La famille
Une famille est une communauté d'individus réunis par des liens de parenté existant
dans toutes les sociétés humaines, selon l'anthropologue Claude Lévi-Strauss1. Elle
est dotée d'un nom, d'un domicile, et crée entre ses membres une obligation
de solidarité morale venant du mariage religieux et une obligation matérielle
(notamment entre époux, d’une part, et entre parents et enfants, d’autre part),
censée les protéger et favoriser leur développement social, physique et affectif. Si
cette notion est universelle, le nombre d'individus qu'elle inclut ou la solidarité
accordée est variable, c'est même une des notions centrales dans la culture. Il en
découle de grandes différences par exemple dans le droit, dans la transmission
du patrimoine ou la religion.
Caractéristiques :
Généalogie et étendue[modifier | modifier le code]
La Sœur aînée
œuvre de W. Bouguereau - XIXe siècle.
La famille est essentiellement définie par les liens de parenté (Relation de parenté)
constatés par la généalogie familiale. Elle recouvre aujourd'hui des ensembles plus
ou moins importants et diversifiés allant de la famille nombreuse à la famille
monoparentale, en passant par la famille dite famille recomposée. Les relations de
parenté résultent principalement de la filiation, de l'alliance, et l'adoption, selon des
règles qui diffèrent selon les sociétés et les époques. Elles tendent généralement à
recommander et promouvoir des relations exogamiques entre les personnes. D'où
l'interdit visant généralement les relations sexuelles, et donc les alliances, entre les
membres d'une même famille (endogamie) et a fortiori celui de l'inceste.
L'étendue, la composition de la famille, le nombre des individus considérés comme
en faisant partie, sont déterminés par le degré de parenté permettant de savoir où
commencent les droits et devoirs attachés à la notion de parenté et à l'obligation
de solidarité. Dans les sociétés traditionnelles, les familles élargies (qu'on désigne
actuellement sous l'appellation de clan), comportent des dizaines, voire des
centaines de ménages ayant des fonctions diversifiées. Elles possèdent
un patrimoine communautaire, comportant des terres, des maisons, des métiers, qui
sont attribués ou loués comme biens privatifs pour permettre aux nouveaux ménages
de s'établir. Les familles claniques permettent la réaffiliation, non seulement
d'individus isolés, mais aussi des familles étrangères complètes3. Dans la Rome
antique, mais aussi en Europe sous l'Ancien Régime, le terme de familia s'étend à
l'ensemble de la maisonnée, c'est-à-dire aux domestiques, aux esclaves et même
aux clients. Dans les sociétés modernes, la famille s'est progressivement restreinte à
un seul degré de parenté ou d'alliance : la famille nucléaire. Pour les statisticiens
français, la famille, ou ménage, est un ensemble d'au moins deux personnes — soit
un couple avec ou sans enfant(s), soit un parent seul vivant avec au moins un
enfant.
Le terme famille est également utilisé par analogie symbolique pour désigner des
regroupements dont les liens ne sont pas fondés sur la parenté. De même, des
individus partageant des pratiques ou des idéologies communes peuvent parler
de famille, alors qu'aucun lien de sang ne les lie : on parle ainsi de famille politique,
de frères d'armes, etc. Il existe par exemple la famille religieuse dans les couvents et
les communautés : ainsi les religieux s'appellent-ils entre
eux frère, sœur, père, mère. Des entreprises ont également ce type de politique :
mettre les employés dans une atmosphère et des relations telles qu'ils se sentent
appartenir à la même famille que les autres employés et que leurs dirigeants. On
utilise alors parfois le terme de gestion paternaliste du personnel.
Vision sociologique :
La famille est valorisée dans les sociétés traditionnelles car représentant l'unité de
base de la société, mais aussi le principal lieu d'éducation et de solidarité. De
nombreux sociologues ont mis en avant la multiplicité des formes de familles qui est
une des caractéristiques essentielles de la société. Comme souligné dans un article
s’intéressant à la migration matrimoniale de Maurice, les modèles familiaux évoluent
et se modifient suite aux situations de migration11. Des auteurs comme Odile Roy
évoquent la notion de pluralisme familial12. Pour le chercheur Serge Guérin, avec le
vieillissement de la population, une autre figure émerge avec l'aidant familial.
La famille, avec son mode de transmission parent-enfant, est considéré comme le
lieu par excellence de la transmission des patrimoines (financier, culturel, social) et
donc de la reproduction des groupes sociaux et culturels.
Certains socialistes et anarchistes (tel Karl Marx dans le Manifeste du Parti
communiste) ont réclamé l'abolition de la famille au profit d'une éducation collective
des enfants nés dans la communauté. Certaines expériences ont été tentées dans
des communautés relevant du socialisme utopique, mais généralement sans
succès13.
La famille est également un cadre d'évolution et de développement des qualités des
parents. La vie familiale améliorerait ainsi la capacité à gérer des équipes dans la vie
professionnelle : « Le vécu familial donne aux managers des sentiments positifs
qu'ils transfèrent sur leur lieu de travail et qui facilitent la performance. Il les aide à
développer leur capacité à prendre en compte les autres, ce qui est crucial pour
encadrer les autres, travailler en équipe ou se référer à ses supérieurs »14. Sont
également citées les qualités de négociation, compromis, de résolution des conflits et
de mener de front plusieurs tâches.
La question de la bonne parentalité, ou de la parentalité suffisante, est au cœur des
représentations contemporaines de la famille. Cette notion évolue dans le temps et
diffère en fonction des sociétés. Comme l’a montré le sociologue Pascal Gaberel,
elle est cadrée par des politiques sociales établissant des indicateurs statistiques qui
définissent implicitement les normes de la bonne parentalité.
Vision politique :
L'attitude des pouvoirs politiques vis-à-vis de la famille dépend de l'idéologie politique
du gouvernant :
Les milieux bourgeois ont souvent valorisé la famille en tant que préservatrice de
la notion de propriété privée. La fonction de la famille est donc, dans cette
optique utilitaire ;
Les milieux socialistes sont plus ou moins réticents face à la notion de famille ;
Les idéologies racistes (tel le nazisme au XXe siècle) ont une attitude plus
ambiguë face à la famille. Si elle est dans certains cas promue afin d'encourager
la natalité, la priorité nataliste peut parfois amener à promouvoir d'autres modèles
(par exemple le programme Lebensborn des nazis).
Les politiques familiales peuvent poursuivre des objectifs de natalité, de solidarité en
s'efforçant de réduire le surcoût entraîné par la présence d'enfants. Ainsi, le dispositif
dit de quotient familial, la gratuité ou la modulation des tarifs des prestations ou
services dédiés aux enfants ou à leur mère, ou l'édition de réglementations
favorables à la maternité (congé maternel, octroi de points retraite…).