Finances Publiques (ASSAINISSEMENT DES FINANCES PUBLIQUES)
Introduction :
La normalisation partielle de la situation pandémique a été interrompue par l'invasion de l'Ukraine,
accompagnée de sanctions contre la Russie, plongeant à nouveau le Maroc, ainsi que de nombreux
pays du monde, dans une crise économique et sociale dévastatrice. Ces perturbations entravent les
progrès du Royaume dans la relance économique et représentent un recul après des années d'efforts
de lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité.
La crise sanitaire persistante a mis à l'épreuve les gouvernements du monde entier et, par
conséquent, les finances publiques des États, y compris celles du Maroc. De nouveaux défis se sont
ainsi ajoutés aux nombreux défis déjà existants, exacerbant les difficultés à surmonter. Parmi ceux-ci
figurent les défis liés à la data, à l'intelligence artificielle, à la globalisation et à l'économie de
services, en plus des enjeux traditionnels tels que la croissance économique, les changements
climatiques et les migrations.
Dans ce contexte, l'équation budgétaire représente un défi majeur pour les pays développés et en
développement. L'élaboration de budgets équilibrés est devenue de plus en plus rare, en raison de la
contraction des marges de manœuvre fiscales et de l'augmentation des besoins sociaux. Le Maroc,
confronté à cette réalité, a enregistré seulement deux exercices budgétaires excédentaires depuis
2007. L'impact de la Covid-19 a encore fragilisé les finances publiques, entraînant un recours massif à
l'endettement, parfois inefficace pour stimuler la croissance.
Face à ce constat, cette dissertation s'articulera autour de la problématique suivante : quel constat
peut-on dresser pour la situation actuelle des finances publiques au Maroc, et quelles mesures
peuvent être prises pour maintenir l'équilibre budgétaire dans ce contexte de crise économique et
sociale ?
Pour ce faire , un plan sera répartis en deux parties , une première afin de jeter la lumière sur l’état
des lieux des finances publiques au Maroc , et une seconde afin de mettre l’accent sur les mesures
nécessaires afin de maintenir l’équilibre budgétaire
Partie I : Diagnostic des finances publiques au Maroc : Causes du creusement du budget
Le ralentissement du commerce mondial, conjugué à la crise sanitaire et au conflit russo-ukrainien, a
entraîné d'importants déséquilibres budgétaires pour de nombreux pays, y compris le Maroc. Cette
situation est aggravée par les lacunes dans la collecte des recettes fiscales et l'inefficacité des
dépenses publiques. Par exemple, les soldes budgétaires du Maroc se sont détériorés depuis 2009,
suscitant des inquiétudes quant à la soutenabilité des finances publiques.
Le défi pour le Royaume est de mobiliser suffisamment de ressources pour financer ses nombreux
chantiers sociaux malgré les contraintes budgétaires. L'écart entre les recettes et les dépenses
ordinaires est passé de 1,2% du PIB en 2008 à plus de 8% du PIB en 2020. Les besoins de financement
liés au nouveau modèle de développement devront atteindre jusqu'à 10% du PIB à terme, imposant
une pression supplémentaire sur le budget de l'État.
En parallèle, les dépenses liées à la caisse de compensation continuent d'augmenter au détriment
des investissements, nécessitant une réforme urgente. Le chantier de généralisation de la protection
sociale, ainsi que les réformes dans les domaines de la santé et de l'éducation, nécessiteront des
investissements importants. De plus, les charges supplémentaires, notamment pour la reconstruction
des zones dévastées par le séisme de septembre 2023, mettent à rude épreuve les finances
publiques.
Face à cette situation, le Maroc doit prendre des mesures adaptées pour assainir ses finances
publiques tout en répondant aux besoins sociaux urgents.
Partie II : Assainissement des finances publiques au Maroc : Efforts déployés
Face aux défis rencontrés par les finances publiques et à la nécessité de financer les projets de
développement, le gouvernement marocain s'est engagé à maintenir et pérenniser l'équilibre
financier. Pour ce faire, des réformes essentielles ont été entreprises, visant à dégager des marges
financières et à répondre aux aspirations du peuple marocain.
La réforme de la loi organique relative à la loi de finances figure parmi les mesures prioritaires pour
renforcer l'équilibre et la durabilité des finances publiques. Cette réforme comprend l'adoption d'une
nouvelle règle budgétaire visant à maîtriser l'endettement et la programmation budgétaire
pluriannuelle. De plus, l'extension du champ d'application de cette loi pour inclure les établissements
publics bénéficiant de ressources affectées ou de subventions de l'État est envisagée.
Concernant la fiscalité, le gouvernement a entrepris la mise en œuvre effective de la loi-cadre 69-19
portant réforme fiscale, avec pour objectif de rétablir la justice fiscale et de mettre en place un
système fiscal stable, simplifié et transparent. Les prévisions indiquent une croissance des recettes
fiscales, notamment grâce à l'augmentation attendue de la collecte de l'impôt sur les sociétés (IS) et
de l'impôt sur le revenu (IR), ainsi que des impôts indirects tels que la TVA et la TIC.
La réforme de la caisse de compensation s'avère également cruciale, avec l'adoption de mesures
telles que la mise en place d'un système de ciblage direct pour transférer les subventions aux
ménages les plus vulnérables. La décompensation progressive du gaz butane en est un exemple
concret.
Par ailleurs, le renforcement de l'investissement privé et l'amélioration de l'environnement des
affaires sont des leviers majeurs pour assainir les finances publiques. Le gouvernement a pris des
mesures telles que la promulgation d'une nouvelle charte d'investissement, la réforme des centres
régionaux d'investissement et la simplification des procédures pour stimuler l'appétit des
investisseurs.
En parallèle, le gouvernement envisage de développer des financements innovants, notamment la
cession-bail de bâtiments publics à des investisseurs institutionnels, afin de générer des revenus
supplémentaires. La rationalisation de la gestion du portefeuille public est également prévue,
conformément à la loi-cadre relative à la réforme des établissements et entreprises publics.
Dans cette dynamique, le gouvernement s'engage à réduire progressivement le déficit budgétaire au
cours des prochaines années, passant de 4% en 2024 à 3% en 2026, afin de restaurer les marges
financières nécessaires à la poursuite des projets de développement du pays.
Conclusion :
La réforme des finances publiques au cours de la dernière décennie a été significative. Cependant, les
efforts du gouvernement pour soutenir le budget de l'État sont confrontés à divers risques ayant un
impact considérable sur le déficit et l'endettement. Le royaume doit accorder une attention
particulière à ces défis dans les lois de finances à venir. Il est impératif que le gouvernement établisse
une feuille de route pour les 10 prochaines années, incluant non seulement le soutien aux projets de
développement socio-économique, mais également une réforme périodique du cadre réglementaire
des finances publiques. Nous pourrions prendre exemple sur l'approche adoptée par le
gouvernement norvégien, qui organise chaque automne une conférence sur la stratégie budgétaire
pour discuter des perspectives économiques à moyen terme. En s'inspirant de cette démarche, le
Maroc pourrait mieux cerner ses priorités et directives pour le processus budgétaire à venir, en
intégrant notamment les recommandations issues des revues des dépenses précédentes. Une telle
flexibilité pourrait contribuer à améliorer la situation des finances publiques du Maroc et à les
maintenir sur la voie de la stabilité