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Léa Cristou présente un travail d'initiation à la recherche sur l'importance des émotions dans la relation soignant-soigné, en se basant sur son expérience en neurochirurgie. Elle souligne comment la gestion des émotions influence la qualité des soins et la communication avec les patients, tout en remerciant ceux qui l'ont soutenue durant sa formation. Le document explore également des questions sur l'impact personnel et professionnel des émotions dans le cadre des soins infirmiers.

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Léa Cristou présente un travail d'initiation à la recherche sur l'importance des émotions dans la relation soignant-soigné, en se basant sur son expérience en neurochirurgie. Elle souligne comment la gestion des émotions influence la qualité des soins et la communication avec les patients, tout en remerciant ceux qui l'ont soutenue durant sa formation. Le document explore également des questions sur l'impact personnel et professionnel des émotions dans le cadre des soins infirmiers.

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Léa

CRISTOU

TRAVAIL D’INITIATION A LA RECHERCHE :

SOIGNER AVEC LE COEUR MAIS SANS PERDRE LA VOIX !

PROMOTION 2022-2025
REMERCIEMENTS

À travers ce travail, je souhaite tout d’abord adresser un immense merci à ma famille,


qui m’a soutenue sans relâche tout au long de ces trois années de formation. Dès le début,
vous avez cru en moi, même lorsque je doutais de mes propres capacités. Vous avez su
m’encourager, me réconforter dans les moments difficiles et me rappeler pourquoi j’avais
choisi cette voie. Votre présence a été un véritable pilier. Vous avez pris le temps de
m’écouter, de relire et corriger inlassablement mon TIR, et de me rappeler ma valeur lorsque
je remettais tout en question. Vous avez partagé mes joies et mes réussites, mais aussi mes
frustrations, toujours avec ce regard empli de fierté qui me donnait la force d’avancer. Sans
vous, ces trois années auraient été bien plus difficiles. Merci pour votre amour, votre soutien
infaillible et votre confiance en moi. Ce diplôme est aussi le vôtre.

Je tiens également à exprimer ma gratitude envers ma cadre référente de suivi, Mme


Rousseau, qui a su me motiver chaque fois que je perdais courage. Son soutien et ses
encouragements ont été précieux pour me permettre d’aller au bout de ce travail.

Un immense merci à ma partenaire de promotion, avec qui j’ai partagé les meilleurs
comme les pires moments de ces trois années. Toujours là pour me faire rire, même lorsque le
doute et le stress prennent le contrôle de mon quotidien. Son soutien, sa bienveillance et son
amitié ont rendu cette aventure bien plus douce.

Je remercie aussi mon copain, qui a su me soutenir dans les moments de doute. À
plusieurs reprises, il m’a reboostée lorsque j’étais sur le point de lâcher et il m’a patiemment
aidée à retranscrire mes nombreux brouillons. Son soutien constant a été une force précieuse.

Enfin, je souhaite adresser mes remerciements à Mme Clavière et Mme Montel, mes
deux cadres de suivi pédagogique, qui m’ont accompagnée tout au long de cette épreuve. Leur
bienveillance, leurs conseils et leur accompagnement ont été essentiels pour me guider dans
mon parcours et m’aider à avancer sereinement.

1
J’atteste sur l’honneur que la rédaction de ce travail d’Initiation à la Recherche, réalisé en vue
de la validation des UE 3.4.S6, 5.6.S6 et 6.2.S6 pour l’obtention du diplôme d’État
d’Infirmier(e), est uniquement la transcription de mes réflexions et de mon travail personnel.
Et, si pour mon argumentation, je copie, j’emprunte un extrait, une partie ou la totalité de
pages d’un texte, je certifie avoir précisé les sources bibliographiques.

CRISTOU Léa

Fait le 24 février 2025,

À Colombo, Sri Lanka

Note aux lecteurs : il s’agit d’un travail personnel effectué dans le cadre d’une formation
à l’IFSI et il ne peut faire l’objet d’une publication en tout ou partie sans l’accord de son
auteur et de l’IFSI. »

2
TABLE DES MATIERES

Introduction ..............................................................................................................................

1 Situation de départ ...................................................................................................................

2 Questions

profanes ................................................................................................................... 5 Analyse

de la situation ............................................................................................................. 6

Question de depart ..................................................................................................................

12

CADRE CONCEPTUEL ....................................................................................................... 12

I - Les émotions .......................................................................................................... 12

A - Définition des émotions .............................................................................................12


B - L’impact des émotions……………………………………………………………...14
C - La gestion des émotions……………………………………………………………16

II - La communication…………………………………………………………………19

A - Définition de la communication …………………………………………………..19


B - L'écoute active …………………………………………………………………….21
C - L’accompagnement personnalisé du patient ……………………………………..23

III - L’alliance thérapeutique…………………………………………………………24

A - Définition de l’alliance thérapeutique …………………………………………...24


B - Les facteurs influençant l’alliance thérapeutique ……………………………....26
C -L’impact et les enjeux cliniques de l’alliance thérapeutique …………………...27

Synthèse du cadre conceptuel ……………………………………………………….30

Question de recherche/ Hypothèse ………………………………………………… 30

3
Méthode et outils …………………………………………………………………… 31

Conclusion …………………………………………………………………………. 32

4
Introduction

Dans le quotidien des soins, où les gestes techniques et l’efficacité sont souvent prioritaires,
on oublie parfois que les émotions jouent un rôle central dans la relation entre soignant et
patient. Pourtant, elles influencent directement la qualité des échanges et l’impact des soins.
En tant que soignant, nous sommes exposés en permanence à nos propres émotions, mais
aussi à celles des patients et de leurs proches, ce qui peut parfois être un véritable défi à gérer.
Face à cette réalité, une question se pose : comment la gestion des émotions influence-t-elle la
relation de soin et la qualité de la prise en charge ?

À travers ce travail de recherche, j’ai voulu approfondir la place des émotions dans la pratique
infirmière et comprendre leur impact au quotidien. Pour cela, j’ai structuré ma réflexion en
plusieurs parties. Tout d’abord, je vais m’attarder sur ce que sont les émotions, leur
fonctionnement et la manière dont elles peuvent affecter le soignant. Ensuite, je vais aborder
l’importance de la communication et de l’écoute active comme outils pour mieux gérer ces
émotions et favoriser des échanges de qualité avec le patient. Enfin, je vais mettre en lumière
le lien entre la gestion des émotions et l’alliance thérapeutique, qui repose sur une relation de
confiance et d’empathie entre le soignant et le patient.

À travers ce travail, je souhaite montrer que la prise en compte des émotions n’est pas
secondaire dans le métier d’infirmier. Au contraire, savoir les reconnaître et les gérer est
essentiel pour offrir des soins de qualité et instaurer une relation humaine et bienveillante
avec les patients.

5
Description de ma situation de départ :

La situation se déroule lors de mon deuxième stage du semestre 3, dans le service de


neurochirurgie, ma première expérience dans un service de chirurgie.
Cela fait maintenant trois semaines que je suis dans ce service, et j’ai acquis de nouvelles
compétences et connaissances qui me permettent de mieux m’intégrer. Les infirmières
encadrantes me font de plus en plus confiance et me laissent effectuer des soins en autonomie.
Chaque jour, je m’occupe d'environ 4 patients, selon la charge de travail du service. Ce jour-
là, je suis en coupure de 09h à 17h30. La veille, j’étais en service du soir, de 14h à 21h30.
L’alternance entre le service du soir et la coupure, avec le temps de transport et les révisions,
me fatigue énormément. Quand je suis fatiguée, mes émotions deviennent plus intenses.

Le travail de l’IDE de coupure consiste principalement à réaliser des soins techniques


comme les pansements, les retraits de Redon et les soins de trachéotomie, pour libérer du
temps aux infirmières du secteur. L’après-midi, nous nous occupons des entrées et de la
préparation des dossiers pour les interventions chirurgicales à venir.

Au cours des trois semaines passées, j’ai assisté et réalisé plusieurs entrées
accompagnée d’une infirmière. Ce jour-là, plusieurs entrées sont programmées. Je me sens
prête à prendre en charge une entrée seule. L’IDE qui m’accompagne me laisse faire, mais me
rappelle qu’elle est là si j’ai besoin d’aide. Je vais donc dans la chambre de Mme J pour
réaliser son entrée.

Lors de mon arrivée, Mme J est assise dans un fauteuil, son regard dans le vide. Je lui
demande si elle va bien, et elle répond faiblement « oui ». Pour ne pas briser la relation
soignant-soigné, je préfère ne pas insister. Je lui annonce que nous allons commencer son
recueil de données.

Au fil de la conversation, j’apprends que Mme J a 24 ans, qu’elle est mariée et maman
d’une petite fille de 6 mois. Elle a eu des difficultés pour concevoir et a eu recours à la
stimulation ovarienne, un traitement par injections d’hormones. Cependant, ce traitement a
provoqué le développement d’un méningiome. Il s’agit d’une masse bénigne située dans les
méninges, qui peut comprimer certaines zones du cerveau. Dans le cas de Mme J, le
méningiome se trouve au niveau du lobe occipital et touche son aire visuelle secondaire,
entraînant un déficit visuel et une difficulté à interpréter les images. Je ressens une grande

6
empathie pour cette patiente, d’autant plus qu’elle est jeune et se trouve dans une situation
complexe.

Au fur et à mesure de notre échange, Mme J se détend, sa posture devient plus ouverte
et son regard se dirige vers moi. Lorsque l’entretien touche à sa fin, je lui demande si elle a
des questions ou des inquiétudes. À cet instant, son expression change : son visage se crispe,
son regard devient fixe, et ses sourcils se froncent. Elle commence à me confier que c’est la
première fois qu’elle est séparée de son mari et de sa fille depuis la naissance de son enfant, et
elle se met à pleurer. Je me sens démunie face à ses larmes. Je ressens une grande tristesse
pour elle et une boule se forme dans ma gorge.

Pour la rassurer, je lui explique qu’après l’opération, elle devra passer 24 heures en
réanimation sans pouvoir recevoir de visites. Cependant, dès qu’elle reviendra dans le service,
son mari pourra venir la voir et bien que les enfants de moins de 12 ans ne soient pas
autorisés. Je lui précise aussi qu’une fois qu’elle ira mieux, elle pourra descendre pour voir sa
fille.

Mme J m’explique également que l’opération l’inquiète beaucoup. Comme je dois


m’occuper d’un autre patient, je lui propose de revenir plus tard avec l’infirmière, pour
qu’elle puisse lui fournir davantage d’informations et répondre aux questions auxquelles je ne
connais pas la réponse. Cela me permet aussi de prendre un moment pour moi, à l’écart, afin
de gérer ma tristesse et la colère qui m’envahissent.

Après avoir terminé avec le patient, je me rends au poste de soins pour expliquer la
situation à l’infirmière et lui demander de m’accompagner. Avant de nous rendre dans la
chambre de Madame J, l'infirmière m’explique plus en détails l’intervention pour que je sois
capable de répondre seule. Nous retournons ensuite auprès de Mme J, où l’infirmière me
laisse m’installer près de la patiente. Elle se met en retrait, me permettant d’expliquer la
situation.

Je commence par rassurer Mme J en lui disant que ses préoccupations sont normales,
d’autant plus que l’opération concerne le cerveau. Je lui explique que l’intervention durera au
moins 4 heures et je lui détaille les grandes étapes : l’anesthésie, l’intubation, le retrait de la
masse, et le retour en salle de réveil. Pour la rassurer davantage, je lui précise que le
neurochirurgien a plus de 20 ans d’expérience et qu’il sera entouré d’une équipe compétente
(anesthésiste, IBODE (infirmières de bloc opératoire)). Cependant je ne me sens pas

7
complètement à l’aise en donnant ces informations, je ressens la sensation de faire des
promesses dissimulées à la patiente. Je sais pourtant qu’aucune opération n’est sans risques
malgré toutes les connaissances que peut avoir l’équipe qui la réalise. Mme J me remercie et
semble plus détendue, ce qui fait disparaître mon malaise.

Le lendemain, après les transmissions, le neurochirurgien nous annonce que Mme J est
décédée pendant l’opération. Il nous explique qu’elle a fait une hémorragie cérébrale
importante, imprévisible, qu’il n’a pas pu arrêter. Il nous informe qu’il a appelé son mari pour
lui annoncer la nouvelle, mais que cela a été un choc très brutal pour lui.

Les décès post-opératoires ne perturbent pas directement le service de neurochirurgie,


car les patients sont transférés en réanimation après l’intervention. Toutefois, cette nouvelle
me bouleverse profondément. Je me sens coupable, car je repense à mes paroles rassurantes à
Mme J. Les retrouvailles avec son mari et sa fille dont nous avons parlé ne se réaliseront
jamais. Je pense à mes proches, récemment parents, et ressens une injustice immense. Cette
jeune femme avait toute la vie devant elle, et sa petite fille grandira sans elle. Les larmes me
montent aux yeux, je me retire un moment pour me calmer et pour prendre du recul. Je ne
parle pas avec les infirmières de l’impact émotionnel de cette situation, par pudeur.

Après l’appel du médecin pour annoncer la nouvelle au mari, ce dernier arrive avec sa
fille, cherchant des explications. Très bouleversé, il est rapidement entouré par le personnel.
Me sentant encore bouleversée et ne sachant pas quoi dire au mari au vu de la dureté de la
situation, je préfère me mettre en retrait.

Cette situation me bouleverse profondément et affecte le reste de ma semaine. Je


repense sans cesse à la discussion avec Mme J. Habituellement, j’aime prendre du temps avec
les patients, apprendre à les connaître et plaisanter avec eux pour leur changer les idées ne
serait-ce qu’un court instant. Mais cette semaine, pour me protéger émotionnellement, je
garde une distance importante avec les patients.

Questions profanes :

8
● Est-ce que le manque de connaissances sur l’opération a influencé ma prise en soins ?

● Mme J est jeune, son âge a t’il affecté ma vision professionnelle ?

● Notre histoire et nos valeurs personnelles impactent-elle notre prise en soins des

patients ?

● Aurais-je dû demander à l’infirmière qui m'encadre de me relayer au premier surplus

d’émotions ?

● Partager mes émotions avec l'équipe aurait-il permit d’accepter plus facilement la

situation ?

● La patiente a-t-elle pu prendre mes paroles pour des promesses ?

● Est-ce que ma posture professionnelle a été adaptée à la situation ?

● Est-ce que une ancienneté dans le métier m’aurait permis d’améliorer ma juste-

distance avec la patiente ?

● Est ce que des conseils d’autres membres de l’équipe pluridisciplinaire notamment la

psychologue m’aurait aidé dans ce type de situation ?

● Quelles sont les ressources disponibles au sein du service de neurochirurgie ?

● Aurais- je pu faire appel à d’autres ressources ?

9
Analyse de la situation de départ :

Cette situation se déroule lors de mon premier stage dans un service de chirurgie, plus
précisément dans le service de neurochirurgie du Centre Hospitalier Régional d'Orléans. La
neurochirurgie est une discipline médicale spécialisée dans le diagnostic et le traitement
chirurgical des troubles affectant le système nerveux. Le fait d’être novice mêlée à la
spécificité du service était un important facteur de stress. Je ne savais pas à quoi m’attendre
tant sur le profil des patients, les soins et les pathologie que j’allais rencontrer. Lors de la
rencontre avec la cadre de service j’ai pu lui confier mes inquiétudes, elle m’a rassurée sur les
qualités d’encadrement et la bienveillance de l’équipe. La cadre m’a également remis un livret
contenant les pré-requis qui m’a permis de visualiser les connaissances à avoir pour que je ne
me sente pas dépassée dans le service. Je reste cependant inquiète notamment pour les soins
techniques que j’ai très peu pratiqué et qui sont très présents.

Après 3 semaines passées au sein du service, je ne me sens plus à l’aise : je commence


à acquérir les connaissances sur les pathologies du cerveau et du rachis, ainsi que les
surveillances à mettre en place en fonction. L’infirmière de coupure m’a beaucoup encadré
lors de mes deux premières semaines notamment sur les soins techniques comme la pose de
KTP, les pansements complexes, ce qui m’a redonné confiance en moi et qui a permis à l’IDE
de voir qu’elle aussi pouvait avoir confiance en moi. Cette confiance mutuelle permet aux
infirmières encadrantes de me laisser plus facilement en autonomie.

L’autonomie est définie dans la revue Cadres comme “la capacité à prendre des
décisions professionnelles de manière indépendante, tout en étant responsable de ses actions
et en respectant les principes de déontologie et d’éthique. Cela inclut la gestion de son temps,
la réalisation de soins techniques et relationnels, ainsi que la prise en charge des patients tout
en sollicitant au besoin le soutien ou les conseils des formateurs ou des équipes médicales”.
Le fait de travailler en autonomie ne supprime pas l’importance du travail d’équipe et de la
collaboration avec les autres professionnels. Bien au contraire, l’autonomie professionnelle
repose souvent sur une capacité à utiliser ses connaissances et ses compétences pour proposer
des actions adaptées tout en intégrant les apports des autres membres de l’équipe. Malgré

10
l’évolution de mes connaissances, qui me permettent de réfléchir seule aux actions à mettre en
place en fonction des besoins spécifiques du patient, il est essentiel de partager ces réflexions
avec mes collègues pour confronter mes idées, ajuster mes propositions, et garantir une prise
en charge globale et cohérente.

Cette collaboration interprofessionnelle est également une source précieuse


d’apprentissage et d’enrichissement mutuel. En échangeant avec d’autres professionnels, je
peux non seulement confirmer la pertinence de mes choix, mais aussi découvrir de nouvelles
approches ou solutions que je n’aurais peut-être pas envisagées seule. Ainsi, mon autonomie
ne s’oppose pas au travail d’équipe, mais elle s’inscrit dans une dynamique de
complémentarité où chacun apporte ses compétences spécifiques pour optimiser la qualité des
soins.

Lors du semestre 3 de ma formation, j’éprouvais certains doutes quant à ma légitimité


et ma capacité à réussir dans ce domaine. Je me demandais si j’avais fait le bon choix, si
j’avais les compétences nécessaires et si j’allais être à la hauteur des attentes du métier.
Cependant, le développement progressif de mon autonomie, combiné à la confiance que m’a
témoignée l’équipe, m’a permis de gagner en assurance. Ce gain d’assurance a permis à
l’équipe de me confier plus de responsabilités. L’équipe m’a montré qu’elle croyait en mes
capacités ce qui m’a permis de sortir de ma zone de confort me forçant à prendre des
initiatives et à dépasser mes limites et ma timidité. Le travail effectué en autonomie
renforçait mon sentiment de compétence et de légitimité, cela m’a confortée dans l’idée que
j’étais à ma place et que j’avais fait le bon choix en intégrant cette formation. Cela m’a permis
de faire progresser mes compétences et de les affiner.

L'amplitude horaire, associée au travail personnel nécessaire pour les révisions, crée
un rythme de vie particulièrement intense. Ce cumul, ajouté au temps de transport, entraîne
une fatigue importante, principalement due à un manque de sommeil qui s'accumule
progressivement. Ce déséquilibre impacte non seulement mon énergie, mais aussi ma
concentration et ma capacité à maintenir une performance optimale dans mes activités
quotidiennes.

Cet état de fatigue accru me rend particulièrement vulnérable sur le plan émotionnel.
Je constate que, lorsque je suis épuisée, il devient plus difficile de gérer mes émotions de
manière rationnelle et sereine. Je me laisse alors plus facilement submerger par les sentiments

11
qui m’envahissent, qu’il s’agisse de peur, de tristesse ou de frustration. Cette difficulté à
réguler mes émotions me semble directement liée à la fatigue, car lorsque je suis reposée et
dans un état d’esprit plus calme, j’arrive bien mieux à analyser et comprendre les émotions
que je ressens.

Cette observation me conduit à conclure que la fatigue a un impact significatif sur ma


capacité à prendre du recul et à traiter mes ressentis de manière équilibrée. En effet, le
manque de sommeil et l’accumulation de stress semblent altérer mes ressources cognitives et
émotionnelles, ce qui complique la gestion de situations émotionnellement chargées.

Le travail d’une IDE de coupure consiste à réaliser les soins techniques complexes, le
matin et l’après-midi, de préparer les dossiers blocs opératoires des jours suivants ainsi que de
faire les entrées. Plusieurs entrées étaient programmées dans le service comme je me sentais
prête à en réaliser seule car j’avais eu l'occasion de voir des infirmières en faire de
nombreuses fois. Malgré le fait que je me sentais prête à réaliser une entrée et que l’IDE qui
m'encadre m’avait donné sa confiance, je me sentais stressée à l’idée de marquer des
informations essentielles ou de faire des erreurs qui pourraient impacter l’alliance
thérapeutique.

En 1938, Freud définissait pour la première fois la notion d’alliance thérapeutique


comme un “Accord de confiance réciproque entre un patient et son thérapeute pour vaincre
les résistances qui font obstacles au changement et à la guérison”. Cette alliance commence à
se créer dès le 1er contact avec un personnel du service, celui-ci représente l’ensemble du
personnel.

L’entrée d’un patient en service hospitalier va être décisive pour instaurer une relation
de confiance entre le soignant et le soigné. Les hospitalisations et d’autant plus lorsqu’une
intervention chirurgicale est prévue sont des facteurs d’inquiétude très importants pour les
patients. Il est donc indispensable de prendre le temps auprès des patients, afin de leur
expliquer le déroulement de leur séjour, ainsi que de leur intervention. La relation de
confiance va permettre de rassurer le patient et de lui assurer la meilleure prise en soins
possible du patient. Lors de cette première approche, le patient ainsi que sa famille vont se
faire une opinion globale sur le service.

Une entrée où le patient et sa famille se sentent bien accueillies est un facteur


favorisant la continuité de la prise en soins : Pour créer cette relation soignant-soigné et lui

12
permettre d’avoir confiance, j'ai axé mon entretien sur la communication et l’écoute active de
Mme J.

La communication est définie comme “une conduite sociale visant à transmettre un


message par la parole mais aussi par les gestes, l’attitude ou les mimiques”. Selon la fondation
MACSF “la communication est le point de départ d’une bonne relation pour 98% des patients
et 97% des soignants “. En effet, le langage paraverbal de la patiente : sa posture fermée, son
regard fixe dans le vide et la voix faible, m’a permis d’obtenir des informations qui m’ont
permis d’adapter mon positionnement : le ton de ma voix, la posture de mon corps.

L’écoute active est définie par la Haute Autorité de Santé comme le fait “de créer un
climat propice à l’expression du patient afin de l’aider à faire émerger et à exprimer au mieux
son ressenti et ses questions”. Pendant ce temps d’échange avec Madame J, un échange
visuel s’est développé et la patiente a commencé à me raconter son histoire. Je laissais des
silences marqués pour nous permettre à chacune de faire le point sur nos émotions. Le fait de
prendre le temps de parler et d’écouter la patiente lui a permis de s’ouvrir et de me confier des
choses plus personnelles malgré son anxiété et son inquiétude face à l’intervention à venir.
Elle m’a partagé l’angoisse qu’elle ressentait vis-à-vis de la séparation avec son mari et sa
fille.

Son histoire me bouleversait beaucoup, j’ai ressenti énormément de compassion et je


me suis mise à sa place. En écoutant sa situation, je me suis imaginée moi ou l’un de mes
proches à sa place car la maternité fait partie de mes projets futurs et que j'aurai tout comme
elle tout essayé pour ne pas avoir à y renoncer. Court circuit : qu’est ce que ça a pu amener
dans la relation, et au niveau de mes propres émotions

La confiance que la patiente m’a accordée m’a permis inconsciemment d’utiliser la


fonction contenante c'est-à-dire utiliser la communication pour devenir un réceptacle des
émotions et du ressenti de la personne face à nous. Cependant ce positionnement s’est avéré
compliqué à maintenir car la charge émotionnelle que Madame J dégageait m’a plongée dans
une profonde complexité émotionnelle.

Au cours des différents stages que j’ai eu l'occasion d’effectuer j’ai pu remarqué qu’il
pouvait parfois être compliqué pour les IDE en poste de réussir à trouver du temps entre la
distribution des médicaments, les soins et l’administratif pour prendre le temps auprès du
patient pour savoir ce qu’il ressent. Lorsque celles-ci sont auprès des patients, elles sont

13
souvent interrompues par des sonnettes ou des appels de médecin, famille de patients. Mon
statut d’étudiante de semestre 3 qui instaure la prise en soins d’un nombre de patients limités
m’a permis de prendre plus de temps auprès de Madame J sans que cela ait un impact sur les
autres patients du service.

A la fin de l’entretien d’entrée de la patiente, celle-ci semblait avoir gagné en sérénité


depuis un certain temps son regard était dirigé vers moi et plus dans le vide et sa posture était
plus ouverte. Lorsque je demandais à la patiente si elle avait des inquiétudes, je regrettais la
façon dont j’avais formulé ma question car une opération chirurgicale notamment du cerveau
est un grand facteur d’inquiétude. Cependant je ne m’attendais pas à déclencher les larmes de
la patiente.

La vulnérabilité de Madame J a suscité en moi une réaction émotionnelle intense et a


renforcé mon sentiment de responsabilité dans sa prise en charge. Face à sa détresse
émotionnelle, j'ai ressenti une profonde préoccupation et une grande tristesse pour son état.
J’ai été déstabilisée, perturbée, ne sachant pas comment réagir. Je me sentais inexpérimentée.
Ses émotions m'ont touchée au plus profond, suscitant en moi une énorme empathie et le désir
sincère de l'aider à surmonter ses tourments.

Dans cette situation, Madame J attendait devant elle une soignante et non une
étudiante. En rédigeant cette réflexion, je me suis interrogée sur la responsabilité que je
portais : était-elle trop importante pour moi, simple étudiante infirmière en début de deuxième
année ? Puisque c’était la première fois que j’étais confrontée à une situation de ce type, mon
manque d’expérience et de connaissances m’a empêchée de gérer au mieux la détresse de
Madame J. Cela m’a conduit à ressentir un sentiment de limitation et d’impuissance.

Je me suis sentie désemparée et limitée dans ma capacité à apporter une solution


immédiate à sa souffrance sans lui faire de promesses sur lesquelles je ne pourrais pas agir. Ce
sentiment d’être limitée et désemparée peut s’expliquer par ma posture d’étudiante infirmière
et par mon manque de ressources. En y réfléchissant, je comprends que ce sentiment
s’explique également par le fait que je n’avais jamais été confrontée à une telle situation
auparavant. Madame J m’ayant prise de court, je me suis retrouvée désemparée. Ce sentiment
désagréable a été intensifié par le fait que j’étais seule face à son mal-être.Cette situation a
entraîné une insatisfaction par rapport à ma prise en soins, ainsi qu’une fuite involontaire de
ma part en allant m’occuper d’un autre patient .

14
J’avais peur de ne pas pouvoir apporter à Madame J une aide à la hauteur de ses
besoins. Pour combler cette crainte j’ai fait le choix de demander à l’infirmière de venir avec
moi voir la patiente afin qu’elle puisse la rassurer et lui donner les bonnes informations.

L’infirmière qui m'encadre m’a rassurée en me disant que c’était normal au vu de mon
niveau d’étude de ne pas avoir toutes les informations sur l’opération et elle m’a fait un point
sur toutes celles qui lui semblaient importantes pour la patiente. Elle resterait avec moi dans la
chambre de la patiente pour rajouter des compléments d’informations ou prendre le relais si
j’ai du mal. A notre retour dans la chambre de Madame J, je commence à répondre à ces
questions sur le déroulement de l’opération, sur l’équipe qui va s’occuper d’elle et sur le post
opératoire. A certains moments de notre discussion mes paroles me semblent presque comme
des promesses. Je me questionne si mes propos ne vont pas trop loin pour réussir à la rassurer
comme je le souhaite. En y réfléchissant avec du recul je me rends compte que mes paroles
n'engagent aucunes promesses : je lui ai simplement apporté les données factuelles qu’on
donne à tous patients subissant prochainement une opération chirurgicale. Il est parfois
compliqué lorsque l’on se trouve dans l’instant présent d’avoir le recul nécessaire sur nos
paroles. Le désir de réassurance que l’on peut avoir vis à vis d’un patient peut nous faire dire
des choses qu’il veut entendre mais que l’on n’est pas certains qu’elles se passeront ainsi.

Le lendemain de l’admission de Mme J, le jour même de son opération, le


neurochirurgien responsable de son suivi est venu nous annoncer son décès. Cette nouvelle
m’a profondément bouleversé(e). Après un instant de stupeur, une vague d’émotions intenses
s’est emparée de moi : colère, tristesse, frustration, culpabilité. Je trouvais cette situation
terriblement injuste, tant pour cette jeune femme que pour sa famille. Son mari allait devoir
élever seul leur fille, qui grandirait désormais sans sa mère à ses côtés.

Submergée par mes émotions, je me suis isolée pour pleurer, incapable de partager
mon mal-être avec les autres membres de l’équipe. Par pudeur et par crainte de montrer ma
vulnérabilité, j’ai choisi de garder ce poids pour moi. Avec le recul, je réalise que parler avec
mes collègues aurait pu m’aider à mieux comprendre que je n’avais aucune responsabilité
dans ce tragique événement. Cette expérience m’a appris combien il est essentiel de s’appuyer
sur la solidarité et le soutien de l’équipe, surtout dans les moments difficiles.

Au sein des établissements de santé, nous avons la chance de travailler dans un cadre
pluridisciplinaire. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la pluridisciplinarité se

15
définit comme « le fait de concourir à un même objectif, qu’il s’agisse de soins ou
d’éducation thérapeutique, en associant plusieurs professionnels issus de disciplines
différentes. Elle repose sur la complémentarité des savoirs, des connaissances et des
compétences. »

Dans un établissement tel que le CHU d’Orléans, cette diversité de professions est une
véritable richesse. Médecins, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychologues et bien
d’autres collaborent au quotidien pour offrir aux patients des soins complets et adaptés à leurs
besoins. Cette complémentarité permet d’assurer un accompagnement holistique, où chaque
professionnel contribue, par son expertise, à l’atteinte d’un objectif commun : le bien-être et
la santé du patient.

Cet événement m’a également rappelé que, face à des situations si bouleversantes, il
est primordial de valoriser la communication et l’entraide entre collègues. Elles sont le socle
d’une résilience collective et individuelle, indispensables pour continuer à avancer malgré les
épreuves.

Question de départ :

En quoi les émotions fortes vécues par un soignant altèrent sa clarté et sa


communication, et quelles en sont les conséquences pour l’alliance thérapeutique ?

Cadre conceptuel :

I. Les émotions

Dans ce premier chapitre de mon cadre conceptuel, j'expliquerai la notion d’émotion


et les idées qui en découlent, notamment son impact sur la prise en soin des patients ainsi que
les méthodes permettant de mieux les réguler. Afin d’introduire ce concept, une première
question se pose : qu'est-ce qu'une émotion ?

A. Définition des émotions

Le mot « émotion » trouve son origine dans le latin, avec le préfixe « e- » signifiant «
vers l’extérieur » et « movere » qui signifie « mouvement ». Cette étymologie met en avant
l'idée d'un état interne qui se traduit par des manifestations psychologiques qui sont parfois

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visibles à l'extérieur. En d'autres termes, une émotion peut être perçue comme une réaction
spontanée du corps face à un stimuli.

Les émotions sont au cœur des recherches philosophiques depuis de nombreuses


années. Platon, célèbre philosophe grecque né en 428 av-JC considérait les émotions “comme
des éléments perturbateurs de la raison”. Emmanuel Kant, philosophe allemand les décrivait
en 1798 “comme une maladie de l'âme" ou encore Jean-Paul Sartre philosophe et écrivain
français dans les années 1900 les définissait comme " un mode d'existence de la conscience ".
Depuis les années 1900 la définition des émotions a évolué jusqu’à obtenir une définition
semblable. Selon Norbert Sillamy, psychologue, psychanalyste auteur du Dictionnaire de
psychologie, elle correspond à ”une réaction globale et intense de l’organisme face à une
situation inattendue, accompagnée d’un ressenti affectif plus ou moins plaisant”. Harvey Carr
considéré comme le père fondateur de la psychologie fonctionnaliste, quant à lui, insiste sur la
dimension physiologique de l'émotion, qui facilite une adaptation rapide à l'environnement.
Ces différents points de vue s'accordent en effet à dire que l’émotion est une réaction
adaptative et immédiate, influencée par des facteurs internes et externes.

De mon point de vue, une émotion correspond à un bouleversement psychologique


temporaire pouvant être perçu positivement ou négativement. Par exemple, la joie ressentie
lors d'une réussite professionnelle contraste avec la tristesse engendrée par la perte d'un
proche. Il me semble également essentiel de distinguer l'émotion du sentiment : alors que la
première est brève et intense, le second s'inscrit dans la durée. Dans l’article de recherche Les
émotions en questions, J.-F. Dortier, fondateur du magazine Sciences Humaines, cite plusieurs
points de vue de chercheurs. Il rapporte notamment celui de Nico Frijda, qui souligne que
l’émotion est toujours dirigée vers un objet ou une situation précise, tandis que le sentiment
peut persister sans cause immédiate. Cette distinction repose également sur la durée : comme
l’affirme Jean-François Dortier, « plus le sentiment est fort, moins cela dure ». En d'autres
termes, une émotion est orientée vers une cible spécifique, tandis qu’un sentiment, plus diffus,
ne nécessite pas forcément d’ancrage précis. Lorsqu'un sentiment n'est pas régulièrement
exprimé, il peut évoluer vers un état pathologique, comme la dépression, que l'Organisation
mondiale de la Santé (OMS) définit comme une « tristesse persistante dépassant deux
semaines et affectant la vie quotidienne ».

Par ailleurs, certaines émotions semblent universelles. Catherine Mercadier directrice


d’institut en formation en soins infirmiers et docteur en sociologie. Dans son ouvrage : Le

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travail émotionnel des soignants à l’hôpital, elle identifie “des émotions fondamentales
comme la colère, la peur, la tristesse et la joie qui sont omniprésentes dans les interactions
soignants-patients”. Ces émotions primaires diffèrent des émotions secondaires, comme la
honte ou la culpabilité. Elles dépendent du contexte personnel et culturel. Lors d’une
expérience marquante, comme l’annonce du décès d’une patiente, j’ai moi-même ressenti un
vaste mélange d'émotions allant de la colère à la culpabilité, illustrant la complexité du vécu
émotionnel. Pour moi, il est essentiel d’apprendre à connaître ses émotions car celles-ci ont un
impact important sur notre prise en soin des patients.

B. Impact des émotions sur la prise en soin des patients

En milieu hospitalier, la régulation des émotions, souvent désignée sous le terme de «


travail émotionnel », est une compétence essentielle dans la pratique des soignants en milieu
hospitalier. La manière dont un infirmier gère ses propres émotions influence
considérablement la qualité de la relation qu’il établit avec ses patients. Une gestion adéquate
de ses ressentis permet de créer un environnement où le patient se sent compris et soutenu,
favorisant ainsi une communication ouverte, transparente et respectueuse.

La littérature met en lumière l'importance de cette régulation émotionnelle. Par


exemple, Huynh Truc qui est une infirmière clinicienne doctorante, Alderson Marie infirmière
et professeur et Thompson Mary conseillère en santé aux opérations internationales du
Canada (2009) expliquent dans l’article : Le travail émotionnel qui sous-tend les soins
infirmiers: publiée en 2009 dans la revue Recherche en soins infirmiers (numéro 97, pages 34
à 49). Dans cet article, il est expliqué que « le travail émotionnel dans les soins infirmiers
consiste à exprimer des émotions conformes au rôle professionnel et en harmonie avec celles
des patients ». J'adhère à cette vision, car j’ai moi-même constaté que savoir adapter ses
émotions à la situation clinique renforce le lien de confiance avec le patient tout en préservant
l'équilibre personnel du soignant.

Mon expérience professionnelle m'a permis de prendre conscience que les émotions
peuvent à la fois impulser et entraver la qualité des soins. Une gestion appropriée de ces
émotions contribue ainsi à renforcer la compétence professionnelle. Dans son travail de
recherche Travail émotionnel et soins infirmiers, Goyette (2018) met en évidence le rôle
central du travail émotionnel dans la pratique infirmière, soulignant que la régulation des
émotions influence directement la qualité de la relation soignant-soigné. Trouver un équilibre

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entre l'expression et la maîtrise des émotions apparaît donc essentiel pour exercer avec
sérénité et efficacité.

Par ailleurs, la régulation émotionnelle collective joue un rôle essentiel, notamment


dans des services à forte charge émotionnelle comme les urgences ou les soins palliatifs.
Comme le souligne une infirmière dans son témoignage pour le journal L’anticapitaliste, “la
dégradation des conditions de travail a conduit à une désagrégation des collectifs de travail,
intensifiant la souffrance au travail et la perte de sens pour les soignants”. Ce témoignage
illustre la manière dont le collectif agit comme un facteur de résilience : lorsqu’un cadre de
travail solidaire est maintenu, les soignants trouvent du réconfort dans leurs échanges et
partagent le poids des situations difficiles. À mon sens, cette dimension collective ne doit pas
être négligée, car elle permet de développer une entraide et une solidarité essentielles dans les
milieux hospitaliers sous tension. Une équipe soudée et bien coordonnée favorise non
seulement une meilleure qualité de soins, mais aussi une protection psychologique des
soignants, leur permettant d’exercer avec plus de sérénité et de résilience.

Lorsqu’un étudiant infirmier ou un infirmier diplômé d’État (IDE) est confronté à des
situations émotionnellement intenses, comme la douleur d’un patient ou une situation de crise,
on attend de lui qu’il sache adapter son propre état émotionnel afin de ne pas se laisser
submerger par ses sentiments. Si, à l’inverse, il se laisse envahir par des réactions
émotionnelles incontrôlées qu’il s’agisse d’une colère excessive, d’une tristesse manifeste ou
d’une anxiété palpable, ces émotions fortes risquent de perturber l’interaction et de
compromettre la relation de confiance établie. En effet, lorsque nous, soignants, ne parvenons
pas à maîtriser nos émotions, nous risquons involontairement d’alimenter un malentendu,
voire de générer une détresse supplémentaire chez le patient. Ce constat souligne l’importance
cruciale de savoir canaliser sa propre implication émotionnelle afin de garantir à la fois
l’efficacité et l’humanité des soins prodigués. Cependant, au cours de mes différents stages,
j’ai constaté qu’il était difficile de ne rien laisser paraître de ce que l’on ressent et de répondre
à l’image de l’infirmier idéal qui, quelles que soient les circonstances, reste souriant, à
l’écoute et disponible pour tous les patients.

La régulation émotionnelle ne se limite cependant pas à une simple question de


relation avec les patients. Lorsqu’elle est négligée, elle peut entraîner des conséquences
graves pour la santé mentale et physique des soignants. L’absence d’une gestion émotionnelle
adaptée conduit à un stress chronique, facteur majeur de risques pour la santé des

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professionnels. En effet, la Haute Autorité de Santé (HAS) alerte sur l’impact délétère du
stress prolongé. Celui-ci, associé à l’incapacité de réguler les émotions, peut entraîner un
épuisement professionnel, mieux connu sous le nom de burnout. Cette condition se manifeste
par une fatigue extrême, une détérioration du sentiment d’accomplissement et un
désengagement progressif vis-à-vis des patients. Le soignant, se sentant incompris, délaissé et
pas à sa place, perd peu à peu le lien avec sa vocation et avec ses objectifs professionnels, ce
qui compromet la qualité des soins fournis. Ce phénomène démontre que la régulation des
émotions ne constitue pas seulement un enjeu de qualité relationnelle, mais également un
facteur déterminant dans le maintien de la santé globale des soignants et dans l’efficacité des
soins à long terme. Consciente des difficultés rencontrées par les étudiants paramédicaux,
l'Agence Régionale de Santé (ARS) du Grand Est a lancé en 2023 le programme « Leaders et
ambassadeurs santé mentale ». Cette initiative vise à préserver la santé mentale des étudiants
en renforçant leur résilience face aux exigences émotionnelles de leur future profession. Ce
programme repose sur plusieurs axes stratégiques, dont la formation d'étudiants ambassadeurs
capables d'identifier et de relayer les signaux de détresse psychologique, l'organisation
d'ateliers de sensibilisation et de développement personnel, ainsi qu'un accès facilité à des
dispositifs d'accompagnement psychologique.

Je trouve cette démarche particulièrement intéressante, car elle intègre dès la


formation initiale une prise de conscience sur l'importance du bien-être émotionnel dans les
métiers du soin. En tant qu'étudiante infirmière, j’ai pu constater que le manque
d'accompagnement conduit parfois certains étudiants à interrompre leur formation. Ce
programme propose des pistes concrètes pour une meilleure gestion des émotions, ce qui
permet non seulement de prévenir l'usure professionnelle, mais aussi de garantir des soins de
qualité. Le programme « Leaders et ambassadeurs santé mentale » constitue donc une avancée
majeure dans la protection de la santé mentale des futurs soignants et devrait, à mon sens, être
déployé plus largement sur l'ensemble du territoire français.

Dans cette optique, il devient de plus en plus évident que la gestion des émotions doit
être intégrée de manière systématique dans la formation et l’accompagnement des soignants.

C. La gestion des émotions

En milieu hospitalier, la régulation des émotions, souvent désignée sous le terme de «


travail émotionnel », est une compétence essentielle. La manière dont les émotions sont

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gérées influe directement sur la qualité de la relation entre le soignant et le patient. Une
gestion maîtrisée des émotions permet à l'infirmier d’établir une relation de confiance, ce qui,
à son tour, favorise une communication plus ouverte et efficace. Une étude, disponible sur
Cairn.info dans l’article Le travail émotionnel qui sous-tend les soins infirmiers, met en
évidence que les patients se sentent mieux soutenus quand ils perçoivent une attitude
empathique et équilibrée chez le soignant.

L’importance de l’état émotionnel du soignant n’est pas une idée nouvelle. Florence
Nightingale, dans les années 1800, soulignait déjà que la qualité des soins était en partie
conditionnée par la gestion des émotions des soignants. Puis, en 1983, la sociologue
américaine Arlie Hochschild introduit le concept de « travail émotionnel », expliquant que
pour répondre aux exigences de leur métier, les soignants devaient apprendre à réguler leurs
émotions afin qu'elles n'interfèrent pas avec la qualité des soins.

Dans des situations émotionnellement intenses, il est crucial pour le soignant


d’adopter des stratégies pour gérer ses ressentis. Plutôt que de chercher à supprimer ces
émotions, ce qui peut être contre-productif, divers mécanismes d’adaptation inconscients sont
mis en place. Selon Martine Ruszniewski, psychologue à l’institut Curie, dans Le Manuel des
Soins Palliatifs (2019), plusieurs mécanismes sont utilisés par les soignants face à des
émotions fortes. Le premier d’entre eux est la rationalisation, qui consiste à reformuler une
situation en termes techniques, permettant ainsi de détourner l’attention des émotions pour
rester concentré sur les tâches. Ensuite, la sublimation est une autre stratégie, où les émotions
négatives sont transformées en comportements positifs et constructifs, comme un engagement
renforcé dans le travail. La répression est également courante, un mécanisme dans lequel le
soignant choisit de supprimer ses émotions pour éviter qu’elles n'affectent la qualité des soins.
L’humour, quant à lui, est fréquemment utilisé pour alléger l’atmosphère, réduire la tension et
apporter une forme de protection émotionnelle dans des contextes tendus. Parfois, les
soignants recourent à l’esquive, qui permet d’éviter une confrontation directe avec les
émotions en prenant du recul. La banalisation est aussi un mécanisme fréquent, consistant à
minimiser la gravité d’une situation pour la rendre plus gérable émotionnellement. Certains
soignants peuvent adopter la projection, en attribuant leurs propres émotions à autrui pour
mieux les gérer. L’identification est un autre mécanisme, dans lequel le soignant s’appuie sur
des valeurs ou des modèles comportementaux pour surmonter des émotions difficiles. Enfin,

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la compensation est utilisée pour combler un vide émotionnel en adoptant un autre
comportement ou en agissant différemment, afin de rétablir un équilibre émotionnel.

Personnellement, je trouve que l’humour est un mécanisme efficace pour alléger les
tensions dans des moments difficiles ou pour permettre aux patients de rigoler l’espace d’un
instant, mais aussi pour créer une forme de barrière protectrice. D'autres mécanismes, comme
l’esquive ou la banalisation, permettent de réduire temporairement l’intensité des émotions et
offrent ainsi au soignant un temps de réajustement. Ces stratégies, bien que souvent
automatiques, aident les soignants à poursuivre leurs soins sans être submergés par leurs
émotions.

L'intelligence émotionnelle, un concept développé par Daniel Goleman, joue


également un rôle crucial dans la gestion des émotions en milieu de soins. L'intelligence
émotionnelle se définit par la capacité à reconnaître et à comprendre ses propres émotions,
tout en étant à même de comprendre celles des autres. Cette compétence est particulièrement
importante dans le domaine de la santé, où les soignants sont fréquemment confrontés à des
situations émotionnellement chargées. L’intelligence émotionnelle permet de réagir de
manière appropriée tout en maintenant des relations empathiques et professionnelles avec les
patients. En développant cette compétence, les soignants sont mieux équipés pour gérer le
stress et les conflits, tout en renforçant la qualité de la relation soignant-soigné. Cela
représente un atout essentiel pour maintenir un équilibre émotionnel dans un environnement
de travail souvent très exigeant.

Pour que ces compétences soient renforcées, il est essentiel que la formation des
soignants intègre des enseignements spécifiques sur la gestion des émotions. Cela doit être
poursuivi tout au long de leur parcours professionnel. Le Ministère des Solidarités et de la
Santé (2017), ainsi que l’Agence Régionale de Santé (ARS, 2018), proposent déjà des guides
et des dispositifs destinés à prévenir l’épuisement professionnel et à soutenir la santé mentale
des soignants. Une étude menée par la FNESI, réalisée auprès de 14 000 étudiants infirmiers,
révèle que trois quarts de ces étudiants se déclarent émotionnellement épuisés, et qu'un tiers
souffre de crises d'angoisse. Ces dispositifs préconisent des approches basées sur le partage
d’expériences, la supervision clinique et la mise en place de groupes de parole, permettant
ainsi aux soignants de mieux comprendre leurs émotions et d’adopter des stratégies efficaces
pour préserver leur équilibre personnel et professionnel.

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Dans des situations similaires à celles que j'ai rencontrées, il est essentiel de pouvoir
exprimer ses émotions afin de ne pas les garder pour soi et qu'elles deviennent toxiques. La
communication est un moyen puissant pour alléger le fardeau émotionnel, en permettant aux
soignants de libérer ce qu'ils ressentent et d’éviter que cela n'impacte leur pratique.

Pour conclure ce premier chapitre, la compréhension et la gestion des émotions


constituent des compétences essentielles pour les infirmiers. Une régulation adaptée des
émotions favorise une relation de soin de qualité, améliore la communication avec le patient
et contribue à la prévention de l'épuisement professionnel. L'intégration de modules de
formation continue et de dispositifs de soutien institutionnel, tels que ceux proposés par le
Ministère des Solidarités et de la Santé et l'ARS, sont indispensables pour préparer les
soignants aux défis émotionnels du métier. En somme, maîtriser ses émotions est une
condition “sine qua non” pour assurer des soins de qualité tout en préservant sa propre santé.

II . La Communication

Dans le premier chapitre de mon cadre conceptuel j’ai travaillé sur les émotions ainsi
que leur impact et leur gestion. Dans cette seconde partie je vais étudier la communication.
Comme je l’ai évoqué dans la première partie, la communication permet à la fois une
meilleure gestion des émotions et une meilleure relation avec les patients. Dans ce contexte,
maîtriser les différents aspects de la communication – depuis son origine et sa définition
jusqu’à l’écoute active et l’accompagnement personnalisé – s’avère indispensable pour
répondre aux exigences du métier

A. Définition de la communication

Le mot communication provient du latin “communicare” qui signifie “partager avec


quelqu’un, mettre en commun”. Lorsque l’on communique avec une personne l’objectif est de
lui partager des informations, des connaissances ou encore lui exprimer ce que l’on ressent.
Dans le secteur infirmier, cette dimension revêt une importance particulière, car elle permet
non seulement de transmettre des données médicales, mais aussi de partager des ressentis et
d’établir un lien affectif avec le patient. Elle ne se limite pas à la simple transmission
d’informations techniques, mais permet de créer un échange authentique, d’instaurer un
climat de confiance et de soutenir le patient tout au long de son parcours de soins..

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Selon le Larousse, la communication se définit comme « l'action de transmettre un
message ». Cette définition se complexifie dans le domaine de la santé, où l’échange
s’accompagne de gestes, d’intonations et de signaux non verbaux. Ainsi, communiquer en
soins infirmiers signifie « co-construire un sens commun » entre le soignant et le patient,
favorisant une relation authentique et empathique. Cette approche est renforcée par la
littérature française, qui souligne que la communication est essentielle pour instaurer un
dialogue constructif et adapté aux besoins de chacun.

Au fil du temps, la compréhension de la communication en santé a considérablement


évolué. Les recherches actuelles mettent en évidence l'impact des échanges clairs et
bienveillants sur la qualité des soins et la satisfaction des patients. Dans le chapitre La
communication dans la relation de soin de l'ouvrage Psychologie de la santé (2012), il est
souligné que « la communication joue un rôle central dans l’établissement de la relation de
soin, influençant tant la qualité des interactions que l’efficacité des traitements ». Cette
affirmation résonne particulièrement avec mon propre regard sur la pratique soignante : au-
delà des gestes techniques, la relation humaine est au cœur du soin.

Ce constat est partagé par de nombreux professionnels de santé. Par exemple, une
étude publiée dans La Revue de l'Infirmière met en lumière que « pour 98 % des patients et
97 % des soignants, la communication est considérée comme le fondement d'une bonne
relation. De même, un article de l'Académie Nationale de Médecine souligne que « la plupart
des litiges voire des conflits qui surviennent entre soignants et soignés sont liés à une carence
de communication ». Ces témoignages illustrent ce que les études démontrent : une
communication ouverte et empathique est bien plus qu’un simple outil, elle façonne la
relation soignant-soigné et influence directement l’efficacité des soins. En tant que future
infirmière, il est essentiel d’intégrer ces réflexions à ma pratique, en restant attentive non
seulement aux mots que je choisis, mais aussi à l’attitude et à l’écoute que j’offre aux patients.

Les professionnels de santé mettent aujourd'hui l'accent sur la nécessité d'une


communication interpersonnelle efficace afin de répondre à la fois aux aspects techniques et
relationnels du soin. Cette évolution s'inscrit dans une démarche globale visant à
personnaliser la prise en charge et à favoriser une relation de confiance. Pour que la
communication soit réellement efficace et bénéfique, il est essentiel d’adopter des méthodes
de travail adaptées et structurées. L’écoute active, en particulier, constitue un outil

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fondamental qui permet d’améliorer la qualité des échanges et d’instaurer une relation de
confiance avec le patient.

B. L'écoute active

L'écoute active représente bien plus qu'une simple capacité à entendre les mots
prononcés. Elle requiert une attention totale et une présence soutenue, permettant de capter les
nuances du discours du patient, ainsi que ses signaux non verbaux. Par exemple, lorsqu'un
patient exprime ses inquiétudes concernant un traitement, l'infirmier doit non seulement
écouter le contenu verbal, mais aussi observer les expressions faciales, la posture et le ton de
voix qui accompagnent ces propos. Pour illustrer cela, l'infirmier peut reformuler en disant : «
Si j’ai bien compris, vous ressentez une grande angoisse face à ce traitement », ce qui permet
de vérifier que le message a été correctement perçu et de donner au patient le sentiment d'être
compris.

Le document « Outil 12 : L'écoute active » publié par la Haute Autorité de Santé


(HAS, 2019) précise que l'écoute active inclut l'observation minutieuse des signaux non
verbaux et la reformulation, qui permet de clarifier et de confirmer les messages échangés. Il
souligne également l'importance de créer un espace de dialogue où le patient se sent libre
d'exprimer ses émotions et ses besoins. En effet, selon ce document, « l’écoute active
constitue un levier essentiel pour instaurer une alliance thérapeutique forte et réduire l’anxiété
du patient » (HAS, 2019). L'intégration de ces pratiques dans le quotidien des professionnels
de santé favorise une meilleure qualité de la relation de soin, en permettant aux soignants
d'adapter leurs interventions de manière ciblée et empathique.

Les recherches françaises, notamment celles disponibles sur Cairn.info, confirment ces
apports en soulignant que “l’écoute active favorise une meilleure alliance thérapeutique et
permet de diminuer l’anxiété du patient”. En mettant en œuvre des techniques telles que la
reformulation, le recadrage et la validation des ressentis, l'infirmier peut non seulement
clarifier les besoins exprimés, mais aussi détecter ceux qui restent implicites, ce qui contribue
à une prise en charge plus humaine et personnalisée. Cette approche contribue à instaurer un

25
climat de confiance indispensable à l'efficacité de la relation de soin. Elle permet également
d’identifier les besoins implicites, souvent non exprimés, et d’adapter les interventions en
conséquence. Ainsi, l'écoute active constitue un véritable levier pour humaniser la prise en
charge, en donnant au patient l’espace nécessaire pour exprimer ses émotions et en permettant
au soignant de répondre de manière ciblée et empathique.

Malgré l'importance reconnue de l'écoute active, sa mise en œuvre peut être entravée
par divers obstacles. Le stress, souvent présent dans les environnements de soins, peut réduire
la capacité du professionnel à se concentrer sur l'interlocuteur. De même, la surcharge de
travail et un environnement bruyant ou chaotique peuvent limiter le temps et l'attention
consacrés à l'écoute par le soignant. Ces facteurs, fréquemment cités dans les revues sur les
soins paramédicaux diminuent la capacité du personnel soignant à saisir pleinement les
besoins et les émotions du patient, ce qui peut entraîner une communication incomplète ou
superficielle.

Pour pallier ces difficultés, plusieurs études recommandent la mise en place de temps
dédiés à la communication au sein des services. Par exemple, des réunions de débriefing et
des sessions de supervision clinique offrent aux infirmiers l'opportunité de partager leurs
expériences, de discuter des obstacles rencontrés et de trouver des solutions collectives pour
améliorer l'écoute. Ces dispositifs permettent non seulement d'améliorer la qualité de
l'échange avec le patient, mais aussi de réduire le stress professionnel en offrant un espace
pour l'expression et le partage des difficultés.

La formation en soins infirmiers a évolué pour intégrer des unités d’enseignement


spécifiques axés sur la communication et l'écoute active. Ces formations, encouragées par le
Ministère des Solidarités et de la Santé, visent à développer chez les futurs soignants la
capacité de "développer la capacité à écouter et reformuler pour mieux comprendre les
besoins du patient". Les cours de communication permettent d'apprendre des techniques telles
que la reformulation, la validation des sentiments et l'observation des signaux non verbaux,
essentielles pour instaurer une relation de soin efficace.

De plus, l'Haute Autorité de Santé (HAS) a publié des recommandations précises


visant à renforcer ces compétences en milieu clinique. Selon ces recommandations, « l’écoute
active est un levier essentiel pour instaurer une relation de soin de qualité » et constitue une
compétence indispensable pour prévenir les malentendus et favoriser la collaboration entre le

26
patient et le soignant. Les formations se basent souvent sur des mises en situation et des jeux
de rôle qui permettent aux infirmiers d'expérimenter et d'affiner leur aptitude à écouter, tout
en recevant un retour constructif de leurs pairs et formateurs.

En somme, l'écoute active, les obstacles à sa mise en œuvre et les stratégies de


formation sont des composantes cruciales qui renforcent la qualité des échanges en milieu
hospitalier. Elles participent à la création d'un environnement où le patient se sent
véritablement entendu et compris, ce qui a un impact direct sur l'efficacité de la prise en soin
et sur le bien-être des soignants eux-mêmes. En communiquant activement avec le patient et
en tenant compte de ses ressentis, l'infirmier lui permet d'accéder à des soins qui
correspondent au mieux à ses attentes et à ses besoins spécifiques, renforçant ainsi la qualité
de sa prise en charge.

C. L'accompagnement personnalisé du patient

L'accompagnement représente l'essence même du métier d’infirmier. Il ne se résume


pas à la transmission d'informations techniques, mais consiste à soutenir le patient de manière
globale. Le soignant doit accompagner le patient dans sa compréhension de sa situation,
l'aider à exprimer ses émotions et le guider dans l'adaptation à sa maladie. Hildegard Peplau,
dans ses travaux, insiste sur le fait que le rôle du soignant est de « devenir une ressource et un
soutien qui aide le patient à accepter et à vivre sa situation de manière plus autonome ».

Pour offrir un accompagnement de qualité, plusieurs stratégies peuvent être mises en


place. L'utilisation d'un langage clair et accessible, la reformulation des propos et l'attention
portée aux signaux non verbaux permettent d'assurer que le patient se sente compris. Par
exemple, en reformulant, l'infirmier vérifie que le patient a bien intégré les informations
données, ce qui contribue à réduire son anxiété. Les études françaises, telles que celles
publiées dans la Revue de Communication en Soins Infirmiers sur Cairn.info, indiquent que «
des échanges personnalisés et bienveillants favorisent l’engagement du patient dans son
parcours de soins ».

L'accompagnement du patient s'inscrit également dans une dynamique d'équipe. Les


réunions de service, la supervision clinique et les groupes de parole sont des dispositifs qui
permettent aux infirmiers de partager leurs expériences et de renforcer leurs pratiques
relationnelles. Ces dispositifs, soutenus par l'ARS et le Ministère des Solidarités et de la

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Santé, contribuent à instaurer une culture de la bienveillance et de l'écoute dans les
établissements de santé. Ils aident également à prévenir le burnout qui est très présent dans le
milieu médical en offrant aux soignants un espace pour exprimer leurs ressentis et échanger
sur leurs difficultés.

Pour conclure, la communication en soins infirmiers repose sur une compréhension


profonde de ses origines, une écoute active et un accompagnement personnalisé du patient.
Les recherches françaises montrent que la qualité des échanges interpersonnels est étroitement
liée à l’efficacité des soins et au bien-être des patients. En intégrant ces compétences dans la
formation initiale et continue, et grâce à des dispositifs institutionnels de soutien, les
professionnels de santé sont mieux préparés à relever les défis du métier et à offrir des soins
empreints d'humanité. Ainsi, la communication, en favorisant la confiance et la
compréhension mutuelle, joue un rôle fondamental dans la consolidation de l'alliance
thérapeutique.

III. L’alliance thérapeutique

Dans ce troisième chapitre de mon cadre conceptuel, je vais approfondir l'alliance


thérapeutique et son importance dans la relation de soin. La communication, lorsqu’elle est
maîtrisée et adaptée, constitue un pilier central de cette alliance. Elle permet d’instaurer un
climat de confiance, de favoriser l’adhésion aux soins et de mieux répondre aux attentes du
patient. Il est donc essentiel d’en comprendre les mécanismes et les stratégies pour optimiser
la prise en charge et assurer un accompagnement de qualité.

A) Définition de l’alliance thérapeutique

L’alliance thérapeutique représente un concept central dans la relation entre le


soignant et le patient. Bien que ses origines remontent à la psychanalyse, elle a
progressivement trouvé sa place dans le domaine des soins infirmiers et médicaux. Cette
alliance repose sur une relation de confiance réciproque, ce qui est fondamental pour que le
patient puisse s’engager activement dans son traitement. De plus, elle influence directement
l’adhésion du patient aux soins et à son parcours thérapeutique. La relation thérapeutique, de
ce fait, devient un facteur clé de réussite dans la prise en charge des patients, notamment dans
des domaines complexes comme les soins aux personnes souffrant de dépendances.

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Une étude menée en 2012 par Stefanie Senn, infirmière et chercheuse en soins
infirmiers, Ian Needham, docteur en sciences infirmières, et Stéphane Antille, spécialiste en
santé mentale, a mis en évidence l’importance de cette alliance dans le traitement des
addictions. Leur recherche, intitulée Relation entre l'alliance thérapeutique infirmière-patient
et les contrôles perçus par le patient en traitement de dépendances : une étude
corrélationnelle descriptive, a permis de montrer que la qualité de la relation soignant-soigné
a une influence directe sur la perception qu'ont les patients des contrôles effectués par les
infirmiers, notamment dans le cadre des traitements de sevrage.

L’étude a été réalisée auprès de 28 patients hospitalisés pour traitement de


dépendance, en utilisant un questionnaire qui mesure l’alliance thérapeutique à travers le
Working Alliance Inventory (WAI), un outil reconnu et validé pour évaluer la qualité de la
relation entre le soignant et le patient. Les résultats obtenus ont révélé qu’une alliance
thérapeutique de qualité permettait de réduire la perception négative des contrôles, qui sont
souvent vécus comme intrusifs ou contraignants. En revanche, lorsque la relation était jugée
distante ou insuffisamment engagée, les patients ressentaient les contrôles de manière plus
lourde et désagréable. Ce phénomène était particulièrement marqué chez les patients admis en
traitement sous contrainte, souvent par décision judiciaire ou familiale.

Ces résultats confirment l’importance de l’implication du soignant dans la


construction de cette relation. Un soignant capable de créer un lien de confiance, d’écouter
activement et de s’investir sincèrement dans la prise en charge du patient permettra à celui-ci
de mieux se sentir accompagné, et donc plus motivé à s’engager dans le traitement. À
l’inverse, un soignant peu impliqué ou distant risque d’entraver la mise en place de ce lien de
confiance, ce qui peut nuire à l’adhésion au traitement et augmenter le sentiment de
marginalisation du patient.

Ainsi, dans la pratique infirmière, il devient essentiel de développer des compétences


relationnelles solides. L’empathie, l’intelligence émotionnelle et la capacité à ajuster sa
posture en fonction des besoins spécifiques du patient sont des qualités indispensables pour
favoriser cette alliance thérapeutique. Ces compétences ne se résument pas à une simple
communication verbale, mais impliquent également une prise en compte des dimensions
émotionnelles et psychologiques du patient, ce qui est fondamental pour un accompagnement
efficace.

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En outre, la création d’un environnement sécurisant et bienveillant est une condition
sine qua non pour que le patient se sente entendu et compris. C’est dans ce cadre que
l’alliance thérapeutique prend toute son importance : elle permet de créer une relation où le
patient peut se sentir à l’aise, sans jugement, et prêt à s’investir dans son parcours de soins.

Aujourd’hui, cette approche est de plus en plus intégrée dans les formations des
soignants, notamment en France, où la relation soignant-soigné est au cœur des
préoccupations des équipes médicales. L’alliance thérapeutique n’est plus perçue comme un
simple aspect de la communication, mais comme un levier fondamental pour améliorer la
qualité des soins, en particulier dans des domaines sensibles comme les addictions, la santé
mentale, ou encore la gestion de la douleur.

Les bénéfices d’une alliance thérapeutique solide sont multiples : elle permet de
réduire les résistances au traitement, d’améliorer la coopération entre le patient et l’équipe
soignante et, in fine, de contribuer à de meilleurs résultats thérapeutiques. En ce sens,
l’alliance thérapeutique devient un indicateur essentiel de la qualité des soins, car elle
conditionne non seulement l’efficacité des traitements, mais aussi la satisfaction du patient
vis-à-vis de son accompagnement.

Dans cette optique, il est crucial de reconnaître que l’alliance thérapeutique ne repose
pas uniquement sur les compétences techniques des soignants, mais aussi sur leur capacité à
établir des liens authentiques et respectueux avec leurs patients. Elle constitue un enjeu
majeur pour la pratique infirmière, et son développement au sein des équipes soignantes
devrait être encouragé, tant pour le bien-être des patients que pour l’efficacité des soins.

B) Les facteurs influençant l’alliance thérapeutique

L’alliance thérapeutique est un pilier fondamental dans le cadre de la relation de soin,


jouant un rôle clé dans l’engagement des patients envers leur traitement ainsi que dans la
qualité de leur suivi. Bien qu’elle trouve ses racines dans le domaine de la psychanalyse, cette
notion a rapidement gagné en importance dans les pratiques infirmières et médicales,
devenant un levier incontournable pour renforcer l’efficacité de la relation entre soignant et
patient. Elle repose sur plusieurs éléments essentiels, parmi lesquels la confiance, l'empathie
et la collaboration.

30
La confiance est sans doute l’un des éléments les plus cruciaux dans l’établissement de
cette alliance. Selon une étude publiée sur The Decision Lab, « une alliance thérapeutique
solide est déterminante dans le processus de soin, car elle repose sur une confiance partagée
entre le patient et le soignant ». Cette perspective m'a particulièrement marquée, car elle
souligne l'importance de la perception du patient dans le développement de cette relation. En
tant que future infirmière, je prends conscience de la nécessité de créer dès le premier contact
un environnement où le patient se sente en sécurité et respecté, afin de favoriser son
implication active dans les soins qu’il recevra.

L’empathie joue également un rôle central dans cette relation, en permettant une
compréhension plus approfondie des besoins et des attentes du patient. À travers mes
expériences en stage, j'ai pu observer que l’écoute attentive et la reconnaissance des émotions
du patient contribuent non seulement à son bien-être psychologique, mais renforcent
également son engagement dans le traitement.

La collaboration entre soignant et patient représente un autre facteur clé de succès


dans la prise en charge. En favorisant un dialogue ouvert et en impliquant le patient dans les
décisions qui le concernent, le soignant soutient son autonomie et sa motivation à suivre les
recommandations médicales. Cette approche, que je soutiens pleinement, place le patient au
centre de son parcours de soins et va bien au-delà d’une relation hiérarchique traditionnelle.
Elle illustre que l’accompagnement infirmier dépasse le cadre des interventions techniques et
repose avant tout sur une dynamique humaine et relationnelle sincère.

Le cadre dans lequel se déroule la prise en charge a également un impact considérable


sur la qualité de la relation thérapeutique. Un environnement calme et propice aux échanges
permet de renforcer la confiance entre le patient et le soignant. En revanche, un
environnement stressant, où le temps est compté et où les interruptions sont fréquentes, peut
nuire à cette relation. Il est donc crucial de dégager suffisamment de temps pour une
interaction sans perturbation, afin de préserver la qualité du lien thérapeutique. Par exemple,
en prévenant ses collègues de ne pas interrompre lors d'un entretien, on garantit au patient un
espace d’expression libre et respecté. En approfondissant la relation de confiance et les
dynamiques relationnelles qui la sous-tendent, il devient essentiel d'examiner l'impact concret
de l'alliance thérapeutique sur les soins apportés, ainsi que les enjeux cliniques qu'elle soulève
dans le cadre de la prise en charge des patients.

31
C) L’impact et les enjeux cliniques de l’alliance thérapeutique

L'alliance thérapeutique va bien au-delà d'une simple interaction entre soignant et


patient, car elle possède un impact direct sur la qualité des soins prodigués et l'adhésion du
patient à son traitement. Elle constitue un facteur déterminant pour améliorer l'efficacité des
soins, mais aussi pour renforcer la motivation et l'implication du patient dans son parcours
thérapeutique.

L'un des principaux enjeux de l'alliance thérapeutique réside dans la manière dont elle
influence le parcours de soins du patient. Lorsqu'une relation de confiance se développe entre
le patient et le soignant, ce dernier se sent plus impliqué et plus motivé à suivre les
recommandations. Une étude publiée dans Recherches en soins infirmiers (Bastian,
Valdeyron, & Vaquier, 2001) souligne que l'engagement du patient est fortement lié à la
qualité de l'alliance thérapeutique. En effet, lorsque le patient perçoit que son soignant prend
en compte ses besoins et ses attentes, il devient plus enclin à participer activement à sa prise
en charge et à respecter les traitements prescrits. L'article met en avant que l'alliance
thérapeutique, fondée sur la confiance mutuelle, est un facteur clé pour renforcer l’implication
du patient et optimiser les résultats des soins. L’alliance permet donc de réduire les résistances
aux traitements et d’augmenter les chances de succès du soin.

L'impact psychologique de l’alliance thérapeutique est également majeur. Un patient


qui se sent respecté et écouté par son soignant développe une meilleure confiance en ses
capacités à faire face à sa maladie ou à sa situation. Cet effet positif peut contribuer à
diminuer l'anxiété, à améliorer l'état émotionnel et à renforcer la résilience du patient. Les
recherches soulignent que, dans les traitements de maladies chroniques ou graves, une relation
thérapeutique solide est un facteur protecteur contre le stress et la détresse psychologique. Le
respect de la dignité du patient, combiné à un soin empathique et personnalisé, favorise une
meilleure gestion de la maladie sur le long terme.

Par ailleurs, l’alliance thérapeutique représente un enjeu éthique majeur dans le


domaine des soins. En effet, cette relation repose sur un équilibre subtil entre autonomie du
patient et bienveillance du soignant. Ce partenariat doit éviter toute forme de paternalisme,
tout en veillant à ce que le patient soit toujours acteur de ses soins. Dans cette perspective,
l’alliance thérapeutique incite à un soin respectueux des choix du patient, tout en
l’accompagnant dans des décisions éclairées. L'infirmier(e) doit ainsi être capable d'adopter

32
une posture de soutien, de conseil, sans imposer ses choix, mais en favorisant un dialogue
ouvert et constructif.

Un autre enjeu clé concerne le cadre de travail dans lequel l’alliance thérapeutique se
développe. L’organisation des soins et les conditions de travail ont une influence directe sur la
qualité de cette relation. En effet, un environnement calme, avec un personnel soignant
disponible et à l'écoute, renforce la confiance et favorise la relation soignant-soigné.
Cependant, dans des contextes de surcharge de travail, cette relation peut se dégrader,
entraînant des ruptures dans la communication et une diminution de l’engagement du patient.
Il devient donc crucial d'identifier les facteurs organisationnels susceptibles d'entraver la
qualité de l'alliance thérapeutique, afin de les ajuster pour garantir un soin optimal.

L’impact de l’alliance thérapeutique est donc multiple : il affecte non seulement


l'efficacité des soins, mais aussi le bien-être du patient et son engagement dans la durée. De
plus, cet engagement réciproque entre le soignant et le patient constitue une base solide pour
le suivi de la prise en charge, en assurant une meilleure collaboration tout au long du parcours
de soins.

Synthèse :

En quoi les émotions fortes vécues par un soignant altèrent sa clarté et sa


communication, et quelles en sont les conséquences pour l’alliance thérapeutique ?

Dans la pratique infirmière, les émotions occupent une place centrale. Chaque jour, nous
sommes confrontés à des situations intenses : la souffrance des patients, l’annonce de
diagnostics difficiles, ou encore la pression constante liée aux exigences du métier. Ces
expériences, par leur charge émotionnelle, peuvent parfois submerger le soignant et influencer
sa manière d’interagir avec les patients et leurs proches. Il devient alors essentiel d’apprendre
à reconnaître et à réguler ses émotions, non seulement pour préserver son propre équilibre,
mais aussi pour garantir une prise en charge adaptée et professionnelle.

La communication, élément clé de la relation de soin, ne se limite pas à la transmission


d’informations. Elle repose sur des compétences subtiles telles que l’écoute active, la

33
reformulation et l’attention aux signaux non verbaux. Une parole maladroite ou une posture
fermée, souvent amplifiées par des émotions mal maîtrisées, peuvent générer des
incompréhensions, voire des tensions. À l’inverse, une communication apaisée et ajustée
contribue à instaurer un climat de confiance, aidant ainsi le patient à mieux vivre son parcours
de soins.

Cette qualité des échanges influence directement l’alliance thérapeutique, un lien fondé sur la
confiance, la collaboration et le respect mutuel. Plus cette alliance est solide, plus
l’implication du patient dans ses soins est grande, favorisant ainsi l’adhésion aux traitements
et l’amélioration des résultats thérapeutiques. À l’inverse, une communication altérée par un
excès d’émotion ou une gestion inadéquate de celles-ci peut fragiliser cette relation, rendant le
patient plus méfiant ou réticent.

C’est ici que l’intelligence émotionnelle prend tout son sens. Développer cette compétence
permet non seulement de mieux comprendre et gérer ses propres émotions, mais aussi de
percevoir celles des autres et d’y répondre avec justesse. Elle représente une clé essentielle
pour maintenir une communication fluide et adaptée, et ainsi renforcer la qualité du lien
thérapeutique. En intégrant cette approche dans ma pratique, je pourrai offrir des soins plus
humains, personnalisés et respectueux des besoins de chaque patient.

Question de recherche, hypothèse, méthodes et outils

Question de recherche : En quoi l'intégration de l'intelligence émotionnelle dans la formation


initiale pourrait-elle améliorer la gestion émotionnelle des étudiants dans leur future
profession ?

Hypothèses :

L'intégration de l'intelligence émotionnelle dans la formation initiale permet aux étudiants de


mieux identifier et réguler leurs émotions, ce qui favorise une prise de décision plus réfléchie
et moins impulsive dans des situations professionnelles stressantes.

Les étudiants ayant suivi une formation en intelligence émotionnelle sont plus aptes à adopter
des comportements empathiques et à améliorer leur communication avec leurs collègues et
patients dans leur futur environnement professionnel.

34
Méthodes et outils :

Afin de répondre à ma question de recherche, je souhaite mener une enquête auprès de jeunes
infirmiers diplômés travaillant dans des services où la charge émotionnelle est
particulièrement forte, comme les soins palliatifs et les urgences. Ces environnements de
travail exposent les soignants à des situations stressantes et éprouvantes, nécessitant une
gestion émotionnelle efficace pour assurer une prise en charge optimale des patients. Mon
objectif est de comprendre comment ces jeunes professionnels gèrent leurs émotions au
quotidien et si leur formation initiale les a suffisamment préparés à faire face à ces défis.

Pour recueillir ces données, j’ai choisi de réaliser une enquête sous forme de questionnaire
interactif. Ce format me semble particulièrement adapté aux contraintes des soignants,
souvent pris par le rythme soutenu de leur travail et disposant de peu de temps pour participer
à des études. Le questionnaire sera construit de manière directive, avec des questions fermées
permettant d’obtenir des données quantitatives, mais aussi quelques questions ouvertes afin de
laisser aux participants la possibilité d’exprimer leur ressenti et de partager leur expérience.

Les thèmes abordés s'articuleront autour de trois axes. Tout d’abord, je m’intéresserai à la
manière dont ces jeunes diplômés identifient et régulent leurs émotions en situation
professionnelle car il est important de comprendre s’ils parviennent à reconnaître leurs
ressentis et à mettre en place des stratégies pour les gérer efficacement. Ensuite, j’analyserai
l’impact de cette gestion émotionnelle sur la prise de décision, en particulier dans des
contextes où la pression est élevée et où les choix doivent être faits rapidement. Enfin,
j’aborderai la dimension relationnelle en explorant l’influence de l’intelligence émotionnelle
sur la communication avec les patients, leurs familles et les autres membres de l’équipe
soignante.

Une fois les données collectées, j’effectuerai une analyse à la fois quantitative et qualitative.
Les résultats des questions fermées permettront d’identifier des tendances générales, tandis
que les réponses aux questions ouvertes offriront une vision plus nuancée et personnelle du
vécu des soignants.

Il me paraît important d’adopter une démarche respectueuse de l’éthique tout au long de cette
enquête. Ainsi, les participants seront informés des objectifs de l’étude et de la confidentialité
de leurs réponses. Aucune donnée nominative ne sera collectée et la participation restera

35
totalement volontaire. L’idée est d’offrir un espace où ces jeunes professionnels pourront
partager leur expérience en toute liberté.

À travers cette enquête, j’espère mieux comprendre dans quelle mesure une formation en
intelligence émotionnelle pourrait aider les étudiants en soins infirmiers à mieux appréhender
les défis émotionnels qu’ils rencontreront une fois sur le terrain. Cela pourrait également
permettre d’envisager des améliorations dans l’accompagnement des futurs soignants afin de
les préparer au mieux à cette réalité incontournable du métier.

Conclusion :

Ce travail de recherche a constitué une véritable opportunité pour moi de prendre du recul et
d’examiner plus profondément la place des émotions dans le cadre de la pratique infirmière.
J’ai cherché à comprendre comment les émotions intenses vécues par un soignant peuvent
influencer la clarté de sa communication, mais aussi affecter l’alliance thérapeutique avec le
patient.

Au cours de ma formation, les notions de gestion du stress et des émotions sont abordées de
manière théorique, notamment en troisième année. Cependant, l’expérience de terrain m’a
confrontée à ces enjeux bien plus tôt, me permettant de réaliser qu’il y a parfois un écart entre
la théorie enseignée et la réalité vécue en soins. Ce contraste m’a poussée à réfléchir sur la
manière de mieux gérer mes émotions pour être plus sereine et plus efficace dans mes
échanges avec les patients.

J’ai appris qu’une gestion inadéquate des émotions peut brouiller la communication entre le
soignant et le patient. Ce manque de clarté peut provoquer des malentendus, voire créer une
distance émotionnelle qui fragilise la relation de soin. À l’inverse, en apprenant à reconnaître
et à comprendre mes émotions, je suis mieux à même de maintenir une communication
ouverte, honnête et bienveillante, renforçant ainsi la confiance nécessaire à une alliance
thérapeutique solide.

Ce travail m’a aussi permis de comprendre que la communication ne se résume pas aux mots.
Elle englobe l’ensemble du comportement, des gestes, et de l’écoute. Les émotions, loin
d’être un obstacle, peuvent devenir un atout si elles sont gérées de manière consciente et
réfléchie. Ainsi, une bonne maîtrise émotionnelle permet non seulement de mieux
communiquer, mais aussi de mieux accompagner le patient dans son parcours de soin.

36
Enfin, ce travail m’a permis d’évoluer, tant au niveau personnel que professionnel. J’ai pris
conscience de l’importance de la régulation émotionnelle pour assurer une prise en charge
soignante de qualité, centrée sur l’humain. Les compétences émotionnelles sont au cœur de
l’efficacité et de l’éthique des soins, et c’est avec cette conviction que je me prépare à exercer
en tant qu’infirmière, prête à intégrer pleinement cette dimension émotionnelle dans ma
pratique quotidienne.

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9782880495336-page-94

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SOIGNER AVEC LE COEUR MAIS SANS PERDRE LA VOIX !

CARING WITH THE HEART BUT WITHOUT LOSING THE VOICE !

CRISTOU Léa
Promotion 2022-2025

J’ai réalisé ce travail d’initiation à la recherche à This introductory research project was based on a
partir d’une situation qui m’a particulièrement situation that particularly affected me.
marquée.
During a placement, I conducted an intake interview
Lors d’un stage, j’ai mené un entretien d’accueil with Mrs J. to reassure her before her operation. Later,
avec Mme J. pour la rassurer avant son I learned of her death, which had a huge impact on me
intervention. Plus tard, j’ai appris son décès, ce and led me to reflect on how I managed my emotions
qui m’a fortement impactée cela m’a amenée à as a carer. Emotions are part of nurses' daily lives and
réfléchir sur la manière dont je gérais mes can sometimes influence their practice. This led me to
émotions en tant que soignante. Les émotions formulate my initial question: How do the strong
font partie du quotidien des infirmiers et peuvent emotions experienced by a carer affect their clarity
parfois influencer leur pratique. C’est ainsi que and communication, and what are the
j’ai formulé ma question de départ : En quoi les consequences for the therapeutic alliance?
émotions fortes vécues par un soignant
altèrent sa clarté et sa communication, et In the course of my research, I identified three key
quelles en sont les conséquences pour concepts: emotions, communication and the
l’alliance thérapeutique ? therapeutic alliance. I came to understand that when
emotions are not properly regulated, they can alter the
Au cours de mes recherches, j’ai identifié trois quality of exchanges with the patient and complicate
notions essentielles : les émotions, la the healthcare relationship. Conversely, knowing how
communication et l’alliance thérapeutique. J’ai to recognise and manage your emotions enables you to
pu comprendre que lorsque les émotions ne sont communicate more clearly and establish a climate of
pas bien régulées, elles peuvent altérer la qualité trust with the patient.
des échanges avec le patient et compliquer la
relation de soin. À l’inverse, savoir reconnaître Learning to manage my emotions better in a care
et gérer ses émotions permet d’adopter une situation therefore seems to me to be essential to
communication plus claire et d’instaurer un guaranteeing a quality relationship between carer and
climat de confiance avec le patient. patient. This involves developing appropriate
strategies that not only improve communication, but
Apprendre à mieux gérer mes émotions en also strengthen the therapeutic alliance and ensure
situation de soin me semble donc essentiel pour more serene and effective care.
garantir une relation soignant-soigné de qualité.
Cela passe par le développement de stratégies
adaptées, qui permettent non seulement
d’améliorer la communication, mais aussi de
renforcer l’alliance thérapeutique et d’assurer
une prise en charge plus sereine et efficace.

Mots clés : Communication, alliance Key words : Communication, therapeutic alliance,


thérapeutique, émotions, relations emotions, relationship

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