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Latin Forum 1 (Maître)

Le document présente une analyse détaillée de la mosaïque dite « du Paradis » trouvée dans la synagogue de Hammam Lif, en Tunisie, ainsi qu'une préface sur un livre destiné aux enseignants de latin. Ce livre fournit des corrigés et des éléments supplémentaires pour aider à l'enseignement, notamment des analyses d'images et des notes méthodologiques. Il aborde également des thèmes culturels et historiques liés à la langue latine et à l'iconographie.

Transféré par

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e

9
latin

forum

livre du maître
Marc Agocs Antje Kolde
Michel Baud Sébastien Maréchaux
Viviane Durussel Aline Rapin
latin
forum
livre du maître

Marc Agocs
La mosaïque dite «du Paradis»
L’illustration de la page de couverture est un détail de la
Michel Baud
mosaïque dite «du Paradis» (Ve-VIe s. apr. J.-C.), trouvée dans
la synagogue de Hammam Lif (Tunisie).
La synagogue de Hammam Lif (nom antique: Naro) a été dé- Viviane Durussel
couverte en 1883 dans la petite ville de Hammam-Lif (à environ
cinquante kilomètres de Tunis) par le capitaine français Ernest
de Prudhomme. Souhaitant ajouter un nouveau jardin à sa villa,
Antje Kolde
il trouve les restes d'une synagogue juive de l'époque romaine,
avec vingt-cinq belles mosaïques, parfaitement conservées. Sébastien Maréchaux
Ces mosaïques en terre cuite émaillée montrent divers ani-
maux (gazelles, tigres, dauphins, coqs ...), ainsi que des me-
norahs (chandeliers à sept branches) et des figures humaines. Aline Rapin
Une inscription en latin indique que ces mosaïques ont été
offertes à la synagogue par Julia de Naro; deux autres inscrip-
tions contiennent le mot SYNAGOGA et une dernière indique
l’endroit où l’on doit déposer les ‘livres sacrés’.
Lorsqu’il quitte la Tunisie, de Prudhomme emporte les mo-
saïques avec lui; ses héritiers les revendent en 1891 à M. Edouard
Schenk de Toulouse; elles sont plus tard achetées par le Brooklyn
Museum de New York, où on peut les admirer aujourd’hui.
Préface

C
e Livre du maître propose les
habituels corrigés aux ques-
tions posées dans les diffé-
rentes rubriques du Livre de l’élève.
Les corrigés des exercices de déclinai-
sons ou de conjugaison ne sont pas
donnés; les réponses aux rubriques
Questions sur l’image ou Apprendre
à regarder sont largement détaillées,
dans la mesure où les enseignants de
latin ne sont pas tous familiarisés avec
le travail sur l’iconographie.
Figurent également dans cet ouvrage
de nombreux éléments supplémen-
taires, signalés par un encadré de cou-
leur et, souvent, par le signe +.
Certains encadrés portent sur la lan-
gue: ils proposent un développement
sur une question d’étymologie ou sur
un aspect d’un texte ou d’un exer-
cice (A faire remarquer aux élèves);
d’autres, toujours induits par la phrase
latine, visent à faire acquérir aux élèves
une méthodologie de la traduction
(Notes méthodologiques). D’autres
encore, concernant l’aspect culturel,
proposent des informations supplé-
mentaires (contexte historique, ana-
lyse d’image, image supplémentaire...)
de manière à suggérer un prolonge-
ment à la réflexion. Quelques pistes
bibliographiques sont également sug-
gérées aux maîtres pour parfaire leurs
connaissances.
Le choix de ces éléments est bien évi-
demment un peu arbitraire et il revient
à chaque enseignant de le compléter
à sa guise. Nous y avons fait figurer ce
que nous aurions envie de dire à nos
élèves.

2
latin
forum

1
chapitres 2
CHA P ITRE 1
Le cheval de Troie (p. 8)
compréhension p. 9

Texte 1: Laocoon blesse le cheval Texte 2: La mort de Laocoon


1. Malheureux citoyens (l. 2); folie (l. 2). Laocoon a rai- 1. Laocoon fait un sacrifice à Neptune, peut-être pour se
son d’utiliser ces termes pour parler de l’aveuglement faire pardonner son geste impie (transpercer le cheval
des Troyens; cet aveuglement va entraîner la chute de de Troie), plus probablement pour le remercier du dé-
Troie. Laocoon prévoit ce qui va arriver. part des Grecs. Cette scène se déroule sur le rivage de
Troie. A noter que les autels des grands dieux sont le
2. Ulysse a la réputation d’être le plus rusé des hommes.
plus souvent devant leur temple (et non sur la plage).
Les mots artifices (l. 3) et piège (l. 6) font référence à
cet esprit plein de ruse. 2. immenses anneaux (l. 13); crêtes sanglantes (l. 14);
croupes immenses (l. 15); yeux ardents injectés de
3. Le cheval de Troie est une offrande sacrée faite aux
sang et de feu (l. 16)
dieux troyens. C’est ainsi que Sinon l’a présenté. Or, en
le blessant de son javelot, Laocoon commet un acte 3. On voit que ces serpents ont été envoyés par Athéna,
impie et sacrilège. protectrice des Grecs et ennemie des Troyens, car,
une fois Laocoon mort, ils partent se réfugier dans son
4. Les bruits que l’on entend (long gémissement) sont
temple et se cachent aux pieds de sa statue (l. 25-26).
produits par les soldats grecs cachés à l’intérieur du
cheval.
Texte 3: Les Troyens font entrer
le cheval dans la ville
1. Le cheval est trop grand pour entrer dans la ville en
passant par la porte.
2. fatalis = voulu par le destin, mortel / machina, du grec
(ê mêchanê) = invention ingénieuse. C’est
bien ce qu’est le cheval: une habile construction hu-
maine qui amène la mort et la ruine de Troie. Une fois
que le cheval est entré dans les murs de la ville, le des-
tin de Troie est scellé: sa chute est inévitable.

CHAPITRE 1 3
analyse d’image p. 9

Image 1 Le cheval de TROIE p. 9


LAOCOON ET SES
1. D’après Virgile, le cheval est amené dans la ville à FILS ETOUFFES
l’aide de cordages solides et de roues glissées sous PAR LES SERPENTS
ses pieds. Or, sur l’image, on peut voir le cheval sur un STATUE MONUMEN-
char tiré par des bœufs; des hommes poussent le char TALE (IIe S. AV. J.-C.)
de chaque côté. Cette représentation n’est pas réa-  P. 9
liste: comment les Troyens ont-ils pu hisser le cheval
sur ce char? Comment toute une troupe pourrait-elle
Description: deux serpents enveloppent de leurs
tenir à l’intérieur?
nœuds Laocoon et ses deux fils; le premier reptile
2. Les trois personnages aux chapeaux pointus font cer- mord Laocoon à la hanche, le prêtre se redresse brus-
tainement partie de la famille royale troyenne: on ne quement et tente de se dégager; le second serpent
sait pas qui ils sont. A droite, le roi Priam ou l’un des a déjà mordu au côté le plus jeune des enfants (à
princes troyens (Pâris?) indique du geste la manœuvre gauche), qui tombe écrasé de douleur tandis que son
à faire. Quant aux autres personnages, il s’agit proba- frère (à droite) tente encore de se dégager.
blement des Troyens.
Datation: il pourrait s’agir d’une copie (du Ier s. apr.
Les costumes des personnages correspondent à
J.-C.) réalisée à partir d’un bronze perdu datant de 140
l’époque à laquelle ce panneau a été réalisé (Renais-
av. J.-C. Cette copie serait l’œuvre des sculpteurs rho-
sance). Le peintre a placé un thème antique dans son
diens Agésandros, Athénodore et Polydore, qui ont
époque à lui, sans souci des anachronismes.
travaillé pour Tibère. Cette statue pourrait aussi être
3. A droite du panneau, on distingue quelques fortifica- une création originale due aux mêmes artistes. Selon
tions médiévales à créneaux. Le seul élément permet- la datation adoptée se pose la question suivante: Vir-
tant d’identifier la ville comme Troie est le cheval lui- gile s’est-il inspiré du Laocoon? ou, au contraire, le
même, introduit à l’intérieur des murs. groupe illustre-t-il l’Enéide?
Histoire: ce Laocoon se trouvait dans la Domus aurea
Image 2 de Néron, puis a été exposé dans le palais de Titus.
Laocoon et ses fils Pline l’Ancien (Histoire Naturelle 36, 37) la considère
étouffés par les serpents p. 9 comme la plus belle de toutes les œuvres d’art: [...] le
Laocoon, dans le palais de Titus, morceau préférable
1. La statue de Laocoon est à relier aux lignes 22-24:
à toutes les productions soit de la peinture, soit de
Laocoon s’efforce d’écarter leurs nœuds de ses
la statuaire; il est d’un seul bloc, ainsi que les enfants
mains; leur bave et leur noir venin souillent ses ban-
et les replis admirables des serpents. Ce groupe a été
delettes, et, en même temps, il jette vers les cieux des
fait de concert par trois excellents artistes, Agésandre,
cris épouvantables.
Polydore et Athénodore, Rhodiens.
2. Cette œuvre a une hauteur de 242 cm. On peut la
Le groupe a été découvert à Rome le 14 janvier 1506,
qualifier de monumentale (colossale, gigantesque,
à proximité des «Sept Salles» construites à l’emplace-
immense) parce que les personnages sont bien plus
ment de l’ancienne Domus aurea de Néron. L’œuvre
grands que nature.
est achetée par le pape Jules II, qui la place dans la
3. Il y a une grande intensité dramatique. Laocoon est cour de l’Octogone de son palais du Belvédère, au
tout entier tendu par l’effort pour se dégager de Vatican. Le roi de France François Ier la demande au
l’étreinte des serpents. Bouche ouverte, il semble crier pape, en vain, et finit par obtenir, dans les années
son effroi et sa douleur. L’un des fils de Laocoon re- 1540, une copie.
garde son père pour qu’il le délivre de ce monstre,
Le groupe est incomplet. Dès 1523, Montorsoli, élève
tandis que l’autre semble déjà succomber à l’étreinte
de Michel-Ange, refait le bras droit du prêtre, qui
des serpents.
manque, et l’imagine tendu à la diagonale. En 1905
l’archéologue Ludwig Pollak retrouve le bras droit du
prêtre, bras plié, qui retrouvera sa place lors d’une res-
tauration, en 1957-1960.

4 CHAPITRE 1
etymologie p. 1 0

1. Période de mille ans (mille) – qui a cent ans (centum) • Tous ces mots ont un lien avec le chiffre quatre: un
- durée de cinq ans (quinque) – fourche à trois dents cadre, un carreau et un carré ont tous les trois quatre
(tres) – période de dix ans (decem) – groupe de six côtés.
enfants issus d’une même grossesse (sex) – épreuve • Un quintette désigne à la fois une oeuvre écrite pour
d’athlétisme comportant trois parties: natation, course cinq instruments (ou voix) solistes avec ou sans ac-
cycliste et course à pied (tres) – plante, herbe aux compagnement et un ensemble instrumental com-
feuilles composées de trois éléments (tres) – combat posé de cinq instruments. Les compositeurs privilé-
à armes égales entre deux personnes (duo) gient le quintette à cordes (deux violons, un ou deux
2. a) – c) – c) alto, un ou deux violoncelles) ou le quintette à vent
(flûte, hautbois, clarinette, cor et basson), mais ils
3. • Les noms des mois de septembre, octobre, no-
proposent parfois d’autres compositions (quatuor à
vembre et décembre sont issus des nombres latins
cordes plus piano, quatuor à cordes plus clarinette
septem, octo, novem et decem. Dans le calendrier
ou hautbois, quintette de cuivres, mélange cordes et
romain, ces quatre mois représentaient respecti-
vents…). L’un des plus célèbres quintette est La Truite
vement le septième, le huitième, le neuvième et le
de Schubert, écrit pour piano, violon, alto, violon-
dixième mois de l’année. On peut donc en conclure
celle et contrebasse.
qu’à Rome, le 1er mars marque le début de la nou-
L’octave représente un intervalle de huit notes. Il est
velle année et correspond à la fin de la saison froide
l’intervalle donnant la consonnance la plus parfaite.
et au début approximatif du printemps.
Le début mars correspond surtout à la reprise des • La pieuvre est un animal qui a huit tentacules (octo).
activités militaires. Dans l’Antiquité, on ne fait pas la Le mot latin (polypus), qui vient du grec, dit seule-
guerre en hiver. A Rome, les fêtes de l’Armilustrium ment qu’il y en a beaucoup!
(purification des armes, 19 octobre) mettent fin à • Le centurion commande cent hommes.
l’année militaire; les fêtes de purification des chevaux
(Equiria, 21 février et 14 mars) signalent sa reprise. • Ce moment de la journée correspond aujourd’hui à
la sieste (du latin sexta hora).
4. a) décimer – b) seconder – c) un uniforme

CHAPITRE 1 5
exercices p. 1 2
1.6 septimus
tertius
1.1 1751 decimus
septimus
ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE
RAISONNÉ DES SCIENCES,
tertius
DES ARTS ET DES MÉTIERS decimus
FRONTISPICE DE L’OUVRAGE 1.8 Conjonction de subordination – nom propre – nom
DE DIDEROT ET D’ALEMBERT  p. 12
– verbe (infinitif) – adverbe – préposition – adverbe
Il s’agit du frontispice – pronom personnel – préposition – verbe (passé
de l’Encyclopédie (ou simple) – adjectif – pronom relatif – adjectif – dé-
Dictionnaire raisonné terminant possessif – conjonction de coordination
des sciences, des arts et Les classes grammaticales ci-dessus correspondent aux appel-
des métiers) de Diderot lations grammaticales utilisées dans la méthode L’Atelier du lan-
gage 9e (version romande).
et D’Alembert, ouvrage
en trente-cinq volumes; 1.9 Attribut du sujet – complément de nom – complé-
sa rédaction (1751-1772) ment de verbe (CVD) – complément de nom – sujet
a réuni cent cinquante – complément de verbe (CVD) – complément de
collaborateurs et fait phrase (lieu) – complément de verbe (CVI) – sujet
vivre mille ouvriers pen- – complément de verbe (CVI) – complément de
dant vingt-cinq ans! verbe (CVD)
L’Encyclopédie avait Les fonctions grammaticales ci-dessus correspondent aux ap-
pour but de dévoiler les pellations grammaticales utilisées dans la méthode L’Atelier du
secrets du monde du travail et de porter les progrès langage 9e (version romande).
du monde économique au premier plan des préoc-
1.10 Attribut du sujet (l. 16) – complément de verbe (CVI)
cupations. Elle fut complétée, rééditée et imitée dans
(l. 23) – sujet (l. 26) – complément de verbe (CVI)
toute l’Europe, notamment avec l’Encylopédie d’Yver-
(l. 30) – sujet (l. 34)
don, publiée entre 1770 et 1780 en cinquante-huit vo-
Les fonctions grammaticales ci-dessus correspondent aux
lumes, sous la direction de Fortunato Bartolomeo De appellations grammaticales utilisées dans la méthode L’Atelier
Felice (1723-1789). du langage 9e (version romande).

1.2 14 – 16 – 18 – 44 – 63 – 202 – 390 – 444 – 509 –


753 – 938 – 1214 – 1492 – 1789
A noter que XL n’est pas une mesure de taille, mais
la notation du chiffre quarante!

1.3 XXVIII – LIII – LXXXIX – CCXXXVI – DCCLXV –


CMLXXXVII – MCCXCI – MDXV – MCMXIV –
MMXXI – MMCCCVIII – MMCDXL

1.4 D E C E M
UNUS
OCTO

1.5 QUATTUOR
QUATTUOR
SEPTEM
SEPTEM

6 CHAPITRE 1
CHA P ITRE 2
Les origines de rome :
énée à carthage (p. 14)
3. En français, on trouve le sujet, puis le verbe, puis le
L’arrivée d’énée à Carthage – ou les complément(s) de verbe; de même le complé-
Mosaïque romaine (IVe s. apr. J.-C.)  p. 15 ment de nom suit le nom.
Un autre détail de cette mosaïque est à trouver à la En latin, le complément de verbe (CVD / CVI) ou l’at-
page 33 du manuel. tribut du sujet précède systématiquement le verbe, et
le complément de nom, très souvent, se trouve avant
Nous avons là deux détails d’une mosaïque de 4 m² le nom qu’il complète.
(350-400 apr. J.-C.) trouvée en 1938. Elle ornait la
villa romaine de Low Ham et représente l’histoire de
Didon et d’Enée. Au centre on voit trois scènes (de
stylistique p. 1 5

haut en bas): Enée, Cupidon, Vénus, Didon / Vénus


1. Le français doit ajouter la préposition de. Advenae
entre deux cupidons / les amours de Didon et d’Enée.
(l. 4), advenae (l. 5), Elissae (l. 6), advenae (l. 8), Trojae
A gauche, un bandeau figure la chasse de Didon et
(l. 9), advenae (l. 10), pugnae (l. 12), Trojae (l. 13) et Tro-
d’Enée (reproduite p. 33). A droite, un bandeau repré-
jae (l. 16) sont tous des compléments de nom. On
sente l’arrivée des Troyens à Carthage.
constate que systématiquement, dans la traduction
française, la préposition de (du, des) doit être ajoutée.
2. Le français doit ajouter la préposition par. On pourrait
améliorer la traduction de fama ainsi: Elissa a appris
par une rumeur la présence d’un étranger.
3. Ce mot se trouve dans un discours (présence de
guillemets) et il est entouré de deux virgules qui le
séparent du reste de la phrase. Par ailleurs le verbe est
en «tu» ou en «vous».
4. l. 11: la destruction de Troie / la chute de Troie – l. 21:
l’ombre de la nuit

compréhension p. 1 5

1. d) – b) – e) – a) – c)
2. Les Grecs sont entrés dans la ville de Troie grâce à la
ruse du cheval (voir p. 8). Ils ont mis la ville à sac; Enée
fuit sa patrie détruite (voir aussi p. 29).
3. Il s’agit du cheval de Troie.
4. Le mot machina fait allusion au stratagème que les
observation p. 1 5 Grecs ont préparé. C’est une ingénieuse machine
de guerre due à la ruse proverbiale d’Ulysse. Ce mot
1. Elissa (l. 1): apostrophe – Africae (l. 2): complément de convient parfaitement pour qualifier le cheval de
nom – fama (l. 4): complément de proposition (ma- Troie.
nière) – advenae (l. 5): complément de nom – advena
(l. 6): sujet – Trojam (l. 7): complément de verbe (CVD) 5. La ville est tombée en 1183 avant J.-C. (voir p. 14) (XIIe
– reginae (l. 9): complément de verbe (CVI) siècle avant J.-C.). Cette date est très incertaine étant
donné qu’on parle d’un événement entre mythe et
2. Pour traduire un groupe nominal, il faut rétablir, selon histoire.
le contexte, un article défini (le, la, les, l’), un article
indéfini (un, une, des) ou un déterminant possessif
(mon, ton, son, notre, votre, leur…). En latin, il n’y a
pas d’article défini ou indéfini et le possessif n’est pas
toujours exprimé.

CHAPITRE 2 7
etymologie p. 1 6 traduction p. 1 8

1. amener, accourir, attirer, advenir, apporter


encadrer, encercler, emmurer, enterrer, emprisonner,
Enée raconte à Didon
emboîter, imposer, importer (et aussi: emporter) la fin de Troie
La prise de Troie
a faire remarquer aux élèves «Le combat est rude. Troie est détruite par la flamme.
La troupe grecque tue dans le palais la reine de Troie et
• Pour la première série, le préfixe latin ad est main- la famille de la reine.
tenu, mais il peut adopter trois formes: soit il reste Je combats avec une grande audace et j’offre ma vie à
tel quel (advenir), soit la consonne d s’assimile à la ma patrie. Mais la fortune donne la victoire à la troupe
consonne qui débute le verbe simple et la redouble grecque.
(ad + courir -> ac-courir), soit, après assimilation et
donc redoublement, la consonne issue du d tombe, La fuite d’énée
n’étant pas nécessaire du point de vue de la pronon- J’ai quitté ma patrie, emportant la flamme de Vesta. Une
ciation (ad + gresser -> aggresser -> agresser). étoile me montrait la voie vers l’Italie. Mais maintenant
• Pour la seconde série, distinguer formation savante j’ai été amené par le sort vers l’Afrique et le palais d’Elissa.
avec maintien de in- (ou im- devant le p ou le b) et J’ai perdu ma famille, mais je dois fonder une nouvelle
évolution populaire avec le in- qui devient en- (en- patrie en Italie.»
cadrer, encercler, emmurer, enterrer, emprison- Elissa montre une grande tristesse, car elle admire la
ner, emboîter). Parfois on trouve les deux variantes renommée de Troie. Maintenant Elissa raconte sa vie
(emporter et importer). Reste que le sens du in latin à l’étranger.
(«dans») est bien perceptible.
a faire remarquer aux élèves
2. qui a mauvaise réputation (fama) – qui aime le combat • Le texte des encadrés «A faire remarquer aux élèves»
(pugna) – qu’on ne peut pas prendre par un combat; et «Notes méthodologiques» est très largement ins-
qu’on ne peut pas attaquer (pugna) – qui a les carac- piré de l’ouvrage suivant: V. Durussel et D. Bassin, Le
tères physiques et moraux d’une femme; qui se com- latin expliqué, Editions LEP Loisirs et Pédagogie, Le
porte comme une femme (femina) Mont-sur-Lausanne 2001.
3. a) – b) – b) • La ponctuation n’existait pas dans l’Antiquité. L’édi-
4. fébrifuge = b) teur moderne a ajouté des signes de ponctuation,
fugace = a) pour aider à la compréhension. Il faut donc en te-
fugitif = d) nir compte. Les lignes 1-6 du texte latin sont entre
fugue = f) guillemets: il s’agit du récit d’Enée à Didon (en réfé-
ignifuger = c) rence au titre du texte).
refuge = e)
5. a) victorieux – b) vital
questions sur l’image p. 1 8
6. • Le contraire de postérieur est antérieur, dans lequel
on retrouve la préposition latine ante qui s’oppose à
la préposition post. Enée blessé,
• Cet adjectif anglais signifie célèbre, réputé, connu, fresque de Pompéi
renommé. On retrouve clairement, dans cet adjectif,
les sens du mot latin fama. 1. L’enfant à droite est Iule, fils d’Enée: il pleure à cause
de la douleur qu’éprouve son père (qui, lui, reste im-
• La traduction littérale de curriculum vitae serait dé- passible) et de la crainte qu’il ressent devant l’opéra-
roulement de la vie. Le curriculum vitae est un do- tion pratiquée par Iapyx.
cument sur lequel figurent des indications relatives à
l’état civil, aux capacités, aux diplômes et aux activi- 2. Les pieds de Vénus ne touchent pas la terre. Dans la
tés passées d’une personne. main gauche, la déesse tient la plante miraculeuse qui
aidera à la cicatrisation.

8 CHAPITRE 2
exercices p. 1 9

2.1 1. nominatif 2. ablatif 2.9 Version – Les dangers de la mer


3. datif 4. vocatif Un marin qui navigue sur la mer n’a aucune patrie,
5. accusatif 6. génitif mais il a une vie dangereuse. Il n’engage pas le com-
7. accusatif 8. datif bat, il ne reçoit pas victoire et renommée, il ne passe
9. ablatif 10. nominatif pas sa vie avec une belle femme, il ne peut pas em-
brasser sa petite fille. Maintenant il navigue vers l’Asie
2.2 ara, injuria, advena, praeda, silva, puella, poena, Roma
et son voyage est la cause de son inquiétude. Il craint
– La terminaison du nominatif singulier ne suffit pas;
l’ombre de la nuit et la colère de Neptune, car, si une
il faut également prendre en compte la terminaison
tempête détruit son bateau, où a-t-il sa sépulture?
du génitif singulier.
2.10 Version – Naissance de la petite Julia (p. 20)
Dans la ferme d’un paysan, une petite fille, Julia, est
a faire remarquer aux élèves née. Le paysan avait déjà deux filles, Tullia et Terentia.
• Les noms de la première déclinaison sont majori- Maintenant trois filles vivent dans sa ferme. La joie
tairement féminins. Néanmoins, il existe quelques du paysan est très grande, mais Julia ne se porte pas
noms masculins (comme advena, -ae, m.), mais ils se bien. Le père de Julia prie la déesse Vesta, car Vesta
déclinent comme rosa. veille sur la famille. Maintenant, avec l’aide de Vesta,
Julia se porte bien. Le paysan a une grande recon-
naissance pour cette déesse si bienveillante. C’est
2.5 a) accusatif = complément de verbe (CVD) pourquoi il sacrifie une chèvre blanche pour Vesta.
b) génitif = complément de nom
c) ablatif = complément de proposition (manière)
d) datif = complément de verbe (CVI) notes méthodologiques
e) accusatif = complément de la préposition ad • Les noms propres se déclinent en latin, mais se tra-
2.6 1. patriam 2. patria duisent par la forme du nominatif. On traduit Tulliam
3. vitam, patriae 4. victoriam, pugna et Terentiam (l. 2) par «Tullia et Terentia».
5. causa, victoriae 6. fuga, umbra
7. fuga, victoria 8. patria, fortuna, victoriam
9. pulchram patriam 10. fuga, vitam, patriae
2.7 1. la patrie d’Elissa
2. la reine d’Afrique
3. la cause de sa fuite
4. le souvenir de la victoire
2.8 a) avant la fuite – dans la patrie – avant la bataille –
vers la patrie – dans l’ombre
b) avant la fuite de l’étranger – dans la patrie d’Elissa
– avant la bataille de Troie – vers la patrie d’Elissa –
dans l’ombre de Troie

notes méthodologiques
• Dans tous ces exemples, la préposition porte sur le
deuxième nom parce qu’un génitif est enclavé entre
la préposition et le nom qu’elle introduit. Faire re-
marquer aux élèves que, contrairement au français,
une préposition ne porte pas forcément sur le pre-
mier nom qui la suit, mais sur le premier nom qui
correspond à sa construction:
ante + acc. -> ante [advenae] fugam. On traduira dans
cet ordre:
1. ante – 2. fugam – 3. advenae
donc l’élément enclavé en dernier.

CHAPITRE 2 9
10
latin
latin
forum

MAGAZINE

persée et andromède
questions sur l’image p. 2 2 • La fresque se divise en trois bandes verticales qu’il faut
observer successivement de droite à gauche. A droite,
Persée se présente à Céphée, père d’Andromède; en
Persée délivre Andromède bas, on voit trois femmes, une assise et deux debout
(peu lisibles, le bas du tableau étant abîmé par l’hu-
Fresque de la maison du prêtre midité), qui tendent les bras en signe de douleur et
Amandus, Pompéi de compassion pour la malheureuse destinée d’An-
Cette fresque, du IIIe style pompéien (40-50 apr. J.-C.), dromède. Au centre, Andromède est enchaînée au
maintenant visible au Musée archéologique de Naples, rocher, bras écartés. Elle porte ses bijoux, mais la
était à l’origine dans la maison du prêtre Amandus à couronne royale a été déposée à ses pieds. A gauche,
Pompéi. Elle est proprement romaine, même si le sujet Persée, suspendu dans les airs grâce à ses sandales
est tiré de la mythologie grecque: on constate donc que ailées, l’épée à la main, présente la tête de Méduse au
les Romains étaient nourris de culture et d’art grecs. monstre, qui se transforme en rocher et s’abîme dans
• Persée apparaît deux fois, à droite et à gauche. On le la mer (partie abîmée).
reconnaît à son grand manteau rouge, à ses sandales Ce tableau ne peint pas un moment, mais raconte
ailées et à l’arme qu’il tient en main (un sabre pourvu une histoire. Le sens conventionnel de la lecture est
d’un crochet, nommé harpè). On peut voir la même de droite à gauche.
arme aux pages 24 et 25 du manuel. A gauche, la tête Voir aussi «L’image et le temps» (pages 76-77 du ma-
de Méduse complète l’identification: à droite, elle nuel).
reste dissimulée sous le manteau du héros.

11
questions sur l’image p. 2 3

Piero di Cosimo,
Persée délivrant
Andromède
Comme la fresque de la page 22, ce tableau (un panneau
de meuble peint) réunit quatre épisodes de l’histoire de
Persée et Andromède:
- en haut à droite, Persée vole au secours
d’Andromède;
- au centre, Persée combat le monstre qui
menace Andromède terrorisée (à gauche);
- en bas à gauche, le roi et son entourage
se détournent avec horreur du spectacle;
- en bas à droite, Andromède appuyée sur son sauveur,
est accueillie par son père, au milieu de la joie générale
(figurée par les instruments de musique et les rameaux).

Georges de Raphaël a exactement la même attitude,


un casque semblable, une arme tout aussi exotique.
Consciemment ou non, les artistes reproduisaient des
attitudes déjà utilisées par eux-mêmes ou par d’autres,
sans faire de différence entre sujets sacrés et sujets
profanes.
Les similitudes entre le combat de Persée et celui de
saint Georges (saint national de l’Angleterre) favorisent
la confusion. Né en Cappadoce de parents chrétiens,
Georges, officier dans l’armée romaine, traverse un
jour une ville terrorisée par un redoutable dragon qui
PERSÉE DÉLIVRANT ANDROMÈDE dévore tous les animaux de la contrée et exige des
PEINTURE DU XVIe S.  p. 23
habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés
Ainsi, la partie droite du tableau (consacrée à l’espoir, au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la
puis à la joie) et la partie gauche (figurant l’angoisse) fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du
s’articulent autour de la figure centrale: le combat de monstre. Georges engage avec le dragon un combat
Persée contre le monstre. Le goût du peintre pour la acharné; avec l’aide du Christ, il finit par triompher,
bizarrerie se donne libre cours dans la représentation mais il n’épouse pas la fille du roi!
de la bête: queue de serpent, espèce de nageoires à
l’avant, pattes de dragon à l’arrière et aspect anthro-
pomorphique de la tête, avec défenses d’éléphant et
ébauche de trompe!
Le peintre ne recherche pas non plus la vraisemblance
historique: certains vêtements, tout au plus, font
penser à ceux de l’Antiquité (ceux d’Andromède par
exemple), avec une couleur orientale (couvre-chefs, Raphaël,
barbes). Le décor oppose une ville de fantaisie et un Saint Georges
rocher dont les formes tourmentées ajoutent au pa- combattant
thétique de la scène. le dragon
28,5 x 21,5 cm. (1504-1505)
A noter que Persée n’est en rien différent de saint
Washington D.C.,
Georges, terrassant lui aussi un dragon. Le saint National Gallery of Art

12
compréhension p. 2 3 comprendre l’image antique p. 2 4

Persée et Andromède Introduction générale


Pour mémoire, Polydectès, roi de Sériphos, a recueilli Cette rubrique a été conçue pour sensibiliser et familia-
Persée et sa mère Danaé, dont il s’est épris, mais le jeune riser les élèves à la lecture de l’image antique. Chaque
Persée est jaloux et fait bonne garde autour de sa mère. double page comporte une partie théorique, un encadré
Pour se débarrasser du jeune homme, Polydectès ac- sur un type de support spécifique et des exercices («Ap-
cepte son offre de ramener la tête de Méduse. Avec l’aide prendre à regarder»). Les images et les sujets abordés ont
d’Hermès et d’Athéna (qui lui procurent les sandales ai- été choisis en fonction des thèmes mythologiques de
lées, la besace où mettre la tête de Méduse, le casque chaque «Latin Magazine». Ces images complètent cer-
d’Hadès qui rend invisible), il mène à bien sa mission. tains textes ou documents. Des renvois ou rappels entre
• Les deux actes héroïques qu’accomplit Persée sont les différentes rubriques «Comprendre l’image antique»
de tuer Méduse et de vaincre le monstre envoyé par permettent de réviser ou de compléter les notions déjà
Poséidon. apprises.
A noter que la tête de Méduse, qui garde ses pouvoirs L’image mythologique est le fil conducteur de la rubrique
magiques après la mort, va encore permettre à Persée de ce premier manuel. Elle permet, grâce à sa confron-
de pétrifier Phinée, l’oncle et le fiancé d’Andromède, tation au texte littéraire, de montrer les spécificités de
qui s’oppose au mariage de Persée et d’Andromède; l’image en tant que medium, ses mécanismes, ses signifi-
de faire subir le même sort, à son retour à Sériphos, à cations. La revalorisation de l’image, de son pouvoir d’ex-
Polydectès, qui voulait faire violence à Danaé et, selon pression, est fondamentale: l’image n’est pas l’illustration
Ovide (Métamorphoses, 4, 627-662), sur la route de d’un texte; elle possède son autonomie, son langage, son
l’Ethiopie, à transformer le géant Atlas en montagne. efficacité. La prise en compte de son contexte archéolo-
• Cassiopée s’est vantée d’être plus belle que toutes les gique, historique et social doit avoir une place dans son
nymphes de la mer. Après sa mort, elle sera placée au analyse.
nombre des constellations (dans la Voie lactée). La distance qui nous sépare de l’Antiquité ne nous per-
• Ces trois objets, qualifiés de «talismans», sont l’épée met pas (malgré le titre de la rubrique) de comprendre
acérée avec laquelle Persée transperce le monstre tous les aspects d’une image antique. L’image est ambi-
marin, les sandales ailées grâce auxquelles il lui guë par nature et son interprétation doit rester ouverte.
échappe, la tête de Méduse qui pétrifie le monstre. Les réponses et commentaires proposés ici ne sont
Par la suite, Athéna va placer la tête de Méduse au mi- qu’une orientation, un premier niveau de lecture que l’on
lieu de son bouclier. pourra enrichir à souhait.

13
apprendre à regarder p. 2 5
suggestions bibliographiques
Références mythologiques et répertoire d’images 1. Insister auprès des élèves sur cette démarche en deux
AA. VV., Lexicon iconographicum mythologiae classicae temps: observation et description minutieuses, et seu-
(LIMC), Zurich/Munich 1981-2009. 20 vol.: répertoire lement ensuite essai d’interprétation. Mêler les deux
de toutes les représentations mythologiques antiques temps ou sauter le premier amène inévitablement à
classées par nom propre, comportant la plupart des des erreurs. Veiller à ce que l’élève décrive bien les
sources littéraires et une analyse de l’évolution du personnages principaux, ce qu’ils portent et ce qu’ils
thème iconographique. tiennent, leurs gestes, les éléments qui les entourent,
en ne manquant aucun objet, même si certains sont
P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et
parfois difficiles à identifier. On peut rendre l’élève at-
romaine, Paris 1951: pratique pour prendre connais-
tentif à l’ordre dans lequel il aborde les différentes par-
sance des diverses versions d’un mythe et pour re-
ties de l’image.
trouver des sources textuelles.
Description: une femme portant une tunique (chiton)
Sur l’image mythologique
et un manteau (himation) tend le bras droit à un
T. H. Carpenter, Les mythes dans l’art grec, Paris 1997:
homme vêtu d’un manteau court (chlamyde); il a des
un précis utile d’imagerie mythologique qui parcourt
sandales, porte un bonnet phrygien, tient une épée
les principaux mythes et offre de nombreuses illustra-
et une tête tranchée. Derrière la femme, des rochers
tions.
avec des chaînes. A ses côtés, on peut identifier une
K. Junker, Griechische Mythenbilder: eine Einführung coquille, un miroir, et, à gauche, un vase en bronze.
in ihre Interpretation, Stuttgart 2005 (ou Interpreting Derrière l’homme, à ses pieds, gît un monstre. On voit
the Images of Greek Myths. An introduction, Cam- des inscriptions en grec.
bridge 2012): la meilleure introduction actuelle à l’in-
Interprétation: après avoir tué le monstre marin, dont
terprétation de l’imagerie mythologique (il n’en existe
la carcasse gît au sol, Persée délivre Andromède qui
aucune en français), qui aborde aussi bien le monde
était enchaînée au rocher. Le héros porte la tête de
grec que romain.
Méduse qui lui a servi à pétrifier l’animal.
J.-M. Moret, Oedipe, la Sphinx et les Thébains. Es-
2. Le sol est marqué par diverses nuances de couleurs
sai de mythologie iconographique, Rome 1984: une
(allant du gris-bleu au brun) indiquant le rivage. Les
thèse fondamentale démontrant l’autonomie des
rochers avec des chaînes permettent d’identifier An-
images par rapport aux textes et apportant une mé-
dromède à peine libérée. Le monstre marin, terrassé,
thode d’approche de l’image mythologique.
indique que le combat est terminé. Les principaux
Sur l’imagerie grecque au quotidien et sa lecture attributs qui permettent de reconnaître Persée, à la
C. Bérard, Iconographie-Iconologie-Iconologique, nudité toute héroïque, sont la tête de la Gorgone Mé-
dans Essais sémiotiques, Etudes de lettres 4, 1983, duse et son épée à harpon, dont la forme rappelle la
p. 5-37: un essai théorique sur la logique régissant le faucille (harpè), qu’il tient dans des images plus an-
fonctionnement des images, qui offre des exemples ciennes du mythe. Il porte ici un bonnet phrygien et
présentant les limites de la méthode de lecture ico- des sandales, des éléments qui, dans la plupart des
nographique. représentations figurées, comportent de petites ailes
C. Bérard et al., La cité des images. Religion et société (cadeau d’Hermès).
en Grèce antique, Lausanne/Paris 1984: un classique Le geste des personnages, rare dans d’autres scènes
pour «entrer en imagerie», qui fournit des clés de lec- similaires, possède une signification très spécifique: il
ture de l’image antique et de la société athénienne en exprime à la fois la libération de l’héroïne mais éga-
particulier. lement la dextrarum junctio qui annonce leur futur
Sur l’image aujourd’hui mariage. La coquille et le miroir évoquent la beauté
L. Gervereau, Voir, comprendre, analyser les images, de l’héroïne, semblable à Aphrodite, mais aussi la pré-
Paris 2007. paration des noces (le miroir, dans lequel semble se
refléter la tête de Méduse, n’est pas sans rappeler le
J. Aumont , L’image, Paris 2005.
bouclier qui permit au héros de vaincre la créature). Le
Chr. Doelker, Une image est plus qu’une image. La vase en bronze est plus énigmatique: pour certains, il
compétence visuelle dans la société multimédiatique,
Lausanne 2001.

14
s’agirait d’un vase pour le vin (œnochoé) qui évoque- archéologie romande p. 2 6 - 2 7
rait d’autres scènes dionysiaques de la maison dite «de
la Télété (initiation) dionysiaque». La forme ressemble
davantage à une hydrie, dont l’eau sert à la préparation suggestions bibliographiques
du bain des noces.
3. Les inscriptions en grec assurent l’identification vi- Laurent Flutsch, L’époque romaine, ou la Méditerran-
suelle des protagonistes de la scène: née au nord des Alpes. Collection Le savoir suisse 26,
(«monstre marin»). Presses polytechniques et universitaires romandes,
Lausanne 2005, 2e édition 2010.
4. Cette peinture murale du quatrième style pompéien
se trouve dans une petite pièce permettant d’accé- Laurent Flutsch, Urs Niffeler et Frédéric Rossi (dir),
der à une sorte de pavillon donnant sur le jardin de Quand la Suisse n’existait pas: le temps des Romains.
la grande villa romaine de San Marco à Stabies (diaeta La Suisse du Paléolithique à l’aube du Moyen Age, Vol.
no. 30). Elle évoque la figure de Persée sans autre 5, 432 pages couleur. Société suisse de préhistoire et
contexte narratif (Iphigénie et une Muse figurent éga- d’archéologie, Bâle 2002.
lement, isolées, sur les parois de la même pièce). Les Laurent Flutsch, Gilbert Kaenel et Frédéric Rossi (dir),
attributs sont identiques à la scène de la mosaïque à Archéologie en terre vaudoise. Catalogue de l’exposi-
la différence que Persée porte ici des sandales ailées tion Déçus en bien! Surprises archéologiques en terre
(ainsi qu’un diadème ailé, comme la tête de Méduse). vaudoise. Editions Infolio, Lausanne/Gollion 2009
Pour le spectateur antique qui connaissait le récit et
qui était familier des images, l’identification grâce aux
attributs évoque instantanément tout ce que repré-
sente cette figure (les épisodes du récit, la valeur du
héros, etc.). Le spectateur moderne, lui, doit passer en compréhension p. 2 8
revue des scènes plus complètes et similaires, comme
la mosaïque de Zeugma, pour en identifier le conte-
nu. Sur la peinture murale, la tête que brandit Persée La mort de Créuse
apostrophait le spectateur de passage dans cette pe-
tite antichambre: surpris, il devait rester médusé par Enée traverse Troie en proie aux flammes
cette apparition. 1. Le mot pietas désigne le sentiment qui fait recon-
5. On peut relever les différences de support, de style, naître et accomplir tous les devoirs du citoyen envers
de couleur, de composition, de rendu. Le banqueteur les dieux, la patrie, les parents. Le pius Aeneas obéit,
reçu dans la pièce luxueuse de Zeugma a tout le temps lorsque Hector lui apparaît en songe et lui dit:
d’apprécier les détails de la mosaïque se trouvant dans Ah! Fuis, fils d’une déesse, et dérobe-toi à ces
la pièce. La figure isolée de la peinture murale a une flammes. L’ennemi occupe nos murs, Troie s’écroule
fonction plus décorative. de son faîte altier. Nous avons assez fait pour la patrie
et pour Priam. Si Pergame pouvait être défendue par
le bras d’un mortel, mon bras l’aurait encore défen-
due. Troie te recommande ses objets sacrés et ses Pé-
nates. Prends-les pour compagnons de tes destins; va
chercher pour eux des murs superbes que tu élèveras
enfin après avoir longtemps erré sur la mer.
(Virgile, Enéide, 2, 289-295)
2. Enée porte son père Anchise sur ses épaules. A noter
suggestions que le groupe des fuyards, Enée portant son père et
bibliographiques tenant son fils Ascagne par la main, est très souvent
représenté dans l’Antiquité.
M. Önal, Zeugma mosaics: a corpus, Istanbul 2009.
3. Enée a peur pour son père et pour son fils, que leur
Documentaire sur les fouilles de Zeugma, qui présente âge rend fragiles.
en particulier la maison de Poséidon: T. Ragobert, Les
derniers jours de Zeugma, 2000, dans Sur les traces
de l’Empire romain, DVD Arte, GEO 2003.

15
Créuse a disparu analyse d’image p. 2 9
1. égare mon esprit troublé – un malheureux destin
2. Non, ils sont qualifiés de divinité mauvaise. L’incendie de Troie
3. Enée avance trois explications: Créuse s’est arrêtée en
1. Les couleurs dominantes sont le rouge et le jaune:
chemin, s’est trompée de route, est morte de fatigue,
toute la ville est en flammes.
mais il ne sait pas.
2. Le cheval occupe une place centrale. Il est immense,
monté sur des roues; son flanc ouvert a permis aux
Créuse apparaît à Enée Grecs de prendre la ville.
1. C’est le fantôme de Créuse qui apparaît à Enée. Les an- 3. La violence des combats a cessé: plus personne ne
ciens donnaient aux apparitions une taille plus grande se bat.
que nature. 4. L’atmosphère dramatique est rendue par la confusion
2. La description de la stupeur et de l’horreur n’a pas des personnages (dont la petitesse est accentuée par
changé: cheveux qui se dressent sur la tête, incapa- l’effet de plongée), l’incendie partout présent, le che-
cité à parler. val vide et abandonné.
3. C’est une métaphore agricole. La mer étant comparée 5. Au premier plan à droite, Enée s’enfuit, portant son
à une vaste plaine liquide, le sillage des bateaux est père Anchise sur ses épaules; Ascagne l’accompagne.
comme le sillon du laboureur. Un peu en arrière, Créuse disparaît, aspirée dans le sol,
tendant les bras inutilement. Ils sont encore dans la
4. Enée va mettre cinq ans (avec une année d’arrêt à Car-
ville, qu’ils quittent.
thage auprès de Didon) avant de parvenir à la terre
d’Italie. 6. Il n’y a pas de recherche de vraisemblance histo-
rique: la ville est une ville italienne de la Renaissance.
5. Créuse mentionne le Tibre, ainsi que Lavinie, fille du
Quelques éléments, comme la statue sur un socle (à
roi Latinus, qu’épousera Enée. Néanmoins, dans son
gauche du cheval), font référence à l’Antiquité. A noter
trouble, Enée oublie cette information: cherchant la
la présence de bateaux qui, contrairement à la réalité,
terre qui a vu naître sa race, il aborde en Crète, d’où
font de Troie un port. Les gros blocs du premier plan
il est chassé par la peste. C’est Hélénus, frère jumeau
symbolisent la destruction totale et accentuent l’at-
de Cassandre et devin comme elle, qui lui indiquera
mosphère dramatique du tableau.
la route (voir Livre du maître, page 20: Débarquement
d’Enée sur la côte italienne).

16
latin
forum

3
chapitres 4
CHA P ITRE 3
le séjour d’énée
à carthage (p. 32)
Promenades d’Enée et de Didon – Mosaïque romaine
(IVe s. apr. J.-C.)
Pour le commentaire, voir la page 7.

observation p. 3 3

1. Elissa (l. 1): nominatif sg.


puellae (l. 1-2): nominatif pl.
vitam (l. 2): accusatif sg.
Elissa (l. 4): vocatif sg.
puellis (l. 5): datif pl. b) puellae (l. 2): nominatif pl., sujet du verbe pluriel
puellae (l. 5): vocatif pl. (sunt)
copiarum (l. 8): génitif pl. puellae (l. 5): vocatif pl., reconnaissable à la présence
Elissae (l. 8): datif sg. d’un discours direct (il y a des guillemets), d’une vir-
puellas (l. 9): accusatif pl. gule qui le sépare du reste de la phrase et d’un verbe
silvis (l. 12): ablatif pl. en «vous» (estis)
patriae (l. 13): génitif sg. Trojae (l. 7): ce mot ne peut être que singulier; le
cura (l. 14): ablatif sg. génitif se trouve par déduction, car le datif ne don-
Pour le tableau à réaliser, se référer à la page 35 du nerait pas de sens.
manuel. Elissae (l. 8): ce mot ne peut être que singulier; Elis-
2. a) Elissa (l. 1): nominatif sg. (placé en début de phrase), sae est au datif, car le complément attendu du verbe
sujet de vivebat. Le vocatif sg. et l’ablatif sg. sont à narrat est un datif (raconter à quelqu’un).
exclure, car cela ne donnerait pas de sens.
copia (l. 1): ablatif sg., complément de la préposition a faire remarquer aux élèves
in (+ abl.) • Les noms propres Troja ou Elissa n’existent qu’au sin-
Elissa (l. 4): vocatif sg., reconnaissable à la présence gulier et se déclinent.
d’un discours direct (il y a des guillemets), d’une vir-
gule qui le sépare du reste de la phrase et d’un verbe c) puellis (l. 5): datif pl., car le complément attendu du
en «tu» (es) verbe dicunt est un datif (dire à quelqu’un); de plus,
l’ablatif n’aurait pas de sens.
nautis (l. 11): ablatif pl., complément de la préposi-
tion cum (+ abl.)

CHAPITRE 3 17
stylistique p. 3 3
a faire remarquer aux élèves
• Les prépositions admettent des constructions, qu’il 1. L’adverbe aussi porte sur le nom reine.
faut savoir aussi bien que le sens de la préposition:
in + abl. (in magna copia, l. 1 / in silvis, l. 12); cum notes méthodologiques
+ abl. (cum nautis, l. 11 / cum Aenea, l. 12) / e/ex + abl.
(e regia, l. 11 et 13). • L’adverbe quoque porte sur le mot qui le précède; il
faut donc, dans la traduction française, lier les deux
mots.
3. Il faut faire preuve de déduction et observer tous les
Regina quoque cum Aenea e regia exit.
indices figurant dans la proposition latine: personne
La reine aussi sort du palais avec Enée.
du verbe conjugué, compléments attendus du verbe,
présence de prépositions, place des mots dans la pro- Regina cum Aenea e regia exit quoque.
position, signes de ponctuation… La reine sort aussi du palais avec Enée.
Tant que l’analyse d’un mot n’est pas sûre et rigoureu-
sement basée sur des indices fiables, il faut envisager 2. l. 18: fertile
toutes les possibilités. l. 19: des roses fraîches / des roses fraîchement
cueillies
On voit dans le tableau de déclinaison de la page 35 l. 25: un secret inquiète… / un souci caché préoc-
qu’un mot qui présente la terminaison -a peut être à cupe… / un souci inquiète secrètement…
trois cas, qu’un mot qui présente la terminaison -ae
peut être à quatre cas, qu’un mot qui présente la ter- 3. Il faut ajouter la préposition grâce à. Cette préposition
minaison -is peut être à deux cas. Ce sont des formes donne à ce complément de proposition une nuance
théoriques. Dans une proposition latine, le mot n’est causale. Pour traduire l’ablatif seul il est indispensable
qu’à un seul cas: pour attribuer son cas à un nom, il d’ajouter une préposition: avec, par, grâce à.
faut prendre en compte tous les autres mots.
compréhension p. 3 3
4. a) Cette recherche est inutile, puisque le sujet est
compris dans le verbe. Le sujet de es (l. 4) est «tu»; 1. On peut faire un parallèle entre la phrase Pugnas copia-
le sujet de estis (l. 6) est «vous». rum Trojanarum Elissae narrat (l. 7-8) et les lignes 1-3
b) Cette recherche est nécessaire pour les verbes qui du texte de la page 18: Aspera est pugna. Troja flamma
sont à la 3e personne. Le sujet de vivebat (l. 1) est deletur. Caterva Graeca Trojae reginam et reginae fami-
Elissa (l. 1), celui de agebant (l. 2) est puellae (l. 1-2). liam in regia interficit. Magna audacia pugno et vitam
meam patriae offero. Sed fortuna catervae Graecae vic-
c) Amat (l. 21) n’a pas de sujet exprimé (au nominatif). toriam dat.
Dès lors, le sujet est compris dans le verbe («elle»).
2. l. 15-16: la reine aussi sort du palais avec Enée et par-
5. Le et de la ligne 15 coordonne deux groupes nomi- court les routes de sa patrie.
naux: puram aquam et novas rosas; le et de la ligne 17 3. L’avant-dernier paragraphe du texte est en lien avec le
coordonne deux verbes conjugués: aedificant et eri- tableau de la page 53. Carthage est en construction,
gunt. Elissa fait visiter le chantier à Enée. Le récit de Virgile
On remarque que les éléments coordonnés sont (dont s’inspire le texte de la page 32) met en présence
de même classe grammaticale (deux groupes nomi- deux personnages légendaires qui n’ont en aucun cas
naux / deux verbes conjugués) et de même fonction pu se rencontrer: Enée, qui a fui Troie vers 1180, et
(deux CVD, deux verbes principaux). Elissa, reine de la ville de Carthage, fondée vers 800.
A noter que cette question introduit le thème de la
coordination qui sera développé dans le chapitre 4.

18 CHAPITRE 3
etymologie p. 3 4

1. copropriétaire, cohabiter, coaccusé, condisciple,


contexte, confondre, compatriote, composer, colla-
téral, correspondre

a faire remarquer aux élèves 5.2 ancien vase à eau muni d’une anse et d’un bec (aqua)
• Certains mots gardent presque intact le m du cum – monument commémoratif que l’on érige en sou-
latin, d’autres présentent le préfixe co-. venir de personnes décédées, fréquemment des sol-
dats morts à la guerre (memoria) – être détourné de
• Dans les mots collatéral, correspondre, il y a redou-
sa direction, de sa route, sortir de son chemin (via)
blement de la consonne par assimilation.
6. • L’italien a donné naissance au mot grazie et l’espa-
2. exproprier, excommunier, extraire, éconduire, écosser gnol a donné naissance au mot gracias.
• Il s’agit d’un cure-dents.
a faire remarquer aux élèves
• Le préfixe latin ex se maintient dans exproprier, traduction p. 3 6
excommunier, extraire.

3. a) une pochette b) une réglette c) une ruelle


énée quitte carthage
d) une statuette e) un coffret f) une clochette le départ d’énée
g) un bâtonnet h) une prunelle Voici qu’une ombre divine appelle Enée: «Maintenant, tu
es en Afrique, mais ta nouvelle patrie n’est pas ici; elle est
a faire remarquer aux élèves en Italie. Tu dois fuir hors de l’Afrique.» Ainsi, avant l’au-
• Le suffixe -ette est un suffixe diminutif qui ne doit rore, il quitte l’Afrique et la malheureuse Elissa. Il gagne
pas être confondu avec le suffixe -ète employé pour l’Italie avec ses marins et, là, il fonde une nouvelle Troie.
former le féminin de certains adjectifs, comme com-
plète, inquiète, désuète.
Douleur de Didon
Quant à Elissa, elle cherche longtemps Enée dans les fo-
4. a) – c) – a) rêts et sur les routes. Elle demande la raison de sa fuite.
5. abondant (copia) – reconstituer dans sa mémoire; se Elle appelle les jeunes filles: elle voit les larmes des jeunes
souvenir de (memoria) – sentiment d’affection envers filles, car les marins aussi ont abandonné la terre d’Afrique
quelqu’un qui nous a accordé une faveur; reconnais- avec Enée. Les jeunes filles voient les larmes de la reine.
sance (gratia) – faire grâce à quelqu’un; accorder une «Nous sommes malheureuses, jeunes filles, car vous
faveur à quelqu’un (gratia) – propre aux forêts; qui vit avez appris par une rumeur la fuite d’Enée et de ses ma-
dans les bois (silva) – qui est à base d’eau; qui est com- rins. Ainsi les étrangers n’ont pas témoigné de recon-
posé d’eau (aqua) – qui ne peut être ni soigné ni guéri naissance à la bonne Elissa. Ce sont les combats devant
(cura) Troie, non sa fuite hors de la patrie d’Elissa, qui apporte-
ront la gloire à Enée. Maintenant, moi, je m’éloigne de la
vie. Jeunes filles, gardez longtemps le souvenir de votre
a faire remarquer aux élèves malheureuse reine.»
• L’adjectif sylvestre présente un phénomène d’hyper- La malheureuse femme s’en va vers les ombres.
correction: l’adjonction d’un y (à retrouver dans Syl-
vie, Sylvain) n’est pas étymologique.
notes méthodologiques
• Dans l’adjectif incurable, le suffixe -able (du latin
-abilis) signifie «qu’on peut...» (acceptable, croyable) • La traduction d’une forme verbale à la 3e personne
et le préfixe négatif in- signifie «qu’on ne peut pas...» sans sujet exprimé doit s’adapter au contexte : in Ita-
(inacceptable, incroyable). lia est (l. 2) = elle est en Italie / relinquit (l. 3) = il quitte
• Comme il n’y a pas de déterminant en latin, il faut en
rétablir un. La meilleure traduction d’Aeneae et nauta-
rum fugam (l. 7) est: la fuite d’Enée et de ses marins.

CHAPITRE 3 19
exercices p. 3 7

3.1 1. nominatif 2. accusatif 3. datif


4. ablatif 5. nominatif 6. vocatif
7. génitif 8. vocatif 9. ablatif
10. accusatif 11. génitif 12. datif
3.3 1. curae, nunc, vitam, puellarum
2. puellae, saepe, curas, pulchris feminis
3. fama, feminarum, diu, memoria
4. aquae, nunc, terrae, sed, umbra, silvarum, terris
5. victoria, copiis
Débarquement d’énée 6. victoriae, copiarum, gratiam, patriae
sur la côte italienne 3.4 sumus (l. 7): sujet («nous») compris dans le verbe
Médaille du IIe s. apr. J.-C. p. 37 (nous sommes)
Il peut être éclairant de mettre cette médaille en lien audivistis (l. 7): sujet («vous») compris dans le verbe
avec un passage de Virgile. (vous avez appris)
rettulerunt (l. 8): sujet advenae (les étrangers ont té-
Après son départ de Troie, Enée séjourne à Buthrote,
moigné)
en Epire (voir carte p. 31), où il est bien reçu par An-
afferent (l. 9): sujet pugnae (les combats apporteront)
dromaque, la veuve d’Hector, captive de Pyrrhus,
discedo (l. 9): sujet («je») compris dans le verbe (je
fils d’Achille. Après la mort de Pyrrhus, Andromaque
m’éloigne)
épouse alors Hélénus, prince troyen, fils de Priam et
tenete (l. 10): sujet («vous») compris dans le verbe
frère jumeau de Cassandre. Comme sa soeur, Hélé-
(gardez)
nus est doué du don de divination et voici ce qu’il dit
decedit (l. 10): sujet misera femina (la malheureuse
à Enée:
femme s’en va)
Lorsque, plein d’inquiétude, tu trouveras aux bords
• A noter qu’en français le sujet n’est pas non plus
d’un fleuve écarté, sous les yeuses (= les chênes) du
exprimé dans l’impératif.
rivage, une énorme laie blanche étendue sur le sol
avec trente nourrissons, blancs comme leur mère, 3.5 a) divina umbra (l. 1) – nova patria tua (l. 1) –
pressés autour de ses mamelles, ce sera l’emplace- misera femina (l. 10)
ment de ta ville et le terme fixé à tes travaux. (Enéide, b) puellae (l. 7) – puellae (l. 10)
3, 389-393)
c) puellas (l. 4) – lacrimas (l. 5) – lacrimas (l. 6)
Peut-être est-ce en souvenir de cette laie blanche [ad] umbras (l. 10)
qu’Ascagne donne à la ville qu’il construit le nom
• A noter que l’accusatif est le cas du CVD ou le cas
d’Albe («la Blanche»). Peut-être au contraire la tradi-
demandé par une préposition (ad, ante).
tion vient du nom d’Albe, les trente petits de la laie
représentant les trente villes qui étaient sous la domi- d) puellarum (l. 5) – nautarum (l. 7)
nation d’Albe. e) bonae Elissae (l. 8) – Aeneae (l. 9)
Quoi qu’il en soit, on voit sur cette médaille Enée et f) fama (l. 7)
son fils Ascagne, ainsi que la laie blanche et ses trente
petits, sous un arbre. 3.6 in Africa (l. 1): en Afrique
in Italia (l. 2): en Italie
ex Africa (l. 2): (hors) d’Afrique
ante auroram (l. 2): avant l’aurore
cum nautis (l. 3): avec ses marins
in silvis et viis (l. 4): dans les forêts et sur les routes
cum Aenea (l. 5): avec Enée

notes méthodologiques
• Dans in silvis et viis, la préposition in introduit deux
noms coordonnés. Il faut ici la répéter et s’adapter à
l’usage du français: dans les forêts et sur les routes.

20 CHAPITRE 3
3.7 sed (l. 1) coordonne es et est (2 verbes conjugués) 3.9 Version – Les misères de la guerre
et (l. 3) coordonne Africam et miseram Elissam Les forêts sont dans l’ombre. Les troupes sont dans
(2 compléments à l’accusatif) l’ombre de la forêt. O terre de la patrie, tu es sou-
et (l. 3) coordonne petit et condit vent la cause des combats. Le sort des combats est
(2 verbes conjugués). souvent un souci pour les femmes et pour les jeunes
filles. Après la bataille, les malheureuses femmes
notes méthodologiques pleurent souvent, car les troupes ne reviennent plus.
En effet, la fuite n’est pas une victoire.
• Mettre en évidence la différence entre le premier et
de la ligne 3 et les deux autres coordonnants relevés. 3.10 Version – L’éducation des filles (p. 44)
Lorsqu‘un coordonnant relie deux verbes conjugués, Le matin, beaucoup de jeunes filles vont à l’école; à
il y a deux propositions coordonnées. Le coordon- travers les rues de Rome, Julia gagne le forum avec
nant est une barrière infranchissable; il faut donc, une bonne servante. Là, elle entend les nombreuses
avant le et, couper la phrase en deux propositions. batailles de Rome et ses antiques victoires, elle ré-
cite les belles histoires des poètes, elle écrit sur ses
3.8 a) avant la victoire tablettes des sentences célèbres, elle copie des lois
dans l’ombre romaines aussi. A midi, elle rentre à la maison et tra-
avant le souvenir vaille au tissage avec la mère de famille sévère, car
hors de la patrie Julia devra plus tard diriger une famille. Mais elle a
toujours de la reconnaissance pour les dieux qui ont
b) avant la victoire des troupes donné à Rome une renommée et une gloire éter-
dans l’ombre de la forêt nelles.
avant le souvenir des combats
hors de la patrie d’Elissa
notes méthodologiques
notes méthodologiques • A remarquer le génitif enclavé: per Romae vias (l. 1)
– multas Romae pugnas (l. 1-2) – pulchras poetarum
• Comme dans l’exercice 2.8 (p. 19 du manuel), dans fabulas (l. 2)
tous les exemples de la série b), la préposition porte
sur le deuxième nom parce qu’un génitif est enclavé • Insister sur l’importance de la construction indiquée
entre la préposition et le nom qu’elle introduit. Faire dans le vocabulaire: adeunt + acc. -> scholam (l. 1)
remarquer aux élèves que, contrairement au fran- – per + acc. -> per vias (l. 1) – laborat in + abl. -> in
çais, une préposition ne porte pas forcément sur le textura (l. 3)
premier nom qui la suit, mais sur le premier nom qui • Le sujet au nominatif peut suivre le verbe: petit Julia
correspond à sa construction: (l. 1).
ante + acc. -> ante [copiarum] victoriam. • Un adjectif peut porter sur deux noms coordonnés:
On traduit l’élément enclavé en dernier. famam et gloriam aeternam (l. 4-5). En latin, l’adjectif
s’accorde avec le nom le plus proche; en français,
il faut le mettre au pluriel: une renommée et une
gloire éternelles.

CHAPITRE 3 21
22
CHA P ITRE 4
d’énée à romulus :
les légendes albaines (p. 38)

observation p. 3 9 stylistique p. 3 9

1. discipulis (l. 1): datif pl. 1. En latin, il n’y a pas d’article défini ou indéfini et, sou-
discipuli (l. 2): vocatif pl. vent, le possessif n’est pas exprimé. Pour traduire un
discipuli (l. 2): nominatif pl. groupe nominal, il faut donc rétablir, selon le contexte,
Ascanius (l. 3): nominatif sg. un article défini (le, la, les, l’), un article indéfini (un,
amicis (l. 4): ablatif pl. une, des) ou un déterminant possessif (mon, ton, son,
servorum (l. 5): génitif pl. notre, votre, leur): patriam (l. 7) = sa patrie – deum (l.
animo (l. 7): ablatif sg. 18) = un dieu – deus (l. 19) = le dieu
deos (l. 7): accusatif pl.
domino (l. 9): datif sg. 2. Pour mettre en évidence un mot ou un groupe de
domine (l. 13): vocatif sg. mots, le français utilise une tournure dite emphatique:
deum (l. 18): accusatif sg. c’est Numitor qui (c’est Numitor que / c’est Numitor
dei (l. 21): génitif sg. dont ...)
filii (l. 21): nominatif pl. • En comparant la traduction avec le texte latin, les
Pour le tableau à réaliser, se référer à la page 41 du élèves peuvent remarquer que cette tournure em-
manuel. phatique n’existe pas en latin.

2. Les noms de la deuxième déclinaison ont un génitif 3. Le verbe se met en fin de proposition (voir p. 35). Dès
en -i. lors, la subordonnée relative ne suit pas directement
le nom qu’elle complète puisque le verbe regnat vient
Pour établir ce constat, les élèves peuvent se référer s’intercaler entre Proca et qui.
au nom dei (l. 21) qu’ils ont analysé dans le point pré-
cédent. • Faire remarquer aux élèves que, si le verbe prend
habituellement place en fin de proposition (voir
3. a) magistrum (l. 2) – Ascanium (l. 6) d’autres phrases du texte), ce n’est pas systématique
eum (l. 14) – filium (l. 17) (voir l. 1: audite).
deum (l. 19) 4. Le texte latin précise qu’Amulius est un mauvais fils
b) [cum] magno numero (l. 4-5) (malus filius). Ce groupe nominal, encadré de virgules,
[in] amoeno loco (l. 5) – [in] animo (l. 13) est un complément de nom mis en apposition (voir p.
c) multos annos (l. 8) duos filios (l. 10) 17). En latin, un nom en apposition se met au même
filios (l. 15) gemellos (l. 20) cas que le nom auquel il est apposé.

4. Les terminaisons du datif et de l’ablatif pluriel sont


absolument identiques.
On peut également signaler les nettes ressem-
blances de l’accusatif singulier (-am / -um), de l’ac-
cusatif pluriel (-as / -os) et du génitif pluriel (-arum /
-orum).

CHAPITRE 4 23
etymologie p. 4 0

1. qui manifeste, traduit de l’amitié (amicus) – qui a lieu


chaque année (annus) – une durée de sept ans (sep-
tem + annus) – une période de dix ans (decem + an-
nus) – considérer un empereur comme un dieu (deus)
– qui émane d’un enfant (fils/fille) à l’égard de ses pa-
rents (filius) – lien de parenté unissant l’enfant (fils/fille)
à son père ou à sa mère (filius) – qui concerne un lieu,
une région (locus) – repérer l’emplacement (le lieu)
d’une chose ou d’une personne (locus) – qui désigne,
représente un ou des nombres (numerus) – qui est
remporté par le nombre (numerus) – qui se comporte
comme un enfant, enfantin (puer) – condition de serf
(servus): à l’époque médiévale, un serf est un paysan
privé de liberté personnelle, attaché à une terre, et as-
sujetti à certaines obligations et redevances – propre
compréhension p. 3 9 aux esclaves, qui a un caractère de soumission (servus)
– propre à l’homme (vir)
1. D’après l’échelle, Albe est située à environ onze kilo- 2. perforer, parcourir, parvenir, perméable, perspicace
mètres de Rome.
3. l’amie – la déesse – la maîtresse – la fille
2. Anchise + Vénus
4. postopératoire = c) post-scriptum = b)
Créuse + Enée postérieur = d) postdater = e)
Ascagne postposé = a)

5. a) un annuaire (des annales)


b) emmurer
Proca c) dominer

Amulius et Numitor 6. a) conserver / serre-frein. Ces deux mots n’ont aucun


lien avec la notion d’esclave (servus). Conserver
Rhéa Silvia + Mars vient du latin conservare; serrer vient du latin serare
(réorthographié en serrare, de sera = le verrou).
Romulus et Rémus
b) agressif. Ce mot n’a aucun lien avec la notion
de champ (ager). Agresser vient du latin adgredi
(= marcher contre, marcher sur).
Jules César c) livrer. Ce mot n’a aucun lien avec la notion de livre
Le symbole «+» indique une union entre les deux per- (liber). Livrer vient du latin liberare (= libérer).
sonnages. d) murmurer / mûrir. Ces deux mots n’ont aucun lien
3. Proca parle à Numitor. Pour déduire cela, il faut lire avec la notion de mur (murus). Murmurer vient du
la phrase précédente (l. 14-15: Après Proca, c’est Nu- latin murmur; mûrir est un verbe fabriqué sur l’ad-
mitor qui recevra le soin de sa patrie): le futur fait voir jectif français mûr (du latin: maturus).
que nous sommes encore sous le règne de Proca.
L’apostrophe O mon fils désigne donc Numitor.

4. En consacrant sa nièce Rhéa Silvia à la déesse Vesta,


Amulius l’empêche de mettre au monde un héritier
mâle susceptible de le détrôner. En effet, les prê-
tresses de Vesta devaient rester vierges et ne pas se
marier (voir l. 21).

24 CHAPITRE 4
La louve allaitant LECTURE – ROMULUS ET RÉMUS:
Romulus et Rémus LA FONDATION DE ROME
Bas-relief en pierre calcaire Le Lupercal P. 42
(IIe s. apr. J.-C.) – Avenches  P. 42
Le Lupercal est la grotte du mont Palatin où Romulus
Le récit des jumeaux allaités par la louve est à trouver
et Rémus auraient été nourris par la louve (en latin:
chez Tite-Live (Histoire romaine, 1, 4, 6-7), qui le qua-
lupa). Pour l’emplacement de cette grotte, voir la carte
lifie de «légende merveilleuse» (fabula ac miraculum):
de la page 57.
Une tradition constante affirme que le berceau où
Le 20 novembre 2007, grâce à une sonde munie d’un
les enfants étaient exposés commença par flotter;
appareil photo, les archéologues ont fait une décou-
puis que les eaux, baissant, le laissèrent à sec; qu’une
verte exceptionnelle: a été fixée sur la pellicule une
louve, poussée par la soif hors des montagnes envi-
grotte aménagée en temple et couverte de belles
ronnantes et attirée par les cris des enfants, tourna
mosaïques. Il est hautement probable que ce lieu soit
ses pas vers eux et, se baissant, leur présenta ses
l’antique et légendaire Lupercal. C’est là qu’auraient
mamelles avec tant de douceur qu’elle les léchait à
été nourris au lait de louve Romulus et Rémus. C’est
coups de langue, quand le berger du roi les découvrit.
là que pendant plus de mille ans les jeunes prêtres
On dit qu’il s’appelait Faustulus. Il les emporta dans
loups, les Luperques, se réunissaient chaque 15 février
son étable et les fit nourrir par sa femme, Larentia.
pour se livrer à un culte préhistorique. Il fallut l’inter-
D’autres prétendent que Larentia était une prostituée,
vention du pape Gélase Ier en 495 de notre ère pour
une «louve», comme disaient les bergers: c’est ce qui
interdire ces extravagances. Jusque-là deux groupes
aurait donné lieu à cette légende merveilleuse.
d’hommes nus partaient du Lupercal pour fouetter les
Ce récit, devenu le mythe fondateur de Rome, a ins- Romaines consentantes avec des lanières en peau de
piré de nombreux artistes, parfois très librement. La bouc. Toutes celles qui recevaient un coup se retrou-
louve allaitant les jumeaux est un symbole de Rome: vaient enceintes dans l’année. C’était en tout cas le
on la trouve à Rome, bien sûr (voir p. 26 du Livre du but de l’opération. Après avoir fait le tour du Palatin,
maître), mais aussi, avec ses maladresses, dans toutes les Luperques retournaient festoyer dans la fameuse
les provinces de l’empire, en Helvétie (voir p. 23 du grotte. La cérémonie était terminée.
Livre du maître) ou en Bretagne. Justin Favrod, La louve romaine, la biche celtique
et la chienne perse
Article paru le 2 décembre 2007
dans http://www.courant-d-idees.com

Mosaïque romaine (Aldborough),


IVe s. apr. J.-C. - Leeds

CHAPITRE 4 25
exercices p. 4 3

4.1 1. vocatif 2. accusatif 3. ablatif


4. nominatif 5. accusatif 6. datif
7. génitif 8. nominatif 9. génitif
10. datif 11. ablatif 12. vocatif
4.2 magister, modus, tribunus, legatus, socius, arbiter, ocu-
lus – La terminaison du nominatif singulier ne suffit
pas; il faut également prendre en compte la termi-
naison du génitif singulier.

a faire remarquer aux élèves


• Les noms de la deuxième déclinaison sont majori-
tairement masculins. Néanmoins, il existe quelques
traduction p. 4 2
noms féminins, mais ils se déclinent comme domi-
nus.
Romulus et Rémus:
la fondation de Rome 4.4 1. amici, locum
2. memoria, amicos, in animo
Les jumeaux sauvés des eaux
3. dei, domini, terrarum
Amulius ordonne à son esclave: «Esclave, les fils de Rhéa 4. filius, amici, gratiam, deis, patriae
Silvia doivent périr dans les eaux du fleuve.» Mais l’esclave 5. amice, gratiam, servo
place Romulus et Rémus dans un baquet. Ils sont dépo- 6. animus, amicorum, annis
sés par l’eau dans un endroit sec.
4.5 via et murus: la route et le mur – gloria et fama: la
Là, une louve offre maintenant ses mamelles aux ju- gloire et la renommée – memoria et gratia: la mé-
meaux et ne tue pas les jumeaux. Mais un esclave du moire et la reconnaissance – pugnarum gloria et co-
tyran, Faustulus, trouve les jumeaux et les éduque. Il in- piarum victoriae: la gloire des combats et les victoires
suffle l’audace et la patience à l’esprit des jumeaux. des troupes – bonus dominus et servi filius: le bon
maître et le fils de l’esclave – annorum numerus et
Vengeance des jumeaux curarum copia: le nombre des années et l’abondance
Enfin, après vingt années, les jumeaux enflamment les des soucis
esprits de leurs amis et ils marchent vers Albe. Avec au- 4.6 invenit et educat (l. 4): il trouve et éduque – audaciam
dace, ils libèrent bientôt leur patrie et tuent Amulius. Ils et patientiam (l. 4): l’audace et la patience – incendunt
rendent à leur grand-père le soin de la patrie et […] incedunt (l. 5): ils enflamment et marchent –
liberant Amuliumque interficiunt (l. 6): ils libèrent et
Fondation de Rome (753 av. J.-C.)
tuent Amulius – Romulus Remusque (l. 7): Romulus et
Romulus et Rémus décident de fonder avec leurs troupes Rémus – condit locumque appellat (l. 11): il fonde et
une colonie sur la rive où ils avaient été déposés par les appelle le lieu – ridet [...] et transilit (l. 13): il rit et fran-
eaux. Là, Rémus voit avant Romulus six vautours; mais chit – vocat et interficit (l. 14): il appelle et il [le] tue
Romulus voit bientôt douze vautours. Les dieux dési- – incipit et […] cingit (l. 14): il commence et entoure
gnent Romulus grâce au nombre de vautours. Ses amis
4.7 ad […] muros – ante […] morbum – in […] epistula –
aussi saluent Romulus: «Romulus, maintenant tu es notre
cum […] amicis – ex parvo […] numero – per totam adu-
maître!»
lescentiam – post multos […] annos – ad magnam […]
Ainsi Romulus, en creusant un fossé, fonde une colonie gloriam – in […] animis – cum […] lupis
et appelle cet endroit Rome. «Mes amis, par les dieux,
préservez toujours les murs de Rome!»

Le meurtre de Rémus
Mais Rémus rit [et dit]: «Romulus, les murs de Rome sont
ridicules!» et il saute par-dessus le fossé. Romulus ap-
pelle Rémus au combat et il le tue. Après le combat, Ro-
mulus commence à bâtir Rome et [il] l’entoure d’un mur.

26 CHAPITRE 4
4.9 Version – Construction d’un mur
notes méthodologiques Ami, tu es le fils d’un bon maître. Le maître entoure
• Dans quasiment tous ces exemples, la préposition la forêt d’un mur. Le maître et son fils désignent dix
porte sur le deuxième nom parce qu’un génitif est esclaves: le fils du maître commence à bâtir, avec les
enclavé entre la préposition et le nom qu’elle intro- esclaves, un mur devant la forêt. La jeune fille voit le
duit. Le génitif sépare également un adjectif du nom nombre d’esclaves.
qu’il complète (ad magnam […] gloriam). 4.10 Version – Fête de famille (p. 44)
• Cet exercice illustre parfaitement le point 4 figurant Le maître invite ses amis, parce qu’aujourd’hui son fils
à la page 35. Faire relire aux élèves ce point de gram- Gaius prend la toge pure. Dans la ferme du maître,
maire pour comprendre le fonctionnement de l’en- un grand nombre d’esclaves et de servantes prépare
clave. un repas exquis. Le maître, la maîtresse et tous leurs
• Avec une liste complémentaire de vocabulaire don- proches parents gagnent le Capitole avec Gaius et
née par le maître, les élèves peuvent également tra- ils sacrifient trois chèvres dans le temple du dieu et
duire ces groupes prépositionnels et mettre ainsi en des déesses. Après le sacrifice, ils reviennent bientôt
application le quatrième point de la page 35. dans la ferme du maître et, là, ils ont (font) un festin.
Gaius a consacré sa bulle aux dieux. Maintenant il est
Petite remarque cuturelle: dans ad magnam deorum glo- un homme. Il devra défendre sa patrie!
riam se retrouve en écho la devise de l’ordre des Jésuites: • A noter que le sacrifice offert aux trois divinités est
ad majorem Dei gloriam («pour une plus grande gloire de purement fantaisiste! Selon ses moyens et sa dé-
Dieu»). Cette devise, abrégée par les initiales A.M.D.G., votion, le Romain sacrifiait un cochon, une brebis,
servait d’épigraphe à la plupart des livres émanant de un taureau, parfois les trois ensemble, mais pas de
cette compagnie. chèvres.
4.8 copiae – patria – Galli – lupus et agnus – morbus –
nostri – legati – praefectus – Lutetia – populus – curae notes méthodologiques
– nautae – tyrannus
• Il faut exploiter l’introduction qui donne des infor-
mations indispensables à la compréhension du texte.
notes méthodologiques On y trouve la définition de la «toge pure» ainsi que
l’explication des mots in dei dearumque templo (l. 5):
• Avant de corriger cet exercice, se souvenir que les
sur le Capitole, il y a un seul temple dédié à un dieu
élèves ne connaissent pour l’instant que les termi-
(Jupiter) et à deux déesses (Junon et Minerve).
naisons de la première et de la deuxième déclinaison
(masculin / féminin). Il n’est absolument pas néces- • Rappeler la coordination en -que : dominus, domina
saire de connaître les autres déclinaisons pour réus- cunctique propinqui (l. 4)
sir cet exercice.
• Dans cet exercice, on part du principe que chaque
phrase contient un nominatif sujet exprimé. Le sujet
n’est donc jamais compris dans le verbe.
• La recherche du sujet se fait après celle du verbe. A
partir du verbe on cherche comme sujet un nomi-
natif sg. si la terminaison est -t, un nominatif pl. si la
terminaison est -nt.
• Dans la phrase Athletae et philosopho sunt pariter
curae, le nom athletae ne peut pas être considéré
comme un nominatif sujet, car le coordonnant et,
reliant philosopho à athletae, les veut au même cas,
qui ne peut être que le datif singulier.
• Seules trois phrases de cet exercice correspondent à
l’ordre des mots décrit à la page 35, points 1 et 2.

CHAPITRE 4 27
Le Capitole
Maquette de Rome au IVe s. av. J.-C. p. 44

Le Capitole avait deux sommets distincts, l’un situé


au sud-ouest et appelé Capitole, l’autre situé au nord,
appelé arx («la citadelle»). Sur le Capitole s’élevait le
temple de Jupiter Optimus Maximus («Jupiter Très-
Bon Très-Grand») et de ses compagnes, les déesses
Junon et Minerve: c’était donc le lieu le plus sacré de
Rome. A l’extrémité sud-ouest du Capitole se trouvait
la roche tarpéienne d’où (en souvenir de Tarpéia qui
avait traîtreusement ouvert les portes de la citadelle
aux ennemis sabins) on précipitait les condamnés
pour haute trahison. De là vient la célèbre formule de
Mirabeau: la roche tarpéienne est près du Capitole. Il
prononça cette phrase en mai 1790, au moment où
il paraissait triomphant, mais se sentait proche de sa
chute.

28 CHAPITRE 4
latin
latin
forum

MAGAZINE

orphée
et eurydice
(virgile) p. 46-47

• Orphée est seul, dans un décor hostile, vide de toute


questions sur l’image p. 4 6
présence animale ou végétale. Les rochers à pic sor-
tent du sable, la mer est déserte, le ciel est plombé,
Orphée pleure aucune perspective n’est ouverte du côté de la terre
ferme. Se dégage donc une impression d’enferme-
la perte d’Eurydice, A. Séon ment: enfermement physique, qui exprime un enfer-
• Orphée n’est identifiable qu’à son instrument. mement moral.
Alexandre Séon a choisi de représenter la forme Le tableau cherche à faire ressentir le désespoir d’Or-
la plus archaïque de la lyre, celle qui est constituée phée par le contraste entre sa beauté plastique et
d’une carapace de tortue et de deux cornes, et qui l’hostilité du décor. Le corps, à moitié dénudé, est fin
n’est pourvue que de trois cordes. et élancé, totalement glabre, presque féminin, la main
L’invention de la lyre est due à Hermès. Dans une est alanguie. La position immobile sur le sable (dans
grotte du mont Cyllène, le jeune dieu trouve une tor- lequel le corps ne s’enfonce pas) évoque la mort; le
tue: il la tue, la vide et tend des cordes fabriquées avec visage qui se cache dans le pli du bras cherche à y
les intestins des bœufs qu’il a volés à Apollon. Il donne étouffer des larmes; la bouche est entrouverte. Tout
cet instrument à Apollon, qui lui pardonne son larcin. indique le moment où la plainte ne parvient plus à
s’exprimer, ni par le mouvement, ni par le cri, ni par
la musique.

29
questions sur l’image p. 4 6 questions sur l’image p. 4 6 - 4 7

Eurydice échappe à Orphée, Orphée charmant


plat de majolique (XVI s.) e
les animaux
En France, le terme de majolique sert à désigner les cé- • La composition de la mosaïque s’ordonne sur un plan
ramiques italiennes de la Renaissance. Ce type de cé- symétrique dont le centre est Orphée. A sa gauche, il
ramique est ainsi appelé, car sa production aurait été y a un arbre, qui penche légèrement sa cime vers lui.
stimulée par l’importation de céramiques espagnoles A droite et à gauche d’Orphée, on voit deux séries de
venant de Valence en Espagne en transitant par l’île de mammifères.
Majorque. Le premier centre et le plus inventif est situé à • Orphée est reconnaissable au bonnet phrygien dont il
Faenza. L’exportation de ses modèles fera apparaître en est coiffé, il est vêtu d’un ample manteau thrace. Pour
France le terme faïence. davantage de détails sur le bonnet phrygien, voir Livre
• Le personnage cornu, dont on ne voit que la tête et du maître p. 33 (Orphée et Eurydice, Compréhension
le bras droit (dont il ceint la taille d’Eurydice), est un n° 6).
démon, semblable à ceux qu’on trouve dans les repré- • Orphée tient dans sa main droite une cithare et dans
sentations de l’Enfer chrétien. Il n’y a aucun person- sa main gauche un plectre, avec lequel il va faire chan-
nage de ce genre dans la mythologie gréco-romaine. ter l’instrument.
L’artiste a bien représenté Charon, le nocher des • Dans les arbres sont perchés des oiseaux. A la gauche
Enfers, mais il semble être hors du royaume des té- d’Orphée, on voit une panthère, un cervidé, un paon,
nèbres. Au Moyen Age et même à la Renaissance, le un ibis et deux animaux difficiles à identifier; à sa
christianisme a cherché à assimiler les grands mythes droite, il y a un rongeur, un oiseau, un taureau.
de l’Antiquité, parfaitement connus grâce à la survi-
vance d’œuvres appréciées, comme celles de Virgile On voit donc des animaux venant de contrées fort
et d’Ovide. diverses qui, charmés par le chant d’Orphée, s’appro-
chent pour l’écouter; les animaux sauvages (panthère)
voisinent pacifiquement avec le cerf ou les oiseaux,
ORPHÉE ET sans agressivité d’un côté ni crainte de l’autre.
EURYDICE À Par les développements qu’il permet, ce thème se trouve
LA PORTE très largement représenté dans toutes les provinces,
DES ENFERS comme ci-dessous à Volubilis au Maroc.
PLAT DE
MAJOLIQUE
(XVIe S.)  p. 46

Le vêtement d’Eurydice rappelle les drapés de l’An-


tiquité, celui d’Orphée appartient clairement au XVIe
siècle (technique du tissu cousu à manches). De
même l’instrument d’Orphée est une viole (et non une
lyre ou une cithare).
L’artiste ne recherche pas la vraisemblance; il veut,
avec des moyens un peu naïfs, provoquer des senti-
ments: la ressemblance entre les deux époux (même
grâce de la jeunesse, même forme de visage, même
couleur de cheveux, même coiffure) évoque leur Adapté au christianisme, ce thème se retrouve dans les
amour réciproque; le regard d’Orphée traduit le bon- représentations du paradis ou dans celles de saint Fran-
heur de revoir Eurydice et le désespoir de la perdre; çois prêchant aux animaux ou de saint Antoine parlant
Eurydice, saisie à bras le corps par le démon cornu, aux poissons.
tend les mains vers Orphée et ouvre la bouche dans
un cri.

30
compréhension p. 4 7
Au registre supérieur, on peut identifier ces figures
grâce à d’autres scènes apuliennes comportant des
inscriptions: à droite se trouve une femme assise, te-
Orphée et Eurydice, Virgile nant une épée, qui n’est autre que Diké (la Justice).
• Par la beauté de son chant, Orphée a le pouvoir Elle se trouve près de Pirithoos (assis) et de Thésée
d’émouvoir la foule des morts et même les Furies et (debout). Après leur tentative d’enlèvement de Persé-
Cerbère, réputés inflexibles. Le temps et les éléments phone, ils étaient restés collés à leur siège (Pirithoos
s’arrêtent: la roue d’Ixion ne tourne plus, faute de vent. apparaît parfois attaché à un rocher). Seul Thésée
pourra quitter les Enfers grâce à Héraclès. A gauche,
• Le monde des morts est interdit aux vivants et, pour les Héraclides morts à la suite de la folie d’Héraclès (ils
eux, plein de dangers. Orphée est parvenu à y entrer portent des bandages indiquant une mort violente) en
et à en ressortir: Cerbère l’a laissé passer, Charon lui a compagnie de leur mère Mégara.
permis de traverser deux fois le Styx. Mais le danger le
plus grand (auquel Orphée n’échappera pas) est inté- Figures évoquées Vase Virgile Ovide
rieur: le désir de l’amant de voir son amante. apulien
Orphée X X X
• Par son chant, il apprivoisait les tigres et attirait les
chênes (l. 46-47). Eurydice - X X
• L’amour fidèle qu’Orphée porte à jamais à Eurydice Cerbère X X X
conduit les femmes de Thrace, qu’il a repoussées, à le Héraclès X - -
mettre en pièces. Tantale X - X
Ixion - X X
comprendre l’image antique p. 4 9 Sisyphe X - X
apprendre à regarder Hadès/Pluton X X X
Perséphone/Proserpine X X X
1. Le vase comporte plusieurs registres et la composition
est centrée sur un édifice (naiskos), le palais d’Hadès et Furies/Euménides/Erinyes X X X
de Perséphone. Le style est chargé, les couleurs sont On peut également décrire les différences dans l’évo-
vives, l’image foisonne de personnages. La scène se cation des mêmes figures. Alors que les textes litté-
déroule aux Enfers: les figures aisément reconnais- raires permettent de raconter l’ensemble du récit, le
sables qui indiquent le lieu de la scène sont, à gauche peintre apulien a choisi de présenter le moment où
du palais, Orphée avec sa lyre. Héraclès et Cerbère au Orphée enchante les dieux pour pouvoir récupérer
bas de l’image, et, à gauche (en bas), Sisyphe poussant son Eurydice. Orphée n’est pas le sujet principal de
son rocher. ce tableau infernal, mais il est le visiteur qui nous per-
2. Description met d’entrevoir l’au-delà. Les condamnés, sous la sur-
Registre médian: Orphée chante près du palais d’Ha- veillance des Furies, ne s’arrêtent guère pour écouter
dès (trône, sceptre) et de Perséphone (couronne, son chant. Le vase montre simultanément diverses
torche en croix), mais Eurydice est absente. Derrière figures ou éléments de la géographie infernale que
lui, on voit un couple ordinaire avec un petit garçon: ne peut évoquer un texte qui se développe de façon
des âmes ou, selon certaines interprétations, une fa- linéaire. Il n’existe guère d’autres représentations figu-
mille d’initiés guidée par Orphée lui-même. A droite rées aussi complètes des Enfers dans l’Antiquité: on
de l’édifice se trouvent les trois juges des Enfers (iden- peut citer la fresque de l’invocation aux morts d’Ulysse
tifiables grâce à des inscriptions d’autres vases apu- (Nekyia) représentée par Polygnote de Thasos dans la
liens): de gauche à droite, Rhadamanthe, Triptolème Leschè des Cnidiens à Delphes et décrite par Pausa-
(plutôt que Minos) et Eaque. nias (Description de la Grèce, 10 (Phocide), 28-31).

Le registre inférieur montre au centre Héraclès (mas- Le même moment raconté par Ovide et Virgile (des
sue, peau de lion) qui tient Cerbère en laisse, guidé textes qui sont bien postérieurs au vase apulien) il-
par Hermès (seul dieu qui navigue entre la sphère hu- lustre la puissance poétique et musicale d’Orphée.
maine et divine), en face d’Hécate. De part et d’autre,
scènes du Tartare: à gauche, Sisyphe pousse son ro-
cher sous le fouet d’une Furie; à droite, Tantale n’est
pas représenté dans l’impossibilité d’atteindre de l’eau
ou de la nourriture, mais sous un rocher menaçant.

31
3. Ce cratère à volutes, comme une grande partie des Certains archéologues interprètent au contraire le relief
vases italiotes monumentaux du IVe siècle, devait comme des retrouvailles. Hermès ramènerait Eurydice à
être déposé dans un caveau funéraire appartenant à Orphée. Pendant que le dieu desserre doucement son
un aristocrate indigène (ici à Canosa). La plupart des emprise, l’épouse pose délicatement sa main sur l’épaule
vases apuliens produits pour la tombe comportaient du poète qui dévoile son visage et retrouve son regard
dès l’origine un trou dans leur fond, le rendant inu- (comme s’il s’agissait d’un nouveau mariage).
tilisable pour un usage quotidien, mais servant à des L’image du relief reste volontairement ambiguë. Le su-
libations dans le sol. L’image renvoie aux croyances jet en est l’amour entre Orphée et Eurydice. Le cratère à
des Grecs dans l’au-delà, avec ses habitants et les dif- volutes est davantage un tableau qui présente une vision
férentes parties qui le composent. La présence d’une d’ensemble des Enfers, où Orphée n’est qu’une figure
Furie, de Diké (la Justice) ainsi que des juges évoque parmi d’autres.
les divers aspects de la justice infernale, avec ses châ-
timents mais aussi ses espérances: la présence d’Or- On peut comparer le style «baroque» du vase au style
phée fait allusion à la possibilité pour l’initié d’accéder classique dépouillé du relief, qui a joui de beaucoup de
à une vie bienheureuse, à l’instar des héros de la frise succès à l’époque d’Auguste.
supérieure (tout au moins pour les Héraclides morts
avant l’heure ou Thésée que Diké va laisser sortir des suggestions bibliographiques
Enfers).
4. Par rapport au vase apulien, ce relief, dont l’original A. Béague et al., Les visages d’Orphée, Villeneuve
grec du Ve siècle était probablement votif et ne com- d’Asq 1998: une excellente présentation des diverses
portait aucune inscription (il s’agit ici d’une copie ro- sources textuelles sur Orphée.
maine de l’époque augustéenne), est plus difficile à R. Sorel, Orphée et l’orphisme, Paris 1994. Un Que
interpréter. Il n’y a aucun paysage. Sommes-nous sur sais-je? utile faisant le point sur la figure d’Orphée et
terre, aux Enfers? Le temps semble suspendu. L’ambi- l’orphisme.
guïté de la représentation a mené les interprètes mo- Une nouvelle image italiote déroutante du IVe siècle
dernes à y reconnaître aussi bien la séparation que les montre que l’échec d’Orphée et la perte d’Eurydice
retrouvailles d’Orphée et Eurydice! étaient connus bien avant Virgile: D. Fontannaz,
Le geste d’Hermès, similaire à celui qu’il fait sur des mo- «L’entre-deux-mondes. Orphée et Eurydice sur une
numents funéraires grecs pour emmener les défunts hydrie proto-italiote du sanctuaire de la source à Sa-
dans l’au-delà, indiquerait leur séparation. S’agit-il ici de turo», Antike Kunst 51, 2008, p. 41-72.
la mort d’Eurydice au moment des noces (le dévoilement
marque un moment du rituel dans le mariage grec) ou
le moment de l’échec du retour des Enfers qu’évoque
beaucoup plus tard et plus largement Virgile en créant le
motif du regard en arrière (voir texte de la page 46, lignes
27-29)? L’original grec a été conçu à une période où les
sources ne nous disent pas clairement si Orphée a réussi
ou non son entreprise aux Enfers (même le nom d’Eury-
dice n’apparaît qu’à l’époque hellénistique). Bien que le
relief soit loin du récit tragique de Virgile, il en rappelle
des motifs essentiels (le regard, les gestes). A l’époque où
ont été réalisées les copies romaines, on pouvait donc y
reconnaître l’échec de l’entreprise, selon les versions de
Virgile et d’Ovide.

32
compréhension p. 5 2

Orphée
et Eurydice , Ovide
1. Le mont Rhodope n’est pas dans les Enfers, mais au
nord de la Grèce.
2. Ovide développe trois passages: la prière d’Orphée
aux divinités infernales (l. 7-17); le bouleversement
apporté aux Enfers par ces paroles émouvantes (l. 18-
23); la séparation des deux époux (l. 33-38)
3. Descriptions et portraits sont pour ainsi dire absents.
4. Orphée évoque la jeunesse d’Eurydice, sa mort af-
freuse et prématurée, enfin son propre sacrifice (l. 15-
17) si Eurydice ne lui est pas rendue.
5. Ovide ne mentionne pas la vie d’Orphée et d’Eurydice
avant la mort de la jeune femme; il ne parle pas non
plus des funérailles ni de la descente aux Enfers.
Orphée et Eurydice chez Virgile (p. 46-47)
6. Les deux fois Orphée est coiffé du bonnet phrygien, et chez Ovide (p. 52)
symbole de son origine orientale. Pâris (originaire de
Phrygie et fils de Priam) le porte aussi. Il sera repris Les récits de Virgile et d’Ovide sont approximative-
dans l’iconographie romaine tardive: il est par exemple ment de même longueur. Le texte de Virgile (Géor-
porté par les rois mages sur les reliefs ou les fresques giques, 4, 457-527) est publié en 30 av. J.-C. Les Mé-
paléochrétiennes (comme symbole du mage oriental, tamorphoses d’Ovide sont terminées en 8 apr. J.-C.
comme à Ravenne), par les prisonniers perses sur les Connaissant l’œuvre très célèbre de son prédécesseur
bas-reliefs de l’Arc de Galère ou de la colonne d’Arca- et ne pouvant pas modifier le schéma de l’histoire,
dius. Toujours en Perse, il était porté par le dieu Mithra. Ovide a dû développer des passages négligés par Vir-
gile, passer rapidement là où ce dernier s’était éten-
Le bonnet phrygien a aussi une autre symbolique du du, modifier le ton de la narration. Ovide développe
fait de sa parenté avec le pileus, chapeau qui coiffait les deux passages, en raison de leur charge pathétique:
esclaves affranchis de l’empire romain, représentant la prière d’Orphée aux dieux infernaux et la séparation
leur liberté. A ce titre, ce bonnet est repris en France des deux époux. Par ailleurs, comme dans chacun des
au début de l’été 1790 comme symbole de liberté et épisodes des Métamorphoses, Ovide présente une
de civisme et devient l’emblème de la Révolution fran- métamorphose. Ici, il n’y en a pas, mais le poète in-
çaise. Depuis la Révolution, le bonnet phrygien coiffe siste sur les changements survenus dans les Enfers à
Marianne, la figure allégorique de la République fran- la suite du chant d’Orphée (l. 18-23). Il donne la parole
çaise. à Orphée en style direct (l. 7-17), alors que Virgile ne
7. Six images montrent Orphée avec son instrument. faisait qu’évoquer son chant.
On les trouve aux pages 46 (deux images), 47, 48, 49
et 52. Avec la mosaïque de la page 47 et le bas-relief
de la page 48, c’est le tableau d’Alexandre Séon (page
46) qui est le plus fidèle. Avec le goût de la précision
archéologique et l’érudition mythologique propres au
XIXe siècle, l’artiste a représenté une lyre constituée
d’une carapace de tortue et de deux cornes, pourvue
de trois cordes. Sur les illustrations des pages 49 et
52, Orphée joue de la cithare (perfectionnement de
la lyre, avec caisse de résonance en bois). Sur l’illus-
tration du bas de la page 46, Orphée tient une viole,
instrument absolument inconnu de l’Antiquité.

33
analyse d’image p. 5 3 ANALYSE D’IMAGE – QUESTION 8
LES TRÉSORS DE DIDON  p. 53
Didon et Enée Tacite (Annales, 16, 1-3) et Suétone (Vie de Néron, 31,
à Carthage, Claude Lorrain 7) racontent la même anecdote, survenue pendant le
règne de Néron (54-68 apr. J.-C.). Un certain Cesel-
Claude Gellée, dit le Lorrain (Chamagne, Vosges, vers
lius Bassus, aventurier d’origine carthaginoise, pré-
1600 – Rome, 23 novembre 1682), un peintre lorrain qui
tend avoir vu en songe les fameux trésors de Didon,
a fait sa carrière à Rome, est une figure emblématique du
cachés dans une grotte immense, et pouvoir les re-
paysage de style classique. Ses œuvres d’inspirations my-
trouver. Néron donne des moyens à Bassus, l’envoie
thologique ou biblique ne sont que des prétextes pour
à Carthage et mise déjà sur ces fonds inespérés pour
l’exploration de l’espace infini du paysage; il peint de
financer sa Domus aurea. Naturellement l’expédition
nombreux ports imaginaires, invitations au voyage, à l’ar-
échoue, Bassus se donne la mort et la dette de l’Etat
chitecture néo-classique, baignés par la lumière rasante
est astronomique.
d’un soleil couchant situé dans la ligne de fuite du ta-
bleau. Notre tableau (120 x 149,2 cm.), datant de 1675, est
intitulé Vue de Carthage avec Didon, Enée et leur suite. 9. Toute la partie droite du tableau ne représente pas
1. Didon et Enée sont placés dans un rayon de lumière, une ville en construction, mais une ville déjà détruite:
légèrement décentrés. pierres disjointes au sol, bloc manquant au sommet
de la colonnade, fissures dans l’arc de triomphe, par-
2. Enée est revêtu d’une cape rouge, insigne du chef; ties supérieures envahies par l’herbe, végétation déjà
il porte le costume militaire (casque, jambières), est ancienne (grands arbres). La poésie des ruines, qui
armé d’une lance et d’un glaive et accompagné de triomphera au XVIIIe siècle, apparaît déjà discrètement
soldats armés. Ce sont les attributs du héros guer- ici.
rier. Didon est accompagnée de deux suivantes, qui
tiennent en laisse deux chiens de race – signe d’une
culture raffinée. questions sur l’image p. 5 5

3. L’enfant qui se tient près d’Enée est sans doute son fils
Ascagne. Un haruspice
4. La localisation se fait grâce au nom CARTHAGO gravé • Le nom du devin est inscrit en caractères étrusques:
(un peu naïvement) sur le muret au premier plan à Calchas (orthographié Chalchas).
gauche. A noter que si l’alphabet étrusque nous est parfaite-
5. Didon présente à Enée, qui vient d’arriver, la splendeur ment connu, la langue nous échappe. On peut sou-
de la ville en construction. vent identifier les noms propres parce qu’ils sont
accolés à des scènes figurées sur des fresques ou,
6. C’est la mer qui a réuni les deux héros à Carthage: comme ici, au dos d’un miroir.
Didon (l’errante) fuyant Tyr et Enée fuyant Troie. Cette
mer sera aussi à l’origine de la puissance de Carthage. • Calchas est le plus célèbre des devins grecs, le plus
habile de son temps à interpréter le vol des oiseaux
7. L’architecture imaginaire est à relier à l’Antiquité ro- et celui qui connaît le mieux le passé, le présent et
maine: le bâtiment de gauche évoque vaguement l’avenir. Devin attitré de l’expédition des Grecs contre
le Panthéon d’Hadrien, le portique aux colonnes io- Troie, c’est lui qui, à Aulis, révèle que le calme plat qui
niques (à droite) et l’arc de triomphe ne renvoient à retient les navires grecs au port est dû à la colère d’Ar-
aucun monument précis, la tour qui se profile en ar- témis. Cette colère ne peut être apaisée que par le
rière de l’arc de triomphe est nettement médiévale. Il sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon.
n’y a donc chez l’artiste que le souci de représenter
des monuments anciens, mais ils ne sont pas cartha- • Dans l’iconographie étrusque, les ailes signalent un
ginois. personnage légendaire. On les trouve aussi pour les
chevaux de Tarquinia (voir page 116).
8. Didon montre avec fierté une cité riche et prospère
du fait de son activité maritime (noter la présence des
bateaux), construite avec les trésors qu’elle a amenés
de Phénicie.

34
latin
forum

5
chapitres 6
CHA P ITRE 5
L’enlèvement stylistique p. 5 9

des sabines (p. 58) 1. Les pronoms personnels sont obligatoires en français.
Vers 1400, on cesse de prononcer des voyelles et des
consonnes finales tombent dans des formes comme
observation p. 5 8
chant, chantes, chantet, chantent. Ces quatre formes,
jusque-là nettement distinctes en vieux français où
1. Moneo est la 1ère personne du singulier de l’indicatif
toutes les lettres étaient prononcées, deviennent iden-
présent / mones est la 2e personne du singulier de l’in-
tiques à l’oral. L’emploi du pronom sujet devient ainsi
dicatif présent / monere est l’infinitif présent.
général. A noter l’absence de pronoms personnels de
2. dici-t – habe-mus – mitt-o – para-mus – cupi-o conjugaison dans l’impératif (chante, chantons, chan-
debe-mus – time-tis – audi-u-nt – responde-nt tez) où les terminaisons permettent d’identifier claire-
recusa-mus – capi-u-nt – duci-t – cupi-tis. ment les trois personnes.
Les désinences personnelles sont les suivantes:
2. Je désire avertir les Sabins et les Sabines et les inviter
-o (je), -s (tu), -t (il, elle), -mus (nous), -tis (vous),
(l. 4-5): les compléments de je désire sont des verbes
-nt (ils, elles).
à l’infinitif – Nous ne désirons la victoire ni des Ro-
3. Si on laisse de côté la 1ère personne du sg., on peut re- mains ni des Sabins (l. 27-28): le complément de nous
connaître dans les différents modèles de conjugaison désirons est un groupe nominal. Le verbe latin cupere
les terminaisons de esse. admet également ces deux types de compléments:
Sg.: 2e p.: -s / 3e p.: -t monere et invitare cupio (l. 3-4) – Neque Romanorum
Pl.: 1ère p.: -mus / 2e p.: -tis / 3e p.: -nt neque Sabinorum victoriam cupimus (l. 21-22).
4. On comprend l’origine des terminaisons personnelles 3. Les Sabins ne doivent pas se battre (l. 23) – Vous ne
françaises. Les désinences de la 1ère p. du pluriel -ons devez pas tuer notre famille (l. 25). En français le verbe
et de la 2e p. du pluriel -ez sont les résultats de l’évolu- devoir admet aussi ces deux types de compléments
tion phonétique. Les désinences -s / -t / -nt, que l’on (devoir de l’argent, devoir rendre de l’argent). En latin
ne distingue pas à l’oral, sont des souvenirs orthogra- debere est généralement complété par un infinitif.
phiques des désinences latines.
4. La traduction propose: au cours des jeux. In montre
5. Le verbe est souvent placé à la fin de la proposition que les Romains prennent les Sabines «dans» l’instant
latine. où se passent les jeux (valeur temporelle de in). La tra-
duction dans les jeux serait maladroite.
5. La traduction de cum est contre lorsque cum introduit
un complément du verbe pugnare.
On dit se battre contre quelqu’un: le CVD de se battre
est le pronom personnel «se»; le deuxième complé-
ment du verbe doit donc être un complément pré-
positionnel. On dit combattre quelqu’un: combattre
demande un CVD, nul besoin d’introduire un complé-
ment prépositionnel. Par ailleurs, dans combattre, le
cum latin est déjà présent sous forme de préfixe; il n’y
a donc pas lieu de le répéter. L’expression combattre
contre quelqu’un est fautive.

CHAPITRE 5 35
Selon Tite-Live, il a fallu attendre Tarquin l’Ancien pour
compréhension p. 5 9
que les ludi, jusque-là plus ou moins improvisés, re-
çoivent, selon la mode étrusque, les grandes caracté-
1. Les Sabins sont un peuple italique, établi à l’époque
ristiques qu’ils garderont ensuite.
archaïque en Italie centrale, au nord-est de Rome.
D’après les anciennes annales romaines, ils étaient les 3. Romulus entreprend de bâtir sur le Palatin une cité
premiers habitants du Quirinal. qui portera son nom. Pour manifester sa colère et
son mépris, Rémus saute par-dessus la muraille en
2. En latin, le mot ludi (les jeux publics) désigne à Rome
construction. Romulus cherche ensuite à agrandir
divers spectacles théâtraux ou spectacles de danses
sa nouvelle ville, n’hésitant pas à inviter des esclaves
et concours. Ils avaient lieu lors des fêtes en l’hon-
fugitifs ou même des bandits. Un problème se pose
neur des dieux, ou pour obéir à un oracle. A l’origine,
alors: l’absence des femmes! et sans femme, pas de
ces jeux ont été établis pour attirer la bienveillance
descendance! Comme ses voisins refusent de marier
des dieux ou pour détourner leur colère. Ils suivaient
leurs filles, Romulus organise des jeux durant lesquels
des rituels précis qui ne souffraient aucune fantai-
les Romains s’empareront des filles de leurs invités.
sie. Contrairement aux jeux grecs, les jeux romains
ne comprenaient pas d’épreuves sportives; ces der- 4. Après leur enlèvement, les Sabines furent certaine-
nières ne sont apparues que sous l’Empire. Chez les ment bien traitées par les Romains. Tite-Live raconte
Etrusques, les jeux étaient organisés pour les cérémo- qu’ils surent se faire pardonner et aimer. Bientôt des
nies funéraires. enfants naquirent chez les nouveaux couples. Ainsi,
les Sabines ne désiraient-elles plus retourner dans leur
Mais dans la Rome primitive, ces jeux n’existent pas
cité, puisque Rome était devenue leur nouvelle patrie.
encore. Selon Tite-Live, la première course de che-
vaux aurait été organisée par Romulus. Cher- Selon Tite-Live, la nature des femmes, qui font
chant des femmes à marier pour les passer l’amour avant tout, permet ce retour-
premiers habitants de Rome et pour nement heureux de la situation et, en
lui-même, Romulus s’était appro- conséquence, justifie ce rapt!
ché de ses voisins. Mais il ne reçut Voilà ce qui, selon Tite-Live, se passe
qu’un refus. Il fit donc taire son au moment où les Sabines arrivent
ressentiment et, dans l’intention dans les demeures romaines:
d’inviter ses voisins, organisa des Romulus lui-même, visitant les Sa-
jeux solennels en l’honneur de bines l’une après l’autre, leur repré-
Neptune équestre; il les nomma sente «que cette violence ne doit
Consualia. Les jeux étaient nés! Et être imputée qu’à l’orgueil de leurs
le mot consualia viendrait de consi- pères, et à leur refus de s’allier, par
lium, le stratagème! des mariages, à un peuple voisin; que
Tertullien précise: Des jeux qui hono- cependant c’est à titre d’épouses qu’elles
raient initialement Neptune reçurent le nom vont partager avec les Romains leur fortune,
de «Consualia», car Neptune s’appelle aussi Consus. leur patrie, et s’unir à eux par le plus doux nœud qui
[...] Encore maintenant ce Consus possède au cirque, puisse attacher les mortels, en devenant mères. Elles
dans une cavité souterraine proche des premières doivent donc adoucir leur ressentiment, et donner
bornes, un autel qui porte l’inscription: CONSUS leurs cœurs à ceux que le sort a rendus maîtres de
CONSILIO MARS DUELLO LARES COILO POTENTES leurs personnes. Souvent le sentiment de l’offense
(Consus, maître du conseil; Mars, de la foudre; les fait place à de tendres affections. Les gages de leur
Lares, de la resserre). Des sacrifices y sont faits aux bonheur domestique sont d’autant plus assurés que
Nones de juillet par les prêtres publics, le 12 des Ka- leurs époux, non contents de satisfaire aux devoirs
lendes de septembre par le flamine de Quirinus et les qu’impose ce titre, s’efforceront encore de remplacer
Vestales. (De Spectaculis, 5, 5 et 5, 7) auprès d’elles la famille et la patrie qu’elles regrettent.»
A ces paroles se joignaient les caresses des ravisseurs,
qui rejetaient la violence de leur action sur celle de
leur amour, excuse toute puissante sur l’esprit des
femmes. (Histoire romaine, 1, 9)

36 CHAPITRE 5
etymologie p. 6 0

1. absent = qui est loin de


s’abstenir = se tenir éloigné
abject = qui doit être rejeté loin de soi
abuser < ab (idée de dépassement, d’excès) =
consommer de manière excessive
abhorrer = repousser loin de soi avec horreur
Les quatre intrus sont:
abri – abeille – abdomen – abricot

2. a) aqueduc – b) gazoduc – c) viaduc

3. action de dire à haute voix des mots, un texte à


quelqu’un qui les écrit au fur et à mesure (dico, -is, -ere,
dixi, dictum) – le conduit de l’oreille (organe de l’ouïe)
qui permet d’entendre (audio, -is, -ire, -ivi, -itum) – partir
effectuer une tâche qui a été «envoyée», c’est-à-dire
imposée, dictée par quelqu’un ou soi-même (mitto,
-is, -ere, misi, missum) – un élève qui a trop peur, qui
est trop craintif (timeo, -es, -ere, -ui, –) – une manière
limpide et intelligible de dire, de parler (dico, -is, -ere, LECTURE – LES SUCCESSEURS DE ROMULUS:
dixi, dictum) – le fait d’enlever un rein (ab + fero, fers NUMA POMPILIUS, TULLUS HOSTILIUS ET
ferre, tuli, latum = porter) – conduire à l’erreur (in + ANCUS MARCIUS
duco, -is, -ere, duxi, ductum)
Ostie fondée par Ancus Marcius P. 62
4. a) un amateur de musique Ostie est le port de la Rome antique, fondé selon la
b) des auditeurs c) en captivité tradition semi-légendaire par Ancus Marcius, mais la
première mention historique du site remonte à 267 av.
5. a) cupere -> cupide b) debere -> un débiteur
J.-C.
c) timere -> timide d) mittere -> un missile
Trajan (98-117) fait agrandir le port de Claude, menacé
6. Cupidon (dieu de l’amour et du désir) – le datif – un d’envasement, et restaure le canal reliant le port au
rêve qui avertit à l’avance d’un événement à venir (mo- Tibre et à la mer (110-112).
nere) – un immigré – en allemand (haben), en anglais
Le transport fluvial jusqu’à Rome exigeait le transbor-
(to have), en espagnol (haber), en roumain (a avea), en
dement de la cargaison d’un navire de mer sur une
portugais (haver, presque plus utilisé dans la langue
embarcation fluviale.
parlée)
A noter l’italien: j’ai – ho / tu as – hai / il a – ha / ils ont
– hanno / Mais: avoir – avere

Mosaïque (400 x 400 cm, fin du IIe s. apr. J.-C.) – Ostia antica,
Place des corporations
Un débardeur, chargé d’une amphore probablement à vin, passe
d’un bateau à l’autre avec l’habileté et l’endurance qu’exige son
métier (une amphore contient en moyenne vingt-six litres).

CHAPITRE 5 37
traduction p. 6 2 exercices p. 6 3

5.2 verbes à la 3e personne du sg.:


Les successeurs de Romulus parat – tradit – premit – habet
Numa Pompilius, Tullus Hostilius verbes à la 3e personne du pl.:
et Ancus Marcius mutant – occupant – cedunt – respondent – rapiunt
Un roi pacifique (vers 700 av. J.-C.) 5.3 tu dois – nous préparons – vous écoutez (vous en-
tendez) – ils, elles donnent – nous disons – ils, elles
Numa Pompilius règne après Romulus. Numa n’est pas
conduisent – ils, elles avertissent (conseillent) – tu
le fils de Romulus, mais il est un Sabin juste et bon. Il
prépares – il, elle doit – j’écoute (j’entends) – vous
n’aime pas les batailles. Il conseille ainsi les Romains:
dites – nous conduisons – tu donnes – je crains (j’ai
«J’écoute souvent la nymphe Egérie dans la forêt.» Ainsi
peur) – il, elle vient
les Romains craignent Numa et disent: «Les dieux aiment
Numa Pompilius et le conseillent.» 5.5 L’enfant craint le dieu. – Les enfants donnent des
Numa dit également: «Nous devons être toujours bons, roses à la femme. – L’esclave n’a pas peur de son
justes et pieux. Si nous aimons les dieux, nous ne de- maître – Le maître envoie son esclave vers la forêt.
vons pas craindre le sort, car nous préparons pour les – Les poètes conseillent/avertissent les hommes. –
Romains une route vers la gloire. Dans les combats, les L’homme a de la reconnaissance pour le poète. – La
dieux conduisent les peuples pieux et, si vous êtes bons, gloire est un souci pour les hommes. – Les esclaves
les dieux envoient la victoire à Rome.» tuent leurs maîtres. – Les femmes ne désirent pas la
gloire.
Ainsi, Numa donne aux Romains le souci des dieux et des
déesses. Jupiter, Mars et Quirinus sont les plus grands
dieux des Romains. Ils aiment Diane également, ainsi que notes méthodologiques
Vesta et Minerve. Pendant de nombreuses années, la vie
des Romains est tranquille. • Dans toutes ces phrases, il y a un sujet exprimé au
nominatif. A partir du verbe, s’il est singulier, cher-
Les Horaces et les Curiaces (vers 650 av. J.-C.) cher comme sujet un nominatif singulier; s’il est plu-
riel, chercher comme sujet un nominatif pluriel (ou
Après Numa Pompilius, Tullus Hostilius, un maître (roi) deux nominatifs singuliers coordonnés).
guerrier, conduit les Romains. Les Albains préparent le
combat et désirent s’emparer de Rome. Mais les troupes • Erreurs «mortelles» à éviter:
romaines et albaines confient le soin de la bataille aux a) prendre le premier mot comme sujet ...
Horaces et aux Curiaces. Les Horaces sont trois Romains,
- sans avoir auparavant examiné le verbe: dans la
les Curiaces sont trois Albains.
phrase 5, poetae (pl.) ne peut pas être le sujet de
Les Curiaces tuent deux Horaces, mais finalement le troi- dat (sg.);
sième Horace simule la fuite et tue bientôt séparément
- sans s’occuper de son cas: dans la phrase 9, glo-
les trois Curiaces blessés. Les Romains ont de la gratitude
riam (acc.) ne peut pas être sujet;
pour Horace. Après la victoire d’Horace, les Romains dé-
truisent Albe et le peuple albain vient (à Rome) et habite b) de manière générale, traduire les mots dans
avec les Romains, car les Romains donnent aux Albains l’ordre où ils sont.
un lieu (où s’établir).

Le règne d’Ancus Marcius


Après Tullus Hostilius, Ancus Marcius, un homme juste de
la famille de Numa Pompilius, est à la tête des Romains.
A cause de sa réputation et de son sens de la justice, An-
cus est un nouveau Numa; il se tient toujours devant les
autels des dieux, car il craint les dieux. C’est pourquoi les
Latins désirent se battre contre les Romains, car ils disent:
«Ancus ne peut pas conduire les troupes romaines, car il
n’est jamais loin des autels.» L’audace ne manque pas aux
Latins: les troupes des Latins viennent en territoire ro-
main: maintenant les Latins sont sur le territoire romain.

38 CHAPITRE 5
5.6 legis: tu lis – abest [Atticus]: [Atticus] est absent –
dicit: il, elle dit – audimus: nous écoutons – timeo: notes méthodologiques
je crains – timemus: nous craignons – [puer] jacit:
• Des adjectifs coordonnés sont obligatoirement aux
[l’enfant] jette – paratis: vous préparez
mêmes cas, genre et nombre. Des noms coordon-
nés sont obligatoirement au même cas, mais peu-
notes méthodologiques vent être à des genres et nombres différents.
• La recherche se fait à partir du verbe conjugué, pre- • Très souvent, les deux éléments coordonnés ne sont
mier mot à repérer, quelle que soit sa terminaison. pas en contact direct avec le coordonnant. Dans
Mais le premier mot de la traduction est le sujet, puis ce cas, c’est le mot qui précède immédiatement le
le verbe. Si la terminaison du verbe est -o, -s, -mus coordonnant qui est significatif de la coordination.
ou -tis, le sujet est «compris dans le verbe»: on peut Lorsqu’on voit non debemus, nam ... (l. 5) on attend
traduire le verbe tout de suite. Si la terminaison du un second verbe principal. Voir p. 41, La coordina-
verbe est -t ou -nt, il faut vérifier s’il y a un sujet ex- tion, point 3 d.
primé au nominatif (singulier ou pluriel selon la per- • Boni et justi et pii (l. 4), Jupiter et Mars et Quirinus (l.
sonne du verbe). Dans ce cas, on traduit le nominatif 7), Dianam quoque et Vestam et Minervam (l. 8): et, ré-
sujet, puis le verbe. pété en latin entre tous les mots, ne se traduit que la
dernière fois. Voir p. 41, La coordination, point 3 a.
5.7 - boni et justi et pii (l. 4): éléments coordonnés = • Copiae Romanae et Albanae Horatiis Curiatiisque pu-
trois adjectifs au nominatif pluriel gnae curam dant (l. 11-12). En latin il y a deux mots
pour dire «et»: et et -que. Un changement de coor-
- non debemus, nam ... paramus (l. 5): éléments coor-
donnant signale un changement de coordination.
donnés = deux verbes principaux (donc deux pro-
positions principales) A noter encore dans les lignes suivantes du texte de
la page 62:
- ducunt et ... mittunt (l. 5-6): éléments coordonnés
= deux verbes principaux (donc deux propositions • Propter famam et justitiam (l. 18): la seule préposition
principales). A noter qu’une proposition subordon- propter porte sur deux noms coordonnés. Il est né-
née (si boni estis) vient s’enclaver entre les deux cessaire de la répéter, tout ou partie: à cause de sa
propositions principales réputation et [à cause] de son sens de la justice.
- deorum et dearum (l. 7): éléments coordonnés = • La nature de la coordination apparaît mieux si on
deux noms au génitif remplace et par -que. Romani Albam delent popu-
lusque Albanus venit (l. 14-15) = Romani Albam delent
- Jupiter et Mars et Quirinus (l. 7): éléments coordon-
et populus Albanus venit. Les éléments coordonnés
nés = trois noms au nominatif
sont les deux verbes principaux delent et venit. Voir
- Dianam quoque et Vestam et Minervam (l. 8): élé- page 41, La coordination, point 3 d.
ments coordonnés = trois noms à l’accusatif
- parant et ... cupiunt (l. 11): éléments coordonnés =
deux verbes principaux (donc deux propositions
principales)
- Romanae et Albanae (l. 11): éléments coordonnés =
deux adjectifs au nominatif pluriel
- Horatiis Curiatiisque (l. 11): éléments coordonnés =
deux noms au datif

CHAPITRE 5 39
5.8 a) verbes: amo (j’aime) – pugno (je me bats) – paro 5.9 Version – Une invasion barbare
(je prépare) – timeo (je crains) Les barbares viennent de la terre de Germanie. Les
noms: agro – animo – anno – libro – loco – muro Romains ont peur du nombre des barbares. Mais
ils préparent le combat et disent: «Dans le combat,
Pour un verbe, la terminaison -o est celle du «je»;
nous devons avoir (garder) un bon courage.» Main-
pour un nom, celle du dat. ou de l’abl. sg.
tenant, ils doivent combattre longtemps les troupes
b) verbes: monemus (nous avertissons) – habitamus des barbares. Après la bataille, les barbares s’enfuient
(nous habitons) – damus (nous donnons) – veni- bientôt de l’endroit où ils sont avec leurs femmes.
mus (nous venons) – armamus (nous armons) Longtemps le souvenir de la victoire est dans l’esprit
noms: amicus – animus – elephantus – populus – des Romains.
murus
Pour un verbe, la terminaison -mus est celle du notes méthodologiques
«nous»; pour un nom, la terminaison -us est celle
• Si une phrase compte plus d’un verbe conjugué, il
du nom. sg.
faut déterminer quel est le lien entre ces verbes. Il
c) verbes: paras (tu prépares) – das (tu donnes) – ap- peut y avoir un lien de coordination (Pugnam vero
pellas (tu appelles) – accusas (tu accuses) – amas parant dicuntque, l. 2) ou de subordination (barbari
(tu aimes) – pugnas (tu te bats) mox fugam capiunt e loco ubi cum feminis sunt, l. 5-6).
noms: victorias – silvas – feminas – bestias – flam- La construction de la phrase passe par le compte des
mas – pugnas verbes conjugués et le repérage des coordonnants
de verbes et des subordonnants.
Pour un verbe, la terminaison -s est celle du «tu»;
pour un nom, la terminaison -as est celle de l’acc. Il y a un lien de moins que de verbes conjugués (ex-
pl. ception faite de la juxtaposition).
• Attention aux homonymes: seule l’analyse de l’en-
tier de la proposition permet d’identifier la classe 5.10 Version – Le culte de Diane à Aricie (p. 70)
grammaticale d’un mot. Pro patria pugnas (verbe)
Diane est la déesse des forêts et des eaux. Quant aux
- Aeneas pugnas narrat (nom). Il est donc essentiel
femmes, elle les protège et les aime. Elle tue sou-
de bien identifier dans le vocabulaire donné en
vent de ses flèches les bêtes sauvages dans les bois.
note la classe grammaticale de tel ou tel mot.
C’est pourquoi le peuple a toujours de la reconnais-
d) verbes: audis (tu écoutes) – mittis (tu envoies) – sance pour la déesse, car elle chasse des champs les
dicitis (vous dites) – dormitis (vous dormez) bêtes sauvages nuisibles. Les femmes aiment Diane
noms: annis – aquis – pugnis – aris – herbis car elles accouchent plus facilement grâce à l’aide
de cette déesse. Les Sabins célèbrent Diane dans la
Pour un verbe, la terminaison -s est celle du «tu»,
forêt d’Aricie. Dans l’ombre de la nuit, les femmes
la terminaison -tis, celle du «vous»; pour un nom,
et les jeunes filles viennent dans ce lieu sacré: ni les
la terminaison -is est celle du dat. ou de l’abl. pl.
hommes, ni les garçons, ni les chevaux ne doivent y
venir. Les jeunes filles préparent des couronnes de
roses et les femmes tiennent (ont) des torches dans
la main droite. Enfin, elles conduisent un beau che-
vreau vers l’autel de la déesse et l’immolent bientôt à
Diane.

40 CHAPITRE 5
CHA P ITRE 6
le règne de LUTTEURS ÉTRUSQUES
Tarquin l’ancien  (p. 64) FRESQUE DU VIe S. AV. J.-C.  p. 65

La «tombe des Augures», que l’on peut voir in situ à


Tarquinia, doit son nom à une interprétation hasar-
TEXTE AVEC TRADUCTION – deuse donnée par des archéologues à plusieurs élé-
LE RÈGNE DE TARQUIN L’ANCIEN  p. 64 ments de la décoration.
Si Tarquin est un aventurier, il est doué de qualités re- Du fait qu’il y ait deux oiseaux au-dessus d’eux, on a
marquables, comme nous le dit Valère Maxime: vu des augures dans les deux personnages ici repré-
Tarquin est arrivé à disposer du pouvoir parce que le sentés qui, penchés l’un vers l’autre et se tenant les
hasard l’a amené dans notre ville et il était un étranger, poignets, scruteraient le contenu des trois vases.
puisque venant de chez les Etrusques; il était d’une Objection: des augures ne seraient pas nus, et ces
origine plus éloignée encore, puisqu’il était issu de deux personnages ressemblent trop aux lutteurs que
Corinthe; d’une origine méprisable, puisque né d’un les Grecs représentaient à la même époque (vers 530)
marchand; capable de faire rougir, puisque fils d’un sur leurs vases ou d’autres supports, comme celui-ci:
exilé, Démarate. Pourtant quand sa condition eut at-
teint un tel niveau de prospérité, il a su obtenir par son
activité qu’elle cesse d’éveiller la jalousie pour se cou-
vrir de gloire. En effet il a étendu l’Etat, il a développé
les cultes en créant des sacerdoces, il a augmenté
le nombre des sénateurs, laissé après lui un ordre
équestre qui avait gagné en ampleur, et les éloges qu’il
mérite se résument dans le fait que ses qualités remar-
quables ont fait que notre ville n’a pas eu à regretter
d’avoir emprunté un souverain à des peuples voisins
plutôt que de l’avoir choisi parmi les siens.
(Dits et faits mémorables, 3, 4, 2)
Cratère attique, vers 540-530. Saint-Petersbourg, Musée de l’Ermitage

On trouvera quatre autres scènes de lutte in: Panayota Badinou, Olympiaka, anthologie
des sources grecques, p. 210 à 213.

En Grèce, la lutte était une discipline olympique. Les


vases derrière ces lutteurs sont probablement les prix
qui attendent le vainqueur, comme on peut le voir
aussi sur des vases grecs (voir Panayota Badinou, op.
cit. p. 35).

CHAPITRE 6 41
On a vu des augures dans deux personnages comme stylistique p. 6 6
celui qui est à gauche de ces lutteurs, qui porte un
bâton recourbé ressemblant à un lituus et qui semble 1. a) impiger est au nominatif et il est un attribut du sujet.
désigner de la main gauche les deux oiseaux en vol. b) une grande somme d’argent était à Tarquin. Tra-
Mais quel rapport établir entre un tel «augure» et une duction inélégante; on préfère l’équivalent: Tarquin
scène caractéristique de lutte sportive? Il s’agit plus avait une grande somme d’argent. En latin clas-
vraisemblablement d’un arbitre, comme les deux per- sique, habemus papam se dirait: papa nobis est.
sonnages du cratère attique ci-dessus. Les oiseaux c) la forme verbale erat est placée en tête de la propo-
sont là pour occuper un vide que la peinture laissait. sition. On traduit de la façon suivante: Il y avait un
Sur la paroi du fond de la «tombe des Augures» figu- lieu humide, pour éviter la tournure maladroite et
rent ces deux personnages: fautive (inacceptable en français) de un lieu humide
était. Le verbe être placé en tête de phrase doit être
traduit par la tournure il y a: est via per silvam = il y a
une route à travers la forêt.

compréhension p. 6 5

1. L’Etrurie est située au nord-est de Rome. Les cités prin-


cipales sont Chiusi, Vulci, Tarquinies, Faléries, Véies et
On les a pris … pour des augures! Caeré.
Mais une inscription les désigne du nom de «tanasar», 2. Les contacts fréquents entre Romains et Etrusques
ce qui équivaut au latin histrio, acteur. Ce sont des s’expliquent d’abord par leur proximité géographique.
pleureurs professionnels. Ensuite, les Etrusques cherchaient à se développer
vers le sud, notamment pour le commerce. Ils occu-
En fait, sur ses deux parois latérales, la tombe repré- paient même une partie de la Campanie. Rome tenait
sente plusieurs scènes de ces jeux que, depuis Achille donc la route que les Etrusques voulaient contrôler.
et Patrocle, l’Antiquité célébrait à l’occasion des funé-
railles des gens importants. Aucun rapport avec des 3. Ancus et Tarquin n’ont pas de lien de parenté, mais
augures: il faut rebaptiser la tombe! entretiennent des liens d’amitié.
4. Il estime qu’un homme ambitieux peut régner sur un
nouveau peuple.
observation p. 6 5 5. Le forum est la place du marché. Toujours placé sur un
terrain plat, il est rectangulaire et au centre de toutes
1. regnabat – delectabat – veniebat – cupiebat – amabant – les grandes villes romaines. Il est le point de conver-
veniebant – pugnabant. Ces formes sont toutes à l’im- gence de la vie politique, sociale et commerciale de la
parfait. ville.
2. Le suffixe caractéristique de l’imparfait est 6. La Cloaca Maxima a été construite pour assécher les
terrains marécageux se situant entre l’Esquilin, le Vi-
-ba- ou -eba-. Les désinences personnelles sont: -m, -s, minal et le Quirinal en évacuant leurs eaux jusqu’au
-t, -mus, -tis, -nt. Elles sont identiques pour toutes les Tibre. Cet égout a permis de bâtir d’importantes
conjugaisons.
constructions sur les terrains désormais asséchés. Au
3. proderat – deerat – praeesse – possum – potest – abe- début, il s’agissait d’un très grand canal à ciel ouvert.
rant – obesse – poterant – prodesse – superest – ade-
rant – poterant
4. proderat – erat (3 fois) – poterant (2 fois) – aderant. Ces
formes sont à l’imparfait.
5. -ne? – nonne? – num? – cur? Le mot interrogatif -ne a
un fonctionnement différent des autres car il se soude
au mot placé en tête de phrase. Ce phénomène a déjà
été vu avec -que.

42 CHAPITRE 6
etymologie p. 6 6 Le vote par centuries
Est-ce seulement dans les combats que le recensement
1. «le fait de dire du bien», l’action de bénir par la parole et les centuries étaient utiles? C’est non seulement dans
et/ou le geste (bene + dicere) – relatif à l’argent, d’ar- les combats, mais aussi sur le Champ de Mars que le
gent (pecunia) – ce qu’on pense d’une personne (pu- peuple, réparti en centuries, était présent. Alors, il disait
tare) – un avis, une décision des juges, un jugement son avis sur les affaires publiques.
(sententia) – pensé, supposé, présumé (putare) – le cas Là Servius appelait les hommes des premières centuries
qui sert à appeler (vocare) et, les premiers, ils donnaient leur avis et le grand nombre
2. a) à la place de b) devant des prolétaires ne pouvait dire son avis.
c) pour, en fonction de d) pour, en faveur de
L’enceinte de Servius Tullius (535 av. J.-C.)
3. En voici trois: équestre – équidé – équitation
Enfin Servius entoure Rome d’un mur et construit un temple
4. ab = éloignement – ad = vers – de = manque, sépara-
et un autel (consacrés) à Diane avec les peuples latins.
tion – ob = devant, en face – prae = en avant, en tête
– super = sur, au-dessus de – pro = dans l’intérêt de La justice de Servius plaisait aux Romains. Mais, après
quarante-quatre ans, Lucius, le fils de Tarquin, chasse
5. décrire, description – inscrire, inscription – prescrire,
Servius Tullius de la curie et le tue devant le peuple ro-
prescription – proscrire, proscription – souscrire,
main.
souscription – transcrire, transcription

traduction p. 6 8 notes méthodologiques


• Le complément attendu du verbe esse est un attribut
Le règne de du sujet au nominatif. Si le verbe est à la 1ère ou à la 2e
personne, le nominatif ne peut être qu’attribut: Tunc
Servius Tullius Romani non eramus (l. 9-10): Alors nous n’étions pas
romains.
Un enfant mystérieux
Si le verbe est à la 3e personne, on peut s’attendre à
Il y avait alors dans le palais un bel enfant. Les Romains
deux nominatifs. Le premier est sujet, le second at-
pensaient: «C’est un esclave», parce que Tarquin appelait
tribut du sujet: Servius servus non erat (l. 2): Servius
l’enfant Servius. Etait-il un esclave? Tite-Live écrit: «Ser-
n’était pas (un) esclave.
vius n’était pas (un) esclave, mais le fils d’une reine latine,
captive des Romains.» C’est pourquoi il vivait toujours S’il n’y a qu’un seul nominatif, il faut, selon le contexte,
avec les enfants de Tarquin. lui attribuer la fonction de sujet ou d’attribut du sujet.
Servus est in agro: L’esclave est dans le champ / Ser-
Il pouvait se battre bien tant à cheval qu’à l’épée. C’est
vus est (l. 1): Il est esclave.
pourquoi l’enfant avait un grand nombre d’amis. Non
seulement l’audace de Servius, mais encore sa sagesse • Un nominatif peut aussi être conjoint au sujet non
les charmaient. exprimé du verbe. Sententiam primus dixi:Le premier,
j’ai dit mon avis. Primi sententiam dicebant (l. 15): Les
Les conseils d’une mère adoptive premiers, ils donnaient leur avis (et non: Les premiers
Tanaquil aussi aimait Servius et donnait souvent ce donnaient leur avis).
conseil à l’enfant: «Ne désires-tu pas régner après Tar- • De même que le sujet peut avoir un attribut du sujet
quin? Est-ce que par hasard tu as peur des Romains?» (avec le verbe esse), le CVD à l’accusatif peut avoir
Servius avait peur d’être à la tête du peuple romain parce un attribut (avec des verbes comme vocare, facere,
qu’il n’était pas romain (un Romain). Mais Tanaquil disait creare): Tarquinius puerum Servium vocabat (l. 1-2). La
à Servius: «Je venais d’Etrurie (moi) aussi avec Tarquin règle est la même que pour le sujet et son attribut au
en territoire romain; alors nous n’étions pas romains, nominatif: le premier accusatif est CVD, le second
mais Tarquin avait de l’argent. Tu peux régner. Pourquoi attribut.
n’écoutes-tu pas mon avis?» • Eos non tantum audacia, sed etiam Servii prudentia
Finalement, ce n’est pas son fils, mais Servius Tullius qui delectabat (l. 5). Le génitif Servii complète les deux
règne à la place de Tarquin. noms coordonnés (audacia et prudentia). En latin il
est exprimé après le second nom; en français on doit
le déplacer et le traduire après le premier nom: non
seulement l’audace de Servius, mais encore sa sa-
gesse les charmaient.

CHAPITRE 6 43
LECTURE – LE RÈGNE DE SERVIUS TULLIUS
 p. 68

Comme le raconte Valère Maxime, un prodige an- le hasard a particulièrement montré ses capacités en
nonce la destinée extraordinaire du sixième roi de faisant de celui qui était chez nous le fils d’une es-
Rome, favori de la Fortune: Servius Tullius, encore clave un roi pour notre ville. Il a certes eu la chance de
tout jeune, eut, pendant qu’il dormait, la tête éclairée rester plus longtemps que tous les autres à la tête de
par une flamme et ceux qui étaient près de lui le re- l’Etat, de célébrer quatre fois la cérémonie de clôture
marquèrent. Le prodige éveilla chez la femme du roi, du cens, de triompher trois fois. Pour résumer cepen-
Tanaquil, un étonnement qui la poussa à élever cet dant l’origine ou l’aboutissement de sa carrière, il suffit
enfant d’une esclave comme son fils et à l’amener à amplement du témoignage de l’inscription placée sur
la tête du royaume. (Dits et faits mémorables, 1, 6, 1) sa statue où son nom d’esclave et son titre de roi sont
Valère dit encore quelques mots sur l’origine servile étroitement unis. (Dits et faits mémorables, 3, 4, 3)
de Servius Tullius: Mais c’est à propos de Tullius que

TÊTE DE VÉLIA
FRESQUE DU IVe S. AV. J.-C.  p. 69

La «tombe de l’Ogre» de Tarquinies se compose de Une ligne de contour


deux chambres, dont la plus ancienne, du IVe siècle, nette dessine le visage,
a vu ses fresques détruites lors d’un réaménagement, son profil et ses détails.
deux siècles plus tard. Seule subsistait cette tête de Çà et là elle a été pré-
femme, prénommée Velia d’après une inscription, qui alablement marquée
a été prélevée et déposée au Musée de Villa Giulia à par la ligne gravée,
Rome. mais aussi elle est in-
D’une famille aristocratique, Velia participait à un ban- diquée par un fin tracé noir. Cependant les rapports
quet. contrastant entre les parties claires du visage, du cou
et des draperies et le fond obscur, d’une part, entre
«Derrière ses épaules se lève un nuage noir (ou plutôt la chevelure foncée et le ton clair de la paroi dans la
vert noir) au contour irrégulier, effrangé ou ondulé, qui zone au-dessus des nuages, d’autre part, effacent en
envahit une partie de la surface où est peinte cette réalité le contour et donnent un effet chromatique dé-
tête, et lui sert de fond. (…) C’est le fait d’une conven- licat au profil, si bien que celui-ci est formé par le pas-
tion par laquelle on veut indiquer que la scène du ban- sage entre deux zones de couleurs. Les feuilles du dia-
quet se déroule dans le monde obscur des ombres. dème, les bijoux et les plis des draperies au contraire
Velia est vêtue d’une tunique claire et d’un manteau sont dessinés avec plus de netteté. Le clair-obscur est
de même couleur, mais avec un grand bord foncé timidement indiqué. Il est pourtant particulièrement
décoré de festons. Elle porte les cheveux ramassés accentué dans les détails du visage où, en effet, des
sur la nuque et tenus par un ruban beige. Ses boucles nuances délicates de brun rouge voilent le nez, la pau-
de devant sont libres et retombent sur les joues, à la pière et la joue. (…) L’enchantement de cette peinture
mode grecque et italique du IVe siècle. Sa tête est cou- réside surtout dans la pureté du profil. Sur la ligne lé-
ronnée d’un diadème vert de myrte ou d’olivier. Parée gèrement incurvée du front et du nez, s’ouvre l’ample
de bijoux, elle porte de grosses boucles d’oreille en coupe de l’œil au grand iris mélancolique, tandis
forme de grappe et deux colliers, l’un plus court à pe- qu’entre les lèvres charnues, rose pâle, la ligne noire
tites perles sphériques, l’autre plus grand, aux perles de la bouche se dessine profonde et tombante. Elle
rondes et cylindriques. L’or de ses bijoux est d’un brun semble presque suggérer un moment d’abandon à la
roux, comme ses cheveux. méditation.»
Massimo Pallottino, Les grands siècles de la peinture:
la Peinture étrusque (Albert Skira, 1952, 2e éd. 1985), p. 100

44 CHAPITRE 6
exercices p. 6 9
notes méthodologiques
6.3 vous êtes absents – tu pouvais – ils sont présents • Si l’on recourt au verbe avoir, le datif de possession
– ils commandent – tu survivais – ils étaient utiles devient le sujet du verbe. Il est possible parfois de
– pouvoir – nous nous opposions – il était présent conserver la structure latine en utilisant le verbe ap-
– vous êtes présents partenir: De bons livres appartiennent aux enfants du
6.4 timebamus – oberat – delectabat – vocabant – dabam maître = Les enfants du maître ont de bons livres.
– monebas – praeeramus – ducebatis • Il n’est pas possible de traduire Deis sunt arae par Les
6.5 erat – putabant – vocabat – erat – erat – vivebat – po- déesses ont des autels. Le datif pluriel de dea, irrégu-
terat – erat – delectabat – amabat – monebat – timebat lier, est deabus!
– erat – dicebat – veniebam – eramus – erat
6.6 1. Les esclaves de Tarquin aident le fils du maître (se 6.8 1. Pourquoi les chevaux étaient-ils alors
tiennent auprès du fils du maître). dans l’ombre de la forêt?
2. Un esclave ne peut pas être à la tête des troupes 2. Y a-t-il un mur derrière l’autel du dieu?
romaines. 3. La gloire ne charmait-elle pas les Romains?
3. Après les combats, les esclaves ne manquent pas 4. Est-ce que les esclaves manquaient au maître?
aux Romains. 5. Est-ce que le maître appelait ses esclaves
4. L’argent ne manquait pas aux fils du maître. et les envoyait dans les champs?
5. La réputation de Romulus n’était pas éloignée du 6. Ne crains-tu pas la rumeur?
souvenir des Romains. 7. Le souvenir des victoires ne vivait-il
pas longtemps dans l’esprit des Romains?
notes méthodologiques 6.9 1. L’enfant a des amis.
2. Il y a de l’eau dans les champs.
• Toutes ces phrases présentent des composés du 3. Le Minotaure n’existe pas.
verbe esse, construits avec le datif ou, pour aberat, 4. Il y avait les troupes des Romains devant les murs.
avec ab + abl. Il faut donc connaître et surtout re- 5. Il y avait de l’ombre dans la forêt.
chercher cette construction dans la proposition la- 6. Les forêts étaient dans l’ombre.
tine à traduire. 7. Il n’y a pas d’autels dans les temples,
mais devant les temples.
6.7 1. Le maître a quatre chevaux. 8. Les femmes n’avaient pas de glaives.
2. Les esclaves n’avaient pas d’argent. 9. Les hommes et les femmes ont de l’argent.
3. Les dieux ont des autels. 6.10 Version – Les Sabins contre-attaquent
4. Les troupes des Romains ont une réputation
Tarquin désirait défendre Rome au moyen d’un nou-
(sont renommées).
veau mur aussi. Mais il ne le peut pas, car les Sabins
5. Les enfants du maître ont de bons livres.
préparent un combat contre les Romains et viennent
6. Les esclaves n’avaient pas de champs.
en territoire romain. Les malheureux Romains ont
peur des troupes des Sabins car ils ne sont pas loin
de Rome.
Mais Tarquin est à la tête des Romains et attaque les
Sabins. Les Romains tuent un grand nombre de Sa-
bins et sont bientôt en territoire sabin. La gloire des
Romains est grande, à cause de la victoire de Tarquin
et de la fuite des Sabins. Tarquin s’empare de nom-
breux hommes et de nombreux enfants aussi et les
conduit comme prisonniers dans les murs de Rome.
Maintenant les esclaves ne font jamais défaut aux
Romains.

CHAPITRE 6 45
notes méthodologiques VERSION 6.11 – LA VIE DES PAYSANS p. 70

• propter Tarquinii victoriam Sabinorumque fugam (l. 9): L’élevage tient une place essentielle dans la Rome
quand une seule préposition porte sur deux noms ou primitive. Seules les familles les plus riches possèdent
groupes nominaux coordonnés, il peut être néces- des terres suffisantes pour y faire pâturer leurs trou-
saire de la répéter, au moins partiellement: à cause peaux. Tous les autres paysans mènent leurs bêtes sur
de la victoire de Tarquin et [à cause] de la fuite des l’ager publicus (= terrains de pâturage à la disposition
Sabins. de toutes les gentes).

• (l. 10-11) Multos quoque viros et pueros Tarquinius ca- On élève principalement le mouton prisé surtout pour
pit et in Romae muros captivos ducit. sa laine, la chèvre réputée pour l’abondance de son
lait, l’âne et le mulet qui sont des animaux de bât et
a) Lorsque l’adverbe quoque porte sur un groupe de trait.
nominal, il s’enclave entre adjectif et nom, mais sa
traduction doit suivre l’entier du groupe nominal: Mais nombreux sont ceux qui élèvent aussi des porcs
de nombreux hommes et de nombreux enfants ou des chevaux souvent en vue de la guerre. Quant
aussi. aux bovins, beaucoup plus rares que chez nous ac-
tuellement, ils ont une condition de choix. Ils servent
b) En latin, le pronom de rappel (ceux-ci, les) n’est principalement d’animaux de trait; le lait de vache est
souvent pas exprimé. Il faut le rétablir en français: en effet peu apprécié.
Tarquin s’empare de nombreux hommes et de
nombreux enfants aussi et les conduit comme L’apiculture joue un grand rôle, vu que les Romains
prisonniers ... (et non: et conduit les prisonniers). ne cultivent pas la betterave sucrière, mais apprécient
beaucoup les mets sucrés!
Ce sont les Etrusques qui apportent des méthodes
6.11 Version – La vie des paysans (p. 70) agricoles performantes pour l’agriculture.
Souvent, les livres des Romains racontent la vie des pay- Les produits cultivés sont principalement les céréales,
sans. Les soucis ne manquaient pas aux paysans. Au ma- base de l’alimentation (épeautre, orge, blé barbu). Les
tin, les enfants conduisaient les chevaux, les vaches et les légumes sont plus rares et relativement peu variés: il
chèvres aux champs. Quant aux hommes, ils ne devaient s’agit du chou, de la lentille, de la rave et du poireau.
pas toujours cultiver la terre et étaient souvent absents Grands amateurs, les Romains cultivent beaucoup de
des champs. Chaque année, ils célébraient la déesse de fruits et apprécient les vignes.
la terre. Alors, ils ornaient la victime avec des rubans sa-
crés et la conduisaient à travers champs vers l’autel de
la déesse, car ils pensaient: «Nous devons avoir de la re-
connaissance pour la déesse parce qu’elle nous donne
de l’abondance et de l’argent». Après le sacrifice, ils as-
sistaient non seulement aux jeux mais dansaient aussi.
Ils pouvaient dîner avec leurs amis et leurs enfants et là,
même le souvenir des soucis était enfin éloigné de l’es-
prit des hommes et des femmes.

46 CHAPITRE 6
latin
latin
forum

MAGAZINE

jason et
la toison d’or
p. 72-73

LE CENTAURE
CHIRON ET
UN ÉLÈVE
FRESQUE
DE POMPÉI  p. 72

Cette peinture, trou-


vée à Pompéi en 1739,
représente le centaure Chiron enseignant à un élève
l’art de jouer de la lyre (ou de la cithare).
La mythologie fait de Chiron un centaure exception-
nel en ceci qu’il est un exemple de justice et de sa-
gesse. Il inventa la botanique, il découvrit l’usage des
plantes dans la médecine qu’il enseigna à Esculape et
il acquit une grande habileté dans la chirurgie.
Sur cette peinture, sa tête est couronnée de feuillage.
Il regarde son jeune élève avec bienveillance et tient
de la main droite un plectre prêt à faire chanter l’ins-
trument.
Le jeune homme, certainement Achille, a les pieds
chaussés de sandales. Toute son attention est dirigée
vers Chiron qu’il écoute avec respect et admiration.
Peut-être touche-t-il les cordes de l’instrument avec
les doigts de la main gauche.
Les auteurs anciens ne s’accordent pas pour distin-
guer la lyre de la cithare, instruments auxquels ils at-
tribuent de trois à onze cordes. Celui que l’on voit sur
cette peinture en a onze.

47
questions sur l’image p. 7 2 questions sur l’image p. 7 3

Jason se présente La nef des Argonautes,


au roi Pélias Lorenzo Costa (XVIe s.)
• Cette fresque appartient au troisième style pompéien On attribue ce tableau à Lorenzo Costa (Ferrare, 1460
(comme la fresque Persée délivre Andromède de la - Mantoue, 1535) et à Ercole de Roberti qui y ont sans
page 22). On remarque une composition en trois doute tous deux travaillé.
bandes verticales; mais un seul moment est représen- Ce tableau fait partie d’une série de peintures qui déco-
té (correspondant au premier paragraphe du texte de raient un coffre, avec comme sujet principal l’épopée des
la page 72). Le décor évoque un sanctuaire et des élé- Argonautes. Six fragments sont connus et appartiennent
ments de paysage (peu visibles sur la reproduction). à des musées ou des collections différents.
Sur chacune de ces bandes se détache un person-
nage, mais une hiérarchie est établie par le fait que les • Le bateau dispose d’un gouvernail axial, qui n’est pas
trois groupes sont disposés harmonieusement dans apparu avant le XIIe siècle, et d’une hune, ignorée de
un triangle presque équilatéral. l’Antiquité; en revanche, comme sur les bateaux an-
tiques, les voiles sont carrées, attachées à des vergues
Au sommet du triangle, Pélias est mis en valeur et dont la plus longue est constituée de deux pièces de
semble le personnage essentiel: il est au centre du ta- bois réunies par des ligatures. Le bateau, dans son en-
bleau et domine l’ensemble de la scène du haut des semble, n’a évidemment rien d’un bâtiment antique; il
marches. On peut lire sur son visage une sorte de stu- ressemble à un bateau de transport italien du début de
peur ou d’effroi à la vue de Jason; sa barbe blanche et la Renaissance.
le soutien affectueux que lui apportent ses filles sont
des indices de son âge et expliquent que ces dernières • Les personnages sont assez peu nombreux, ou plutôt
aient, un peu plus tard, le désir de le rajeunir (voir texte l’artiste a préféré leur donner une taille un peu dispro-
p. 74, dernier paragraphe). portionnée de manière à mieux les représenter dans le
détail. L’aspect militaire de l’expédition apparaît grâce
En bas à droite, un serviteur accueille un arrivant vêtu à l’équipement de deux Argonautes qui brandissent
d’étoffes colorées curieusement drapées et dont le leur épée et tiennent leur bouclier. Alors que les cos-
pied gauche est nu (il a perdu une sandale en aidant tumes sont dans l’ensemble ceux de la Renaissance,
une vieille femme – en réalité Junon – à traverser une l’artiste a représenté Hercule avec ses attributs usuels:
rivière.) Cet homme, Jason, est jeune et décidé. Il est la massue à la main et la peau du lion de Némée sur
le seul personnage en mouvement (voir ses pieds). la tête, cependant que le corps apparaît en vertu de
A gauche, pour équilibrer la composition, un sacri- la «nudité antique». A droite, Aïétès apparaît sur son
ficateur couronné de feuillage tient par une corne char.
un bœuf lui aussi couronné. C’est l’imminence du • Le décor est encadré par des moitiés de colonnes qui
sacrifice qui explique que tous soient couronnés de servaient à délimiter les différents épisodes réunis sur
feuillage (Pélias, ses filles, le serviteur), mais non Ja- le coffre. On remarquera le contraste entre le paysage
son, qui arrive. urbain qui apparaît au fond et la rudesse barbare des
Les couleurs lumineuses sont à l’opposé de celles de rochers du premier plan. Les éléments minéraux l’em-
la fresque de Persée et Andromède de la page 22. La portent largement sur les éléments végétaux, ce qui
suggestion dramatique est ailleurs: elle est dans la ri- contribue à renforcer l’impression de barbarie.
gidité des personnages qui semblent figés et surtout
dans la convergence des regards du roi, de ses filles,
du sacrificateur et même de l’esclave sur l’inconnu,
qui est le seul à être présenté de profil. De ce fait c’est
lui qui finit par apparaître comme l’élément essentiel
d’un tableau qui réussit à traduire en image la crainte
diffuse devant l’instant où, dans une atmosphère ren-
due solennelle par le sacrifice, le sort des personnages
semble irrévocablement scellé par le destin.

48
compréhension p. 7 3

Jason et
la Toison d’or
• Le point de départ, la ville de Iolcos, ne figure pas sur • On peut penser que les succès de Jason proviennent
la carte; on trouve néanmoins le Mont Pélion. Jason de sa propre initiative, de son propre libre arbitre,
se rend dans le bois sacré de Dodone pour y chercher mais en examinant les aides successives qu’il reçoit,
de quoi construire la proue de l’Argo. L’île de Lemnos, on constate qu’il ne fait que subir un destin déjà tout
puis le pays de Cyzique, la Mysie, la Thrace et le Pont tracé. Dès son enfance, un oracle prédit à Pélias qu’un
Euxin sont indiqués sur la carte. Seuls les récifs flot- jeune homme chaussé d’une seule sandale lui prendra
tants des Roches Bleues n’y figurent pas. son trône. Le destin est tracé d’une manière inalté-
• Dans l’Antiquité, le cycle des aventures de Jason avait rable: les différents mythes montrent que Zeus même
une notoriété analogue à celle de l’Iliade et de l’Odys- ne peut le fléchir. Jason ignore quel sera son destin,
sée. Malheureusement Jason a manqué d’un poète du mais il rencontre différentes aides qui le guident sur
talent d’Homère pour raconter ses exploits et il a fallu un chemin qu’il ne maîtrise pas lui-même: Athéna
attendre le IIIe siècle av. J.-C. pour qu’Apollonios de l’aide dans la construction du navire, le devin Phinée le
Rhodes tente d’unifier les nombreuses variantes de ce guide et surtout Médée lui permet de gagner la Toison
cycle dans ses Argonautiques. Les similitudes entre les d’or. Le héros n’est donc pas le maître de son destin.
deux cycles légendaires sont frappantes: • Si Jason doit aller chercher la Toison d’or, c’est pour
- La situation initiale est la même; les rois tentent prouver sa valeur, pour montrer qu’il est digne d’ac-
d’échapper à un oracle en écartant la personne qui céder au pouvoir et de diriger un royaume. Mais il est
apportera le malheur. Priam apprend ainsi que son évident aussi qu’aux yeux de Pélias, cette mission a un
fils à naître causera la ruine de Troie; il fait disparaître tout autre but: Jason ne doit jamais revenir de cette
le bébé, mais ce dernier est recueilli. Pélias sait par expédition.
un oracle que son neveu Jason causera sa perte. Il Par conséquent, le voyage, lui aussi, a une double
fait tout pour l’écarter définitivement, mais en vain. fonction: pour Pélias, il s’agit d’empêcher Jason de
- Les dieux interviennent activement dans la quête des revenir de Colchide; pour Jason, c’est un voyage ini-
héros. tiatique précédant la véritable quête, celle de la Toi-
son d’or. Si la quête de la Toison d’or est considérée
- Deux expéditions mènent à la conquête de la ville de comme une quête spirituelle, peut-on aller jusqu’à
Troie pour l’une et de la Toison d’or pour l’autre. dire que ce voyage représente aussi une purification?
- Ménélas réunit tous les rois de Grèce pour l’expédi- La véritable initiation arrive en Colchide: le roi Aïétès
tion. Jason fait appel aux héros les plus connus. refuse de céder la Toison d’or. Jason ne l’obtiendra
- Tant les conquérants de Troie que les Argonautes que s’il surmonte des épreuves qui mettront à chaque
doivent affronter les dangers d’un voyage maritime. fois sa vie en jeu.
- Les femmes influencent et poussent à agir les héros On peut ainsi interpréter le cycle de Jason comme le
des deux cycles. récit d’une quête initiatique, chargée éventuellement
d’une valeur spirituelle (comme la quête du Graal au
- Le retour des Argonautes est très difficile comme
Moyen Age). Certains critiques voient encore dans la
celui d’Ulysse dans l’Odyssée. Dans l’Antiquité, ces
Colchide une représentation symbolique des Enfers.
«chants du retour» sont très prisés.
- Les difficultés du voyage du retour sont dues à une
faute commise par les héros; l’Argo refuse ainsi de
conduire à destination Jason et Médée en raison du
crime qu’ils ont commis. Ulysse puni par Poséidon
est condamné à errer.

49
questions sur l’image p. 74 compréhension p. 7 5

Médée, fresque de Pompéi Jason et Médée


• Médée, portant un diadème, vêtue d’une longue robe • Médée est une magicienne qui donne un onguent et
couleur safran, tient dans ses mains une épée encore une pierre magique à Jason. Cet onguent a le pou-
enserrée dans son fourreau. voir de rendre insensible à la brûlure et invulnérable.
Le visage est fermé, les yeux sont fixes et expriment La pierre magique change le comportement des
une violente tension, en même temps qu’une grande guerriers qui s’entretuent alors. Sans ces pouvoirs
douleur. Le mouvement des mains, le corps immo- magiques de Médée, Jason ne saurait remporter les
bile sont des indices de la méditation (Médée est en épreuves imposées par Aïétès.
possession d’une arme, mais elle ne s’est pas encore De plus, elle est capable de transformer un vieux bélier
résolue à la dégainer). Le peintre a voulu montrer Mé- en agneau, provoquant ainsi la mort de Pélias et aidant
dée au moment où la jalousie va la faire sombrer dans Jason à monter sur le trône.
la folie meurtrière. Et enfin, elle offre une robe empoisonnée à la future
femme de Jason qui va mourir des suites de cet ar-
questions sur l’image p. 7 5 tifice. Avec ce pouvoir, Médée exerce sa vengeance
contre Jason qui l’a abandonnée pour une autre
Médée s’apprête femme.
• 1) Médée tue son jeune frère Absyrtos et le démembre
à tuer ses enfants pour retarder les poursuivants de l’Argo.
Eugène Delacroix 2) Elle convainc les filles de Pélias de le tuer afin de lui
rendre sa jeunesse.
Cette œuvre d’Eugène Delacroix (1798 - 1863) est
3) Elle tue à l’aide d’une robe empoisonnée la future
conservée à Lille, Musée des Beaux-Arts.
femme de Jason qui prend feu.
• Comme souvent, le sujet mythologique est un pré- 4) Elle tue ses propres enfants dont Jason est le père.
texte pour la peinture du nu; cependant ce n’est pas
d’une beauté idéale qu’il s’agit ici, et Delacroix cherche
à faire naître de tout autres impressions.
comprendre l’image antique p. 7 7
apprendre à regarder
Le décor, uniformément sombre et peu lisible, apporte
une couleur inquiétante. La direction des ombres fait
1. Jason découvre la Toison d’or en présence d’Athéna
penser que l’on doit se trouver dans une sorte de ca-
(reconnaissable à son casque, sa lance, l’égide). La
verne aux connotations primitives.
représentation est peu réaliste du point de vue de la
Le corps de Médée est éclairé, à l’exception du som- composition: le peintre a raccourci l’espace entre le
met de sa tête, symbolisant de manière assez évidente navire Argo (identifiable à une tête qui en surmonte la
la noirceur de ses pensées. L’intensité avec laquelle poupe) et la Toison d’or. Les proportions des figures
elle observe l’extérieur indique que la cause de son sont très inégales. Le personnage barbu près du ba-
acte est ailleurs, qu’elle trouve au dehors la justifica- teau est difficilement identifiable, mais il s’agit proba-
tion de son geste, ou bien qu’elle attend du dehors blement de l’un des Argonautes.
une raison d’agir ou une raison de renoncer.
2. De gauche à droite:
Mais la violence du regard que jettent ses yeux presque Couvercle: Jason en Colchide
exorbités, ainsi que sa longue coiffure dénouée, Il faut être conscient du fait que l’illustration est consi-
montrent une femme égarée. La bouche est ouverte dérablement agrandie par rapport à la cuve, puisque
comme pour répéter une invective silencieuse. La ma- seule la moitié droite du couvercle a été conservée.
nière dont elle tient ses enfants est dénuée d’affection: La scène tout à gauche (absente de la liste proposée)
celui de gauche est presque étouffé, celui de droite a prend place en réalité au-dessus de la mort de Créuse,
le bras tordu. Toutefois, la main n’est pas encore prête scène qui figure sur la cuve du sarcophage. Elle montre
à frapper: elle tient le poignard, mais les doigts ne sont un roi sur un char, une image probablement relative au
pas placés de manière à serrer la garde. cycle des Argonautes (Pélias?)
Plus que la sauvagerie, Delacroix a peint, lui aussi, le Premier épisode: Jason dompte un taureau pour la-
moment où tout bascule. bourer: face à Aïétès, assis sur un trône, Jason impose
le joug à deux taureaux pour labourer et semer les
dents du dragon.

50
Deuxième épisode: Jason s’empare de la Toison d’or; Selon une première interprétation, le personnage
casqué et agenouillé, il bénéficie de l’aide de Médée, principal de la cuve serait Médée, que l’on pourrait
dont la tête est couverte. identifier avec la défunte. La séquence des différentes
scènes constituerait une allégorie de la victoire sur la
Cuve: Médée à Corinthe mort culminant dans une apothéose de la défunte,
Troisième épisode: La fille de Créon Glaukè (qu’on symbolisée par la fuite en char de Médée qui échappe
nommera ici Créuse selon la version romaine la plus aux vicissitudes de la vie terrestre (en écho à la fin de
courante du mythe) reçoit une robe et une couronne la Médée de Sénèque): cette interprétation de type es-
comme cadeaux pour ses noces de la part des enfants chatologique est moins défendue aujourd’hui.
de Médée, qui sont l’instrument de sa vengeance.
Quatrième épisode: Sous le regard terrifié de son père, Une autre interprétation souligne la centralité de la
Créuse se tord de douleur et meurt, embrasée par le mort de Créüse. Il s’agirait non du «sarcophage de
vêtement empoisonné qui tuera également Créon. Médée», mais bien de celui de Créüse! La scène joue-
Cinquième épisode: Médée (dont la tête n’est pas rait surtout sur le contraste entre un mariage heureux
conservée) médite le meurtre de ses enfants. et une mort affreusement brutale et douloureuse,
Sixième épisode: Médée tue ses enfants (on voit le suscitant chez les proches (à l’instar de Créon, témoin
corps d’un de ses enfants au-dessus de son épaule) et désarmé de la mort de sa fille) la tristesse et le dé-
s’enfuit en emportant leurs cadavres dans un char tiré sarroi. La représentation d’un mythe, qui présente aux
par des dragons ailés. yeux du spectateur une situation bien pire que la si-
A. Jason C. Enfants de Jason et Médée tuation vécue, a pour fonction d’accompagner le deuil
des vivants et d’apporter du réconfort aux proches de
B. Médée D. Epouse de Jason (Créüse)
la défunte.
3. La scène en haut à droite du couvercle présente égale-
Plus simplement, les images représentées peuvent
ment la découverte de la Toison d’or. Elle est orientée
rappeler le statut ou le destin de la défunte, une mère
en fonction de la direction de lecture du sarcophage.
de famille ou une jeune mariée disparue avant d’avoir
Sur le vase, c’est Athéna (qui l’a aidé à construire le
pu jouir de la vie conjugale.
navire Argo) et non Médée qui assiste Jason.
Et si le sarcophage était celui d’un homme? C’est
4. Guider l’élève dans la description de ses impressions,
une hypothèse moins souvent évoquée étant donné
en caractérisant le style, la densité, le rythme de la re-
l’importance qu’ont les figures féminines sur le sarco-
présentation. On peut relever l’aspect très théâtral de
phage. Le couvercle représente le cycle de Jason et
la scène qu’on peut mettre en relation avec des pas-
des Argonautes. Sur les sarcophages romains, Jason
sages d’Euripide ou de Sénèque.
représente en général un modèle de pietas: il a la fa-
5. Les épisodes sont juxtaposés de gauche à droite, veur des dieux. La cuve montrerait la suite de son his-
comme une bande dessinée. toire et les conséquences tragiques de l’amour qu’il a
Ce procédé se rapproche d’un récit écrit, montrant suscité.
que ces épisodes, bien que distincts, sont reliés les uns
aux autres. D’une part en effet, les divers épisodes sont
séparés les uns des autres par des éléments du décor suggestions bibliographiques
(la chaise de Créüse, une colonne) ; d’autre part, ils
Le sarcophage est visible à l’Antikenmuseum de Bâle
sont reliés par divers personnages, que ceux-ci regar-
(www.antikenmuseumbasel.ch).
dent l’épisode suivant (Créüse) ou qu’ils passent d’un
épisode au suivant (les enfants de Médée). On peut Publication complète du sarcophage avec des détails
aussi relever les contrastes, le rythme et le style tou- en noir et blanc:
jours plus expressif des figures qui soutiennent le dé- M. Schmidt, Der Basler Medeasarkophag, Tübingen
veloppement tragique de l’action. 1968.
6. Un sarcophage contient le cadavre du défunt. N’ayant P. Zanker et B. C. Ewald, Mit Mythen leben. Die Bil-
pas été découvert in situ, le sexe et l’âge de ce der- derwelt der römischen Sarkophage, Munich 2004 (ou
nier n’est pas vérifiable: on ne sait donc rien de son Living with myths: the imagery of Roman sarcophagi,
identité. La mort et l’amour sont manifestement les Oxford 2011): la meilleure synthèse actuelle sur l’ico-
thèmes principaux du sarcophage. Mais plus on varie nographie des sarcophages romains qui comprend
les perspectives d’interprétation, plus on enrichit les d’excellentes illustrations.
niveaux de signification du sarcophage. Les interpré-
tations différentes ne s’excluent pas forcément.
Le sarcophage était-il destiné à une défunte? C’est
l’hypothèse la plus fréquente.

51
compréhension p. 8 0 analyse d’image p. 8 1

Un banquet fastueux Les Sabines


1. Encolpe est le narrateur et le principal héros du roman. Après la chute de Robespierre, le peintre Jacques-Louis
Il a été invité à souper par l’affranchi Trimalcion avec David (1748-1825), son partisan, est incarcéré. C’est en
son compagnon Ascylte. Le point de vue adopté n’est prison qu’il a l’idée de représenter cet épisode de l’his-
donc pas celui d’un narrateur omniscient, mais celui toire romaine. Il désirait montrer que désormais il était
d’Encolpe qui décrit au fur et à mesure ce qu’il voit. La un homme de paix et souhaitait la réconciliation des Ré-
description est limitée à ce que peut voir et connaître publicains. Sorti de prison, David va mettre cinq ans pour
le personnage-spectateur. Ainsi le contenu du plat achever (en 1799) cette immense toile (385 x 522 cm.)
n’apparaît pas avant que la partie supérieure du pré- qu’il considère comme son chef-d’œuvre. En préparant
sentoir ait été enlevée, le lecteur ne comprend le jeu ce tableau, il déclara: «je veux faire du grec pur». Sur la
de mots de Trimalcion: «Coupe» (en latin Carpe, voir toile, cette volonté se retrouve dans le choix de peindre
note 8) qu’après que le narrateur en a reçu l’explica- comme on le ferait pour une frise (en privilégiant le pre-
tion de son voisin. On appelle ce procédé narratif (très mier plan) et de donner aux personnages des attitudes
utilisé dans les romans policiers où le lecteur avance figées. Il choisit aussi de représenter les guerriers nus
au rythme de l’enquêteur) “focalisation interne”. pour renouer avec les modèles grecs et pour montrer la
beauté du corps humain.
2. Le plat entre en scène, escorté de quatre danseurs et
de musiciens et autre personnel de service. Chacun Le tableau s’intitule Les Sabines. David choisit d’illustrer
des mets qui le composent est comparé ou assimilé à non pas l’enlèvement des Sabines, mais la guerre qui
un élément mythologique (Pégase, Marsyas) ou géo- éclate trois ans plus tard entre les Romains et les Sabins
graphique (Euripe). Comme au théâtre, il y a une véri- qui tentent de récupérer leurs filles. Les femmes, atta-
table mise en scène. chées à leurs époux et à leurs enfants, s’interposent et
demandent la réconciliation des deux peuples.
3. L’aspect visuel du plat est au moins aussi important
que ses qualités gustatives. Le narrateur ne dit rien ni 1. Le bouclier rond du soldat qui brandit un javelot per-
de son odeur, ni de son goût, mais évoque longue- met d’identifier les Romains. Il est en effet décoré en
ment son entrée en scène, sa présentation et la ri- son centre d’une louve sous laquelle se lit ROMA; c’est
chesse du service. donc Romulus qui le porte. Les nombreux soldats
massés derrière Romulus sont ainsi romains et occu-
4. Le texte ne mentionne que l’homme qui est allongé
pent toute la moitié droite du tableau. Face à eux, les
à la gauche d’Encolpe (l. 24-25). Comment savoir si
Sabins occupent le côté gauche. Leurs javelots sont
les convives étaient nombreux? Selon le vieux pro-
encore brandis, signe du désir de vengeance, alors
verbe Septem convivae, convivium ; novem, convicium
que leur chef est dans une position défensive.
(«Sept convives, repas; neuf, fracas»), les convives
sont rarement très nombreux. Mais Trimalcion, af- 2. Sur le côté droit, le nombre plus important des Ro-
franchi enrichi, ne respecte pas les codes. Comme mains est signifié par la profondeur de la foule (on
nous l’apprend la suite du texte de Pétrone, il y a là, voit émerger de cette foule des enseignes romaines;
outre Encolpe et son ami Ascylte, Trimalcion et son elles sont d’ailleurs anachroniques puisqu’elles n’exis-
épouse Fortunata, ainsi qu’une série d’affranchis: Dio- taient pas à cette époque). Cette sur-représentation
gène, Proculus, Dama, Séleucus, Philéros, Ganymède, des Romains indique leur prédominance future sur les
Echion, Agamemnon. Leurs noms laissent deviner leur Sabins.
origine étrangère.
5. Les convives sont couchés sur des lits de table. Leur
position respective indique la hiérarchie entre eux (voir
note 7). Le triclinium désigne chez les Romains la salle
de réception des maisons d’habitation ou salle à man-
ger; elle comporte trois lits de table (d’où son nom)
placés en U, au centre desquels une table ronde ou
carrée est agencée afin d’y présenter les plats. Chaque
lit comporte en principe trois places.

52
3. Romulus est incarné par le soldat au bouclier rond à 6. Les petits enfants témoignent que les femmes sabines
droite du premier plan. L’attitude de Romulus (bien sont liées par le sang à la fois aux Romains et aux Sa-
campé sur ses jambes, légèrement incliné en arrière) bins. Les enfants illustrent la nécessité d’une réconci-
est offensive, alors que le soldat de gauche penché en liation entre les deux peuples.
arrière, son glaive baissé, est en position de défense. 7. Les soldats sont nus; il s’agit d’une innovation, en rup-
L’écharpe rouge de ce dernier symbolise le pouvoir et ture avec le style galant et libertin de la peinture du
permet d’identifier le chef sabin, Tatius. Tatius porte un XVIIIe s.; David revendique l’héritage du classicisme
casque dont la forme vient d’une mauvaise interpréta- de Nicolas Poussin et des idéaux esthétiques grecs
tion des casques grecs, celui du buste de Périclès par et romains. Il doit cependant répondre aux reproches
exemple: David a pris pour une visière la partie mobile qu’on lui fait par rapport à la nudité de ses héros: son
qui vient protéger le bas du visage. Son habillement intention était «de peindre les mœurs antiques avec
invraisemblable (et sauvé de l’indécence par un four- une telle exactitude, que les Grecs et les Romains, en
reau opportun) rappelle que la grande peinture his- voyant son ouvrage, ne l’eussent pas trouvé étranger
torique est l’occasion de peindre le nu. Noter que les à leurs coutumes.»
deux chefs sont représentés dans une attitude sem-
blable mais inversée: Tatius, de face mais en position Le bonnet phrygien de l’homme qui tient un cheval
défensive, répond à Romulus, offensif mais de dos. (tout à droite) est, dans l’Antiquité, le code vestimen-
taire qui permet de reconnaître un héros venu d’Asie
4. Au moment où les deux chefs s’affrontent véritable- Mineure et d’Orient (voir Livre du maître, p. 33). Par
ment, les femmes font irruption et s’interposent entre ailleurs, le bonnet phrygien était porté par les es-
eux. claves affranchis de l’Empire romain. On peut voir là
Pour rendre cet épisode, David exploite notamment un discret rappel de l’origine troyenne de Romulus et
les artifices spatiaux de la frise inspirée des bas-reliefs du fait que certains des premiers habitants de Rome
antiques. Ainsi, au premier plan, les bras étendus, cam- étaient des esclaves fugitifs. Mais ici le bonnet phry-
pée sur ses jambes écartées, Hersilie s’adresse à son gien évoque surtout la situation politique à la fin de la
père Tatius et à son époux Romulus. Les trois person- Révolution: apparu peu de temps après la prise de la
nages principaux se font ainsi écho, Hersilie formant Bastille, ce couvre-chef était devenu le symbole des
un axe autour duquel toute la scène s’organise. Bien sans-culottes.
plus que les guerriers, elle semble ainsi être la véritable 8. La peinture n’est pas réaliste. Les œuvres de David (La
héroïne du tableau. Ses jambes et ses bras qui, tout douleur d’Andromaque, 1783 – Le serment des Ho-
à la fois, repoussent et demandent le rapprochement races, 1784 – La mort de Socrate, 1787 – Les amours
des deux camps, forment des droites dynamiques di- de Pâris et d’Hélène, 1788 – Les licteurs rapportant à
rigeant d’autant plus le regard qu’Hersilie est vêtue de Brutus les corps de ses fils, 1789 – Léonidas aux Ther-
blanc et a la peau très claire. Dans l’espace pictural mopyles, 1814 – Mars désarmé par Vénus et les Grâces,
créé par ces lignes directrices, évoluent les femmes 1824) montrent un goût prononcé pour les sujets an-
qui semblent protégées par Hersilie: trois d’entre elles tiques, ainsi que pour les accessoires «à l’antique» lar-
sont placées sous ses bras et deux s’inscrivent au-des- gement diffusés dans le style «Empire». Néanmoins
sus de leurs lignes ascendantes. Certaines d’entre elles des erreurs se sont glissées dans le tableau, comme le
présentent aux Sabins leurs enfants, cherchant ainsi à casque grec mal interprété ou les enseignes anachro-
réconcilier les combattants, et l’une tient embrassé le niques. De plus, la Rome primitive ressemble ici à une
genou de Tatius en signe de supplication. Quelques- forteresse du Moyen Age. Les fouilles archéologiques
unes portent des vêtements de couleur rouge, cou- ont attesté qu’à l’époque de la Rome primitive, seules
leur réservée sinon aux deux chefs. des maisons rudimentaires aux murs de torchis et au
Avec cette mise en valeur d’Hersilie et des femmes, toit de chaume étaient construites. Historiquement,
David fait passer la famille et la nécessité de la récon- Rome était donc un village habité par des paysans et
ciliation avant les valeurs guerrières. des bergers.
5. Au fond du tableau, les femmes ont déjà séparé Ro- L’Antiquité n’est qu’une caution: le peintre privilégie la
mains et Sabins; en effet, des casques et des bonnets représentation des corps, imposant de la sorte une vi-
sont brandis et le cavalier du cheval blanc (couleur sion esthétique novatrice. Il cherche aussi à faire pas-
identique à Hersilie) remet son arme dans son four- ser un message politique: la nécessité d’aller vers une
reau. A noter que cette arme est anachronique: il s’agit réconciliation nationale.
plutôt d’un sabre de l’époque de Bonaparte.

53
3. Scipion a réussi à faire trembler Hannibal et à finale-
compréhension p. 8 2
ment le vaincre à Zama, ce que n’avait pu faire aucun
de ses prédécesseurs. Les termes effroi de Carthage
sont probablement ceux dont ses contemporains le
désignaient.
Buste en bronze
de Scipion 4. Le texte cesse bien vite d’être descriptif et anecdo-
l’Africain tique pour devenir moral. La vision de la maison de
(Publius Cornelius Scipion amène la description des maisons de l’époque
Scipio Africanus) de Sénèque, et c’est du contraste que naît le jugement
Naples, Musée moral. En effet Sénèque fait l’éloge de Scipion et des
archéologique national mœurs de son époque.
5. La critique des mœurs de l’époque impériale ne re-
pose pas sur l’emploi de termes péjoratifs: la condam-
nation du luxe est implicite et Sénèque se contente
de présenter les excès de ses contemporains en mul-
tipliant l’usage hyperbolique du pluriel: de grands et
coûteux miroirs (l. 17) – des robinets d’argent (l. 19)
La maison de – combien de statues (l. 20) – combien de colonnes
(l. 20) – que d’eaux (l. 21-22).
Scipion l’Africain Sont des exagérations évidentes les mots toute la
1. Sénèque (2-65 apr. J.-C.), contemporain et précep- journée (l. 26-27) – par de vastes fenêtres (l. 28) – on
teur de l’empereur Néron, est né 238 ans après Sci- bronze en même temps qu’on se lave (l. 28-29) – la
pion l’Africain (236-184 av. J.-C.). Plus de deux siècles campagne et les mers (l. 29-30).
les séparent.
Sénèque utilise également l’ironie en employant des
2. Le début du texte (l. 1-2) n’est pas une description, termes péjoratifs par lesquels il semble condamner
mais le récit au présent des circonstances dans les- la simplicité des mœurs antiques. Ce faisant, il feint
quelles Sénèque écrit sa lettre. d’adopter le jugement de ses contemporains, adeptes
La description de la maison de Scipion occupe les du luxe: dans ce recoin (l. 9) – si misérable (l.13) – ce
lignes 3-8, celle de sa salle de bains les lignes 23-25; dallage si simple (l. 14) – pauvre et misérable (l. 15)
puis s’y mêle l’évocation de la vie qu’y menait Sci- – des meurtrières (l. 23-24) – «nids à blattes» (l. 26)
pion l’Africain, (l. 8-15, à l’imparfait, pour marquer la – sa crasse (l. 36) – une eau trouble (l. 38) – presque
répétition). Il est intéressant de constater comment boueuse (l. 39) – sa sueur (l. 41).
les groupes nominaux, introduits par des démonstra- 6. Sénèque ne fait pas le portrait physique de Scipion. Il
tifs (dans ce recoin – sous ce toit si misérable – ce rappelle sa carrière glorieuse par l’expression l’effroi
dallage) servent à rapprocher un récit qui évoque des de Carthage (l. 9), mention largement suffisante dans
faits passés d’une vision contemporaine. la mesure où, même deux siècles et demi plus tard, on
Le reste du texte (l. 15-22: mais à présent) et l. 25- connaît parfaitement l’intervention décisive de Scipion
30 (aujourd’hui) ne concerne ni Scipion ni sa maison, lors de la deuxième guerre punique.
mais les habitudes des contemporains de Sénèque La haute moralité de Scipion se déduit de la descrip-
en matière de bains. Ce tableau forme un vigoureux tion de sa maison et du contraste avec les habitations
contraste avec les mœurs anciennes incarnées par de l’Empire. Sénèque décrit moins les mœurs d’un
Scipion. On peut comparer les deux valeurs du pré- seul homme, si célèbre soit-il, que celles de toute une
sent: présent ponctuel (l. 1-2) et présent élargi (l. 25- époque. On peut en retenir les traits mis en avant des
30) à toute l’époque contemporaine. valeurs des anciens Romains:

54
• l’attachement à la défense du territoire: pierre de 7. Ce texte peut être l’occasion de faire observer la va-
taille (l. 3) – mur enfermant la forêt (l. 3-4) – défense leur ironique des interrogations et des exclamations.
de la maison (l. 5) – sans compromettre la protection Les phrases: mais à présent qui supporterait de se laver
(l. 25); ainsi? (l. 15) et pourquoi en effet décorer une invention
• le refus de tout luxe inutile: une minuscule salle de destinée à l’usage courant, non à la distraction? (l. 32-
bains, ténébreuse (l. 7-8) – dans ce recoin (l. 9) – des 33) sont des interrogations directes repérables à leur
meurtrières plutôt que des fenêtres (l. 23-24) – au- mot interrogatif (adverbe ou pronom) et, dans une
cune décoration (l. 32); édition moderne, au point d’interrogation. Mais elles
• l’attachement ancestral aux valeurs rurales et l’achar- n’ont pas pour enjeu d’obtenir une réponse précise:
nement au travail: son corps fatigué par les travaux elles sont simplement un procédé destiné à présenter
de la campagne (l. 10) – il s’occupait des travaux des de manière forte une affirmation. Elles sont respecti-
champs et retournait lui-même la terre (l. 11-12) – vement les équivalents de personne ne supporterait
faire disparaître sa sueur (l. 41); de se laver ainsi et de il n’avait aucune raison de déco-
rer une invention destinée à l’usage courant, non à la
• le respect de la tradition: selon la coutume antique distraction.
(l. 8) – comme ses ancêtres en avaient l’habitude (l.
12-13) . Les exclamations Combien il y a de statues, combien
de colonnes qui ne soutiennent rien! (l. 19-21) Que
d’eaux glissant avec fracas en cascade! (l. 21-22) mar-
quent une admiration feinte. Sénèque exprime en ef-
fet le sentiment de quelqu’un qui admire les construc-
tions et les mœurs de son temps, alors que lui-même
les condamne. Ces exclamations sont ironiques.

Impluvium Tablinum Péristyle


Atrium Cuisine
Compluvium Jardin
Triclinium

Vestibule

Boutique

Cubiculum
Latrines

55
56
latin
forum

7
CHA P ITRE 7
chapitres 8
un roi détesté : stylistique p. 8 7

tarquin le superbe (p. 86) 1. a) vocabatur – interficiebantur – adorabatur. Ces verbes


sont conjugués à l’imparfait.
b) En français, ces formes verbales sont formées de
observation p. 8 7 l’auxiliaire être à l’imparfait et du participe passé
(était appelé, étaient tués, était adoré).
1. a) injustum bellum (acc. sg.) – foro (abl. sg) – templis
(abl. pl.) – belli (gén. sg.) 2. a) En latin, le complément d’agent du passif est intro-
duit par la préposition a ou ab (+ abl.), qui se traduit
N. sg. N. pl.
en français par la préposition par.
V. sg. V. pl.
b) Ici, le latin rend le complément du passif en le met-
Acc. sg. injustum bellum Acc. pl.
tant à l’ablatif (sans préposition).
G. sg. belli G. pl.
c) On constate donc que le complément d’agent est à
D. sg. D. pl.
l’ablatif sans préposition s’il s’agit d’une chose et qu’il
Abl. sg. foro Abl. pl. templis
est précédé de a ou ab s’il s’agit d’un être animé.
b) Ces noms appartiennent à la deuxième déclinai-
son. La terminaison -i du génitif singulier permet de compréhension p. 8 7
l’affirmer.
1. Voici les reproches que les Romains font à Tarquin:
2. Tableau plus complet: il est un tyran qui a beaucoup de vices. Il exerce un
N. sg. magnum consilium N. pl. arma règne violent et n’hésite pas à tuer des citoyens ro-
V. sg. V. pl. mains pour s’emparer de leurs richesses. De plus,
Acc. sg. injustum bellum Acc. pl. arma l’abondance d’armes à Rome et les projets belliqueux
G. sg. belli G. pl. de Tarquin déplaisent aux Romains.
D. sg. D. pl. 2. On voit que Tarquin est un roi belliqueux parce que,
Abl. sg. foro Abl. pl. templis comme il veut faire une guerre injuste contre les
Volsques et les Rutules, il cherche un motif pour la
On constate que la terminaison du nominatif est iden-
faire (l. 17-18: Nous pourrons trouver facilement un
tique à celle de l’accusatif, que ce soit au singulier ou
motif de guerre).
au pluriel.
3. Les armes sont légitimes dans un camp militaire mais
3. La déclinaison de templum diffère de celle de domi- sacrilèges sur le forum et dans les temples. A Rome
nus au nominatif et au vocatif singulier. Au pluriel, les (et dans d’autres cités), une bande de terre à l’exté-
différences se retrouvent au nominatif, au vocatif et à rieur ou à l’intérieur de la muraille (le pomerium) si-
l’accusatif. gnale la frontière formelle de la ville, fixée par un rituel
religieux, qu’il est interdit de franchir en armes, sauf le
jour du triomphe.
4. Les Volsques viennent d’Italie centrale. Plus précisé-
ment, ils se sont fixés dans les Apennins au sud-est de
Rome.
5. Dans le vocabulaire usuel, un monarque est un roi,
alors qu’un tyran peut avoir la même fonction mais
l’exerce de manière absolue, oppressive et injuste.

CHAPITRE 7 57
devant les yeux (sous les yeux) les vices de Sextus, les
etymologie p. 8 8
rapines du tyran, la vie misérable du peuple. Est-ce que
1. un camp, puis une demeure fortifiée (castra) – l’action par hasard nous pouvons vivre ainsi?»
de diriger (gerere) – l’équipement que portaient les Le peuple prend les armes à cause des paroles de Bru-
hommes en armes (arma) – un partisan de la guerre tus: Tarquin et ses enfants sont chassés de la ville. Alors
(bellum) – une réponse dont on voit immédiatement Brutus institue le consulat et les Romains sont amenés à
la pertinence, qui s’impose tout de suite à l’esprit (vi- une vie libre.
dere) – une personne qui a trouvé quelque chose de
nouveau (invenire) – un discours qui contient trop de notes méthodologiques
mots (verbum).
• Le coordonnant et a une valeur de structuration
2. a) un visa – b) viser – c) la visibilité
chronologique (au sens de «et puis»). Dans ce texte
3. a) laudatif – b) un/une auxiliaire – c) belliqueux – il est clair que, si les éléments coordonnés ne sont
d) une pétition – e) facile pas traduits dans l’ordre où ils se présentent, la com-
4. • victoria préhension du texte est compromise.
• Vincent et Victor - Romam equis nunc petere et matronas improviso
• Ce nom est composé de bellum et de gerere. Les videre possumus (l. 5): intervertir les deux groupes
belligérants sont les peuples qui font la guerre, qui de l’infinitif («Nous pouvons voir nos femmes à
prennent part à une guerre. l’improviste et gagner maintenant Rome à cheval»)
• On y trouve des cassettes vidéo, des films que l’on revient à intervertir le lieu et le temps de la scène.
peut voir (video). Les femmes de Sextus et Collatin ne sont pas dans
• Un cruciverbiste est un amateur de mots-croisés. le camp, mais à Rome; les cavaliers doivent gagner
• Un ouvrier travaillant dans la manufacture réalise des Rome pour les voir!
travaux à la main. - Lucretia servum ad virum mittit et gladio se interficit
• Il devient liquide (il est fait liquide). (l. 8): l’interversion des deux propositions amène à
5. a) l’armure b) l’armée c) l’armoire une absurdité!
• Tous les mots doivent être traduits (même et surtout
traduction p. 9 0 les mots courts, comme les prépositions). Verba de
feminis faciebant (l. 2): «Ils parlaient de leurs femmes»
La fin de la royauté est complètement différent de Verba feminis facie-
bant: «Ils parlaient à leurs femmes.»
La mort de Lucrèce • Sextus, Tarquinii filius, et Collatinus, Sexti consobrinus,
Les Romains faisaient la guerre contre les Rutules. Alors ... (l. 1-2) – Collatinus et Junius Brutus, Collatini ami-
Sextus, le fils de Tarquin, et Collatin, le cousin de Sextus, cus, ... (l. 9) Pour bien comprendre que, dans les deux
étaient dans le camp avec des amis et parlaient de leurs exemples, il y a deux personnages, rappeler le phé-
femmes. Collatin louait en paroles sa chère Lucrèce. nomène de l’apposition (voir p. 17). L’élément apposé
Finalement Collatin demande à Sextus Tarquin: «Lucrèce est au même cas que le nom propre auquel il ap-
n’est-elle pas la meilleure des femmes? Nous pouvons porte une précision; il en est séparé par une virgule.
gagner maintenant Rome à cheval et voir nos femmes à Il serait faux aussi de concevoir, dans le premier
l’improviste.» exemple, que Sextus est juxtaposé à filius (il y aurait
Ils trouvent leurs femmes dans des festins (occupées à alors trois personnages), car le latin serait obligé de
festoyer). Mais Lucrèce était occupée au travail de la laine mettre un et. Voir p. 41, la coordination, point 3 a.
avec ses servantes. Alors le fils du tyran désire Lucrèce. • Sexti vitia, tyranni rapinas, miseram populi vitam ante
C’est pourquoi il revient à l’improviste dans l’ombre de oculos habetis (l. 11-12). Signaler le phénomène de la
la nuit et viole Lucrèce. Lucrèce envoie un esclave à son juxtaposition (asyndète), absence volontaire et stylis-
mari et se tue avec une épée. tique de coordination entre plusieurs éléments. La jux-
taposition est un procédé rhétorique très utilisé par les
L’expulsion des Tarquins orateurs (ici dans le discours de Junius Brutus). L’effet
Collatin et Junius Brutus, l’ami de Collatin, jurent: «Nous obtenu est de souligner et d’amplifier l’accumulation
devons chasser les Tarquins, parce qu’ils sont nuisibles à des crimes des Tarquins, de les lier directement à la
notre patrie.» Ils prennent les armes et portent Lucrèce misère du peuple romain et finalement de soulever
au forum, près de l’autel de Vesta. l’indignation. La conclusion s’impose, formulée par
Junius Brutus appelle les Romains et demande son aide une question oratoire: Num ita vivere possumus? (l. 12)
au peuple: «Vous voyez le sort de Lucrèce. Vous avez

58 CHAPITRE 7
Brutus l’Ancien se replient, et Brutus a droit à des funérailles somp-
(denier du Ier s. av. J.-C.) p. 90 tueuses à Rome, où toutes les femmes, qui lui sont
reconnaissantes d’avoir défendu la cause de Lucrèce,
Lucius Junius Brutus, de la famille de Tarquin, est le
le pleurent comme un père.
fondateur légendaire de la République romaine.
Selon la légende, un jour un serpent sort inexplicable-
ment de l’un des piliers du palais; Brutus accompagne
deux des fils de Tarquin à Delphes, afin de consulter
l’oracle sur ce prodige. Ayant des soupçons sur la poli-
tique de Tarquin à l’égard des aristocrates, dont beau-
coup ont été assassinés par ordre du roi, Brutus fait Buste de Lucius
semblant d’être idiot (sens de son nom en latin). Junius Brutus
Rome, Musées du Capitole
Peu après le retour de l’expédition à Delphes, Tarquin
le Superbe déclare la guerre à Ardée, riche cité rutule;
durant le siège, Sextus, l’un des fils de Tarquin, viole
Lucrèce dans la maison de son mari, Lucius Tarquinius
Collatinus. Après son départ, Lucrèce envoie chercher
son père et son mari; ce dernier vient avec Brutus, en
compagnie de qui il chevauchait quand le message
est arrivé. Lucrèce leur révèle ce qui lui est arrivé et,
après les avoir fait jurer de venger son honneur, elle Marcus Junius Brutus Caepio (vers 85 av. J.-C. - 23
se poignarde. Là-dessus, Brutus arrache à ses com- octobre 42 av. J.-C.) prétendait descendre de Lucius
pagnons un second serment, celui de chasser les Tar- Junius Brutus. Il est un sénateur romain, un juriste et
quins et d’établir la République à Rome. un philosophe de la fin de la République; il est aussi
Les deux autres, stupéfaits de la transformation de le fils de Servilia, la maîtresse de Jules César, auquel
celui qu’ils croyaient idiot, acceptent de le prendre il porta le dernier coup, en le poignardant le 15 mars
comme chef. Brutus conduit un soulèvement armé à 44 av. J.-C.
Rome, la population vote l’abolition du pouvoir royal César, mourant, l’aurait reconnu et se serait exclamé
et l’exil de la famille. Brutus se met alors à la tête des « », comme le rapporte l’historien ro-
citoyens armés et remporte la victoire sur les troupes main Suétone (Vie de César, 82, 3). L’exclamation est
qui assiègent Ardée. transmise par la tradition sous sa forme latine: «Tu
Après la libération, les citoyens élisent comme consuls quoque, mi fili». Sous cette forme, elle ne se trouve
Brutus et Collatinus. Mais peu après, le peuple regrette dans aucun texte ancien, mais semble issue de la bio-
d’avoir élu comme consul Lucius Tarquinius Collati- graphie de César contenue dans le De viris illustribus
nus, un homme qui porte le nom royal haï, et Brutus urbis Romæ a Romulo ad Augustum (Des hommes
pousse son ami à quitter la ville, afin d’écarter tout illustres de Rome, de Romulus à Auguste) publié en
danger. C’est ce que fait finalement Collatin après 1779 par l’abbé Lhomond.
avoir été accusé de comploter en faveur des Tarquins, Le fait que Brutus ait été le fils de César et de sa maî-
et Publius Valerius Publicola est élu consul à sa place. tresse est aujourd’hui mis en doute; les historiens pen-
Lorsque Tarquin le Superbe, qui s’était réfugié en Etru- sent que cette filiation a été inventée et l’attribuent à
rie, envahit le territoire romain, les consuls viennent à la propagande de l’époque impériale: l’Empire se veut
sa rencontre. L’un des fils du roi, Arruns, injurie Brutus, l’héritier de César et accable donc Brutus.
qui conduit la cavalerie, tout en le chargeant avec son Le lien entre les deux hommes est néanmoins clai-
cheval. Ils se jettent l’un sur l’autre avec une telle vio- rement établi. Comme le raconte l’abbé Lhomond,
lence que chacun transperce l’autre et que tous deux Cassius Longinus, l’un des assassins de César, afin
trouvent la mort. de pousser Brutus à prendre la tête de la conjuration,
La bataille générale qui s’ensuit reste incertaine. Ce- fait écrire au bas d’une statue élevée en l’honneur de
pendant, pendant la nuit, une voix sort de la forêt d’Ar- Brutus, premier consul de Rome: Utinam viveres! (Si
sia, toute proche, et proclame la victoire des Romains, seulement tu étais toujours vivant!). Une autre fois, il
disant qu’ils ont perdu un homme de moins que Tar- répand un billet avec ces mots: Tu n’es pas le vrai Bru-
quin le Superbe et ses alliés étrusques. Les Etrusques tus, car tu dors.

CHAPITRE 7 59
exercices p. 9 1 7.4 ils faisaient -> gerebantur: ils étaient faits
il loue -> laudatur: il est loué
7.2 Seuls peuvent être à la fois sujet et CVD à l’accusatif ils écrivent -> scribuntur: ils sont écrits
des noms neutres qui suivent la déclinaison de tem- il trouvait -> inveniebatur: il était trouvé
plum (voir p. 89). Sont dans ce cas: auxilium – auxilia il voit -> videtur: il est vu
– consilium – regna – forum – oppida – regnum. il vainquait -> vincebatur: il était vaincu
ils demandent -> petuntur: ils sont demandés
7.3 1. templum: nom. sg. (2e décl.) il tue -> interficitur: il est tué
2. templum: acc. sg. (2e décl.) ils charmaient -> delectabantur: ils étaient charmés
3. sagitta: nom. sg. (1ère décl.) – ils désirent -> cupiuntur: ils sont désirés
virum: acc. sg. (2e décl.)
4. tela: nom. pl.; (2e décl.) – 7.5 expelluntur (l.13) – ducuntur (l.14)
legatum: acc. sg. (2e décl.) 7.6 1. Les hommes sont charmés par la gloire.
5. fana: nom. pl. (2e décl.) Gloria viros delectat.
6. vestigia: acc. pl. (2e décl.) 2. Les guerres sont redoutées par les femmes.
7. praeda: nom. sg. (1ère décl.) Feminae bella timent.
8. proelium: nom. sg.; (2e décl.) – 3. Le cheval est conduit dans la forêt par un esclave.
populum: acc. sg. (2e décl.) Servus equum in silvam ducit.
9. terga: acc. pl. (2e décl.) 4. L’esclave est appelé par le fils du maître.
10. auxilia: nom. pl. (2e décl.) – Domini filius servum vocat.
castra: acc. pl. (2e décl.) 5. Le maître était vaincu par les soucis.
Toutes les formes en -um ou en -a appartiennent à Curae dominum vincebant.
la deuxième déclinaison, sauf sagitta (phrase 3) et 6. La gloire est donnée par la victoire.
praeda (phrase 7), qui appartiennent à la première Victoria gloriam dat.
déclinaison. 7. Les esclaves étaient loués par le maître.
Dominus servos laudabat.
8. Les Romains sont vaincus par le nombre des
notes méthodologiques barbares. Barbarorum numerus Romanos vincit.
• Cet exercice est difficile du fait que ... 7.7 1. Les esclaves écoutaient le maître.
- beaucoup de mots sont inconnus des élèves Dominus a servis audiebatur.
2. La gloire charme les hommes.
- au sein d’une même déclinaison une terminaison Viri gloria delectantur.
identique correspond à des cas différents (templum 3. Les Romains faisaient la guerre.
= nom. et acc. sg.) Bellum a Romanis gerebatur.
- entre les différentes déclinaisons, la même terminai- 4. Les esclaves n’écrivent pas souvent des livres.
son ne correspond pas aux mêmes cas (rosa = nom., Libri a servis non saepe scribuntur.
voc. et abl. sg.; templa = nom., voc. et acc. pl.) 5. L’esclave trouvait de l’argent dans un champ.
Pour identifier le cas d’un mot dont la terminaison est Pecunia in agro a servo inveniebatur.
ambiguë, il est plus que jamais indispensable d’effec- 6. Les nouveaux livres charment les enfants.
tuer la recherche du sujet à partir du verbe: si le sujet Pueri novis libris delectantur.
est «compris dans le verbe» (phrases 6 et 9), il n’y a 7. Le peuple prenait des décisions.
pas de nominatif; si le verbe est sg. (phrases 1, 2, 3, 7 Consilia a populo capiebantur.
et 8), le sujet est sg.; si le verbe est pl. (phrases 4, 5 et 8. Le maître donnait des livres au fils de [son] ami.
10), le sujet est pl. Il faut aussi partir de ce qui est sûr Libri amici filio a domino dabantur.
pour déterminer ce qui l’est moins: dominus (phrase 7.81. Le projet de [son] ami ne charmait pas le maître.
2) ne peut être qu’un nominatif. Enfin, en cas de doute 2. Le maître ne loue pas le projet de [son] ami.
(phrases 8 et 10), se baser sur l’ordre des mots (voir p. 3. Le projet du maître n’est pas loué par [ses] amis.
35, n° 2 et 3) et surtout sur le sens. 4. Il y a sur le forum un autel devant le temple.
5. Souvent les hommes ne peuvent pas vaincre
[leurs] vices.
6. Les hommes faisaient la guerre avec un glaive,
les femmes avec des mots.

60 CHAPITRE 7
7.10 Version – Les Les livres sibyllins
notes méthodologiques Un jour, une femme inconnue vient vers Tarquin le Su-
• Le latin peut sous-entendre un élément à sa pre- perbe et lui dit: «Je désire te vendre ces neuf livres: il y
mière occurrence et l’exprimer ensuite: Viri gladio, a là les oracles des dieux; ils disent le sort de Rome» et
feminae verbis bellum gerebant (phrase 6). elle demande à Tarquin un prix élevé. Tarquin l’écoute
et rit; alors la femme jette trois livres dans les flammes
Le français ne peut sous-entendre un élément
du foyer et avertit Tarquin: «Tu peux encore acheter les
qu’après l’avoir déjà exprimé. Dans la traduction, il
six livres qui restent, mais le prix ne change pas (n’est
faut soit procéder à une répétition: Les hommes fai-
pas changé).» Tarquin rit de nouveau et ne dit rien (et ne
saient la guerre avec un glaive, les femmes faisaient
parle pas); alors la femme jette de nouveau trois livres
la guerre avec des mots, soit (ce qui est mieux) dé-
dans le foyer. C’est pourquoi Tarquin prend finalement
placer l’ellipse du verbe: Les hommes faisaient la
(finit par prendre) une décision et achète les trois livres
guerre avec un glaive, les femmes avec des mots.
qui restaient, alors que la femme ne changeait pas son
prix. Ces trois livres étaient appelés «livres sibyllins» par
7.9 1. Je gagne les champs par la nouvelle route. les Romains; ils se trouvaient sur le Capitole.
2. Les barbares demandent des terres aux Romains.
3. Les chevaux gagnent la forêt. notes méthodologiques
4. Les chevaux cherchent [à obtenir] de l’eau dans la
forêt. • Le fait de mettre ou non un déterminant, de choi-
5. Les troupes se dirigeaient vers le camp. sir le déterminant qui convient atteste de la bonne
6. Les troupes demandaient de l’aide. compréhension du texte:
7. Le peuple gagne le forum. a) tres libros (l. 5 et 9): trois livres, et non: les trois
8. Le peuple cherchait à obtenir des armes. livres, qui ferait croire que le total est de trois
9. Après la guerre, les Romains gagnent [leur] patrie. b) novem libros, tres libri (l. 2 et 12): ces neuf livres,
10. Tu ne dois jamais demander de l’argent ces trois livres
à [tes] amis. c) sex libros qui supersunt, tres libros qui supererant
11. Le fils du maître brigue le consulat. (l. 6-7 et 10-11): les six livres qui restent, les trois
livres qui restaient.
notes méthodologiques
• Le sens d’un verbe polysémique se précise grâce au
contexte et à la nature de ses compléments. Pour
traduire correctement les phrases de cet exercice, il
est essentiel d’avoir à l’esprit les trois sens de petere:
a) petere + nom de lieu =
gagner, se diriger vers (phrases 1, 3, 5, 7 et 9)
b) petere + acc. [+ ab + abl.] =
demander (qqch) à qqn (phrases 2, 6 et 10)
c) plus rare: petere + nom de magistrature =
briguer (phrase 11).

CHAPITRE 7 61
VERSION 7.10 – LES LIVRES SIBYLLINS p. 91 VERSION 7.11 – MARCUS À L’ÉCOLE p. 98

Vendus selon la légende à Tarquin le Superbe par la Pour se rendre à l’école, les enfants sont accompa-
Sibylle de Cumes, les livres sibyllins étaient consultés, gnés d’un «pédagogue», esclave grec assez instruit
sur ordre du sénat, pour apprendre comment apaiser servant aussi de répétiteur à la maison.
la colère divine dans les grandes calamités (tremble- Si les «écoles secondaires» sont construites générale-
ments de terre, épidémies, famine, prodiges inquié- ment «en dur», les écoles primaires se tiennent dans
tants); à l’origine la garde en était confiée à deux pa- des installations de fortune: un coin ou une boutique
triciens, puis (dès 367) à dix gardiens (dont la moitié sur le forum, un rideau pour l’isoler de la rue.
de plébéiens), puis à quinze gardiens dès la première
moitié du Ier siècle av. J.-C. Tarquin fit conserver les Les parents attendent beaucoup du maître, le sur-
livres dans un coffre placé sous une voûte de pierre veillent même, mais le paient souvent avec difficulté.
dans le temple de Jupiter Capitolin. Lorsque les livres En effet, l’Etat ne se préoccupe pas d’organiser l’ensei-
furent détruits à la suite de l’incendie de 83 av. J.-C., gnement, qui reste privé.
on envoya des ambassadeurs en divers endroits pour Les méthodes d’enseignement sont laissées au choix
rassembler une nouvelle collection d’oracles. Par la du maître qui peut battre les enfants s’ils rencontrent
suite, Auguste fit déposer les livres dans le temple des difficultés ou se montrent indisciplinés.
d’Apollon sur le Palatin.

7.11 Version –Marcus à l’école (p. 98)


Marcus, le fils de Quintus, est âgé de six ans. Il peut main-
tenant étudier les lettres (apprendre à écrire). Les enfants
romains pouvaient étudier l’écriture soit à la maison soit
à l’école. Marcus n’est pas (ne reste pas) dans la ferme de
Quintus, car Quintus n’est pas assez savant. Beaucoup
d’enfants sont présents à l’école et Marcus peut inventer
de nombreux jeux avec ses amis.
Le maître est bon et savant. C’est pourquoi les élèves ai-
ment leur maître. Mais, parmi les élèves, il y a des enfants
paresseux et des enfants travailleurs. Le maître loue le
zèle des élèves travailleurs, mais blâme les enfants pa-
resseux.
Marcus est souvent paresseux. Les livres ne plaisent pas
à Marcus. C’est pourquoi le maître blâme Marcus et le
frappe avec des verges. «Malheureux Marcus, nous ne te
félicitons pas.»

62 CHAPITRE 7
CHA P ITRE 8
Rome résiste
à l’emprise étrusque (p. 92)
observation p. 9 3 stylistique p. 9 3

1. propinquo -> oppido (l. 2) 1. saevum précède le nom qu’il complète (saevum bel-
saevum -> bellum (l. 3) lum); nostra suit le nom qu’il complète (cum patria nos-
nostra -> patria (l. 3) tra).
novas -> copias (l. 5) Règle générale: en latin, l’adjectif épithète précède le
bona -> arma (l. 5) nom qu’il qualifie (comme en allemand ou en anglais:
ambitiosis -> viris (l. 8-9) ein kleines Buch / a little book). Exception: les adjec-
avidis -> viris (l. 8-9) tifs possessifs (tout comme les adjectifs désignant des
clarus -> vir (l. 11) peuples) suivent le plus souvent le nom qu’ils complè-
vestrae -> patriae (l. 11) tent.
malos -> viros (l. 16)
Romano -> populo (l. 18) En français, la place de l’adjectif est fixée par l’usage:
magnis -> copiis (l. 22) un petit chien, une attitude désagréable.
magni -> animi (l. 28) 2. Pulchram est accordé avec statuam, clari avec viri.
laetus -> populus (l. 33) On appelle ce phénomène une enclave.
pulchram -> statuam (l. 33)
clari -> viri (l. 33)
L’adjectif est au même cas que le nom qu’il complète. notes méthodologiques
• Entre le nom et l’adjectif on trouve souvent un com-
2. Les adjectifs qui complètent un nom féminin suivent plément au génitif enclavé (pulchram viri statuam) Ce
la déclinaison de rosa (première déclinaison), ceux qui complément peut être lui-même un groupe nomi-
complètent un nom masculin suivent la déclinaison nal: pulchram clari viri statuam. Pour la traduction,
de dominus (deuxième déclinaison) et ceux qui com- voir page 35 (Ordre des mots n° 4).
plètent un nom neutre suivent la déclinaison de tem-
plum (deuxième déclinaison neutre).
3. Ils demandent aux Romains les biens du tyran seule-
3. a) Dans vir clarus, l’adjectif clarus est épithète; dans ment.
populus liber est, l’adjectif liber est attribut.
b) Dans beati eratis et miseri estis, les deux adjectifs
sont attributs: ils sont au nominatif.

4. Bona arma parant est traduit par «Ils préparent de


bonnes armes». Tyranni bona tantum a Romanis petunt
est traduit par: «Ils demandent aux Romains les biens
du tyran seulement» . La première fois, bona est un
adjectif épithète qui complète arma; la seconde fois,
bona est un adjectif nominalisé, traduit comme un
nom («les biens»).

CHAPITRE 8 63
compréhension p. 9 3 etymologie p. 9 4

1. Ce sont les ambassadeurs de Tarquin qui prononcent 1. Béatrice – Claire ou Clarisse – Laetitia
ces mots. Ils sont adressés à des «hommes ambitieux 2. clarifier = c) rendre plus clair
et avides qui aimaient le règne des Tarquins» (cum magnifier = a) rendre plus grand, élever
ambitiosis et avidis viris qui Tarquiniorum regnum ama- béatifier = d) mettre au nombre des bienheureux
bant). bonifier = b) améliorer
2. Ces paroles sont prononcées dans l’ombre (in umbra, 3. a) une délégation
l. 8), dans une ambiance de conspiration et de com- b) Charlemagne
plot. c) une multinationale
3. Les ambassadeurs de Tarquin cherchent à semer la d) sévir
division parmi les Romains et à en attirer quelques- 4. a) intrus = librairie: ce mot ne dérive pas de liber,
uns de leur côté. Le but recherché n’est pas atteint, libera, liberum, comme les trois autres,
puisque leur conversation est surprise par un esclave, mais de liber, libri, m.
qui la rapporte au collègue de Brutus. b) intrus = mâle: ce mot ne dérive pas de malus, -a,
4. Le «collègue de Brutus», qui joue l’intermédiaire entre -um, comme les trois autres
l’esclave et Brutus, est sans doute le second homme c) intrus = neuvième: ce mot ne dérive pas de novus,
fort de la toute nouvelle république: Collatin, l’époux -a, -um, comme les trois autres, mais de novem,
de la malheureuse Lucrèce. le chiffre neuf.
5. Le médaillon de la page 93 (beaucoup plus tardif!) 5. a) magnus (grand) -> magnitude (grandeur, énergie
illustre trois scènes: 1. (à gauche) Les Romains cou- d’un séisme, d’un tremblement de terre)
pent le pont Sublicius – 2. (à droite) Horatius Coclès b) beatus (heureux) -> béatitude (bonheur parfait)
s’oppose seul aux troupes de Porsenna et combat à c) multi (nombreux) -> multitude
l’épée devant le pont – 3. (au milieu) Avec ses armes, (grande quantité d’êtres ou d’objets)
Horatius Coclès nage vers les Romains. 6. Le légat est un ambassadeur, un représentant (lega-
tus) – un air béat est un air très (trop) heureux ou l’air
d’un religieux heureux en Dieu (beatus) – un novice est
quelqu’un qui manque d’expérience (novus); le sens
premier de ce terme est quelqu’un qui a pris récem-
ment l’habit religieux et qui passe un temps d’épreuve
dans un couvent avant de prononcer ses vœux dé-
finitifs – on est magnanime lorsqu’on est généreux,
qu’on pardonne facilement, qu’on a une grande âme
(magnus + animus)
7. a) multicolore
b) multiforme
c) multilingue
d) multinational
e) multiplication

64 CHAPITRE 8
traduction p. 9 6 exercices p. 9 7

8.2 a) athleta, -ae, m.: l’athlète


Les échecs poeta, -ae, m.: le poète
de Porsenna agricola, -ae, m.: le paysan
nauta, -ae, m.: le marin
Mucius Scaevola (507 av. J.-C.) auriga, -ae, m.: l’aurige
Alors Porsenna assiège Rome. Un homme d’une grande pinus, -i, f.: le pin
audace, Caius Mucius, prend la décision de gagner le fagus, -i, f.: le hêtre
camp étrusque et d’y assassiner Porsenna. laurus, -i, f.: le laurier
Aegyptus, -i, f.: l’Egypte
Dans le camp étrusque, Porsenna distribuait alors de
Corinthus, -i, f.: Corinthe
l’argent à ses troupes en compagnie d’un scribe. Mais
Mucius ignorait les traits de Porsenna. C’est pourquoi il b) Les noms en -a, -ae qui ont été appris jusqu’à pré-
prend son glaive et tue le malheureux scribe à la place sent sont tous féminins, ceux en -us, -i masculins.
de Porsenna. Bien des gens étaient là: Mucius est pris Or, il faut constater qu’il existe des noms mascu-
aussitôt. Mais notre homme dit: «Je suis romain; je dé- lins en -a, -ae, et des noms féminins en -us, -i.
sirais tuer un mauvais tyran. Désormais tu dois toujours Malgré la différence de genre, les noms masculins
craindre les glaives romains, cruel Posenna, car les Ro- de la première déclinaison suivent le modèle de
mains ne manquent pas de belles résolutions. Nous rosa et les noms féminins de la deuxième décli-
sommes trois cents Romains qui désirons te tuer et nous naison suivent le modèle de dominus. Attention
ne craignons pas pour notre vie.» Devant les Etrusques, cependant à l’accord de l’adjectif: ce dernier s’ac-
il met sa main droite dans les flammes du foyer, parce corde en genre avec le nom qu’il accompagne, et
qu’elle s’était trompée. C’est pourquoi Mucius est appelé ne suit pas le même modèle de déclinaison. (voir
par les Romains «Scaevola» (le Gaucher). partie d).
Clélie (507 av. J.-C.) c) Les noms masculins en -a, -ae désignent des mé-
tiers ou des activités; les noms féminins en -us, -i
Alors Porsenna, admirant le beau courage de Mucius, désignent des arbres, des pays ou des villes.
propose une trêve aux Romains, mais leur demande
des otages. Les Romains donnent des otages; dans le 8.3 1. Notre ami a de bons enfants.
nombre il y avait Clélie, une belle jeune fille issue d’une 2. Les enfants de votre ami ont de nombreux livres.
famille illustre. 3. Les Romains avaient de nombreux enfants.
Du camp de Porsenna, Clélie pouvait voir Rome. Elle 4. Les esclaves ne sont pas des hommes libres.
trouve un cheval, gagne sa patrie proche. C’est pourquoi 5. Des poètes disent dans leurs livres: «Les paysans
Porsenna envoie des ambassadeurs aux Romains, qui sont heureux parce qu’ils mènent avec leurs
doivent aussitôt rendre Clélie. enfants une vie libre dans leurs champs».
Mais Porsenna est séduit par le courage de Clélie. C’est 8.4 1. Boni propinquis [adesse debent.]
pourquoi il loue la jeune fille et lui dit: «Tu es libre et tu 2. Nostri [ante castra jam pugnabant.]
peux libérer quelques Romains.» Alors, le cœur joyeux, 3. Bonum malumque [in animis nostris saepe
Clélie conduit vers les murs de Rome non pas des pugnant.]
hommes, mais des enfants et des jeunes filles. 4. [Pecunia et] bona multos [delectant.]
Finalement les troupes étrusques sont conduites hors 5. [Cur] clari [saepe miseri sunt ?]
du territoire romain par Porsenna. Le peuple romain a
8.5 1. Les Romains louent les hommes célèbres.
une grande reconnaissance non seulement envers Mu-
2. Le peuple romain aimait et louait les hommes
cius Scaevola et (envers) Clélie, mais encore à l’égard des
célèbres.
dieux.
3. Au forum, la réputation des hommes célèbres
était louée par de nombreux Romains.
4. Aussi bien au forum que dans les rues et dans
le camp, la grande réputation des hommes
célèbres était souvent louée par de nombreux
Romains.

CHAPITRE 8 65
8.6 a) L’adjectif précède le nom: magnae audaciae (l. 1):
d’une grande audace – miserum scribam (l. 4): VERSION 8.7 – VÉTURIE,
le malheureux scribe – malum tyrannum (l. 6): le UNE FEMME D’INFLUENCE
mauvais tyran – saeve Porsenna (l. 7): cruel Por- CORIOLAN  p. 97
senna – pulchra consilia (l. 7): de beaux projets
– trecenti Romani (l. 7-8): trois cents Romains – Gnaeus Marcius gagne son surnom de Coriolan en
pulchrum … animum (l. 10): le beau courage – s’emparant de la ville volsque de Corioli (en 493). Cet
pulchra puella (l. 11): une belle jeune fille – ex clara épisode précède notre version: Gnaeus Marcius se bat
familia (l. 11): issu(e) d’une famille illustre – propin- alors pour Rome!
quam patriam (l. 12): la patrie proche – nonnullos L’intervention de Véturie (racontée par Tite-Live,
Romanos (l. 14): quelques Romains – laeto animo Histoire romaine, 2, 40) succède à deux échecs des
(l. 15): avec un esprit joyeux – magnam gratiam (l. ambassades romaines pour obtenir la paix avec les
17): une grande reconnaissance Volsques. Les Romaines vont dans le camp ennemi
b) L’adjectif suit le nom: castra Etrusca (l. 1-2): le camp emmenées par Véturie, la mère de Coriolan, Vo-
lumnie, sa femme, ainsi que ses deux fils. Coriolan
étrusque – in castris Etruscis (l. 3): dans le camp
s’avance pour embrasser sa mère, qui lui dit: «Attends
étrusque – gladios Romanos (l. 6-7): les glaives ro-
avant de m’embrasser. Je veux savoir si je suis chez
mains – pro vita nostra (l. 8): pour notre vie – ex
mon ennemi ou chez mon fils.» Après un long dis-
agro Romano (l. 16): hors du territoire romain – co-
cours de sa mère, Coriolan renonce à la guerre contre
piae Etruscae (l. 16): les troupes étrusques – popu-
Rome et retourne dans la ville volsque d’Antium où il
lus Romanus (l. 16): le peuple romain
est mis à mort comme traître aux Volsques ou meurt
8.7 Version – Véturie, une femme d’influence de vieillesse (on ne sait pas). Sur la voie latine, à quatre
milles de Rome, les Romains élèvent un temple à la
Coriolan, le fils de Véturie, est fâché contre Rome.
Fortune des femmes.
C’est pourquoi il désire mener une guerre contre les
Romains et vaincre Rome. Dans son camp, il donne
de bonnes armes à de nombreux soldats. Mais Vé-
turie vient dans le camp et dit à son fils: «Pourquoi
désires-tu te battre contre les nôtres? N’es-tu pas
un Romain? (N’es-tu pas romain?)» Coriolan dit: «Je
n’écoute que toi seule.» C’est pourquoi Coriolan ne
désire plus s’emparer de Rome.

a faire remarquer aux élèves


• l’importance de la construction donnée dans le vo-
cabulaire: iratus + datif -> Romae
• la coordination de deux infinitifs: gerere et ... vincere
(l. 2). Voir p. 41, La coordination, point d)

66 CHAPITRE 8
8.8 Version – Les saisons (p. 98)
Les beaux platanes n’ont plus de feuilles. L’automne a faire remarquer aux élèves
n’est-il pas là maintenant? Des vents cruels sont • Tandem post misera veniunt laeta (l. 5) : pour traduire
envoyés par Eole et de grandes tempêtes nuisent un adjectif nominalisé, il est indispensable d’identifier
aux marins. Les eaux des fleuves inondent même son genre et son nombre. Ici, les adjectifs misera et
de nombreux champs. Beaucoup de petits oiseaux laeta sont au neutre pluriel; dans un premier temps,
prennent la fuite vers la terre d’Afrique. Mais beau- on ajoutera donc le nom «choses»: Enfin après les
coup de bêtes (sauvages) ne peuvent plus vivre dans choses malheureuses viennent les choses joyeuses.
les forêts et gagnent les champs voisins. Enfin, après On essaiera ensuite de trouver mieux: Enfin après les
les misères viennent les joies; en effet, une année misères viennent les joies.
nouvelle est là et Zéphyr annonce un temps printa-
• est umbra (l. 7): la forme verbale est en tête de propo-
nier.
sition, avec sujet mais sans attribut, se traduit par il y
Déjà des feuilles nouvelles charment nos yeux. Il y a.
a de l’ombre dans les forêts proches et nous en-
• Viri tandem agris curas dant (l. 8): Les hommes don-
tendons les petits oiseaux dans les branches. Les
nent enfin leurs soins aux champs. En latin, comme
hommes donnent enfin leurs soins aux champs et
en allemand, le datif précède l’accusatif, contraire-
conduisent leurs chevaux dans les prés.
ment au français.

CHAPITRE 8 67
VERSION 8.8 – LES SAISONS p. 98 Le printemps –
Considérer le temps qui passe, faire des postulats Fresque de Stabies
sur l’avenir, tirer des règles du passé: combien de  p. 98

préoccupations qui ne touchent absolument pas les Cette fresque datant du Ier s.
Romains des premiers siècles. Même la divination, si av. J.-C. provient de la Villa
chère aux Romains de l’Empire, ne connaît pas encore de Varano à Stabies. On y
son succès. Ce sont les Etrusques qui vont l’enseigner voit Flora, déesse italique
petit à petit aux Romains. des fleurs et du printemps,
Les Romains, en effet, se contentent de l’immédiat, ne toujours représentée parée
mesurent pas le temps: ainsi, il n’y a pas d’heure. Par de fleurs. Le mois d’avril lui était consacré, ainsi que
contre, les éléments de la nature revêtent une impor- les fêtes des Floralia. Son nom est passé en français
tance majeure: la journée est ponctuée par le lever, dans les mots flore (= ensemble des plantes d’un pays
le coucher du soleil et son zénith. Les signes donnés ou d’une région) et floralies (= exposition de fleurs).
par la nature, tels les phénomènes saisonniers, vont
permettre de mesurer l’année. Les premiers Romains
sont des agriculteurs, enracinés dans le sol, et vont
observer quand naissent les bourgeons, quand les oi-
seaux migrent, le moment où le gel fait son appari-
tion, les mille signes offerts par la nature. Cependant,
comme ces phénomènes n’ont pas de durée parfai-
tement régulière, les mois et les années des premiers
calendriers n’auront pas toujours la même durée. Mais
cela n’a pas d’importance pour ces agriculteurs qui sa-
vent cependant précisément déchiffrer les signes de
la nature prédisant, par exemple, si la récolte va être
favorable ou non.
Eole est le roi des vents, qu’il tient enfermés dans une
caverne. Une «éolienne» est une machine à capter
l’énergie du vent, grâce à une roue métallique à pâles
fixée au sommet d’un pylône.
Il y a beaucoup de vents, parmi lesquels le Zéphyr
(vent d’ouest doux et agréable), Borée (vent du nord),
l’Auster (vent du sud). Borée nous a donné l’adjectif
«boréal» (aurores boréales, à observer au Pôle Nord);
à l’Auster nous devons l’Australie!

68 CHAPITRE 8
latin
latin
forum

MAGAZINE

questions sur l’image p. 1 0 0

Vénus sur sa coquille


• Au centre se trouve Vénus, représentée ici en Vénus A gauche, un triton chevauche un dauphin, précédant
Anadyomène («qui est surgie des flots»), car l’une des Vénus; à droite, un Cupidon ailé l’escorte.
versions de la légende raconte que Vénus était née La composition est très équilibrée; ses teintes sont
de l’écume de la mer (voir p. 101, début du 3e para- harmonieuses; les trois personnages se détachent sur
graphe). un fond de nuances de bleus.
La déesse est étendue sur une large coquille. Elle porte • Le dessin de la jambe droite de Vénus et de ses pieds
un voile dans lequel s’engouffre le vent. Seuls ses bi- semble maladroit.
joux l’ornent (diadème, collier, bracelets, anneaux de
chevilles). La coiffure est bouclée, très ordonnée selon • Malgré la totale nudité de la déesse, la fresque exprime
la mode du Ier s. apr. J.-C. moins l’érotisme que la majesté, une attitude un peu
distante de la déesse, peut-être hautaine: on y devine
le pouvoir qu’elle prend tranquillement sur l’âme des
mortels.

69
compréhension p. 1 0 1 - 1 0 2 questions sur l’image p. 1 0 1

Pygmalion et Galatée Pygmalion et Galatée,


• Pygmalion n’aime pas les femmes (l’objet de sa désap- Etienne Falconet
probation); il se sent supérieur à elles (les déficiences
• Alors que Falconet dispose d’un seul bloc de marbre,
d’une espèce); loin de les apprécier, il se sent gêné,
il parvient à donner l’impression de deux matières op-
importuné par elles (une espèce qu’il … fallait bien
posées: le personnage de Pygmalion semble être vi-
supporter).
vant, fait de chair et de sang; Galatée apparaît, quant à
• Pygmalion change d’attitude lorsque la sculpture qu’il elle, comme une statue, avec sa perfection et sa beau-
crée est parfaite (il avait atteint l’accomplissement su- té glacée. L’opposition entre les deux personnages est
prême de l’art: l’art de dissimuler l’art) et qu’il tombe rendue par le contraste entre les surfaces inégales et
amoureux d’elle (Mais dès ce moment, le sexe qu’il tourmentées de Pygmalion et la surface lisse de Ga-
avait tant méprisé prit sa revanche. Nul amoureux latée. A cet égard, on peut comparer les cheveux, les
transi ne connut jamais une peine aussi désespérée mains, le cou, les plis profonds du vêtement de Pyg-
que Pygmalion). malion, si différents de la peau lisse de la statue que
• Vénus lui vient en aide parce que Pygmalion montre les couleurs des deux personnages semblent même
un sentiment qu’elle ne rencontrait pas souvent: il différentes.
est amoureux et cependant original, car il est tombé L’émotion de Pygmalion, qui vient de sentir la chaleur
amoureux d’une statue qu’il a fabriquée lui-même et nouvelle de la statue, est rendue par quelques détails
il en est si amoureux qu’il la traite comme si elle était conventionnels: corps rejeté en arrière, main gauche
vivante. qui soutient et retient la main droite qui vient de tou-
• Dans sa nouvelle fantastique Der Sandmann (L’homme cher Galatée, bouche entrouverte, yeux largement
au Sable), E.T.A. Hoffmann (1776-1822) met en scène ouverts, plis du front. Chez Galatée, on peut noter
un jeune homme, Nathanaël, qui tombe amoureux l’ambiguïté qui fait hésiter à voir en elle une statue ou
d’Olimpia, la fille de son professeur de physique; Olim- une jeune fille: la blancheur, la peau lisse font penser
pia n’est qu’un automate auquel son père a donné vie. à une statue, tout comme les paupières baissées qui
empêchent l’expressivité du regard. Mais la position
Frankenstein or The Modern Prometheus (Frankens- est peu traditionnelle pour une statue (mouvement de
tein ou Le Prométhée moderne) est un roman go- la jambe et de la main, esquisse d’un sourire). Gala-
thique (précurseur du roman noir) publié en 1818 tée est surélevée; elle est placée sur un piédestal, au
par la Britannique Mary Shelley. Dans ce roman, le propre comme au figuré.
monstre créé par Frankenstein raconte à son créateur
les tourments qu’il a subis de sa part et qui justifient sa • L’enfant à gauche de la statue est un Amour, un Cupi-
haine envers lui. don, inaperçu de Pygmalion; la masse incertaine sur
laquelle il prend appui représente sans doute une nuée
• D’après Ovide, qui raconte cette histoire dans ses Mé- qui le masque aux regards; cette masse informe met
tamorphoses (10, 243-297), la statue ne portait pas le Galatée encore plus en valeur. Le Cupidon pousse Ga-
nom de Galatée. Le poète précise néanmoins qu’elle latée à prendre vie en observant le sculpteur.
était en ivoire. Clément d’Alexandrie (Protreptique, 4,
57) et Arnobe (Adversus Nationes, 6, 22) font allusion à
Pygmalion, amoureux d’une statue de Vénus.
En mythologie, on ne connaît que deux Galatée: une
nymphe convoitée par le cyclope Polyphème, mais
amoureuse d’Acis, et une Crétoise de Phaestos.
Ce sont les modernes qui innovent (peut-être est-ce
Etienne Falconet lui-même) en donnant à cette statue
devenue femme le nom de Galatée. Par son étymolo-
gie, le nom de «Galatée» évoque la blancheur du lait,
semblable à celle de l’ivoire.

70
3. Ce relief funéraire romain découvert dans la nécropole
comprendre l’image antique p. 1 0 3
d’Ostie montre probablement le travail d’un atelier de
apprendre à regarder
mosaïstes. Les personnages assis découpent de petits
cubes de pierre (tesselles) destinés à être assemblés
Le thème de Pygmalion n’apparaissant pas dans l’icono- pour former une mosaïque. Le relief a été découvert
graphie antique, le choix s’est porté sur des images d’ar- dans une nécropole. Le défunt qui a pu s’offrir un tel
tisans, qui sont également de bons exemples de scènes relief pourrait être le propriétaire de l’atelier donnant
«de la vie quotidienne». Ce type de représentations, en des instructions en haut à droite de la scène.
particulier dans l’art romain, sera mieux illustré dans le
prochain volume. 4. Les personnages les moins actifs dans l’image sont
souvent les responsables ou les propriétaires. On sait
1. Cette coupe attique montre sur ses deux faces le tra- que le travail dans une forge ou dans un atelier de po-
vail d’un atelier de bronzier. A la page 102, on voit à tier était particulièrement pénible, réservé le plus sou-
gauche une première scène qui évoque l’opération de vent à des esclaves ou à des métèques.
la coulée du bronze: on reconnaît un four surmonté
d’un chaudron près duquel sont suspendus des pe-
tits tableaux votifs et autres offrandes qui assurent la compréhension p. 1 0 6
bonne conduite des opérations (le personnage appa-
raissant derrière le four actionne un soufflet). La cou- Le maître d’école
lée elle-même, difficile à représenter, était effectuée
dans des fosses. On voit ensuite l’assemblage d’une de Faléries
statue, et, à la page 103, le travail de polissage. Des ou- 1. Premier épisode (l. 1-17): un maître d’école de Faléries
tils et d’autres parties à assembler sont suspendus aux profite de son rôle de surveillant des élèves pour les
parois de l’atelier (ils indiquent l’intérieur et présentent introduire dans le camp romain et les livrer aux Ro-
une sorte de catalogue des outils utilisés). mains;
La grande taille des personnages de part et d’autre de deuxième épisode (l. 18-32): réponse de Camille, qui
la statue différencie leur statut de celui des artisans: il refuse de prendre les enfants en otages; il vaincra
s’agit de citoyens, qui peuvent être interprétés comme leurs pères par les armes et non par fourberie;
les patrons de l’atelier (ou éventuellement les com- troisième épisode (l. 33-40): sort réservé au maître
manditaires de la statue). d’école traître: ligoté et nu, il est ramené par les en-
fants, qui le fouettent, et Faléries demandera la paix.
2. Au bas de la page 102, on voit un atelier de potier où
les artisans sont en train de «peindre» sur diverses 2. Entre le premier épisode et le deuxième, Tite-Live
formes de vases (de gauche à droite: cratère à volutes, aurait pu décrire la réaction des enfants et des autres
canthare, cratère en calice et enfin à nouveau un cra- personnes présentes. Entre le deuxième épisode et
tère à volutes). On voit donc au travail les imagiers qui le troisième, on pourrait s’attendre à une réaction du
ont décoré le vase que l’on regarde (même s’ils sem- traître, à une discussion entre Camille et ses hommes
blent réaliser le décor accessoire des vases). En fait, il et à une réaction des enfants.
ne s’agit pas de «peinture» mais de l’application d’une 3. C’est le discours de Camille que Tite-Live rapporte au
préparation d’argile plus ou moins diluée qui, à la cuis- style direct. L’auteur peut ainsi montrer la grandeur de
son, prend une couleur noire semblable à un vernis. Camille et mettre dans sa bouche un exposé sur les
Des Nikai (Victoires) et Athéna en personne (déesse valeurs romaines. Ce discours joue le rôle d’un pro-
de l’intelligence technique et patronne d’Athènes) gramme politique. Il va de soi qu’il est entièrement fa-
viennent couronner ces artisans pour leur mérite. On briqué par Tite-Live pour véhiculer ces valeurs.
remarquera qu’une femme, tout à droite, travaille dans 4. Non, le récit n’est pas vraisemblable: il est très peu
l’atelier. probable qu’un homme puisse s’introduire avec des
enfants dans un camp et avancer jusqu’au général
sans être inquiété par un soldat ou des gardes.
5. Ce texte est un éloge de Rome en ce qu’il montre la
vertu militaire de Camille: les Romains vaincront leurs
ennemis d’homme à homme par le courage, l’effort,
les armes (l. 32), et non en acceptant que les enfants
des ennemis leur soient livrés en otages. La droiture
des Romains est ainsi soulignée.

71
analyse d’image p. 1 0 7 Histoire de Virginie
Vers 450 avant Jésus-Christ, le décemvir Appius
Claudius tente de séduire Virginie, la fille du centurion
Virginius, parti avec l’armée romaine sur le mont Al-
gide. Appius Claudius demande à l’un de ses clients,
Marcus Claudius, de prétendre que la mère de la jeune
fille était l’une de ses anciennes esclaves et de récla-
mer la propriété de cette dernière. Icilius, le fiancé
de la jeune fille, et Numitorius, son oncle, protègent
Virginie en attendant le retour de son père. Virginius
rentre précipitamment à Rome malgré les messages
envoyés par Appius aux chefs de l’armée leur deman-
dant de retenir le centurion.

La tragédie de Lucrèce Virginie est déclarée esclave devant un tribunal que


préside Appius. Ne pouvant s’opposer à cette déci-
Sandro Botticelli sion, Virginius, qui assiste à la scène, se précipite et tue
sa fille pour sauver son honneur. Il maudit Appius en
Contexte historique déclarant que la mort est préférable au déshonneur.
Les années 1490 entraînent une grave crise politique Le peuple et les soldats prennent d’assaut l’Aventin et
et religieuse à Florence sous l’influence de Savonarole, font sécession sur le mont Sacré, comme l’avaient fait
prieur des Médicis, qui annonce la fin du monde au tour- leurs pères cinquante années plus tôt après la mort
nant du siècle, prêche l’ascèse et la pénitence et exhorte de Lucrèce. La révolte conduira à la suppression des
à la vertu, à la vie modeste et à l’humilité, sous peine du décemvirs et au retour au pouvoir des tribuns de la
châtiment divin. La peste envahit alors Florence et Savo- plèbe.
narole est très écouté du peuple. Il condamne les familles
florentines qui se font représenter dans des tableaux reli-
gieux, et rejette aussi les vanités que sont les riches vête- 1. Les épisodes de l’histoire sont développés sur fond
ments, les perruques, les bijoux, la musique, les livres, les d’architecture imaginaire, en lien avec la Rome an-
tableaux et les sculptures jugés infâmes. En 1497 et 1498, tique. Au centre, on voit un grand arc de triomphe
il organise des bûchers, où sont entassés et brûlés ces inspiré de ceux du forum romain, décoré de quatre
objets de vanités. Excommunié par le pape, Savonarole bas-reliefs et de cinq colonnes surmontées de statues
est arrêté, torturé, pendu et brûlé en mai 1498. dorées (à l’exception de la statue centrale). A gauche
et à droite, on reconnaît des loggias typiques de la Re-
Dans ce contexte troublé, l’histoire de Lucrèce connaît naissance italienne.
une ampleur exceptionnelle.
Ces trois éléments d’architecture ne sont pas homo-
Botticelli reprend la disposition des coffrets de mariage gènes dans le temps. Le grand arc central s’inspire de
du quattrocento florentin (cassone). Le coffret de ma- ceux du forum romain; dans les colonnes de gauche
riage est un élément du mobilier médiéval florentin uti- et de droite, on peut reconnaître celles de l’arc de
lisé jusqu’à la Renaissance qui devient prétexte aux pein- Septime Sévère (193-211); les statues dorées qui les
tures décoratives. Souvent seuls les panneaux figurés surplombent font penser aux prisonniers daces de
nous sont parvenus, détachés du reste de la structure du l’arc de Constantin (vers 285-337); la colonne centrale
coffre. (en porphyre) est surmontée d’une statue (inspirée du
Ce tableau fait pendant à l’histoire de Virginie (autre mar- David de Donatello). Les bâtiments de gauche et de
tyre de la liberté). Le tableau intitulé L’Histoire de Virgi- droite, beaucoup plus tardifs, sont des loggias de la
nie Romana est conservé à l’Académie Carrara de Ber- Renaissance italienne.
game. Les deux panneaux faisaient partie d’un ensemble,
probablement commandé pour le mariage de Giovanni
Vespucci, un notable de Florence, en 1500.

72
2. Les personnages, peints avec des couleurs vives (co- 4. Au centre, Brutus, monté sur le socle de la colonne,
loris intenses des habits), très expressifs et fortement l’épée levée, harangue la foule pour venger Lucrèce et
agités dans chacune des scènes (à observer les vi- renverser la famille royale. A ses pieds, Lucrèce morte,
sages et les mains: à gauche celles de Lucrèce, à déposée sur un catafalque, porte encore le couteau
droite celles de son père), ressortent sur un décor clair dans son sein.
et sans vie. Brutus regarde Lucrèce; Lucrèce, la tête renversée en
arrière, a les yeux fermés en direction du ciel. La rai-
deur cadavérique de Lucrèce contraste avec l’exalta-
tion de Brutus.
Autour de Brutus sont figurés l’armée (groupée à
gauche, épées levées) et le peuple (groupé à droite)
qui s’unissent pour renverser la famille royale.
5. Les monuments ne sont pas réalistes et n’appartien-
nent pas à une époque précise. L’arc central suggère
une certaine antiquité. Tout comme les loggias (à
gauche et à droite), les costumes sont contemporains
de Botticelli.
Par cette peinture Botticelli aborde probablement le
thème politique de la révolte contre la dictature, en
rapport avec la situation politique à Florence de la fin
3. a) Lucrèce est présente dans les trois scènes. A des années 1490 (bannissement de Pierre II de Médicis
gauche: Tarquin menace Lucrèce d’un poignard et instauration de la république de Savonarole).
– au centre: Brutus, surplombant le corps de Lu-
6. Ce tableau peut être mis en relation avec les lignes
crèce, appelle le peuple à la révolte et à la liberté
9-10: Collatinus et Junius Brutus, Collatini amicus, ju-
– à droite: Lucrèce évanouie est soutenue par son
rant : « Tarquinios expellere debemus, quia patriae ob-
mari et par Brutus; son père lève les bras en signe
sunt. » Arma capiunt et Lucretiam in forum ad Vestae
de douleur.
aram portant.
Le tableau de Botticelli présente deux différences ma-
jeures par rapport au texte latin:
- Collatin est absent: seul Brutus harangue la foule.
- Lucrèce est déposée sous une colonne (et non près
de l’autel de Vesta), surmontée d’une statue très
connue à Florence, le David de Donatello.

b) Chronologiquement, la première scène est celle de


gauche, la deuxième celle de droite, la troisième
celle du milieu.
c) La fresque pompéienne Persée délivre Andromède
(p. 22) comporte également trois scènes à regarder
de droite à gauche; le tableau de Piero di Cosimo
(Persée délivrant Andromède, p. 23) comporte
quatre scènes, à regarder, selon un mouvement
tournant, de droite en haut à droite en bas.
La combinaison de plusieurs scènes en une seule
image est commune à l’art antique et à de nom-
breuses œuvres de la Renaissance.

73
analyse d’image p. 1 0 9
celui que l’on donne aux esclaves affranchis; comme
les licteurs, il est chaussé de solides sandales de cuir.
Sénateurs, licteurs et Cincinnatus portent cheveux
Cincinnatus et barbes, sans doute un peu plus soignés qu’ils ne
1. Le paysage représente les alentours de Rome: on voit l’étaient réellement en -458. Les habits clairs des séna-
le Capitole au fond à gauche. Le relief est toutefois un teurs et des licteurs mettent en évidence le manteau
peu trop accidenté par rapport à la réalité. Les teintes de général (paludamentum) rouge vif que les sénateurs
sombres du sol, de l’arrière-plan et de l’horizon don- présentent à Cincinnatus; au rouge vif du manteau ré-
nent à la scène une atmosphère qui évoque la situa- pond le rouge sombre du pagne et du bonnet portés
tion dramatique dans laquelle se trouve Rome. par Cincinnatus. Le corps presque nu de Cincinnatus
(la grande peinture est aussi un prétexte pour repré-
2. A gauche du tableau se trouve le groupe composé
senter le corps humain nu) montre la force du héros.
de sénateurs, que l’on reconnaît à leur tunique et à
leur toge prétexte, et de licteurs, identifiables par le 5. Le sénateur qui est au centre montre de la main droite
faisceau que l’on voit en bas à gauche. A droite se le manteau de général que les sénateurs et licteurs
trouve Cincinnatus appuyé sur un bœuf de labour. La sont venus apporter à Cincinnatus; de la main gauche,
composition du tableau dans son ensemble respecte il lui tend un rouleau de papyrus (volumen). Un autre
approximativement le nombre d’or (3/8èmes – 5/8èmes) sénateur désigne le Capitole pour montrer à Cincin-
aussi bien dans le sens horizontal (Cincinnatus – sé- natus que Rome a besoin de lui. Cincinnatus, de son
nateurs) que dans son sens vertical (ciel – sujet). côté, désigne de sa main droite sa terre à labourer; sa
main gauche, tenant un aiguillon, repose sur la nuque
3. La femme en arrière-plan est la femme de Cincin-
de son bœuf de labour, soulignant son attachement
natus. Dans un premier temps, elle n’apparaît pas,
à son activité de laboureur, tout comme sa jambe
puisqu’elle est placée en arrière-plan. Cependant, le
droite, sur laquelle il s’appuie. De sa jambe gauche,
regard du spectateur est attiré sur elle par sa position
il esquisse un mouvement, qui est déjà un début de
entre les deux groupes, accentuée par les lignes de
réponse favorable. L’expression tant des sénateurs et
fuite que forment les sénateurs d’un côté et Cincinna-
licteurs que de Cincinnatus est grave.
tus et le bœuf de l’autre. Le relief en oblique derrière
elle a la même fonction. Son expression apeurée ex- 6. Les deux objets officiels que les sénateurs présentent
prime son inquiétude personnelle et l’angoisse de la à Cincinnatus sont le manteau de général (paludamen-
cité – dès lors, elle personnifie Rome. tum) et un rouleau de papyrus. Selon Tite-Live, les
sénateurs ne lui apportent ni manteau de général ni
4. Les vêtements des sénateurs sont copiés de la sta-
papyrus; une fois qu’il a revêtu sa toge, que sa femme
tuaire antique et donnent lieu à une étude du drapé.
lui a apportée, ils le nomment dictateur.
Un personnage a la tête recouverte d’un pli de sa toge
à la manière des prêtres et des augures; les licteurs ont 7. Cincinnatus doit revêtir la toge parce qu’une commu-
curieusement la tête recouverte d’une peau de bête. nication officielle ne peut être entendue qu’en habit
Les sénateurs portent des souliers de cuir fin (calceus officiel, donc en toge. Sans l’habit, il reste l’agriculteur
senatorius), alors que les licteurs sont chaussés de so- qui n’a pas part aux activités politiques.
lides sandales de cuir (caliga). Les habits des sénateurs
et des licteurs les opposent à Cincinnatus, représenté
torse nu et revêtu d’un pagne retenu par une corde (le
subligar) et coiffé d’un bonnet (le pileus), le même que

74
CINCINNATUS RECEVANT • Le tableau de Félix Barrias (1822-1907), reproduit à la
LES AMBASSADEURS CHARGÉS DE LUI page 109, a remporté le premier Prix de Rome.
PORTER LES INSIGNES DE LA DICTATURE • Le tableau de Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898)
PEINTURE DU XIXe S. p. 109 - Angers, Musée des Beaux-Arts, a reçu le deuxième
Prix de Rome.
Cincinnatus recevant les ambassadeurs chargés de
lui porter les insignes de la dictature: voilà le sujet du
concours du Grand Prix de Rome en 1844. Le sujet
n’est pas anodin: dans l’histoire de la République ro-
maine, Cincinnatus a (comme Coriolan, comme Lu-
crèce) une valeur de symbole: il représente le modèle
du Romain aux vertus traditionnelles, menant une vie
simple et capable de se dévouer à la cause de sa patrie.
Le Prix de Rome a été institué par Louis XIV en 1663: ce
concours avait pour but de sélectionner les étudiants
qui séjourneraient à la Villa Médicis de Rome pendant
trois à cinq ans, à l’entière charge de la France, afin de
se former sur place à l’art antique et classique et de
ramener leurs compétences en France. Cette tradition
va disparaître après les événements de mai 1968. • Le tableau d’Alexandre Cabanel (1823-1889) est ex-
Les candidats devaient présenter une lettre de recom- posé à Montpellier, Musée Fabre.
mandation d’un maître reconnu, être de nationalité
française, célibataires et de sexe masculin, avoir moins
de trente ans et avoir réussi l’examen d’admission à
l’Ecole des Beaux-Arts. Ils se pliaient à trois épreuves,
dont la troisième consistait en la réalisation d’une
grande peinture (dimensions imposées: 114 x 146 cm.);
le sujet (habituellement tiré de la Bible, de la mytho-
logie ou de l’histoire antique) était annoncé solen-
nellement par le secrétaire perpétuel de l’Académie.
Pendant septante-deux jours, les candidats étaient en-
fermés à l’intérieur de l’école dans des pièces séparées,
sans pouvoir communiquer entre eux.
L’énoncé du sujet du concours de 1844 était accompa-
gné des précisions suivantes: Le Sénat, ayant élu consul
Quinctius Cincinnatus, lui envoya des députés pour
l’inviter à venir prendre possession de la magistrature.
Il était alors occupé à labourer son champ, et condui- • Le tableau de François-Léon Benouville (1821-1859),
sait lui-même la charrue, n’étant vêtu que depuis les est à Saint-Lô, Musée des Beaux-Arts.
reins jusqu’aux genoux, et ayant la tête couverte d’un
bonnet. Lorsqu’il vit venir les députés, accompagnés
des licteurs, il arrêta ses boeufs, fort surpris de cette
foule de monde. Il fut aussitôt salué consul, revêtu de
la pourpre et reçut les insignes de la dignité.
On notera que Cincinnatus est nommé dictateur – et
non consul. La charge de consul ne pouvait s’obtenir
que par élection – et non sur la désignation du sénat.
Mais les candidats au concours ont parfaitement rectifié
et le titre des tableaux porte bien le mot de «dictature».
Nous pouvons voir encore les quatre œuvres qui ont
été présentées à ce concours (toutes aux mêmes
dimensions de 114 x 146 cm).

75
76
latin
forum

9
chapitres 10
CHA P ITRE 9
plébéiens 3. Dans le premier paragraphe, les verbes au parfait sont
traduits par le passé simple. Dans le deuxième para-
contre patriciens (p. 113) graphe, ils sont traduits par le passé composé. Dans
les phrases postquam … acceperunt et postquam …
audiverunt, ils sont traduits par le passé antérieur.
observation p. 1 1 3
4. a) Le sujet de la subordonnée est iram (la colère); il est
1. a) Les formes soulignées dans le texte permettent de à l’accusatif. Le verbe de la subordonnée est esse; il
reconstituer la conjugaison complète de l’indicatif est à l’infinitif.
parfait actif. Les terminaisons sont: b) Dans une proposition subordonnée comme dans
-i, -isti, -it, -imus, -istis, -erunt. une proposition principale, le sujet se place d’ordi-
b) Les terminaisons sont différentes de celles du pré- naire au début, le verbe à la fin:
sent et de l’imparfait. [Quidam dixit] [plebeiorum iram magnam esse].
On peut pourtant remarquer quelques constantes: c) Cette proposition subordonnée complète le verbe
à la 3e p. du sg., présence de -t (-t/-it), dixit, un verbe de parole.
à la 1ère p. du pl., présence de -mus (-mus/-imus), d) En français, il faut ajouter le subordonnant que.
à la 2e p. du pl., présence de -tis (-tis/-istis), L’infinitif latin se traduit alors par une forme verbale
à la 3e p. du pl., présence de -nt (-nt/-erunt). conjuguée. C’est le cas dans les subordonnées qui
2. a) gess-erunt – leg-erunt – mis-erunt – complètent un verbe de parole (je dis que), de pen-
sée (je pense que) ou de perception (je vois que).
accep-erunt – dix-it – cep-i – fec-erunt –
occupav-erunt – mans-erunt – cep-erunt – 5. L’infinitif présent esse de la ligne 7 se traduit par un
habu-erunt – credid-erunt – pugav-imus – indicatif imparfait (quelqu’un dit que la colère des plé-
profu-imus – accep-imus – gess-imus – béiens était grande), l’infinitif présent esse de la ligne
respond-erunt – pugnav-isti – vic-istis – 9 se traduit par un subjonctif présent (je désirais que
occupav-it – audiv-erunt – cep-erunt – posu-erunt Rome soit toujours libre).
b) Les formes fecerunt, occupaverunt et manserunt L’infinitif parfait fuisse (ligne 20) se traduit par un indi-
sont issues du radical du parfait, respectivement catif passé composé (Pensez-vous que les plébéiens
fec-, occupav- et mans-. n’ont pas été une bonne protection pour leur patrie?).
L’infinitif parfait defendisse (l. 24) se traduit par un sub-
c) Facio appartient à la troisième conjugaison mixte,
jonctif passé (N’est-il pas beau que les plébéiens aient
occupo à la première conjugaison et maneo à la
défendu le territoire romain?).
deuxième conjugaison.. A noter que les termi-
naisons du parfait sont identiques pour toutes les
conjugaisons.

CHAPITRE 9 77
stylistique p. 1 1 3 etymologie p. 1 1 4

1. a) Le sujet de acceperunt est patricii, le sujet de dixit 1. Accéder, concéder, décéder, intercéder, procéder,
est quidam. Les deux sujets sont donc différents; succéder.
le verbe de la proposition subordonnée doit être Apposer, composer, déposer, interposer, proposer,
traduit par un verbe conjugué: une fois que les supposer.
patriciens eurent reçu les délégués, quelqu’un dit
(l. 6-7). 2. Est irascible un individu qui est prompt à se mettre
b) Dans la subordonnée postquam ... profuimus et ... en colère (ira). – Une sinécure est une situation de
accepimus (l. 21-23) les parfaits sont traduits par tout repos (sine cura). – Ire est un ancien synonyme de
des infinitifs passés (après avoir été utiles et avoir «colère», translittéré directement de ira. – La superbe,
acquis), parce que le sujet du verbe principal et de superbia, -ae, f., désigne une attitude orgueilleuse.
ceux des verbes subordonnés sont les mêmes (1ère – Le mode de vie, de modus, -i, m., désigne la ma-
personne du pluriel). Lorsque les sujets des deux nière de vivre; c’est le sens qu’avait «la mode» au XVIIIe
verbes sont identiques, il est plus élégant de recou- siècle.
rir à un infinitif passé en français. 3. Les intrus sont les mots «manuel», apparenté à manus,
On trouve un autre exemple du même phénomène -us, f., et «mansarde», qui tire son nom de celui de son
aux lignes 29-30: Num, postquam Volscos et Sabinos inventeur, l’architecte de Versailles François Mansart
vicistis, Romae obesse potestis? Après avoir vaincu (1598-1666).
les Volsques et les Sabins, pouvez-vous être nui- 4. élection = d)
sibles à Rome? répondant = c)
sélection = a)
2. Gladiis nostris est traduit par à la pointe de notre épée
cession = b)
et animos par le cœur. Le latin, considérant l’ensemble,
met le pluriel (il y a en tout de nombreuses épées et 5. a) la mode
de nombreux cœurs), alors que le français, considé- b) le mode d’emploi
rant l’individu, emploie le singulier (chaque individu n’a c) modifier
qu’une seule épée et qu’un seul cœur). 6. a) accepter (acception, acceptation)
b) cession
compréhension p. 1 1 3 c) lecture (lecteur, lectrice)
d) position
1. La première phrase s’adresse au lecteur. 7. a) défendre; défense
2. Au deuxième paragraphe, c’est un délégué des plé- b) occuper; occupation
béiens qui prend la parole. Il demande aux patriciens c) répondre; réponse
d’avoir davantage de reconnaissance pour les services
guerriers que les plébéiens ont rendus à Rome.
3. Chronologiquement, il n’est pas possible que le dé-
légué plébéien qui s’exprime ici ait vécu tous les épi-
sodes évoqués: l’opposition entre les plébéiens et les
patriciens se situe en -494. Peut-être a-t-il vécu la CHEVAUX AILÉS
guerre contre les Volsques, qui s’est déroulée sous le ÉLÉMENT D’UN FRONTON
règne de Tarquin le Superbe (534-509). En revanche, (IVe OU IIIe S. AV. J.-C.) p. 116
la guerre contre les Sabins, datant du règne de Romu-
Ces deux étalons (1.15 m. de haut) tiraient autrefois un
lus, n’est mentionnée ici que de manière symbolique:
char au fronton d’un temple du IIIe siècle avant J.-C. à
le délégué souhaite souligner ainsi que Rome ne serait
Tarquinies. Comme pour le devin Chalchas de la page
pas Rome sans la plèbe.
55, les ailes semblent conférer à ces chevaux un statut
4. Les patriciens répondent avec orgueil. légendaire. Ce mélange de réalisme et d’imaginaire
5. Non, bien au contraire, les patriciens exigent encore (harnais impeccables accolés à des ailes) est l’une des
davantage de sacrifices de la part des plébéiens: ils caractéristiques de l’art étrusque.
iraient même jusqu’à les réduire en esclavage pour
dettes.
6. Ces négociations se terminent par la sécession des
plébéiens sur le Mont Sacré.

78 CHAPITRE 9
traduction p. 1 1 6
LECTURE – L’APAISEMENT DES LUTTES
SOCIALES
L’apaisement MÉNÉNIUS AGRIPPA p. 116
des luttes sociales Selon Tite-Live, Ménénius Agrippa meurt en 493, rui-
né.
Craintes des patriciens
A cette même date meurt Ménénius Agrippa; toute sa
Alors les patriciens eurent peur de la colère des plébéiens, vie, il avait été également cher aux patriciens et aux
parce que désormais les troupes manquaient à Rome. Ils plébéiens, mais la retraite [sur le Mont Sacré] l’avait
savaient que les peuples voisins préparaient sans cesse rendu plus cher à la plèbe. Après avoir négocié et ré-
de nouvelles guerres et que les patriciens, sans l’aide des tabli l’union nationale, représenté le sénat devant la
plébéiens, ne pouvaient pas défendre Rome. Le blé aussi plèbe et ramené la plèbe romaine à Rome, il ne laissait
manquait désormais, parce que les plébéiens étaient ab- pas de quoi payer ses funérailles. La plèbe y pourvut
sents des champs. en versant une cotisation d’un sixième d’as par tête.
(Histoire romaine, 2, 33)
L’ambassade de Ménénius Agrippa:
les membres et l’estomac
C’est pourquoi les patriciens envoyèrent comme ambas-
sadeur au camp des plébéiens un homme illustre, Méné-
nius Agrippa. Or le bruit court que Ménénius dit aux plé-
béiens une fable seulement: «Longtemps les membres
et l’estomac vécurent dans une heureuse concorde. Mais
les membres se dirent un jour: ”Pourquoi donnons-nous
toujours de la nourriture à l’estomac, qui reste toujours
dans l’oisiveté?” Mais bientôt la nourriture manqua aux
membres aussi, car l’estomac non seulement reçoit la
nourriture, mais encore prépare cette nourriture pour les
membres, et l’aide de l’estomac leur est nécessaire. Ainsi
nous voyons que les patriciens ne peuvent pas vivre sans
les plébéiens, ni les plébéiens sans les patriciens.»
Or les belles paroles de Ménénius plurent au peuple et la
colère des plébéiens céda à la fable. C’est pourquoi les
plébéiens ne restèrent pas dans leur camp mais regagnè-
rent Rome avec Ménénius Agrippa. Ils purent désormais
élire des tribuns, qui défendaient toujours la cause du
peuple et [qui] étaient craints des patriciens.

Les Lois des Douze Tables (450 av. J.-C.)


Après quarante ans, la discorde fut grande à nouveau.
Alors les Romains choisirent dix hommes qui firent des
lois et les écrivirent sur douze tables. Le peuple plaça les
douze tables sur le forum et les Romains vécurent long-
temps dans la concorde. Enfin, après de nombreuses
années, les patriciens purent même épouser des plé-
béiennes, les plébéiens des patriciennes.

CHAPITRE 9 79
9.7 1. Il répond que les guerres charment
exercices p. 1 1 7
les hommes mauvais.
9.2 tu as lu – vous avez lu – tu as posé – vous avez posé 2. Nous lisons (avons lu) que les dieux ont
– ils ont cédé – il a cédé – il répond – il a répondu défendu (avaient défendu) longtemps
– nous désirons – nous avons désiré – il dit – il a dit les territoires des Romains.
– tu es venu – vous venez 3. Mon fils a écrit que les femmes ne pouvaient
pas vivre dans le camp.
9.3 occupaverunt – debuit – legit – accepistis – cesserunt 4. Vous avez lu que les armes romaines avaient
– defendisti – posuit – manserunt – defendistis – souvent pu vaincre les peuples voisins.
dedisti 5. Je pense que la jeune fille a trouvé
9.4 Comme ils appartiennent à la catégorie des verbes de nouveaux livres.
de parole, de pensée ou de perception, on peut 6. Nous apprenons que des hommes malheureux
trouver une proposition infinitive après les verbes doivent vivre dans la forêt proche.
suivants: accipio – dico – exclamo – lego – narro – 7. Je dis que Pyrrhus peut vaincre les Romains.
puto – respondeo – scribo. A noter que la phrase 7 est une transcription libre
9.5 a) 1. Je dis que ta vie est heureuse. d’un vers d’Ennius (Annales, 6, 174). Donnant
2. J’ai dit que ta vie était heureuse. toujours des réponses ambiguës, la Pythie ré-
3. Je dis que ta vie a été/était heureuse. pond à Pyrrhus venu la consulter sur l’issue de la
4. Je disais que ta vie avait été heureuse. guerre qu’il s’apprête à faire contre les Romains:
Dico Pyrrhum Romanos vincere posse. Pyrrhus
b) 1. Il répond que tes enfants ne sont pas là. comprend: Je dis que Pyrrhus peut vaincre les
2. J’apprends que ton fils est venu. Romains. Mais comme l’histoire l’a prouvé, il fal-
3. J’écris que mes soucis ont été nombreux. lait comprendre: Je dis que les Romains peuvent
4. J’ai répondu que mon fils était venu. vaincre Pyrrhus.
5. Tu dis que ton ami a lu de nombreux livres.
c) 1. J’apprends que la colère est maintenant
notes méthodologiques
absente de ton esprit.
2. L’homme dit que l’ambassadeur a reçu • Lorsqu’une proposition infinitive a deux accusatifs et
de l’argent. un infinitif (phrases 1, 2, 5), le premier accusatif est
3. Il a dit aux Romains que la place forte sujet, le deuxième accusatif complément de l’infinitif.
avait reçu de nouvelles troupes. On retrouve la structure de base de la proposition
4. Vous voyez que le secours ne vient pas latine (voir p. 35, Ordre des mots, points 1 et 2).
du camp. • Lorsqu’une proposition infinitive a un accusatif et
5. Il s’est écrié que notre projet charmait deux infinitifs (phrases 3 et 6), le second infinitif
les hommes de bien. (posse ou debere) est le verbe de la proposition infini-
6. Nous pensons que le peuple a répondu tive, le premier infinitif est complément de posse ou
aux ambassadeurs avec une grande colère. debere.
9.6 Si un infinitif a un sujet à l’accusatif (indiqué entre • Lorsqu’une proposition infinitive a deux accusatifs et
parenthèses dans le corrigé) et complète un verbe deux infinitifs (phrases 4 et 7), le sujet de la propo-
de pensée, de parole ou de perception, c’est le verbe sition infinitive est le premier accusatif, son verbe le
d’une proposition infinitive (à traduire par une forme second infinitif.
conjuguée): l. 2: (propinquos populos) parare = pro-
position infinitive introduite par sciebant – l. 3: (patri-
cios) non posse = proposition infinitive introduite par
sciebant – l. 5: (Menenium) dixisse = proposition infi-
nitive introduite par fama est (assimilé à un verbe de
parole) – l. 9-10: (neque patricios ... neque plebeios)
posse = proposition infinitive introduite par videmus.
Si un infinitif n’a pas de sujet à l’accusatif et ne com-
plète pas un verbe de pensée, de parole ou de per-
ception, mais debeo ou possum, c’est un infinitif seul
(à traduire par un infinitif): l. 3: defendere (non posse)
– l. 12: vivere (posse) – l. 13: legere (potuerunt) – l. 19:
ducere (potuerunt).

80 CHAPITRE 9
9.8 1. Ne penses-tu pas que la colère est souvent cruelle à faire remarquer aux élèves
et que les guerres sont absentes des terres heu-
• Le mot animus est polysémique et signifie l’esprit,
reuses?
l’âme (le coeur), le courage. Pour traduire durum et
2. Nous voyons que la colère du maître a cédé à nos
vivum animum (l. 3), il faut recourir à deux sens diffé-
paroles et (qu’elle) est maintenant absente de son
rents de animus (un cœur dur et un esprit vif).
esprit.
• Imperium in propinquos exercebat (l. 4). L’imperium
3. Nous fuyons parce que des barbares sont sur
est l’autorité qui permet de donner des ordres, le
notre territoire et (parce) que nous craignons
pouvoir suprême des préteurs et des consuls, sym-
pour notre vie.
bolisé par les faisceaux des licteurs qui les accompa-
4. Pourquoi devons-nous maintenant vivre à la ma-
gnent. Ces faisceaux (hache et verges) évoquent leur
nière des esclaves, puisque nous avons été utiles
droit de vie et de mort. Imperium est un mot très fort,
à notre patrie et avons donné la victoire à Rome à
qu’on peut traduire par pouvoir absolu.
la pointe de notre épée?
• Dans un texte descriptif, il arrive qu’on traduise le par-
9.9 Version – Le paysan, son cheval et la lune fait par un imparfait. C’est le cas de habuit (l. 2) et de
Il y avait en Italie un pauvre paysan: l’homme n’avait
fuit (l. 2). Même remarque pour la traduction des infini-
tifs parfaits habuisse (l. 3), fuisse (l. 4) et amavisse (l. 5).
qu’un cheval. Un jour, il dut gagner le bourg voisin à
cheval. Mais la route était longue et l’ombre de la nuit
surprit le paysan et ses enfants. Enfin, parce qu’un VERSION 9.10 – APPIUS,
étang était tout proche, notre paysan prit la décision UN VIEILLARD RESPECTABLE
d’y rester avec son cheval et ses enfants. La lune était
PORTRAIT D’UN PATRICIEN ROMAIN
alors pleine et les enfants du paysan purent voir le
reflet de la lune dans les eaux de l’étang. Or, ils pen- MARBRE Ier S. AV. J.-C.  p. 124
saient que la lune était une déesse. C’est pourquoi Valère Maxime (Faits et dits mémorables, 1, 1, 17) ra-
ils crurent que la malheureuse déesse était tombée conte qu’Appius est devenu aveugle (d’où son surnom
dans l’étang. Quant au cheval, parce qu’il buvait l’eau de Caecus) parce que, suivant son avis, la riche famille
de l’étang, il troubla le reflet de la lune et, en même des Potitii accepta de confier la charge du culte d’Her-
temps, à cause de gros nuages, la lune disparut du cule à des esclaves. Le dieu se vengea: il fit mourir
ciel. Les enfants avertirent le paysan: «Le cheval a dans l’année tous les Potitii (qui étaient plus de trente)
bu la lune: elle se trouve maintenant dans l’estomac et ôta la vue à Appius.
du cheval; tu dois porter secours à notre déesse». Le portrait d’un patricien romain, qui illustre le texte
C’est pourquoi, le paysan, parce qu’il craignait la co- de version, n’est évidemment pas celui d’Appius.
lère des dieux, tua le cheval avec son glaive. Or, il Nous n’avons aucune représentation de lui. Pourtant
n’y eut bientôt plus de nuages, et ils purent revoir la ce buste convient assez bien à l’idée que nous pou-
lune. Alors le paysan heureux dit: «J’ai bien fait: notre vons nous faire d’Appius, membre d’une des familles
déesse n’est-elle pas libre maintenant, grâce à mon aristocratiques les plus anciennes de Rome, célèbre
secours?» censeur en 312, constructeur du premier aqueduc
de Rome (l’Aqua Appia) et de la première route pavée
9.10 Version – Appius, un vieillard respectable (p. 124) (la Via Appia). On doit aussi à Appius ce vers: Faber
Appius avait quatre robustes fils, cinq filles, une est suae quisque fortunae (Chacun est l’artisan de sa
grande ferme, de nombreux esclaves. Il était aveugle propre fortune), qui laisse entrevoir le caractère éner-
et vécut de nombreuses années. Le bruit court gique du personnage.
qu’Appius avait un cœur dur et un esprit vif. Il exer- A noter encore que les personnages représentés dans
çait un pouvoir absolu sur ses proches. Beaucoup de la statuaire romaine le sont de manière beaucoup plus
gens disent que la discipline du maître était cruelle, réaliste que dans la statuaire grecque. On a cru pouvoir
mais que ses esclaves, ses enfants et ses amis ai- expliquer ce fait par l’influence de la pratique romaine
maient Appius. des imagines, ces effigies des patriciens défunts, faites
à partir de masques de cire, pieusement conservées
dans l’atrium des demeures des aristocrates et exhi-
bées lors des funérailles d’un membre d’une grande
famille. Néanmoins il semble que les traits reproduits
ne sont pas vraiment ceux du personnage «réel»: ils
servent, de manière codée, à dépeindre le caractère
du personnage comme on voudrait le voir: les rides sur
le front d’un patricien montrent qu’il était quelqu’un
de sérieux, de sévère, qui se souciait de son devoir.

CHAPITRE 9 81
82
CHA P ITRE 1 0
l’invasion gauloise  (p. 118)

observation p. 1 1 9

1. La traduction la liberté de la cité indique que le mot la consules est le sujet grammatical du verbe erant; il est
cité est complément de nom. Par conséquent, le nom au nominatif pluriel: terminaison -es.
civitatis est au génitif. virtute est un complément de moyen; il est à l’ablatif
Dans la traduction: la cité était en grand danger, la cité singulier: terminaison -e.
est sujet. Par conséquent, le nom civitas est au nomi- civitatis est complément du nom libertatem; il est au
natif. génitif singulier: terminaison -is.

2. En isolant la terminaison -is dans civitatis, on trouve le


cives est CVD; accompagné de ceteros, il est à l’accu-
satif pluriel: terminaison -es.
radical civitat-.
hosti est CVI; il est donc au datif singulier: terminaison
3. Pour les noms dux, hostis et civitas (tous trois au no- -i.
minatif puisque sujets), rien ne permet de déterminer hominibus est également CVI; il est au datif pluriel: ter-
qu’ils sont au nominatif. Pour la troisième déclinaison, minaison -ibus.
le nominatif singulier n’a pas de terminaison identique
Pour le tableau, se référer à la page 121 du manuel.
pour tous les noms (à la différence de rosa, de domi-
nus ou de templum). 5. Animalia et corpora sont à l’accusatif pluriel.
La terminaison -a indique qu’ils sont neutres.
4. civibus dépend de a/ab + abl.; il est donc à l’ablatif plu-
riel: terminaison: -ibus. 6. Dans des groupes nominaux contenant un nom de
la troisième déclinaison et un adjectif de la première
virtutem est CVD; il est donc à l’accusatif singulier: ter-
classe, il est souvent plus aisé de reconnaître le genre
minaison -em.
du nom à partir de l’adjectif puisque les adjectifs de la
civium est complément de nom, donc au génitif plu- première classe suivent la première déclinaison pour
riel: terminaison -ium. le féminin et la deuxième déclinaison pour le masculin
militum est complément de nom, donc au génitif plu- et le neutre.
riel: terminaison -um. Noter que la terminaison d’un nom à l’accusatif pluriel
est -es que ce nom soit masculin ou féminin; que la
à faire remarquer aux élèves terminaison du datif singulier est -i que le nom soit
masculin, féminin ou neutre.
• On constate que, pour le génitif pluriel, les noms de
Les terminaisons des noms (à l’exception des mots
la troisième déclinaison présentent tantôt une termi-
neutres au nominatif et à l’accusatif) sont identiques
naison -ium tantôt une terminaison -um.
pour les trois genres.
Voir Notes méthodologiques p. 86.
7. Un complément de temps à l’accusatif (multos annos)
indique la durée (réponse à combien de temps?); un
complément de temps à l’ablatif (antiquis temporibus)
indique un moment précis (réponse à quand?).

CHAPITRE 10 83
stylistique p. 1 1 9 etymologie p. 1 2 0

1. En latin, le sujet occupe la première position dans la 1. une tradition est une pratique transmise de siècle en
phrase, avant même la subordonnée. Lorsqu’une su- siècle (trado, -is, -ere, tradidi, traditum) – une multitude
bordonnée vient séparer le sujet de la proposition à désigne une grande quantité d’êtres ou d’objets (mul-
laquelle il appartient, il est plus élégant, en français, de titudo, multitudinis, f.) – une nomination est l’action
traduire d’abord la subordonnée, pour rapprocher le de nommer quelqu’un à un emploi ou à une fonction
sujet de son verbe. (nomen, nominis, n.) – l’adjectif maritime concerne le
bord de mer (mare, maris, n.) – des dommages corpo-
rels sont des dommages relatifs au corps humain (cor-
notes méthodologiques
pus, corporis, n.) – dégénérer, c’est perdre les qualités
• Si on choisit de conserver l’ordre des mots du latin, il naturelles de sa race (genus, generis, n.) – une tutelle
faut absolument éviter de répéter le sujet. Il est tout à est une protection vigilante (tutus, -a, -um) – un saut
fait faux d’écrire: Mais Brennus, après avoir entendu périlleux comporte des risques, du danger (periculum,
dire que les habitants de Clusium avaient demandé -i, n.) – humaniser les conditions de travail, c’est les
de l’aide aux citoyens romains, il prit la décision de rendre plus humaines, plus civilisées (homo, hominis,
s’emparer de Rome. Il convient de mettre les élèves m.) – un héros vertueux est un héros qui a des quali-
en garde: cette erreur est très fréquente! tés morales (virtus, virtutis, f.) – une forte corpulence
désigne une grandeur et grosseur du corps humain
(corpus, corporis, n.) – faire preuve d’hostilité à l’égard
2. Il s’agit de l’emploi particulier du verbe esse avec un de quelqu’un, c’est avoir des dispositions inimicales à
complément au datif. Le complément au datif en latin l’égard de quelqu’un (hostis, -is, m.) – on parle de l’ur-
devient le sujet d’un verbe avoir (ici posséder) en fran- banisation des campagnes lorsque la population en
çais. provenance de la ville (urbs, urbis, f.) vient augmenter
3. On peut proposer: un petit nombre de survivants, celle de la campagne – un acte civique est un acte
quelques survivants. propre au bon citoyen (civis, -is, m.) – une tactique mi-
litaire est une tactique relative à la force armée (miles,
compréhension p. 1 1 9 militis, m.)
2. urbanisme = b) corporation = d)
1. D’après la position géographique de ces lieux, on re- liberticide = c) incivilité = e)
marque que les Gaulois s’approchent de Rome et me- une messe Urbi et orbi = a)
nacent la ville.
2. Les Romains sont impressionnés par le courage et le 3. Les mots conjoint, conjugaison et conjugal compor-
nombre des Gaulois, mais surtout par leur taille et par tent tous les trois l’idée d’une union: cum + jungo, -is,
des armes qu’ils n’ont jamais vues (haches). -ere, conjunxi, conjuctum: lier ensemble.
3. Malgré les défaites, les Romains gardent un esprit En revanche le mot conjecture vient du verbe latin
combatif. Ils vont se concentrer sur la défense du conjicio, -is, -ere, conjeci, conjectum (jeter ensemble,
cœur de Rome: le Capitole. combiner dans l’esprit, conjecturer).

4. Les vieillards ont cédé leur place sur le Capitole aux 4. a) régicide b) infanticide c) homicide
soldats, aux femmes et aux enfants. Par le sacrifice d) suicide e) génocide
de leur vie, ils ont fait preuve de courage et de dignité
(voir Tite-Live, Histoire romaine, 5, 41). 5. a) De Ira (De la colère): ouvrage du stoïcien Sénèque
sur la maîtrise des passions
5. En assistant au massacre des vieillards, au sacrilège b) De Amicitia (De l’amitié): ouvrage de Cicéron sur
que constitue la destruction des temples et à la prise l’amitié
de leur ville, les Romains sont découragés. Mais ils c) De Agricultura (De l’agriculture): traité d’agriculture,
défendent le cœur même de la cité: la colline du de Caton
Capitole. d) De Natura (De la nature) fait référence au De natura
rerum (De la nature des choses) de l’épicurien
Lucrèce

6. Virtus, virtutis, f.: la valeur morale, étymologiquement


propre à l’homme.

84 CHAPITRE 10
traduction p. 1 2 2

Une victoire
chèrement payée
Premier assaut
Parce que le Capitole était défendu par un petit nombre notes méthodologiques
d’hommes, Brennus pensa que les Gaulois pouvaient
vaincre sans danger. C’est pourquoi il appela ses troupes • Il revient à l’enseignant-e de souligner auprès des
sur le forum et, après avoir formé la tortue, les enne- élèves l’importance ...
mis montèrent sur la colline. Mais les citoyens romains, a) ... de repérer tous les verbes conjugués de la
dans ce nouveau genre de guerre, gardaient leur antique phrase et d’établir le lien entre chacun (coordi-
courage: en effet, ils préparèrent une protection, firent nation ou subordination): il convient donc, après
obstacle depuis un lieu sûr à la foule des ennemis, et les avoir repéré chaque verbe conjugué, de repérer
Gaulois se retirèrent. Jamais plus l’orgueilleux chef des chaque subordonnant ou coordonnant de verbes;
Gaulois ne tenta un tel genre de combat. b) ... de délimiter chaque proposition; il en va de
même pour la proposition infinitive (qui com-
Les oies du Capitole
mence avec l’accusatif sujet et finit avec le verbe
Bientôt pourtant le nom de Rome fut en grand danger, à l’infinitif);
car Brennus envoya un homme sans armes qui trouva
c) ... de considérer qu’un subordonnant ou un coor-
un passage à travers les rochers jusqu’au camp romain:
donnant de verbes est une barrière infranchis-
alors les Gaulois pensèrent que les soldats aussi, qui se
sable: chaque mot (ou groupe de mots) doit être
passaient les armes de main en main, pouvaient monter
traduit dans la proposition à laquelle il appartient.
en silence sur la colline.
• Nocte obscura (l. 9): le moment précis est exprimé
C’est pourquoi, par une nuit obscure, ils tentèrent de
par l’ablatif.
prendre le Capitole. Aucun homme, aucun animal n’en-
tendit l’ennemi, sauf les oies consacrées à Junon; elles • Dans ce texte apparaît plusieurs fois la question évo-
avertirent du danger Marcus Manlius, qui appela tous les quée à la page 119 (Stylistique, n° 1): une subordon-
autres Romains aux armes: avec un grand courage, ils née vient séparer le sujet de son verbe. Dans la tra-
précipitèrent les Gaulois du haut du Capitole. duction, il est plus élégant de les réunir. C’est le cas
pour: Brennus ... putavit (l. 1) – hostes ... ascenderunt
Tous les Romains dirent que Manlius, par sa décision et
(l. 2-3) .
son courage, avait bien défendu ses concitoyens, leurs
femmes et leurs enfants et même la liberté de Rome. • Les groupes qui présentent un complément enclavé
sont très nombreux. Voir Notes Méthodologiques de
Vae victis! l’exercice 10.6 (p. 86).
Mais l’eau et le blé vinrent finalement à manquer aux
malheureux Romains. Ils ne reçurent aucune aide et du-
rent racheter leur liberté. Brennus demanda une grande
quantité d’or. Le chef orgueilleux posa également son
glaive dans la balance avec des paroles célèbres encore
aujourd’hui: «Malheur aux vaincus!»

Revanche romaine
Mais bientôt vint le temps de la victoire. Déjà les troupes
des ennemis se retiraient; alors le dictateur Camille en-
gagea la bataille sous les murs de Rome. Aucun ennemi
ne survécut au massacre. Le peuple en joie put voir le
triomphe du dictateur au milieu des ruines de Rome et
appela Camille «un nouveau Romulus».

CHAPITRE 10 85
exercices p. 1 2 3
notes méthodologiques
10.2 -is: I: D.-Abl. pl. • Rappeler le phénomène du génitif complément en-
II: D.-Abl. pl. clavé à l’intérieur d’un groupe nominal, qu’il soit ou
III: G. sg. non prépositionnel.
Attention: le nominatif de certains mots • Un complément enclavé complète toujours l’élé-
de la troisième déclinaison est en -is. ment final du groupe. C’est pourquoi dans cum verbis
-i : I: - etiam nunc notis (l. 16), l’adjectif notis clôt le groupe
(alors que les adjectifs précèdent, le plus souvent, le
II: G. sg. – N. pl. – V. pl.
nom), parce qu’il est complété par l’élément enclavé
III: D. sg. etiam nunc.
Attention: l’ablatif de quelques
noms neutres est en -i.
10.7 clarum animal – beatus vir – male civis – pulchris
-e: I: -
pueris – magno mari – multis militibus – Romani
II: V. sg. milites – propinqui oppidi – saevum hostem – cete-
III: Abl. sg. rorum nominum – magnae urbis – laetas conjuges
-a: I: N. sg. – V. sg. – Abl. sg. – saeva victoria – novos homines – magnam urbem
II: N.-V.-Acc. neutre pl. 10.8 Noms de la deuxième déclinaison:
III: N.-V.-Acc. neutre pl. frumentum (l. 4) = acc.
10.3 homo (sg.) multitudo (sg.) viri (pl.) auxilium (l. 6) = acc.
numeri (pl.) hostis (sg.) mare (sg.) consilium (l. 7) = acc.
gratia (sg.) animalia (pl.) oppida (pl.) Capitolium (l. 18-19) = acc.
corpora (pl.) praesidium (sg.) vitium (sg.) frumentum (l. 20) = acc.
dominus (sg.) genus (sg.) legatus (sg.) Noms de la troisième déclinaison:
corpus (sg.) hostium (l. 8) = gén.
hominum (l. 9) = gén.
10.4 1. clarum 2. propinquam 3. laeta
civium (l. 12) = gén.
4. malorum 5. tuta 6. novorum
militum (l. 17) = gén.
10.5 1. Je désire voir la mer.
2. Avec vos chefs, vous défendez la liberté notes méthodologiques
de la cité.
3. Le consul a donné de l’argent à ses soldats. • Un nom de la deuxième déclinaison en -ium/-um
4. Il y a dans la mer (sur la mer) une foule est à l’accusatif sg. (ou au nom. ou au voc. sg. pour
de dangers. les neutres); un nom de la troisième déclinaison en
5. L’ennemi était célèbre grâce à la quantité -ium/-um est obligatoirement au génitif pl.
de ses victoires. Il n’est dès lors plus nécessaire d’apprendre les règles
6. Les consuls louaient le courage des bons complexes qui permettent de savoir si le génitif pl.
citoyens. d’un nom de la troisième déclinaison est en -ium ou
en -um (parisyllabiques ou imparisyllabiques, avec
10.6 in novo belli genere (l. 6) les exceptions). Les élèves doivent savoir seulement
tale pugnae genus (l. 9-10) qu’un mot de la troisième déclinaison, s’il est en -ium
superbus Gallorum dux (l. 10) ou en -um, ne peut être qu’un génitif pluriel.
magnam auri copiam (l. 25)

86 CHAPITRE 10
10.9 Version – Junon et le paon
Les poètes rapportent une fable au sujet du paon. VERSION 10.9 – JUNON ET LE PAON p. 123
Un paon vint trouver Junon et dit à la déesse: «Mes Les poètes qu’évoque cette version sont Phèdre
belles plumes plaisent à tous, mais j’ai une voix ridi- (Fables, 3, 18) et La Fontaine (Le paon se plaignant à
cule. Puis-je être heureux? Pourquoi les dieux ont-ils Junon, Fables, 2, 17).
été si cruels?» Après avoir entendu les propos de l’oi-
L’auteur dont s’inspire cette version est le poète hol-
seau, Junon répondit que le paon n’était pas malheu-
landais Adrianus Barlandus, nom latinisé de Adriaan
reux, mais un animal ingrat et orgueilleux. «En effet,
van Baerland, (1447-1538), qui s’inspire d’Esope et de
les dieux n’ont pas tout attribué à tous. Ils ont donné
Phèdre. Esope est un écrivain grec d’origine thrace
à beaucoup un corps grand ou élégant, à un petit
(VIIe-VIe s. av. J.-C.), qui aurait inventé la fable; Phèdre
nombre une voix agréable, au lion le courage, au
(env. -15-50), un affranchi d’Auguste d’origine thrace,
paon de belles plumes». Les hommes aussi doivent
est un auteur latin de fables. La Fontaine (1621-1695),
recevoir avec reconnaissance les dons de la nature.
quant à lui, s’est inspiré autant d’Esope que de Phèdre
pour écrire Le paon se plaignant à Junon (Fables, 2,
17).
Faire remarquer aux élèves que le paon est consacré à
Junon et que c’est tout naturellement à elle qu’il vient
se plaindre.
Voici le texte de La Fontaine.
Le paon se plaignait à Junon.
«Déesse, disait-il, ce n’est pas sans raison
Que je me plains, que je murmure:
Le chant dont vous m’avez fait don
Déplaît à toute la nature;
Au lieu qu’un rossignol, chétive créature,
Forme des sons aussi doux qu’éclatants,
Est lui seul l’honneur du printemps.
Junon répondit en colère:
«Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
Est-ce à toi d’envier la voix du rossignol,
Toi que l’on voit porter à l’entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies,
Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue et qui semble à nos yeux
La boutique d’un lapidaire?
Est-il quelque oiseau sous les cieux
Plus que toi capable de plaire?
Tout animal n’a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités:
Les uns ont la grandeur et la force en partage;
Le faucon est léger, l’aigle plein de courage;
Le corbeau sert pour le présage;
La corneille avertit des malheurs à venir;
Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de te plaindre, ou bien, pour te punir,
Je t’ôterai ton plumage.»
Les récriminations du paon et la réponse de la déesse
ne sont pas sans évoquer les derniers soubresauts
d’une noblesse rétive à l’absolutisme de Louis XIV.

CHAPITRE 10 87
10.10 Version – Le paon voulant être roi
A une époque ancienne, les oiseaux vivaient en liberté; LES TRIA NOMINA
un jour, ils décidèrent d’élire un roi. Le paon dit alors: «La REMARQUE SUR LES COMPLÉMENTS
foule des oiseaux loue toujours ma beauté. C’est pour- DE TEMPS P. 124
quoi, je suis digne de la royauté.» Mais la pie répondit: «Si
un aigle attaque un petit oiseau, tu ne peux pas défendre
ce malheureux. Tu es beau, mais dans les dangers, tu ne
peux être utile aux autres oiseaux.» Nous ne devons pas
considérer la beauté mais le courage et les forces d’un
homme.

10.11 Version – Les tria nomina (p.124)


Le nom de chaque personne est divisé en trois parties:
le prénom, le nom, le surnom. D’abord il y a le prénom,
comme Marcus. Le nom est commun à la famille, comme
Tullius. Le surnom est un mot personnel, comme Cicé-
ron. Ainsi les hommes romains ont trois noms, comme Stèle de Visellia Firma – Cette stèle funéraire a été
Publius Cornelius Scipion. Souvent les Romains illustres trouvée en décembre 1987 dans la nécropole d’En
ont un quatrième nom, qui leur vient de leur esprit, de Chaplix à Avenches.
leur physique, de la guerre ou du hasard. Publius Corne-
Transcription
lius Scipion a vaincu ses ennemis en Afrique: il est appelé
D(is) M(anibus) s(acrum)
Publius Cornelius Scipion l’Africain.
Viselliae Firmae
Visel(lius) Firminu(s) et
VERSION 10.11 – LES TRIA NOMINA p. 124 Julia Secunda parente(s)
Pour les Romains, il n’existe que peu de prénoms la- Infe(licissimi) vix(it) an(no) I dieb(us) L
tins, environ dix-huit. A partir du cinquième enfant né Traduction
dans une famille, le bébé reçoit, en guise de prénom, Monument aux dieux Mânes / de Visellia Firma / Vi-
le numéro de la place qu’il occupe dans la fratrie: ainsi sellius Firminus et / Julia Secunda, ses parents / très
Quintus (le cinquième), Sextus, Septimus, Octavus ... affligés. Elle a vécu 1 année et 50 jours.
Les femmes ne sont appellées que par le nom de leur On remarquera que l’espace laissé libre à la troisième
père mis au féminin: la fille de Publius Cornelius Sci- ligne devait probablement servir à ajouter, à la pein-
pion se nomme ainsi Cornelia. ture, le troisième nom de Visellius Firminus, dont le
Lorsqu’un esclave est affranchi, il porte le prénom et lapicide ne disposait pas sur le moment.
le nom de son ancien maître et, comme surnom, son On remarquera aussi que la lettre B de dieb(us) in-
ancien nom d’esclave. dique forcément un ablatif, alors que ce complément
Dans l’Empire, on désigne usuellement les gens par de temps marque la durée et devrait donc être à l’ac-
leur surnom, auquel on ajoute encore souvent un so- cusatif. Selon les épigraphistes, ce genre de «fautes de
briquet volontiers moqueur. latin» n’est pas rare et traduit peut-être la difficulté des
Gaulois à se mettre au latin (voir p.26 du manuel) ou,
à tout le moins, une certaine désinvolture face aux ri-
gueurs de la grammaire latine. On comprend que des
parents durement éprouvés par la perte d’un bébé de
quatorze mois ne se soient guère posé la question.

88 CHAPITRE 10
latin
latin
forum

MAGAZINE

thésée et
le minotaure
p. 126-127

• Le débarquement devrait se faire dans le calme et


questions sur l’image p. 1 2 6
dans l’ordre, ce que respectent les marins: ils sont
restés sagement assis sur leurs bancs. Mais d’autres
Débarquement de Thésée personnages, coiffés d’un pétase, un chapeau rond à
bord large et plat, sommairement vêtus d’une sorte de
et de ses compagnons, manteau sans manches, commencent à débarquer.
Vase François (570-560 av. J.-C.) Ils sont agités, joyeux, impatients de retrouver la terre
ferme: les uns lèvent les mains vers le ciel, d’autres
Le Vase François est un cratère aux dimensions excep-
tendent les bras pour se congratuler; l’un n’a pas hé-
tionnelles datant de 570-560 av. J.-C. Il porte les signa-
sité à se jeter dans l’eau pour devancer ses compa-
tures du peintre Clitias et du potier Ergotimos (détail qui
gnons. Ce sont les jeunes gens qui devaient servir de
indique la notoriété des potiers dès l’époque archaïque).
pâture au Minotaure et qui ont été sauvés par Thésée.
Il s’agit d’une poterie à figures noires sur fond jaune (in-
fluence des poteries corinthiennes qui sont souvent
décorées, comme ici, de zones horizontales de person-
nages).

89
Remarquer les traits typiques de la peinture grecque Thésée part ensuite au combat, ce qui est représenté
primitive: le dessin du corps est simplifié, la tête est au centre du tableau, et on le voit dans le labyrinthe
présentée de profil, même quand la poitrine est de assommer le Minotaure, tandis qu’Ariane et Phèdre
face, l’œil est dessiné de face. On retrouve ces traits guettent son retour à l’entrée du labyrinthe – on de-
dans le vase attique à figures noires du bas de la page vine le début du fil attaché à l’anneau.
(Thésée tuant le Minotaure), qui est un peu postérieur Après sa victoire, Thésée se dirige vers son navire, que
au Vase François, comme le montrent les deux points l’on voit cette fois à l’ancre près des arbres (sous le
suivants: les mouvements sont moins raides et le ta- paysage représentant Athènes), entraînant avec lui
bleau est composé. A noter que les deux femmes en- les deux sœurs qu’il tient par la main. La démarche
cadrant Thésée sont Ariane et sa sœur Phèdre. d’Ariane, plus joyeuse que celle de sa sœur, exprime
• La poupe se trouve sur la droite du tableau: on la re- bien son amour, tout comme, dans ses représenta-
connaît aux deux grandes rames qui servent de gou- tions précédentes, le peintre a su illustrer sa sollici-
vernail; la proue est clairement reconnaissable (même tude, puis son inquiétude.
s’il y a une partie perdue). Il s’agit d’un navire rapide et Les deux personnages que l’on voit deux fois à la fe-
fin, qui pouvait utiliser aussi bien la voile que les rames. nêtre de l’étage doivent représenter Minos et son
Son mât a été abattu et les marins l’ont échoué sur la épouse Pasiphaé.
plage, la poupe tournée vers la terre.
• Thésée est représenté en «chevalier noir», casqué et
• Thésée débarque à Athènes: les jeunes gens qui l’ac- vêtu d’une armure de la fin du XVe s., avec une masse
compagnent laissent éclater leur joie de retrouver leur d’armes et une immense épée. Ariane est vêtue d’une
patrie sains et saufs, alors qu’ils étaient partis pour être robe claire et d’un justaucorps orné de manches
dévorés par le Minotaure. rouges, Phèdre d’une robe de brocart, des vêtements
féminins de la Renaissance. Athènes et la ville de Mi-
questions sur l’image p. 1 2 7 nos sont représentées comme des villes de la Renais-
sance.

Histoire Le labyrinthe est le seul élément à rappeler l’Antiqui-


té: sa structure géométrique est inspirée des «laby-
de Thésée et d’Ariane rinthes» qui figuraient sur le pavement de nombreuses
• L’originalité du tableau consiste dans sa représenta- églises et dont le dessin strictement géométrique re-
tion simultanée des différents épisodes de l’histoire de monte à l’Antiquité.
Thésée et d’Ariane. Dans chacun de ces épisodes, on • On voit Thésée cinq fois; son navire trois fois; Ariane
retrouve les éléments suivants: le bateau de Thésée, et Phèdre quatre fois.
Thésée, Ariane, le Minotaure.
• La ville en arrière-plan est Athènes, patrie de Thésée.
Description: Il faut partir de l’arrière-plan, en haut à
• Au premier plan à gauche Thésée reçoit une pelote de
droite du tableau. La ville représentée est Athènes; le
fil: le fil d’Ariane.
bateau de Thésée s’éloigne à droite de la ville, en di-
rection de la Crète, où, deux fois déjà, le Minotaure a
tué et dévoré les jeunes Athéniens envoyés en tribut –
ce qu’évoquent les deux petites scènes de lutte contre
le Minotaure peintes à l’arrière du labyrinthe. Noter
que le Minotaure n’est pas représenté, comme dans
l’Antiquité, comme un monstre à corps humain et à
tête de taureau, mais comme une sorte de centaure.
Il faut ensuite se reporter à la partie gauche du ta-
bleau. Dans la ville de Minos, le bateau de Thésée est
amarré, avec à son bord les jeunes gens dont les sept
blasons montrent qu’ils sont de famille noble. Thésée
rencontre une première fois Ariane et sa sœur Phèdre
à l’angle du palais royal (entre la vergue et la proue du
navire). La rencontre décisive est placée au premier
plan à gauche: Ariane montre à Thésée la pelote de fil
qu’elle commence à dévider et Thésée tend la main
pour la prendre.

90
compréhension p. 1 2 7 questions sur l’image p. 1 2 8

Thésée Ariane
et le Minotaure abandonnée par Thésée,
• Il y a de nombreuses similitudes entre le mythe de Ja- fresque de Pompéi
son et Médée et celui de Thésée et Ariane.
• La fresque est composée en diagonale:
a) Un héros grec vient dans une contrée étrangère et
Dans l’angle en haut à droite, Thésée semble pressé
lointaine: la Colchide et la Crète.
de s’enfuir sur un bateau dont on ne voit que la poupe
b) Il vient combattre un monstre: le dragon et le Mi- et les deux rames servant à le gouverner.
notaure.
Dans l’angle en bas à gauche, Ariane se relève de la
c) Il remporte la victoire grâce à l’aide de la princesse couche sommaire où elle a passé la nuit à Naxos au
locale: Médée et Ariane. pied d’un rocher. Elle semble se réveiller à l’instant.
d) En partant, il emmène la princesse qui l’a aidé. • Son attitude exprime moins le désespoir que l’éton-
e) Il abandonne la princesse, après un temps plus ou nement, et son geste est une sorte d’appel à Thésée
moins long: Jason répudie Médée après quelques dont elle ne comprend pas encore les intentions.
années de vie commune pour épouser Créuse, la
princesse de Corinthe; Thésée abandonne Ariane
sur le chemin de retour, sur l’île de Naxos. compréhension p. 1 2 8
• En tuant les divers monstres, Thésée accomplit des
actes civilisateurs. Autrement dit, en éliminant ce qui Le retour de Thésée
appartient au monde non-civilisé et en permettant
ainsi à la civilisation de s’installer, il instaure les institu- • Il existe deux autres versions qui expliquent l’abandon
tions. d’Ariane par Thésée. Soit il l’aurait tout simplement ou-
bliée lorsqu’il quitta Naxos, soit elle-même aurait exigé
• Un autre héros qui remplit la même fonction est Her- qu’il la dépose dans l’île de Naxos, la plus abondante
cule, Héraklès en grec. Il tue également un grand et la plus belle, de peur de créer une guerre entre le
nombre de monstres: il étouffe le lion de Némée, tue royaume de Minos et Athènes.
l’hydre de Lerne, capture la biche de Cérynie aux sa-
bots d’airain et aux cornes d’or, il tue les oiseaux du lac • Dionysos est le dieu de la vigne, du vin et de ses excès
Stymphale aux plumes d’airain, il dompte le taureau ainsi que du théâtre et de la tragédie. Il est le fils de
crétois de Minos, il capture les juments mangeuses Zeus et de la princesse thébaine Sémélé; alors qu’elle
d’hommes du thrace Diomède, il vainc le géant aux est enceinte de lui, sa mère meurt, foudroyée par Zeus
trois corps, Géryon. Ces exploits font partie de ses – pour prouver à ses sœurs qu’elle était enceinte de
douze travaux. ses œuvres, elle lui avait demandé de se manifester
à elle par son attribut, le foudre. Zeus extrait le fœ-
tus du cadavre de Sémélé et se le fait coudre dans la
cuisse, où il finit sa gestation. Une fois né, il est placé
en Thrace, auprès de Nymphes et du satyre Silène, aux
oreilles pointues et doté de jambes de bouc et d’une
queue de cheval, pour qu’il échappe à la vengeance
d’Héra. Il reste toujours un dieu errant. Il passe par
Naxos lors d’un de ses nombreux périples.
• Thésée veut faire la guerre aux Amazones pour faire
comme Hercule. Hercule avait volé la ceinture d’An-
tiope, reine des Amazones, pour l’offrir à la fille d’Eu-
rysthée, dans le cadre de ses douze travaux. C’est pré-
cisément d’Antiope que Thésée tombe amoureux lors
de l’expédition; il l’épouse et en a un fils, Hippolyte.

91
• Dans le cortège de Dionysos, l’humble monture
questions sur l’image p. 1 2 9
qu’était l’âne au-dessus du lit à baldaquin a fait place
à un char triomphal que tirent deux animaux fabuleux
Histoire de Thésée à corps de cerfs et à têtes de serpents. Le dieu tient
en main son thyrse, un bâton entouré de feuilles de
et d’Ariane lierre, et porte une couronne de feuillage. Les trois
• On voit Thésée une seule fois: devant, sur la gauche éléments composant son cortège comportent des
du tableau, où il entraîne Phèdre, malgré les hésita- connotations de joie et d’amour. D’une part, il est ac-
tions que trahit son attitude, vers le bateau dont les compagné de satyres, reconnaissables à leurs jambes
voiles sont carguées. L’armure de Thésée est toujours de boucs et pour certains à leurs cornes. D’autre part,
noire, tout comme la voile de son bateau, que l’on voit deux instruments de musique sont représentés, une
plusieurs fois: devant en bas à gauche, puis en haut à sorte de trompe et un tambourin, qui faisait effective-
gauche, quittant Naxos, et une troisième fois en haut ment partie de l’attirail des Bacchantes, des femmes
à droite, lors de son arrivée à Athènes. Il a toujours sa inspirées par Dionysos. Enfin la vigne, les grappes, le
voile noire, que Thésée a oublié de changer, ce qui ex- vin, des récipients se trouvent auprès de presque tous
plique le suicide d’Egée, que l’on aperçoit se précipiter les personnages.
de la tour ronde, à droite.
Ariane, par contre, apparaît quatre fois. Une première comprendre l’image antique p. 1 3 1
fois (tout à gauche), emmenée par Thésée, puis (au apprendre à regarder
centre à gauche), dormant encore, confiante et dé-
tendue, dans le somptueux lit à baldaquin. Puis (en 1. La représentation se trouve à l’intérieur d’une coupe
haut à gauche), sur le rivage, appelant éplorée le ba- vue ici de face (exactement les mêmes groupes de
teau en train de s’éloigner. Une quatrième fois enfin à figures sont représentés à l’extérieur du vase). Le vase
droite du tableau: le cortège de Dionysos se dirigeant circulait lors de banquets et on ne voyait le fond de sa
vers elle, le mouvement principal du tableau tend vers coupe qu’après l’avoir vidée. Sa forme convient bien
elle. Il ne s’agit plus de la sage princesse du début: sa à la représentation du cycle des exploits de Thésée
robe flottante est transparente, elle n’a plus son jus- qui, de Trézène à Athènes, débarrasse l’Attique de ses
taucorps, ses pieds sont nus, ses cheveux étalés sur brigands et de ses monstres (la situation de l’action
ses épaules; le mouvement de ses mains indique à est marquée par quelques arbres et rochers). En par-
la fois la surprise et l’émotion qu’elle ressent à l’arri- tant de la scène à neuf heures: la laie de Crommyon,
vée du dieu. A la différence de Thésée, qui disparaît la lutte contre Cercyon, Procruste découpé sur un lit,
et dont l’armure tout comme le bateau restent noirs, le combat contre Sciron (rocher et tortue), le taureau
Ariane occupe une place grandissante et finit par ac- de Marathon et enfin la mort de Sinis (écartelé par
céder au bonheur, comme le montre le changement un arbre). Le médaillon de la coupe met en évidence
du style de ses habits. Elle se métamorphose en sui- l’épreuve la plus importante, celle qui libère les Athé-
vante de Dionysos, en ménade. niens du joug de Minos et des Crétois: la mise à mort
Noter que les représentations d’Ariane éplorée et du Minotaure. On pense évidemment à Héraclès et
d’Ariane sur le point d’être sauvée par Dionysos se ses douze travaux, supplanté à l’époque classique par
répondent, tout comme se répondent les représen- Thésée, le héros de la démocratie athénienne (repré-
tations de Dionysos enfant et Dionsysos en triomphe. senté par ailleurs plusieurs fois dans la pose du groupe
• Le personnage essentiel de cette deuxième partie de sculpté des Tyrannoctones qui se trouvait dans l’agora
la peinture est Dionysos, Bacchus en latin. On le voit d’Athènes: Thésée semblable à Harmodios lorsqu’il
une première fois au-dessus du lit, gros adolescent combat Sciron et à Aristogiton face à la laie de Crom-
joufflu monté sur un âne. A cause de sa naissance myon).
particulière, l’art antique représente souvent Dionysos 2. Le peintre a utilisé l’espace circulaire de la coupe et
enfant; l’âne est un animal fréquent dans les cortèges a juxtaposé, sans séparation, les exploits du cycle de
dionysiaques. On voit Dionysos une seconde fois dans Thésée, qui ne suivent pas un ordre chronologique ou
une procession (thiase) bachique qui occupe presque géographique, mais qui semblent converger vers le
toute la partie droite du tableau. principal haut fait du héros libérateur. Cela ressemble
plutôt à un catalogue de travaux. L’effet est différent
sur le sarcophage où l’histoire est linéaire, progressive
et d’un style expressif. Les images de la coupe font
aussi penser aux métopes d’un temple (voir l’Hephaïs-
téion, en fait le Théséion, d’Athènes).

92
3. Le mosaïste s’est concentré sur le motif de Thésée Sur la coupe, le labyrinthe est représenté par une par-
et du Minotaure, inséré dans un grand labyrinthe qui tie d’édifice (colonne dorique) et il est suggéré par les
constitue à la fois le lieu de l’action et un décor géo- méandres du décor à droite du médaillon. Le labyrinthe
métrique. La mosaïque, qui caractérise en principe des englobant l’ensemble de la pièce de la mosaïque a va-
pièces de réception, se trouvait sans doute dans un tri- leur de décor géométrique. Il n’est pas représenté sur la
clinium. Des lits étaient installés autour de la mosaïque scène du vase attique à figures noires.
pour le repas.
4. La position de Thésée et du Minotaure (schéma ico-
nographique) est à chaque fois différente, mais le hé-
suggestions bibliographiques
ros est toujours en position de vainqueur, dominant le
Minotaure qui se trouve avec un genou à terre (posi- C. Calame, Thésée et l’imaginaire athénien, Lausanne
tion typique du vaincu). On peut remarquer l’absence 1996.
d’Ariane sur la coupe et la mosaïque.

Un couple romain,
Fresque de Pompéi p. 136

Un couple mystérieux
Le descriptif de la fresque précise: L’homme (Teren-
tius Neo) tient un rouleau de papyrus, sa femme des
tablettes et un style, signes de leur condition sociale.
Pour donner un nom à ce couple, ou du moins au
mari, les archéologues se sont fondés sur des inscrip-
tions trouvées tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la Le portrait de Terentius et de sa femme, peint sur
maison où on a trouvé cette fresque. une paroi du tablinum, est, malgré la tension de la
C’est ainsi que le personnage est nommé tantôt Pa- pose et le manque de naturel, d’une vérité profonde
quius Proculus, tantôt Cuspius Pansa, tantôt Terentius et humaine et d’une merveilleuse fidélité physiono-
Proculus, tantôt Terentius Neo. Si c’est le nom de Te- mique. Nonobstant le rouleau de papyrus sur lequel
rentius Neo que nous retenons, c’est seulement parce s’appuie le menton, les traits vigoureux et communs,
qu’il figure sur une inscription trouvée à l’intérieur de le front bas, les pommettes saillantes, les grosses
la maison. Les inscriptions de l’extérieur pourraient lèvres, les cheveux raides et la moustache clairse-
n’être que des graffiti de campagne électorale. mée trahissent les origines paysannes du boulanger.
Dans le portrait de la jeune boulangère, d’une taille
Terentius Neo a probablement été boulanger, et un
plus basse et plus mince, le visage délicat et ovale
boulanger prospère, élu duumvir.
est animé par le regard des grands yeux: une naïve
Voici ce que dit de ce couple le grand archéologue coquetterie de femme a su leur donner, même dans
italien Amedeo Maiuri (Pompéi, éd. Istituto Geografico l’effort de la pose, une vivacité et une intensité d’ex-
De Agostini, Novara, 1966, p.128): pression que n’a point le regard fixe du mari.

93
questions sur l’image p. 1 3 7

Sarcophage en marbre
• On distingue quatre scènes.
1. Assise, la mère allaite son nouveau-né, sous les
yeux du père, accoudé devant elle.
2. Le père tient son fils dans ses bras: ce geste d’affec-
tion rappelle l’acte symbolique du tollere infantem
(soulever l’enfant), par lequel le père reconnaît un
enfant et l’accueille dans la famille.
3. L’enfant joue: il conduit un chariot tiré par un bélier.
4. Bras droit levé dans un geste de déclamation, de-
bout, l’enfant récite sa leçon à son père, assis, qui
l’écoute avec attention, comme le montre le men-
ton dans sa main (on trouve la même attitude dans
la première scène). Noter que le père et l’enfant ont
chacun un volumen roulé à la main, symbole de la
culture et du niveau social élevé de la famille.
questions sur l’image p. 1 3 8
• Dans chaque scène, on retrouve l’enfant: dans la pre-
mière scène, il est entouré de son père et de sa mère;
dans la deuxième et la quatrième, il est en compagnie Le Brenn et sa part
de son père; dans la troisième, il est seul avec un bé- de butin, Paul Joseph Jamin
lier.
1. C’est Brennus, le chef de l’offensive gauloise contre
• Le sarcophage donne de la famille romaine une image Rome. Son attitude est celle d’un conquérant convain-
idéalisée: la mère nourrit elle-même son enfant, le cu de sa supériorité qu’exprime sa moue.
père s’occupe personnellement de son éducation et
2. On retrouve deux éléments: la taille et les armes. Le
de son instruction, se chargeant de lui transmettre «la
positionnement de Brennus dans l’embrasure de la
discipline des ancêtres», le mos majorum.
porte augmente visuellement la grandeur du person-
• L’enfant devait avoir environ sept ans au moment de nage; le casque ailé, quant à lui, devait impressionner
sa mort, l’âge auquel on commence à étudier de ma- les Romains.
nière «raisonnée».
3. La présence de sang sur le seuil de la porte et des
tatouages sur l’avant-bras de Brennus accroissent
encore le sentiment d’effroi, tout comme la couleur
rousse des cheveux et la moustache.
4. En arrière-plan on distingue un temple, probablement
le temple de Jupiter sur le Capitole à Rome.
5. Brennus fait penser à Astérix. Le dessinateur Albert
Uderzo, dans ses représentations d’Astérix et d’Obé-
lix, a conservé le casque à ailettes, la moustache, les
tresses, les cheveux roux, l’épée. Dans l’iconographie,
ces éléments sont caractéristiques du Gaulois. Dans
la bande dessinée en revanche, leur portée a changé:
Astérix n’est plus un monstre, mais un petit rusé sym-
pathique.

94
Chronologie  p. 146-147
La rubrique «Chronologie» recouvre la période comprise que, si la littérature grecque se développe au fil du temps
entre 750 et 350 av. J.-C («Rome des origines à l’invasion jusqu’à devenir abondante aux Ve et IVe siècles, la litté-
gauloise»): figurent dans ces deux pages les principaux rature latine, elle, est tout simplement inexistante. Le
événements mentionnés dans les textes de lecture du seul texte écrit est un texte de lois, nommé «Loi des XII
manuel. L’élève pourra en tout temps s’y référer pour si- Tables» (451-449). La couleur bleue, qui se retrouve pour
tuer dans le temps tel ou tel fait dont il a lu le récit et le les XII Tables et tous les auteurs grecs, devrait souligner
replacer dans son contexte chronologique. Ces indica- ce phénomène.
tions devraient lui permettre aussi d’acquérir une vision Dans les chronologies des deux prochains volumes, les
d’ensemble des principaux faits liés à la Royauté et aux auteurs grecs disparaîtront au profit des auteurs latins.
débuts de la République. C’est ce que nous souhaitons faire apparaître tout au
La partie inférieure du tableau («Quelques repères his- long de cette vaste chronologie qui s’étendra sur les trois
toriques hors de Rome») peut paraître un peu maigre: volumes.
on n’y trouve que des auteurs grecs, avec un vide entre
Hésiode (VIIIe – VIIe s.) et Sophocle (496-406). C’est in-
tentionnellement que nous n’avons pas souhaité y faire
figurer d’autres noms. Nous avons voulu montrer ainsi
Rome

Lavinium

ch Ro no lo gi e
Albe
Troie
on de Troie
Vers 1180 destructi ge, enée parvient
en Italie
après un long voya

e
R o Mne où il fonde Lavinium

Vers 1152 Fondation


légen daire d’alb e par ascagne, fils d’ené
e


des origi Rois légendaires d’alb
e
lius, chasse son frère num itor Athènes

l’invasion gauloise
Le dernier roi, amu e naissance
une vestale; elle donn
et fait de Rhéa Silvia
us, fils du dieu Mars
à Romulus et Rém

350
360
370
380
390
400
daire de Carthage

410
420
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814 Fondation légen

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630
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avant J.-C.
650
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700
710
720

445-440
730
740
750

507

Porsenna, m, re;
roi étrusque de Clusiu Création de la censu ge
753

assiège Rome autorisation du maria iens


plébé
Horatius Coclès –
Mucius entre patriciens et
Royauté
daire
InS tauRatIon de La Scaevola – Clélie

406-396
Fondation légen
451-449

de Rome
509

494

Guerre
Rédaction de la loi de dix ans
616

;
Sécession de la plèbe des XII Tables contre Véies
s
création des tribun par les décemvirs
RoI S éTR uSq ueS
de la plèbe
534

SaB InS
RoI S l aTI nS eT
579

alT eRn anC e de Tarquin


641

le Superbe
673

Servius Tullius est


Tarquin l’ancien La RépuBLIque
715

InStauRatIon de
poussé au trône par Construction ue,
ancus Marcius dernier roi étrusq
Tullus hostilius prend le pouvoir tanaquil, l’épouse du temple de Tarquin le Superbe
numa Pompilius Fondation à la mort d’ancus
Romulus Les Horaces et d’ostie de tarquin Jupiter. Junon, est chassé de Rome
organisation de
390

enlèvement les Curiaces Construction du Circus Création des Minerve sur le


la religion avec Construction
449

Maximus Capitole
des Sabines les conseils d’egér
ie destruction d’albe du pont centuries militaires
La cloaca maxima Viol de Bataille d’allia;
Les albains Sublicius Construction :
s’installent sur permet de créer d’une muraille Lucrèce lois Horatiae-Valeriaepatriciat prise de Rome
le forum reconnaissance par
le par les Gaulois
le Caelius autour de Rome de Brennus
du tribunat de la plèbe

Rome
historiques hors de
Quelques repères
500)
SICILe (VeRS 800 - VeRS
L’ItaLIe et de La 06) 22)
Cque du Sud de
SoPhoCle (496-4 aRISToTe (384-3

CoLonISatIon GRe uSque (VeRS 700 - VeRS


300) héRodoTe (484-4
25)

CIVILISatIon étR
70)
hIPPoCRaTe (460-3
85)
aRISToPhane (445-3
PlaTon (427-347)
hoMèRe (VIII s.)
e
e
s.)
héSIode (VIII - VII
e
350
360
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630
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670
680
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ANNEXES
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730
740
750

ANNEXES
146

95
REMERCIEMENTS des auteurs
Nos remerciements vont à M. Ivan Brahier, graphiste et illustrateur, qui, avec son collaborateur M. Christophe Kaser,
a assuré la conception graphique et la mise en page de cet ouvrage.
Nous remercions également M. Nicolas Ryser, chargé de Mission Moyens d’enseignement et MITIC au Département de la formation,
de la jeunesse et de la culture (DFJC) de l’Etat de Vaud, qui s’est chargé de la tâche de recherche et acquisition des droits iconographiques.
Sans eux la publication de cet ouvrage n’aurait pas été possible.

Crédits photographiques
Page Crédit photo Page Crédit photo Page Crédit photo

Couverture et page 1 The Brooklyn Museum 33 Rue des archives/AGIP/Jean Cocteau/ 63 Wikipédia / Jastrow
©2012 Prolitteris Zürich 67 BnF
8 Wikipédia / Marie-Lan Nguyen 34 Ulysse Desom 72 Wikipédia
10 Wikipedia 34 Ulysse Desom 73 Andy Norris
11 Somerset County Museum, Taunton Castle, UK / 36 Barbara McManus 76 Wikipédia
© The Bridgeman Art Library 37 DR
77 Wikipédia
15 Erich Lessing Culture and Fine Arts Archive 40 Frajola/DR
41 Wikipédia / Matthias Kabel 77 Wikipédia
16 Google Art Project
16 Wikipédia / Postdif 41 Künker/ DR 78 École nationale supérieure des beaux-arts,
41 Andrea Jemolo/Scala, Florence Paris / photo Jean-Michel Lapelerie
17 Wikipédia / Pascal Radigue
19 Ulysse Desom 45 Photo Scala, Florence - courtesy of the 79 Ulysse Desom
20 Collection Dagli Orti/Château de Blois/ Ministero Beni e Att. Culturali 79 © Musées d’Angers, cliché Pierre David
Gianni Dagli Orti 45 Ulysse Desom 79 Ulysse Desom
21 Somerset County Museum, Taunton Castle, 48 FMR 82 Wikipédia / Ulrich Mayring
UK / © The Bridgeman Art Library 51 Ulysse Desom / DR 87 Wikipédia / Rosemania
23 DR 51 Monolabe 92 Avenches /Musée romain
24 BnF 56 www.photos-galeries.com / Frédéric Valdes 93 Photo Edward Quinn, © edwardquinn.com
27 DeAgostini Picture Library/Scala, Florence et Pierre-Emmanuel Malissin 95 Wikipédia / Jastrow
28 Photo Scala, Florence - courtesy
58 Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero 97 Wikipédia / Olivierw
of the Ministero Beni e Att. Culturali
Beni e Att. Culturali 98 Erich Lessing Culture and Fine Arts Archive
29 © Leeds Museums and Art Galleries (City Museum)
UK 59 Reproduced with the permission of QA 98 © RMN / DR
International, www.ikonet.com, from the book
30 Photo Scala, Florence
“The Visual Dictionary”. © QA International, 2003.
32 Dalbera
All rights reserved

Impressum
Coordination / Edition / Droits iconographiques: Impression: CADEV (centrale d’achat de l’état de Vaud)
M. Nicolas Ryser Editeur: © 2012. Etat de Vaud-DFJC-DGEO, Diffusion CADEV

Création et réalisation graphique:


M. Ivan Brahier, graphiste-illustrateur, www.ruedunord.ch

96
CHAPITRE 4 I
CADEV 71129
7e VD/ 9e HarmoS

ISBN 978-2-607-00151-2

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