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Testes LL

Le document présente un récapitulatif des œuvres et textes étudiés en classe de Première au Lycée International de Valbonne, structuré en trois séquences thématiques. Chaque séquence aborde des œuvres littéraires marquantes, allant de la poésie du XIXe siècle à la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle, en passant par le roman et le récit. Les textes sélectionnés incluent des poèmes de Rimbaud, la Déclaration des droits de la femme d'Olympe de Gouges, et des extraits de romans contemporains.

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EAF, Session 2025, Voie Générale

Récapitulatif des œuvres et des textes étudiés


durant la classe de Première

Établissement et ville : Lycée International de Valbonne

Nom et prénom de l’élève :

Classe :

Nom du professeur : AB Branca

ŒUVRE CHOISIE PAR LE CANDIDAT pour la 2ème partie de


l’épreuve :
Objet d’étude :
Auteur et titre :

Signature du professeur : Signature et cachet du Chef d’Établissement :


Séquence 1 : La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Œuvre intégrale :”Les Cahiers de Douai”, A. Rimbaud

Parcours associé : Emancipations créatrices

Lecture cursive : A La Ligne, J. Ponthus

Texte n°1 : “Le Dormeur du Val”

Texte n°2 : “Vénus Anadyomène”

Texte n°3 : “Ma Bohème”

Texte n°4 : Extrait du roman A la ligne, J. Ponthus


Séquence 2 : La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

Œuvre intégrale :Déclaration des droits de la femme et de la


citoyenne, Olympe de Gouges

Parcours associé : Ecrire et combattre pour l’égalité

Lecture cursive :
- Combats et métamorphoses d’une femme, Edouard Louis
- Le Bal des Folles, Victoria Mas
- Du Domaine des Murmures, Carole Martinez
- La Servante écarlate, Margaret Atwood

Texte n°5 : Extrait du préambule de la Déclaration des droits de la femme et de la


citoyenne

Texte n°6 : Articles 6 à 10 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Texte n°7 : Extrait du postambule de la Déclaration des droits de la femme et de la


citoyenne

Texte n°8 : Extrait de “Femmes, soyez soumises à vos maris”, Voltaire


Séquence 3 : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Œuvre intégrale : Manon Lescaut, Abbé Prévost

Parcours associé : Personnages en marge, plaisir du romanesque

Lectures cursives :
- Darwyne, Colin Niel
- Bel Abîme, Yamen Manai
- Ne t’arrête pas de courir, Mathieu Palain
- Le Club des enfants perdus, Rebecca Lighieri

Texte n°9 : La rencontre de Renoncour avec Manon et le Chevalier

Texte n°10 : Le souper avec le vieux G...M...ou la « ridicule scène »

Texte n°11 : La confrontation de Des Grieux et son père

Texte n°12 : Extrait de Bel Abîme, Yamen Manai


La poésie du XIXème au XXIème siècle
Emancipations créatrices

TEXTE 1: “Le Dormeur du Val”

1 C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

5 Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

10 Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit


TEXTE 2: “Vénus Anadyomène”

1 Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête​

De femme à cheveux bruns fortement pommadés​

D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,​

Avec des déficits assez mal ravaudés ;

5 Puis le col gras et gris, les larges omoplates​

Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;​

Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor

La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût​

10 Horrible étrangement ; on remarque surtout​

Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;​

– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe​

Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.


TEXTE 3: “Ma Bohème”

1 Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;​

Mon paletot aussi devenait idéal ;​

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;​

Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

5 Mon unique culotte avait un large trou.​

– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course​

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.​

– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,​

10 Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes​

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,​

Comme des lyres, je tirais les élastiques​

De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !


TEXTE 4: Incipit du roman A La ligne, J. Ponthus

1 En entrant à l’usine

Bien sûr j’imaginais

L’odeur

Le froid

5 Le transport de charges lourdes

La pénibilité

Les conditions de travail

La chaîne

L’esclavage moderne

10 Je n’y allais pas pour faire un reportage

Encore moins préparer la révolution

Non

L’usine c’est pour les sous

Un boulot alimentaire

15 Comme on dit

Parce que mon épouse en a marre de me voir traîner dans le canapé en

attente d’une embauche dans mon secteur

Alors c’est

L’agroalimentaire
20 L’agro

Comme ils disent

Une usine bretonne de production et de transformation et de cuisson et

de tout ça de poissons et de crevettes

Je n’y vais pas pour écrire

25 Mais pour les sous

À l’agence d’intérim on me demande quand je peux commencer

Je sors ma vanne habituelle littéraire et convenue

« Eh bien demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne»

Pris au mot j’embauche le lendemain à six heures du matin

30 Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire s’incruste tenace

comme une arête dans la gorge

Non le glauque de l’usine

Mais sa paradoxale beauté


La littérature d’idées du XVIème au XVIIIème siècle
Ecrire et combattre pour l’égalité

Texte 5: Extrait de la Déclaration des droits de la femme et de


la citoyenne

1 Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait

la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui

t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? Ta force ?

Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la

5 nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te

rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire

tyrannique. Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie

les végétaux, jette enfin un coup d'œil sur toutes les modifications

de la matière organisée ; et rends-toi à l'évidence quand je t'en

10 offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu peux, les

sexes dans l'administration de la nature. Partout tu les trouveras

confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à

ce chef-d’œuvre immortel. L'homme seul s'est fagoté un principe

de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et

15 dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans

l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un


sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de

la révolution, et réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de

plus.
Texte 6 : Extrait de la Déclaration des droits de la femme et de
la citoyenne

DDHC Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de
concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous,
soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également
admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que
celle de leurs vertus et de leurs talents.

DDFC Article 6.- La Loi doit être l’expression de la volonté


générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir
personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit
être la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les citoyens, étant
égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités,
places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres
distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

DDHC Art. 7. Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas
déterminés par la Loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient,
exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé
ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance.

DDFC Article 7.- Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée,
arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la loi. Les femmes
obéissent comme les hommes à cette loi rigoureuse.

DDHC Art. 8. La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et
nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement
appliquée.

DDFC Article 8.- La loi ne doit établir que des peines strictement
et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi
établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée
aux femmes.
DDHC Art. 9. Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il
est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa
personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

DDFC Article 9.- Toute femme étant déclarée coupable, toute


rigueur est exercée par la loi.

DDHC Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur
manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

DDFC Article 10.- Nul ne doit être inquiété pour ses opinions
mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud ;
elle doit avoir également celui de monter à la tribune ; pourvu que ses
manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi.
Texte 7 : Extrait du Postambule de la Déclaration des droits
de la femme et de la citoyenne

1 (…) Sous l’Ancien Régime, tout était vicieux, tout était

coupable ; mais ne pourrait-on pas apercevoir l’amélioration des choses

dans la substance même des vices ? Une femme n’avait besoin que

d’être belle ou aimable; quand elle possédait ces deux avantages,

5 elle voyait cent fortunes à ses pieds. Si elle n’en profitait pas, elle

avait un caractère bizarre, ou une philosophie peu commune, qui la

portait au mépris des richesses ; alors elle n’était plus considérée que

comme une mauvaise tête ; la plus indécente se faisait respecter avec de

l’or ; le commerce des femmes était une espèce d’industrie reçue dans la

10 première classe , qui, désormais, n’aura plus de crédit . S’il en avait

encore, la Révolution serait perdue, et sous de nouveaux rapports, nous

serions toujours corrompus ; cependant la raison peut-elle se dissimuler

que tout autre chemin à la fortune est fermé à la femme que l’homme

achète, comme l’esclave sur les côtes d’Afrique ? La différence est

grande ; on le sait. L’esclave commande au maître ; mais si le maître lui

15 donne la liberté sans récompense, et à un âge où l’esclave a perdu

tous ses charmes, que devient cette infortunée ? Le jouet du mépris ;

les portes mêmes de la bienfaisance lui sont fermées ; elle est pauvre et

vieille, dit-on ; pourquoi n’a-t-elle pas su faire fortune ? D’autres

exemples encore plus touchants s’offrent à la raison. Une jeune personne

20 sans expérience, séduite par un homme qu’elle aime, abandonnera

ses parents pour le suivre ; l’ingrat la laissera après quelques années, et


plus elle aura vieilli avec lui, plus son inconstance sera inhumaine ; si elle

a des enfants, il l’abandonnera de même. S’il est riche, il se croira

dispensé de partager sa fortune avec ses nobles victimes. Si quelque

25 engagement le lie à ses devoirs, il en violera la puissance en espérant

tout des lois. S’il est marié, tout autre engagement perd ses droits.

Quelles lois reste-t-il donc à faire pour extirper le vice jusque dans la

racine ? Celle du partage des fortunes entre les hommes et les femmes,

et de l’administration publique. (…)


Texte 8 : Extrait de la “Femmes, soyez soumises à vos
maris”, Voltaire, 1768

Le personnage de ce texte est la veuve du maréchal de Grancey, une femme qui «


ne s’abaissa jamais à dire un mensonge » ; « ses amants l’adoraient, ses amis la
chérissaient, et son mari la respectait », écrit Voltaire.

1— Il fallait que sa femme fût une bien bonne créature : si j’avais été la

femme d’un pareil homme, je lui aurais fait voir du pays. Soyez soumises à

vos maris ! Encore s’il s’était contenté de dire : Soyez douces, complaisantes,

attentives, économes, je dirais : Voilà un homme qui sait vivre ; et pourquoi

5 soumises, s’il vous plaît ? Quand j’épousai M. de Grancey, nous nous

promîmes d’être fidèles : je n’ai pas trop gardé ma parole, ni lui la sienne ;

mais ni lui ni moi ne promîmes d’obéir. Sommes-nous donc des esclaves ?

N’est ce pas assez qu’un homme, après m’avoir épousée, ait le droit de me

donner une maladie de neuf mois, qui quelquefois est mortelle ? N’est-ce pas

10 assez que je mette au jour avec de très grandes douleurs un enfant qui

pourra me plaider quand il sera majeur ? Ne suffit il pas que je sois sujette

tous les mois à des incommodités très désagréables pour une femme de

qualité, et que, pour comble, la suppression d’une de ces douze maladies par

an soit capable de me donner la mort sans qu’on vienne me dire encore :

15 Obéissez ?

Certainement la nature ne l’a pas dit ; elle nous a fait des organes

différents de ceux des hommes ; mais en nous rendant nécessaires les uns aux

autres, elle n’a pas prétendu que l’union formât un esclavage. Je me souviens

bien que Molière a dit : « Du côté de la barbe est la toute-puissance”. Mais


20 voilà une plaisante raison pour que j’aie un maître ! Quoi ! Parce qu’un

homme a le menton couvert d’un vilain poil rude, qu’il est obligé de tondre de

fort près, et que mon menton est né rasé, il faudra que je lui obéisse très

humblement ? Je sais bien qu’en général les hommes ont les muscles plus forts

25 que les nôtres, et qu’ils peuvent donner un coup de poing mieux appliqué :

j’ai peur que ce ne soit là l’origine de leur supériorité.


Le roman et le récit du Moyen-ÂGE au
XXIème siècle
Personnages en marge, plaisir du
romanesque

Texte 9 : La rencontre avec les deux principaux


protagonistes

1 Parmi les douze filles, qui étaient enchaînées six à six par le milieu du

corps, il y en avait une dont l’air et la figure étaient si peu conformes à sa

condition, qu’en tout autre état je l’eusse prise pour une personne du premier

rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l’enlaidissaient si

5 peu, que sa vue m’inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins

de se tourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son

visage aux yeux des spectateurs. L’effort qu’elle faisait pour se cacher était si

naturel, qu’il paraissait venir d’un sentiment de [Link] les six

gardes qui accompagnaient cette malheureuse bande étaient aussi dans la

10 chambre, je pris le chef en particulier, et je lui demandai quelques

lumières sur le sort de cette belle fille. Il ne put m’en donner que de fort

générales. Nous l’avons tirée de l’hôpital, me dit-il, par ordre de M. le

lieutenant général de [Link] n’y a pas d’apparence qu’elle y eût été

renfermée pour ses bonnes actions. Je l’ai interrogée plusieurs fois sur la

15 route ; elle s’obstine à ne me rien répondre. Mais, quoique je n’aie pas

reçu ordre de la ménager plus que les autres, je ne laisse pas d’avoir
quelques égards pour elle, parce qu’il me semble qu’elle vaut un peu mieux

que ses compagnes. Voilà un jeune homme, ajouta l’archer, qui pourrait vous

instruire mieux que moi sur la cause de sa disgrâce. Il l’a suivie depuis Paris,

20 sans cesser presque un moment de pleurer. Il faut que ce soit son frère

ou son amant. Je me tournai vers le coin de la chambre où ce jeune homme

était assis. Il paraissait enseveli dans une rêverie profonde. Je n’ai jamais vu

de plus vive image de la douleur. Il était mis fort simplement ; mais on

distinguait au premier coup d’œil un homme qui a de la naissance et de

25 l’éducation. Je m’approchai de lui. Il se leva, et je découvris dans ses

yeux, dans sa figure et dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble,

que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien.


Texte 10: Le souper avec le vieux G...M...ou la « ridicule
scène »

1 Il vint me prendre par la main, lorsque Manon eut serré l’argent et les

bijoux ; et me conduisant vers M. de G*** M***, il m’ordonna de lui faire

la révérence. J’en fis deux ou trois des plus profondes. « Excusez,

monsieur, lui dit Lescaut, c’est un enfant fort neuf. Il est bien éloigné,

5 comme vous le voyez, d’avoir des airs de Paris ; mais nous espérons

qu’un peu d’usage le façonnera. Vous aurez l’honneur de voir ici

souvent monsieur, ajouta-t-il en se tournant vers moi ; faites bien votre

profit d’un si bon modèle. »

Le vieil amant parut prendre plaisir à me voir. Il me donna deux ou trois

10 petits coups sur la joue en me disant que j’étais un joli garçon, mais

qu’il fallait être sur mes gardes à Paris, où les jeunes gens se laissent

aller facilement à la débauche. Lescaut l’assura que j’étais

naturellement si sage, que je ne parlais que de me faire prêtre, et que

tout mon plaisir était à faire des petites chapelles. « Je lui trouve de l’air

15 de Manon, » reprit le vieillard en me haussant le menton avec la

main. Je répondis d’un air niais : « Monsieur, c’est que nos deux chairs

se touchent de bien proche ; aussi j’aime ma sœur comme un autre

moi-même. — L’entendez-vous ? dit-il à Lescaut ; il a de l’esprit. C’est

dommage que cet enfant-là n’ait pas un peu plus de monde. — Ho !


20 monsieur, repris-je, j’en ai vu beaucoup chez nous dans les églises,

et je crois bien que j’en trouverai à Paris de plus sots que moi. —

Voyez, ajouta-t-il, cela est admirable pour un enfant de province. »

Toute notre conversation fut à peu près du même goût pendant le

souper. Manon, qui était badine, fut plusieurs fois sur le point de gâter

25 tout par ses éclats de rire. Je trouvai l’occasion en soupant de lui

raconter sa propre histoire et le mauvais sort qui le menaçait. Lescaut

et Manon tremblaient pendant mon récit, surtout lorsque je faisais son

portrait au naturel ; mais l’amour-propre l’empêcha de s’y reconnaître,

et je l’achevai si adroitement, qu’il fut le premier à le trouver fort risible.

30 Vous verrez que ce n’est pas sans raison que je me suis étendu sur

cette ridicule scène


Texte 11: La confrontation de Des Grieux et son père

1 Comme je demeurais debout, les yeux baissés et la tête découverte :

Asseyez-vous, monsieur, me dit-il gravement, asseyez-vous. Grâce au

scandale de votre libertinage et de vos friponneries, j'ai découvert le

lieu de votre demeure.

5 C'est l'avantage d'un mérite tel que le vôtre de ne pouvoir demeurer

caché. Vous allez à la renommée par un chemin infaillible. J'espère

que le terme en sera bientôt la Grève, et que vous aurez,

effectivement, la gloire d'y être exposé à l'admiration de tout le monde.

Je ne répondis rien. Il continua : Qu'un père est malheureux, lorsque,

10 après avoir aimé tendrement un fils et n'avoir rien épargné pour en

faire un honnête homme, il n'y trouve, à la fin, qu'un fripon qui le

déshonore ! On se console d'un malheur de fortune : le temps l'efface,

et le chagrin diminue ; mais quel remède contre un mal qui augmente

tous les jours, tel que les désordres d'un fils vicieux qui a perdu tous

15 sentiments d'honneur ? Tu ne dis rien, malheureux, ajouta-t-il ;

voyez cette modestie contrefaite et cet air de douceur hypocrite ; ne le

prendrait-on pas pour le plus honnête homme de sa race ?

Quoique je fusse obligé de reconnaître que je méritais une partie de

ces outrages, il me parut néanmoins que c'était les porter à l'excès. Je

20 crus qu'il m'était permis d'expliquer naturellement ma pensée. Je


vous assure, monsieur, lui dis-je, que la modestie où vous me voyez

devant vous n'est nullement affectée ; c'est la situation naturelle d'un

fils bien né, qui respecte infiniment son père, et surtout un père irrité.

Je ne prétends pas non plus passer pour l'homme le plus réglé de

25 notre race. Je me connais digne de vos reproches, mais je vous

conjure d'y mettre un peu plus de bonté et de ne pas me traiter comme

le plus infâme de tous les hommes. Je ne mérite pas des noms si durs.

C'est l'amour vous le savez, qui a causé toutes mes fautes. Fatale

passion ! Hélas ! n'en connaissez-vous pas la force, et se peut-il que

30 votre sang, qui est la source du mien, n'ait jamais ressenti les

mêmes ardeurs ? L'amour m'a rendu trop tendre, trop passionné, trop

fidèle et, peut-être, trop complaisant pour les désirs d'une maîtresse

toute charmante ; voilà mes crimes.


Texte 12 : Extrait du roman Bel Abîme, Yamen Manai

L’extrait proposé se trouve dans les toutes premières pages du roman. On comprend que le
narrateur s’adresse à son avocat, mais on ne sait pas quel crime il a commis.

1 C'est à moi de répondre aux questions ? D'accord, entendu. Mon

dossier est sur la table, épais comme la Bible. J'ai déjà tout dit au policier,

alors que voulez-vous savoir de plus ? Reprendre depuis le début ? L'affaire

est sérieuse ? Un peu qu'elle est sérieuse, c'est même l'affaire la plus

5 sérieuse de ma courte vie. Les charges qui pèsent sur moi sont lourdes ?

Vous croyez qu'elles datent de cette nuit, les charges qui pèsent sur moi ?

Laissez-moi vous dire: depuis que j'ai ouvert les yeux sur ce monde, je le

sens peser sur moi de son poids injuste, et je m'y suis habitué. Alors vos

charges lourdes, vous pouvez vous les mettre où je pense.

10 Non, je n'ai pas ma langue dans ma poche. Mes poches sont vides

depuis que je suis né, mis à part ce fameux jour où mon père m'a donné

vingt dinars pour que je sorte me faire plaisir, m’a-t-il dit. Tiens mon garçon,

va au cinéma, c'est bien ça que tu voulais ? Tiens, tu pourras même t'acheter

une crêpe . J'ai regardé sa main tendue et j'ai levé vers lui des yeux

15 incrédules. Il y avait dans son regard une douceur étrange, car toute

douceur dans ses yeux est étrange. Ma mère m'a soufflé à l'oreille : vas-y,

prends, tu vois qu'il t'aime. Alors j'ai eu un doute, je me suis dit que je m'étais

peut-être trompé sur son compte. J'ai saisi le billet. C'était presque irréel,

comme dans un rêve bizarre, d'autant plus que le cheval de Kheirredine s'est
20 mis à hennir et à se cabrer. Sans doute pour me prévenir, mais ça sur le

coup je ne l'ai pas compris. J'avais juste peur de me réveiller sans être allé

au cinéma, alors j'ai enfoui le billet dans ma poche et j'y ai couru. C'est la

seule fois où j'ai eu quelque chose dans ma poche, je peux vous dire que ma

langue n'y est pas.

25 Pourtant, la nuit même, j'ai tiré sur mon père ? Oui, c'est exact. si

je regrette mon geste? Non, je vais même vous dire, si c'était à refaire je le

referais . Et Monsieur le Maire ? Je confirme, c'est encore moi . Et le ministre

de l'environnement, aussi, oui, c'est encore moi. Et dites-vous que si on me

redonnait le fusil et qu'on les alignait devant moi, le président, les ministres et

30 tous les députés, je tirerais sur eux. je leur prendrai leurs mains. les uns

après les autres, à cette bande d'enculés.


Le théâtre du XVIIIème au XXIème siècle
Jeux du coeur et de la parole

Le Baron. – Bonjour, mes enfants ; bonjour, ma chère Camille, mon cher

Perdican ! Embrassez-moi, et embrassez-vous.

Perdican. – Bonjour, mon père, ma sœur bien-aimée ! Quel bonheur ! Que je

suis heureux !

Camille. – Mon père et mon cousin, je vous salue.

Perdican. – Comme te voilà grande, Camille ! et belle comme le jour !

Le Baron. – Quand as-tu quitté Paris, Perdican ?

Perdican. – Mercredi, je crois, ou mardi. Comme te voilà métamorphosée en

femme ! Je suis donc un homme, moi ! Il me semble que c’est hier que je t’ai

vue pas plus haute que cela.

Le Baron. – Vous devez être fatigués ; la route est longue, et il fait chaud.

Perdican. – Oh ! mon Dieu, non. Regardez donc, mon père, comme Camille

est jolie !

Le Baron. – Allons, Camille, embrasse ton cousin.

Camille. – Excusez-moi1 .

Le Baron. – Un compliment vaut un baiser ; embrasse-la, Perdican

Perdican. – Si ma cousine recule quand je lui tends la main, je vous dirai à

mon tour : Excusez-moi ; l’amour peut voler un baiser, mais non pas l’amitié.
Camille. – L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent

rendre.

Le Baron, à maître Bridaine. – Voilà un commencement de mauvais

augure , hé ?

Maître Bridaine, au Baron. – Trop de pudeur est sans doute un défaut ;

mais le mariage lève bien des scrupules.

Le Baron, à maître Bridaine. – Je suis choqué – blessé. – Cette réponse

m’a déplu. – Excusez-moi ! Avez-vous vu qu’elle a fait mine de se signer ? –

Venez ici, que je vous parle. – Cela m’est pénible au dernier point. Ce

moment, qui devait m’être si doux, est complètement gâté. – Je suis vexé,

piqué . – Diable ! voilà qui est fort mauvais.

Maître Bridaine. – Dites-leur quelques mots ; les voilà qui se tournent le dos.

Le Baron. – Eh bien ! mes enfants, à quoi pensez-vous donc ? Que fais-tu

là, Camille, devant cette tapisserie ?

Camille, regardant un tableau. – Voilà un beau portrait, mon oncle !

N’est-ce pas une grand-tante à nous ?

Le Baron. – Oui, mon enfant, c’est ta bisaïeule – ou du moins – la sœur de

ton bisaïeul – car la chère dame n’a jamais concouru, – pour sa part, je

crois, autrement qu’en prières – à l’accroissement de la famille. – C’était, ma

foi, une sainte femme. Camille. – Oh ! oui, une sainte ! c’est ma grand-tante

Isabelle. Comme ce costume religieux lui va bien ! Le Baron. – Et toi,

Perdican, que fais-tu là devant ce pot de fleurs ?

Perdican. – Voilà une fleur charmante, mon père. C’est un héliotrope .

Le Baron. – Te moques-tu ? elle est grosse comme une mouche. Perdican.

– Cette petite fleur grosse comme une mouche a bien son prix.

Maître Bridaine. – Sans doute ! Le docteur a raison. Demandez-lui à quel

sexe, à quelle classe elle appartient, de quels éléments elle se forme, d’où lui
viennent sa sève et sa couleur ; il vous ravira en extase en vous détaillant les

phénomènes de ce brin d’herbe, depuis la racine jusqu’à la fleur.

Perdican. – Je n’en sais pas si long, mon révérend . Je trouve qu’elle sent

bon, voilà tout.

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