir, plus heureux que je ne l’ai vu depuis longtemps. Alors,
encore une fois, je veux savoir pourquoi tu es partie ce soir-là. Il y a manifestement quelque chose
entre vous deux. Je l’ai entendu dans sa voix quand il m’a parlé aujourd’hui.
J’attrape le shot de tequila qu’il s’est servi au milieu de la table et le bois avec l’espoir que ce liquide
m’engourdira et me donnera le pouvoir de me sortir de cet enfer. Finalement capable de me lever
sans craindre de trébucher, je jette un dernier regard à River avant de fuir cette situation
inconfortable. Je me sens mal et j’ai besoin de sortir d’ici. River s’arrête de chanter et enlève aussitôt
la sangle de sa guitare de son épaule. Xander doit être complètement bourré, mais je suis surprise
quand il m’attrape soudainement le bras pour m’empêcher de partir. En me fusillant du regard, il
lance :
‒ Excuse-moi. Je dois aller aux toilettes, dis-je, incapable d’en entendre plus.
Je me précipite sans même lancer un autre regard à River. Je m’écroule à genoux au-dessus de la
cuvette et essaie de ne pas y appuyer ma tête. La pièce tourne et je vomis. Quand je crois que mon
estomac est enfin vide, je m’accroupis le temps de me remettre d’aplomb. Une fois que je n’ai plus la
tête qui tourne, je me lève et me dirige vers le lavabo pour boire l’eau fraîche dont j’ai tant besoin.
Appuyée contre le meuble, la tête penchée au-dessus du lavabo, je retrouve mes esprits. Je me
demande pourquoi River ne m’a pas tout raconté lui-même et comment il a pu se dire que cette
information n’aurait pas de répercussion sur nous. Son frère nourrit du ressentiment envers moi et je
suis sûre que ce doit aussi être le cas du reste de sa famille. Quand j’entends la porte s’ouvrir, je sais
déjà qui c’est. Je regarde dans le miroir et vois son reflet. Je ne peux rien faire d’autre que pleurer de
façon incontrôlable.
Il s’approche de moi, me fait faire demi-tour et attrape mon visage avec ses deux mains. Il me
regarde dans les yeux sans savoir ce que je viens d’apprendre.
‒ Dahlia, tu vas bien ? Tu es malade ? Il s’est passé quelque chose avec Xander ?
Il me pose ces questions sans me laisser le temps de répondre. J’entends clairement l’inquiétude dans
sa voix.
Je secoue la tête pour dire non tout en pensant oui. Je ne pleure pas parce que je suis malade. Je pleure
parce que je pourrais bien être la cause d’un changement dramatique dans la vie de quelqu’un.
‒ Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ? fais-je d’une voix basse et rauque tout en essayant de me forcer à
arrêter de pleurer.
‒ Te dire quoi ? De quoi parles-tu ? demande-t-il sans savoir que son frère m’a dit, en gros, que
j’étais responsable du fait que leur sœur ait gâché sa vie.
Comme son visage est tout près du mien, je suis certaine qu’il peut sentir l’alcool mélangé au vomi
quand je respire.
Avant qu’il ne dise quoi que ce soit, la porte des toilettes s’ouvre, et Xander est là. River se retourne,
mais Xander ne s’approche pas de nous. Il reste dans l’encadrement, titubant légèrement en se tenant
pour garder l’équilibre dans son état d’ébriété.
Il me regarde dans les yeux, et je suis surprise par sa capacité à articuler les mots quand il dit :
‒ Je suis désolé que ce soit moi qui te l’aie dit, mais il fallait que tu le saches.
N’étant généralement pas du genre à prendre part aux conflits, je suis interloquée par l’hostilité que
River témoigne à son frère.
‒ Je n’avais pas fait vœu de me taire, et il fallait qu’elle sache, répond-il sur un ton bien plus humble
que celui qu’il a utilisé toute la soirée.
Mon état d’ébriété se dissipe rapidement lorsque je regarde Xander d’un air absent, peut-être un peu
perplexe. Il était si en colère contre moi tout à l’heure et, maintenant, il présente ses excuses ?
Le visage de River est pâle quand il me regarde avec cet air qui m’indique qu’il a compris ce que
Xander m’a raconté. En passant ses doigts dans ses cheveux, il s’avance vers Xander qui continue à
s’expliquer.
‒ Ce que je t’ai dit sur Bell, ce sont mes démons. Je voulais reposer la faute sur quelqu’un d’autre
pour une fois et tu te trouvais là, après toutes ces années.
River est maintenant tout près de Xander. Avec une voix chargée de colère, il dit :
River met un coup de poing dans la porte de la cabine la plus proche de son frère.
‒ Tu as raison, River. Je sais que tu ne me croiras pas, mais je veux que tu sois heureux. Je sais que tu
penses que tu viens de rencontrer cette fille, mais tu la connais depuis bien plus longtemps. Je le sais.
Je ne veux pas que tu fasses tout merder à cause de ton besoin de toujours protéger les femmes…
On dirait que Xander a dépassé les bornes avec River, qui l’interrompt :
‒ Tu crois que je ne sais pas que tu te sens coupable à propos de Bell ? Bien sûr que si ! Mais c’est ton
sentiment de culpabilité, pas le mien ! Moi, je m’en suis délivré il y a longtemps. Bell est heureuse.
C’est toi qui n’apprécies pas sa vie, et, en ce qui concerne ce que tu penses de mes besoins, tu te
trompes.
J’observe ces deux frères se disputer pour leur sœur. Ça fait à la fois mal et chaud au cœur de voir
qu’ils l’aiment assez pour s’inquiéter autant.
Xander secoue la tête et pointe son doigt vers River avant de bégayer :
‒ Tu crois que je ne sais pas que tu caches ton sentiment de culpabilité ? Tu ne peux pas faire semblant
d’être heureux du tournant qu’a pris la vie de Bell, et je sais que tu ne t’en fiches pas.
Il affiche un sourire triste et ajoute :
‒ Ce n’est même pas toi qui devrais te sentir coupable. Il y a longtemps, tu m’as demandé, non, même
pas, je t’ai dit que je raccompagnerais Bell chez elle pour que tu puisses retrouver cette fille, dit-il en
me montrant du doigt. Tu ne l’as pas trouvée ce soir-là, mais maintenant, si ; alors, ne laisse pas Bell
ou moi ou qui que ce soit d’autre gâcher ça, mais, surtout, ne gâche pas toi-même cette histoire.
Les paroles de Xander me blessent. Suis-je vraiment responsable de l’accident de leur sœur ? Aurais-
je dû dire à River la vérité quand je l’ai rencontré ? Aurais-je dû l’attendre pour lui dire la vérité sur
Ben ? Est-ce que ça aurait changé quelque chose ? J’ai la tête qui tourne et je me sens mal à nouveau.
Xander sourit tristement, et ses yeux vitreux passent de son frère à moi.
‒ Dahlia, encore une fois, je suis désolé. J’ai eu une sale journée et je me suis défoulé sur toi.
En revenant à River, il pose sa main sur son épaule, mais son frère a un mouvement de recul.
River s’approche de moi. Mes yeux se remplissent de nouveau de larmes. Je me frotte le front et pince
les lèvres.
‒ C’est toi qui aurais dû me le dire, pas lui, dis-je en montrant la porte.
Il s’arrête devant moi et déglutis. En poussant un soupir tremblant, il me regarde dans les yeux et met
délicatement ses mains sur mes joues avant de murmurer :
Mais je m’écarte avant qu’il ne puisse finir. À la lumière de ce que je viens d’apprendre, je ne veux
pas que son contact ou son charme brouille mon jugement à propos de notre situation.
Je le fixe alors que mon mouvement de recul le fait tressaillir. Ses yeux ne sont plus pétillants mais
voilés.
‒ River, dis-je sur un ton un peu plus doux, éprouvant le besoin de m’assurer qu’il sait que cette
omission reste un mensonge pour moi. Je ne voulais pas non plus que notre relation commence
comme ça, mais me cacher des choses… Je ne peux pas, je ne supporterai pas une relation comme ça.
Mais qu’est-ce que…, qu’est-ce que cela signifie pour nous ?
Je parviens à poser cette question, malgré la douleur que provoque ce qui se cache derrière mes
paroles avant même qu’elles ne sortent. Un mensonge est un mensonge, peu importe comment il s’est
présenté. Ça, je le sais bien. Je l’ai vécu avec Ben rien qu’une fois et cela a failli mettre fin à notre
relation. Cette fois, avec River, j’ai l’impression d’être inquiète moins par le fait lui-même que parce
qu’il a été caché.
Il reste là à secouer la tête.
Je passe devant lui et traverse le bar faiblement éclairé jusqu’aux portes pour me retrouver dans la
nuit froide. Une brise fraîche me fait frissonner. Pendant que je marche au hasard, cette fois, je sais
que ce n’est pas son contact qui me donne ce frisson. C’est ce qu’il m’a dissimulé. C’est la nuit froide.
Il y a encore beaucoup de gens qui marchent dans les rues pittoresques que nous avons parcourues
avec langueur pour venir ici, mais le bonheur que je ressentais alors a disparu. Les gens semblent
aussi être plus pressés. Ils se blottissent les uns contre les autres, entrent et sortent presque
précipitamment des bars et des restaurants qui bordent la rue.
Le mois de novembre en Californie n’est généralement pas aussi froid, mais l’humidité dans l’air
semble annoncer la pluie. Quand je lève les yeux dans l’espoir de voir de la lumière, de trouver des
réponses, tout ce que je vois, ce sont des nuages qui cachent les étoiles que j’aurais pu admirer. Ils ne
me laissent qu’avoir un aperçu du fin croissant de lune qui brille sans pouvoir me guider. En
regardant devant moi plutôt qu’en l’air, car je sais que je ne trouverai aucun réconfort dans le ciel ce
soir, je continue à marcher, les bras croisés sur le corps pour me réchauffer en me demandant
pourquoi la vie doit être si compliquée.
‒ Tiens, mets ça, dit River en enlevant sa veste et en la posant sur mes épaules nues.
Je m’arrête et me retourne pour le regarder. Nous sommes face à face. Des larmes dans les yeux, je
prononce des paroles contre mon gré, mais je sais qu’il le faut.
‒ Pas de cette façon. Pas tant que nous n’aurons pas discuté de tout ça.
J’ai le cœur brisé quand je le regarde, mais je sais que je dois partir.
‒ J’ai besoin de temps pour réfléchir, River. Je ne peux pas faire ça ici.
‒ Ce qui est arrivé à ma sœur n’a rien à voir avec nous. Que tu rentres chez toi pour réfléchir n’y
changera rien, et cela ne te fera pas comprendre.
Je le regarde et l’entends, mais je choisis d’ignorer ses paroles. J’ai besoin de temps pour réfléchir et
pas en étant ivre.
‒ Je peux appeler Aerie ou Serena pour venir me chercher si tu ne veux pas me ramener chez moi.
Me souvenant que je n’ai pas pris mon téléphone, je lui demande si je peux utiliser le sien.
River éclate, ignorant ma requête ; il prend une voix plus forte que jamais avec moi.
‒ Tu ne peux pas dire simplement que tu t’en vas. Tu ne peux pas me quitter encore une fois.
Je hausse les épaules pour me débarrasser de ses mains et tangue légèrement en faisant un pas.
‒ C’est ça, le truc, River. Je ne te quitte pas encore une fois. Je te n’ai pas quitté il y a cinq ans, car je
n’étais pas avec toi.
Les larmes coulent de manière incontrôlable sur mon visage. Je claque des dents et j’ai froid, mais je
poursuis avec ce qui doit être dit :
‒ J’ai rencontré un mec dans un bar et j’ai été attirée par lui. Avant que la situation ne m’échappe, je
suis partie. Maintenant, j’ai découvert qu’une chose horrible est arrivée à ta famille à cause de ce que
j’ai fait et tu crois que tout va bien se passer ?
Mon ton le fait sourciller, mais il place tendrement ses bras sur mes épaules. En se baissant pour que
ses yeux soient au niveau des miens, il dit :
‒ Je ne sais pas si je peux y arriver. Ce qu’il y a entre nous est bien plus compliqué que deux
personnes qui sont incroyablement attirées l’une par l’autre. Ma présence rend ton frère fou. Ta sœur
est-elle au courant ? Et ta mère ! Que va-t-elle dire ?
‒ Dahlia ! Écoute-moi !
Mais je ne le fais pas. Je ne peux pas. Je ne veux pas avoir à nouveau le cœur brisé. Je me retourne et
commence à marcher dans l’autre direction, vers sa voiture. Il me suit. Considérant le brouillard qui a
envahi mon cerveau, je gère étonnamment bien le trottoir. L’air et la vie qui m’ont été enlevés se
transforment en vide. Ni lui ni moi ne parlons. Alors que nous atteignons le parking, j’ai envie de
sentir ce bonheur une dernière fois, mais je pense que ce ne sera plus le cas.
Tremblant de la tête aux pieds, je monte dans la voiture et attends qu’il s’assoie. Je pose mes mains
sur ses joues froides, le regarde et vois qu’il tremble, lui aussi. Des larmes dans les yeux et la
tristesse dans la voix, j’exprime ce que j’ai ressenti depuis que Xander m’a parlé de sa sœur.
‒ C’est comme ça, River. J’ai déjà perdu quelqu’un que j’aimais, et ça a failli me tuer. Ce que je
ressens pour toi est bien plus fort que ce à quoi je m’attendais, et je sais que, si je reste ici avec toi et
recommence à vivre, je ne supporterai pas de te perdre. Et te perdre est inévitable. Nous ne pouvons
pas être ensemble si ta famille me tient pour responsable de l’accident de ta sœur. Au final, cela
causera notre perte.
‒ C’est justement ça, Dahlia. Personne ne tient personne pour responsable. Bell est heureuse. Notre
famille est heureuse. C’est Xander qui n’arrive pas à accepter ce qui s’est passé. Pour répondre à ta
question : oui, ma famille est au courant de ce qui s’est passé alors, de ce qui se passe maintenant, et
elle est heureuse pour moi, pour nous.
Il a les yeux dans le vague, soutient mon regard, puis se penche pour m’embrasser. Avec ce baiser, je
sens l’air revenir dans mes poumons et la vie m’envahir à nouveau.
Déconcertée, je m’écarte de ses lèvres douces. Je ne sais pas quoi faire, mais j’ai le sentiment que
cette soirée m’a permis de vérifier si j’étais dans la réalité.
‒ Je te crois, mais il est encore temps pour moi d’arrêter de jouer au papa et à la maman avec toi. Je
dois rentrer chez moi demain.
20
Little Things
‒ Dahlia, dit-il sur un ton aussi sombre et triste que l’endroit où j’ai vécu ces deux dernières années
avant de le rencontrer. Un jour, si tu changes d’avis…, sache juste que tu seras toujours mon histoire
unique dans toute une vie.
Il dépose des baisers sur mon front et mon nez, puis se retourne, me laissant à la porte d’entrée du
lieu que j’ai partagé avec Ben pendant tant d’années. Cette maison désormais vide est celle où, encore
une fois, je me retrouverai seule.
Je commence à être paralysée par la peur, pas d’être seule, mais d’être sans lui. Ai-je pris la mauvaise
décision ? A-t-il préféré ne rien me dire pour nous préserver ? Pouvons-nous surpasser ça ? Mes
questions importent peu, car c’est trop tard. J’ai déjà dit des choses que j’aurais dû taire. J’ai pris la
décision de mettre fin à notre relation.
‒ Ne me quitte pas, dis-je alors qu’il descend l’allée menant à une autre vie.
Lorsqu’il se tourne et me regarde par-dessus son épaule, ses yeux à la teinte verte parfaite ne brillent
plus ; ils sont embrumés, même voilés.
‒ Je ne te quitte pas, affirme-t-il en continuant à marcher. C’est toi qui m’as quitté, ma belle.
Des larmes coulent sur mon visage. Je le laisse partir, et il disparaît à l’horizon.
En me réveillant, mon corps se débat dans les draps, et mes poings agrippent les oreillers.
Non, ce n’était pas un rêve : c’était un cauchemar. Quand je tends la main, il n’y a personne pour me
prendre dans ses bras. Ça fait mal de ne pas l’avoir ici avec moi. Me réveiller près de lui ces derniers
jours a été fantastique. Je me sens vide et seule dans sa chambre sans lui.
Mon cœur bat toujours fort dans ma poitrine. J’atteins la table de chevet pour attraper mon téléphone
branché à son chargeur. L’heure sur l’écran indique onze heures quarante-huit. Comment ai-je pu
dormir jusque si tard ? Je ne dors jamais après le lever du soleil. En reposant mon téléphone, je vois
une bouteille d’eau et deux aspirines sur le bord de la table. Quand j’entends le grondement du
tonnerre et le hurlement du vent dehors, j’attrape avec plaisir l’eau et l’aspirine. Les cachets sont
posés sur un post-it jaune. River a dû les trouver sur le comptoir où j’ai lâché rapidement mon sac,
hier, à la recherche d’un stylo pour signer le bon de livraison.
Je me redresse, mets l’aspirine dans ma bouche et avale l’eau dans l’espoir de calmer la tempête qui
fait rage dans ma tête. Tandis que je pose la bouteille et le papier, je remarque quelque chose écrit sur
le post-it.
Je m’étire, le sourire aux lèvres à cause de ce message, et examine la pièce autour de moi. Des draps
sont étendus sur les baies vitrées. Il doit avoir fait ça pour que je puisse dormir. Comme c’est mignon
!
Comment a-t-il pu être aussi gentil avec moi alors que j’ai été une véritable garce hier soir ? Mince,
hier soir. Je me souviens de chaque minute de cette horrible soirée, chaque minute de notre
douloureuse conversation, mais je ne me souviens pas de m’être couchée.
Je baisse les yeux et remarque que je ne porte que l’un des tee-shirts de River et ma culotte. J’ai dû
m’endormir dans la voiture. M’a-t-il portée à l’intérieur et changée après avoir monté toutes ces
marches ? La dernières chose que je me souviens d’avoir dite après avoir quitté le parking était que je
voulais toujours qu’il me ramène à la maison, chez moi, pas chez lui, mais que j’attendrais jusqu’au
matin.
Décidant qu’il faut que je trouve River et que nous parlions d’hier soir, je me lève sur mes jambes
flageolantes et vois mes vêtements par terre, près du lit. En me dirigeant vers la salle de bain, je
regarde dans le miroir. Ce n’était pas une bonne idée. J’ai des traces de maquillage sur le visage, et
mes cheveux sont tout emmêlés à cause de la laque. J’ai vraiment besoin de prendre une douche, mais
je décide de me contenter de me nettoyer le visage, me laver les dents et attacher mes cheveux en
queue de cheval avant de partir à sa recherche.
Je n’ai pas besoin de chercher loin. Dans le couloir, j’entends de la musique douce à la guitare. Je
m’arrête à l’entrée du séjour pour l’observer. Il est assis sur le canapé, vêtu d’un jean et d’un tee-shirt
blanc, pieds nus et les cheveux un peu plus ébouriffés que d’habitude. Il tient un médiator entre les
doigts et gratte une belle mélodie. Il interprète tranquillement une chanson que je ne connais pas et
dont je n’entends pas vraiment les paroles. Il est plongé dans ses pensées, un carnet et un stylo à
portée de main.
Je reste là un moment à l’écouter, le regarder, me dire à quel point il est magnifique aussi bien à
l’intérieur qu’à l’extérieur et comme je suis triste de le quitter. Je décide d’aller discrètement chercher
mon appareil photo dans mon sac dans la chambre. Je veux capter l’image parfaite de cet instant. Je
reviens sur la pointe des pieds jusqu’à l’entrée du salon pour le regarder à travers mon objectif et
prendre quelques photos pendant qu’il joue. Il est tellement absorbé par son travail qu’il ne remarque
ni ma présence ni les clics de l’appareil. Quand il termine sa chanson, il arrange sa guitare sur sa
jambe et se penche sur son carnet. Appuyée contre le mur, je lance :
‒ C’était magnifique !
Il me regarde, mais le sourire heureux auquel j’ai habituellement droit quand j’entre dans une pièce
est absent.
Décontenancée par son attitude cavalière et son désintérêt évident pour cette discussion, je lui
demande :
‒ Tu as récupéré ta guitare ?
Il se lève et glisse ses mains dans ses poches avant de hausser les épaules.
‒ Merci, dis-je en posant mon appareil photo et en m’asseyant sur le canapé avec l’espoir que mon
estomac barbouillé gardera le café.
‒ Comment tu te sens ?
Je le regarde entrer dans la cuisine, mais il ne se retourne pas pour me surprendre comme il le fait
d’habitude. Une fois dans la cuisine, il sort les tasses en carton que nous avons achetées hier et en
remplit deux. Je souris quand il ajoute de la crème dans la mienne. Il revient dans le salon et me tend
la tasse.
‒ Tu veux que j’aille te chercher quelque chose à manger ? me demande-t-il alors que je prends la
tasse en le fixant.
Pour la première fois depuis notre rencontre, je ne peux pas lire en lui.
Il rit doucement et je devine que le River que j’ai appris à connaître est quelque part par là.
‒ J’ai demandé à Garrett de le ramener chez lui, hier soir. Je suppose qu’il est resté chez Garrett et
que, sur leur route vers Beverly Hills ce matin, ils ont décidé de passer pour prendre de tes nouvelles
et déposer ma guitare.
Il désigne le bar :
Je ris légèrement.
‒ Merde, je ne me souviens même pas d’avoir laissé mes affaires là-bas. Je suppose que, comme tu
m’as donné ta veste, je n’ai pas pensé à la mienne. Au moins, mon sac était toujours là. Ça aurait été
nul de devoir tout annuler.
Je remarque qu’il ne rit pas de mes grossièretés comme il le fait habituellement. Au lieu de cela, il
acquiesce et dit sur un ton très plat :
‒ Tu avais la tête ailleurs. J’aurais pu récupérer tes affaires en passant discuter avec Garrett, mais j’ai
oublié qu’elles étaient là. Heureusement que j’ai pensé à prendre ma veste, sinon tu aurais fini gelée.
Toute la conversation semble tendue, même gênée, et je sens que c’est à cause de mon comportement
d’hier. Je suis sûre qu’il doute de mes sentiments et est bouleversé par ce que j’ai dit.
Ressentant le besoin de rectifier la situation et de me racheter pour avoir été détestable avec cet
homme qui, je le crois maintenant que je suis sobre, n’a jamais voulu me trahir, je me lève et
m’approche du bar. Après avoir posé mon café, je me tourne et avance vers lui.
Ses yeux parcourent mon corps. J’ai l’impression que ce petit mouvement de ma part, ce signe de
pardon le réconforte et, à son regard, je sais qu’il est de nouveau là. Les larmes me piquent les yeux
quand je m’assois sur ses genoux. Ses bras m’enlacent aussitôt, et un doux soupir effleure mon
oreille.
‒ Je suis désolée, dis-je en pleurant et en jetant mes bras autour de son cou.
Il soupire à nouveau et me serre aussi fort que possible. J’enfouis ma tête dans le creux de son cou, et
il inhale profondément avant de souffler encore une fois. En me faisant bouger pour que je sois
parfaitement installée sur ses genoux, il murmure à mon oreille :
‒ Tu n’as pas à être désolée. C’est moi qui suis désolé de ne pas t’en avoir parlé. Je sais que j’aurais
dû le faire.
Je m’écarte en reniflant un peu et m’essuie le nez avec le dos de la main. Il m’adresse ce sourire que
j’adore, puis je me déplace encore pour pouvoir soulever son tee-shirt et l’utiliser pour essuyer mes
larmes et mon nez.
‒ Ta famille n’a vraiment pas de problème avec moi, avec tout ce qui s’est passé ?
Il acquiesce en posant ses mains sur mes joues. Son visage n’exprime maintenant plus que le sérieux
et la tristesse.
‒ L’accident n’a absolument rien à voir avec toi, Dahlia. Appelle ça une coïncidence. Ou une erreur de
jugement. Mais Bell serait montée dans cette voiture, même si c’était moi qui avais dit que je la
ramènerais chez elle. Elle était déterminée à voir ce type et elle ne voulait pas attendre.
Ses yeux sont plongés dans les miens, pleins d’inquiétude. Je continue de l’écouter :
‒ Je suis allé directement chez elle ce soir-là. Quand je suis arrivé, personne ne l’attendait.
‒ Personne, dis-je, attristée d’apprendre que sa sœur est partie en espérant retrouver quelqu’un qui,
manifestement, ne s’est jamais montré.
En secouant la tête, il porte sa main à ma tête et tire sur l’élastique qui tient mes cheveux.
‒ Si tu as mal à la tête, tu n’as pas besoin de mettre ça, dit-il en jetant l’élastique par terre avant de
poursuivre. Qui sait ce qui est arrivé au garçon de la fraternité, mais il n’était pas là-bas à l’attendre.
Il n’a jamais pris la peine de lui rendre visite et n’a peut-être même jamais su ce qui s’était passé.
Après l’accident, elle n’a plus jamais parlé de lui.
‒ Un type qui prévoit de retrouver une nana chez elle si tard après être sorti avec ses potes, ce n’est
pas cool. On n’a jamais su.
‒ Tout ça n’a rien à voir avec nous, mais je suis toujours désolé de ne pas t’en avoir parlé. Je ne veux
pas que cela ait des répercussions sur nous. Tu comprends ?
‒ River, je comprends et je suis d’accord, mais je dois quand même rentrer chez moi. Je ne peux pas
rester indéfiniment.
Son beau visage a l’air si triste lorsqu’il pousse un profond soupir et dit :
‒ Tout ce que tu veux, mais tu as l’air fatiguée. Est-ce qu’on peut au moins remettre ça à demain ?
J’acquiesce parce que je suis effectivement épuisée. Je le serre fort dans mes bras, inhale son parfum
et profite de son étreinte chaude.
La pièce est un peu sombre quand j’ouvre les yeux. La pluie tombe toujours, mais, lovée contre le
torse de River, je suis calme et paisible. Le drap et une simple couverture sont entortillés autour de
nous.
Son pouce caresse délicatement le morceau de peau nue entre mon cou et mon épaule. Il s’est réveillé
avant moi pour la deuxième fois aujourd’hui.
En relevant la tête, je souris lorsque je vois son adorable visage. Il est allongé à ma droite et me tient
dans ses bras. La faible lumière qui passe entre les draps étendus sur les baies vitrées se reflète dans
ses yeux brillants et les fait pétiller.
‒ Tu te sens mieux ?
‒ Beaucoup mieux.
‒ Bien, dit-il en embrassant le haut de ma tête et en passant ses bras autour de moi.
Comme j’ai besoin d’aller à la salle de bain, je me glisse contre son tee-shirt et son jean et descends
du lit.
‒ Où vas-tu ?
‒ Non, ça ira. Je veux uniquement que tu reviennes près de moi, ma Belle au bois dormant.
‒ Tu sais, celle que tu as arrêté de chanter dès que tu m’as vue entrer dans la pièce. Celle pour laquelle
tu as répondu que tu travaillais dessus quand je t’ai posé la question.
Je le mets au défi avant de me retourner aussitôt et de fermer la porte de la salle de bain derrière moi.
‒ Eh bien, ça dépend ! lance-t-il assez fort pour que je l’entende de l’autre côté du mur.
Il ajoute :
Quand j’ouvre la porte de la salle de bain, il est là, une bouteille d’eau à la main, sa guitare dans
l’autre. Il lève les deux et me tend la bouteille.
‒ Oui ?
‒ Laisse-moi rester encore quelques jours avec toi, chez toi, et je la chanterai, même si elle n’est pas
terminée, me propose-t-il en faisant passer sa guitare sous son bras.
Adorant l’idée de passer plus de temps avec lui, mais pas très emballée par celle de l’amener dans la
maison que Ben et moi avons partagée, je le fixe avec un regard vide.
Peut-être a-t-il senti ce qui se passait dans ma tête ou est-il revenu sur sa décision, mais il m’invite à
regagner le lit.
‒ Et si tu t’asseyais là-bas, loin de moi, pour que je puisse me concentrer ? Tu es trop distrayante,
affirme-t-il en m’embrassant à nouveau.
Je dois réunir toute ma volonté pour ne pas l’allonger par terre. Sa langue touche la mienne et son
corps se presse contre moi. Je me libère de sa bouche et glisse vers le lit.
‒ Quel tyran !
‒ Bon, c’est moins distrayant comme ça ? dis-je avec un sourire narquois en posant mon menton sur
mes genoux.
Il secoue la tête, et je le trouve carrément trop attirant quand il se pavane et s’assoit en bas du lit.
‒ Je ne me souviens pas d’avoir promis quoi que ce soit, plaisante-t-il. C’est un tout autre type de
transaction.
J’éclate de rire.
‒ J’accepte de payer, dis-je. Tant que le spectacle est au niveau de mes attentes.
‒ Je l’espère.
Il place un bras autour du manche et l’autre sur le corps de sa guitare, qui est sur sa jambe.
‒ C’est un truc que j’ai écrit pour toi ce matin. Je l’ai appelé « Cinq ».
Il commence à jouer la jolie mélodie que j’ai entendue tout à l’heure. Je le fixe, hypnotisée par son
air attendrissant. Pendant qu’il joue, sa concentration et son intensité donnent vie aux accords. Il
interprète les deux premières phrases de la chanson et je l’écoute.
Cinq ans, deux cent soixante semaines, mille huit cent vingt-cinq jours, deux virgule trois millions de
minutes.
Ses paroles résonnent immédiatement dans mon cœur. Je le sens gonfler, les intégrant comme celui
qui l’habite, celui qui est censé le tenir dans ses mains.
Les larmes me piquent les yeux. Je déplie les bras autour de mes jambes. Il continue à chanter, perdu
dans sa musique, et je l’observe, perdue en lui, en admiration devant lui. Peut-être amoureuse de lui ?
Et dans cinq ans, deux cent soixante semaines, mille huit cent vingt-cinq jours, deux virgule trois
millions de minutes, serons-nous toujours ensemble ? Je l’espère.
Parce que je t’aime. Crois-tu que nous serons toujours ensemble ? Je l’espère.
Tremblant de bonheur et mourant d’envie de le toucher, de l’enlacer, de lui montrer que j’éprouve la
même chose, je rampe sur le lit lorsqu’il chante la dernière phrase.
Refoulant les larmes, je suis submergée par l’émotion. Il a écrit une chanson d’amour pour me dire
ce qu’il ressent. Assise près de lui au pied du lit, je reste sans voix un moment. Les larmes qui me sont
montées aux yeux se mettent à couler sur mes joues quand il pose délicatement sa guitare par terre.
J’ouvre la bouche sans trop savoir ce que je vais dire. Il tend les bras et prend mon visage entre ses
mains. Il essuie mes larmes avec ses pouces, se penche, ses lèvres touchant presque les miennes.
‒ Chhh… Tu n’as pas à dire quoi que ce soit. Je ne m’attends pas à ce que tu dises quelque chose. Je
voulais seulement que tu saches ce que je ressens. À quel point tu comptes pour moi.
Je l’embrasse, faufile mes bras autour de son cou. Il bouge sur le lit pour m’étreindre. À mon oreille,
il murmure :
‒ Dahlia, j’aime tout chez toi. Je sais au fond de mon cœur que tu es la femme de ma vie, tellement
fantastique, tellement amusante, tellement belle.
Je sens mon cœur s’emballer et j’ai l’impression qu’il va sortir de ma poitrine. Je tourne la tête et le
regarde dans les yeux. Ces mêmes yeux pétillants que j’ai vus la première fois que je l’ai rencontré.
J’avais pensé ce que je sais aujourd’hui : si j’y plongeais, je n’en sortirais jamais. Ils me disent qu’il
est mon avenir. Je ne peux pas répondre à ses mots. Je ne sais pas comment. Je ferme les yeux en
sachant que je peux lui montrer ce que je ressens. Je l’embrasse amoureusement. Quand j’entrouvre
les lèvres, nos langues se touchent et s’explorent comme si elles pénétraient en territoire inconnu et
venaient revendiquer leur bien.
En reculant légèrement, je m’amuse à aspirer sa lèvre inférieure avant de diriger ma bouche vers son
cou. Je fais passer ma langue sur sa peau lisse et dépose de doux baisers sur son trajet. Je sens ses
muscles à travers le tissu de son tee-shirt en glissant lentement mais fermement mes mains dans son
dos.
Quand mes ongles frôlent sa peau, j’entends un râle grave provenant de sa gorge. Mon désir de lui
faire l’amour est si puissant ; je sens mon cœur battre plus fort chaque seconde. River doit le sentir
aussi parce qu’à cet instant, il attrape mes bras et me pousse délicatement en arrière, si bien que je me
retrouve allongée sur le lit, plongée dans ses yeux verts brillants. Ses mains se déplacent vers les
miennes pour entremêler nos doigts. Il lève mes bras au-dessus de ma tête et passe doucement sa
langue sur mes lèvres.
J’ouvre la bouche et laisse sa langue entrer. Il lâche une de mes mains, mais l’attrape aussitôt avec
l’autre pour conserver mes bras coincés au-dessus de ma tête.
Toujours au-dessus de moi, ses genoux au niveau de mes hanches, il rompt notre baiser et fait glisser
sa bouche vers mon oreille. Tout en parcourant la longueur de mon bras du poignet à l’épaule avec sa
main libre, il murmure de la plus sexy des voix :
Mon corps frissonne d’anticipation. Il passe ses doigts sur l’avant de mon tee-shirt, sur un sein, puis
l’autre, mes mamelons durcissant à son contact à travers le tissu. Quand il atteint le bord de mon tee-
shirt, il le soulève lentement le long de mon corps, révélant ma peau couverte de chair de poule. Il se
lèche la lèvre inférieure lentement avant de baisser la tête. Il remonte encore mon tee-shirt au-dessus
de ma cage thoracique. Sa langue touche ma peau nue juste sous mes seins et suit le tracé de mon tee-
shirt comme si elle essayait de le rattraper. Une fois que mes seins sont exposés, sa langue vient
titiller mes tétons durcis en décrivant des cercles encore et encore. Je commence à gémir. Il tient
toujours mes mains au-dessus de ma tête et, même si j’en meurs d’envie, je ne peux pas le toucher.
Je cambre mon dos pour que sa bouche puisse plus aisément accéder à mes seins douloureux.
‒ … je veux te toucher.
Il soulève mon tee-shirt à son maximum pour sucer mes deux seins, l’un après l’autre, comme si
c’était vital pour lui. La sensation de ses doigts qui tracent des motifs délicats sur mon ventre nu est
incroyable.
En levant la tête, River sourit quand il retourne à mes lèvres avant de lâcher mes mains. Nos langues
se mêlent dans nos bouches, et mes bras enlacent son corps pour une étreinte affectueuse. Il s’éloigne
de mes lèvres pour nous redresser tous les deux et nous mettre en position assise. Sans rien dire, il
m’enlève mon tee-shirt et le jette par terre près du lit. Je suis son exemple et lui retire le sien. Quand il
touche le sol, il est déjà en train de m’allonger de nouveau sur le lit. Je devine qu’il veut mener la
danse et j’accepte volontiers de le laisser faire. Chacune de ses caresses, chacune de ses morsures est
tellement sensuelle que c’en est presque insupportable. J’adore. J’en veux encore.
Penché au-dessus de moi, cette fois sans tenir mes bras, il pose ses mains et ses genoux de chaque
côté de mon corps pour soutenir son poids. Il fait glisser sa langue douce le long de mon corps ; mes
mains se promènent sur son dos nu. Elles appuient sur chaque muscle ferme et bien dessiné que je
rencontre sur mon chemin, et il pousse un râle profond. Il continue son exploration en effleurant ma
peau du bout du nez et, quand il plonge sa langue dans mon nombril, je me tortille. Il atteint le bord
soyeux de ma culotte en dentelle noire. Je réalise vers où il se dirige, et le désir me submerge.
Je fais alors remonter mes mains dans le dos de River et passe sur ses épaules et sa nuque pour
attraper des poignées de cheveux entre mes doigts. Je l’incite urgemment à descendre la tête,
encourage sa bouche à atteindre sa destination finale. Il passe ses index sous l’élastique de ma culotte
de chaque côté et marque une pause avant de placer ses lèvres entre mes jambes légèrement écartées.
Quand il dépose des baisers délicats sur ma zone la plus sensible à travers le tissu de ma culotte déjà
très mouillée, je vois presque des étincelles s’envoler. Je suis de plus en plus mouillée et j’ai
désespérément envie de lui.
Il tire ma culotte et la descend le long de mes genoux et de mes chevilles avant que je ne m’en
débarrasse d’un coup de pied.
Les mains à plat sur le lit pour me soutenir, je soulève les hanches pour m’offrir à lui. Après avoir
écarté un peu plus mes jambes avec ses mains, il suce et mordille la peau à l’intérieur de ma cuisse,
approche en déposant des baisers sur mon entrejambe qui l’attend avec impatience. Quand il caresse
enfin mon sexe avec le bout de sa langue, c’est purement divin et je pousse un gémissement profond.
Je sens sa bouche afficher un sourire en réaction à mes propos. Il continue à me procurer du plaisir
avec sa langue malicieuse sans jamais lever la tête et interrompre sa tâche. En me cabrant alors
qu’une vague de plaisir déferle sur moi, consciente que je suis proche de l’orgasme, je me frotte
contre sa bouche. Mes muscles commencent à se contracter. La langue de River me masse avec la
pression idéale.
Quand il aspire fort une dernière fois, je ne peux plus retenir les vagues de plaisir intense, explosif
qui se répercute dans mon corps. L’extase me fait répéter son nom. Sa langue continue à me caresser,
prolongeant ce moment absolument incroyable et merveilleux. Quand mon voyage au paradis
s’achève et que je reviens sur terre, je retiens mon souffle et remarque que River me regarde avec un
grand sourire plaqué sur son adorable visage.
‒ Salut, ma belle ! lance-t-il en se penchant pour déposer un baiser sur le bout de mon nez.
Ses yeux croisent les miens. Je lui souris, essayant de retrouver mes esprits.
‒ Salut, toi.
Sur ce, il se redresse et se lève près du lit. Il sort son téléphone de sa poche et le pose sur la table de
chevet. Il se retourne et enlève brusquement un drap de la baie vitrée, laissant un peu de la lumière du
jour pénétrer dans la chambre. Je sais sans même regarder qu’il pleut toujours. J’entends les gouttes
couler sur la vitre à un rythme régulier. C’est apaisant et cela a un effet calmant sur moi.
Mais le calme ne dure pas, car River s’approche, saisit mes chevilles et se met à genoux sur le sol, au
bord du lit, avant de tirer mon corps nu vers lui. Il soulève mes genoux, pose mes jambes sur ses
épaules.
Je resserre mes pieds autour de son cou. Tous mes sens sont en éveil pour lui. Je sens son souffle
chaud entre mes cuisses. Il baisse la tête et embrasse mon ouverture. Ses pouces écartent délicatement
mes lèvres, puis sa langue pénètre ma fente déjà mouillée.
‒ Chhh, détends-toi, murmure-t-il avant de continuer de sucer et titiller chaque centimètre carré de
mon sexe.
Je me sens mouiller ; c’est comme s’il m’embrassait de l’intérieur, et je voudrais qu’il ne s’arrête
jamais. Je souris. Peut-être que je peux le refaire ? Il glisse un doigt, puis un autre au fond de moi et
fait remonter sa langue sur moi. Au moment où il frôle mon point G, je sais que je peux décidément
le refaire.
J’entends la pluie battre plus fort sur les vitres. Elle représente parfaitement le plaisir qui monte dans
mon corps. Je ferme les yeux et tourne la tête sur le côté, alors que mes lèvres s’entrouvrent et que
ma respiration devient plus rapide et superficielle. Quand je me sens approcher, il enlève soudain ses
doigts et glisse sa langue au fond de moi tout en posant ses mains sur mes cuisses. En fait, il me
maintient en place. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi érotique avant. Contractant les muscles de mes
jambes quand je sens l’orgasme arriver, je veux décoller les hanches et mes cuisses du lit, mais je ne
peux pas. Cela ne fait qu’attiser l’intensité de ce que je ressens.
Je crie et viens plus fort que tout à l’heure. Une vague interminable de bonheur primaire me
submerge.
C’est comme si j’étais catapultée dans une mer somptueuse un jour de tempête. Je ne veux pas
rejoindre le rivage. La langue de River ne s’arrête pas. Elle extrait une fois de plus chaque once de
plaisir de mon corps.
J’ouvre les yeux quand les répliques de ma délivrance s’atténuent et me concentre directement sur son
beau visage.
Il fait suivre chaque mot d’un baiser, remonte le long de mon corps pour finalement plaquer ses
lèvres sur les miennes.
En passant les mains dans ses cheveux doux et ébouriffés, je le serre contre moi et approche mes
lèvres de son oreille.
J’ai du mal à croire qu’après deux orgasmes époustouflants, j’aie non seulement l’énergie, mais un
désir intense de le sentir en moi. Je vibre déjà à cette idée.
Il se lève près du lit pour enlever son jean et son boxer. Je prends un moment pour m’asseoir et jeter
un œil par la fenêtre derrière lui. Il fait de plus en plus sombre, pas seulement parce qu’il est tard,
mais aussi à cause des nuages d’orage qui se sont manifestement installés. La pluie tombe à torrents,
mais j’aperçois quand même vaguement le panneau HOLLYWOOD au loin, et le regarder me fait
toujours sourire.
Le temps sombre et orageux offre un tel contraste avec l’atmosphère radieuse, paisible et tendre entre
les murs de cette chambre.
Je me tourne pour regarder River. J’admire son magnifique corps nu, chaque centimètre de la tête aux
pieds. Il me fixe avec un sourire espiègle en s’essuyant la bouche avec son bras. Je trouve ça
terriblement érotique. Je ne peux m’empêcher de frissonner à l’idée de ce qui nous attend.
Il remonte sur le lit et je tends les bras vers lui, impatiente d’entremêler nos corps. J’enlace son cou,
il me guide délicatement et me pousse contre la nouvelle tête de lit jusqu’à ce que je sois assise, les
genoux repliés sous moi et le dos contre le cuir noir froid.
En levant les bras, j’attrape le haut de la tête de lit. Il s’agenouille devant moi. Quand je le parcours
des yeux, je vois bien qu’il est tout à fait prêt : le bout de son sexe est déjà luisant. Je ne peux attendre
une seconde de plus. J’ai besoin de le sentir en moi maintenant.
Je tremble légèrement quand il écarte mes jambes. D’un geste rapide mais doux, il s’enfonce en moi
et me remplit de toute sa longueur. Mes mains tiennent toujours fermement la tête de lit. Je l’entends
émettre un râle profond.
Incapable de lui répondre, je lâche la tête de lit et passe mes bras autour de son corps pour le tirer
encore plus près de moi. En appuyant ma bouche contre la sienne, je sens la douceur veloutée de sa
langue caresser la mienne. Le rythme de son baiser est synchronisé avec celui de ses à-coups en bas.
Je suis toujours appuyée contre la tête de lit en cuir, et il continue à bouger. Il m’attrape brusquement
et nous fait rouler pour que je me retrouve dessus. Sa tête repose sur les oreillers douillets qui ornent
le lit. Je regarde son visage. Nous fermons tous les deux les yeux quand j’accélère. Il stabilise mes
hanches pour me maintenir exactement où il veut que je sois. La sensation familière monte en moi.
Les mouvements de River m’amènent vers une nouvelle délivrance, et je sais que je ne tiendrai plus
très longtemps.
‒ Ouvre ces beaux yeux noisette, ma sexy girl. Je veux les voir quand nous jouirons ensemble, dit-il
avant de ne plus pouvoir parler.
C’en est assez. Je force mes paupières à s’ouvrir et fixe autant que possible ses yeux lorsque je trouve
la délivrance. Il me fait dépasser l’insupportable, voler en un millier d’éclats splendides, voyager
dans un tout autre univers.
‒ Oh ! River, dis-je avec un gémissement bruyant, à bout de souffle alors que j’atterris doucement.
‒ Je t’aime, lâche-t-il.
Avec seulement quelques coups supplémentaires, il trouve sa propre délivrance et frémit à son tour.
C’est tellement beau, et je sais que je n’oublierai jamais ce moment. Je veux lui dire la même chose
parce que je suis amoureuse de lui et de toutes les petites choses qu’il fait, mais les mots n’arrivent
pas à sortir.
21
Lui expliquer pourquoi je ne voulais pas qu’il vienne avec moi à Laguna Beach a été l’une des
conversations les plus difficiles que j’ai eues avec quelqu’un que j’aime. Malheureusement, la plupart
des personnes que j’ai aimées ne sont plus de ce monde.
Bizarrement, je peux lui dire « Je t’aime » dans ma tête, mais je suis incapable de l’exprimer de vive
voix. Je ne comprends pas pourquoi. Est-ce parce que j’ai perdu presque tous ceux que j’ai aimés ?
Ou est-ce parce que je n’ai été amoureuse que d’une autre personne et que ces mots lui appartiennent,
n’ont jamais été prononcés que pour lui ? Les dire pour quelqu’un d’autre que Ben m’effraie. Pour
moi, ces mots évoquent tellement plus qu’un simple « Je t’aime ». Je ressens bien plus que ça pour
River. J’ai le sentiment d’avoir rencontré la personne à qui j’étais destinée et avec qui je devais être
connectée. Nous sommes comme deux pièces d’un puzzle qui s’assemblent parfaitement, et cela me
terrifie.
Ni lui ni moi n’avons mangé pendant la journée. Soudain, la faim s’est manifestée, et nous avons
commandé le repas. Nous avons avalé une quantité indécente de plats chinois. J’ai ensuite décidé
d’aborder le sujet avec circonspection. Alors qu’il était assis en tailleur sur son lit, je me suis penchée
en posant mes mains sur ses cuisses
‒ Tu n’as même pas besoin de le demander, mais je te le promets, a-t-il répondu en traçant une croix
sur son cœur avec sa main libre.
‒ J’aimerais t’expliquer quelque chose, ai-je commencé avec une prudence évidente dans la voix.
‒ D’accord.
J’ai serré son poing avec mes mains et maintenu ses doigts en place. Je lui ai expliqué qu’il y avait
encore des traces de Ben partout dans ma maison. Que je ne m’étais pas encore séparée de ce qui lui
appartenait et que j’avais seulement commencé à emballer quelques affaires avant de partir pour Las
Vegas. Je lui ai parlé un peu plus de la tristesse de ma vie, ces deux dernières années, et du fait que
j’avais décidé récemment qu’il était temps d’aller de l’avant. En fait, je venais tout juste de mettre la
maison en vente.
‒ C’est juste que je ne veux pas que ça fasse bizarre pour toi ou pour moi, si tu viens et vois les
vestiges de ma vie avec…
Il ne m’a pas laissée terminer et m’a soulevée légèrement avant de me serrer contre lui. Alors que ma
tête reposait sur l’oreiller, il m’a caressé la joue. En se penchant, il a embrassé mon nez, puis a
chuchoté à mon oreille :
Je me suis arrêtée là et l’ai laissé m’embrasser, me caresser, m’étreindre et m’aimer pour le reste de
la nuit. Mais là, tandis que nous arrivons devant le pavillon de style années 1940, je ne suis plus sûre
que ce soit une bonne idée. En regardant les fleurs sauvages violettes qui ont envahi la cour, et le toit
à pignons qui a désespérément besoin d’être réparé, je commence à être un peu mal à l’aise.
‒ Je ne t’ai jamais imaginée vivre dans une maison jaune avec une clôture blanche.
‒ Quand on veut vivre près de la plage, on prend ce qu’il y a de disponible sur le marché, dis-je d’un
ton suffisant, me sentant déjà nerveuse après sa remarque.
La pluie tombe si fort que la visibilité est proche de zéro. C’est un vrai déluge et je me demande s’il y
a de nouveau des fuites dans le vieux toit de ma maison. River met son bonnet avant d’ouvrir la
portière.
J’adore quand il porte ce bonnet ; cela me rappelle toujours la première fois où je l’ai vu. Il prend
mes bagages dans le coffre et vient à ma portière. Bien sûr, ni lui ni moi n’avons de parapluie.
Comme j’essaie d’utiliser mon sac à main pour me couvrir, il enlève sa veste en cuir et la tend au-
dessus de ma tête. Nous remontons rapidement l’allée de pierre pour nous abriter sous le porche.
En essuyant les gouttes sur mon visage, je jette un coup d’œil à la grande porte d’entrée en voûte. Elle
est légèrement entrouverte. La terreur s’empare de moi, car les images d’un homme masqué
envahissent mon esprit.
‒ Non.
Tout mon corps tremble, et la peur m’accable. Ma mâchoire est crispée. Je transpire légèrement.
Ignorant ma requête, il continue vers la porte et l’ouvre entièrement avec un coup de pied.
‒ Hello ?
‒ Dahlia, je ne pense pas qu’il y ait encore quelqu’un. Laisse-moi vérifier. Voir s’il est même
nécessaire d’appeler les flics. Reste là.
‒ Non. Tu n’entres pas tout seul et ne me laisses pas dehors, dis-je à voix basse au cas où il y aurait
quelqu’un à l’intérieur.
Quand nous pénétrons dans la maison, mes sens sont en alerte. River fait de petits pas prudents, et,
hésitante, je le suis. En baissant les yeux, je vois le porte-clés de Ben sur le sol carrelé près du support
en forme de clé que nous avions acheté quand nous avions aménagé.
En regardant par-dessus son épaule, je constate que la pièce à vivre est dans une pagaille monstre. Ce
qui avait été emballé dans des cartons est maintenant éparpillé. Les coussins du canapé sont déchirés,
et du rembourrage jonche le plancher. Le téléviseur est suspendu à son fil au mur, des appareils sont
fracassés par terre ; les cendres de la cheminée semblent couvrir un peu tout, et il y a des milliers
d’éclats de verre au-dessus de l’âtre.
En courant vers la cheminée, je m’écroule par terre en serrant dans mes mains l’un des portraits
brisés. C’est une photo de Ben et moi lors de la remise des diplômes. Le cadre est cassé, mais la photo
est intacte. Je fixe le visage de l’homme que j’ai aimé si longtemps. Mes yeux parcourent les
différents objets qui sont tombés autour de la cheminée.
J’évalue les dommages de mes souvenirs les plus chers et réalise qu’ils sont tous endommagés. Mes
billets pour la tournée Purple Rain glissés près du visage souriant de mon père sont déchirés, mais
ses grands yeux marron semblent me regarder pour me réconforter. La photo de mes parents et moi
devant le Greek, arborant fièrement nos nouveaux tee-shirts de concert repose en morceaux sur une
autre photo, laquelle est à moitié déchirée. Celle-là montre ma tante et mon oncle me tenant dans leurs
bras pendant que le prêtre me baptise, faisant d’eux mes parrain et marraine. La mère de ma tante,
Grammy, se tient près d’eux, ses colliers de perles à son cou.
River pose doucement une main apaisante sur mon épaule. Il s’incline pour s’agenouiller près de moi.
‒ Je ne sais pas, dit-il sur un ton aussi sinistre que mes sentiments.
En me prenant le cadre cassé des mains, ses yeux se plissent en fixant la vieille photo. J’ai
l’impression de voir sur son visage qu’il le reconnaît et peut-être même qu’il a mal quand il dit :
‒ C’est lui ?
J’ai remarqué que, tout comme Aerie, il ne prononce jamais le nom de Ben, mais pour une tout autre
raison.
‒ Viens, on va voir s’il manque quelque chose et appeler la police. La personne qui était là est partie.
Je serre sa main et sens chaque muscle de mon corps se raidir alors que je me force à respirer pour
arrêter d’hyperventiler.
Il désigne le petit vestibule à l’arrière de la pièce qui mène à ma chambre et au bureau de Ben. Il me
devance et je garde les yeux fixés droit devant, cherchant constamment les éventuels intrus, même si
je sais qu’ils sont partis. La maison est trop calme pour qu’il y ait quelqu’un. C’est le même calme
que j’ai connu heure après heure, jour après jour pendant bien trop longtemps.
Un craquement sous mes pieds me fait sursauter lorsque nous approchons de ma chambre. Nous nous
immobilisons tous les deux aussitôt. Il se retourne, et nous baissons les yeux sur mes Converse
noires. Je lève les pieds et je trouve dessous une feuille de papier froissée. Je reconnais
immédiatement la tranche dorée. C’est une page de l’un des nombreux journaux de Ben.
Je me baisse et attrape soigneusement la feuille, caressant le bord satiné et la serrant dans ma main.
J’essaie de retenir mes larmes et échoue lamentablement lorsque la tristesse et le chagrin s’écoulent
sur mes joues. J’ai le cœur brisé en regardant dans le bureau. Les journaux que Ben aimait tant
couvrent le sol avec des fragments de son ordinateur portable et divers livres déchirés. De très
nombreuses pages de journal autrefois vierges sont déchirées, froissées et en boule un peu partout. Sa
belle écriture est toujours visible dans ce désordre infâme.
En couvrant ma bouche avec ma main, je ne peux retenir un « Non, pas ses journaux » alors que je
m’effondre complètement. Qui a bien pu faire ça ? Pourquoi ?
River me serre dans ses bras. Nous restons entre ma chambre et le bureau.
‒ Tout va bien se passer. Je vais m’occuper de tout ça pour toi. Allez, ressortons d’ici, murmure-t-il.
‒ Je veux tout voir. C’est ma vie. Brisée et détruite. Il faut que je le voie !
Je crie ces mots en me dirigeant vers ma chambre, où je reste figée dans l’encadrement, incapable de
bouger, mais incapable de détourner les yeux.
Les oreillers sont éventrés, le matelas est sens dessus dessous, et un fauteuil est basculé sur le côté. Ce
que je vois ensuite, en baissant les yeux vers le sol, me fait l’effet d’un poignard qu’on m’enfonce
dans le cœur. Parmi tout ce désordre et ce chaos se trouvent mes colliers brisés et mes poupées
éparpillées, les objets que je chéris le plus dans cette pièce. Des perles, blanches et noires, couvrent le
sol, coincées entre les lames du plancher. Certaines se mettent à rouler quand je trouve enfin le
courage d’avancer. Je ramasse ma poupée Ken au passage.
Perdant tout sens du raisonnable, je pose la poupée sur ma commode et attrape le mug argenté qui se
trouve sur mon patchwork en tee-shirts. Je m’effondre par terre et commence à ramasser les perles et
les déposer dans la tasse. L’ironie de la chose, c’est que c’est le seul objet intact dans la pièce ; le
cadeau que m’a fait Ben pour recoller ce qui avait été brisé entre nous.
River se penche et prend la tasse de mes doigts tremblants. Le front plissé et avec une voix inquiète, il
dit :
‒ Laisse-moi faire. Mais, d’abord, allons te chercher un verre d’eau et retournons à la voiture. Je
pense que tu en as vu assez. Selon moi, il s’agit de vandalisme à l’aveugle.
Bizarrement, je pense qu’il a raison. Rien ne semble manquer, mais tout est détruit. C’est comme si
une tornade avait ravagé ma maison en emportant sur son passage tout ce qu’il restait des gens que
j’ai aimés et perdus. Comme si mon monde n’avait pas déjà été assez brisé, je n’ai plus rien d’autre
que mes souvenirs flous. La maison ressemble à ce qu’a été mon âme pendant si longtemps après la
mort de Ben.
Ravivées par les émotions, mes blessures internes se rouvrent, et les sentiments de désespoir
recommencent à tourner dans ma tête.
River parle, mais je ne l’entends pas. La sirène entêtante de mes jours brisés résonne dans ma tête.
Des nuages noirs s’installent avant que je ne repousse ce sentiment sinistre. J’essaie de voir en dehors
de ma propre tête, mais la destruction qui s’étale devant moi fait revenir la douleur par vagues. Tout
est cassé. Tout ce qu’il me restait de lui, de mes parents m’a été enlevé. Les souvenirs sont de moins
en moins vivaces, et, maintenant, les objets qui me les rappelaient au quotidien ont disparu. J’ai
besoin de les retrouver. Je ne veux pas que mes souvenirs s’effacent.
Je pose le mug par terre et me mets à quatre pattes pour ramasser les perles brillantes.
‒ Elles étaient à ma tante. Elle les adorait. Elles appartenaient à sa mère, ma Grammy, et elles étaient
très importantes à leurs yeux.
Il s’accroupit près de moi et dépose une perle dans la tasse. Puis, en caressant ma joue avant de me
faire délicatement lever le menton, il me regarde avec amour.
Réconfortée par sa simple caresse et ces mots doux, je retrouve mes esprits et continue à ramasser ce
que je peux des perles avant d’arrêter et de me mettre à genoux. Il continue à récupérer toutes les
perles magiques. J’ai maintenant l’impression que je devrais lui expliquer ma réaction hystérique en
voyant mes colliers cassés.
Essuyant mes joues couvertes de larmes à nouveau, je bégaye.
‒ River, dis-je en marmonnant avant de m’approcher de lui parce que j’ai besoin qu’il soit tout près.
Il lève les yeux vers moi, se met à genoux et me prend dans ses bras sans me lâcher.
À genoux sur le sol que le malin vient de fouler, il appuie simplement son front contre le mien. Ma
bouche reste immobile, même lorsque les mots sortent.
‒ Quand j’étais petite, j’allais souvent avec ma tante chez sa mère pour lui rendre visite. Même si la
mère de ma tante n’était pas vraiment ma grand-mère, je l’aimais beaucoup. Je l’appelais Grammy et
elle était vraiment comme une grand-mère pour moi, la seule que j’aie jamais eue.
Je marque une pause, recule et ramasse la tasse. Touchant les perles qui ne sont plus reliées par leurs
splendides fils, je continue :
‒ Elle portait tout le temps ces perles. Quand je lui rendais visite, elle les mettait autour de mon cou et
les appelait « puits à souhaits magiques ».
La gorge serrée, je repose la tasse et dessine des cercles imaginaires autour de mon cou avant
d’ajouter :
‒ Grammy me racontait toujours que porter ces perles exaucerait tous mes vœux.
‒ Quand elle est morte, ma tante les a récupérées. Ma tante est morte à son tour, et les perles me sont
revenues.
Je m’effondre à nouveau par terre et, incapable de supporter la douleur plus longtemps, je cache mon
visage dans mes mains. Ses bras forts m’entourent, et il murmure dans mon oreille :
‒ Ça avait l’air d’être une femme fantastique. Nous récupérerons sa magie, Dahlia. Mais, maintenant,
tu as besoin de faire une pause.
Les paroles de River soulagent ma douleur. Il s’écarte, et je croise son regard affectueux. Soufflant
l’air que je retenais, j’éprouve un sentiment de calme. Il coule dans mes veines. De nouvelles
émotions émergent, et je me jette sur lui. Je tiens son visage entre mes mains et le regarde droit dans
les yeux. Les mots que j’étais incapable de prononcer surgissent soudainement :
‒ River, je t’aime.
Il m’étreint plus fort que, à mon souvenir, quiconque ne l’a déjà fait. Après quelque temps dans les
bras l’un de l’autre, il susurre à mon oreille :
Je suis assise sous le porche en train d’envoyer un message à Grace pour lui dire que nous arriverons
dans un petit moment. Je lui ai assuré tout à l’heure que j’allais bien quand je l’ai appelée, mais elle a
insisté pour que nous venions dîner une fois que les dégâts auront été signalés. Elle a aussi invité
Serena.
J’ai un peu d’appréhension à l’idée que River la rencontre. Elle ressemble tellement à Ben : même
couleur de cheveux, mêmes yeux bleu myosotis. Comme il a vu la photo de Ben, River risque un peu
de flipper.
Après presque trois heures, la police a enfin terminé de faire son rapport, de prélever des empreintes,
de m’interroger à proposer des objets manquants et de prendre des photos des dommages.
En posant mon téléphone sur la desserte, je me balance une dernière fois dans le vieux rocking-chair
installé sous le porche à l’avant de la maison. Une jeep noire s’arrête sur le trottoir. Il pleut toujours,
mais légèrement moins fort. Je reconnais le meilleur ami de Ben à l’instant où il sort de la voiture.
Caleb Holt monte les quelques marches et me prend dans ses bras :
‒ Tu vas bien ?
‒ Serena m’a donné un coup de fil juste après que tu as appelé Grace. Elle s’inquiète pour toi et m’a
demandé de passer pour vérifier que ça va. Désolé d’avoir pris autant de temps pour venir, mais
j’étais à L.A., explique-t-il en s’avançant vers la porte d’entrée quand River sort.
‒ Dahlia, je crois que j’ai pris tout ce que tu voulais. Comme ta voiture est pleine, je vais mettre ça
dans la mienne ! lance-t-il, une caisse chargée de mes objets les plus chers mais cassés dans les bras.
Après avoir failli heurter River, Caleb me regarde, et je vois dans ses yeux qu’il ne sait pas du tout
que je suis revenue avec un autre homme.
Ils s’évaluent l’un l’autre en restant là à se fixer. River pose la caisse sur le vieux plancher et
m’adresse un regard interrogateur, ses yeux cherchant des réponses dans les miens. Je présente le
meilleur ami de mon ex-fiancé à mon nouveau petit ami. Le moment est délicat, surtout que ni l’un ni
l’autre ne prend la parole. Finalement, River tend la main, et Caleb la serre non sans avoir eu un
instant d’hésitation.
‒ Désolé, je croyais que tu étais seule et que tu avais besoin d’aide pour rassembler tes affaires et
t’installer chez Grace, avoue Caleb en s’écartant pour laisser passer River.
River s’approche et se tient aussi près de moi que possible. Je prends sa main pour lui garantir que je
vais bien.
River parcourt l’allée jusqu’à la rue où sa voiture est garée. Caleb me regarde.
‒ En fait, je vais rester chez lui jusqu’à ce que je puisse ranger cette pagaille.
En me frottant les yeux pour soulager l’épuisement causé par cette journée, je lui réponds :
‒ Pas du tout, mais c’est une vraie ruine. Puisqu’il ne manque rien, la police pense qu’une bande de
gamins est venue vandaliser la maison.
Il entre.
River revient, et je passe mon bras autour de lui avant de poser ma tête sur son épaule.
‒ Merci.
‒ Caleb est un agent d’élite de la Navy et le meilleur ami de Ben depuis leurs sept ans. Nous avons
tous grandi ensemble sur la plage.
‒ Que fait-il là ?
‒ Pourquoi ?
Regarder River traverser le couloir qui mène à ce qui était la chambre de Ben et la mienne me
procure un sentiment étrange. Si cela dérange River, il le cache bien, et je réalise soudain que
retrouver mon passé en pièces m’a en fait rapprochée de mon avenir.
Avant de quitter la maison, River et Caleb en ont fait le tour pour sécuriser toutes les fenêtres et les
portes. Ils n’ont pas eu de longues conversations et ne se sont même pas vraiment regardés, mais ils
se sont mis d’accord pour se retrouver ici samedi. Ils vont sortir les meubles qui ne peuvent être
sauvés et les mettre sur le trottoir. La police n’a trouvé aucune preuve d’effraction, et cela me
préoccupe. Comment quelqu’un a-t-il pu entrer ? Un agent m’a dit que l’auteur savait ce qu’il faisait et
avait probablement forcé l’une des vieilles serrures. Il a ajouté qu’il avait peut-être une clé. J’ai
trouvé ça très déroutant et préféré me dire que la vérité, c’était ce que le premier agent avait suggéré :
des ados qui étaient entrés pour s’amuser. De toute façon, qui que ce soit, il l’a fait avec l’intention de
transformer ma maison en un champ de bataille. Peu importe qui c’était, ce qu’il a fait est
impardonnable.
En m’éloignant de l’allée avec tous les souvenirs qui ont pu être sauvés à l’arrière de mon Audi Q7
blanche de 2009, je vois clairement que l’extérieur de ma maison a besoin d’autant de réparations que
l’intérieur, maintenant. Je savais que la façade avait besoin d’un ravalement, et le toit, d’être remplacé
depuis longtemps. Ben et moi avions prévu de le faire. Elles étaient en haut de notre liste, mais, quand
notre liste est devenue ma liste, la maison n’a plus eu aucune importance pour moi. Maintenant, sans
que je sache pour qui, elle compte. Son triste état délabré me rappelle tellement le mien avant de
rencontrer River. Je veux m’en occuper et la soigner comme River m’a aidée à guérir. Mais, tout
comme pour moi, ce n’est pas facile. Les réparations extérieures seront certainement simples ; il
suffira d’embaucher des artisans pour remplacer et réparer les parties délabrées. Il n’en sera pas de
même pour l’intérieur.
En secouant la tête, je me demande comment une maison laissée vide pendant seulement six jours peut
ressembler à une zone de guerre. Tout comme les conflits engendrent des réfugiés, ce chaos a fait de
moi une sans-abri. Mais, contrairement à eux, j’ai un havre de paix.
En passant en voiture devant le panneau À VENDRE dans le jardin de devant, je suis triste à l’idée de
ne pas pouvoir passer une autre nuit dans cette maison. De ne plus jamais ressentir la chaleur et le
confort que j’embrassais si volontiers avant que Ben ne soit tué. Ben et moi adorions cette maison,
avec sa clôture en bois et tout le reste. Je me souviens que je disais à Ben que je ne voudrais jamais
déménager.
Notre maison avait tout ce dont j’avais besoin, tout ce qui était important pour moi : la plage à
proximité, un fantastique jardin, une arrière-cour tranquille et un porche à l’avant où nous pourrions
vieillir et raconter nos aventures à nos petits-enfants.
La tristesse qui m’envahit désormais n’est pas injustifiée. Que quelqu’un veuille détruire les
possessions personnelles d’un autre dépasse mon entendement. Les choses qu’ils ont détruites au
hasard étaient les repères de mon passé, tout ce qu’il me restait des gens que j’aimais tant. Voir mes
perles éparpillées comme ça, enlevées d’un bel anneau d’espoir et transformées en petites îles
désolées m’a brisée à nouveau, mais, cette fois, je n’étais pas seule. River était là pour m’apaiser.
Après avoir fait taire mon chagrin et essuyé mes larmes avec sa présence, il a réfléchi à ce qu’il
fallait faire par la suite.
Appeler la police, rassembler tout ce que je voulais prendre avec moi et retourner chez lui.
J’ai accepté d’y retourner, mais seulement pour la nuit. Il ne voulait pas que je sois seule, et,
honnêtement, moi non plus. Il a accepté de s’arrêter d’abord chez Grace pour le dîner et de décharger
les affaires que je voulais mettre en sécurité, mais il n’a pas voulu que je reste chez Grace. Il
souhaitait que je sois avec lui. Je lui ai expliqué que j’ai non seulement besoin d’être à moins de
soixante minutes de ma maison pour toutes les estimations de réparation que je vais devoir gérer,
mais qu’il faut que je travaille sur moi pour me sentir indépendante avant de pouvoir penser à vivre
avec lui. Il n’a pas remis en question mon point de vue, n’a pas protesté, mais il n’a pas non plus
acquiescé. Sentant peut-être ma confusion, il a laissé couler. Au lieu de cela, il m’a embrassée et
serrée fort dans ses bras.
En arrivant chez Grace, je réalise que la tempête est presque terminée. Le vent semble plus calme, et
les énormes nuages qui menaçaient, comme un parapluie noir qui avait l’air si près que j’aurais pu le
toucher, se dissipent.
Attendant River, debout dans l’allée, je sens une brise fraîche, et un rayon de soleil passe. Lorsque je
lève les yeux vers le ciel, une petite goutte de pluie tombe sur ma joue, si fine et légère que je ne
prends même pas la peine de l’essuyer. C’est comme une larme que j’accueille chaleureusement.
L’odeur du sable mouillé pénètre mes sens alors que la pluie s’efface pour laisser place à une belle
nuit étoilée.
Je suis légèrement nerveuse à l’idée de présenter Grace à River. Même si Grace est la femme qui m’a
épaulée pendant mon adolescence en m’apprenant à conduire, en m’amenant faire les boutiques pour
trouver la robe pour mon bal de promo, en m’aidant à remplir mes candidatures pour l’université et
même en m’accompagnant à ma première visite chez le gynécologue pour que je prenne la pilule,
c’est aussi la mère de Ben. Je suis sûre qu’elle acceptera un nouvel homme dans ma vie. En fait, je le
sais, mais ce sera quand même délicat de présenter la mère de mon ex-fiancé à mon nouveau petit
copain. Parce que c’est une femme fantastique et parce que je l’aime comme si c’était ma mère, je
veux qu’ils fassent connaissance. J’aspire à être comme elle.
Elle est plus petite que moi avec des cheveux blonds qui tombent sur ses épaules. Sa peau de
porcelaine ne porte pas les marques du temps, et ses yeux bleu profond sont toujours paisibles. Elle
n’est pas seulement belle, elle voit aussi la vie en rose. Elle laisse très rarement quelque chose la
tourmenter.
Elle est forte et indépendante, amusante et tendre, attentionnée et toujours présente. Elle représente
tout ce qu’une fille voudrait chez sa mère, et j’ai eu la chance qu’elle endosse volontiers ce rôle
quand ma propre mère aimante n’a plus pu le faire.
Serena est aussi une femme fantastique qui, j’en suis sûre, acceptera qu’il y ait un nouvel homme dans
ma vie. Elle m’a aidée à surmonter la mort de son frère avec tant d’amour et de compréhension que
j’ai aussi l’impression qu’elle est ma sœur.
En marchant dans l’allée pavée pour rejoindre River dans sa voiture, je remarque qu’il est au
téléphone. Je m’arrête et, en jetant un œil par-dessus mon épaule, je contemple l’océan, qui me donne
aussitôt le sourire. J’aime tout de la plage : son odeur, ses bruits, l’embrun et son paysage parfait.
Cela fait longtemps que je n’y ai pas marché. En fait, je n’ai pas enfoui mes orteils dans le sable
depuis… Je chasse cette pensée en secouant la tête. J’ai déjà bien assez de pensées tristes que j’essaie
de repousser.
La plage me rappelle constamment Ben. Chaque fois que je suis venue chez Grace, lors de ces deux
dernières années, je suis restée à l’intérieur, refusant de reconnaître ou embrasser la beauté calme de
la plus grande merveille de la nature. Aujourd’hui, je lui fais bon accueil. Elle m’a manqué, et j’ai
envie de courir vers elle.
Je me retourne et, au lieu de courir vers la plage, je cours vers lui. En le regardant inspirer l’air pur
et vivifiant, je me jette à son cou et inhale son parfum frais. C’est comme une brise chaude dans toute
sa splendeur tandis qu’il m’enlace et me serre fort dans ses bras.
Quand j’écarte les bras, je sens la beauté de l’océan et laisse les restes de ma tristesse être balayés par
l’air marin. J’entends un petit rire et, soudain, des lèvres douces et des mains fortes sont sur moi. Je
sais qu’il est mon foyer. La maison que nous venons de quitter n’est rien de plus que cela : un toit. Je
lui prends la main et le tire vers la porte d’entrée.
Grace doit avoir entendu les voitures dans l’allée parce qu’elle sort avant que nous ne tapions à la
porte. Elle porte une robe portefeuille simple et des sandales plates avec ses habituelles boucles
d’oreilles en diamants et l’alliance qu’elle n’enlève jamais, même si son mari est mort il y a plus de
vingt ans.
Elle me sourit avec un soulagement évident dans les yeux avant de se jeter dans mes bras.
‒ Grace, la maison est en ruine, dis-je en essayant de ne pas pleurer. Mais je vais bien.
Elle me fixe quelques secondes. Je sais qu’elle s’assure que je vais réellement bien parce qu’elle
sonde mes yeux comme elle le fait chaque fois qu’elle me voit.
‒ Bonjour, tu dois être River, dit-elle avec un regard chaleureux et réconfortant. Ravie de te connaître.
J’ai entendu tant de choses magnifiques sur toi.
‒ Madame Covington, c’est aussi un plaisir pour moi de vous rencontrer. J’en ai entendu autant à
votre sujet, dit-il en lui serrant la main.
‒ Appelle-moi Grace, fait-elle en lâchant sa main pour le prendre dans ses bras.
Je l’entends murmurer « Merci » à son oreille, et le petit sourire de River devient immense et éclatant,
ce qui en dessine un sur ma bouche et fait fondre mon cœur.
En regardant autour de nous, je remarque que la voiture de Serena n’est pas là. Je demande où elle est.
‒ Oh ! c’est dommage, dis-je, un peu triste qu’elle ne puisse être là. Je l’appellerai plus tard.
En regardant vers la plage, je me dis : Oui, je suis toujours bouleversée par ma maison et tout ce qui a
été détruit, mais je vois de l’espoir dans mon avenir et ça mérite que je sourie. Grace me regarde, et je
ne cherche rien de particulier. Au lieu de cela, je lui adresse mon plus grand sourire, celui qui a enfin
réapparu le jour où j’ai retrouvé River.
22
Memories
‒ Tu peux rester ici, tu sais. Tu n’es pas obligée de partir, répète-t-il pour la deuxième fois depuis
notre réveil.
Il recule et caresse ma joue. Je soupire et regarde ses yeux suppliants, puis contemple tout son beau
visage, son menton puissant, son nez parfait et ses lèvres charnues.
En baissant les yeux pour éviter son regard, je porte ma bouche à sa main.
‒ River, on en a déjà parlé. On ne peut pas emménager ensemble en se connaissant seulement depuis
une semaine.
C’est ce que j’affirme, mais je suis consciente qu’il sait que ce n’est pas ma seule raison de retourner
à Laguna Beach.
Il sourit. Ses yeux passent de mon visage aux mots écrits sur mon tee-shirt de concert de la tournée
Teargarden des Smashing Pumpkins.
Il hausse les épaules et se repenche pour m’embrasser un peu plus longtemps cette fois avant de dire :
S’éloignant de la voiture, les deux mains dans ses poches, il m’adresse son sourire sexy.
Je le fixe et ris de la référence à l’une de mes chansons préférées des Smashing Pumpkins, « Perfect
», et lui envoie un baiser.
J’attends qu’il me regarde. Lorsque c’est le cas, pour la deuxième fois seulement, je lui dis :
‒ Je t’aime.
Il sourit et ouvre brusquement ma portière pour me tirer à lui. Mon cœur réagit à son contact en se
mettant à battre plus vite. Je ferme les yeux et me presse contre lui ; il sent si bon, la fraîcheur de la
douche. J’appuie mes mains contre son cœur et je jurerais ne pas seulement le sentir battre mais
l’entendre tout aussi fort. Il attrape mon menton et me regarde intensément.
‒ Je t’aime tellement.
La circulation est fluide sur mon trajet d’environ une heure pour rejoindre Laguna Beach. Je profite
de la tranquillité de la nuit étoilée envoûtante pour repenser à cette dernière semaine et la façon dont
ma vie a changé. Mes émotions font les montagnes russes : je suis heureuse et je suis triste.
En jetant un coup d’œil au siège passager vide, arrêtée à un feu rouge, j’attrape le petit cadre
rectangulaire noir que j’ai mis là hier. Il n’y a plus de verre, mais la photo, toujours parfaite, nous
montre, mon père, ma mère et moi, à Disneyland. Je la serre fort contre mon cœur en me souvenant
comme nous nous amusions ensemble. Mon Dieu, que j’aimerais qu’ils soient toujours là avec moi !
Ils me manquent tellement.
Des larmes coulent sur mes joues pendant que je suis au volant, mais ce sont des larmes de réflexion
plus que de tristesse. Nous avons pu récupérer la plupart de mes souvenirs. Oui, la majeure partie est
cassée et a besoin d’être réparée, mais je peux toujours les conserver et les chérir. Les seuls objets qui
n’ont pu être sauvés sont les journaux de Ben. Tandis que River mettaient les cadres photo brisés dans
des caisses, j’ai ramassé toutes les pages écrites par la main de Ben, les ai aplaties et mises dans une
boîte. Je n’avais jamais lu la plupart de ses pensées intimes et je ne pense pas le faire un jour, mais je
voulais tout de même les conserver.
Durant la semaine, j’ai finalement laissé partir Ben. Il sera toujours avec moi, mais j’ai fait de la
place pour quelqu’un d’autre dans mon cœur, maintenant. Les paroles de Grace résonnent dans ma
tête à cet instant, alors que je me remémore nos au revoir d’hier soir devant ma voiture. Elle savait
que je rentrerais ce soir, mais nous étions toutes les deux conscientes que, quand je reviendrais, je ne
serais plus la fiancée de Ben Covington, comme on m’avait souvent appelée après sa mort.
Hier soir, j’ai sorti de mon sac la bague de fiançailles que j’avais rangée il y a longtemps et je l’ai
serrée fort avant de la lui donner. River m’attendait dans sa voiture. J’allais le suivre avec la mienne.
En lui jetant un coup d’œil, j’ai souri et pris une profonde inspiration. J’ai su que c’était le bon
moment.
‒ Dahlia chérie, c’est promis. Tu mérites d’être heureuse et tu es prête pour lui, a-t-elle affirmé en
regardant l’homme qu’elle savait que j’aimais. Ne t’accroche pas aux vestiges de ta vie qui t’ont été
arrachés. Regarde plutôt vers l’avenir.
Nous avons toutes les deux pleuré en nous disant au revoir. J’ai su alors que, quand j’arriverais chez
elle ce soir, ce serait la même femme aimante qu’elle a toujours été, mais elle ne serait plus ma future
belle-mère.
Alors que je roule dans la rue de Grace, je m’arrête au bout de l’allée pavée et décide de marcher
doucement vers la plage. Je ne suis pas venue dans notre endroit préféré depuis qu’il est mort, et ça
m’a manqué. On peut voir le chemin éclairé par la lune, et les vieilles planches battues par le temps
craquent sous mes pieds tandis que je traverse le canal comme je l’ai fait des milliers de fois
auparavant. Les cieux noirs sont illuminés par les étoiles scintillantes, et je crois sincèrement que ma
famille et Ben me sourient de là-haut. Les vagues se cassent à travers l’embrun et sont comme de la
musique à mes oreilles.
La lumière de la pleine lune se reflète sur le sable brillant et le fait étinceler comme des diamants. Le
flux et le reflux de l’eau sont rapides. Elle s’écrase sur les rochers, et l’écume blanche danse sur le
rivage.
Je me baisse et défais les lacets de mes baskets. J’enlève mes Converse et glisse mon téléphone dans
l’une et les laisse sur les dunes. En inhalant profondément, je commence à marcher prudemment sur
ce que je pensais être des sables mouvants pendant ces deux dernières années.
La lumière de la lune danse sur la plage. C’est comme si, euphorique, il clignait des yeux et me
guidait vers ce rivage tant aimé. J’ai l’impression que cet endroit me prépare aux nuits paisibles qui
viendront enfin quand je serai repartie, quand j’aurai fait mes adieux.
Le sable doux ressemble à des grains de sucre sous mes pieds. Il me réconforte à mesure que
j’approche du rivage. Quand j’atteins l’eau, je relâche le souffle que j’ai retenu et pense à Ben dans la
mer, sur sa planche à profiter des vagues. Ces images de toutes les fois où nous nous sommes amusés
ici sur la plage me font sourire.
Un vent frais souffle avec détermination, comme s’il essayait d’aller quelque part. Les magnifiques
palmiers, penchés par les nombreuses tempêtes, semblent assez bas pour embrasser le sol.
Je remonte mon jean. L’eau curative fait des remous, créant des tourbillons autour de mes chevilles.
Quand je le regarde dans l’obscurité, j’ai l’impression que l’océan rit en montant et en descendant.
Je m’assois et m’immerge lentement dans l’eau en prenant de grandes bouffées d’air purifiant. Je
reste assise là je ne sais combien de temps et laisse l’eau nettoyer ma peine cependant que je refais
connaissance avec l’un de mes lieux favoris. Je sais que je n’oublierai jamais Ben malgré toutes les
choses matérielles que j’ai perdues ; son esprit sera toujours avec moi.
En me levant, je regarde le ciel et souris. Je ne m’éloignerai plus jamais de cet endroit. J’adore cette
plage, pas en dépit de ses souvenirs, mais à cause d’eux. Je réalise que, même si mes souvenirs
s’effacent, ils seront toujours les balises de ma route vers l’avenir. Étonnamment, cette idée ne me
dérange pas du tout.
Alors que je retourne vers la maison de Grace et approche des dunes, j’éclate de rire quand j’entends
la voix de Justin Timberlake chanter dans la nuit.
‒ Je ne suis partie que depuis quelques heures, dis-je en regagnant ma voiture. Mais oui, tu me
manques déjà.
23
Miles Apart
Nous sommes à des kilomètres
Souviens-toi simplement
Me réveiller au son de l’eau qui s’abat sur les vitres à nouveau ne me dérange pas vraiment parce que
je sais que nous ne sortirons pas de ce lit chaud et confortable pour aller courir, au moins jusqu’à ce
que la pluie s’arrête. Elle est allongée près de moi, et j’adore comme elle me rend heureux. Je l’aime,
j’aime tout chez elle. Elle est belle, grande, mince et a ces yeux de biche fantastiquement doux qui lui
donnent un air innocent et me donnent envie de toujours veiller sur elle. Mais ce n’est pas que sa
beauté qui m’attire ; il y a tant de choses. Elle est drôle, enjouée, curieuse et forte. Elle est toujours
prête à partir à l’aventure.
Elle adore la nature et ne rate pas une occasion de photographier la beauté de ce qu’elle voit en elle.
Peut-être que son téléphone n’est pas toujours chargé et que ses e-mails s’amassent, mais elle reste
toujours en contact avec les personnes qui comptent pour elle. Elle n’est pas prétentieuse. Elle est
gentille et compatissante ; elle donne de l’argent à presque toutes les personnes qui en demandent
quand on passe devant elles. Son porte-monnaie est très lourd parce qu’elle a toujours environ sept
dollars en pièces sur elle. Elle est simplement formidable.
En roulant sur le côté, je pose ma tête sur mon coude et commence à faire glisser ma main sur sa
peau douce à l’intérieur de sa cuisse. Elle remue pour être face à moi. Je me penche pour l’embrasser
et regarde son beau visage.
‒ Bonjour, ma Belle au bois dormant, dis-je doucement, sentant que je manque légèrement de
sommeil moi-même.
Je sais qu’elle doit être fatiguée parce qu’elle ne se réveille jamais après moi. Au moins, elle ne se
réveille pas au lever du soleil chaque matin grâce aux rideaux occultants que nous avons installés
dans la chambre.
‒ Bonjour, marmonne-t-elle en s’étirant avec le sourire.
Elle se réinstalle, se blottit contre moi et m’offre un baiser pour me saluer. J’adore quand, au milieu
de notre baiser, je la sens sourire.
‒ Prêt ?
Je baisse les yeux sur mon corps sous les draps et affiche un petit sourire espiègle.
‒ Super ! Alors, allons-y, lance-t-elle en me poussant du lit tandis qu’elle saute et se dirige vers la
salle de bain.
C’est tout ce que je peux dire parce que j’étais vraiment prêt, mais pas pour aller courir.
Après une course de huit kilomètres, nous nous arrêtons pour parcourir la dernière ligne droite
jusqu’à la maison en marchant. Nous sommes restés dans le quartier et n’avons pas quitté les sentiers.
Nous marchons côte à côte, et elle me parle du nouveau petit copain d’Aerie. Elle n’est absolument
pas dérangée par la pluie. Elle s’arrête soudain, se baisse et commence à enlever ses baskets et ses
chaussettes.
‒ Idiot, parce que j’ai envie de sauter dans les flaques, bien sûr.
Elle déclare ça comme si j’étais un imbécile. J’aurais dû le savoir. Bon sang, qu’est-ce que je l’aime !
Les gouttes de pluie tombent, mais, tout ce que je vois, c’est la fille superbe devant moi. Elle n’a pas à
s’inquiéter de son collier de perles qui ne lui apportera plus de magie parce qu’il est cassé, car c’est
elle, la magie.
Je continue à la regarder avec étonnement et émerveillement. Je ne vois plus simplement la pluie qui
tombe du ciel. Dans ma tête, les gouttes sont devenues les minuscules puits aux souhaits qu’elle m’a
décrits et ils se rassemblent tout autour d’elle. J’ai ce besoin irrépressible d’accorder à cette fille tous
ses vœux, mais, en même temps, cela me fout une sacrée trouille. Et si elle ne voulait pas que je sois
son prince charmant ? Et si la connexion qu’elle avait avec lui ne pouvait être rompue ? Et si c’était
lui, son prince charmant ?
Ce sont des pensées qui me font baliser et me retiennent de faire avancer notre relation trop loin, trop
vite. Et si elle l’aime plus que moi ? L’aimera-t-elle toujours plus ? Comme si devoir rivaliser pour
l’amour de Dahlia contre un fantôme n’était pas assez dur, savoir les choses que je sais sur lui me fait
le haïr encore plus. Mais ce que je sais sur lui, je ne le lui ai jamais dit. Je ne la blesserais jamais
ainsi.
Après avoir sauté de flaque en flaque, elle ferme les yeux et lève les bras. Elle penche la tête en
arrière et tourne en rond comme si c’était ce que les gens font tous les jours. Même si je n’ai jamais
rencontré sa Grammy, je sais que l’esprit de cette femme vit en elle et il me fascine.
Je m’approche d’elle en souriant et elle ouvre les yeux. Ils clignent pour se débarrasser des gouttes
quand j’attrape son visage et la tire vers moi. Je l’embrasse fougueusement, espérant qu’un peu de sa
magie me sera transmise. Je me fais plus doux, mais ne romps jamais notre connexion. Je me
concentre pour m’assurer que ce baiser lui fait comprendre à quel point mon amour est fort et
sincère. Quand elle se met à frissonner, je sais que j’ai atteint mon objectif.
Une fois de retour de notre séance de running, nous avons pris une douche, et elle a décidé d’aller
faire quelques courses pendant que je discutais avec Xander des négociations de contrat.
En inclinant la tête sur le côté, un sourcil levé, je jette un coup d’œil dans le coffre.
‒ Je ne sais pas à quoi jouent les enfants de trois ans, mais je sais à quoi jouent des adultes de vingt-
six, bientôt vingt-sept ans, et c’est bien plus amusant, dis-je en la tirant vers moi pour embrasser ses
lèvres douces.
Elle contourne la voiture, ouvre la portière et attrape ce qui ressemble à un sac de courses plein de
vivres. Elle retourne au coffre et pose le sac par terre à mes pieds en agitant son doigt sous mon nez.
Elle rit doucement et fait un pas qui nous éloigne.
Elle n’a vraiment prononcé les mots « Je t’aime » que deux fois auparavant, mais j’ajoute celle-ci à
mon compte. Elle me les a envoyés par message et les a laissés sur un petit mot, mais les exprimer de
vive voix semble difficile pour elle. Je suis sûr que c’est à cause de lui. Mais je ne veux pas penser à
ça maintenant. Je chasse cette idée de ma tête et accorde toute mon attention à mon incroyable copine.
Avec un grand sourire, elle fait remonter ses mains sur mon torse pour les passer autour de mon cou.
‒ Ne joue pas les idiots avec moi. Tu sais exactement ce que tu as dit, fait-elle semblant de me
gronder. Quant au sac, tu vas devoir patienter.
À voix basse, aussi près que possible de son oreille, je lui demande :
Elle enlève ses mains de mon cou et les passe sur mon visage. Je la retiens quand elle m’embrasse sur
les lèvres. Sa bouche s’attarde quelques secondes, mes paumes frottent son dos. Je suis absorbé par
l’instant quand elle recule soudainement et me donne une tape sur les fesses.
‒ Tu ne peux pas mettre des enfants et des insinuations sexuelles dans la même conversation ! Ça ne se
fait pas.
‒ Ce n’est pas moi qui ai le mot « s-e-x-e » gravé dans la tête ! Il ne sort même jamais de ma bouche.
‒ Allez. Aide-moi à décharger tout ça, et peut-être que je ne serai pas obligée de te punir, dit-elle en
attrapant et en poussant mon bras vers le coffre.
Elle prend le sac qu’elle a posé par terre. Soulevant les boîtes de la voiture, je me tourne vers elle
avec un grand sourire.
‒ Si tu m’avais dit dès le début de cette conversation que la punition était une option, on ne serait pas
encore là à vider ton coffre.
Elle me pousse et attrape quelques boîtes elle-même avant que je ne la suive dans l’escalier en fixant
son magnifique petit cul dans son jean.
Je pose les jeux sur le plan de travail et me retourne, l’une des boîtes dans les bras.
‒ River, je peux savoir quelles seraient ces règles ? Milton Bradley t’a-t-il fourni un nouveau jeu ?
Parce que, pour autant que je sache, les règles n’ont pas changé depuis l’invention du jeu.
Elle s’approche de moi avec un sourire narquois, pose ses mains sur mes épaules et me regarde droit
dans les yeux.
‒ Tout d’abord, je suis presque sûre que Milton est mort il y a une centaine d’années.
Elle promène ses doigts le long de mes bras et attrape mes mains.
‒ Deuxièmement, juste parce que je suis d’une curiosité maladive et que j’aime suivre l’évolution des
jeux, quelle peut bien être cette nouvelle règle ? demande-t-elle sur un ton séducteur.
‒ Mon bon monsieur, si je la connaissais, je n’aurais pas posé la question, n’est-ce pas ? dit-elle en
papillotant des yeux avec cet accent du Sud tout mignon qu’elle utilise quand elle essaie de faire
semblant d’être une imbécile.
Je serre fort ses mains, la tire tout contre moi et murmure dans son oreille :
‒ Chaque fois que tu passes la case départ, au lieu de récupérer deux cents dollars, tu dois enlever
quelque chose.
Elle prend le jeu sur le plan de travail et se dirige vers la table de la cuisine en enlevant le film
cellophane de la boîte.
Elle s’assoit, affiche ce sourire irrésistiblement sexy en me faisant un clin d’œil, et installe le jeu pour
notre première partie de Strip Monopoly.
Dahlia a décidé de ne pas retourner dans sa maison. Elle a emballé le reste de ses affaires et a fait
appel à des artisans pour qu’ils fassent les réparations et qu’elle puisse la remettre en vente. Nous
n’avons pas discuté de son installation à long terme depuis le jour où nous avons constaté les dégâts,
mais elle sait que je veux qu’elle reste ici avec moi. Elle est ici la plupart du temps, de toute façon,
mais elle n’a rien dit sur le fait de vouloir aménager avec moi de façon permanente.
Elle est très déterminée à rester avec Grace : elle s’entête à retourner là-bas au moins une nuit sur
deux. Même hier, après notre petite partie de Strip Monopoly, elle a insisté pour repartir à Laguna
Beach.
Je ne sais pas trop pourquoi elle en ressent le besoin, mais je m’en accommode parce que ça lui
convient comme ça, et ce n’est pas comme si j’étais malheureux. Je serais simplement encore plus
heureux si elle s’installait avec moi.
Nous avons passé presque tous les jours de ces trois dernières semaines ensemble à faire la foire.
Comme Dahlia ne travaille pas en ce moment et que j’attends que Xander règle les problèmes liés à la
signature de contrat du groupe, nous nous sommes contentés de flâner en ville et nous amuser
ensemble.
D’abord, nous avons acheté quelques articles essentiels pour la maison, dont une table de cuisine, des
casseroles et des marmites, mais, ces derniers temps, nous avons passé nos journées à courir,
randonner, aller au Grove pour voir des films, jouer à la salle d’arcade ou déjeuner dans différents
restaurants.
Parfois, nous nous promenons sur Hollywood Boulevard ou nous restons ici, à la maison. Presque
tous les soirs, elle m’accompagne aux répétitions, puis nous sortons avec Aerie ou les gars.
Quoi que nous fassions, Dahlia et moi partons généralement tôt parce que je ne peux retenir mes
mains de se balader sur son petit corps sexy. Je devine que c’est pareil pour elle, et c’est devenu un
jeu de voir qui peut tenir le plus longtemps avant que nous ne devions partir. Peu importe qui gagne,
faire ça sur tout le trajet de retour est devenu un défi, et nous trouvons toujours des choses amusantes
et intéressantes à faire.
Demain, c’est l’anniversaire de Dahlia. Je suis tellement excité à l’idée de célébrer cette journée avec
elle que, quand Bell a demandé si elle pouvait organiser une petite fête ce soir, je lui ai dit oui.
Dahlia est sur la route de retour de Laguna Beach avec Aerie, et je viens de rentrer. Je suis allé lui
acheter son cadeau et espérais que Bell l’emballerait pour moi, mais, quand je constate le chaos qui
règne chez moi, je me dis qu’il devra peut-être rester dans son papier kraft.
L’entourage de Bell la suit partout dans la maison avec les bras chargés d’articles de fête, et elle aboie
des ordres. Je secoue la tête, mais je ne peux m’empêcher de sourire. La connaissant, j’aurais dû m’y
attendre. Elle montre la table du doigt à Garrett qui la suit.
‒ Attention ! crie-t-elle.
‒ Si tu fais ne serait-ce qu’une trace sur le glaçage de ce gâteau, il est hors de question que tu restes à
cette fête !
Elle vide carton après carton. Des assiettes pleines de gourmandises remplissent le plan de travail de
la cuisine, des bouteilles d’alcool s’alignent sur le bar, et un gâteau violet géant en forme de fleur
trône sur la table.
Je me penche au-dessus du bar pour observer cette folie. Bell traverse la cuisine en tenant des dizaines
de ballons violets par leur ficelle blanche.
Elle sourit ; elle a l’air très contente d’elle en attachant les ballons aux poignées des meubles de la
cuisine.
‒ Non, pas la couleur, Bell. Ça, dis-je en désignant toute la pièce avec ma main. Je n’ai pas donné mon
accord pour un immense gueuleton. Ça ne faisait pas partie de notre marché.
Elle tourne la tête pour me regarder.
‒ Notre marché ? Quel marché ? Tu as dit que je pouvais organiser une fête, et c’est ce que je fais.
‒ Est-ce qu’il t’arrive d’écouter ce que je dis ? Tu as dit une petite fête pour connaître les amis des uns
et des autres, et ce n’est pas ça !
J’aurais dû m’y attendre et savoir qu’elle n’était pas capable de faire des projets à petite échelle. Tout
ce qu’elle fait est démesuré.
‒ River ! Ne me crie pas après ! Compris ? Je fais ça pour toi. Pour ta nouvelle petite amie, ma
nouvelle chérie, et tu devrais être reconnaissant. Pas désagréable !
Je me contente de lui présenter mes excuses en secouant la tête pour qu’on puisse passer à autre
chose.
‒ Je suis désolé, ma petite Bell, dis-je sur un ton faussement traînant. Sincèrement, on est un peu vieux
pour se menacer de tout dire à maman, non ?
‒ River, sérieusement, dit-elle comme si elle me prenait de haut. Elle porte le nom d’une fleur, et tout
le monde sait que les dahlias sont violets.
‒ Bell, tu es ivre ?
Je dois lui poser la question parce que ce doit être une des choses les plus idiotes qu’elle ait jamais
dites, et je suis de nouveau agacé.
Elle commence à découvrir les plats et les installe sur le bar quand elle remarque que je la fusille du
regard.
Je ne trouve rien d’amusant dans ces préparatifs de fête, surtout sans savoir comment Dahlia va le
prendre. Le simple fait d’y repenser m’énerve.
‒ Putain de merde !
J’entends une voix jurer derrière moi, et un son fort et perçant retentit dans les haut-parleurs. Je me
retourne et découvre que Nix a branché le système audio et essaie d’y ajouter une table de mixage.
‒ Un D.J. ? Pour qui ? Pour quoi ? On n’est pas dans une boîte de nuit, mince !
Nix hausse les épaules en levant les yeux au plafond, montre encore Bell et continue à s’occuper du
système.
‒ Bell !
Quelque chose s’accroche à ma tête quand elle ouvre la baie vitrée. Les ballons sont devant moi, tout
comme Bell.
‒ Toi ! lance-t-elle en me tendant les ficelles blanches. Arrête tes conneries et aide-nous.
Je devine à sa voix qu’elle est excédée. Je décide de lui faciliter les choses et de voir quel genre de
super travail elle a à me proposer. C’est cool de sa part d’avoir fait tout ça, mais, ce que je voulais
vraiment, c’était une petite soirée tous ensemble. J’avais imaginé que nous chanterions Joyeux
anniversaire, mangerions un gâteau, que les invités partiraient et que je passerais du temps seul avec
la reine de la journée. Manifestement, tout cela n’est plus d’actualité. Prenant une profonde
inspiration, je regarde ma sœur et lève les mains en l’air, comme pour me rendre.
En jetant un coup d’œil autour de nous, je vois Xander, occupé à bécoter une nana.
‒ Tu vois tous ces ballons attachés ensemble ? Ils doivent être détachés et accrochés autour des
chaises.
‒ Des chaises ?
Je pose la question parce que je ne possède que les chaises qui sont autour de la table de jardin, et il y
a bien plus de ballons que de chaises.
‒ Ces chaises, celles que tu vas déplier et installer autour de ceeeees tables.
Faisant des allers et retours entre la fête qui bat maintenant son plein et la salle à manger vide, je
continue à regarder par la fenêtre. Elle devrait être arrivée depuis une heure.
Aerie a des problèmes pour choisir ma tenue et insiste pour qu’on s’arrête sur la route. On sera là
dans pas longtemps. :)
Peut-être que ça aurait dû être une fête où les vêtements sont en option. ;)
Je ne l’ai même pas encore vue et j’ai déjà envie d’oublier la fête et passer directement au « plus tard
».
Des chansons très éclectiques passent. Je décide de proposer une playlist. Il y a tellement de monde ici
; je ne peux même pas voir par les baies vitrées le panneau HOLLYWOOD que Dahlia aime tant.
En m’arrêtant pour discuter avec des amis que je n’ai pas vus depuis longtemps, j’atteins finalement
Daniel ou, en tout cas, c’est comme ça que je crois qu’il s’appelle. C’est le nouveau copain de ma
sœur et le D.J. de la fête. Bell est occupée à remplir les dizaines de verres de types différents qu’elle a
achetés avec du vin, des cocktails et qui sait quoi d’autre. Garrett et Phoenix s’appliquent à rester loin
d’elle pour ne pas être embauchés comme serveurs.
Je me dirige vers la cuisine, attrape une bouteille de bière dans le réfrigérateur plein et vais m’asseoir
sur le canapé près de Xander et une blonde. Je ne me souviens pas de son nom, mais je sais qu’il est
déjà sorti avec elle.
Je regrette aussitôt de m’être assis ici. Son ton ressemble à celui d’une adolescente pleurnicharde, et
ses gloussements, à ceux d’une gamine de cinq ans.
Après avoir pris une gorgée de ma bière, je baisse ma bouteille et la lève dans sa direction.
‒ Hé ! Ravi de te revoir…
‒ Chloé.
Il peut vraiment être mauvais parfois. Me faire remarquer que je ne me souvenais pas de son nom
n’était pas nécessaire. Je veux dire, sérieusement, il a tout un assortiment de copines qui tournent
presque chaque fois que je le vois, et celle-ci ne fait pas partie de mes favorites.
Sa voix est tellement aiguë que cela me donne carrément des frissons.
‒ River, j’adore ta nouvelle maison ! Quand as-tu aménagé ? Tu as un décorateur ? Parce que ma
B.F.F. est décoratrice. Je pourrais te la présenter !
Ses lèvres bougent, mais je ne l’écoute pas. Elle m’a perdu quand elle a utilisé l’acronyme « B.F.F. »,
mais je lui souris poliment.
C’est le genre de filles que je ne pourrais jamais supporter. Celles qui essaient d’être séductrices,
mais qui s’avèrent ressembler plutôt à des petites filles geignardes. Elles pensent qu’elles sont sexy,
mais elles ne pourraient pas plus se tromper. J’ai l’impression d’être sorti avec un nombre
incalculable de ces filles avant de retrouver Dahlia. Elle n’a rien à voir avec ces nanas, et cela ne
pourrait pas me rendre plus heureux.
Mon téléphone se met à vibrer dans ma poche. Je pose ma bière sur la nouvelle table basse et me lève
pour le sortir. C’est un message de Dahlia.
En jetant un coup d’œil à Xander et sa petite brune trop pétillante, j’indique d’un signe de tête que je
sors.
‒ Excusez-moi une minute. Dahlia est là et je veux lui dire bonjour avant qu’elle n’entre.
Je me contente de secouer la tête et lui jeter un regard noir. Je ne vais pas argumenter sur la
différence entre l’expression « petit toutou » et « amoureux » avec lui, surtout devant cette fille.
En ouvrant la porte, je pose mes mains sur l’encadrement et la regarde descendre de la voiture
d’Aerie. Les lampadaires de l’allée soulignent son incroyable silhouette. Je suis sûr que la flamme
dans mes yeux est évidente, mais je me fiche qu’on la voie. Elle est super sexy dans cette petite robe
noire qu’Aerie a dû l’inciter à acheter.
C’est une robe noire décolletée, et ses jambes ont l’air de mesurer un kilomètre avec ces chaussures.
Quand elle se tourne pour fermer la portière, je ne peux plus rester immobile. Sa robe est dos nu, et
ses cheveux blonds sont relevés en une sorte de queue de cheval, de sorte que chaque centimètre carré
de sa peau est visible. Des images d’elle et moi seuls ensemble envahissent instantanément mon esprit,
et je regrette vraiment d’avoir laissé Bell organiser cette fête.
En descendant les marches pour aller à sa rencontre, je suis accablé par sa beauté. Après avoir salué
Aerie, je me positionne juste devant Dahlia. Elle est presque aussi grande que moi avec ces
chaussures et, quand nos yeux se croisent, elle se contente de me regarder, sans sourire, rien. Je
devine avant même que ses lèvres se retroussent qu’elle est d’humeur séductrice.
Ses yeux semblent changer de couleur selon son humeur. Ce soir, ils sont presque marron. Ils
ressemblent à de petites tornades de poussière, et j’adore quand ils prennent cette couleur. J’adore
aussi quand ses yeux deviennent vert doré. J’y vois presque un côté psychédélique. C’est comme si je
pouvais me voir en train de fixer les images brutes qu’elle voit. Quand je lui ai dit une fois que je
remarquais le changement de couleur de ses yeux en fonction de son humeur, elle s’est mise à rire et
a dit :
‒ Si tu crois que mes yeux sont comme une bague qui annonce l’humeur, de quelle couleur sont-ils
quand je suis vache ?
En me penchant vers elle, j’inhale le doux parfum de ses cheveux et j’embrasse la peau de son cou en
remontant jusqu’à son oreille. J’adopte une voix assez basse pour instaurer une atmosphère intime :
‒ Salut, la reine de la journée. Tu es magnifique, vraiment parfaite, dis-je en pressant ses hanches
contre les miennes.
‒ Salut, toi ! lance-t-elle en posant ses mains sur mes bras. Désolée d’être si en retard.
En inclinant la tête, elle me laisse le champ libre, et je ne peux m’empêcher de sourire quand je
remarque qu’elle a la chair de poule. N’étant pas du genre à me montrer timide face à une invitation,
je descends doucement le long de son cou jusqu’à sa clavicule exposée. Bon sang, tout chez elle est
tellement sensuel, et je suis déjà très excité.
‒ Ce n’est pas grave. Si c’est cette robe qui t’a mise en retard, dis-je en passant mes mains sur ses
flancs, tu es assurément pardonnée. Tu es super sexy.
‒ Hmmm…, gémit-elle avant de dire merci d’une voix extrêmement basse et voilée.
‒ Je croyais que tu avais dit « quelques personnes ». On dirait qu’il y a bien plus de monde que ça. En
fait, je dirais que ça ressemble à une fête.
Avant que je ne puisse donner une explication, j’entends Aerie crier d’en haut de l’escalier :
Caleb s’approche de nous et je libère Dahlia. Elle part à sa rencontre dans l’allée, l’embrasse sur la
joue, et ils s’étreignent. Cela ne devrait pas me déranger que ses mains touchent la peau de son dos,
mais c’est le cas. Il y a quelque chose chez lui que je n’aime pas. Peut-être est-ce parce que c’était son
meilleur ami et qu’il est très probable qu’il sache ce que je sais.
Elle lui prend le bras et ils reviennent vers moi. Je vois l’éclat du bracelet qu’ il lui a offert et qu’elle
porte toujours. Je comprends pourquoi, mais cela me dérange. Nous en avons parlé la semaine
dernière, et elle m’a expliqué qu’elle le considérait comme son « bracelet sans regret ». Que suis-je
censé dire à ça ? Puisque le porter la rend heureuse, je fais de mon mieux pour rester cool.
‒ Salut mec, content que tu aies pu venir, dis-je difficilement en essayant de paraître sincère.
Je glisse mon bras autour de ma copine et la serre contre moi. Je remarque qu’il est mal à l’aise. Ce
soir, ce sera la première fois où nous nous afficherons en public, et je suis curieux de voir comment
ça va se passer.
‒ Comment vas-tu ? Je suis désolé de ne pas avoir pu venir dîner avec vous deux la semaine dernière.
J’ai été retenu par une réunion avec un nouveau client qui avait besoin qu’on lui installe un système
de sécurité complet en quelques jours.
‒ Allez, rentrons, dis-je en guidant Dahlia devant moi et en posant volontairement ma main dans le
creux de son dos, les doigts glissés dans l’échancrure de sa robe.
Nous sommes tous debout autour de la table de la cuisine en train de chanter Joyeux anniversaire, et
Dahlia souffle les bougies. Derrière elle, je passe mes bras autour de sa taille et la serre fort contre
moi.
Une fois que toutes les bougies sont éteintes, je l’embrasse dans le cou et murmure :
‒ Tu as fait un vœu ?
‒ Bien sûr que oui, mais tu sais que je ne peux pas te le dire.
Je lui souris parce que nous avons évoqué cette histoire de vœu très souvent, mais, prévoyant de lui
accorder plus d’un souhait tout à l’heure, je laisse tomber.
Pendant que Bell coupe le gâteau, j’attrape Dahlia et l’attire dans la salle à manger vide.
‒ Joyeux anniversaire, lui dis-je puisqu’il est minuit passé et que c’est officiellement son
anniversaire.
Je l’embrasse, et ma langue glisse doucement dans sa bouche. Elle passe ses doigts dans mes cheveux,
et je recule.
‒ Reste ici.
‒ D’accord.
Je marche à reculons, toujours face à elle. Mes yeux parcourent toute la longueur de son corps. Avant
de me retourner, j’articule silencieusement « Reste ici » et retourne dans la cuisine pour récupérer
quelques trucs.
‒ Tu le lui as dit ?
Je me contente de le regarder et m’éloigne. Je lui ai dit que je ne voulais pas en parler et que je ne le
lui dirais pas. Alors, pourquoi ne la ferme-t-il pas ?
Caleb discute avec Bell, et je me demande si elle le connaît. Quand il me voit, il se retourne.
J’ai réussi à l’éviter toute la soirée jusqu’à maintenant. Je me montre bref et poli.
‒ Je viens récupérer quelques trucs avant que Dahlia et moi allions nous coucher, dis-je directement à
Bell.
Mais je vois Caleb sourciller.
‒ Ne vous inquiétez pas pour le ménage, je m’en occuperai demain, dis-je en attrapant de la glace, une
bouteille de bière et une part de gâteau.
‒ Merci.
Les mains pleines, je dis au revoir à Caleb sans lui serrer la main.
‒ River ! lance-t-il.
Je me retourne et il ajoute :
Ne sachant pas vraiment comment réagir, je pince les lèvres avant de répondre. Bell me jette un
regard désapprobateur ; je comprends que mon expression faciale donne des renseignements sur mes
pensées qui se résument à « Va te faire voir ». Je ravale mon animosité et réponds de la seule façon
possible :
‒ Bien sûr.
Des doigts délicats se posent sur mon flanc. Je me retourne, et on me prend le gâteau des mains.
Nous sommes tout près l’un de l’autre. Ses yeux sont à présent marron foncé, et son expression me
confirme ce que je sais déjà.
Je me penche et murmure :
Nous entrons dans la chambre. Je prends sa part de gâteau et la pose avec la bière et le gobelet de
glaçons sur la table de chevet.
En lui adressant mon sourire le plus espiègle, je m’avance et parcours son corps des mains comme
j’ai voulu le faire toute la soirée.
‒ Non, ma reine, c’est ce que j’appelle une fête en duo.
‒ Je vais finir par mordre. Crache le morceau. Qu’as-tu prévu dans ta petite tête de pervers ?
‒ Eh bien, d’abord, je veux te donner ton cadeau, et puis je serai heureux de partager mes projets
concernant les vœux d’anniversaire.
J’attrape le cadeau dans le placard et la guide jusqu’au lit. Elle s’assoit et défait le paquet. Je sais que
c’est le cadeau parfait pour elle. J’ai réussi à me procurer le manuscrit original des paroles de la
chanson de U2, « Beautiful Day ». Je l’ai fait mettre dans un cadre noir à l’ancienne qui ressemble à
certains de ceux que j’ai vus, cassés, chez elle.
Quand elle reconnaît ce que c’est, elle porte sa main à sa bouche. Des larmes commencent à couler
sur son visage. Ce n’était pas la réaction à laquelle je m’attendais.
‒ Tu ne l’aimes pas ?
Elle secoue la tête comme pour dire non, mais dit oui, et je dois lui demander :
Un petit sourire triste apparaît sur ses lèvres. Elle baisse la main.
‒ Oui. Je l’adore.
Elle fixe son cadeau un moment en passant ses doigts sur quelques lignes des paroles avant de poser
soigneusement le cadre sur la table. Elle enlève ses chaussures et se lève. Je me mets debout près
d’elle et me contente de l’observer. Elle descend la fermeture sur le côté de sa robe et l’enlève. Elle
porte un ensemble en dentelle noire. Elle s’approche de moi. Ses yeux sont marron vert. Une couleur
que je n’ai jamais vue avant.
Elle passe ses bras autour de mon cou et se cramponne comme si elle risquait de s’écrouler si elle me
lâchait.
Quand elle prononce ces mots cette fois-ci, j’ai le sentiment qu’elle essaie de me dire autre chose.
Elle pose ses lèvres contre les miennes, et j’ouvre la bouche pour l’inviter à entrer.
Je marque une pause et recule pour la regarder, pour lui dire ce que je ressens.
‒ Dahlia, je t’aime plus que je n’ai jamais aimé quelqu’un ou quelque chose.
Elle prend ma main et la presse sur son cœur tout en mettant la sienne sur le mien.
‒ Non seulement mon cœur t’appartient et le tien m’appartient, mais j’ai su dès la première fois où tu
m’as embrassée que nous étions des âmes sœurs. Je l’ai su la première soirée que nous avons passée
ensemble à Vegas.
J’essaie de lui dire que je ressens la même chose, mais elle pose ses doigts sur mes lèvres.
Elle attrape mes mains, les tient fermement et me regarde droit dans les yeux.
‒ River, je ne veux plus jamais en reparler, mais il y a quelque chose que je veux que tu saches.
J’aimais Ben, vraiment, mais, quand nous étions ensemble, je n’ai jamais cru que nous étions des
âmes sœurs. Je n’y ai même jamais pensé.
Elle n’a pas besoin d’entrer dans les détails ou de continuer parce que je comprends exactement ce
qu’elle m’explique.
Je souffle une grande bouffée d’air et éprouve un soulagement immense de savoir qu’elle ressent la
même chose pour moi que moi pour elle. Je ne dis rien, acquiesce et laisse mon silence lui dire que je
comprends.
Elle passe ses doigts sur ma chemise, s’arrêtant à chaque bouton quand elle le défait, se penchant et
embrassant chaque partie dévoilée sur son chemin. Ses doigts effleurent mon torse nu et ses lèvres
remontent vers les miennes. Elle attaque ma bouche comme si elle la faisait prisonnière. Elle est à
bout de souffle et halète, mais je veux procéder avec prudence. Je ne veux plus la jeter sur le lit et la
prendre brutalement. Je ne suis pas sûr de ce qui a suscité les larmes et cette déclaration d’amour, et je
veux le savoir, mais elle ne semble pas vouloir me le dire maintenant.
Elle pose ses mains sur ma taille et sa bouche sur mon torse, où elle commence à déposer des baisers
sensuels, la bouche ouverte, en descendant vers mon ventre.
Je la ramène vers mon visage, ressentant une réelle volonté de savoir. Je la regarde dans les yeux,
mais ils sont fixés sur mes lèvres.
‒ Dahlia, quand tu as découvert les paroles, tu as eu l’air triste. Pourquoi ? Cela a-t-il quelque chose à
voir avec lui ?
‒ Non. Ce concert est le tout dernier auquel j’ai assisté avec mon père. C’est la dernière fois où je suis
allée au Greek.
‒ Je n’étais pas triste quand j’ai ouvert ton cadeau, j’étais heureuse. C’étaient des larmes de bonheur
parce que tu m’as fait revivre un souvenir alors que tant m’ont été enlevés.
Maintenant, c’est moi qui refoule mes émotions en essayant de rester calme. Submergé par tout
l’amour que je ressens pour cette fille, je sens mon corps commencer à trembler. Elle a vécu tant de
tristesse dans sa vie. Tandis que je la soulève délicatement et la porte jusqu’au lit, je me sens si
chanceux d’être celui qui va lui offrir le bonheur éternel.
Je l’allonge et me mets à embrasser son ventre. Elle se redresse sur ses coudes et désigne la table de
chevet.
J’éclate de rire.
‒ Aaah ! Mes vœux d’anniversaire pour toi, dis-je en souriant face à sa beauté et en voulant la rendre
heureuse.
Je la regarde, l’embrasse, puis vais prendre un glaçon dans le gobelet pour le faire fondre sur ma
langue.
‒ Que fais-tu ?
‒ Tu ne peux pas m’accorder des vœux si je ne t’ai pas dit ce que j’ai souhaité, idiot, et il n’y a qu’un
souhait autorisé par anniversaire, tu sais ?
‒ Ma belle, tu devrais savoir maintenant que j’ai mes propres règles pour tout, et les souhaits
d’anniversaire n’y échappent pas.
‒ Eh bien, puisque tu le demandes, je suis plus qu’heureux de te les expliquer. Dans mon monde où je
suis le génie, quand tu m’appelles, j’apparais pour exaucer les vœux.
Elle rit, émettant ce son que j’aime tant. Elle commence à pousser de petits cris lorsque je prends un
autre glaçon dans ma bouche et fais glisser ma langue froide sur son corps en laissant le glaçon
entrer et sortir de ma bouche. Je m’interromps et lève les yeux vers elle.
Je secoue la tête et me donnerais des gifles pour ne pas avoir commandé le collier plus tôt. Je fais les
cent pas dans la pièce, le téléphone à l’oreille. Chez Mikimoto, ils disent que le paquet aurait dû être
livré chez Xander hier et, si ce con répondait au téléphone ce matin, je saurais s’il est bien arrivé. Je
suis en ligne avec FedEx, à attendre qu’il vérifie le bon de livraison quand quelqu’un sonne à la porte.
Me frayer un chemin jusqu’à la porte n’est pas chose facile. Je souris bêtement en posant mes pieds
entre les cartons que Dahlia n’a pas encore déballés depuis qu’elle a officiellement emménagé.
Heureusement, elle n’a apporté que ce qu’elle pensait nécessaire et laissé le reste chez Grace, sinon
on ne pourrait pas poser le pied par terre. Elle est dans le bureau que nous avons installé pour elle à
l’étage en dessous. Elle travaille sur la création de sa nouvelle entreprise.
Nous avons réussi à meubler toute la maison et embauché une femme de ménage, mais le déballage,
c’est une autre histoire. Pour une raison ou une autre, on dirait que nous ne trouvons jamais le temps
de le faire. De toute façon, ce n’est pas très important. Comme aucun de nous deux ne prépare les
repas, nous n’avons pas besoin de défaire les cartons étiquetés CUISINE. Nous commandons toujours
à manger, sortons ou nous faisons des sandwiches au fromage.
Je me fiche totalement de toutes les tâches ménagères que nous sommes censés faire parce que je suis
avec ma chérie et que notre vie est douce et facile.
Quand j’ouvre la porte, je découvre mon abruti de frère avec un grand sourire. Il me pousse pour
entrer dans le séjour et pose ses fesses sur le canapé.
‒ Pourquoi m’as-tu appelé trois fois depuis que je suis monté dans ma voiture ce matin ?
Il rejette la tête en arrière sur le canapé et étend les bras sur le dossier comme s’il était chez lui.
‒ Comme j’étais sur la route pour venir ici, je ne voyais pas l’intérêt de gaspiller mon souffle.
‒ Tête de gland.
Avec un sourire satisfait, il sort le paquet satiné noir avec l’inscription MIKIMOTO.
Je tourne la tête vers l’escalier pour m’assurer que Dahlia n’arrive pas et me précipite vers lui.
‒ Tête de cul ? Hmmm… Peut-être que j’aurais dû le garder et le donner à la première jolie fille que
j’aurais vue, ce soir. Comme c’est la Saint-Valentin, je suis sûr qu’une pierre comme celle-là
m’assurerait de conclure.
Après avoir jeté le paquet dans l’un des nombreux cartons à moitié ouverts qui entravent la
circulation pour entrer et sortir du séjour, je parviens à aller m’asseoir au comptoir. Comme Dahlia a
insisté pour que les déménageurs ne bloquent pas la vue avec des piles de cartons, nous trébuchons
sur les objets –
qu’elle a sortis, mais n’a pas rangés – chaque fois que nous venons dans cette pièce.
‒ Certains d’entre nous ont des choses plus importantes à faire que le ménage.
‒ Mais, sérieux, vous avez une femme de ménage. Elle ne peut pas le faire ?
‒ Dahlia veut s’en occuper elle-même. Elle finira par tout déballer, Xander, ne t’inquiète pas pour ça.
‒ Il vaut mieux que ce soit toi que moi. Cette pagaille me rendrait complètement fou.
‒ Café ?
‒ Xander, le simple fait de laisser le courrier sur le comptoir te fait perdre la boule.
‒ Peut-être que la prochaine fois tu commanderas le cadeau de ta chérie plus tôt, déclare-t-il en riant
avant d’enlever sa veste et de la poser sur le dossier du tabouret.
Je pose les pieds par terre et fais pivoter mon siège pour être face à lui.
‒ Écoute, frangin, je sais que tu as l’esprit ailleurs, dit-il en tapant sur l’écran de son téléphone et en
me le mettant sous le nez. Mais il faut qu’on arrange cette merde et signe un contrat ou l’affaire va
nous passer sous le nez.
En regardant son téléphone, je vois qu’il me montre un e-mail dressant la liste des changements pour
le contrat original que nous n’avons pas signé. Je l’ai déjà vue au moins trois fois. Je lève les yeux au
plafond.
‒ Xander, tu sais que le label ne veut pas négocier. Il veut juste qu’on accepte pour avancer et sortir ce
putain d’album.
Dans l’e-mail, il y a aussi la liste des exigences promotionnelles du groupe. Celle-là, je ne l’avais pas
encore vue.
‒ Ces conditions pour la tournée ne sont que des conneries, dis-je à Xander en me levant et en
continuant de lire les nouvelles exigences. Tout le monde sait que la seule raison pour laquelle un
label demande à un groupe de faire une tournée pendant neuf mois, c’est qu’il ne croit pas qu’un
album peut se vendre tout seul.
‒ Il faut que tu arrêtes de faire ta poule mouillée, River ! lance-t-il en s’approchant pour se reverser
un café.
‒ Écoute, River, tu n’as qu’à l’emmener, suggère-t-il en posant sa tasse sur le comptoir.
‒ Ce n’est pas ça, dis-je en mettant mes bottes sur la table basse en verre. Je ne veux pas être sur les
routes aussi longtemps. Je déteste cette vie : vivre dans un bus, toujours accompagné, manger de la
merde et boire tous les soirs, ne jamais être seul…
Je finis par lui avouer mes principales raisons de ne pas vouloir signer.
‒ Laisse-moi voir ce que je peux faire, dit-il en se résignant peut-être finalement au fait que je ne
signerai pas ce contrat.
Je me redresse brusquement en réaction à sa question. Il sait très bien que je ne veux pas parler de ça
quand Dahlia se trouve dans la maison.
‒ Bell ne va pas le découvrir. Tu l’as su uniquement parce que je te l’ai dit. Je t’ai demandé de ne pas
ramener le sujet sur le tapis et j’étais sérieux.
‒ River, je comprends que tu aies besoin de toujours protéger les femmes plus que tu penses que je le
fais, mais je crois que tu fais une erreur. Si elle le découvre, elle sera vraiment très énervée contre toi.
‒ Je ne ressens pas le besoin de protéger les femmes, Xander. Je ne vois juste pas l’intérêt de faire
souffrir quelqu’un inutilement.
‒ Ouais, ouais, je vois. Tu as toujours voulu une nana avec qui tu pourrais discuter, pas seulement
avec qui baiser. C’est pour ça que tu sortais rarement avec quelqu’un plus d’une fois. Je t’ai dit que je
t’avais compris, et c’est le cas. Vraiment. Mais maintenant que tu as trouvé une fille géniale, ne gâche
pas tout.
C’est tout ce que je dirai à ce sujet. Tu sais que je te soutiens dans tous les cas.
Quand j’entends des pas dans l’escalier, je jette aussitôt un regard noir à Xander pour lui dire de se la
fermer. Je tourne la tête juste à temps pour regarder ma copine sexy monter les marches.
‒ Tu as garé ta Mercedes devant ? Parce que, si c’est le cas, j’espère que personne ne la volera
pendant que tu traînes dans notre quartier pauvre, lui dit-elle, à peine capable de se retenir de rire.
En fait, ils sont devenus amis depuis qu’elle a aménagé il y a trois semaines. Cela a pris un certain
temps, mais après une soirée arrosée et de nombreuses blagues à propos de l’U.S.C., ils ont fini par
décider qu’ils s’aimaient bien. En fait, elle s’entend bien avec toute ma famille. Elle sort déjeuner
avec ma mère et ma sœur au moins une fois par semaine. Ma mère l’a même convaincue d’acheter
plein de trucs pour la maison. Depuis son arrivée, nous avons acheté tout ce qui se trouve ici
ensemble. C’est comme si j’avais acheté cette maison pour nous deux. Elle nous convient à la
perfection ; nous l’adorons et nous adorons y vivre ensemble. Dahlia apprécie le panorama et le
prend en photo tout le temps. Nous avons même planté des fleurs ensemble avant qu’elle
n’emménage. Elles ont fleuri la semaine dernière, et l’éclat dans ses yeux quand elle les a vues m’a
donné envie de la prendre tout de suite dans le jardin.
Nous faisons la course tous les matins, et celui qui gagne a le droit de savonner l’autre. Elle croit
qu’elle gagne à tous les coups. Bon sang que je l’aime. Elle s’approche et s’installe sur mes genoux.
Je l’embrasse dans le cou.
‒ Qu’est-ce que tu fais là, au fait ? demande-t-elle à Xander qui s’approche pour récupérer son
téléphone et s’assoit juste à côté de nous.
‒ En fait, si, j’ai des gens à voir et des endroits où je dois aller, dit-il en se levant. Je connais la sortie.
Elle se tourne pour que je puisse vraiment l’embrasser. Le son de sa voix envoie des décharges
électriques dans tout mon corps et anime jusqu’à mon âme.
J’embrasse les lèvres douces et charnues de Dahlia ; mes mains se promènent sur son tee-shirt des
Pretenders, puis remonte devant.
‒ Enfin seuls.
‒ Nous avons été seuls toute la matinée, idiot, me corrige-t-elle en poussant ma main quand j’essaie
de glisser mes doigts dans son soutien-gorge.
‒ Je sais, mais tu étais en bas, dis-je avant de sucer sa lèvre inférieure en attendant sa réaction.
Elle s’arrête de parler lorsque je glisse mon nez près de son oreille et y enfonce ma langue. Je sais ce
que cela lui fait.
Elle émet un son qui ressemble à un doux ronronnement, et je souris avant de la pousser de mes
genoux.
‒ Hé ! fait-elle en essayant de remonter.
‒ Je veux te donner quelque chose, lui dis-je en sortant de la pièce pour me rendre dans notre
chambre.
‒ Je pensais que c’était déjà ce que tu faisais à l’instant, dit-elle en riant. Est-ce que je dois venir avec
toi ?
Je me mets moi aussi à rire. C’est vraiment la personne la plus drôle que j’aie jamais rencontrée.
‒ Bon, ce n’est pas mon cadeau de Saint-Valentin, lui dis-je en attachant les six fils du collier de perles
de sa tante autour de son cou. C’est juste quelque chose que je voulais faire parce que je sais à quel
point c’est important pour toi.
J’attache le collier et, avant même que j’aie terminé, elle pose les mains sur les perles. Quand elle
ouvre les yeux, elle les regarde. Cette partie précieuse de son passé à laquelle elle faisait référence
comme ses puits aux souhaits magiques, je l’ai fait réparer pour elle.
‒ Bien sûr. Je sais ce qu’ils représentent à tes yeux et je voulais te rendre heureuse.
Elle bondit et m’embrasse avant de courir dans le couloir jusqu’au miroir en criant :
Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il résonne dans le restaurant pourtant extrêmement
bruyant. Je retiens mon souffle et, plein d’appréhension, me mords la lèvre inférieure. Elle ouvre la
boîte et, à mon grand soulagement, elle l’adore. Elle reste bouche bée, et des larmes coulent sur son
joli visage tandis qu’elle touche le collier que j’ai fait pour elle.
‒ C’est un secret.
Je me lève, me place derrière sa chaise et passe mes mains autour d’elle. Je murmure à son oreille :
‒ Je t’aime.
En sortant de sa boîte le collier unique en son genre avec trois rangées de perles reliées par un
diamant en forme de dahlia, elle le pose autour de son cou, et je l’attrape pour l’attacher.
En mettant ses longs cheveux sur le côté, je me penche et inhale son parfum que j’aime tant. Ça sent
comme une sorte de fruit. De l’orange ou du raisin, je ne sais pas exactement. Elle incline la tête et
j’embrasse le petit grain de beauté dans le creux de son cou. Je fais remonter mon doigt le long de
son dos nu. Qu’est-ce qu’elle est sexy ! En me baissant, je me penche vers elle et passe ma langue
dans son cou jusqu’à son oreille.
‒ Tu es aussi bonne pour ma langue que pour mes yeux. Je préférerais de loin te manger, toi, que
faire mon choix dans le menu de ce restaurant.
Elle se jette à mon cou lorsque nous attendons la voiture, et je la serre fort dans mes bras.
Elle effleure la ligne de ma mâchoire avec son nez comme elle le fait toujours quand je l’étreins ou
l’embrasse. Elle aime quand je suis rasé de près, et j’adore comme ça l’excite. Nous nous séparons et
je me dirige vers la voiture.
Une fois dans la voiture, je démarre. Après avoir fouillé dans son sac à main, elle en sort un petit sac
noir. En montrant du doigt la zone d’attente du voiturier, elle me demande :
En jetant un œil à son corps dans cette robe qui laisse peu de place à l’imagination, je tends la main
vers elle et souris.
‒ Bien sûr, bébé. Mais ne peux-tu pas attendre que nous soyons à la maison ?
Je gare la voiture et me tourne pour être complètement face à elle. Elle est vraiment sublime dans
cette robe bustier noire. Elle expose tellement de sa peau douce que c’est un appel pour que je la
lèche, et elle est si courte qu’on dirait qu’elle me demande de passer mes doigts en dessous. Ce qui
me tue vraiment, ce sont ces cuissardes ; elles m’ont rendu dur à la minute où je l’ai vue.
Honnêtement, j’ai bien du mal à me tenir correctement près d’elle ce soir. J’aurais vraiment dû
simplement la prendre dans la salle de bain, mais c’est la Saint-Valentin, et je veux que ce soit une
soirée romantique.
Je n’ai jamais passé un de ces jours remplis de cœurs avec quelqu’un qui comptait vraiment pour moi
; alors, c’est tout nouveau. Ma sœur m’a suggéré d’amener Dahlia dans un joli hôtel pour la nuit, et
c’est ce que je fais. J’ai réservé au Beverly Wilshire le mois dernier. Les suites étaient toutes prises,
mais j’ai réussi à retenir une chambre. Dahlia touche ses perles un instant pendant que le petit sac noir
est posé sur ses genoux. Elle semble plutôt heureuse. Avec ce sourire séducteur qui pourrait faire
fondre la banquise, elle me dit :
La gorge serrée, j’acquiesce et ferme les yeux en tendant les mains, paumes vers le haut, sur le
tableau de bord. Je sens des objets de métal froid.
En ouvrant les yeux, je vois six médiators en métal, tous gravés à mon attention. Je les examine l’un
après l’autre avant de lever les yeux vers elle. Mon sourire doit être plus grand que tous les barrages
qui n’ont jamais pu être construits pour arrêter une crue. En inspirant profondément, je les transfère
tous dans une main et lève celui où est écrit : JE T’AIME. Je la fixe avec étonnement et
émerveillement.
Je me penche pour l’embrasser et glisse ma langue dans sa bouche parce que j’ai affreusement envie
de la goûter. Je serre la main pour ne faire tomber aucun des médiators et l’attrape avec ma main
libre. Je la passe dans ses cheveux soyeux et sur la peau douce de son cou et de ses épaules.
Elle émet ce petit rire mignon et s’écarte en respirant aussi fort que moi.
J’exprime mon désaccord en secouant la tête, mais décide de ne pas m’engager dans notre petit jeu de
« qui aime le plus l’autre » parce que je sais que je gagnerais. J’aime cette fille plus que quiconque
n’a jamais aimé quelqu’un. Je me contente de la regarder approcher sa main de mon poing serré.
Elle se met à l’ouvrir, un doigt après l’autre, pour exposer les médiators gravés. Elle les enlève tous
de ma main et ne laisse que le JE T’AIME. En les sélectionnant un par un, elle lit chaque gravure
comme si elle me murmurait des mots doux.
‒ SERRE-MOI, susurre-t-elle en passant ses doigts sur les mots avant de le poser délicatement dans
ma main avec le médiator JE T’AIME.
Puis elle lit TOUCHE-MOI, en le posant dans ma main avec les deux autres. Elle continue avec
EMBRASSE-MOI et AIME-MOI. Enfin, elle rit doucement en disant :
Une fois que mes six cadeaux sont en sécurité dans ma main, elle ouvre le petit sac pour que je les
range dedans. Avant cela, je récupère le TOUCHE-MOI. Je mets les cinq autres dans le sac.
J’étends mes jambes en souriant, soulève mes hanches du siège et le glisse dans ma poche de devant
sous son regard interrogateur.
‒ Quoi ? Je le garde pour plus tard. Tu sais, au cas où je voudrais que ça se réalise.
‒ Ce sont des médiators, idiot. Pas des bons pour des faveurs sexuelles !
Elle pince les lèvres de cette manière adorable qu’elle adopte quand elle essaie d’expliquer quelque
chose.
‒ Ouiiii.
Nous roulons sur l’autoroute en écoutant « Through it All » des Mighty Storm à la radio. Dahlia
écoute les paroles en silence. C’est comme si elle était absorbée par ce son génial, presque comme si
elle essayait de les mémoriser. Une fois la chanson terminée, je baisse le volume et la regarde.
‒ Je t’ai déjà dit qu’on avait assuré la première partie de Jake Wethers il y a deux ans ?
‒ Avant la mort de Johnny ? Merde, c’est pas vrai ?! Tu les connaissais tous les deux ? répond-elle
aussitôt, bondissant presque de son siège.
‒ Merde, oui, c’est vrai, dis-je rapidement, mais sans son enthousiasme.
Je ne m’excuse pas pour l’utilisation du mot de cinq lettres parce que je le fais sciemment.
‒ Ouais, ça craint, tout ça. C’était quelqu’un d’équilibré quand nous les avons rencontrés, lui et son
groupe, et je suis sûr qu’il le redeviendra.
J’imagine comme ce serait difficile de perdre quelqu’un de cher, mais préfère ne pas y penser.
‒ On est même sortis après le concert. Ils étaient plutôt cool. En fait, on a beaucoup appris d’eux, juste
en jouant avec eux.
‒ Je suis impressionnée. Jake Wethers. Hmmm… Qui d’autre as-tu rencontré ? Un des gars de One
Direction ?
‒ Non, dis-je en riant. Leur musique n’est pas vraiment mon style, mais tu aimes les D-Bags ?
Je lui pose cette question en sachant que ce que je suis sur le point de lui raconter va la rendre
complètement folle.
Je hoche la tête.
‒ Je l’ai rencontré une fois avant de partir pour notre première tournée. Il était à L.A. avec son ami
Evan, tu sais, le batteur de son groupe ?
‒ Bien sûr que je sais qui est Evan ! Kellan l’a rencontré en passant par l’Oregon pour aller à L.A.
‒ Oh ! je ne sais pas comment il a rencontré Evan. Quoi qu’il en soit, ils sont venus au Smitten’s pour
faire un bœuf avec nous, mais c’est la dernière fois que je les ai vus. Ils ont rencontré des mecs ici, à
L.A., et je crois que c’est là qu’ils ont formé les D-Bags. Je n’ai plus entendu parler d’eux jusqu’à ce
qu’ils partent en tournée l’année dernière.
Je la regarde et dis :
‒ Bell a rencontré Kellan, elle aussi. Elle a passé la majeure partie de la soirée où nous avons fait un
bœuf à discuter avec lui entre les chansons, puis ils se sont rejoints plus tard, quand on a eu fini.
‒ Je n’appellerais pas ça « sortir », et, s’il te plaît, ne me demande pas de te raconter les détails parce
que je n’ai jamais voulu les connaître.
Quand je passe devant la sortie qui mène à notre maison, elle montre le panneau du doigt.
Je la regarde et lance :
‒ C’est une surprise ! Tu verras, mais nous ne dormons pas à la maison ce soir.
‒ Alors, où allons-nous dormir pour la Saint-Valentin ? S’il te plaît, ne me dis pas qu’on va dormir
sur un matelas gonflable ?
‒ Dans un lit.
Elle fait la moue et tend son long bras fin pour rebaisser le volume de la musique.
‒ Dans un lit… Où ça ?
J’adore quand elle fait la moue comme ça. Elle est tellement sexy.
Je suis obligé de rire parce que j’ai l’impression qu’elle va piquer une crise sur le siège de ma
voiture.
‒ Tu ne vas pas taper des pieds et bouder en croisant les bras, hein ? Parce que, sinon, je vais devoir
me garer pour assister à ça.
Elle me tire la langue, et j’essaie de l’attraper, mais elle s’écarte trop rapidement.
Je remonte le son de la musique et me mets à chanter, attendant sa prochaine question, mais elle est
douée pour se prendre aux jeux que je lui propose. Elle ne dit rien et remue dans son siège pour
remonter un tout petit peu sa robe. Je lui jette un rapide coup d’œil et repose mon regard sur la route.
Moi aussi, je peux jouer. Elle s’étire, et son haut glisse légèrement. Mince, elle est douée. Je continue
de chanter et fredonner en marquant le rythme sur le volant pour essayer d’ignorer ces gestes
provocants.
‒ Eh bien, c’est dommage parce que j’ai un petit secret que j’aimerais partager. Et je pensais qu’un
marché serait le bienvenu. Tu sais, un contre un, dit-elle en pivotant un peu pour s’accouder sur le
tableau de bord et poser son menton dans sa main.
‒ Oh ! je pense que tu pourrais l’être, surtout parce que ça concerne ce que je porte… Oh ! je veux
plutôt dire, ce que je ne porte pas.
‒ Tu mens.
Elle se redresse et promène ses doigts du haut de ses bottes jusque sous sa jupe, où je ne les vois plus.
Tendant immédiatement le bras pour poser ma main sur ses genoux, je lâche :
‒ Au Beverly Wilshire.
‒ Oh mon Dieu ! J’ai entendu dire que c’est un endroit fantastique ! Comment as-tu réussi à avoir une
réservation si rapidement et pour la Saint-Valentin ? Je croyais qu’ils étaient complets presque un an à
l’avance.
Je ne peux m’empêcher de rire parce qu’elle croit me connaître déjà très bien. En fait, c’est le cas.
‒ Je ne te le dirai jamais.
‒ Donner des détails ne faisait pas partie du marché. Mais un marché est un marché.
Mes doigts commencent à remonter discrètement le long de sa cuisse. Je sens sa peau douce et
deviens dur instantanément. En fait, j’ai l’impression que j’ai une énorme érection depuis qu’elle a
enfilé ces bottes. Je me fiche des petits cœurs et des fleurs, désormais. J’ai envie d’elle. Je veux la
goûter. Je veux être en elle. Alors, je conduis encore plus vite.
Mes doigts remontent à l’intérieur de ses jambes. Merde, elle ne mentait pas. Elle ne porte pas de
culotte. Je commence à bouger les doigts et je sens comme elle est humide. Qu’est-ce qu’elle est
chaude !
Elle pose soudain sa main sur la mienne et l’écarte. Avec un sourire machiavélique, elle lance :
De mon côté, mon pouls s’emballe, et j’ai l’impression que c’est moi qui vais piquer une crise.
Elle prend ma main et la tient dans la sienne avant de croiser les jambes.
Je suis super excité en arrivant à l’hôtel et j’espère que la preuve dans mon jean n’est pas trop voyante
quand je tends mes clés au voiturier. Je nous ai déjà enregistrés, et la clé de la chambre est dans ma
poche. Nous nous dirigeons donc directement vers les ascenseurs, où nous nous retrouvons enfin
seuls.
Mon cœur bat environ sept fois trop vite quand je tends les bras pour l’attraper. En appuyant son
corps contre le mur, je plaque ma bouche sur la sienne et apprécie son goût. Ce n’est pas un baiser
romantique et tendre. Ce temps est révolu.
‒ J’ai envie de toi, maintenant, dis-je difficilement entre deux baisers mouillés avec la langue.
‒ Moi aussi.
Je sors de l’ascenseur en trébuchant, car je ne veux pas décoller mes lèvres des siennes, et j’essaie
d’extraire la clé de ma poche de derrière, mais Dahlia me distrait. Ses doigts glissent sous la ceinture
de mon boxer et elle les fait descendre devant en essayant de déboutonner ma braguette pendant que je
cherche la carte magnétique à l’aveuglette.
Nous avançons vers la chambre et je parviens à ouvrir la porte. Quand nous entrons, je fais glisser sa
robe le long de son corps et elle tombe immédiatement par terre. Mince, elle ne porte pas de soutien-
gorge non plus. En prenant une profonde inspiration, je fais un pas en arrière juste pour la
contempler.
Elle se tient debout devant moi, ne portant que ses cuissardes excitantes et ses perles. J’ai vraiment
envie de prendre une photo d’elle. Je sais que je n’oublierai jamais cette image, mais je veux pouvoir
la voir quand elle n’est pas avec moi.
Elle reste là à me regarder la regarder. Je vois que sa respiration accélère tandis qu’elle passe ses
doigts dans ses cheveux.
‒ Champagne ? dis-je en montrant du doigt la bouteille sur la table près de la fenêtre et le saladier de
fraises qui l’accompagne.
‒ Avec plaisir, répond-elle sans bouger, mais en se mordant la lèvre.
Je m’approche de l’endroit où se trouve la bouteille et enlève le bouchon pour nous servir un verre
avant d’ajouter deux fraises dans le sien.
J’adore quand elle est tout à fait à l’aise avec son corps en ma compagnie.
Je suis un peu nerveux parce que je ne sais absolument pas ce qu’elle va dire, à part me traiter de
pervers, probablement.
Elle marche lentement vers moi et prend le verre de champagne dans lequel j’ai mis deux fraises. Elle
attrape celles que j’ai coincées sur le rebord, la plonge dans le vin pétillant et la mord.
Je prends un autre fruit dans le saladier, le plonge dans son verre et le presse contre ses lèvres.
‒ Et ?
Je hausse les épaules et sors mon téléphone de ma poche. Le médiator TOUCHE-MOI est là, lui aussi.
Je souris en le voyant.
‒ Je garde ça pour plus tard, dis-je en levant l’objet avant de le placer sur la table.
Elle commence à prendre toutes sortes de poses absurdes, et je fais semblant d’être un photographe
de mode qui lui indique quoi faire. Nous continuons ainsi pendant au moins cinq minutes. Ses jolies
poses se font de plus en plus aguicheuses, et mon indicateur d’excitation fait exploser les scores en la
voyant ne porter que ses bottes et ses magnifiques perles.
‒ D’accord, monsieur le tyran, dit-elle, les mains sur les hanches. Où veux-tu que je me mette ?
‒ Merci.
Elle me sourit avec douceur et j’appuie trois fois sur le bouton de l’appareil photo pour m’assurer
qu’au moins une des photos est bonne. Je parcours les différents clichés sur mon téléphone.
‒ Tu es vraiment magnifique, Dahlia, dis-je en lui tendant mon portable pour qu’elle les regarde.
J’éclate de rire. J’attrape nos verres et lui tends le sien pour porter un toast.
Nous buvons tous les deux une gorgée, et j’attrape une nouvelle fraise dans le saladier avant de la
plonger dans son verre. Cette fois, je ne la passe pas sur ses lèvres, mais le long de sa poitrine. Puis,
avec le bout de ma langue, je suis la trace que j’ai faite avec le champagne. Ses tétons durcissent
aussitôt lorsque je décris des cercles autour de l’un, puis de l’autre avant de faire remonter ma langue
jusqu’à son cou et son oreille où je murmure :
Elle s’avance vers le lit, où elle a jeté son sac à main, et en sort un tube de rouge à lèvres pour s’en
mettre.
‒ Tu n’as pas besoin de ça, tu sais. Ce n’est pas comme si on allait quelque part, lui dis-je, ne
comprenant pas pourquoi elle met ce truc.
‒ Ah non ! Je ne porte pas de rouge à lèvres. Cela ne faisait pas partie du marché.
Debout devant moi, elle commence à presser fermement ses lèvres sur mes épaules, mon torse et mon
ventre. Quand elle a terminé, elle me pousse sur le lit.
‒ Allonge-toi.
Elle m’ignore et attrape son téléphone. Si j’ai de la chance, elle aura oublié de le charger, comme
souvent. Mince. Apparemment, non. Elle commence à prendre des photos de moi.
‒ Je ne pose pas, dis-je en restant simplement allongé sur le lit, les mains derrière la tête.
Maintenant, nous pouvons enfin faire ce que je veux depuis que je l’ai vue avec ces bottes. À vrai dire,
ce que je veux faire chaque fois que je la vois. Comme c’est la Saint-Valentin, je vais prendre mon
temps et faire l’amour à cette fille magnifique, drôle, sexy et tout simplement fantastique.
Je me lève, baisse mon jean et mon boxer, m’en débarrasse aussi vite que possible et lui dis :
25
Diamonds
Il t’attend
Je l’attrape par sa chemise de petit connard BCBG et le tire vers moi pour être nez à nez avec lui.
‒ C’est comme ça que tu vois les choses ? Moi, je les vois un peu différemment. Tu as rempli un vide
que j’ai laissé, mais c’est tout ce que tu seras toujours : un substitut du réel.
Je fais un mouvement brusque en avant et lui mets mon poing dans la mâchoire. Il ne cherche pas à
me frapper à son tour ; en fait, il ne m’attaque pas physiquement, mais la douleur qu’il cause est plus
profonde.
‒ Crois ce que tu veux, beau gosse. Elle était à moi en premier et elle sera toujours à moi. Rien de ce
que tu pourras dire ou faire ne changera ça.
Je sens quelqu’un me tirer le bras. J’ouvre les yeux et me redresse immédiatement sur les coudes. Il
fait nuit noire dans la chambre. Je ne vois rien. Elle remue dans le lit et, quand elle active
l’interrupteur, je plisse les yeux. La lumière de la lampe brille sur ses cheveux dorés. Elle est assise
près de moi et me caresse la joue.
‒ Tu vas bien ?
Je respire fort, mais essaie de me calmer. Ce n’était qu’un rêve. Ce n’était pas réel. Je ne la perdrai
jamais. Je déglutis plusieurs fois avant de répondre.
‒ Ouais, ça va.
Quand je me rallonge, elle pose sa tête contre la mienne. En s’installant sur l’oreiller, elle
m’embrasse juste dans le creux sous la mâchoire.
‒ Tu veux en parler ?
‒ Non. Je ne me souviens de rien, dis-je, même si les images sont encore très vives.
Je fais ces rêves presque toutes les nuits depuis une semaine – depuis que je lui ai acheté une bague de
fiançailles.
‒ Tu es sûr ?
J’inspire profondément et refoule la terreur qui monte dans ma gorge. Je n’ai pas besoin de lui
répondre. Je ferais mieux de lui montrer que je vais bien. Quand je la regarde, elle est sur le côté
gauche du lit, et je me dis que je l’aime tellement que nous nous fichons de savoir de quel côté nous
nous endormons, tant que nous sommes ensemble. Je passe ma main qui tremble encore légèrement
dans son dos et la fais rouler pour qu’elle soit sur moi.
‒ Tu es sûr que tu as fait un mauvais rêve ? Ou tu voulais simplement faire l’amour au milieu de la
nuit ?
Elle se penche vers ma bouche et frotte son nez le long de ma joue mal rasée. J’inhale son odeur
citronnée et je suis reconnaissant qu’elle soit ici avec moi.
Je ris doucement en regrettant que ce ne soit pas la réalité. J’écarte une mèche de cheveux de son
visage.
‒ Je ne pensais pas avoir besoin de simuler un mauvais rêve pour coucher avec toi. Mais, maintenant
que tu le dis, j’aime beaucoup l’idée. Puisque nous sommes tous les deux réveillés, pourquoi pas ?
Je plaque mes lèvres sur les siennes et la fais rouler à côté de moi. En embrassant son cou, je passe
ma langue sur sa peau. Ma main remonte entre ses cuisses. Quand je glisse mes doigts en elle, un petit
gémissement lui échappe, et son corps se cambre, se préparant pour ce que j’espère pouvoir lui
donner éternellement.
Je dois aborder le sujet avec précaution. Je savais qu’elle devait y retourner pour voir que l’endroit
n’était pas synonyme de mort. Oui, la mort avait rappelé son père trop tôt, mais le Greek était un lieu
où il avait pleinement profité de la vie. C’était là qu’ils aimaient tous les deux être ensemble, liés par
leur passion de la musique, des concerts et de tout ce qui s’y rattache.
J’ai le sentiment qu’avant de pouvoir lui demander d’avancer avec moi dans la vie, elle doit accepter
son passé. Le fait qu’elle refuse de retourner là-bas m’indique que ce n’est pas encore le cas. Mon
père disait que les cicatrices sont les feuilles de route de l’âme, mais son âme est belle et je n’ai pas
besoin d’une feuille de route pour la trouver ; je peux la toucher chaque jour que nous passons
ensemble. Ce qui me dérange, c’est ce qu’il disait à propos des cicatrices invisibles…, les cicatrices
émotionnelles. Nous en avons tous, mais les siennes sont profondes. Les siennes sont dues au fait
d’avoir enduré toute une vie de chagrin ; d’avoir été blessée à un si jeune âge. Je veux être celui qui
l’aidera à panser ses blessures.
C’est pour ça que je veux l’accompagner là-bas. Ce n’est pas seulement pour qu’elle puisse voir mon
groupe sur scène, même si, bien sûr, j’ai envie qu’elle soit là. C’est plus pour elle et pour notre
couple qui avance. Mais je sais que je ne peux pas l’aider concernant les cicatrices que sa mort a
laissées sur elle. Je ne peux même pas parler de lui avec elle. Je sais que ce n’est pas bien et j’essaie,
vraiment. Mais je n’y arrive pas. Je le déteste et je ne peux pas dépasser ça. Je ne peux qu’espérer que
l’aimer suffisamment et être là pour elle a déjà permis d’entamer le processus de guérison de ses
plaies ouvertes.
J’étais réticent au départ quand Xander m’a dit qu’il s’était arrangé pour que les Wilde Ones jouent au
Greek. Oui, c’était assurément une grande chance pour le groupe de présenter quelques chansons de
notre nouvel album, mais je ne savais trop si j’arriverais à faire venir Dahlia. Puis j’ai réalisé que
c’était l’occasion pour moi de la ramener là-bas et de faire de cet endroit un lieu de bonheur pour elle
à nouveau. Aussi, pour être tout à fait honnête, je veux qu’elle soit avec moi pour démarrer cette
tournée, surtout parce que je ne suis pas très motivé. Comme je n’ai pas réussi à trouver le meilleur
moyen de la persuader, j’ai décidé d’appeler Grace et de lui demander de me rejoindre pour déjeuner.
Je pensais appeler Serena puisqu’elle et Dahlia discutent presque tous les jours, mais j’ai décidé que
Grace était un meilleur choix, car elle connaît très bien Dahlia et qu’elles se ressemblent beaucoup.
Aller voir sa mère pour lui demander des conseils paraît bizarre, mais cela me semble aussi être la
meilleure chose à faire. En lui proposant de déjeuner avec moi, j’ai dû mettre de côté le fait que c’est
son fils parce qu’aux yeux de Dahlia, Grace est comme une mère pour elle, depuis qu’elle a perdu la
sienne.
Je dois juste l’oublier, lui, et ce que je sais, et refouler mes sentiments comme je l’ai fait depuis que
j’ai vu sa photo chez elle.
En me rendant au restaurant, je m’arrête à la maison de Dahlia pour jeter un coup d’œil. Elle lui
appartient toujours. Elle a eu quelques offres, mais aucune ne s’approchait du prix qu’elle en veut et
les a donc toutes refusées. Je ne veux pas la pousser, mais je sais que ses refus ne sont pas basés sur le
prix. Je pense qu’elle a simplement du mal à s’en séparer. Je ne l’ai pas brusquée.
Je suis arrivé au Caffe Riace avant Grace et j’ai demandé une table dehors. Je savais que, tout comme
Dahlia, Grace adorait être à l’extérieur.
Je suis donc assis en terrasse, en fin d’après-midi, sous un parasol vert, espérant que je n’ai pas
oublié mes lunettes de soleil dans la voiture. Je plisse les yeux sous le soleil radieux pour taper un
message adressé à Dahlia.
J’ai juste pensé que tu devais savoir comme je t’ai trouvée sexy cet aprèm avec ces bottes. Je t’aime
tellement. D’ailleurs, je crois que le fait que tu les portes pour rencontrer ton premier client me rend
fou. Je t’aime.
LOL. Comme mon premier client est une dame de 50 ans, je ne pense pas que tu aies à t’inquiéter.
D’ailleurs, même si j’avais RDV avec Adam Levine, tu n’aurais aucune crainte à avoir. Je t’aime
encore plus. <3 :-*
Je ris tout seul. Je l’aime plus qu’elle ne pourrait jamais le croire, mais nous nous amusons bien à
débattre sur qui de nous deux aime plus l’autre. Une ombre bloque le soleil. Assis avec un grand
sourire, avant que je ne puisse répondre au message de Dahlia, je lève les yeux et vois Grace
approcher. En arrivant à la table, elle déboutonne sa veste. Je me lève pour l’embrasser. Je tire sa
chaise et elle s’assoit. Elle pose son sac à main sur la table et installe aussitôt sa serviette sur ses
genoux.
Nous commandons le repas. Le serveur nous apporte nos boissons. Je décide d’abord de lui parler de
ma demande en mariage. Sa réaction est un bonheur sincère, comme si Dahlia était réellement sa
propre fille. Elle verse même quelques larmes de joie en me félicitant et en me donnant sa
bénédiction. Une fois que nos plats arrivent, nous parlons de ma prochaine tournée et de l’impact
qu’elle aura sur la nouvelle affaire de photographie de Dahlia. Je lui explique que Dahlia n’a pas
accepté trop de missions importantes pour la durée de la tournée. Quant aux projets qu’elle avait déjà
signés, elle prévoit de retourner à L.A. pour terminer le travail.
Quand j’ai fini mon sandwich, je pousse mon assiette sur le côté et pose mes mains sur la table.
‒ Grace, dis-je alors qu’elle lève les yeux vers moi. J’espère que vous pourrez me donner quelques
conseils.
‒ Eh bien, c’est à propos des parents de Dahlia, son père en particulier. Mon groupe va se produire au
Greek dans quelques semaines et j’aimerais vraiment qu’elle soit là. Pas seulement pour nous voir
jouer, mais parce que je pense qu’elle a besoin d’y retourner pour voir que c’est un lieu de bonheur.
Je veux qu’elle voie que c’est toujours l’endroit où elle était heureuse avec son père. Peut-être que, si
elle vient, elle pourra se débarrasser de certains de ses démons.
‒ River, c’est tellement particulier. Je pense que tu dois simplement lui dire ce que tu ressens, à quel
point tu aimerais qu’elle soit là avec toi. Elle viendra en sachant que c’est important pour toi. Je le
sais.
‒ Tu vois, River, je pense que c’est seulement l’appréhension d’aller là-bas qui l’effraie. Elle a peur
d’être encerclée par tant de souvenirs de tous ces moments spéciaux passés avec son père. Mais,
sachant à quel point elle t’aime et le sentiment de sécurité que tu lui procures, je crois qu’elle sera
prête à se confronter à son passé. Je pense qu’elle finira par revoir le Greek comme un lieu de
bonheur si elle y va.
Oui, je crois vraiment que ça l’aidera à faire en sorte que certains de ses fantômes reposent en paix.
J’écoute attentivement. Pendant qu’elle parle, je me dis que tout cela a l’air si simple. À l’intérieur de
ma superbe et fantastique copine vit toujours une adolescente effrayée qui a perdu ses parents, sa
famille.
Je peux l’aider à soigner ses dernières cicatrices simplement en faisant en sorte qu’elle se sente en
sécurité si elle retourne là-bas parce que je serai tout le temps avec elle. Peut-être que, cette fois, elle
y arrivera, et ses souvenirs heureux reviendront et effaceront les tristes.
Le trajet jusqu’au Greek s’est fait dans le silence. Elle était agitée, et je lui ai tenu la main. Je savais
qu’elle était nerveuse et je l’étais aussi. Pas parce que j’allais monter sur scène, mais pour elle.
Après avoir vu Grace, j’ai attendu quelques jours, puis, tout comme elle me l’a suggéré, j’ai demandé
sans détour à Dahlia de m’accompagner au Greek. Elle a d’abord hésité, mais elle n’a pas dit non. Je
lui ai simplement expliqué que Xander avait organisé le concert pour aider à régler les problèmes
liés au contrat et à l’avenir proche du groupe et que je voulais et avais vraiment besoin qu’elle soit là
avec moi.
C’était vrai, mais ce n’était pas la seule raison de ma demande. Après y avoir réfléchi un moment, elle
a accepté à contrecœur. Je me suis même arrangé pour qu’Aerie, Grace, Serena et Trent viennent
s’asseoir avec elle.
Une fois sur place, ses doutes se sont immédiatement dissipés. C’était évident sur son visage et dans la
couleur de ses yeux. C’était comme regarder une enfant dans un parc. Quand nous avons passé les
portes et sommes entrés dans le lieu où elle était venue tant de fois avec son père, j’ai su que les
souvenirs heureux prévalaient dans son esprit et avaient écarté les plus tristes.
Nous sommes maintenant allongés tous les deux dans notre lit. Le fait que nous ayons franchi cette
étape ensemble ne peut que me faire sourire. Je la regarde et passe mes doigts sur son ventre nu
pendant que nous nous embrassons. Elle sourit et m’attire plus près d’elle pour que nous soyons dans
les bras l’un de l’autre. Elle me remercie à nouveau de l’avoir ramenée au Greek. Elle rit en se
souvenant de tous les concerts qu’elle a vus là-bas avec son père.
Quand elle a terminé, je me penche pour l’embrasser. Ma main décrit des cercles dans son dos.
‒ Merci d’avoir accepté d’y retourner. Je sais que ça n’a pas été facile pour toi, mais j’ai pensé qu’il
fallait que tu y ailles, et c’était important pour moi que tu sois là pour notre concert de lancement.
Je dépose délicatement des baisers sur sa bouche. Elle gémit contre mes lèvres.
‒ Je sais, et je suis tellement contente d’être venue. Vous avez été fantastiques ; le Greek était aussi
fantastique que dans mes souvenirs. Toute la soirée a été vraiment fantastique.
‒ Dahlia, c’est toi qui es fantastique, et je ferais n’importe quoi pour toi. Je veux que tu sois heureuse,
toujours.
Elle ne dit rien d’autre. Elle se contente de plaquer ses lèvres contre les miennes. Ses doigts
s’emmêlent dans mes cheveux. Je réagis instantanément. Mes mains remontent le long de son corps
nu, touchent ses côtes et glissent le long de la courbe de ses seins jusqu’à ce qu’elles rejoignent ses
mains dans mes cheveux, où je les attrape et les fais redescendre en la tenant fermement quelques
instants.
Je l’aime tellement et je veux non seulement le lui montrer, mais aussi le lui dire. Je lâche ses mains et
promène mes doigts pour la titiller, mais m’arrête sur son cœur. Je sens la chair de poule se former
sur sa peau lorsque je baisse la tête pour embrasser la ligne que je viens de tracer.
‒ Je t’aime.
Je remonte jusqu’à ses lèvres en déposant des baisers et attrape délicatement son menton. Je la
regarde dans les yeux et lui dis exactement ce que je ressens.
‒ Dahlia, je t’aimerai éternellement.
Quand elle attrape mon visage, je vois l’amour et le désir dans ses yeux légèrement voilés.
Je vois des larmes lui monter aux yeux, et je ne veux pas qu’elles coulent. Je l’embrasse doucement,
langoureusement, transmettant tout mon amour dans ce baiser. Sa tête s’enfonce un peu plus dans
l’oreiller, et sa respiration accélère. Je sais ce que cela signifie et je ne peux pas me retenir plus
longtemps. Je ne veux rien de plus que m’enfoncer profondément en elle, sentir nos corps ne faire
qu’un, nos âmes à jamais connectées.
Le contact de ses lèvres pendant qu’elle effleure la ligne de ma mâchoire, mon cou et mon torse me
fait frissonner de désir. En décrivant des cercles à l’intérieur de ses cuisses, je glisse un doigt en elle
et sens sa moiteur. Je sais qu’elle est prête à m’accueillir. Je la titille un peu en tournant autour,
entrant, sortant, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le supporter.
‒ River ! crie-t-elle en cambrant son dos, la respiration brève et superficielle, les yeux désormais
fermés. S’il te plaît, je veux te sentir en moi, fais-moi l’amour.
Quand je me glisse aisément en elle, ses bras passent autour de mon cou, et ses jambes, autour de
mon corps pour me tirer encore plus près, et je sais que je suis exactement où j’ai toujours voulu être.
Quelques semaines après le concert au Greek, j’ai décidé qu’il était temps de lui demander de devenir
ma femme. Je voulais qu’elle soit mienne dans tous les sens du terme, plus que je n’ai jamais rien
voulu.
Mon plan pour venir à cette question était simple. L’amener dans un de ses endroits préférés et le lui
demander. L’amener là-bas était tout aussi simple. Tout ce que j’avais à faire, c’était lui suggérer
d’aller courir au coucher du soleil. Il existait tant de restrictions et de variables possibles, que j’ai
préféré faire simple.
Je me suis garé sur le parking en cette fin d’après-midi, par l’une des plus chaudes journées de l’été.
Nous nous dirigeons vers l’entrée du mur d’escalade, elle me passe devant et me lance un petit
sourire, ne laissant que quelques centimètres entre nous.
‒ Tu es sûr de vouloir le faire ? Parce que je sais, tout comme toi, que cette petite ascension ne sera
pas facile sous ce soleil de plomb, et je n’ai pas peur de l’admettre.
Elle fait un pas en arrière, et je remarque que ses yeux sont marron foncé quand elle affiche son
sourire espiègle et séducteur.
Elle s’arrête brusquement pour s’étirer, touchant le bout de ses pieds avec ses doigts. Son jogging
descend légèrement sur ses hanches. Mince, qu’elle est forte. Elle sait que je suis impuissant quand
elle agite ainsi son corps devant moi. Cela me rend fou, mais, ce qu’elle ne sait pas, c’est que je vais
faire cette ascension de presque six kilomètres sous le soleil torride avec un objectif bien plus
important qu’admirer la vue de derrière le panneau HOLLYWOOD. J’entre dans son jeu et émets
quelques
« Hmmm… » et des « Haaaa !… » pour qu’elle croie que je n’ai vraiment pas envie de le faire. Bon
sang, c’est moi qui suis fort. J’ai même payé le garde pour qu’il empêche quiconque de passer après
nous. Ainsi, quand nous atteindrons le sommet de la colline, nous serons seuls. Exactement comme je
le veux.
‒ Tu viens ?
Je la rejoins en courant et l’attrape. Elle se tortille pour essayer de se libérer et elle le pourrait si elle
le voulait puisque son sac à dos m’empêche de vraiment bien la tenir. Je la pose et ris dans son
oreille.
Elle rit encore quand elle se retourne pour me regarder, et sa beauté me coupe le souffle. Elle est
toujours si naturelle et insouciante. Je n’ai aucun doute sur le fait que c’est la fille qu’il me faut…
pour toujours. Avec elle, j’ai passé les plus beaux jours de ma vie, et le meilleur est à venir.
Nous approchons du sommet, marchant l’un derrière l’autre sur le sentier. Mes yeux suivent chacun
de ses mouvements. Elle se penche en avant pour grimper sur le plateau.
‒ Je veux prendre quelques clichés avant que le soleil ne perde son éclat.
Elle me le tend pour enlever son bracelet Pac-Man et le mettre en sécurité dans une poche à fermeture
éclair.
‒ Ma belle, tout d’abord, si, c’est haut, mais je ne pense pas à en haut, dis-je en montrant la vallée.
‒ Hé ! dis-je fort au moment où elle escalade la barrière pour se rapprocher des lettres, me laissant
avec toutes ses affaires sur les bras. Est-ce que j’ai l’air d’être une mule ?
‒ Je ne t’ai jamais considéré comme ça. Un âne parfois, mais pas une mule.
Je prends une gorgée de sa bouteille d’eau, pose tout par terre et la suis. Croit-elle vraiment que je
vais la laisser escalader ça toute seule ?
Une fois que nous sommes au pied du « H », les lettres paraissent énormes.
‒ Euh…, Dahlia, je ne suis pas sûr que tu puisses faire ça. Il n’y a pas de prises. Il faudrait que tu
hisses tout le poids de ton corps le long du poteau.
‒ Bébé, je ne prendrais même pas la peine de parier là-dessus avec toi parce que ce serait une énorme
erreur.
Son appareil photo pendu à son cou, elle fait la moue et croise les bras en étudiant la lettre.
‒ Dahlia, donne-moi ton appareil. C’est moi qui vais prendre cette photo.
Elle reste là, toujours avec sa moue. Elle enlève son appareil de son cou et me le tend.
‒ Fais attention, tu sais l’effet que me fait ta mauvaise humeur. Cette expression était tellement sexy.
Fidèle à ses habitudes, elle lève les yeux au ciel, puis s’assoit par terre.
Je parviens à me tirer jusqu’au premier chevron et m’appuyer contre la traverse pour prendre la
photo que ma chérie veut tant.
Après être descendu, je lui rends son appareil et elle me tend la bouteille. Je la finis et la jette près de
nos affaires.
Elle vient se placer entre mes jambes et se presser contre moi, torse contre torse, posant une main sur
ma joue et glissant l’autre sous la ceinture de mon pantalon de randonnée.
‒ Merci.
Mon pouls accélère et tout mon corps réagit, mais j’ai une question à lui poser et, même si son geste
soudain et sa proximité me poussent à me lever aussitôt, j’ai un plan que je dois suivre.
‒ À moins que tu ne veuilles te retrouver nue très vite, je pense qu’il vaut mieux pour toi de ne pas me
toucher comme ça ici.
J’essuie la sueur sur mon visage en relevant mon tee-shirt, et ses mains se posent aussitôt sur la peau
nue de mes abdos. Je m’efforce d’ignorer le désir irrépressible que j’éprouve pour elle en répétant
dans ma tête : Tiens-t’en à ta tâche, tiens-t’en à ta tache. J’avance alors vers le sac à dos et ouvre l’un
des compartiments avant de glisser discrètement la boîte dans la ceinture de mon pantalon, faisant
bien attention qu’elle ne me voie pas.
‒ Mon téléphone. Je voulais voir quelle heure il est, lui dis-je en sortant rapidement mon téléphone.
Comme je sais qu’elle m’observe, je tourne la tête. Son sourire, ses yeux, son incroyable beauté
m’arrêtent dans ma lancée. Je ne bronche pas, ne fais aucune remarque. Je sais à la manière dont elle
me regarde que c’est le bon moment.
Quand je reviens vers elle, je me penche, pose mes deux mains sur son visage et commence à
l’embrasser. Je trace le contour de ses lèvres avec ma langue, et elle ouvre la bouche. Lorsque je
presse mes lèvres plus fermement contre les siennes, nos langues se touchent, et je sens nos âmes se
connecter, exactement de la même manière qu’elle me l’a décrit lors de son anniversaire. Le moment
ne pourrait pas être plus parfait. Le soleil commence à se coucher sur l’horizon, la ville dans laquelle
nous vivons ensemble s’étend à nos pieds, et le panneau qu’elle aime tant nous surplombe.
Je tombe à genoux et lève les yeux vers son beau visage. Je vois déjà des larmes qui commencent à se
former dans ses yeux alors que je prends la parole.
‒ Je n’ai jamais imaginé pouvoir me sentir aussi connecté à quelqu’un que je le sens avec toi. J’ai su
que je t’aimais dès l’instant où je t’ai vue. Comment aurais-je pu résister ? T’aimer est aussi naturel
que respirer.
J’ouvre l’écrin dans lequel repose la bague en diamant incrustée d’une perle. Comme sur son collier,
la perle repose sur une fleur, mais là, cette dernière est sertie sur un rang de diamants d’éternité,
représentant mon amour infini. Je sors la bague de sa boîte, et mes mains tremblent terriblement
quand je la pose par terre pour me lever. Je veux plonger dans ses beaux yeux quand je lui poserai la
question la plus importante que je poserai à qui que ce soit de toute ma vie.
‒ Dahlia London, tu sais que je t’aime plus que tout homme a déjà aimé une femme. Mon amour pour
toi est plus profond que n’importe quel mot peut l’exprimer. Mon cœur t’appartient à jamais. Veux-tu
m’épouser ?
Je tremble encore. Je suis super nerveux, cette fille me possède, et le fait que je le veuille ainsi me
fout la trouille et fait de moi l’homme le plus heureux sur terre.
Ses mots sont ceux que j’attends depuis la minute où j’ai posé les yeux sur elle.
Ses oui continuent jusqu’à ce que je la tire vers moi et l’embrasse comme je ne l’ai jamais fait
auparavant. Tout l’amour que j’ai pour elle se déverse de mon cœur pour remplir le sien. Elle passe
ses bras autour de mon cou et me serre aussi fort qu’elle le peut avant que je ne la fasse tournoyer.
Une fois que je l’ai reposée, je prends sa main et glisse l’anneau à son doigt. C’est la bague parfaite
pour la fille parfaite. Ses larmes coulent sur son visage et elles ne s’arrêtent pas. Je la serre aussi fort
que possible dans mes bras. Puis je murmure à son oreille :
‒ Hé ! bébé, tout va bien. C’est un moment heureux. Pas un moment pour toutes ces larmes.
En embrassant son cou, j’effleure sa peau avec mes dents et elle se met à rire. Je recule et essuie ses
larmes avec mes doigts. Je ne peux m’empêcher de lui sourire quand je vois la chair de poule sur ses
bras. J’ai envie de pleurer avec elle tellement je suis heureux, mais je ne le fais pas. Je me contente de
la regarder. Elle, cette fille dont j’ai croisé le regard quand je l’ai vue traverser la salle pour la
première fois. Nos âmes se sont alors connectées à jamais.
26
Victim
Choisir notre destination pour le week-end a été facile. Comme je sais que Dahlia adore les beaux
panoramas et les grands espaces, j’ai choisi un endroit que nous pouvons tous les deux apprécier. Le
groupe a fini d’enregistrer l’album, le label se prépare à le sortir, et la tournée commence dans six
semaines. Avec tout le chaos qui va arriver, j’avais envie de passer un peu de temps seul avec elle. Je
n’ai dit à personne où nous allions et j’ai voulu lui faire la surprise en l’amenant ici.
Une fois que la promotion de l’album aura commencé, je sais que notre vie ensemble va changer
pendant un moment. Je suis déjà passé par là. La folie durera des mois. Nous vivrons dans un bus,
dans une ville différente chaque soir, entassés les uns sur les autres sans aucune intimité. Je le fais
pour Garrett, Nix et Xander, parce que, si c’était moi, je resterais volontiers à L.A. pour jouer dans
des petites salles, faire de la musique et vivre ma vie avec elle. Dahlia est extrêmement excitée pour
moi ; c’est moi qui ne le suis pas. J’aime la vie que nous avons à Los Angeles. Elle a accepté de partir
en tournée avec moi, mais elle devra retourner à L.A. pour terminer des projets photo avant la fin de
l’année. Je déteste l’idée de la laisser seule. J’ai le sentiment qu’elle a déjà passé assez de temps seule
dans sa vie.
Bell a suggéré Monterey Bay pour notre escapade, mais j’ai aussitôt écarté l’idée. Dahlia a grandi sur
la plage ; elle adore ça et, à vrai dire, moi aussi. Mais la raison pour laquelle je n’ai pas voulu
l’amener là-bas, c’est lui. Nous sommes allés à la plage plusieurs fois, principalement chez Grace.
Mais, quand nous y sommes, j’ai l’impression que Dahlia n’est pas vraiment avec moi. Elle fixe
l’océan comme si elle le regardait, lui. J’ai pensé lui en parler, mais, dès que nous quittons la plage,
elle redevient toujours elle-même, et je ne trouve pas nécessaire de remettre ce sujet sur le tapis.
Là, tandis que nous utilisons la remontée mécanique et que je regarde ses yeux vert doré, je vois ce
qu’elle voit. Toute la beauté qui m’entoure, c’est la sienne. C’est grâce à elle si je vois le monde
différemment, et je ne doute à aucun moment de son amour pour moi. En dessous de nous, il y a des
hectares de beauté qui attendent qu’on les découvre. Les flocons de neige tombent sur les montagnes
alors que le vent froid et vivifiant souffle et les pousse vers le sommet. Les grands arbres toujours
verts se reflètent dans le lac en bas, leurs branches courbées agitées par le vent. Nous pouvons même
voir les pistes que nous avons parcourues ce matin et qui mènent à une vue époustouflante sur le
torrent. Assis sous le ciel d’azur californien, en attendant de descendre le mont Pinball, je vois tout ça.
Avant que je la rencontre, je n’aurais vu que les sommets enneigés que je m’apprête à dévaler.
‒ Tu es sûre de toi ?
Elle a insisté pour que nous descendions cette montagne uniquement à cause de son nom.
‒ Dahlia, c’est une piste noire. Ce sont des pistes pour les skieurs expérimentés, ai-je dit en riant
quand elle m’a dit qu’elle voulait essayer.
Ignorant cet élément important, elle a haussé les épaules et m’a traîné vers le tire-fesses. En soulevant
ses skis l’un après l’autre pour essayer de marcher, elle m’a demandé :
‒ Tu as peur ?
J’ai montré ses skis en riant.
‒ Ce n’est pas moi qui essaie de marcher avec mes skis aux pieds.
Elle m’a tiré la langue tandis que je passais devant elle et j’ai attendu les mains tendues pour l’amener
vers moi quand elle a atteint le départ de la remontée mécanique.
À y repenser, c’était plutôt idiot de ma part d’avoir accepté, mais qui suis-je pour lui dire non ?
Maintenant que nous sommes à mi-chemin du sommet de la montagne, elle tripote son masque de ski,
et je pense qu’elle se demande elle aussi si elle a pris la bonne décision. Je tire son bonnet sur son
front pour éviter qu’il ne s’envole.
‒ Nerveuse ?
Elle me regarde, les joues rosies par le vent, mais ne répond pas.
‒ Tu m’as entendu ? dis-je en tapotant mon bâton contre son ski avant de me pencher vers elle et
l’embrasser.
Elle ne me répond toujours pas. Je suce le coin de sa lèvre inférieure avant de glisser mon nez près de
son oreille couverte.
‒ Et maintenant, tu m’entends ?
Je vois sa respiration accélérer. Même si la peau de son cou n’est pas visible, je sais qu’elle s’est
couverte de chair de poule. Elle cligne plusieurs fois des yeux.
‒ Hé ! lui dis-je en prenant mes deux bâtons dans une main pour pouvoir attraper son menton et la
forcer à me regarder. Je resterai avec toi et on descendra la montagne en zigzag ou on marchera,
même, s’il le faut. Ce sera marrant et tu pourras dire que tu as descendu le mont Pinball.
Elle hoche la tête, et je décide qu’il est temps de la distraire de sa mauvaise décision de passer
directement des pistes bleues très accessibles à une noire.
À vrai dire, je me fiche un peu de savoir où nous faisons l’amour, mais j’adore penser tout le temps à
son joli corps nu.
‒ River ! lance-t-elle comme si elle était choquée, même si elle ne l’est pas. Si nous décidons
maintenant, ça enlève toute la spontanéité de la soirée, explique-t-elle avec le sourire en cognant son
épaule contre la mienne.
En désignant la montagne que nous allons mettre une éternité à descendre, je lance :
‒ Désolé, ma belle. J’ai oublié comme tu étais spontanée, mais j’aimerais savoir à quoi m’attendre
quand nous serons enfin en bas.
Elle se met à rire et remet son masque, se préparant à quitter le téléski. Après avoir remis le mien
aussi, j’arrange mon bonnet et m’apprête à descendre le mont Pinball. Après avoir dévalé
prudemment la majeure partie de la montagne, nous arrivons enfin à la dernière pente, et je la
devance. Descendant jusqu’en bas à toute vitesse, je me mets à rire en la regardant faire du chasse-
neige. Elle me surprend en train de l’observer arriver en bas et s’arrête près de moi.
‒ Frimeur.
‒ J’ai dû prendre un peu de vitesse, sinon, ça aurait tout aussi bien pu être une piste blanche. Tu en as
assez ?
Je la contourne et appuie à l’arrière de ses fixations avec mon bâton pour qu’elle puisse déchausser
ses skis. Je fais de même. Je pose nos skis contre le râtelier, et l’employé vient les récupérer. En
enlaçant Dahlia par-derrière, je pose mon menton sur son épaule et murmure :
J’avance derrière elle, mes bras la serrant toujours fort. Nous entrons dans le gîte. Quand nous nous
approchons d’une table près de la cheminée, elle retire ses gants, son masque et son bonnet. Ses
cheveux magnifiques mais décoiffés encadrent son visage. Elle y passe les mains pour essayer de les
dompter, puis sort de sa poche ce qu’il faut pour les attacher.
‒ Comme tu veux. Après tout, c’est toi qui vas devoir les regarder.
Elle enlève son manteau. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’elle est vraiment super sexy sans
même s’en rendre compte. Elle porte ce petit pantalon noir moulant et un gros pull blanc à col roulé.
Je ris tout seul quand je vois qu’elle porte des chaussettes rayées noires et blanches. Ces neuf derniers
mois, je ne l’ai rien vu porter d’autre que du blanc, du gris ou du noir. Étant superbe dans tout ; elle
sait évidemment quoi mettre.
‒ Et si on essayait un grog ? propose-t-elle alors que nous nous asseyons près de la cheminée.
‒ Je ne bois rien qui porte le nom de « grog ». Ça me fait peur. Je m’en tiendrai à un chocolat chaud,
lui dis-je simplement lorsque l’employé nous apporte nos bottes.
Je me penche pour les enfiler et je remarque qu’elle me regarde.
‒ Quoi ?
‒ Merci.
‒ Ouiii, dit-elle avec le ton qu’elle utilise habituellement quand elle sait que je la titille.
‒ Je suis un peu courbaturé à force de t’avoir ramassée tant de fois, dis-je en insistant sur le mot
« courbaturé ».
Elle passe lentement les yeux sur mes épaules en se mordant la lèvre.
‒ Tu verras.
Elle secoue la tête et je ne peux m’empêcher de sourire. En la voyant là, si naturelle, si belle, je sais
pourquoi une simple rencontre il y a très longtemps a suffi pour que je sache que j’étais à elle. C’est
comme si je lui avais appartenu dès la toute première fois où j’ai regardé dans ses beaux yeux. Nous
décidons de nous rendre dans notre chambre après avoir terminé notre chocolat chaud. Une fois dans
l’ascenseur, je l’attrape et l’embrasse. Sa réaction est immédiate, et nous commençons déjà à nous
chauffer terriblement. Presque incapables de détacher nos mains de l’autre assez longtemps pour
ouvrir la porte, nous entrons difficilement, quasi entremêlés, dans la chambre d’hôtel. La bouche
plaquée sur la sienne, je donne un coup de pied dans la porte pour la refermer derrière moi. Je passe
ma langue sur le contour de ses lèvres douces et sens le chocolat qu’elle vient de boire.
‒ Hmmm…, tu as le goût du chocolat, lui dis-je doucement à l’oreille, les mains sur ses jolies fesses.
‒ Tu aimes ça ? répond-elle dans un murmure sexy.
‒ Hmmm…
Elle tourne la tête et mordille le lobe de mon oreille pendant que ses doigts tracent des motifs sur le
dos de mon pull. Je suis extrêmement excité, mais il faut que je prenne une douche. Ce pull me gratte
et me fait suer comme un porc.
‒ Commande ce que tu veux. Je fais un saut sous la douche. Je pue et je ne veux pas que tu passes la
nuit à devoir supporter cette odeur. J’ai déjà du mal moi-même, lui dis-je en avançant vers la douche.
Elle se jette sur l’immense lit en riant et lève une jambe sur le côté.
‒ Vas-y. De toute façon, tu as tué l’ambiance en utilisant les mots « puer » et « odeur ».
Je fais un clin d’œil à ma superbe fiancée, allongée sur le lit où je suis impatient de la rejoindre après
m’être lavé. J’ajoute :
‒ Je ne serai pas long ! Et, Dahlia, je peux recréer l’ambiance en deux secondes chrono.
‒ En fait, je vais faire l’impasse sur ce pari parce que je crois que je risque de perdre, admet-elle en
riant. Va te doucher. Il faut que j’appelle Aerie et Serena pour prendre de leurs nouvelles, de toute
façon.
Je me retourne, mais, quand je pivote la tête, je vois ma copine, encore une fois, qui jette un œil à
mon postérieur. Je la surprends à le faire chaque fois et j’adore ça. Comme elle a l’habitude d’être
prise sur le fait, elle se contente de hausser les épaules et de m’envoyer un baiser. Je lui fais un clin
d’œil, puis j’entends :
J’adore ce son. Je pourrais l’écouter toute la journée ; c’est comme une de mes chansons préférées.
La paroi en verre commence à se couvrir de buée quand j’entre sous la douche bouillante. L’eau
chaude fait du bien à mes muscles après avoir skié et m’être baissé pour ramasser Dahlia toute la
journée.
Les démangeaisons dues à mon pull s’atténuent lentement lorsque je me savonne le dos. En pensant au
visage de Dahlia quand nous étions en haut de cette piste noire sur le mont Pinball, je ne peux
m’empêcher de rire aux éclats. Elle avait l’air légèrement pétrifiée, mais elle était déterminée à
descendre cette montagne toute seule, et elle l’a fait. Enfin, une grande partie, en tout cas. Les yeux
fermés, je rince le shampoing de mes cheveux et la sens près de moi. Quand je les ouvre, je souris
parce qu’elle se tient près du lavabo, les bras croisés, et me regarde.
‒ Hé ! ma belle, qu’est-ce que tu fais ? dis-je en voulant qu’elle soit tout près de moi et pas si loin.
‒ Ça te dérange si je te rejoins ?
Je passe rapidement ma tête sous l’eau pour rincer le reste de mousse avant de sortir de la douche et
me diriger vers elle. Son pull est relevé à moitié quand je l’attrape, la soulève et la porte sous la
douche avec ses vêtements.
En la reposant sous la pomme de douche, je m’appuie contre la paroi vitrée et regarde l’eau chaude
couler sur son corps, détrempant ses vêtements. Elle rit, sans geindre ni se plaindre, mais en s’en
amusant. Mon Dieu, elle est si fantastique, insouciante et drôle ! J’aime tout chez elle.
Mais là, je pense que j’aimerais voir son corps sexy nu. Assez de plaisanteries. En désignant son pull
trempé qui semble peser une tonne et son pantalon mouillé qui colle à ses longues jambes, je lui dis :
‒ Tu portes bien trop de vêtements pour ce que j’ai en tête, ma belle. Pourquoi ne les enlèves-tu pas ?
‒ Oui.
‒ Je vais essayer, dit-elle en me regardant avec une fausse timidité et en prenant volontairement son
temps pour enlever son pull.
Je m’avance vers elle, défais son jean et le fais glisser le long de ses jambes.
Elle chancelle un peu, mais je la tiens par les hanches. Elle me sourit. Des gouttelettes d’eau coulent
sur son visage angélique. Je me relève et plaque son dos contre le mur pour commencer à
l’embrasser.
Elle me repousse un peu et promène ses mains sur ses seins. Avec le sourire le plus innocent que je
l’aie jamais vu afficher, elle me demande :
En temps normal, j’aurais éclaté de rire en l’entendant utiliser le mot « baiser », mais j’ai bien du mal
à me contrôler. Je grogne presque en la retournant pour dégrafer son soutien-gorge. Après avoir
descendu les mains sur son corps chaud et sa culotte, je la fais glisser pour sentir chaque centimètre
carré de sa peau douce et mouillée.
Elle tend le bras pour m’attraper, mais je bouge pour rediriger la pomme de douche. En revenant vers
elle, je lui embrasse une épaule, puis l’autre en passant les mains devant pour la toucher partout.
‒ Tu étais censée me faire un spectacle, lui dis-je en baissant la tête vers ses tétons durcis pour les
sucer.
Elle halète, mais je sais que je peux la faire plier, de toute façon.
Je continue à lécher et sucer ses seins. Ses mains glissent sur mes épaules et mes bras.
Quand elle se met à gémir, je passe à l’autre sein, et elle me tient par les épaules. Je tire fort sur son
téton avec ma bouche et elle crie :
Elle me regarde. Je lui souris et suce encore plus fort, tirant un peu avec mes dents tout en décrivant
des cercles autour de son autre téton.
‒ Bientôt, promis.
Je descends vers son ventre avec ma langue, et ses mains attrapent ses petits seins magnifiques. Je suis
partagé entre l’envie de la regarder et de lui procurer du plaisir. Aussi bien l’une que l’autre idée me
fait palpiter. En faisant entrer et sortir ma langue, je la bouge de plus en plus vite, puis glisse
finalement deux doigts bien profondément en elle. Aussitôt, je vois le plaisir passer sur son visage et
je sais qu’elle a un bel orgasme.
Je continue à bouger mes doigts jusqu’à ce que ses tremblements s’atténuent. Je me lève et prends une
minute pour l’admirer. Son corps autrefois trop mince a pris les plus sensuelles des formes. Je ne
peux pas me lasser d’elle, quel que soit son corps, et je sais à sa manière de me regarder à cet instant
qu’elle est entièrement heureuse. J’ai le sentiment que son corps est à moi.
J’attrape le savon et commence à lui laver le bras. Je le fais remonter vers son épaule, puis pose le
pain par terre pour utiliser mes deux mains. Quand le savon mousse, je remonte les mains et, avec
mes jambes, je la fais doucement reculer pour l’appuyer contre la cloison vitrée.
Elle retient sa respiration quand je mets une jambe entre ses cuisses. Mes mains trouvent sa poitrine et
décrivent des cercles délicats autour de ses mamelons. Le savon permet à mes doigts de glisser
aisément.
L’eau coule, et je déplace la pomme de douche pour que seulement un petit jet nous atteigne. Je décide
ensuite de ramasser le savon pour lui laver la jambe. Je procède de la même manière que pour son
bras.
Une fois en haut de sa cuisse, j’appuie un peu plus fort et décris des cercles plus petits.
Elle gémit doucement et, quand je la regarde, elle ferme les yeux. Mon pouce la frotte. Je sais qu’elle
apprécie quand elle se tortille.
J’enfonce mes doigts encore plus profondément, puis les enlève. Je souris quand elle essaie de suivre
les mouvements de ma main avec ses hanches.
Je sais qu’elle a envie de moi, et le fait qu’elle me le demande m’excite vraiment beaucoup, mais je ne
céderai pas si facilement, même si j’en ai très envie.
‒ Quoi, Dahlia ? Je t’en prie, quoi ? lui dis-je pour la taquiner, en sachant exactement ce qu’elle me
demande.
Elle gémit un peu plus fort quand je continue à plonger mes doigts, parfois lentement, parfois plus
vite, et elle me supplie :
Je l’embrasse sur la joue et ne peux m’empêcher de rire quand je l’entends utiliser le mot « baiser ».
Je me souviens comme j’avais trouvé ça mignon quand elle jurait, le soir de notre rencontre ; c’est
quelque chose que j’ai toujours essayé de ne pas faire devant elle. Maintenant, sa manière de
prononcer ce mot n’est pas mignonne : c’est tellement sensuel que, sincèrement, tout ce que j’ai envie
de faire, c’est effectivement la baiser sur-le-champ.
‒ Je te jure que je vais le faire. Je te jure que je ne m’arrêterai pas avant que tes jambes tremblent et
que chaque client de l’hôtel à cet étage connaisse mon nom.
Je sens un sourire se former sur sa bouche. Elle respire très fort quand elle me mord l’oreille.
Je l’appuie encore plus fermement contre la paroi et remplace mes doigts par ma queue. Elle réagit
instantanément en essayant d’enrouler ses jambes autour de moi, de me pousser à m’enfoncer encore,
mais je résiste et me contente d’entrer et sortir en glissant légèrement.
Je m’inflige la torture, mais ça me plaît tellement de la regarder. Elle essaie de s’agripper au mur. Il
n’y a toutefois pas de prise. Je reste calme un moment pour attiser son anticipation et essayer de me
contrôler tandis qu’elle continue d’essayer de rapprocher son corps du mien.
Je la pénètre seulement avec le bout de mon sexe, encore et encore. Elle continue à dire mon nom en
gémissant. Quand je vois son corps commencer à trembler, elle hurle mon nom :
D’un mouvement leste, je l’attrape et la soulève pour plaquer son corps contre le mur. Elle réagit
aussitôt en enroulant ses jambes autour de moi. Je la pénètre vite et violemment. Je dois me rappeler
de respirer ; elle est si bonne. Je continue de la regarder. Ses yeux commencent à rouler, et je sais
qu’elle n’est pas loin de venir.
Je veux ralentir et la faire jouir encore et encore, mais j’ai tellement envie d’elle. Je commence à
accélérer, la pilonnant sans interruption, chaque coup étant plus fort et plus rapide. Quand je vois le
plaisir envahir son visage, je sais qu’elle y est encore une fois. Elle crie mon nom une dernière fois.
Je maintiens ses hanches en place et crie moi aussi son nom. Je me penche et l’embrasse
fougueusement pendant que les sensations me submergent.
Nos corps tremblent, et j’étouffe ses cris de satisfaction, car je veux goûter et sentir tout son bonheur.
La chanson des Citizens, « Amazing Grace », me réveille. Elle vient du téléphone portable de Dahlia ;
c’est la sonnerie qui annonce un appel de Grace. Quand je tends le bras vers sa place, je me rends
compte qu’elle n’est pas dans le lit.
Elle ne répond pas. Je l’appelle encore, mais la chambre est trop silencieuse. En regardant autour de
moi, je réalise qu’elle n’est pas là.
Cherchant le téléphone pour le faire taire, je vois un message sur son oreiller. Je roule sur le côté et
l’attrape.
Comme je sais combien le « ski » t’a épuisé, je me suis dit que j’allais te laisser dormir. Je vais courir
un peu, puis je ramènerai le café. Je t’aime encore plus.
En clignant des yeux, je me souviens qu’elle m’a réveillé tout à l’heure et voulais aller courir sur le
sentier autour du lac pour voir le lever du soleil. Je lui ai demandé de me laisser une minute, mais j’ai
dû me rendormir. En levant la tête de l’oreiller, je vois son téléphone. Je m’assois et l’attrape sur la
table de chevet où il est branché. Comme il ne devait, encore une fois, plus avoir de batterie, elle l’a
laissé en charge. Il y a toujours la chanson, et le voyant lumineux indique dix appels en absence, et
l’horloge, six heures quatorze.
‒ Allô, dis-je en marmonnant dans le téléphone que je coince entre mon oreille et l’épaule pendant
que je m’installe sur le lit.
‒ River ? demande-t-elle.
‒ Serena ? Que…
Elle m’interrompt :
Elle parle assez doucement. Elle semble triste ou nerveuse, je ne sais trop.
‒ Serena, elle n’est pas là. Elle est allée courir. Tout va bien ? Est-ce que ça concerne Grace ?
Je dois poser la question, mais je prie pour que ce ne soit pas le cas.
Elle étouffe sa voix quelques secondes, et je ne peux pas vraiment entendre ce qu’elle dit quand Grace
prend le téléphone.
‒ J’ai laissé à Dahlia trois messages cette nuit. Il a été acquitté sur un point de procédure.
Je regarde le téléphone de Dahlia et appuie sur le bouton ACCUEIL. Je vois trois messages de Grace
qui n’ont pas été listés, et quinze appels de Grace et Serena.
Elle pleure et je me dis qu’elle n’est pas capable de parler, mais elle y parvient :
‒ Ne quitte pas.
‒ Salut, mec. Où est-elle ? Je ne sais pas trop ce qui se passe, mais nous devons garder un œil sur elle.
J’essaie de ne pas être agacé par ce con et le fait qu’il utilise le terme « nous », et réponds :
‒ Écoute, mec. Je pense que le type qui a tiré sur Ben cherche quelque chose. Je suis passé en voiture
devant chez Dahlia hier soir pour jeter un œil : quelqu’un est encore entré. J’ai voulu aller chez toi
pour la trouver, mais ils ne m’ont pas laissé passer, et ni toi ni elle n’avez répondu à mes appels. J’ai
appelé ta sœur et elle m’a donné ton numéro. Je t’ai appelé toute la nuit.
Je bondis du lit et cherche désespérément mon pantalon. En courant dans la salle de bain, je le trouve
par terre. Je l’enfile et trouve mon téléphone, toujours dans ma poche. Mes mains tremblent.
J’appelle la sécurité de l’hôtel et explique rapidement la situation. Je ne sais pas du tout s’il est
nécessaire d’envoyer quelqu’un à sa recherche ou pas, mais je veux la retrouver maintenant.
Au moment où j’enfile mon tee-shirt et mes baskets et me dirige vers la porte, le téléphone de l’hôtel
sonne. Je suis partagé entre l’envie de répondre et celle de courir à sa recherche, mais, comme je
viens d’appeler la sécurité, je fais demi-tour. J’attrape le combiné en silence.
‒ Monsieur Wilde ?
‒ Monsieur, nous aimerions que vous descendiez dans le hall et nous vous escorterons jusqu’à
l’hôpital.
La gorge serrée, j’essaie de respirer normalement, mais tout l’air de mes poumons a disparu, et mes
genoux se dérobent sous moi. Je cherche le courage de poser la question à laquelle je connais déjà la
réponse. Or j’entends la sirène de l’ambulance au loin. Je n’ai pas besoin de demander quoi que ce
soit.
En essuyant une larme au coin de mon œil, je sors de la chambre comme un ouragan et dévale les dix
volées de marches jusqu’au hall. La sécurité m’y attend. J’arrive à peine à réfléchir, mais je sais que
je ne peux pas la perdre. Je ne peux pas perdre ma meilleure amie, mon âme sœur, mon sourire, mon
rire…, mon tout.
Ils me disent qu’elle est déjà en route vers l’hôpital dans l’ambulance. Je veux qu’ils m’emmènent la
voir maintenant. Personne ne sait ce qui s’est passé. Quelqu’un aurait entendu crier et aurait appelé les
secours. Ce trajet de vingt kilomètres en voiture me paraît le plus long de ma vie. Mon téléphone
n’arrête pas de sonner, mais je ne peux pas répondre. Il faut que je la voie, ma beauté, ma perfection.
J’ai besoin de savoir qu’elle va bien.
Je parcours les photos que j’ai d’elle. Certaines sont sérieuses, d’autres sont drôles, d’autres encore
décalées ou carrément sexy. Elles sont toutes des reflets de son beau visage, et les larmes que je
retenais commencent à se répandre tout comme le malaise que je ressens concernant mon incapacité à
la protéger.
Absorbé dans mes pensées et le silence de la voiture, je peux entendre ma propre respiration. La
chaleur est accablante. Même si je ne porte pas de manteau, je transpire. Le chef de la sécurité me
parle, mais je ne l’écoute pas jusqu’à ce que je réalise qu’il me dit que nous sommes arrivés à
l’hôpital. Passant les portes des urgences en trombe, je me fraye un chemin dans une salle d’attente
bondée pour atteindre une petite vitre à la réception. En m’approchant, je crois voir Dahlia derrière,
mais, une fois que j’y suis, je réalise que j’ai pris mon désir pour la réalité.
En m’appuyant contre le comptoir, je ne me sens pas très bien. Je tiens sur les nerfs. Mon cœur fait
mille battements par minute, mon estomac est noué, et les frissons qui parcourent mon corps sont
douloureux.
‒ Ma fiancée vient d’être amenée ici et il faut que je la voie tout de suite !
Je hausse le ton avec cette infirmière, et les regards des patients qui attendent se tournent vers moi,
mais je n’en ai rien à foutre. Je veux désespérément retrouver ma copine.
‒ Monsieur, êtes-vous de la famille ? Seuls les membres de la famille sont autorisés à passer, dit-elle
en me tendant un formulaire à remplir sur lequel est écrit : Renseignements sur les personnes
extérieures à la famille.
J’essaie de rester patient, mais échoue quand je lui arrache le bloc des mains et répète :
Elle lève les yeux vers moi avec une expression qui m’indique qu’elle l’avait bien entendu.
‒ Monsieur, comme je viens de vous le dire, l’accès est réservé à la famille du patient. Veuillez
remplir ceci et vous asseoir. Nous vous tiendrons informé de son état une fois que nous aurons
obtenu sa permission.
Je hurle comme un fou à travers la vitre. Puis, en prenant une grande bouffée d’air, je me ressaisis. Je
remplis le formulaire et le lui tends. Je reste là à essayer de déterminer quoi faire quand je vois les
portes du couloir des urgences s’ouvrir. Une patiente en sort sur un fauteuil roulant, une jambe dans
le plâtre.
Quand je regarde l’infirmière derrière le guichet en train de discuter avec quelqu’un derrière elle,
mon formulaire abandonné devant elle, je sais que je dois agir. Sans réfléchir aux conséquences, je
passe rapidement les portes ouvertes et entre dans le couloir interminable bordé de rideaux fermés.
Une fois là, je m’arrête une minute pour réfléchir au meilleur moyen de la trouver. Je prie pour
qu’elle soit là et pas dans une salle d’opération. Je commence par le premier rideau et passe ma tête
en essayant de ne pas déranger la personne qui se trouve ici.
Après avoir fait cela un peu trop de fois, je vois un médecin longer le mur.
‒ Excusez-moi, docteur, dis-je à la petite brune vêtue d’une blouse blanche. Pensez-vous pouvoir
m’aider ? Ma femme est ici et je ne me souviens plus de la chambre dans laquelle elle se trouve. J’ai
dû sortir dans la salle d’attente pour utiliser mon téléphone pour prendre des nouvelles de notre fille.
J’invente au fur et à mesure, regrettant que ce ne soit pas la vérité et espérant que cela se réalise un
jour.
‒ Dahlia London, lui dis-je en souhaitant vraiment pouvoir dire « Dahlia Wilde ».
Elle se dirige vers le bureau et regarde sur un papier. Elle m’indique la chambre numéro dix. Elle
n’est plus qu’à quelques mètres, mais ils me semblent être des kilomètres. Des souvenirs envahissent
mon esprit, des images d’elle dansant sous la pluie. Son insouciance prend vie, et la beauté qu’elle
trouve en chaque chose m’inspire de l’admiration. L’ironie, c’est qu’elle pense que chaque personne
qui l’entoure est fantastique, mais c’est elle qui l’est. C’est elle que j’étais censé protéger, mais j’ai
lamentablement échoué.
Mon téléphone sonne à nouveau, et l’infirmière dans le couloir me jette un regard désapprobateur :
‒ Monsieur, votre téléphone est censé être éteint quand vous êtes ici.
‒ Désolé, mademoiselle, dis-je en voyant sept appels manqués dans la dernière demi-heure, tous
venant de Caleb.
Je retiens mon souffle quand j’atteins le rideau bleu. La peur et l’effroi coulent dans mes veines
jusqu’à ce que je voie et entende la fille dont je suis tombé éperdument amoureux.
J’ouvre le rideau et la découvre assise dans le lit, la tête appuyée en arrière. Elle a un hématome sur la
joue et sa lèvre est enflée. Un bandage entoure le poignet où elle porte son bracelet. Mais, Dieu merci,
elle est droite et elle me parle.
La gorge serrée, je ne peux retenir mes larmes qui se mettent aussitôt à couler sur mon visage. Je me
jette à ses côtés et la prends délicatement dans mes bras en faisant bien attention aux câbles rattachés à
son corps sous sa robe d’hôpital.
‒ Tu vas bien ?
‒ Oui.
J’attrape doucement son beau visage dans mes mains et la fixe. Je pose mes lèvres contre les siennes
en faisant bien attention de ne pas trop appuyer. Je ressens un immense soulagement et mets ma tête
dans le creux de son cou. Je reste là, incapable de bouger. Elle est devenue tellement indispensable à
ma vie en si peu de temps ; je ne peux pas imaginer mon avenir sans elle.
Elle se tient à moi, et je sens non seulement la forte connexion physique dont elle a besoin à cet
instant, mais la profonde connexion émotionnelle qui nous unit. Ses pleurs continuent. J’essaie de
l’apaiser. Chacune de ses larmes est une pointe dans mon cœur.
Je veux lui demander ce qui s’est passé. Qui a fait ça ? L’a-t-il touchée ? Comment nous a-t-il trouvés
? J’ai envie de zigouiller ce type, mais là, ce dont elle a le plus besoin, c’est que je sois là. Je renvoie
mes questions à plus tard et me contente de la serrer dans mes bras en remerciant Dieu qu’elle soit en
vie et qu’elle aille bien.
‒ Tout va bien, maintenant, bébé. Et je te promets que je ne laisserai plus jamais personne te faire du
mal.
27
Connected
Enveloppée dans sa couverture faite de tee-shirts de concert, elle s’est calée entre mes jambes. Nous
sommes allongées dehors dans une chaise longue, le lever du soleil et le panneau HOLLYWOOD en
toile de fond. Sa tête repose sur ma poitrine, nos doigts s’entremêlent et mes bras l’enlacent et la
serrent ; ils n’ont pas quitté cette place depuis l’agression.
Elle est sortie de l’hôpital hier. Caleb et Xander sont venus à Tahoe le jour de l’incident et sont restés
jusqu’au moment du départ. Caleb lui a posé plus de questions que la police, mais l’histoire était
toujours la même. Elle comprenait peu de détails et un vague rapport des propos de l’agresseur.
Elle n’a pas vu qui l’a attaquée. Il l’a attrapée par-derrière et l’a fait tomber, face contre terre. La seule
chose qu’il lui a dite était que, si elle se laissait faire, elle ne serait pas blessée. Ces paroles me font
toujours frissonner. Il lui a cogné la tête contre le sentier en pierres plusieurs fois, car elle essayait de
hurler contre sa main. Quand quelqu’un s’est mis à crier au loin, le type s’est enfui.
Xander a insisté pour nous ramener à la maison, et Caleb a conduit ma voiture. Dahlia va bien
physiquement, mais elle est secouée. Je suis plus que préoccupé par l’incident. Caleb a déjà pris les
choses en main. J’ai décidé de ravaler mon animosité envers lui et le laisser apporter son aide. Il est
en train d’installer un système de sécurité dernier cri et a embauché une équipe de gardes du corps.
Nous avons décidé d’attendre quelques jours pour lui parler de la libération de son meurtrier. Nous
espérons que le rapport qu’elle a fait à la police permettra qu’il soit de nouveau arrêté et qu’elle
n’aura plus à s’inquiéter. Je me suis senti mal en effaçant ses messages, mais je devais le faire, pour
elle.
Ne pas pouvoir la voir quand elle était aux urgences me pèse beaucoup et je me demande pourquoi
nous avons décidé d’attendre la fin de la tournée pour choisir une date pour nous marier. Comme
nous sommes tous les deux allongés dans le calme du petit matin vivifiant, j’en profite pour lui
demander :
‒ J’ai l’impression que je t’ai attendue toute ma vie et je n’ai plus envie d’attendre.
‒ Je ne sais pas trop. Mais, quand tu le présentes comme ça, je ne veux pas attendre non plus.
‒ Et si on prenait un avion pour Las Vegas et se mariait aujourd’hui ? Je peux tout arranger en
quelques heures. On peut aller là-bas, se marier et revenir pour le coucher du soleil.
Je me redresse et la tire vers moi en lui faisant passer une jambe de chaque côté. En coinçant
délicatement ses cheveux derrière son oreille, je plonge dans ses beaux yeux.
‒ Je ne serai satisfait que quand je me réveillerai aux côtés de ma femme chaque matin. Dahlia, tout ce
que je veux, c’est toi et moi pour toujours. On pourra faire la fête plus tard, quand tu te sentiras
mieux. On pourra même faire une autre cérémonie ici, mais je ne veux plus que ce qui s’est passé à
l’hôpital arrive à nouveau. Alors, veux-tu m’épouser aujourd’hui ?
Des larmes coulent sur son visage, mais, cette fois, ce ne sont pas des larmes de tristesse. Elle se
penche et m’embrasse. Puis elle recule et dit :
Six heures plus tard, elle porte la plus belle robe blanche. Nous avons décidé de ne dire à personne ce
que nous nous apprêtions à faire, mais, quand Aerie est passée à l’improviste ce matin, Dahlia a
craqué et le lui a annoncé. Aerie est repartie aussitôt pour lui acheter une robe. Elle est courte,
couverte de perles, et Dahlia est superbe. Le bleu sur son visage est bien visible, mais nous nous en
fichons. On pourra faire les photos un autre jour. Aujourd’hui, c’est pour nous, rien que pour nous.
Une fois qu’elle m’aura épousé, nous serons connectés à jamais.
Caleb gère la sécurité. Il n’était pas vraiment content de notre voyage impromptu. Je ne sais pas si
c’était pour des raisons personnelles ou professionnelles, mais il a insisté pour nous accompagner.
J’ai accepté parce que je sais qu’elle compte beaucoup pour lui, et il ferait n’importe quoi pour la
protéger.
Nous sommes prêts à partir. Je regarde Dahlia qui branche son téléphone déchargé derrière le
comptoir de la cuisine. Je lui dis en riant :
Je ris parce que je lui dis généralement qu’il faut qu’elle recharge son téléphone environ cinq minutes
avant de passer la porte pour sortir.
Je m’approche d’elle et la prends dans mes bras tout en regardant dans ses yeux marron vert.
Je pose mes mains sur ses joues et déclare, avec une certitude absolue :
En la serrant aussi fort que possible, je sais que je ne la laisserai jamais partir. Après l’avoir
embrassée, je glisse mon nez près de son oreille et murmure :
Elle acquiesce et je ne peux m’empêcher de sourire quand je vois la chair de poule apparaître.
J’attrape sa main et nous nous dirigeons vers la porte. « Amazing Grace » retentit de son téléphone
dans la cuisine juste quand nous nous apprêtons à faire nos derniers pas en tant que River Wilde et
Dahlia London.
ÉPILOGUE
Breakeven
Que suis-je censé dire
Je m’effondre.
Journal de Ben
19 février 2010
Caleb m’a appelé aujourd’hui et m’a dit qu’il avait une histoire à me raconter, si je voulais prendre le
risque de l’écouter. Bien sûr que je voulais l’entendre. J’ai toujours été prêt à relever un défi. Il m’a
dit que ce n’était pas drôle, mais que c’était une histoire qui pouvait rendre mon nom synonyme de
meilleur journaliste d’investigation de ma génération. Alors, bien sûr que j’ai accepté.
21 février 2010
Caleb et moi nous sommes vus aujourd’hui. Ce qu’il m’a raconté m’a sidéré. Dans un premier temps,
je ne l’ai pas cru. J’ai trouvé bizarre que quelqu’un le contacte juste à son retour d’Afghanistan avec
une offre comme celle-là. Il m’a dit que leur contact initial avec lui avait été immédiat. Il m’a donné
une clé USB avec des informations sur lesquelles je devais faire des recherches. Quand je suis rentré
à la maison, je l’ai chargée, et, merde, quand il disait qu’il avait une histoire qui pouvait bouleverser
ma vie, il ne se foutait pas de moi. Ce que j’ai vu m’a donné envie de vomir, et je savais que cette
histoire devait être dévoilée. Ce sera un jeu d’enfant et je vais devenir célèbre.
23 février 2010
Je n’ai pas dormi depuis vingt-quatre heures. C’est bien plus important que ce que Caleb pensait. Je
l’ai appelé et lui ai laissé un message il y a six heures. Ce trou du cul ne m’a pas encore rappelé.
25 février 2010
Connard de Caleb Holt. Il a disparu depuis deux jours, et là, il m’appelle et me dit que je dois étouffer
l’affaire. Il veut que j’oublie tout ce qu’il m’a raconté. Eh bien, il sait que ce n’est pas mon genre. Il
est hors de question que je ferme ma gueule. J’ai commencé à écrire l’article aujourd’hui et je
prévois de le dévoiler à la soirée de récompenses. Il le faut parce que je ne suis pas le seul concerné ;
je dois aussi aider d’autres personnes.
26 février 2010
Ce que Caleb m’a dit aujourd’hui, d’abord, je ne l’ai pas cru. J’ai pensé qu’il était en train de devenir
cinglé. Il m’a dit que, si je ne disparaissais pas, si je ne faisais pas le mort, en fait, Dahlia et moi
allions vraiment mourir. Je suis sorti du bar en pensant ignorer toutes ces conneries et prévoyant de
publier cet article. Quand je suis arrivé à ma voiture, il y avait une enveloppe sur le pare-brise. Je me
suis assis à l’intérieur et je l’ai ouverte. Quelqu’un avait photographié Dahl partout où elle était allée.
Il y avait même une photo d’elle avec un homme qui la suivait dans un café et qui pointait un couteau
vers son dos. J’ai eu envie de dégueuler. Je sais que ces gens ne plaisantent pas. Merde, qu’est-ce que
je vais faire ?
27 février 2010
J’ai passé les huit dernières heures avec Caleb pour élaborer le plan. Il a tout prévu. Il a payé
quelqu’un pour prendre la responsabilité de m’avoir tué. Il sera finalement acquitté pour vice de
procédure. Il a même réussi à se procurer une poche de sang qui correspond au mien pour que je
donne l’impression de saigner quand on me tirera dessus. Il voulait que je rende toutes les preuves.
Merde, pourquoi je devrais les rendre ? Je lui en ai donné assez et j’ai caché le reste dans la maison, à
un endroit auquel personne ne pensera.
28 février 2010
Dans moins d’une semaine, j’abandonnerai la fille avec qui j’ai passé toute ma vie. Merde, ça me
déchire, mais je ne peux pas l’emmener. Elle ne serait pas heureuse en cavale. Aujourd’hui, je lui ai
envoyé des fleurs parce que je ne le fais jamais. Je sais qu’elle va penser qu’il se trame quelque
chose, mais je veux qu’elle se souvienne que je l’aimerai… éternellement.
J’ai amené ma Dahl déjeuner aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais fait ça plus souvent.
Je lui ai même apporté un paquet de ses chocolats à la menthe préférés. Je ne lui aurais pas offert
n’importe quels chocolats, mais je sais qu’elle adore ceux à la menthe.
2 mars 2010
Merde, merde, merde ! J’ai rencontré ce type il y a moins de deux semaines, et demain je vais devoir
mourir. J’ai essayé de faire marche arrière, mais je suis trop impliqué et ils veulent me voir mort.
Alors, aujourd’hui, je passe chaque minute avec elle pour m’assurer qu’elle sait à quel point je
l’aime.
3 mars 2010
Aujourd’hui a été le jour le plus heureux et le plus triste de ma vie. Je l’aime comme je n’ai jamais
aimé personne. Je savais que c’était notre dernier moment ensemble et j’avais envie d’elle de manière
inexplicable. Nous avons partagé un lien que je n’ai jamais ressenti avec elle auparavant. Peut-être
parce que je savais que je ne reverrai plus jamais son beau sourire, ne retoucherai plus son corps
sexy, n’embrasserai plus ses douces lèvres, ni même ne foulerai cette plage de sable avec elle. Elle ne
savait pas ce qui allait se passer, ni pourquoi j’étais si émotif, et cela m’a brisé le cœur.
Je lui ai offert un bracelet qui symbolise mon amour pour elle et j’espère qu’elle ne l’enlèvera
jamais.
Lui dire au revoir a été dur, mais j’ai dû le faire pour la protéger, pour la sauver. La laisser seule dans
cette putain de bagnole m’a anéanti. Elle m’a supplié de ne pas jouer les héros. Je n’ai pas été un
héros.
J’ai fait ce que je devais pour la sauver. Quand je l’ai regardée une dernière fois, j’ai regretté de ne
pas être sur le point de mourir pour de vrai. Je l’ai laissée recroquevillée sur le sol de la voiture. Elle
a cru que je sortais pour la sauver d’un cinglé. D’une certaine manière, c’était le cas, mais le fait
qu’elle me voie comme un héros m’a donné envie de vomir. Je n’ai certainement pas été un héros.
Elle était en danger à cause de moi. On pourrait penser que je dormirais mieux en sachant qu’elle
aura toujours cette image héroïque de moi, mais je sais que non. J’ai demandé à Caleb qu’il me
conduise ici une dernière fois pour lui faire mes adieux silencieux. Je ne peux tout simplement pas
partir sans voir cet endroit.
C’était notre préféré. Comme je ne pourrai peut-être plus jamais revenir ici, je veux dire au revoir.
Au revoir à la plage, au revoir à ma mère, ma sœur et à mon neveu, et au revoir à elle.
Je suis venu à cet endroit de nombreuses fois, mais aujourd’hui, c’est différent. Je suis seul. Il n’y a
pas de bras pour me réconforter. Mon corps tremble ; pas à cause du froid, mais parce que je prends
conscience du destin. Une larme esseulée coule doucement le long de mon visage tandis que je
regarde dans la nuit et crie :
Le vent hurle au loin, le tonnerre gronde et les éclairs frappent. Je reste là en espérant que la tempête
imminente m’emportera et effacera l’ombre qui me menace. Une petite pluie apaisante tombe du ciel
sombre, mais elle ne soulage en rien mon âme ravagée. La brume se lève doucement dans la nuit, des
flaques se forment par endroits, et l’air froid me donne des frissons dans le dos. Je suis dans le noir et
la tempête.
Je suis une silhouette solitaire et je me recroqueville par terre avec le sentiment d’être complètement
perdu. Mes larmes se mêlent à la pluie dans une danse lente. Personne n’est là pour me voir. Personne
ne sait où me trouver. Seuls les vautours me remarquent. Ils planent au-dessus de ma tête, essayant de
s’abriter de l’averse froide. Je ne cherche pas de refuge dans cet endroit que je méprise, à présent,
mais je n’ai nulle part ailleurs où aller. Je n’ai pas d’espoir. Je n’ai pas d’avenir. Ma place est ici :
dans les ténèbres.
4 mars 2010
J’ai été tué lors d’une agression sur la route qui a mal tourné. Je suis à New York maintenant. Caleb
m’a déposé à un appartement qu’il a loué sous mon nouveau nom et m’a trouvé un boulot comme
professeur d’université. Merde, je le déteste. S’il n’avait pas été là, je serais en vie aujourd’hui. J’ai
tout laissé derrière moi à part ce journal. Je n’ai rien et je ne reverrai jamais Dahl.
17 novembre 2011
Caleb est passé à mon appartement après l’un de mes cours. Il m’a dit que quelque chose se tramait,
qu’il ne savait pas quoi, mais qu’il était inquiet. Il m’a appris que la maison que Dahlia et moi
partagions a été vandalisée comme si on cherchait quelque chose. Il m’a demandé si je lui avais bien
tout donné.
J’ai perdu mon sang-froid et me suis mis à le frapper sans pouvoir me contrôler. Il m’a laissé faire. Il
n’a même pas essayé de me rendre mes coups. Je ne me suis arrêté que lorsque j’ai vu que le sang qui
coulait de son nez avait trempé sa chemise et sali le tapis. Il a attrapé une serviette et l’a portée à son
nez, mais il a continué à parler comme si rien ne s’était passé.
Je ne l’ai pas laissé finir parce que des images de Dahl, blessée, allongée sur le sol de notre maison,
n’arrêtaient pas d’apparaître dans ma tête. Je pense qu’il a senti mon inquiétude et, une pointe de
nervosité dans la voix, il m’a dit que Dahlia était absente ce week-end et qu’elle n’était donc pas dans
notre maison quand on y était entré.
Tout ce que j’ai pensé d’abord, c’est Merci, bordel, mais j’ai ensuite demandé à Caleb où elle était. Il a
d’abord haussé les épaules, puis s’est retourné pour s’asseoir sur le canapé, mais j’ai insisté jusqu’à
ce qu’il me le dise. Il a dit que Dahlia était revenue à la maison avec un type. J’ai encore insisté ; je
voulais savoir qui était ce type. Qui était-ce ? J’étais de plus en plus agacé et inquiet. L’utilisait-elle
pour trouver les informations que j’avais si bien cachées ?
Ma liste de questions a continué sans que je ne fasse jamais de pause pour laisser Caleb répondre. Je
ne savais pas si je voulais connaître les réponses. Tout ce que je savais, c’était que je devais y
retourner pour la voir, pour être avec elle, mais Caleb a insisté pour que je continue à faire le mort
pour sa sécurité et la mienne. Il a dit qu’ ils ne lui feraient pas de mal, puisqu’elle n’avait rien à voir
avec ça et que, moi, j’étais mort.
Je suis allé m’asseoir sur le canapé près de lui. Je lui ai dit qu’il me devait de me dire ce qu’il savait.
C’est ce qu’il a fait. Il m’a dit qu’il était presque sûr que Dahlia couchait avec le mec avec qui il
l’avait vue. Il m’a dit qu’il était vraiment désolé. Ces paroles avaient eu du mal à sortir de sa bouche.
Caleb a continué en expliquant qu’il les avait suivis jusqu’à un quartier huppé de L.A. dans les
collines. D’après ce qu’il pouvait en dire, elle dormait là-bas. Dahlia à Hollywood Hills ? Qu’est-ce
que c’était que ce bordel ?
J’étais carrément furax contre lui, contre moi, contre elle. Elle baisait déjà avec quelqu’un ? J’avais
vraiment envie de tuer ce mec et je voulais mettre une dérouillée à Caleb. L’idée que ma Dahl couche
avec quelqu’un d’autre me rendait presque fou.
Je savais qu’elle finirait par tourner la page, mais l’entendre était carrément autre chose.
Je suis allé jusqu’au lecteur CD sur une table dans le coin de la pièce et l’ai fixé. L’ironie de la chose,
c’est que tournait « Go to Hell » de Go Radio. Super approprié, non ? Je n’ai pas pu m’en empêcher.
J’ai frappé du poing sur le lecteur si fort qu’il a éclaté en mille morceaux sur le sol. Je me suis pété la
main.
Caleb m’a amené aux urgences et ils m’ont mis un plâtre. Bon sang, ils n’auraient pas pu aussi en
mettre un sur mon cœur brisé ? Je suis resté assis aux urgences à repenser à Dahlia et à me demander
pourquoi je n’avais pas simplement insisté pour qu’elle m’épouse quand je le lui avais demandé. Cela
n’aurait pas changé grand-chose. Merde, de toute façon, je ne pourrai jamais la revoir.
Caleb est reparti le lendemain. Il m’a assuré qu’il veillerait sur elle et a dit qu’il ne me recontacterait
plus.
21 septembre 2012
Assis ici, à la grande table de conférence avec une salle pleine de mecs en costard de je ne sais quelle
section du gouvernement, je peux entendre les tic-tac de l’horloge accrochée à ce putain de mur. Tout
ce à quoi je peux penser, c’est que, après presque trois ans, je vais enfin la revoir, la toucher et
l’aimer. J’ai tout abandonné pour que ma Dahl reste en vie. Maintenant, je vais enfin pouvoir tout
récupérer.
Caleb m’a dit qu’elle était avec un connard et que, apparemment, ce serait assez sérieux, mais je sais
qu’à la minute où elle me verra en chair et en os, ce sera fini. Notre histoire est bien trop importante
pour ne plus exister.
Mince, pourquoi ai-je dû être aussi doué dans mon boulot ? Pourquoi ai-je voulu m’imposer dans le
monde du journalisme ? Aujourd’hui, je ne pourrais pas dire pourquoi parce que j’ai tout perdu en un
claquement de doigts. À l’époque, j’étais ambitieux, et rien d’autre ne comptait. Enfin, ce n’est pas
vrai.
Je me souciais de tous ces gens et de ce qu’ils les laissaient faire. Ça, ça comptait vraiment pour moi.
Je n’avais pas eu de nouvelles de Caleb depuis presque neuf mois avant qu’il ne m’appelle il y a
quelques jours. Je savais qu’il se tramait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Il m’a redemandé
si j’avais conservé des informations. Encore une fois, j’ai menti et assuré que non. J’ai essayé de
demander comment allait Dahl, mais il a raccroché.
Quand ils m’ont appelé hier pour me dire qu’ils allaient me réintégrer, j’ai su que quelque chose était
arrivé. Tout ce qu’ils m’ont dit, c’est que ce n’était pas fini, mais qu’ils voulaient que je revienne. J’ai
été accompagné par l’un des mecs en costard pour prendre le prochain vol de New York à L.A. La
seule chose que le type m’a dite, c’est qu’on était entré dans ma maison encore une fois. Je me suis
demandé s’ils avaient fini par trouver l’information… Mais comment cela aurait-il été possible ?
Lorsque j’ai voulu savoir si elle allait bien, ils n’ont pas répondu.
Maintenant, je suis assis ici. Bordel, où est Caleb ? Je leur ai posé la question, mais n’ai obtenu
aucune réponse. La seule que j’ai reçue au court des vingt-quatre dernières heures est :
Mais j’attends ici patiemment parce que je n’arrive pas à croire que ça va arriver alors que j’ai
toujours pensé que ça ne serait jamais le cas. Mon histoire va enfin être révélée. Je serai débarrassé d’
eux. Libre d’être avec ma Dahl. Cela semble surréaliste et tellement réel à la fois. Ma mère est sur la
route. Une fois que je l’aurai vue et lui aurai raconté mon histoire, je pourrai enfin appeler ma Dahl.
REMERCIEMENTS SPÉCIAUX À…
Ma famille. Et ces mots ne sont pas assez forts. Vous m’avez soutenue pendant tout ce processus fou,
amusant, stimulant et inspirant qu’est l’écriture d’un livre. Non seulement vous avez dû faire avec une
maison en désordre, des lessives oubliées et de nombreuses listes de courses jamais faites, mais vous
m’avez aussi donné le temps dont j’avais besoin pour ce roman. Alors, merci à mon merveilleux
mari et à mes quatre magnifiques enfants. XOXO
À la femme qui est très rapidement devenue ma meilleure amie, Jennie Wurtz. Nous avons passé un
nombre incalculable d’heures au téléphone, avons échangé tellement de messages que j’en ai perdu le
compte. Vu la quantité de MP, je suis surprise que Facebook ne nous ait pas réprimandées. Tu es non
seulement une super amie, mais tu m’as assistée tout au long et a fourni une participation inestimable.
Je t’aimerai toujours !
Ma chère amie, Kerri Coakley. Tu es la première personne que j’ai rencontrée dans le monde
parallèle de Facebook. Quelle chance ! Tu lis toujours tout ce que j’écris et réécris, et cela te fait
sourire. Tu m’as encouragée, soutenue et motivée chaque jour. Je te serai à jamais reconnaissante !
Aux meilleurs beta-lecteurs… de l’histoire. En tant que nouvel auteur, je n’aurais pas pu rêver mieux.
Jessica Hayes et America Matthews, vous m’avez accompagnée depuis le début. Vous avez toute ma
gratitude. Un remerciement spécial à Jessica pour ton aide pour la sélection musicale et pour m’avoir
laissée utiliser ta citation : Tout le monde a un destin ; ce qui compte, c’est la route qu’on emprunte
pour l’atteindre. Et aussi Kristina Amit, Rebecca Berto, Erika Taylor, Deb Tierney et Summer Van
Vunckt qui ont lu en avant-première Connectés. Votre participation a été inestimable et vous avez aidé
à façonner ce livre pour obtenir ce produit final.
À Sarah Hansen. Tu t’es démenée afin de t’assurer que j’aie la photo que j’ai demandée et ensuite tu
l’as transformée en œuvre d’art. Pour moi, le fait que tu te sois constamment dépassée sera toujours
incroyable !
À mon éditrice Mary Kelley de Adept Edits : M-E-R-C-I ! Tes mots gentils, ton soutien, ton amitié et
tous ces commentaires drôles ont dépassé tout ce qu’un auteur peut imaginer pour une première fois.
Merci d’avoir intégré mes mots pour en faire quelque chose de bien meilleur. Tu as aidé à faire de la
publication de ce livre une réalité.
À Kimberley Brower de Book Reader Chronicles : tout ce que je peux dire, c’est que je te serai à
jamais reconnaissante.
Enfin, aux lecteurs et blogueurs. J’espère que vous aurez aimé lire Connectés autant que j’ai aimé
l’écrire. Encore une fois, merci beaucoup pour le temps que vous y consacrez.
Helena Hunting
Hard Boy
Avec un célèbre joueur de hockey pour demi-frère, Violet connaît bien la réputation sulfureuse de ses
camarades de jeu.
Notamment du capitaine de l’équipe, le légendaire Alex Waters qui fait rêver toutes les filles. Mais un
jour, la jeune femme découvre qu’Alex n’a rien du simple sportif écervelé.
ISBN : 978-2-8246-0702-3
Perfect boy
A 20 ans, Miller est l’un des plus grands joueurs de hockey du pays. Une véritable star qui fait rêver
toutes les filles. Et Miller a bien profité de sa popularité, sans jamais se poser de questions. Mais
aujourd’hui, il est temps pour lui de se calmer et d’avoir une vraie petite amie. Plus facile à dire qu’à
faire...
ISBN : 978-2-8246-0767-2
[Link]
Document Outline
Sommaire
Note de l’auteur
Playlist
Prélude
Prologue
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
Épilogue
Remerciements spéciaux à…