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Taloha04 89 99

Le document traite de l'origine ethnique des Sakalava et de la dynastie Maroserana, en explorant les différentes théories sur leur provenance et leur évolution historique. Il souligne que les Sakalava ne forment pas une race homogène, mais plutôt un terme politique englobant diverses populations de la côte Ouest de Madagascar. Les traditions orales et les récits historiques sont analysés pour comprendre les origines et les dynasties qui ont façonné cette région, tout en mettant en lumière les conflits internes et les alliances qui ont marqué leur histoire.

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Taloha04 89 99

Le document traite de l'origine ethnique des Sakalava et de la dynastie Maroserana, en explorant les différentes théories sur leur provenance et leur évolution historique. Il souligne que les Sakalava ne forment pas une race homogène, mais plutôt un terme politique englobant diverses populations de la côte Ouest de Madagascar. Les traditions orales et les récits historiques sont analysés pour comprendre les origines et les dynasties qui ont façonné cette région, tout en mettant en lumière les conflits internes et les alliances qui ont marqué leur histoire.

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la dynastie des maroseranana

FIRINGA

Les renseignements recueillis iusqu'à pr~sent n'ont pas permis d'~tablir


d'une façon bien certaine l'origine ethnique des Sakalava (1).

Quelques ~crivains ont pr~tendu que la tribu sakalava, venue du Sud, pro-
bablement du Fiherenana, s'~tait essaim~e dans le Nord, tandis que d'autres
se basant sur l'~tymologie du mot sakalava (abr~viation de Antaisakalava,
antaisaka : les gens du Sakalava litt., long. : fig. ~migr~s) la font venir
du pays des Antaisaka de la côte Sud-Est. Sans vouloir nous prononcer en fa-
veur de l'une ou l'autre de ces versions, nous inclinons à croire que toutes
deux ne sont pas contradictoires. Car on peut admettre que l'~migration de
la tribu sakalava ait eu tout d'abord une direction g~n~rale Est-Ouest puis,
enfin, Sud-Nord. C'est d'ailleurs la solution à laquelle conduisent les tra~
ditions orales recueillies jusqu'à présent, tant dans l'Antaisaka que dans
le Menabe (2). Nulle part, elles ne permettent de donner cr~ance à l'hypothè-
se qui ferait venir les Sakalava du plateau central, d'où ils auraient ~té
chassés par une invasion ~trangère. Il ne faut pas confondre, en effet,
Sakalava et Vazimba; car non seulement il n'y a aucune cornrnunaut~ d'origine
entre ces deux peuplades mais, en outre, les Vazimba, premiers habitants du
plateau central, en ont ~t~ chass~s en grande partie par les conquérants
hova (3) et sont venus se r~fugier directement daJs l'Ouest.

D'autre part, on ne saurait admettre que les Sakalava aient, de temps


imm~morial, habité la côte Ouest puisque de nos jours encore, on y voit les
derniers autochtones : les Behosy. Cette peuplade sauvage habite encore
aujourd'hui les grottes de la chaîne calcaire du Bemaraha. Elle a peu de re-
lations avec les autres indigènes qu'elle hait profond~ment. Les Behosy vi-
vent surtout du produit de leur chasse et des tubercules de la forêt. Ils se
vêtent d'~corces ou de mauvais tissus obtenus avec les fibres de certains
arbres.

Ces aborigènes sont, à notre avis, les derniers vestiges des premiers
habitants de la r~gion occidentale de l'île, les seuls qui aient opposé une
r~sistance opiniâtre à l'envahissement progressif des conqu~rants du Sud.
Mais le temps et les progrès de la civilisation achèveront ce qu'ont commen-
cé les envahisseurs et déjà l'appellation de Sakalava-Behosy, qui leur est
donnée aujourd'hui, semble faire pressentir qu'avant peu la fusion sera
complète.

(1) Cette étude~ originellement parue dans la Revue de Madagascar~ Septembre


1901~ pp.658-672~ est devenue rarissime et l'on méconnatt que dès cette
époque~ il y avait des écrivains malgaches s'intéressant à l'histoire de
la côte.
L'auteur~ or&g&naire de Nosy-Be~ servit comme interprète sous les ordres
du Lieutenant-Colonel Prudhomme. Les notes infrapaginales qui suivent
sont de la rédaction de Taloha.

(2) Mais plus si~ple encore est l'hypothèse de Deschamps qui voit l'origine
du nom dans la rivière Sakalava où habitaient~ au début~ les fondateurs
de la dynastie avant son expansion dans le Menabe.

(3) Terme alors courant pour désigner les Merina.

- 87-
Ce mélange de peuplades d'où est sortie la race Sakalava est indiscuta-
ble. Il a existé et existe encor~ aujourd'hui, comme le prouve le mélange
produit par la récente émigration des Makoa, des Zanzibarites et des
Comoriens.

Ceci nous amène à conclure que le type du Sakalava primitif n'existe


plus. Le Sakalava ne forme pas une race homogène et cette dénomination est
plutôt un terme politique qu'ethnique, sous lequel on a englobé tout le pays
compris entre le Mahafaly et l'Ankarana. Les Chefs sakalava qui vinrent du
Sud-Est devaient posséder un ascendant moral qui les rendît bientôt maîtres
des autochtones; car ils parvinrent à leur imposer leur nom et leurs habi-
tudes de pillards et d'aventuriers. En outre, il est probable qu'à l'époque
de cette invasion, le pays ne constituait pas une unité politique et que
les envahisseurs en conquirent successivement les différentes régions qui,
une fois réunies, formèrent le royaume sakalava. C'est ainsi que disparu-
rent, au point de vue politique, les petites peuplades qui étaient établies
dans le pays depuis des temps très reculés. Les conquérants imposèrent leur
nom, non seulement au pays, mais aussi à l'ensemble de tous les habitants.
Cet ascendant moral, ils le durent à leur origine étrangère. Il faut se
rappeler, ici, les immigrations arabes qui eurent lieu dans le courant du'
Xlllème et du XIVème si8cle.

A l'appui de cette ~hèse, nous présentons une NOTICE HISTORIQUE qui forme
l'ensemble des renseignements recueillis à leur source même et soigneuse-
ment contrôlés sur les principaux points du territoire sakalava. Nous nous
sommes surtout attachés à éclaircir les origines des Maroserana, cette dynas-
tie si puissante et si féconde qui a fourni des rois et des reines à toute
la côte Ouest de Madagascar. Leur berceau est, en effet, peu connu et jusqu'à
présent, les auteurs qui ont écrit sur ce sujet ne sont pas d'accord sur la
généalogie des premiers rois sakalava.

C'est ainsi que, d'après Guillain, Andriandahifotsy fut le fils


d'Andriansara qui aurait eu pour père un étranger de race blanche, forfuite-
ment arrivé dans le pays, et dont les indigènes auraient fait leur chef
sous le nom d'Andriamandazoala. Dans le Mahilaka, c'est un certain Andriavola,
connu aussi sous le nom d'Ampanitovola, qui fut le Pharamond de la dynastie
Maroserana. Enfin, tandis que le Boina et l'Ambongo donnent pour ancêtres à
leur premier roi Andriamandisoarivo, Andriamisara et son fils Andrianihanina,
les princes et princesses sakalava du Nord-Ouest de l'île prétendent descen-
dre d'Andriambolamena et d'Andriambolafotsy qui auraient fourni respective-
ment les Zafimbolamena et les Zafimbolafotsy; c'est ce que les Européens ont
appe}é la branche d'or et la branche d'argent.

De ces quatre versions, il résulte qu'une communauté d'origine est éviden-


te pour tous les rois du pays compris entre le Fiherenana et la province
Antankarana; la limite Sud peut être même reculée au Cap Sainte-Marie; car
les princes Mahafaly, eux aussi, se réclament des Maroserana. Et ce qui
explique ces différences de traditions, c'est, d'un côté, le manque absolu
de textes écrits et, de l'autre, la tendance naturelle, à chaque pays,
d'amplifier le rôle joué par ses premiers rois. Nous savons, en outre, que,
pour les Sakalava plus encore que pour les autres peuplades de Madagascar,
la légende est peu d'accord avec l'histoire. C'est pourtant à la première
qu'il nous faut demander, en l'absence de documents écrits, la définition
des bases sur lesquelles se sont étayées les dynasties de la côte Ouest;
c'est d'elle aussi que l'on doit déduire la constitution sociale des peupla-
des qui habitent cette côte.

Mais si cette légende est entachée d'exagération, cette source si prec~eu­


se pour l'historien devient donc fort douteuse, les indigènes ajoutant dans
leurs récits mille détails de leur cru suivant l'improvisation du moment.

-88 -
Il Y a d'abord intérêt, pour le choix à faire entre tous ces récits, à se
baser sur ceux que l'on retrouve dans des régions voisines; car la légende
perd bien plus en se déplaçant loin du lieu où elle, a pris naissance qu'en
se transmettant à travers les âges.

Un exemple frappant des différences que présentent entre elles les légen-
des, selon que l'on passe d'un pays dans un autre, est celui d'Andriamisara;
car, suivant que l'onenteIid les récits des indigènes du Menabe ou ceux du
Boina, les traditions relatives à ce prince maroserana sont complètement
distinctes, sinon contradictoires. En effet, d'après elles, il y aurait deux
Andriamisara : l'un, celui du Menabe, qui n'a pas régné, puisque son cadet
Andriamandrosy succéda à leur père. Cet Andriami.sara est enterré à Maneva,
sur la rive droite de l'Andranomenaselon les uns;à Benge, sur la rive droi-
te du Mangoky selon 'les autres et ses descendants sont restés dans le pays.
L'autre fut le chef de la dynastie du Boina. Ses restes sont à Majunga. Or,
il ne peut y, en avoir qu'un. Effectivement, les traditions conservées dans
le Menabe sont unanimes à dire que :
'~ndriamisara~ non 'plus que ses descendants~ n'a jamais régné et qu'Andria-
nihanina était son neveu, et non son fils. Celui des enfants de ce dernier
qui émigra dans le Boina~ porteur des précieuses reliques~ dut les présenter
comme étant celles des premiers membres de la dynastie~ soit pour attirer
sur lui la confiance des indigènes et devenir leurchef~ soit'que lui~ême
donnat~ dans son respect~ la même place à ses deuxancêtres~ le roi et
l'artisan". (Lieutenant Thomassin).
Dans le Boina~ au contraire~ '~ndriamisara est considéré comme le chef de la
famille royale sakalava qui régna dans le Menabe. A sa mort~ il laissa le
pouvoir à son fils Andrianihanina. A la mort d'Andrianihanina~'Andriandisoa-
rivo abandonna le Menabe et se transporta dans le Boina emportant les restes
de son ateul et de son père. Andriamandisoarivo fut donc le premier roi du
Boina. Ses restes sont déposés à Majunga à côté de ceux de son ateul et de
son père". (M. Bénévent). .

Cette translation des reliques d'Andriamisara et d'Andrianihanina semble


un fait douteux; les traditions orales du pays Menabe n'en font aucune men-
tion; elles racontent simplement qu'Andriamandisoarivo se sépara de son
frère et alla se tailler un royaume dans le Mahilaka et l'Ambongo. Au cas où
elle aurait eu réellement lieu, le culte que les Sakalava ont pour les mânes
de leurs rois en aurait perpétué le souvenir jusqu'à nos jours. Or, il n'en
est rien. Nous adoptôns donc entièrement la version de M. le Lieutenant
Thomassin; les renseignements recueillis sur les lieux nous l'ont confirmée.

Ce point de vue est d'ailleurs sans importance politique; seule, la par-


tie historique est intéressée.

Origine
Vers la fin du XVème siècle, c'est-à-dire peu de temps après les immigra-
tions arabes sur la côte Est, quelques chefs de la tribu des Antaisaka dont
certains membres avaient contracté des alliances avec les étrangers, prirent
le parti d'abandonner le sol natal pour aller à la recherche d'un pays plus
hospitalier. Car l'arrivée d'un élément étranger avait occasionné chez eux
certaines perturbat{ons et, soit qu'ils subissent l'influence aventurière
des nouveaux venus, soit qu'ils fussent attirés par l'inconnu des régions
occidentales, ces émigrés suivirent une direction Ouest.

Partis de la vallée du Tomanpe (Itomanpy, d'après M. Berthier), ils attei-


gnirent bientôt celle de la haute Onilahy qu'ils descendirent jusqu'à sa
partie moyenne. Ils songèrent, un instant, à passer sur la rive gauche du

,-89 -
fleuve; mais, arrêtés par la tribu peu sociable des Mahafaly, ils s'établi-
rent au Nord de l'Onilahy. Ils furent d'autant mieux reçus par les habitants
du pays que ces derniers étaient continuellement en lutte avec leurs voisins
du Sud et qu'en reconnaissance de cet accueil, ils leur prêtèrent un secours
efficace. Grâce à cet appui, les Mahafaly furent vaincus. Bientôt la tribu
de la rive gauche de l'Onilahy mit à sa tête un des chefs émigrés; les au-
tres restèrent sur la rive droite où les autochtones ne tardèrent pas à éli-
re l'un d'entre eux comme chef suprême. Une ère de paix s'ensuivit. Les
deux chefs des peuplades riveraines, se rappelant leur origine commune, ne
songèrent pas à se nuire et se soutinrent plutôt contre les incursions des
autres tribus voisines. Mais, après leur mort, cette période de calme ne
devait pas durer. Les successeurs des premiers chefs n'eurent pas la sagesse
d'être conciliants comme leurs devanciers et les luttes intestines reprirent
leur cours. Les chefs venus de l'Est perdirent peu à peu leur prestige. Une
ère d'anarchie se préparait. Le caractère aventurier des émigrés s'accordait
mal avec les moeurs tranquilles des premiers habitants du pays et cette mé-
sintelligence hâta leur séparation. Et comme ces émigrés n'étaient pas les
plus nombreux, ils furent, par la force même des choses, poussés progressi-
vement vers le Nord. Ils durent franchir le Fiherenana et s'établir entre
ce fleuve et le Mangoky.

Ici les traditions orales sont, pour quelque temps, muettes; elles ne
mentionnent aucun événément saillant. C'est sans doute la période de transi-
tion entre la formation d'un nouveau royaume et l'extinction d'une monarchie
qui ne vécut pas plus d'un demi-siècle. Cette période dut être bien longue
car c'est seulement vers le milieu du XVlème siècle que se forme une nouvel-
le dynastie.

A cette époque vivait, aux environs de la forêt appelée depuis : Analama-


havelona (la forêt qui fait vivre), une nombreuse famille dont les membres
formaient une agglomération assez importante. Le pays obéissait à autant de
chefs qu'il y avait de villages et chaque famille formait, pour ainsi dire,
une unité politique dirigée par son chef. A la mort de ce dernier, le pou-
voir passait, soit à l'aîné de ses enfants, soit à celui d'entre eux que ses
frères choisissaient. Il arrivait alors que les mécontents s'éloignaient du
foyer paternel pour créer d'autres villages, amoindrissant chaque fois la
force qu'ils auraient pu-se constituer s'ils étaient restés unis.

La famille d'Analamahavelona avait bien compris cet inconvénient; aussi,


ses membres parvinrent-ils à vivre en bonne intelligence; ils formaient déjà
un groupe sérieux, lorsqu'ils eurent à leur tête un chef plus entreprenant
que ses prédécesseurs. Ce chef s'appelait Lahifotsy (le blanc), nom qui lui
a été donné à cause de son teint clair. Sa naissance est entourée de quelque
mystère. La légende rapporte qu'à cette époque, des Arabes étaient signalés
sur la côte Ouest et il est permis de supposer qu'il y eut un peu de sang
étranger dans les veines de Lahifotsy. Il est probable aussi que ce chef
descendait des anciens émigrés Antaisaka. D'après M. Gauthier, Lahifotsy
était probablement un Arabe. Toujours est-il que ce chef fit preuve de qua-
lités que n'avaient eues aucun de ces prédécesseurs, ni aucun de ses voisins.
Il sut resserrer l'union de son groupe et attirer à sa suite un nombre res-
pectable de partisans qui, progressivement, accrurent son autorité. Il sut
rendre impartialement la justice et ses arrêts furent toujours observés.
Cette qualité lui valut le surnom de mpagnito (qui tranche), appellation
donnée depuis à ses successeurs et qui est encore appliquée de nos jours.

Lahifotsy fut, à cette époque (1), le premier roi digne de ce titre.


Aussi, les générations suivantes le reconnurent-elles comme le fondateur de

(1) Au 17ème siècle~ puisque ce souverain est mentionné par Flacourt.

- 90-
la dynastie sakalava dont le berceau serait le Fiherenana. Avant lui. les
traditions orales du pays sakalava placent cependant quelques noms. tels
que les Andriamikimiky. les Ramandriakatsiriaka. les Andrianlimbe. etc ...
Mais c'est là une nomenclature fantaisiste que quelques vieux indigènes
donnent d'une façon bien incertaine. Ce sont des personnages aussi fictifs
que les Andrianalinalina. les Andrianerinerina. etc .•.• de l'Imerina. En
fait d'existence. ils n'ont que ce qu'une légende mal assise a pu accréditer
dans l'esprit des générations actuelles. Et. seul de tous les auteurs qui
ont écrit sur l'histoire de Madagascar. Flacourt parle d'un certain Dian
Banlouhalen que M. l'administrateur Berthier appelle Andrianalimbe. (Rapport
ethnographique sur les races de Madagascar. Revue mensueZZe. 21ème liv ••
p.1120). Andrianalimbe serait. sans doute. un des chefs Antaisaka. élu comme
roi par les habitants de la rive droite de l'Onilahy lors de la conclusion
de la paix avec les Mahafaly; mais la période d'anarchie et d'interrègne qui
suivit sa mort fut trop longue pour qu'il soit permis de considérer Lahifo-
tsy comme un de ses descendants directs.

Lahifotsy ou Andriandahifotsy
La légende est assez pauvre en ce qui concerne ce prince et. exception
faite du cas particulier qui lui valut le surnom de mpanito. elle ne nous a
conservé que le souvenir de son nom. En effet. ni sa résidence exacte. ni
lise disaient les nécessiteux lorsque le jour des distributions arrivait.
car notre père nous prouve que sa capitale est digne de son nom" (Itsororo-
bola : d'où coule la richesse. l'abondance).

Il agrandit considérablement le domaine que lui avait laissé son prédé-


cesseur. sans pour cela. guerroyer avec ses voisins. Ceux-ci. comme il a été
dit au début. n'étaient que des chefs de villages •. indépendants les uns des
autres; nul ne sut grouper les autres sous son autorité. Seul. le monarque
d'Itsororobola. qui avait déjà hérité d'un peu d'autorité. réussit à éten-
dre progressivement sa souveraineté sur eux. soit en se mariant avec les
filles de ses chefs. soit en les attirant par sa renommée grandissante.

De ses nombreuses alliances. Rabararatavokobe eut plusieurs enfants. Pour


empêcher toutes luttes intestines entre ces derniers. il eut la sagesse de
les plier de bonne heure à une discipline sévère. De son vivant. il désigna
celui qui devait le remplacer; ce choix fut' sanctionné par l'approbation
générale. car le futur souverain se faisait remarquer par son activité et
l'ascendant qu'il sut acquérir sur ses frères. Durant les dernières années
de son règne. le roi admit son héritier dans ses conseils et lui inculqua
ainsi les premiers principes de commandement et de sagesse qui devait pré-
sider à ses futurs actes.

Rabararatavokobe parvint à une longue vieillesse. La légende rapporte que


ce monarque vit naître et mourir quelques uns de ses vieux conseillers. Ceci
permet de croire qutil ne vécut pas moins de soixante-dix à quatre vingts
ans dont cinquante de règne.

Andriamandazoala
Son successeur continua ses traditions de douceur et de générosité. s'at-
tachant ainsi l'estime de ses frères. Mais ces qualités n'exclurent point
l'ardeur de son caractère; son activité lui valut même d'acquérir une gran-
de influence sur ses voisins et il continua. de ce fait. à agrandir méthodi-
quement le domaine qui lui avait laissé son père. En moins de quelques
années. ses Etats s'accrurent de sorte que. pour les parcourir. tant en lon-
gueur qu'en largeur. il ne fallait pas moins de dix jours de marche.

-91-
Cet agrandissement se fit sans provoquer de conflits sanglants, car il
n'y avait alors aucun groupement sérieux qui put contrecarrer les ambitions
du monarque d'Itsororobola. Au contraire, sa renommée, sans cesse croissante,
lui facilita l'acquisition de vastes régions; il lui suffisait d'être entre-
prenant pour réussir. C'est ce qui explique qu'au troisième règne de la pre-
mière dynastie qui fut réellement constituée, les Etats du souverain sakala-
va étaient déjà très étendus. Et, jusqu'à cette époque, la légende ne men-
tionne aucune guerre engendrée par l'opposition des tribus voisines à l'en-
vahissement progressif du conquérant.

N'écoutant que son ardeur, Andriamandazoala laisse bientôt la direction


effective du pouvoir à l'aîné de ses jeunes enfants pendant qu'il entreprend
des voyages continuels dans son domaine. Il se fait accompagner de partisans
choisis parmi les plus habiles à travailler le bois. Le roi avait un but :
constituer des villages fortifiés dont les cases seraient construites en bois.
Le faisait-il par mesure de prudence, pour se garantir des razzias probables
de ses voisins ou par pure fantaisie? On n'en sait rien. Ce qui est certain,
c'est que les traditions orales, exagérant sans doute le côté véridique des
faits, représentent ce chef comme un enragé destructeur de forêts. Dans tous
les cas, le nom lui en est resté et le souvenir, pourtant assez vague. que
son caractère a laissé dans l'esprit des chroniqueurs malgaches ne permet
de conserver aucun doute sur le tempérament de ce souverain.

Une circonstance imprévue vint arrêter son ardeur et le ramena à l'accom-


plissement des devoirs que lui imposait sa qualité de roi. Son fils aîné,
resté dans la capitale, était sous la tutelle d'un oncle qui voulut profiter
de l'éloignement du roi pour le supplanter. Mis au courant de ces intrigues,
Andriamandazoala regagna aussitôt Itsororobola et en chassa son frère. Ce
dernier se réfugia dans le Sud et fut, dit-on, bien accueilli par un des
chefs les plus influents de la région. Dès lors, lui et ses successeurs
travaillèrent à susciter entre les chefs sakalava une ri.valité qui amena. un
demi siècle plus tard, le roi Ravahomena à se retirer plus au Nord.

La légende rapporte que ce fut à l'occasion du retour d'Andriamandazoala


dans sa capitale qu'eut lieu la première intervention des "masy" (devins) (1)
à la cour des monarques ~akalava. Un des partisans qui accompagnaient le
roi dans ses voyages s'était fait remarquer par l'attention toute particu-
lière qu'il portait à ramasser les graines d'un certain arbre et à les dis-
poser par groupes. Il en tirait des enseignements qui se dégageaient sous
des formes intelligibles pour lui seul. C'est ainsi qu'il prévint le roi
du coup qui se préparait à Itsororobola. tandis qu'il était aux prises avec
ses forêts. Pour lui témoigner sa reconnaissance. Andriamandazoala en fit
son principal conseiller; ses successeurs agirent de même pour celui que le
masy précédent, devenu vieux, désignait comme étant apte à le remplacer.
L'instrument dont se servait le masy était le "sihily", dispositif particu-
lier donné aux graines du fanigny ou fano (variété d'acaciâ). Il y a lieu
de noter ici que l'usage du sikily a été importé par les Arabes. Or. nous
savons qu'à cette époque, ces étrangers étaient déjà signalés sur les côtes
de la Grande-Ile. Il est donc permis de supposer que c'est par eux que les
premiers masy sakalava ont été initiés.

Andriamandazoala passa les dernières années de son règne dans sa capita-


le. A sa mort. le pouvoir fut laissé à l'aîné de ses fils. tandis que ses
autres enfants, nés pour la plupart en dehors de la capitale, devinrent,
soit des conseillers de la cour, soit de simples chefs de villages.

(1) Mot qui correepond à moasy dans le Nord-Ouest et ombiasy dans le Centre.

- 92 -
Andriantsionda
Autant son père recherchait une vie active, autant le nouveau roi aimait
à rester chez lui, menant une existence calme et tranquille. Sans doute
l'influence qu'avait eue son oncle sur son éducation alors que, tout jeune
encore, il était tenu à l'écart des affaires du royaume, exerça sur son ca-
ractère une action qui se traduisit plus tard par une quasi-nonchalance.
Aussi ne laissa-t-il de son règne qu'un souvenir bien vague.

Les traditions orales mentionnent cependant que ses voisins du Sud, pous-
sés probablement par le conseiller jadis chassé d'Itsororobola, tentèrent,
à plusieurs reprises, de faire irruption sur son territoire; mais, chaque
fois, leurs bandes se heurtèrent aux villages fortifiés que le roi précédent
avait fait construire.

Andriantsionda fut aussi réservé dans sa vie pr1vee que dans sa vie exté-
rieure. A l'encontre de ses prédécesseurs, il n'eut qu'une seule femme etC"
un fils unique.

Andriambeomeoko
Habitué, de bonne heure, à une existence large, le jeune roi se fit re-
marquer par son amour du luxe, en tant que l'idée de luxe put se concilier
avec les moeurs de l'époque. Le premier, il se constitua une cour et eut un
entourage imposant. Comme bien l'on pense, cet entourage se composait sur-
tout de femmes. Avant Andriambeomeoko, la polygamie était un droit réservé
aux rois seuls, qui ne toléraient ~ue la bigamie chez leurs subordonnés. Le
nouveau roi crut de bonne politique d'étendre la polygamie à ses sujets, à
condition toutefois que les épouses, au-dessus de deux, fussent prises de
préférence en dehors de son territoire. Il donna lui-même l'exemple, et ces
alliances agrandirent singulièrement ses Etats.

Ce système d'extension ne manqua point d'éveiller la jalousie des tribus


voisines. Le roi du Fiherenana était surtout menaçant, mais n'osait pas
attaquer ouvertement son rival d'Itsororobola. Car ce dernier, bien qu'il
eut toutes les apparences d'un homme débauché et frivole, n'oubliait pas les
intérêts immédiats de son royaume et envoyait de temps à autre des guerriers
sur ses frontières pour tenir ses voisins en respect. La tradition rapporte
que, lorsque ses 'sujets revenaient d'une expédition de ce genre et qu'ils
ramenaient des esclaves, des boeufs ou d'autre butin, le roi leur faisait
un accueil enthousiaste. Il allait lui-même au devant d'eux, entouré d'une
foule bruyante. L'antsiva, conque marine trouéé à sa base et servant de
trompe de guerre, se faisait entendre. Cette circonstance donnait lieu à des
réjouissances publiques où les chants et les danses succédaient à des repas
pantagruéliques : des boeufs étaient égorgés et le toaka (boisson forte
obtenue par la fermentation de certains fruits sauvages, tels que tamarin,
noix de lataniers, etc •.. ), coulait à flots. Ces sortes de fêtes accrurent
encore la réputation de générosité d'Andriambeomeoko.

Mais ce genre de vie finit par ébranler sa santé. Il mourut avant d'avoir
des cheveux blancs, laissant deux fils connus sous les noms de Ravahofotsy
et de Ravahomena.

Ravahofotsy
Ce jeune roi, dont l'éducation avait été confiée au masy de la cour, ne
voyait pas sans inquiétude les tentatives d'empiètement des Mahafaly. Aussi
voulut-il y coùper court en entreprenant chez eux une importante expédition.

- 93 -
Ses guerriers remportèrent une victoire décisive sur les bords de l'Onilahy;
mais ce succès coûta cher aux Sakalava, car le roi mourut bientôt des suites
de ses blessures. Ce malheur porta la première atteinte à l'influence du
masy. Celui-ci fut. en effet. accusé par tous les conseillers de la cour
d'avoir voulu la mort du roi, en l'envoyant faire cette expédition. Le masy
devant, en principe, tout savoir et tout prévoir, les arguments qu'il pré-
senta pour se défendre ne purent convaincre ses juges de son innocence et
la peine capitale fut prononcée contre lui.

Ravahofotsy n'ayant pas laissé d'enfant, son frère lui succéda.

Ravahomena
Moins entreprenant que son frère aîné, Ravahomena ne sut pas profiter des
premiers succès de son prédécesseur. Il rappela ses guerriers et chercha
bien plus à se concilier l'amitié de ses voisins du Sud qu'à combattre leur
attitude toujours agressive. Il se maintint d'autant mieux dans cette ligne
de conduite que le nouveau masy, voulant éviter le sort de son malheureux
devancier, lui conseilla de ne pas se lancer dans une expédition si aventu-
reuse. Cette politique si conciliante fut considérée par le roi Mahafaly
comme un acte de faiblesse et plus que jamais, ses guerriers firent d'inces-
santes incursions dans ~e Nord. Le roi d'Itsororobola consentit même à lais-
ser à son rival la région comprise entre l'Onilahy et le Fiherenana et,
pendant quelques années, cette dernière rivière marqua la limite Sud du
royaume sakalava.

Cette nouvelle concession ne fit qu'enhardir l'ennemi; à cette vue,


Ravahomena prit le parti de transférer la capitale de ses Etats plus au Nord.
là où les habitants étaient moins turbulents que les Mahafaly. Il s'établit
à Inosy, sur les rives du Mangoky près du point appelé actuellement Tanandava.
Dans la suite, il vécut tranquille; son caractère pacifique convenait par-
faitement aux moeurs de ses nouveaux sujets; aussi n'eut-il pas trop de pei-
ne à s'en faire respecter.

Ravahomena eut deux fils: Andriamisara et Andriamandresy. Le premier.


doué d'un naturel très doux se tenait à l'écart des affaires du royaume et
renvoyait à son frère aîné les gens qui venaient le trouver pour ces sortes
de questions. Le cadet. au contraire. s'y intéressait et prenait souvent
part aux assemblées de notables. A l'insu même de son père, il partait quel-
quefois en expédition et la fortune favorisa ses premières armes.

A la mort de leur père. Andriamandresy fut élu roi, tandis qu'Andriamisara


se contenta d'exercer l'humble métier de charpentier. Toutefois. à cause de
son titre d'aîné. Andriamisara' jouit toujours d'une grande considération et
ses descendants, sans avoir jamais régné, conservèrent le titre honorifique
de mpagnito.

Andriamandresy
Dès son avènement au trône. Andriamandresy songea à reconquer~r le terri-
toire que son père avait perdu. Le nouveau roi ne se dissimulait pas qu'il
fallait relever le prestige de ses ancêtres. sensiblement diminué depuis la
mort d'Andriamandazoala et, comme lui. il créa d'abord des villages solide-
ment fortifiés. Puis il entreprit des expéditions dans le Sud. Le caractère
guerrier de ses sujets qu'il fut habile à stimuler. se donna alors libre
cours et les traditions rapportent que le sort des armes leur fut toujours
favorable. La limite Sud du royaume Sakalava fut reportée à l'Onilahy et les
Mahafaly, vaincus à plusieurs reprises. devinrent moins entreprenants. Au

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Nord du MangokYJ le pays reconnaissait l'autorité d'Andriamandresy jusqu'à
quatre ou cinq jours de marche. A l'Est. les Bara n'osèrent s'opposer à
l'extension de son royaume et. pendant plusieurs années, le monarque d'Inosy
fut considéré comme le maître de tout le pays compris entre l'Onilahy et la
Morondava.

Ces résultats acquis, Andriamandresy (le prince victorieux) s'attacha à


se former une cour sur le même pied que ses ancêtres. La capitale fut embel-
lie et sa renommée y attira beaucoup d'habitants.

Un des principaux actes que la légende attribue à ce prince fut la trans-


lation à Inosy des restes de ses aïeux enterrés à Itsororobola. Tout en
voulant honorer leur mémoire, il avait surtout l'intention de conserver en
lieu sûr les mânes des anciens rois. D'après les masy, cette mesureêtait
indispensable pour maintenir la tranquillité du pays et s'assurer la fidéli-
té des sujets du roi. A cette occasion, des personnes spécialement choisies
par le masy furent chargées d'apporter les précieuses reliques. On les appe-
la les ampibaby ou ampiboho (gens qui portent une charge sur le dos). D'au-
tres, les ampiamby, furent préposés à la garde des reliques, soit dans les
villages où l'on séjournait, soit à la capitale même. Dans la suite, leurs
fonctions furent héréditaires; de nos jours encore, les ampiamby et les
ampibaby sont choisis parmi les descendants des premierS J qui furent classés
en quatre castes: les Andrambe, Vangovato, Airijy et Sakoabe. Sambilo, qui
fut pour ainsi dire grand-prêtre auprès du roi Toera, est un Andrambe.

Les restes des anciens monarques d'Itsororobola furent donc transportés


à Benge, près d'Inosy et déposés dans des aranka (nécropoles) en hazomalagny
(faux camphrier). A époques fixes, rois et sujets venaient rendre hommage à
leur mémoire; ce culte se raffermit d'autant plus, par la suite, que les
indigènes ont toujours eu, depuis l'établissement d'une monarchie chez eux,
une vénération profonde pour les rois sakalava qu'ils considèrèrent comme
des êtres supérieurs. Nous verrons plus loin que cette coutume fut dévelop-
pée par Andriahinanina, habilement conseillé par un masy célèbre.

Andriamandresy, dans ses dernières années de règne, vécut sans inquiétude.


Son royaume s'était considérablement agrandi J ses ennemis avaient été tenus
en respect par ses premières victoires et ses sujets l'honoraient d'un pro-
fond respect mêlé d'admiration. C'est sans contredit, une des plus grandes
figures de roi maroserana, un de ceux qui ont établi la ~éputation de puis-
sance, gardée par cette dynastie.

Ce roi mourut à Inosy, où il fut enterré à côté de ses ancêtres.

Andr;an;han;na
Son fils Andrianihanina, déjà grand à la mort de son père, s'attacha à
asseoir sur des bases solides, l'organisation intérieure de son royaume.
Dans cette tâche difficile, il fut habilement secondé par un masy connu pour
sa sagesse. Il s'appelait Ndrambonihihitsy.

En premier lieu, les masy furent classés en plusieurs catégories:


- les masy proprement dit, appelés aussi ombiasy; c'étaient les plus in-
fluents J car ils avaient toute la confiance du roi. Ce dernier ne pre-
nait aucune décision sans les consulter. Leur art consistait surtout, à
part la fabrication d'arnrnulettes, dans la connaissance des temps et la
manipulation du sikily. La première leur permettait d'indiquer les jours
bons ou mauvais, de conjurer le sort d'une personne dont le destin était
néfaste, de procéder à l'exorcisme, etc •.• Avec le sikilYJ ils recher-
chaient, devinaient les causes de tel ou tel événement, de telle ou
telle maladie et prescrivaient les mesures ou les remèdes à prendre.
2 - Les Ampihihitsy étaient les sages du royaume; leur rôle se bornait à
celui de conseiller.
1 - Les Ampitatara étaient chargés de conserver les traditions orales du
pays.

Ensuite venaient les masondrano (oeil de mer); ceux-ci étaient des chefs
politiques placés à la tête des districts côtiers. La légende rapporte que
ce fut pendant les premières années du règne d'Andrianihanina qu'on signala
pour la première fois un navire sur la côte Ouest. Il y débarqua des fusils
qu'il échangea contre des boeufs. Dans la suite, vinrent des boutres arabes
et d'autres navires,et les relations entre étrangers et indigènes amenèrent
le roi à se raire représenter sur la côte par des chefs dévoués. L'appella-
tion de nllisondrano fut étendue plus tard à tous les chefs importants qu'ils
fussent sur la côte ou à l'intérieur.

Cette organisation était simple mais suffisait à contenir le pays. Le roi


était représenté à l'intérieur et à l'extérieur et, dans sa capitale même,
il avait un conseil composé des notables du royaume.

L'importance du cul te des dady (ancêtres) n' éC~lappa pas non plus au roi.
Il fit entourer la nêcrcl10le oQ étaient déposés les restes de ses areux
d'un enclos en rondir,s .,ointus. Le sang des boeufs que l'on immolait lors
des sacrifices faits é:l l'honneur des reliques sacrées, était recueilli avec
soin et l'on en enduisait l'enclos; pour cette raison, on l'appelait valamena
(enclos rouge). Toujours conseillé par Ndrambonihihitsy, Andrianihanina fixa
les mois consacrés au culte des reliques royales. Ce furent: volambita,
sakave et pitsamanitsa; les lundis et vendredis furent reconnus comme jours
favorables à ce culte. Tout boeuf n'était pas propre pour les sacrifices of-
ferts aux mânes du roi; il fallait que sa robe fut d'une blancheur immacu-
lée (omby homakio) ou blanche tachetée de noir (volihazomainty) ,ou bien
qu'il eut une bosse charnue à poils blancs, ou dont la base fut entourée
d'une bande blanche (satrobinda).

La formation des castes nobles est due également à Andrianihanina. La J~­


gende rapporte que ce roi eut plusieurs femmes. Les enfants qui naquirent
de ces alliances et ne régnèrent pas constituèrent la noblesse sakalava.

Au dehors, Andrianihanina eut, comme la plupart de ses prédécesseurs, c.


lutter contre les tribus voisines. Le roi des l'lahafaly, Andriamanaly, venait
de mourir; son fils Ândriamananga, qui s'6tait d§jà acquis une certaine
réputation lors des malheureux combats que son père avait dû soutenir CCn~(2
Andrianihanina, envoya ses deux premiers enfants, Ndramitandrena et
hdrampiriariva,pour le combattre. Une bataille inèécise fut livrée sur le~
rives du Fiherenana. En réalité, Andriamananga avait été battu mais CORT.8 le
roi Sakalava eut à déplorer la mort de son frère aîné, tué dans la lutte, il
se retira au Nord du fleuve, ne voulant point continuer une guerre qui avait
si mal débuté. Il rentra à Inosy avec le corps de son malheureux frère.
Cette expédition donna néanmoins quelques résultats. Elle suffit pour éloi-
gner les Mahafaly du royaume Sakalava.

De son vivant, Andrianihanina désigna deux de ses nombreux enfants pour


lui succéder; ce furent les deux fils qu'il eut de sa vadibe (femme princi-
pale); ils s'appelaient Andriamanetry et Andriamandisoarivo; leur mère,
Ravalondrefy, fut enterrée dans la nécropole des rois, à côté de son époux.
Pour prévenir toute lutte intestine et assurer à ses successeurs la fidél~ts
de ses enfants, Andrianihanina leur fit jurer à tous dans une grande assen-
blée tenue à Tsiaripioka d'observer cet état de choses. Le souvenir du ser-
ment s'est conservé intact jusqu'à nos jours.

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Dispersion des enfants dlAndrianihanina et scission du royaume
Sakalava
Andrianihanina mort, le pouvoir fut partagé entre ses deux fils :
Andriamanetry et Andriamandisoarivo. Ses autres enfants se dispersèrent
dans les quatre coins du royaume.

Certains gagnèrent l'alliance des princes Bara et formèrent, depuis, la


branche des Zafimanely tandis que d'autres, établis dans le Fiherenana, y
firent souche et s'allièrent aux Andraivolo; Ndrampiriarivo forma la bran-
che des Maromany et vi.t s'établir sur la Tsiribihina. Andriamandisoarivo se
sépara également de SOR frère, auquel il abandonna le royaume de leur père
et alla se tailler un nouveau territoire dans le Nord. C'est lui qui fut le
chef de la dynastie du Boina et l'Ambongo (1).

Andriamanetry resta donc seul roi à Inosy. Il n'y résida pas longtemps,
car il transféra bientôt la capitale de ses Etats à Mahabo. Il emmena avec
lui tous ses dady (2) qu'il déposa à ~~neva. Il eut deux fils: Ndramagnovo-
tsoarivo et Ndrantsoanarivo; ce dernier lui succéda. Ndramagnovotsoarivo
alla conquérir un royaume dans le Nord. Il s'établit dans le Mahilaka et y
fonda une nouvelle dynastie. Toute la côte Ouest se trouva ainsi divisée en
trois royaumes :
1 - au Sud, le royaume du Menabe qui fut, plus tard, subdivisé en deux
Mahabo et Tsiribihina.
2 - au centre, le royaume du Mahilaka.
3 - au Nord, le royaume du Boina.

Nous ne reviendrons pas sur l'histoire de ces diverses reg~ons' car une
étude détaillée a déjà été faite sur chacune d'elles: Etude sur le Boina
par M. l'administrateur Bénévent; Etude sur la région de Maintirano par
M. le Lieutenant Rey; Notes sur le royaume de Hahabo par M. le Lieutenant
Thomassin.

Ainsi que nous l'avons dit dans l'avant-propos, la présente Notice a été
écrite à seule fin d'éclairer les origines des premiers rois sakalava. Ce
but aura été atteint, si cet essai peut constituer la première partie d'un
travail d'ensemble Sur l'histoire des rois sakalava, travail qui pourra
maintenant s'exécuter par la coordination des différentes études qui ont été
faites sur ce sujet.

(1) A la fin du 17ème siècle.


(2) C'est-à-dire les reliques des ancêtres royaux.

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