0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
40 vues4 pages

Justice et Sorcellerie au Cameroun

Le colloque « Justice et sorcellerie » s'est tenu à Douala pour examiner les défis juridiques posés par les accusations de sorcellerie au Cameroun, attirant plus de 650 participants. Les discussions ont mis en lumière la complexité de la sorcellerie dans la société camerounaise, son impact sur la justice et la santé, ainsi que les tensions entre tradition et législation. Les juristes et anthropologues ont exploré comment la sorcellerie influence les relations sociales, économiques et juridiques, tout en plaidant pour une approche qui intègre la tradition dans le système judiciaire.

Transféré par

Daniel Romani Tchinda
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
40 vues4 pages

Justice et Sorcellerie au Cameroun

Le colloque « Justice et sorcellerie » s'est tenu à Douala pour examiner les défis juridiques posés par les accusations de sorcellerie au Cameroun, attirant plus de 650 participants. Les discussions ont mis en lumière la complexité de la sorcellerie dans la société camerounaise, son impact sur la justice et la santé, ainsi que les tensions entre tradition et législation. Les juristes et anthropologues ont exploré comment la sorcellerie influence les relations sociales, économiques et juridiques, tout en plaidant pour une approche qui intègre la tradition dans le système judiciaire.

Transféré par

Daniel Romani Tchinda
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Bulletin Amades

Anthropologie Médicale Appliquée au Développement Et


à la Santé
62 | 2005
62

Justice et sorcellerie, Douala, 17-19 mars 2005


Jean Benoist

Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/amades.158
ISSN : 2102-5975

Éditeur
Association Amades

Édition imprimée
Date de publication : 1 juin 2005
ISSN : 1257-0222

Référence électronique
Jean Benoist, « Justice et sorcellerie, Douala, 17-19 mars 2005 », Bulletin Amades [En ligne], 62 | 2005,
mis en ligne le 02 février 2009, consulté le 14 septembre 2020. URL : [Link]
amades/158

Ce document a été généré automatiquement le 14 septembre 2020.

© Tous droits réservés


Justice et sorcellerie, Douala, 17-19 mars 2005 1

Justice et sorcellerie, Douala, 17-19


mars 2005
Jean Benoist

1 Le colloque « Justice et sorcellerie » s’est tenu à l’Université catholique de l’Afrique


centrale (UCAC) à Yaoundé. Il a été suivi par une assistance de plus de 650 personnes.
Auditoire attentif et passionné, qui a posé des centaines de questions (rédigées sur
papier et déposées dans des urnes à la fin de chaque intervention)
2 Organisé par Éric de Rosny, il avait pour objectif de mettre en lumière les nombreux
problèmes posés à la justice par les accusations de sorcellerie et par les procès en
sorcellerie qui en découlent. Que doit faire le juge ? Quelle est la position de la loi ?
Comment cerner la preuve ? Qui châtier et comment ? Quelle place faire à « la
tradition » et à ceux qui l’expriment ?
3 Les deux premières journées ont présenté la sorcellerie en général, et surtout sa place
dans les divers aspects de la vie camerounaise. Puis sont venus les exposés proprement
juridiques.
4 On pourrait se croire loin de l’anthropologie médicale. En fait un tel colloque est un
nécessaire rappel de l’autonomie toute relative de celle-ci. La maladie et le soin
peuvent être apparemment absents, mais ils sont là, aux aguets parmi les actes
possibles des sorciers, parmi les craintes qu’ils soulèvent, parmi les phénomènes qu’on
explique par leur influence. Même lorsqu’ils ne sont pas évoqués. Et c’est tout un pan
de la vie sociale qui émerge autour des accusations de sorcellerie que la modernité
multiplie, un pan où vient aussi s’ancrer la lecture des faits de maladie.
5 Ouvrant le colloque, le recteur de l’université constate : « Il n’y a pas de secteur de la
vie sociale où la sorcellerie ne soit pas », et il appelle à « libérer les hommes de
l’angoisse de la sorcellerie ». Le doyen Fédry ajoute que la peur de la sorcellerie fait
plus de mal que la sorcellerie sans que l’on dispose de critères solides pour juger de son
intervention réelle.
6 Éric de Rosny souligne lui aussi l’ampleur du problème dans le Cameroun urbain
contemporain. S’appuyant sur l’expérience de ses nombreux entretiens avec des

Bulletin Amades, 62 | 2005


Justice et sorcellerie, Douala, 17-19 mars 2005 2

« ensorcelés », et sur sa connaissance intime du monde des nganga, il plaide pour le


recours à une « contre-sorcellerie » mise en œuvre par ceux-ci. Il s’agit de réduire une
« impulsion hostile, une agression primordiale » que montre notre « lancinante
expérience, en nous comme chez les autres, de la capacité de nuire ». Se plaçant « du
côté de ceux pour qui la sorcellerie existe bel et bien », il analyse le « système de la
sorcellerie », sa fonction sociale et la façon dont elle fait passer les tensions au niveau
mystique. Elle est un système de représentation qui permet de concevoir le mal.
Présente particulièrement au sein des relations de parenté, elle en est le « côté noir ». Il
se demande si vraiment la justice peut gérer ces questions, et comment.
7 Anthropologue à l’UCAC, S.C. Abega aborde la sorcellerie de façon plus externe.
Codification des rapports sociaux, elle est un champ de confrontation, mais aussi un
transfert de responsabilité qui détourne de la nécessité de l’action. Allant dans la même
direction, Alban Bensa (EHESS) examine, avec des exemples kanaks, comment
fonctionne l’attribution des causes du malheur au pouvoir malveillant d’autrui.
8 Ces deux visions anthropologiques, qui ont tendance à exclure la sorcellerie de la
réalité pour en faire un lieu symbolique, soulèvent des murmures peu approbateurs
dans la salle.
9 Après la projection d’un film où une jeune fille accusatrice est confrontée à ceux qu’elle
accuse, une table ronde rassemble des conférenciers et trois nganga. C’est d’emblée un
autre point de vue : la sorcellerie existe, les gens « mangés » le sont vraiment, il y a un
univers occulte, sur lequel certains disposent d’un ensemble de connaissances. Le
consensus de la salle et de plusieurs participants se fait sur l’affirmation que si le
christianisme a apporté une connaissance nouvelle, il s’est superposé à une autre
connaissance, africaine. L’exemple des maladies induites par la sorcellerie fait
également consensus, et ces maladies ne relèvent pas de l’hôpital mais « du village ».
10 Peter Geschiere (Université d’Amsterdam) passe en revue les procès contre des sorciers
et les condamnations au Cameroun. Il souligne que la condamnation a valeur
d’attestation quant à la réalité du pouvoir du sorcier condamné, et que la prison
renforce sa réputation. Il étend ensuite la question en présentant les très graves
incidents anti-sorciers survenant en Afrique du sud, et par contre l’incorporation légale
des nganga dans le système de santé de ce pays.
11 M.T. Mengue, enseignante à l’UCAC, étudie la question de la sorcellerie parmi les
étudiants. Leur croyance en la sorcellerie est très générale Ils en font une grille de
lecture : elle vient expliquer les échecs scolaires, l’absence d’emploi, la stérilité. On
cherche le sorcier dans la parenté proche. La sorcellerie apparaît à la conférencière
comme une aliénation qui se renforce elle-même lorsque les individus veulent en
sortir : ils consultent alors les devins qui poursuivent l’aliénation, ils adhèrent à des
groupes de prière qui peuvent connaître bien des dérives. Elle s’interroge sur les voies à
suivre non pour calmer les angoisses mais pour constituer des individus responsables.
12 Dans l’univers des affaires, la sorcellerie est très présente, sous forme d’accusations qui
retentissent sur les individus et sur le fonctionnement des entreprises, selon R.
Nantchouang, économiste : la sorcellerie fausse les indicateurs de marché ; elle
décourage tout ce qui peut aboutir au succès, à l’émergence de l’individu ; elle génère
des coûts invisibles ; elle interdit diverses conduites économiques sous le poids de ses
menaces. Consultant en organisation des entreprises, E. Kamben, sociologue de
l’Université de Douala, donne plusieurs exemples de dysfonctionnements graves liés à
des accusations de sorcellerie au sein du personnel de petites et de grandes entreprises.

Bulletin Amades, 62 | 2005


Justice et sorcellerie, Douala, 17-19 mars 2005 3

Il analyse aussi comment elle peut devenir source de pouvoir dans l’entreprise en
assurant à certains une forme mystique de domination par la gestion de l’incertitude
qu’ils créent eux-mêmes.
13 Les juristes terminent le colloque. Professeur de droit à Abidjan, Kassia Bi Oula montre
la contradiction entre les décisions du législateur qui a érigé la sorcellerie en infraction
pénale en 1981 tout en état incapable de la définir. Les juges recourent à l’aveu, très
risqué dans le contexte, et les condamnations sont très variables. De plus, le monde
juridique doute, comme l’illustre Patrice Monthe, avocat, ancien bâtonnier. Pour lui, le
sorcier communique avec les plantes et les animaux, les entités spirituelles d’autres
mondes et les esprits des ancêtres. Peut-on alors faire de son activité l’objet d’une
sanction pénale ? Y a-t-il compatibilité entre ce monde et celui dont juge la loi ?
14 Mouniol a Mboussi, magistrat à Ngaoundéré fait, à partir du droit camerounais, le
même constat que son collègue ivoirien. C’est par le dialogue entre le juge et la
tradition que Roger Kamtchoum, président du tribunal de grande instance de Ntui et
Roland Guy Alime Yene, chef traditionnel du 2e degré du canton de Batchenga ouvrent
une voie originale. Le chef traditionnel est saisi comme expert. Informé de l’affaire, il
consulte alors dans la cour de la chefferie les notables et des spécialistes puis il dépose
ses conclusions au tribunal. Le juge écoute son rapport, tout en demeurant libre d’en
tenir ou non compte.
15 Autant que les exposés, les propos de couloirs étaient éloquents : on se félicitait de voir
enfin abordée au grand jour une question qui préoccupe chacun mais qu’il n’était pas
de bon ton de discuter à un tel niveau et en un tel lieu. Colloque ? Certes. Mais aussi
action, effort en vue d’une action bénéfique. Il s’agit de circonscrire la sorcellerie, de la
cantonner à des espaces qui se réduisent peu à peu. Car rien ne sert de la nier ; elle est
vécue comme une évidence.

Bulletin Amades, 62 | 2005

Vous aimerez peut-être aussi