Linéarisation au Sens des Moindres Carrées d’un
Système Non Linéaire Excité – Application à une
Jonction Non Linéaire de Type Josephson
M.F. Bendahmane1, T. Benouaz2, N. Ghouali2
Université Abou Bekr Belkaid-Tlemcen
B.p 119, Tlemcen R.P. 13000, Algérie
Résumé–– Le but de ce travail est d’appliquer une On applique la méthode de dérivation optimale
procédure de linéarisation optimale à un système introduite par Arino–Benouaz [12, 13, 16, 18, 15], et
physique non linéaire excité. on fait une comparaison à partir de l’erreur
Nous présentons une étude d’un circuit quadratique entre le système non linéaire et
électronique non linéaire excité et ou la non l’application linéaire optimale obtenue [20].
linéarité provient de la présence d’une jonction de
type Josephson. II. PROBLEMATIQUE
Mots clés–– Système non linéaire – E.D.O – Considérons le système d’équations différentielles
Dérivée optimale – Excitation – Jonction ordinaires non linéaires de la forme
dx
°
Josephson.
® dt
F x t ,u t
°̄ x 0 x0
I. INTRODUCTION (1)
Une classe d’équations différentielles ordinaires non
linéaires est celle caractérisant le comportement des ou
circuits électroniques. Parmi l’infinité de x x1 , , x n la fonction inconnue,
dépendances temporelles possibles, les circuits en u u1 , , u n représente l’excitation qui peut être
régime libre et les circuits avec excitation sinusoïdale
constante (continue), ou variable en fonction du temps
jouent un rôle important.
(source sinusoïdale),
Les systèmes en régime libre servent surtout à
f f1 , , f n est une fonction définie dans un
certain ouvert : , à valeurs dans IRn.
modéliser le comportement des circuits en l’absence
de signaux. C’est l’état d’équilibre du circuit avant
qu’il ne soit excité par un signal de durée finie et le En l’absence de toute excitation ( u t 0 ) le système
retour à l’état d’équilibre après l’injection de celui-ci. est au point d’équilibre.
Les systèmes avec excitation sinusoïdale modélisent Nous avons les hypothèses suivantes :
surtout des circuits de distribution d’énergie H1) F 0,0 0 .
électrique et des circuits de transmission de signaux
Lipchitz J .
H2) F est continue, Lipchitzienne, de constante de
modulés. Une des caractéristiques les plus
V DF x
importantes du comportement d’un circuit est sa ou
^z : Re z 0` pour tous x z 0 , dans un
ses solutions de régime. La solution de régime est H3) Le spectre est contenu dans
surtout dictée par le comportement asymptotique des l’ensemble
sources qui dépendent du temps. voisinage de 0, où D F x existe.
On s’intéresse, dans cette étude aux systèmes
Le problème que nous nous posons peut être traduit
physiques modélisant des circuits électroniques avec
comme suit :
excitation qui sont en général décrits par des systèmes
– Trouver une équation différentielle ordinaire
d’équations différentielles ordinaires non linéaires de
linéaire de la forme
dx ~
la forme
dx ° Ax Bu
°
~
® dt
® dt °̄ x 0 x0
F x t ,u t (2)
°̄ x 0 x0
1
Laboratoire de Télécommunications
2
Laboratoire d’Automatique
1
condition que les fonctions *A x et *B x soient
approchant l’équation non linéaire (1) aux mêmes Les matrices A et B sont définies et uniques à
³0
conditions initiales et telle que la fonctionnelle
F x t ,u t A x t B u t
f 2 inversibles.
G A ,B dt (3)
soit minimale. F x t ,u t étant comme au-dessus, IV. PROCEDURE DE CALCUL
et A , B M n IR n à déterminer.
~ ~
A. Schéma de la procédure de la dérivée optimale
Le problème ainsi posé est de type optimisation au Le schéma de la procédure de la dérivée optimale est
sens des moindres carrés, le but étant de chercher à donné dans le diagramme suivant
remplacer l’équation initiale non linéaire par une
équation linéaire. Cela veut dire : chercher à faire une
approximation de la solution du système (1) par celle
de (2). La minimisation de la fonctionnelle G A, B
par rapport à A et B se fait par rapport à des solutions
régime quand t o f .
issues du point initial et tendent vers la solution de
III. FORMALISME
La minimisation de la fonctionnelle G A, B est
obtenue en calculant la différentielle par rapport à A
et B. cette minimisation nous permet de calculer les
~ ~
³
matrices optimales A et B , telle que
f Ax t Bu t
° DG A D 2 0
° F x t , u t ,D x t
dt
®
³
° DG B E 2 f Ax t Bu t
(4)
° F x t , u t ,E u t
Figure.1. Schéma de la procédure de la dérivée optimale
¯
dt
0
pour toutes matrices D et E , en particulier pour les B. Procédure de calcul.
On va utiliser le calcul précédant de manière itérative.
°D l ,m 1 ; D ij 0
matrices telle que
® si i , j z l ,m
On suppose que les matrices successives Aj et Bj sont
°̄El ,m 1 ; Eij 0 ^z : Rez 0` . Les matrices initiales A0 et B0 sont
(5) de type stable, leur spectre est contenu dans
³ >x t @>x t @T dt
Après calculs [16,18], et en posant
respectivement les matrices Jacobienne de F en x0 ou
°*A x
f DF(x) existe, et en u0 ou DF(u) existe. x0 étant la
°
³ >u t @>u t @T dt
0 condition initiale et u0 représente l’excitation à
°*B u
f l’instant t = 0.
°
³ >u t @>x t @T dt
°
Considérons le système (1)
dx
0
°°I A u , x °
f
® dt
F x t ,u t
®
> x t @>u t @T dt
°̄ x 0 x0
³
0
°I B x , u
(6)
f
°
°
³ >F x t ,u t @>x t @T dt
0 Première étape
°<A x ,u A 0 DF x 0
f
Calcul de ®
°
¯ B0 DF u 0
°
³ >F x t ,u t @>u t @T dt
0
°¯<B x ,u
f
0 Deuxième étape
Calcul de A1 et B1 à partir de la solution de l’équation
dx
on obtient
A * A x B ) A u , x < A x ,u ° A0 y t B0 v t
® ® dt
¯ A ) B u , x B *B u < B x , u °̄ y 0 x 0
(7) (9)
Ce qui nous permet d’avoir les matrices A et B, tel
° A >< x ,u B I u , x @>* x @1 e A0t x 0 ³ e t s
que qui s’écrit sous la forme suivante
t A0
®
°̄ B ><B x ,u A I B x ,u @>*B u @1
A A A
yt B0 v s ds (10)
(8) 0
³0
en minimisant la fonctionnelle
F y t ,v t A y t B v t
f 2
G A ,B dt . (11)
2
A1 et B1 sont déterminées de manière unique par le C’est un circuit présentant deux variables d’état (la
IL ) et dont le caractère non linéaire provient de la
système d’équations (8), où x est remplacé par y et chute de tension vC aux bornes de la capacité et le flux
v(t) étant l’excitation à l’instant t.
On voit ainsi que mis à part les matrices initiales, les présence d’une jonction dite de Josephson qui est en
matrices déterminées par la procédure ne sont pas les fait équivalente à une inductance non linéaire. Le
i I 0 sin K I
matrices Jacobienne de F en un point donné. Par la courant qui passe à travers cette jonction s’écrit
suite, il est nécessaire que les conditions du début de (16)
ou I représente le flux, k=4Se/h est la constante de
cette étude soient satisfaites à chaque pas. Si nous
supposons que cela est vrai alors, la procédure
Josephson, e est la charge de l’électron et h la
marche comme suit
constante de Plank.
Troisième étape Les lois de Kirchhoff relatives aux nœuds et aux
Pour calculer Aj à partir de Aj-1 et Bj à partir de Bj-1, on
> @ > @
mailles du circuit nous donnent les équations d’état
doit d’abord résoudre le système suivant
dx
suivantes
° A j 1 y t B j 1 v t ª º
® dt ° dvC 1«
I »
°̄ y 0 x0 °° dt C«
s »
(12)
R v I sin K i t
® «¬ »¼ (17)
C 0 L
°
iL
° d I L vC
³ e
On notera yj la solution de l’équation (12) qui s’écrit
°¯ dt
A j 1 t t t s A j 1
yj t e x 0 B j 1 v j s ds (13)
0
et vj est l’excitation à l’instant t. On considère que la capacité C est chargée
³0
La minimisation de la fonctionnelle initialement par une tension vC0 , et donc les
F y j t ,v j t A y j t B v j t
f 2
vC0 , I L0
G j A, B dt conditions initiales de ce système non linéaire sont
10,0 (18)
(14)
> @ ³ > @>y j t @T dt º» >* y @1
C 1 F R 0.25 :
conduit à Les paramètres choisis dans le circuit sont
ª f
°A « 0 F y j t ,v j t
° j « »
I0 1 K 1 (19)
cos 100 S t A
° ¬« B j I v j , y j ¼»
j
> @ ««³0 >F y j t ,v j t @>v j t @ dt »» >* v j @1
®
is t
° ª f º
x vC et y I L
On pose
° Bj
T
(20)
°
¯ ¬« A j I y j ,v j ¼»
alors le système (17) s’écrit, en tenant compte des
valeurs des composants du circuit, sous la forme
dx
°° dt 0.25 x sin y u t
(15)
~ ~
®
Si les suites Aj ,B j convergent, alors A,B
° dy x
x0 , y0 10 ,0 (21)
°¯ dt
représentent la dérivation optimale de F x t ,u t au
point x 0 , u .
et ou u(t) représente l’excitation :
is t H t >cos 100 S t @ H t
V. APPLICATION 1
ut (22)
On présente dans cette section une application C
relative à la procédure de la dérivée optimale d’un H(t) étant la fonction Heaviside.
système d’équations différentielles ordinaires non L’excitation u(t) est représentée dans la figure (3)
linéaires avec excitation. 2
Celle-ci va nous permettre d’illustrer par des courbes
et de comparer par un calcul d’erreur quadratique, les Excitation u (t)
résultats obtenus. 1
On considère, pour cette application, le cas d’un
système physique modélisant un circuit électronique
simple. Soit le circuit suivant 0
u (t)
iL
-1
is(t) R Jonction
C
Josephson
-2
-10 0 10 20 30 40 50
Temps (s)
Figure.2. Circuit électronique avec Figure.3. Evolution de l’excitation u(t)
une jonction non linéaire au cours du temps
3
En appliquant la procédure développée auparavant , COMPARAISON
et après 6 itérations ( H 10 6 ), le système linéaire Dans cette partie, nous allons comparer les résultats
obtenus à partir d’un calcul d’erreur quadratique.
ª x º ª 0.26157 0.51985º ª x º ª 1 0 º
optimal s’écrit
Le calcul de l’erreur quadratique se fait en utilisant la
« » « » « » « »ut
¼ ¬ y ¼ «¬ 0 0 »¼
relation suivante
¬« y ¼» ¬
¦ x t ~y t
1 0 n 2
(23) Er (24)
n 1
Les figures (4) et (5) représentent les composantes
x (t) représente la solution du système non linéaire,
respectives x t , y t de la solution des systèmes ~y t représente la solution du système obtenue à partir
(21) et (23) en fonction du temps. La figure (6)
de la dérivée optimale.
représente le plan de phase x t , y t .
La figure (7) représente l’erreur quadratique en
fonction du temps.
Courbe (1): Solution du système non linéaire
10 Courbe (2): Solution du système linéaire
0,06
Erreur Quadratique
Erreur Quadratique
x (t)
5 0,04
1
2
0,02
0 10 20 30 40 50
Temps (s) 0,00
0 10 20 30 40 50
Figure.4. Variation de la solution x(t) en fonction Temps (s)
du temps pour les conditions initiales (x0,y0) = (10,0) Figure.7. Erreur quadratique en fonction du temps
du système non linéaire (21) par rapport au système
50 linéaire optimal (23)
Courbe (1): Solution du système non linéaire
Courbe (2): Solution du système linéaire
40
On remarque que la solution donnée par la dérivée
optimale est du même ordre de grandeur que celle
30 1 donnée par l’équation non linéaire. Elle permet
2
y (t)
d’amener le système après excitation, de sa position
20
d’équilibre vers son point de fonctionnement (ou
solution de régime). Ceci est attesté par l’étude de
10 l’erreur quadratique qui atteint son maximum au
Cette erreur devient trop petite quand t t 30 s c’est à
temps t = 13 s, 5.73% et reste donc petite.
0
0 10 20 30 40 50
Temps (s) dire quand les solutions atteignent le point de
Figure.5. Variation de la solution y(t) en fonction fonctionnement du circuit électronique.
du temps pour les conditions initiales (x0,y0) = (10,0) A ce niveau la solution du système non linéaire est
presque confondue avec celle du système linéaire
optimal.
50
Courbe (1): Solution du système non linéaire
Courbe (2): Solution du système linéaire VI. CONCLUSION
40
L’exemple exposé montre que l’approximation
30
1 obtenue par dérivation optimale donne des résultats
satisfaisants par rapport aux résultats exacts tout en
y (t)
20 respectant la dynamique du problème initial.
2 Nous remarquons bien que les solutions obtenues
t o f .
10 convergent toutes vers la solution de régime quand
-2 0 2 4 6 8 10
x (t)
Figure.6. Plan de phase pour les conditions initiales
(x0,y0) = (10,0)
4
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