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Éducation pour la santé au Congo

Le Congo a adopté la stratégie de soins de santé primaires, intégrant l'éducation pour la santé comme élément central du système de santé nationale. L'éducation pour la santé vise à développer des habitudes saines et à modifier les comportements, tout en assurant une couverture sanitaire adéquate. Le document souligne l'importance de la coopération entre différents secteurs pour améliorer la santé et le développement économique, en tenant compte des spécificités des milieux urbains et ruraux.

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Éducation pour la santé au Congo

Le Congo a adopté la stratégie de soins de santé primaires, intégrant l'éducation pour la santé comme élément central du système de santé nationale. L'éducation pour la santé vise à développer des habitudes saines et à modifier les comportements, tout en assurant une couverture sanitaire adéquate. Le document souligne l'importance de la coopération entre différents secteurs pour améliorer la santé et le développement économique, en tenant compte des spécificités des milieux urbains et ruraux.

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CHAP I : INTRODUCTION

Par son adhésion à la charte africaine pour le développement sanitaire en


Afrique, le Congo a fait sienne la stratégie de soins de santé primaires (SSP) telle qu'énoncé
dans la déclaration d'ALMA - ATA (KAZAKHISTAN) en 1978. Ceux-ci (SSP) font partie
intégrante à la fois du système de santé nationale dont ils sont la cheville ouvrière et le
point focal du développement économique et social du pays. L’éducation pour la santé
apparaît dans cette optique comme étant la première composante de soins de santé
Primaires. .
Pourquoi cette place de choix pour l'éducation sanitaire dans le système de santé nationale?

1.1. But de l'éducation pour la santé

L'éducation pour la santé ne représente pas un nouveau secteur de l'action


médicale prenant une position marginale dans le système de santé national. Elle est un
élément de tous les programmes sanitaires qui trouve bien sa place aussi bien en médecine
curative que dans les services de prévention. .
En effet, à quoi bon délivrer les enfants de leur ankylostome si dès leur retour
du CS, ils doivent retrouver les conditions inchangées d'infestation aux ankylostomes? A
quoi bon traiter les Maladies sexuellement transmissibles (MST) si à la sortie du CS., les
mêmes pratiques annulent sans tarder les meilleures actions thérapeutiques?
Il conviendrait d'accepter que même les cliniciens purs et durs (c'est-à-dire, les moins portés
à l'utilité de l'éducation pour la santé) sont obligés d'admettre que leurs actions les plus
valables effectives au sein de.1'hôpital ne peuvent avoir un intérêt social que si elles
s'appuient sur une transformation de l'environnement. .

De ce qui précède, nous pouvons conclure que 1'e but de l'éducation pour la
santé est d'encourager le développement d’habitudes saines à l'échelle individuelle et
communautaire. Elle ne vise donc pas d'augmenter les connaissances sanitaires ou
médicales mais plutôt à promouvoir les activités incitant les gens (individus et
communautés) à vouloir être en bonne santé, à savoir comment le rester, à faire ce qu'ils
peuvent individuellement ou collectivement pour conserver la santé et à rechercher une aide
en cas de besoin.

L'éducation pour la santé est donc une discipline et un service répondant à


des règles et exigences qui lui sont propres, ayant un contenu bien déterminé et des moyens
bien définis. Elle poursuit pour ce faire 3 sortes d'objectifs:

a. Informer
Chacun se représente la santé et la maladie selon les croyances de son milieu et l'instruction
qu'il a pu recevoir. Mieux les individus seront informés, mieux ils accepteront les conseils
du personnel sanitaire. Cette information objective et complète est d'autant plus nécessaire
que la population est plus instruite plus apte à comprendre et à discuter les pratiques qu'on
lui recommande.
b. Modifier les comportements
L'information manque son but si elle n'est pas suivi de changement dans les comportements
de la vie quotidienne.
Pour être efficace, il faut rechercher les motivations profondes qui font agir les
individus et les communautés et les moyens par lesquels il est possible de les modifier.

1
c. Assurer une couverture sanitaire suffisante

L'information et la création des motivations nouvelles n'auront d'effets durables que si la


population utilise les services de santé mis à sa disposition. L'EDS concerne donc aussi les
responsables gouvernementaux. Elle doit les convaincre d'assurer une couverture sanitaire
aussi complète que possible de la population. C'est un préalable nécessaire à tout
développement économique et social.

1.2. Débat autour de la cible

.Il existe une grande polémique autour de la cible, pour une action d'éducation pour la santé
efficace parmi les professionnels de la santé. Certains voudraient mettre l'accent sur le
milieu de vie (milieu rural versus milieu urbain) d'autres par contre mettent l'accent sur la
catégorie d'âge (adulte versus enfant) et d'autres mêmes s'intéressent surtout aux thèmes.
Mais au delà de cette guerre d'approches,il conviendrait de dire que chacune d'elles présente
ses avantages et ses inconvénients qui militent en sa faveur ou en son défaveur.

1.2.1. Milieu rural versus milieu urbain

1. Argumentation en faveur du milieu rural

Certains professionnels de santé publique insistent beaucoup sur le fait que


la plupart des urgences de santé publique sévissent en milieu rural. C'est aussi dans ce
milieu que l'ignorance en général sévit avec le plus d’acuité. C'est donc dans les Campagnes
que doit être mené prioritairement et avec dynamisme une action sanitaire éducative.

Le milieu rural présente quelques éléments défavorables pour une éducation


sanitaire effective:
- Les conditions de vie économiques et matérielles difficiles en milieu
rural. Les conditions de vie difficiles dans les milieux ruraux sont
dans beaucoup de cas dues au premier chef à la rareté de l'eau ou
ailleurs à la difficulté d’avoir de l'eau non souillée et bien entendu
les malnutritions imposées par l'absence d'une variété suffisante
d'aliments (cultures) et/ou de l'absence de la viande.
- La précarité de l'habitat, avec en plus les 'impératifs d'une adaptation
de l'habitat au climat, impératifs qui ne coïncident pas forcément
avec les exigences de l'hygiène.
- Difficultés qu'éprouvent les villageois à prévoir le moyen d'évacuer
les matières usées ou d'avoir des installations pour la déjection
permettant d'éviter la contamination de l'eau.
- Les préjugés et/ou les superstitions dans les villages
- Le mépris de la contagion dans les zones rurales en vertu des notions
particulières que les gens peuvent se faire de la maladie.
- Méfiance vis-à-vis de toute mesure nouvelle qui peut leur être
proposée.
Cependant, il existe des éléments favorables à l'éducation pour la santé en milieu rural:
- A l'inverse de ce qui se passe en ville, les villageois ont au moins un vif désir d'être
informé, de savoir et d'apprendre.
- Les ruraux se groupent facilement en communauté pour toute sorte d’activité. On
peut utiliser leur esprit communautaire à des fins d'éducation -sanitaire.
2
- Les ruraux sont très sensibles: dès l'instant où l'on propose à des villageois
d'améliorer leur vie, de vivre mieux en évitant toutes les misères dont ils étaient
affligés autrefois, immédiatement on trouve une oreille attentive.
2. Argumentation en faveur du milieu urbain

Il existe des éléments favorables pour une éducation pour la santé dans le milieu urbain:
- Existence de toute catégorie sociale évoluée qui est capable de donner
l'exemple et d'entraîner la masse.
- Concentration médicale qui permet aux citadins de faire soigner et en même
temps de recevoir les conseils.
- Masse de population urbaine qui a un niveau de vie suffisamment élevé
pour être en mesure d'appliquer sans difficultés les conseils d'éducation
sanitaire qui peuvent lui être donnés.
- La scolarisation des villes existe la plupart du temps à ±100% c.à.d. que la
totalité des enfants peut bénéficier de l'éducation sanitaire donnée dans les
écoles. Mais dans les villes existent aussi des éléments négatifs qui
mériteraient des actions sanitaires éducatives.
- la naissance et le développement anarchique des banlieues urbaines dans
lesquels les gens venant des compagnes s'entassent au petit bonheur dans les
villes avant même qu'on ait eu le temps de réaliser un travail de voirie ou
d'assainissement. Ici dans les villes existe des taudis dans lesquels les gens
sont entassés et vivent au milieu d'une effroyable promiscuité. Là-bien
entendu, il est beaucoup moins question d'éducation sanitaire que
d’aménagement et d'assainissement, l'éducation venant en second lieu.
- Il n'est pas facile d'y réaliser les adductions d'eau nécessaire et les services
de nettoyage sont généralement débordés.
- Les bidonvilles sont peuplés d'une population jeune qui s'est réfugiée dans
l'anonymat de la ville pour échapper à la contrainte des villages ou à la
monotonie de la vie paysanne. Les jeunes vivent en marge des toutes les
règles sociales sans être soutenus par aucun cadre. Ils constituent ainsi un
bouillon de culture propice à toute sorte de maladies, notamment les MST, la
TBC et même les psychonévroses.

1.2.2. Adultes versus enfants (communauté versus école)

Certains professionnels de l'éducation pour la santé conseillent de tout sacrifier à l'enfant et


tout subordonner à l'école:
a. Argumentation
Les adultes, analphabètes sont déjà enkystés dans un comportement
sanitaire, nutritionnel et social impossible à faire éclater. Quant aux vieillards, mieux vaut
ne point en parler.
Ces professionnels insistent sur le fait qu'un programme d'éducation pour la santé dans les
écoles pourrait consister à informer les écoliers sur les pratiques sanitaires et qu'au retour
ceux-ci pourraient transmettre les informations une fois rentrées à la maison. Ainsi, ils
considèrent qu'en demandant aux enfants de découvrir ce que leurs parents pensent des
pratiques pour garder une bonne santé de ce qu'ils font réellement pourrait susciter une
discussion qui amènerait un changement dans leurs familles.

3
b. Contre argumentation

La génération nouvelle demeure à la merci des anciens. Comment espérer


que les leçons quotidiennes données à l'école ou dans les associations de jeunesse
aboutissent à un comportement idéal lorsqu'il s'agit d'enfants qui tous les soirs sont
replongés dans un milieu familial ou social attardé? Si chaque soir leurs familles et leurs
villages leurs imposent la négation des principes qu'ils ont ramenés de leur école ou de leur
groupe, que restera-t-il de ces principes?
Il en serait autrement si la famille et le milieu, mieux éclairés pouvaient les
illustrer et les renforcer. C’est pourquoi, il est si important de considérer les adultes à leur
tour comme objet de l'éducation pour la santé autant pour leur promotion personnelle que
comme artisans irremplaçables de la formation des enfants.

En conclusion, il s'avère nécessaire d'utiliser les différents réseaux existants


dans la communauté: le réseau coutumier, le réseau religieux, le réseau moderne càd autant
d'acteurs permanents de l'éducation sanitaire: le notable influent, chefs de familles,
l'instituteur, le pasteur, prêtre, marabout, militant du parti, l'infirmier, le moniteur agricole,
le fonctionnaire de l'Etat..
Ce qui soulève la nécessité d'utiliser d'autres services de développement en faveur de
l'éducation pour la santé.

1.3. EDUCATION POUR LA SANTE ET DEVELOPPEMENT

L'éducation sanitaire est avant tout une aventure médicale, mais il faut une
coopération avec d'autres ministères: Education nationale, Agriculture et développement
rural, économie, information...
C'est un fait que l'éducation sanitaire peut rendre un service éminent à l'économie en
éliminant les facteurs d'absentéisme au travail ou d'inactivité. En retour, elle peut trouver
dans les efforts du développement un véhicule tout indiqué. Elle peut participer à la
dynamique de celui-ci tout en le soutenant.

1.3.1. En rapport avec l'Agriculture

Certaines méthodes de production agricole peu sûres et trop intensives


entraînent certains problèmes comme la contamination des aliments et la pollution de l'eau.
Le manque de discernement dans l'utilisation des produits chimiques agricoles (pesticides,
herbicides, fongicides) ont parfois une action résiduelle à long terme et peuvent contaminer
les fourrages et les denrées alimentaires.
L'utilisation excessive ou inappropriée d'engrais minéraux, notamment les
sels de nitrate et de phosphate contamine les eaux souterraines les rivières et les lacs, détruit
l'équilibre délicat de l'écosystème et aboutit à la formation de composés dangereux pour la
santé.
L'Education pour la santé devrait collaborer étroitement avec les services
agricoles pour déterminer l'action de l'agriculture sur la santé des individus et des
collectivités.
Apprendre aux gens à mieux manger n'est pas déjà une tâche élémentaire d'éducation pour
la santé. A travers les efforts accomplis pour susciter la diversification des cultures vivrières
comme pour améliorer le menu quotidien, tous les grands principes de santé peuvent
rencontrer une illustration concrète.
1.3.2. En rapport avec l'aménagement, urbanisme et habitat

4
L'urbanisation croissante, notamment lorsque les ressources financières sont
très insuffisantes, entraîne de nombreux risques pour la santé, par la prolifération des
déchets domestiques et produits industriels toxiques.
Lorsque l'on dispose des ressources financières suffisantes, on peut concevoir des bâtiments
et installations qui réduisent certains risques et en particulier les risques des maladies
transmissibles par les aliments, l'eau et les matières fécales.
Dans les zones rurales, l'environnement favorise la prolifération de
nombreux agents pathogènes biologiques comme ceux responsables de diverses formes de
diarrhées, d'infections respiratoires, du paludisme, vers intestinaux, schistosomiases qui
pouvaient être prévenu par un aménagement et assainissement du milieu.
L'urbanisation peut avoir d'autres effets négatifs sur la santé par exemple, la croissance
rapide de la population urbaine s'accompagne souvent de logements de fortune, des
problèmes d'approvisionnement en eau et de l'accumulation de déchets et d'excréments
humains qui rendent l'environnement malsain.
Le rôle de l’éducation pour la santé serait donc de sensibiliser les
particuliers, les organisations et le gouvernement à leur rôle et à leurs responsabilités en
matière de santé. Le pays devrait donc se doter d'une législation en matière de santé pour
surveiller tous les aspects écologiques de la santé et prévoir des mécanismes pour en assurer
l'application et le respect.

1.3.3. En rapport avec l'environnement

La santé humaine dépend en dernier ressort de la capacité de la société à


gérer l'interaction entre les activités humaines et l'environnement physique et biologique
d'une manière qui préserve et améliore la santé, mais sans menacer l'intégrité des systèmes
naturels dont dépendent l’environnement physique et biologique.
L'environnement physique exerce une int1uence capitale sur la santé
humaine, non seulement par l'intermédiaire du sol, de l'eau, de l'air, du climat mais aussi
parce qu'il détermine le type et la distribution de la flore et faune (qui est l' environnement
biologique).
L'environnement biologique exerce quant à lui une influence majeure sur les réservoirs et
mécanismes de transmission de nombreuses maladies.
Les facteurs écologiques qui nuisent à la santé sont :
 Les agents biologiques nocifs: virus, bactéries, moisissures, parasites et leurs
vecteurs et réservoirs.
 Les agents physiques et chimique présent dans l'environnement qui sont
indépendant des activités humaines et qui peuvent nuire à la santé, soit par leur
présence (radio nucléides naturels, lumière ultraviolette par exemple) soit par leur
absence relative (iode, sélénium par exemple).
 Agents physiques et chimiques nuisibles introduits dans l'environnement par
l'activité humaine (oxyde de carbone, hydrocarbures aromatiques polycycliques,
particules dues à la combustion des combustibles fossiles, déchets industriels
gazeux, liquides et solides, déchets radioactifs, etc.
Les effets de ces agents peuvent être amplifiés ou réduit par l'action ou
l'intervention humaine. Ce qui exige une nette collaboration entre les services de la santé
publique, notamment l'éducation pour la santé et les services de l'environnement.
1.3.4. En rapport avec l'éducation

S'il est vrai que l'analphabétisme représente un obstacle majeur à toute


éducation, la santé peut elle aussi trouver son compte dans les plans d'alphabétisation. Dans
5
ce domaine, une conjonction étroite entre la santé et l'éducation nationale peut être
favorable autant à l'une qu'à l'autre: l'alphabétisation trouvera un point d'appui précieux
dans la motivation puissante des apprenants (enfants ou adultes) à l'égard des problèmes de
santé.
Ceux-ci peuvent donc fournir un aliment très goûté aux premières leçons de
lecture comme aux premiers exercices d'écriture voir de calcul.
Inversement la santé peut orienter les programmes vers une amélioration' des modes de vie,
une reforme de l'habitat, voire même une revalorisation des écoles elles-mêmes dans leurs
structures et leurs activités. L'éducation pour la santé devrait s'insérer dans les structures de
l'éducation qui organisent des séminaires, des sessions, des visites et voire même des
démonstrations. Sans dépenses particulières, l’éducation sanitaire peut s' y intégrer et se
faire accepter de l'intérieur.

Nous relèverons ici cependant la nécessité d'une coordination en éducation


pour la santé. En effet, l'efficacité de l'éducation sanitaire risque d'être nulle si les 'acteurs
de cette éducation travaillent isolement, sans lien entre eux, sans directives, et sans thèmes
éducatifs. Plus les activités sont réparties et diluées, et plus elles ont besoins d'être soumises
à une direction et à un programme.

Chaque pays devrait donc posséder un centre ou un Institut National


d'Education pour la Santé, d'où peuvent partir, avec les moyens et le matériel, les
instructions et les mots d'ordre. Comment un tel centre (service) devrait-il être organisé?

CHAP II: ORGANISATION D'UN SERVICE / CENTRE NATIONAL


D'EDUCATION SANITAIRE
Dans ce chapitre, nous nous bornerons sur certains principes qui seraient à la
base d'une organisation d'un service national d'éducation pour la santé, tout en signifiant
que cette organisation dépendra de la vision de chaque pays sur l'importance de l’éducation
sanitaire ainsi que les moyens / ressources qu'elle se propose d' y mettre. .
Nous retiendrons cependant 6 principes de base qui devraient servir comme
lignes directrices quant à la structuration générale d'un service / centre d'éducation pour la
santé.
2.1. FONCTIONS GENERALES D'UN SERVICE D'EDUCATION SANITAIRE
Un service national d'éducation pour la santé devrait remplir les rôles
suivants :
 Conférer au Ministère de la santé Publique la possibilité de définir, en liaison avec
des autres ministères intéressés, les programmes d'éducation pour la santé et d'en
contrôler l'exécution;
 Evaluer, les besoins de la population en matière d'éducation pour la santé inclus
l'éducation nutritionnelle ;
 Participer, avec le concours d’autres services techniques compétents, à la réalisation
des travaux d'éducation pour la santé compris dans les programmes de
développement ;
 Regrouper au sein d'un organisme national, l'ensemble des moyens et des ressources
sous forme juridique et administrative qui permettent la collaboration de toutes les
administrations et collectivités intéressées, y compris le concours des organismes
privés ;
6
 Concevoir et réaliser du matériel d'éducation sanitaire et des moyens
d'enseignement et organiser des démonstrations en vue de l'amélioration des
méthodes.
 Associer l'administration de la santé publique à tous les échelons à la mise en
oeuvre du programme.

2.2. PLACE DE L'EDUCATION POUR LA SANTE DANS LES STRUCTURES


ADMINISTRATIVES NATIONALES
L'éducation pour la santé devrait avoir au sein de la santé publique un rang
qui lui permettra de traiter efficacement et directement avec les autres divisions techniques
qui ont besoin de son concours. S'il demeure enfermé dans les limites étroites d'un simple
bureau, son rayonnement sera compromis. Il faut songer notamment à la nécessité d'une
collaboration permanente avec le ministère de l'Education nationale pour atteindre par elle
une partie la plus perméable de la population et avec le ministère de l'agriculture, non
seulement pour la conduite de l'action nutritionnelle, mais pour le contact avec les milieux
ruraux.
2.3. LES METHODES DE TRAVAIL D'UN SERVICE NATIONAL D'EDUCATION
SANITAIRE
Un service d'éducation pour la santé n'est ni un bureau de propagande ni un
bureau d'enregistrement:
1. Il provoque et anime les études et recherches qui doivent déterminer les besoins de la
population.
2. Il conçoit, élabore et propose les moyens qui doivent être choisis pour répondre à ces
besoins
3. Il organise (coordonne) l'exécution des programmes éducatifs.
4. Il conduit ou suscite les enquêtes visant à apprécier la valeur des méthodes et moyens
mis en œuvre et permettant d'en évaluer l'efficacité.
5. Il prépare le matériel audio-visuel (tracts, affiches, brochures) et assure l'éducation
directe des masses par l'utilisation des moyens à portée nationale: Radio, Télévision,
Film.

2.4. LES MOYENS (RESSOURCES) D'UN SERVICE D'EDUCATION SANITAIRE

Un service d'éducation pour la santé devrait posséder un équipement


minimum pour effectuer des recherches, tout au moins pour les provoquer et en tout cas
pour expérimenter du matériel, le mettre au point, le diffuser. Il doit être à mesure d’
assurer au moins la formation de tous les auxiliaires participant à l'éducation sanitaire que
sont les assistants sociaux, les instituteurs, les spécialistes de l'économie domestique, ou de
l'aménagement des collectivités.
Il devrait assurer un minimum d'entretien (recyclage) ou de
perfectionnement des éducateurs spécialisées. Il doit animer et contrôler des services
provinciaux ou régionaux et leur fournir les moyens. Dans ces conditions le problème des
ressources humaines est primordial pour un service d'éducation sanitaire.
Au niveau National, un service d'éducation sanitaire devrait être composé des effectifs
suivants :
- un médecin spécialisé
- un nutritionniste
7
- un administrateur
- un enseignant
- agronome
- un spécialiste de l'information
- un animateur rural
- un sociologue.
C'est vraiment un état major fantastique qui se réalise parfois avec des difficultés énormes.

2.5. ORGANES DE COORDINATION DE L'EDUCATION SANITAIRE

Il s'impose inévitablement, à l'échelon national comme à l'échelon régional,


la nécessité de conseils consultatifs chargés de proposer des programmes et d'assurer les
articulations nécessaires.
Des comités spécialisés réunissant des représentants de divers départements en même temps
que les personnalités qualifiées privées auront à se prononcer sur les moyens utilisés:
affiches, campagnes. Les ONG privées de caractère national ou corporatif doivent être
associés aux études comme à la mise en oeuvre pour .garantir une harmonisation des effets
en fonction d'un objectif commun.

2.6. LES CANAUX DE L'EDUCATION POUR LA SANTE

Il convient d'assurer un courant permanent d'échanges entre le Bureau


Central d'éducation pour la santé et les points d'appui par niveau provincial et territorial qui
serviraient d'antennes pour atteindre jusqu'au dernier village.
Une fois reconnus tous les canaux par lesquels peuvent valablement passer
la matière et les moyens d'éducation, il faut normaliser leur utilisation et déterminer où et
par qui se feront les articulations nécessaires.
Plusieurs services pourraient servir de canaux pour une éducation sanitaire :
- les services de PMI
- les réseaux d'assistance médicale
- les écoles médico-sanitaires
- les écoles d'éducation générale
- les écoles techniques surtout agricoles
- les bureaux pédagogiques
- les directions départementales d’enseignement, de santé...
- les centres d'animation rurale (foyers...)
- les centres d'alphabétisation
- les coopératives
- les comités et/ou groupement de base
- les cartes de développement communautaire
- les syndicats
- les partis politiques...

Cette liste n'est pas limitative. Elle est simplement destinée à rappeler que faute dé
multiplier les contacts avec la population l'éducation pour la santé ne touchera qu'une
poignée des privilégiés

8
CHAP III : PLANIFICATION DES ACTIVITES D'EDUCATION POUR LA SANTE

1. INTRODUCTION

a. DEFINITION DE LA PLANIFICATION

Planifier, c'est répondre anticipativement à l'attention attirée sur une


situation particulière en prenant à l’avance autant des décisions que possible concernant :
- les objectifs de ce qui est planifié
- l'approche où la stratégie qui sera appliquée pour atteindre les
objectifs.
- les activités (services) nécessaires
- les obstacles qui risquent d'entraver les activités
- les ressources à utiliser
En rassemblant divers éléments relevant de plusieurs auteurs, l’on peut
définir la planification sanitaire comme « un processus continu pour atteindre des objectifs
déterminés selon un ordre de priorité établi, permettant de choisir la ou les solutions
optimales parmi plusieurs alternatives; ces choix prennent en considération le contexte de
contraintes internes et externes, connues actuellement ou prévisibles dans le futur »
Pour définir plus précisément le type des décisions à prendre, il convient au
planificateur de se poser les questions suivantes en tant que principes directeurs à son plan :

- Pourquoi? Le planificateur explique le contexte, le problème à résoudre et les


raisons d'être de la planification (Mettre en évidence le risque et son ampleur). .
- Quoi ? Le planificateur met en évidence ce qu'on compte accomplir en terme
d'objectif principal et des cibles intermédiaires (Mettre en évidence la réduction du
risque envisagée càd les changements attendus sur l'ampleur du problème).
- Comment: Il s'agit bien de faire un choix d'une stratégie en montrant en détail, les
activités nécessaires pour atteindre les objectifs.
- Qui-Quoi? Cette double question se rapporte aux ressources (personnes, matériel,
budget) nécessaires à la réalisation du plan ou des activités,
- Où-Quand? Cette question se rapporte à l'organisation et au déroulement des
activités en mettant en évidence le lieu où se tiendront les activités
(Zone/village/bâtiment) et le programme des étapes des activités du début à la fin.

Comme on peut le constater, en appliquant ces principes directeurs, nous venons de mettre
en évidence les 3 grands domaines de planification impliquant des décisions anticipatives
dans tout plan à savoir :

a. Décisions de planification concernant les objectifs


La décision la plus importante que le plan met en évidence est la mesure
dans laquelle on envisage réduire le problème et le délai fixé pour y parvenir. Mais pour
cela il faut certains préalables:
- cerner d'abord les problèmes à résoudre
- déterminer parmi ces problèmes, ceux qui requièrent une attention
prioritaire
- Identifier les personnes exposées au problème càd celles à qui le problème
fait courir le risque ou qui sont affectées par ce problème
- découvrir où vivent et travaillent ceux qui sont exposés

9
- déterminer la classe sociale à laquelle appartiennent ceux qui sont exposés
au risque (problème)
- identifier l'aire de recrutement où on peut les atteindre.

Ce sont là des préalables sans lesquels le planificateur ne serait capable de se


fixer un objectif, càd de prendre une décision concernant les changements à opérer sur le
risque et le temps nécessaire pour obtenir les changements souhaités.
b. Décisions concernant les activités

La réalisation des activités exige non seulement la disponibilité des moyens,


mais aussi des techniques et méthodes ainsi qu'une panoplie de décisions d'ordre
organisationnel. Ainsi, pour chaque activité envisagée, le planificateur devrait prendre soins
de mettre en évidence les détails suivants:

 Population cible : c'est le groupe visé par l'activité. Par exemple une activité
d'éducation en matière de nutrition infantile peut avoir pour population cible, Id
mères (femmes enceintes et allaitantes).
 Quantité de chaque activité: Par exemple 4 séances d’éducation sanitaire lors de
l’exercice de vaccination par mois.
 Techniques et Méthodes: Ici on spécifie la façon dont l’activité sera accomplie par
rapport au cadre institutionnel
 Organisation et déroulement : les décisions sont prises concernant le moment,
l'ordre, la fréquence, le lieu de l'activité, voire même la répartition des tâches et
responsabilités entre les membres du personnel.

c. Les décisions de planification concernant les ressources

Les ressources peuvent être de plusieurs nature : personnelle, matérielle,et


fournitures diverses, temps, finances, informations sur les techniques et méthodes etc...
La décision de planification concernant les ressources consistera surtout à
décider sur le volume nécessaire de chaque ressource dont on aura besoin pour exécuter les
activités, Ce qui aboutit à évaluer le coût du programme et décider sur le budget. Des
décisions d'ordre logistique aideront à décider d'où viendront les ressources requises pour
exécuter les activités précisées et où elles seront envoyées.
Décider en particulier d'où viendront les fonds, c'est-à-dire des dispositions
financières selon lesquelles diverses sources de fonds, des communautés aux organismes
extérieurs, pourront verser une part variable du budget.

Ainsi,la fonction de planification concerne donc la définition et la quantification des


ressources nécessaires à la mise en œuvre.

2. Le diagnostic communautaire

D'une manière générale, l'éducation sanitaire repose sur les trois grands
fléaux de santé dans les milieux tropicaux et équatoriaux à savoir: les maladies
nutritionnelles, les maladies transmissibles et les maladies parasitaires. La plupart de ces
maladies sont rencontrées surtout chez les groupes vulnérables, particulièrement les enfants
de 0 - 5 ans et les femmes enceintes.
Cependant, certains problèmes sont extérieurs au domaine de la santé mais restent
importante pour la santé étant donné qu'ils affectent celle-ci d'une manière ou d'une autre,

10
Pour ce faire, le diagnostic communautaire devait s'intéresser aux six facteurs qui
influencent la santé d'une communauté: physiques / géographiques, socio-économiques,
sanitaires, politiques, culturels et démographiques).
Ainsi tout programme d'action sanitaire éducative s'enracine dans une
communauté donnée et tient compte de ces facteurs qui entrent en interaction les uns avec
les autres.

a) Les facteurs démographiques

L'action sanitaire à des effets directs sur l'évolution démographique :


- la diminution du taux de mortalité générale et l'augmentation de l'espérance
de vie provoquent un accroissement plus ou moins rapide de la population, Il
en résulte une augmentation des besoins nutritionnels, sanitaires, éducatifs et
sociaux.
- Inversement, la réduction du taux de mortalité infantile amène après une
vingtaine d'années, une diminution parallèle du taux de natalité car les
couples craignent moins de perdre leurs enfants. Ainsi, ,la diminution de la
mortalité infantile est la préalable nécessaire à toute action de planification
familiale.

La planification familiale a pour but non plus d'arrêter toute procréation comme le fait
croire une certaine opinion, mais plutôt l'espacement des naissances pour la meilleure santé
des mères et des enfants.
Les données démographiques qui sont impérativement nécessaires au diagnostic
communautaire sont :

1) La fécondité

Cette donnée est intéressante pour un programme de planification familiale (Naissances


désirables).
Le taux de fécondité d'une population se mesure par le nombre des grossesses par rapport
au nombre des femmes en âge de procréation (14 - 44 ans) exprimé en %.

2) La natalité

Le taux de natalité dans une population se mesure par le nombre des naissances survenues
en une année rapportée à la population totale exprimé habituellement en %.
ex : 200 naissances pour l'année 1999 sur une population de 800 habitants.

T.N. = 200 x 1000 = 25%


8000
3) La mortalité
Le taux de mortalité dans une population donnée se calcule par le nombre de décès
survenus en une année, rapporté à la population totale, exprimé en %0
Avec ces deux données (le taux de mortalité et de natalité) il y a lieu de calculer l'excédent
naturel démographique.

L'importance de recueillir toutes ces données est de permettre au planificateur sanitaire de


connaître les besoins sanitaires de la population selon différents âges (enfants, jeunes,
adultes et les personnes âgées) et le sexe (homme, femme). Elles permettent en plus au
planificateur de fixer les objectifs et les cibles d'une manière réaliste.
11
En principe toutes ces données devraient être obtenues dans des dossiers et rapports
officiels.
Si non, le planificateur devrait mener sa propre enquête démographique.

b) Facteurs sanitaires

Les facteurs sanitaires sont liés (interaction) aux facteurs démographiques qui doivent d’
abord être maîtrisés. .
Ils portent sur la petite enfance, la morbidité et la mortalité.
 Données sur la petite enfance
- La natalité: suivi des grossesses pour détecter les avortements et les mort-
nés.
- Le poids à la naissance: Il y a alarme si le pourcentage des enfants à faible
poids à la naissance (inférieur à 2500 g) par rapport à l'ensemble des
naissances. Cela traduit un signe de détérioration de la nutrition des femmes
enceintes et par là de toute la communauté en général. Le poids moyen à la
naissance se calcule par la somme des poids de naissance divisée par le
nombre total des nouveaux-nés.
- La durée de l’allaitement maternel et sevrage :Le suivi de cette donnée
peut montrer l'état de santé et de nutrition précaire chez les nourrissons.
- Vaccination
Celles-ci renseignent sur l’état d'immunité des enfants (résistance aux maladies) et donc de
toute la communauté. Les données sur la vaccination renseignent sur la couverture
vaccinale et donc la capacité de résister contre certaines endémies et épidémies.

 Données sur la morbidité et la mortalité

- La morbidité :la morbidité est le nombre des malades et des sujets venus pour la
consultation. On peut relever les motifs de la consultation et d’hospitalisation et
permettre ainsi d’avoir un excellent tableau sur l’état de santé de la communauté.
- la mortalité infantile : c’est le nombre d’enfants nés vivants et décédés avant l’age
de 12 mois exprimé par rapport à 1000 naissances vivantes. Le taux de mortalité
infantile est un indicateur du niveau socio-économique d’un pays ou d’une région.
- la mortalité préscolaire : c’est le nombre d’enfants décédés avant 4 ans révolus
exprimés en ‰.
c) Facteurs physiques et humains
Le milieu physique et humain est le cadre dans lequel la communauté organise sa vie :
1) Sur le plan de l'habitat
- Les villages: orientation, points d'eau, lieux de rencontre, routes, bâtiments
administratifs
- Les concessions: case, cuisines, latrines, douches, puits, greniers, abris pour
bétails, jardin, arbres, tas d'ordures.
- les cases: forme, taille. matériaux des murs, du toit, chambres dépendantes,
éclairage, aération, entretien, hygiène : mouches, termites, rats, cafards,
moustiques
- Conservation des denrées: eau, produits alimentaires
2) Sur le plan de ménage
- composition familiale: famille monoparentale
(veuf, veuve)
12
- Nombre de personnes / ménage
- Intervalle entre les naissances
- la place du chacun dans la famille.
3) Sur le plan géographique
- Situation géographique dans la: région, pays...
- Climat: régime des pluies, ensoleillement, saisons de récolte et
de soudure
- Relief: situation des terres, champs, pâturage, forêts
- Ressources alimentaires: cultures, chasse, pêche, élevage.

Il est mieux d'établir une carte géographique du secteur portant toutes les caractéristiques :
relief, climat, végétation, sources, lacs, barrages, rivières, marigots, villes et villages, voies
de communication, ressources naturelles. . .

d) Facteurs socio-économiques et culturels

Il existe une interaction entre secteur développement et secteur santé. Le développement


agit positivement sur la santé est inversement.

Ex : L'augmentation des revenus que la communauté peut consacrer aux soins, à la


prévention et à l'éducation se traduit par une diminution sensible des journées de transit
perdues et améliore la productivité.
Il faut rechercher les données suivantes :
1) Sur le plan économique
- Les ressources des familles: culture, élevage, prix d'achat et vente des
produits, quantité d'argent disponible.
- L'usage des produits:vente, semences..
- Dépenses effectuées : celles relatives à la maladie
- Système d'épargne et crédit.
2) Sur le plan social
- les personnes influentes: chefs, féticheurs, matrones, et savoir à quelle
occasion on a recours à eux;
- Les relations entre les ethnies (tribus) jeunes et vieux,
- l'opinion des habitants sur leur milieu de vie
- L'organisation administrative, politique, religieuse, professionnelle, loisirs.
3) Sur le plan culturel
- Les tabous, croyances et mentalité sur la santé, la nutrition, le travail,
l’hygiène, l'éducation des enfants
- le degré de scolarisation, différence entre hommes el femmes sur le plan
éducatif

3. Démarche d'une planification d'un programme d'éducation pour la santé

La planification d'un programme d'éducation pour la santé passe par certaines étapes et
exige une certaine participation de la population (communauté concernée). Une éducation
sanitaire dynamique devrait amener les gens à compter autant que possible sur leurs propres
efforts et sur leurs ressources pour satisfaire leurs besoins de santé.

13
Il incombe à l'agent de santé d'encourager, de susciter et de soutenir cette participation de la
communauté. Mais pour cela, il faut d' abord reconnaître ses maux. et en prendre
conscience: c'est la première étape.

Etape 1 : Poser le diagnostic communautaire

L'éducation sanitaire devrait écouter, apprendre et comprendre la communauté dans


laquelle il veut intervenir. Il peut s'informer sur: les ressources de la communauté, vie de
famille, structure sociale et politique, structure démographique, valeur croissances et
coutumes, attitudes face à la santé.

 Ressources de la communauté (Travail et niveau de vie)

Comment les gens gagnent-ils leur vie? Agriculteurs, pêcheurs, éleveurs, ouvrier agricoles,
ouvriers d'usine? Que font-ils de leur temps libre? Travaillent-ils la nuit?
Qui travaille, les hommes ou les femmes, ou les deux? Les enfants travaillent-ils? Combien
vont
à l'école? La communauté est-elle pauvre ou s'appauvrit-elle davantage. Son niveau de vie
est > ou < à la moyenne nationale ? Y a-t-il des marchés bien achalandés, de bonnes
routes? L'eau est-elle salubre? Y a-t-il l'électricité, le téléphone, un service de bus?
Comment vivent les familles? A quoi ressemblent les maisons? Disposent-elles
d'installations sanitaires? Sont-elles infestées.
 Vie de famille
De quel type sont les relations au sein de la famille? Qui prend les décisions? La famille est
elle de type élargie? Combien une famille moyenne a-t-elle d'enfants? Comment sont
soumis et instruits les enfants?
 Structure sociale et politique

Qui sont les chefs de la communauté, comment deviennent-ils responsables, qui prend les
décisions? La structure politique est elle autoritaire? ou démocratique?
Les gens se rencontrent-ils au marché, aux postes d'eau, dans les clubs, les cérémonies
religieuses, chez eux?
 Structure démographique

y a-t-il beaucoup de personnes âgées, combien d'enfants sont sur le point de naître, les
femmes en âge de procréation sont-elles nombreuses, reste-t-il trop peu des jeunes adultes
par ce que la plupart des autres ont quitté le village pour aller travailler en ville?

 Valeurs, croyances et coutumes


Chaque communauté a ses croyances sur la vie, transmises par la tradition et la religion.
Certaines
coutumes dictent aux gens leurs comportements les uns vis-à-vis des autres, ainsi le respect
dû aux aînés et l'obéissance exigée des enfants. Ce sont aussi les coutumes qui décident du
comportement dans le mariage et à la naissance des enfants, ainsi qu'au moment de la mort.
Les valeurs reflètent ce qui importe plus aux gens. Ainsi certains accordent une grande
importance aux vêtements et à l'apparence personnelle, certains à la danse et aux
manifestations sociales, d'autres aux politesses et bonnes manières en société.
 Attitudes face à la santé
Quelles sont les croyances répandues sur les causes de la maladie?

14
Quel traitement utilise-t-on dans la famille? Existe-t-il, des remèdes à base de plantes?
Existe-t-il des guérisseurs traditionnels? Quelles méthodes sont utilisées? Existe-t-il des
croyances spéciales concernant la naissance, l'allaitement au sein et le sevrage? Certains
aliments sont-ils proscrits pendant la grossesse? Certains aliments sont-ils prescrits pendant
la grossesse? Quelle est l'attitude à l'égard de l'espacement des naissances et de la
planification familiale?

Etape II : Choisir les problèmes prioritaires

Après la première étape, le planificateur amène la communauté à reconnaître ses problèmes


de santé et à les ranger par ordre de priorité. Le planificateur parle avec les gens, discute et
décide avec les gens ce qui est prioritaire ou pas. Ces discussions seront officielles ou
informelles :
- discussion informelle avec les gens, au magasin, marchée, dans les familles révéleront ce
qui préoccupe beaucoup plus les gens,
- discussion informelles avec les responsables politiques, les chefs religieux et d'autres
instances gouvernementales donnent d'autres indications.
Après des nombreux entretiens informels, l'agent de santé devrait être en mesure de dresser
la liste
des principaux problèmes qui inquiètent la communauté. La priorisation d’un problème de
santé repose sur les 4 sortes de critères telles que vues dans le cours d’introduction à la
santé.

Etape III : Elaboration d'un plan d’action

Il est facile de parler de ce qui ne va pas mais il est beaucoup plus difficile de redresser la
situation. Dès lors que les gens ont décidé quels étaient les principaux problèmes de santé et
convenu de leur
rang d'importance, un plan d'action doit être élaboré La plus grande aide que pourra
apporter l'équipe de santé sera de préparer le plan d'action. C'est parce que les agents de
santé qui détiennent les connaissances et la formation nécessaire pour expliquer aux gens
les causes de certains problèmes et la façon de les résoudre.
A ceux que préoccupe la maladie chez l'enfant, par exemple, l'éducateur pourra indiquer
plusieurs méthodes de prévention telles que la protection des sources d'eau, la vaccination
des enfants et l'amélioration des aliments de sevrage.

Etape IV : Informer et passer à l'action

Une fois qu'un plan d'action a été proposé, discuté et accepté, la communauté doit être
informée de ses objectifs et des décisions qui ont été prises.
C'est seulement lorsque les membres de la communauté et l'équipe de santé
ont/connaissance des objectifs et des décisions prises qu'on peut compter sur leur
participation active. Si les gens ne savent pas ce qui est prévu, ou s'ils ne comprennent pas
pourquoi un objectif a été proposé plutôt. Ainsi l'équipe de santé pourrait travailler avec la
communauté à la mise en oeuvre du plan d'action et des changements qui, au bout d'un
certain temps, entraîneront des modifications / améliorations.

4. Elaborer un plan d’action sanitaire éducative

Comme nous l'avions décrit dans l'introduction, un plan d’action peut-être conçu selon les
sept mots directeurs suivants :
15
Pourquoi - Quoi - Comment? Qui - Quoi Où - Quand !
Mais pour des raisons de clarté, il est important de ne pas encombrer le plan avec les détails
cependant, certains sont tellement importants pour le plan qu'il faille les mettre en annexe
Problème: Une communauté des montagnards isolée, difficile à atteindre en raison du
mauvais état des routes se trouve privée de soins prénatals et où on observe que le taux de
décès maternel et néo-natal y est élevé.
Objectif : Dispenser les soins prénatals et obstétricaux à environ 60 % des femmes
enceintes pendant l'année à venir.
Stratégies et activités
Le travail sera effectué par les accoucheuses traditionnelles. La stratégie consiste à former
une infirmière accoucheuse qui formera ensuite les AT.
Elle se rendra dans le village une fois par semaine à cet effet. Le détail des activités est
donné à l'annexe 1.
Ressources
L'accoucheuse X a été choisie pour suivre un bref cours en vue de la formation des AT. Sa
définition d'emploi figure à l'annexe 2. La communauté invitera les AT à se porter
volontaire pour la formation. Les listes des matériels et le budget sont donnés aux annexes
3 et 4.
Organisation

La formation des AT aura lieu dans le centre de santé et dans la salle communautaire. Le
programme des activités est donné à l'annexe 1.
Contrôle
Chaque AT tiendra un simple registre de ses accouchements. Ces registres seront examinés
à chaque visite de l'accoucheuse diplômé?Les problèmes pourront alors être examinés et
des avis donnés.

Annexe 1 : Programme des activités

Groupe d’activités F M A M J Dates


- Visiter la communauté pour :
 solliciter des dons de matériel 7 février
 solliciter un endroit pour les consultations 1 avril
 choisir les AT qui seront formées 1A
 réceptionner les dons des matériels et le
local
- commander le matériel et réceptionner le 2 avril
matériel 5 mai
- commander les médicaments et fournitures et 2 avril
réceptionner les fournitures 5 mai
- commander les matériels didactiques et les 2 avril
réceptionner 5 mai
- demander les fonds pour les frais quotidiens 1er juin

16
des agents de santé et les réceptionner 13 juin
Début du programme 15 juin

Annexe 2 : Job description d'une infirmière


accoucheuse
Une infirmière accoucheuse est un agent de santé de niveau Al qui a suivi des cours
théoriques et pratiques dans une institution de l'Etat (ISTM...)
L'infirmière accoucheuse doit s'acquitter des tâches suivantes :
 Activités de soins de santé:
Fournir un soutient aux AT et s'acquitter des tâches suivantes pour les «femmes à risque»
envoyées pour des soins supplémentaires par les AT:
- confirmer la grossesse
- peser les femmes enceintes
- vérifier la pression artérielle
- dépister l'anémie, administrer une médication et donner des conseils sur le régime
à suivre
- dépister les carences en vitamines, administrer une médication et donner des
conseils sur le régime à suivre
- dépister les cas de rétention d'eau
- faire une analyse d'urine
- mesurer le bassin
- Evaluer la date approximative de l’accouchement
- reconnaître les grossesses à haut risque
- expliquer le développement du foetus et les changements auxquels est soumis le
corps de la mère
- démontrer les soins du nouveau-né

Lorsque les besoins dépassent ses compétences ou lorsque les ressources ne sont pas
disponibles, elle adressera les femmes enceintes à haut risque au niveau de soins supérieur.

 Activités de promotion de santé

- Etablir et entretenir des contacts avec les AT, les femmes en âge de procréer, les
responsables communautaires et autres agents chargés du développement de la
communauté.
- Utiliser les méthodes de démonstration, dispenser des conseils individuels ou
collectifs et faire un travail d'apprentissage.

17
CHAP IV : EDUCATION SANITAIRE INTEGREE A LA PLANIFICATION DES
PROJETS D’HYGIENE DU MILIEU

1. NÉCESSITÉ ET OBJECTIFS DE L'ÉDUCATION SANITAIRE EN MATIÈRE


D'HYGIÈNE DU MILIEU

Il apparaît que les spécialistes de l'hygiène du milieu sont de plus en plus


conscients de la nécessité de recourir à l'éducation sanitaire pour obtenir du public une
participation accrue à la promotion des aspects individuels et collectifs des programmes
d'hygiène du milieu. Les divers rapports de comités d'experts de l'OMS sur l'hygiène du milieu et
l'expérience acquise dans le monde montrent que l'éducation sanitaire doit devenir partie
intégrante de la plupart des programmes d'hygiène du milieu, qu'il s'agisse des installations
d'approvisionnement en eau ou d'assainissement, des pratiques d'hygiène alimentaire, de la lutte
contre la pollution de l'eau et . de l'air, de l'urbanisme, etc.
Dans les pays en voie de développement aussi bien que dans les pays développés,
les besoins sont trop considérables en matière d'hygiène du milieu pour qu'on s'en remette aux
seuls crédits publics pour les satisfaire. On n'enregistrera des progrès rapides dans ce domaine
que si la collectivité est prête à exiger et à financer elle-même des programmes d'hygiène du
milieu d'importance vitale. Il n'est pas rare, même dans les pays pauvres, de voir une collectivité
locale exiger la mise en œuvre d'aménagements de ce genre et s'engager, dans une large mesure,
à en supporter les frais, lorsqu'on prend la peine de lui faire comprendre, par l'éducation, les
avantages qui peuvent résulter de ce genre de participation.
Pour de nombreux programmes d'hygiène du milieu, la réussite passe par un
changement des habitudes de la population en matière d'hygiène. Il ne suffit pas, en effet, de
mettre des installations à la disposition du public. Les comportements actuels sont profondément
enracinés dans la collectivité, liés qu'ils sont à ses structures sociales et culturelles. Ces
transformations ne peuvent aboutir que si l'on fait bien comprendre aux membres de la
collectivité la nécessité du changement et si on les fait participer activement à leur réalisation.
Du reste, l'éducation sanitaire en matière d'hygiène du milieu ne remplira pas que
ces seuls objectifs. Elle contribuera aussi à améliorer la planification grâce à la participation à
celle-ci des administrés, à la répercussion sur les plans de l'évolution de leurs besoins et de leurs
préférences, ainsi qu'à une meilleure exécution des programmes. Tels sont les objectifs qui ont
notamment été assignés à l'éducation sanitaire en matière d'hygiène du milieu et qui se trouvent

18
résumés et énoncés dans le rapport du Comité d'experts de la Planification, de l'Organisation et
de l'Administration des Programmes nationaux d'Hygiène du Milieu.
Ces objectifs sont les suivants:
 Inculquer à la population les principes de l'hygiène du milieu afin qu'elle apprenne à
discerner ses véritables besoins et acquière de bonnes habitudes d'hygiène personnelle.
 Amener la population à accepter les mesures prises par les pouvoirs publics pour
améliorer l'hygiène du milieu et à réclamer elle-même de telles mesures.
 Faire en sorte que les services d'hygiène du milieu soient administrés conformément aux
besoins et aux aspirations de la population. et favoriser une étroite collaboration entre les
fonctionnaires responsables de ces services et la population desservie.
Le meilleur moyen de promouvoir l'éducation sanitaire en hygiène du milieu est de veiller à ce
qu'une place suffisante lui soit faite dès le stade de la planification. Ce sera plus facile:
 si les planificateurs en hygiène du milieu sont suffisamment conscients de l'utilité de
l'éducation sanitaire;
 s'ils peuvent facilement prendre contact avec des spécialistes de l'éducation sanitaire qui
les aideront à planifier les activités;
 si une documentation technique appropriée est mise à leur disposition.

2. SCHÉMA POUR LA PLANIFICATION DE L'ÉDUCATION SANITAIRE

La planification et la mise en œuvre de l'éducation sanitaire gagneraient à faire l'objet d'une suite
de démarches logiques. Ces démarches, analogues à celles qui ont été adoptées pour le processus
de planification globale, pourraient être représentées de la façon suivante:

19
Collecte des données pour
la planification

Détermination des objectifs

Choix entre les diverses options


possibles

Programmation

Mise en œuvre(y compris


contrôle consécutif)

Evaluation

Un tel organigramme présente cet avantage que l'ensemble du processus allie la


continuité et la souplesse. Tout ce qui est programmé sur la base des informations disponibles est
ensuite mis en œuvre, puis évalué de façon permanente, les résultats étant réintroduits dans le
système de façon à apporter au plan les modifications souhaitées. Le processus se poursuit
jusqu'à ce que les résultats définitifs soient obtenus.
3. INFORMATIONS DE BASE INDISPENSABLES POUR LA PLANIFICATION DE
L'ÉDUCATION SANITAIRE

La formulation des plans d'éducation sanitaire doit reposer sur un certain nombre
d'informations de base telles que:
1) Données épidémiologiques : du problème sanitaire pour lequel on prévoit une
solution ressortissant à l'hygiène du milieu. Sous cette rubrique figureront les

20
statistiques de morbidité et de mortalité, le territoire et la population affectés, la
fréquence, etc.
2) Services existants : Figurera ici le niveau présent des services mis à la disposition
du public pour le programme sanitaire dont il s'agit. Dans le cas de l'appro-
visionnement en eau, on indiquera la quantité et la qualité des
approvisionnements, ainsi que leur accessibilité, tandis que dans le cas de
l'élimination des excréta on indiquera les installations existantes et l'usage qui en
est fait, etc.
3) Données socio-démographiques : Les données importantes sont: population,
répartition par âge et par sexe, densité, taux de natalité et de mortalité,
appartenance religieuse, niveau économique, taux d1alphabétisation, logement,
etc.
4) Connaissances, attitudes d'esprit et habitudes de la population : en ce qui
concerne le problème sanitaire et l'activité d'hygiène du milieu envisagés. Il
importe tout particulièrement de connaître le niveau des connaissances en ce qui
concerne les causes, la propagation et la prévention des maladies particulières
qu'on se propose d'empêcher, ainsi que les connaissances, les attitudes d'esprit et
les habitudes à l'égard des activités d'hygiène du milieu que l'on envisage de
mettre en œuvre.
5) Caractères sociaux el culturels de la population : Données concernant les
croyances, les tabous, les coutumes et les superstitions de la population au sujet
de la santé, ainsi que les foires et fêtes, les structures des rassemblements, etc.
6) Structure du pouvoir dans la collectivité : Pouvoirs officiels et puissances
officieuses et leur influence relative; les groupes sociaux dans les villages et leur
influence réciproque.
7) Degré de coopération que l'on peut attendre de la population : On se reportera
pour cela aux observations faites à l'occasion de précédents programmes.
8) La communication. Moyens d'information tels que radio, journaux, bibliothèques;
véhicules culturels indigènes et autres moyens locaux d'information.
9) Ressources disponibles : Ressources en personnel, en argent et en matériel que
l'on peut attendre:
- des diverses administrations gouvernementales de la santé, du
développement, de l'éducation, etc.;

21
- des institutions bénévoles telles que les associations ouvrières et pro-
fessionnelles, les groupes religieux, etc.;
- des organismes locaux;
- du public en général.
10) Caractéristiques et installations de la zone retenue : Nature du terrain,
précipitations, saisons, types de cultures, moyens de transport, services postaux,
établissements d'enseignement, installations pour les loisirs, électricité, lieux de
réunions, etc.
11) Besoins exprimés de la collectivité : Il faut toujours connaître les besoins
exprimés, notamment en matière sanitaire, par la collectivité pour laquelle on
prépare des programmes, car la planification s'en trouvera facilitée.

Les informations relatives à la plupart de ces rubriques sont généralement consignées dans
diverses archives conservées par les hôpitaux, les autorités de village, les organismes locaux et
les établissements d'enseignement de la région. Les chefs locaux devraient être à même de
compléter ces renseignements. On pourra obtenir le reste au moyen d'enquêtes rapides et de
visites à domicile.

4. PARTICIPATION DES DIRIGEANTS LOCAUX A LÀ COLLECTE DES


INFORMATIONS

Il est essentiel que les dirigeants de la collectivité, les enseignants, les étudiants,
etc., participent au processus de collecte des informations. On a vu en effet cette aide se
manifester dans bien des cas où on a su la solliciter comme il fallait. Les dirigeants doivent être
pressentis individuellement et par groupes, ils doivent être informés de la nature du programme
et de l'enquête, et leur participation doit être expressément sollicitée. C'est là un premier pas
essentiel si l'on veut obtenir la participation de la collectivité à la planification des programmes
d'hygiène du milieu.

5. NATURE DE L'OBJECFIF EN MATIÈRE D'ÉDUCATION - COMMENT LE FIXER

En matière d'éducation, un objectif est un ensemble de résultats - immédiats, à


moyen terme ou à long terme que l'on projette d'atteindre au moyen d'une action dans le
domaine de l'éducation. Dans les projets d'hygiène du milieu, l'éducation sanitaire est

22
généralement conçue comme un moyen dont la fin est un accroissement du rendement du
programme, même si l'éducation sanitaire peut contribuer par elle-même à promouvoir d'autres
valeurs. Conçu comme un moyen, l'objectif ultime de l'éducation sanitaire et du projet d'hygiène
du milieu dont elle fait partie restera identique, même si les autres objectifs doivent varier. Aux
fins de la planification et de l'évaluation continue, on peut envisager des objectifs sur un mode
hiérarchique, et les représenter sous la forme schématique ci-après:

Variables Variables Variables Acceptation et Indicateurs de


Relatives aux relatives aux relatives aux usage des la morbidité et
Ressources activités connaissances,a installations de la mortalité
Mises en d’éducation ttitudes et d’hygiène du
sanitaire perception milieu
oeuvre

Remarques:
1. Ce schéma est surtout destiné à la planification et à l'évaluation.
2. Il contribuera à vérifier certaines des hypothèses de départ.
3. Chaque individu ne passera pas nécessairement, dans l'ordre, par ces étapes successives. Des
pratiques peuvent être adoptées spontanément sans acquisition préalable de connaissances
ou sans changement d'attitude.
4. . D'autres variables pourraient intervenir entre l'usage des installations et moyens d'hygiène
du milieu et les indicateurs de la morbidité et de la mortalité.
5. . On pourrait prolonger le schéma de façon à y faire entrer d'autres variables venant à la suite
de la morbidité et de la mortalité, mais il est essentiel de se fixer une limite aux fins de la
planification et de l'évaluation.

Les variables relatives à l'apport de ressources concerneront le personnel, les


crédits, le matériel, la formation professionnelle, etc. qu'il faudra mettre en œuvre en vue des
activités d'éducation sanitaire. Les variables relatives aux activités d'éducation sanitaire
concerneront les activités envisagées, ainsi que l'éducation des individus et du public, la
participation des dirigeants et des cadres, les moyens d'information, etc., éléments dont on
trouvera le détail aux paragraphes suivants. Les variables relatives aux résultats intermédiaires
concernent les connaissances, les attitudes et la perception. C'est ainsi, par exemple, que l'on doit
savoir si les notions du public sur les latrines - coût, construction, entretien, rôle dans la
prévention des maladies, avantages annexes tels que la commodité, l'intimité, etc. - progressent
avec le temps. De même, il convient de mesurer l'état d'esprit et les changements d'attitude à
l'égard des latrines, de la chloration des eaux de distribution, etc. Les autres variables

23
intermédiaires toucheront à la participation de la collectivité à l'éducation sanitaire et aux
activités de construction.
Les variables relatives à l'acceptation et à l'utilisation concerneront le pourcentage
des logements dotés d'arrivées d'eau, de latrines protégées ou d'autres installations, le degré
d'utilisation, le degré d'entretien, etc. On y trouvera aussi des variables sur le comportement de la
population, par exemple: Les gens se lavent-ils les mains à l'eau et au savon après être allés à la
selle? - Les excréta des nourrissons sont-ils recueillis et jetés dans les latrines? - L'eau est-elle
conservée et utilisée dans de bonnes conditions d'hygiène?
L'étape suivante est celle de la mesure des variables de morbidité et de mortalité.
Dans la planification de l'éducation sanitaire, il faut fixer des objectifs à tous les niveaux, même
si, lorsqu'il s'agit de les mesurer, la priorité doit varier avec le temps. C'est ainsi qu'au cours des
premières étapes du programme on insistera essentiellement sur la mesure des variables relatives
aux ressources introduites et aux activités.

6. ACTIVITÉS A PLANIFIER EN MATIÈRE D'ÉDUCATION SANITAIRE


Les activités éducatives à planifier pourraient être classées comme suit:
1) Activités destinées à aider les familles et les groupes locaux à comprendre la valeur des
projets d'hygiène du milieu, ainsi qu'à accepter, utiliser et entretenir les installations. Sous
cette rubrique devraient figurer:
a) les contacts avec les familles;
b) les réunions de groupes dans la collectivité, tels qu'associations féminines, corps
constitués locaux, associations d'agriculteurs;
c) l'utilisation des média pour compléter les activités précédentes;
d) la sélection, la formation et l'utilisation des dirigeants ou cadres.
2) Activités destinées à obtenir le soutien d'autres administrations publiques, de divers
groupes sociaux, etc.;
3) Activités destinées aux établissements d'enseignement
A. Contacts avec les familles
Les contacts avec les familles doivent viser à informer ainsi qu'à motiver et à
obtenir des changements de comportement. Il doit s'agir d'un processus continu s'étendant sur
une certaine période. Des expériences ont montré qu'il faut de dix à vingt contacts avec la plupart
des familles pour leur apprendre à accepter, à édifier et à utiliser des installations sanitaires. Le
technicien de l'assainissement ou le travailleur sanitaire doit s'attacher à gagner la confiance de la
famille au cours de ces contacts. Il n'est pas toujours nécessaire de contacter chacune des

24
familles de la collectivité, et il faudra dresser la liste de celles qu'il convient de visiter en priorité.
Par exemple, dans le cas d'un programme d'assainissement comportant la construction de latrines
dans les logements, il se peut que plusieurs familles n'aient pas de place pour les latrines et il
faudra donc donner la priorité à celles qui ont la place suffisante. De même, on pourra prévoir de
répéter les visites auprès de ceux qui se sont montrés intéressés la première fois. Voici les
questions qu'il faudrait se poser et régler:
- Combien de familles faut-il visiter, dans quel ordre de priorité, et à quelles fins?
- Qui, dans le personnel de l'équipe d'hygiène' du milieu, se chargera de ces visites planifiées?
Quelle sera la fréquence des visites?
Les réponses à ces questions et à d'autres semblables doivent être incorporées
dans le plan. Outre ces visites planifiées, il existe d'autres possibilités qui pourraient être
exploitées pour l'éducation sanitaire en hygiène du milieu. Par exemple, les infirmières/sages-
femmes auront leur propre plan de soins maternels et infantiles à domicile et de consultations
dans les dispensaires; d'autres travailleurs sanitaires feront des visites à domicile pour la
vaccination, les activités antipaludiques, etc.; les conseillers agricoles se rendront dans les
familles pour les besoins de leur propre programme. Le succès d'un programme d'hygiène du
milieu dépendra de la participation de ces travailleurs à l'éducation sanitaire et de son ampleur.
Ils pourraient en effet se charger de certaines activités d'éducation sanitaire au cours de leurs
visites régulières aux familles. Dans le domaine de l'assainissement surtout, qui est l'un des
programmes les plus ardus, le succès dépendra des efforts combinés des techniciens des
différentes administrations gouvernementales.
Les visites domiciliaires nécessitent une planification minutieuse. En plus de ce qui a été dit plus
haut, ces visites peuvent avoir pour objet la collecte de renseignements sur le village ou sur la
famille, la fourniture de services et d'un appui moral, et l'affermissement de liens d'amitié et de
travail avec la population. Quel qu'en soit le but, il est nécessaire, si l'on veut que ces visites
mènent à des résultats concrets, de prêter attention aux questions suivantes:
I. Planification préalable à la visite domiciliaire
a) Etudiez le dossier de chaque famille avant ta visite, ou consultez des amis proches, capables
de donner te plus de renseignements possibles sur le ménage ou sur ses membres.
b) Prenez des notes et soyez prêt à discuter des problèmes identifiés à l'avance.
c) Familiarisez-vous avec les ressources et institutions communautaires disponibles, de manière
que, si besoin est, il vous soit possible de renvoyer la famille à l'institution capable de résoudre
ses problèmes.

25
d) Vérifiez au préalable toutes les informations nécessaires ayant un caractère technique, ainsi
que la façon d'en discuter en termes simples.
e) Autant que possible, fixez la date et l'heure du rendez-vous, ou tout au moins annoncez-vous à
l'avance, de manière que la famille soit prête à vous recevoir.
II. Contact avec l'individu ou sa famille
a) Présentez-vous et saluez les gens selon la coutume locale.
b) L'établissement de bons rapports avec eux est une étape essentielle si l'on veut gagner leur
confiance, tout spécialement quand on prend contact avec des gens que l'on ne connaît pas
personnellement. Vos efforts seront facilités si vous faites état des renseignements que vous
possédez sur la famille en question, si vous leur parlez de choses qui les intéressent, si vous leur
montrez votre volonté de les aider, si vous louez leurs réalisations, et si vous vous joignez à
quelques-unes de leurs activités.
c) Décidez de la durée de votre entrevue selon les circonstances du moment; si ces dernières sont
favorables, tirez-en le maximum de profit; sinon, prenez un second rendez-vous.

III. Au cours de l'entrevue


a) Observez bien les forces sociales et émotionnelles qui se font jour lors de l'entrevue et faites-
en votre profit si elles vous sont favorables.
b) Encouragez les gens à exprimer leurs idées, et sachez les écouter.
c) Votre rôle n'est pas de prendre des décisions pour les autres. Essayez de créer des situations
grâce auxquelles votre interlocuteur sera amené à étudier le problème sous tous ses angles et
ainsi à prendre des décisions de sa propre initiative et selon ses propres possibilités.
d) Appréciez à leur juste mesure les besoins personnels des individus; en leur donnant
satisfaction, vous les amènerez à discuter vos idées et à prendre les décisions les mieux appro-
priées aux circonstances.
e) La parole ne constitue pas le seul moyen de procéder à des échanges d'idées. Il existe aussi
d'autres moyens dont vous devez être conscients et que vous devez être en mesure d'utiliser au
gré des circonstances.
f) Abstenez-vous de faire la morale à votre interlocuteur, ou à émettre un jugement sur la
situation avant que les faits ne soient bien connus et compris.
g) Ecoutez celui qui vous expose ses problèmes, gagnez sa confiance en faisant montre de
l'intérêt sincère que vous portez à l'aider à les résoudre au mieux de vos possibilités.

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h) N'oubliez pas au cours de l'entrevue: de complimenter votre interlocuteur pour avoir exécuté
des mesures suggérées précédemment; de ne pas faire trop de suggestions au cours d'une même
visite; d'utiliser un langage simple et de donner des renseignements clairs et précis; d'utiliser des
expressions que les villageois comprennent; d'apporter la preuve de ce que vous avancez à l'aide
de démonstrations, toutes les fois que cela s'avère nécessaire; d'expliquer les textes que vous
distribuez.
i) Evitez des conflits d'opinion et des disputes au cours de l'entrevue. II y a plusieurs façons
d'exprimer des idées contraires à celles de votre interlocuteur sans le froisser.
j) Ayez confiance dans les gens et dans leur capacité à étudier et à résoudre plusieurs de leurs
problèmes.
k) Ne faites pas de promesses sur des questions qui ne sont pas de votre ressort, ou que vous ne
pourrez tenir.
1) Mettez votre interlocuteur à l'aise pour s'exprimer librement.
m) Ne concluez pas l'entrevue prématurément. Souvent, en matière d'hygiène publique, plusieurs
visites peuvent s'avérer nécessaires. Prenez alors rendez-vous pour la prochaine entrevue avant
de partir.

IV. Suites à donner


Au cours de l'entrevue, certaines décisions ont pu être prises, nécessitant des suites de votre part.
II est essentiel que vous vous en occupiez avant de rencontrer votre interlocuteur à nouveau.
B. Réunions de groupes dans la collectivité, et notamment réunions de groupes
spéciaux
Les réunions d'individus et les sessions de groupes doivent être planifiées
de façon à se compléter les unes les autres. Lors des sessions de groupes, les participants peuvent
apporter des informations, acquérir des connaissances, avoir l'occasion de préciser des notions
douteuses, proposer des idées, etc. En participant aux réunions de groupes, les assistants ont le
sentiment que leurs amis, leurs voisins, l'ensemble même de la collectivité, apportent leur soutien
aux innovations.
Il faudra prendre particulièrement soin d'organiser des sessions de groupes pour les groupes
sociaux organisés tels qu'associations religieuses, politiques, industrielles ou professionnelles,
mouvements de jeunes, enseignants, institutions locales, etc. En effet, c'est à ces groupes
qu'appartiennent la plupart de ceux qui façonnent l'opinion et ils servent ainsi de modèles à de
nombreux autres groupes. En gagnant leur soutien et en obtenant qu'ils participent à la mise en
œuvre du programme, on pourra aller plus vite.

27
Les suggestions qui suivent peuvent aider à rendre les petites réunions de groupes
très efficaces:
1) Prenez contact individuellement avec le plus grand nombre possible des membres du groupe
avant la réunion, de façon à éveiller leur intérêt pour le problème qui sera discuté.
2) Il est préférable de limiter à quinze ou vingt le nombre des membres du groupe en vue de
faciliter la discussion.
3) La date, l'heure et le lieu de la réunion seront fixés de manière à permettre au plus grand
nombre possible de membres d'y prendre part.
4) Avant de commencer la réunion, assurez-vous que chacun est confortablement installé, de
façon que l'atmosphère soit détendue et que les membres puissent concentrer leurs idées sur le
sujet en discussion. n est essentiel que les membres se connaissent et que, pour cela, ils soient
présentés les uns aux autres.
5) Les meilleurs échanges de vues auront lieu si les membres sont installés en rond, de façon que
chacun puisse voir à tout moment tous les autres membres et les expressions de leurs visages.
6) Dès le début de la réunion, le groupe doit choisir son président, son rapporteur, son horaire de
travail et la procédure à suivre.
7) Le président peut alors ouvrir les débats en exposant le problème à discuter.
8) Chaque membre doit- être invité à participer activement aux débats. N'oubliez pas de rendre
justice à ses efforts et à louer sa participation.
9) Faites comprendre aux membres du groupe qu'ils doivent s'abstenir de faire de longs discours,
et que l'objectif principal est d'obtenir les points de vues de la plupart d'entre eux.
10) Le groupe peut avoir besoin de renseignements détaillés sur le problème en discussion.
L'éducateur ou l'agent sanitaire devra s'assurer que les compétences nécessaires sont disponibles
au sein du groupe, sinon il demandera à des personnes compétentes, extérieures au groupe, de
participer aux discussions. Ces personnes ne devront pas faire de longs exposés mais apporter
des renseignements additionnels et les précisions dont le groupe a besoin.
11) Les discussions doivent se concentrer sur le problème en question. Il est cependant
impossible parfois d'éviter un certain nombre de digressions. Un bon président les tolérera, mais
pas au point de laisser la discussion dévier de son but original.
12) Il est nécessaire, de temps à autre, de résumer les discussions. Ceci aidera le groupe à mieux
se concentrer sur le sujet en question et à en étudier les ramifications.
13) Le président doit avoir de la patience, savoir bien écouter tous les points de vue, éviter
d'imposer une décision au groupe, et contribuer aux discussions en posant souvent des questions.

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14) Les opinions exposées au sein du groupe peuvent être divergentes, mais un effort doit être
fait pour essayer de les intégrer et pour résoudre les conflits par le biais d'attitudes nettes et plutôt
humoristiques.
15) Pour que le groupe puisse passer à l'action, il sera nécessaire à ses membres d'arriver à des
compromis et, en cas de conflits d'opinions, de savoir céder et d'admettre l'erreur.
16) Le rapporteur résumera les discussions et les décisions du groupe. Ceci permettra aux
membres de se rendre compte de temps à autre du travail accompli.
17) Les fonctions de président du groupe ne devraient pas être exercées toujours par la même
personne. La rotation de la présidence parmi les membres rehaussera la position de chacun
d'entre eux.
18) Le groupe devra procéder à une évaluation périodique des progrès accomplis vers les
objectifs qu'il s'est fixés. Il pourra ainsi identifier les carences du travail effectué, y remédier et
aller de l'avant. Un procédé souvent utile consiste à inviter un observateur impartial à assister
aux débats et, au terme de ceux-ci, à faire part au groupe de ses observations.
Ses préoccupations seront les suivantes:
a) Les objectifs du groupe sont-ils clairs et bien exposés ?
b) Quel est le degré de motivation du groupe?
c) Le groupe compte-t-il trop sur les vues exprimées par son président?
el) Le président remplit-il bien ses fonctions?
e) Le groupe travaille-t-il au maximum de ses possibilités ?
f) Chaque membre manifeste-t-il un intérêt soutenu à la discussion ?
g) Le groupe fait-il preuve de cohésion?
h) Les échanges de vues sont-ils libres?
i) Le groupe dispose-t-il des renseignements nécessaires à la solution des problèmes?
j) Quels sont les progrès réalisés vers la solution des problèmes étudiés?

C. L'appoint des moyens d'information de masse


Le recours aux moyens d'information de masse, lorsqu'ils existent, permettra de
présenter le programme au public dans un bref laps de temps, de sensibiliser l'opinion et de
faciliter les contacts avec les familles. Cependant, les campagnes d'information axées sur les
moyens d'information de masse devront être planifiées en tant que partie intégrante de l'ensemble
des activités éducatives et être synchronisées avec les autres activités. En effet, lorsqu'il s'agit de
transformer les habitudes, ces moyens sont en eux-mêmes des outils inefficaces. Lorsqu'il y va

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de questions peu familières présentant une importance particulière pour la santé, les gens s'en
remettent plus facilement à l'avis des amis, des proches et des personnalités influentes.
Les personnes qui s'occupent d'éducation sanitaire ont à leur disposition un grand nombre de
moyens de communication, ou media, utilisables au cours du processus éducatif, et dont les plus
répandus sont la radio, la télévision, le cinéma, les films fixes, les diapositives, les journaux, les
revues, les affiches, les expositions, le publipostage et les tableaux de feutre dits «flannelgraphs
». La plupart de ces moyens, outre qu'ils véhiculent l'information de masse, peuvent être intégrés
aux activités de groupe, aux programmes de formation et aux programmes d'enseignement
scolaire.
Le choix des media les mieux adaptés aux besoins d'un problème de santé particulier exige une
étude approfondie. Outre que les mêmes media peuvent ne pas convenir à tous les types de
problèmes, leur efficacité variera parfois d'une localité à l'autre. Il faut se préoccuper de la
disponibilité, de la couverture, du coût, de l'efficacité, de la faisabilité administrative et, de plus,
observer les principes ci-après dans le choix et l'emploi des media pour l'éducation sanitaire:
1) Les media doivent être considérés exclusivement comme des outils éducatifs, le résultat final
dépendant aussi de la compétence et du savoir-faire de l'enseignant ainsi que des divers éléments
du processus d'apprentissage.
2) Le choix et l'utilisation des matériaux et méthodes audio-visuels devront être guidés par les
objectifs du programme.
3) Les media doivent être adaptés aux groupes qui les utiliseront.
4) Leur contenu doit être scientifiquement exact.
5) Ils doivent frapper agréablement l'œil et l'oreille

1) Radiodiffusion
Dans de nombreux pays, la radiodiffusion est l'un des moyens d'information les
plus utilisés. Elle est relative ment bon marché et confère crédibilité et respectabilité aux
messages qu'elle transmet. On peut l'utiliser pour provoquer une prise de conscience à propos du
programme, qu'il s'agisse de la lutte contre la pollution de l'air ou de l'adoption de pratiques
d'hygiène. Les régions rurales des pays en voie de développement sont équipées de postes
collectifs, autour desquels un groupe de population se réunit, ce qui offre l'occasion de compléter
l'écoute par des discussions. Cet encouragement à la discussion au sein de la population permet
d'éviter la critique selon laquelle les programmes radiophoniques sont didactiques par nature.
Ces émissions pourront servir à combattre une opinion hostile, démentir les rumeurs et créer un
climat social favorable à l'adoption de pratiques hygiéniques. Ce système permet de composer

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des programmes très divers, par exemple: causeries d'information, entretiens avec des
bénéficiaires. Sketches animés ou tables rondes. Pour tirer le maximum de bénéfice des
programmes radiodiffusés, on identifiera les groupes cibles, leurs habitudes d'écoute, ainsi que
les programmes qui les intéressent et qu'on diffusera donc aux heures voulues. On peut faire à
l'usage des écoliers des programmes spéciaux que le maître complétera par une discussion. Le
texte et les copies des émissions doivent être préparés par l'organisme chargé de l'hygiène du
milieu et mis à la disposition des stations de radiodiffusion.
2) Télévision
C'est un moyen de communication relativement neuf. Son efficacité pour
l'enseignement scolaire et universitaire a été éprouvée aux Etats-Unis d'Amérique et, comme le
rapporte la Fondation Ford, «ce n'est qu'un outil au même titre que les manuels, et en tant
qu'outil on peut en mésuser. Par contre, utilisée judicieusement et avec de l'imagination, elle peut
jouer un rôle majeur et enrichir l'éducation des étudiants et des adultes». Au Canada et en Arabie
Saoudite, des études ont été faites sur l'utilisation de la télévision par les services de santé. La
République de Corée l'emploie pour son programme de planification familiale, et les Etats-Unis
d'Amérique ont quelques projets expérimentaux en cours dans ce domaine. Dans les pays
développés, il est tout à fait possible d'y avoir recours en vue de la lutte contre la pollution de
l'air et de l'eau. Le personnel de l'hygiène du milieu pourrait promouvoir des études sur ce sujet.
3) Films
Le film fait partie des moyens de communication persuasifs, mais il est onéreux.
Il sert aussi bien à la formation du personnel qu'à divertir, donner des informations et influer sur
les attitudes. Il peut s'adresser au grand public, aux dirigeants du pays, aux groupes pro-
fessionnels ou aux travailleurs sur le terrain. Les films à dénominateur commun, c'est-à-dire
capables de franchir les barrières linguistiques et culturelles, sont particulièrement utiles dans le
domaine de la formation. L'hygiène du milieu offre une riche matière pour le tournage de films
sur toutes sortes de sujets; il est en outre possible d'introduire des notions d'hygiène du milieu
dans d'autres films à orientation sanitaire (par exemple sur l'alimentation ou la planification
familiale) ou sur d'autres thèmes de développement général (éducation, agriculture, etc.)
Le film doit être visionné avant d'être présenté à un public donné. La projection
sera précédée d'une introduction qui suscitera des questions et éveillera par avance l'intérêt des
spectateurs. Le film peut être suivi de discussions sur les principaux points éducatifs qui en res-
sortent, et parfois projeté une seconde fois avec profit.
Les films qui s'adressent au public sur un ton proprement didactique ne sont pas
très attrayants. Le thème doit être développé autour d'une histoire. Les films s'adressant à une

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collectivité doivent être positifs, c'est-à-dire insister sur les avantages des pratiques recom-
mandées, au lieu de montrer les aspects négatifs de la situation. Comme le tournage et la
projection des films sont coûteux, il importe de consacrer une recherche approfondie aux thèmes
attrayants, à l'heure appropriée pour la projection, à l'utilisation d'unités mobiles et à d'autres
facteurs connexes. Outre leur utilité pour la formation, les films ayant trait à l'hygiène du milieu
présentent un intérêt pour les collectivités.
4) Films fixes et diapositives
Les films fixes sont constitués par une pellicule de 35 mm sur laquelle est enregistrée une série
de vues fixes. Pour les passer, on utilise un projecteur spécial, souvent muni d'une télécommande
permettant de faire défiler les vues à la vitesse désirée. Ils peuvent être sonorisés au moyen de
disques ou de bandes magnétiques. L'avantage de ce système est de permettre à l'éducateur de
contrôler le rythme de la projection et de pouvoir faire un commentaire efficace. Le film peut
être arrêté à n'importe quel moment pour permettre une discussion, puis reprendre. On renforcera
les idées exprimées en prévoyant un résumé à la fin de la série de vues. Les projections de films
fixes se sont révélées extrêmement utiles pour l'enseignement de sujets bien déterminés à de
petits groupes de personnes. Leur mode d'emploi est le même que celui 4'un film ordinaire et ils
nécessitent aussi une planification: on devra les visionner au préalable et décider à quel stade du
processus d'apprentissage ils seront présentés. Les vues d'un film fixe sont rangées en une série
illustrant une histoire ou décrivant un processus. Les diapositives sont des vues fixes séparées.
Leur mode d'emploi est très souple et elles constituent un excellent complément à
l'enseignement.
5) Journaux, revues et imprimés
Dans tout programme éducatif, il faut nécessairement avoir recours aux journaux
et revues. Sinon, ils pourraient jouer un rôle nocif en faisant une publicité contre le programme.
Par exemple, si l'adduction d'eau et la construction d'un réseau d'égouts doivent être considérées
comme des commodités publiques et financées par la population, celle-ci doit être préparée à
souscrire à cette initiative, ce qui peut être grandement facilité par les journaux et revues, qui
s'adressent à la fraction alphabétisée de la collectivité. Des articles techniques, des récits
montrant comment des collectivités ont réussi à résoudre leurs problèmes d'hygiène du milieu,
des discours d'importantes personnalités, la relation de certains faits, peuvent atteindre le public
par le biais des journaux. Le point le plus important dans l'utilisation de ces media est d'amener
les éditeurs à s'intéresser aux programmes, en organisant des séminaires pour les rédacteurs, en
assurant leur représentation dans les comités de media de masse, en achetant des espaces

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publicitaires, etc. Les textes destinés à être insérés dans les journaux et revues doivent être
préparés en fonction de la catégorie de lecteurs visée.
Les imprimés, dépliants, brochures, etc. sont également d'un emploi très répandu.
Ils doivent être préparés à l'intention de groupes précis et correspondre à leurs besoins. Les
brochures sur l'assainissement de l'alimentation, à l'usage des écoliers, insisteront davantage sur
les habitudes hygiéniques, tandis que celles qui s'adressent aux membres des professions de
l'alimentation porteront essentiellement sur les normes, les types de matériel, l'entretien, etc.
La distribution de brochures à tout venant, par exemple lors d'expositions, ne
présente que peu d'intérêt. La distribution doit être intégrée avec les autres processus de
communication. L'envoi de brochures par la poste, après une réunion par exemple, est en général
plus efficace.
6) Expositions

Les expositions préparées avec soin et prévoyance constituent un mode


d'enseignement précieux. Le matériel exposé doit être attrayant et résistant. Les expositions
portant sur des programmes d'hygiène du milieu peuvent également traiter d'autres sujets
concernant la santé ou le développement. Un personnel qualifié doit fournir toutes les
explications utiles. Il faudra s'assurer la participation de la collectivité, par l'intermédiaire de ses
membres bénévoles. De même, l'exposition devra être bien préparée et mise en place. Dans
certaines cultures, les photographies prises sur le vif sont mieux comprises que les illustrations
du type de la bande dessinée. Lors de la préparation du matériel exposé et du choix des thèmes à
présenter, on tiendra compte du niveau d'instruction de la collectivité et des traditions locales. On
accroîtra le potentiel éducatif de l'exposition en présentant seulement un petit nombre d'idées, en
donnant une importance particulière aux derniers panneaux, en utilisant des maquettes grandeur
nature, etc. Les personnes intéressées devront pouvoir obtenir des renseignements sur les pos-
sibilités de services. Par exemple, lors d'une exposition en rapport avec l'assainissement, les
personnes intéressées par l'installation de latrines à leur domicile étaient invitées à remplir des
formulaires pour recevoir la visite de techniciens de l'assainissement et bénéficier de leurs
services.

7) Affiches
L'affiche est destinée à transmettre une idée par une représentation picturale
(croquis, peinture ou photographie). Son efficacité en matière de communication est inversement
proportionnelle à la complexité de l'illustration. Les mots utilisés sur une affiche doivent être

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aussi peu nombreux que possible et familiers aux lecteurs. La représentation des notions doit être
adaptée à la culture et à l'expérience du public qui verra cette affiche. Les dix critères de
conception d'une affiche les plus fréquemment cités sont: 1) pouvoir de retenir l'attention, 2)
bonne composition, 3) équilibre, 4) mouvement, 5) accentuation, 6) unité, 7) espaces blancs, 8)
simplicité, 9) couleur, et 10) contraste.
Des études sur les affiches ont souligné la nécessité de les disposer, dans la collectivité, en un
certain nombre d'endroits où elles puissent être vues du public. Les messages qu'elles
transmettent et leur conception doivent être spécifiquement adaptés à la situation. Une étude
réalisée dans le cadre d'un projet d'assainissement du milieu dans les régions rurales de l'Inde a
montré que l'affiche était un moyen s'adressant essentiellement aux hommes jeunes, en raison du
taux élevé de vision et de compréhension des affiches parmi ce groupe. Il n’est pas besoin
d'insister sur la nécessité de mettre l'affiche à l'épreuve avant l'emploi
8) Pancartes
Il s'agit de petites pancartes, peu encombrantes, qui sont présentées une par une
dans un ordre déterminé pour exposer une idée à un public. Le texte doit être simple et ne traiter
que d'un sujet à la fois, qu'il s'agisse par exemple de la lutte antivectorielle ou du lavage de la
vaisselle. En fonction des traditions et des conditions locales, on pourra utiliser des dessins très
simples, des photographies ou des bandes dessinées. Chaque pancarte doit avoir au moins 55 x
70 cm, de façon à être vue de tous, cette méthode n'étant applicable qu'avec de petits groupes.
L'éducateur désirant utiliser ce moyen doit préparer sa causerie et choisir les principales idées
qu'il veut communiquer à son auditoire. Les illustrations seront préparées de façon à renforcer
chaque idée par un impact visuel. Il existe des cas où des notables ont appris à s'en servir à des
fins éducatives lors de leurs contacts avec les membres de leur collectivité. Dans chaque série, le
nombre de pancartes est habituellement compris entre dix et vingt.
9) Tableaux de feutre ou de flanelle (<< flannelgraphs »)
Le tableau de feutre fait partie des auxiliaires pédagogiques visuels. Il se compose
d'un panneau fixe ou portatif, de n'importe quelle taille (de préférence 75 x 60 cm), en carton, en
contre-plaqué ou en bois recouverts d'une pièce de feutre ou d'une flanelle rugueuse grattée. Les
figures servant à l'illustration seront également munies au dos d'un morceau de flanelle, de feutre
ou de papier de verre leur permettant d'adhérer au panneau. Ces tableaux sont utilisés pour
développer une idée par étapes successives, ce développement pouvant être présenté sous forme
d'histoire. Un tableau de feutre doit rester simple et l'illustration doit être grande et nette. Le
tableau n'a pas à être élégant, mais il doit être vu et compris aisément à une certaine distance.
Pour illustrer l'idée à communiquer, on pourra utiliser des dessins, des photographies, des

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peintures, etc. Pour vérifier si l'auditoire a compris la démonstration, on demandera à des
volontaires de choisir des illustrations parmi un assortiment posé sur une table et de les disposer
en une suite appropriée sur le tableau. Les tableaux de feutre sont des aides pédagogiques
dynamiques, dont le principal avantage est de permettre de tenir l'auditoire en haleine en
composant progressivement une histoire.
10) Publipostage
Le publipostage en tant que canal de diffusion pédagogique est largement utilisé
pour la planification familiale dans certains pays. Aux Etats-Unis d'Amérique est actuellement
réalisée une expérience consistant à envoyer à tous les jeunes mariés une série de documents sur
la contraception. Le publipostage peut rendre de grands services dans le cadre des programmes
d'assainissement du milieu, notamment en ce qui concerne la pollution de l'air et de l'eau, le
développement des services sanitaires de base. Pour que ce système fonctionne convenablement,
il faut définir les groupes cibles et pouvoir compter sur un service postal efficace. Le contenu des
documents envoyés aux différents groupes doit être choisi avec soin.
11) Essai préliminaire des matériaux éducatifs
L'essai préliminaire «est une méthode consistant à appliquer des mesures
objectives au cours des différentes étapes de la mise au point d'un programme, afin d'identifier
les obstacles à examiner à un moment où les changements peuvent être faits facilement et au
moindre « coût» . Cela peut s'appliquer aux matériaux et méthodes d'éducation. Il faut distinguer
l'essai préliminaire de l'évaluation du programme, dont il précède le lancement. L'essai du
matériel dans le but d'identifier les obstacles éventuels à la communication sera de préférence
effectué parmi des individus ou des groupes auxquels ce matériel est destiné. Par exemple, une
projection de film fixe destinée à des agents d'assainissement en cours de formation sera mise à
l'épreuve sur un groupe de ces personnes, et une autre destinée au grand public sera essayée sur
des représentants de ce public. Souvent, il n'est pas nécessaire que l'échantillon soit grand. Le but
principal de l'essai d'un moyen de communication n'est pas d'éprouver son efficacité à provoquer
un changement, mais de vérifier que la communication à transmettre par l'intermédiaire de ce
moyen est bien comprise par le public auquel elle s'adresse.
D. Sélection des dirigeants des villages - Utilisation de leurs services
Les dirigeants influents de la collectivité qu'intéressent les activités d'éducation
sanitaire peuvent faire beaucoup pour le succès du programme d'hygiène du milieu. En fait, la
participation et la mise à contribution des dirigeants de la collectivité est l'un des aspects les plus
fréquemment négligés de l'éducation sanitaire. On ne pourra susciter et faire durer leur
participation et leur intérêt que si les responsables du programme croient en l'utilité de leur

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enrôlement, s'ils s'efforcent sérieusement de l'obtenir et prennent toutes mesures propres à
faciliter leur participation bénévole. Les dirigeants de la collectivité peuvent se rendre utiles en
facilitant l'établissement du contact entre les responsables du programme et la population, en
recueillant des informations, en présentant le programme à la population sous une forme
compréhensible pour elle, en planifiant les activités, en éduquant le public et en se chargeant par
exemple de certains aspects de la construction et de l'entretien des installations. Dans de
nombreux cas, on a vu des dirigeants se charger de la perception des redevances correspondant à
l'approvisionnement en eau et aux projets d'assainissement, apporter un soutien indispensable
aux organismes locaux qui s'efforcent de lancer des emprunts ou d'augmenter les impôts locaux
pour financer des projets d'approvisionnement en eau, et se charger des travaux de construction
des latrines prévues dans le projet. En revanche, ils pourraient fort bien faire obstacle à la bonne
marche du programme si l'on faisait fi de leur influence. La collaboration des dirigeants locaux
sera plus facile et plus poussée si le personnel chargé des programmes tient compte des points
suivants.
a. Choix des dirigeants
On devra s'attacher tout spécialement à identifier les véritables dirigeants. En
effet, dans une collectivité, on trouve des dirigeants officiels et d'autres qui ne le sont pas; on
devra prendre tout particulièrement soin de repérer les notables non officiels, dont l'influence
n'apparaît pas tout d'abord. De même, les femmes jouent un rôle très actif dans les programmes
d'hygiène du milieu, et l'utilisation des installations construites dépendra beaucoup de leur
collaboration. Dans tous les types de sociétés, lorsque c'est possible, on s'attachera à identifier les
femmes influentes et à obtenir leur coopération. Il existe de nos jours des méthodes
sociométriques simples auxquelles les agents de niveau sous-professionnel pourront recourir
pour identifier les dirigeants et les notables.

b. Formation des dirigeants


Dès que les dirigeants auront été identifiés, une session de formation devra être
organisée à leur intention. Des expériences ont montré qu'une session initiale d'une journée,
pouvant être: suivie d'autres sessions convoquées selon les besoins, sera suffisante, et qu'en
organisant les sessions en dehors du village on s'assurera de l'attention sans partage des
participants tout en donnant à la réunion l'importance et le: prestige nécessaires. Ces sessions
permettent d'établir le contact, d'exposer le programme aux dirigeants, de préciser les rôles qui
leur reviendront dans la planification, et la mise en œuvre, d'adapter le programme aux
conditions locales, etc. Si la situation locale l'exige, on tiendra des sessions séparées pour les

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hommes et pour les femmes. Ces sessions à caractère officiel ne devront pas être confondues
avec les réunions de groupes des dirigeants des villages, lesquelles doivent avoir un caractère
régulier.

c. Besoins du village à satisfaire en priorité


La collaboration avec les dirigeants locaux pose des problèmes d'un caractère
particulier. Les responsables de l'hygiène du milieu doivent comprendre que les villages peuvent
parfois avoir des besoins qui, aux yeux de la population, passent avant les services qu'eux-
mêmes ont à proposer. Le spécialiste de l'hygiène du milieu qui voudrait « placer» à tout prix des
« services d'hygiène du milieu» dans de pareilles circonstances risque de faire mal accueillir, et
lui-même et son programme. Même si les responsables de l'hygiène du milieu ne peuvent pas
satisfaire directement ces besoins, ils doivent s'attacher, d'une certaine manière, à aider les
dirigeants à leur trouver des solutions. Le maintien d'une étroite collaboration avec l'institution
sanitaire et avec les autres organismes de développement jouera un rôle précieux dans ces cas-là,
le responsable de l’hygiène du milieu étant alors en mesure de mettre les dirigeants en rapport
avec des spécialistes qui pourront satisfaire ces besoins. En prouvant ainsi qu'il est prêt à aider la
population, non seulement il gagne la confiance du public, mais il augmente les chances de
réussite de son propre programme.
d. Participation des dirigeants
Si l'on veut obtenir le concours de la collectivité, il faut que l'on fasse activement
participer les dirigeants aux diverses phases du programme. Il ne s'agit pas de les traiter en
simples destinataires des instructions émises par le personnel technique. D'autre part, on doit leur
attribuer des rôles précis dans le domaine de la prise de décisions, de la mise en œuvre et de
l'évaluation. On a cité plus haut un certain nombre d'activités auxquelles ils pourraient être
amenés à participer, mais la liste n'est pas limitative. Les responsables techniques devront en
outre apporter aux dirigeants l'aide dont ils pourraient avoir besoin pour s'acquitter de leurs
tâches.

e. Récompenses aux dirigeants


Il faudra prévoir, dans le programme éducatif, de récompenser les dirigeants de
leur appui. Les rétributions pécuniaires sont à exclure, la récompense devant se placer sur le plan
plus élevé de la satisfaction de besoins psychologiques. Le simple fait que leur participation au
programme les aides à établir leurs propres contacts avec la collectivité devrait constituer une
motivation suffisante pour la plupart des dirigeants. Le sentiment qu'ils ont été consultés et qu'ils

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ont participé aux décisions concernant un projet intéressant leur village est encore une
motivation. Demander aux dirigeants de présider certaines cérémonies, de prendre en charge les
visiteurs pour leur montrer le projet, faire venir des personnes originaires de zones relativement
peu dynamiques dans des endroits où il se fait du bon travail, décerner des attestations, etc.: voilà
le genre de récompenses auquel on pourra songer, le cas échéant.

E. Activités éducatives destinées à obtenir l'appui d'autres institutions


gouvernementales et de divers groupes sociaux
En éducation sanitaire, la planification doit prévoir les moyens qui permettront de
recueillir l'appui des organismes gouvernementaux ou autres appelés à préparer l'opinion
publique à accepter les innovations. Il s'agit en général d'organismes de développement
nationaux autres que ceux de la santé, tels que les départements de l'éducation, du
développement communautaire, de l'agriculture, les institutions locales, etc. On a vu des cas où
les services du ministère de l'agriculture s'opposaient dans certains endroits à l'introduction des
cabinets d'aisances à chasse d'eau, pensant que ce type de latrines ferait perdre la valeur d'engrais
que représentent les excréta. De nombreux conseillers agricoles pensent que la défécation en
plein air, dans les champs, contribue à fertiliser le sol. L'entretien des installations d'appro-
visionnement en eau et d'assainissement dans les villages, les écoles, ainsi que la participation
des maîtres au programme, etc., supposent la coopération des services
correspondants. Aussi les plans devraient-ils prévoir l'éducation des fonctionnaires de ces
organismes et leur participation active aux activités d'hygiène du milieu.
Les groupes sociaux qui peuvent apporter leur appui au programme appartiennent
aux milieux politiques, religieux, professionnels, industriels, au monde du travail, aux groupes
estudiantins, à la presse, etc. Il conviendra de se renseigner à l'avance sur leur nombre, tandis que
les plans devront prévoir les moyens de les former aux activités d'hygiène du milieu et d'obtenir
leur coopération.

F. Activités concernant les établissements d'enseignement


Encore que ce point ait été traité séparément dans les recommandations
principales, il faudrait que le plan d'éducation prévoie certaines activités liées aux établisse ments
d'enseignement. Le plan d'éducation devrait prévoir: a) la liaison avec les autorités responsables
de l'hygiène scolaire, b) la formation des enseignants, c) des démonstrations dans les écoles, et d)
la collaboration des enseignants pour l'entretien et la bonne utilisation des installations
construites.

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Une difficulté à laquelle on se heurte souvent dans certains endroits est le fait que le public
utilise les toilettes des écoles en dehors des heures de classe et pendant les vacances et qu'il les
salit. Il faut absolument obtenir la coopération du public pour remédier à cet inconvénient.
L'entretien régulier du bâtiment doit comporter la réparation des latrines et des robinets d'eau de
l'école.

7. PERSONNEL A UTILISER POUR L'ÉDUCATION SANITAIRE


1) A'ITRIBUTION DES TÂCHES
Comme on l'a indiqué ailleurs dans le présent ouvrage, le personnel qui pourrait
être appelé à travailler à l'éducation sanitaire peut être rangé en deux catégories: a) le personnel
employé par l'organisme d'hygiène du milieu qui met en œuvre le programme; b) le personnel de
soutien prêté par les institutions de développement. Il conviendra de dresser la liste du personnel,
en précisant le nombre et la catégorie, en accord avec les institutions intéressées.
On s'attachera spécialement à la définition des attributions de ces agents et des
coordonnateurs. Les responsables du programme ont tendance à décider et à distribuer les rôles
qui reviendront aux autres. Cependant, la plupart du temps, l'institution chargée de l'exécution
des programmes d'hygiène du milieu n'aura pas autorité sur les autres institutions, et dans ce cas
il est extrêmement souhaitable de faire participer les autres institutions à la définition des
attributions de leurs propres agents. Par exemple, en une occasion particulière, on a demandé aux
agents eux-mêmes de définir leurs attributions après qu'ils eurent participé à une session
d'orientation et de formation organisée pour les mettre au courant du programme. Les agents,
répartis en petits groupes, ont élaboré en détail les possibilités d'action de chacun, puis les
résultats ont été présentés au groupe élargi, après quoi l'on a dressé la liste des attributions. Cette
méthode a permis de s'assurer que les attributions seraient effectivement remplies. Mais pour que
cette méthode réussisse, il est essentiel que l'on puisse définir la plupart des activités d'ordre
éducatif qu'il faudra mettre en œuvre dans le cadre du projet.

2) FORMATION DES AGENTS

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Les techniques d'éducation sanitaire que l'on a décrites seront une nouveauté pour
la plupart des agents. Nombre d'entre eux n'en auront jamais entendu parler au cours de leur
formation professionnelle. Aussi le plan d'éducation doit-il prévoir la formation des agents aux
techniques d'éducation sanitaire ainsi qu'aux principales caractéristiques techniques des ouvrages
d'hygiène du milieu dont le programme envisage la construction.
Lorsque le projet comporte déjà un spécialiste de l'éducation sanitaire, celui-ci
pourra se charger d'organiser et de donner le cours de formation. Sinon, le directeur du projet
devra se mettre en rapport avec les services de santé ou d'éducation sanitaire de la région ou
province du pays, pour leur demander de se charger du programme de formation professionnelle.
Le cours de formation destiné à ces agents doit être surtout pratique. Chaque fois
que ce sera possible, on prévoira une démonstration de la construction des ouvrages prévus au
titre du programme. Par exemple, dans le cas de projets de construction de latrines, les stagiaires
devront assister à l'édification de latrines et en apprendre les caractéristiques essentielles. Dans le
cas des pompes à main, on leur en apprendra le fonctionnement ainsi que la conduite à tenir en
cas de panne. S'il s'agit d'un projet axé sur la lutte contre les mouches, les stagiaires devront
pouvoir visiter des gîtes larvaires, recueillir des spécimens aux différents stades de
développement, les identifier et s'exercer aux mesures de lutte.
La partie de la formation professionnelle qui sera consacrée à l'éducation sanitaire
devra comprendre à la fois une initiation théorique et des travaux pratiques, les stages de brève
durée devant être surtout pratiques. Les cours devront porter principalement sur les divers
aspects sociaux, culturels et psychologiques du comportement humain, sur les modifications du
comportement et sur les méthodes et moyens que l'on peut utiliser. Il faudra prévoir aussi un
stage pratique de planification et de mise en œuvre des programmes d'éducation sanitaire dans
une collectivité, pour aider les stagiaires à acquérir les techniques nécessaires. La durée du stage
devra être suffisamment longue pour que l'on puisse traiter un programme d'études complet.
L'expérience montre qu'il faut parfois prévoir de trois à quatre semaines de formation pour ceux
qui ont la responsabilité directe de la planification et de la mise en œuvre de l'éducation sanitaire.
Dans certains pays au moins, il est arrivé que des stages de formation en éducation sanitaire de
durée plus brève (trois à sept jours) n'aient pas donné de bons résultats. On pourra prévoir des
stages plus brefs pour le personnel de soutien chargé de l'éducation sanitaire.
Dans de nombreux cas, il faudra obtenir des autorités qu'elles accordent leur
détachement à des membres de leur personnel pour leur permettre de recevoir une formation, et
c'est là un point dont on devra tenir compte dans les plans. Parmi les questions qui devront
retenir l'attention, il faut mentionner: a) la sélection des stagiaires, b) le lieu de leur formation, c)

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les instructeurs, d) le programme et la durée du stage, e) son financement, f) le cas échéant,
l'utilité d'incorporer dans Je cours une évaluation de la formation reçue.
3) COORDINATION
La coordination entre des organisations dont le contrôle administratif est déficient
est une entreprise difficile qui doit se faire au moyen de comités de coordination, de contacts
individuels et par une participation des cadres de ces institutions à des réunions régulières. Le
directeur du projet et ceux de ses collaborateurs qui sont chargés de la coordination aux
différents échelons devront savoir s'imposer dans ce domaine et être en outre convaincus de la
valeur des efforts coordonnés pour la promotion du programme. Il n'est pas nécessaire de prévoir
des comités séparés pour la coordination des aspects éducatifs et celle des autres aspects du
programme. Etant donné que les conditions varient avec les différentes situations, il n'est pas
toujours possible d'établir une règle générale à ce sujet, mais il reste cependant que les plans
doivent prévoir un comité central de coordination qui réunira les responsables du projet, les
représentants des institutions qui ont un rôle à jouer, des représentants des consommateurs ainsi
que certains autres notables de la localité. On devra prévoir aussi la création de comités au
niveau du village avec les dirigeants de la collectivité, les officiels, etc., ce qui facilitera
beaucoup la participation du public à la mise en œuvre des projets. La constitution de comités à
d'autres niveaux dépendra de la nature des circonscriptions administratives de la zone
d'opérations, de l'ampleur et de la nature du projet, etc.
Chaque institution procède généralement à la planification de son programme au
cours de réunions qu'elle convoque à intervalles réguliers. Les responsables du projet devront
connaître la date et le lieu de ces réunions et, lorsqu'il s'agit d'une institution ayant reçu des attri -
butions dans le cadre du projet, les représentants de. ce dernier pourront participer à ces réunions
et discuter de sa mise en œuvre.
4) MOYENS PÉDAGOGIQUES
On devra consacrer beaucoup de temps à prévoir les moyens pédagogiques
auxquels devront recourir les agents. II existe toutes sortes de moyens adaptés aux différentes
situations, et il appartient aux planificateurs de prévoir:
a) du matériel pédagogique pour les stages de formation. Les films, les films fixes et les
«flashcards» sont extrêmement utiles. Les films fixes se sont révélés très précieux lors des stages
de formation de dirigeants, des sessions d'orientation destinées aux groupes sociaux, etc. En ce
qui concerne le développement des latrines, le meilleur modèle pédagogique est encore une
latrine hygiénique dont on pourra présenter le montage en la plaçant dans une situation réelle.

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b) des contacts avec les familles et des réunions de groupes. On devrait prévoir des «flashcards
», mais rares sont ceux qui les utilisent régulièrement. L'habileté technique et l'imagination des
agents restent encore les meilleurs moyens éducatifs auxquels ils peuvent recourir.

On a utilisé avec succès la méthode éducative consistant à susciter des petites


discussions de groupe lors de la construction de latrines. Alors qu'on était en train d'installer des
latrines dans une maison, les voisins ont été invités à assister aux travaux, ce qui a
automatiquement suscité la discussion. La méthode et la construction témoin ont contribué pour
beaucoup à la diffusion des informations.
Dans un autre cas, on a organisé une petite exposition qui permettait de voir au
microscope l'anatomie des insectes, etc., tandis que l'on avait installé à l'extérieur de la salle
d'exposition des latrines déjà montées dont un technicien de l'assainissement expliquait les
caractéristiques. Ces latrines témoins devinrent le centre d'intérêt et se révélèrent le plus utile de
tous les objets exposés.
5) CONTRÔLE DES ACTIVITÉS ÉDUCATIVES

Le plan devra prévoir un système de contrôle des activités éducatives: qui devra être inspecté,
par qui, et avec quelle fréquence? Le contrôle doit viser davantage à éduquer et à aider l'agent
qu'à exercer une surveillance régulière sur ses activités. Le contrôle comme moyen d'éducation
permanente des agents et comme service destiné à leur faciliter la tâche doit faire l'objet d'une
préparation minutieuse.
6) ARCHIVES ET RELEVÉS
Les plans devront prévoir un système d'archives et de relevés qui permettra aux
contrôleurs des différents échelons de connaître l'état d'avancement des travaux.
Etant donné que les archives ne montreront pas la qualité des travaux, le contrôle devra
comporter des vérifications d'ordre qualitatif.
Chaque agent à qui l'on aura confié des responsabilités dans le domaine de
l'éducation devra porter sur son livre-journal le détail de ses activités dans ce domaine.

8. EVALUATION DES ACTIVITES D'ÉDUCATION SANITAIRE


L'évaluation est le processus au moyen duquel on détermine, sur le plan qualitatif
ou quantitatif, le degré de réussite que l'on a obtenu par rapport à un objectif déterminé à
l'avance. Elle a essentiellement pour but d'améliorer le rendement des activités d'éducation sani-
taire et, en tant que telle, l'évaluation doit constituer une activité continue incorporée au

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programme dès le stade de la prévision. Ce qui ne veut pas dire que l'évaluation n'a pas d'autre
but: en effet, elle permettra aussi de vérifier les hypothèses que l'on a avancées lors de la
conception du programme, etc.
Pour faciliter la compréhension et la collecte des données, on pourrait envisager
l'évaluation sous trois rubriques: les structures, les méthodes et les résultats. Cette classification
correspondra du reste à la structure hiérarchique à laquelle on a fait allusion plus haut. Les
apports du premier degré pourront être rangés sous la rubrique des structures, les objectifs de
second rang consacrés aux activités feront partie des « méthodes », tandis que les échelons
suivants compteront parmi les résultats.
Les informations de base devront être envisagées comme partie intégrante de
l'évaluation et les données recueillies pour la planification du programme y suffiront. Une fois
que l'on aura établi les indices d'évaluation, on se reportera à nouveau aux données de base pour
vérifier qu'elles donnent bien la juste mesure de la situation actuelle des indices et, dans la
négative, on recueillera des informations supplémentaires.
Encore que ce ne soit pas ici le lieu d'examiner en détailles données à recueillir au titre des trois
rubriques: structures, méthodes, résultats, le plan d'évaluation devrait viser à obtenir des réponses
aux types de questions ci-après:
a) Structures
1) Qui sera chargé de l'éducation sanitaire?
2) A-t-on défini les attributions des responsables de l'éducation sanitaire ?
3) Ces responsables ont-ils reçu une formation adaptée aux activités dont ils seront
chargés?
4) Les besoins de la formation professionnelle sont-ils périodiquement analysés?
5) Sur quelle structure repose la coordination des membres du personnel aux
différents niveaux?
6) A quoi reconnaît-on qu'il y a effectivement coordination?
7) Existe-t-il un système permettant d'assurer un apport régulier de matériel et de
fournitures?
8) A combien se montent les crédits affectés à l'éducation sanitaire et comment
sont-ils dépensés?
b) Méthodes
1) Existe-t-il un plan d'action pour les activités d'éducation sanitaire, et est-il conçu
en fonction d'une collectivité ou d'un territoire donné?
2) Qui participe à ce processus de planification?

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3) Les diverses activités prévues pour chaque territoire ou collectivité sont-elles
effectivement exécutées?
4) Les dirigeants ont-ils été identifiés, formés, employés? Dans quelle mesure se
comportent-ils en responsables du programme?
5) Quelles activités éducatives sont mises en œuvre pour assurer l'entretien des
ouvrages terminés?
c) Résultats
1) Observe-ton chez la population un progrès des connaissances à l'égard des
problèmes sanitaires et des activités d'hygiène du milieu que l'on s'est proposé de
résoudre?
2) Les gens ont-ils l'impression que les transformations du comportement que l'on
essaie d'introduire sont approuvées par leurs amis, leurs employeurs, leurs chefs
spirituels et les différents groupes sociaux auxquels ils appartiennent?
3) Quels changements d'attitude observe-t-on au sein de la population?
4) Dans quelle mesure les objectifs matériels prévus sont-ils réalisés?
5) Quel est le pourcentage d'utilisation, qui sont les usagers, et les non-usagers?
6) Les installations sont-elles correctement entretenues?
7) Quels autres signes permettent de dire que les installations construites remplissent
leur objet, tant sur le plan des objectifs intermédiaires que des buts à long terme?
En ce qui concerne les variables touchant aux structures et aux méthodes,
l'évaluation devra être pratiquée à intervalles réguliers et rapprochés. Le personnel attaché au
projet pourra évaluer périodiquement, sans procéder à des enquêtes spéciales, les modifications
accusées par les variables relatives aux connaissances et aux attitudes ainsi qu'aux autres
résultats. Selon les crédits disponibles, le plan d'évaluation pourrait comporter également cer-
taines enquêtes par sondage.

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CHAP VI: COMMUNICATION LORS DES FLAMBEES DES MALADIES

I. HISTORIQUE

Les flambées de maladies sont inévitables et souvent imprévisibles. Les conditions dans
lesquelles les flambées se déclarent sont uniques sur le plan de la santé publique. Les flambées
sont souvent marquées par l’incertitude, la confusion et un sentiment d’urgence. La
communication, qui se fait généralement par l’intermédiaire des médias, est une autre
caractéristique des conditions entourant les flambées. Malheureusement, les exemples de ratés
dans le domaine de la communication, qui ont retardé la maîtrise des flambées, sapé la confiance
du public, entravé l’observance des traitements et prolongé inutilement les troubles
économiques, sociaux et politiques sont légion. L’OMS estime qu’il est désormais grand temps
de reconnaître que les compétences en matière de communication sont devenues aussi
indispensables pour lutter contre les flambées que la formation en épidémiologie et les analyses
de laboratoire. Toutefois, quelle est, en l’occurrence, la meilleure façon de communiquer avec le
public pendant une flambée, le plus souvent par l’intermédiaire des médias ?
II. LIGNES DIRECTRICES A SUIVRE POUR COMMUNIQUER AVEC LE
PUBLIC AU COURS DES FLAMBEES DE MALADIE
En matière de communication, au début de 2004, l’OMS a commencé à élaborer, en les fondant
sur des faits et en les mettant à l’épreuve sur le terrain, des orientations pour promouvoir
l’objectif de santé publique, lequel consiste à maîtriser rapidement les flambées tout en
perturbant le moins possible la société. La première étape de ce processus est un examen
approfondi de la documentation relative à la communication des risques. Durant ce processus,
l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a identifié les composantes de la communication des
risques qui ont trait directement aux flambées. Ensuite, de ce corpus documentaire, on a extrait
une poignée de caractéristiques absolument indispensables à l’efficacité de la communication (en
leur absence, la communication est vouée à l’échec). Enfin, ces quelques caractéristiques ont été
évaluées par des experts de la lutte contre les flambées dans diverses cultures et divers systèmes
politiques et de développement économique. Le résultat de ce vaste examen, passé au crible
d’une évaluation pratique générale, est une liste sélective des meilleures pratiques de
communication sur les flambées.
Ces pratiques sont énumérées ci après :
A. CONFIANCE

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L’objectif principal de la communication relative aux flambées est de
communiquer avec le public de façon à instaurer, entretenir ou restaurer la confiance. Cela est
vrai pour toutes les cultures, les systèmes politiques et indépendamment du niveau de
développement du pays:
a) La perte de confiance du public peut avoir des conséquences graves en termes
sanitaires,économiques et politiques. Des recherches abondantes et des exemples
importants sur le plan de la santé publique soutiennent l’hypothèse selon laquelle moins
les gens font confiance à ceux qui sont censés les protéger, plus ils ont peur et moins ils
se conforment, en matière de choix et de comportement, aux instructions concernant la
gestion des flambées.
b) La haute administration doit approuver cet objectif, mais on se heurte à de nombreux
obstacles d’ordre pratique lorsqu’on cherche à gagner son appui pour adopter certaines
mesures en vue d’instaurer la confiance :
 Cela vient du fait que les mesures prises pour susciter la confiance vont souvent à
l’encontre de ce que l’on attend (par exemple, on admet une certaine incertitude
ou on évite de rassurer les gens excessivement).
 En conséquence, il est essentiel d’instaurer la confiance entre les
communicateurs et les responsables politiques ainsi qu’entre les communicateurs
et le personnel technique chargé d’intervenir en cas de flambées, qui peut ne pas
être conscient de la nécessité qu’il y a à communiquer avec le public, en
particulier s’il faut pour cela le détourner d’autres tâches. Cette relation interne
entre les communicateurs, le personnel technique et les responsables politiques
est parfois connue sous le nom de « triangle de confiance » :
Il est important de mettre en place ce triangle de confiance avant même qu’il ne soit nécessaire.
Cela peut s’avérer compliqué parce que différentes parties prenantes, parfois représentées par
différents ministères, peuvent avoir des conflits d’intérêts qui exigeront le dégagement d’un
consensus entre les partenaires.
c) La confiance dans la communication avec le public est essentielle dans les deux sens.
Les faits montrent que la panique est rare dans le public et encore plus rare lorsque les
gens ont été informés avec franchise. Toutefois, la mesure avec laquelle ceux qui
prennent les flambées en charge pensent que le public peut tolérer des informations
incomplètes et parfois alarmantes influence la prise de décision et l’efficacité en matière
de communication.

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d) La mise en place de mécanismes de responsabilité, de participation et de transparence
est importante pour instaurer et entretenir la confiance et tout particulièrement lorsqu’il
s’agit de restaurer lentement la confiance quand le niveau de celle-ci est faible. Le fait de
permettre à d’éminents critiques d’observer la prise de décision et même d’y participer,
par exemple, diminue le besoin de confiance et accroît cette dernière.

B. ANNONCE PRECOCE
La première annonce officielle de la flambée détermine les paramètres de la
confiance. L’opportunité, la sincérité et l’exhaustivité de ce message en font la communication la
plus importante de toutes les communications sur la flambée en question :
a) Dans l’environnement mondialisé et connecté qui est le nôtre aujourd’hui, il est
pratiquement impossible de garder l’information sur les flambées à l’écart du
public. Tôt ou tard, la flambée sera révélée. Par conséquent, afin de prévenir les
rumeurs et la désinformation, et d’encadrer l’événement, il vaut mieux
l’annoncer dès que possible.
b) Quand on retient l’information, les gens sont plus enclins à surestimer le risque.
L’expérience prouve que plus les responsables retiennent une information
inquiétante, plus celle-ci suscitera des craintes quand elle sera révélée, surtout si
elle l’est par une source extérieure.
c) Il faut faire une annonce lorsque le comportement du public est susceptible de
réduire les risques ou de contribuer à endiguer la flambée.
d) La portée minime d’une flambée ou l’absence d’informations sont des arguments
insuffisants pour reporter une annonce. Il y a des moments où même un seul cas,
tel que la notification d’un cas d’Ebola, justifie une annonce précoce.
Toutefois, il existe des problèmes potentiels :
 Des annonces rapides risquent de surprendre des partenaires importants
qui pourraient être en désaccord avec l’évaluation initiale. Il est possible
de minimiser cela en mettant en place des modes de communication bien
rodés entre les parties prenantes principales et éventuelles. Ces systèmes
devraient être mis à l’épreuve au cours d’échanges de routine ou
d’exercices virtuels.
 Les annonces précoces sont souvent fondées sur des informations
incomplètes et parfois erronées. Il est essentiel de reconnaître
publiquement que l’information précoce risque de changer à mesure que

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l’on développe ou que l’on vérifie d’autres informations. Les avantages
d’une annonce précoce l’emportent sur les risques et même ces risques
(par exemple fournir une information inexacte) peuvent être minimisés
grâce à des messages de communication appropriés sur les flambées.
C. TRANSPARENCE
Maintenir la confiance du public tout au long d’une flambée exige de la
transparence (c’est à dire une communication sincère, facilement compréhensible, complète et
exacte dans les faits).La transparence caractérise la relation entre ceux qui prennent en charge la
flambée et le public. Elle permet au public de « voir » les processus liés à la collecte
d’informations, à l’évaluation des risques et à la prise de décision, et associés à la maîtrise des
flambées :
a) La transparence offre de nombreux avantages et montre notamment comment, à un
moment où l’on affronte l’incertitude et l’inconnu, ceux qui font face à la flambée
cherchent systématiquement des réponses.
b) Puisque la transparence expose également les faiblesses des structures et celles des
opérations de prise en charge des flambées, elle stimule la prise de décision responsable
et mûrement réfléchie.
c) Une totale sincérité doit être l’objectif opérationnel conforme aux droits de l’individu
largement acceptés, tels que l’intimité du patient. Il s’agit essentiellement de trouver
l’équilibre entre les droits de l’individu et l’information intéressant directement le bien
public et la nécessité et le désir du public d’obtenir des informations fiables. Le fait
d’annoncer publiquement les limites de la transparence et d’expliquer pourquoi elles sont
fixées est généralement bien toléré à condition que ces limites soient justifiées.
Cependant, si les limites de la transparence deviennent des excuses pour cacher
inutilement la vérité, il s’ensuivra probablement une perte de confiance du public.
De nombreux obstacles peuvent bloquer la transparence :
 On soulève souvent des arguments économiques, mais la première préoccupation
des responsables de la santé publique doit être la santé des gens. Toutefois, il
existe de plus en plus de preuves qui montrent que la récupération suivant
l’impact économique après une flambée est plus rapide lorsque les gouvernements
ont fait preuve de transparence et ont mis au point des indicateurs d’efficacité
concernant la prise en charge des flambées.
 La préparation des médias devrait être un élément essentiel du perfectionnement
professionnel destiné aux responsables publics. Chaque fois que possible, cette

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préparation devrait précéder chacune des interactions avec les médias. Il ne s’agit
pas tant d’une préparation des compétences en matière d’information que la
préparation de messages et de réponses spécifiques aux questions qui risquent de
se poser.
 Les porte-parole ou les responsables publics peuvent ne pas se sentir à l’aise
lorsqu’il s’agit de donner des mauvaises nouvelles ou de discuter d’un évènement
incertain.
 Il peut y avoir également la crainte de révéler les faiblesses de l’infrastructure. La
fierté, la gêne et la peur du blâme peuvent également entraîner les responsables à
dissimuler la vérité.
 Même si ces facteurs sont très difficiles à gérer dans une situation aiguë, le
changement de culture parmi les responsables politiques et les principaux
administrateurs techniques, qui déboucherait sur une plus grande transparence,
devrait être l’une des stratégies de la planification de la préparation relative aux
flambées.
La transparence, en elle-même, ne peut garantir la confiance. Le public doit constater la prise de
décision éclairée. Toutefois, en général, une plus grande transparence entraîne une plus grande
confiance.
D. LE PUBLIC
Il est essentiel de comprendre le public pour communiquer efficacement. Il est
généralement difficile de changer les croyances préexistantes, sauf si l’on aborde explicitement
ces croyances. Il est également pratiquement impossible, sans savoir ce que le public pense, de
concevoir des messages utiles qui facilitent la communication entre les experts et le public :
a) La communication précoce sur les risques est destinée à informer le public au sujet des
décisions techniques (stratégie de décision et d’information). Aujourd’hui, les
communicateurs des risques nous enseignent que la communication de crise est un
dialogue.
b) Il incombe au communicateur de comprendre les croyances, opinions et connaissances du
public au sujet de certains risques. Cette tâche s’intitule quelquefois “surveillance des
communications”.
c) Si possible, des représentants du public doivent participer à la prise de décision. Souvent,
cela est impossible, et il incombe donc au responsable de la communication en cas de
crise de comprendre et de présenter ces points de vue à mesure que la prise de décision
évolue.

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d) Il faut tenir compte des préoccupations du public même si celles-ci semblent infondées.
Lorsqu’une opinion exprimée en public est valide, l’élaboration des politiques doit être
conforme à cette opinion ; lorsqu’elle est erronée, il faut quand même l’admettre
publiquement, la corriger, et non pas l’ignorer, la traiter avec condescendance ou la
tourner en ridicule.
e) Les messages relatifs à la communication des risques doivent comprendre des
informations sur ce que le public peut faire pour se sentir plus en sécurité. Cela donne
aux gens le sentiment de maîtriser leur propre santé ainsi que leur propre sécurité, ce qui
leur permet ensuite de réagir face au risque en apportant des réponses plus raisonnées.
Les gens ont le droit d’avoir des informations qui touchent leur santé et celle de leur
famille. Il est indispensable d’apprendre qui ils sont et ce qu’ils pensent si l’on veut que
la communication sur les flambées soit efficace.
La communication relative aux mesures de prévention personnelles est particulièrement utile,
car elle permet au public de se sentir responsable de sa propre santé.
5. Planification
Les décisions et mesures prises par les responsables de la santé publique ont plus
d’effet sur la confiance et la perception du risque par le public que la communication. Tout ce
que font les responsables de la lutte contre les flambées, et non pas seulement sur ce qu’ils
disent, a un impact sur la communication des risques. Par conséquent, celle-ci est bien plus
efficace lorsqu’elle est intégrée à l’analyse et à la gestion des risques. La communication des
risques devrait être intégrée dans la planification de la préparation aux situations graves et dans
tous les aspects des interventions liées aux flambées :
a) Préparer un plan de communication des risques avant que l’on en ait besoin. La
planification de la communication sur les flambées doit faire partie intégrante de la
planification de la prise en charge des flambées et ce, dès le départ. Pour être efficace
dans l’annonce des décisions, la communication sur les flambées ne peut être un élément
rajouté à la toute dernière minute.
b) La planification de la communication se fait généralement par l’intermédiaire des
communicateurs d’un organisme donné et est souvent ignorée de la haute administration.
Les principes de la communication relative aux flambées comprennent certaines notions
qui vont à l’encontre de ce que l’on pense en matière de relations avec le public. Par
conséquent, il existe un danger potentiel à attendre une crise pour dire aux responsables
qu’il faut admettre l’incertitude ou tenir compte des croyances et des craintes du public.

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c) Avant même que la crise n’éclate, la haute administration et, théoriquement, les
responsables politiques, devraient se mettre d’accord sur les questions relatives aux
premières annonces, aux limites de la transparence et aux autres éléments de la
communication. Il s’agit notamment de répondre à des questions telles que : Que doit-on
faire ? Qui doit savoir ? Qui est le porte-parole ? Quel est l’organisme chef de file ? Et
qui doit agir ? Ces phases doivent être replacées dans leur contexte afin qu’elles soient
reliées à d’autres ministères et, si besoin est, à la communauté internationale. Cela ne
signifie pas qu’une communication sur les flambées qui n’a pas été prévue est condamnée
à échouer. La confiance, par exemple, peut se développer au cours d’une flambée.
Toutefois, il est bien plus facile d’instaurer celle-ci avant que cela ne devienne
nécessaire.
CONCLUSION
Si elles sont mises en oeuvre efficacement, ces lignes directrices concernant la communication
sur les flambées permettront au public de mieux réagir et le guidera dans la participation au
soutien donné afin d’endiguer rapidement une flambée, et limiter ainsi la morbidité et la
mortalité. Par ailleurs, une communication efficace amoindrira les dommages causés à la
réputation internationale, à l’économie et à l’infrastructure de santé publique de la nation
touchée. L’OMS développe actuellement ses activités de communication sur les flambées. Parmi
les prochaines étapes figurent la mise au point d’une formation à l’intention du personnel chargé
de la communication afin qu’il puisse fournir l’appui voulu aux bureaux de l’OMS dans les pays
lors de flambées importantes. L’OMS prévoit aussi d’aider les Etats Membres à se doter des
moyens de communication nécessaires. L’objectif principal de la santé publique consiste à
maîtriser les flambées aussi rapidement et avec aussi peu de bouleversements sociaux que
possible. Une communication efficace est l’instrument voulu pour atteindre cet objectif.

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