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Rapport Iggn

Le rapport 2021 de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) met en avant l'importance de l'exemplarité et de la déontologie dans les actions de la gendarmerie. Il souligne les efforts pour renforcer la confiance entre la gendarmerie et la population, ainsi que les initiatives pour améliorer la transparence et le contrôle interne. Le document présente également les actions menées en matière de prévention des dysfonctionnements et de transformation de l'IGGN pour mieux répondre aux attentes sociétales.

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Rapport Iggn

Le rapport 2021 de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) met en avant l'importance de l'exemplarité et de la déontologie dans les actions de la gendarmerie. Il souligne les efforts pour renforcer la confiance entre la gendarmerie et la population, ainsi que les initiatives pour améliorer la transparence et le contrôle interne. Le document présente également les actions menées en matière de prévention des dysfonctionnements et de transformation de l'IGGN pour mieux répondre aux attentes sociétales.

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RAPPORT

IGGN 2021
« L’exemplarité ne doit pas être vécue
comme une contrainte, mais comme une
chance, un honneur.
Cultivons cette haute exigence morale ! »
Général de corps d’armée Alain Pidoux,
chef de l’IGGN

2
TABLE DES MATIÈRES

Éditorial Chef IGGN Rapport 2021-2022 5


Les grands rendez-vous de 2021 6
L’IGGN en bref 7
Baromètre de la déontologie en gendarmerie en 2021 8

1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE 9


1.1. Les points d’attention et de contrôle restent ciblés sur les priorités gouvernementales 9
1.1.1. Protéger les victimes de violences conjugales, une amélioration toujours possible 9
1.1.2. Technologie et déontologie 12
1.1.3. D
 éontologie et maintien de l’ordre : maintenir le lien de confiance
par une maîtrise constante de l’emploi de la force. Le rôle de l’IGGN 13
1.2. L’IGGN participe au lien de confiance qui existe entre la population et la Gendarmerie nationale 18
1.2.1. La Charte d’accueil de la gendarmerie 18
1.2.2. E n 2021, l’IGGN a évalué l’accueil dans 425 unités et
analysé plus de 3 000 questionnaires de satisfaction  19
1.2.3. E n 2021, les signalements externes traités par
l’IGGN ont connu une hausse de 7 % par rapport à 2020  22
1.2.4. 4 71 contrôles de chambres de sûreté et des conditions de garde à vue
ont été réalisés en 2021 au sein des unités de gendarmerie 25
1.3. Une action quotidienne sous le signe de la transparence et de la confiance 26
1.3.1. P oint de situation des usages des armes, et des décédés et blessés
dans le cadre de l’action de la gendarmerie en 2021  26
1.3.2. U
 n lien fort avec les magistrats : la question de la spécificité
du gendarme dans la répartition des compétences des juridictions spécialisées  35
1.3.3. Une consolidation des échanges et de la collaboration avec le Défenseur des droits 38
1.3.4. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté 39
1.3.5. Les suites données à l’évaluation du GRECO en matière de prévention de la corruption 41
1.3.6. Le réseau EPAC/EACN : l’IGGN force de proposition à l’international 43
1.4. L’IGGN est présente au sein de la commission de déontologie des militaires (CDM) 44
1.5. Les autres instances internationales partenaires de l’IGGN 46
1.5.1. L’évaluation de l’acquis Schengen 46
1.5.2. Intervention du chef de l’IGGN lors du 7 séminaire de l’IPCAN organisé par le Défenseur des droits
e
46
1.5.3. L’examen périodique universel Droits de l’Homme de l’ONU  47

2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE 48


2.1. Étudier les dysfonctionnements comportementaux pour mieux les prévenir  48
2.1.1. La cartographie des dysfonctionnements déontologiques 48
2.1.2. N
 OUVEAUTÉ 2021 : mise à disposition des données locales
(signalements et enquêtes internes menées dans les départements) 49
2.2. L’IGGN au cœur du traitement des dysfonctionnements individuels : les enquêtes internes 51
2.2.1. En 2021, l’IGGN a mené 111 enquêtes judiciaires 52
2.2.2. 4 1 enquêtes administratives menées en 2021 dont une majorité
a concerné le harcèlement moral au travail 55
2.2.3. Du signalement au résultat de l’enquête interne : mode d’emploi 57
2.2.4. La déconfliction : un procédé en cours de développement 58

3
TABLE DES MATIÈRES

2.2.5. Le chef de l’IGGN, référent laïcité de la gendarmerie  61


2.2.6. L es antennes déconcentrées de l’Inspection générale
de la gendarmerie nationale : la déontologie au plus près de l’intelligence locale 63
2.3. U
 n nouveau plan d’action déontologie :
22 mesures pour réaffirmer l’engagement déontologique de la gendarmerie 65
2.4. Diffuser une culture de la déontologie 67
2.4.1. L’importance de la déontologie en gendarmerie 67
2.4.2. Développer la culture de la déontologie par la formation et la sensibilisation 71
2.4.3. Le chef de l’IGGN, référent déontologue et lanceur d’alerte de la gendarmerie 72
2.4.4. La plateforme STOP-DISCRI : 253 signalements internes en 2021 76
2.4.5. Le correspondant déontologue, maillon essentiel de la chaîne déontologique 81

3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE


À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS 83
3.1. La maîtrise des risques n’est pas une option 86
3.2. La division des audits, inspections et études : bilan 2021 87
3.2.1. Exemples d’audits et études ministériels et interministériels 88
3.2.2. Le suivi des recommandations d’audit : un gage de valeur ajoutée 97
3.2.3. Quelle plus-value aux réflexions conduites au niveau national ? 97
3.3. 2021 : une année dynamique pour la Division des audits et études techniques 98
3.3.1. N
 aissance d’une communauté de la maîtrise des risques administratif,
financier et logistique au service de l’appui opérationnel  99
3.3.2. La protection et la gouvernance des données numériques : une exigence de plus en plus prégnante 103
3.3.3. L e Bureau de l’audit de la sécurité des systèmes d’information
en 2021 : plus de saisines et plus de formation 106
3.3.4. La santé et la sécurité au travail, un levier d’action pour l’appui et la performance des unités 107
3.4. L’atterrissage du Conseil permanent de la sécurité aérienne (CPSA) à l’IGGN
ou l’amélioration de la maîtrise du risque dans les missions aériennes de la gendarmerie 108
3.5. Le coordonnateur national de la prévention : prévenir pour mieux agir 111

4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME 113


4.1. Notre cap : la feuille de route IGGN 20-24  113
4.2. L e retour d’expérience (retex) : pour accompagner et sécuriser
l’engagement de la gendarmerie au service de la population 115
4.3. La MSG : pour une meilleure protection des militaires, de leur famille
et des emprises de la gendarmerie 118
4.4. L’OGED : Promouvoir l’égalité et la lutte contre les discriminations 122

5. PERSPECTIVES 2022-2023 126

6. ANNEXES 127

4
EDITO Chef IGGN Rapport 2021-2022

J
e suis heureux de vous en cours, réception à l’IGGN de personnalités (députés,
présenter ce nouveau journalistes...), création d’une présence sur les réseaux
rapport annuel d’activité sociaux (LinkedIn et YouTube) et développement des rela-
qui couronne une année par- tions internationales et échanges avec des inspections
ticulièrement dense et riche étrangères].
pour l’Inspection générale Cette démarche est au cœur de la stratégie IGGN 20.24 et
de la gendarmerie nationale en pleine cohérence avec le concept de redevabilité qui lie
(IGGN). Cette activité soutenue la gendarmerie à nos concitoyens sous le #RépondrePré-
peut être appréhendée par le sent.
prisme de quatre focales :
3. L’année écoulée a été aussi placée sous le signe de la
1. C’est d’abord la tenue du Beauvau de la sécurité, qui transformation de l’IGGN et d’une montée en puissance
a permis de penser la Police et la Gendarmerie nationales de ses compétences. Disposant déjà d’une ressource
à l’horizon 2030 et qui s’est traduit par les annonces du humaine particulièrement diversifiée et expérimentée cou-
Président de la République le 14 septembre 2021. vrant l’ensemble des activités de la gendarmerie, l’IGGN a
L’IGGN a pleinement participé à ces travaux, particuliè- complété et élargi le spectre de son champ d’expertises en
rement dans le cadre de la table ronde qui portait sur le accueillant en son sein la Cellule nationale RETEX (retour
contrôle interne des forces de sécurité intérieure. d’expérience) (CNRETEX), la Mission sûreté de la gendar-
Il s’agissait alors de définir comment atteindre une plus merie (MSG) nouvellement créée, le Coordonnateur natio-
grande transparence, accroître le caractère indépendant nal de la prévention (CNP) de la gendarmerie, le Conseil
des inspections générales pour ainsi préserver le lien de permanent de la sécurité aérienne de la gendarmerie
confiance qui doit unir les forces de sécurité intérieure à la nationale (CPSAGN) ainsi que la cellule préfiguratrice de
population. La publication et la présentation systématique l’Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre
à la presse de ce rapport que j’ai voulu exhaustif, enrichi les discriminations (OGED) nouvellement créée. Autant de
d’analyses approfondies, apporte des réponses concrètes ressources capacitaires pour élargir le spectre de l’action
aux interrogations et demandes exprimées par les auto- de l’IGGN à une mission de conseil à côté de sa mission
rités externes de contrôle de la Gendarmerie nationale à traditionnelle de contrôle, au service de la réflexion straté-
l’occasion de ces débats. gique de l’Institution.
4. Enfin, 2021-2022 marque la mise en route d’un vaste
2. Parallèlement, j’ai ainsi œuvré au cours de cette année plan d’action déontologie de la gendarmerie 2022-
écoulée pour que l’action de l’IGGN s’inscrive dans une 2024 piloté par l’IGGN. Il a pour ambition de conforter la
plus grande ouverture et une plus grande transpa- place de la déontologie au cœur des structures et des mis-
rence. En interne, avec un renforcement du recrutement sions de la gendarmerie.
des personnels civils et la diffusion de kits pédagogiques J’exprime ma gratitude à l’ensemble des personnels de
traitant de la déontologie à destination des militaires de l’IGGN et aux acteurs extérieurs qui ont contribué encore
la gendarmerie et en externe, au travers d’une intensi- cette année à produire ce haut niveau de service public au
fication des échanges [participation à des études avec profit de nos concitoyens.
la communauté des chercheurs en lien avec le Centre 2022 sera incontestablement une nouvelle année char-
de recherche de l’École des officiers de la gendarme- nière dans la dynamique de transformation avec la mise en
rie nationale (CREOGN), immersions au sein des unités œuvre d’une des mesures phares issue du Beauvau de la
de gendarmerie d’autorités administratives indépen- sécurité : l’ouverture d’un poste d’adjoint au chef de l’IGGN
dantes - cela a été entre autre le cas pour les services à un magistrat de l’ordre judiciaire qui nous rejoindra le 1er
du Défenseur des Droits – rencontres à échéances régu- septembre 2022.
lières avec des autorités extérieures pour échanger sur Bonne découverte de ce qu’a été pour nous cette
les bonnes pratiques ou faire un point sur les dossiers année de montée en puissance de l’IGGN.

5
Les grands rendez-vous de 2021

27/01 : Visite de Madame Caby, 9/09 : Séminaire de rentrée de l’IGGN.


adjointe au DDD, accompagnée de
Janvier plusieurs collaborateurs, en charge Septembre 14/09 : Discours du Président de la
du respect de la déontologie par les République en clôture du Beauvau de
professionnels de la sécurité. la sécurité.
16/09 : Visite de Madame Dominique
8/02 : Rencontre avec Monsieur Simonnot, Contrôleure générale des
Charles Duchaine, directeur de l’AFA lieux de privation de liberté.

Février (Agence française anti-corruption).


12/02 : Intervention du chef IGGN
devant le CFMG.
7/10 : Séminaire des correspondants

3/03 : Audition du chef de l’IGGN par


Octobre déontologues de la gendarmerie
nationale
la commission Delarue, sur les
Mars relations forces de l’ordre/journalistes.
24/03 : Immersion de la mission sur
les discriminations (M. Vigouroux,
et M. Roussel) au sein du GGD 78. 17/11 : Visite du chef de l’Inspection
Novembre de l’Arme des Carabiniers
12/04 : Visite de Madame Laurienne
Rossi, députée des Hauts-de-Seine,
Avril membre de la commission du déve-
loppement durable et de l’aménage- 6/12 : Visite de l’IGGN par le
ment du territoire. major général
Décembre
7/12 : Audition par la Cour des
21/05 : Intervention du chef de comptes sur le contrôle intene en
gendarmerie.
Mai l’IGGN devant les auditeurs de
la 32e session nationale sécurité et 9/12 : Séminaire du bureau d’audit
justice de l’IHEMI financier, administratif et technique
(BAFAT).
15/12 : Participation du chef de
Diffusion du guide d’auto-évaluation l’IGGN au colloque organisé à Nice
des chefs GSRH. Echange avec l’AMF par le CREOGN sur le thème
Juin dans le cadre de la préparation de « l’autorité et la sécurité »
la table ronde «contrôle interne» du
Beauvau de la sécurité. 15/12 : Immersion de personnels du
DDD dans des unités du GGD 33 et au
Centre national d’entraînement des
forces de gendarmerie de Saint-Astier.
22/07 : Conférence de presse,
Juillet présentation du rapport d’activité 16/12 : Premier collège des
2020 de l’iGGN inspections générales du MININT.
24/12 : Diffusion de la Stratégie IGGN
20.24

27/08 : Table ronde «contrôle interne


Août du Beauvau de la sécurité

6
Une année d’ouverture, de
transparence, de transformation
Échanges et regards Effectifs
croisés avec divers interlocuteurs / 114 personnels
• 64 officiers de gendarmerie
• Autorités administratives
Indépendantes (DDD-CGLPLDILCRAH, CNCDH)
• 13 officiers du corps technique et administratif
• P arlementaires • 21 sous-officiers de gendarmerie
• C our des comptes • 12 sous-officiers du corps technique et administratif
• R éférents déontologues • 4 personnels civils
• C ollège des inspections / 25 % de personnels féminins
• S ervices institutionnels
GE
•O  rganismes internationaux ON N
TI E
C

PE
AL
E

INS
• Inspections italiennes et belges
Un plan stratégique

E
• J ournalistes

G EN
AL
N

DA
R
O
Etc…. M
ER
IE TI
NA

7
Chiffres clés
2 344 signalements de particuliers
• d ont 987 relèvent de la compétence
De nouvelles missions
de l’IGGN (42%)
• le retour d’expérience
• 1 11 manquements déontologiques
relevés (11 % des 987 et 5 % du total Cellule Nationale RETEX
des signalements) • la sûreté des emprises
253 signalements internes Mission Sûreté Gendarmerie
• d ont 182 du type « stop discri » • la sécurité aérienne
• 7 1 conseils Conseil Permanent de la
30 saisines du DDD Sécurité Aérienne-Gendarmerie
GE
ON N
TI E
C
R

• dont 24 nouveaux dossiers


PE
AL

• la prévention des risques Professionnels


E

INS
E

G EN

41 enquêtes administratives
AL
N

ORGANIGRAMME DE L’IGGN 2022


DA
R
O

M
ER TI
IE NA
Coordonnateur National de la Prévention
• d ont 58 % harcèlement moral au travail
Chef de l’inspection générale
59 nouvelles enquêtes judiciaires de la gendarmerie nationale Chargés de mission détachés
(IGGN) Chef-adjoint auprès de l’inspection générale
de l’IGGN de l’administration
• d ont 7 usages des armes mortels (12%) Cabinet
Conseiller - Chargé
de mission Cellule nationale
12 audits et 8 études RETEX Observatoire de la
gendarmerie pour l’égalité et
contre les discriminations
Lien fonctionnel
• 60 heures de formation Lien fonctionnel

touchant 4 000 personnels Division des audits, des Division des audits et des Division des Division des signalements
inspections et des études expertises techniques enquêtes internes et de la déontologie

Conseil permanent de Coordonnateur


Mission sûreté Bureau des signalements et
sécurité aérienne national de la Bureau des enquêtes judiciaires
de la gendarmerie de la GN prévention des réclamations
8
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN
DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1.1. LES POINTS D’ATTENTION ET DE CONTRÔLE RESTENT


CIBLÉS SUR LES PRIORITÉS GOUVERNEMENTALES

1.1.1. Protéger les victimes de violences conjugales, une amélioration toujours possible

tion en 2021 de l’accueil des victimes de violences


conjugales continue de s’inscrire dans un contexte
opérationnel particulièrement dense. Ce sont plus de
62 000 victimes de ces violences qui ont été prises
en charge judiciairement par les unités de gendar-
merie en 2021 (soit +10% par rapport à 2020). Les
patrouilles de gendarmerie ont réalisé environ 160 000
interventions pour des différends familiaux (-3 % par
rapport à 2020). Les brigades ont en outre transmis
32 000 signalements de situations sociales (+100%
par rapport à 2020) dont 21 000 aux intervenants
sociaux en gendarmerie (ISG) et 7 000 aux associations
dans le cadre de violences intrafamiliales. Enfin, près
de 26 500 victimes de violences ont été recontac-
tées par les enquêteurs après un premier acte judiciaire

L
’Inspection générale de la gendarmerie nationale (+100% par rapport à 2020).
a réalisé un nouvel audit sur l’accueil des vic-
times des violences conjugales. Inscrite dans le
prolongement du Grenelle contre les violences conju-
gales, la démarche d’évaluation pilotée par l’IGGN a une
vocation essentiellement opérationnelle en ce qu’elle
vise à mieux appréhender la complexité de ces
situations, comprendre les attentes des victimes et
améliorer ainsi les réponses en identifiant les axes
d’effort et de progrès en interne. Les travaux du Beau-
vau de la sécurité ont pour leur part mis en exergue
le besoin de transparence de l’action des forces de
l’ordre, notamment comme garantie supplémentaire de
préservation des liens de confiance avec la population. L’évaluation effectuée par sondage a permis de
Tous les éléments recueillis auprès des victimes sont recueillir les témoignages volontaires de 505 vic-
restitués dans le rapport et en particulier leurs témoi- times. L’action de 380 unités de gendarmerie, en
gnages - montrant de ce fait que la gendarmerie n’a situation de prise de plainte ou en intervention à
rien à cacher, et surtout pas le regard critique qu’elle domicile, tant en métropole qu’outre-mer, a ainsi été
peut porter sur elle-même. évaluée. L’analyse des réponses aux questionnaires
Il convient de mentionner que la campagne d’évalua- montre une grande satisfaction des victimes

9
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

quant à l’accueil réservé et au comportement des tion. Elles désirent aussi une information plus claire
militaires (taux de satisfaction au-delà de 90% sur sur les conséquences possibles d’une enquête
de nombreux items). De même, les conditions d’ac- judiciaire. Elles font également part de cette angoisse
cueil, les temps d’attente et les contacts télépho- augmentée par l’attente et l’incertitude quant aux
niques sont estimés satisfaisants. Enfin, il convient délais de convocation de l’auteur. L’expression de ces
de noter une amélioration par rapport à 2020 dans ressentis souligne la nécessité d’un traitement dili-
les contacts avec les enquêteurs, le questionne- gent des enquêtes ainsi que la mise en œuvre de sui-
ment sur la présence d’une arme à feu à domicile, vis internes spécifiques concernant les procédures
la diffusion des coordonnées des associations d’aide judiciaires. Les témoignages évoquent aussi et de
aux victimes lors d’une intervention domiciliaire et manière récurrente la peur permanente et cela malgré
l’orientation plus fréquente vers une structure médi- le contact avec une unité de gendarmerie. Pouvoir ras-
cale. Tout cela reflète une appropriation progres- surer davantage impliquerait dès lors le renforcement
sive et continue des mesures décidées pour traiter des dispositifs de protection avec, d’une part la mise en
plus efficacement les violences conjugales. œuvre de contacts réguliers téléphoniques voire phy-
Dans ce bilan plutôt positif, d’autres demandes appa- siques, en particulier avec celles dont la grille d’évalua-
raissent ; elles pourraient devenir des axes de pro- tion du danger témoigne d’une situation très sensible,
grès. Cela porte tout d’abord sur la meilleure prise en d’autre part la proposition systématique d’inscription
compte des attentes des victimes concernant le suivi au SIDPP, module de sécurisation des interventions et
de leur procédure ainsi que l’évolution de leur situa- demandes particulières de protection.

A
Noter
Pour en savoir plus sur les ISG :
[Link]/l-info-en-continu/le-dispo-
sitif-des-intervenants-sociaux-en-gendarme-
rie-renforce

10
505
victimes de violences conjugales

15
ont répondu aux questionnaires

Les
chiffres clés
de l’audit 2021 455 femmes 50 hommes

380 41% des situations concernent


une intervention à domicile
Unités de
gendarmerie 2 situations
contrôlées prises en compte 59% des situations concernent
une prise de plainte en gendarmerie

Prise de plainte
93%
Estiment que l’enquêteur a pris en
compte leur situation dans tous ses
aspects
95%
Indiquent ne pas avoir eu de
difficultés à déposer plainte
68%
Indiquent avoir été orienté(e)s vers
une structure médicale

69%
Indiquent avoir fait l’objet de questions
sur les facteurs possibles de danger

Intervention à domicile
4%
Indiquent avoir eu besoin des
93% gendarmes pour trouver un
Estiment que le premier contact hébergement en urgence
téléphonique est très et plutôt
positif

90% 71%
Estiment que les gendarmes ont bien
Ont fait l’objet d’un
et plutôt bien pris en compte la
questionnement sur la
présence des enfants
présence d’une arme à
domicile

11
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1.1.2. Technologie et déontologie.


dans un cadre judiciaire, disciplinaire ou administratif. Bien
évidemment, le document obtenu n’est pas permanent.
La durée de conservation des données ne doit pas
excéder 6 mois et au-delà les enregistrements sont
effacés de manière automatique.
Le déclenchement de l’enregistrement fait l’objet
d’une information préalable des personnes filmées.
Toutefois, si les circonstances ne le permettent pas, cette
information est faite à l’issue de l’intervention.
Portée de manière apparente, la caméra piéton, dès que
l’enregistrement est activé, montre un signal visuel
qui reste perceptible tout au long de l’opération et qui
Depuis 2017, les gendarmes sont progressivement doit être visible par les personnes filmées.
dotés de caméras piétons, utilisant ainsi les nouvelles Ce dispositif de captation audiovisuelle réalise égale-
technologies pour une meilleure protection du citoyen ment l’enregistrement de la localisation géographique
et du personnel. de l’intervention, son horodatage et l’identification du
Ce dispositif qui s’inscrit également dans une porteur de la caméra.
démarche de rapprochement avec la population, Aucun enregistrement ne peut être effacé de la
contribue à la prévention des atteintes contre les caméra ni même visionné par le porteur du disposi-
gendarmes et en même temps garantit le respect tif. Seul un personnel habilité peut accéder au visionnage
des règles déontologiques à l’occasion des mis- après déchargement sur une station d’accueil.
sions des forces de sécurité et notamment lors des Bien évidemment, ce matériel ainsi que les instruc-
opérations de contrôles d’identité. tions destinées à son emploi font l’objet d’un dossier
transmis à la CNIL*.
Outre cette double assurance, le dispositif permet :
- de constater les infractions et de collecter les preuves
nécessaires à la poursuite des auteurs ;
- de participer également à la formation des personnels
engagés dans ses missions.
L’utilisation des caméras piétons est encadrée par un
texte législatif : l’article L341–1 du Code de la sécurité
intérieure créé par la loi du 3 juin 2016 dont la finalité
est l’enregistrement visuel et sonore afin de prévenir les
incidents au cours de l’intervention.
Son déclenchement peut se faire au cours d’une interven-
tion ou dans toute opération ou situation à risque. Il est
laissé à l’appréciation du porteur de l’équipement ou du
chef de patrouille. L’enregistrement peut faire l’objet d’un
traitement et d’une vérification ultérieurs, uniquement

* Désormais, le visionnage par le porteur de la caméra est possible et encadré.

12
1.1.3. Déontologie et maintien de l’ordre : maintenir le lien de confiance par une maîtrise
constante de l’emploi de la force. Le rôle de l’IGGN.

Les situations de crise, jadis très ponctuelles, au bon commandement de la troupe et au respect
tendent désormais à se succéder à un rythme particu- du Code de déontologie, non seulement par le chef,
lièrement élevé, installant le pays dans un état de ten- mais également par l’ensemble de ses subordonnés.
sion permanente. Cela se traduit notamment par une Ainsi, le chef définit la posture qui doit être adaptée
multiplication de manifestations, et ce en tous points à la situation et ne pas susciter d’emblée, chez les
du territoire, tant métropolitain qu’ultramarin, au manifestants, un sentiment d’agression. Il veille éga-
cours desquelles les gendarmes se trouvent confron- lement au bon comportement de ses subordonnés et
tés à un niveau de violence croissant. Or, comme le à l’économie générale des moyens dont il dispose, en
rappelle M. Christian Vigouroux, référent déontologue propre ou au titre des renforcements.
ministériel auprès du ministère de l’Intérieur, dans le Intervenant sous le contrôle d’une autorité
rapport qu’il a rendu en juin 2020, il convient d’agir, administrative et accompagné systématiquement d’une
lors des opérations de maintien de l’ordre, avec dis- autorité habilitée à décider de l’emploi de la force, le
cernement afin de garantir les conditions d’exercice commandant de la force publique demeure responsable
des libertés individuelles. Guidée par cette nécessité, de l’exécution de la mission qui lui a été confiée. Il peut,
la doctrine a encore profondément évolué ces à ce titre, refuser d’accomplir une manœuvre qu’il juge
dernières années. Ainsi, le Schéma national de inadaptée, soit parce qu’elle n’est pas judicieuse sur le
maintien de l’ordre (SNMO) pose-t-il les bases d’une plan tactique, soit parce qu’elle n’est conforme ni au
approche renouvelée, globale, des opérations tout en Code de déontologie ni au texte de loi. Il fait en outre
préservant les fondamentaux. évoluer en permanence son dispositif selon la pres-
Parmi ces fondamentaux, on compte la déses- sion exercée par l’adversaire. Si l’emploi de la force
calade. Ce mode d’action, mis en œuvre depuis fort long- s’avère absolument nécessaire, il n’y recourt que de
temps par les forces en charge du maintien de l’ordre, manière graduée et proportionnée, revenant dès que
consiste à adapter en permanence leur posture et leur possible au niveau de contrainte le plus faible pour ne
dispositif à la physionomie du rassemblement afin de pas générer de nouvelles tensions.
limiter autant que faire se peut le caractère anxiogène de Durant les phases d’emploi de la force, le chef
l’intervention et par conséquent les risques de réactions veille à la stricte observation de la discipline de feu
inappropriées des manifestants. ainsi qu’à l’exemplarité du comportement de ses
La désescalade repose sur plusieurs piliers, subordonnés et ce, quelle que soit l’attitude des mani-
au premier rang desquels figure la connaissance festants. Appuyé par des structures de communication
préalable des opposants. Largement explicitée dans s’il en dispose, les équipes de liaison et d’information
le SNMO, cette connaissance est indispensable pour de la gendarmerie, ou, à défaut, ses propres équipes,
garantir une conception optimale du dispositif. Elle il communique avec les organisateurs du rassemble-
permet en effet de calibrer le volume de forces à enga- ment ou, en leur absence, directement avec le public
ger, selon le principe de juste suffisance, de prévoir pour assurer une transparence optimale de l’action
les moyens complémentaires et spéciaux nécessaires des forces de l’ordre. Cette démarche participe à la
selon la physionomie attendue du rassemblement, préservation du lien de confiance avec la population.
mais également de préparer psychologiquement les
membres des forces de l’ordre, notamment si des Enfin, un tel niveau de maîtrise dans la ges-
heurts sont craints. tion de l’ordre public ne saurait être atteint sans une
En second lieu, la désescalade tient largement solide formation, initiale puis continue, des mili-

13
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

taires armant les escadrons de gendarmerie mobile, ni


sans une architecture de commandement éprouvée, CE QU’IL FAUT RETENIR
reposant sur l’engagement sans faille des officiers et
des gradés. Le SNMO pose le cadre d’une approche globale
Ce sont tous ces principes, objectifs et pres- du maintien de l’ordre tout en préservant les
criptions encadrant le maintien de l’ordre, que l’IGGN fondamentaux.
utilise comme référentiel pour répondre aux récla- Il définit également clairement le rôle et la res-
mations de particuliers, aux saisines du Défenseur ponsabilité de chacun des intervenants étatiques.
des Droits et de toute autre autorité de contrôle, pour La désescalade consiste à adapter en perma-
suivre le nombre de particuliers blessés ou décédés, nence la posture et le dispositif des forces de
évaluer, contrôler, auditer, et si nécessaire enquêter, l’ordre à la physionomie du rassemblement.
voire proposer des sanctions. Formation, encadrement militaire, compétence
Ainsi, aux côtés des différentes autorités en technique et respect du Code de déontologie et de
charge de la gestion des opérations d’ordre public, la loi garantissent une bonne maîtrise des risques.
l’IGGN trouve naturellement sa place au titre, d’une
part de sa qualité de référence en matière de déonto-
logie, d’autre part du contrôle de son application, prin-
cipalement a posteriori. Elle peut en effet être saisie à
tout moment par tout citoyen s’estimant victime, ou
simplement témoin, d’un comportement non conforme
de la part des forces de l’ordre.

14
« La prévention et l’apaisement,
paradigmes de la gendarmerie
mobile pour un maintien de l’ordre
(MO) à la française ? »
Commandant Benoît HABERBUSCH – Directeur du
pôle Histoire du Centre de recherche de l’École des
officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN)

Les origines historiques de la doctrine française du l’Intérieur Pierre Waldeck-Rousseau prône l’emploi de
maintien de l’ordre remontent à la Révolution fran- la gendarmerie dont il est rappelé que la mission habi-
çaise. « La garantie des droits de l’homme et du tuelle est d’assurer l’ordre et protéger la tranquillité,
citoyen nécessite une force publique, proclame dès tandis que « la troupe en a une autre ».
1789 la Déclaration des droits de l’Homme et du À la fin de la Première Guerre mondiale, les pouvoirs
Citoyen : cette force est donc instituée pour l’avan- publics s’inquiètent des troubles pouvant résulter de la
tage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux situation sociale (inflation, chômage, grèves, montée
auxquels elle est confiée ». La loi du 28 germinal an du communisme). Pour éviter de réprimer avec vio-
VI (17 avril 1798) précise, dès son article 1er, que « le lence les manifestations des citoyens ayant largement
corps de la Gendarmerie nationale est une force ins- contribué à la défense de la Nation, la gendarmerie
tituée pour assurer dans l’intérieur de la République est amenée à créer, dès 1917, des « sections de gen-
le maintien de l’ordre et exécution des lois. Une sur- darmerie prévôtale », destinées à renforcer les bri-
veillance continue et répressive constitue l’essence de gades pour faire face aux mouvements sociaux. Elles
son service ». deviennent Pelotons de gendarmerie mobile (PGM)
Au début du XIXe siècle, la gendarmerie, qui a fait en 1921, puis pelotons de Garde républicaine mobile
preuve de son loyalisme au régime, lors des révolu- (GRM) en 1926, regroupés au sein de légions en 1927.
tions de 1830 et de 1848, s’oppose aux insurgés aux Alors que le Manuel des gardes, publié en 1928,
côtés de l’armée. En province, les gendarmes veillent témoigne déjà de la volonté d’une formation spé-
plutôt à respecter une certaine proportionnalité dans cifique, l’instruction confidentielle du 1er août 1930
l’application de la loi, comme l’explique Aurélien constitue la première doctrine de MO de la gendarme-
Lignereux : « Ils en restent aux poings lorsqu’ils sont rie fondée sur l’emploi raisonné de la force :
agressés à mains nues, ils chargent leurs adversaires
quand ils sont accablés de pierres ou bien ils tentent
d’intimider de leurs sabres ceux qui les bravent à la
fourche ou au couteau ». Les échanges de coups de « Beaucoup de fermeté, tempérée par le doigté acquis au
feu ne concernent qu’une affaire sur dix. cours de contacts fréquents avec la foule, une exacte et
Après 1871, la IIIe République soulève la question calme discipline, un haut sentiment du devoir et des res-
d’une force spécialisée dans le MO qui éviterait le ponsabilités, telles sont les qualités spéciales, que l’on est
en droit d’attendre des troupes de la gendarmerie. »
recours à l’armée jugé peu satisfaisant (fusillade de
Fourmies en mai 1891, ou mutinerie du 17e régiment Instruction confidentielle du 1er août 1930
d’infanterie lors de la crise viticole de 1907). Dès le 27
février 1884, la circulaire confidentielle du ministre de

15
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

Les réflexions menées dans la gendarmerie abou-


tissent à une modernisation de la tenue, des équipe-
ments et de la formation, avec la création en 1969
d’un centre d’instruction spécialisé à Saint-Astier. La
doctrine MO évolue, mais l’instruction du 13 février
1975 reste fidèle à l’esprit de 1930, en martelant que
« l’action des unités de gendarmerie au maintien de
l’ordre, tout en étant très ferme, doit être empreinte
de calme et d’humanité ». En toutes circonstances,
le gendarme mobile doit conserver son sang-froid et
s’imposer à la foule par son attitude, sa tenue et la
correction des mouvements qu’il exécute. Il est, par
ailleurs, bien précisé que le MO diffère du combat au
sens où il ne s’agit pas de détruire un ennemi mais
De la manifestation pacifique à l’émeute insurrection- de maîtriser d’éventuels adversaires troublant l’ordre
nelle, du simple encadrement de la foule à la charge public qui restent avant tout des citoyens.
de cavalerie, cette instruction envisage toutes les Les manuels d’instruction confirment sur la durée
situations en proposant une réaction graduée et pro- l’attention portée à ce sujet, comme en atteste cet
portionnée visant à limiter l’emploi de la violence. Les exemple de 1981 : « L’exécution de toutes les missions
grèves du Nord, en 1931, témoignent de cette maîtrise de maintien de l’ordre demande : obéissance stricte et
acquise par la GRM. En revanche, l’émeute du 6 février immédiate aux ordres, calme, sang-froid, humanité ».
1934, qui se solde par 14 tués chez les manifestants, En 1995, une instruction rappelle que « les cadres,
concentre pendant un temps les critiques sur la GRM, doivent s’employer à éviter tout usage des armes en
alors que la commission d’enquête ad hoc pointe prin- faisant preuve jusqu’aux dernières limites de calme et
cipalement la mauvaise organisation de la direction des de sang-froid ». Dans les années 1990, deux tendances
opérations pilotée par la Préfecture de police, l’emploi s’opposent. D’un côté, certains plaident pour garantir
de forces disparates et l’absence d’usage de moyens la sécurité du personnel au moyen d’un équipement
moins offensifs que le tir. L’instruction du 1er août 1930 de protection plus performant, quitte à transformer
précitée bénéficie d’une longévité de quatre décennies. le gendarme en une sorte de « robocop » suscitant la
Dans les années 1950-1960, la mise à distance des crainte ou le rejet du public. Le général Véchambre
manifestants reste un objectif constant pour les forces estime d’ailleurs que « cette tenue, faute de modula-
de l’ordre. « Outre des attitudes de retenue, explique rité, interdit gradualité et réversibilité » .
Patrick Bruneteaux, ces forces de l’ordre mettent au De l’autre, les partisans de l’apaisement privilégient une
point des procédures et des outils d’intervention qui tenue dépouillée des éléments jugés agressifs, comme
ont pour fonction première de retarder le moment de en janvier 1991 face aux lycéens à Paris. Alors que la
la charge et d’éviter, par ailleurs, les contacts avec les
manifestants ». La dotation comprend les gaz lacry-
mogènes et les grenades offensives. « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frap-
Les événements de mai-juin 1968 révèlent l’inadap- per soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint
tation des gendarmes mobiles avec leur vareuse, leur toute la fonction policière ».
baudrier et leur cravate. Ils conservent néanmoins
Préfet de police Maurice Grimaud
leur professionnalisme, sous la direction du préfet de
police Maurice Grimaud qui fait preuve de modération.

16
tenue « Footix » du mondial de football 1998 témoigne qué par les différentes forces de l’ordre du ministère
de l’intérêt de cette approche, l’affaire du gendarme de l’Intérieur, dont la gendarmerie rattachée depuis
Nivel agressé par des hooligans rappelle aussi la vul- 2009, a conduit ce dernier à se doter avec le Schéma
nérabilité d’un personnel sous-équipé. En 1999, sur le national du maintien de l’ordre d’un premier document
pont de Mitrovica (Kosovo), le colonel Vicaire n’hésite de doctrine en la matière commun à l’ensemble des
pas à faire intervenir, devant les soldats français, les forces. La gendarmerie a contribué à la réflexion sur la
gendarmes mobiles en chemisette bleue et képi, de gestion apaisée des expressions publiques d’opposi-
manière à enclencher un processus de désescalade tion. Cette maîtrise particulière, souvent reconnue, est
entre les manifestants serbes et bosniaques. le fruit d’une pratique ancienne, acquise notamment
Depuis une vingtaine d’années, la gendarmerie mobile en outre-mer où les escadrons de gendarmerie mobile
doit s’adapter à l’évolution des manifestations qui ne sont les seules unités métropolitaines projetées depuis
ressemblent plus à ces cortèges réglés et régulés par la fin des années 1990. Confrontés régulièrement à
les représentants syndicaux et leur service d’ordre des usages des armes par les manifestants, les gen-
mais apparaissent sous forme de groupes hétérogènes, darmes mobiles ont su développer un savoir-faire de
rassemblés de manière imprévisible, s’agrégeant sans résilience et de proportionnalité.
véritable coordination. Sans être plus violentes que
lors des décennies précédentes, ces rassemblements
drainent des groupes éphémères, dont l’objectif est de
commettre des actions illégales, en formant une foule
anonyme non identifiable. Des « casseurs » opportu-
nistes aux « black blocs », les forces de l’ordre ont vu
émerger une nébuleuse de communautés de circons-
tances ou parfois plus structurées, grâce au développe-
ment des réseaux sociaux. Le mouvement des « gilets
jaunes » témoigne bien de cette évolution. Autre étape :
en 2014, la mort de Rémi Fraisse au barrage de Sivens
entraîne l’abandon des grenades offensives.
Au début des années 2020, l’évolution du MO prati-

17
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1.2. L’IGGN PARTICIPE AU LIEN DE CONFIANCE QUI EXISTE


ENTRE LA POPULATION ET LA GENDARMERIE NATIONALE

La relation une force de police et la population qu’elle pro- gades territoriales réparties sur l’ensemble du territoire
tège et dont elle assure la sécurité revêt une dimension national, en métropole comme outre-mer, y attache une
fondamentale. Cette relation participe à la construction et importance majeure : elle déploie des outils visant à amé-
au renforcement de la confiance qui conditionne l’ef- liorer et évaluer cette relation. C’est sur ce dernier point
ficacité des missions. La Gendarmerie nationale, dont que l’Inspection générale apporte sa contribution, grâce à
l’organisation se caractérise par l’existence de 3 500 bri- plusieurs dispositifs détaillés ci-après.

1.2.1. La Charte d’accueil de la gendarmerie

18
1.2.2. En 2021, l’IGGN a évalué l’accueil dans 425 unités et analysé plus de 3 000 question-
naires de satisfaction.
Chaque année, un rapport de synthèse est établi et pro-
pose, si besoin, des recommandations adaptées. Certains
indicateurs figurant sur ce document sont utilisés par le
Service de la transformation de la DGGN pour faire valoir
l’action de la gendarmerie au niveau interministériel et
notamment auprès de la Direction interministérielle à la
transformation publique (DITP).

En 2021, 425 unités de gendarmerie départementale


ont fait l’objet d’une évaluation inopinée des condi-
tions d’accueil sur site par des contrôleurs mandatés
par l’IGGN. 960 questionnaires ont été remis aux vic-
times et aux usagers et 1 807 appels téléphoniques
L’accueil dans les unités est l’une des pierres angulaires ont été analysés.
du service de la Gendarmerie nationale. Son applica-
tion procède des principes déontologiques et il est donc Les résultats sont très satisfaisants et relativement
naturel que ce soit l’IGGN qui soit chargée depuis une stables d’une année à l’autre.
quinzaine d’années de la mesure de la satisfaction des
usagers adossée au référentiel Marianne et doréna- À noter que ce dispositif est complété par des son-
vant à la charte Services publics plus (SP+) où sont fixés dages menés par des organismes indépendants
les grands principes de l’accueil des usagers dans les (Bearing Point et Kantar/TNS) et que, dans ce cadre, la
administrations de l’État. Le dispositif est articulé autour gendarmerie a remporté pour la sixième fois en 2021,
d’un référent national, chargé de mission à l’Inspection, le premier prix dans la catégorie « service public ».
et de contrôleurs affectés au sein des états-majors des
régions. Un logiciel dédié est utilisé pour la remontée Cette enquête est la plus large et la plus objective réa-
d’informations notamment statistique (Lime survey). lisée auprès des clients/usagers qui se prononcent sur
la performance des grandes entreprises et administra-
Les contrôles effectués soit sur site soit par téléphone tions en matière de relation client parmi les secteurs
se font au travers de six questionnaires. Le premier est d’activité de référence.
relatif à l’inspection « in situ » de l’unité que ce soit au
niveau de la qualité de l’infrastructure ou de la per-
tinence de l’accueil humain. Le second concerne les
usagers qui, sur volontariat, peuvent exprimer leur avis
sur l’accueil dans l’unité. Le troisième s’adresse aux vic-
times qui sont invitées, elles aussi, à s’exprimer sur la
qualité de la prise en compte de leur plainte et de son
suivi. À noter que depuis deux ans, un nouveau question-
naire spécifique, relatif aux violences conjugales, a été
déployé, afin de prendre en compte cette priorité gou-
vernementale. Il fait l’objet d’un traitement approfondi et
est adressé au cabinet du ministre de l’Intérieur. Enfin,
deux questionnaires sont relatifs à l’accueil téléphonique
dont l’un spécifique aux CORG (centre d’opérations et de
renseignement de la gendarmerie).

19
20
Le
Saviez
vous EXPÉRIMENTATION
un QR code pour évaluer l’accueil des
usagers en Gendarmerie nationale.

Pour évaluer la qualité de leurs services, les


35 brigades du groupement de gendarmerie
départementale du Var ont mis en place
un QR code à l’accueil, à destination des
usagers. En le scannant, ils ont accès à un
questionnaire de satisfaction et peuvent ainsi
évaluer la qualité des services proposés par
la gendarmerie. Objectif : mieux répondre aux
attentes du public.
C’est une première en France. Observé par
la Direction générale de la gendarmerie
nationale, ce dispositif de « sondage qualité
accueil par QR code », facile à mettre à place,
pourrait être étendu.

21
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1.2.3. En 2021, les signalements externes traités par l’IGGN


ont connu une hausse de 7 % par rapport à 2020.

2 344
Au cours de l’année 2021, la plateforme dédiée aux
particuliers se plaignant ou se félicitant de l’action des
gendarmes, hébergée et administrée par l’Inspection
générale de la gendarmerie nationale (IGGN), a recueilli signalements de
2 344 signalements. particuliers en 2021
Cette plateforme, instituée en 2013, est accessible
depuis un formulaire, sur internet. Sur le moteur de
recherche le plus utilisé en France, le lien ci-dessous 496
occupe la première place en termes d’indexation,
sous l’item « se plaindre de l’action des gendarmes » : 987
[Link]/contacts/recla-
mation-iggn 861
Parmi les 2 344 signalements enregistrés, 861, soit
environ 37 %, ne ressortaient pas de la compétence
de l’Inspection générale. Il s’agissait par exemple de Compétences
contestations d’infractions, dont une part conséquente IGGN
liée au Code de la route, de questions relatives à des Hors
sujets pour lesquels l’IGGN ne disposait pas d’éléments compétences
de réponse. En règle générale, les auteurs de ces signa- Compléments,
lements ont reçu un écrit leur indiquant à quel service recours, etc.
s’adresser pour obtenir une réponse ou des éclaircis-
sements.
D’autre part, 496 signalements étaient en relation avec
des précédents et venaient les compléter, les amender
ou constituaient une réaction à la réponse de l’IGGN. S’agissant des signalements entrant dans le champ de
987 signalements, soit 42 % du total, ont été consi- compétences de l’Inspection générale, près d’un quart
dérés comme de « nouveaux signalements », pour les- a fait l’objet d’une demande « d’éléments de réponse »
quels l’IGGN était compétente. Ce volume est en hausse aux échelons territoriaux de commandement de la gen-
de 7 % par rapport à 2020 où 923 avaient été recensés. darmerie (essentiellement le niveau départemental). Une
Cette hausse peut s’expliquer par la publicité donnée fois ces éléments circonstanciés et précis recueillis, le
à la plateforme, au travers des actions d’information chef de l’Inspection générale répond par une lettre per-
menées par l’IGGN dans la presse et sur les réseaux sonnalisée à la personne se plaignant de l’action des
sociaux et par certaines manifestations qui se sont tenues gendarmes, lui exposant son analyse et ses conclusions.
en 2021 (le « Beauvau de la sécurité »). La confiance Cette proportion qui représente 230 correspondances
de la population accordée à l’Inspection générale individuelles a doublé par rapport à 2020. Elle traduit
représente aussi un facteur d’explication. La plateforme de manière tangible la volonté du chef de l’Inspection
constitue en effet une partie du « service client » de générale de s’investir au profit de la population, « d’hu-
la Gendarmerie nationale et les particuliers sont sûrs maniser l’Inspection générale » et d’apporter une réponse
d’obtenir a minima une réponse. Si cette relation de circonstanciée, fruit d’investigations internes, aux sollici-
confiance n’existait pas, ils ne solliciteraient pas l’IGGN. tations estimées les plus sensibles.

22
E N
I M
É C
S P

23
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

Les autres signalements recueillis par la plateforme et ou équivalents de la gendarmerie. Ces derniers sont
qui ne recevront pas de réponse du chef de l’Inspection chargés par l’IGGN de répondre et dans la moitié des
générale lui-même, se répartissent en deux catégories cas, la réponse apportée au dol de la personne, doit être
équivalentes, transmises aux échelons départementaux adressée en copie à l’Inspection générale.

Les motifs d’insatisfaction exposés dans les 987 signalements recueillis en 2021 et pour lesquels
l’IGGN reste compétente, se répartissent comme présenté dans le diagramme à bâton ci-dessous :

TYPOLOGIE DES 987


SIGNALEMENTS 2021
Manquement allégué
lors d’une GAV (garde à vue) 10

Comportement
et/ou propos discriminatoires 15

Refus d’intervention 23

Autre (réseaux sociaux,


Code de la route) 32

Usage disproportionné
ou illégitime de la force 70

Probité et abus (de qualité) 100

Refus de prise de plainte 163

Accueil du public 170


(à l’unité)

Comportement sur la
voie publique, hors usage 175
violence ou force

Critique formulée lors de 229


l’éxécution d’une procédure

S’agissant des manquements déontologiques de sécurité, dont le Défenseur des droits (DDD).
constatés en 2021, ils sont au nombre de 111 au 15 Même si chaque manquement déontologique est
mars 2022, soit 12 % des 903 procédures initiées et unique, du fait des parties en cause et du contexte,
désormais clôturées, à la suite de signalements adres- certains regroupements peuvent être effectués.
sés à l’Inspection générale. Cette proportion est stable Ainsi, un quart des manquements déontologiques
d’année en année et comparable aux résultats d’autres ­observés en 2021 a trait à des refus de prise de
entités agissant dans le domaine du contrôle des forces plainte, soit 28.

24
Enfin et parmi les autres regroupements opérés, on « hors service », à tirer un avantage de l’exercice de leur
constate que profession (R.434-9 du CSI) ;
• 15 concernent un manque de discernement, soit le • 4 mettent en lumière un manque de discrétion pro-
fait de ne pas adopter la meilleure option, face à une
fessionnelle, dont deux sur les réseaux sociaux (R.434-8
situation en lien avec une activité opérationnelle com-
plexe (R.434-10 du Code de la sécurité intérieure – CSI) ; du CSI).
• 13 font état d’un manque d’attention portée aux En 2021, aucun manquement n’a été observé concer-
victimes, dont certaines de violences intrafamiliales et nant les dispositions de l’article R.434-18 du CSI, relatif à
d’accidents corporels de la circulation routière (Article l’emploi de la force, ni celles de l’article R.434-16, relatifs
R.434-20 du – CSI) ; aux contrôles d’identité.
• 4 concernent l’utilisation indue des fichiers de police Les manquements déontologiques ci-dessus ont entraîné
et de traitements automatisés de données (R.434-21 des mesures du commandement, visant à éviter toute
du CSI) ;
réitération, sous la forme de sanctions disciplinaires, de
• 4 ont trait à un manque de probité de la part de gen-
rappels individuels de la règle, d’actions de prévention
darmes, dont un vol d’objet trouvé laissé à l’accueil d’une
brigade et plusieurs cas où des gendarmes ont cherché, suivant la gravité des faits.

1.2.4. 471 contrôles de chambres de sûreté et des conditions


de garde à vue ont été réalisés en 2021 au sein des unités de gendarmerie.

dans le cadre de campagnes annuelles d’évaluation


des conditions de garde à vue, selon différents critères :
propreté et nettoyage des locaux, visas des registres,
rondes nocturnes de surveillance….

471 contrôles ont été réalisés en 2021. À l’aune de la


crise sanitaire COVID, la DGGN a procédé à la mise en
place dans les chambres de sûreté de kits d’hygiène et
de couvertures à usage unique. Les contrôles réalisés
en 2021 ont permis de constater la parfaite application
des récentes directives s’y rapportant.

Les conditions relatives à la mise en œuvre des contrôles


Afin d’améliorer les conditions de surveillance et de et les dispositions prises pour garantir un haut niveau
sécurité des personnes placées en chambre de sûreté d’hygiène dans les lieux de garde-à-vue ont fait l’objet
-CDS- (il existe environ 6 800 CDS dans les unités de d’un échange lors de la venue de la contrôleuse des
gendarmerie), l’IGGN mandate des contrôles inopinés lieux de privation de liberté à l’IGGN (Malakoff).

25
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1 .3. UNE ACTION QUOTIDIENNE SOUS LE SIGNE


DE LA TRANSPARENCE ET DE LA CONFIANCE
1.3.1 - Point de situation des usages des armes, et des décédés et blessés dans le cadre de
l’action de la gendarmerie en 2021.
[Link]. En 2021, 88 cas d’usage des armes ont été constatés.
En 2021, avec 88 cas, le nombre de situations opéra- Sur la moyenne des dix dernières années (78,5), le
tionnelles dans lesquelles il y a eu un usage des armes nombre des cas 2021 se situe dans la fourchette
à feu par les militaires de la gendarmerie affiche une haute.
augmentation de +19% par rapport à 2020.

ÉVOLUTION DES CAS D’USAGE


DES ARMES À FEU DEPUIS 2012
100
90 91
88

79 81
80 75 74
71
67 69
NOMBRE DE FAITS

60

40

20

0
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
ANNÉE

Dans 58% des situations, l’usage des armes à feu constitue une riposte à une agression armée. Dans ce type
d’agression, le mode opératoire le plus fréquent est un véhicule utilisé comme « arme par destination ».

26
32
2020
2021 27

24

18
17

13
12

3
1 1

Agressions Agressions / Agressions Immobilisation Tirs sur Autres*


physique menaces avec VL de VL animaux
avec arme
* La catégorie «Autres» comprend 7 situations de tir de sommation

Dans un contexte de violences élevées sur les forces de l’ordre, l’usage des armes à feu par les gendarmes reste
toutefois contenu, ce qui traduit leur volonté de considérer l’usage des armes comme l’absolue nécessité. Ainsi,
dans 95% des 1 859 cas d’agressions avec arme contre des gendarmes en 2021, les personnels concernés
ne ripostent pas avec une arme à feu.

CARTOGRAPHIE DES USAGES DES ARMES À FEU


PAR DÉPARTEMENT CUMULÉS DE 2017 À 2021
On notera la situation particulière
des départements et collectivités de
l’Outre-mer qui à eux seuls concentrent
19 % des cas d’usage des armes
sur cette période avec une progression
de 27 % de 2020 à 2021 ( 14 contre 10)

27
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

[Link] En 2021, 10 particuliers sont décédés et 20 ont été


blessés dans le cadre de l’action de la gendarmerie
En 2021, 10 personnes sont décédées et 20 ont été S’agissant des 20 blessés, l’emploi de la force armée
blessées (ITT≥ 8 jours) suite à l’action des gendarmes. n’en est la cause que dans 45 % des cas (8 usages
Si le nombre de décédés est légèrement supérieur à d’une arme à feu et un usage de pistolet à impulsion
celui de 2020 (10 contre 8), celui des blessés est multi- électrique).
plié par 2,5 (passant de 8 à 20). Ces 30 faits ont tous donné lieu à des procédures judi-
Dans 7 des 10 décès, la force armée a été employée ciaires : 10 ont été classés sans suite et 20 enquêtes
(contre 4 cas sur 8 en 2020). sont toujours en cours.

2020 2021
Particuliers décédés ayant
8 10
généré une procédure judiciaire

• en intervention 7 9
• au cours d’une mesure
0 1
privative de liberté
- dont survenus en cellule 0 1
- dont survenus au cours 0 0
d’un transport

• au maintien de l’ordre 0 0

• Autres cas1 1 0

2020 2021
Particuliers blessés (ITT>8j)
ayant généré une 8 20
procédure judiciaire
• en intervention 8 20

• Au cours d’une mesure


0 0
privative de liberté2

• au maintien de l’ordre 0 0

1 / Accidents, chutes, mort subite, malaise, évasion...


2 / La mesure privative de liberté intervient lorsqu’un individu mis en cause est placé sous la garde de militaires de la gendarmerie.
(transport d’un individu interpellé, transfèrement, garde à vue ...).

28
2020 2021
Particuliers Particuliers Particuliers Particuliers
décédés blessés (ITT>8 j) décédés blessés (ITT>8 j)

Emploi de la force armée 4 1 7 9


- dont arme à feu 4 1 7 8
- dont pistolet à impulsions 0 0 0 1
électriques (PIE)
- dont lanceur de balle de 0 0 0 0
défense 40 MM
- dont diffuseur lacrymogène 0 0 0 0

Suicide ou automutilation 0 0 0 0

Véhicule de l’Arme 2 4 1 4

Autres cas 3 2 3 2 7

3 / Accidents, chutes, mort subite, malaise, évasion, ...

29
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1/P
 ARTICULIERS DÉCÉDÉS : TOTAL 10 CAS
- 7 à la suite d’un usage des armes,
- 3 dans le cadre d’une intervention ou mesure privative de liberté.
Si, au total, 10 décès sont à déplorer, il convient de distinguer les 7 qui sont issus d’un usage des armes
des 3 autres survenus dans le cadre d’une intervention ou d’une mesure privative de liberté.

A - DÉCÉDÉS SUITE À UN USAGE DES ARMES : 7 CAS

ARME UTILISÉE NOMBRE DE


DATE DES FAITS COMMUNE PAR LE PARTICULIERS FAITS
PARTICULIER DÉCÉDÉS

L’ individu ouvre le feu à plusieurs


reprises avec une arme d'abord sur
Saint-François-
25/01/2021 Arme à feu 1 le chien, puis sur les gendarmes. Le
de-Sales (73)
mis en cause est décédé des suites
de ses blessures.

L’individu tire avec un fusil de


chasse sur les gendarmes qui
16/04/2021 Frouard (54) Arme à feu 1 ripostent et le blessent. La per-
sonne décède des suites de ses
blessures.

La Chapelle-sur- Le forcené tire sur les militaires


28/05/2021 Arme à feu 1
Erdre (44) qui ripostent.

Le mis en cause retranché à son


Saint-Étienne- domicile menace avec son arme
02/06/2021 Arme à feu 1
le-Laus (05) le gendarme qui fait usage de
son arme de service.

Le mis en cause fonce sur le gen-


05/07/2021 Bosey (74) Véhicule 1
darme qui fait usage de son arme.

Le mis en cause agresse les


Guillon-les- Violences sans
24/07/2021 1 gendarmes avec des pierres. Un
Bains (25) arme
gendarme fait usage de son arme.

Le mis en cause heurte le véhi-


cule des gendarmes avec son
13/10/2021 Danjoutin (90) Arme à feu 1 véhicule et les menace avec une
arme de poing. Deux gendarmes
font usage de leur arme.

30
B -DÉCÉDÉS LORS D’UNE INTERVENTION SANS USAGE DES ARMES OU À L’OCCASION D’UNE
MESURE PRIVATIVE DE LIBERTÉ : 3 CAS

NOMBRE DE
DATE DES FAITS COMMUNE PARTICULIERS FAITS
DÉCÉDÉS

La victime simule un malaise et est emmenée au CH où


plusieurs examens lui sont faits. De retour à la brigade,
12/06/2021 Meylan (38) 1 elle décède dans la cellule. Un certificat de compatibilité
avec la mesure de garde à vue avait été rédigé par le
médecin du CH.

Lors d’une intervention, le mis en cause traverse le


10/07/2021 Jardres (86) 1 rond-point en véhicule sans le contourner. Le véhi-
cule percute un mur.

Le-Puy-en-Velay Accident de la route : le véhicule des gendarmes est


25/03/2021 1
(43) percuté sur le flanc arrière gauche par un individu.

31
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

2/P
 ERSONNES BLESSÉES ITT≥ 8 JOURS : TOTAL 20 CAS
- 8 personnes ont été blessées suite à l’usage des armes ;
- 6 durant une intervention ;
- 1 après emploi d’une arme de force intermédiaire ;
- et 5 dans le cadre de la maîtrise sans arme de l’adversaire.

A – BLESSÉS SUITE À L’USAGE DES ARMES : 8 CAS

NOMBRE DE PER-
DATE DES FAITS COMMUNE SONNES BLES- FAITS
SÉES/ JOURS ITT

L’individu entre chez le gendarme et l’agresse. Ce der-


06/04/2021 Grandvilliers (60) 1/21
nier fait usage de son arme à 1 reprise.

L’individu tire 2 fois en direction des gendarmes. Un


27/03/2021 Lanobre (15) 1/45
gendarme fait usage de son arme.

Condat-sur- Le forcené tire sur la colonne d’assaut et un des


31/05/2021 1/30
Vézère (24) gendarmes riposte avec son fusil à pompe.

L’individu force à plusieurs reprises le point de


31/05/2021 Méru (60) 1/10 contrôle en percutant des véhicules de gendarme-
rie. Un des gendarmes fait usage de son arme.

L’individu se jette sur le gendarme avec une arme


25/10/2021 Léognan (33) 1/45 blanche. Le gendarme riposte avec son arme de
service.

Sur fond de violences intrafamiliales, l’auteur, défa-


vorablement connu, descend dans la rue avec un
14/12/2021 Chauny (02) 1/10 couteau de cuisine et son chien (american staff). Les
militaires sont contraints de faire feu sur l’intéressé
et sur le chien pour les maîtriser.

La personne sort une arme de poing et la pointe sur


les militaires. Malgré les injonctions, elle continue
18/12/2021 Montchanin (71) 1/21
et s’approche. L’un des militaires fait feu à une
reprise puis porte secours.

Le mis en cause, en crise de démence, menace


Uvihnac-le-Haut de mort les gendarmes et se dirige vers eux armé
24/12/2021 1/60
(12) d’une hachette en criant « je vais te tuer ». L’un des
militaires fait feu puis lui porte secours.

32
B -BLESSÉS LORS D’UNE INTERVENTION SANS USAGE DES ARMES OU LORS D’UNE MESURE
PRIVATIVE DE LIBERTÉ : 6 CAS

NOMBRE DE PER-
DATE DES FAITS COMMUNE SONNES BLES- FAITS
SÉES/ JOURS ITT

Lors d’une opération judiciaire les militaires se trompent


04/05/2021 Vincey (88) 1/21 de logement et interpellent un homme. Il est mis au sol
et il est blessé.

À l’occasion d’une patrouille, le conducteur sta-


tionne le véhicule de service sur le bord de la
Rémire-Montjoly
25/05/2021 1/60 chaussée pour procéder au contrôle d’un contreve-
(973)
nant. Le véhicule de dotation est percuté à l’arrière
par un scooter dont la conductrice se blesse.

Afin d’interpeller un contrevenant, la patrouille


remonte une file de véhicules en utilisant ses
avertisseurs sonores et lumineux. Le véhicule de
26/05/2021 Crest (26) 1/30
dotation est percuté par une voiture qui tourne à
gauche sans avoir vérifié que la voie était libre. La
conductrice est blessée.

Deux militaires reconnaissent l’auteur d’un vol qui


04/07/2021 Cosne/Loire (58) 1/8 s’échappe en trottinette puis chute lourdement.
Confrontés à une forte résistance, ils font usage du PIE.

Le véhicule d’intervention est engagé sur un acci-


dent corporel de circulation routière au sommet du
Mont-Ventoux. Lors du trajet montant, dans une
courbe à gauche, le conducteur aperçoit un cycliste
18/07/2021 Bédoin (84) 1/9
descendant à grande vitesse qui arrive en face de
lui en dehors de sa voie de circulation. Il serre au
maximum à droite mais ne peut éviter le choc avec
le cycliste qui s’était déjà couché au sol.

La patrouille se rend sur une intervention en action-


nant le gyrophare et le deux tons. le conducteur voit
26/07/2021 Prondines (62 1/15
au dernier moment un véhicule à sa droite qui fran-
chit le cédez-le-passage et provoque l’accident..

33
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

C – BLESSÉS SUITE À L’ EMPLOI D’UNE ARME DE FORCE INTERMÉDIAIRE : 1 CAS

NOMBRE DE PER-
DATE DES FAITS COMMUNE SONNES BLES- FAITS
SÉES/ JOURS ITT

La patrouille intervient sur une personne ivre sur la


voie publique. L’individu essaye de frapper les mili-
23/07/2021 Venterol (26) 1/60 taires à coups de poings puis se trouve au milieu
de la route départementale . Après usage du PIE, il
chute et se blesse.

D – BLESSÉS SUITE À UNE MAÎTRISE SANS ARME DE L’ADVERSAIRE : 5 CAS

NOMBRE DE PER-
DATE DES FAITS COMMUNE SONNES BLES- FAITS
SÉES/ JOURS ITT

Le mineur est interpellé pour des faits d’outrage et de


rébellion, puis placé en garde à vue par 4 militaires. Il
18/01/2021 Maule (78) 1/8 dépose plainte pour des faits de violences par personne
dépositaire de l’autorité publique (PDAP) et faux dans
une écriture publique.

Le mis en cause, impliqué dans un accident de la


circulation, refuse d’être soumis à la prise de sang.
Assais-les-Ju- Il est informé de son placement en garde à vue. Il
22/10/2021 1/90
meaux (79) indique alors ressentir une forte douleur dans la
jambe droite. Une radio confirme une double frac-
ture du tibia et du péroné.

Sur fond d’alcool, le mis en cause profère des


insultes et menaces de mort Face à son attitude
Pont-de-l’Isère
24/11/2021 1/21 agressive, les gendarmes sont obligés de le repous-
(26)
ser physiquement à la main puis au pied. L’individu
finit par chuter au sol. Il se relève seul.

La patrouille intervient sur un tapage nocturne et


La Ferté-Ber-
09/12/2021 1/15 interpelle la mise en cause, fortement alcoolisée.
nard (72)
Elle se blesse lors de l’interpellation et porte plainte.

Le mis en cause, impliqué dans un accident de la


Saint-Claude
30/12/2021 1/30 circulation, se blesse lors de l’interpellation et porte
(39)
plainte.

34
A Point sur les AFI
Les forces de sécurité sont souvent confrontées, au cours de leurs interventions, à la
Noter nécessité de maîtriser un ou plusieurs individus dangereux ou de réagir à une prise à partie
par des groupes armés ou violents sans que la situation n’exige pour autant le recours aux
armes à feu létales en dotation.
Afin d’améliorer leur capacité opérationnelle et de leur permettre de faire face à ces situations dégradées,
pour lesquelles la coercition physique est insuffisante ou impossible, les unités de la gendarmerie nationale
et les services de la police nationale sont dotés d’armes de force intermédiaire (AFI).
Ces armes permettent, dans le respect des lois et des règlements, une réponse graduée et proportionnée à
une situation de danger lorsque l’emploi légitime de la force s’avère nécessaire.
Il s’agit du pistolet à impulsions électriques (PIE), des lanceurs de balles de défense (LBD) de calibre 40 et
44 mm, de la grenade à main de désencerclement (GMD), des lanceurs de grenade, de la grenade assour-
dissante et lacrymogène (GM2L), du bâton de protection télescopique (BPT) et du conteneur lacrymogène.

FOCUS
4 160
En 2021, les gendarmes ont subi 4 160 agressions physiques. Aucune n’a
heureusement eu d’issue fatale, mais 1 883 gendarmes ont été blessés.
Sur les 10 dernières années, les agressions perpétrées contre des
gendarmes ont progressé de 110%, les agressions avec arme de 323%
et le nombre de gendarmes blessés de 40% (Voir ANNEXE ).

1.3.2. Un lien fort avec les magistrats : la question de la spécificité du gendarme dans la
répartition des compétences des juridictions spécialisées.
M. Éric SERFASS de l’ordre, qui relèvent des juridictions militaires et les
Procureur adjoint près infractions de droit commun concernant les gendarmes
le tribunal judiciaire dans l’exercice des fonctions ; la section AC2, spécialisée
de Paris (5e division)
notamment dans la protection des libertés publiques, est
compétente lorsque le gendarme se trouve dans l’exer-
cice de ses fonctions de police judiciaire.
La plus-value des procédures judiciaires réalisées par
Le parquet de Paris saisit en principe le bureau des l’IGGN tient à l’expertise de ses enquêteurs, qui sont
enquêtes judiciaires de l’Inspection générale de la gen- dotés d’une solide expérience du métier, comme d’une
darmerie nationale pour tout fait de nature délictuelle ou maîtrise des doctrines d’emploi et des règles déontolo-
criminelle mettant un cause un militaire de la gendarme- giques s’imposant à tout militaire de la gendarmerie. Pour
rie dans l’exercice de ses fonctions. De façon générale, le magistrat du parquet, il importe que les investigations
la saisine de l’IGGN résulte des plaintes et signalements reposent sur une parfaite connaissance de l’institution et
portés à la connaissance du parquet de Paris, mais des de ses pratiques. L’IGGN travaille également avec cette
enquêtes peuvent être initiées sur la base d’informa- double culture de l’administratif et du judiciaire, ce qui
tions ou de vidéos diffusées dans les médias et réseaux présente un avantage réel lorsque des faits révélés admi-
sociaux. nistrativement peuvent avoir une traduction judiciaire et
La section AC3 du parquet de Paris, spécialisée dans les inversement. Les enquêtes ont tendance à gagner en
affaires militaires et atteintes aux intérêts fondamentaux complexité et sensibilité du fait d’une part de leur forte
de la Nation, est compétente pour les affaires de maintien exposition médiatique, d’autre part de la pluralité d’au-

35
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

teurs identifiés et effectivement poursuivis (notamment procédure pénale). De même, les infractions purement
pour l’usage de la force, contesté dans le cadre d’opéra- militaires imputables aux gendarmes relèvent des juri-
tions de maintien de l’ordre). Le travail de l’IGGN doit être dictions spécialisées (ex : désertion, perte d’une arme de
perçu comme un signal fort de la confiance que la société service, outrage à supérieur, violation de consigne, etc.).
civile peut avoir dans le fonctionnement de la gendarme- Concernant les gendarmes qui commettent des infrac-
rie. Il est ainsi démontré qu’en cas d’infraction avérée, tions de droit commun « en service », mais hors du
gendarmerie et justice se donnent les moyens de sanc- maintien de l’ordre (ex : harcèlement moral), la ques-
tionner les atteintes aux règles et valeurs sociales que tion reste débattue et soumise à l’appréciation du cas
tout militaire est tenu d’incarner. La saisine de l’IGGN per- d’espèce. À l’occasion du renvoi d’un gendarme devant
met donc de légitimer particulièrement le sérieux d’une les juridictions de droit commun pour blessures involon-
procédure, qu’elle aboutisse à des poursuites décidées taires provoquées lors d’un trajet entre deux casernes
par l’autorité judiciaire ou qu’elle ait apporté les éléments de gendarmerie, la chambre criminelle de la Cour de
qui ne les justifient pas. cassation dans un arrêt du 20 mars 1963, a précisé
En outre, sur les compétences judiciaires spécifiques en que « les tribunaux de droit commun cessent d’être
matière militaire, il est utile de préciser que les juridic- compétents à l’égard des officiers de gendarmerie,
tions spécialisées en matière militaire ne sont pas com- des sous-officiers de gendarmerie et des gendarmes,
pétentes pour les infractions de droit commun commises lorsque l’infraction n’a pas été commise dans l’exercice
par les militaires de la gendarmerie dans l’exercice de de leurs fonctions relatives à la police judiciaire et à la
leurs fonctions relatives à la police judiciaire ou à la police constatation des contraventions en matière adminis-
administrative. À l’inverse, les juridictions militaires sont trative [...] et que continuent à être jugées par les juri-
compétentes pour les infractions commises dans le ser- dictions militaires, pour les infractions de toute nature
vice du maintien de l’ordre (art. 697-1, al. 3, du Code de commises dans le service ».

TABLEAU DE SYNTHÈSE SUR LA RÉPARTITION DES COMPÉTENCES


DES JURIDICTIONS CONCERNANT LES MILITAIRES DE LA GENDARMERIE :

Compétence explicite des Compétence implicite des Compétence explicite des


juridictions de droit commun juridictions spécialisées en juridictions spécialisées en
matière militaire matière militaire

• Comme pour tous militaires, • Comme pour tout militaire, • Comme pour tous militaires,
crimes et délits commis en infractions commises dans le infractions prévues par le Code
dehors de « l’exercice du ser- cadre de « l’exercice du service », de justice militaire ;
vice » ; y compris à l’entraînement ; • Spécifiquement, infractions
• Spécifiquement, infractions de • Dont atteintes à la probité, commises dans le service du
droit commun commises dans harcèlement moral ou sexuel, maintien de l’ordre.
l’exercice de leurs fonctions autres violences commises
relatives à la police judiciaire ou dans le cadre du service, faux et
à la police administrative. usage dans le fonctionnement
du service, etc.

36
A
Savoir
Le Code de justice militaire contient
les infractions applicables aux militaires.
Parmi celles-ci figurent :
• l’insoumission,
• la désertion,
• la mutilation volontaire,
• la capitulation,le complot militaire,
• les pillages,les destructions,
• les faux, falsifications et détournements,
• l’usurpation d’uniformes, de décorations ou de
signes distinctifs et emblèmes,
• l’outrage au drapeau et à l’armée, l’incitation à
commettre des actes contraires au devoir et à la
discipline,
• l’insubordination, la révolte, la rébellion,
• infraction contre la discipline, le refus d’obéis-
sance, les voies de fait et outrages envers les
supérieurs,
• les violences et insultes à sentinelle,
• le refus d’un service dû légalement,
• l’abus d’autorité,
• l’abus du droit de réquisition,
• les infractions aux consignes.

37
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1.3.3. Une consolidation des échanges et de la collaboration avec le Défenseur des droits

« L’IGGN en
visite au DDD :
le général Pidoux,
chef de l’IGGN et
madame Claire
Hédon, Défenseur
des droits »

LES SAISINES DU DÉFENSEUR DES DROITS


Parmi ses missions, le Une majorité de ces saisines, soit 60 %, avait pour
Défenseur des droits cadre les interventions des gendarmes : allégations
« veille au respect de la de verbalisations abusives pour non-respect du
déontologie par les per- couvre-feu lors des périodes de confinement, usage
sonnes exerçant des activités de sécurité ». Son rôle de supposé disproportionné de la force, opérations de
contrôleur externe des forces de sécurité intérieure contrôles d’identité estimées discriminatoires ou illé-
est consacré dans la partie « Contrôle de l’action de la gales. Les refus de prise de plainte ainsi que refus
police et de la gendarmerie » du Code de déontologie de d’intervention figurent également parmi les motifs les
la Police nationale et de la Gendarmerie nationale : cette plus souvent avancés par les personnes se tournant
autorité y est la première citée, devant le contrôle hiérar- vers les services de la DDD. Après une phase d’éva-
chique, celui des inspections générales et celui des pairs. luation initiale, l’IGGN sollicite les échelons dépar-
Le Défenseur des droits a adressé à la Gendarmerie natio- tementaux de la Gendarmerie nationale, analyse les
nale 24 nouvelles saisines en 2021 dans le domaine de réponses reçues, parfois demande des compléments,
la déontologie de la sécurité, contre 14 en 2020. puis transmet au DDD.

LES DÉCISIONS RENDUES PAR LE DÉFENSEUR DES DROITS EN 2021


Le Défenseur des droits a par ailleurs rendu trois déci- teur dans le cadre d’une procédure judiciaire.
sions concernant la Gendarmerie nationale. Le Défenseur des droits a enfin rendu une décision rela-
La première fait suite à des allégations de non respect tive au déroulement de la garde à vue d’une personne
de la procédure et de manque d’impartialité au cours soupçonnée d’être l’auteur d’un homicide volontaire sur
d’une intervention dans le cadre d’un accident de la ascendant, qui s’est déroulée en 2015. Il a considéré, au
circulation routière. Sur le fondement des éléments lui regard des procès-verbaux d’audition et d’une partie des
ayant été transmis par la gendarmerie, le Défenseur enregistrements vidéo auxquels il avait eu accès, que des
des droits a décidé de clôturer le dossier. De même, insultes et des propos menaçants avaient été prononcés
cette autorité a clôturé un dossier relatif à des alléga- par les gendarmes enquêteurs lors de la garde à vue. Il
tions de manque d’impartialité de la part d’un enquê- a également estimé que « le fait que les propos tenus

38
n’aient pas été intégralement retranscrits et que le mis en 29 et R. 434-11 du Code de la sécurité intérieure (CSI), de
cause soit resté menotté durant l’intégralité de ses audi- loyauté (article R. 434-5 du CSI) et de protection et res-
tions alors qu’il était calme », est constitutif de man- pect des personnes privées de liberté (article R. 434-17
quements de la part des militaires à leurs obligations du CSI). Il a demandé par conséquent l’engagement de
déontologiques de courtoisie, de neutralité, d’exempla- poursuites disciplinaires à leur encontre. Ce dossier est
rité et de respect définis par les articles R. 434-14 R. 434- toujours en cours de traitement.

Une délégation
du Défenseur des
droits en immersion
chez les gendarmes
aquitains.

A
Noter
Pour plus d’information
[Link]/l-info-en-continu/une-dele-
gation-du-defenseur-des-droits-en-immer-
sion-chez-les-gendarmes-aquitains

1.3.4. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté


Le Contrôleur général des lieux Le CGLPL a saisi à 4 reprises le ministre de l’Intérieur
de privation de liberté (CGLPL) est au cours de l’année 2021 à l’issue des visites d’uni-
une autorité administrative indé- tés de gendarmerie. Il a ainsi transmis une synthèse
pendante dont la mission est de annuelle relative à 8 unités de gendarmerie inspectées
veiller au respect de la dignité des droits fondamen- durant le premier semestre 2020, ainsi que 3 rapports
taux des personnes privées de liberté. À ce titre, ses portant chacun sur une visite de brigade territoriale.
agents peuvent visiter à tout moment, sur l’ensemble De bonnes pratiques ont été relevées sur les condi-
du territoire français, tout lieu où des personnes sont tions matérielles et logistiques « globalement respec-
privées de liberté, notamment les locaux de garde à tueuses des personnes interpellées », les réserves les
vue des services de police et de gendarmerie, afin de plus fréquemment émises concernent les infrastruc-
s’assurer que les droits fondamentaux inhérents à la tures immobilières, notamment pour les brigades dont
dignité humaine sont respectés et qu’un juste équi- la construction est antérieure à 2004. Ces dernières ne
libre entre le respect des droits des personnes privées disposent pas de salles dédiées aux auditions, visites
de liberté et les considérations d’ordre public et de médicales, anthropométrie, entretien avec l’avocat, ou
sécurité est établi. d’un système d’appel ou de vidéosurveillance dans

39
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

les chambres de sûreté. Certaines observations sur les nécessité et de proportionnalité, en remplaçant l’obliga-
conditions matérielles d’hébergement ont également tion de résultat qui se traduit par des poursuites disci-
été formulées, généralement relatives à l’absence de plinaires systématiques en réaction à chaque incident,
chauffage dans les cellules de garde à vue. par une obligation de moyens, dont la conséquence
Pour le CGLPL, deux difficultés principales persistent serait l’engagement de poursuites disciplinaires
dont, en premier lieu, la surveillance de nuit des per- uniquement en cas de faute caractérisée, et non
sonnes gardées à vue. Cette autorité, qui ne méconnaît lorsqu’un militaire a accepté un risque raisonnable dans
pas les termes de l’encadrement juridique existant en le but de respecter les droits de la personne privée de
gendarmerie prescrivant un minimum de deux rondes liberté sous sa garde.
par nuit, reste en effet fermement attachée au principe
selon lequel les personnes gardées à vue ne soient pla- Le CGLPL s’est également saisi de la question de la
cées la nuit que dans des cellules qui bénéficient d’un prise en charge des personnes transgenres dans
mécanisme de surveillance directe et permanente. En les lieux de privation de liberté dans le cadre de la
second lieu, cette autorité souligne que le respect des rédaction d’un avis4 et a demandé au ministre de l’In-
mesures de sécurité strictes pour les personnes gar- térieur des informations sur les pratiques mises en
dées à vue est systématique, principalement en raison œuvre en gendarmerie ainsi que les modalités de for-
d’un principe de précaution visant aussi à prévenir une mation aux problématiques LGBTQI+.
éventuelle mise en cause des militaires en cas d’in- La gendarmerie a publié le 17 mai 2021, une note interne
cident. Elle appelle par conséquent de ses vœux une spécifique à l’accueil, la prise en charge et l’accompa-
adaptation des politiques disciplinaires aux principes de gnement global et adapté des personnes transgenres5.

RENCONTRE AVEC LA CONTRÔLEURE GÉNÉRALE DES LIEUX DE PRIVATION DE LIBERTÉ


tive indépendante et de rappeler les contraintes
de la Gendarmerie nationale, inhérentes à la dis-
sémination des unités au plus près de la popu-
lation, sur l’ensemble du territoire national, en
métropole comme outre-mer.
Parmi les sujets abordés, celui de la surveillance
nocturne des personnes placées en chambre de
sûreté, les modalités de prise en charge des per-
sonnes victimes d’infractions pénales commises
en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité
de genre, mais également les conséquences de
l’épidémie de la COVID-19 sur les modalités de
Le 16 septembre 2021, madame Dominique garde à vue.
Simonnot, Contrôleure générale des lieux de pri-
vation de liberté, accompagnée de son secrétaire Cette rencontre manifeste la volonté de l’IGGN de
général et de l’un de ses contrôleurs, a été la s’ouvrir, de renforcer les liens avec les autorités
administratives indépendantes et de partager, en
première représentante de cette autorité à se
toute transparence, sur ses missions, ses pré-
rendre à l’IGGN, afin de rencontrer le général rogatives et ses résultats. Elle a ainsi marqué le
Alain Pidoux. début d’une collaboration plus étroite entre le
La réunion organisée a été l’occasion d’échanger CGLPL et l’IGGN, dans la droite ligne des conclu-
concrètement sur les problématiques soulevées sions de la table ronde du Beauvau de la sécurité
par les contrôleurs de cette autorité administra- sur le contrôle interne.

4 / Lien internet : [Link]


5 / Note-express n°17500 GEND/DOE/SDSPSR/BSP du 17 mai 2021 relative à la prise en charge des personnes victimes d’infractions
pénales commises en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre

40
1.3.5. Les suites données à l’évaluation du GRECO en matière de prévention de la corruption

LE GRECO, VIGIE ANTICORRUPTION AU SEIN DU CONSEIL DE L’EUROPE

Le Groupe d’États contre la pour faire respecter les normes établies par le Conseil
Corruption (GRECO) est une de l’Europe en matière de corruption. Il associe, d’une
émanation du Conseil de part l’expertise de professionnels chargés de l’éva-
l’Europe instituée en 1999. luation, d’autre part la présence de représentants
Regroupant 50 membres, des États qui siègent lors des réunions plénières. Le
il lutte contre les phéno- GRECO procède à des cycles d’évaluation ciblant une
mènes de corruption, donc des infractions pénales thématique sur tout ou partie des pays-membres.
qui minent la confiance de la population dans les ins-
titutions de leur pays. À la suite de ces évaluations, une procédure de suivi
Pour poursuivre ses objectifs, le GRECO utilise un dite de conformité est établie. Avec elle, le GRECO
processus composé d’évaluations et de « pressions contrôle la mise en œuvre des recommandations
mutuelles par les États », selon les termes consacrés, faites à un pays dans ce rapport d’évaluation.

LE LANCEMENT D’UN CYCLE D’ÉVALUATION CONCERNANT


LES RESPONSABLES DE L’EXÉCUTIF ET LES FORCES DE L’ORDRE.

Le GRECO a lancé Justice, mais également la Cour des comptes, la Haute


le 20 mars 2017 autorité de la transparence de la vie publique (HATVP)
un cinquième cycle et l’Agence française anticorruption (AFA).
d’évaluation, portant Parmi les 18 recommandations émises dans ce rap-
sur « la prévention port d’évaluation, 12 concernaient les « hautes fonc-
de la corruption tions de l’exécutif » et 6 les forces de l’ordre, dont 5 la
et la promotion de Gendarmerie et la Police nationales.
l’intégrité au sein des gouvernements centraux Pour ces dernières, il s’agissait :
et des services répressifs ». Après une première - de l’adoption d’une stratégie globale et ministé-
phase d’évaluation, à laquelle l’Inspection générale de rielle dédiée à la prévention des risques de corruption
la gendarmerie nationale a participé, au même titre au sein des forces de l’ordre ;
que son homologue de la Police nationale, le GRECO - de l’enrichissement du Code de déontologie de
a émis en direction de la France, le 09 janvier 2020, la Police nationale et de la Gendarmerie nationale en
plusieurs recommandations en matière de prévention matière d’illustrations concernant la probité ;
de la corruption et promotion de l’intégrité dans les - de la mise en place de procédures confidentielles
services répressifs6. en matière de consultation des référents déontolo-
L’Inspection générale de la gendarmerie nationale gues, assurées par la loi ;
(IGGN) a participé à ces différents travaux conduits - de la mise en œuvre de contrôles réguliers visant à
sous l’égide du ministère de l’Europe et des Affaires assurer l’intégrité des membres des forces de sécurité ;
étrangères, avec d’autres services du ministère de l’In- - de la rénovation et de la simplification du régime des
térieur, les services de la présidence de la République, lanceurs d’alerte, ainsi que la formation des forces
du Premier ministre, les ministères des Finances, de la de l’ordre sur ce thème soit assurée.

6 / Lien internet : [Link]

41
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

UN RAPPORT DE CONFORMITÉ QUI SOULIGNE LES PROGRÈS ACCOMPLIS ET LES


RÉFLEXIONS EN COURS
dants déontologues. Trois recommandations ont été
mises en œuvre partiellement et deux ne l’ont pas été.
La pertinence des travaux et réflexions en cours sur
l’établissement d’une cartographie du risque déon-
tologique en Gendarmerie nationale au sein de
l’IGGN et corrélativement la mise en œuvre d’un plan
d’action, ont été saluées, tout comme l’organisation
annuelle d’un séminaire dédié aux cinquante cor-
respondants déontologues présents sur l’ensemble
du territoire, au plus près des unités de gendarmerie.
Le 1er juillet 2021, le ministère de l’Europe et des Un nouveau dialogue est désormais à l’œuvre entre la
Affaires étrangères a transmis au GRECO les obser- France et le GRECO. Celui-ci publiera un nouveau rapport
vations de la France sur l’ensemble des recomman- de conformité avant le 30 juin 2023, afin de prendre en
dations émises. compte les nouvelles évolutions apportées par la France
Après un temps nécessaire à l’analyse de ces élé- aux recommandations émises et non encore satisfaites.
ments, le GRECO a publié le 07 janvier 2022 un rap- L’action d’instances telles que le GRECO participe
port de conformité 7. au contrôle externe qui s’exerce sur les forces de
S’agissant des six recommandations qui concernaient sécurité intérieure en général et la Gendarmerie natio-
directement la Gendarmerie et/ou la Police nationales, nale en particulier. Elle contribue au renforcement du
le GRECO considère qu’une a été mise en œuvre. Il lien de confiance qui existe entre les militaires de la
s’agit du respect de la confidentialité de la procé- gendarmerie et la population, pour que nous puissions
dure de consultation des référents et correspon- demain, encore davantage #Repondrepresent !

FOCUS
3
Le risque de corruption est faible en gendarmerie. Au cours des 5 der-
nières années, 3 dossiers disciplinaires concernant 5 militaires (3 en
2020) ont été instruits. Au delà de la sanction, chaque situation a donné
lieu à une information au procureur de la République conformément à
l’article 40 du CPP. Cette situation peut être mise en lien avec le contrôle
hiérarchique et l’autocontrôle collectif qu’induit la vie en caserne.

7 / Lien internet : [Link]

42
1.3.6. Le réseau EPAC/EACN : l’IGGN force de proposition à l’international

L’IGGN est membre de la corruption et la promotion de l’intégrité8, a


depuis 2010 des par- été publié en décembre 2021. L’existence du réseau
tenaires européens national des correspondants déontologues de la
(EPAC - European Gendarmerie nationale, constitué de cinquante
Partners Against Corruption) et du réseau européen personnes et destiné à mener des actions préven-
(EACN - European Network Against Corruption) contre tives, ainsi que la réalisation d’une cartographie
la corruption. des risques déontologiques, encore à l’étude en
Créé en 2001 par l’Union européenne, ce réseau 2021, y sont présentés parmi les « bonnes pra-
constitue une plateforme de coopération et d’échange tiques ».
de bonnes pratiques regroupant actuellement une L’IGGN a également participé les 1er et 2 décembre 2021,
centaine d’organisations, autorités de lutte anti-cor- à la 20e conférence et assemblée générale annuelle de
ruption et services d’inspection des forces de sécurité l’EAPC / EACN, à Vilnius (Lituanie), à l’invitation du Ser-
intérieure, provenant de 38 pays du Conseil de l’Eu- vice des enquêtes spéciales de Lituanie, autorité indé-
rope, ainsi que des organismes européens œuvrant pendante de lutte anticorruption de ce pays.
dans ces domaines, avec le statut de membres ou Organisés autour du postulat que « la corruption reste
d’observateurs (OLAF - European Anti-Fraud Office), l’une des menaces à la sécurité nationale et qu’une
Europol, Eurojust, (IACA - International Anti-Corruption lutte efficace contre elle nécessite une réponse sys-
Academy), Groupe des États contre la corruption du témique », les débats ont porté sur l’efficacité des
Conseil de l’Europe (GRECO)). dispositifs mis en œuvre. Les présentations de la
La présence de l’IGGN dans ce forum permet, outre Commission européenne, du Parquet européen, de
l’échange d’informations et de ressources, de parti- l’Organisation de coopération et de développement
ciper à l’élaboration de stratégies et de normes pro- économiques (OCDE) et de différents organismes
fessionnelles communes et favorise l’émergence nationaux ont suscité de nombreux échanges autour
de procédures et d’instruments juridiques dans le de bonnes pratiques identifiées.
domaine de la lutte contre la corruption. En conclusion des débats, l’assemblée générale
Après un ralentissement des échanges en 2020, dû à a adopté la « Déclaration de Vilnius », qui propose
la crise sanitaire, les travaux de l’IGGN dans le cadre diverses actions destinées à renforcer la lutte contre
de l’EPAC ont repris en 2021, avec pour axe principal la corruption, la protection des lanceurs d’alerte, la
le partage de bonnes pratiques et l’établissement de prévention des conflits d’intérêts, le contrôle des
standards dans le domaine de la lutte anti-corrup- forces de sécurité intérieure, et invite les organismes
tion, au sein d’un groupe thématique dédié. Résultat de et États membres du réseau à renforcer la coopération
ces travaux, un manuel de l’EPAC sur la prévention et l’échange de bonnes pratiques dans ces domaines.

20ème
conférence
et assemblée
générale
annuelle de
l’EAPC / EACN,
à Vilnius
(Lituanie)

8 / [Link]

43
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1.4 L’IGGN EST PRÉSENTE AU SEIN DE LA COMMISSION DE DÉONTOLOGIE DES MILITAIRES (CDM)

L’interdiction s’étend à toute participation par travail,


conseil ou capitaux dans une entreprise privée qui pos-
sède au moins 30 % de capital commun ou a conclu un
contrat comportant une exclusivité de droit ou de fait
avec l’une des entreprises mentionnées au premier ali-
néa du présent article.
Pour l’application des deux premiers alinéas du pré-
sent article, est assimilée à une entreprise privée toute
entreprise publique exerçant son activité dans un sec-
teur concurrentiel et conformément aux règles du droit
privé.
La commission de déontologie des militaires veille au
respect du présent article. »
Telle est la disposition prévue par la loi, qui détermine
De manière indirecte, cette commission veille au l’objet de l’article L4122-5 du Code de la défense.
respect de la déontologie par les militaires en lien
avec le monde de l’entreprise.
Depuis 1996, une commission est installée auprès Le
du ministre en charge des Armées pour examiner les Saviez
projets de reconversion des militaires dans le sec- vous
teur privé au regard des liens qu’ils ont pu entretenir
avec des entreprises dans leurs fonctions antérieures. L’article 432-13 du Code pénal fixe la
L’intention affichée est de sécuriser juridiquement leur sanction pour non-respect de l’interdiction
départ en les soustrayant, dans le cadre de leurs fonc- de participation dans une entreprise
privée dans les conditions indiquées, à 3
tions, au risque de prise illégale d’intérêts de manière
ans d’emprisonnement et 200 000 euros
préventive et dissuasive. d’amende.
La loi no 2016-483 du 20 avril 2016 relative à la déon-
tologie et aux droits et obligations des fonctionnaires a
donné un statut législatif à cette commission.
Ainsi, « les militaires ne peuvent prendre ou détenir par Ainsi, pendant 3 ans à compter de la cessation de ses
eux-mêmes ou par personne interposée, sous quelque fonctions, le militaire ne peut pas être embauché par
forme que ce soit, lorsqu’ils sont en activité et pendant une entreprise avec laquelle il a entretenu des rela-
le délai fixé à l’article 432-13 du Code pénal à comp- tions du fait de ses responsabilités antérieures.
ter de la cessation de leurs fonctions, des intérêts de
nature à compromettre leur indépendance dans les Le décret du 20 avril 2020, dont le contenu est égale-
entreprises privées à l’égard desquelles ils ont été ment inséré dans le Code de la défense (R 4122-14 à
chargés, dans le cadre de leurs fonctions, soit d’assurer R 4122-24) a actualisé la liste des militaires soumis à
une surveillance ou un contrôle, soit de conclure des l’obligation d’informer leur ministère de rattachement
contrats de toute nature avec ces entreprises ou de (armées, intérieur ou écologie) préalablement à l’exer-
formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer cice de leur activité privée lucrative et ce, dans les trois
directement à l’autorité compétente des décisions rela- ans qui suivent la cessation de leurs fonctions.
tives à des opérations réalisées par ces entreprises ou Il modifie également la composition et le fonctionne-
de formuler un avis sur de telles décisions. ment de la commission.

44
COMPOSITION DE LA COMMISSION DE DÉONTOLOGIE DES MILITAIRES
La CDM comprend :
• 1 conseiller d’État, président
• 1 conseiller maître de la Cour des comptes
• 1 personnalité qualifiée
• 1 membre du contrôle général des armées
• 4 officiers généraux
• 1 officier général de gendarmerie, en cas d’examen de la situation d’un gendarme
• 1 officier général d’un corps relevant du ministre chargé de la mer, en cas d’examen de la
situation d’un militaire appartenant à un corps relevant du ministre chargé de la mer
• Le directeur des ressources humaines du ministère des Armées, le directeur du personnel
militaire, en cas d’examen de la situation d’un gendarme et le directeur du service gestion-
naire compétent d’un militaire appartenant à un corps relevant du ministre chargé de la mer
Ces membres peuvent être remplacés par leur suppléant désigné.

Enfin, le décret précise les règles de la procédure compatibilité avec ou sans réserves, incompatibilité,
applicable devant la commission. incompatibilité en l’état si la commission ne dispose
Au vu du dossier rempli par le militaire et des attesta- pas des éléments suffisants pour formuler son avis
tions fournies par les autorités hiérarchiques, le ser- ou décision constatant que la demande du militaire
vice gestionnaire transmet la déclaration à la CDM ne relève pas de son champ de compétence.
qui émet un avis sur la compatibilité des activités En 2021, 270 dossiers ont été déposés. 46 l’ont été
envisagées avec ses fonctions antérieures. par des militaires de la gendarmerie, soit 17 %. 24
La commission peut demander à auditionner le mili- étaient officiers et 22 sous-officiers.
taire. Pour l’essentiel, l’intention est d’éclairer les Les perturbations liées aux crises successives ne
militaires en voie de reconversion sur les règles juri- permettent pas d’analyser l’évolution du nombre des
diques qui régissent leur situation et conditionnent dossiers. Pour autant le flux actuel a rejoint le niveau
leur projet. de 2019, semblant témoigner de la prise en compte
Au vu de l’avis rendu par la commission, l’autorité des obligations juridiques liées à la reconversion par
ministérielle (ou la DRH-MD par délégation) prend les différents acteurs concernés, intéressés, gestion-
une décision qui peut revêtir différentes formes : naires et autorités d’emploi.

45
1. NOTRE AMBITION: CONSOLIDER LE LIEN DE CONFIANCE ET LA TRANSPARENCE

1.5 LES AUTRES INSTANCES INTERNATIONALES PARTENAIRES DE L’IGGN

1.5.1. L’évaluation de l’acquis Schengen


Les accords de Schengen, mesures d’accompagnement dans les domaines de
signés entre 1985 et 1990, la politique des visas, du système d’information Schen-
ont pour objet la suppression gen, de la protection des données, de la coopération
des contrôles de personnes policière et de la coopération judiciaire en matière
au sein de l’espace repré- pénale, en s’assurant du respect des droits fonda-
senté par les États signataires, ainsi que le renforce- mentaux dans toutes les procédures.
ment de la coopération policière, douanière et judiciaire, Suite à une première phase écrite, menée en 2020, dans
soit actuellement 22 des 27 États membres de l’Union le cadre de l’évaluation de l’application par la France de
européenne. L’acquis de Schengen concerne quant à l’acquis de Schengen dans le domaine de la coopération
lui l’harmonisation des contrôles aux frontières exté- policière, l’IGGN a répondu, avec l’Inspection générale
rieures de l’Union européenne et le renforcement de de la police nationale (IGPN), aux questions d’un panel
cette coopération. d’experts de la Commission européenne sur les mesures
Un mécanisme d’évaluation et de suivi a été mis en destinées à garantir l’intégrité des policiers et des
place afin de préserver la confiance mutuelle des États militaires de la gendarmerie chargés d’appliquer
membres concernés dans leur capacité d’appliquer l’acquis Schengen. Ont été notamment abordés le fonc-
effectivement les mesures d’accompagnement qui tionnement des enquêtes sur des faits de corruption de
permettent de maintenir cet espace sans frontières personnels ou de manquements à l’intégrité, les codes de
intérieures. L’évaluation périodique des États membres conduite régissant le comportement des gendarmes et
couvre tous les aspects de l’acquis de Schengen, en des policiers, ainsi que les mesures garantissant l’indé-
particulier l’application effective et efficace des pendance des services de contrôle et d’enquêtes.

1.5.2. Intervention du chef de l’IGGN lors du 7e séminaire de l’IPCAN organisé par le Défenseur
des droits.

L’IPCAN (Independent Police tions et efficacité », ce séminaire abordait le position-


Complaints Authorities’ nement des organes de contrôle externe par rapport
Network) est un réseau à leurs homologues du contrôle interne, la façon dont
informel d’échanges et l’impartialité de ces organismes externes est garantie,
de coopération réunissant l’appréciation de l’effectivité du contrôle externe, mais
actuellement vingt-deux organismes nationaux indé- aussi leur complémentarité avec le contrôle interne.
pendants, majoritairement issus des pays membres Le général Alain Pidoux est intervenu lors d’une table
de l’Union européenne, en charge du contrôle externe ronde en présence de madame Pauline Caby, adjointe
des forces de sécurité. au Défenseur des droits en charge du respect de la
déontologie par les professionnels de la sécurité,
À l’invitation de madame Claire Hedon, Défenseure des pour aborder les différentes interactions entre les
droits, le chef de l’IGGN, accompagné de personnels de organismes de contrôle interne et externe. Il a
son institution, est intervenu lors du séminaire annuel également dressé le cap pour les années à venir et
de l’IPCAN organisé le 3 décembre 2021 à Paris. la transformation de l’IGGN (« IGGN 20.24 »), visant
Sous le titre « Mécanismes externes et indépendants de à rendre l’Inspection générale encore plus ouverte et
contrôle des forces de police : fonctionnement, interac- transparente, au service de la population.

46
1.5.3. L’examen périodique universel Droits de l’Homme de l’ONU
En 2021, l’IGGN s’est également impliquée dans les L’EPU évalue plusieurs domaines couverts par l’IGGN
travaux EPU (Examen périodique universel Droits de (déontologie, abus policiers etc.), celle-ci est citée dans
l’Homme de l’ONU). les rapports officiels de la France envoyés à Genève.
L’EPU est un mécanisme établi en 2006 par la résolu- Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
tion 60/251 de l’Assemblée générale des Nations Unies (MEAE) a saisi le ministère de l’Intérieur à l’été 2021
créant le Conseil des droits de l’Homme (CDH). pour contribuer au rapport français de revue à mi-par-
Cette résolution instaure un examen systématique, cours du 3e cycle EPU débuté en 2018. La DGGN et l’IGGN
de façon régulière (tous les 5 ans, en principe avec ont fourni des éléments pour les 18 recommandations
examen bilan à mi-parcours), de la situation des impliquant le ministère parmi les 300 recommanda-
droits de l’Homme dans chacun des États, membres tions adressées par l’ONU à la France.
des Nations Unies. Compte tenu des responsabilités qui lui sont confiées
L’EPU de l’ONU vise à faire progresser le respect des et de son champ d’attributions, l’IGGN peut apporter
Droits de l’Homme dans le monde ; à ce titre, il s’inté- une plus-value à ce rapport EPU : prévention des vio-
resse particulièrement à l’action des forces de sécu- lences et discriminations, montée en puissance de
rité, et à la façon dont celles-ci respectent les libertés l’IGGN, identification et prévention des risques déon-
et droits fondamentaux. tologiques, diffusion de fiches d’alerte, etc.

A
Noter

Les travaux menés par l’IGGN en 2021 pour répondre aux sollicita-
tions du conseil des droits de l’Homme à Genève permettent aussi
de préparer les échéances futures, notamment le 4e cycle EPU, qui
pourrait conduire à l’audition de la France en 2023.

47
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

2 .1. ÉTUDIER LES DYSFONCTIONNEMENTS COMPORTEMENTAUX


POUR MIEUX LES PRÉVENIR

2. 1. 1. La cartographie des dysfonctionnements déontologiques

En 2021, l’IGGN a conduit une étude sur les sanctions 1.2 ANALYSE GLOBALE DES DONNÉES
disciplinaires infligées aux militaires pour la période Pour l’ensemble de la période couvrant les années
2017-2020. Il s’agissait de définir les dysfonctionne- 2017 à 2020, environ 6 500 faits sont pris en compte.
ments individuels afin de mieux les prévenir. Leur analyse montre des disparités importantes en
fonction de la subdivision d’arme (les dossiers discipli-
1.1 CONDITIONS DE L’ÉTUDE naires sont nettement moins importants en gendarme-
Le Système d’information des ressources humaines rie mobile qu’en gendarmerie départementale) et de la
(SIRH) Agorha a servi de base pour cette étude géographie, avec des effets proportionnels à l’attracti-
puisqu’elle ne concerne que les militaires de la gen- vité des territoires.
darmerie. Cette méthode offre l’avantage d’approfondir Certains comportements, consommation excessive
autant que de besoin l’analyse qualitative et complète d’alcool, problèmes de respect des délais de traitement
l’action de la Sous-direction de l’accompagnement du des procédures ou utilisation inadaptée des réseaux
personnel (SDAP), laquelle s’appuie sur un infocentre sociaux, ont été identifiés. Il apparaît que peu de fautes
pour établir des statistiques. de comportement sont en lien avec de sujets sensibles
Ont ainsi été analysés plusieurs types de champs du à fort retentissement local ou national. On note, à cet
SIRH avec : égard, très peu de cas de racisme ou d’antisémitisme.
• des données relatives aux personnes mises en Cet état de fait est à relier au fort investissement de la
cause (statut, grade, ancienneté de service…) ; gendarmerie dans la formation en matière de déontolo-
• des données relatives aux unités dans lesquelles gie et à la pertinence des outils mis en œuvre notam-
les faits sont survenus (type d’unités, ancienneté ment par le biais du réseau égalité diversité (RED).
dans l’affectation…) ; De même, l’usage inapproprié de la force se révèle
• des données de l’ensemble des champs relatifs limité. Là encore, la qualité de la formation et le rôle de
aux bulletins de punitions (circonstances des l’encadrement dans les unités semblent déterminants.
faits, quantum de la punition…) ;
• des données relatives au traitement par la gen-
darmerie et notamment les mesures pouvant A
avoir été prises indépendamment de la punition Savoir
(suspension de fonction, mutation d’office …). Cette étude sert de base à la
conception du futur module AGORHA de
Il s’agissait d’objectiver ce domaine, porteur de nom- valorisation des données RH qui permettra
breux a priori, et d’identifier les tendances lourdes. la synthétisation des données et une
Cette étude se poursuit et les chiffres 2021 alimente- plus grande précision des analyses afin
ront cette analyse. d’obtenir automatiquement ces chiffres à
l’avenir. Elle a également permis de mettre
en exergue un besoin dans l’analyse
quantitative et qualitative des victimes qui
ouvre la voie à une nouvelle réflexion.

48
L’analyse quantitative montre que la gendarmerie vent un comportement conforme aux attentes. Ainsi, par
sanctionne sans faiblesse avec un taux de punitions exemple, seulement 63 cas de propos ou comportements
de 2,75 % en 2021 (2 807 dossiers disciplinaires pour discriminatoires ont été identifiés pour les 4 années de
environ 102 000 personnels). Pour autant, il s’avère que l’étude (dont 8 pour homophobie, 40 pour sexisme et 1
les militaires de la gendarmerie adoptent le plus sou- pour antisémitisme).

2. 1. 2. NOUVEAUTÉ 2021 : mise à disposition des données locales (signalements et enquêtes


internes menées dans les départements).
générales doit être repensé comme la vitrine de la
transparence et comme un document annuel sur le
contrôle de la déontologie de la police et de la gen-
darmerie. Rendu public, ce rapport doit présenter à la
fois les manquements relevés par les autorités hié-
rarchiques et par les inspections, conformément à la
typologie résultant du Code de déontologie, les suites
disciplinaires et/ou judiciaires des enquêtes administra-
tives et/ou judiciaires réalisées.
Le développement d’une application de suivi des
sanctions disciplinaires permettra de vérifier l’ef-
fectivité des préconisations des inspections et de
Outre la plateforme nationale de l’IGGN pour les signa- disposer d’une vision exhaustive de l’activité disci-
lements et réclamations (voir § 123), d’autres canaux plinaire au sein de la gendarmerie et de la police.
sont également utilisés dès lors qu’un usager se plaint L’IGGN a décidé d’anticiper les travaux de mise à
des comportements et potentiels manquements déon- niveau des systèmes informatiques nécessaires à
tologiques des gendarmes. Ainsi, les chefs territoriaux la collecte de ces informations et la production d’un
reçoivent directement des doléances, ce que l’IGGN bilan national (présenté supra § 2.1.1). Pour ce faire,
a commencé à intégrer dans ses statistiques. Elle a il a fallu procéder à une extraction et à un traitement
engagé un travail de collecte d’informations sur ces manuels des données qui ne permettent pour l’instant
enquêtes internes (administratives ou judiciaires) d’obtenir que des estimations.
menées directement, sur leurs suites disciplinaires Ces travaux mettent en lumière les principaux points
et les articles 40 qui en découlent, et de façon plus suivants quant aux actions menées au niveau local et
globale, l’ensemble des sanctions disciplinaires selon hors IGGN :
la typologie du Code de déontologie. Ceci complète le • 463 enquêtes judiciaires ont été ouvertes en
corpus des enquêtes menées par ses services (voir § 2021. Pour cette même année, les enquêtes
21, 221, 222). Cette démarche entre dans les préroga- internes de cette catégorie ont notamment
tives du référent déontologue qu’est le chef de l’IGGN, entraîné 48 condamnations et 95 sanctions dis-
lequel doit entre autres donner une meilleure lisibilité ciplinaires ;
aux correspondants déontologues locaux. • 108 avis ont été adressés par les échelons territo-
riaux au procureur de la République (article 40 CPP) ;
Ce travail, lancé il y a quelques mois, a été conforté par • 160 enquêtes administratives ont été ouvertes
les décisions prises lors du « Beauvau de la sécurité ». en 2021. Pour cette même année, les enquêtes
En effet, la proposition n° 6 de la table ronde contrôle internes de cette catégorie ont notamment
interne indiquait que le rapport annuel des inspections entraîné 68 sanctions.

49
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

Les échelons territoriaux ont également reçu 2 091 victimes (15). De nombreux manquements visent les
réclamations. articles du Code de déontologie relatifs à l’obéissance,
Les réclamations en saisines directes ont sensiblement au discernement, au renom de la gendarmerie, ou l’Art.
augmenté en 2020, puis en 2021 en raison de crises R. 434-33 relatif aux autres textes afférents à la déon-
successives (Gilets jaunes puis pandémie COVID) ; tologie des militaires de la Gendarmerie nationale.
elles ont entraîné une activité gendarmerie souvent Dans les volumes analysés, ressortent distinctement
perçue comme impopulaire. La verbalisation du non les problèmes comportementaux liés à l’utilisation des
respect des règles de confinement est très souvent fichiers et des réseaux sociaux de manière inappro-
contestée. En règle générale, ces signalements sont priée. De nouvelles sensibilisations sont faites grâce à
infondés, mais dans une proportion assez faible, les la diffusion de note-express et de rappels par la voie
enquêtes conduisent à la mise en cause disciplinaire hiérarchique (VH). Les militaires mis en cause, notam-
(plus rarement pénale) des militaires concernés. ment sur le devoir de réserve et l’usage inapproprié
Dans certaines régions, le contraste est net entre les des réseaux sociaux sont sensibilisés par le corres-
départements les plus ruraux et les départements pondant déontologue en présence de la VH. Le recours
urbains quant au recours à l’IGGN (en général par au référent égalité diversité (RED) est systématique
mail), les premiers préférant la saisine directe ou via lors de l’identification de discriminations.
la préfecture ou le parquet (par courriers papier). L’année 2021 n’est pas une année de référence en
Les échelons territoriaux ont prononcé 2 807 sanc- raison du contexte sanitaire qui a induit de nouvelles
tions pour manquements déontologiques. contraintes (confinement - couvre-feu - obligation vac-
Au niveau local, le nombre des punitions reste glo- cinale) et qui pour cette raison a fait apparaître de
balement à un niveau élevé. Peu concernent les nouvelles fautes (non respect du couvre-feu - refus
manquements très surveillés par les responsables vaccinal). En outre, en matière de violences faites aux
hiérarchiques et facilement identifiables par les femmes, le confinement, la libération de la parole et
organismes et particuliers extérieurs, tels que ceux l’accès à des modes de communication plus rapides ont
liés à l’article R. 434-14 relatif à la relation avec la augmenté le nombre de dossiers sur le sujet.
population (16), à l’article R. 434-16 contrôles d’iden- Le rôle positif de la chaîne concertation n’est pas tra-
tité (1), à l’article R. 434-17 protection et respect des duit dans cette remontée de chiffres, mais le maillage
personnes privées de liberté (19), à l’article R. 434-18 de proximité est un allié précieux. Il vient appuyer
emploi de la force (23), à l’article R. 434-19 assistance l’exigence du contrôle hiérarchique et parfois utile-
aux personnes (11) ou à l’article R. 434-20 aide aux ment l’orienter pour le bien commun.

50
2 .2. L’IGGN AU CŒUR DU TRAITEMENT DES DYSFONCTIONNEMENTS INDIVIDUELS :
LES ENQUÊTES INTERNES

3 QUESTIONS
au général Jacques DIACONO,
chef de la division enquêtes internes (DEI) de l’IGGN
1) Quel est votre parcours avant votre affectation en août 2021 à l’IGGN ?
Après avoir commandé l’escadron de gendarmerie mobile 23/5 de Pontchar-
ra-sur-Bréda puis la compagnie de gendarmerie départementale de Vienne,
j’ai rejoint la dominante police judiciaire en 2002 et ne l’ai plus quittée depuis.
J’ai alterné les postes en administration centrale, à la sous-direction de la
police judiciaire, et ceux sur le terrain. J’ai ainsi commandé la section de
recherches de Marseille, de 2009 à 2013, et l’office central de lutte contre les
atteintes à l’environnement et la santé publique (OCLAESP), de 2015 à 2021.
Ce parcours et cette expérience des investigations m’ont très certainement
valu cette affectation à la tête de la division des enquêtes internes de l’IGGN !

2) Pouvez-vous nous présenter la DEI ?


La DEI est l’une des quatre divisions de l’IGGN. Elle est composée du bureau
des enquêtes judiciaires (BEJ), du bureau des enquêtes administratives (BEA),
tous deux basés à Malakoff, et des six antennes déconcentrées de l’IGGN
(ADIGGN), situées aux chef-lieux des régions zonales, à l’exception de Paris.
Le BEJ, à l’effectif de 20 personnels, dirige les enquêtes mettant en cause des
personnels civils et militaires de la gendarmerie, d’active ou de réserve, pour
des suspicions d’infractions commises aussi bien dans le cadre du service
que dans la sphère privée. Il agit uniquement sur décision et sous contrôle
effectif d’un magistrat du parquet ou d’un juge d’instruction.
Le BEA, à l’effectif de 6 personnels, et les ADIGGN, chacune à l’effectif de deux
personnels, sont en charge des enquêtes administratives les plus sensibles.
Ils interviennent ainsi lorsque des dysfonctionnements graves sont consta-
tés dans une unité ou lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre une procédure de
déconfliction, visant à régler des différends entre personnes et apaiser une
situation conflictuelle susceptible d’entraver la bonne marche du service.
Les personnels qui composent la DEI sont sélectionnés pour leurs grandes
qualités professionnelles (expérience du commandement, maîtrise de la pro-
cédure pénale, etc.) et humaines. Le niveau des enquêteurs m’impressionne
d’ailleurs depuis mon arrivée à l’IGGN.
L’enjeu pour la division réside dans la double exigence d’une stricte neutralité
et de la plus grande exhaustivité des investigations. Si ces dernières ne sont
jamais d’une grande complexité technique, il nous faut absolument éviter
l’écueil d’une trop grande complaisance envers les personnels qui font l’objet
d’une enquête, mais également d’une trop grande sévérité. Les enquêteurs
de la DEI font toujours preuve de cette neutralité, ainsi que de beaucoup
d’humilité. Ils travaillent à charge et à décharge, ce qui ne les empêche pas
de faire preuve également d’humanité.

51
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

3) Quelles sont les perspectives pour la DEI ?


Les effectifs de la DEI ne lui permettent pas de se saisir de toutes les enquêtes
internes. Après dialogue avec les magistrats, les enquêtes judiciaires sont
réparties entre l’IGGN et les sections, voire les brigades de recherches (SR
et BR). Pour les enquêtes administratives, un dialogue s’instaure également
avec les commandants de formation administrative, pour déterminer qui, de
l’IGGN ou de leurs ressources propres, va mener les investigations.
Mon objectif est, d’une part de développer les capacités propres de la DEI
afin qu’elle prenne à son compte davantage d’enquêtes, d’autre part de lui
donner un rôle d’animation et de coordination sur l’ensemble des enquêtes
internes, à l’image d’une certaine façon de ce que fait un office central dans
son domaine de compétence.
L’idée est de professionnaliser toujours plus le traitement de ces enquêtes
internes, de mieux assurer leur suivi et d’harmoniser les méthodologies.
J’ai eu la satisfaction de voir ces propositions reprises dans la feuille de route
IGGN 20.24 (Cf. § 41).

2.2.1. En 2021, l’IGGN a mené 111 enquêtes judiciaires


Au cours de l’année 2021, 59 nouvelles affaires Il y a un triple intérêt à traiter plus rapidement les
judiciaires ont été confiées à l’IGGN et subdéléguées enquêtes judiciaires internes :
par son chef au bureau des enquêtes judiciaires, dont • Répondre aux attentes fortes des victimes et de
l’effectif réalisé est de 19 enquêteurs depuis avril nos concitoyens ;
2021, pour un effectif théorique de 20. 111 affaires • Accélérer la réponse pénale, mais aussi statutaire
ont fait l’objet d’investigations. Ces chiffres étaient et disciplinaire de la gendarmerie en cas de confir-
de 68 nouvelles affaires et 117 en cours en 2020. mation de manquements ;
Cette évolution résulte notamment d’une baisse • Permettre aux militaires mis en cause de subir
du nombre de saisines pour des violences au moins longtemps l’incertitude d’investigations
maintien de l’ordre (voir encadré), mais aussi d’une particulièrement anxiogènes en leur qualité de
volonté de l’IGGN de traiter rapidement le stock de membre d’une force de sécurité intérieure.
saisines afin de raccourcir les délais d’investigation.
Un certain nombre de sollicitations de magistrats ont L’enjeu de ce traitement accéléré est donc un
donc été réorientées vers des sections de recherches. contrôle plus efficace de la déontologie des per-
En effet, l’IGGN s’efforce de limiter le nombre de sonnels de la Gendarmerie nationale, la plupart des
saisines nouvelles, en raison de son effectif de 20 infractions pénales commises ayant des retentisse-
enquêteurs judiciaires. Cette démarche permet ainsi ments déontologiques.
de clôturer les procédures en cours sous de meil- La répartition par grand type de contentieux est glo-
leurs délais (57 affaires clôturées en 2021 contre 49 balement stable comme l’illustre l’infographie com-
en 2020). Si l’outil de gestion du portefeuille, utilisé parant les thématiques infractionnelles principales
par le BEJ, ne peut déterminer de manière fiable les des nouvelles affaires de 2020 et 2021.
durées d’enquête, cet effort porte ses fruits. Ainsi, les
investigations relatives aux nouvelles affaires reçues
fin 2021 et début 2022 ont généralement débuté
immédiatement, alors qu’un délai de latence de plu-
sieurs semaines voire plusieurs mois était fréquent
ces dernières années.

52
Bilan BEJ pour 2021 et 2020

Violences volontaires 5
ou involontaires 2
Non assistance 1
à personne en danger 1
6
Violences MO
13
Violences, menaces et 14
atteintes à la liberté PA/PJ 15
Harcèlement 7
et violences sexuelles 7
Harcèlement 5
moral 5
Injure, provocation, apologie 0
et discrimination 3
Proxénétisme, recours à la 0
prostitution, pédopornographie 2
Consultation illicite 1
de fichiers 4
Détention illégale 0
d’arme ou de munitions 1

Divers
5
3
Faux et usage 5
5
Infraction à la législation 2
sur les stupéfiants 0
Trafic d’influence, 3
corruption 1
Violation du secret 4
3 2021
Vols, escroquoqueries et 1 2020
détournement dont scellés 3

53
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

7 ENQUÊTES POUR USAGE DES ARMES


Au cours de l’année 2021, l’IGGN a été saisie de 7 ou des tireurs, audition de tous les témoins visuels ou
usages d’armes à feu (UDA) par des militaires de la sonores, audition d’une partie au moins des ayants
gendarmerie, dont 1 non mortel9 (cf tableau § 131) droits de la victime, autopsie de la victime, recueil et
Par ailleurs, toutes les enquêtes relatives à des première exploitation des enregistrements radio de la
usages des armes mortels survenus en 2020 sont gendarmerie et des pompiers, ainsi que des images de
également clôturées. vidéosurveillance, remise en situation avec le ou les
En la matière, la mobilisation importante du BEJ qui tireurs). Ces investigations sont ensuite complétées
se projette à une dizaine d’enquêteurs, systéma- selon les prescriptions du magistrat sous le contrôle
tiquement assistés d’un binôme du département effectif duquel l’enquête est réalisée, et/ou en fonction
balistique de l’IRCGN, permet de conduire un maxi- des demandes des parties civiles. Les enquêtes dili-
mum d’investigations dans les 36-72 premières gentées dans le cadre de l’usage mortel des armes
heures (constatations, audition de mis en cause du sont la plupart traitées dans un délai de 3 à 9 mois.

FOCUS
L’emploi de la force
au maintien de l’ordre
Depuis 2018, l’IGGN a été saisie de 9 affaires de suspicions de violences illégitimes au maintien de l’ordre potentielle-
ment commises par des gendarmes et impliquant un tir de lanceur de balle de défense de 40 mm (LBD 40).

EVOLUTION DES SAISINES DEPUIS 2018 : PARMI CES 9 FAITS :


2018 : 6 • 6 sont en lien avec le mouvement dit des
2019 : 3 « gilets jaunes ».
2020 : 0 • 5 d’entre eux ont entraîné des ITT supérieures à
2021 : 0 30 jours, notamment pour des blessures au visage.

EMPLOI DES MOYENS DE FORCE INTERMÉDIAIRE PAR LA GENDARMERIE AU MAINTIEN DE L’ORDRE


Emploi des moyens de force intermédiaire par la gendarmerie 2018 2019 2020 2021*
Nombre de cartouches Lanceur de balles de défense LBD 40 91 250 685 220
Nombre de cartouches Lanceur de balles de défense LBD 44 4 1 10 12
Nombre de GMD (grenade à main de désencerclement) 45 90 427 161
Nombre de grenades lacrymogène à fusil (LGGM) et MP7 commando 5 056 6 126 12 771 6 120
Nombre de grenades lacrymogène à main 1 981 2 279 4 419 1 784

* L’emploi de ces moyens de force intermédiaire n’a provoqué aucun décès conformément à leur vocation

9 / À titre exceptionnel, l’IGGN n’a pas été saisie d’un UDA mortel survenu à la Chapelle-sur-Erdre (44) le 28/05/2021.

54
2.2.2. 41 enquêtes administratives menées en 2021 dont une majorité a concerné le harcèle-
ment moral au travail.
En 2021, l’IGGN a mené 41 enquêtes administratives et les relations qu’elles ont tissées avec les formations
contre 35 en 2020, soit une augmentation de 17%. Cette administratives (commandement et correspondants déon-
hausse peut s’expliquer, d’une part par la poursuite de la tologues), d’autre part par l’évolution de la crise sanitaire,
montée en puissance des antennes déconcentrées notamment la diminution des périodes de confinement.

Ces enquêtes se répartissent presque exclusivement en deux domaines :

Bilan BEA et ADIGGN pour 2021


Harcèlement moral 24
au travail 19

Fautes de comportement et 14
manquements déontologiques 12
1
Discrimination raciale
0
1
Harcelement Sexuel
1

Discrimination en 0
raison du sexe 2
2021
1
Faits divers 2020
1

• L e harcèlement moral au travail (HMT) : de HMT, sans que cela soit réel et sans qu’il s’agisse
24 dossiers, soit 58,5% du total ; d’une machination des plaignants à l’encontre de leur
• les fautes de comportement hiérarchie ou de leurs camarades de travail. Cepen-
et manquements déontologiques : dant, dans quelques cas, une instrumentalisation de
14 dossiers, soit 34,1% du total. la plateforme « STOP DISCRI » a pu être mise à jour.
Les jeunes militaires, notamment les gendarmes
Ces deux catégories, surtout la seconde, sont en adjoints volontaires, sont les premières victimes de
hausse par rapport à l’an dernier où elles représen- HMT lorsque les faits sont avérés. Cette population
taient respectivement 54,3% et 25,7% de l’ensemble nécessite donc une attention toute particulière du
des enquêtes. commandement et de la chaîne de concertation.
Comme l’an dernier, dans la moitié des cas, les Les affaires de discriminations, raciales ou en raison
dénonciations pour HMT s’avèrent infondées. Cela du sexe, ainsi que celles relatives au harcèlement
ne veut pas dire pour autant que des personnels ne sexuel, continuent à être très minoritaires et sont
vivent pas une situation préoccupante de mal-être au même en baisse : 3 dossiers, soit 7,3% du total (contre
travail. On peut en effet être persuadé de faire l’objet 4 dossiers et 11,4% en 2020).

55
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

FOCUS
UNE ENQUÊTRICE DU BEA :
La lieutenante-colonelle SANDRA AZEVEDO
Quel est votre parcours professionnel ?
À l’issue de cinq ans de droit et l’obtention d’un diplôme de sciences criminelles, j’exerce un peu
moins de deux ans les fonctions d’assistante de justice auprès du procureur de la République à
Metz (57). Cette expérience me fait découvrir les arcanes concrètes du fonctionnement des juri-
dictions tout en m’ouvrant les portes des services enquêteurs, des administrations préfectorales,
pénitentiaires, etc. En 2007, j’intègre l’EOGN après la réussite au concours externe universitaire
puis ai le privilège, en 2009, de commander la brigade territoriale autonome de Marguerittes
dans le Gard (30), unité péri-urbaine à forte activité. En 2013, je rejoins la sous-direction de la
police judiciaire en qualité de chef de projets contribuant à la refonte du fichier des personnes
recherchées (FPR) mais aussi au chantier de la déclaration CNIL du fichier des objets et véhicules
signalés (FOVES). En 2017, je commande la compagnie de gendarmerie départementale d’Avignon
(84) armée de 169 gendarmes. En 2021, je suis mutée au BEA de l’IGGN à Malakoff.

En quoi votre expérience est-elle un atout pour servir au sein de l’IGGN ?


Les deux temps de commandement que j’ai pu exercer sont d’indiscutables atouts pour appréhen-
der les enquêtes en toute humilité en ayant conscience des difficultés opérationnelles et humaines
quotidiennes des unités et services de la gendarmerie. Les saisines sont variées et s’inscrivent
toujours dans des contextes humains dégradés qui déstabilisent le fonctionnement normal des
unités et nous obligent à la plus grande rigueur. Ayant eu à traiter des situations délicates en
prise avec les dernières évolutions structurelles ou initier des dossiers disciplinaires dans des
fonctions de commandant de compagnie, j’ai acquis sans le savoir, pour l’avenir, un premier socle
de compétences utiles. Au quotidien, nous sommes amenés à prendre en compte des camarades
gendarmes plus ou moins impliqués et positionnés dans des conflits ou ambiance de travail tout
au moins pesants voire facteurs de souffrance. Nous devons donc agir avec toute l’habileté et
l’écoute nécessaire sans se départir de notre mission à savoir déterminer avec finesse et objecti-
vité la matérialité d’éventuels manquements ou dysfonctionnements.

Comment les enquêtes administratives sont-elles conduites ?


La particularité de l’enquête administrative réside dans le fait qu’elle n’est encadrée par aucun
texte mais obéit à une méthodologie éprouvée. Elle répond à l’obligation pour les enquêteurs
d’établir en toute objectivité, indépendance et transparence les causes comme les conséquences
d’allégations en lien avec des irrégularités, des manquements aux obligations professionnelles et/
ou déontologiques. Elle vient soulager le commandement local. Le BEA mène toujours l’enquête
à charge et à décharge par la conduite d’entretiens de victimes, témoins et personnes objet de
l’enquête mais aussi d’investigations variées. Comme toute enquête interne, elle est menée dans
la plus stricte confidentialité. Elle donne lieu à un rapport transmis au chef IGGN qui informe
ensuite le DGGN et le MGGN afin qu’ils décident des suites à donner en fonction des préconisations
proposées par les enquêteurs. Le travail en équipe qui favorise l’échange des points de vue est
également la garantie fondamentale de conclusions les plus ajustées possibles.

56
2.2.3. Du signalement au résultat de l’enquête interne : mode d’emploi
Chargé du respect des règles de déontologie qui pédagogiques à visée préventive diffusés en
s’imposent aux militaires de la Gendarmerie natio- interne gendarmerie, sous forme de fiches d’ana-
nale, le chef de l’IGGN peut se saisir de tout man- lyse ou d’avis du référent déontologue.
quement potentiel porté à sa connaissance. Il Après arbitrage des décisions à prendre par l’auto-
dispose à cet effet de la plateforme des signalements rité hiérarchique (sanction, mutation dans l’intérêt du
des particuliers et recueille les demandes des auto- service), le chef de l’IGGN peut adresser une lettre
rités administratives indépendantes (AAI), comme le de conseils et recommandations au militaire fau-
Défenseur des droits, le Contrôleur général des lieux tif pour lui rappeler ses obligations déontologiques
de privation de liberté ou le Comité de prévention de et l’inviter à tirer les enseignements d’un comporte-
la torture. ment inapproprié ou inacceptable.
Pour chaque signalement d’un particulier, l’IGGN Dans le cas d’une enquête judiciaire menée par le
sollicite les échelons de commandement dépar- BEJ, le chef de l’IGGN est informé de sa clôture
temental ou régional de la gendarmerie, pour et de l’envoi des conclusions au magistrat mandant.
obtenir une explication de leur part ou pour les inviter Dans le respect du secret imposé par l’article 11 du
à réaliser une enquête interne. En cas de manque- Code de procédure pénale (CPP), il adresse au com-
ment avéré, le chef de l’IGGN propose à la hiérarchie mandant de formation administrative (comman-
concernée, soit de faire un rappel déontologique, soit dant de région, d’école ou de gendarmerie spécialisée)
de prononcer une sanction disciplinaire à l’encontre un courrier l’invitant à se rapprocher du procureur
du ou des personnels fautifs. L’IGGN ne dispose en de la République compétent pour obtenir, confor-
effet pas de pouvoir disciplinaire, qui reste de la mément aux dispositions de l’article 11.2 du CPP, une
compétence des chefs hiérarchiques. copie de l’enquête à des fins strictement administra-
Certains cas peuvent donner lieu à des documents tives (sanction, mutation dans l’intérêt du service).

Le
Saviez
vous
Où se trouve le curseur entre déclenchement d’une enquête administrative et
déclenchement d’une enquête judiciaire, notamment au regard de l’Art. 40 du Code de
procédure pénale ?
Si la commission d’une infraction pénale est suspectée, avant toute enquête ou durant une enquête
administrative, elle est signalée au procureur de la République qui décide ou non d’ouvrir une enquête
judiciaire. Il peut très bien laisser se dérouler l’enquête administrative en cours avant de prendre cette
décision. Si les faits ne sont pas très graves, il peut alors décider d’un classement dit 61, en considérant que
les sanctions disciplinaires et/ou statutaires sont suffisantes.
Une enquête judiciaire et une enquête administrative sont rarement ouvertes concomitamment pour un
même fait. Lorsque cela est le cas, ces deux enquêtes visent des objectifs différents. Ainsi en est-il d’une
enquête initiée récemment, après échange avec le procureur de la République, pour comprendre comment
une procédure ouverte pour le viol d’une jeune fille a pu ne pas être traitée suffisamment rapidement par
la brigade de gendarmerie saisie de cette affaire. Parallèlement à cette enquête administrative, l’enquête
judiciaire ouverte pour ces faits de viol se poursuit. Dans ce cas précis, l’enquête administrative vise
seulement à identifier et corriger les dysfonctionnements dans l’organisation du contrôle des procédures par
la hiérarchie de cette unité.

57
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

2.2.4. La déconfliction : un procédé en cours de développement

Le BEA et les antennes déconcentrées de l’IGGN n’ont le 1er septembre 2021, a pu renforcer de facto une
mené que 4 déconflictions en 2021, contre 7 en image « répressive » des enquêteurs, entraînant ainsi
2020, soit une baisse de 57,1%. un brouillage du message diffusé pour la déconfliction.
Cette diminution peut s’expliquer par une relative Au final, la très grande majorité des affaires présen-
méconnaissance de ce dispositif. Ce mode de règle- tées à l’IGGN en 2021 ne relevaient pas de différends
ment des conflits n’a en effet été formalisé qu’en entre personnes, susceptibles d’entraver la bonne
2021, avec la diffusion d’une note-express dédiée (NE marche du service.
10531 GEND/CAB du 23 février 2021). Dès lors, sa Enfin, dans la remontée de ces dossiers, il ne faut
montée en puissance et la « professionnalisation » de pas négliger le rôle du commandement qui règle
ses acteurs demeurent progressives. bien souvent ce type de conflits, sans avoir besoin de
Par ailleurs, le rattachement des ADIGGN à la DEI, recourir à l’IGGN.

LA DÉCONFLICTION
MODE D’EMPLOI

OBLIGATIONS DU CHEF GARANTIES OFFERTES PAR


- Ne pas laisser perdurer les différends, L’ANTENNE IGGN
- Mettre tout en œuvre pour résoudre les conflits - Hors hiérarchie locale,
et si possible les éviter, - Discrétion,
- Maintenir le plus haut niveau de capacité - Pas d’obligation de résultat,
opérationnelle (limiter les arrêts maladie - Capacité d’écoute active,
et les problèmes relationnels), - Militaires formés à la résolution et à l’anticipation des
- Solliciter les autres leviers d’action pour conflits,
résoudre les conflits, IGAG ou ADIGGN. - Capable de proposer et de trouver des solutions,
- ADIGGN à joindre (tph) préalablement saisine officielle pour
Œen parlerŽ, évaluer les marges de manœuvre.

ACCOMPAGNEMENT DOCTRINE

COMPRÉHENSION
FACTEURS CLÉS DU SUCCÈS
ÉCOUTE COLLÉGIALITÉ - Rapidité de saisine de l’antenne IGGN,
ABSENCE DE JUGEMENT - Complémentarité de l’action des différents acteurs :
ŒLa chaîne des facilitateursŽ,
POSTURE D’OUVERTURE - Impartialité des officiers IGGN,
CONCEPTION GRAPHIQUE : SIRPA © GENDARMERIE - 2020-427

- Capacité de chacun à sortir de sa logique d’opposition


RETROUVER CONFIANCE et de ŒbougerŽ.

TRAVAILLER ENSEMBLE FIN DU PROCESSUS


- Entretien Œrecherche de progrèsŽ, - Capacité à avancer,
- Convaincre afin de sortir de la boucle de la rancoeur, - Capacité à tourner la page,
- Ramener les choses à leur vrai niveau, dédramatiser, - Prise de conscience des conséquences
- Etudier les solutions, d’un blocage stérile,
- Etudier les conséquences, ne pas se mentir, être loyal. - S’engager ŒcontractuellementŽ.

58
LA DÉCONFLICTION, LES ENJEUX D’UNE FORMATION INNOVANTE

Le colonel Fabrice François est réserviste opérationnel de la gendarmerie.


Médiateur conventionnel et judiciaire, formé à l’École professionnelle de la média-
tion et de la négociation (EPMN) et au Centre de médiation et d’arbitrage de Paris
(CMAP). Il est chargé d’enseignement à l’université Paris Nanterre au sein du 3e
cycle sur les modes amiables de résolution des différends. Il accompagne l’IGGN
dans la formation théorique et pratique des personnels des antennes déconcentrées
à la déconfliction.

Mon colonel, la déconfliction comme pratique innovante de la résolution des


litiges vous semble-t-elle adaptée au monde militaire et plus particulièrement
à la gendarmerie ?
Absolument, si nous partons du constat que la judiciarisation des relations sociales a
impacté les relations hiérarchiques au sein des armées (recours contentieux devant
le Juge administratif), la question de l’autorité légitime s’est posée très rapidement
et l’impact a été plus marqué encore en gendarmerie qui vit au contact permanent
des autorités et du monde civils.
Il y a un véritable besoin de sortir de cette logique de contentieux, notamment lié
à l’engorgement des structures qui y sont dédiées. Je passe sur les conséquences
sur la tenue des troupes, leur cohésion et leur capacité opérationnelle à long terme
dans un métier hors norme. Le procès, l’enquête administrative ne permettent pas
toujours de sortir du conflit et peuvent même l’amplifier. Les Modes amiables de
résolution des différends (MARD) connaissent un succès grandissant dans le
monde civil.
La déconfliction est une nouvelle corde à l’arc des MARD. Elle est plus souple et peut
être imposée par le chef ce qui est une bonne chose : c’est en effet un moyen de
protéger les individus en leur donnant le choix de la libre décision, celle de sortir du
conflit qui les rend prisonniers ou d’y rester !La mise en place et le développement
de cet outil de prévention et de résolution des conflits au sein de la Gendarmerie
peut faire partie des appuis solides pour le commandement, en ne remettant pas
en cause l’autorité, bien au contraire. Il faut se positionner au-delà d’une logique
punitive et de recherche de responsabilité.
Elle constitue un élément structurel et structurant pour la Gendarmerie permettant à
chacun des acteurs de s’impliquer et de se reconnaître dans les valeurs de l’autorité,
de dévouement et d’adhésion.
Elle fait corps et sens avec les invariants du Chef, permettant à chacun de conforter
son identité et d’améliorer la « performance ».
Le déconflicteur, tiers de confiance, s’inscrit dans une posture unique : il active les
échanges, maîtrise les digressions. Il est aviseur et pourra proposer aux parties en
difficultés relationnelles une solution conforme, certes à leurs besoins, mais égale-
ment à celui de l’intérêt supérieur de la mission et du service. Solution librement
acceptée et mutuellement acceptable.
La déconfliction représente une perturbation dans l’approche de tout ce qui a trait
à la qualité relationnelle et de ce fait, est exigeante en matière de changements
d’habitudes de pensée.

59
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

Elle peut introduire au sein de la maison gendarmerie des moyens adaptés à l’évo-
lution des individus et des comportements notamment en permettant de revisiter
autant les rapports à l’autorité que les modes de « contestations ».
Elle est, à mon avis, indissociable de la recherche en qualité relationnelle et de la
démarche éthique de la gendarmerie.
Ce mode amiable permettrait de libérer les doléances et les potentiels humains en
mettant de « l’huile dans les rouages » ; elle n’est pas un outil par défaut en encore
moins un filtre supplémentaire.

Pouvez-vous nous éclairer sur la méthodologie retenue pour concevoir la for-


mation à la déconfliction ?
Il faut être efficace et donc s’approprier l’outil, afin de traiter le sujet du conflit sur le
fond et ne pas se contenter de gérer les symptômes.
La déconfliction pourrait être un marqueur institutionnel permettant au chef d’as-
seoir son autorité avec agilité et bienveillance. Le recours à la déconfliction ne serait
pas un désaveu d’autorité pour le chef mais, bien au contraire, une force. En pres-
crivant une déconfliction, le supérieur fait preuve de responsabilité et se place dans
la bonne posture. Les techniques de qualité relationnelle permettent de proposer du
« sur mesure », de l’amiable, mais ne remplacent ni le contentieux ni le contrôle. De
par la sensibilisation et la communication aux différents échelons du commande-
ment, l’institution permettrait de recréer du liant entre les différents acteurs. C’est
par un mécanisme d’implication que chacun contribue à une solution en mettant
l’accent sur la prévention des conflits plutôt que sur leur résolution.
Pour lever les craintes et appréhensions, il pourrait être nécessaire de communiquer
sur la déconfliction dans les stages préparatoires aux commandements (TC 2, 3 et
4), devant le CFMG et les instances de concertation et les stages de gradés pour les
sous-officiers.
Une fois cette démarche activée, la formation pourrait s’articuler autour des théma-
tiques suivantes, sans être exhaustif :
• qu’est-ce qu’un conflit et quelle est sa dynamique ;
• présentation des différents modes alternatifs de règlement des différends ;
• les techniques de déconfliction : l’ingénierie relationnelle, l’écoute active, la
reconnaissance, la reformulation, l’altérité versus l’adversité ;
• la posture du déconflicteur ;
• les différentes étapes pour sortir du conflit...

 uels sont, selon vous, les principaux enjeux de cette formation (durée,
Q
contenu, standards, qualification, certification des déconflicteurs, etc.) ?
Cette formation s’adresse en priorité aux nouveaux chefs des antennes déconcen-
trées. Il est possible d’envisager une formation en deux temps :
• dans un premier module, l’approche de la déconfliction et du conflit sur une
journée ;
• dans un second module, la formation des déconflicteurs avec tests de type
QCM et des mises en situation en vue de les certifier sur deux journées.

60
Les cours alterneront entre des parties théoriques et des mises en situation, le tout
étant très interactif. Je pense que 3 jours de formation seraient déjà suffisants. Ces
formations pourront se tenir à l’IGGN. Un certificat de déconflicteur pourrait être
labellisé en interne.
Concernant les enjeux, ils sont de taille : la déconfliction est un service que l’on rend
à la communauté gendarmique. Le chef peut y prendre toute sa place et saisir les
problèmes à bras le corps.
Elle apporte un éclairage sur l’humain, permet de mieux appréhender le mode de vie
et de fonctionnement de l’institution et de réinstaurer naturellement une obéissance,
une loyauté et une adhésion à l’intelligence collective.
Les techniques de qualité relationnelle au travail permettraient de donner une
impulsion nouvelle à tous ces invariants de commandement : le vrai contrôle ins-
piré renvoi au dialogue et à la confiance. Si le respect est une valeur cardinale,
la reconnaissance de l’autre prônée par la déconfliction est un élément de qualité
relationnelle encore plus efficient. Elle permet de surmonter les points de blocage et
de regarder vers le futur.
Il faut permettre à tous les effectifs de croire à la déconfliction et à l’anticipation des
conflits : ainsi, chacun pourra y trouver satisfaction au travail, être intellectuellement
engagé, motivé et inspiré.
Je terminerai par cette citation d’Albert Einstein : « Aucun problème ne peut être
résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré ».

2.2.5. Le chef de l’IGGN, référent laïcité de la gendarmerie


La loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et susmentionnée.
aux droits et obligations des fonctionnaires a inscrit La loi confortant le respect des principes de la Répu-
dans le statut général de la fonction publique l’obli- blique en date du 24 août 2021 est venue sanctuari-
gation du respect de la laïcité. Dans le prolongement ser la fonction de référent laïcité, lequel « est chargé
de cette loi, une circulaire en date du 15 mars 2017 d’apporter tout conseil utile au respect du principe
« relative au respect du principe de laïcité dans la de laïcité à tout fonctionnaire ou chef de service qui
fonction publique », en vue d’accompagner les agents le consulte. Il est chargé d’organiser une journée de
publics et les encadrants dans l’exercice de leurs la laïcité le 9 décembre de chaque année ». Parallè-
fonctions en matière de laïcité, prévoit l’identification lement, la déclinaison du décret 2021-1821 relatif au
d’un référent « laïcité » au sein de chaque admi- référent laïcité dans la fonction publique s’accompa-
nistration. La circulaire suggérait également que les gnera du renforcement de l’existant en gendarmerie,
fonctions de référent « laïcité » soient exercées par le en conformité avec les orientations interministé-
référent déontologue créé par la loi du 20 avril 2016 rielles et ministérielles dans le domaine.

61
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

FOCUS
Laïcité et fête
de Sainte Geneviève,
patronne de la gendarmerie
La vie militaire est rythmée par des traditions, des solen-
nités, des cérémonies et des rites. Ceux-ci participent à
la cohésion des unités de manière extrêmement formelle
et renforcent le sentiment d’appartenance à une même
communauté.
Dans cet esprit et dépassant ainsi les considérations reli-
gieuses, Geneviève a été reconnue comme la « sainte
patronne » de la gendarmerie le 18 mai 1962. Placée sous
le signe de la convivialité et du volontariat, la fête de la gendarmerie est organisée au
niveau local. Elle peut s’accompagner d’un office religieux, parfois œcuménique lorsque
les circonstances le permettent et est rythmée par des manifestations diverses, de type
réunions publiques et/ou soirée conviviale. Sont ainsi rassemblés des retraités de la
gendarmerie, des « amis » de l’institution, les autorités administratives et judiciaires, des
partenaires, des élus, etc.
Interrogé sur la compatibilité de la célébration de la Sainte-Geneviève avec le principe
de laïcité, le tribunal administratif de Nîmes a rendu un jugement le 19 février 2021,
lequel est devenu définitif. Les juges ont considéré que si les militaires bénéficient de
la liberté de conscience ainsi que, dans les conditions fixées par le Code de la défense,
de la liberté de culte, le principe de laïcité fait obstacle à ce qu’ils manifestent leur
croyance dans le cadre du service public. Néanmoins, ils ajoutent que principes de
laïcité et de neutralité n’empêchent pas les militaires de la gendarmerie d’être invités
et autorisés à assister, durant le service et en uniforme de cérémonie, à un office
religieux dans une église, lorsque cette invitation présente un caractère facultatif et
s’inscrit dans le cadre d’une manifestation annuelle, traditionnelle et festive par-
ticipant à la cohésion et à la représentation de l’institution, telle que la fête patronale
dite de Sainte-Geneviève. La juridiction indique qu’ « eu égard à son contexte et à ses
conditions d’organisation, la « Cérémonie de Sainte Geneviève » revêt le caractère d’un
évènement collectif, traditionnel et festif de type fête patronale annuelle». Elle précise
ainsi que : « Le fait pour des militaires de la gendarmerie d’assister au cours d’un
tel évènement à un office religieux, organisé par la compagnie elle-même dans une
église, ne peut, à lui seul, être regardé comme la manifestation de convictions reli-
gieuses dans le cadre du service public ni comme relevant de l’exercice d’un culte ».

62
2.2.6. Les antennes déconcentrées de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale : la
déontologie au plus près de l’intelligence locale.

Aux côtés du BEJ et du BEA, la DEI s’appuie également sur six antennes déconcentrées de l’IGGN (ADIGGN ) à
l’effectif de 2, implantées aux chef-lieux des régions zonales, à l’exception de Paris.

Présentation d’une ADIGGN : l’antenne de Rennes


L’antenne déconcentrée de l’Inspection générale de la ment inapproprié : 3 enquêtes. Parallèlement à ces
gendarmerie nationale de Rennes a été activée le 1er six enquêtes, l’antenne a conduit une procédure
août 2020 en réponse à une volonté du chef de l’IGGN de déconfliction à la demande du général de corps
de renforcer la proximité de l’Inspection générale avec d’armée, commandant la région de gendarmerie de
les grands commandements locaux et ainsi obtenir une Bretagne au sein même de cette région. Elle s’est
meilleure efficacité dans la détection et le traitement conclue par un accord écrit et signé entre les parties
des difficultés survenant parmi les personnels. en conflit. Un renfort au bureau des enquêtes judi-
Composée de deux officiers supérieurs s’appuyant, pour ciaires a aussi eu lieu.
le volet logistique, sur la région de gendarmerie de Bre-
tagne, l’ADIGGN de Rennes est compétente prioritaire- L’antenne apporte également son aide et les conseils
ment sur les ressorts des vingt départements des régions utiles aux militaires de tous grades confrontés à des
Bretagne, Pays de la Loire, Normandie et Centre-Val de interrogations, y compris aux officiers en charge d’une
Loire représentant plus de 17 000 militaires d’active et enquête de commandement et trouvant dans la proxi-
personnels civils ainsi que les différentes composantes mité, l’écoute et les réponses des officiers de l’IGGN, un
de la Gendarmerie nationale (gendarmeries départemen- appui apprécié.
tale et mobile, intervention, gendarmeries spécialisées, La diffusion de la culture de la déontologie reste par
soutien opérationnel, commandements dédiés, services). ailleurs une autre priorité. Elle prend plusieurs visages :
Elle peut toutefois intervenir sur l’ensemble du territoire • entretiens bimestriels avec le commandant de région
métropolitain voire outre-mer. qui permettent d’appréhender l’« état de santé déon-
Les antennes peuvent se renforcer mutuellement et en tologique » de la région voire de la zone de défense ;
toute souplesse au regard de leur plan de charge, des • contacts continus et essentiels avec le correspondant
élongations engendrées par le traitement des dossiers, déontologue régional (échanges sur les principes
de l’urgence des situations sensibles. déontologiques, évocation des manquements consta-
À l’instar des cinq autres antennes réparties sur le ter- tés et de leurs indispensables clés de compréhen-
ritoire national (Lille, Metz, Lyon, Marseille, Bordeaux) sion) ;
l’ADIGGN de Rennes réalise les enquêtes administra- • déplacements dans les unités particulièrement
tives ainsi que les déconflictions. Leur objectif est de constructifs et enrichissants.
résoudre des conflits limités entre deux militaires en Elle touche simultanément les commandants d’unités et
apportant des solutions envisagées, si besoin, avec les représentants de la chaîne concertation par le biais
les échelons de commandement locaux, et un suivi de des réunions de commandement et séminaires dédiés
la situation. Les enquêtes administratives conduites à la concertation. Tous ces rendez-vous essentiels à la
par l’ADIGGN de Rennes en 2021 ont pour origine des description de la valeur de l’engagement en gendarme-
problèmes comportementaux et se décomposent de la rie donnent lieu à des échanges sur l’organisation de
manière suivante : la prévention des manquements et dysfonctionnements
• mandats relatifs à des suspicions de harcèlement déontologiques, sur le savoir-être à adopter quelles que
moral : 3 enquêtes ; soient les fonctions exercées, ou encore sur les sujets
• mandats relatifs à des suspicions de comporte- de préoccupations partagés par les militaires présents.

63
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

64
2 .3. UN NOUVEAU PLAN D’ACTION DÉONTOLOGIE : 22 MESURES POUR
RÉAFFIRMER L’ENGAGEMENT DÉONTOLOGIQUE DE LA GENDARMERIE

L’IGGN a élaboré un nouveau plan d’action déontologie vaux réalisés au sein de l’IGGN : une étude sur les
destiné à réaffirmer et à renforcer encore l’engagement sanctions disciplinaires en gendarmerie et une
déontologique de la gendarmerie. cartographie des risques déontologiques. Ces
Cette démarche est essentielle car la gendarmerie doit thèmes feront l’objet d’un suivi annuel, avec en particu-
faire face à des crises de plus en plus nombreuses et lier une revue de ces risques déontologiques.
complexes ainsi qu’à un contexte opérationnel, média- Il vise à consolider les liens de confiance entre la
tique et sociétal pesant. Elle s’inscrit en cohérence avec population et la gendarmerie, à gagner en transpa-
les orientations stratégiques de la feuille de route GEND rence en communiquant plus clairement sur les enjeux
20.24 du directeur général de la gendarmerie nationale déontologiques de l’Institution et à irriguer davantage
et les travaux issus du Beauvau de la sécurité. la culture de la déontologie dans les activités et pra-
Ce plan d’action déontologique s’appuie sur deux tra- tiques quotidiennes des gendarmes.

LES QUATRE AXES DU PLAN DE DÉONTOLOGIE


Renforcer la gouvernance de la déontologie en gendarmerie :
• en présentant semestriellement au directeur général un point de situation relatif à la déontologie ;
• en accentuant les actions de communication sur la déontologie en gendarmerie ;
• en mettant en œuvre un tableau de bord de la déontologie ;
• en renforçant la dynamique de sensibilisation vers le Conseil de la fonction militaire-gendarmerie et la
chaîne de la concertation ;
• en formalisant une stratégie de lutte contre la corruption en gendarmerie ;
• en déclinant au sein de la gendarmerie la procédure de recueil et de traitement des signalements émis
en interne par les lanceurs d’alerte.

Développer les actions de formation déontologique :


• en augmentant les capacités de sensibilisation et de formation par la diffusion de cas concrets et la mise
en ligne d’une FAQ ;
• en créant une page intranet dédiée à la déontologie ;
• en concevant un module de formation sur les enquêtes administratives afin de normaliser les processus
et réduire les délais d’exécution ;
• en intégrant des questions de déontologie dans les examens professionnels de la gendarmerie ;
• en affirmant la déontologie comme compétence « socle » et en prévoyant une validation périodique des acquis.

SUITE

65
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

SUITE

Faciliter la prise en compte et le suivi des manquements déontologiques :


• en créant un outil de suivi et d’analyse exhaustive des procédures disciplinaires ;
• en créant un outil de suivi des enquêtes judiciaires et administratives internes (échelon national et local)
et des mesures administratives prises pour le traitement des manquements individuels ;
• en réactivant l’application AGIRR (« Application de gestion des Courriers de Réclamations et des Remer-
ciements ») sur le suivi des réclamations externes ;
• en améliorant l’accompagnement des unités en cas d’usage des armes ;
• en évaluant l’efficience du dispositif de recueil et de traitement des signalements des particuliers.

Mieux prévenir les risques déontologiques du quotidien :


• en diffusant un guide de maîtrise des risques déontologiques au profit des correspondants déontologues ;
• en étudiant les possibilités offertes par les nouvelles technologies (simulation opérationnelle, réalité vir-
tuelle,…) pour améliorer la prise de décision individuelle en matière d’usage des armes ;
• en créant un système de contrôle interne sur la consultation des fichiers ;
• en poursuivant le déploiement des caméras-piétons afin de prévenir les
incidents au cours des interventions ;
• en continuant le programme « alerte chambre de sûreté » afin de mieux
protéger les personnes privées de liberté ;
PLAN D’ACTION DÉONTOLOGIE
• en engageant une réflexion sur les relations de confiance entre les DE LA GENDARMERIE NATIONALE
jeunes et la gendarmerie.

CONFORTER LA PLACE DE LA
DÉONTOLOGIE DANS L’EXÉCUTION DES
MISSIONS DE LA GENDARMERIE

66
2.4. DIFFUSER UNE CULTURE DE LA DÉONTOLOGIE

2.4.1. L’importance de la déontologie en gendarmerie

CORPUS LÉGISLATIF, RÉGLEMENTAIRE ET ÉTHIQUE

Les règles déontologiques applicables aux forces


de sécurité intérieure relèvent d’un corpus juridique
dense10 . Outre les obligations liées au Code pénal et
au Code de procédure pénale, l’essentiel des règles
est synthétisé dans le Code de déontologie com-
mun gendarmerie-police, entré en vigueur le 1er
janvier 2014 et intégré au Code de la sécurité inté-
rieure (art. R.434-2 à R.434-33). Pour les militaires de
la gendarmerie, le statut général des militaires, trans-
posé dans le Code de la Défense, constitue une autre
référence majeure. En outre, l’Institution s’appuie
depuis 2010 sur la Charte du gendarme, sans valeur
juridique contraignante mais éclairante et incitative et
qui possède un objet plus large que les seules règles
déontologiques.
Afin de donner du sens aux règles et obligations liées
au métier de gendarme, il importe également d’ac-
compagner ce corpus d’une réflexion plus approfondie
sur les valeurs portées individuellement et collective-
ment, sur les finalités de l’action professionnelle et
sur les missions confiées au quotidien. Dans ce cadre,
en 2016, le commandement des écoles de la Gen-
darmerie nationale a réalisé un manuel11 permettant
à chaque militaire de nourrir une véritable réflexion
éthique sur son métier (autorité, discernement…), de
comprendre les implications personnelles, d’agir au
service de la Nation (dévouement, courage…) et de
susciter des questionnements sur le sens de l’engage-
ment (honneur, militarité, esprit de sacrifice…).
L’exercice du commandement dans une institution mili-
taire occupe une place particulière dans la réflexion
éthique et déontologique. À ce titre, la gendarmerie a
défini dans un document de référence12 et expliqué ce
qu’elle attend de ses cadres, dans une approche com-
mune aux officiers et aux sous-officiers en position d’au-
torité. Ce document propose notamment une réflexion sur
les notions de commandement et d’autorité, une analyse
des « actes élémentaires » du chef ainsi qu’un éclairage
sur les qualités foncières attendues.

67
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

GOUVERNANCE
La création, au sein du cabinet du DGGN, d’un Pôle des quelles sont soumis les personnels de la Gendarmerie
affaires réservées (PAR) contribue à la prise en compte nationale (article D.3122-12 du Code de la défense),
au plus haut niveau de l’Institution des exigences l’Inspection générale de la gendarmerie nationale
déontologiques. Le PAR gère et suit les dossiers les (IGGN) veille, par son positionnement hors hiérarchie,
plus sensibles, en particulier ceux pouvant fragiliser à la bonne marche des unités. Ses prérogatives
les orientations stratégiques de la gendarmerie et le s’exercent aussi bien sur le comportement du person-
lien de confiance avec la population. nel que sur le fonctionnement du service.
Chargée du respect des règles de déontologie aux-

FORMATION
La formation permet aux militaires de la gendarmerie des fichiers, recours aux réseaux sociaux…). Une docu-
d’agir en professionnels compétents et respectueux des mentation est disponible en ligne et librement acces-
normes comportementales. La déontologie est ainsi sible à tout militaire de la gendarmerie.
enseignée dans les écoles puis fait l’objet de rappels Compétence socle, la déontologie n’est pas une
lors des actions de formation continue et à l’occasion « matière » théorique ; elle décrit les règles trans-
de retours d’expérience d’évènements particuliers. Ces verses qui doivent guider l’action des gendarmes.
modules portent sur des thématiques générales (liber- Dans les écoles de la gendarmerie, l’enseignement de
tés individuelles, proportionnalité de la force, relation la déontologie est transverse, prolongé par des incises
avec la population…) et sont par ailleurs complétés par nombreuses dans d’autres cours en respect de son
des enseignements plus ciblés (discrimination, usage caractère interdisciplinaire.
Gendarmerie nationale

MINISTÈRE GENDARMERIE
DE L’INTÉRIEUR NATIONALE
Liberté
Égalité

FORMATION
Fraternité

À L’EXERCICE DE
L’AUTORITÉ

Guide du Gendarme
1) Comportement dans la vie professionnelle ..................................................................................................... 3

2022 1.1) Tenue militaire ................................................................................................................................................. 3


1.2) Respect et exemplarité .................................................................................................................................. 4
1.3) Comportement au sein de l'affectation ........................................................................................................ 9
1.4) Relations avec les officiers et supérieurs hiérarchiques ............................................................................... 12
DOCUMENT EXCLUSIVEMENT RÉSERVÉ AU PERSONNEL DE LA GENDARMERIE 1.5) Tradition et cérémonial militaire .................................................................................................................. 14
1.6) Déposition judiciaire .................................................................................................................................... 22
1.7) Comportement au téléphone ...................................................................................................................... 24
2) Relations avec la population .......................................................................................................................... 26
2.1) Principes généraux ........................................................................................................................................ 26
2.2) Accueil à l'unité ............................................................................................................................................ 27
2.3) Accueil et suivi des victimes ........................................................................................................................ 29
2.4) Relations dans le cadre du service ............................................................................................................... 30
2.5) Contrôle de personnes ................................................................................................................................ 32
2.6) Cas particuliers ............................................................................................................................................ 35

10 / Code de la défense, Code de la sécurité intérieure, Code pénal et Code de procédure pénale, Code de justice militaire, Code de déon-
2.7) Comportement à l'égard des autorités ....................................................................................................... 39

tologie de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale (2014), Charte du gendarme (2010), Serment du gendarme prêté en fin
de formation initiale devant un magistrat, Charte d’accueil du public, Code européen d’éthique de la police de 2001…
Guide G05 / Guide du Gendarme
intégration 27/04/2021 - mise à jour 03/02/2022 - génération 23/05/2022
© CPMGN 2021 - Document réalisé au Centre de Production Multimédia de la Gendarmerie Nationale à Limoges (cpmgn@[Link]). 1/77

11 / « Réflexions sur l’éthique & la déontologie - Les valeurs fondatrices de l’état de gendarme » réalisé en 2016 par le commandement
des écoles de la gendarmerie
12 / « Du commandement et de l’autorité : « invariants » du chef et pratique des relations hiérarchiques au sein de la Gendarmerie natio-
nale » - 2020

68
L’IMPORTANCE DE LA DÉONTOLOGIE EN GENDARMERIE :
5 QUESTIONS AU GÉNÉRAL LOUIS-MATHIEU GASPARI,
secrétaire général du Conseil de la fonction militaire de la gendarmerie (CFMG)

1 / Mon général, en quelques lignes, pouvez-vous nous présenter le CFMG ?


Le CFMG est l’instance nationale de concertation de la gendarmerie. Totalement intégré dans le dispositif de concertation
militaire, le CFMG est l’un des 9 Conseils de la fonction militaire (CFM). Il est co-présidé par le ministre des Armées et
par le ministre de l’Intérieur. Le DGGN en est le vice-président.
Selon le Code de la Défense, le CFMG étudie toute question relative à la gendarmerie concernant « les conditions de vie,
d’organisation du travail ou d’exercice du métier militaire ». Autrement dit, le CFMG traite de questions d’intérêt général.
Représentant la gendarmerie dans toute sa diversité, le CFMG compte 75 membres titulaires et 114 suppléants élus
pour 4 ans, en priorité parmi les détenteurs de mandats de concertation territoriale. Son renouvellement intervient par
moitié tous les 2 ans. La composition du CFMG respecte une triple représentativité : statutaire (officiers, sous-officiers),
organique (GD, GM, GR, gendarmerie spécialisée, etc.) et géographique (régions et outre-mer).
Portant la voix des 100 000 militaires de la gendarmerie qui l’ont élu, le CFMG se réunit en session 4 à 5 fois par an. Il
rend des avis sur les projets de textes qui lui sont présentés.

2 / Quelles relations entretiennent le CFMG et l’IGGN ?


Les relations entre l’IGGN et le CFMG sont très régulières et totalement naturelles. Le mot « interactions » me semble
correspondre davantage à la réalité de leurs échanges.
L’IGGN intervient, en premier lieu, lors du cycle de formation des nouveaux membres du Conseil qui suit chaque
renouvellement partiel du CFMG. Lors de ce séminaire, ils acquièrent les savoir-être et savoir-faire indispensables à
l’exercice d’un mandat de concertant national. Logiquement, l’Inspecteur général de la gendarmerie nationale leur
présente alors le contrôle interne et revient sur l’importance de la déontologie dans une Institution comme la nôtre.
Au-delà, les sessions du CFMG peuvent donner lieu à des interventions de l’IGGN sur la déontologie, les signalements
et les enquêtes administratives et judiciaires diligentées par l’inspection.

3 / À votre avis, comment le corps social de la gendarmerie perçoit-il la déontologie ?


Le corps social de la gendarmerie estime que la déontologie est consubstantielle de l’état
militaire. Le respect des règles et des devoirs régissant le métier de gendarme impose, à
tous les échelons, une triple responsabilité : individuelle, collective et hiérarchique.
Chaque chef hiérarchique dispose de moyens de contrôles (comptes rendus hiérarchiques,
rapports d’inspection, entretiens avec les autorités judiciaires et administratives, indica-
teurs) afin d’évaluer si les militaires placés sous leur autorité ont des comportements
contraires à la déontologie.
En cas de manquements, ce contrôle hiérarchique, opéré d’abord au plus près du terrain, constitue la première réponse
que le titulaire d’un commandement apporte pour établir la matérialité d’allégations relatives à des comportements inap-
propriés. En fonction de leur gravité, il fait jouer le principe de subsidiarité qui permet leur traitement « au bon niveau ».

SUITE

69
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

SUITE

4 / Selon vous, comment est perçue l’action de l’IGGN par le «corps social» gendarmerie ?
Les militaires de la gendarmerie considèrent que l’IGGN rend les services attendus ; son rôle est indispensable au
bon fonctionnement de leur Institution.
Elle permet de garantir, voire de renforcer s’il en était besoin, le nécessaire lien de confiance avec la population
sans lequel aucune politique de sécurité ne peut être véritablement efficace. Parce qu’elle permet de lutter contre
les comportements inappropriés, l’action de l’IGGN renforce donc, à leurs yeux, la légitimité et la crédibilité de leur
engagement qui, rappelons-le, consiste à rendre le meilleur service de sécurité à nos concitoyens, et ce sur 95% du
territoire au profit de 52% de la population.

5 / E stimez-vous que les personnels de la gendarmerie sont suffisamment sensibilisés


aux questions déontologiques ?
Un constat d’évidence s’impose : la sensibilisation aux respects des règles déontologiques doit être réitérée tout au
long de la carrière.
La période de formation initiale est certainement celle au cours de laquelle ces valeurs sont inculquées avec beau-
coup d’insistance aux militaires de la gendarmerie. Pour autant, ce n’est pas suffisant. Au-delà du vaccin initial, des
« piqûres de rappel » sont nécessaires.
Force est de constater que cet effort de formation porte ses fruits. En effet, malgré l’engagement soutenu des forces
de gendarmerie, les signalements en matière déontologique concernent finalement bien peu de militaires de la gen-
darmerie. Le CFMG y voit un signe clair d’un corps de métier bien construit, cohérent et fidèle à ses valeurs.

70
2.4.2. Développer la culture de la déontologie par la formation et la sensibilisation
l’acquis lorsque ces jeunes recrues rejoignent la gen-
darmerie. Il est vrai, pour ne prendre que quelques
exemples, que le discernement, l’impartialité, la cour-
toisie sont des notions logiquement assimilées par
tout un chacun. Mais pour un gendarme, ces notions
sont élevées à un niveau supérieur, car ce qui pourrait
être toléré d’un citoyen, ne le sera pas d’un gendarme
dépositaire de l’autorité, pouvant aller jusqu’à une
certaine coercition. On ne tolérera aucun écart de son
comportement.
Le passage de « citoyen éduqué » à l’état de gendarme,
quel que soit le grade, passe donc par l’acquisition
d’un savoir-être, déclinable dans les activités quo-
tidiennes, au travers de cours théoriques mais, sur-
tout, de nombreux cas concrets, mises en situation,
qui participent à une réflexion d’ensemble. L’objectif
est bien que les personnels en formation s’interrogent
sur leur engagement et leur adhésion aux valeurs prô-
nées par la gendarmerie.
Mais, pour sa pérennité, une culture nécessite d’être
entretenue et enrichie. En cela, la formation continue
ne saurait être accessoire. Dans ce domaine, l’inter-
vention de l’IGGN ne cesse de croître au fil des années.
Forte de sa vision globale des manquements et de
Avec le temps, la sagesse finit par imprégner tout indi- sa capacité d’analyse, elle est en mesure d’éclairer
vidu et le risque de « dérapage » diminue au fur et à et de sensibiliser les différents publics qui consti-
mesure que l’âge avance ! tuent la gendarmerie. De nombreuses interventions
Mais un gendarme n’a pas le temps d’attendre ! Dès ont donc été réalisées par des personnels de l’IGGN
son incorporation au sein de l’Institution, sa conduite tout au long de l’année 2021 et le rythme ne faiblira
quotidienne, dans l’exercice de ses fonctions bien sûr, pas en 2022 ! L’inspection diffuse régulièrement des
mais aussi dans sa vie privée, le gendarme se doit « fiches alerte » à partir de cas concrets qu’elle a pu
d’avoir un comportement irréprochable. L’exempla- constater ; elles permettent d’aider les responsables
rité des membres des forces de sécurité intérieure est à sensibiliser leurs subordonnés. À titre d’exemple, la
au cœur du contrat de confiance qui doit exister avec diffusion d’une fiche alerte concernant l’usage des
la population. Cette dernière admet qu’un gendarme réseaux sociaux et plus récemment, un rappel des
ne puisse pas résoudre tous ses problèmes rapide- règles relatives au devoir de réserve (Cf § 2.4.3.).
ment mais, elle attend de lui de la rigueur et du pro- Cette action de l’Inspection générale, en complément
fessionnalisme. de l’engagement des écoles, des centres régionaux
L’enseignement des règles déontologiques constitue d’instruction et des échelons territoriaux de com-
donc un volet important du parcours d’un élève, mandement, participe au ruissellement d’une culture
qu’il soit officier, sous-officier ou gendarme adjoint déontologique de nature à éviter les pertes de repère
volontaire et ce, dès sa formation initiale. On pourrait et, au final, à préserver la légitimité de l’action de la
considérer que la plupart de ces règles font partie de Gendarmerie nationale.

71
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

LA DÉONTOLOGIE, UN SUJET IMPORTANT EN FORMATION INITIALE :


•5
 5 h au profit des élèves officiers de l’EOGN, 40 h concernant les élèves officiers du corps technique et
administratif, 18 h pour les officiers issus du rang,
• 22 h pour les élèves sous-officiers de gendarmerie,
•2
 0 h pour les élèves gendarmes-adjoints volontaires,
• 20 h concernant les réservistes en formation.

À noter que la plupart de ces cours, sont complétés par des conférences données par des intervenants
extérieurs (DDD, DILCRAH, LICRA… et diverses associations extérieures -FLAG, SOS homophobie, etc.…).

LA FORMATION CONTINUE PAR L’IGGN, EN 2021, C’EST :


•2
 3 interventions devant des personnels de la gendarmerie (officiers de gendarmerie admis à l’École
de guerre, officiers élèves à l’EOGN, officiers issus du rang, stages nationaux de préparation aux divers
commandements, stages nationaux de formation à l’encadrement opérationnel, stage d’acculturation des
personnels civils et officiers commissionnés, nouveaux conseillers concertation),
•6
 0 heures qui ont permis de sensibiliser plus de 4 000 personnels aux questions relatives au respect de
la déontologie

2.4.3. Le chef de l’IGGN, référent déontologue et lanceur d’alerte de la gendarmerie


La loi 2016-483 du 20 avril 2016 relative à la déon- et parce que la déontologie des militaires présente des
tologie et aux droits et obligations dans la fonction différences avec celle des fonctionnaires civils, notamment
publique ([Link] plus contraignante en termes de cumul d’activité, le
TEXT000032433852/), a institué pour tout agent, le droit référent déontologue de la Gendarmerie nationale parti-
de consulter un référent déontologue chargé de lui cipe également aux réunions de ses homologues des trois
apporter des conseils sur les questions relatives à la armées et services communs, sous la houlette du référent
déontologie. S’agissant de la Gendarmerie nationale, le déontologue du ministère des Armées.
chef de l’inspection générale a été désigné par le direc- Du fait de ses fonctions de référent déontologue de la
teur général pour assumer ces fonctions. Il prend place Gendarmerie nationale, le chef de l’inspection générale
dans un collège plus vaste regroupant ses homologues du anime le réseau des « correspondants déontologues »,
ministère de l’Intérieur, dont monsieur Christian Vigouroux, soit cinquante officiers de gendarmerie répartis dans l’en-
président de section honoraire au Conseil d’État et lui- semble des unités opérationnelles de l’Institution, mais
même référent déontologue du ministère. Parallèlement également les écoles et les centres de formation.

En Pour en savoir plus sur le rôle du référent et du correspondant déontologue :


Savoir [Link]
08-yBAI/?utm_source=linkedin_share&utm_medium=member_desktop_web

72
En 2021 et profitant de la levée des mesures de préven- du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les
tion de la pandémie, l’Inspection générale a pu organiser, institutions pénales (CESDIP) et Monsieur Mathieu Zagro-
en présentiel, un séminaire à destination des cor- dzki, docteur en science politique, chercheur associé au
respondants déontologues. Réunissant ces derniers, CESDIP, qui ont présenté leur étude réalisée en partena-
mais également de nombreux intervenants extérieurs, riat avec la Gendarmerie nationale sur le contrôle des
afin de donner corps à la volonté d’ouverture du chef de forces de sécurité intérieure à l’étranger. Madame Coppo,
l’inspection générale, le séminaire s’est déroulé les 07 déontologue du groupe La Poste, l’inspecteur général et
et 08 octobre derniers, dans les locaux de la direction l’inspecteur général adjoint de la police fédérale et de la
générale, à Issy-les-Moulineaux. Ainsi, madame Pauline police locale belge (AIG), messieurs Thierry Gillis et Johan
Caby, adjointe à la Défenseure des droits, en charge du De Volder, ont complété ces regards croisés sur les
respect de la déontologie par les professionnels de la pratiques en matière de contrôle interne.
sécurité, est revenue sur le contrôle externe des forces Des intervenants internes à la gendarmerie se sont
de sécurité intérieure en France, de même que le profes- aussi succédés, participant ainsi à la formation des cor-
seur de science politique Jacques de Maillard, directeur respondants déontologues.

En Pour en savoir plus sur le séminaire :


Savoir [Link]
source=linkedin_share&utm_medium=member_desktop_w

En 2021, le chef de l’inspection générale a été solli- s’impose aux fonctionnaires et aux militaires. En effet,
cité à 13 reprises dans le cadre de ses fonctions de ledit emblème a été utilisé à plusieurs reprises dans
référent déontologue. Les thématiques abordées sont des manifestations à caractère politique aux Etats-
multiples, des demandes relatives à des cumuls d’ac- Unis et est aussi devenu le signe d’appartenance à
tivité qui vont de la qualification, « œuvre de l’esprit des mouvements ultra radicaux.
ou non », d’une activité éventuelle de « disc-jockey », L’Inspection générale de la gendarmerie nationale est
à la participation d’un militaire à une fonction diri- également chargée du respect des règles de déon-
geante dans une société gérant exclusivement un tologie auxquelles sont soumis les personnels de la
patrimoine personnel et familial. Gendarmerie nationale13, et l’action préventive, tout
Le chef de l’Inspection générale a également rédigé en étant difficilement quantifiable, constitue un levier
dans le courant de l’année un avis relatif au port d’in- d’efficacité de tout premier choix. Elle a publié en
signes représentant l’emblème « Thin Blue Line » 2021 une « alerte déontologie » relative à l’usage des
(« fine ligne bleue » en français). Cet emblème est sus- réseaux sociaux. Ce document a fait l’objet de reprises
ceptible de faire obstacle à l’exigence de neutralité qui dans la presse quotidienne nationale.

13 / Deuxième alinéa de l’article D.3122-12 du Code de la défense.

73
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

Juin 2021

ALERTE DÉONTOLOGIE

- USAGE DES RÉSEAUX SOCIAUX


1 CONSTAT

• Manque de discernement dans l’utilisation des réseaux sociaux.


• Paramètres de confidentialité et de sécurité mal maîtrisés.
• Difficultés à appréhender la frontière entre « vie privée » et « vie professionnelle ».
• Responsabilité pénale ignorée.

2 CAS CONCRETS

Publication par un gradé, sur son compte Facebook public, de propos et de photos susceptibles
de constituer des manquements déontologiques aux devoirs de réserve et d’exemplarité et
des infractions pénales. Faits portés à la connaissance du procureur de la République. Mis en
examen pour provocation à la haine raciale ou à la violence et provocation à la discrimination.
Son contrôle judiciaire prescrit une interdiction d’exercer son activité professionnelle et il devra
pointer une fois par mois au commissariat de sa ville.

Propos tenus, souvent sous forme humoristique, par les gendarmes d’une unité sur un groupe
WhatsApp privé, susceptibles de constituer des manquements déontologiques et des infractions
pénales. Faits matérialisant les infractions de provocations, diffamations et injures non publiques
présentant un caractère raciste ou discriminatoire, portés à la connaissance du procureur de la
République. Sur le plan déontologique : sanctions à hauteur de 6 blâmes du ministre et plusieurs
dizaines de jours d’arrêt.

Un gendarme, sur un compte public Tinder (réseau social de rencontres), publie en guise de
profil, une photographie de son buste en uniforme, accompagnée de la description suivante :
« Quitte à se faire baiser par les forces de l’ordre, autant que ce soit consenti et en jouir ... »,
susceptible de constituer des manquements déontologiques aux devoirs de probité et d’exempla-
rité. Sanction en cours.

3 À RETENIR
• Les réseaux sociaux restent un espace avant tout public et non privé.
• Le statut de militaire est permanent : les réseaux sociaux sont votre « vitrine » vis-à-vis
du grand public ; les règles d’expression propres à l’état de gendarme doivent être respectées.
• Restez vigilants, la liberté d’expression n’autorise pas tout, même sous couvert d’humour.
• L’oubli numérique n’existe pas.
Un mot d’ordre : « Réfléchissez avant de publier ! »

Lecture conseillée :
Code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale
Documents joints :
Guide du bon usage des médias sociaux 2019 (SIRPA Gendarmerie)
[Link]
Fiche thématique - Médias sociaux 2021 (Comité des référents déontologues du ministère de l’Intérieur)
[Link]

74
VERS UNE ÉVOLUTION DE LA PRISE EN COMPTE DES LANCEURS D’ALERTE

absence de contrepartie financière, ce qui consti-


tue une notion moins restrictive et élargit son champ
d’application. Il n’est plus requis d’avoir eu person-
nellement connaissance des faits, des éléments

ALERTE ! rapportés par un tiers pourront donc être dénoncés.


Enfin, le critère d’une violation grave et manifeste de la
règle est supprimé, au profit d’informations relatives
à un crime, un délit, une violation du droit ou une
tentative de dissimulation de cette violation.

Elle crée la notion de « facilitateurs ». Ainsi, l’en-


tourage du lanceur d’alerte, constitué de personnes
physiques et/ou morales à but non lucratif, telles que
La France a évalué à l’été 2021 son dispositif de probablement des associations et des syndicats, sous
protection des lanceurs d’alerte issu de la loi dite réserve que leur qualité de « facilitateur » soit recon-
« Sapin II » n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 rela- nue, pourra bénéficier des mêmes protections et saisir
tive à la transparence, à la lutte contre la corrup- les instances.
tion et à la modernisation de la vie économique.
Pour être considérés comme des lanceurs d’alertes, Elle facilite l’exercice du signalement, dans la mesure
les personnels civils ou militaires affectés au sein de où une divulgation préalable obligatoire graduée,
la Gendarmerie nationale, ainsi que les collaborateurs interne puis externe et finalement publique, n’est plus
extérieurs occasionnels, devaient prouver avoir eu requise. Le signalant peut choisir à sa guise un signa-
personnellement connaissance de faits leur parais- lement interne ou externe, notamment à un organe
sant devoir être révélés ou signalés. Les signalements européen, à la justice ou encore au Défenseur des
devaient être réalisés de manière « désintéressée » et droits dans les conditions prévues par la loi organique
de « bonne foi ». adoptée le même jour. Le chef de l’IGGN est référent
lanceur d’alerte et peut à ce titre être sollicité par
Les conditions ainsi indiquées seront désormais cadu- toute partie souhaitant se prévaloir de cette qualité.
ques, dans le cadre de la rénovation du statut des lan-
ceurs d’alerte. Enfin, elle renforce les mesures de protection dont
bénéficient les lanceurs d’alerte et étend le régime
Afin de transposer la directive du 23 octobre 2019 d’irresponsabilité dont ces derniers peuvent se préva-
sur la protection des personnes qui signalent des vio- loir tout en prévoyant une assistance juridique psycho-
lations du droit de l’Union, la loi n°2022-401 du 21 logique et financière.
mars 2022 visant à améliorer la protection des lan-
ceurs d’alerte a été adoptée. À ce jour, aucun signalement susceptible d’avoir la
qualité d’alerte n’a été porté à la connaissance du chef
Cette loi élargit la définition des lanceurs d’alerte en de l’IGGN, référent lanceur d’alerte de la Gendarmerie
substituant à l’action de manière « désintéressée », une nationale.

75
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

2.4.4. La plateforme STOP-DISCRI : 253 signalements internes en 2021


Créée en 2014, la plateforme des signalements
internes « Stop-Discri » participe à la prévention des
discriminations, du harcèlement moral ou sexuel,
des agissements sexistes et des violences au sein
de la Gendarmerie nationale. L’ensemble des per-
sonnels, civils et militaires, d’active ou de réserve,
253
s’estimant victimes eux-mêmes ou témoins de l’une signalements internes
des cinq catégories de faits susmentionnés, peut en 2021 (+4,5%)
contacter les opérateurs de l’Inspection générale de
la gendarmerie nationale (IGGN). Ces derniers sont au
nombre de cinq, officier et sous-officiers de gendar-
merie, issus d’unités opérationnelles et ayant donc 71
une connaissance des environnements professionnels
décrits lors des signalements.
Les signalements s’effectuent très majoritairement 182
par le biais d’un formulaire accessible depuis l’intra-
net de la gendarmerie nationale ou sur internet, par
le biais du site gendcom (site internet réservé aux
personnels de la gendarmerie). Les voies postale et
téléphonique restent également possibles, tout en Stop Discri Conseils
demeurant quantitativement très limitées.

En 2021, la plateforme a recueilli 253 signalements,


pour 242 en 2020. Parmi ceux-ci, un quart est consi-
déré comme n’entrant pas dans le champ de com- Une fois le signalement réalisé, les opérateurs de la
pétence de « Stop-Discri » ou ne concernant que des plateforme, formés à l’écoute active, sensibilisés aux
demandes de « conseils ». Cette proportion est en risques psycho-sociaux, planifient un entretien télé-
baisse par rapport à 2020. phonique avec le requérant et échangent avec lui.

76
Répartition des motifs
initiaux de signalement

Autre 9

Violence 3

Discrimination 19

Harcèlement sexuel 14

Harcèlement moral 137


au travail

À l’issue de leur entretien avec un opérateur, les lorsque les premiers éléments recueillis laissent
personnes ayant sollicité l’IGGN peuvent ensuite lui présager qu’une infraction pénale a été commise.
transmettre tout type de document. L’ensemble de Un peu plus de la moitié des signalements fait
ces informations est analysé, et présenté au chef cependant l’objet d’une demande d’élément de
de l’IGGN pour définir les suites à donner. Elles sont réponse (EDR), adressée au commandant de région
de plusieurs ordres et peuvent revêtir, dans les cas ou de Formation administrative (FA), tandis qu’un
les plus graves, la forme d’une correspondance au tiers se solde par une enquête administrative (EA).
procureur de la République en vertu des disposi- Après étude collégiale, les dossiers restants sont
tions de l’article 40 du Code de procédure pénale, réorientés, abandonnés ou retirés.

77
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

Orientation des 164 dossiers


(pour 182 «signalants»)

Réorientés, retirés 22

Enquête administrative 17
BEA

Enquête administrative 36
Formation administrative

Demande Éléments de
réponses Formation 89
administrative

(Nota : un dossier peut comporter plusieurs signalants)

Une fois les éléments de réponse ou les rapports commandants de régions en ce qui concerne leurs
d’enquête administrative retournés à l’IGGN, une préconisations. Cette phase, dite de « clôture », se
seconde analyse est réalisée. Elle a pour but de matérialise par une correspondance personnelle
déterminer si les faits allégués initialement sont du chef de l’IGGN à la personne ayant effectué un
avérés, d’un point de vue administratif et pour le signalement « Stop-Discri » et une autre, au com-
chef de l’inspection générale, de donner un avis aux mandant de région.

78
Etat des investigations concernant
les 182 «signalants»
Motifs retenus à l’issue des investigations ou toujours en cours

Avéré
43
Non Avéré
40 38 Autres manquements
Incompétence
33 Toujours en cours

20
17

10
6 6 5
3 3 2
1 1 1 1
0
HARCÈLEMENT MORAL HARCÈLEMENT SEXUEL DISCRIMINATION

L’histogramme ci-dessus dresse le bilan des procédures « Stop-Discri » au 15 mars 2022.

Ainsi et s’agissant du harcèlement moral au travail • 38 n’ont révélé ni HMT, ni d’autres difficultés
(HMT), parmi les 137 cas portés à la connaissance ou dysfonctionnements ;
de l’IGGN : • 43 ont révélé des fautes en termes de compor-
• 6 ont confirmé les allégations initiales, propor- tements, de propos, etc, mais pas de HMT ;
tion équivalente à celle de 2020 et proche des • 17 présentaient, à l’issue des investigations,
évaluations de Heinz Leymann, docteur en psy- des situations ne ressortant pas de la compé-
chologie et auteur d’un ouvrage intitulé Mob- tence de l’inspection générale ;
bing, la persécution au travail, soit 3,5 % ; • 33 sont toujours en cours.

79
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

S’agissant du harcèlement sexuel (HS), et 14 situa- Parmi les évolutions en œuvre, le suivi des victimes
tions potentielles sont portées à la connaissance de a été renforcé par l’IGGN. Ainsi, un contact est établi
l’IGGN, soit 4 supplémentaires par rapport à 2020 : entre quatre et six mois après l’envoi des lettres de
• 3 ont été confirmées ; clôture afin de s’enquérir de leur situation. Le cas
• 1 est non avérée ; échéant, cette action permet de relancer certaines
• 6 ont entraîné la révélation d’autres fautes et procédures ou d’appuyer des démarches.
manquements divers, mais pas de HS ; En 2021, il convient également de noter que les rela-
• 3 se sont soldés par une procédure judiciaire tions se sont multipliées avec le secrétariat général
(signalement au titre des dispositions de du ministère de l’Intérieur et l’Inspection générale
l’article 40 du Code de procédure pénale ou de la police nationale, qui disposent eux-aussi de
dépôt de plainte) ; plateformes de signalement, afin de comparer les
• 1 est toujours en cours. pratiques en cours et rapprocher les données sta-
tistiques et chiffrées obtenues. Ce dernier point
Chaque cas signalé de HS à l’IGGN a entraîné des est important, d’autant que la loi 2019-828 du 06
investigations internes, pratique identique à celle août 2019 dite loi de transformation de la fonction
de 2020. publique, impose aux administrations de mettre en
place de telles plateformes.
S’agissant enfin des discriminations, le bilan provi-
soire des 19 signalements, contre 26 l’année pas- La mise en place de « Stop-Discri » et les évolu-
sée, se répartit comme suit : tions observées depuis près de sept ans, ont aussi
• 2 ont été confirmés, l’une concernant l’ap- été évoquées avec des directeurs et des directeurs
partenance à une ethnie supposée et l’autre adjoints de services départementaux d’incendie et
les convictions religieuses supposées ; de secours (SDIS) en formation dans les locaux de
• 5 ne sont pas avérés et aucune autre faute ou l’École nationale supérieure des sapeurs-pompiers
manquement n’a été constatée ; (ENSOSP).
• 10 révèlent d’autres fautes et manquements,
mais pas de situation de discrimination ;
• 1 ne concernait pas le périmètre de l’IGGN
après l’analyse initiale ;
• 1 est toujours en cours.

80
2.4.5. Le correspondant déontologue, maillon essentiel de la chaîne déontologique

Institué en 2016, à la suite de la loi 2016-483 rela- toutes les régions de gendarmerie, au plus près des
tive à la déontologie dans la fonction publique, le chefs, dans toutes les écoles de gendarmerie et
référent déontologue de la Gendarmerie nationale centres de formation, à la Direction générale de la
est le chef de l’Inspection générale de la gendar- gendarmerie nationale (DGGN), mais aussi au sein
merie nationale (IGGN). Il s’appuie sur un réseau d’autres entités, comme le Commandement spécia-
de 50 correspondants déontologues, présents dans lisé pour la sécurité nucléaire (COSSEN).

Mon colonel, quel rôle joue la déontologie dans l’action quotidienne des gen-
darmes ?
On a l’habitude de dire que la déontologie regroupe les règles particulières qui
s’appliquent aux membres d’une même profession. Pour les gendarmes, le sta-
tut militaire et la singularité des missions qu’ils exercent donnent naissance à
un cadre déontologique très singulier. Ce dernier guide son action en service et
hors-service. Parmi les textes fondateurs, le Code de la défense, dont son article
Le colonel Didier Limet, L.4111-1, la Charte du gendarme et le Code de déontologie de la Police nationale
adjoint au commandant de la et de la Gendarmerie nationale. Ce dernier est inscrit dans le Code de sécurité
gendarmerie d’Alsace, intérieure. Il constitue un guide qui définit bien le cadre dans lequel le gendarme
est correspondant déontologue évolue dans ses relations avec ses camarades et avec la population.
depuis 2018.
Quel est le rôle du correspondant déontologue ?
Le chef de l’IGGN est le référent déontologue, et dans chaque région de gendar-
merie, il existe un correspondant déontologue, qui est le relais de l’inspection
générale, au plus près du terrain. Son rôle peut se scinder en deux volets. Le
premier, essentiel, est le volet préventif. En complément du travail de l’Inspection
générale de la gendarmerie nationale (IGGN), le correspondant déontologue a un
rôle de prévention, de conseil et d’information auprès des gendarmes de terrain
dans les unités, et auprès des réservistes lors de leur formation initiale, car eux
aussi doivent adopter les mêmes règles que leurs camarades d’active. Le corres-
pondant déontologue est donc un acteur important, mais tous les gendarmes sont
des acteurs de la déontologie, surtout l’encadrement, qui doit veiller, entre autres,
à la santé de ses personnels.
Mais la prévention ne suffit pas toujours. En tant que correspondant déontologue,
je suis habilité à mener une enquête administrative, avec un mandat précis du
commandant de la gendarmerie d’Alsace. En cas de relations conflictuelles, pou-
vant aller jusqu’au harcèlement moral au travail ou au harcèlement sexuel, mon
rôle est donc d’abord de démêler le vrai du faux, en entendant les responsables,
les victimes potentielles et les témoins. Ensuite, de faire des préconisations
afin que cessent les situations de souffrance au travail. Mais je ne peux pas à
la fois préconiser et infliger une sanction disciplinaire. Seul le commandant de
région peut prendre cette décision, en fonction des éléments qui sont portés à sa
connaissance par le biais des investigations conduites.

81
2. UNE DÉONTOLOGIE DU QUOTIDIEN QUI CONTRIBUE
À L’EXEMPLARITÉ DE L’ACTION EN GENDARMERIE

Quels types de manquement à la


déontologie peuvent survenir ?
L’usage des réseaux sociaux peut
entraîner des dérives, notamment parmi
les gendarmes les plus jeunes, sans
qu’il y ait une volonté de mal faire. Il est
important de rappeler certaines règles,
pour leur éviter de tomber dans ces tra-
vers. En s’exposant, ils se mettent en
danger et mettent en danger l’image de
l’institution. Les moyens d’expression
mis à la disposition des gendarmes et
Réunion annuelle des correspondants déontologues de la gendarmerie par l’ IGGN de nos concitoyens sont faciles d’accès
et très simples d’utilisation. Or, notre
statut de gendarme et le fait que nous soyons porteurs d’une parcelle de l’autorité
publique nous contraignent à parfois user d’une liberté d’expression limitée. Tout cela
doit être compris et librement consenti, d’où la primauté de l’information et de la pré-
vention à destination des plus jeunes d’entre nous. L’IGGN a ainsi produit et diffusé
une fiche « alerte déontologie » sur l’usage des réseaux sociaux. Ce document est très
évocateur et permet d’éviter de se mettre à la faute.
Par ailleurs, la gendarmerie est aussi le reflet de la société. Il peut arriver que la
façon de commander ne soit pas adaptée, sans que cela soit forcément conscient.
Certains peuvent souffrir d’un commandement qui ne soit pas suffisamment partici-
patif, qui ne donne pas le sens. Les cas problématiques restent marginaux, mais il
est de notre devoir de prendre en compte chaque militaire en souffrance et de régler
les problèmes lorsqu’ils sont portés à la connaissance du commandement. D’autant
que si le problème est identifié assez tôt, il est possible de corriger le tir en donnant
quelques clés pour aider à trouver un meilleur équilibre. C’est aussi le rôle du corres-
pondant déontologue. Même s’il n’y a pas de recette miracle, on peut discuter pour
identifier les écueils et esquisser des solutions.

Que pouvez-vous apporter à titre personnel ?


Je n’ai pas la science infuse, mais j’ai une certaine expérience, que ce soit dans des
unités d’intervention, des postes de commandement au sein de la compagnie de
gendarmerie départementale d’Avranches, dans la Manche, puis au sein des grou-
pements du Loir-et-Cher et de Lozère. Dans l’exercice de cette fonction de comman-
dement, j’ai pu moi aussi commettre des erreurs, mais j’ai su changer, m’améliorer,
précisément parce qu’on m’a aidé en me donnant les bons conseils. En devenant
correspondant déontologue, je participe désormais à cette action de prévention dont
j’ai pu moi-même bénéficier quelques années en arrière.

82
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES
QUI CONTRIBUE À LA BONNE EXÉCUTION DU
SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS
L’activité d’audit est soumise à des exigences fortes. garantissent en effet la pertinence des travaux réalisés.
Au niveau ministériel, en deçà des textes réglementaires Tel est le principe sous-tendu dans la démarche conduite
qui organisent l’audit interne, la partie méthodologique par l’IGGN. Entre autres initiatives, cette dernière s’at-
est encadrée par différents documents et normes qui tache à développer des partenariats avec ses homolo-
servent de référence. Le Cadre de référence de l’audit gues pour échanger sur les bonnes pratiques et investit
interne de l’État (CRAIE) ou la charte ministérielle d’au- les milieux d’expertise pour progresser. La référence à
dit interne en sont deux exemples. des praticiens expérimentés, appartenant également au
À côté de la lettre de leur contenu, l’esprit défendu est monde de l’entreprise, est une source d’inspiration.
celui de la « professionnalisation » de l’activité. L’ap- Deux experts ont bien voulu nous faire part de leur
propriation de la méthode et son application rigoureuse démarche en ces matières.

Arnaud Freyder, Quels sont les principaux apports de l’audit interne à votre organisation ?
directeur de l’audit Ma conviction, c’est que l’audit interne doit être en pleine conformité avec les
du groupe Caisse des Dépôts normes de la profession. Autrement dit, son premier rôle est d’apporter de l’assu-
rance sur la sécurité et l’efficacité de toutes les activités de l’entreprise, à partir
d’une analyse précise et complète de l’univers d’audit et des risques. Mais
son rôle est aussi d’être au cœur de l’entreprise, dans un rôle de conseil et d’ap-
porteur de valeur ajoutée. En aucun cas, l’audit interne ne doit pas chercher à
« singer » les organes de contrôle ou de supervision, comme la Cour des comptes
ou l’ACPR : les rôles sont différents, tout en étant complémentaires.

Quelles sont les facteurs qui assurent l’efficacité de l’audit interne, sur la
base de votre expérience ?
Ces facteurs découlent très directement de ce que j’évoquais à l’instant. L’effica-
cité de l’audit repose fondamentalement sur la clarté et la qualité des pratiques
d’audit interne, pour qu’elles soient conformes aux meilleurs standards dans ce
domaine, mais également sur le panel et la profondeur des ressources sur les-
quelles il s’appuie. La bonne gestion des compétences au sein d’une direction
d’audit interne, visant à ce qu’elles soient à la fois diversifiées et polyvalentes, est
indéniablement la clé du succès.

Quelles sont vos initiatives majeures en matière d’évolution de l’audit


interne ?
À mon arrivée sur le poste en 2019, l’équipe était réduite (une vingtaine d’au-
diteurs et de superviseurs) et beaucoup de choses restaient à bâtir. J’ai donc
proposé une feuille de route qui nous a guidés jusqu’à ce jour, reposant sur 3 axes
permettant de répondre aux objectifs que j’ai cités plus haut : insérer résolument
le contrôle périodique dans la dynamique de transformation de l’Établissement
public et du Groupe CDC, dans le contexte nouveau issu de la loi PACTE ; améliorer
la performance de la Direction sur le cœur de ses missions ; déployer un chantier
portant sur toutes les dimensions RH. Et c’est une vraie fierté collective pour mon

83
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

équipe d’avoir réussi à bâtir une direction d’audit interne qui s’approche désor-
mais des meilleurs standards : tout le corpus procédural a été revu, les effectifs
ont plus que doublé et le nombre de rapports de missions produits par an est
passé de 26 à 2018 à 87 en 2021. La préparation de la certification IFACI de notre
direction, que nous avons obtenue pour la première fois en octobre 2021, a été un
formidable levier pour progresser en ce sens !

Xavier Sahut d’Izarn, La direction générale et le conseil d’administration de Safran ont des attentes à
groupe Safran, directeur de forte valeur ajoutée vis-à-vis de leur direction de l’audit interne.
l’audit et du contrôle interne, Il s’agit d’abord et avant tout de contribuer à « l’assurance raisonnable » en matière
Ingénieur général de de conformité, de maîtrise des risques, mais aussi de performance des opérations
l’armement (2s) et de robustesse et pertinence des contrôles ; concrètement, cela recouvre plu-
sieurs objectifs :
• identifier les déficiences en matière de contrôle interne et de respect des régle-
mentations et des procédures internes ;
• évaluer le niveau de protection contre les risques majeurs ;
• apprécier l’efficacité du système de contrôle des opérations ;
• mesurer et apprécier l’efficience des activités des entités opérationnelles ;
• piloter et rendre compte des actions de remédiation des déficiences constatées.
Il s’agit ensuite de contribuer à la transformation de Safran, par nos diagnostics, nos
recommandations, les plans d’actions… Il s’agit enfin, et ce n’est pas une mission
secondaire, d’être une pépinière de cadres à potentiel, mobiles au sein du Groupe.
Pour assurer ses missions, l’audit interne se doit d’évaluer de façon méthodique, indé-
pendante et objective l’organisation, les processus et la conduite des opérations, en
emportant la conviction et en obtenant l’adhésion de toutes les parties prenantes.

MÉTHODIQUE, cela implique de définir et mettre en œuvre une méthodolo-


gie d’audit éprouvée ; Safran a ainsi défini et régulièrement enrichi un réfé-
rentiel, notre Système de management de la qualité (SMQ), qui cadre nos
activités d’audit. Ce SMQ est établi en conformité avec les normes interna-
tionales d’audit interne ; sa pertinence et sa bonne application sont régu-
lièrement vérifiées par l’IFACI, qui certifie Safran depuis maintenant 15 ans.
INDÉPENDANTE, cela s’appuie sur l’organisation en place, le rattachement de
l’audit au Secrétariat général, donc sans subordination aux Opérations ou à la
Finance, et à un lien fonctionnel direct avec le Comité d’audit et des risques
du Conseil d’administration. Les exigences d’indépendance et d’éthique sont
rassemblées dans une Charte qui est signée par tout nouvel arrivant.
L’OBJECTIVITÉ est conditionnée, en complément des garanties qui viennent
d’être présentées, par le recours exclusif aux faits (pas de place pour le sen-
timent ou les impressions), par une démonstration explicite et structurée
conduisant des faits aux conclusions d’audit, qui fait l’objet d’une double
vérification, par un superviseur d’audit puis par le Directeur de l’audit qui
valide systématiquement in fine les conclusions et les livrables d’audit.

84
Cette approche strictement cartésienne, appuyée sur les faits et sur un
raisonnement explicite est un facteur puissant, dans un groupe à forte
dominante technologique qui reste fortement conduit par la technique et la
culture d’ingénieurs comme Safran, de l’emport de la conviction des parties
prenantes. C’est bien sûr la qualité et la pertinence des analyses et des
recommandations qui font la valeur perçue ; elles sont fortement dépen-
dantes du haut niveau de compétences et de motivation, de la diversité des
formations et des parcours des auditeurs et de leur force de conviction ; il
n’en demeure pas moins que cette rigueur, pour ne pas dire cette intransi-
geance méthodologique est également la clé pour décrocher l’adhésion aux
conclusions d’audit.

L’audit interne Safran bénéficie ainsi d’une légitimité forte et de l’écoute attentive
de ses mandants, atouts ô combien précieux.

La première des conditions est de s’inscrire dans une démarche systématique


d’amélioration continue de notre processus d’audit, en s’appuyant sur les propo-
sitions innovantes en interne et en recherchant par benchmark toutes les pistes
pour gagner en efficacité et renforcer la valeur ajoutée perçue. Les contraintes
induites par la crise sanitaire actuelle nous ont ainsi conduit à remettre radicale-
ment en cause nos pratiques.

Les initiatives sont nombreuses ; je citerai le recours accéléré à l’exploitation des


données en masse, notamment dans les phases en amont de l’audit pour définir
les priorités de travail et anticiper la détection des déficiences, le développement
d’une compétence Systèmes d’Information pour conduire, avec un référentiel
spécifique, des audits ciblés (avec un accent fort sur les aspects cyber sécurité),
l’expérimentation d’une équipe délocalisée aux USA, la revisitation et l’enrichisse-
ment de nos programmes de travail type, fiches pratiques, guides d’entretien…

85
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

3.1. LA MAÎTRISE DES RISQUES N’EST PAS UNE OPTION

Le décret relatif à l’audit interne dans l’administration L’audit interne incombe à l’Inspection générale de la
du 28 juin 2011 et la circulaire du Premier ministre du gendarmerie nationale. Il est une activité indépendante
30 juin 2011 l’instaurent au sein de la fonction publique et objective qui évalue le degré de maturité du contrôle
dans le but d’améliorer la performance des directions et interne et donc, de la maîtrise des opérations. Dans le
services. Concernant le ministère de l’Intérieur, l’arrêté du prolongement, et par souci d’aide, l’expertise dévelop-
12 janvier 2012 crée les structures de gouvernance, le pée permet de proposer aux commandants d’unité un
Comité ministériel d’audit interne (CMAI) chargé de défi- accompagnement dans l’exercice de leurs responsabili-
nir et de superviser la politique en la matière et la Mission tés, de les sensibiliser aux risques inhérents et de diffuser
ministérielle d’audit interne (MMAI) appelée à l’animer. les bonnes pratiques.
La gendarmerie a adapté son dispositif, elle en a finalisé
l’organisation, objet de la circulaire du 31 juillet 2019. Par culture, vocation et méthode, la gendarmerie affine ce
dispositif de manière continue et sans difficulté majeure.
Conformément à la doctrine, le dispositif en gendarmerie
repose sur deux fonctions complémentaires : le contrôle Elle prend toute sa part dans l’édifice ministériel. Le
interne et l’audit interne. chef de l’IGGN est membre de droit du CMAI et un de
Le contrôle interne relève de la responsabilité des direc- ses subordonnés siège au sein de la MMAI. Régulière-
tions et services « métiers » et des échelons de com- ment, les auditeurs de l’IGGN participent à des missions
mandement territoriaux. Adapté à la structure, impliquant ministérielles voire interministérielles. Parallèlement,
tous les acteurs, chacun à son niveau de responsabilité, il à la demande du Directeur général de la gendarmerie
vise à garantir l’atteinte des objectifs, le plus souvent liés nationale (DGGN) ou sur proposition du chef de l’IGGN, les
aux opérations et au fonctionnement. Au-delà des règles auditeurs conduisent des missions visant des probléma-
et des procédures, il repose sur la conduite d’activités pré- tiques institutionnelles.
cises et l’accomplissement de tâches concrètes et conti-
nues. Sa mise en place bénéficie du soutien du Service de
la transformation (ST) de la DGGN.
Le
Saviez
vous
L’étude de la gestion des risques débute après la Deuxième Guerre mondiale. Longtemps, la gestion des
risques renvoie à l’assurance de marché qui vise à protéger les acteurs économiques contre les « pertes »
induites par des accidents. À partir des années 1980, l’élaboration d’ « outils » de maîtrise des risques
s’impose comme une alternative moins coûteuse. Parallèlement, les entreprises deviennent plus attentives
à appréhender la dimension financière des risques pesant sur leur activité. Il faut attendre les années
1990 pour observer le développement d’une réglementation internationale qui contraint les entreprises
financières à élaborer des modèles de gestion des risques internes. Pendant la période, les exigences liées
à la gouvernance de la gestion des risques s’imposent.
Née dans la sphère financière, la gestion des risques s’étend peu à peu aux autres dimensions de l’entreprise,
comme son organisation et son fonctionnement. Originellement attachée au monde de l’entreprise, elle
gagne l’administration dans les années 2010.

86
3.2. LA DIVISION DES AUDITS, INSPECTIONS ET ÉTUDES : BILAN 2021

Malgré l’amélioration globale de la situation sanitaire évoquant la spécificité du modèle militaire justifiée par
en France, la gestion de la pandémie a continué de les exigences opérationnelles.
perturber l’activité d’audit. Même si elle a pu être À caractère transversal et adossé à des études anté-
relancée notamment grâce à l’adaptation des modes rieures, celui relatif à la maîtrise des dépenses de per-
de travail. sonnel du Titre 2 confirme la prise en compte globale
des exigences de bonne gestion des services adminis-
LES AUDITS INTERMINISTÉRIELS. tratifs et propose quelques axes de perfectionnement,
Destinés à améliorer la performance de l’action en particulier au travers de l’aménagement des outils
publique au niveau interministériel, ces missions ont de suivi.
été dirigées par l’Inspection générale des finances, L’audit sur les dérives sectaires a contribué à redyna-
l’Inspection générale de la justice ou l’Inspection miser la lutte menée à leur encontre, en recomman-
générale de l’administration, selon les cas. dant notamment d’aménager le dispositif par une plus
L’Inspection générale de la gendarmerie nationale y grande transversalité.
a participé aux côtés de l’Inspection générale de la L’évaluation du Service des technologies et des sys-
police nationale. tèmes d’information de la sécurité intérieure (ST(SI)²)
Deux missions portant sur l’évaluation de la prise en a permis de dresser le bilan de son organisation, son
charge des étrangers ayant commis des faits graves au fonctionnement et son activité depuis sa mise en place
titre de l’ordre public ont été prétexte à revisiter l’organi- en 2010 et d’envisager les conditions d’une meilleure
sation et les procédures dans le double souci de mainte- réponse aux attentes de ses deux clients qui sont la
nir l’ordre public et de respecter les droits de la personne. DGGN et la DGPN.
Un audit a consisté à évaluer le transfert de la charge
des missions d’extractions judiciaires du ministère LES AUDITS MINISTÉRIELS D’ÉVALUATION DES
de l’Intérieur vers le ministère de la Justice. Initié il POLITIQUES LOCALES DE SÉCURITÉ
y a plus de 10 ans, ce changement a fait l’objet de 3 Pilotés par l’IGA et associant l’IGGN et l’IGPN, ces mis-
audits compte tenu de la complexité des modalités de sions ont pour but d’évaluer la mise en œuvre des poli-
mise en œuvre. tiques de sécurité au niveau d’un département. Elles
sont menées in situ.
LES AUDITS MINISTÉRIELS. Influencés par l’actualité, les points d’attention sont le
Limitée au seul périmètre du ministère de l’Intérieur, la plus souvent :
majorité de ces missions a été dirigée par l’Inspection • l’organisation et le fonctionnement des ser-
générale de l’administration et a associé l’IGGN et l’IGPN. vices de la préfecture ;
Récemment conduite, l’évaluation des offices centraux • la lutte contre les violences intra-familiales
de police judiciaire a permis de constater leur effica- (VIF) ;
cité, reposant pour partie sur leur capacité à s’adapter • le séparatisme, la radicalisation et la lutte
aux évolutions. L’ajustement de leur organisation et contre le terrorisme ;
une coordination plus attentive devraient aider à en • les quartiers sensibles, les gens du voyage,
accroître encore la performance. l’immigration irrégulière ;
L’audit sur l’investissement immobilier a dressé un • le suivi des troubles du comportement en sor-
état des lieux des différents enjeux avant de proposer tie de prison ;
plusieurs pistes d’amélioration, notamment dans le • la lutte contre la délinquance, l’insécurité
domaine de la gouvernance. dans les transports ;
La mission relative à l’accès des personnes séropo- • la police de sécurité du quotidien (PSQ) et le
sitives au VIH, à certains métiers du ministère de l’In- continuum de sécurité.
térieur a examiné les conditions d’ouverture tout en L’essentiel des recommandations envisagées rappelle

87
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

l’obligation d’organiser, structurer, formaliser, coor- LES AUDITS DIRECTIONNELS.


donner et dynamiser les initiatives existantes. Toujours en 2021, à la demande du DGGN, l’IGGN a
Deux départements ont été visités en 2021 : les Landes conduit notamment un audit visant à améliorer l’effica-
(40) et la Seine-et-Marne (77). cité du dispositif de reconversion des personnels de la
gendarmerie.
Parallèlement à ces missions d’audit, l’IGGN a mené
diverses études à forts enjeux. Les principaux thèmes
abordés ont été les suivants :
• la revisite de l’accueil dans les unités de gendarme-
rie ;
• l’analyse des sanctions infligées entre 2017 à 2020 ;
• les risques déontologiques en gendarmerie ;
• l’optimisation de l’implantation territoriale de l’IGGN ;
• le contrôle interne visant la statistique de la délin-
quance ;
• le recours à la force en situation opérationnelle, ayant
occasionné des victimes ;
• la conciliation des différents régimes de confidentia-
lité professionnels ;
• la « densification » du gendarme (éthique, résilience, etc.).

3.2.1. Exemples d’audits et études ministériels et interministériels


 UDIT INTERMINISTÉRIEL PORTANT SUR L’ÉVALUATION DE LA PRISE EN CHARGE DES
A
ÉTRANGERS AYANT COMMIS DES FAITS GRAVES AU TITRE DE L’ORDRE PUBLIC

Le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux ont ter un caractère systémique et s’il existait des risques
commandé à l’Inspection générale de l’administration de voir se reproduire le même type de configuration.
et l’Inspection générale de la Justice, avec le concours Ainsi, la mission a pu confirmer un certain nombre de
des Inspections générales de la police nationale et de points :
la gendarmerie nationale, un audit portant sur l’éva- • le prérequis pour une prise en charge efficace des
luation de la prise en charge des étrangers ayant com- étrangers susceptibles de représenter une menace
mis des faits graves au titre de l’ordre public. pour l’ordre public est le fait de pouvoir disposer de
Cette mission faisait suite à un premier rapport, procédures et d’outils performants en matière
remis par les mêmes inspections en avril 2021, qui d’identification, aussi bien pendant une phase judi-
reconstituait le parcours administratif et judiciaire de ciaire qu’en-dehors de celle-ci par le recours aux
l’agresseur présumé d’un journaliste reporter à Reims, dispositions ad hoc du Code de l’entrée et du séjour
analysait les raisons pour lesquelles, bien qu’ayant des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) ;
séjourné en France depuis l’âge de 13 ans, il avait • une clarification semble nécessaire sur la possibi-
pu demeurer inconnu des services administratifs en lité d’enchaîner immédiatement après une garde
charge des étrangers. à vue une mesure de retenue administrative. Il
Dans un premier temps, les auditeurs ont cherché à conviendra donc, le cas échéant, de saisir le légis-
déterminer si les points de faiblesse identifiés dans lateur pour préciser les dispositions du CESEDA et
l’« affaire de Reims » étaient susceptibles de présen- du Code de procédure pénale ;

88
• une réflexion sur un recours plus fréquent et struc- • les préfectures devraient donner une meilleure visi-
turé aux mécanismes de coopération policière, bilité sur le traitement des dossiers administratifs
dans l’esprit de ce qui existe dans certains dépar- de personnes étrangères incarcérées, démarche
tements frontaliers avec les Centres de coopéra- d’autant plus utile que la mission recommande
tion policière et douanière (CCPD) est également une plus grande association des Services péni-
souhaitable, afin de mobiliser davantage les parte- tentiaires d’insertion et de probation (SPIP) au
naires européens ; fonctionnement des protocoles ;
• en parallèle, il devient impératif de mettre en place • l’utilité des protocoles serait encore renforcée en
un dispositif opérationnel d’enregistrement des donnant davantage de moyens aux services char-
ressortissants communautaires (au-delà de trois gés de l’identification en milieu carcéral. Il s’agit
mois de séjour) et des mineurs étrangers (autres en effet d’optimiser ces identifications pour les
que les « non-accompagnés ») qui demeurent invi- personnes entrant en prison, plutôt que sortant de
sibles administrativement bien que pouvant être prison, afin d’éviter que des libérations anticipées
amenés à séjourner de manière pérenne sur le ter- ne laissent pas le temps nécessaire à des prises de
ritoire national ; décision d’éloignement.
•une fois l’identification fiable, l’évaluation des
menaces pour l’ordre public pose la question des
procédures pénales mobilisables et des problèmes
de droit (secret de l’enquête et secret de l’instruction)
ainsi que du manque de fluidité dans la communica-
tion de pièces entre autorités judiciaires et services
administratifs pouvant provoquer des décisions admi-
nistratives insuffisamment étayées, donc inopérantes.

La seconde partie de la mission avait pour objectif de


dresser un bilan du fonctionnement des protocoles
inter-administrations mis en place pour le traitement
particulier des étrangers incarcérés, dont plusieurs
instructions ministérielles ont rappelé l’importance.
La mise en place de ces protocoles, est désormais
quasiment achevée et, dans leur immense majorité,
fonctionne correctement, même si la mission préco-
nise d’en améliorer certains aspects :
• l’administration pénitentiaire doit pouvoir bénéfi-
cier d’une meilleure fluidité dans la communica-
tion par le parquet de certains éléments essentiels,
notamment quand ils sont susceptibles d’avoir un
impact direct sur les dates de sortie des personnes
incarcérées ;
• les modalités de transmission des informations par
le greffe pénitentiaire à destination de la préfec-
ture doivent reposer de manière stricte sur les élé-
ments issus de l’outil GENESIS qui doit comporter
quelques améliorations ;

89
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

MISSION D’ÉVALUATION DES OFFICES CENTRAUX DE POLICE JUDICIAIRE

A
Savoir Alors que le rapport de la Cour des comptes de mai 2021
Créés au fil de l’histoire (le premier relatif au bilan du rattachement de la gendarmerie au
date de 1929), les offices centraux, structures ministère de l’Intérieur signalait également un certain
opérationnelles de police judiciaire, ont voca- nombre de difficultés de fonctionnement les concernant,
tion à animer et à coordonner, au plan national, au premier rang desquelles leur trop grande orien-
la lutte contre certaines formes de criminalité tation au profit de leur force de rattachement, le
organisée. Composés principalement d’enquê- ministre de l’Intérieur, à la fin du mois d’août 2021, déci-
teurs gendarmes et policiers, ils sont actuel- dait de mandater le chef de l’IGA pour mener, avec l’appui
lement au nombre de 14, traitant des champs de l’IGPN et de l’IGGN, cette mission d’évaluation.
thématiques suivants :
Il s’agissait, après avoir évalué le fonctionnement des
• pour les 10 placés sous l’autorité du directeur offices, et notamment leur capacité à assumer un chef
général de la police nationale : de filât en matière de doctrine d’action, de stratégie opé-
trafic de stupéfiants ; banditisme, trafic d’armes rationnelle, de coordination des acteurs, de centralisation,
et recherche des fugitifs ; traite des êtres d’analyse, d’exploitation et de diffusion du renseigne-
humains ; cyberdélinquance ; violences aux per- ment, de proposer les évolutions de nature à renforcer
sonnes ; trafic des biens culturels ; corruption et
infractions financières et fiscales ; grande délin- leur organisation et leur efficacité.
quance financière ; faux-monnayage ; immigra-
tion illégale et emploi des étrangers sans titre ; Les offices, des acteurs essentiels dans la lutte
contre le crime organisé
• pour les 4 placés sous l’autorité du directeur
général de la gendarmerie nationale : En complément de la rencontre de chacun des 14 chefs
d’office et des visites de leur service, la mission a réa-
délinquance itinérante ; travail illégal ; atteintes
à l’environnement et à la santé publique ; crimes lisé de nombreuses auditions dans les sphères déci-
de haine. sionnelle (CNRLT1, cabinet du ministre de l’Intérieur),
directionnelle (directeurs généraux de la police et de
la gendarmerie, directeur central de la police judiciaire
de la Police nationale, directeur des opérations et de
Du 1er septembre 2021 au 15 février 2022, les offices l’emploi et sous-directeur de la police judiciaire de la
centraux de police judiciaire ont fait l’objet, pour la Gendarmerie nationale…), centrale (SIRASCO, SCRC,
première fois, d’une mission d’évaluation menée par DCIS1, commandement de la gendarmerie dans le
l’IGA, avec l’appui de l’IGPN et de l’IGGN. cyberespace…), locale (directeurs zonaux de la police
judiciaire, commandants de région de gendarmerie,
Une mission préconisée par le Livre blanc pour la commandants de section de recherches, directeur
sécurité intérieure de 2020. régional de la police judiciaire de Paris…), judiciaire
Le Livre blanc de la sécurité intérieure, publié en (DACG, JUNALCO, JIRS2…) ou partenariale (service
novembre 2020, rappelait que les offices centraux, d’enquêtes judiciaires des finances). Elles ont permis
instruments souples et adaptés pour coordonner de confirmer le rôle indispensable des offices centraux
une politique thématique de sécurité, présentent des en tant que chefs de file dans la lutte contre la menace
« avantages [qui] sont réels, notamment au plan opé- stratégique majeure que constitue le crime organisé.
rationnel, mais […] également des risques en termes
de complexité de l’organisation administrative
ou de dispersion des moyens ». Il proposait donc
de confier à une mission inter-inspections (IGA, IGPN,
IGGN) l’évaluation de ces offices.
Les 4 offices placés sous l’autorité du DGGN

90
É VALUATION DU TRANSFERT DE LA CHARGE DES EXTRACTIONS JUDICIAIRES DU MINISTÈRE
DE L’INTÉRIEUR VERS LE MINISTÈRE DE LA JUSTICE

malgré le transfert d’effectifs et de trois abondements


successifs, la réalisation des extractions judiciaires
est alors source de perte de temps et d’énergie, mais
également de tensions, notamment quand les forces
de sécurité intérieure (FSI) sont encore sollicitées mais
ne peuvent répondre.
La mission interministérielle a donc procédé, à dis-
tance du fait de la crise sanitaire, à un état des lieux
du dispositif, et formulé 24 recommandations.
La majeure partie du rapport concerne l’adminis-
tration pénitentiaire au travers de préconisations
concernant le renforcement et l’organisation des
acteurs des extractions judiciaires. Ces mesures
visent à ce que l’AP soit effectivement en situa-
tion de reprendre la totalité des extractions judi-
ciaires, y compris les EJ vicinales encore assurées
par les FSI (20 sites dont 2 en ZGN).
La mission organise également le recours aux forces
de police ou de gendarmerie et appelle à une révision
Lors d’une réunion interministérielle se tenant le 30 urgente du CPP pour éviter toute ambiguïté en y sup-
septembre 2010, le transfert à l’administration péni- primant la référence aux FSI comme étant en charge
tentiaire (AP) de la charge des missions d’extractions des EJ. La mission clarifie leur rôle qui se limite désor-
judiciaires (EJ), assurées jusqu’alors par le ministère mais à un concours exceptionnel afin d’éviter une
de l’Intérieur est décidé. En dépit du transfert des libération suite à la non-exécution d’une EJ, quand
effectifs du ministère de l’Intérieur vers celui de la aucune solution n’a été trouvée en interne au sein du
Justice, le dispositif mis en place depuis, s’est avéré ministère de la Justice.
insuffisant pour répondre à la parfaite exécution de Si les recommandations de deux précédentes mis-
ces missions. Compte tenu de la persistance de diffi- sions interministérielles en 2012 et 2016 n’avaient
cultés de mise en œuvre de ces extractions judiciaires, que très partiellement été mises en œuvre, l’ensemble
il est apparu nécessaire de procéder à l’évaluation de des mesures préconisées à l’occasion de cette der-
l’ensemble du dispositif en la matière. nière mission d’évaluation, sont de nature à permettre
Pour ce faire, un mandat des ministres de l’Économie, l’achèvement de la mise en œuvre du transfert de la
des Finances et de la Relance, de l’Intérieur et de la charge des extractions judiciaires du ministère de l’In-
Justice, en date du 14 septembre 2020, est adressé térieur à celui de la Justice.
aux chefs des inspections générales de la justice, des
finances, de l’administration, de la Police et de la Gen-
darmerie nationales, leur demandant leur rapport.
Une mission est alors constituée, composée d’un inspec-
teur général des finances, de deux inspecteurs généraux
et deux inspecteurs de la justice, deux inspecteurs géné-
raux de l’administration, deux inspecteurs généraux de
l’IGPN et deux inspecteurs généraux de l’IGGN.
Dix années n’ayant pas permis à l’administration péni-
tentiaire d’assurer la totalité des extractions judiciaires

91
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

AUDIT RELATIF AUX INVESTISSEMENTS IMMOBILIERS DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

de moyens humains, dotés d’expérience et de com-


pétences requises, constitue un autre risque qui peut
contribuer à priver le ministère de la maîtrise, pourtant
indispensable de ses projets.

Dans ses préconisations pour maîtriser les risques


ainsi identifiés, la mission a proposé trois chantiers
qui devraient permettre d’améliorer significativement
les processus à l’œuvre :
• la mise en place d’un dispositif de gouvernance
transversal sous la forme d’une conférence des
responsables de programme budgétaire autour
L’IGGN a participé avec l’IGPN et l’IGSI sous le du secrétaire général du ministère, responsable
pilotage de l’IGA à un audit relatif aux investissements de l’élaboration collective d’une stratégie immo-
immobiliers du ministère de l’Intérieur, ce dernier étant bilière ministérielle de long terme et d’une stra-
inscrit au programme d’audit ministériel 2020-2021. tégie opérationnelle ;
Cet audit met en exergue une situation pré- • la création d’une cellule des méthodes et de
occupante du patrimoine immobilier du ministère. Le la synthèse auprès de cette conférence afin de
risque majeur est en effet une dégradation globale et standardiser les méthodes et les outils d’aide à
continue du parc immobilier qui porte de plus en plus la décision au service de la gouvernance immo-
atteinte aux missions opérationnelles. Par ailleurs, bilière ;
la pénurie de crédits immobiliers qui caractérisera • l’élaboration d’une stratégie ministérielle pour
les prochains exercices budgétaires, en raison de les ressources humaines immobilières et la
l’émergence de méga ou de gros projets, est suscep- mise en réseau des compétences à l’échelle du
tible d’aggraver la situation actuelle. La gouvernance, ministère et de l’État dans les territoires afin de
peut se trouver dans l’incapacité d’agir et de traiter partager les expériences, les savoir-faire et les
cet enjeu crucial pour le ministère. Enfin, le manque compétences rares.

A
Savoir
Avec 3 700 casernes et
11 millions de m² le parc immobilier
de la gendarmerie représente
79 % du parc ministériel

92
 ISSION RELATIVE À L’ACCÈS DES PERSONNES SÉROPOSITIVES AU VIH À CERTAINS
M
MÉTIERS

Pilotée par l’IGA, l’IGPN, l’IGSCGC et l’IGGN ont conduit pathologies relevait de la discrimination, voire de
une mission relative à l’accès des personnes présen- l’homophobie. Toutefois, il pourrait se montrer enclin
tant certaines pathologies à certains métiers du minis- à donner satisfaction à certains recours, estimant
tère de l’Intérieur. que les dispositions de l’ordonnance du 25 novembre
2020 portant diverses mesures de santé dans la
Depuis plusieurs années, des associations civiles fonction publique ne sont pas respectées. Celle-ci
appuyées par des élus revendiquent une ouverture impose en effet que l’administration apprécie l’apti-
du recrutement dans les rangs de la Police nationale, tude médicale des candidats au niveau des fonctions
des sapeurs-pompiers et de la Gendarmerie nationale exercées à un moment donné et non sur l’ensemble
aux personnes atteintes du VIH, du diabète ou d’autres d’une carrière.
pathologies chroniques. Il convient de préciser que le
nombre de candidats écartés du recrutement pour ces Or, consentir un assouplissement des normes d’ap-
motifs est, par rapport au volume global de postulants, titude au recrutement générerait immanquablement
ultra-minoritaire. des difficultés tant sur le plan opérationnel que sur
celui de la gestion des ressources humaines. En
Ces trois services publics ont une contrainte com- effet, les spécificités liées au statut militaire et son
mune : des exigences d’aptitude au recrutement éle- spectre missionnel très large ne garantissent pas un
vées en raison des missions qui leur incombent. Elles accès continu aux diverses thérapies.
utilisent un outil commun pour déterminer l’aptitude
à servir, le SIGYCOP. Toutefois, les grilles de cotation Ainsi, sauf à imposer une harmonisation de la cotation
liées à cet outil sont spécifiques à chacune des forces. des pathologies évoquées précédemment à la police,
aux sapeurs-pompiers et à la gendarmerie, deux cota-
Jusqu’à présent, le juge administratif n’a pas estimé tions différentes dont l’une spécifique à la gendarme-
qu’un refus de recrutement au motif de l’une de ces rie pourraient coexister au sein du même ministère.

 UDIT TRANSVERSAL RELATIF À LA MAÎTRISE DES RISQUES DES DÉPENSES DE PERSONNEL


A
DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

En 2021, l’IGGN a participé à un audit conjoint IGA/ militaires et 20 milliards d’euros de dépenses de
IGPN/IGGN sur les dépenses de personnel (Titre II) du personnel soit plus de 75 % de son budget. Celles-ci
ministère de l’Intérieur, dont les conclusions sont en ont enregistré une croissance forte (+13% entre
cours de finalisation. 2010 et 2020 hors inflation) et continue, indépen-
damment des variations d’effectifs (+3,3 % entre
CONTEXTE DE L’ÉTUDE 2010 et 2020).
Cet audit conjoint concerne l’ensemble des com- De plus, les conclusions du Beauvau de la sécurité
posantes du ministère de l’Intérieur. Les nombreux accroissent la nécessité d’un pilotage au plus fin des
entretiens ont été menés in situ ou en visioconfé- évolutions de ces dépenses, outre l’obligation de revoir
rence ce qui a permis de mener la mission malgré les les standards de formation.
contraintes sanitaires. Dans ce contexte, il s’agissait d’analyser les évolutions
Le ministère de l’Intérieur est le deuxième employeur du titre II et d’identifier des pistes d’améliorations pour
de l’État avec plus de 285 000 personnes civiles et son pilotage.

93
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

Cet audit a mis en exergue la nécessité de disposer Globalement, la maîtrise des risques liés à ces
de nouveaux indicateurs au niveau ministériel. Il a dépenses invite à renforcer le dialogue interne au
également proposé des pistes pour évaluer le coût sein de chaque administration ainsi que les échanges
de certaines politiques RH. entre les directions générales et le ministère.

A
Savoir
L’audit a clairement
identifié l’obligation de disposer de systèmes
d’informations plus fiables et mieux actualisés, sur
lesquels le contrôle interne pourrait s’adosser plus
efficacement. À ce titre, la dématérialisation des
processus RH, la qualité des données contenues dans
Agorha (SIRH des militaires de la gendarmerie),
de même que la fiabilité du processus
de la solde ont été saluées.

AUDIT SUR LES DÉRIVES SECTAIRES CONTEXTE


Face à la recrudescence des dérives sectaires19, la
La lutte contre les dérives sec- ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur,
taires fait l’objet d’une atten- chargée de la citoyenneté, adresse une mission
tion soutenue de la part des conjointe au directeur général de la police nationale,
pouvoirs publics. La France fait au directeur général de la gendarmerie nationale et
partie des rares pays à s’être au secrétaire général du comité interministériel pour
doté depuis vingt ans d’une véritable politique. Selon la prévention de la délinquance et de la radicalisation
la Mission interministérielle de vigilance et de lutte (CIPDR) afin de dresser le panorama actualisé des
contre les dérives sectaires (Miviludes), ce phénomène mouvements sectaires en France, d’évaluer le dis-
touche un nombre conséquent de citoyens de toutes positif de lutte contre les dérives sectaires, de poin-
classes sociales. La législation française s’est adaptée ter les difficultés éventuelles rencontrées et enfin de
pour mieux prévenir et réprimer les abus. À côté des nom- formuler des préconisations à visée opérationnelles
breuses infractions de droit commun17, une qualification afin de disposer d’une vision éclairée et actuelle de
particulière intègre la notion de sujétion psychologique la situation dans notre pays.
: l’abus frauduleux de la situation de faiblesse, qui permet
depuis la loi dite About-Picard de juin 200118, la prise
en compte judiciaire d’un vrai processus d’endoctrine-
ment et de manipulation psychologique.

17 / Infractions au Code la santé publique, atteintes aux personnes, aux biens, infractions économiques et financières, fiscales ou relatives
à la protection du consommateur...
18 / Cette Loi est une spécificité française.
19 / Selon la définition retenue par la Miviludes, la dérive sectaire peut se définir comme « un dévoiement de la liberté de pensée, d’opi-
nion ou de religion qui porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des
personnes ».
Elle se caractérise par « la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de
pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou
physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son e Infractions au
Code la santé publique, atteintes aux personnes, aux biens, infractions économiques et financières, fiscalntourage ou pour la société ».

94
CONSTAT - faciliter et approfondir les échanges entre services
À l’aune des signalements recueillis et des enquêtes partenaires impliqués dans cette lutte ;
judiciaires diligentées, le phénomène sectaire - clarifier le dispositif pénal et mieux appréhender le
demeure prégnant et se renforce même au travers travail judiciaire effectué.
de formes renouvelées, de nouvelles radicalités. On
dénombre environ 500 groupes de dérives sectaires DÉCISIONS MINISTÉRIELLES PRISES
en France, encadrant près de 140000 personnes La ministre décide de renforcer la protection des
dont 90000 enfants et adolescents. personnes vulnérables en mobilisant l’ensemble des
L’état des lieux des nouvelles tendances des dérives forces contre les violences et l’emprise sectaire :
sectaires montre : • une magistrate est nommée à la tête de la Mivi-
• l’émergence des phénomènes liés à la santé, au ludes, auprès du SG-CIPDR ;
bien être et aux médecines alternatives (exemple : • un conseil d’orientation de la Miviludes, composé
stages de jeûnes extrêmes, crudivorisme…) ; de représentants des ministères, d’experts, de par-
• l’augmentation des affaires en lien avec le dévelop- lementaires et d’associations est installé auprès de
pement personnel, spirituel et psycho-spirituel ; la ministre ;
•la place prégnante des nouveaux moyens de com- • une circulaire de mobilisation est adressée aux
munication (internet et réseaux sociaux) comme préfets afin de :
vecteurs d’approche et de diffusion exploités par 1- sensibiliser et former leurs personnels ;
les mouvements sectaires. 2- mobiliser les instances locales de pilotage des
politiques de sécurité autour de la lutte contre l’em-
RECOMMANDATIONS prise sectaire (états-majors de sécurité, cellules de
Des pistes d’amélioration ont pu être identifiées au lutte contre l’islamisme et le repli communautaire,
travers de dix recommandations selon trois grands GT dérives sectaires du conseil départemental de
axes : prévention de la délinquance) ;
- diffuser la culture de lutte contre les dérives sec- 3- systématiser les signalements aux autorités
taires dans les services de police et de gendarmerie ; judiciaires (article 40).

Le
Saviez
vous CRITÈRES OBJECTIFS DE DANGEROSITÉ
La Miviludes a retenu un certain nombre de critères objectifs de dangerosité permettant de
caractériser un phénomène sectaire :
• pratique de la déstabilisation • nombreux démêlés judiciaires ;
ou de l’emprise mentale ; • détournement éventuel de
• exigences financières exorbitantes ; circuits économiques traditionnels ;
• rupture avec l’environnement d’origine • tentatives d’infiltration des pouvoirs publics ;
(famille, proches, milieu social) et • refus de soins ou arrêt des traitements
conditions de vie déstabilisantes ; médicaux régulièrement prescrits ;
• atteintes à l’intégrité physique ; • la violation des principes fondateurs
• embrigadement des mineurs ; de la République ;
• discours anti-social ; • le non respect de conventions
• troubles à l’ordre public ; ratifiées par la France.

Le premier critère est naturellement déterminant pour retenir la notion de « dérives sectaires » et donc la
probable situation d’abus frauduleux de l’état de faiblesse. Les autres sont moins prégnants. Au final, il s’agit
de faisceaux d’indices cumulatifs.

95
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

FOCUS
le renouveau du phénomène
sectaire avec la crise de la Covid-19
La crise sanitaire et le contexte actuel vécus comme anxiogène sont des terreaux
fertiles au déploiement de mouvements à caractère sectaire. L’isolement induit par
le confinement, les mécanismes des réseaux sociaux, la fréquentation de certains
comptes, finissent par enfermer dans des certitudes ou croyances atypiques et ont
offert une audience aux nouveaux gourous du bien-être et de la santé (thérapeutes
psycho-corporels, chamans, coachs de vie….). Ils vont utiliser le confinement et la
peur comme leviers. La toile permet également la réunion de ces pseudo-thérapeutes
et leur sert de caisse de résonance. Certains alimentent les théories complotistes,
comme celle du « great reset » (grande réinitialisation), une théorie qui postule que
la pandémie est un prétexte pour instaurer une dictature mondiale ou implanter des
puces électroniques dans la population par la vaccination.

 ISSION RELATIVE À L’ÉVALUATION DE L’ORGANISATION, DES MOYENS,


M
DU FONCTIONNEMENT ET DES RÉSULTATS DU SERVICE DES TECHNOLOGIES
ET DES SYSTÈMES D’INFORMATION DE LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE (ST(SI)²).

Rattaché organiquement à la DGGN tout en étant au


plan fonctionnel placé sous l’autorité conjointe du
DGGN et du DGPN, composé de personnels provenant
des deux forces, ce service est chargé de concevoir,
piloter et conduire les projets de systèmes d’infor-
mation et de communication ainsi que ceux portant
sur les moyens technologiques connexes destinés
aux utilisateurs de la sécurité intérieure.

Une centaine d’entretiens a été conduite auprès,


notamment, de membres du cabinet de chaque direc-
teur général, des directions métiers et services assi-
milés et du ST(SI)² à divers niveaux de la hiérarchie.
L’IGPN et l’IGGN ont conduit une mission relative à Parallèlement, afin de renforcer l’objectivation de la
l’évaluation de l’organisation, des moyens, du fonc- mesure du niveau de satisfaction des différents ser-
tionnement et des résultats du Service des techno- vices « clients » du ST(SI)² , la mission a réalisé et
logies et des systèmes d’information de la sécurité adressé un questionnaire comportant 21 items (apport,
intérieure (ST(SI)²). qualité du service rendu, disponibilité, écoute…) à un

96
large panel de personnels de la Police et de la Gen- assistance à maîtrise d’ouvrage et pour la gendarme-
darmerie nationales, entretenant des relations étroites rie, la prise en charge de la maîtrise d’œuvre.
avec le service. Les douze propositions formulées par la mission au
In fine, le ST(SI)² s’impose comme un service incon- terme de ses travaux visent à améliorer les conditions
tournable pour accompagner la transformation de fonctionnement et l’efficience du ST(SI)² tout comme
numérique et technologique des forces de sécurité la qualité du service rendu aux directions métiers par ses
intérieure face aux enjeux actuels et futurs. Le taux personnels spécialisés. Elles veulent favoriser, dans la
de satisfaction est globalement élevé pour les deux décennie à venir, une réponse plus performante aux défis
forces avec des attentes différentes : pour la police, majeurs que devra surmonter le numérique opérationnel.

3.2.2. Le suivi des recommandations d’audit : un gage de valeur ajoutée

Prescrit par les normes En effet, sans sa mise en œuvre toute recommandation
professionnelles de l’audit reste lettre morte et l’objectif de maîtrise des risques
interne et plus récemment n’est pas atteint. Pour répondre à cet enjeu majeur, les
par le cadre de réfé- auditeurs de la DAIE s’assurent régulièrement du bon
rence de l’audit interne respect de leurs recommandations.
de l’État (CRAIE), le suivi Ce suivi institutionnalisé permet au chef de l’Ins-
des recommandations pection d’alerter à tout moment le directeur général
formulées par les audi- de la Gendarmerie nationale en cas de retard ou d’in-
teurs permet de mesurer suffisance préjudiciable. Un tableau de bord synthé-
la valeur ajoutée de la tique présente les principaux indicateurs associés à
fonction d’audit dans ce suivi. Le dispositif de suivi est décrit dans un guide
l’amélioration du disposi- pratique élaboré par la DAIE et qui est en cours de
tif de contrôle interne et plus généralement dans la diffusion au sein des directions, services et formations
maîtrise des risques. administratives de la Gendarmerie nationale.

3.2.3. Quelle plus-value aux réflexions conduites au niveau national ?


L’IGGN est plus particulièrement chargée de contrôler participe à la réalisation d’études spécifiques.
le respect de la déontologie par les personnels de la C’est ainsi qu’en 2021, l’IGGN a été associée à la réflexion
gendarmerie et de contribuer à la maîtrise des risques conduite par la gendarmerie sur le thème de la « densité
institutionnels. De fait, compétente pour appréhender et la robustesse du militaire de la gendarmerie » fai-
l’ensemble de l’activité de l’Arme, son organisation et son sant suite au retour d’expérience réalisé par la CNRETEX
fonctionnement et disposant d’une ressource humaine (cf § 42) sur les engagements dramatiques de Saint-Just.
expérimentée et experte, l’IGGN est largement associée Cette étude s’est inscrite pleinement dans les réflexions
à la réflexion stratégique de la DGGN, dans le respect de développées à l’occasion du Beauvau de la sécurité et
son indépendance. lors de la rédaction du « livre blanc » sur la sécurité inté-
Elle peut alors soumettre des analyses et des retours rieure.
d’expérience issus de ses travaux et enrichir les échanges En ce qui concerne le domaine opérationnel, elle a
de son expertise, en particulier dans les domaines de la conduit à revisiter l’ensemble des exigences tech-
déontologie et de la maîtrise des risques. Par ailleurs, elle niques et tactiques accompagnant l’intervention

97
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

en situation opérationnelle et a permis d’objectiver la mise en œuvre d’un vaste plan de protection et de
les besoins d’adaptation et d’évolution. Ainsi, mieux renforcement des moyens d’intervention des mili-
recruter, mieux former, mieux équiper et mieux armer taires de la gendarmerie décliné sous l’appellation
le gendarme doit lui permettre d’accomplir ses mis- de « plan Saint Just ».
sions et in fine, aider à la réalisation du contrat opé- L’IGGN est d’ailleurs chargée d’en assurer le suivi de la
rationnel de la gendarmerie. mise en œuvre en liaison avec les directions et services
L’ensemble de ces travaux a abouti à l’élaboration et à concernés.

3.3. 2 021 : UNE ANNÉE DYNAMIQUE POUR LA DIVISION


DES AUDITS ET ÉTUDES TECHNIQUES

En 2021, la Division des audits et Organe de contrôle de l’application des mesures de


expertises techniques (DAET) a sécurité aérienne, il traite l’ensemble des évènements
poursuivi son évolution en intégrant aériens (aéronefs et drones) pour la gendarmerie. Son
de nouvelles entités, en dévelop- souci de la prévention des risques fait écho à celui de
pant de nouvelles procédures et en la maîtrise des risques qui sous-tend l’activité quoti-
assurant une activité traditionnelle en dienne de la DAET. La similitude des outils (contrôles
constante augmentation. pour le CPSA – audits pour les bureaux spécialisés)
Deux nouvelles structures ont rejoint à l’été 2021 la participe également à la cohérence d’ensemble de la
DAET : division.
• le Conseil permanent de la sécurité aérienne gen-
darmerie (CPSAG). • le Coordonnateur national de la
prévention (CNP).
Garant de la cohérence de la poli-
tique de prévention des risques
professionnels de la gendarme-
rie, le coordonnateur conseille
les autorités de l’Arme et assure
les échanges de niveau ministériel pour le domaine
considéré. Son placement au sein de l’IGGN lui permet
de profiter pleinement du positionnement supra-terri-
torial de l’Inspection.
Dans le même temps, les bureaux spécialisés20 de la
DAET ont initié de nouvelles actions qui s’inscrivent
dans la dynamique d’évolution de la stratégie « IGGN
20.24 » qui promeut notamment le conseil et l’appui
aux unités.

20 / Bureau d’audit financier administratif et technique (BAFAT)


Bureau d’audit santé – sécurité au travail (BASST)
Bureau de l’audit de la protection et de la gouvernance des données (BAPGD)
Bureau de l’audit de la sécurité des systèmes d’information (BASSI)

98
C’est ainsi qu’à titre d’exemple, le BASST a développé telles que, selon la Cour des comptes, ce type d’ac-
une offre d’analyse du dispositif SST au profit des tion constitue un modèle qui pourrait être étendu
commandants de formation administrative nouvelle- aux autres directions du ministère de l’Intérieur.21
ment nommés. Le BAFAT a, quant à lui, initié plusieurs
actions d’appui et de conseil à destination de diffé- Enfin, malgré l’importante part prise au cours de l’an-
rents responsables territoriaux en charge du soutien née par le télétravail et les contraintes d’éloignement
(directeurs de cercles-mixtes, chefs des groupes sou- de la crise sanitaire, toutes les entités de la DAET n’ont
tiens ressources humaines) aux vues de la complexité eu de cesse de répondre présent aux très nombreuses
et de la diversité de leurs tâches. sollicitations tant internes qu’externes et de fournir
des analyses, des conseils et des expertises appré-
La qualité et la pertinence de cet accompagnement des ciées de tous.
unités et services dans le déploiement du contrôle interne, Le détail de l’activité des composantes de la DAET est
au plus près de la culture et des contraintes métier, sont présenté ci-après.

3.3.1. Naissance d’une communauté de la maîtrise des risques administratif, financier et


logistique au service de l’appui opérationnel
Dans le cadre de la feuille de route IGGN 20-24, le
Bureau d’audit financier, administratif et technique
(BAFAT) a organisé un deuxième séminaire au profit
des acteurs régionaux du contrôle interne, les Sections
du contrôle et du conseil budgétaire (SCCB). Moment
privilégié d’échanges, de partages d’expérience, de
débats et de lancements de projets, cette rencontre
a permis de faire émerger une « communauté de la
maîtrise des risques ».

Cette communauté a permis d’initier et de développer


des outils novateurs spécifiques :
Les chefs de l’IGGN, de la DAET et du BAFAT • un mémento des risques logistiques et finan-
durant le séminaire avec les SCCB ciers à destination des chefs de groupes de soutien-
ressources humaines22 (GSRH) comportant 46 fiches
réflexes ;
• un questionnaire d’auto-évaluation du risque au
profit des chefs GSRH ;
• des fiches guides pratiques pour les directeurs
et présidents de conseil d’administration (PCA) des
cercles mixtes gendarmerie (tableau de bord, bilan
financier, contrôle de caisse normé, etc.) ;
• une cartographie nationale et régionale du risque
en GSRH (objectif 2022) ;
• une cartographie du risque des cercles mixtes,
en relation avec la Direction générale de la gendar-
Rencontre entre les équipes des SCCB et du BAFAT merie nationale (objectif 2022).

21 / Ministère de l’Intérieur - Note d’évaluation du contrôle interne – observations définitives – S2022-0524 / Synthèse / page n°5
22 / Les chefs GSRH sont les adjoints des commandants de groupement de gendarmerie départementale en charge de tous les domaines
en lien avec le soutien opérationnel des unités du département.

99
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

doute d’aider les personnels du soutien, par une sécuri-


sation des pratiques professionnelles en amont, et d’ac-
croître ainsi l’efficience de leurs structures ».

D’une logique d’audit à une logique d’accompagne-


ment : conseils et pédagogie comme autant d’outils
au service des acteurs du terrain

Deux catégories de personnels devant être accompa-


gnées en priorité car soumis à de fortes responsabili-
tés ont ainsi été identifiées :
• les chefs de Groupe de soutien ressources
humaines (GSRH) au sein des Groupements de
Contrôle du respect de la réglementation gendarmerie départementale (GGD) ;
en matière d’hygiène dans un cercle mixte • les directeurs de Cercles mixtes de gendarmerie
(CMG).
Témoignage de la commissaire en chef de première
classe Guihot, cheffe SCCB de la région Bretagne :
« J’ai été notamment sensible à l’intervention de l’IGGN,
rappelant l’importance de l’action des SCCB et l’atten- Le
tion à porter sur cette communauté que nous consti- Saviez
vous
tuons avec l’IGGN et la DGGN/Section des cercles mixtes « Il existe au sein de la gendarmerie
ainsi que la nécessité d’exploiter les complémentarités des cercles mixtes permettant l’alimentation
de chacun. La dimension pédagogique de l’IGGN et son et l’hébergement de passage des personnels. »
rôle de conseil mis en exergue sont deux notions que
la SCCB Bretagne s’est d’ores et déjà appropriées. Elle
en mesure pleinement l’importance et s’attachera à
les mettre en œuvre à son niveau. Nul doute que ces
échanges initiés sont le début d’une nouvelle et fruc-
tueuse coopération, au service des organismes de sou-
tien de la gendarmerie ! ».

Le commissaire en chef de première classe Bour-


gougnon, chef SCCB région Auvergne-Rhône-Alpes :
« J’ai été très sensible à la forte volonté de l’IGGN d’aller
au-delà d’une pure fonction d’audit ou d’inspection en
faisant de l’accompagnement et du conseil au quotidien
les facteurs clefs de l’amélioration continue de la qua-
lité au sein de la GN. J’ai également particulièrement
apprécié le souhait formulé par l’IGGN de rechercher
Accompagnement du GSRH 53 dans le cadre du développement. de la
systématiquement du pragmatisme dans les actions de maîtrise des risques financiers et logistiques
contrôle interne entreprises. L’accompagnement et le
conseil, par la prévention, la pédagogie et la formation
pour les personnels en responsabilité dans les GSRH,
dans les cercles mixtes, mais également pour tous les
acteurs de l’appui opérationnel, permettront sans aucun

100
Mon général, comment utilisez-vous, au sein de votre zone de compétence,
les nouveaux outils d’accompagnement proposés par l’ IGGN ?
« Les outils développés représentent incontestablement une avancée importante.
Ils permettent en effet aux acteurs concernés, tant à l’état-major de la région
que dans les 10 groupements qui la composent, de disposer dorénavant d’une
réelle feuille de route quant aux actions à entreprendre pour réduire les risques
inhérents à leurs activités. Ces outils leur permettent également de prioriser les
Interview du général de corps actions à mener et de concentrer leurs efforts sur les thématiques à fort enjeu.
d’armée Laurent Tavel, com- En tant que commandant de région, je vois un réel intérêt à ce que nous dispo-
mandant la région de gendar- sions d’outils partagés par tous et qui nous permettront dorénavant de bénéficier
merie Auvergne-Rhône Alpes d’une vision commune. Je resterai vigilant quant à leur utilisation, qui doit impé-
rativement apporter à mes acteurs de l’appui opérationnel une aide quotidienne
pour l’obtention de résultats concrets et mesurables. »

Quelle est votre perception de l’évolution de la culture du risque logistique ?


« J’observe une réelle évolution en ce qui concerne la culture du risque en matière
de soutien, qu’il soit administratif ou logistique. En effet, si la culture du risque
est consubstantielle au métier de gendarme dans son versant opérationnel, il me
semble qu’elle n’est pas encore complètement intégrée à nos processus d’appui
opérationnel, alors qu’elle peut évidemment nous permettre d’améliorer notre per-
formance collective. Pourtant, de nombreuses initiatives locales visant à réduire
les risques logistiques se développent, ce qui montre bien que cette culture se dif-
fuse progressivement. Il convient, à mon sens, de maintenant tracer et diffuser ces
bonnes pratiques. En tout état de cause, l’appropriation complète par les équipes
de la culture du risque est un travail de fond qui doit être mené par chaque acteur
du soutien en situation d’encadrement et qui nécessite une réelle conduite du
changement dans nos modes de fonctionnement. »

Le lieutenant Loliaux, chef GSRH au GGD 47 à Agen analyse le bénéfice tiré de la


venue des experts du BAFAT en mission d’accompagnement durant 3 jours courant
novembre :
« Que du POSITIF ! Cette mission a pour but d’accompagner le chef GSRH, et ce
but est atteint. En tant que jeune chef GSRH fraîchement sorti d’école, beaucoup
de sujets sont à prendre en compte dès l’affectation. Des sujets essentiels et de
fond tels que les constructions de caserne, l’avancement, la gestion budgétaire.
Forcément, d’autres sujets pourtant importants sont placés au second plan étant
donné la quantité d’informations à ingurgiter dès notre arrivée. Cette auto-évalua-
tion et cette visite permettent de « remettre les choses à plat » et de sortir le chef
GSRH de l’effet tunnel que l’on peut parfois connaître. Elle permet aussi de s’attar-
der sur des sujets jugés secondaires ou non prioritaires mais demandant tout de
même une attention particulière. Enfin, l’auto-évaluation donne lieu à l’émulsion
d’idées, à l’innovation et le rapport produit sert à élaborer un plan d’action présen-
tant de nouveaux processus et de nouvelles méthodes de travail ».

101
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

Selon la capitaine Gorzyl, cheffe GSRH au GGD 53 à Laval « La venue du BAFAT


était pour moi l’occasion d’obtenir un état des lieux à l’instant T des points forts
et des points à améliorer pour chaque service de mon GSRH. Les échanges avec
les auditeurs étaient fluides et transparents. La fonction de conseil et de formation
auprès des audités représente une réelle plus-value. Les pistes d’amélioration
proposées par domaine permettent d’établir un plan d’actions. Hiérarchisés, les
différents points permettent de définir un ordre de priorisation ».

Par ailleurs, selon le MDC Gruttadauria, directeur du cercle mixte de Perpignan


« L’ensemble des outils d’aide à la maîtrise des risques qui m’ont été transmis
vont faciliter la réalisation de nos contrôles. De plus, le modèle de tableau de
bord et de bilan financier seront de précieux outils qui me permettront d’aborder
dans les meilleures conditions les prochains conseils d’administration afin que
nos membres puissent prendre les meilleures décisions. Un grand merci à l’en-
semble du personnel du BAFAT pour leur soutien ! ».

Enfin, l’adjudante cheffe Nivoix, cheffe du détachement gendarmerie, pilote


de cours restauration à l’École des fourriers de Cherbourg conclut par un pré-
cieux témoignage : « Auparavant directrice de cercle mixte, je sais combien notre
mission est parfois complexe et que nos outils de prise de décision sont denses
et multiples. Je suis donc intimement convaincue qu’un appui matérialisé par le
biais de fiches guides claires et succinctes apportera à nos jeunes spécialistes
cercle mixte ainsi qu’à nos PCA une aide considérable dans leurs nouvelles ou
actuelles fonctions. »

102
3.3.2. La protection et la gouvernance des données numériques : une exigence de plus en plus
prégnante
Malgré les contraintes dues à la crise sanitaire, le Un nouvel outil d’analyse des usages des fichiers
bureau de l’audit de la protection et de la gouvernance Des tableaux de bord statistiques ont été élaborés
des données (BAPGD) a poursuivi son action visant à et transmis à tous les commandants de région et de
maîtriser les risques grâce à un contrôle de l’usage groupement. Ils font ressortir des volumes de com-
des fichiers et à des actions de sensibilisation à portements à risque décelés au cours d’un semestre,
destination des personnels utilisateurs des bases de comme les auto-consultations, les consultations visant
données à caractère personnel. des membres de leur propre famille, ou certaines,
motivées par la curiosité dans le TAJ* et le FPR*.
Ces tableaux de bord se présentent ainsi :

*/ TAJ : Traitement des antécédents judiciaires ;


FPR : Fichier des personnes recherchées

103
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

3 QUESTIONS AU COLONEL FRANÇOIS ROUGIER,


Référent informatique et libertés (RIL) de la région Corse

« Au cours de l’année 2021 vous avez été destinataire des tableaux


de bord de présentation des mésusages faits par les personnels de la région de gendarmerie Corse
dans le TAJ et le FPR, mais aussi dans AGORH@ sous un autre format, que vous ont-ils apporté ? »
Le criblage de l’usage du TAJ, du FPR et d’AGORH@ qui est effectué par la BAPGD de l’IGGN et dont le
résultat est transmis aux régions par le biais du RIL permet de matérialiser très concrètement les risques
liés à l’usage inapproprié de ces fichiers. Sans ces tableaux de bord et en dehors de quelques cas fortuits,
les échelons locaux n’auraient que rarement connaissance des mésusages de ces fichiers.

« Qu’avez-vous décidé avec le commandant de région après les avoir analysés ? »


Ces tableaux permettent incontestablement de mieux orienter les actions de prévention à conduire en
interne, notamment en ciblant beaucoup mieux les catégories de populations concernées. La finalité étant
de mieux maîtriser le risque.

« Souhaitez-vous ajouter quelque-chose ? »


Ces tableaux de bord constituent des « outils » très utiles au commandement pour identifier les mésusages,
réprimer lorsque c’est nécessaire mais, surtout, pour mieux prévenir.
Par ailleurs, les cas concrets anonymisés qui sont régulièrement diffusés par le BAPGD constituent, à
l’aune de ma modeste expérience en la matière, un complément indispensable dans la mesure où, ce sont
incontestablement les points d’accroche les plus efficaces pour capter l’attention des militaires et, ainsi, les
sensibiliser aux risques.

 ES CONTRÔLES QUI
D  ’EST AU DÉBUT D’UNE CARRIÈRE QU’IL
C
MONTRENT LEUR EFFICACITÉ FAUT PRENDRE LES BONNES HABITUDES
La crise n’a pas empêché le BAPGD de poursuivre Les instructeurs dans les écoles ont en effet un rôle
les contrôles qui sont réalisés depuis de nombreuses primordial pour ancrer dans l’esprit des recrues les
années. Ces contrôles, qui consistent à solliciter les règles relatives à l’usage des fichiers. Il était donc indis-
auteurs de consultations qui méritent une levée de pensable de refaire dans les écoles des actions de sen-
doute, sont aussi adressés à la hiérarchie pour qu’elle sibilisation comme cela avait été organisé début 2019.
prenne les mesures qui s’imposent en cas de mésu- Profitant d’une accalmie de la crise sanitaire fin 2021, le
sages. Au cours de l’année 2021, les mésusages ont BAPGD a débuté celles-ci pour sensibiliser les cadres
été moins nombreux. Motivés par une curiosité dépla- sur l’importance de leur mission dans ce domaine. Il
cée, ils présentent des risques mineurs. La baisse faut en effet inculquer aux élèves que nos fichiers
montre que les personnels sont mieux sensibilisés ne doivent pas être utilisés comme ils utilisent les
à ce risque par leurs chefs hiérarchiques. moteurs de recherche sur internet.

104
Témoignage du général de brigade Laurent Vidal, commandant l’École de gendarmerie de Montluçon
« Le 16 novembre 2021, le BAPGD de l’IGGN a effectué de service, commandant d’école, référent RIL) ont tous
au profit de l’École de gendarmerie de Montluçon une apprécié la rigueur dans la présentation et l’adap-
sensibilisation à l’usage des fichiers. Celle-ci constitue tation du discours au public et aux objectifs visés,
pour les cadres de l’école un rappel utile sur les règles pédagogiques et préventifs avant tout. En termes de
légales et réglementaires d’accès aux fichiers. Elle suites données, le commandant d’école a immédia-
permet aussi aux militaires qui auraient une accep- tement ajouté à son discours d’accueil des promo-
tation souple des normes de prendre conscience des tions et stages une mention appuyée sur les fichiers
outils de contrôle qui existent et qui sont mis en œuvre et leur usage. Elèves gendarmes et élèves gendarmes
de manière permanente par la gendarmerie. Enfin, elle adjoints volontaires sont désormais mis en garde dès
pointe les responsabilités qui pèsent sur l’école en leur arrivée contre les dérives possibles en la matière,
matière de formation dans ce domaine. Les person- discours qui est ensuite repris et répété lors des
nels concernés (commandants de compagnie, chefs séances de formation aux outils numériques. »

DES ENQUÊTES JUDICIAIRES ET ADMINISTRATIVES QUI AVANCENT GRÂCE AUX TRACES

Enfin, le BAPGD doit répondre aux demandes de administratives montre que les échelons hiérar-
traces à l’occasion d’enquêtes judiciaires ou admi- chiques ont mesuré l’importance de ces vérifications
nistratives. La charge de travail liée à cette mis- pour s’assurer que les règles de déontologie sont
sion augmente significativement. La hausse (+133 ; respectées, mais aussi pour protéger les personnels
+50%) des sollicitations dans le cadre d’enquêtes contre eux-mêmes.

1250

1000 396
263

750 96 123 160 159


62

500
657 625

540 570 548 526 526


250

0
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021

Contrôle interne Réquisitions judiciaires

105
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

3.3.3. Le Bureau de l’audit de la sécurité des systèmes d’information en 2021 :


plus de saisines et plus de formation

Les contraintes sanitaires imposées par la pandémie sources du système d’information pour un usage
liée à la COVID-19 ont modifié le plan d’action 2021 inapproprié (streams audio et vidéo sur YouTube et
du Bureau de l’audit de la sécurité des systèmes d’in- Facebook entre-autres).
formation (BASSI) qui s’est davantage orienté vers la
formation des personnels et les missions courantes LA FONCTION AUDIT DU BASSI
que sont les réponses aux réquisitions judiciaires, Au cours de l’année, le BASSI a réalisé une mission
administratives et au contrôle interne. Nombre de d’audit in-situ portant sur la sécurité des systèmes
ces actions sont réalisées à distance depuis Malakoff d’information de la région de gendarmerie de Nor-
sur les postes de travail connectés à l’intranet ou à mandie. L’objectif de la mission a été de mesurer la
partir des outils de supervision et de contrôle du por- fiabilité du dispositif de maîtrise des risques SSI à
tail intranet de la Gendarmerie nationale. partir de l’existant, et les dispositifs mis en œuvre
par la formation auditée pour atteindre ses objectifs.
LA FONCTION CONTRÔLE DU BASSI Les preuves d’audit relevées ont été adressées, d’une
Les contrôles réalisés par le BASSI en 2021 ont part au commandant de région pour compléter et
ciblé la surveillance de la bande passante dédiée améliorer la protection de son système d’information
à internet à partir de la volumétrie bimestrielle des en réduisant les risques identifiés à partir de recom-
connexions. Cette action fait appel à une exploitation mandations, d’autre part au Service des technologies
fine des fichiers de journalisation disponibles dans et des systèmes d’information de la sécurité intérieure
SPLUNK24. Il en ressort que 2 % seulement des uti- – ST(SI)², pour le traitement, en central, des risques
lisateurs connectés utilisent plus de 30 % des res- associés aux incidents de sécurité.

24 / SPLUNK : logiciel qui permet de remonter les traces présentes sur les serveurs (LOG)

106
3.3.4. La santé et la sécurité au travail, un levier d’action pour l’appui
et la performance des unités
En 2021, l’activité du BASST s’est maintenue malgré les
contraintes imposées par une circulation toujours active du
virus de la Covid-19. Le bureau a ainsi poursuivi ses mis-
sions d’audit auprès des formations de la gendarmerie25.
Il ressort aujourd’hui que la SST ne se limite plus seu-
lement à l’application de normes et de règlements
mais qu’elle intègre de nouveaux thèmes de réflexion
tels que l’organisation du travail au sein de l’unité,
le management et l’adhésion des personnels aux
décisions de la politique de prévention, et la prise Le BASST en audit à la gendarmerie de l’armement
du leadership par le commandement dans la pro-
motion de la SST au sein de leur formation. Le
Par ailleurs, le BASST a fait évoluer son action en Saviez
vous
l’orientant également dans une démarche d’accom- « L’activité du BASST, en plus de ses
pagnement des chefs d’organisme nouvellement missions d’audit, propose également une démarche
affectés26. En 2021, un état des lieux de la prévention de conseil et d’accompagnement au profit des
des risques professionnels a été réalisé au profit de formations de la gendarmerie. En liaison avec les
commandants de formation nouvellement nommés et responsables régionaux de la SST, sur la base des
audits effectués, il travaille ainsi à la rédaction d’un
des pistes d’amélioration leur ont été proposées.
mémento des principaux risques identifiés. Son
Tant pour assurer la santé et la sécurité de ses person- expertise est également sollicitée ponctuellement
nels que pour préserver la capacité à agir des unités, pour répondre à des problématiques rencontrées
la prévention des risques devient aujourd’hui un enjeu localement par les unités en matière de prévention
incontournable et un levier d’action de premier plan des risques professionnels ».
pour la gendarmerie.

Témoignage du général GUILLAUME GRIMAUX,


ancien commandant de la gendarmerie maritime :

« Plus qu’un audit, la mission accomplie par le BASST


au profit de la GMar m’est apparue comme :
• une aide importante sur une matière complexe, apportée au commandant de formation que j’étais ;
• un soutien de spécialistes à mes responsables du domaine, souvent esseulés ;
• un ressort sur lequel nous nous sommes appuyés pour valider les actions entreprises, en réorienter
certaines et, surtout, élaborer un plan d’action pour les années à venir.
Le tout dans une excellente ambiance. »

25 / Gendarmerie maritime, COMSOPGN (GSA de Beynes, de Rosny-sous-Bois et d’Issy-les-Moulineaux), RG Picardie et RG Bourgogne.


26 / RG Occitanie, RG Hauts-de-France et RG Normandie.

107
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

3 .4. L’ATTERRISSAGE DU CONSEIL PERMANENT DE LA SÉCURITÉ AÉRIENNE (CPSA) À L’IG-


GN OU L’AMÉLIORATION DE LA MAÎTRISE DU RISQUE DANS LES MISSIONS AÉRIENNES DE
LA GENDARMERIE

Créé en 2014 pour affirmer le caractère permanent de


la structure de contrôle de la sécurité aérienne en gen-
darmerie, le Conseil permanent de la sécurité aérienne
de la GN (CPSAGN) a d’abord été rattaché au DGGN,
avant de rejoindre l’IGGN le 1er septembre 2021.

Il est composé de 3 personnes :


• 1 général 2e section (président) ;
• 1 officier supérieur (pilote) ;
• 1 officier (mécanicien).

Le rattachement du CPSAG à l’IGGN témoigne :


• d’une cohérence de finalité : la maîtrise des
risques ;
• d’une cohérence de méthode : l’audit/contrôle.

1 – RÔLE DU CPSAG EN INTERNE GENDARMERIE

L’action du CPSAG a pour sujet l’événement aéronau- 1.2 – Action en amont : Pour éviter que l’événe-
tique (aéronef – drone) : ment ne se produise
C’est l’activité majeure du CPSAG : inspecter les unités.
1.1 – Action en aval : l’événement s’est produit
Le CPSAG reçoit et exploite les dossiers d’enquête en • L’officier inspecteur apprécie l’organisation de
recherchant les causes et, le cas échéant, la res- l’unité avec « son œil de pilote expérimenté », afin
ponsabilité de l’équipage dans la survenance de d’évaluer la qualité des retours d’expérience et la
l’événement. prise en compte des spécificités de l’unité par les
Les enquêtes internes couvrent également un nouveaux arrivants.
domaine plus large que celui des enquêtes du Bureau • Le déroulement de l’inspection favorise le partage
enquête accident de l’État (BEA-E) en intégrant tous et la confrontation des expériences ou des situa-
les types d’événements aéronautiques (accident, tions à risque.
incident grave ou léger, aérien ou au sol).

108
•
Les recommandations contenues dans le rap- trise des risques (BMR) du commandement des FAG à
port d’inspection abordent les thèmes suivants : Villacoublay. En effet, en charge de l’animation de la
ressources humaines, formation, maintien en sécurité des vols autant pour les aéronefs habités que
compétence, activité aérienne, environnement pour les aéronefs sans équipage à bord, le BMR est
aéronautique, salle opérationnelle, équipements, l’interlocuteur privilégié du CPSA au quotidien.
station d’avitaillement, infrastructures, application
et suivi des recommandations du BEA-E. Enfin, la promotion de la sécurité aérienne (SA) passe
par l’implication du réseau des « référents SA » dans
L’action du CPSA-GN ne saurait également se conce- la valorisation des pratiques vertueuses au sein des
voir sans le lien étroit entretenu avec le Bureau de maî- unités aériennes.

Réunion des référents Sécurité Aérienne du commandement des Forces Aériennes de la Gendarmerie à Villacoublay le 8 décembre 2021.

2 – RÔLE DU CPSAG EN EXTERNE GENDARMERIE

• Exploite les rapports d’enquête en provenance du • Suit leur application en interne.


BEA-E. • Entretient des contacts avec les autres CPSA et les
• Répond aux recommandations adressées à la gen- différents acteurs de la sécurité aéronautique.
darmerie.
Le
Saviez
vous
La gendarmerie compte 56 aéronefs
(AS350-EC135-EC145) et plus de 400 drones.

L’activité du CPSAG depuis 2014, ce sont :


65 inspections d’unités (dont 10 en 2021),
1 400 recommandations de sécurité (dont 190 en 2021),
32 enquêtes internes (dont 3 en 2021),
168 recommandations du BEAE traitées (dont 33 en 2021).

109
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

3 QUESTIONS
au commandant de la section aérienne Gendarmerie (SAG) de Limoges

Comment préparez-vous l’intervention du CPSAG dans votre unité ?


« Afin de préparer au mieux l’inspection CPSAG à la section aérienne de Limoges, nous menons une réunion
préparatoire avec les chefs de service afin d’échanger sur les expériences de chacun lors de leurs précé-
dentes inspections dans d’autres unités. Ensuite, nous étudions le précédent rapport du CPSAG pour faire
un point complet sur l’état des recommandations. De là, découle une réunion avec tous les personnels de la
SAG pour un bilan complet sur nos éventuelles faiblesses et y remédier au mieux si ce n’est pas déjà fait » .

Comment se déroulent les échanges avec l’officier inspecteur pendant l’inspection ?


« Les échanges durant l’inspection sont enrichissants. Il existe une parfaite synergie entre les personnels
de la SAG et l’inspecteur. Les commentaires des différents évènements vécus dans les Forces aériennes de
la gendarmerie (FAG) sont grandement appréciés et restent le moment fort de l’inspection. Cette phase est
particulièrement attendue par les personnels nouvellement affectés dans les FAG qui ne disposent pas du
recul sur les événements passés. Cela vient en complément de la documentation mise en ligne et permet
à un « sachant » de répondre aux questions à propos des faits marquants des FAG comme des événements
les plus récents ».

Quels enseignements vos équipages tirent-ils de cette inspection et comment en appréciez vous
la concrétisation ?
« Cela permet à certains personnels de se remettre en cause en s’apercevant bien souvent qu’ils ont déjà
vécu ces situations, heureusement sans conséquence pour eux. C’est la prise de conscience qu’un petit
problème peut se transformer en incident sérieux. Cette inspection permet aussi de rappeler les bonnes
pratiques et ainsi éviter les « petites dérives routinières » propres au fonctionnement humain. L’inspection
devrait être prolongée au minimum d’une demi-journée afin de d’approfondir davantage de sujets ».

Intervention conjointe (chef de division IGGN + chef CPSA + chef BMR du CFAGN) au séminaire des référents SA.

110
3.5. LE COORDONNATEUR NATIONAL DE LA PRÉVENTION : PRÉVENIR POUR MIEUX AGIR.

3 QUESTIONS AU COLONEL JEAN CARREL


Coordonnateur national de la prévention (CNP)

1) Pouvez-vous nous présenter de manière synthétique les missions du CNP ?


Interlocuteur privilégié des services ministériels en charge de la prévention et des
autorités de la gendarmerie, les missions du CNP s’articulent autour de trois axes :
• développer les synergies entre le dispositif de santé et de sécurité au travail
de la Gendarmerie nationale et les réseaux ministériels (ministère de la Défense,
ministère de l’Intérieur) ;
• contribuer à l’action de conseil et d’expertise au profit du directeur général et des autres autorités de la
Gendarmerie nationale, notamment les commandants de régions zonales ;
• garantir la cohérence de la politique de prévention des risques professionnels de la Gendarmerie
nationale, notamment par l’animation de la commission nationale de prévention, structure sommitale de
la chaîne de prévention, pour laquelle il assure le secrétariat général.

2) Comment concevez-vous la prévention des risques professionnels en gendarmerie ?


La prévention des risques doit être intégrée dès la conception d’une manœuvre ou l’élaboration de règles
d’emploi. Elle ne constitue pas un frein à l’action, bien au contraire, elle l’accompagne. La clé de voûte de
la prévention est l’évaluation du risque fondée sur les principes généraux de prévention, et non sur
l’application de normes. Elle intervient en amont de la prise de décision et contribue à renforcer les règles
de déontologie qui guident l’action de la gendarmerie.
Bien préparer les militaires à maîtriser les risques professionnels auxquels ils sont exposés, par une
analyse reposant sur des principes généraux de prévention (contenus dans le Code du travail mais éga-
lement dans le Code de la défense), des formations et des équipements adaptés, constitue une garantie
supplémentaire d’une réponse opérationnelle, collective ou individuelle, proportionnelle et proportionnée.

3) Quelle est la plus-value apportée par le CNP à l’IGGN ?


Les fonctions de CNP ont été créées fin 2019 suite à une recommandation d’audit de la fonction préven-
tion au sein de la Gendarmerie nationale, pour répondre au caractère transverse de la prévention et à
la nécessité d’une cohérence d’ensemble de la politique à mener. Initialement, le CNP est placé auprès du
directeur des personnels militaires.
L’affectation du CNP à l’IGGN en septembre 2021 s’inscrit dans la volonté de la Gendarmerie nationale de
renforcer la dynamique de prévention des risques professionnels lancée depuis plusieurs années et
de pérenniser un véritable esprit de prévention. La désignation du CNP par le directeur général montre
l’intérêt porté à la prévention.
Elle permet à l’IGGN de renforcer sa capacité d’action dans ce domaine en rassemblant désormais en son
sein trois des quatre structures en charge, au niveau central et ministériel, de la prévention. Elle est en
capacité d’apporter un éclairage indispensable sur des thématiques sensibles et en perpétuelle évolution,
comme l’a mis en exergue la crise sanitaire actuelle.

111
3. UNE DÉMARCHE DE MAÎTRISE DES RISQUES QUI CONTRIBUE
À LA BONNE EXÉCUTION DU SERVICE ET À LA CONFORMITÉ DES ACTIONS

FOCUS Le
Saviez
vous
Qu’est-ce que la prévention ?
L’activité du CNP en 2021 La prévention peut être définie comme l’ensemble des
• s uivi des mesures retenues lors de la commis- mesures, évolutives et adaptées, à mettre en œuvre pour
sion nationale de prévention de la gendarmerie assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale du
2020 présidée par le major général et organisa- personnel, ainsi que pour améliorer la qualité de vie au travail,
tion de la commission de 2021 ; dans l’exercice de ses différentes activités professionnelles,
y compris dans celles à caractère opérationnel.
• r eprésentation du directeur de la gendarmerie
dans les instances représentatives ministérielles
(CHSCT ministériel) ; Le
• c onception et pilotage de la politique de vacci- Saviez
vous
nation pour les personnels de la gendarmerie
en lien avec le conseiller technique santé placé
3 structures en charge au niveau national de la
auprès du DGGN ;
prévention des risques sont réunies au sein de l’IGGN.
• p articipation à l’élaboration de l’ensemble des En plus du CNP, l’IGGN compte dans ses rangs :
directives institutionnelles relatives à la crise • le Bureau de l’audit de la santé et de la sécurité au travail
sanitaire Covid-19 ; (BASST). Il est en charge de l’audit interne du dispositif de
• p articipation à l’élaboration du programme prévention des risques professionnels de la gendarmerie,
annuel de prévention du ministère et à son bilan notamment dans les activités à caractère opérationnel. Il
2021 ; conseille et accompagne les responsables locaux dans
leur politique de prévention locale ;
• p articipation aux groupes de travail « motocy-
• les Inspecteurs santé sécurité au travail (ISST). Les ISST
cliste », « sport », « réorganisation de la chaîne
assurent le contrôle du niveau ministériel sur les mesures
de prévention gendarmerie ». de prévention relevant du Code du travail applicables à la
fonction publique d’État (décret 82-453).
7 des 19 ISST que compte le réseau du ministère
de l’Intérieur sont des officiers de la gendarmerie,
organiquement rattachés au chef de l’IGGN.

112
4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME

En 2021, l’IGGN a défini l’orientation stratégique de son avec l’accueil de nouvelles entités que sont la Cellule natio-
action pour les prochaines années dans une feuille de route nale RETEX (CNRETEX), la Mission sûreté de la gendarme-
s’inscrivant dans la stratégie 20-24 du directeur général de rie (MSG) récemment créée et la mission de préfiguration
la gendarmerie nationale et les travaux du récent « Beau- du nouvel Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et
vau de la sécurité ». Elle a également élargi sa compétence contre les discriminations (OGED).

4.1 NOTRE CAP : LA FEUILLE DE ROUTE IGGN 20-24


En cohérence avec la stratégie du directeur général de l’activité de la gendarmerie et dispose d’une ressource
la gendarmerie nationale GEND 20-24 et la démarche humaine particulièrement diversifiée et expérimentée.
de transformation de l’IGGN27 et dans le respect de Par les travaux qu’elle mène et des partenariats exté-
ses missions premières que sont, d’une part l’évalua- rieurs qu’elle s’attache à développer, elle peut mettre
tion et la maîtrise des risques institutionnels, d’autre à profit ses analyses et ses retours d’expérience pour
part l’identification et le traitement des manquements enrichir les réflexions stratégiques pilotées par la
individuels, l’ambition de l’Inspection générale de la direction générale de la gendarmerie nationale.
gendarmerie nationale (IGGN) repose sur la stratégie Cette feuille de route IGGN 20-24 est déclinée selon 18
dénommée IGGN 20.24 et déclinée en 3 axes : mesures dont les plus importantes sont les suivantes :

1- Limiter le risque déontologique en gendarmerie • mesure 2 : renforcer le lien de confiance avec


En s’appuyant sur l’analyse des principaux manque- la population notamment par une démarche de
ments observés lors des quatre dernières années transparence accrue ;
(2017-2020), il s’agit d’élaborer un plan d’action • mesure 3 : poursuivre la dynamique d’ouverture
déontologie à partir de la cartographie des risques de l’IGGN ;
appliquée à la déontologie en gendarmerie qui s’ap- • mesure 4 : faire évoluer la Division des enquêtes
puie notamment sur la formation continue, et de don- internes (DEI) en lui confiant la coordination
ner plus de cohérence à la chaîne fonctionnelle des nationale des enquêtes internes à l’image d’un
correspondants déontologues. office central ;
• mesure 7: ajuster la capacité de la Division des
2- Être en capacité de #répondreprésent signalements et de la déontologie (DSD) pour
L’IGGN doit répondre quantitativement mais surtout mieux traiter les signalements externes et
qualitativement aux différentes saisines et les traiter à internes ;
leur juste sensibilité en pilotant les enquêtes internes • mesure 10 : accompagner les centres de forma-
pour les faits les plus graves. Cela concerne égale- tion et les échelons territoriaux de commande-
ment les signalements internes et externes, mais ment en matière d’enseignement de l’éthique
aussi le contrôle et l’accompagnement des forma- et de la déontologie ;
tions administratives (FA) dans des domaines d’ex- • mesure 11 : assurer le suivi des audits minis-
pertise (logistique, restauration, SST, finances, RH, SSI, tériels et directionnels, ainsi que leurs préconi-
etc.) où des risques ont été identifiés. sations et recommandations (Division des audits,
des inspections et des études – DAIE) ;
3- Agir pour plus de transparence et d’ouverture • mesure 18 : renforcer la dynamique de préven-
L’IGGN est un outil précieux qui couvre l’ensemble de tion des risques professionnels (CNP).

27 / Création de l’Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre les discriminations (OGED) et intégration de la cellule nationale
RETEX (CNRETEX), de la Mission sûreté de la gendarmerie (MSG), du Coordonnateur national de la prévention (CNP) et du Conseil perma-
nent de la sécurité aérienne de la gendarmerie nationale (CPSAGN)

113
4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME

STRATÉGIE DE TRANSFORMATION
DE L’IGGN
SUR LA PÉRIODE 20.24

114
4 .2. LE RETOUR D’EXPÉRIENCE (RETEX) : POUR ACCOMPAGNER
ET SÉCURISER L’ENGAGEMENT DE LA GENDARMERIE AU SERVICE DE LA POPULATION
Pour apporter un service de sécurité optimal à la fonction « retour d’expérience » avec pour objectif de
population, la gendarmerie a enchaîné, à un rythme fiabiliser, accompagner et anticiper la transfor-
soutenu, de nombreuses réformes pour s’adapter à mation permanente de l’institution.
l’évolution constante des menaces et des conditions La Cellule nationale de retour d’expérience (CNRe-
d’engagement, au quotidien comme en situation tex), chargée de l’animation et de la conduite de cette
exceptionnelle. démarche au sein de la gendarmerie, a été créée à
Dans ce contexte, elle s’est engagée en 2019 dans cette occasion. Depuis le 1er septembre 2021, elle
une démarche volontariste de renforcement de sa est rattachée à l’IGGN.

4.2.1. Le retour d’expérience : une démarche d’amélioration continue,


de valorisation et de transformation de la gendarmerie
Valorisant les enseignements des actions conduites à • adapter l’organisation, le fonctionnement et les
tous les niveaux, la démarche retex vise à : capacités à l’évolution des menaces et des contextes
• sécuriser en permanence l’engagement des per- d’engagement ;
sonnels et des unités au quotidien ; • alimenter la réflexion interne, notamment en matière
• renforcer la résilience individuelle et collective ; de doctrine, de stratégie capacitaire et de prospective.

4.2.2. Une démarche retex globale, souple et agile


La démarche retex de la gendarmerie s’appuie sur le Leur analyse objective conduit à mettre en lumière les
recueil, le partage et la capitalisation des ensei- forces et les faiblesses de nos procédures, modes d’ac-
gnements concrets issus de l’expérience de tous les tion et capacités, et à impulser l’élaboration et la
personnels et de toutes les unités. mise en œuvre des mesures nécessaires.

« Le retex ne se limite pas à un


diagnostic, il implique la mise en
œuvre du traitement adapté ».
Elle se concrétise par la consolidation et la fiabi- elle s’applique à tout le spectre missionnel, couvrant
lisation de processus existants, la valorisation de aussi bien le retex élaboré ou de portée stratégique que
pratiques innovantes, efficientes et robustes, ou la cor- le retex du quotidien (débriefing…).
rection des fragilités et vulnérabilités décelées. Sans processus complexe, elle implique de façon souple
La richesse de la démarche retex de la gendarmerie et agile tous les personnels, dont les échelons de com-
réside dans sa globalité et sa simplicité. « Sur mesure » , mandement, avec l’objectif d’être utile à tous.

« Le retex n’est pas qu’une affaire


d’experts, c’est l’affaire de tous. »

115
4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME

4.2.3. La CNRetex : un engagement au contact de tous


Au contact direct de toutes les unités, la CNRetex conduit tation des travaux internes d’adaptation capacitaire et
ses missions autour de trois axes complémentaires : doctrinale, et contribuent à la réflexion prospective ;

DÉVELOPPER L’ESPRIT RETEX APPORTER UN APPUI ET UNE EXPERTISE DANS LE


Le « réflexe retex » est insufflé à tous les niveaux par la DOMAINE DU RETEX
communication et des actions de sensibilisation. L’ef- La CNRetex conduit les retex spécifiques ou de portée
fort est notamment porté sur la formation des cadres, stratégique, à la demande du directeur général de la
en liaison avec le CEGN. gendarmerie nationale, ou d’initiative.
Elle appuie également les échelons de commande-
ANIMER LE PROCESSUS RETEX DE LA GENDARMERIE ment dans la préparation, la planification et la conduite
En liaison avec les unités, les échelons territoriaux d’opérations d’ampleur.
de commandement et la DGGN, les enseignements Enfin, elle développe les partenariats nécessaires avec
concrets sont recueillis, analysés, recoupés et valorisés. d’autres acteurs institutionnels ou privés, permettant
Selon leur nature, ils peuvent donner lieu à des pré- de valoriser la démarche retex de la gendarmerie et de
conisations, à la diffusion de fiches retex, à l’alimen- partager les expertises.

116
4.2.4. Des évolutions concrètes en 2021
L’engagement de la gendarmerie a été particulièrement Allant jusqu’au bout de la démarche retex, certaines pré-
soutenu en 2021, non seulement sur le plan opérationnel, conisations concrètes ont d’ores et déjà donné lieu, après
mais également en termes de soutien, de réorganisation expertise de la DGGN (faisabilité, soutenabilité, opportu-
et d’adaptation des processus. nité), à la mise en œuvre effective de mesures d’adapta-
Dans de nombreux domaines, le retex a permis de tion et de transformation, répondant ainsi aux besoins des
recueillir, analyser et capitaliser des enseignements de unités et aux préoccupations des personnels. Au-delà, la
toute nature et de toute portée : des procédures robustes, démarche retex a permis d’alimenter la réflexion interne
des pratiques innovantes, mais aussi certaines fragilités de la DGGN, notamment en matière de capacités, de doc-
ou vulnérabilités. trine et de prospective.

QUELQUES ACTIONS RETEX EN 2021


• COVID-19 : la CNRetex a apporté tout au long de la manœuvre un appui permanent à la DGGN, permet-
tant d’adapter en temps réel les procédures de crises. Le retex élaboré à l’issue a également éclairé les
travaux aboutissant à la création du Centre national des opérations (CNO), à la réarticulation de la chaîne
territoriale de commandement et d’appui de la gendarmerie, ou à la simplification de procédures internes.
• Saint-Just (63) : à la demande du directeur général de la gendarmerie, la CNRetex a conduit un retex sur
cet engagement où 3 gendarmes ont perdu la vie lors d’une intervention. Les préconisations présentées au
DGGN ont conduit à la mise en œuvre de mesures immédiates significatives (sécurisation de l’engagement
des personnels et des unités, formation, capacités, matériels, ressources humaines,...). Un groupe de suivi
est chargé de coordonner la mise en œuvre de ces mesures et leur effectivité. Les études se poursuivent au
sein de la DGGN pour certaines mesures plus complexes, susceptibles d’être mises en œuvre à moyen terme.
• Formations : École des officiers de la gendarmerie, préparation à l’emploi des officiers (niveau compagnie/
escadron, groupement, région), École de guerre, Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur,…
• Valorisation retex : administration et alimentation d’une bibliothèque nationale retex pour la gendarmerie.
• Partenariats : Air France, ministère des Sports, Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expé-
rimentations (CICDE)...

117
4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME

4 .3. LA MSG : POUR UNE MEILLEURE PROTECTION DES MILITAIRES,


DE LEUR FAMILLE ET DES EMPRISES DE LA GENDARMERIE

L’assassinat le 13 juin 2016 à Magnanville d’un fonc- à identifier toutes les mesures prises au niveau central
tionnaire de police et de sa compagne a brutalement mais aussi les initiatives développées au niveau local
fait prendre conscience des menaces qui pesaient en matière de protection pour en tirer la meilleure
désormais directement sur les forces de l’ordre. La synergie possible.
Gendarmerie nationale, à l’instar de l’ensemble des Il est rapidement apparu que cette mission était véri-
acteurs du ministère de l’Intérieur, s’est dès lors tablement structurante pour l’ensemble de la gendar-
engagée dans une politique de renforcement de ses merie et qu’elle nécessitait un investissement de plus
capacités d’intervention mais aussi de protection grande ampleur et de long terme.
de ses personnels. Avec plus de 3 700 emprises, elle Une « mission sûreté de la gendarmerie » (MSG) a
doit relever le défi d’assurer à tous ses personnels, ainsi été créée en août 2021 et placée sous l’autorité
mais aussi à leur famille28, en métropole comme outre- du chef de l’IGGN, au sein de la division de l’analyse,
mer, le niveau de protection le plus élevé possible. des inspections et des études.
Les mesures prises dans ce domaine étant nom- Elle est commandée par un officier général, assisté
breuses et très diverses, le besoin s’est rapidement de deux colonels, d’un adjudant-chef, qualifié référent
fait sentir de rechercher une plus grande cohérence. sûreté, et d’un militaire du corps de soutien.
Ainsi, dès 2018, un coordonnateur national de la Le rattachement de la MSG à l’IGGN traduit la
protection a été nommé au sein du cabinet du direc- volonté constante de positionner l’inspection
teur général de la gendarmerie. Cet officier s’est attelé générale en appui des unités dans une démarche

28 / La famille du gendarme vit généralement au sein de la caserne dans un logement concédé par nécessité absolue de service (LCNAS).

118
d’accompagnement (sous la forme d’audit par tection des personnels et des emprises de la
exemple), ou dans un soutien opérationnel, sous la gendarmerie déployables sous le signe de l’ur-
forme d’expertise de haut niveau (dans les domaines gence. Il s’agit pour la MSG d’être en mesure de
judiciaire, administratif, technique et désormais celui se projeter très rapidement, en appui des éche-
de la sûreté). lons territoriaux, afin de faire face à des situations
Le périmètre d’action confié à la MSG est vaste mettant en péril la protection des personnes et
puisqu’elle a vocation à se saisir des questions de des biens. Grâce au soutien technique du ST(SI)2,
sûreté allant, entre autres, du numérique aux équipe- la MSG a pu apporter son concours humain et
ments de protection des personnels, en passant par la technique à deux unités ayant subi des atteintes
protection des données ou des emprises, que ce soit graves ; la mise en place de moyens mobiles de
en métropole, outre-mer ou à l’étranger. vidéo détection a permis de renforcer la sécurité
Son cœur de métier reste toutefois la protection des des emprises et surtout de rassurer les familles
personnels et de leur famille ; à ce titre, elle se consacre (voir infra le témoignage du commandant de
tout spécialement à la protection des emprises de la groupement des Yvelines).
gendarmerie, que ce soient les locaux de service ou
les logements des familles. Même si le souci de la sûreté des personnels et des
Afin d’affiner la mission qui leur a été confiée, les per- biens irrigue au quotidien la manœuvre de la gendar-
sonnels de la MSG sont allés à la rencontre des direc- merie, il apparaît que la « fonction sûreté » nécessite
tions et services de la DGGN mais aussi du ministère un pilotage centralisé et bien identifié. À l’instar des
de l’Intérieur, des responsables territoriaux et d’ac- grands groupes privés disposant d’une « direction de
teurs privés du monde de la sûreté (voir à ce sujet infra la sûreté », la gendarmerie s’est donc engagée, en
le témoignage de l’un des cadres du Centre national créant la MSG, dans une démarche de mise en cohé-
de prévention et de protection). rence et de pilotage de l’ensemble des actions qu’elle
mène pour assurer la sûreté de ses actions et de ses
Enrichies par ces échanges, la MSG a orienté, dès sa personnels.
création, ses travaux selon deux axes : En confiant cette mission à l’IGGN, elle la conforte
• un axe préventif s’appuyant sur la définition dans ses capacités de conseil, d’audit et de soutien
d’une gouvernance de la fonction sûreté. La MSG des unités dans l’un des domaines les plus sensibles
va donc consulter au début de l’année 2022 les de son engagement.
directions et services afin qu’ils contribuent à la
clarification du rôle de chacun dans le domaine de
la sûreté. Cet axe préventif s’adossera en outre à
une expérimentation initiée par le groupement de
gendarmerie départementale de l’Isère visant à
établir une cartographie automatisée des risques
pesant sur les emprises de la gendarmerie. Cet
outil fait actuellement défaut aux échelons déci-
sionnels. Enfin, une réflexion de fond est menée
afin de mieux identifier et employer la ressource
humaine dans le domaine de la sûreté ;
• un axe réactif motivé par le manque, claire- Visite de la nouvelle brigade de Selles-sur-Cher (41), première unité
ment constaté sur le terrain, de moyens de pro- construite selon les normes du référentiel de sûreté des brigades.

119
4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME

Témoignage du colonel SYLVAIN TORTELLIER,


commandant le groupement de gendarmerie départementale des YVELINES (78)

Q : Comment avez-vous connu la MSG ?


R : Dès sa création, la MSG est venue au contact de la cellule PTM (Préven-
tion technique de la malveillance) du GGD pour dresser un état des lieux et
recueillir des bonnes pratiques. Cette cellule est particulièrement dynamique et
s’est faite connaître par ses projets innovants (cartographie de l’état de sûreté
des casernes intégrant une revue des vulnérabilités et priorisations des points
d’amélioration ; guide de sécurisation des emprises et centres équestres...). J’ai
donc eu connaissance de son existence à la rentrée de septembre, dès sa créa-
tion. Les liens que nous avons ainsi tissés ont permis de réagir très vite lors-
qu’une brigade du groupement a été directement menacée.

Q : Que s’est-il passé ?


R : Une commune du département faisait l’objet d’un nombre croissant
d’agressions d’agents publics : chauffeurs de bus, pompiers, policiers munici-
paux et gendarmes y étaient agressés de façon régulière, en particulier à l’oc-
casion de certaines dates (14 juillet, Nouvel An...). Mais un seuil a été dépassé
lorsque des individus ont jeté des projectiles dangereux sur la caserne, y com-
pris des mortiers. Je m’en souviens bien, c’était le soir d’Halloween. Quelques
minutes auparavant, les enfants déguisés jouaient encore dans la cour ! La
MSG a proposé immédiatement d’installer un système de protection, le temps
qu’un dispositif pérenne soit mis en place.

120
Témoignage de monsieur SÉBASTIEN SAMUELI,
directeur des relations publiques du Centre national
de prévention et de protection (CNPP)

Q : Dans quelles circonstances avez-vous été amené à rencontrer les mili-


taires de la MSG ?
R : Dès septembre 2021, j’ai rencontré l’un des membres de la MSG, le colonel
Guyennon, à l’ouverture de la 33e session nationale « sécurité et justice » de
l’IHEMI dans laquelle nous sommes tous deux auditeurs. Nous avons donc com-
mencé à échanger sur les sujets de la sûreté découvrant rapidement de nom-
breuses synergies possibles. Nous nous sommes par la suite revus à l’occasion
du colloque annuel du CDSE (Club des directeurs sécurité des entreprises), puis
lors de la venue en décembre dernier de l’ensemble des membres de la MSG sur
notre plateau technique de Vernon où nous avons présenté les activités du CNPP
en matière de sûreté malveillance (certification de produits et services, évalua-
tion de conformité, conception, installation et maintenance des technologies de
sûreté, formation, conseil).

Q : Avez-vous d’ores-et-déjà identifié des synergies possibles entre le CNPP


et la MSG ?
R : Clairement oui. Les pistes, sur lesquelles nous avons échangé avec le général
Bertrand François et son équipe sont nombreuses et concernent, entres autres :
- la définition d’une doctrine sûreté pour les emprises de la gendarmerie :
le CNPP accompagne de nombreuses grandes entreprises sur une telle
démarche ;
- la mise en œuvre d’une méthodologie d’analyse de risques en matière
de malveillance : la méthode développée par le CNPP pourrait trouver une
application en gendarmerie ;
- la formation : les cursus du CNPP, dont celui de manager des risques sûreté
et malveillance, peuvent répondre à certains besoins de la gendarmerie ;
- enfin, les référentiels APSAD
du CNPP, véritables règles de
l’art en matière de projets
sûreté, peuvent enrichir l’ex-
pertise de la gendarmerie en
matière de CCTP29.
Un vaste programme !

29 / CCTP : cahier des clauses techniques particulières

121
4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME

4.4. L’OGED : PROMOUVOIR L’ÉGALITÉ ET LA LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS

des actions de leur institution en faveur de l’égalité


professionnelle, de la lutte contre les discriminations
et les actions de prévention qui leurs sont associées.
Ce faisant, il doit aussi éclairer la hiérarchie gendar-
merie sur les marges de progression éventuelles quant
aux processus de ressources humaines en vigueur
pour continuer à les faire évoluer. En outre, l’observa-
toire sera également un espace d’échange collabora-
tif avec des partenaires institutionnels, des autorités
administratives indépendantes et le monde associatif,
ainsi qu’un vecteur de communication transparent à
L’égalité entre les femmes et les hommes a été destination du grand public.
consacrée « grande cause nationale » par le président
de la République, lors de son discours à l’Élysée 1.2. Acteur en soutien du plan d’action déontologique
en novembre 2017. La Gendarmerie nationale a fait gendarmerie
le choix audacieux de se doter d’un véritable obser- Le périmètre de l’observatoire recoupe à la fois celui
vatoire dont le périmètre ne l’est pas moins : l’égalité du plan d’action de la gendarmerie en matière d’éga-
professionnelle, la diversité et la lutte contre le har- lité professionnelle et celui de la Division des signale-
cèlement, les discriminations et les violences. Créé à ments et de la déontologie (DSD) avec laquelle il a un
l’été 2021, l’Observatoire de la gendarmerie de l’éga- lien fonctionnel. De fait, l’OGED s’intéresse aussi aux
lité et des discriminations (OGED) est rattaché organi- interactions des gendarmes avec les usagers.
quement à l’IGGN. Ainsi, en s’appuyant sur son indépendance et de
sa crédibilité, il participera tant à l’animation de la
1. L’OGED, AU CŒUR DE LA STRATÉGIE IGGN 20-24 politique d’égalité professionnelle du ministère de l’In-
L’observatoire doit analyser, évaluer et valoriser les térieur30, qu’au renforcement du lien de confiance
actions mises en œuvre par la gendarmerie en matière avec la population.
d’égalité et de lutte contre les discriminations.
Ses missions, son périmètre et son champ d’évolution
le placent à la croisée des trois axes de la feuille de
route de la stratégie de transformation IGGN 20-24.

1.1. Promoteur de la transparence et de l’ouverture et


partenaire de #répondreprésent
L’OGED sera présidé par une personnalité exté-
rieure à la gendarmerie et mobilisée autour des
thèmes liés à l’observatoire.
Tourné prioritairement vers l’interne gendarmerie,
l’OGED veut informer les militaires et le personnel civil

30 / Cette politique est pilotée par la haute fonctionnaire à l’égalité des droits, Mme Fadela BENRABIA

122
Environnement institutionnel et partenarial de l'observatoire de la gendarmerie pour l'égalité et contre les discriminations (OGED)

AUTORITÉS ADMINISTRATIVES INDÉPENDANTES ASSOCIATIONS PREMIER MINISTRE

OBSERVATOIREDELAGENDARMERI E
Informations en source ouverte POURL’ÉGALITÉETCONTRELES
DISCRI
MI NATI
ONS MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

Président de l’observatoire COMITE TECHNIQUE

Membres associés :
SUIVI INDICATEURS
chercheurs,
ÉTUDES
sociologies, etc)
VALIDATION COPIL

Membres de droit :

ALIMENTATION
services producteurs de
DIFFUSION

données de la DGGN
SITE INTRANET COMITE DE SECRÉTARIAT notamment :
PILOTAGE GÉNÉRAL - BAA/SDPRH/DPMGN
SITE INTERNET - RNED/DPMGN
- SDAP/DPMGN
- DSD-DEI-AGIGN/IGGN
AUTRES MINISTÈRES

VALIDATION DES ÉTUDES,


RAPPORTS, RECOMMANDATIONS
Liens fonctionnels

Liens partenariaux

Recueil, traitement de données AUTRES OBSERVATOIRES INSTANCES EUROPEENNES OU INTERNATIONALES LE CAS ECHEANT

Analyse, étude, valorisation

2. L’OGED, OUTIL DE VALORISATION 2.2. Un observatoire pour voir loin


ET D’ANALYSE TRANSVERSE Garantir l’égalité et lutter contre les discriminations font
L’OGED dispose d’une charte de fonctionnement qui intégralement partie de la responsabilité sociale de la
fixe son organisation, ses missions et les modalités pra- Dans un environnement mouvant et de moins en moins
tiques de son fonctionnement (cf. schéma supra). prédictif, où l’exigence envers les forces de sécurité
s’exprime quotidiennement, la contribution de l’OGED
2.1. Une approche partenariale est un investissement patient et de long terme visant la
L’OGED fonde principalement ses analyses sur le suivi diffusion d’une culture de l’égalité, la valorisation de
pérenne d’une cinquantaine d’indicateurs et s’appuiera : l’identité de la gendarmerie et de son ambition RH,
• sur le travail de recueil des statistiques RH et les ainsi que la garantie de la qualité du service public
études sociologiques et démographiques des sec- rendu à la population.
tions du bureau de l’analyse et de l’anticipation de
la DGGN (SDPRH) ;
• sur l’expertise des directions métiers de la DGGN,
voire des FA et ETC ; Le
• sur la contribution de personnes extérieures (cher- Saviez
cheurs, sociologues, etc.) vous
Il existe au total trois
observatoires en gendarmerie :
Les travaux se concentrent actuellement sur la concep-
tion et le développement d’un site qui sera autant un 1. l’ONISTS (Observatoire national de l’innovation scientifique
outil de travail que de diffusion et d’échanges. et technologique pour la sécurité) rattaché au ST ;
2. l’OCSTI (Observatoire central des systèmes de transport
intelligents) rattaché au SCRCGN ;
3. et maintenant l’OGED.

123
4. UNE IGGN QUI SE TRANSFORME

Trois questions posées à la Générale ARMELLE VALENTIN

La générale de brigade Armelle VALENTIN est arrivée à l’IGGN à l’été 2021 pour
organiser la préfiguration de l’Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et
contre les discriminations (OGED) nouvellement créé.
Issue de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, elle appartient aux premières
générations d’officiers féminins de recrutement direct ayant intégré la gendar-
merie. Son parcours de carrière est marqué par la diversité des fonctions suc-
cessivement occupées, alternant des commandements opérationnels (peloton
de gendarmerie mobile, compagnie et groupement de gendarmerie départementale), des mobilités
extérieures dans le domaine des relations internationales, des affectations en état-major et en école.

Q : Quel est le regard que vous portez sur les thématiques de l’égalité professionnelle et de la diversité
en gendarmerie au vu de votre parcours ?
R : Mon regard sur la question est toujours resté le même : je pense que ce sont plutôt les représentations
sociales qui ont évolué. Il y eut l’époque des «pionnières », où l’accès d’une femme à des responsabilités
classiquement exercées par des hommes suscitait l’attention du public et des médias. Au tournant du
siècle, le concept de diversité a émergé dans le débat public français, avec une acception plus large des
différences à prendre en compte. Nous sommes aujourd’hui, peut-être, à une troisième phase de cette
évolution, avec une recherche de réponses plus volontaristes et innovantes sur ces questions.
La diversification des concepts utilisés a indéniablement entraîné un effet de brouillage entre les notions
d’égalité des chances, de diversité, et de lutte contre les discriminations.
Le défi pour la gendarmerie, consiste à traduire ces évolutions en un langage clair et adapté à notre insti-
tution. Notre statut, nos valeurs, sont un appel constant à nous rejoindre au-delà de nos différences, autour
d’idéaux plus élevés. C’est la force de notre modèle : pour les militaires, les différences doivent d’abord se
vivre dans l’indifférence.
C’est pourquoi les questions d’égalité professionnelle et de diversité se déploient chez nous sur des plans
distincts. Nous devons donc acclimater ces questions dans notre institution, tout en faisant valoir la plus-va-
lue attachée à notre modèle. SUITE

124
SUITE Q : Comment avez-vous abordé les étapes préparatoires au déploiement de l’OGED ?
R : C’est une véritable mission de conception, selon une méthode projet, en veillant en
permanence à respecter l’esprit et la lettre qui ont présidé à la création de cette entité.
De façon pragmatique, il s’est agi de faire de la prospective sur des structures approchantes, de rencontrer
des acteurs impliqués au sein de la gendarmerie, du ministère de l’Intérieur comme d’autres ministères,
d’identifier le cadre normatif, les besoins concrets (RH, matériels, immobiliers, et numériques) et de capi-
taliser à chaque étape franchie. Je souligne en particulier la mise en route d’un projet d’informatique déci-
sionnelle avec le soutien du fonds égalité professionnelle, au profit de la direction du personnel militaire et
donc de l’OGED à terme.
Je voudrais ici saluer le travail considérable de la référente nationale « égalité professionnelle et diversité »
de la gendarmerie, ainsi que des membres du bureau de l’analyse et de l’anticipation de la sous-direction
de la politique RH, de la mission du système informatique Agorha et du bureau des outils de soutien et des
statistiques du ST(SI)², ainsi que le bureau des publications du SIRPA. Tous ont répondu présents à nos
nombreuses sollicitations, mettant à disposition du projet leur énergie et leur talent.
À l’été 2022, le poste de secrétariat général de l’observatoire devrait être pourvu par un chef d’escadron,
assisté d’un maréchal des logis, et d’un apprenti au profil de « data analyst ».

Q : Quelle est votre vision de l’OGED et les pistes à emprunter ?


R : Il appartiendra au futur président de l’observatoire, une personnalité extérieure à la gendarmerie et
engagée dans les questions d’égalité professionnelle et de lutte contre les discriminations, de définir avec
le comité exécutif les axes de travail de l’observatoire. À titre personnel, j’imagine l’observatoire davantage
comme un phare, ni scrutateur, ni thuriféraire : éclairant le chemin, autant que les angles morts, intégrant
les spécificités des missions réalisées par la gendarmerie au service du public, ouvert aux dimensions
sociologique, budgétaire et normative, ou encore identifiant les risques d’atteinte à la cohésion du corps,
comme pourrait le faire à terme le sujet délicat de la discrimination positive. Les deux axes fondateurs de
l’observatoire mériteront d’être explorés à fond : promotion de l’égalité et prévention des discriminations
dans une démarche d’ouverture.

125
[Link] 2022-2024

Après 2 années de grande montée en puissance et L’antenne déconcentrée de


de transformation, marquées par le temps fort qu’a l’IGGN Sud, installée à Mont-
constitué le « Beauvau de la sécurité », l’IGGN sera pellier, sera créée à compter du
pleinement impliquée dans la mise en œuvre de la 1er août 2022, en lieu et place de
LOPMI en appui à la Direction générale de la gendar- celle de Marseille. Des personnels
merie nationale (DGGN). Elle devra également piloter du Bureau des enquêtes judi-
la réalisation de ses 2 chantiers majeurs que consti- ciaires rejoindront cette entité de manière à disposer,
tuent la Stratégie IGGN 2020-2024 et le plan d’ac- au cœur de cette zone géographique, de moyens d’ac-
tion déontologie de la Gendarmerie nationale. tion importants évitant ainsi de longues élongations
depuis Malakoff.
Concernée par le plan gouver-
nemental de démétropolisation Enfin, à compter du 1er septembre 2022, un magistrat
engagée par le Premier ministre de l’ordre judiciaire rejoindra les rangs de l’IGGN en
en faveur des territoires, au même qualité d’adjoint au chef de l’Inspection. Apport de
titre que les différents services et compétences nouvelles et limitation de l’entre-soi,
directions du ministère de l’Inté- seront de nouveaux atouts pour un service toujours
rieur (Secrétariat général, Police plus performant.
nationale, Gendarmerie nationale, sécurité civile,
sécurité routière…), l’IGGN préparera d’ici 2025 le L’ensemble de ces actions seront menées dans le res-
transfert de 32 de ses personnels, soit 1/3 de son pect des 3 axes définis par le plan stratégique IGGN
effectif, du siège actuel de Malakoff à Cahors, chef- 2020-2024 au service du lien de confiance unissant la
lieu du département du Lot. gendarmerie au citoyen :

Cette opération devra être réalisée en cohérence avec Limiter le risque déontologique
la feuille de route IGGN et permettre une préservation de
Être en capacité de #Répondreprésent
ses expertises et compétences par le biais d’une ges-
tion de ses ressources humaines largement anticipée. Agir pour plus de transparence et d’ouverture

126
6. Annexes

Charte IGGN 128

Sanctions disciplinaires 2021 133

Agressions des gendarmes 134

Historique de la fonction Inspection 135

127
3. ANNEXES

CHARTE

D'ETHIQUE ET DE DEONTOLOGIE

DE L'INSPECTION GENERALE DE LA GENDARMERIE NATIONALE

GE
ON N
TI E
C

R
PE

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G EN

E
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DA

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M
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R

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IE NA

Préambule

L'inspection générale de la gendarmerie nationale, attentive à la confiance du public dans la


gendarmerie, conduit avec rigueur et mesure les missions générales d'inspection et de contrôle
que les textes lui confèrent.

Garante du respect par les forces de gendarmerie des valeurs constitutionnelles de la


République, des libertés et droits fondamentaux des personnes reconnus par les instances et
textes nationaux, européens et internationaux, ainsi que des dispositions du code européen
d'éthique de la police et du code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie
nationale, l'inspection générale de la gendarmerie nationale assure le même respect de ces
valeurs et droits fondamentaux en son sein.

A ce socle de droits, l'inspection générale de la gendarmerie nationale ajoute ses propres


valeurs morales fondamentales, issues des préceptes éthiques, philosophiques et
méthodologiques posés par les statuts et directives régissant la gendarmerie.

L'inspection générale de la gendarmerie nationale déclare que ces valeurs fondamentales


président en tout temps et en tout lieu à l'ensemble de ses actions et méthodes de travail.
Ces valeurs s'imposent à tous ses personnels quels que soient leurs statuts, emplois, domaines
de compétences, et guident la justesse de leurs actions.

Expression de son indépendance à l'égard de l'ensemble des formations de la gendarmerie, ces


valeurs traduisent la ferme volonté de l'inspection générale de la gendarmerie nationale de
garantir la légalité et la fiabilité des actions de la gendarmerie.
Sur leur fondement, l'inspection générale de la gendarmerie nationale édicte la présente
charte d'éthique et de déontologie guidant ses actions et fonctionnement.

128
Titre premier

Éthique
de l'inspection générale de la gendarmerie nationale

L'inspection générale de la gendarmerie nationale fonde ses règles déontologiques sur des
valeurs morales supérieures, caractéristiques de l'éthique à laquelle elle se réfère. Les valeurs
fondamentales dont elle est porteuse permettent d'induire le comportement qu'il convient
d'adopter en toutes circonstances.

Ainsi l'inspection générale affirme son profond attachement, dans l'exercice de ses missions,
aux principes des libertés et droits fondamentaux, d'humanité et de respect des personnes, de
recherche de la vérité et de restitution fidèle des réalités et des risques.

Titre II

Règles déontologiques
de l'inspection générale de la gendarmerie nationale dans l'accomplissement de ses missions

IMPARTIALITE

L'inspection générale accomplit ses travaux sans aucun a priori, esprit partisan ou de
discrimination, ni postulat ou sophisme. Ces travaux ne servent aucun autre intérêt que celui
de la manifestation de la vérité, de la recherche de la connaissance exacte de la réalité des
pratiques et des risques susceptibles de s'y rattacher. Dans cette quête, elle ne subit
d'influence ou de pression d'aucune sorte.
L'impartialité des productions de l'inspection générale est garantie par la qualité des
personnels qui y sont affectés, la collégialité des travaux, la pluridisciplinarité des compétences,
le respect des principes de méthodologie et de rigueur, et sa capacité à réutiliser
l'enseignement de ses recommandations pour elle-même.

OBJECTIVITE

Les travaux de l'inspection générale n'ont pas pour objet de confirmer ou d'infirmer une thèse
préétablie ou soutenue par une opinion dominante, mais de conduire à une appréciation
objective, fidèle, systémique et équilibrée de la réalité. Ils ne comportent aucune appréciation
subjective ou susceptible de laisser place à l'interprétation.

129
3. ANNEXES

CONFIDENTIALITE

En raison de la nature et de la sensibilité des missions, les données recueillies au cours des
enquêtes, audits et études sont confidentielles par principe.
Leur communication relève du chef de l'inspection générale. Au sein même de celle-ci, elles
sont portées à la connaissance des seules personnes ayant le besoin d'en connaître.
L'inspection générale veille avec rigueur à la protection de cette confidentialité des données et
des sources. Elle ne peut être contrainte d'y porter atteinte, sauf dans les cas prévus par la loi.

RIGUEUR METHODIQUE

Les travaux de l'inspection générale répondent tous aux préceptes suivants :


Légalité : Les actions et missions ne peuvent être accomplies que dans la stricte limite des
prescriptions légales, réglementaires et jurisprudentielles.
Réalité : Les travaux ne peuvent reposer que sur des faits dûment établis. L'inspection générale
n'admet aucune analyse ou constat affecté de subjectivité, ou d'éventualité. La préservation de
la constatation de ces faits est garantie par leur transcription.
Limites de compétences et de pouvoirs : Les études et travaux sont accomplis dans la stricte
limite des termes d'un mandat ou d'une délégation judiciaire. Les pouvoirs en découlant sont
exercés dans les mêmes conditions et dans le respect de la répartition des compétences entre
les bureaux.

Titre III

Règles déontologiques
s'imposant aux personnels de l'inspection générale de la gendarmerie nationale

EXEMPLARITE

Les personnels de l'inspection générale s'approprient et partagent les valeurs affirmées ci-
dessus. Ils ne portent en aucune façon atteinte à l'image de l'inspection générale. Leur
comportement, en privé comme en service, ainsi que leur manière d'exécuter les missions
doivent être exempts de tout manquement aux règles éthiques, déontologiques, pénales et
statutaires.

NEUTRALITE

Quel que soit l'objet de leur mission, les personnels de l'inspection générale s’abstiennent en
tout temps et en tout lieu de prendre part aux expressions d'opinions ou controverses d’ordre
politique, racial, religieux ou idéologique.
De même, ils s'interdisent tout jugement sur les avis, décisions et directives du ministre de
l'intérieur ou du directeur général de la gendarmerie nationale.

130
PROFESSIONNALISME

Les personnels de l'inspection générale assurent leurs missions avec la rigueur et le


professionnalisme qu'impose leur positionnement institutionnel, dans leur intégralité et dans
les limites des mandats et délégations qui leur sont confiés et des orientations du chef de
l'inspection générale.
Les constats, analyses et recommandations sont effectués dans des domaines de compétences
maîtrisés par l'auteur de la mission. A défaut, celui-ci doit s'allier le concours de spécialistes du
domaine de compétences concerné.
Le professionnalisme suppose de respecter une distance de précaution avec les interlocuteurs
rencontrés et l'obligation pour chacun de s'abstenir de prendre part à toute mission impliquant
des personnes ou unité susceptibles de mettre en cause son impartialité.

RESPECT DES PERSONNES

Les personnels de l'inspection générale agissent dans le respect des libertés et droits
fondamentaux des personnes. Ils ne prennent aucune mesure de contrainte ou restrictive de
liberté autre que celles prévues par la loi et sous réserve de s'assurer de son caractère
strictement et évidemment nécessaire. Ils s'interdisent toute forme de déconsidération orale
ou écrite susceptible de heurter la dignité d'une personne ou d'une unité de gendarmerie.

INTEGRITE

L'intégrité des personnels de l'inspection générale s'entend d'un point de vue tant
comportemental qu'intellectuel.
Sous l'angle comportemental, l'intégrité s'entend de la probité et du désintéressement.
Sous l'angle intellectuel, elle s'entend de l'aptitude à faire abstraction de son propre avis, des
pressions, des a priori, des sympathie ou antipathie pour l'interlocuteur. Elle se traduit par le
courage intellectuel, qui s'illustre notamment dans la faculté de pouvoir défendre seul sa thèse
même contre l'opinion dominante. L'intégrité suppose aussi la capacité à résister aux
sollicitations et à rendre compte de la manière la plus fidèle de la réalité d'une situation. Elle
suppose de toujours veiller à ne pas s'exposer au risque de ne pas accomplir son devoir.

INDEPENDANCE DANS L'EXERCICE DES MISSIONS

Les personnels de l'inspection générale sont indépendants dans l'exercice de leurs missions.
Cette indépendance s'entend de la liberté d'action, de jugement, d'avis et d'analyse exprimés
au cours de leurs travaux.
Elle n'existe que dans la limite de la définition des missions prévues par le mandat donné par le
ministre, le directeur général et le chef de l'inspection générale ou par les délégations des
magistrats.
Elle procède du respect de l'ensemble des règles et principes affirmés dans la présente charte.

131
3. ANNEXES

Titre IV

Spécificité des fonctions

LEGITIMITE ET PROTECTION DU MANDAT

Le détenteur d'un mandat ou d'une délégation judiciaire dispose de facto de la qualité pleine
et entière pour procéder à toute étude, constat ou enquête.
Il ne peut lui être opposé aucun refus, obstacle ou demande de justification d'aucune sorte
dans l'exercice de son mandat. Il ne peut non plus être inquiété dans sa carrière ou son
parcours professionnel à raison de l'exercice de ses missions.

SUJETION D'APPARTENANCE

Les personnels affectés à l'inspection générale de la gendarmerie nationale acceptent sans


réserve les principes et règles énoncés dans la présente charte, s'engagent à les respecter et à
rendre compte de toute situation qui serait de nature à les mettre en difficulté au regard de
ceux-ci.

132
SANCTIONS DISCIPLINAIRES POUR L’ANNÉE 2021 EN GENDARMERIE

Les procédures disciplinaires applicables aux militaires de la gendarmerie sont déterminées par le Code de la défense. Elles se
différencient de celles des fonctionnaires, tant par le type de sanctions pouvant être prononcées (arrêts par exemple) que par le
nombre existant de groupes de sanctions (3 pour les militaires, 4 pour les fonctionnaires).
Les sanctions disciplinaires sont réparties en trois groupes :
- les sanctions du 1er groupe incluent l’avertissement, la consigne, la réprimande, le blâme, les arrêts et le blâme du ministre ;
- les sanctions du 2ème groupe sont l’exclusion temporaire de fonction pour une durée maximale de cinq jours privatives de toute
rémunération, l’abaissement temporaire d’échelon et la radiation du tableau d’avancement ;
- les sanctions du 3ème groupe rassemblent le retrait d’emploi, défini par les dispositions de l’article L4138–15 du Code de la défense
et la radiation des cadres (ou la résiliation du contrat par les personnels qui ne sont pas de carrière).

Par typologie de fautes Par groupe de sanction

2020 2021 2020 2021

MANIERE DE SERVIR 439 602 Sanction 1er Groupe

INFRACTIONS AU REGLEMENT 372 561 Avertissement 120 147

FAUTES DE COMPORTEMENT 201 281 Consignes 110 231

IVRESSE (G3 EN CAS DE RÉCIDIVE) 224 213 Réprimandes 60 50

INSULTES 151 172 Blâme 104 94

ARMEMENT 138 160 Arrêts 1798 2170


ACCIDENTS 136 139 Blâme du ministre 48 65

MENTIR/FALSIFIER 99 105 Sanction 2ème Groupe

VIOLENCES 78 90 Exclusion temporaire de fonction 8 6

PERTES 37 71 Radiation du tableau d'avancement 3 5

MANQUEMENTS DANS INTERVENTION 75 58 Abaissement temporaire d'échelon 0 2

INFRACTIONS DIVERSES 58 57 Sanctions 3ème Groupe


MOEURS 40 47 Retrait d'emploi 8 6

INDISCRETIONS 37 41 Radiation des cadres 15 25

RETARDS / ABANDONS DE POSTE 43 41 Résiliation du contrat d'engagement 5 6

SCANDALES 44 35

HARCELEMENT MORAL 22 26 Par grade et groupe de sanction


VOLS 24 26

DETERIORATIONS 17 20 OFFICIERS GIE / OCTA


MENACES 14 19
Sanction du 1er groupe 63 66

RECELS / ESCROQUERIES 15 14
Sanction du 2ème groupe 1 1

STUPEFIANTS 7 12
Sanction du 3ème groupe 0 3

TRAVAIL ILLEGAL 2 6

RELATIONS 4 6 SOUS-OFFICIERS GIE / CSTAGN


ABSENCES / DESERTIONS 0 3
Sanction du 1er groupe 1718 2138

DETTES 2 2
Sanction du 2ème groupe 10 12

TOTAL 2279 2807


Sanction du 3ème groupe 25 33

Par corps VOLONTAIRES


Sanction du 1er groupe 459 553

Officiers 64 70
Sanction du 2ème groupe 0 0

Sous-officiers 1753 2183


Sanction du 3ème groupe 3 1

Volontaires 462 554

TOTAL 2279 2807

133
3. ANNEXES

AGRESSIONS DES GENDARMES DANS L’EXERCICE DE LEURS FONCTIONS

En 2021, 12 140 gendarmes ont été victimes de 4 160 agressions physiques. Aucune n’a heureusement eu d’issue fatale,
mais 1 883 gendarmes ont été blessés.
Sur les 10 dernières années, les agressions perpétrées contre des gendarmes ont progressé de 110%, les agressions avec
arme de 323% et le nombre de gendarmes blessés de 40%

4900
agressions physiques 4479
4400 dont agressions avec arme 4160

3900 3631
3424
3400 3048
3019 3006
2900
2320 2377
2400
1985 2046
1859
1900
1511 1419
1400 1100 1154
1047
805
900 629
439
400
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021

Évolution
Graphique n°5 des agressions
: évolution avec arme avec
des agressions par rapport auxrapport
arme par agressions physiques de
aux agressions gendarmes
physiques de gendarmes

En 2021, 7 689 agressions physiques et verbales contre les Les gendarmes affectés outre-mer demeurent cinq fois et
gendarmes ont été constatées, parmi lesquelles : demie plus exposés aux agressions physiques que leurs
• 4 160 agressions physiques ; pairs servant en métropole. Le risque de blessure y est
également 3,5 fois plus élevé. Dans le domaine spécifique
• 5 421 agressions verbales dont 1 922 concomitantes à des
des agressions avec arme, les faits subis par les unités
agressions physiques ;
opérationnelles d’outre-mer représentent en 2021, 51% du
• 30 rebellions simples.
total national (47% en 2020).

Les violences physiques affichent une diminution de -7,1%


Mayotte concentre le plus grand nombre d’agressions avec
par rapport a 2020. Les violences verbales reculent également
arme (23% du territoire national). Ce département avec la
(-7,9%).
Guyane française et la collectivité territoriale de Nouvelle-
Calédonie représentent, à eux seuls et au niveau national, 41%
Les agressions avec arme diminuent (-9,1%). Les violences des agressions avec arme.
perpétrées avec un véhicule (-19%), par jet de projectiles
(-0,9%), avec une arme blanche (-1,2%), avec un bâton (-58%)
Au cours des 5 dernières années, l’augmentation des
et par l’emploi d’un engin explosif ou incendiaire (-46%)
agressions physiques a été plus forte outremer (+102%) qu’en
participent de cette diminution. Celles perpétrées avec une
métropole (+19%). Cette tendance repose en grande partie sur
arme feu (+6,9%) augmentent.
la forte progression des agressions avec arme, elle aussi plus
importante outre-mer (+155%) qu’en métropole (+16%) :
La menace principale à laquelle sont confrontés les gendarmes • le jet de projectiles est le mode d’action qui s’est le plus
est constituée par les jets de projectiles (54% des agressions développé depuis 2017, tant en métropole (+23%) qu’outre-
avec arme), notamment outre-mer (62% des agressions et 82% mer (+274%) ;
des agressions armées). L’utilisation d’un véhicule, comme • au niveau national, Mayotte est le secteur où la situation
moyen de percussion, reste cependant la menace principale en s’est la plus dégradée depuis 2017 en termes d’agressions sur
métropole (11% des agressions et 37% des agressions armées). les gendarmes (446 agressions en 2021 contre 96 en 2017).

134
HISTORIQUE DE LA « FONCTION INSPECTION » EN GENDARMERIE
L’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 précise que « La société a droit de demander compte à tout
agent public de son administration ». Exerçant ses prérogatives sur la base de ce principe constitutionnel qui en justifie l’existence, la
« fonction d’inspection de la gendarmerie » trouve ainsi son origine dans la Révolution française. Après une lente évolution historique,
elle a vu son format et ses missions élargies à la fin du XXème siècle avec le « découplage IGA-IGN »1, puis a connu des changements
structurels à partir de 2009, avec le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’Intérieur.

Le général Moncey devient le premier


1801 « Inspecteur général » de la gendarmerie
(équivalent de l’IGA-G d’aujourd’hui).

Installation de 9 inspecteurs généraux de la


Gendarmerie royale, répartis sur le territoire
national pour contrôler les effectifs, l’exécution 1820
du service et l’état du matériel.

Création d’une Inspection générale de la


gendarmerie et de la Garde républicaine, exercée
Un officier général de l’Arme prend le titre
d’inspecteur général de la gendarmerie et est
1934 par des généraux extérieurs de l’Arme. Son
champ d’action s’étend au service spécial de la
subordonné au directeur de la gendarmerie. gendarmerie départementale en 1935.
Il est appuyé par des inspecteurs généraux
d’arrondissement qui contrôlent l’activité de
la gendarmerie dans le domaine judiciaire,
administratif et militaire et « s’assurent que les
1946
militaires de la gendarmerie ne s’immiscent en
aucune circonstance dans les questions touchant Création d’une Inspection technique (IT)
à la politique ou dans les querelles locales ». auprès de la Direction de la gendarmerie
et de la justice militaire, en charge des
1977 enquêtes internes non judiciaires (cette IT,
distincte de l’IGA-G rattachée au ministre de
la Défense, est l’embryon de l’actuelle IGGN).

L’IT de la gendarmerie acquiert


une compétence judiciaire pour
les enquêtes internes.
1996
Création de l’Inspection de la gendarmerie
nationale (IGN) à deux composantes, l’IT
(inspection technique - enquêtes internes) et
Rattachement de la Gendarmerie nationale au 2002 l’IASG (Inspection pour l’administration et le
MININT par la loi du 3 août 2009 et création de service de la gendarmerie – contrôles internes),
l’Inspection générale de la gendarmerie nationale auquel s’ajoute une capacité d’audit (bureau audit).
(IGGN) par décret du 30 décembre 2009. L’IGGN
se voit attribuer une compétence élargie sur
tout ce qui concerne le service et le personnel 2009
de la gendarmerie pour s’assurer de la mise en
œuvre des instructions du MININT et du DGGN,
effectuer des audits, contrôler le respect des lois,
des réglements et de la déontologie, et mener des Création de « STOP DISCRI » :
tout personnel de la Gendarmerie
enquêtes internes sur saisine des magistrats.
2014 nationale peut saisir l’IGGN via sa
plate-forme de signalements.

Création des Antennes déconcentrées


de l’IGGN (ADIGGN) en province dont les
compétences se limitent aux enquêtes 2019 - Création de l’Observatoire de la
administratives et à la déconfliction interne. gendarmerie pour l’égalité et contre
les discriminations (OGED),
- Intégration de la Cellule nationale
RETEX (CNRETEX), de la Mission
2021 sûreté de la gendarmerie (MSG),
du Coordonnateur national de la
prévention (CNP), et du Conseil
permanent de la sécurité aérienne de
la gendarmerie nationale (CPSAGN).

1- L’IGA (Inspection générale des armées) est rattachée au ministre de la Défense et travaille à son seul profit, alors que l’IGN (Inspection générale de
la gendarmerie) est rattachée au directeur général de la Gendarmerie nationale.

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© 2022-169 Rapport IGGN 2021-SIRPA / photos : DICOM, IGGN.

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