Permiabilité
Permiabilité
Chapitre II
45
Chapitre I : Généralités sur les barrières étanches
46
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
HA − HB
Q=k A = k .i. A (Eq. 1)
L
où, Q = débit d’écoulement, mesuré à la sortie (L3/T)
k = constante, connue sous le nom de coefficient de perméabilité de Darcy (L/T)
HA= hauteur séparant le niveau de référence, et le niveau de l’eau à l’entrée de la
colonne de la couche filtrante (L)
HB= hauteur séparant le niveau de référence, et le niveau de l’eau à la sortie de la
colonne de la couche filtrante (L)
L = longueur de l’échantillon (L)
I = gradient hydraulique = (HA-HB)/l
A = section de l’échantillon normale à la direction de l’écoulement (L2)
L Sable
HA
HB
47
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
La direction de l’écoulement se fait du point où la charge hydraulique est la plus forte vers
celui où la charge est la plus faible, dans ce cas de A vers B.
Les caractéristiques du sol qui influencent la conductivité hydraulique k sont la porosité
totale, la distribution de la taille des pores et la tortuosité, soit, la géométrie des pores. Les
caractéristiques du fluide qui affectent la conductivité sont la densité et la viscosité du fluide.
En théorie et parfois en pratique, il est possible de dissocier k en deux facteurs : la
«perméabilité intrinsèque » du sol k et la «fluidité » du fluide f :
K = kf (Eq. 2)
ρg
f = (Eq. 3)
ν
d’où :
Kν
k= (Eq. 4)
ρg
où ν est la viscosité en [L2][T-1], ρ est la densité du fluide en [M][L-3] et g est l’accélération
de la pesanteur [L][T-2].
Dans un fluide ordinaire, la densité est à peu près constante et les variations de la fluidité sont
dues principalement aux variations de la viscosité.
L’emploi du terme « perméabilité » a été dans le passé une source de confusion car, il a
souvent été utilisé comme synonyme de la conductivité hydraulique. La perméabilité a aussi
servi à décrire d’une manière vaguement qualitative l’aptitude d’un milieu poreux à
transmettre de l’eau ou d’autres fluides. Pour cette raison, l’usage de la perméabilité au sens
strict et quantitatif et dont les dimensions L2 sont définies par l’équation (4), implique
l’emploi d’adjectifs qualificatifs tels que perméabilité «intrinsèque » (Richard, 1953) ou
perméabilité «spécifique » (Scheidegger, 1960). Pour faciliter les choses, nous parlerons
dorénavant de k simplement en terme de «perméabilité ».
En génie civil, la perméabilité intrinsèque est très rarement utilisée pour exprimer les résultats
d’essais de perméabilité réalisés en laboratoire car le fluide utilisé est presque toujours de
l’eau. Cette eau provient généralement d’un réseau local (lieu d’essai ou de prélèvement) ou
d’une source naturelle (ruisseau, rivière ou étendue d’eau) et pourra contenir un certain
pourcentage d’alcool lorsque les essais sont effectués à des températures ambiantes
inférieures à 0°C. Dans des cas bien particuliers, l’opérateur pourra utiliser des eaux chargées
en traceur ou en polluant spécifique, à la demande du donneur d’ordre. La perméabilité doit,
en revanche, être ramenée à une température de référence, souvent 20°C.
De ce qui précède, il est clair qu’alors que la fluidité varie suivant la composition du fluide et
la température, la perméabilité est d’une façon idéale une propriété exclusive du milieu
poreux et de la géométrie des pores, pourvu que le fluide et la matière solide ne réagissent pas
entre eux, ce qui changerait leurs propriétés respectives. Dans beaucoup de sols cependant, les
interactions matrice-eau sont telles que la conductivité ne peut être dissociée en propriétés
séparées et exclusives de l’eau et du sol et l’équation (2) ne trouve pas d’application pratique.
48
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Les nombreuses références existantes (Izbash, 1931 ; Lutz et kemper, 1959 ; Hansbo, 1960 &
1973 ; Miller et Low, 1963 ; Mitchell et Younger, 1967 ; Lambe et Whitman, 1969…)
prouvent de façon quasi certaine la validité de la loi de Darcy pour la plupart des types
d’écoulements dans les sols dont les dimensions vont du sable moyen au limon. Cependant,
des déviations de la loi de Darcy ont été relatées pour les sols aux grains de dimensions
«extrêmes » : (a)- gros sable et graviers, et (b)- sols aux grains fin :argiles, limon argileux…
(a)- Sables grossiers – graviers : Depuis longtemps on a reconnu que la relation entre le
flux et le gradient hydraulique n’est pas linéaire aux grandes vitesses d’écoulements pour
lesquelles les forces d’inerties ne sont plus négligeables devant les forces de viscosités
(Hubbert, 1959). La loi de Darcy est applicable seulement pour les écoulements laminaires
(vitesses lentes), et dans le cas où l’interaction sol-eau n’introduit pas de changements dans la
fluidité ou la perméabilité en fonction du gradient. Dans les sables grossiers et les graviers,
des gradients hydrauliques bien supérieurs à l’unité peuvent cependant développer des
conditions d’écoulement non laminaire et la loi de Darcy n’est pas toujours applicable.
(b)- Sols fins : La loi de Darcy est généralement valable pour les sols fins (Olson et
Daniel, 1981). Cependant, certaines recherches ont montré des déviations du comportement
prévu, dans le cas des argiles et des sols argileux (Izbash, 1931 ; Lutz et kemper, 1959 ;
Hansbo, 1960; Miller et Low, 1963 ; Mitchell et Younger, 1967 ; Gardner, 1974 ; Zou, 1996,
Sri Rajan et Karthigesu, 1996). Ces déviations sont de deux types :
• « Gradient seuil » apparent : En dessous duquel le flux est soit nul (l’eau reste
apparemment immobile), soit au moins inférieur à celui prédit par la relation de Darcy.
Les résultats des tests menés par Miller et Low (1963) suggèrent la présence d’un gradient
seuil, et des déviations de la linéarité sont montrées sur la figure II.2. Hansbo (1960), n’a pas
trouvé de gradient seuil évident, mais a relevé des variations de la pente du flux avec le
gradient qui sont évident sur la figure II.3. La déviation de la loi de Darcy pour les forts
gradients est présentée sur la figure II.4. (Mitchell et Younger, 1967), où la perméabilité est
montrée comme augmentant avec le gradient. D’autres comportements inattendus ont été
observés par Silva et al (1981). Ils ont mesuré un flux non nul pour un gradient nul sur des
sédiments marins fins.
49
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Figure II.2 : Gradient seuil apparent et déviation de linéarité (Miller et Low, 1963)
50
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Ce qui va suivre est un bref résumé des explications données par les différents chercheurs
concernant les déviations observées du comportement Darcien :
• Le gradient seuil : Miller et Low (1963), avec de nombreux autres chercheurs ont
attribué la présence du gradient seuil à l’existence d’une structure « quasi-cristaline » de
l’eau. Ils ont spéculé que les interactions eau-argiles étaient responsables de l’alignement
théorique des molécules d’eau, et qu’une force non nulle est nécessaire pour casser cette
structure avant qu’apparaisse tout écoulement.
Olsen (1965), a établi que quelques gradients seuils apparents peuvent être imputés aux
erreurs expérimentales non détectées dues aux systèmes de mesures. D’autres facteurs qui
peuvent contribuer dans quelques cas à l’observation du gradient seuil, sont la
consolidation locale et le gonflement, une saturation incomplète, et une croissance
bactérienne dans les échantillons testés.
Plus récemment, l’importance de la contribution d’un gradient osmotique (chimique) à
l’écoulement dans l’échantillon, pour des gradients hydrauliques très faibles a été
identifié (Olsen, 1972 ;1985). En résumé de sa discussion, Olsen (1985) fournit une
définition perspicace des écoulements de Darcy : « quand un gradient chimique (ou tout
autre gradient non-hydraulique) est présent, la loi de Darcy relate uniquement les
composantes du mouvement du liquide gouverné par le gradient hydraulique ».
51
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
• Déviation de la linéarité de la loi de Darcy : Les déviations montrées sur les figures II.2,
3, et 4 où les valeurs de la perméabilité semblent être fonction du gradient hydraulique,
peuvent être attribuées aux migrations des particules à travers l’échantillon, menant au
bouchage et au débouchage de vides (Mitchell and Younger, 1967). La redistribution
locale de l’indice des vides est susceptible de se produire si les particules, qui ne
participent pas au squelette qui supporte les efforts dus au chargement, sont délogées et
transportées sous des valeurs modérées de gradient hydraulique (Mitchell, 1976). Les sols
avec une structure interne floculée, et ceux avec une teneur relativement faible en argile
(où les particules d’argiles peuvent envelopper les plus gros agrégats), sont plus sensibles
aux mouvements des particules durant l’infiltration.
52
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
où
ν est la vitesse d’infiltration dans le sol à travers la zone de transmission,
I le taux d’infiltration cumulé,
K la perméabilité de la zone de transmission,
h0 la charge hydraulique appliquée à la surface d’entrée,
hf la charge hydraulique au niveau du front d’infiltration,
zf l’épaisseur de la zone de transmission.
I = zf (θs-θi) = zf ∆θ ( Eq. 6)
θi et θs étant respectivement la teneur en eau volumique initiale et la teneur en eau volumique
à saturation du milieu. On a donc :
h0 − h f + z f dz f
K = ∆θ (Eq. 7)
zf dt
53
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
temps alors que pour des temps élevés, la propagation se fait à régime constant.
L’approximation de Philip pour des temps d’infiltration important est la suivante :
I = S t + At (Eq. 8)
la forme dérivée par rapport au temps est :
dI 1 S
v= = +A (Eq. 9)
dt 2 t
où A est un paramètre ayant les dimensions d’une vitesse et I l’infiltration cumulée. S est
définie comme étant la sorptivité. S décrit l’influence de la succion et de la conductivité dans
le processus d’écoulement. La sorptivité n’a de signification que par rapport à un état initial
du sol et des conditions aux limites données (Hillel, 1988). Pour un temps infini, l’expression
précédente tendra vers une vitesse d’infiltration constante asymptotique égale à A proche de
k/2 (Philip, 1957).
Bentoumi (1995) a effectué un grand nombre d’essais d’infiltration au laboratoire sur des
colonnes de sol verticales. Ses résultats mettent en évidence l’influence de la charge
hydraulique constante appliquée, sur la vitesse d’infiltration en fonction du degré de
saturation initial du sol. On constate qu’au début de l’infiltration, l’effet de la charge
hydraulique est très important et principalement pour de faibles valeurs de teneur en eau, donc
lorsque la succion est prépondérante.
54
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
La sorptivité S est traditionnellement donnée pour une succion nulle (ψ=0) que l’on
note S0 et déterminée par la relation suivante :
S 0 = S (h ) (1 + α * .h ) (Eq. 13)
où le paramètre α* décrit le degré d’importance des phénomènes capillaires par rapport aux
phénomènes gravitaires qui régissent l’écoulement dans le sol. α* est défini comme le rapport
entre la perméabilité à saturation et le potentiel de l’eau :
k
α* = s (Eq. 14)
Φm
[
Q = πa 2α * + ( 2πh )(α * h + 1) Φ m
C
] (Eq. 16)
55
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
a. b. c.
ψ
ψi ψf ψt 0 h
56
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Dans ce qui suit, une liste des différents facteurs influençant la perméabilité est présentée.
Certains de ces facteurs concernent exclusivement les argiles compactées, alors que d’autres
concernent également les argiles naturelles et dans certains cas, tous les milieux poreux. De
plus, certains facteurs concernent seulement les essais en laboratoire, d’autres uniquement les
essais in situ, alors que d’autres sont pertinents dans les deux cas.
Les paramètres qui affectent la perméabilité peuvent être classés en trois catégories :
Une liste des différentes variables qui peuvent être rencontrées dans chaque catégorie est
présentée dans le tableau II.2. Les plus importantes seront ensuite détaillées.
- Type de minéraux
- Surface spécifique
- Forme et distribution de la taille des grains
- Sels dissous
- Ions échangeables
Pour les argiles compactée :
- Teneur en eau de compactage
- Energie de compactage
Composition - Environnement
- Méthode de compactage
- Taille des mottes
Applicable pour toutes argiles :
- Degré de saturation
- Présence de fissures ou de discontinuités
- Pression de confinement
- Eau interstitielle
- Activité biologique
- Type d’essai
- Type de perméamètre
- Dimension de l’échantillon
Mesures - Gradient
- Direction de l’écoulement
- Durée entre la préparation de l’éprouvette et
l’essai
Tableau II.2 : Facteurs affectant la perméabilité
57
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Pour exemple, la forme et la distribution de la taille des grains sont essentielles dans la
détermination de la densité, et de manière plus importante pour la structure interne
(distribution de la taille des vides), qui est obtenue aussi, en fonctions de l’énergie de
compactage et la teneur en eau. La taille et la forme des grains sont fonction de leur
minéralogie. La composition d’un sol joue un rôle important dans la détermination des
réactions (en terme de variation de structure), au contact des différentes eaux interstitielles.
II.4.2. Facteurs liés à l’environnement
• La théorie d’orientation des particules d’argile proposée par Lambe (1958) suppose
que la variation de la perméabilité en fonction de la teneur en eau de compactage est
directement liée à la structure du sol. Du coté humide de la courbe de compactage la
structure est floculée et du côté sec la structure est plutôt dispersée (figure II.8)
• La théorie des mottes proposée par Olsen (1962), suppose que l’écoulement d’eau
dans les sols argileux se fait à travers les vides intermottes plutôt qu’à travers les
mottes elles-mêmes (figure II.9). Les mottes relativement sèches sont dures et
s’imbriquent difficilement, en laissant entre elles des vides apparents, ce qui conduit à
de fortes valeurs de la perméabilité. Les mottes humides sont plus facilement
déformables pendant le compactage, permettant ainsi de réduire les vides intermottes
et leur connexion et d’obtenir une faible perméabilité du sol. Cette théorie semble plus
proche de la réalité du terrain que la théorie de Lambe basée sur l’orientation des
particules.
Figure II.8 : Effet de la teneur en eau sur la densité sèche et sur l’orientation des
grains (Lambe, 1958)
58
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Figure II.9 : Influence des mottes sur la perméabilité des sols (Herrmann et Elsburry, 1987)
La perméabilité est plus forte pour les échantillons compactés à des teneurs en eau plus faibles
que l’optimum (figure II.10). Typiquement, la perméabilité des échantillons compactés à des
teneurs en eau plus faibles que l’optimum peut être 10 à 1000 fois plus forte que ceux
compactés à des teneurs en eau plus fortes que l’optimum (Boynton, 1983).
II.4.2.b. L’énergie de compactage
L’effet de l’augmentation de l’énergie de compactage est l’augmentation du degré de
dispersion des grains et d’imbrication des mottes, et ainsi la réduction de la perméabilité. La
figure II.10. montre que l’augmentation de l’énergie de compactage provoque une réduction
de la perméabilité.
59
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
60
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
61
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
grandes mottes D = 10 mm
Figure II.12. : évolution de la perméabilité d’un sol compacté en fonction de la taille des
mottes (d’après Moussai, 1993).
Dans les sols partiellement saturés, les pores du sol contenant de l’air piégé ne participent pas
complètement à l’écoulement du fluide, et la section effective à travers laquelle l’écoulement
s’effectue se trouve réduite. Ainsi, la perméabilité maximale possible est celle de l’échantillon
complètement saturé.
Le modèle capillaire simple d’un sol suggère que, tous autres facteurs restant les mêmes, la
perméabilité soit directement proportionnelle au degré de saturation élevé à la puissance trois
(Mitchell et al. 1965). Mitchell et al ont présenté des données (figure II.14) qui confirment
cette relation pour différents échantillons.
La figure II.15 présente les résultats obtenus par Olson and Daniel (1979), où pour des
conditions d’essais spécifiques (basé sur la méthode des profils instantanés, qui est une
méthode qui mesure K en régime transitoire dans un échantillon non saturé), la perméabilité
est tracée en fonction du degré de saturation. La description de l’essai et de l’appareillage est
détaillée par Daniel (1983). Le logarithme de la perméabilité tend à croître plus rapidement
avec Sr pour des faibles degrés de saturation. Il est possible que l’échantillon étant en
saturation, les pores les plus larges s’emplissent en premier, ce qui correspond à la première
portion de la courbe. Au-delà de cette phase initiale, la relation entre K et Sr varie.
62
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
(1965) ont rapporté que les conditions d’un régime permanent sont très difficiles à obtenir
pour des niveaux de saturation inférieurs à 80%.
Figure II.13 : Lignes d’égales perméabilités pour une argile limoneuse compactée (Mitchell,
1965)
Figure II.14 : Effet du degré de saturation sur la perméabilité d’une argile limoneuse
compactée (Mitchell et al., 1965)
63
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Figure II.15 : La perméabilité en fonction du degré de saturation pour une argile compactée
(Olson and Daniel, 1979)
Ces discontinuités favorisent l’apparition de chemins d’écoulement préférentiels car elles sont
habituellement de plus grandes ouvertures que les pores et sont moins tortueuses. Starr et
Cherry (1990) ont montré que de très petites imperfections dans l’argile affectent beaucoup sa
perméabilité. Deux méthodes sont habituellement utilisées pour minimiser l’apparition de
fissures in situ. La première est l’arrosage périodique à l’eau et la seconde est de couvrir la
couche d’argile par une couche de sol protectrice.
La figure II.16 montre les résultats des essais de perméabilité réalisés sur ces échantillons.
L’augmentation après 1 jour est minimale dans certains cas, et pour l’échantillon compacté à
64
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
la plus forte teneurs en eau, une légère diminution de k a été mesurée. Les chercheurs
attribuent ce fait à la pression de confinement effective relativement élevée utilisée durant
l’essai. Ainsi, il apparaît que la pression de confinement effective joue un rôle dans la
fermeture des fissures. Pour expliquer cela, Boyton (1983) a préparé des échantillons d’argile
compactée, qu’il a exposé à l’air libre pendant 3 jours, et a ensuite testé leur perméabilité en y
appliquant différent niveau de confinement. Les résultats, présentés sur la figure II.17, ont
confirmé l’effet du confinement sur la perméabilité.
65
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
II.4.2.g. La température :
La température influe beaucoup sur la densité et la viscosité de l’eau mais aussi sur la
rétention de l’eau. C’est pourquoi on calcule toujours la valeur de la perméabilité pour une
température de référence (en général prise à 20°C) pour tenir compte du changement de
viscosité dû aux variations de température. Plus la valeur de la viscosité est élevée, plus le
débit est faible.
La viscosité dynamique de l’eau à 20°C est égale à 1,00 mPa.s. D’une manière générale on a :
v 20° = vT .b ou k 20° = k T .b (Eq. 19)
ou ν20° et νT sont respectivement les vitesses de percolation surfacique à 20°C et à la
température T(°C) et, k20° et kT les perméabilités à 20°C et à la température T (°C), b étant un
coefficient calculé à partir des valeurs de viscosité de l’eau à 20°C et à la température T(°C)
tel que :
ηT
b= (Eq. 20)
η 20
où η20° et ηT sont les viscosités dynamiques à 20°C et à la température T.
Les valeurs de b en fonction de la température sont données Figure II.18 (valeur à la pression
atmosphérique).
On peut utiliser une expression approchée de la loi de variation η(T) sous la forme suivante :
2,0
1,5
coefficient b
1,0
0,5
0,0
0 10 20 30 40 50
température (°C)
66
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
blocs puis en agrégats moyens puis enfin en assemblages de plus en plus fins qui vont
constituer la nouvelle matrice. En profondeur, la dessiccation estivale des sols argileux fait
apparaître une fissuration verticale, leur donnant une structure prismatique ou columnaire. En
surface, les sols à dominante limoneuse présentent plutôt une structure feuilletée de type
schisteux.
Plusieurs auteurs ont étudié ces influences (Daniel et Benson, 1990, Daniel et Wu, 1993,
Albrecht, 1996). Albrecht (1996) a montré, dans des zones à climat très sec, que des sols
argileux saturés à fort indice de plasticité, mais initialement compactés plus sec que
l’optimum ou avec des efforts de compactage plus importants, ont tendance à présenter un
retrait moindre au cours de la dessiccation sous faible contrainte comme c’est le cas en
couverture des ISD. Les résultats obtenus sont présentés en terme de rapport de perméabilité
Rk (rapport entre ks après dessiccation et ks initiale) en fonction de la différence de teneur en
eau de compactage par rapport à l’optimum Proctor (wc - wOPN) (Figure II.19).
100
10
Rk
Proctor réduit
1
Proctor normal
Proctor modifié
0,1
-4 -2 0 2 4 6 8 10 12
wc - wOPN
67
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
12
Proctor modifié
10
8 Proctor réduit
0
8 10 12 14 16 18 20 22
teneur en eau de compactage (%)
Critère global
Critère de
perméabilité
Critère de retrait
68
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Figure II.22 : Effet du gel-dégel sur la perméabilité d’une argile compactée à une teneur en
eau plus grande et plus petite que l’optimum Proctor (d’après Kim et Daniel, 1992)
Sol compacté
Fissures de traction
Figure II.23 : Déformations induites par une flexure ou élongation des couches de sol sous
tassement différentiel (d’après Cheng and al. 1994)
69
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
de gaz dans certains cas ; modification du pH et de la chimie de l’eau, ce qui peut affecter la
structure des pores.
Les êtres vivants granulent le sol en le divisant et en le cimentant par les matières organiques
qu’ils produisent (Soltner, 1983). Parmi les animaux, les vers de terre jouent un rôle
important ; leurs galeries, qui cheminent dans tous les sens, accélèrent les flux et en même
temps l’aération. Les micro-organismes, quant à eux, contribuent également à la granulation
des couches de surface du sol. Les racines, qui sont inévitables, fragmentent les sols quelle
que soit leur résistance mécanique en s’introduisant dans les moindres fissures qu’elles
agrandissent. Pendant toute leur durée de vie, les racines n’ont pas d’effet particulièrement
négatif sur la perméabilité des sols. En revanche, lorsqu’elles meurent, elles laissent des
conduits tubulaires, généralement remplis d’humus, qui constituent des chemins de circulation
privilégiés.
II.4.3. Conclusion
Un grand nombre de paramètres affectent la perméabilité des sols en général, et des argiles
compactées en particulier. En outre, la compréhension de la structure interne des sols et des
différents facteurs les affectant, nous permet d’anticiper comment la perméabilité va varier en
fonction de la variation de l’un des paramètres.
II.5. LA MESURE DE PERMÉABILITÉ PAR INFILTROMÈTRIE
Le principe de la méthode des infiltromètres à simple ou double anneau repose sur la mesure
d’un débit surfacique d’eau s’infiltrant sous une ou plusieurs charges hydrauliques. Dans le
cas du double anneau, l’anneau externe, dit de garde, a pour but de maintenir le flux vertical
dans l’anneau interne. L’essai est généralement conduit comme suit :
Les méthodes de mise en place des anneaux dépendent de la nature des sols et de leur
état hydrique. Ces méthodes sont le collage, le battage et le vérinage.
c- Mesure d’une manière continue ou ponctuelle, du volume d’eau infiltré pendant un temps
d’observation suffisant pour obtenir les informations nécessaires au calcul de la
perméabilité. L’exploitation des résultats conduit à la détermination d’une vitesse
d’infiltration sous une charge hydraulique donnée.
Le volume d’eau infiltré ∆V à travers une aire d’essai A pendant un intervalle de temps
∆t, est convertie en débit surfacique (ou vitesse) d’infiltration v, à la température connue
de l’essai :
70
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
∆V
v= (Eq. 22)
A.∆t
La perméabilité est ensuite déduite, dans la plupart des cas, de la loi de Darcy ou par des
analyses spécifiques telle que celles décrites précédemment. Généralement, la profondeur
du front d’humidification zw est obtenue par autopsie du sol à l’issue de l’essai.
II.5.2. Infiltromètres ouverts (norme X30-418)
Couramment utilisés, les infiltromètres ouverts sont apparus pour des contrôles de
perméabilités destinées au dimensionnement des dispositifs d’assainissement par le sol. Ces
procédés sont d’un emploi facile et nécessitent en général peu de matériel. Ils requièrent
néanmoins certaines précautions et sont limités au contrôle de sol de perméabilité moyenne
(1.10-5 à 1.10-8 m/s).
Anneau Anneau
externe interne
71
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
La mesure des variations du niveau d’eau est effectuée au moyen de plusieurs dispositifs :
- Flotteur disposé à la surface de l’eau, et dont on mesure les variations de position grâce à un
capteur de déplacement (inductif ou optique) disposé dans une tête de mesure
- Mesure directe, sans flotteur, de la position de la surface de l’eau au moyen d’un capteur de
type capacitif contenu dans une tête de mesure
- Mesure directe au moyen d’une règle graduée lorsque la variation de niveau est significative
pour l’opérateur.
Dans tous les cas, la résolution et la précision de la mesure doivent être suffisantes pour
permettre des mesures fiables dans la plage d’utilisation de l’appareil. C’est pour cette raison
qu’ils sont limités aux perméabilités supérieures à 1.10-9 m/s. Une résolution de 1 µm
(résolution des capteurs de distances courants), ne permet généralement pas de mesurer une
variation de niveau correspondant à une perméabilité de 1.10-9 m/s avec suffisamment de
précision.
La température étant un facteur d’influence important, celle-ci doit être mesurée afin de
pouvoir s’assurer que les variations sont restées suffisamment faibles, ou réaliser les
corrections nécessaires en cas d’évolution en cours d’essai. Ces appareils étant sujets à
l’évaporation, une protection est généralement nécessaire pour des essais dépassant une heure.
Dans certains cas, de manière à pouvoir quantifier l’évaporation et par suite corriger
l’infiltration, un cylindre identique au premier mais possédant une base imperméable peut être
placée à proximité de l’infiltromètre comme étalonnage.
II.5.3. Infiltromètres fermés (norme X30-420)
Dans ce type d’appareil, la charge hydraulique h appliquée est maintenue constante par
l’intermédiaire d’un dispositif communément appelé contrôleur pression volume (CPV).
Plusieurs type de CPV peuvent être utilisés pour l’application de la charge hydraulique. Les
plus courants sont :
- Le tube ou bouteille de Mariotte gradué, utilisé pour des charges hydrauliques en général
inférieures à 1,50 m (difficulté de lecture au-delà), la charge est calculée comme la
différence de cote entre la surface de l’essai et la prise d’air de la bouteille.
- Les CPV utilisés pour des charges hydrauliques inférieures à 5 m ; la charge étant la somme
de la pression appliquée estimée en hauteur d’eau et de la différence de cote entre le niveau
d’eau du CPV et l’air d’essai ; on peut citer :
72
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
o Le CPV type Ménard qui consiste à effectuer une lecture dans une burette graduée
pressurisée par de l’azote.
- Le capillaire horizontal dont la cote détermine la charge hydraulique. Le volume infiltré est
déterminé par lecture directe sur une graduation ou par lecture optique.
- Le sachet de pesée submergé sous un niveau constant d’eau. Le volume est déterminé par
pesées successives du sachet ou par pesée finale.
Un dispositif ancré au sol permettant de reprendre les efforts dans le cas des charges
hydrauliques élevées peut être utilisé. Pendant la durée de l’essai, un contrôle éventuel par un
comparateur permet de vérifier si l’infiltromètre ne se soulève pas sous l’effet de la charge
hydraulique appliquée.
Vanne Infiltromètre
d’alimentation
dispositif éventuel de
confinement
Vanne de purge
dispositif éventuel
Contrôleur de réaction
Pression
Volume
Front d’infiltration
Figure II.26: Schéma de principe de l’infiltromètre simple anneau fermé (Didier et al, 1997a)
Vannes de purge
Vannes
d’alimentation
Contrôleurs
Pression dispositif éventuel
Volume de réaction
Front d’infiltration
73
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
II.6.1. Principe général des essais de perméabilité en forage dans les sols fins
Les essais de perméabilité en forage ont été développés très tôt dans le domaine des études
hydrogéologiques. Actuellement, ces méthodes intéressent de nombreux domaines de
l’ingénierie tels que l’agronomie, l’hydrogéologie, l’assainissement, le stockage des
déchets…
Niveau
piézométrique
Système d’obturation
cavité
Figure II.28. : schéma de principe d’un essai de perméabilité en forage (cazaux, 1998)
Dans les sols de faible et très faible perméabilité, l’incertitude sur la représentativité de la
valeur de la perméabilité mesurée est plus grande que lors des essais d’infiltrométrie en
surface. En effet, lors de l’exploitation des résultats, il faudra introduire dans le calcul de la
perméabilité la notion de variation de cette perméabilité en fonction de la profondeur sur toute
la hauteur de la cavité de mesure. Ces variations de perméabilité sur la verticale d’un profil de
sol sont une caractéristique indissociable de la nature géologique de ces matériaux et de
l’histoire de leur sédimentation. Dans ces conditions, où l’on travaille presque
systématiquement en aveugle, excepté lorsque le forage est effectué par carottage, il serait
peut être préférable de raisonner en terme de flux sous charge donnée plutôt que de fournir
systématiquement une valeur de perméabilité moyenne. Ainsi, des piézomètres laissés à
demeure pourraient donner l’évolution du flux sur des temps très longs avec des procédures
d’essais plus simples. Ceci est réaliste pour la caractérisation des sites mais va à l’encontre de
la notion de contrôle rapide de la perméabilité.
74
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
Ces différents principes d'essais n'ont pas tout à fait la même gamme de mesure de
perméabilité. Ainsi, le tableau suivant synthétise ces plages sur une échelle logarithmique.
Charge variable
Charge constante
Choc impulsionnel
Tableau II.3. : Gammes des perméabilités mesurables par les différentes techniques d’essais
proposées dans la littérature (échelle logarithmique).(Cazaux, 1998)
La charge hydraulique h est créée soit par la mise en pression d’azote d’un réservoir ou du
tube de liaison préalablement rempli d’eau, soit par l’intermédiaire d’une bouteille de
Mariotte. Il s’agit de Contrôleurs de Pression Volume (CPV) comparables à ceux utilisés pour
les essais de surface modifiés pour avoir une autonomie de volume plus importante. La valeur
de la charge est conventionnellement prise par rapport au centre de la cavité. Elle est calculée
en fonction du CPV utilisé :
75
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
La méthode consiste à enregistrer la variation dans le temps de la charge hydraulique dans une
chambre fermée réalisée dans le terrain, après application d'un choc impulsionnel (application
instantanée d'une charge hydraulique dans le tube de mesure rempli d'un volume d'eau
connu). La variation de la pression à volume constant est suivie par un capteur de pression
relié à une centrale d'acquisition et situé en tête du tube de mesure ou au niveau de la cavité.
Cet essai permet de gagner un temps important par rapport à l'essai conventionnel à charge
variable. En effet, un essai de plusieurs jours voire de plusieurs semaines à charge variable
peut avec la technique du pulse-test être réalisé en quelques heures. Cependant, cet essai
présente deux inconvénients :
• Problème de la connaissance de la charge à l'équilibre avant essai,
• Problème de l'appréciation du coefficient de compressibilité du système.
Les résultats présentés dans la littérature montrent que les chocs impulsionnels peuvent
fournir une bonne approximation des propriétés hydraulique des formations de faible
perméabilité.
76
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
pression mesurée est soumise à une interrogation puisque, comme nous le signalions
auparavant, il peut y avoir interférence avec le système. Dans ce cas, comment prendre en
compte la réponse transitoire du système dans le calcul final de la compressibilité ? Doit-on
par conséquent limiter les essais par choc impulsionnel aux matériaux non déformables et non
gonflant ? (Cazaux, 1998)
II.6.4.a. Méthode de Bredehoeft et Papadopoulos
L’interprétation de l’essai de perméabilité est réalisée en utilisant la solution analytique de
Bredehoeft et Papadopoulos (1980) qui décrit la décroissance de la variation de charge
engendrée par la compression du volume d’eau du forage qui résulte de l’infiltration de l’eau
dans la chambre de mesure.
où α et β sont des paramètres adimensionnels dont les expressions sont les suivantes :
β = T .t / V w C w ρg (Eq. 28)
où :
Vw : volume d’eau injecté
rw : rayon du tube de mesure
t : temps écoulé depuis le choc impulsionnel
Cw :compressibilité de l’eau
T,S, respectivement la transmissivité et le coefficient d’emmagasinement.
ρ : poids volumique de l’eau
g : accélération de la pesanteur
77
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
78
Chapitre II : Considérations générales sur la perméabilité des sols fins
L’essai le plus couramment utilisé est à charge constante. La durée d’un tel essai est d’environ
24 heures. Nous avons introduit la méthode du choc impulsionnel appliquée aux essais en
forage, qui permet une réduction considérable des temps d’essai. L’interprétation de ce type
d’essai est généralement réalisée par la méthode de Bredehoeft et Papadopoulos. Nous nous
proposons de remplacer le coefficient de compressibilité de l’eau par un coefficient de
compressibilité défini expérimentalement. Nous avons également introduit une méthode
d’interprétation directe, basée sur ce coefficient.
79
80