CHAPITRE 2
TRACTION/COMPRESSION SIMPLE
1. Généralités
2. Caractéristiques mécaniques d'un matériau
3. La traction/compression
3.1. Définition
3.2. Relation contrainte - effort normal
3.3. Analyse de la déformation
3.4. Loi de Hooke « Robert Hooke 1635-1703 »
3.5. Expression de la déformation élastique
4. Dimensionnement d'une poutre en traction
4.1. Concentrations de contraintes
4.2. Concentrations de contraintes
5. Exemples
OBJECTIFS
Connaître les définitions des contraintes et des déformations et comprendre la
représentation des contraintes et des déformations.
Connaître les lois de comportement des matériaux de construction utilisés en
génie civil.
Savoir utiliser les propriétés mécaniques du comportement linéaire élastique des
matériaux : o , 0 , E , , G .
Comprendre et savoir utiliser la loi de Hooke généralisée pour déterminer des
variations de dimensions dans des éléments.
Comprendre et savoir utiliser les notions de facteur de sécurité et de contrainte
admissible.
1. Généralités
Une poutre est sollicitée à la traction si le système des forces extérieures crée des forces de
cohésion représentables par un torseur dont le seul élément de réduction au centre de gravité
de chaque section est l’effort normal N .
L’essai de traction est réalisé sur une éprouvette usinée généralement cylindrique de
dimensions normalisées (AFNOR, Association Française de normalisation ; ISO, International
Standardisation Organisation ; ASTM, American Society for Testing and Materials). Cet essai
permet de déterminer les caractéristiques mécaniques courantes des matériaux.
Le chargement provoque l’allongement de la poutre suivant la direction de (G , x ) .
Fig. 2. 1
𝑳𝟎 Est la longueur utile de l’éprouvette. La section de l’éprouvette 𝑺𝟎 obéit à la relation𝑳𝟎 =
𝑲 𝑺𝟎 .
La valeur de K est différente pour chaque matériau. Par exemple K = 5,65 pour les aciers
(Norme NF A 03151).
La longueur calibrée, 𝑳𝒄 = 𝑳𝟎 + 𝟐𝒅.
L’effort exercé sur les têtes d’amarrage croit progressivement et conduit à la rupture de
l’éprouvette. La machine enregistre un diagramme donnant la déformation de l’éprouvette en
fonction de la charge :
Fig. 2. 2
Analyse de la courbe obtenue
Zone OA : c'est la zone des déformations élastiques. Si l'on réduit la valeur de F jusqu'à une
valeur nulle, l'éprouvette retrouve sa longueur initiale. Dans cette zone, l'allongement est
proportionnel à l'effort d'extension.
Des essais effectués avec des éprouvettes de dimensions différentes permettent de constater
L F
que pour un même matériau, l'allongement unitaire L est proportionnel à l'effort unitaire S
Les sections droites et planes de l'éprouvette restent droites et planes pendant l'essai.
Zone ABCD : c'est la zone des déformations permanentes. Si l'on réduit la valeur de F jusqu'à
une valeur nulle, l'éprouvette ne retrouve pas sa longueur initiale.
On ne s'intéressera (pour l’instant) qu'à la zone des déformations élastiques.
2. Caractéristiques mécaniques d'un matériau
Contrainte limite élastique en extension e
C'est la valeur limite de la contrainte dans le domaine élastique, appelée aussi limite
d'élasticité Re. Pour l'acier, cette valeur est voisine de 300 MPa.
Contrainte en extension m
La contrainte appliquée participe à augmenter la déformation plastique, jusqu'à une
valeur maximale m dite contrainte maximale avant rupture, appelée aussi la
contrainte ultime correspond à la striction de l’éprouvette étudié Rm. Pour l'acier,
cette valeur est voisine de 480 MPa.
Contrainte en extension r
La déformation conduit progressivement à rupture pour un allongement maximum
en D. On parle de contrainte à la rupture Rr.
Coefficient de Poisson
Dans le domaine OA aussi on observe également une diminution du diamètre d de
l'éprouvette, ou striction. Cette diminution est caractérisée par une relation de
proportionnalité :
d L
d L
Le coefficient de proportionnalité est appelé coefficient de Poisson (Siméon
Denis Poisson 1781-1840) et est sans dimension. Le signe moins dans cette
équation rend compte de la diminution de diamètre lorsque la contrainte augmente.
Module de Young E
On peut définir alors un module d'élasticité où bien un module de Young E, lui
aussi dépendant du matériau (E vaut typiquement 210 GPa pour les aciers).
F l
E Avec l 0
S l
Allongement A%
L L0
A% * 100
L0
Avec :
L0 : longueur initiale de l'éprouvette.
L : longueur de l'éprouvette à sa rupture.
Pour l'acier, on constate des valeurs de A% voisines de 20%.
3. La traction/compression
On dit qu'une pièce travaille en traction ou en compression simple quand elle est seulement
soumise à deux forces extérieures égales et opposées, appliquées en ses extrémités.
Exemple : pilier d'un bâtiment
Si on isole un des piliers du Palais Bourbon représenté ci-contre (Fig.2. 3), celui-ci est
sollicité en compression. Si on suppose le pilier d'axe x alors au sein de celui-ci le vecteur
contrainte s'écrit :
𝑇⃗(M,𝑥⃗) = 𝜎. 𝑥⃗
Fig.2. 3
3.1. Définition
Une poutre droite d'axe x est en traction/compression au point G(x) si son torseur de cohésion
exprimé au point G est égal à :
N 0
(coh) G ( x ) 0 0
0 0
G( x)
N est appelé effort normal ;
Si N est positif alors on parle de contrainte de traction ;
Si N est négatif alors on parle de contrainte de compression.
3.2. Relation contrainte - Effort normal
Fig.2. 4 : Répartition des contraintes en traction
N Mt T (M, x ) d S
( coh ) G ( x ) Ty M fy
T M fz GM T (M, x ) d S
G (x)
z G (x)
Or 𝑇⃗(M,𝑥⃗) = 𝜎. 𝑥⃗ Avec : 𝜎 : Cst
Donc : T(M,x) dS x dS
N
En projetant sur x :
S
Avec :
: Contrainte normale de traction (en MPa).
N : Effort normal (en N).
S : Aire de la section droite de la pièce (en mm2).
3.3. Analyse de la déformation
Considérons une poutre droite d'axe x :
Le mouvement d'une section droite est une translation suivant la ligne moyenne (axe x), ce
qui permet de déduire que : 0 et U G u x x
En traction/compression, le torseur des petits déplacements d'une section droite s'écrit donc :
0
U S / R
U P u x x
P s
A partir de ce torseur, on peut donner la forme du torseur des petites déformations :
0
( x )
P x x
P s
3.4. Loi de Hooke « Robert Hooke 1635-1703 »
L'essai de traction consiste à soumettre une éprouvette normalisée à un effort de traction
progressivement croissant, jusqu'à la rupture de l'éprouvette. La machine mesure les efforts
appliqués et les déformations de l'éprouvette. Les courbes ci-dessus (Fig. 2. 2) représentent le
résultat d'un essai de traction sur une éprouvette en acier courant.
Dans le domaine élastique, on constate que l'allongement unitaire est proportionnel à la
contrainte.
Cette relation de proportionnalité est illustrée par la loi de Hooke :
l
E E.
l
N F l
Nous avons déjà vu que et que E , on peut en déduire que :
S S l
Avec :
N
: Contrainte normale de traction (en MPa).
S
E : Module d'élasticité longitudinal du matériau en N/mm2 ou MPa. On l'appelle aussi
Module d'Young (Thomas Young 1773-1829). Correspond à la pente de la droite du
domaine
élastique de l'essai de traction.
x : Allongement unitaire suivant la ligne moyenne.
Le tableau montre le module d'Young de différents matériaux :
Matériau Fontes Aciers Cuivre Aluminium Tungstène
E (MPa) 60000à160000 200000 120000 70000 400000
Table.2.1 : Quelques valeurs de E
3.5. Expression de la déformation élastique
Lors de cet essai, on met aussi en évidence une autre caractéristique de l’élasticité ; il existe
d
un rapport constant entre la contraction relative transversale et l'allongement relatif
d
L0
l
longitudinal Sur une longueur L, la déformation totale est : L x d x
l 0
Si = cste, alors " x = cste
(loi de Hooke), d'où : L x L0
L
On a alors, dans la plupart des cas (quand = cste) : X avec L0 longueur initiale de
L0
la poutre.
N
Ainsi, en réutilisant , on peut déduire la relation liant l'effort normal à la déformation de
S
N L
la poutre selon l'axe x : x
ES L0
En mettant cette dernière relation sous la forme N kt * L, on peut assimiler la poutre à un
ressort de raideur kt tel que :
ES
kt
L0
4. Dimensionnement d'une poutre en traction
4.1. Critère en contrainte
Pour qu'une pièce résiste aux efforts de traction sans subir de déformation permanente il faut
que la contrainte interne ne dépasse pas la limite élastique Re du matériau.
Pour des raisons de sécurité et compte tenu des hypothèses simplificatrices faites avec les
modélisations, la contrainte normale doit rester inférieure à une valeur limite appelée
limite pratique à l'extension Rpe (aussi notée pe ). Cette limite pratique prend en compte, pour
des raisons de sécurité bien compréhensibles, différents aléas inhérents aux matériaux et
sollicitations appliquées, via un coefficient de sécurité s :
Re N
R pe Soit R pe
s S
Avec :
s : Coefficient de sécurité (souvent compris entre 2 et 10, selon le contexte). Ce coefficient s
traduit les incertitudes et le type de construction réalisée.
Re : Résistance élastique du matériau (en MPa).
Rpe : Résistance pratique à l'extension (en MPa).
4.2. Concentrations de contraintes
Lorsqu'une poutre possède une discontinuité (de géométrie ou liée un défaut du matériau,
comme la présence dans la Fig. 2. 5, par exemple), il se produit un phénomène de «
concentration de contraintes k ». Au voisinage de la discontinuité, la contrainte maximale
est grande devant la contrainte nominale calculée avec les outils de la RDM, et la condition de
résistance devient :
Max R pe Avec Max k Nom
Max
Alors on définit le coefficient de concentration de contraintes la valeur k
Nom
Nom Est la contrainte nominale calculée avec les outils de la RDM dans la section la plus
sollicitée,
Max Est la contrainte maximale au sein de la discontinuité.
Fig. 2. 5 : Cartographie de répartitions de contraintes autour d'une fissure et autour d'une dent
d'engrenage. Les contraintes sont représentées croissantes du bleu vers le rouge.