LANGUES NATIONALES ET COHÉSION SOCIALE
AU TCHAD
Ali MOUSSA
(drmoussali901@[Link])
Université de N’Djaména
Aziber Adam AZIBER
(aeibera@[Link])
Université Adam Barka d’Abéché (Tchad)
Fatimé PAMDÉGUÉ
( pamdeguefatime@[Link] )
Université de N’Djamena (Tchad)
Centre des Études des Langues du Tchad (CELT)
Laboratoire de Recherche de la Faculté des Langues, Lettres,
Arts et Communication
Université de N’Djamena.
Résume :
Le Tchad est pays d’une grande hétérogénéité linguistique et culturelle. La diversité de langues nationales
peut être des atouts dans le processus de règlement des conflits et de la cohésion sociale. C’est ainsi que la
langue occupe une place de choix dans les systèmes de communication sociale et de la cohabitation de
plusieurs groupes ethniques. En effet, grâce aux locuteurs des différentes langues, les leaders religieux, les
chefs coutumiers, les enseignants-chercheurs, les étudiants, les agents de sécurités et les personnes ressources,
les langues nationales sont omniprésentes dans le règlement des conflits interethnique et contribuent à la
cohésion nationale. Les principales langues constituent un instrument de communication et
d’identification, de renforcement de l’unité nationale et de la cohésion sociale. Cependant, l’arabe dialectal
tchadien même langue véhiculaire dans le règlement des conflits intra-communautaires. Les alliances
interethniques et sociolinguistique qui facilitant les échanges dans le cadre de la résolution des conflits
intercommunautaires et dans la réconciliation nationale. C’est ainsi que les chefs traditionnels et religieux
usent davantage de ce moyen dans les arrangements et résolutions de différends. Malgré, les apports de la
diversité linguistique et culturelle du Tchad, la politique linguistique de l’État ne favorise pas la promotion
et la valorisation des langues nationales. Par le fait qu’aucune mention de la langue nationale n’est faite
dans les différentes constitutions ou dans les discours officiels.
Mots-clés : Langues nationales, cohésion sociale, politique linguistique, conflit, réconciliation /
règlement et identité nationale.
SUMMARY
Chad is a country of great linguistic and cultural heterogeneity. The diversity of national languages can
92
be an asset in the process of conflict resolution and social cohesion. This is why speech occupies such an
important place in social communication systems. The aim of this study is to analyze the importance
and/or socio-cultural contributions of linguistic diversity. The field surveys are based on the analysis of
primary data collected from stakeholders. The study revealed that of those surveyed considered Chad's
main languages to be an instrument of communication and identification, strengthening national unity
and social cohesion.
Thus, traditional and religious chiefs make greater use of this means in settling and resolving disputes.
Despite the contributions of Chad's linguistic and cultural diversity, the of respondents confirm that the
State's language policy does not encourage the promotion and enhancement of national languages. In fact,
there is no mention of the national language in the various constitutions or in official speeches.
Key words : National languages, social cohesion, language policy, conflict, reconciliation/settlement
and national identity.
Introduction
Le Tchad est un pays d’une grande hétérogénéité linguistique et
culturelle. Les faits coloniaux ont considérablement désagrégé un
environnement socioculturel des Tchadiens. L’accession de ce pays à
l’Indépendance en 1960 lui offrait l’occasion de démêler l’écheveau des
réfutations sociales, des disparités régionales, ethniques et des tensions
internes. Aujourd’hui, le développement et la cohésion sociale du Tchad
devaient passer par une revalorisation des langues tchadiennes, véritable
levier de l’union et de l’unité nationale. Car ces langues permettent le
renforcement du vivre ensemble, la construction d’une cohésion sociale
idéale de développement.
En effet, après l’obtention des indépendances le Tchad s’est fixé
pour objectif commun la reconstruction de l’identité culturelle nationale
afin d’installer les rails du développement. C’est dans ce sens, pour des
besoins d’ordre politique et administratif que le Tchad a opté pour
l’officialisation des langues étrangères héritées de la colonisation
(français, et arabe littéraire, décrétant ainsi la mort des langues
tchadiennes.
De nombreux actes politiques seront menés pour essayer de
créer une dynamique sociale et promouvoir la cohésion sociale et le
développement. Seulement, les récentes crises qui ont secoué ce pays et
mis à mal la cohésion sociale sont venues rappeler que l’adhésion active
des populations tchadiennes à une idée constructive et harmonieuse de
la nation n’est pas encore acquise. La langue comme fait social et de
culture est l’objet de multiples représentations individuelles, collectives,
positives ou négatives, au gré des besoins et intérêts et du contexte social
93
et historique. Le Tchad qui a retenu notre attention se justifie à travers
les interrogations suivantes :
Comment les langues nationales peuvent-elles contribuer à la
consolidation des liens entre les Tchadiens et servir à la
réconciliation prônées dans le discours officiel ?
Quelle est l’importance des langues nationales dans la cohésion
sociale et dans le développement du Tchad
Cet article prend en compte les politiques linguistiques du Tchad,
soulignant combien la place encore marginale des langues nationales dans
l’univers linguistique de ce pays constitue un frein à la protection, à la
promotion de la diversité culturelle et à la cohésion sociale.
Pour répondre à ces multiples questions, nous partirons d’abord des
conflits politico-militaires, des guerres civiles, des conflits éleveurs-
agriculteurs, puis montrerons son impact négatif dans la consolidation de
l’unité nationale des populations tchadiennes et enfin, indiquerons la
nécessité de ces dernières dans l’instauration d’une cohésion sociale pour
contribuer au développement du Tchad.
1. Bref aperçu sur le paysage linguistique tchadien
Le Tchad, comme la plupart des pays africains, est un pays
plurilingue. Il présente l’une des situations les plus fragmentées d’Afrique
du fait non seulement de l’importance numérique des langues
représentées, dont cent trente et un (131) langues locales et deux (2)
officielles (français et arabe littéraire), mais aussi de la variété
exceptionnelle des familles auxquelles appartiennent ces langues.
(KHIDIR.F. Z. 2017 : 98). Le territoire tchadien se situe en effet au
confluent de trois grands phylums linguistiques sur les quatre que compte
le continent : le phylum Nilo saharien, le phylum Afro-asiatique et le
phylum Niger-Congo. Alors que selon les mémoires soutenus au
Département de Sciences du Langage, avance un nombre de 144 langues
parlées au Tchad, et la SIL dénombre 133 langues. En réalité, le nombre
exact de ses langues n’est toujours pas précis. Il faut, en effet, une
description dialectologique plus fine pour pouvoir clarifier la situation
linguistique du pays.
Quoi qu’il en soit, nous maintiendrons dans ce travail le nombre des
94
langues tchadiennes autour de la centaine en attendant que des enquêtes
complémentaires viennent les affiner définitivement.
2. Cadre théorique de référence
L’étude s’inscrit dans le cadre de la sociolinguistique des contacts de
langues et cultures et cohésion sociale. Selon U. Weinreich (1953), le
contact de langues inclut toute situation dans laquelle une présence
simultanée de langues influence le comportement langagier d’un
individu. Cette situation de contact linguistique suscite des attitudes et
comportements des langues dont les motivations sous-jacentes
pourraient se rapporter au contexte sociopolitique et communicationnel.
2.1. Cadre méthodologique
Nous avons emprunté la méthode micro-sociolinguistique c'est-
à-dire qualitative. Elle met en branle l’interactionnisme dans le but de
recueillir des données sur l’utilisation des langues le cadre dans de
règlement des conflits entre les différentes communautés linguistiques.
À ce niveau, des entretiens individuels ont également été conduits auprès
des acteurs représentatifs impliqués dans des programmes de
stabilisation / renforcement de la paix / promotion de la cohésion
sociale. Cet article se base sur des données collectées à N’Djamena par le
biais d’interviews avec les acteurs représentatifs selon les corporations
ainsi qu’avec de personnes ressources et à travers des observations sur
l’utilisation des langues nationales utilisées par les différents acteurs
représentatifs au plan national.
2.2. La population cible
La population cible représente l’ensemble des acteurs présents
dans notre champs d’étude. Il s’agit de personnes ressources censées
nous fournir des informations relatives à notre préoccupation. Cette
diversité de sources d’information nous permet d’appréhender, non
seulement la représentation que les gens ont des langues en présence,
mais aussi la qualité de la cohabitation de celles-ci au Tchad ainsi que les
conséquences qui en découlent.
2.3. L’échantillonnage
Nous avons fait recours à un échantillonnage tantôt aléatoire,
95
tantôt par choix raisonné. Ainsi au regard de leurs responsabilités
respectives, ont été retenus les responsables administratifs, d’association
et les leaders coutumiers-religieux, des chercheurs, des étudiants et des
personnes ressources. Au compte des différentes communautés
linguistiques, nous avons enquêté cent vingt( 120) personnes dont trente
(30) Chefs de races, vingt (20) leaders religieux (musulmans et chrétiens),
vingt-cinq (25) représentants des agriculteurs, vingt-cinq (25)
représentants des éleveurs, dix (10) des commerçants et dix (10) Agents
de commandement et de sécurité : (polices, brigades et autres). Toutes
ces personnes ont le statut de représentant dans le groupe du répondant
selon sa corporation sociale et elles sont résidentes à N’Djamena.
L’enquête s’est déroulée respectivement à N’Djamena dans des différents
lieux suivants : la palabre de la Coordination des Chefs de races chargée
de la résolution pacifiques des conflits intercommunautaires dans tout le
territoire nationale, sise au quartier Boulama Tom, le siège des acteurs
religieux, le bureau des commerçants de bétail au marché de Zafay, le
siège des commerçants vendeurs de mil au marché Karkaldjié et les autres
enquêtés dans leurs lieux de servie.
2.4. Outils et méthodes de collecte des données
Pour faciliter l’accomplissement de cette étude, nous nous
sommes servi des méthodes, des outils et techniques ci-après :
La méthode sociolinguistique : elle nous a servi de mettre en
relation les comportements linguistiques et les facteurs sociaux. En
d’autres termes, comprendre les comportements des répondants sur
l’utilisation des langues nationales dans le cadre de la réconciliation et de
développement.
La technique documentaire : grâce à elle, nous avons réussi à
réunir quelques documents physiques et virtuels utiles (lois, décrets,
livres, revues et articles) pour la confection de ce travail ;
Et l’entretien : nous a servi de recueillir quantité d’informations utiles à
notre étude et a donné l’occasion est donnée aux interviewés de
s’exprimer le plus librement possible sur leurs opinions des langues, les
mécanismes de règlements et les alliances dans les résolutions des conflits
au Tchad, leurs préférences ainsi que les raisons qui les sous-tendent.
2.5. Analyse des données
Après la réalisation de tous les entretiens, les guides d’entretien
96
sont d’abord rassemblés et codifiés, puis dépouillés manuellement. Ce
processus permettait l’isolement de chaque entretien afin d’en faciliter les
analyses. Ensuite, nous avons fait le regroupement des informations par
thèmes, car c’est une opération qui a pour but de structurer les récits et
de dégager la fréquence des thèmes manifestes repérables dans les récits.
3. Cadre définitionnel des concepts : langue, langue nationale,
langues véhiculaires
Il nous importe de définir le concept de langue pour préciser ce
qu’on appelle langue nationale et langue véhiculaire.
3.1. Langue
TRAORE.D. (2017 : 5) définit : « la Langue est un outil de
communication/ un puissant moyen pour disséminer connaissances et les idées. Langue
et Communication sont également essentielles pour réaliser des transformations
sociales ». La langue est donc, comme le souligne ABIA ABOA. A.L. (2012
: 2) :
L’instrument privilégié de la communication. Elle est ce qui
permet à l’homme de se mettre en rapport avec les autres,
d’échanger et de vivre avec eux, d’agir sur eux, de s’intégrer ou
de s’opposer à eux, de s’informer, de s’instruire, d’exprimer ses
sentiments, ses craintes, ses souhaits, d’appréhender le monde
extérieur et de jouer un rôle social.
ALIO.K.(1997 : 5) justifie que : « … promouvoir et développer les
langues nationales, c’est contribuer à l’éveil et à l’épanouissement du citoyen, agent
central du développement, lui créant ainsi les conditions nécessaires pour sa
participation effective à la gestion des affaires de l’Etat ». En tant qu’instrument
de communication, la langue est un facteur de rapprochement entre les
individus, de lien, d’intégration voire de cohésion sociale. C’est dans ce
sens TRAORE.D.(2017 : 5) justifie que « la Langue est un outil de
communication/ un puissant moyen pour disséminer connaissances et les idées … ».
3.2. Langue nationale
GIBLIN. B. (2002 : 8) a repris cette idée Rosière. S, 2008 : 167)
selon lui, : «
C’est la langue nationale qui permet l’unification d’un territoire,
partant du principe que c’est elle qui permet la communication et
97
l’intercompréhension à quasiment toute la population d’un pays
donné. Elle est généralement une langue véhiculaire à laquelle on
accorde un statut : c’est la « consécration constitutionnelle de son
existence au sein d’une communauté intégrée dans l’État »
BAGGIONI. D. (1997 : 108) justifie que : « Une langue nationale
est ainsi l’emblème d’une nation au même titre qu’un drapeau, étant donné que tous
deux rentrent dans la construction de l’unicité d’un peuple. Elle représente une nation,
ce n’est pas quelque chose de donné et le besoin de préservation est constant ».
Suivant cette logique de pensée, nous considérons que la langue
nationale est un moyen de renforcement de l’unité nationale et de la
cohésion sociale d’un pays et aussi un moyen de rapprochement entre les
individus ayant les mêmes souvenirs historiques. Car, c’est à travers la
langue africaine que l’Union africaine tant recherchée par les intellectuels
africains peut se réaliser pleinement.
3.3. Les langues véhiculaires
Selon J. L. Calvet (1997 : 289) « une langue véhiculaire est une langue
utilisée pour la communication entre locuteurs ou groupes de locuteurs n’ayant pas la
même première langue ». Nous constatons au Tchad dans les grandes villes
tchadiennes c’est seul l’arabe tchadien est utilisé entre les locuteurs des
différentes communautés linguistiques du Tchad. C’est la raison pour
laquelle il est considéré comme langue utilitaire sine qua non pour favoriser
la cohésion sociale. En effet, alors que l’arabe dialectal s’impose comme
langue majoritaire parlée par au moins plus 60% de la population. Les
autres langues sont considérées comme des langues communautaires,
provinciales et interprovinciales.
Mais selon FADOUL KHIDIR.F.Z.(2017 : 108) confirme au Tchad
« Les langues vernaculaires ont été délaissées au Tchad. Or, nul n’ignore que les
langues nationales jouent un rôle capital, surtout dans la formation des enfants dans
les cycles d’apprentissage ».
D’après les critères ci-dessus, les langues nationales autrement
désignées comme langues vernaculaires peuvent être définies comme
langues utilisées quotidiennement par la communauté linguistique
tchadienne. Cet arabe tchadien peut être employé pour communiquer
dans différentes situations entre les locuteurs tchadiens.
98
4. Langue et unité nationale
L’unité d’un peuple, d’une nation ou d’un continent basée sur les
langues officielles d’origines étrangères est précaire. Et il n’y a pas non
plus de développement dans la division. Si les Tchadiens avaient
officialisé leurs propres langues d’origine, il n’y aurait pas eu certainement
de crise ou de conflit francophone ou arabophone. Ce cri de détresse est
d’une importance capitale pour situer la place des langues face aux défis
néocolonialistes dont est victime le continent noir en général et le Tchad
en particulier.
4.1. Le vivre-ensemble à travers les langues
Le Tchad est un et indivisible, tel est le slogan politique pour
témoigner et renouveler le sentiment du vivre-ensemble des Tchadiens
et leur attachement à l’unité nationale malgré la diversité linguistique et
culturelle qui les caractérise. Cependant, ces langues sont négligées à
cause des langues officielles (arabe et français), qui, en réalité, ne sont
nullement des langues propres aux peuples tchadiens. Comme l’affirme
TOURNEUX. H. (2008 : 8.) : « […] il n’y a pas de différence de nature entre
les langues ; il n’y a pas qui soit plus faibles, et d’autres mieux faites pour exprimer
la pensée ». L’auteur nous justifie que toutes les langues peuvent servir au
développement. Les langues africaines ne sauraient faire l’exception.
4.2. La langue comme outil d’intégration
Les sociolinguistes décrivent le rôle de la langue comme facteur
indispensable dans le processus d’inclusion sociale. « Le rôle de la langue est
davantage à penser comme un élément d’un système visent à l’aide des individus en
situation d’immigration et d’intégration à tenir une place qu’ils auront choisie dans la
société d’installation » CALINON.S.A. (2013 :30- 31).
4.3. La langue gage de cohésion sociale du développement
endogène
La multitude des langues est bénéfique pour le peuple parce que
connaitre plusieurs langues est source de cohésion sociale, de
développement dans plusieurs domaines comme le commerce qui est un
des éléments importants de rassemblement et de développement. Le
commerce est mieux facilité et prospère si l’on parle plusieurs langues.
99
En effet, plusieurs relations sont issues du frottement de la population
pour les échanges. La langue dans ce cas est un outil très efficace pour
acquérir et /ou vendre ses marchandises. La langue dans ce cas est un
outil très efficace pour acquérir et /ou vendre ses marchandises.
5. La cohésion sociale
La Stratégie de cohésion sociale révisée, approuvée par le Comité des
Ministres du Conseil de l’Europe le 31 mars 2004 : définit la cohésion
sociale : « C’est la capacité d’une société à assurer le bien-être de tous ses membres,
à minimiser les disparités et à éviter la polarisation. Une société cohésive est une
communauté solidaire composée d’individus libres poursuivant des buts communs par
des voies démocratiques » (Conseil de l’Europe, 2005 : 40).
Selon Un rapport du PNUD (2009 : 16) sur la cohésion sociale dans
le contexte de la promotion de la sécurité communautaire a constaté que
« la cohésion sociale est une question de tolérance et de respect de la diversité (en termes
de religion, d'origine ethnique, de situation économique, de préférences politiques, de
sexualité, de genre et d'âge) – tant au niveau institutionnel qu'individuel ». Les
concepts liés à la cohésion sociale, tels que la réconciliation, le règlement
sont tout aussi importants à comprendre et à mesurer dans le pays qui
sorte d'un conflit. De ce fait, la cohésion sociale est l’expression du vivre
ensemble dans le respect de l’autre.
5.1. La cohésion sociale gage du développement endogène
La multitude des langues est bénéfique pour le peuple parce que
connaitre plusieurs langues est source de cohésion sociale, de
développement dans plusieurs domaines comme le commerce qui est un
des éléments importants de rassemblement et de développement. Le
commerce est mieux facilité et prospère si l’on parle plusieurs langues.
En effet, plusieurs relations sont issues du frottement de la population
pour les échanges. La langue dans ce cas est un outil très efficace pour
acquérir et/ou vendre ses marchandises. La langue dans ce cas est un
outil très efficace pour acquérir et/ou vendre ses marchandises.
6. Législation linguistique au Tchad
À toutes les grandes étapes de l’histoire du Tchad, les textes
majeurs des lois n’ont mentionné quelques choses sur l’usage des langues,
100
leur attribuant un statut soit de langue nationale ou officielle. Aucune
langue nationale n’a été hissée au statut de langue nationale. Cependant
les constitutions de 1996, 2005, 2018 et autres en son article 9 stipule que
les langues officielles du Tchad sont le français et l’arabe. La loi fixe les
conditions de promotion et de développement des langues nationales.
L’État tchadien n’a jamais voulu s’incarner dans une seule langue
tchadienne et a toujours eu une politique consistant à favoriser
l’identification de l’individu avec son groupe ethnique. Une politique
linguistique devrait être équitable, c’est-à-dire respecter les droits
linguistiques et les lois du marché linguistique. Une politique linguistique
devrait être équilibrée c’est-à-dire respecter les droits linguistiques et les
lois du marché linguistique. Selon ABOLOU, C.R. (2008 : 64) « Une
politique linguistique adéquate est une politique qui respecte les droits linguistiques des
individus ou des communautés linguistiques. Les droits linguistiques sont intimement
liés aux droits de l’homme ».
6.1. La politique linguistique
Nous insinuons par-là que cette politique linguistique qui voulait
promouvoir les langues tchadiennes n’a jamais été efficace et claire. La
question ne sera « remise sur le tapis » qu’avec l’avènement de la
Conférence Nationale Souveraine de 1993. Mais là, encore la déception
était au rendez-vous. En effet, les attentes des Tchadiens, en matière de
choix des langues et dans bien d’autres domaines, ne seront toujours pas
comblées, malgré les espoirs qu’ils avaient en l’avènement de cette
Conférence Nationale Souveraine de 1993 qui voulait apporter un certain
nombre de réformes dans les différents secteurs du pays (politique,
économique, sociale, culturelle et éducatif…). Il est à remarquer à quel
point le référentiel prône l’intégration des langues étrangères. Notons
que, grâce à la multitude de langues, le Tchad arrivait à inculquer des
valeurs nobles à ses fils, telles que le respect mutuel, la solidarité, le droit
d’ainesse, la fraternité… gage de stabilité et de cohésion sociale. C’est
sans doute au vu de toutes ces incohérences qu’AFELI KOSSI. A.
(1996 : 12) écrit :
La politique officielle favorable aux LN se révèle ainsi sous son
vrai jour : un vernis dont celles-ci sont lustrées, un discours
purement démagogique. On eût pu espérer que la nouvelle
Constitution issue du processus de démocratisation au début des
101
années 90 aurait défini un statut pour les langues africaines. Il
n’en fut rien.
L’auteur démontre qu’en Afrique les politiques linguistiques ne
précisent le statut et l’importance des langues nationales. Les politiciens
ne font que discours sans intention réaliste.
POMMEROL.J. (1997 : 71) confirme qu’au Tchad les langues
nationales ne sont évoquées dans les textes constitutionnels qu’à partir
de 1978 au prix de négociation entre mouvements politico-militaires. La
Charte Fondamentale de la République de 1978 proclame ainsi que la
langue arabe sera la deuxième langue officielle et reconnait la valeur et
l’intérêt éducatif des autres langues du Tchad. La recherche et l’étude
des autres langues nationales seront poursuivies et encouragées afin de
les rendre fonctionnelles.
6.2. La fonction de l’Etat dans la cohésion sociale
La fonction de la nation est donc de garantir la cohésion sociale
et de faire respecter l’autorité de l’État. Le fait de masquer les conflits
d’intérêts qui opposent les classes sociales selon leur position a contribué
à une remise en cause de cette notion.
Parmi les facteurs homogènes, la langue est l’expression la plus éclatante
de la nation. L’État doit promouvoir de toutes les langues en présence
au Tchad.
6.3. Rôle de la société civile
Les organisations non gouvernementales sont considérées depuis
peu comme des partenaires privilégiés de l’État en ce qui concerne la
lutte contre l’exclusion sociale. Les acteurs de terrain (les ONG) peuvent
donc identifier et répondre aux nouveaux besoins sociaux et ainsi jouer
un rôle complémentaire à celui des pouvoirs publics. Plus globalement,
les associations sportives, culturelles, sociales… constituent autant des
maillons forts de la cohésion sociale.
7. Les mécanismes de règlement des conflits et les alliances
interethniques : accords entre les chefs des races à travers les
langues locales
Au Tchad comme partout en Afrique, il existe plusieurs systèmes
traditionnels de règlement des litiges, les plus répandus étant la palabre
102
et la médiation par les groupes sociaux à travers les langues véhiculaires
du pays. Ces systèmes traditionnels (mécanismes et alliances) constituent
incontestablement des atouts dans la culture de cohésion sociale et de
paix que recherche la médiation, mais aussi des faiblesses qu’il ne faudrait
pas occulter.
7.1. La coordination des chefs de races du Tchad
La Coordination des chefs de races pour la résolution pacifique des
problèmes sociaux intra-communautaires dans tous les territoires
tchadiens. Elle regroupe l’ensemble des chefs des ethnies du pays. Elle
a pour but d’instaurer une résolution pacifique des conflits entre les
différentes linguistiques. En matière judiciaire, les chefs traditionnels et
disposent du pouvoir de conciliation des parties selon les principes
d’alliances.
7.2. La tradition orale
Pour BOPDA. T.A.M. et NGAMGNE. A.L. (2008 : 41)
« l’oralité´ a constitué´ le caractère principal du développement et de la vitalité des
langues africaines pendant des millénaires. La langue a été´ le premier moyen de
communication et de diffusion de la culture en Afrique ». À ce titre, le rôle social
des sages, véritables chantres de la tribu, a été considérable. La langue a
également une fonction de liaison et de relation. Ce type d’échange
généralement mené en langue locale pour les règlements de conflits, se
déroulent sous un arbre, généralement un baobab, en plein cœur du
village. BIDIMA. J.G. (1997 : 6). La palabre est un cadre libre
d’expression politique et sociale qui vise à permettre une gestion à la fois
collective et démocratique de la collectivité, etc. Elle constitue une
donnée fondamentale des sociétés africaines et l’expression la plus
évidente de la vitalité d’une culture de paix. La tradition orale occupe une
place de choix dans les systèmes de communication sociale : L’art de
convaincre, « L’élégance langagière, prélude à la quête de vérité collective par le fait
d’un bon usage de la parole civilisée » (AMOA 2003 : 47), sont des instruments
essentiels dans le dispositif traditionnel de règlement des conflits.
7.3. La médiation par les groupes sociaux
Dans certaines communautés, en plus de la palabre, un autre
mécanisme de règlement des différends existe : la médiation par les
groupes sociaux eux-mêmes. En effet, en fonction du type de conflit, les
103
chefs coutumiers ou des races interviennent en qualité de médiateurs.
L’enquête montre que les chefs coutumiers ont pour rôle d’œuvrer à la
stabilité et à la cohésion entre leurs sujets. Déjà, en 2021, sous la
transition militaire, tirait la sonnette d’alarme et appelant les politico-
militaires à un Dialogue national inclusif et Souverain :
Si la paix n’est pas maintenue au Tchad, si la concorde civile
vole en éclat, ce sera aussi la faute de ces hommes politiques.
Qu’ils soient en charge de la transition militaire ou prétendants
au pouvoir. Certains seront plus responsables que d’autres, mais
ils auront donné la preuve de leur incapacité à observer les règles
du jeu démocratique et civilisé, à faire prévaloir l’intérêt général
(du pays et de la région) sur les appétits de pouvoir.
8. Les alliances interethniques : accords entre les chefs des races
Un autre aspect sociolinguistique important qui pourrait être exploré
dans le message de résolution des conflits concernant notamment les
alliances interethniques. AMOA.U. (2009 : 90) précise que : « une alliance
est un accord entre les personnes, des groupes. En ce sens, une alliance est un pacte
inter-ethnique conclu entre les différents chefs de races du Tchad pour gérer les conflits
suivant les us et coutumes et les barrières linguistiques ». Ce qui explique le chef
de race des tous les Kanembou du Tchad, Moustapha Maina : « Cette
alliance constitue une institution sociale qui permet de résoudre de façon durable des
conflits inter-ethnique au Tchad ». En effet, ces coalitions étaient, autrefois,
des pactes conclus entre des peuples, des groupes sociolinguistiques et
socio-ethinologiques, des familles ou lignages, des clans ou tribus, pour
l’éducation à la tolérance quotidienne et à la cohésion sociale. Comme
l’explique le Secrétaire général de Chef de race des Koukas Abdraman
Adam : « Les accords interethniques sont importants pour résoudre les conflits entre
les différentes communautés tchadiennes, car nous avons en commun une seule langue
d’intercompréhension (arabe dialectal tchadien) ».
Elle définit l’intercompréhension comme « le phénomène par lequel des
locuteurs estiment qu’ils se comprennent, au moins partiellement, dans une chaîne de
parlers mutuellement intelligibles » (Blanche-Benveniste 2000 : 17).
ONGUENE ESSONO. L.M. (2015) a dit : « pour cristalliser et analyser
un peuple ou une nation, il faut lui dire le message dans sa langue ». Les enquêtés
souhaitent l’officialisation des accords interethnique pour faciliter le
règlement et accompagner ces derniers dans la résolution des conflits
104
interethniques car il y des chefs de races qui cachent souvent leur vraie
identité quand il s’agit des questions liées aux dia. Certains chefs de races
ne respectent pas cet accord, toujours il y a difficultés de la part ceux qui
se voient puissants. Ce qui crée souvent manque des sincérités entre la
population.
8.1. Processus de règlement pour améliorer la cohésion sociale
à travers les langues nationales
Au Tchad, les dialogues intercommunautaires réunissant les chefs
des races et les religieuses dans le cadre d’un appel collectif à la paix, à la
cohésion et au développement social se font en langues véhiculaires
(arabe dialectal d’Abéché, de N’Djaména, et l’arabe de Bongor). Tous les
règlements des conflits visent à rétablir les relations tendues entre les
groupes ethniques et à changer les perceptions et les attitudes
antagonistes des uns à l'égard des autres, grâce à un dialogue direct au-
delà des clivages. En général, le règlement entre les groupes et entre les
acteurs étatiques et ceux de la société civile a contribué à renforcer la
cohésion, et a même permis d'aboutir à des accords visant à mettre fin à
des hostilités directes et à régler les conflits locaux. La Plateforme de
Coordination des Chefs de Race résidants souhaite aux responsables
politiques efforts de parvenir à des accords de paix entre les
communautés sédentaires d’agriculteurs et les éleveurs nomades à
instaurer une coexistence pacifique entre les deux groupes.
9. Résultats
Il ressort de l’enquête terrain que les principales langues du
Tchad constituent/favorisent :
un instrument de communication et d’identification ( 95 %)
contre 5 %;
un moyen de renforcement de l’unité nationale et de
rapprochement entre les individus des différentes communautés
linguistiques (94) contre 6%;
un facteur de cohésion sociale et gage du développement
endogène 96 %.
En plus, les mécanismes de règlement de conflits et les accords
interethniques sont facteurs sociolinguistiques importants. La législation
linguistique au Tchad doit être réaliste dans la gestion des conflits. 95 %
105
des enquêtés témoignent que la politique linguistique de l’État ne favorise
pas la promotion et la valorisation des langues nationales. Par le fait
qu’aucune mention de la langue nationale n’est faite dans les différentes
constitutions ou dans les discours officiels.
9.1. Les mécanismes de règlement des conflits à travers les
langues locales
Pour les 88 % des enquêtés, l’arabe dialectal tchadien même
langue véhiculaire dans le règlement des conflits intra-communautaires,
8% l’arabe de Bongor-français et pour 4 % l’arabe dialectal tchadien-
français. Dans les mécanismes de règlement des conflits, au Tchad,
comme ailleurs en Afrique, la tradition orale occupe une place
importante.
Pour les 95 % des enquêtés, la parole occupe une place de choix
dans les systèmes de communication sociale, car elle est l’art de
convaincre, l’élégance langagière et prélude est l’arme pour les acteurs ;
la quête de vérité collective part le fait d’un bon usage de la parole
civilisée. Et pour les 5% ils ne sont pas prononcés.
Les enquêtes confirment que les langues nationales devaient être
des instruments essentiels dans le dispositif traditionnel de règlement des
conflits. Au Tchad, ces mécanismes sont l’œuvre des chefs traditionnels
et religieux qui cherchent à travers « l’arbre à Palabre » des arrangements.
L’enquête montre que les mécanismes de la médiation (ou de règlement)
traditionnelle et leurs effets s’éclaircissent à travers la langue commune
prise par tous les acteurs (arabe dialectal) justifient nos répondants.
9.2. Les alliances interethniques : accords entre les chefs des
races
Pour l’ensemble (100%) de nos enquêtés, il existe des alliances
interethniques qui constituent un aspect sociolinguistique important qui
facilite :
le message dans le cadre de la réconciliation nationale ;
le message dans la résolution des conflits intercommunautaires.
90% confirment que ces alliances fonctionnent normalement. Elles
constituent une base pour gérer les différents conflits dans notre pays, et
par contre, les 10% notent que certains chefs de races ne respectent pas
les principes pour des raisons diverses. En effet, ces coalitions sont des
pactes conclus entre :
106
les peuples, des groupes sociolinguistiques /socio-
ethnologiques, des familles ou lignages, des clans ou tribus.
les locuteurs issus des couches sociales différentes, pouvant
s’ériger en obstacles face aux mémoires de conflits qui
renforcent la stigmatisation et les préjugés au sein de la société.
S’il y a un conflit dans un groupe ethnique, on fait toujours appel à
un chef de races allié pour résoudre le problème (Azaki le Président de
la Coordination des chefs de races du Tchad). Pour 98% de nos enquêtés,
ces accords serviront une éducation, une leçon à la tolérance, à la
cohésion sociale. Ces accords interethniques sont importants pour
résoudre les conflits entre les différentes communautés tchadiennes, car
ils ont en commun une langue d’intercompréhension-interethnique-
intercommunautaire (arabe tchadien). De ce qui précède, l’arabe dialectal
tchadien est la clé de la participation à la cohésion sociale pour tout
individu vivant au Tchad. Il est l’outil indispensable d’une
communication équitable, et donc une condition essentielle pour
l’intégration et pour la cohésion sociale. La langue n’est cependant pas
uniquement un moyen de communication mais aussi un bien culturel qui
s’exprime dans la poésie et la littérature et qui permet l’accès à la culture
et à la société.
9.3. Rôle de l’éducation
Les répondants insistent sur le fait que l’éducation joue un rôle
dans la cohésion en nous confirmant qu’elle facilite une compréhension
mutuelle du passé des conflits et favorise la tolérance et la transformation
de la société grâce aux pratiques des enseignements coopératives et
démocratiques pour placer les apprenants, futurs cadres de demain, au
centre du processus d’apprentissage et de cohésion sociale. Ce qui
correspond à l’idée de BUCKLAND.S. (2016 : 54) :
L’éducation peut constituer une barrière à la culture de la
violence qui s’institutionnalise suite à des conflits de plusieurs
années dans une société ainsi qu’aux origines desdits conflits, en
offrant des compétences et des outils de base pour la résolution
des problèmes interpersonnels pouvant se transformer en conflit
sociétal. A ce titre, le système éducatif peut être une opportunité
de prévenir les conflits et faciliter en même temps la
redynamisation des rapports sociétaux paisibles.
107
10. Discussion
Il ressort de l’enquête terrain la confirmation (95 %) les principales
langues qui alimentent le champ communicationnel au Tchad. Pour la
présente étude, nous n’avons pu prendre en compte les principales du
Tchad pour des raisons de leurs poids démographiques entraînèrent des
brassages interethniques, et c’est ainsi qu’apparaissent l’arabe tchadien,
l’arabe de dialectal de Bongor et le français (tchadien) fruits
d’intercompréhension entre les Tchadiens. En effet, lorsqu’il y a un
problème interethnique ou toute autre cérémonie qui nécessite des
sacrifices pour la réparation, le recours est toujours fait aux alliances
interethniques qui sont officiellement habiletés à la réparation dudit
problème. A titre illustratif, à chaque cérémonie, la retransmission du
message est faite généralement en arabe tchadien, le problème ne se pose
absolument pas. Mais lorsqu’elle est faite dans une autre langue, il faut
absolument reprendre le message en en arabe tchadien. Sur la base des
résultats obtenus, nous constatons en cas de conflits, 88 % des enquêtés
utilisent l’arabe dialectal tchadien contre 8% l’arabe de Bongor et 4 %
l’arabe tchadien-français. De par son statut de langue véhiculaire, l’arabe
tchadien se voit attribuer l’étiquette de langue neutre ou de l’unanimité.
Au vu des résultats, l’arabe dialectal contribue à la cohésion sociale et un
instrument de communication et d’échange quotidien entre les tchadiens.
En outre, la population tchadienne est constituée des communautés
linguistiques multiples et variées dont l’arabe tchadien est un tout qui
réunit tous les tchadiens. Cela justifie la conformité de l’émergence de
cette langue dans la résolution des conflits intercommunautaires.
Dans toutes les situations de communications informelles-
traditionnelles, la prédominance de l’arabe dialectal est presque absolue
avec un taux d’utilisation supérieur à celles des autres langues
tchadiennes. Ce résultat justifie non seulement l’hégémonie de cette
langue mais il reflet les enjeux des pratiques langagières des tchadiens qui
tendent à montrer la dominance de l’arabe dialectal. Cette imposition de
l’arabe dialectal sur les autres langues tchadiennes est remarquable,
comme l’indiquent les résultats, dès qu’il y a contact entre deux tchadiens
de langues maternelles différentes (un Massa et un Maba, par exemple),
ils font recours à l’arabe tchadien. Entre un Sara et un Gorane, ils utilisent
108
l’arabe dialectal tchadien dans ses différentes variantes dialectales : l’arabe
de Bongor ou l’arabe de Ouaddaï.
Ce recours progressif à l’arabe tchadien semble en étroite corrélation
avec la diversité des situations et le poids démographique de cette langue.
L’arabe dialectal est utilisé dans les échanges commerciaux dans les
centres urbains et les gros villages. De part, son statut de langue
véhiculaire se voit attribuer l’étiquette d’une langue neutre ou de
l’unanimité. Il ressort des résultats que les langues nationales sont
indispensables dans le cadre de résolution des conflits inter-ethniques.
De ce qui précède, l’arabe dialectal tchadien constitue un facteur de
cohésion sociale, un moyen de rapprochement et de règlement des
conflits intercommunautaires au Tchad. L’étude nous a permis de refaire
le point en ce qui concerne les langues nationales, la cohésion, et les
mécanismes de règlement des conflits et de dégager langue
d’intercompréhension entre les Tchadiens. Cependant, l’aisance sentie en
arabe dialectal traduit sa forte implication dans l’acte de règlement des
conflits au gré de sa négation officielle et intentionnelle.
Cette évaluation résulte des ambitions politiques linguistiques de
combler ces insatisfactions. Ainsi, le désir de pratiquer une langue
quelconque entre les locuteurs différents ne dépend pas forcement de la
nécessité fonctionnelle d’utiliser cette langue comme moyen, ni
uniquement comme composante identitaire, mais aussi d’un facteur de
cohésion sociale et de développement. Enfin, nous confirmons que les
réponses de nos enquêtés font preuve de l’utilité de l’arabe tchadien qui
semble faire l’unanimité pour jouer le rôle de langue nationale du pays,
comme l’attestent les propos du Président des Chefs de races du Tchad.
Enfin, la présente étude nous a permis de comprendre que les
conflits intercommunautaires nécessité une langue comprise par les deux
parties. En effet, des échanges avec les enquêtés, il ressort que l’arabe
tchadien semble faire l’unanimité pour jouer le rôle de langue nationale
au pays, comme l’atteste les propos du premier responsable des chefs des
races du Tchad à savoir (AZAKI Mahamat).
11. Piste de solutions
Nous sommes d’avis que la vraie cohésion nationale devait
passer par la cohésion culturelle et linguistique. Car cette dernière, en tant
que moteur de tout développement se construit par la langue. Celle-ci
109
devrait être encouragée par les décideurs tchadiens comme le véhicule
privilégié de transfert des connaissances et des idées, sans laquelle, rien
ne peut convenablement aller de l’avant. La question d’adhésion des
populations dans la construction de l’État demeure un point central pour
mettre fin à ce que NGONGO PITSHANDENGE (Congo-Afrique
2010) qualifie de « paradoxe d’une croissance économique sans
développement », cité par MUNYAMPETA BAMPO. J. (2018 : 424).
Cela explique que nous vivons dans un contexte où le Gouvernement
parle des progrès économiques enregistrés mais il n’y a pas de
changements notables dans la vie sociale des Tchadiens.
Dans cette modeste réflexion, nous suggérons qu’en dehors de
deux langues reconnues comme langues officielles, français et arabe
littéraire, l’État tchadien devait encourager la promotion des langues
dynamiques retenues pour l’expérimentation permettant leurs insertions
dans le système éducatif tchadien.
Conclusion
La présente étude avait pour objectif de départ de déterminer les
langues nationales comme facteurs de cohésion sociale pouvant
contribuer au développement du pays. La cohésion sociale est l’une des
valeurs inestimables pour un pays comme le nôtre. Grâce aux entretiens
avec les différentes catégories de cibles, notamment les différentes
communautés linguistiques, les chefs de races, les représentants des
éleveurs-agriculteurs, les commerçants et les personnes ressources, les
leaders coutumiers et religieux, il ressort que le champ communicationnel
interethnique tchadien est hétérogène et alimenté par plusieurs langues
principales mais en le cas de règlement des conflits, ces trois langues en
usage sont, notamment : l’arabe dialectal, l’arabe de Bongor et le français.
Ces langues facilitent la compréhension et contribuent à la bonne entente
entre les différentes parties en conflit.
Cependant, sur le plan communicationnel, l’arabe dialectal
tchadien qui, grâce à son poids démographique, langue véhiculaire,
intercommunautaire, permet d’établir des liens sociaux et de transcender
les provinces est, de facto, perçu comme langue de neutralité et
fédératrice dans cette partie du pays, le Tchad. Par ailleurs, les entretiens
ont aussi montré la volonté manifeste des leaders autochtones de créer
un cadre de cohabitation saine interethnique pour réunir toutes les
110
communautés ethniques afin de renforcer l’unité nationale. Notons aussi
que cette socialisation des peuples tchadiens qui prendrait en compte de
nos jours les langues étrangères est confrontée à de multiples difficultés
telles les conflits ethniques (agriculteurs-élévateurs), la secte Boko
Haram, à cause des changements pragmatiques d’habitude. Cela a rongé
le pays et empêche son développement socioéconomique. Alors, pour
une sortie de cette léthargie, la cohésion sociale est une garantie pour son
développement à travers les langues tchadiennes et les diverses
linguistiques, en ce sens que la solidarité, la fraternité, la tolérance, le vivre
ensemble sont des facteurs de paix, de tranquillité et d’épanouissement.
Bibliographie
Abia aboa Alain Laurent (2012), Langues nationales et cohésion
sociale en Côte D’ivoire, Université Félix Houphouët-Boigny de
Cocody-Abidjan in Revue Africaine d’Anthropologie, Nyansa-Pô, n° 12,
pp.20-35
Abolou Camille Roger (2008), Langues africaines et développement,
Paris : Editions Paari et Brazzaville :
Abolou, Camille Roger (2018), La bouche qui mange parle : langue,
développement et interculturalité en Afrique noire, L’anthropologie
africain, Dakar/Paris : CODESRIA/Karthala, 22-38 Arom, S. (1993). La
science sauvage, Paris, Seuil.
Afeli kossi, Antoine (1996), Influence des politiques linguistiques
coloniales allemande et française sur la gestion in vitro du plurilinguisme
dans le Togo indépendant, Université du Bénin, Lomé – Togo, pp. 1-13
Ahmat Mahamat Youssouf (2018), La gestion des conflits : à travers la
Médiature du Tchad, thèse soutenue en Sociologie Le Mans -Université
comue Université Bretagne Loire Ecole Doctorale N° 604 Sociétés,
Temps, Territoires Spécialité, pp.467
Alio, Khalil 1998, « Langues, Démocratie et Développement », in
Travaux de Linguistique Tchadienne N° 1, Université de N’Djaména-
Tchad, pp. 5-31
Amoa Urbain (2003), Parole africaine et poétique : discursivité et
élégance langagière, in actes du colloque international sur royautés,
chéries traditionnelles et nouvelles gouvernances : problématique d’une
philosophie pour l’Afrique. Taassalé : Editions DILAUNAY, pp 47-49
111
Amoa Urbain (2009), Pactes de stabilité et construction de la confiance
dans le processus de cohésion sociale, Université Charles –Louis de
Montesquieu, in Synergies Afrique Centrale et de l’Ouest, NO 3, pp. 85-
99
Bache Jean (2020), Etude régionale, Bassin du Lac Tchad : soutenir la
cohésion sociale par l'appui aux mécanismes endogènes de prévention,
médiation et résolution de conflits ? octobre 2020
BaggionI Daniel (1997), « Langue nationale ». In MOREAU Marie-
Louise (coord.). Sociolinguistique. Les concepts de base. Bruxelles :
Éditions Mardaga. p. 189-192.
Bidima Jean Godefroy (1997), La palabre, une juriduction de la parole ;
1997, Collection le Bien Commun, Editeur Michelo, pp.128
Blanche-benveniste Claire (2000), « Intérêt des études contrastives en
langues romanes », in Actes du colloque : L’intercompréhension des
langues latines : vers une systématisation des compétences ? Paris : Union
Latina, pp. 17-24.
Bàpda Anathanase et NGAMGNE, Louise, Angéline (2008),
Langues et identité´ s culturelles en Afrique par Mesmin Tchindjang,
Calinon Anne (2013), « l’intégration linguistique en question », in langue
et société (n°144), pp. 27-40
Calvet Louis-Jean (1981), Les langues véhiculaires, Paris : Presses
Universitaires de France. 127 p.
Coulon Alain (1992), L’école de Chicago, Que sais-je, Paris, PUF, p.44-
69.
Diatta Jean Sibadiomeg (2021), Le plurilinguisme urbain à l’épreuve de
la tendance glottophagique des langues véhiculaires : quelle posture du
wolof dans une casamance1 en quête de stabilité sociale ? Lettres, Arts et
Sciences Humaines Université Assane Seck de Ziguinchor, Sénégal
Septembre 2021, pp. 333-348, in [Link]@[Link],
consulté le 12 octobre 2023
Djaranagar Djita Issa et ALL, 2022, Etude sociolinguistique à visée
éducative, Rapport final, Décembre 2022, p.122
Dumont Pierre et Maurel Bruno (1995), Sociolinguistique du français
en Afrique francophone. Paris : EDICEF/AUPELF.
Durkheim Emiles (1893), De la division du travail social, Livre II et III,
Paris, Presses universitaires de France, coll. « Bibliothèque de
philosophie contemporaine », 416 p. 8è réédition
112
Essono Onguene et Martin Louise (2012), Les langues nationales et
langues officielles en Afrique. Du contexte d 'État-Nation à celui de la
mondialisation, in Les médias de l 'expression de la diversité culturelle en
Afrique. Collection 13 : Médias, Sociétés et Relations Internationales.
Fadoul Khidir Zakharia (2017), La problématique des langues au
Tchad. Université virtuelle du Tchad, in Intercâmbio, 2ª série, vol. 10,
pp. 97-110
Halaoui Nazame (2001), L'identification des langues dans les
Constitutions africaines, in Revue française de droit constitutionnel
/1(n° 45), pp. 31-53
Kossonou-kouabeban français (2020), Les langues comme levier de
compréhension du développement durable en Afrique : cas du degha,
Université Félix Houphouët Boigny nicoskossonou@[Link]
⎜Hors-série n°02 ? Actes du 4ème 194 Colloque 2020 187-194
Lassarade Craine et Toa Jules Evariste Angnini (2008),
Communication interculturelle et mode de résolution de conflits dans les
entreprises ivoiriennes, le cas de l’arbre à palabre comme mode de
résolution de conflits dans les entreprises ivoiriennes, Recherches en
communication (29).
Lebre Louis Josèphe, 1967, Dynamique concrète du développement,
Les Éditions ouvrières, paris,
Lucchini Silivia (2012), De la langue à la cohésion sociale ou de la
cohésion sociale aux langues, Université catholique de Louvain /
Institut de recherche IACCHOS, pp. 1-18, in
[Link]
Martinet André (1996), Eléments de linguistique générale. Paris :
Armand Colin
Meillet Antoine (1921), Linguistique historique et linguistique générale.
Paris : Éditions Klincksieck. Tome 2, 234 p.
Meillet Antoine (1918), Les langues dans l’Europe nouvelle. Paris :
Payot. 343 p. MEILLET Munyampeta Bampo Jacques (2018),
Apport des langues dynamiques non nationales en vue de pallier le déficit
scolaire en RD Congo : cas de la province du Nord-Kivu International
Journal of Innovation and Applied Studies ISSN 2028-9324 Vol. 25 No.
1 Dec. 2018, pp. 420-428 in site [Link]
consulté le 12 septembre 2023
113
Ndigmbayel. Raoul et Mian-asmbaye Doumpa (2021), Quelle (s)
langue(s) nationale (s) didactisée(s) pour un vivre-ensemble harmonieux
au Tchad, Akofena n°004, Vol.1 337 Septembre 2021 ç pp. 337-348
Essono Onguene LM (2015), « Enseignement des langues maternelles
camerounaises et du français : essai d’analyse de l’approche ELAN dans
les écoles pilotes de Yaoundé, Cameroun », Université de Strasbourg ;
Plasman Anne (2004), Cohésion sociale et rôle de la société, pp 11-12
PNUD (2020), Programme des Nations Unies pour le développement :
Renforcer la cohésion sociale Cadre conceptuel et implications pour les
programmes, Partant d’une approche d’accès aux droits et du constat de
l’évolution des sociétés européennes modernes, la Stratégie de cohésion
sociale révisée, approuvée par le Comité des Ministres du Conseil de
l’Europe le 31 mars 2004 :
République du Tchad, Ministère de l’Economie, de la
Planification du Développement et de la Coopération
Internationale, Institut National de la Statistique, des Etudes
Economiques et Démographiques, profil de pauvreté au Tchad en
2018, Quatrième Enquête sur les Conditions de vie des ménages et la
Pauvreté au Tchad (ECOSIT4), RAPPORT PRINCIPAL
Rosiere. S, (2008 : 167), Dictionnaire de l’espace politique. Géographie
politique & géopolitique. Paris : Armand Colin. In Hérodote, n° 105, p.
3-14. Giblin. B/ (2002)
Tammi Paul (2022), Langues africaines comme facteurs du
développement : une réflexion partant de la « crise anglophone » au
Cameroun, Spécial N°06, pp. 224 – 239
Tchindjang M. et Bopda Anthanase et all, (2008), Les langues : entre
patrimoine et développement, Vol LX, n°3, in Museum International U
/239, septembre 2008, ISSN 1020-2226, No. 239 (Vol. 60, No. 3,
UNESCO 2008 Publie´ par les Éditions UNESCO et Blackwell
Publishing Ltd, p.100
Traore Djenaba (2018), Le rôle de la langue et de la culture dans le
développement durable West Africa Institute (WAI) Praia – Republic of
Cabo Verde [Link]@[Link] [Link] un
deuxième rapport, de 2005, du Conseil de l’Europe intègre cette notion
d’égalité de droits Download full-text PDF Download citation Copy link
S.
Yacine Rachida (2011), Les langues nationales, langues de
développement ? Identité et aliénation, Paris, L’Harmattan
114