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BIBLIOTECA NAZIONALE
CENTRALE FIRENZE .
THÉRAPEUTIQUE
MAGNÉTIQUERÈGLES DE L'APPLICATION DU MAGNÉTISME
A L'EXPÉRIMENTATION PURE ET AU TRAITEMENT DES MALADIES ;
SPIRITUALISME , SON PRINCIPE ET SES PHÉNOMÈNES
PAR
M. LE BARON DU POTET
ISME
HU
NET MA
MAG IN
CONNAISTOI
A PARIS
CHEZ L'AUTEUR , RUE CAUMARTIN , 13
DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR TRUCHY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Palais-Royal, Galerie d'Orléans , 13 boulevarddes Italiens, 26
GERMER - BAILLIÈRE , LIBRAIRE-ÉDITEUR
Rue de l'École-de-Médecine, 17
1865
1.8.256
THÉRAPEUTIQUE
MAGNÉTIQUE
Édition enrichie de Gravures au trait
par M. RAMBERT
PARIS.- IMPRIMERIE A. WITTERSHEIM
Rue Montmorency, 8.
THÉRAPEUTIQUE
MAGNÉTIQUERÈGLES DE L'APPLICATION DU MAGNÉTISME
A L'EXPÉRIMENTATION PURE ET AU TRAITEMENT DES MALADIES:
SPIRITUALISME , SON PRINCIPE ET SES PHÉNOMÈNES
PAR
M. LE BARON DU POTET
TISME HU
MA GNE MA
IN
CONNAIS TOI
NA
A ZI
T EC A
A PARIS FIRERE
CHEZ L'AUTEUR , RUE CAUMARTIN , 13
DENTU , LIBRAIRE-ÉDITEUR TRUCHY , LIBRAIRE - ÉDITEUR
Palais -Royal , Galerie d'Orléans , 13 boulevard des Italiens, 26
GERMER- BAILLIÈRE , LIBRAIRE- ÉDITEUR
Rue de l'École-de-Médecine, 17
1863
INTRODUCTION
C'est une chose étonnante que le mépris
fréquent des hommes intelligents pour
les petits commencements des grandes
choses
PARKER.
Il y a quarante et quelques années que j'aperçus, pour
la première fois, les phénomènes magnétiques ; j'éprouvai
alors un singulier frisson dont mon organisation fut ébran-
lée et je me dis : Si ces phénomènes sont vrais, si surtout
l'imagination n'y joue qu'un rôle secondaire, si enfin on
peut soumettre à une étude rationnelle ces manifestations,
il doit en résulter à coup sûr une révolution dans les
sciences et plus tard dans l'humanité. Bientôt moi-même
produisant de mes mains et de ma pensée tout ce que
j'avais vu produire par d'autres personnes, j'eus des in
2 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
somnies ; je ne pouvais en croire mes sens, et ma raison
ne pouvant expliquer ni me faire comprendre ces divins
enchantements, je restai confondu.
Quoi! me dis-je , la science reste muette à la vue de
tant de richesses, et la nation trompée ne sait pas même
qu'une force mystérieuse qui peut venir en aide à la mé-
decine, guérir ou soulager les maux, a été découverte ; on
ignore jusqu'à l'existence en nous d'un pareil don de la
Providence ! Et je me mis à réfléchir, à chercher com-
ment, par quel moyen on pourrait arriver à faire pénétrer
dans les croyances la réalité des saisissants phénomènes
du magnétisme, et faire entrer dans la science, de gré ou
de force, la vérité méconnue.
Ma détermination pour arriver à ce but fut complète,
entière ; je vouai ma vie à l'accomplissement de ce projet :
aujourd'hui je me loue d'avoir ainsi fixé mes idées à un
âge où rien n'est sérieux encore, où la maturité de la raison
ne se montre point. En réfléchissant sur ce passé, en me
rappelant les luttes, les combats qu'il me fallut soutenir,
j'ai cru souvent qu'un bienfaisant génie m'avait inspiré et
qu'il m'avait empêché de faillir : les tristesses de mon esprit
ne durèrent jamais qu'un moment, elles étaient bientôt
remplacées par une indicible joie. Cette joie était-elle due à
des encouragements ? non, je n'en recevais point, au con-
traire. Venait-elle d'une illusion produite par des rêves de
fortune? non encore. Captivé par l'étude, je ne voyais que
les créations sublimes dont j'étais l'instrument : le démon
seul inspire de mauvaises pensées et produit à nos yeux le
INTRODUCTION. 3
séduisant mirage de la richesse, afin que les vices qu'elle
engendre viennent corrompre l'âme pour la rendre im-
propre aux grandes choses; - c'est donc par une autre
voie que je reçus cette sorte de baptême qui purifie et
ennoblit les actions.
Un jour, si l'on veut bien se souvenir de moi, en résu-
mant les travaux que j'ai accomplis on se demandera si
un homme a pu faire tant de choses sans être soutenu,
encouragé, sans se montrer jamais fatigué ; on se de-
mandera la cause de cette persévérance et l'on cherchera
sans doute aussi la source d'où cette force m'était venue,
ce qui enfin m'avait donné cette foi robuste qui ne me
quitta jamais. Pour deviner ma vocation, il faudra se placer
à mon point de vue et avoir éprouvé le charme que cau-
sent les choses jusque-là inconnues des mortels ; - j'étais
plus émerveillé que le voyageur qui arrivant dans un pays
lointain contemple avec ravissement les productions d'un
sol où tout est nouveau et luxuriant. Revenu un peu de
mon étonnement, je m'interrogeais sans cesse pour ne
point admettre d'erreur, et me rendre capable un jour de
peindre et de transmettre la vérité : je me préparais ainsi
à remplir dignement le vœu que j'avais formé de la faire
pénétrer partout, ainsi que les procédés qui avaient servi à
asseoir mes convictions. Ce n'était point seulement les
faits que je me promettais de dévoiler, mais surtout les
bienfaits de cet art nouveau.
Je ne dirai point et mes impuissants efforts près des
hommes de science, et mes démonstrations sans résultat
4 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
près des médecins, et l'inutilité d'abord de mes nombreux
appels au public : le monde semblait être sourd et aveugle
pour moi. Je ne désespérai jamais néanmoins ; ces luttes
même trempèrent mon âme et donnèrent à mon caractère
une fermeté que je n'eusse peut-être jamais eue sans elles.
Si mes nombreuses tentatives n'eurent pas toujours le
succès immédiatement apparent que je recherchais, elles
ne furent pas inutiles cependant, elles préparèrent pour un
avenir prochain le triomphe du magnétisme, de cet agent,
si longtemps méconnu, qui est appelé à faire tant de bien
aux hommes. Aujourd'hui cette semence a germé dans des
intelligences d'élite et rapporté des fleurs et des fruits dé-
licieux ; mais le peuple qui ne reçoit jamais que de faibles
rayons des connaissances humaines, qui n'a ni le temps,
ni les moyens de les recueillir et de jouir de leurs bienfaits,
n'a point été à mon gré assez pénétré de cette vérité ; car
le magnétisme, cette découverte providentielle, semble
avoir pour mission de lui donner ce qui lui a toujours
manqué, un moyen naturel, simple, facile de soulager ses
misères , de devenir en peu d'instants médecin sans aller
aux écoles publiques et de le pénétrer en même temps
d'une philosophie douce et consolante, autant que merveil-
leuse dans son principe. En effet tous les hommes sont
sensibles aux œuvres de bien, leur cœur s'émeut sans qu'il
soit besoin de discours et de paroles pour agir sur leurs
sentiments, leur horizon même s'agrandit, tout ce qui est
abject déplaît par la simple comparaison de ce qui est bien
avec ce qui est mal. Le magnétisme plus que toute autre
INTRODUCTION. 5
découverte agit ainsi sur tous ; il évoque tout ce qu'il y a
de nobles passions chez les êtres, il tire de leur assoupisse-
ment les facultés de l'âme qui étaient endormies et fait
vivre d'une double vie tous ceux qui s'en pénètrent.
Non, ce n'est point un vain songe, les résultats sont
tels que je les dépeins et j'ai mille témoignages irréfraga-
bles qui prouvent tout ce qu'il y a de moralisant au fond
de cette vérité bien comprise. La voyez-vous au séjour de
la douleur y portant la joie et l'espérance, calmant les
maux et éclairant l'esprit ! La voyez-vous, révélant à
l'homme le plus ignorant le pouvoir divin que Dieu a mis
en lui, comme en toute créature, et l'appelant à une fra-
ternité universelle basée non sur une utopie ou sur des lois
humaines, mais sur une loi divine qui se révèle dans le
moment même où l'homme, étendant la main pour soula-
ger son frère, donne une petite partie de sa vitalité à celui
qui souffre et pour lequel la nature s'était montrée avare.
Oh ! que de joies et de délices nous entrevoyons ! Quel
lien puissant va resserrer les hommes entre eux, quelle
harmonie s'établira lorsque tous les hommes sauront qu'ils
peuvent mutuellement se venir en aide et rétablir des
sympathies que les intérêts ont détruites ! Oui ce qui a
divisé les hommes, fait naître l'égoïsme, ruiné la morale,
c'est l'ignorance des divins préceptes du Christ, de ce
grand moralisateur et guérisseur dont la vie ne fut jamais
comprise, ni les œuvresjamais imitées ! Pourtant il avait dit :
Crois et étends les mains sur les malades et ils guériront !
S'il ne parla point d'école de médecine, de pharmacie ,
6 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
de médicament, c'est qu'il voulait par là apprendre aux
hommes à tirer tout d'eux-mêmes sans craindre d'épuiser
jamais la source de leurs bienfaits. Oui, c'est une loi ab-
solue que la vie seule peut donner la vie, et c'est en vain
que la science en s'en écartant a cherché à la remplacer.
Ses efforts impuissants sont là pour attester le néant des
conceptions humaines, lorsque l'esprit s'éloigne du prin-
cipe même qui constitue les êtres. Bientôt on verra la plus
grande partie des maux qui affligent les hommes dispa-
raître de la terre, lorsque les hommes se pénétrant de leur
pouvoir sauront en user.
Les maux ne sont terribles que parce que l'on ne sait
pas en arrêter le premier effet, et qu'on laisse ainsi les dé-
sordres se perpétuer par l'ignorance où l'on est de l'exis-
tence d'un agent qui guérit. Quand au premier cri d'un
être souffrant, un ami, un parent, un étranger même dira
à la douleur : « arrête- toi ! » la douleur s'arrêtera. Pour
concevoir une telle possibilité il faudra, nous le savons, en
démontrer des milliers de fois l'évidence, conduire la main
de l'incrédule sur le siége même des douleurs d'autrui,
appeler tous ses sens à constater le travail réparateur que
la nature commence immédiatement au moment même où
l'agent béni pénètre dans les chairs .
Mais sans plus nous étendre sur une vérité si grande et
qui recevra tout à l'heure sa sanction, nous renvoyons le
lecteur aux démonstrations raisonnées que nous allons en
faire sous ses yeux, afin qu'ayant les moyens de procéder
qui nous ont servi à acquérir une conviction inébran
INTRODUCTION. 7
lable, il puisse lui-même, par de simples efforts de volonté,
provoquer la nature à des actes ostensibles qui donnent la
mesure de son pouvoir lorsqu'on sait l'aider dans ses opé-
rations, et des chefs-d'œuvre qu'elle peut accomplir quand
on augmente sa puissance.
Cet ouvrage n'a rien dé commun avec tous ceux qui ont
vu le jour jusqu'ici touchant la médecine, les annuaires
de santé, les manuels d'hygiène, les moyens de se guérir
soi-même et cent traités différents qui n'ont à nos yeux
qu'une valeur secondaire quoique écrits dans l'intention
de faire du bien aux hommes. Toutes leurs pratiques
basées sur l'action des remèdes, sur les vertus de quel-
ques-uns d'entre eux ramènent, par conséquent, à la mé-
decine des écoles ; nous n'en dirons ni bien ni mal. Nous
avons pour nous une pensée plus élevée, nous voulons en-
seigner un art plus efficace et plus simple où les médica-
ments, s'ils n'en sont point bannis, n'occuperont plus que
le second rang. Nous n'emploierons pas les termes consa-
crés par la science pour peindre les maladies et leurs
ravages ; notre langage aura cette simplicité qui ne de-
mande pour être comprise que le bon sens et l'intelligence
commune. Plaise à Dieu que ce que nous allons écrire de-
vienne l'évangile du peuple ! un bien immense sera réalisé
et nous aurons rempli notre mission, accompli notre vœu
le plus cher, payé notre dette à l'humanité.
Qui que tu sois, forgeron, mécanicien , laboureur,
soldat, marchand, bouvier, etc... prends ce que nous
allons te donner, cherche à te pénétrer des principes que
8 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
tu vas lire et utilise-les. N'envie point l'or du riche, ni la
science du médecin, ni l'une ni l'autre ne peuvent rien
pour soulager tes misères physiques ni celle des êtres que
tu chéris : le bien le plus précieux, c'est la santé; à quoi te
servirait l'or si tu ne peux faire usage de tes bras, la
science du médecin, si elle ne peut faire cesser la débilité
de tes organes? Les parolesde consolation que l'on t'appor-
tera dans tes souffrances seront toujours impuissantes, si
l'on ne sait en même temps faire pénétrer en toi la vie qui
donne seule la joie et la santé. Imitele jardinier près d'une
plante qui s'étiole et va périr brûlée par le soleil, vois-le
verser cette eau fécondante qui, enhumectant la terre, pro-
duit une nouvelle séve et fait revivre ainsi, contre toute
espérance, ce qui allait périr : -il est le vrai médecin des
plantes de son jardin et pour tout ce qui souffre n'emploie
que le même remède.
Souviens-toi que ton organisation recèle le principe de
toutes choses, que ce qui te soutient n'est qu'un fluide dont
la privation donne la mort et dont la présence donne la
vie. Souviens-toi que la nature n'a pas besoin d'auxiliaire
sans doute quand elle est assez forte d'elle-même ; mais
lorsqu'elle défaille il lui faut l'élément qui lui manque pour
rétablir le jeu des organes et la santé.
Apprends donc à répandre avec abondance ce fluide ré-
générateur ; verse-le sur celui qui souffre, qui languit , et
tu verras de suite ses bienfaits. Si tu n'attends pas trop
tard pour accomplir cette œuvre, tu verras la mort s'enfuir
à ton approche et la séve humaine reparaître dans les par
INTRODUCTION . 9
ties desséchées ou brûlées par les matériaux subtils qui
avaient envahi et pénétré le corps du malade ; tu verras
celui-ci te tendre les bras, t'appeler, se plaindre de ton
absence lorsqu'il aura une fois senti circuler en lui ce
bienfaisant magnétisme. Une douce sympathie t'attachera ,
t'entraînera vers lui, tu sentiras que tu es maître de sa
vie et qu'il ne t'est plus permis de l'abandonner. Va, va ,
crois-moi, si tu m'écoutes et suis mes enseignements, ton
cœur se dilatera et tu comprendras que tu as en toi quel-
que chose de la divinité .
Laisse rire ces raisonneurs insensés qui chercheront à
te détourner de cette œuvre de bien, ne prends pas garde
aux discours de ces savants Esculapes qui, ne sachant
point se guérir eux- mêmes, cherchent pourtant à s'imposer à
toi comme ministres de la santé. Montre-toi sourd à tous ces
commérages, à ces interprétations vulgaires nées de l'igno-
rance, comme à ces erreurs de la foule et à ces sermons
menteurs par lesquels on chercherait à rendre odieuse à ton
esprit la pratique la plus sainte en la présentant comme sug-
gérée par Satan, comme si l'agent du mal pouvait réaliser
un bien, comme si Dieu avait trompé sa créature en lui
révélant les moyens de se conserver ! Écoute les sentiments
seuls de ton cœur et bientôt ton intelligence éclairée te
donnera la force que tu cherchais, l'énergie qui tout à
l'heure te manquait. Approche-toi résolument de l'être
souffrant, ne lui demande pas de croire en ta puissance,
sois sans orgueil, sans vanité, car ce que tu vas donner
tous les hommes le possèdent , - Dieu n'a point accordé
10 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
de priviléges en ce genre, il nous a tous pétris du même
limon et de ce limon, chez tous, s'extrait la force que tu
vas dépenser. -
En faisant ainsi le bien, tu mériteras
qu'un jour il te soit fait de même, tu recueilleras selon
que tu auras semé.
A chaque instant tu vois disparaître d'auprès de toi de
jeunes êtres pour lesquels la science a été stérile ; tu vois
les épidémies faire tomber avant le temps ces épis humains
sans qu'ils aient eu le temps nécessaire pour répandre
autour d'eux la vie qu'ils ont reçue ; tu vois les hôpitaux
se remplir de malheureux que la mort va également saisir ;
que ce spectacle soit toujours présent à ton esprit, afin
qu'il te fasse comprendre que ces désastres sont dus à
l'ignorance des hommes, à l'incapacité des savants et non
pas à la nature qui n'en fut pas seule coupable. Tout te
1
dira bientôt, si tu te recueilles, qu'un remède à tant de 1
maux doit exister, et que, dans son incurie, la science l'a
cherché où il ne pouvait être. Ne maudis pourtant aucun de
ces hommes, car ils furent comme tous victimes de leur
art mensonger et de leurs fausses vertus.
Ne cherche point par ta parole à défendre la vérité
près de ces sophistes, laisse parler les faits, produis-les
nombreux sans chercher à sonder les secrets de la nature,
car cela ne peut t'appartenir d'abord : Dieu pour ceci a
fait des privilégiés, il a créé le génie qui conçoit, l'intelli-
gence qui rassemble et coordonne les faits et en trouve la
loi. Aie la simplicité des apôtres, hommes du peuple
comme toi, et sans nulle science, ils enseignaient les
INTRODUCTION. 11
moyens de bien faire sans pour cela se croire des savants ;
ils touchaient et guérissaient les malades comme leur Maî-
tre, nul d'entre eux cependant ne se crut son égal.
Peu à peu tu acquerras les connaissances nécessaires ,
tu agiras avec méthode; petit à petit on te croira et tu
verras se grouper autour de toi non-seulement ceux qui
souffrent, mais tous ceux qui ont un cœur compatissant :
Ainsi se sont répandues les diverses croyances qui ont
fondé la morale et tiré les hommes de l'abject sensualisme.
Les heures écoulées dans la débauche, les forces dé-
pensées à des jeux inutiles peuvent devenir fécondes si tu
sais et veux les employer autrement : on te verra plus sou-
vent au chevet des malades, et fuyant désormais les lieux
où s'éteint la raison, où s'épuise la vie, ton organisation
recevra un plus parfait développement.
Ah! sans doute on ne te parla jamais ainsi, et pour te
détourner d'un chemin fatal on ne sutpoint en appeler à ta
dignité et te révéler tes hautes destinées. On te parla de
liberté , d'indépendance.... On t'apprit à mépriser cette
voix secrète qui parle à tous et cherche à faire comprendre
à l'homme que, passager sur cette terre, il n'est grand que
par le bien qu'il fait, qu'il a une autre destinée, qu'il ne
s'appartient même point , mais que tout appartient au
Créateur de toute chose, et que tout ce que nous en avons
reçu doit lui être remis. On t'a tenu dans une complète
ignorance sur une science innée qui se répand aujour-
d'hui , et que toi-même constateras bientôt dans le som-
meil que tu sauras faire naître , sommeil où des êtres
12 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
sans science acquise révéleront ce qui est nécessaire à tes
besoins et aux leurs, tout ce qui peut suffire enfin pour t'é-
clairer et accomplir ta destinée. Puis d'innombrables phéno-
mènes résultant de ton action et de ta pensée persévérante
t'éclaireront sur l'infini qui nous environne, sur la vanité
des sciences qui prétendent égalerla puissance du Créateur.
Si mon langage n'est point pour toi persuasif, si tu re-
fuses de marcher dans la voie que je t'indique, tu resteras
ce que tu es, aveugle : la nature jamais ne te fera com-
prendre ses divines harmonies. Exploité par tous les char-
latans , trompé par tous les faux savants, tu t'achemineras
vers le fossé où tous font la culbute, sans rien savoir de la
vie, disparaissant sans laisser un souvenir.
Quoi qu'il en soit, je vais te dévoiler des inystères se-
crets, une science dont s'honoraient les hommes les plus
illustres de l'antiquité, que recherchaient les chefs suprê-
mes des empires. Tu sauras si tu veux dans un instant ce
que nos savants ignorent, ce que nos prêtres refusent
d'apprendre, ce qui enfin se pratiquait dans les temples et
fut reçu comme un présent de la divinité.
Tous les écrits sur la philosophie nous apprennent bien
peu sur la vie et sur l'âme, la pensée va plus loin ; un divin
instinct nous avertit que ce que la raison nous représente
comme mort est animé, vit de sa propre vie, et que, de
plus, rien ne périt. Le magnétisme, par sa vivante action ,
par les prodiges que celle-ci détermine, fait présager que
ce monde va sortir de ses incertitudes touchant l'âme et
son immortalité .
INTRODUCTION . 13
Philosophes, vous cherchiez l'agent qui, dans toute la
nature, imprime le mouvement et donne la forme aux
êtres ? Il est trouvé, nous le possédons enfin. Vous deman-
diez si la vie humaine n'était qu'un accident, et la mort le
néant ? Le magnétisme vous répondra désormais en faisant
reparaître l'Esprit, cette pure essence que vous croyiez
matière et périssable, sous la forme même que Dieu lui a
donnée et qu'elle doit toujours conserver, car c'est une
loi. Vous demandiez où commençait la vie? Elle ne com-
mence pas, elle se continue; — la source n'en tarira pas
plus que celle qui donna naissance à l'immensité des
mers .
Vous demandiez si nous étions avant de naître ? Cette
question sera bientôt résolue. Si nous serons après la
mort ? Les morts vous toucheront du bout de leurs doigts
pour vous avertir et vous convaincre qu'ils sont autour de
vous, qu'ils peuvent communiquer avec vous-mêmes.
Vous demandiez à ce monde inconnu de se révéler ma-
tériellement comme si la chose était possible ? Ce monde
est venu parmi nous et s'est joué des lois que vous aviez
établies touchant la matière et sa gravitation : les meubles
les plus pesants ont été enlevés de terre et soutenus dans
l'espace, sans qu'on ait pu saisir les mains invisibles qui
rompaient ainsi des lois que vous croyiez certaines et im-
muables.
Vous demandiez si l'Intelligence était en dehors de la
vie ? Des musiciens invisibles se sont fait entendre sur des
instruments qui servaient à vous exercer vous-mêmes ; et,
14 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
chose plus merveilleuse, sur des instruments que l'on
n'apercevait point.
Dans votre orgueil de vivant, vous croyiez que les
morts ne pourraient rien sur vous, que votre moi, votre
personnalité était inattaquable? C'est un jeu pour eux de
briser les ressorts de votre machine et de vous courber
comme un roseau.
Philosophes, vous demandiez aux morts des preuves
évidentes de leur venue parmi nous, en insultant à leurs
inânes, en vous moquant de la crédule antiquité ? En Amé-
rique, en France, en Angleterre, des phénomènes nou-
veaux attestent que nos pères étaient plus savants que
nous : les morts n'ont pas grand souci des savants et de nos
myopes académiciens, ils ne sont plus solliciteurs de croix
ni de pensions ; ils se rient des commissions d'enquête, de
leurs attestations; ils laissent les savants dans leurs illu-
sions , dans le bourbier d'où ils sont sortis eux-mêmes ,
pour ne rien changer sans doute aux brillantes destinées
qu'ils se promettent, pour ne point détruire leur éphémère
et vaine immortalité ; car, semblables à des locomotives,
ils passent laissant seulement leur fumée.
Vous vouliez que les morts comparussent devant vous
comme d'humbles sujets devant leur roi ? il fallait qu'ils
s'inclinassent devant votre impuissance pour justifier de
leur identité ? S'ils ne sont pas en tout semblables à nous,
les morts n'en ont pas moins leur orgueil ; nous ne pou-
vons les contraindre, ils choisissent leur moment et font ce
qui leur plaît ; - mais ils ont des sympathies, ils obéissent
INTRODUCTION. 15
à de mystérieuses attractions dont on ignore l'existence ;
et si la terre est notre domaine, l'espace est leur royaume.
De loin comme de près, pénétrant nos pensées , secondant
nos désirs, ils pénètrent chez nous avec éclat ou y entrent
sans bruit . Tous ne sont pas bons, il s'en faut de beau-
coup; plusieurs sont vantards, espiègles ou menteurs, -
peut-être de leur vivant furent-ils tenus pour des savants.
Souvent ils donnent de funestes conseils, font de fausses
prophéties ; cela prouve, à n'en pas douter, qu'ils vécu-
rent parmi nous, mais qu'en nous quittant ils emportèrent
et nos misères et nos passions : par l'affranchissement de
la matière ils n'avaient conquis que la liberté !
Mais que vient conter ce rêveur hébété ? vont dire nos
savants et tous leurs satellites. Nous prend-il pour des
enfants à qui on peut, comptant sur leur crédulité, lire les
Mille et une Nuits ?...- Celui qui écrivit ce livre en savait
plus que vous, et s'il berça l'enfance par ses enchante-
ments, remise entre vos mains la jeunesse fut flétrie ; car
vous ne sûtes jamais deviner ses destins : sans doute des
esprits méchants et jaloux du bonheur des humains sont
entrés dans vos corps, en ont durci le cœur, altéré le cer-
veau; et, vous faisant mouvoir à leur guise, vous incul-
quant de fausses croyances , à leur instigation vous avez
adoré des fétiches impuissants et chassé devant vous les
-
génies bienfaisants qui voulaient vous éclairer ; VOS
mains n'ont-elles point allumé les bûchers qui les firent
avant le temps remonter vers le ciel ?
Un insecte presque gélatineux peut entrer dans le bois
16 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
le plus dur, aller jusqu'à sa moelle, en corrompre l'es-
sence et parvenir bientôt à le faire périr. Ainsi font parfois
les esprits mauvais, car c'est bien par eux et sur leur
mauvaises inspirations que vous préparâtes la ciguë que
but Socrate ; car c'est par eux sans doute encore et sur
leurs conseils que Jésus fut mis en croix. Oui, c'est vous ,
toujours vous qui, en proie au même délire, pesiez de tout
votre poids sur les épaules de Galilée pour qu'il se mît à
genoux ! Qui jeta au vent les cendres de Jeanne d'Arc ?
Vous, ou des frères en proie à la même domination, ou
dont l'éducation vous avait été confiée.
Mais sans aller aussi loin chercher les preuves de vos
méfaits, c'est vous qui avez laissé Képler mourir dans la
pauvreté, qui avez jeté Ramus par les fenêtres de sa
propre maison.
et contraint Mesmer de quitter sa patrie
,
pour venir à Paris subir de votre part une nouvelle et
plus cruelle ignominie.
Oui, ce monde est incité par de mauvais génies : vous
ne le croyez pas maintenant, bientôt vous n'en douterez
plus. Vos édifices religieux crouleront sur vos têtes , car
inspirées par vos savantes leçons , les générations qui
s'avancent auront l'esprit troublé : voilà ce que voient et
disent les bons esprits, ceux- là même dont vous niez l'exis-
tence et dont je ne suis en ce moment que l'écho plaintif
et impuissant. Oui, de vos palais on forcera l'entrée, mais
ne vous plaignez point, ces insensés auront tous été vos
écoliers !
INTRODUCTION . 17
Semblable au romancier dont l'esprit trop fécond s'égare
dans des rêves, et qui se laisse aller au charme de ses
pensées, sachant bien cependant qu'un délire passager
altère sa raison, j'aime à parcourir au delà de notre terre
des horizons sans fin, à peindre l'inconnu, à saisir en
passant les vérités premières, tout ce qui enfin exalte la
foi et le sentiment !
A ma colère, aux sombres pensées qu'elle m'inspire ne
croyez point..... Tout est bien sur cette terre.... , tout est
beau ! j'ai grand tort de soutenir le contraire ; nos savants
sont des demi-dieux depuis qu'ils ont saisi la foudre, et
s'ils n'étaient cléments, ils pourraient me frapper ! Devant
leur savoir je m'incline donc, je ne suis qu'un ignorant.
Mais non, la feinte ne m'est point permise; ce que j'ai
dit plus haut comme vrai,je le maintiens. Je n'exige point
que l'on me croie ; mais nul d'entre les mortels ne dé-
truira ma croyance.
Au milieu de la foule je marche et nul ne m'aperçoit, ni
à mes idées ne donne appui. Comme à tous la vie me fut
donnée, comme tous j'avais une destinée, je la remplis. Je
suis tristement mon chemin entendant les chants de
l'orgie , le son des cloches qui appelle l'humble à la
prière et le riche aux somptueux festins ; voyant les villes
se parer comme pour un jour de fête, les savants en hon-
neur, la Bourse illuminée, l'opulence partout ! ... De ce
bonheur je ne suis point jaloux ; non, la richesse n'est pas
ce que j'envie, ma seule jouissance gît dans la vérité.
2
18 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Notre but en publiant cet écrit, où tant de phénomènes
extraordinaires reçoivent une sorte de consécration, est
d'amener ceux qui le liront à faire quelques tentatives pour
s'éclairer sur la réalité des sciences occultes et à avancer
ainsi en philosophie en se séparant des écoles qui n'offrent
rien qui puisse les guider dans cette étude. Ici, nul n'est
récusé, chacun a le pouvoir, dans une certaine mesure, de
s'assurer par lui-même qu'il y a plus de vérités dans ce
monde que la science officielle n'en révèle, que l'âme a des
propriétés qui, mises en lumière, peuvent servir à l'homme
de flambeau et le guider dans des voies nouvelles propres
à le tirer de son enfance et de son matérialisme. Alors il
abandonnera certainement les préjugés de la foule igno-
rante, les sophismes des savants pour voir, débarrassée du
prisme trompeur à travers lequel il l'a considérée jusqu'ici ,
la nature telle qu'elle est.
S'il nous suit, il découvrira encore en lui une médecine
plus parfaite, plus sûre que celle de nos docteurs, et le
moyen de faire du bien à ses semblables sans leur faire
courir le risque de la vie en les empoisonnant par des
drogues. Et poussant plus loin ses recherches, il pourra
parvenir jusqu'à découvrir l'existence de lois supérieures à
celles qui régissent la matière et qui placées en dehors de
nos sens, sont pourtant accessibles à l'esprit.
Nous osons promettre à celui qui suivra cette route des
émotions douces et consolantes, des résultats inattendus ;
car c'est peut-être la seule science qui agisse sur l'esprit
INTRODUCTION . 19
sans le fatiguerjamais, en lui montrant toujours de nou-
veaux horizons .
Est-ce la foi en nous que nous demandons à nos lec-
teurs ? Non. Est-ce dans un intérêt particulier que nous
sollicitons son attention ? Non encore. Notre seul but,
c'est d'inciter les amants de la vérité à des recherches qui
ont fait notre joie et dont les résultats nous ont soutenus
dans les épreuves de la vie.
Nous avons donné à cet ouvrage une forme insolite, le
temps ne nous a pas permis de faire autrement. Nous
n'eûmes jamais les loisirs qui permettent la recherche de
la forme, le choix des pensées, la distribution coordonnée
des immenses matériaux que des années d'observation ont
mis entre nos mains. J'ai mieux aimé publier un livre in-
complet que de laisser dans l'oubli des faits importants et
des moyens d'expérimentation qui peuvent être d'une
grande utilité pour les hommes moins versés que moi dans
la pratique du magnétisme.
Eût-il été prudent à moi de ne rien publier touchant les
faits de spiritualisme ? Peut-être. Ma situation était diffi-
cile, les uns voulaient me faire entrer pleinement dans
cette nouvelle voie ; les autres, esprits plus positifs, me
voyaient avec chagrin m'occuper de ces matières et par
conséquent placer la base du magnétisme sur un terrain
trop mouvant. Mais quand des phénomènes se touchent,
quand il y a liaison, identité, ils appartiennent nécessaire-
ment au même principe ; car la nature n'emploie jamais
deux moyens différents pour arriver à un même but. Pour
20 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
être agréable aux uns j'aurais dû cacher la moitié de la vé-
rité ; mais en taisant ainsi ce que je savais, on aurait pu
croire que j'étais étranger à tout ce qui se faisait ou se pu-
bliait d'un autre côté, ou que dans un intérêt quelconque
je conservais volontairement une sorte de neutralité, tout
impossible qu'elle puisse être ; je n'ai point hésité à parler.
Modérant l'ardeur des uns, encourageant les autres à
poursuivre leurs recherches, j'ai été témoin de combats
sans fin sans pouvoir concilier des croyances si diverses ;
aujourd'hui même encore, plusieurs de nos amis n'aper-
çoivent que le spiritualisme pur dans les faits qu'ils déter-
minent ; d'autres, croyant également avoir raison, attri-
buent tout au magnétisme. Tout étourdi de ce bruit et ne
pouvant attendre que du temps la conciliation des opi-
nions, fatigué de cette lutte, j'ai résolu de dire toute ma
pensée, quelque tort que cela puisse me faire aux yeux de
plusieurs : ce que j'aime surtout, c'est la franchise et les
aveux sincères. On verra que je ne cèle rien, que j'aborde
avec résolution l'étude de tout ce qui s'est présenté à moi
avec une sorte d'évidence : ce sera un mélange de faits
appartenant à tous les ordres ; j'y parlerai médecine, je
traiterai de la philosophie et des sciences occultes, de tout
ce qui enfin est passé sous mes yeux pendant une longue
suite d'années.
J'aime à croire qu'il y aura quelque profit à lire cet
écrit ; car je suis persuadé qu'il contient le germe des plus
grandes vérités .
Je renonce à m'appuyer sur les œuvres d'autrui , sur
INTRODUCTION . 21
les arguments que je pourrais tirer de cinq cents volumes
déjà publiés et qui contiennent par milliers les preuves
irrécusables non-seulement de l'existence de la force ma-
gnétique, mais de ses bienfaits évidents. Je veux d'abord
tracer les règles d'une application rationnelle de l'agent
nouveau au traitement des maladies, et rendre la pratique
de cet art facile et générale. Mon but n'est point la dis-
cussion, je la bannis d'ici. La vérité n'a point à se dé-
fendre, elle est ou n'est pas ; si elle est, elle se prouve
d'elle-même.
Ce pouvoir simple et naturel que tous les hommes peu-
vent exercer résulte d'une propriété appartenant en propre
à leur organisation et que nul ne peut détruire ; elle est
parce qu'elle est: comme la lumière et l'électricité, comme
l'aimant et le galvanisme. C'est à la bien connaître, à en
distinguer tous les produits, que l'on doit tendre. Sans
cette connaissance le vague , l'incertitude qui pèse sur
l'esprit ne permet point , quelque intelligence qu'on ait
d'ailleurs , une marche assurée.
Je sais peu sans doute, mais ce que je sais pouvant être
utile, je vaís le dire pour indiquer aux autres hommes le
chemin qui mène au succès. S'il est vrai que la santé soit
un bien, s'il est vrai que l'amour du prochain doive être re-
cherché, le magnétisme peut produire l'un et l'autre : il
peut guérir et inspirer le dévouement. Si la croyance en
l'immortalité de l'âme humaine est une bonne chose, le
magnétisme fournit des arguments presque sans répli-
que. Donc, si les hommes recherchent une lumière pure
22 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
qui puisse les guider et leur faire aimer la vie, le magné-
tisme la leur offrira . Ils trouveront dans cette étude un
aliment pour leur âme, un excitant pour élever leur pensée,
un instrument presque divin avec lequel ils pourront réa-
liser des œuvres tellement merveilleuses qu'ils ne pourront
les dépeindre.
C'est avec la simplicité du langage, avec des mots con-
nus de tous que je rendrai mes pensées, car je sais que
je vais écrire pour des hommes étrangers la plupart au lan-
gage scientifique dont sesert le petit nombre. Me rendre clair
et compréhensible, tel est mon but ; j'espère y parvenir.
Le magnétisme rend la tâche difficile, car il est occulte,
mystique de sa nature ; il exigerait un vocabulaire à part,
vocabulaire qui n'est point fait, mais qui se fera avec le
temps.
La nature a son langage, il est dans les phénomènes
qu'elle détermine qui ont tous une signification. Elle parle
ainsi à l'investigateur, c'est à lui de comprendre. S'il n'a
point de pénétration, cette richesse devient stérile ; s'il
comprend, il fait sa science et peut devenir habile : la mé-
decine elle-même n'est qu'une science d'observation. Évi-
ter des tâtonnements, une perte de temps toujours regret-
table, placer le magnétisme à un point de départ fixe,
inattaquable, c'est, je crois, rendre service à la pratique
magnétique, aux gens qui jusqu'à ce jour ont cherché un
guide qu'ils ne pouvaienttrouver dans des œuvres éparses,
ni dans leurs propres observations.
Mon ouvrage est écrit surtout en vue d'une thérapeuti
INTRODUCTION. 23
que nouvelle, en vue de l'art de guérir les maladies sans
l'emploi de remèdes matériels, par les seules forces de la
nature, par l'agent magnétique. Tout ce que je pourrai
dire en dehors ne sera que hors d'œuvre dont on pourra
prendre ou laisser; je n'y attache moi-même qu'une im .
portance secondaire.
Ici je laisse de côté l'histoire de la découverte du ma-
gnétisme, les luttes qu'il a soutenues avant de se faire ad-
mettre comme fait. Tous ces matériaux intéressants ont été
recueillis et conservés. Plusieurs auteurs les ont déjà pu-
bliés par parties ; mais ils attendent encore le génie spé-
cial qui doit les coordonner et en même temps réhabiliter
tous les serviteurs de la vérité, tous ceux qui ont souffert
pour elle.
Loin de moi la prétention de régler les destinées du ma-
gnétisme et du spiritualisme ! J'ai fait mon œuvre de ma-
chine magnétique bien organisée ; j'ai produit des faits
innombrables appartenant aux deux ordres de phénomè-
nes : ma destinée était sans doute bornée à ce rôle d'ins-
trument, c'est en vain que j'essaierais d'aller plus loin ,
l'intelligence me ferait sans doute défaut.
FIN DE L'INTRODUCTION
Le seul moyen d'apprendre est de causer avec soi-même, de
discuter le vrai et le faux des choses, le pour et le contre, de sé-
parer ce qui est bon de ce qui est mauvais, de ruminer enfin l'ali-
ment qui est entré en nous par les sens : notre science se fait ainsi.
Heureux donc ceux qui ont des loisirs, s'ils ont un esprit juste, ils
peuvent beaucoup acquérir : l'estomac vide est peu favorable à ce
genre d'exercice, il peut produire le trouble de la raison ; l'estomac
trop plein ne produit que des rêves. Entre ces deux extrêmes, l'es-
prit fait son office.
Parmi ceux qui ont beaucoup ruminé se trouvent les grands rai-
sonneurs, les penseurs profonds, ceux qui font les bons livres et les
révolutions.
THÉRAPEUTIQUE
MAGNÉTIQUE
LA FORCE MAGNÉTIQUE
Patience et persévérance!
Le fluide magnétique ou éther est une hypothèse qui
nous sert à expliquer tous les phénomènes que notre pensée
détermine.
L'existence de cet agent est, parmi les magnétistes, sou-
mise à une controverse en tout semblable à celle que pro-
duit chez les savants et les physiologistes l'hypothèse d'un
fluide nerveux. Si l'on s'étonne que nous ne soyons pas
d'accord entre nous , magnétistes , qui ne faisons que
commencer à analyser et à synthétiser le produit de nos
observations, combien plus doit-on s'étonner de voir les
26 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
savants se disputer comme au premier jour sur l'existence
du principe même des mouvements, le fluide nerveux !
Pour nous faire comprendre, nous donnons ici un ex-
trait d'un travail remarquable sur ce sujet dû à M. Paul
Rémusat ; on le trouvera en entier dans la Revue des
Deux-Mondes, dernier numéro d'octobre 1859 .
« De tant d'observations , d'expériences , de guérisons,
d'une étude si attentive des propriétés des nerfs, de tous
ces faits et de tous ces livres, que conclure sur la nature
même de l'agent nerveux? Une conclusion même est-elle
possible ? Nous n'avons pas prétendu faire une histoire des
nerfs et nous avons négligé pour le moment bien des no-
tions et bien des phénomènes sur la volonté , sur les mou-
vements associés instinctifs, automatiques, volontaires , sur
les relations de l'âme et du corps qui peuventjeter quelque
jour sur cette question. Cependant l'agent nerveux a été
trop souvent nommé pour qu'une explication de ces mots
ne soit pas nécessaire, pour que nous ne soyons pas obligé
de dire ce qu'ils signifient ou même s'ils signifient quelque
chose. Il ne s'agit ici ni de l'union de l'âme et du corps,
ni de la formation des idées, ni de la volonté, mais simple-
ment de la cause immédiate de la contraction des muscles.
L'énumération de tout ce qu'on sait là-dessus et de tout
ce qu'on ignore serait longue; mais sans la tenter, serait-
il possible de définir l'agent, le liquide, le fluide pondéra-
ble ou impondérable que transmettent, dit-on, la volonté
ou la sensibilité? On sait que le sang est poussé dans les
artères et revient par les veines ; on connaît la lymphe et
FORCE MAGNÉTIQUE . 27
son mouvement : a-t-on des notions aussi précises sur la
substance des nerfs? Ceux-ci même sont-ils de petits tubes,
ou simplement des fils analogues aux conducteurs d'un
télégraphe électrique ? Quelle différence physique ou chi-
mique existe enfin entre l'agent de la sensibilité et celui de
la motricité ?
► Quelques physiologistes ont cru que la volonté fait
vibrer les fibres nerveuses, et que cette vibration transmise
de proche en proche vient pour ainsi dire secouer le muscle
et exciter en lui une propriété inconnue qui le fait con-
tracter . Dans cette hypothèse , on n'explique ni la cause,
ni l'effet de la vibration; à peine est-il besoin de la réfu-
ter . Les nerfs sont mous et lâches, et leurs vibrations
comme celles d'une corde non tendue se transmettraient
mal ou ne se transmettraient pas ; sans cesse les objets de
nos sensations nous seraient imparfaitement représentés,
jamais ils ne nous apparaîtraient nettement et les mouve-
ments n'auraient ni rigueur ni précision. Quant aux es-
prits animaux, imaginés par les anciens pour être créés
par le cerveau et envoyés dans toutes les parties du corps ,
il n'est pas même nécessaire de les nommer. Il pourrait y
avoir un liquide sécrété par l'encéphale et coulant d'une
façon intermittente dans les petits tubes qui constituent les
nerfs. Le liquide viendrait donner aux muscles la sensibi-
lité, qu'il transmettrait au cerveau par un mouvement de
flux et de reflux, comme le sang nourrit toutes les parties
du corps ; mais même si les nerfs sont des tubes, le liquide
qu'ils doivent contenir est inconnu : ils ne semblent pas
28 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
d'ailleurs remplis à un moment plutôt qu'à un autre. Le
cerveau n'a ni la forme ni la structure des organes de sé-
crétion et le liquide dont il est entouré ne semble pas avoir
sur les phénomènes de la vie une influence bien déterminée.
Magendie l'avait considéré autrefois comme le régulateur
des mouvements et ses dernières expériences lui ont prouvé
qu'il devait renoncer à lui attribuer même cette fonction.
» L'analogie entre la rapidité du principe actif des nerfs
et celle de l'électricité, les intermittences de son action, les
lois de sa propagation ont identifié pour bien des savants
les deux fluides. Après la découverte du galvanisme, le
doute n'a presque plus semblé permis : sur un cadavre
même, les excitations galvaniques font contracter les mus-
cles et toutes les parties du corps ; la chair, les nerfs et les
os sont sans cesse chargés d'électricité ; on a cru voir que
les aiguilles enfoncées dans la chair devenaient magnéti-
ques. Wilson. Philipps a tenté de faire digérer un animal
vivant, auquel il avait coupé les nerfs vagues, en galvani-
sant le bout des nerfs, et il a cru réussir ; un observateur a
vu l'aiguille de la boussole s'agiter sous l'influence de la
volonté seule comme s'il y avait eu par ce seul fait déga-
gement d'électricité : on ne peut dire que cette explication
n'expliquerait rien puisqu'on ne connaît pas la nature in-
time de l'électricité, que ce serait simplement mettre un
nom à la place d'un autre et qu'attribuer deux phénomènes
à une cause ce n'est point connaître cette cause : les scien-
ces ne peuvent avoir d'autre but que de classer les phéno-
mènes, de réduire le nombre des forces.
FORCE MAGNÉTIQUE . 29
>> Newton a certainement expliqué la cause du mouve-
ment des astres en l'identifiant avec la pesanteur. Le jour
où M. Regnault achèvera de démontrer clairement la
transformation de la chaleur en force mécanique, il aura
fait une grande découverte.
>>Malheureusement le cerveau ne produit pas plus d'élec-
tricité qu'un autre organe et les nerfs ne sont pas bons
conducteurs. Quoique ces expériences soient difficiles, on
a cru voir que le principe nerveux va plus lentement que
le fluide galvanique ' . Les nerfs ne sont pas entourés d'une
enveloppe isolante; ils peuvent perdre la faculté de faire
contracter les muscles et conserver celle de conduire l'élec-
tricité. Quelquefois même le mouvement volontaire survit
Haller calculait que cette vitesse était de 9,000 pieds par minute,
ce qui n'est pas très-considérable auprès de la lumière etde l'électri-
cité. Sauvage croyait à 324,000 pieds et un autre physiologiste à plus
de 57 millions de pieds par seconde, mais c'étaient des conjectures et
non des expériences . Valentin avait observé un pianiste qui, doué
d'une grande agilité, pouvait fléchir son doigt 320 fois par minute,
c'est-à-dire faire parcourir à l'agent nerveux 320 fois en une minute
la distance qui sépare le bout du doigt du cerveau. En évaluant cette
distance à deux pieds et demi on conclut seulement à une vitesse de
13 pieds par seconde . En prenant des exemples chez les animaux qui
paraissaient avoir la plus grande rapidité dans les mouvements et par
conséquent dans les impressions, les insectes, on a vu que quelques-
uns peuvent étendre et fléchir leurs ailes 7,000 fois par seconde, ce
qui donne une vitesse de 111 pieds. Enfin, dans des expériences plus
récentes , M. Helmholtz. avec un appareil ingénieux, a mesuré pour la
transmission de l'agent nerveux une vitesse de 15 à 20 mètres par se-
conde. Dans le même emps le son parcourt dans l'air plus de 300 mè-
tres, la lumière 7,0001 ieues, et l'électricité une distance plus grande
encore. Il n'y a là rier de merveilleux comme on l'a cru, ni d'infini,
ni qui soit en dehors des phénomènes les mieux connus de la phy-
sique élémentaire
30 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
à la contractilité électro-musculaire ; M. Duchenne, de
Boulogne, l'a observé chez un malade guéri par lui d'une
paralysie saturnine. Ces objections et bien d'autres sont
sérieuses, et quoique l'analogie entre les deux agents puisse
encore être soutenue, l'identité est abandonnée : peut-être
sont-ils semblables et distincts pourtant, comme l'électri-
cité et le magnétisme. Je crois cependant que malgré les
analogies on pourrait ne pas renoncer à découvrir une ex-
plication plus matérielle des phénomènes. Les anciens don-
naient au cerveau la fonction de séparer du sang les esprits
animaux : ce n'est là qu'une image ; mais peut-être n'est-
elle pas fausse. Malgré de bonnes raisons de douter, l'en-
céphale et peut-être la moelle pourraient être des organes
sécréteurs qui , filtrant pour ainsi dire le sang, extrairaient
un liquide particulier, et des valvules placées en sens in-
verse dans les nerfs du sentiment et dans ceux du mouve-
ment en arrêteraient ou faciliteraient le cours. Sous cer-
taines impressions, ce liquide serait sécrété ou excrété
avec plus d'abondance, comme les glandes salivaires sont
plus actives dans des conditions déterminées. Des masses
considérables du liquide ainsi extrait sont peut- être accu-
mulées parfois et s'écoulent en un instant pour produire
les sensations violentes, les mouvements brusques, éner-
giques. Elles s'accumuleraient ainsi à l'origine du grand-
sympathique pour s'écouler lentement pendant le som-
meil. D'un autre côté, la production du liquide doit cesser
lorsque le sang n'arrive plus au cerveau, et c'est ce qu'on
a observé cent fois. Quelle action aurait le sang sur un
FORCE MAGNÉTIQUE. 31
fluide impondérable, sur sa production ou son dégage-
ment ? Il est vrai aussi que le problème est effroyable-
ment compliqué, et que, par exemple, les fonctions des
glandes, les intermittences de leurs sécrétions s'expliquent
fort bien par les réactions du système nerveux, Il est fa-
cile de dire : A tel moment la glande devient plus active
parce qu'elle reçoit l'influx nerveux en abondance ; mais
quelle cause appréciable agirait sur la production du li-
quide nerveux ? Puis, lorsqu'il faudrait expliquer les inter-
mittences des sensations, les mouvements rhythmiques,
les contractions volontaires, on serait fort embarrassé. De
quelque côté que le problème soit considéré, des difficultés
qui semblent bien près d'être des impossibilités appa-
raissent et forment dans l'état actuel de la science un dé-
dale inextricable . »
L'auteur ne conclut pas, et nous pouvons dire hardi-
ment que toute conclusion sans l'étude préalable du ma-
gnétisme, sera vicieuse, incomplète.
La force magnétique animale comme l'aimant ne se dé-
voile point d'abord aux yeux, on ne la reconnaît que par
les effets qu'elle détermine en dégageant surtout ceux-ci
de tout auxiliaire comme l'imagination, la chaleur ani-
male, l'éréthisme de la peau et l'imitation .
Elle se dévoile par une suite d'expériences qui la mon-
trent agissant d'elle-même et déterminant toujours une
série de phénomènes semblables, faciles à reconnaître et
qui en établissent la loi : sans cette expérimentation préa-
32 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
lable, la vérité échapperait et l'homme en serait réduit à
des conjectures.
Cette puissance enveloppe l'être, il en est entouré, il la
porte partout avec lui ; elle rayonne au loin sans la parti-
cipation de sa volonté et produit souvent sans qu'il le
sache une foule de phénomènes qui jusqu'à cejour étaient
inexplicables. Ce n'est qu'en s'en rendant maître, qu'en
la dirigeant à propos et dans certaines circonstances qu'il
s'assure de son mode d'action et qu'à ses yeux elle de-
vient indubitable. Cette preuve étant acquise, l'incerti-
tude cesse, la marche est éclairée, les faits s'expliquent,
l'application devient plus facile et la raison comprend la
grandeur de la découverte ; les arguments contre cette
force perdent toute valeur, la contradiction vous trouve
cuirassé, et, sans vous émouvoir des opinions contraires,
vous marchez désormais avec un flambeau à la main.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU MAGNÉTISME HUMAIN.
Ce qu'on peut juger de ses propriétés peut se caracté-
riser ainsi ; supposons pour un instant un courant flui-
dique composé de fluide électrique, galvanique et magné-
tique minéral, présentant dans son action une série de
phénomènes appartenant à ces trois ordres, et vous aurez
l'idée, sinon exacie de ce qui se passe en magnétisme,
tout au moins l'image de ce qui passe sous vos yeux
quand vous magnétisez une série d'êtres humains. Tantôt
en effet certains magnétisés sont remués, secoués comme
FORCE MAGNÉTIQUE . 33
si un courant d'électricité venait les traverser ; d'autres
éprouvent une espèce de mouvement vermiculaire dans les
intestins , une sorte d'horripilation douce , et parfois la
langue perçoit une saveur métallique. Les phénomènes
que présente l'aimant trouvent ici une ressemblance frap-
pante, les magnétisés sont attirés ou repoussés sans que
le désir ou la volonté participe en rien à l'éclosion de ce
singulier phénomène, qui a été la cause peut-être de la
dénomination qui est restée pour caractériser cette singu-
lière découverte de Mesmer. Mais bien que notre organi-
sation fournisse cet élément d'action et remette en nos
mains ce singulier produit humain, on voit bientôt que sa
production et sa dispensation diffèrent essentiellement des
forces dont nous avons parlé plus haut.
Il ne s'échappe point de nous par jets continus, mais
par une sorte de pression interne qui le lance au dehors
par des espèces d'ondées. Les phénomènes qu'il pro-
duit sont plus capricieux, plus incertains parfois que
tout ce qui est obtenu par les agents matériels. Ses vertus
sont aussi différentes, tantôt toniques ou sédatives : tantôt
elles agissent sur la sensibilité, tantôt sur les solides. Par-
fois cet agent s'empare d'une région seulement , il la
sature outre mesure. Si c'est la tête, on le voit agiter les
paupières convulsivement, produire un trismus des mus-
cles de la face et des lèvres, et faire mouvoir les ailes du
nez ; les yeux peuvent devenirbrillants, tout le visage peut
s'illuminer et une certaine beauté se montrer sur des
traits fort laids .
3
34 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Mais son effet physique est ordinairement général. Cet
agent entre dans le corps humain doucement, éteignant sur
son chemin la sensibilité et pouvant aller jusqu'à la masse
cérébrale et la comprimer par degrés : le sommeil magné-
tique n'a pas, selon moi , d'autre cause. Il n'est donc pas
possible d'expérimenter avec le magnétisme comme on le
fait avec une force morte. Aucun programme d'expéri-
mentation ne peut être fait d'avance , car les effets qu'il
détermine tiennent à des dispositions organiques du sujet
magnétisé, bien que sa volonté n'y soit absolument pour
rien : le vin ne grise pas tout le monde et pourtant il agit
sur tous, l'opium produit parfois le contraire du som-
meil, etc... les exceptions ne détruisent point la règle. Seu-
lement ici , on peut penser qu'au bout d'un certain temps
les forces du magnétisé étant épuisées , l'élément magné-
tique manquant, le phénomène du sommeil ou d'insensibi.
lité ne peut plus se produire. Un faitvient corroborer cette
hypothèse. M. le docteur Esdaile, pour pratiquer ses opé-
rations chirurgicales sur des Indiens, employait une mé-
thode particulière : les malades qui ne s'endormaient point
sous la main d'un magnétiseur étaient immédiatement
placés sous la main d'un autre magnétiste, et il arrivait
enfin qu'ils succombaient au sommeil lorsque huit ou dix
hommes s'étaient succédé. Ce fait mériterait d'être re-
produit en France, car il prouverait, ce que nous croyons
être, que l'agent magnétique a la propriété dormitive,
mais que ce qui l'empêche de s'exercer, c'est sa tendance
à se porter vers les extrémités inférieures.
FORCE MAGNÉTIQUE . 35
Beaucoup de magnétistes sont pourvus abondamment
de cet agent , ils rayonnent au loin, et dans ces conditions
l'expérimentation est facile. On a parlé de l'incrédulité
comme neutralisant ce pouvoir ; c'est une grande erreur.
On a parlé de l'imagination comme rendant facile le dé-
veloppement des phénomènes ; elle leur nuit au contraire.
Une preuve en faveur de l'existence de l'agent magné -
tique, c'est cette faiblesse et cette impuissance qui suit
toujours quelques magnétisations successives, surtout si
elles sont dirigées contre des affections chroniques de
malades qu'on magnétise pour la première fois : il semble
que le magnétiste perde par ces nombreuses émissions
un des attributs de la puissance humaine, la force virile.
Cette situation se caractérise par un relâchement des mem-
bres, un besoin impérieux de repos, un affaiblissement
bien prononcé de la mémoire; le travail de la pensée de-
vient laborieux et des bâillements fréquents ont lieu. Ne
trouve-t-on point là tout ce qui résulte d'excès d'un autre
genre où la dépense de ses forces est caractéristique ? Pour
moi, je ne sais combien de fois cette comparaison s'est
présentée à mon esprit, et j'ai cru ainsi trouver l'origine
dubien que j'avais fait. Notez ici que les résultats obtenus
sont toujours en rapport avec la dépense faite. Il est vrai
de dire qu'un peu de repos suffit pour réparer les forces
magnétiques, le vase humain se remplit bientôt. On ne
peut dire que la dépense vient des mouvements fré-
quents, de la tension d'esprit et du vouloir ; car il est des
malades qui au simple contact soustraient vos forces pour
36 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
leur plus grand profit : vous aviez chaud, vous devenez
froid, une petite moiteur d'un caractère désagréable se
manifeste à vos extrémités , et tandis que vous pâlissez, la
face de votre magnétisé se colore, la transpiration chez lui
cherche à s'établir, il s'est enrichi de votre dépouille. Mais,
magnétistes, n'ayez point de peur, le bien que vous avez
fait ne tournera point contre vous, la nature vous rendra
avec libéralité ce que vous avez dépensé pour accomplir
son œuvre : il n'en saurait être de même pour les autres
excès que le vice détermine et auxquels nous portent nos
passions.
Une autre remarque qui ne sera point inutile pour les
physiologistes et qui se rattache à mon sujet. Souvent en
magnétisant le soir, la nuit qui suivait se passait pour moi
sans sommeil, tandis que mon magnétisé dormait bien.
J'avais donc perdu l'élément nerveux qui comprime dou-
cement le cerveau ; j'étais comme l'homme qui a trop
marché, qui se sent accablé et ne peut dormir, mais
chez moi les mouvements avaient été si peu de chose qu'il
n'y avait pas lieu d'en tenir compte. Par ces observations
on peut s'expliquer encore la prolongation de la vie chez
ceux qui s'entourent d'adultes qui transpirent cette der-
nière. On peut s'expliquer cet attrait qu'éprouvent les en-
fants au contact de leur père et ce besoin qu'ils ont de se
faire porter.
Rien ne se fait sans les agents qui empruntent quelque
chose à la matière, et les actes de la volonté seraient im-
puissants sans le char mystérieux qui sert à la transporter.
FORCE MAGNÉTIQUE. 37
N'est- ce point là encore l'explication naturelle du fait de
Jésus qui , touché à sa robe par une femme qui avait
des pertes, se tourna vers elle et lui dit : • Femme, vous
serez guérie , je sens qu'une vertu s'est échappée de moi? »
Qui ne reconnaîtra là une soustraction de puissance, un
écoulement de la force vitale deJésus, imprégné des vertus
du Maître ? Ceci nous conduit à penser qu'il est des êtres qui
n'ont pas assez de puissance pour agir sur autrui et dont
par conséquent les œuvres seront toujours pâles et incer .
taines. Tout sera négatif malgré leur bon vouloir, ils doi-
vent recevoir et non donner, et c'est à ce prix qu'ils se
sentiront vivre eux-mêmes.
Nous aurions bien d'autres preuves encore pour jus-
tifier la réalité de cette dépense de force et combattre
les opinions contraires, mais nous nous arrêtons ici ;
les doutes auront cessé d'exister lorsque des observateurs
sérieux se seront livrés à la pratique du magnétisme ;
et dans la description des traitements, on trouvera sans
cesse la preuve évidente d'une dépense réelle de la force
magnétique par laquelle tout se fait.
J'ai appuyé là-dessus parce qu'on s'est servi de l'imagi-
nation pour combattrela propriété magnétique de l'homme .
Nous verrons bientôt le rôle que joue ce magnétisme dans
les maladies : son travail sera mis à nu, il fera ce que
l'imagination n'est point capable de faire ; et la pratique
magnétique ainsi dégagée de préjugés deviendra simple et
féconde. La science ne la repoussera plus et le monde en
prendra possession.
38 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
C'est dans les affections nerveuses surtout que son rôle
est puissant ; etquand les médecins ont dit : « Ah ! si nous
pouvions faire une saignée nerveuse, le malade serait
sauvé » , ils reconnaissaient implicitement que le principe
même des désordres était ce magnétisme qui, dérangé dans
sa circulation , outrop abondant, causait tous les désordres.
Aussi aurons-nous un chapitre sur l'auto-magnétisation,
sur le moyen que possède l'homme de se débarrasser de
ce fluide lorsqu'il est en excès, ou de le porter là où il
manque pour son plus grand bien-être. Don inexprimable
de la nature, il causera bientôt la plus grande des révo-
lutions dans l'humanité, car il changera ou modifiera tous
les systèmes en médecine.
Je n'ai touché jusqu'à présent qu'à quelques-unes des
propriétés du magnétisme. Ses autres vertus seront dévoi-
lées ; mais ce que nous en avons dit jusqu'ici était néces-
saire pour que nos lecteurs nous suivent et puissent
comprendre la partie pratique que nous allons bientôt
aborder.
Le magnétisme est un puissant dissolvant lorsqu'il pénè-
tre dans les tumeurs indolentes ; parfois il les résoud. On
s'aperçoit de son travail par une chaleur plus ou moins
vive que le malade accuse dans le siége de l'engorgement,
par une rougeur qui n'existait point d'un autre côté : il
est résolutif, favorise l'absorption et on le voit séchant
bientôt des émonctoires qui ne sont point utiles et jeter au
dehors par des voies nouvelles les agents des maladies.
Tour à tour sudorifique, apéritif, on ne sait quelle est
FORCE MAGNÉTIQUE. 39
celle de ses propriétés qu'on doit admirer le plus. Ainsi si
on lit les relations des maladies qui ont été traitées par
l'emploi seul de cet agent, on est étonné du nombre de ses
vertus. On pourrait croire que, passionné pour cette prati-
que, nous en exagérons la portée, il n'en est rien cepen-
dant ; car nous voyons cet agent pénétrer jusque dans les
os, et faire sentir sa présence en y réveillant des douleurs
anciennes, mais assoupies. Nous le voyons reproduire des
facultés détruites et par suite une sorte de rajeunissement.
Mais on verra ces assertions justifiées dans les traitements
magnétiques.
Sans que le point d'introduction de cet agent dans le
corps humain puisse être déterminé d'une manière précise,
il m'a paru évident qu'il se portait capricieusement tantôt
sur une partie, tantôt sur une autre. Parfois il réchauffe
tout un côté seulement, puis la chaleur s'égalise; parfois
encore il refroidit les membres sans qu'on puisse bien
apprécier le mécanisme de cette singulière divergence. Les
mains du magnétisé se gonflent communément.
Voilà donc un certain nombre de phénomènes de diffé-
rents ordres qui font reconnaître que ce magnétisme a
quelque chose de notre nature intime: il est physique
d'abord et mobile comme le principe de vie qui tour à tour
inonde les tissus, ou se retire dans des lieux écartés et puis
revient par jets animer de nouveau ce qu'il avait aban-
donné.
L'étonnement redouble lorsque l'on voit nos propres
affections morales, la tristesse, la joie s'implanter dans le
40 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
magnétisé sans que rien aitpu lui déceler la situation réelle
de notre esprit ou de notre cœur ; lorsque l'on voit encore
ce fluide magnétique se revêtir de propriétés de conven-
tion , emporter avec lui de pures créations de notre en-
tendement. Tout cela bien connu a fait dire que l'imagi-
nation était la cause de ces phénomènes, et cette erreur
grossière a trouvé quelque crédit ; voyez cet homme qui
ne peut remuer les membres, — il a sa volonté , son désir,
son imagination, ilne peut se mouvoir pourtant parce que
son feu-principe ne peut descendre dans ses membres ; quel-
que exalté que soit son vouloir, rien n'obéit. Eh bien ! une
puissance venant du dehors les fera mouvoir, - la volonté
de celui qui la met en jeu sera moins grande que celle du
paralytique, son intérêt moins capital, son imagination plus
calme : plusieurs magnétistes même n'ont guère d'ima-
gination , mais leur rayonnement pénètre , échauffe et
fait mouvoir parce qu'il est principe de mouvement. Dites
donc sans magnétisme à un paralytique de marcher, solli-
citez-le tant que vous voudrez, il ne bougera pas.
On sait bien que l'histoire renferme quelques exem-
ples de guérisons inouïes produites tout à coup sous
l'empire de la terreur ; mais si la cause est différente le
moyen par lequel s'opère la guérison est le même, c'est
encore une force et bien réelle qui descend dans les mem-
bres et non point la pure imagination : celle-ci n'est que
la folle du logis, sa puissance est connue ; lui attribuer les
cures innombrables que le magnétisme a faites, c'est se
montrer mauvais observateur et mauvais praticien, c'est
FORCE MAGNÉTIQUE. 41
enfinmanquer de simple bon sens ou avoir pris le parti
de nier contre sa conscience l'évidence même.
Le magnétisme agit à distance, à travers les murailles ,
et nous pouvons dire à travers l'espace, sans que les indi-
vidus sur lesquels on agit aient été prévenus : ils sentent
l'action , l'accusent et souvent même se croient dupes d'une
illusion ; mais nous ne voulons pas ici entamer ce chapi-
tre, la lumière qu'on pourrait répandre produirait plus de
mal que de bien ; il est des choses qui ne doivent s'ensei-
gner qu'oralement à la manière des anciens, et c'est pour-
quoi nous nous arrêtons ici.
S'il nous fallait décrire tous les agents qui échappent à
la science, le temps et la vie nous manqueraient. Ah ! si
les animaux pouvaient parler et nous instruire, ils nous
apprendraient des choses incommensurables que nos sens
bornés ne peuvent saisir. On dit ce magnétisme humain
grossier dans ses effets, les savants, on le voit, ne sont
pas chargés de poursuivre un lièvre à la piste et de re-
connaître ces fluides aromaux qui parcourent l'espace ; -
à peine peut-on saisir une petite partie d'un grand tout et
l'on croit tout savoir. Les savants ont cependant la mo-
destie de dire quand on les interroge : la science n'a pas
dit son dernier mot. Nous le croyons bien , à peine bal-
butie-t-elle, soit qu'elle n'ait point quitté l'enfance, soit
que, trop faible de raison et d'intelligence, son investiga-
tion soit nécessairement bornée .
L'action d'un être humain sur un autre, lorsqu'elle sera
généralement connue, servira à expliquer les captations ;
42 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
elle dira comment on peut faire des fanatiques et des dé-
vots, des fourbes et des hypocrites, comment en formant
la jeunesse, on peut la flétrir et lui imprimer le cachet de
l'idiotisme et du faux savoir. Il n'y a qu'une vérité reli-
gieuse; mais les pensées humaines portées par.ce-magné-
tisme vont comme une semence s'inoculer dans le cerveau
et faire des idolatres, des juifs et des chrétiens, des scep-
tiques ou des gens d'une moralité douteuse : on reconnaît
l'action exercée par l'instituteur, la tribu, le collége,
la famille et la nation, et il faut moins chercher dans la con-
formation du cerveau l'explication des tendances et des
croyances que dans ceux qui sont chargés de l'éducation.
Si on voulait acquérir la preuve de cette vérité, il n'y au-
rait qu'une chose à faire, ne donner à l'enfant et à l'adulte
que des notions simples et exactes, ne lui parler que des
sciences positives, laisser là les croyances jusqu'à l'âge où
il pense déjà de lui-même et où la réflexion s'exerce.
Tout s'explique aujourd'hui, nous le répétons, par le
magnétisme, car nous voyons les formules de la pensée
agir sans le langage et déterminer des actes pouvant
même modifier ou créer des aptitudes : il y a donc ici une
grande loi générale, qui prouve le lien physique et moral
qui enchaîne l'un à l'autre tous les hommes. On voit cepen-
dant certains êtres s'affranchir, se soustraire à cette loi,
mais par un effort suprême ; c'est le privilége des grands
esprits : la nature ici a trempé les êtres, on reconnaît son
sceau aux œuvres qu'ils produisent, et pourtant encore vers
leur dernierjour on en voit fléchir et se courber sous les pré
FORCE MAGNÉTIQUE. 43
jugés dont on a nourri leur enfance. C'est une pitié de voir
des grands hommes, de grands savants se courber comme
des valets devant le mensonge ! ... Et l'on veut que les na-
tions évitent lesmaux qui naissent de l'ignorance en suivant
des doctrines qui ne sont propres qu'à tuer le sens moral !
Non, on ne peut obtenir ainsi qu'une civilisation bâtarde
qui doit traîner avec elle toutes les misères .
L'homme devrait être fier de sa nature, car il a en lui
quelque chose de Dieu, et marcher dans toute sa liberté,
ayant pour guide cette lumière mystérieuse d'où naissent
tant de facultés. Est-ce qu'alors, il aurait besoin de mé-
decins pour le soigner, de prêtres pour lui parler de son
divin maître ? Mais rabougri, abîmé par les remèdes, mo-
ralement détérioré par de faux disciples du Christ, il ar-
rive clopin-clopant à sa dernière étape sans avoir vécu ;
car il n'a eu ni les franches joies que donne la santé, ni les
éclairs divins que donne le génie : quand le char est em-
bourbé, les uns le poussent en avant, d'autres le tirent en
arrière et chacun des spectateurs donne un avis con-
tradictoire sur les efforts à faire, sur le chemin à suivre.
Ah ! dans ma jeunesse j'eus des illusions, je croyais trou-
ver sur ma route des sages et des savants, je n'ai ren-
contré que des écoliers en vacances , sautant , gambadant
ettournant le dos quand je parlais de magnétisme ; ou bien
ils riaient comme des insensés. J'ai rencontré des prêtres
tout aussi instruits qui m'ont barré le passage, et enfin
beaucoup de gens hébétés qui niaient sans les avoir vus les
phénomènes magnétiques ou qui refusaient de les voir.
44 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Ah ! je m'arrête en disant : Je suis parvenu aussi à être
instituteur, mais non diplomé , j'ai brisé bien des obsta-
cles sans tromper personne , ni sans recevoir des sa-
vants une seule marque d'encouragement. Aussi disais-je à
ceux de mes élèves qui me suivaient pour trouver la for-
tune : fuyez, il ne s'agit encore que d'abnégation, faites-
vous médecins, devenez charlatans, menteurs, alors seu-
lement la fortune vous sourira.
Il semble que l'humanité doive être ballottée par un flux
et reflux perpétuel et doive vivre dans un milieu où n'est ni
la force ni la faiblesse, ni la profonde lumière , ni l'obscurité
complète : trop éclairée, elle serait maîtressedes forces mor-
tes ; complétement inintelligente, elle en serait la victime.
Les desseins de la Providence sont donc secrets, et le pro-
grès ne doit s'accomplir qu'en vue des modifications de tout
notre système. Voilà pourquoi les aspirations paraissent
sans effet et la vérité stérile ; mais ce sont les temps qui
suivront qui feront apercevoir l'influence occulte que la
vérité que nous défendons doit exercer sur les destinées de
l'humanité : c'est la source des miracles, le principe de
tous les faits merveilleux et le point de départ de tout
spiritualisme. Chercher en dehors des explications à tout
ce qui se produit et qui paraît supérieur à la raison ne
peut mener qu'à la négation absolue des choses vraies et
ne tend qu'à rejeter l'esprit dans la plus grande confusion.
On peut voir par la diversité des œuvres magnétiques
combien la croyance modifie les phénomènes. Tel magné-
tiste ne pourra produire ce que cet autre fait avec facilité :
FORCE MAGNÉTIQUE . 45
l'agent est certainement le même, mais chez les uns il se
revêt de vertus particulières qui naissent de la foi en soi.
Mais qu'est-ce que la foi ? Nul ne l'a définie et pourtant elle
existe. Moi-même j'ai senti que dans certains instants je la
possédais et qu'il se passait en moi quelque chose qui me
donnait tout pouvoir,-j'étais averti par un ébranlement de
tout mon être, par une espèce d'illumination soudaine que
le principe de vie qui me constituait recevait l'appui
d'agents bien supérieurs à moi et qui m'étaient inconnus.
Dans ce moment je ne m'appartenais point tout entier, et
je comprenais qu'il existait un ordre moral qui se dévoilait
parfois à notre intelligence lorsque notre cœur, recevant
plus d'électricité, donne au sang des qualités qu'il n'avait
point; de là un épanouissement de sensibilité. Semblable
à la fleur qui s'ouvre et répand au dehors ses senteurs ,
lorsque le soleil la comble de ses dons, l'âme de l'homme
recevant un ébranlement des rayons vitaux qui la tirent de
son repos, épanche au dehors les vertus secrètes que Dieu
lui a données. Mais je chercherais en vain à me faire com-
prendre ; ce qu'on sent ne peut toujours se définir et se
traduire par des mots : ceux-là seuls qui ont pénétré dans
le domaine de la morale pure, peuvent voir que je me rap-
proche ici de la vérité.
Il y a une situation mixte moins favorable sans doute où
presque tous les magnétistes dès leur début se trouvent
placés, elle naît de la révélation du pouvoir magnétique et
du bien que ce pouvoir a permis de réaliser. Sans me
rendre l'écho du monde magnétique, je dois consigner
46 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
pourtant que le magnétisme a moralisé beaucoup de ceux
qui s'y sont initiés, en leur faisant comprendre que le bien
était la plus pure source de jouissances et ce qui distin-
guait seul l'homme de la brute. Je ne suis point un prédi-
cateur de morale, je dis ce que j'ai aperçu sans prétendre
à une perfection que je n'ai point; je signale tout ce qui
peut donner au magnétisme le lustre qui lui appartient et
jeter un peu de lumière sur de profondes obscurités.
Le magnétisme n'étant point un remède dans le sens
propre du mot, comment guérit-il des affections qui ont
résisté aux drogues pharmaceutiques ? Il faut qu'il y ait là
quelque chose que l'homme n'ait pas fait et qui appartient
à ce que la nature a de plus épuré et de plus parfait. Tout
développement d'idée sur ce sujet viendra lorsque je par-
lerai du traitement des maladies et de l'action du magné-
tisme exercée sur les organes malades.
Ah ! si les prêtres avaient compris la valeur du magné-
tisme, ils ne l'eussent point rejeté ni condamné ; car c'est
une pratique éminemment chrétienne.
Ainsi que les prêtres, les médecins se sont montrés
aveugles, ignorants, méchants. Leur art douteux pouvait
s'enrichir de vérités fécondes et devenir le plus utile aux
hommes ; mais il semble que Dieu en les frappant d'aveu-
glement ait voulu que l'art de se conserver, de se guérir, fût
remis entre les mains de tous les hommes, il semble qu'il ait
voulu nous apprendre que les corporations deviennent un
moyen d'asservissement des corps et de la pensée au profit
d'hommes peu faits pour la profession qu'ils exercent. Pour
FORCE MAGNÉTIQUE. 47
être prêtre ou médecin, il faut une organisation à part et
avoir été fait spécialement pour exercer ces sacerdoces :
tous les hommes n'y réussissent pas également bien ; mais
il est convenu aujourd'hui que les hommes sont propres à
tout, et c'est pourquoi ils ne comprennent plus les mys-
tères de la création. Opinion délirante ! science d'école
extravagante, nul ne voit encore tes erreurs déplorables ;
mais le temps va venir où jetant un regard sur de pro-
fondes misères, on cherchera à retrouver ce que l'homme
a perdu dans un moment d'orgueil.
Nous parlions des lois morales, elles sont et le magnétisme
les fait reconnaître. Les amertumes de notre âme viennent
de ce que nous ne pouvons fixer un instant l'attention des
penseurs sur des réalités d'un ordre si élevé qu'elles peuvent
changer la face des sciences et établir les principes vrais,
seuls propres à guider les nations selon les vues de la sa-
gesse suprême.
Lemagnétisme n'est donc pas seulement de la médecine ;
en lui se trouve la science sacerdotale, car il enlève les
souillures du corps et épure la vue de l'esprit. Toute so-
ciété politique qui n'admet point un principe supérieur
à la raison est destinée à périr.
Peut-être comprendra-t-on bientôt la valeur réelle de
la découverte de Mesmer et la fera-t-on sortir du milieu où
ellese trouve actuellement pour l'élever jusqu'au sanctuaire
de la science philosophique.
L'agent dont nous venons de faire connaître les
48 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
propriétés physiques qu'il emprunte en partie aux for-
ces terrestres est doué de qualités qui distinguent l'es-
sence la plus parfaite de notre nature. Il porte en lui
comme une divine semence et nos pensées et nos désirs ;
il est donc double dans son action. En confondant ces deux
ordres , attribuant tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là ce
qui ne pouvait être séparé, on a rendu inexplicables les
phénomènes produits. Toute magnétisation porte avec elle
et la puissance physique et la puissance morale ; la nature
l'a voulu ainsi, nous ne pouvons y rien changer, mais cela
exige, comme on le verra plustard, certaines qualités chez
les magnétistes. C'est une route nouvelle ouverte à la phi-
losophie, aux idées spéculatives. Je ne suis pas assez favo-
risé du ciel pour y pénétrer. Je m'attache donc à ce qu'il
y a de saisissable pour tous par l'expérimentation vulgaire.
On donne des qualités aux choses, on en altère les vertus
propres, et tout ce qui ici est attribué à l'imagination a
pour point de départ et pour cause ce qui constitue notre
être mystique. L'homme crée non pas des images, mais des
agents ayant puissance ; ce qu'il crée est donc réel a force
en soi, se meut, fait mouvoir et imprime le mouvement
en autrui.
J'établis ici ma croyance, tout à l'heure je la justifierai,
mais je dois dire que je ne suis devenu magnétiste que
le jour où l'expérimentation déterminée dans le sens que
je viens de signaler m'a conduit à cette inébranlable cer-
titude.
FORCE MAGNÉTIQUE . 49
EXPÉRIMENTATION .
Voici quelle a été ma manière de procéder :
Pendant longtemps je magnétisai et somnambulisai par
les règles communes, en employant les procédés indiqués
par les auteurs; mais, toujours inquiet sur la cause première
de mes propres résultats, j'étais poursuivi par l'idée que
peut-être une autre marche me conduirait à une méthode
plus sûre, plus savante. Mes triomphes me laissaient froid
parce que j'avais devant les yeux les célèbres rapports
des Académies anciennes qui, loin de nier les faits, les
avouaient, tout en déclarant pourtant qu'il n'y avait point
de magnétisme, et que tout pouvait s'expliquer par des
causes connues et tout à fait étrangères à l'existence d'un
agent. La théorie de Mesmer ne me satisfaisait point ;
elle était peut-être trop savante pour moi et je ne pouvais
le suivre dans l'espace où son génie l'avait portée. Il me
fallait des causes plus simples, et je résolus d'abandonner
le magnétisme si ses effets étaient dus à l'imagination ou
bien encore si le principe en était placé au-dessus de
ma portée. En effet, pour faire mouvoir les ressorts de
l'imagination, il faut une organisation supérieure que peu
d'hommes possèdent; et quand les causes sont plus se-
crètes encore, il est besoin de génie : dans aucun de ces
deux cas je n'étais appelé à une étude aussi sérieuse. Pour-
tant il me semblait qu'on pouvait trouver un petit chemin
4
50 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
où le vulgaire pourrait marcher sans génie, armé seule-
ment du sens commun. Bientôt je crus l'avoir trouvé et j'y
avançai résolûment. Je m'étais dit dans ma simplicité : si
le magnétisme qui agit sur les hommes peut produire sur
les animaux des effets identiques, l'imagination doit être
hors de cause; s'il agit à distance, l'éréthisme de la peau
est un argument qui n'a pas de portée, et si dans l'isole-
ment et le recueillement on peut agir avec la même puis-
sance , l'imitation n'a plus de raison d'être. Toutes ces
réflexions se faisaient dans mon petit esprit et me tenaient
en éveil comme si j'eusse senti que ma vie devait être utile
aux hommes et que ma mission fût de chercher à les
éclairer. -
Il faut bien qu'il en ait été ainsi , puisque
cette carrière remplie d'abord de dégoûts a été poursuivie
par moi sans relâche comme si telle eût été ma destinée.
Voici, du reste, le chemin que je suivis, celui qui me
donna des résultats tels que je pouvais les désirer, résultats
positifs dont on peut vérifier soi-même l'exactitude par
l'expérimentation, et qui servirent de base à ma croyance.
PREMIÈRE SÉRIE DE FAITS .
Tous les enfants que je trouvai endormis n'importe où
et dans n'importe quelle condition, je les magnétisai , sans
jamais les toucher, en dirigeant mes mains sur les plus
grandes surfaces de leur corps, nu ou couvert par des
vêtements, et au bout de quelques instants, chez tous, je
parvins à troubler le sommeil, à ralentir la respiration
FORCE MAGNÉTIQUE. 51
ou à l'augmenter, à déterminer de légères ou de fortes
secousses , comme si ma machine m'eût fourni une sorte
d'électricité dont ma main eût été conductrice. Si je ces-
sais d'agir, les effets disparaissaient d'eux-mêmes; en
recommençant mon manége, ils reparaissaient dans le
même ordre pour se terminer de même. Dans certains
cas, je pus aller jusqu'à convulser les membres des
petits dormeurs.
Mais si les enfants étaient sensibles dans cette condition
de sommeil et d'isolement, pourquoi les hommes faits y
auraient-ils échappé? Je saisis toutes les occasions que le
hasard m'offrit pour m'assurer jusqu'à satiété du problème
à résoudre et il fut résolu. Grands ou petits, malades ou
bien portants, je réussis sur tous les êtres ; les faits furent
identiques et peu d'exceptions vinrent s'opposer à cette
règle générale.
Je magnétisai des aveugles sans les prévenir aucune-
ment , sans qu'ils sussent en rien l'existence du pouvoir
magnétique et je déterminai également des faits indubi-
tables. Descendant l'échelle des êtres , les chevaux , les
chiens, les chats, tout ce qu'enfin je pus approcher
et surprendre dans un moment d'abandon, fut soumis
par moi à la même puissance, tout présenta des phéno-
mènes ayant une parfaite analogie avec ceux que j'avais
observés sur des êtres humains ; et lorsque je poussai l'ex-
périence plus loin, des phénomènes de catalepsie ou
d'insensibilité eurent lieu et quelquefois une sorte de
étanos. Il n'y avait donc plus à douter, la vérité du
52 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
principe était là; la science officielle s'était trompée, et
la raison était avec ceux qui soutenaient l'existence d'une
force particulière fournie par les organes humains. C'est
donc de cette connaissance toute physique, de ces résultats
physiologiques, dont les sens, même bornés, peuvent pren-
dre connaissance que devra sortir la thérapeutique ma-
gnétique ; et c'est là en effet quenous la plaçons tout entière.
Rien ne sera plus dû au hasard, à des combinaisons for-
tuites, à la vertu de celui-ci ou de cet autre, mais bien à
l'émission et à la pénétration de l'agent à travers des tissus
organisés et vivants que l'on aura sollicités pour des fins
prévues.
Nous laisserons de côté, pour un instant, les phénomènes
du somnambulisme et de l'extase, et les moyens d'action
fournis par ces états, parce que nous attachons une valeur
plus grande aux faits que nous venons de signaler ; ceux-ci
sont d'une importance capitale et tout à l'heure ils vont
nous servir pour nous reconnaître et nous conduire à
bonne fin dans le dédale des maladies et dans le vaste
champ des douleurs humaines que l'on est appelé à sou-
lager ou même à guérir. Il faut désormais que l'on recon-
naisse la puissance du magnétisme s'exerçant sur des
organes malades qui la modifieront sans doute, mais pas
assez cependant pour la rendre méconnaissable. On doit
dans les traitements y reconnaître ses effets, ses propriétés
et ses vertus. Tantôt son action est sédative, tantôt elle
est excitante et devient perturbatrice de la sensibilité.
Rien n'est obscur dans ce qu'elle accomplit pour qui sait
FORCE MAGNÉTIQUE. 53
observer : le magnétisme ouvre le livre de la nature. Les
médecins devront apprendre à y lire, car jusqu'à présent
ils n'ont rien connu de la vie; ils se sont mépris sur les
efforts des forces médicatrices qu'ils ont souvent combat-
tus, croyant sans doute bien faire, mais sacrifiant ainsi leurs
malades lorsque tout les portait à les sauver.
Ici il n'est point encore besoin de reconnaître l'essence
intime de l'agent qui est à notre disposition, pas plus que
celui qui veut mettre de l'eau en ébullition n'a besoin de
connaître ce qu'est le calorique ; - il suffit de produire
l'agent et de l'employer. S'il n'est permis aux savants que
de constaterdes phénomènes qui se passent sous leurs yeux,
sans pouvoir jamais connaître autre chose que quelques-
unes des propriétés des agents qui les déterminent, est- on
en droit d'exiger de nous plus que ne peuvent ou ne savent
eux-mêmes les savants ?
Ce que demande tout magnétiseur, c'est ce que moi-
même j'ai cherché à découvrir : comment la nature agissait
lorsqu'elle était sollicitée magnétiquement, comment elle
sortait de son repos, à l'état calme, comment elle modi-
fiait dans l'état de maladie le jeu des organes à son ser-
vice. Qu'on ne s'y trompe point, il y a là une doctrine
toute nouvelle que je ne me flatte point d'établir; il me
suffit d'en montrer la possibilité. Ce que j'ai vu, d'autres
plus habiles que moi le verront et la science se fera.
Je reviens aux faits qui prouvent l'existence d'un agent.
54 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
PROCÉDÉS MAGNÉTIQUES.
Nous allons donner à nos lecteurs, à ceux qui veulent
s'initier à la pratique magnétique, l'idée générale des pro-
cédés employés et reconnus comme efficaces pour déter-
miner l'ensemble des phénomènes sur lesquels est basée la
croyance en la réalité d'un agent, cause première des
faits.
Lorsqu'on est déterminé à magnétiser, on place la per-
sonne sur laquelle on veut agir dans la position indiquée
par cette gravure :
On fixe un instant la personne , on la prie de rester
passive et de ne point occuper son esprit de l'expérience
tentée. Placé en face du sujet choisi , on étend nonchalam
FORCE MAGNÉTIQUE. 55
ment la main (droite ou gauche) qu'on dirige vers la base
du crâne, en face de la racine du nez, et on l'abaisse douce-
ment, tranquillement jusque vers la région de l'estomac ;
puis on la remonte, toujours très-doucement, vers sonpre-
mier point de départ pour recommencer le même mouve-
ment : les doigts doivent être légèrement écartés et flexi-
bles, la raideur et la tension des muscles ne produisent
que de la fatigue chez celui qui magnétise. Cette magné-
tisation doit durer cinq ou six minutes, sans aucune inter-
ruption, et être accompagnée d'une volonté constante que
rien ne doit distraire : ce temps est en général suffisant
pour que la pénétration du fluide magnétique à travers les
tissus s'effectue et détermine l'apparition des premiers
symptômes annonçant la réalité de son action.
Avant d'aller plus loin, nous devons indiquer les condi-
tions morales de celui qui magnétise, conditions qui assu-
rent le succès.
Il doit se considérer comme une machine physique pro-
duisant en elle-même l'agent des phénomènes ; sa volonté
doit être active, il doit vouloir agir sur le magnétisé en
introduisant en lui le principe que son organisation recèle ;
les bras et les mains ne doivent être regardés que comme
des conducteurs de cet agent vers la partie que la pensée
a désignée d'avance .
Le vouloir est un des éléments d'action ; sans volonté
les effets sont presque nuls ou seulement semblables à ceux
qui résultent ordinairement du rapprochement de deux
êtres organisés ; avec la volonté, au contraire, des cou
56 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
rants s'établissent bientôt ; il s'agit de les surveiller et d'en
constater l'existence dès les premiers instants.
Nous allons indiquer cette première série de phéno-
mènes, série qui est ordinairement suivie d'un développe-
ment considérable de sensibilité .
Lorsque nous avons dit qu'une magnétisation bien
faite de quatre ou cinq minutes devait amener des résul-
tats déjà saisissables, nous n'avons pas prétendu qu'il dût
en être ainsi chez tous les êtres; c'est seulement chez les
plus sensibles que se décèle l'action de l'agent dans
un temps si minime. Bon nombre d'êtres n'éprouvent
d'effets qu'au bout d'un temps plus long : souvent
même il faut répéter les magnétisations plusieurs fois.
Quelques personnes enfin paraissent entièrement réfrac-
taires à l'action de l'agent magnétique, disent ne rien
éprouver, mais si on examine attentivement, si on interroge
les organes du magnétisé, l'on constate des modifications
essentielles, pas assez marquées pourtant pour opérer une
conviction.
Voici les premiers effets ou symptômes qui se montrent
le plus souvent dans cette courte magnétisation : une
sorte de fixité du regard, les yeux deviennent brillants,
la face se colore ou pâlit, les battements du cœur aug-
mentent ou diminuent ; le magnétisé interrogé vous dit
que ses membres deviennent lourds, qu'il lui semble
qu'un fluide y circule ; il sent des picotements dans cer-
taines parties du corps, mais surtout au bout des doigts ;
quelquefois il lui prend envie de bâiller ; dans d'autres cas
FORCE MAGNÉTIQUE. 57
on observe une sorte de nonchalance, le besoin de s'ac-
coter, de chercher un solide point d'appui.
Si la magnétisation a rencontré une grande sensibilité ,
ces quatre ou cinq minutes suffisent pour produire l'agita-
tion des membres, un mouvement convulsif des paupières
et quelques soubresauts.
Voilà donc tout ce qui décèle et indique l'action exercée,
les premières manifestations d'un changement, d'une alté-
ration dans le jeu des organes du magnétisé ; mais ce
n'est rien en comparaison de ce qui peut suivre si l'on con-
tinue d'actionner l'expérimenté. Le fluide magnétique
s'accumulant en lui, il se produit alors un phénomène
assez semblable à celui qu'on obtient quand on met une
bouteille de Leyde en contact avec une machine électrique,
les feuilles d'or qu'elle renferme s'agitent et se soulèvent,
de même le fluide magnétique, descendant dans une cer-
taine mesure dans les organes d'un être humain, en re-
mue les fibres, les agite, et à un plus haut degré détermine
des trismus , des mouvements nerveux dans les muscles de
la face, puis, secouant les membres , s'échappe comme
ferait une décharge ou un courant rapide d'électricité.
Ce rapprochement que nous venons d'établir entre l'ef-
fet produit par l'électricité et celui qui est déterminé par le
magnétisme, n'est point fait pour conclure à l'analogie par-
faite des deux fluides, mais pour mieux faire comprendre
ce qui se passe dans les organes de l'être magnétisé.
Ces effets indubitables, et que les sens du plus vul-
gaire des hommes peuvent saisir , sont pour nous le point
58 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
de départ de la science magnétique, ou tout au moins de
celui de l'art de magnétiser qui se répand partout aujour-
d'hui. Celui qui commence cette étude et qui fait son entrée
dans cette nouvelle carrière doit examiner soigneusement
ces premiers phénomènes, les fixer dans sa mémoire afin
de ne les jamais perdre de vue, et voici pourquoi : le ju-
gement de tous doit s'exercer sur des faits certains, indu-
bitables , ayant une cause bien déterminée, sans cela tout
serait vague dans l'esprit; et si l'on arrivait à produire
quelque chose, la cause ayant échappé, on 'attribuerait à
l'imagination des résultats qui ne sont point de son ressort,
et les grands phénomènes dont on aurait été témoin ne
seraient plus propres qu'à fausser le jugement, altérer la
raison.
Tous les effets dont je viens de parler ne doivent être
considérés que comme phénomènes généraux ; il semble que
la nature s'essaye , qu'elle cherche à reconnaître l'hôte
étranger qui vient d'entrer dans son domicile et le but dans
lequel il vient la troubler.
Jusqu'à présent le magnétisme a été si mal observé, le
plus grand nombre des esprits a montré si peu de péné-
tration, qu'on a laissé échapper ce premier rudiment de
fait, le seul pourtant qui puisse conduire à l'étude ration-
nelle du magnétisme, et, nous ajouterons, le seul propre à
des démonstrations rigoureuses.
En effet, tout ce qui se produira désormais partira de
cette base, base inébranlable, car tous les phénomènes
que nous avons décrits se produisent d'une manière iden
FORCE MAGNÉTIQUE. 59
tique sur les animaux et sur les êtres humains endormis ;
c'est donc une loi.
Dans ces faits il est impossible de méconnaître l'exis-
tence d'un agent ayant des qualités propres, inhérentes
à lui ; sans l'admission de ce principe on attribuera forcé-
ment les faits quels qu'ils soient à l'imagination, à la cha-
leur animale, à l'éréthisme de la peau et à l'imitation, ce
que n'ont pas manqué de faire les académiciens passés et
présents, quand ils ont eu à examiner et à juger le ma-
gnétisme.
Poursuivons maintenant la description des procédés
magnétiques.
Lorsque, voulant avancer vers un développement de
phénomènes plus marqués que ceux décrits plus haut, nous
reprenons notre magnétisé au point où nous l'avons laissé,
nous le saturons de nouveau en faisant des passes rapides
de la tête jusqu'à l'estomac, des surexcitations nombreuses
ne tardent pas à se montrer, des secousses plus fortes,
une propension au sommeil ; le magnétisé s'agite, ses yeux
sont parfois fermés, la respiration devient fréquente. En
cet instant la nature montre souvent ses tendances défi-
nitives ; ou elle plonge l'individu dans un sommeil pro-
fond et alors il faut l'aider en bornant le cercle de son
action à ce qu'elle demande, ou bien la nature, refusant
le sommeil, convulse l'être au point d'effrayer ceux qui
n'ont point connaissance de ce phénomène : il semble que
dans le premier cas, la nature se soit assimilé le magné-
tisme d'autrui , qu'elle ait, avec ce surcroît de vie, pro
60 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
duit une congestion du cerveau pour y faire naître et déve-
lopper le somnambulisme ; dans le deuxième cas, elle
force cet agent à circuler, elle le rejette violemment comme
une chose qui la trouble et la gêne .
La volonté du magnétisé ne saurait rien produire de
semblable à ce que nous venons de décrire ; elle est éga-
lement impuissante à le faire cesser : la lutte n'est donc
pas entre deux volontés, mais entre deux forces inégales
en puissance. Si le magnétiseur continue ses passes
avec une certaine énergie, la victoire lui appartient et sa
domination peut devenir absolue ; on voit dans ce cas
le magnétisé fléchir lentement vers le sol ou y tomber
tout à coup.
Lorsqu'on ne veut pas pousser plus loin l'expérience,
on promène doucement la main de haut en bas, non plus
pour magnétiser, mais pour dégager au contraire le sujet,
rendu sensible, de l'agent qui l'opprime.
Si, dans ce moment, vous faites lever le magnétisé et
que vous vous placiez dos à dos, qu'il y ait contact des
surfaces ou un léger éloignement, il est attiré forcément
dans votre direction ; et si vous vous éloignez il vous suivra
à reculons (la gravure ci-dessous indique ce singulier
phénomène). Quelle que soit d'ailleurs la force physique du
magnétisé, il se courbe et obéit à cette attraction ; il peut
même arriver que cette attraction devienne si puissante et
si énergique que le magnétisé se colle contre votre dos et
ne fasse qu'un avec vous. J'ai fait cette expérience un
grand nombre de fois et en engageant le magnétisé à
FORCE MAGNÉTIQUE . 61
résister, à ne pas obéir, cela ne diminuait en rien le
résultat de l'expérience .
Ce serait ici le lieu où je devrais décrire ces magnifi-
ques expériences faites pendant bien des années, soit rue
des Petits-Champs , soit au Palais -Royal devant des mil-
liers de spectateurs, sans jamais me servir de sujets pré-
parés, agissant, au contraire, presque constamment sur
des personnes que je ne connaissais point. Je montrai à
62 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
cette foule de visiteurs les merveilles du magnétisme, mer-
veilles assez semblables à ce que la fable rapporte des en-
chantements de Circé. Je produisais à volonté la tristesse
ou la joie ; je grisais celui-ci et lui ôtais la raison , plus
-
encore, j'exaltais son génie et faisais naître en lui la pas-
sion que me suggérait le caprice de mon esprit. Je trans-
formais des jeunes gens en vieillards, et l'on voyait, chose
inouïe, les traits se modifier, l'audition s'affaiblir, les sens
se perdre, la démarche devenir chancelante ; la voix s'al-
térait , et la décrépitude du dernier âge apparaissait enfin
là où la vie étalait tout à l'heure sa richesse exubérante,
sa beauté .
Quelquefois on me vit quintupler les forces d'un être
faible ou éteindre la puissance d'un homme fort, au point
de l'empêcher de pouvoir porter le plus léger fardeau.
J'attachais au sol un magnétisé, et la difficulté qu'on
éprouvait à l'enlever démontrait bien qu'il n'y avait rien
là d'imaginaire .
Toutes ces expériences, que je variai et multipliai à
l'infini , avaient pour but d'initier les hommes à la vérité
nouvelle, de leur en montrer les curieux résultats, puisque
son utilité semblait moins les toucher.
Avais-je besoin pour produire le phénomène de l'hypno-
tisme de me servir d'un corps poli, et d'occuper ou de
fixer ainsi l'attention de mon sujet, de fatiguer son re-
gard ? Non , - ma pensée suffisait. Il faut laisser les
moyens vulgaires à nos académiciens, qui, par l'emploi de
ces moyens, ont montré le peu de ressource de leur esprit
FORCE MAGNÉTIQUE . 63
et laissé voir la peur qu'ils ont d'entrer dans le do-
maine du magnétisme : la honte couvre maintenant leur
visage , non, je me trompe, le mensonge, quand il s'agit
du magnétisme, leur paraît naturel et nécessaire, - ne
doivent-ils pas soutenir le bien jugé de leur mauvaise
cause ? Mais le public ne s'y méprend plus, leurs fausses
vertus se sont assez dévoilées.
Celui donc qui connaît bien son outil, toutes les res-
sources que lui offre cet agent merveilleux, peut pénétrer
dans le domaine de la vie, en faire jouer tous les ressorts :
sa puissance n'empruntant alors rien à la matière, des
agents inconnus sont tout prêts à lui prêter leur con-
cours, - un pas encore , et la science antique se révèle
à lui!
O vous qui pensez que l'imagination est ici créatrice et
que c'est un de ses jeux sans portée, vous vous trompez !
Écoutez-moi un instant. Vous croyez , dans votre igno-
rance des faits , qu'il est besoin de prévenir pour agir, ou
tout au moins de faire, par des mouvements, deviner vos
intentions ? Il n'en est rien : on vint souvent me prévenir
que des gens, placés dans la direction des courants fluidi-
ques émis, mais séparés de moi par une muraille, s'étaient
endormis ou étaient tombés en convulsion ; aucun d'eux
cependant n'avait, dans ces divers cas, été prévenu ni ne
pouvait supposer non plus que je fusse dans son voisi-
nage , -
si quelqu'un parmi eux avait été magnétisé
d'autres fois et ailleurs par moi, il en était d'autres que je
n'avais jamais touchés et que je ne connaissais point.
64 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Cette petite gravure a été faite sur le vu de l'un de ces
résultats .
N'arrive-t-il pas souvent que des magnétisés sentent
où vous avez passé ou devinent votre approche ?
Les savants le nient, dira-t-on ; mais ils ont beau s'ima-
giner qu'ils savent les secrets de la nature, ils se trom-
pent ; ce qui le prouve indubitablement, c'est la persis-
tance malheureuse qu'ils mettent à nier l'évidence même.
Le fluide magnétique porte au loin la pensée et ses pro-
pres vertus ou propriétés. L'électricité matérielle n'offre
qu'une faible image des propriétés du principe qui nous
anime .
Pénétrez-vous donc de cette vérité, que l'agent qui
contracte vos muscles et qui joue un si grand rôle dans
les affections nerveuses est indubitablement de même na-
FORCE MAGNÉTIQUE. 65
ture que celui qu'emploie le magnétiste. -
S'il était pos-
sible de le condenser, d'en rassembler les rayons, la fou-
dre serait en nos mains et rien ne résisterait à notre
puissance : c'est parce que nous ne pouvons toujours l'a-
voir à notre disposition, selon notre désir, que les phéno-
mènes sont parfois faibles ou incertains. Les organes qui
le produisent ou le sécrètent sont inconnus, mais sa base
est l'électricité même ; si ses propriétés ne sont pas iden-
tiques à celles de l'électricité, c'est qu'il emprunte à la vie
ses propriétés, qu'il se revêt de ses attributs. Quand il se
dépense rapidement , la respiration devient haletante ;
quand il fuit à notre dernier jour, il produit des mouve-
ments inconscients, parce qu'il n'est plus dirigé : il s'é-
coule alors le long des nerfs en produisant une sorte de
frissonnement d'un caractère particulier. L'asphyxie l'a-
néantit en tarissant sa source.
De tous ces faits et de bien d'autres que nous n'avons
point mentionnés, il résulte la preuve matérielle de l'exis-
tence de la force , admise primitivement comme une
simple hypothèse. Cette existence longtemps contestée ne
saurait plus être mise en doute, et l'on ne saurait offrir de
vérité plus solidement établie, ni mieux démontrée. Si je
reviens une dernière fois sur ce sujet, c'est pour montrer
l'importance quej'attache à cette vérité.
Les expériences que j'ai rapportées offrent un danger
réel ; -
malheur à l'imprudent qui s'y livrerait sans ré-
serve ! Si tout semble s'effacer quand le charme cesse, la
tranquillité n'est qu'à la surface, le fond est encore agité :
5
66 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
on ne réussit à rétablir le calme que lorsqu'on le possède
soi-même, et qu'on sait s'arrêter à temps .
Ces expériences offriront toujours aux industriels le
moyende gagnerbeaucoupd'argent, s'ils n'ontni scrupules,
ni conscience, parce que la curiosité, le désir d'émotions
saisissantes , l'amour du merveilleux, le désir de connaître
les moyens de pénétrer l'avenir existe chez tous les
hommes. On peut à son aise puiser dans la bourse d'au-
trui, il ne faut pour cela que consentir à servir les mau-
vaises passions : un magicien sera toujours plus recherché
qu'un médecin et beaucoup mieux payé , - je ne sais
combien d'offres d'argent m'ont été faites soit pour rappe-
ler un infidèle ou pour déterminer un mariage, soit pour
savoir l'époque où devait mourir un mari, une femme, un
parent. La jalousie se présentera à vous avec ses trans-
ports ; les grands de la terre viendront vous trouver et
vous offrir des présents, mais gardez-vous cependant de
pratiquer le métier de magicien, si votre science est réelle,
les charlatans seuls n'ont rien à craindre. L'his-
toire nous apprend que les hommes qui devinèrent juste
trouvèrent de cruels ennemis, que leur existence fut cons-
tamment menacée par le poignard ou le poison, ou qu'elle
s'éteignit dans les supplices, sur les bûchers ; car, en ceci,
ce qui sert l'un dessert l'autre, et quelque promesse que
l'on vous ait faite de garder le secret de vos opérations ou
révélations, on ne se regarde jamais engagé par un ser-
ment lorsqu'il s'agit d'un devin .
SOMMEIL MAGNÉTIQUE. 67
SOMMEIL MAGNÉTIQUE.
Le fluide magnétique prend parfois la direction du cer-
veau, et remontant au lieu de descendre, il produit alors,
avons-nous dit, une sorte de sommeil. Cet état peut être
profond ou léger, car il varie beaucoup dans sa forme ; il a
donc des degrés , c'est-à-dire qu'il peut d'abord être très-
léger et successivement devenir tellement profond que
toute la sensibilité se trouve éteinte, et les muscles dans
un repos tel qu'il soit impossible au magnétisé de pro-
noncer une seule parole. Cela s'explique par la compres-
sion du cerveau opérée par le fluide magnétique.
Cette situation exige quelque ménagement et quelque
connaissance ; il faut quele magnétiseur soit fixé sur le
but qu'il se propose d'atteindre.
S'il n'a en vue que le sommeil lucide, cet état y conduit :
il doit dans ce cas entretenir doucement le sommeil par
un magnétisme modéré , promener ses mains sur la
mâchoire inférieure, y opérer une sorte de doux massage,
presser légèrement le menton pour s'assurer si la bouche
peut s'ouvrir et si la langue est libre, afin d'obtenir quel-
ques paroles du magnétisé, ce qui n'arrive quelquefois
qu'au bout de dix ou quinze minutes.
Dans le cas où l'on ne désire point prolonger cette crise,
on dégage la tête du dormeur par des passes faites en
68 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
travers ; on souffle sur la base du crâne, en accompagnant
cette manœuvre d'un appel au dormeur ; on prononce
son nom et, d'une voix assez forte, on lui dit : Réveille-toi,
ou Réveillez- vous. Si le réveil n'a point lieu au bout de
quelques minutes, il ne faut pas s'effrayer, car il viendra
sûrement, quoiqu'il puisse se faire attendre. On peut
encore précipiter le réveil en plaçant le dormeur dans un
courant d'air frais ; quelquefois même un peu d'eau
froide, jetée au visage, fait cesser cet état brusquement.
Lorsqu'on est habitué à cette pratique, on remarque
quelque chose qui semble tenir du prodige, tant la régu-
larité de cette crise est parfaite et le fait instantané ;
mais il n'en est pas ainsi lorsqu'il y a hésitation chez le
magnétiseur, lorsque sa volonté n'est pas bien arrêtée. La
nature semble hésiter lorsque le doute s'est emparé de
l'esprit ; c'est pourquoi il faut que le magnétiseur soît doué
d'une certaine énergie, qu'il veuille résolûment et surtout
qu'il soit sans crainte : ce sont des conditions essentielles
pour que les expériences ne laissent rien à désirer.
Lorsque vous avez obtenu ces premiers résultats, ces
difficultés facilement vaincues peuvent vous rendre té-
méraire et vous faire négliger les règles les plus vulgaires
de la prudence. Si vous voulez vous soustraire à beaucoup
d'ennuis et à une responsabilité réelle, ne faites ces pre-
mières expériences que pour vous assurer que vous avez
la force, et que le magnétisme n'est point une illusion.
Cette conviction acquise, restez-en là pour tout ce qui est
seulement de pure curiosité : cette découverte est trop
SOMMEIL MAGNÉTIQUE . 69
grande et trop belle pour servir d'amusement, elle a un
côté trop sérieux et trop philosophique pour qu'on en
profane ainsi les divins résultats.
Avant de vous parler du parti que vous pouvez tirer
d'un semblable agent pour la cure des maladies, je dois
vous rappeler que les phénomènes qu'il produit sur
les animaux sont presque identiques à ceux déterminés
sur l'homme. Les procédés d'investigation sont les mêmes,
et voici ce qu'on observe : l'animal étant endormi et géné-
ralement couché, si vous êtes placé à deux ou trois pas de
lui et que vous dirigiez l'une de vos mains sur ses grandes
surfaces , en la descendant lentement de haut en bas ou
de bas en haut, cela ne fait rien, donnant le temps au
fluide magnétique de s'accumuler dans un réservoir in-
connu, bientôt vous apercevrez une modification dans la
respiration de l'animal ; celle-ci paraît abdominale, il y
a de singuliers mouvements dans ses flancs, suivis bientôt
d'un temps d'arrêt ; puis les membres commencent à
s'agiter , une légère horripilation a lieu, vous pouvez
voir monter le fluide magnétique vers la tête, les paupières
s'agitent alors et les lèvres deviennent le siége de petits
mouvements convulsifs. Si vous continuez , il s'agite,
et de véritables décharges magnétiques paraissent avoir
lieu ; il s'éveille parfois brusquement, il baille , s'al-
longe et vous regarde attentivement. Je parle ici du chat
et du chien.
Le cheval, vous pouvez le magnétiser éveillé en diri-
geant vos mains le long de la colonne vertébrale ; l'évidence
70 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
de l'action est bientôt constatée, bien que tous ne soient
pas d'une égale sensibilité. On en trouve qui se saturent
tellement de ce singulier agent qu'ils sont cataleptisés et
ne peuvent se mouvoir. Lorsque cette torpeur a cessé,
ils hennissent, vous regardent et sont dès lors en sym-
pathie avec vous ; ils vous aimeront, vous reconnaîtront
parfaitement si vous venez les voir et se prêteront d'eux-
mêmes à une expérimentation qui sans aucun doute leur a
paru agréable .
Tous les dompteurs de bêtes, tous les charmeurs de
serpents usent de procédés magnétiques, soit qu'ils agis-
sent avec connaissance de cause, soit qu'ils aient reconnu
par l'observation que leur rayonnement était une puissance
fascinatrice.
Le magnétisme agit également sur des animaux à sang
froid.
J'ai fait des expériences sur des lézards et des gre-
nouilles. J'attirai d'abord leur attention de loin, à une dis-
tance de sept à huit pas, puis, dirigeant ma main dans
leur direction, j'approchai peu à peu et je parvenais
ainsi à les toucher, à les remuer même sans qu'ils cher-
chassent à fuir. Mais pour obtenir ce résultat, il ne me
fallait point de distraction et mon action devait être
constante.
Je me rappelle avoir expérimenté sur une libellule ou
mouche-demoiselle qui voltigeait avec une extrême rapi-
dité au-dessus d'une grande corbeille contenant de grands
plants de blé de Turquie, dans le jardin d'une maison
SOMMEIL MAGNÉTIQUE . 71
que j'habitais. Je magnétisai cet insecte pendant ses évolu-
tions, au bout d'un instant il vint se placer sur une des
longues feuilles de ce végétal agité par le vent. J'en ap-
prochai doucement, je le pris par ses longues ailes et le
plaçai sur ma main ; je le caressai et il me sembla qu'il
attendait mon consentement pour reprendre sa volée. Je
le lui donnai et bientôt il voltigea avec une rapidité ex-
trême sur les tiges où je l'avais pris et s'enfuit ensuite au
loin. Le fait était assez étrange, mais ce qui suivit me le
parut davantage encore. Le lendemain, à pareille heure,
je revis mon insecte, voltigeant comme la veille, au même
lieu ; par le même manége j'obtins le même résultat ; le
lendemain de même encore , mais ayant manqué le jour
suivant à mon rendez-vous, je ne revis plus mon sympa-
thique insecte.
L'homme a donc puissance sur tous les animaux, il en
est véritablement le roi, et son sceptre est bien ce magné-
tisme rayonnant dont nous décrivons ici les phénomènes
saisis jusqu'à ce jour.
DU SOMNAMBULISME
LE BEAU COTÉ DE LA MÉDAILLE.
Un des fréquents effets du magnétisme, c'est le som-
meil particulier connu sous le nom de somnambulisme. Je
n'ai pas l'intention de décrire cet état bien connu, dont
tous les ouvrages contiennent des relations, mais seulement
de faire connaître quelques particularités propres à le faire
mieux juger.
Le somnambulisme présente une variété infinie de
caractères. Un moyen de les reconnaître et de les juger,
c'est de laisser les dormeurs à eux-mêmes, toujours plongés
dans le sommeil et sous l'influence d'un magnétisme
doux, sans que la pensée ou le désir du magnétiseur ait un
but déterminé : une sorte de somnambulisme naturel se
développe alors, et vous voyez paraître les aptitudes de
chacun, les goûts particuliers, les facultés, ce qu'ils tien-
nent enfin de la nature.
Tenez : en voici un qui devient poëte; il compose en ce
SOMNAMBULISME . 73
moment un drame bien noir, son improvisation n'est point
douteuse, il parle haut, refait ou défait sa composition
jusqu'à ce que l'idée soit bien rendue... il s'arme alors
d'un poignard, frappe furieusement l'objet de son animad-
version , il savoure sa vengeance et chante son triomphe.
Voyez-vous cet autre enfourchant une chaise ? ... Il se
croit sur un cheval rétif, il le pique de l'éperon et le fait
courir ; son corps se balance et est agité comme si vérita-
blement une bête chevaline était entre ses jambes. Enten-
dez ses apostrophes, ses coups de cravache ; enfin il des-
cend de sa monture content et satisfait, il est fatigué , le
voilà qui se repose, il ronfle, puis enfin se réveille.
En voilà un qui est né musicien, il chante et s'écoute
chanter, il corrige ses intonations et finit par devenir en-
nuyeux . C'est monotone, passons.
Je ne crois point que les divers actes que nous venons
d'énumérer soient dus à des réminiscences de la veille, je
les considérerais plutôt comme le produit des dispositions
cachées de leur esprit, dispositions dont l'éclosion n'a eu
lieu que dans le sommeil et n'aura peut-être jamais lieu
autrement.
Si vous abandonnez ces rêveurs à eux-mêmes, ils finis-
sent par tomber dans une espèce de rêvasserie et ils se
réveillent en bâillant et ayant tout oublié : l'écuyer est
fatigué, le dramaturge ne se plaint d'aucune gêne , le
chanteur se porte bien.
Voulez-vous une preuve nouvelle de la diversité, observée
dans le sommeil , des caractères , des aptitudes, des dis
74 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
positions naturelles des sujets, dispositions qui peuvent plus
ou moins être altérées par les exigences de la civilisation et
les obligations qu'elle nous impose, car ce que produit la
civilisation n'est point l'ouvrage de Dieu, mais qui ne
sauraient jamais être entièrement étouffées, -- prenez, pour
votre étude, un certain nombre de dormeurs ; laissez-les
libres de développer leur instinct ou les facultés qu'ils tien-
nent de la nature : En voilà un qui ne sera jamais médecin ,
mais il trouvera les choses perdues ou enfouies ; ne le
sortez point de sa spécialité, il sera merveilleux. En voici
un autre qui n'est apte qu'à la médecine, il ne trouvera
rien en dehors des remèdes ; il les connaît par une intui-
_tion qui lui est propre. Cet autre est bon pour les voyages ,
comme disent les magnétiseurs ; -
en communication
avec vous, il vous dira tous les endroits que vous avez ۱
parcourus, les joies que vous avez éprouvées comme les
peines qui vous ont affecté ; il vous dira minutieusement
les lieux où vous avez séjourné, les meubles qui servaient
à votre usage , etc... Éveillé, il ne connaît rien de votre
vie ; endormi, il est vous-même. Que dis-je? il est plus
que vous, car il vous retracera, rappellera des faits, des
événements qui n'étaient plus dans votre souvenir au
moment de votre interrogation.
En voici encore qui découvrent les gens noyés : plu-
sieurs de ces malheureux , que l'on cherchait vainement ,
ont été ainsi retrouvés aux endroits indiqués par des som-
nambules sans qu'ils eussent, à l'état naturel, la moindre
connaissance des accidents.
SOMNAMBULISME . 75
Il y en a d'autres qui trouvent les voleurs, les assassins ;
qui suivent à la piste les gens qu'on leur désigne et qui
font en définitive des choses merveilleuses. Mais n'allez
chez aucun d'eux chercher la constance dans la vision,
vous trouveriez à côté de divines facultés des erreurs
monstrueuses à constater . D'où vient cette incertitude ? A
quoi tient-elle? Elle est très-souvent causée par le consul-
tant, qui apporte dans ses recherches des idées préconçues,
et qui exerce ainsi sur le somnambule une fâcheuse in-
fluence ; peut-être encore la lumière qui apparaît dans le
sommeil se ternit-elle d'elle-même : il y a ici quelque
chose de tellement profond, que lorsque l'esprit veut son-
der ce mystère il aperçoit que Dieu n'a pas permis que
tout fût révélé.
Quelquefois aussi vous arrivez chez le dormeur au mo-
ment d'une éclipse causée par un excès de la veille ou du
jour, par un écart de régime ou une débauche, une que-
relle de ménage, etc. , toutes causes qui peuvent exercer
une influence fâcheuse sur la lucidité magnétique : le som-
meil doit se produire dans le calme de l'âme et loin des
passions.
Je ne fais qu'esquisser quelques cas de somnambulisme,
la variété en est infinie ; les dons de la nature sont si diffé-
rents qu'on reconnaît bien ici la sagesse de Dieu qui n'a
pas voulu donner à un seul ce qui pouvait être divisé.
Plusieurs somnambules peuvent être amenés à faire des
choses diverses , mais c'est alors comme chez nous le pro-
duit de l'étude ; car dans le sommeil même l'homme peut
76 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
recevoir les éléments des sciences, et féconder celles-ci ; il
peut acquérir des dons artificiels.
J'ai vu, chose remarquable, quelques somnambules
dans l'esprit, dans l'âme desquels venaient se réfléchir,
sans travail et sans peine, les événements qui se passaient
au loin, les faits actuels, tristes ou gais, qui avaient lieu
dans quelque coin de la terre habitée. A-t-on vérifié
leur dire ? Oui , on s'est assuré qu'ils ne s'étaient point
trompés ; et j'ai remarqué que tout ce qui venait ainsi par
ce divin mirage, tout ce qui venait sans sollicitation et
comme de lui-même présentait plus de garanties de réalité
que ce qui était obtenu de force ou par obséquiosité.
Tout le monde sait qu'un somnambule naturel peut
marcher sur les toits, se maintenir sur le faîte, et qu'il ne
perd l'équilibre que lorsqu'on le trouble dans sa prome-
nade nocturne et qu'on cherche à le réveiller. Ce fait est
donc acquis ; mais ce qu'on ignore généralement, c'est
qu'un somnambule magnétique puisse se promener au fond
d'une rivière sans être asphyxié par l'eau . Cette expérience
a été faite par un médecin de Lyon qui, sur son honneur,
m'a affirmé le fait ; par précaution il avait attaché une corde
à son sujet et il en tenait l'un des bouts ; le somnambule
était descendu dans le Rhône, s'était promené un quart
d'heure sous l'eau, et n'en était sorti que lorsque le méde-
cin, se laissant gagner par l'inquiétude, avait retiré la
corde. J'avoue que je n'aurais point osé me permettre
une telle expérience.
J'ai connu une somnambule, qui a été très-courue à
SOMNAMBULISME . 77
Paris pendant de longues années, madame Fagard, qui,
ignorant la natation, ne s'en jetait pas moins à l'eau pour
aller chercher, dans des endroits profonds, des plantes
qu'elle croyait salutaires.
Un jeune homme faisait la cour à une demoiselle som-
nambule ; il l'aimait et il en était aimé. L'idée lui vint
d'endormir sa fiancée avant l'acte du mariage, et de la te-
nir dans cet état pendant la cérémonie. Il exécuta son pro-
jet. La jeune fille alla à la mairie et à l'église, toujours en
somnambulisme ; elle répondit à toutes les questions qui lui
furent adressées, et se comporta enfin comme une personne
éveillée ; personne ne se douta de rien. Plus tard, le ma-
gnétiseur n'osa plus réveiller son sujet, la crainte d'une
secousse morale trop violente, l'abus condamnable de pou-
voir dont il s'était rendu coupable, le remords peut- être...
tout conspirait à paralyser, à arrêter la volonté qui s'éveil-
lait souvent en lui, de rendre sa femme à la vie ordinaire.
Les jours , les mois se passèrent dans cette hésitation dont
-
un événement important seul parvint à le faire sortir,
-
il
sa femme avait conçu dans cet état mystérieux,
n'hésita plus alors, il la réveilla, mais par degrés, petit à
petit. Quelque sagesse, quelque prudence qu'il eût apportée
à cet acte, il ne put néanmoins éviter le profond étonne-
ment de sa femme. Le contraste de sa vie de jeune fille et
de son état présent avec lequel elle ne pouvait apercevoir
de liaison, car elle ignorait tout,- sa volonté n'ayant point
participé à ce qui avait été fait,-ce contraste devait appor-
ter un trouble profond dans son intelligence. La secousse
78 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
qu'elle en éprouva faillit la rendre folle. Quel châtiment
pour la témérité du magnétiseur !
Avec une semblable force, un semblable moyen on doit
s'attendre à toutes les excentricités possibles.
Depuis longtemps déjà des magnétiseurs font voyager
leurs somnambules dans la lune, le soleil et les étoiles :
Dieu seul sait si ce qu'elles en rapportent est vrai. Pour
moi , je n'ai jamais aimé que les faits qui pouvaient se
vérifier, quoique le principe enfût inconnu : avant qu'on se
soit rassasié du possible, il s'écoulera bien du temps tant
les merveilles sont grandes.
J'ai parlé tout à l'heure de la voyance somnambulique,
de cette vue mystérieuse et des paroles prophétiques pro-
noncées dans le sommeil, l'utilité de ces facultés n'est point
douteuse ; elle est au contraire d'un grand prix. Je prends
au hasard quelques attestations dont les faits patents, cer-
tifiés, devraient émouvoir les hommes de science et les phi-
losophes ; mais il semble que tous soient morts ou comme
morts, car aucun de ces phénomènes, bien propres à agiter
l'esprit et à confondre la raison, n'a eu la puissance
d'exciter leurs recherches :
ATTESTATIONS AUTHENTIQUES DES FAITS LES PLUS
REMARQUABLES DE LUCIDITÉ.
Je soussigné Christophe Hutin, propriétaire à Bovée,
certifie avoir consulté madame Thiriot, de Ligny, dans son
SOMNAMBULISME . 79
état de somnambulisme, qu'elle a très-bien satisfait à la
confiance que j'avais en elle, en m'indiquant le dépôt d'un
paquet perdu par mon épouse depuis environ un mois et
demi , et détaillé tous les objets qu'il renfermait et que la
personne m'en a fait remise à ma satisfaction.
Ce que je certifie sincère et véritable.
Bovée, 26 janvier 4854 .
CH. HUTIN.
Vu pour la légalisation de la signature du sieur Hutin
Christophe.
Bovée, 26 janvier 1854.
Le Maire, SIMON.
Nous, soussignés, tous habitants de la ville de Ligny,
attestons et certifions, pour rendre hommage à la vérité,
que, le 4 novembre 1854, avons consulté dans son som -
meil magnétique madame Thiriot, demeurant audit Ligny,
à l'effet de connaître, par elle, ce qu'était devenu le sieur
Faudot, dudit lieu, disparu de son domicile depuis le 29
octobre même année. La somnambule étant endormie,
nous lui avons remis un bonnet de coton appartenant à la
personne absente, et posé cette question : « Voyez-vous ce
qu'est devenu le mari de madame Faudot qui est ici de-
vant vous? » Environ trois minutes après, elle poussa un
soupir et répondit : « Il est mort. -De quelle mort?- Je
80 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
levois dans un bois, pendu après un chêne au moyen d'une
hart au cou. - Dans quelle direction du bois et à quelle
distance, le voyez-vous ? Sa réponse ne se fit pas attendre :
« Le bois n'est âgé que de cinq à six ans, dit-elle, et c'est
bien à cinquante pas dans le bois, le long d'un sentier à
gauche du grand chemin.
Des recherches furent par nous tentées ; mais le mau-
vais temps qu'il faisait cejour-là nous empêcha de pénétrer
dans l'enceinte du bois que nous avait désigné la somnam-
bule ; par conséquent, nos recherches furent infructueuses.
Enfin, le 14 janvier présent mois, un habitant de la com.
mune de Nançois -le-Petit, le sieur Laurin, se trouvant par
hasard dans ladite forêt, retrouva le malheureux Faudot,
pendu après un chêne, une hart au cou, à la hauteur du
sol d'environ trente centimètres , exactement comme nous
l'avait dit madame Thiriot lors de notre consultation, à qua-
rante pas. Le bois dans lequel Faudot s'est donné la mort,
se nomme Malval, territoire de Nançois-le-Petit.
Délivré à Ligny, le 2 janvier 1855 .
Ont signé : Veuve J.-P. Faudot, Rémy Faudot, Jean-
Jacques Kirckler, François Pensey, Chrétien, N. Cuendin
Léon Auguste , Varlet, Laurin de Nançois-le-Petit.
Vu pour légalisation de Mme J.-P. Faudot, de Ligny,
et autres .
Ligny, 25 janvier 4855.
Le Maire , SIMON.
SOMNAMBULISME . 81
Nous, soussigné, Hussenot , maire de la commune de
Givrauval, canton de Ligny, département de la Meuse,
certifie pour rendre hommage à la vérité, que le 19 août
1855, avons consulté, dans son sommeil magnétique, ma-
dame Thiriot, demeurant à Ligny, à l'effet de connaître par
elle ce qu'était devenu mon fils, disparu depuis deux jours
de mon domicile. Madame Thiriot étant dans son sommeil
magnétique, nous lui avons demandé : « Voyez-vous ce qu'est
devenu notre fils, absent depuis deux jours ? » Peu de temps
après, elle nous a répondu : « Il est mort. » Nous lui avons
demandé : « De quelle mort ?-Je vois qu'il est tombé dans
la rivière. » — Ce qui était vrai. Nous lui avons demandé
aussi l'endroit où il était tombé ; elle nous l'a fait con-
naître. Nous sommes allés au lieu indiqué, et nous avons
retiré notre fils de l'eau, qui était bien mort. C'est pour-
quoi nous lui avons délivré le présent certificat pour lui
servir , le cas échéant .
Givrauval, le 22 août 1855 .
Le Maire, C. HUSSENOT.
Je soussigné, Pierre Charlier, propriétaire, demeurant
à Cuisy, canton de Montfaucon, département de la Meuse,
certifie avoir consulté madame Thiriot, somnambule de
Ligny, le 22 janvier 1856, étant dans son sommeil magné-
tique.
Je lui ai demandé : « Pouvez-vous me dire ce qu'est de-'
6
82 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE
venue ma montre, qui m'a été soustraite il y a environ
quinze jours ? » Deux minutes environ après cette question,
la somnambule me répond : « Votre montre n'est pas bien
éloignée de chez vous. » J'ai demandé à ladite somnambule
ce que le voleur ferait de ma montre et si la vendant
il n'aurait pas peur d'être connu, attendu qu'il y avait
quelque chose de remarquable à ma montre qui ne se
trouvait pas aux autres montres. Ce qui était vrai. Je lui
ai demandé ce qu'elle voyait de remarquable à ladite
montre. Elle m'a répondu qu'elle voyait du côté où on
la remonte un cercle d'une couleur bleuâtre , et même
le verre qui était cassé, ce qui était encore vrai. Mais
elle me dit aussitôt de ne pas me tourmenter , qu'elle
voyait la personne qui avait soustrait la montre avoir peur
de la somnambule, et qu'elle croyait que d'ici à quelques
jours l'on rapporterait la montre, de manière à ne pas
être vu. En effet, deux jours après la consultation, vers les
six heures du soir, ma femme étant sur le point d'aller
rendre une visite dans une maison voisine, ouvre la porte
de notre maison et aperçoit aussitôt ma montre accrochée
en dehors de ladite porte après la clanche.
Ce que je certifie sincère et véritable.
Cuisy, le 5 février 4856 .
CHARLIER (Pierre) .
Nous, soussigné, maire de la commune de Trouville,
certifions que, le 6 avril dernier, le sieur Naudin, institu
SOMNAMBULISME. 83
teur de ladite commune, étant à se promener sur le che-
min vicinal de Trouville à Salmagne, passant sur le pont
que traverse la rivière de l'Ornain, il avait aperçu dans
ladite en aval du pont un cadavre arrêté sur le gravier.
Il est venu aussitôt m'en donner connaissance. Je me suis
au même instant transporté sur le lieu dit. J'ai reconnu
que c'était la vérité. Au même instant, j'ai fait retirer le
cadavre qui m'était inconnu, et je l'ai fait garder par un
peloton de garde nationale, et en prévins la justice.
Le lendemain 7, la gendarmerie est venue pour faire la
levée du cadavre. Il s'est présenté Anne Bleuse, femme
Jacquemin, et Marie Jacquemin, femme Renard, lesquelles
m'ont déclaré bien reconnaître ce cadavre. Anne Bleuse
me dit : « C'est bien certainement mon mari, et la femme
Renard reconnaît que c'est bien son gendre. » Après cette
déclaration , j'ai de suite procédé à l'inhumation du corps
suicidé. Afin de pouvoir régulariser l'acte de décès dans
toutes les formes, je me suis transporté à Ligny, afin de
m'assurer. Étant au domicile de la femme Jacquemin, j'ai
eu en rencontre madame Thiriot, dite somnambule, de-
meurant aussi à Ligny. Madame Thiriot me dit que, étant
dans son sommeil magnétique, elle avait donné connais-
sance à Anne Bleuse, femme Jacquemin, que son mari
s'était jeté à la rivière sur le territoire de Ligny, près les
bateaux , et que ladite femme Thiriot lui avait mème
donné le signalement de tous ses vêtements, et leur avait
même dit que ses souliers étaient neufs, qu'il manquait
même un clou à celui du pied droit.
84 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Moi, maire, je certifie avoir visité les souliers étant à
ses pieds , avoir reconnu que c'était la vérité. La femme
Anne Bleuse et la femme Renard m'ont certifié que tout ce
qu'elle me disait était vrai.
Ont signé : Veuve JACQUEMIN, — femme RENARD.
C'est pourquoi nous avons délivré le présent à madame Thiriot,
pour lui servir au besoin .
Trouville, le 8 avril 1857.
Le maire, J. D. MAYEUR .
Il me serait facile de citer un grand nombre d'autres
faits, de ceux qui me sont personnels ou de ceux prove-
nant de sources authentiques très-respectables ; mais je ne
veux fournir qu'une légère indication, afin que les obser-
vateurs de cette sublime voyance soient conduits à des
recherches utiles pour éclairer de ce flambeau nouveau la
science rétrograde et faire comprendre tout ce qu'il y a de
trésors enfouis dans les cerveaux humains. En terminant,
j'inscrirai ici un fait de voyance, produit par un de mes
élèves, parce qu'il fit une assez grande sensation ; pour-
tant aucun journal n'osa en parler :
« Ce fut le 10 mai 1846, au matin, que Sixdeniers se
noya, en partant pour une petite partie de plaisir, accom-
pagné de cinq ou six amis.
» Depuis ce jour , malgré toutes les recherches, le corps
n'avait point été retrouvé, et on désespérait de le revoir.
SOMNAMBULISME . 85
Le 14 mai, à dix heures du soir, un ami du malheureux
artiste , témoin plusieurs fois de séances magnétiques chez
un honnête et respectable négociant de la rue du Bac,
imagina de solliciter des somnambules une preuve de leur
vision ; il remit, à cet effet, dans les mains de l'une d'elles
un petit portefeuille porté plusieurs fois par Sixdeniers. Il
lui demanda simplement : « Pouvez-vous nous dire où est
celui à qui appartient ce portefeuille ? » Il est bon qu'on
sache que pas un mot touchant cette tragique histoire
n'avait été prononcé. Après un quart d'heure de re-
cherche, la somnambule dit : « Que l'on vide la Seine, et
on le retrouvera . » Puis, saisie d'effroi et toute tremblante,
elle raconta dans tous ses détails l'événement funeste ;
elle ajouta que le corps était descendu sous des bateaux,
qu'il s'y était accroché, puis, que de nouveau, par le
mouvement d'autres bateaux, il avait subi un déplace-
ment, et qu'il lui était impossible de le suivre plus loin.
Cela , quoique singulier , n'était pas satisfaisant. On
voulut en savoir davantage, et on se décida à endormir une
autre fille qui, elle aussi , avait des perceptions intuitives.
On lui remit comme à l'autre le portefeuille, et on lui de-
manda de quel côté on devait diriger les recherches.
Bientôt elle éprouva les émotions de la plus profonde ter-
reur ; sollicitée de continuer, on la vit retrousser le bas de
sa robe et marcher comme si elle eût été dans l'eau . Sa
mimique exprimait de cruelles angoisses ; enfin, elle dit
qu'elle voyait le corps entre deux bateaux, un peu au-
dessus du pont des Arts, qu'il était arrêté, mais non accro
86 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ché, et que le mouvement de l'eau le faisait balancer. Elle
dépeignit exactement son costume, dit qu'il n'avait pas
de chemise, mais un gilet de laine, etc.
Le lendemain, à cinq heures du matin, des amis et
élèves de M. Sixdeniers, sur les indications fournies, se
dirigèrent vers l'endroit indiqué, et en y arrivant leur
surprise fut extrême, ils aperçurent le corps flottant du
malheureux artiste.
Tous ces détails sont de la plus scrupuleuse exactitude,
et nous pourrions au besoin faire connaître les personnes
présentes aux interrogations de la somnambule et celles
qui, ainsi dirigées, ont été à la recherche du cadavre. »
Les médiums n'ont rien produit de plus remarquable
en ce genre, ni de plus authentique ; d'où l'on pourrait
conclure qu'ils n'ont pas plus de lumières, et que la source
de leurs visions est la même .
LE REVERS DE LA MÉDAILLE.
J'ai esquissé les merveilleuses facultés du somnambu-
lisme lucide ; j'ai fait pressentir le parti que l'on pourrait
en tirer. Mais hélas ! que de déceptions attendent le cher-
cheur! que d'efforts, que de tentatives il lui faudra faire
SOMNAMBULISME . 87
pour trouver un sujet d'élite et qui ne le trompe point ! Il
faut qu'il soit en garde, non-seulement contre ceux qui
dorment réellement, car ce sommeil étrange est capri-
cieux, variable dans son intensité et dans sa durée, mais
aussi contre ceux qui veulent simuler ce sommeil, ou ceux
qui ne se trouvent que dans un sommeil incomplet.
L'homme est soumis à d'étranges illusions : il semble
voir toute chose à travers un prisme, et la vérité n'arrive
à son entendement que bien rarement pure de tout alliage.
Pourquoi en est-il ainsi? Il est tout naturel d'en attribuer
la cause à l'imperfection de sa nature et aux vices de son
éducation. Les chiffres seuls appliqués à un certain nom-
bre d'objets lui offrent quelque certitude, tout le reste lui
échappe ; l'erreur, le mensonge l'environnent de toutes
parts, et si, pour en juger, il veut s'en rapporter à lui seul ,
ses sens lui font défaut. Pour bien expliquer les choses,
il faut les comprendre et les connaître, et nous ne sommes
nés ni pour tout connaître, ni pour tout comprendre : les
plus sages et les plus instruits des mortels meurent dans
l'ignorance après avoir beaucoup cherché, beaucoup vu et
beaucoup médité. La vie est un mirage, un mensonge,
une constante illusion. L'histoire elle-même est menteuse,
car les mobiles qui font agir les hommes restent toujours
inconnus : les sollicitations intérieures, qui ont déterminé
des actes, viennent d'une source tellement mystérieuse
et l'esprit de discernement , donné d'ailleurs à un bien
petit nombre d'hommes, si limité dans son étendue,
qu'il ne nous est pas possible de connaître leur point de
88 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
départ. On s'explique ainsi la lenteur de la marche de
l'esprit humain, ses incertitudes, son élévation et ses
chutes. L'expérience sans doute est un flambeau, mais
tous les hommes ne savent point observer ; la plupart re-
gardent sans voir et écoutent sans entendre : c'est ainsi
que dans le royaume des aveugles , les borgnes sont rois ;
nous sommes de ce royaume, et il n'y fait pas bon atta-
quer les erreurs patentes et publiques, il y a des lois
d'État qui les défendent ; mais je n'ai point à m'occuper
de ce qui est étranger au somnambulisme, je reviens donc
àmon sujet.
J'ai, dans un autre ouvrage, décrit les symptômes qui
font reconnaître le développement du sommeil, j'ai dit com-
ment on pouvait acquérir la certitude de son existence
réelle : pour celui qui sait, l'erreur est peu possible ; pour
ceux qui commencent, rien n'est plus facile que de les
tromper .
Sans exagérer les choses, sur quatre somnambules
de Paris, il y en a à peu près une qui ne dort pas du
tout ; une dont le sommeil a existé, mais qui n'existe plus
aujourd'hui qu'à l'état de réminiscence , suffisant néan-
moins pour exciter quelquefois de véritables surprises ;
une autre qui n'est vraiment lucide que par instants : si
le consultant arrive dans ces heureux moments , il aura
de bons conseils, sa consultation sera sans prix. Mais cette
lucidité pure, merveilleuse qui vous plonge dans l'étonne-
ment et l'admiration, vous ne la rencontrerez que dans la
famille, ou bien lorsque le sommeil se manifeste pour la
SOMNAMBULISME . 89
première fois, qu'il n'a pu être profané, que le dormeur
ne s'est point encore réfléchi : tout est sérieux alors, les
sensations sont vierges, l'oracle ne ment point.
Le public consultant n'a point de moyens pour se pré-
server de l'erreur ; trop souvent mystifié , au lieu d'accuser
l'instrument vicieux qui l'a trompé, il s'en prend à la vérité
qu'il considère dès lors comme une fourberie ou un men-
songe. Combien n'ai-je pas eu dans ma vie l'occasion de
rectifier ce faux jugement; que de fois n'ai-je pas eu à
signaler moi-même des faits coupables venant de ces gens
douteux dont nous parlions tout à l'heure ! Je ne puis énu-
mérer ici toutes ces erreurs, ces œuvres de charlatanerie
qui sont du reste en tout semblables à celles que nous offre
la médecine.
On a cherché plusieurs fois à me duper, à me tromper ;
mais, méfiant autant qu'on peut l'être, comme l'usurier
je regardais toujours si la pièce était bonne. Je ne vais
citer qu'un fait où les mesures étaient si bien prises, le
piége si artistement tendu, que je crois, ma foi , que tous
s'y seraient laissés prendre ; mais, comme le renard, je
flairais trop bien l'amorce.
Un jour, vint chez moi un magnétiseur accompagné
d'un sujet très-remarquable , très-extraordinaire, décou-
vrant les trésors cachés, les objets perdus, et ayant encore
beaucoup d'autres facultés... - « Voilà qui est merveilleux,
et je serais bien désireux de le voir à l'œuvre. -
Rien
n'est plus facile, et nous venons chez vous pour justifier
la chose. Et comme on me montrait des épingles en
90 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
or, des chaînes du même métal, des pièces d'argent et
d'or, -« Ce n'est pas cela que je vous demande, je ne
doute point de l'existence de ces métaux, seulement j'ai
le plus grand désir de les voir découvrir. Rien n'est
plus aisé, ajouta-t-on encore, venez avec nous dans un
lieu quelconque, et s'il y a des objets d'or ou d'argent
enfouis , nous les découvrirons. » J'avoue que je fus
ébranlé.
Résolu de pousserjusqu'au bout l'aventure, je pris ren-
dez-vous pour le lendemain, pour allerau boisde Boulogne.
L'heure venue, nous partîmes tous ensemble. Je choisis
moi-même la partie du bois à explorer. Le temps était
sombre et il pleuvait même un peu ; néanmoins l'étonnant
sujet fut endormi dans une allée, et son magnétiseur lui dit
de chercher. Bientôt le sujet se mit en quête, traversant
les fossés , les broussailles , et cela dans des lieux où certai-
nement aucun de nous n'avait encore pénétré. Je suivais
avec anxiété ses démarches, j'épiais ses moindres mouve-
ments ; enfin le sujet se baisse, fouille ou plutôt gratte
dans la mousse et découvre , quoi ? une pièce de cinq
francs ; puis, plus loin, des gros sous, une pièce de deux
francs, une pièce de cinquante centimes... C'était curieux ,
intéressant au possible; mais comme l'herbe était mouillée
et que la pluie tombait plus fort, nous remîmes au lende-
main notre recherche de trésors. J'étais ébranlé, mais non
convaincu ; j'étais certain pourtant qu'on n'avait pas pu
pratiquer des cachettes : il y aurait eu des signes indica-
teurs que j'aurais reconnus, carj'étais sur mes gardes. La
SOMNAMBULISME. 91
nuit me parut longue..... Le jour venu, nous nous ren-
contrâmes à l'endroit fixé , et nous voilà de nouveau cher-
chant, furetant à travers la ramée, comme des chasseurs
qui suivent un chien sur la piste d'un lapin. - J'avais
choisi un autre endroit du bois. -
Bientôt le sujet trouve
une montre d'or et sa chaîne ; - la montre n'avait plus de
verre, il nous fut dit qu'elle venait d'une amazone dont le
cheval avait fait un écart, que sa montre, dans le soubre-
saut qu'elle avait éprouvé , avait été lancée au loin. Cette
explication paraissait plausible, car nous étions près d'un
chemin. -
Bientôt encore nouvelle trouvaille : cette fois ,
c'étaient des pièces de cinq francs, huit ou dix, qui me
paraissaient, à moi, venir, non de la surface de la terre,
mais de sept à huit pouces de profondeur : c'était bon à
prendre; mais comme on m'en offrait moitié, - non,
dis-je, une seule pièce me suffit comme souvenir. Enfin
-
nous trouvâmes, outre la montre, à peu près cent trente
francs de diverses monnaies dans une étendue de deux
kilomètres de terrain .
Dans toutes ces pièces déterrées on n'apercevait pas une
seule pièce ancienne : cela me donnait à penser que du
vieux billon m'aurait beaucoup plus frappé. L'esprit in-
quiet, je redoublai d'attention'; mais quelle que fût ma vi-
gilance et ma vélocité, je n'arrivai jamais assez à temps
près du sujet pour voir tous ses mouvements. En tournant
et retournant les pièces trouvées, un fait me surprit , - la
terre était humide et les objets trouvés étaient secs ; -je
gardai pour moi mon observation : on va voir plus loin
92 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
comment le hasard me mit à même d'en apprécier la
valeur ; jusque-là je restai soucieux, ce que je voyais était
trop beau pour être vrai.
On m'avait dit que le sujet n'avait point d'argent sur
lui, -
comment s'en assurer ? pouvait-on montrer de la
défiance à des gens désintéressés au point de vous mettre
bénévolement de moitié dans leur bonne fortune ? - Jeme
livrai donc à des réflexions sans fin, partagé entre mes
doutes, la crainte de les voir confirmés et le désir du
succès : la réussite assurait à la fois le moyen de prouver
la vérité, et le moyen de s'enrichir. Le magnétiseur et son
sujet étaient radieux, ils ne se doutaient nullement de
mes préoccupations. Les recherches continuaient tou-
jours.... je me tenais à dix pas du sujet et ne le per-
dais pas de vue..... Celui-ci venant à tirer son mou-
choir de sa poche, laisse tomber, sans s'en apercevoir.
une pièce d'argent que je ramasse sans rien dire ; je
la considère, et que vois-je? de la terre sèche après
la pièce, terre identique à celle qui adhérait aux autres
pièces trouvées... Plus de doute, ce n'était qu'un esca-
motage habilement pratiqué, tous les objets venaient
de la poche ; pris dextrement et conservés dans la main,
le sujet grattait la terre sans besoin..... On m'offrit encore
une petite part de l'argent trouvé, et cette fois j'acceptai :
j'avais mon motif; mais je ne pouvais pas encore deviner
quel était celui de ces jongleurs. Ce ne fut qu'un peu
plus tard que je pus savoir à quoi m'en tenir, lorsqu'ils
me demandèrent si je rendrais compte de ce phénomène ex-
SOMNAMBULISME . 93
traordinaire ? - Oui , oui, leur dis-je, mais dans un mo-
ment opportun ; je n'y manquerai pas.
On le voit, la rouerie est commune, la perversion est
grande ; et si je racontais tout ce queje sais sur les esprits
frappeurs, les médiums et les tables tournantes, la raison
resterait confondue ! Mais toutes ces tromperies n'empê-
chent point la vérité d'exister ; elle est seulement d'un
difficile accès, et celui qui la cherche est souvent mis à de
rudes épreuves.
CE QUE DOIT ÊTRE UN MAGNÉTISEUR DE PROFESSION .
On est aujourd'hui assez mal venu à parler de vertu. Il
faut que ceux qui enseignent la morale s'y soient mal pris
ou qu'ils n'aient fourni que de trop rares exemples des
vertus chrétiennes, pour qu'on soit tombé dans le sensua-
lisme où tout se corrompt, où la notion des facultés de
l'âme disparaît. On se lave la face, on purifie son corps
des souillures matérielles, mais on ne s'occupe point de se
purifier des souillures de l'esprit et de l'intelligence ; aussi
ne faut-il pas demander à nos professeurs de morale et à
nos évêques le plus petit miracle, il ne fautpas même de-
mander au pape d'opérer des guérisons merveilleuses, les
disciples du Christ ne comprennent plus les traditions ni
l'enseignement de leur divin Maître : le sens moral a donc
baissé, et la puissance spirituelle a disparu. Mais si quelque
94 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
chose peut tirer l'homme de son ignorance, c'est cette
vérité dont nous nous occupons, car elle peut faire revivre
les traditions , elle peut reporter vers l'étude des lois
morales.
Par tout ce que nous allons dire au sujet de la profes-
sion magnétique, on verra quelles sont nos idées sur les
conditions les plus propres à faire obtenir des succès
éclatants. Nous n'espérons pas cependant que ces condi-
tions soient remplies, trop peu d'hommes peuvent arriver
à la perfection. Mais peut-on répondre des temps à venir ?
On doit, dans tous les cas, dire sa pensée.
La première condition que doit remplir un magnétiseur ,
c'est celle d'avoir une vitalité puissante. Il faut qu'il sente
circuler en lui cette flamme vivante qui fait naître l'en-
thousiasme et remue toutes les fibres du corps ; il faut que
ses sens aient une intégrité parfaite et que, comme la
feuille que le moindre vent agite, il soit sensible aux plus
légères choses; il faut que tout enfin en lui soit ouvert
aux moindres impressions.
Il faut qu'il se fasse une loi de la sagesse et qu'il gou-
verne assez ses passions pour ne point leur obéir aveuglé-
ment ni se laisser prendre ou dominer par ce qui aliène
l'entendement. Il faut qu'il réserve toutes ses facultés ,
toutes ses forces afin de les trouver toujours à sa disposition
lorsqu'il en aura besoin ; que sa volonté puisse également
toujours trouver libre son principal instrument d'action, ce
fluide impalpable qu'on appelle magnétisme.
Il doit être d'une sobriété à toute épreuve , sans la fuir,
SOMNAMBULISME. 95
il ne doit pas rechercher la fortune. La pauvreté, bien à
tort sans doute, a toujours été considérée comme un vice,
il doit faire tous ses efforts pour n'ypas tomber ou pour en
sortir ; mais qu'il ne se laisse point charmer ni corrompre
par ce qui corrompt, par ce qui charme ou flatte l'orgueil
et la vanité du reste des hommes, le luxe, qui cache ordi
nairement tant de misères morales. Il faut qu'il ignore la
passion du jeu ; qu'il rejette enfin au loin tout ce qui peut
distraire ses pensées du seul objet, nous devrions dire du
seul amour de sa vie : le bien public.
Ce que je dis ici n'est point pour faire croire au lecteur
que je possède les qualités que je viens d'énumérer ; j'ai
voulu seulement indiquer ce que je crois propre au déve-
loppement d'une grande puissance morale et physique, ce
que je considère enfin, d'après ma longue expérience,
comme nécessaire pour arriver à produire des œuvres
tellement capitales qu'aucune de celles de la science offi-
cielle ne puisse leur être comparée.
Magnétiser, produire des phénomènes singuliers , n'est
plus qu'un jeu d'enfant ; guérir même quelque maladie,
sans pour cela connaître la science nouvelle, c'est une chose
possible, devenue même commune aujourd'hui : aucune
vertu n'est nécessaire pour ces œuvres, il suffit pour les pro-
duire d'exercer sa puissance sur des malades. Le magné-
tisme guérit par lui-même beaucoup de maux ; mais il est
des choses difficiles, et de grands résultats demandent pour
être obtenus des connaissances spéciales, des qualités par-
ticulières , une certitude de soi qui ne s'acquiert que
96 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
par le travail et l'exercice constant de l'intelligence en vue
d'un seul objet.
Le magnétiste doit être discret, car il peut découvrir
tout ce qu'on lui cache et pénétrer dans les profondeurs
des pensées d'autrui.
Il doit croire en Dieu, et laisser aux autres hommes les
disputes sur la valeur des religions, leurs vérités ou leurs
erreurs. Il ne doit point faire cause commune avec les ré-
formateurs , ni les combattre à chacun son œuvre et
son labeur ; nul ne sait en ceci où est la vérité ni quels
sont les desseins de Dieu. Une nuit profonde enveloppe
encore l'humanité : les hommes les plus avancés dans les
sciences ne savent rien du principe des choses, nous les
voyons bien créer des arts nouveaux, de nouvelles indus-
tries, mais non faire des penseurs et des philosophes.
Qu'ils sont éloignés de notre temps les véritables penseurs,
les vrais philosophes, et quel malheur pour nous que les
nations, en disparaissant, aient emporté avec elles les se-
crets, les vérités qu'ils leur avaient légués, vérités d'un
ordre tellement supérieur que si elles étaient de nouveau
révélées, pas un de nos académiciens n'oserait en soutenir
la réalité !
Le magnétiste doit toujours chercher à dégager en lui
le principe spirituel de la matière qui le tient enchaîné :
les anciens thaumaturges savaient opérer cette désunion ,
et par là devenaient voyants. Tous les novateurs ou révé-
lateurs religieux ont connu et cultivé la force magnétique
ou autrement dit le principe, la source des miracles : en
SOMNAMBULISME . 97
étudiant les Écritures, on trouve les débris d'une science
que Jésus connaissait certainement, et dont ses apôtres ne
saisirent que des lambeaux.
Le magnétiseur doit se bien persuader que les choses
visibles sont produites par des agents ou des forces invi-
sibles, que l'on n'a saisi que quelques-unes de ces forces
sans jamais aborder de nos jours ce qui se révèle par le
sentiment ou l'intuition .
Le magnétiste n'a pas besoin des savants, ceux-ci au-
ront au contraire bientôt besoin de lui. Il doit reconnaître
qu'il possède en lui-même tous les agents de la nature, et
qu'il peut, à son gré, employer toutes ces richesses ou
seulement une partie d'entre elles , ce qui lui donnera la
possibilité de produire sur les malades les divers phéno-
mènes obtenus par tous les agents inférieurs rassemblés
dans les officines : c'est dans cette connaissance que sera
sa force et son pouvoir, c'est là qu'il prendra ce qu'il lui
faut pour agir sur les malades et produire à chaque instant
des faits d'un ordre supérieur, faits bien propres à humi-
lier la raison de ceux qui ne croient qu'à la matière ; mais
on n'a cette connaissance et cette puissance, que je si-
gnale, qu'en raison des efforts faits pour l'acquérir. Quand
on est parvenu à la développer jusqu'à un certain degré,
la main semble avoir la TouTE-PUISSANCE , et ce qui en
jaillit peut devenir ou très-nuisible ou merveilleusement
efficace. Serions-nous comine un aimant que l'on renforce
en lui donnant plus à porter, ou comme une pile galva-
nique dont on peut à volonté augmenter les éléments ? Le
7
98 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
magnétisme humain, quoique appartenant plus au do-
maine moral que tous les autres agents, semble pourtant
régi par une loi qui trouve son analogue en physique.
Magnétistes , on viendra souvent vous chercher pour
donner vos soins à un mourant. Vous irez près d'un être
dont l'agonie aura commencé, vous arriverez lorsque le
râle aura ôté toute espérance, vous semblerez n'être venus
que pour être témoins de la mort d'un être, de ce passage
de l'âme à une autre vie, scène toujours émouvante et qui
glace de terreur les esprits les plus forts! Loin de fuir,
contemplez le mourant, assurez-vous bien si la vie ne cède
pas à un embarras passager, à un de ces accidents plus
fréquents que l'on ne pense et qui résultent souvent d'un
jeu irrégulier des forces vives : combien de mourants, dans
ce cas, ont trompé l'attente et l'anxiété de leurs médecins
et de leur famille , une crise , une révolution soudaine
ayant tout changé ! Eh bien, dans quelques cas, en aidant
la nature à propos, en lui donnant la force dont elle man-
que, on arrive à rendre ces retours plus fréquents : -
nous avons par devers nous plusieurs exemples de véri-
tables résurrections dues au dévouement de personnes in-
telligentes et passionnées qui, sans rien calculer, avaient
donné une grande partie de leur force et de leur vitalité.
Transports sublimes, inconnus de l'égoïste, souvent on
vous rencontrera, mais seulement dans le cœur des mères
pour leurs enfants, d'un mari pour sa moitié s'il l'aime et
s'il en est aimé. Un magnétiste ne doit pas avoir besoin
de cet amour particulier, son enthousiasme doit venir de
SOMNAMBULISME. 99
plus haut, le succès, hélas ! est à ce prix, car souvent la
mort ne lâche point volontairement sa proie ; il faut la lui
arracher, et ce n'est que par un effort suprême qu'un ma-
gnétiste même habile peut arriver à produire un miracle .
Qui a donc calculé les forces de la vie, qui a sondé tous
ses mystères ?.... Lorsque, pour mon instruction particu-
lière, et pour me rendre compte de la puissance magnéti-
que, me trouvant en présence de la mort, près d'un cadavre
pourtant encore chaud , j'osai magnétiser cette matière
auparavant vivante , puis devenue inerte, je parvins par
de grands efforts de volonté à rappeler, pour un instant,
une sorte de vitalité; j'obtins plusieurs fois même un
mouvement singulier des yeux: le mort semblait me re-
garder, et son regard avait quelque chose de doux et de
tendre, comme si l'âme encore dans son édifice eût voulu,
sans paroles , me faire comprendre qu'elle était reconnais-
sante de mes efforts, et me dire en même temps que la
peine que je prenais était désormais inutile.
Je n'oublierai jamais les impressions que ces phéno-
mènes m'ont fait éprouver. Ils étaient de courte durée,
trente à quarante secondes, cependant non-seulement moi,
mais plusieurs spectateurs ont pu dans cet instant voir ce
qui ne peut se décrire, tant cela est merveilleux !
CE QUE LE MAGNÉTISTE DOIT OBSERVER.
Rien n'est moins facile que de justifier des propriétés
curatives du magnétisme. Il faudrait d'abord un malade
100 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
jouissant d'une haute position,- le témoignage du pauvre
est toujours suspect ; mais comment résoudre un tel malade
à subir un traitement magnétique ? Il y serait de lui-même
assez bien porté, admettons-le ; mais il consultera sa femme,
recherchera l'approbation de ses amis, de son médecin,
qui, presque toujours omnipotent , s'il n'est un très-
honnête homme et éclairé, ne consentira certainement pas
à l'essai projeté ; il en rira, brodera cent histoires apo-
cryphes de faits magnétiques, déversera le ridicule sur le
magnétiseur et présentera l'art comme absurde. Sur vingt
malades placés dans des conditions de bien-être et d'ai-
sance, il y en a communément dix-neuf qui adoptent
l'avis du médecin. Une femme a de plus à obtenir le con-
sentement de son curé ou de son confesseur, et l'on sait que
dans cette classe il y en a peu qui nous soient favorables ,
bien que le pape ait déclaré que le magnétisme employé
en vue des guérisons n'était point une chose blamable.
On a peu fait encore après avoir vaincu tous ces obsta-
cles. Le magnétisme développe presque toujours , avons-
nous dit, des douleurs critiques,par conséquent nécessaires ,
qui devraient rassurer, convaincre ; c'est le contraire qui a
lieu : la peur gagne tout le monde, on s'alarme, on consulte,
qui, le magnétiseur? non, mais le médecin ; il a beau jeu ,
ma foi, il pourra tout dire sans que ses assertions soient
contrôlées. C'est souvent ainsi que j'ai vu abandonner le
principe sauveur et détruire dans leur germe les efforts de la
nature, efforts tendant toujours à ramener l'équilibre dans
le jeu des organes. Ainsi, le malade prend tout ce qu'il plaît
SOMNAMBULISME . 101
au médecin de lui ordonner, les breuvages les plus nauséa-
bonds, les poisons les plus violents ; il se laisse brûler et
écorcher sans mot dire ; tous les accidents de la maladie ou
du traitement ne donnent lieu à aucune supposition
fâcheuse. Le malade meurt-il ? Eh bien... on l'enterre ;
tout est fini et l'on passe à un autre.
C'est un fait providentiel, dans les circonstances actuel-
les, qu'une guérison magnétique, car pour avoir lieu elle
exige une confiance entière de la part du malade, un traite-
ment suivi, une connaissance parfaite du magnétisme et
de ses effets ; mais presque toujours c'est un débat stérile
et sans fin entre le magnétiste, le malade et sa famille,
une suite de contrariétés que chaque phénomène produit,
amène ou provoque : c'est ici que la science du magnétiste
est bien nécessaire, il faut qu'il sente, devine, prévoie ; il
faut qu'il annonce les crises prochaines ou éloignées que
doit subir le malade et les transformations de la mala-
die, etc... Il faut qu'il aille au-devant des objections nom-
breuses qui pourraient lui être opposées en lui faisant un
devoir d'y répondre ; il doit enfin éclairer la raison, com-
battre les préjugés du malade et l'amener à son propre
sentiment. Le magnétiste doit donc savoir son métier, il
doit être plus que médecin, ses sens doivent être affinés et
il doit posséder l'expérience qui donne la clef des mystères
de ia vie : le magnétiste alors ne se troublera point, il
restera dans sa foi, sûr de lui-même parce que il sait et
connaît. S'il succombe devant la déraison et la sottise
humaines, il se retirera à l'écart et laissera aller les
102 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
choses au courant qui emporte ceux qui y obéissent.
Rien n'est donc plus pénible et plus difficile actuellement
que l'exercice de cette profession nouvelle ; et pourtant au
milieu de toutes les difficultés que nous avons signalées, et
dont nul ne tient compte, on ne cesse de dire : -
«Mais
si le magnétisme existait, s'il guérissait, comme vous l'assu-
rez , il n'y aurait bientôt plus de malades... Les médecins
d'ailleurs se serviraient du magnétisme ! » C'est une amère
raillerie lancée par les hommes légers qui ne voient que la
surface des choses et servent d'écho aux médecins.
Lorsque les magnétistes auront plus de science, on les
écoutera, ils ne pâliront plus devant un médecin, ils
sauront répondre à ses objections. Rien pour moi n'est
plus facile que de les faire taire lorsque leur langage
devient sarcastique et leur conduite peu conforme à ce
qu'elle devrait toujours être. J'ai bientôt fouillé dans le
fond de leur sac et fait sortir la fausse monnaie médicale
qu'il renferme ; je sais également mettre les rieurs de mon
côté, mes arguments étant souvent sans réplique : combien
de fois ne m'est-il pas arrivé de clouer sur son siége l'un
des assistants et souvent le médecin lui-même auteur de
la discorde ?
Lutte sans pareille ! l'histoire des sciences ne renferme
pas deux exemples semblables , -
des hommes obscurs
auront forcé les savants à s'incliner devant eux ; une vérité
qui eut contre elle le monde entier, aura unjour tout vaincu
par la seule évidence du fait, par la patience des hommes
qui la répandaient et surtout par le temps !
SOMNAMBULISME . 103
Il est nécessaire de connaître les difficultés d'une route
que l'on doit parcourir ; celle-ci se présente si aisée au
magnétiste novice , il est si loin d'imaginer que l'amour
du bien rencontre tant d'obstacles à ses généreux desseins,
qu'en présence de la réalité son cœur se glace bientôt si
sa vocation n'est point impérieuse, et il abandonne alors
une pratique qui exige, plus que de la vertu, un vrai et
solide courage. Quoi qu'il en soit, le magnétisme fait son
chemin dans le monde : un de ses défenseurs succombe-t-il,
ou se retire-t-il de la lice, plusieurs se présentent aussitôt
pour combler le vide.
Magnétistes, apprenez à connaître tous les effets que
votre agent peut produire et vous éprouverez alors de nou-
velles jouissances, celles que donne le savoir, jouissances
d'un prix inestimable qui consolent et affermissent. Sem-
blables alors à l'homme qui a des armes bien trempées et
une bonne cuirasse, on regarde en face ses ennemis et on
les défie .
Mais parmi les connaissances que vous devez posséder,
celles que j'estime à un plus hautprix, ce sont celles que
je vais énumérer.
Le magnétisme ne guérissant ordinairement qu'en pro-
duisant des crises, -
c'est une marche rationnelle, la
nature ne pouvait en avoir d'autre, ne vous effrayez point
de ces longues transpirations que vous produirez quelque-
fois , et qui dureront vingt jours, quarante jours, qu'im-
porte ! J'ai toujours vu ces sueurs efficaces ; je ne me suis
jamais effrayé de leur durée, et j'ai pu constamment certi-
104 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
fier que la guérison en serait le résultat. On dira qu'il faut
une foi robuste pour ne pas trembler: sans doute, mais
cette foi on l'acquiert par des succès venus à la suite de
longues alarmes.
Toutes les autres sécrétions peuvent se produire d'une
manière qui vous paraîtra exagérée : ne craignez rien si
c'est le magnétisme qui les détermine, toutes vous condui-
ront au port. Vous vous assurerez par ces résultats prodi-
gieux, que jamais le médecin, sans le secours de notre
agent, ne guérirait une de ces affections chroniques graves
et invétérées ; qu'il faut pour cet effort suprême une addition
de forces, un surcroît de vie sans lequel la nature restait
impuissante.
Il est des affections nerveuses dont les accès semblent
redoubler quand vous les combattez. Ému, craintif, vous
cessez votre traitement, car vous ne voulez point devenir
l'instrument ou la cause d'une aggravation : eh bien,
lorsque vous êtes parvenu à endormir un de ces êtres pré-
sentant des cas affligeants d'épilepsie, de catalepsie, etc...
il n'est point rare qu'il vous prévienne d'un redoublement
-
« ne vous
de crise et ne vous dise en même temps,
effrayez pas, j'en aurai d'autres encore, elles sont néces-
saires ; mais je guérirai. »
Il fautdonc, lorsque vous ne déterminez point le sommeil,
vous comporter comme s'il existait , voir et supporter
l'effort de la nature. Tout consiste alors à deviner si cet
effort est critique, c'est-à-dire favorable, ou bien si c'est
une aggravation réelle de la maladie que votre action n'a
SOMNAMBULISME . 105
point empêché. Je sais que ceci est difficile ; mais, mon
Dieu, quand on touche au magnétisme, on touche à une
chose que les hommes n'ont point prévue et qui nes'enseigne
pas encore dans les écoles. La science qui vous est néces-
saire, il faut que vous vous la donniez ; n'espérez point y
parvenir sans le travail et l'observation.
Magnétisez toujours celui-ci , celui-là, cet autre encore,
qu'il vous paye ou non, qu'importe ! tous vous fourniront
des faits à observer , et une indication peut naître de ces
faits. D'ailleurs vous vous habituerez à voir, et sans nul
doute la compréhension vous viendra ; vous serez ainsi
récompensé de vos peines et de votre travail.
Je ne suis pas encore un maître, il s'en faut même de
beaucoup ; mais je sais plus qu'un novice. A quoi, à qui
dois-je mes connaissances ? A moi-même, nul ne m'ayant
montré ; c'est donc pour vous un exemple à suivre jusqu'au
jour où des hommes puissants par leur génie viendront
enseigner les vérités pratiques du magnétisme, les ressour-
ces puissantes que cet agent peut offrir dans des cas spéci-
fiés que l'observation constante du même fait aura fait
découvrir.
Ne vous lassez donc point, magnétistes, travaillez pour
vous d'abord , faites votre science, la race future vous
tiendra compte de votre labeur. Mais là n'est pas la ques-
tion, il faut voir de plus haut les choses, ne vous croire
quittes enfin envers l'humanité que lorsque vous aurez
largement travaillé pour elle et payé votre dette.
LES MALADIES
Les maladies sont aussi nombreuses que les individus,
mais on ne caractérise que celles qui frappent nos sens
par les désordres qu'elles entraînent ; la douleur n'en est
que l'expression ou le symptôme.
On les reconnaît dans l'altération ou dans la dégénéres-
cence des tissus. Les médecins ont excellé dans ces des-
criptions, et l'on doit leur rendre cette justice que dans un
grand nombre de cas, leur diagnostic est assuré. C'est ce
qui donne surtout aux médecins de Paris une sorte de
renommée, justifiée d'ailleurs par la multiplicité des affec-
tions qu'ils dévoilent. C'est un mérite sans doute, mais les
malades n'en sont pas plus avancés pour cela, car les
désordres signalés, quoique connus, ne trouvent point le
médecin préparé à les faire cesser. Qu'importent ces belles
descriptions des maladies, ces détails où rien ne manque,
lorsque les malades ne doivent point s'en trouver mieux !
Nous avons vu des milliers de malades portant avec eux
ce certificat de leurs infirmités, sorte de passe-port pour
MALADIES . 107
l'autre monde, car lorsqu'une affection est bien déterminée
et passée à l'état chronique, c'est qu'elle est presque toujours
incurable pour la science officielle ou qu'elle n'y peut tout
au plus apporter que quelque palliatif. Ce que le médecin
ne voit pas, il doit le deviner ; il doit tenir compte de ces
scories qui restent en nous au jour de la naissance, de ces
matières qui n'ont pu être employées à la formation de
l'être et que la nature ne rejette pas toujours : levain
impur contre lequel la vaccine, cette cause réelle des ma-
ladies les plus graves, connues sous le nom de fièvres
pernicieuses, malignes, etc... et nommées aujourd'hui
fièvres typhoïdes ; levain impur contre lequel la vaccine,
cause de phthisie et d'affections de la peau multipliées,
de scrofule et delangueurs, ne peut rien, quoiqu'on affirme
le contraire. Et si nous ajoutons à cette nomenclature les
affections morales, le trouble de la raison, les aberrations
de l'intelligence, cette nombreuse série de maladies ner-
veuses, on voit combien peu d'êtres doivent vivre en santé
et jouir de cet immense privilége. Oh ! la nature eût été
une marâtre si elle n'eût donné aux hommes le remède
à ces maux, si elle n'eût créé l'agent propre à adoucir nos
misères. On verra d'ailleurs plus tard que notre espoir est
fondé.
Il y a de ces affections qui ne peuvent s'expliquer par
des causes matérielles, les anciens les connaissaient , les
prêtres prétendaient en avoir le remède ; elles semblaient
prouver aux grands esprits que l'homme n'était point isolé
sur la terre, et que l'échelle des êtres ne se terminait point
108 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE
à lui. Tout leur paraissait lié, le ciel et la terre ; ils suppo-
saient des interventions d'agents intelligents qui ne se
révélaient aux hommes qu'en dehors des lois physiques et
par des phénomènes contraires même à ces lois. Ils sépa-
raient donc les maladies en deux catégories, celles physi-
ques ou naturelles et celles plus cachées pour lesquelles
ils avaient un mot : possession. Ils indiquaient par là que
notre corps pouvait subir l'action d'êtres spirituels bons ou
méchants. Cette distinction des maladies en deux ordres a
été admise dès la plus haute antiquité et semble reposer
sur des vérités de fait sur lesquelles le magnétisme peut
jeter quelque lumière.
On parle souvent de contagion morale , d'épidémie
sans que la science ait pu saisir les lois de ces communi-
cations ; il sera réservé encore au magnétisme de les dé-
couvrir un jour.
Comme notre thérapeutique doit se borner à des indica-
tions pratiques plutôt qu'à exposer des théories, nous nous
contenterons de montrer la route aux explorateurs qui
cherchent le nouveau dans la science, et c'est pourquoi
nous ne nous étendons point davantage dans ce champ
sans limite des affections humaines. Lorsque nous nous
occuperons de leur traitement, nous aurons l'occasion de
rechercher leurs principes.
Qu'est-ce que la maladie, et qu'est-ce que la santé ?
Ces questions si souvent posées se résolvent d'elles-mêmes,
et nous laissons aux médecins le soin bien superflu de
soutenir des thèses sur ce sujet.
MALADIES . 109
DES CAUSES DES MALADIES.
C'est en vain qu'on s'est complu à faire la nomenclature
des maladies et de leurs causes , elles sont tellement nom-
breuses, tellement variées qu'un volume ne suffirait point
pour les mentionner.
Vivant dans un milieu dont tous les agents qui le com-
posent attaquent sans cesse la vie, l'être humain se voit
affecté de milliers de manières. Le froid, le chaud, le sec,
l'humide, le plus ou moins d'électricité , les lieux qu'il
habite, les eaux, les montagnes, les mines souterraines ,
tout ceci n'est rien encore, les aliments dont se nourrit
l'homme, ses habitudes vicieuses, ses penchants , ses
passions, tous ses vices, ses plaisirs même et dans certains
cas jusqu'à sa vertu, tout peut pour lui devenir cause de
maladie et le faire succomber.
La lutte entre les causes qui conservent et celles qui
détruisent ne se balance qu'en de très-courts instants et
dure jusqu'à la fin de la vie : ce sont deux ennemis qui se
poursuivent et s'attaquent sans cesse, ayant des droits
égaux, mais des armes dissemblables. Le triomphe final
appartient aux agents qui, nés de la matière, ont mission
de chasser les agents de la vie et de les faire remonter
110 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
d'où ils sont descendus, le domaine terrestre ne leur
appartenant point.
Chez celui qui mange gloutonnement, et qui n'a pas
le choix des aliments , aussi bien que chez le riche dont le
cuisinier est un chimiste, on peut reconnaître l'influence
du régime sur la santé. La veille prolongée, comme un
trop long sommeil, exerce sur nos organes une influence
fâcheuse. La privation de la lumière, comme son exu-
bérance, attaque nos sens et en pervertit le jeu. Notre vie
dépend souvent d'une piqûre de mouche ou d'un atome
imperceptible qui a pénétré dans nos organes.
Comme si ce n'était point assez de cette fragilité, nous
recevons de nos parents un mélange de germes malfai-
sants que la vie féconde et fait éclore, et qui produisent en
nous des maladies dont la source étant inconnue exerce en
vain la sagacité du médecin. Notre peau, comme l'écorce
des arbres, est perforée constamment par des myriades
d'insectes et certains de nos organes en hébergent sans
cesse plusieurs familles.
La nature semble se complaire à jeter sur notre route
des pierres d'achoppement ; mais, dans son ignorance, la
médecine en augmente le nombre par ses médicaments ,
qui tous exercent une action délétère sur nos tissus. Là
ne s'arrêtent pas les causes de nos maux, notre esprit
travaille sans cesse à les multiplier et à leur donner une
activité dévorante. L'homme vit cependant, mais dans la
douleur et l'ennui : succombant à mi-chemin, s'en allant
souvent par lambeaux, voyant disparaître tantôt un sens,
MALADIES . 114
tantôt un autre, prenant connaissance encore de la putridité
de ses humeurs, de la dégénérescence de son enveloppe,
il maudit ses médecins et blasphème contre Dieu ou la
nature.
Enfants , amusez-vous , soyez joyeux avant que le limon
qui vous constitue ne fermente et n'acquière de l'âcreté ;
vivez dans l'ignorance des vives douleurs qui vous atten-
dent, avant que le fer, le soufre, le phosphore, la chaux
et les mille ingrédients qui sont en vous ne cherchent à se
désagréger des étreintes de la vie. Mais déjà en sortant de
la coquillehumaine , vos antennes sont blessées, que sera-ce
donc plus tard, - heureux vous serez si le sein de votre
nourrice n'apporte point dans vos humeurs un nouveau
ferment de discorde et si, en liberté, on laisse vos organes
obéir à la loi d'un développement régulier. Puisse-t- on aux
soins maternels que votre enfance réclamejoindre l'action
de ce bienfaisant magnétisme, afin que par cet aide inespéré
la nature repousse l'ennemi puissant qui tentera bientôt
de vous assaillir .
Combien peu de mères sont capables de donner de bon
lait à leurs enfants, combien naissent contrefaits, sortant
d'un moule altéré dans sa structure; combien naissent avec
un rudiment de vie insuffisant, semblables alors à ces
semences jetées dans de mauvais terrains qui germent
cependant et s'étiolent aux premières ardeurs du soleil !
Mais pourquoi peindre un aussi triste tableau ? Tout me dit
cependant de poursuivre ; car cherchant à guérir les maux,
je dois en faire connaître l'origine et montrer par là les
112 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
difficultés de l'art actuel, son inanité et ses dangers.Ah !
si je voulais effrayer mes lecteurs, je les conduirais dans
un de ces hôpitaux ouvertsà l'infortune, oudans ces cabinets
d'anatomie où sont rassemblées ces pièces monstrueuses qui
représentent aux yeux les cas pathologiques qui les ont
fait mouler et dont la vue glace d'épouvante les plus
fermes esprits ; jeles conduirais également dans une maison
d'aliénés , mais il n'est pas certain qu'ils sortissent sains de
corps et de pensée, à l'aspect de toutes les misères que
renferme ce lieu !
Maintenant voici la douleur.
LA DOULEUR .
Qu'est-ce que la douleur ? Qui donc en nous souffre et
perçoit la douleur? Ce n'est pas la matière, nul n'oserait
l'affirmer. Les médecins si savants donnent- ils au moins
une explication de ce fait singulier? Leur poser une sem-
1
blable question , c'est colorer leur joue d'une aimable
pudeur. Non, ils ne savent rien, ils ignorent la vie, ce qui
sent, ce qui souffre, ce qui soupire ou pleure, tout ce qui
touche enfin au monde moral. - Système nerveux, voilà
leur réponse ; ... électricité, mouvement, voilà pour eux la
MALADIES . 113
vie, non celle que nous a donnée Dieu, non l'âme et la
pensée, non tous les sentiments du cœur, non ses désirs et
ses vagues espérances, non la pitié pour les souffrances
d'autrui, ou bien encore l'horreur que nous éprouvons à la
vue d'un meurtrier, ou de tous ceux qui ont commis des
actes que la morale réprouve. La douleur et les sentiments
sont-ils le fruit de l'éducation, comme on l'a dit ? non,
c'est une loi de nature, c'est ce qu'il y a de divin en nous
qui surmonte la matière, qui domine la béte, c'est cet éveil
soudain, cette parcelle d'intelligence pure que nous avons
reçue du souffle de Dieu.
La douleur est , pour moi , une preuve évidente de
l'existence de l'âme en dehors de la matière ; et la science
des écoles, au lieu d'épurer l'âme et la faire apparaître
dans toute sa pureté, sa beauté, lui a toujours au con-
traire coupé les ailes ; elle l'a salie, polluée en lui disant
toujours : « Tu es matière... il n'y a rien en ce monde
que ce que les sens perçoivent, il n'y a point de Dieu,
mais seulement l'aveugle loi de la fatalité. » Va donc pour
la fatalité, va pour la matière. Mais qu'est-ce donc qui
souffre en nous, nous répétons notre question ? Je cherche
encore, et vois que je demande en vain une solution, une
réponse satisfaisante.
Je vais donc moi-même essayer de la fournir. Oui, il y
a en nous un être mystérieux qui jouit ou souffre, et qui
pour un instant est enchaîné à la matière. A-t-il vécu
déjà ? peut-il de ses liens s'affranchir ? Oui, répondrai-je,
ses organes tout à l'heure , quelque lacérés qu'ils puissent
8
114 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
être, n'auront plus de sensibilité et plus de douleur, l'être
mystérieux fuira, se repliera sur lui-même, il abandonnera
même tout à fait son domaine ou sa maison ; mais comme
le médecin ne le verra point partir, il dira : « Il n'y a
rien que le néant ; » et ce sera vrai, il n'y aura plus rien
dans la maison. Souvent cet être mystérieux prit plaisir
à violer le domicile d'autrui , à fouiller de chambre en
chambre ; puis arrivé sur la route où le feu de la vie
pouvait passer, aucun acier ne put lui barrer le chemin.
<<C'est singulier comme il a la vie dure , dit-on de
quelques êtres qui ne veulent point encore quitter leur
domicile ; « vingt fois je l'ai cru mort et il revient tou-
jours. » C'est le contraire de beaucoup d'autres locataires ,
qui sortent de la maison tout de suite et sans cérémonie ;
on n'avait rien fait pour les tuer, ils fuient. Apoplexie,
direz-vous ; voilà des noms qui seulement frappent nos
oreilles, mais nos yeux n'ont rien vu ; on cherche parfois
une lésion si petite qu'elle soit qui explique la mort, et l'on
n'en trouve pas. Tout ce qui vit, vit en vertu d'une loi
universelle, onle sait ; mais tout ce qui vit a son indivi-
dualité particulière et on ne connaît point cette individua-
lité, elle est un chef suprême qui porte en elle un extrait
de toutes les espèces inférieures. Lorsqu'on tue un être on
en tue plusieurs, ou, si l'on aime mieux, on les force à
changer de condition.
La variété de la douleur vient bien moins de celle
des tissus que des constructeurs différents qui les ont édi-
fiés. La douleur est un appel au chef, un secours demandé
MALADIES. 115
pour repousser l'ennemi ; des forces sont bientôt envoyées,
mais souvent le royaume est pauvre et l'ennemi trop
puissant. La douleur nous avait averti et nous avertit sans
cesse, la plupart du temps nous ne savons comprendre sa
voix. Les variétés de la souffrance sont innombrables,
l'histoire naturelle devrait s'en enrichir et les classer par
familles, les joindre aux plantes qui sont censées les faire
passer, cela ferait un gros livre, très-instructif surtout,
car il apprendrait à connaître le néant des grandeurs
humaines, il rappellerait sans cesse ce qu'on oublie trop
facilement, notre fragilité. Pour calmer quelques-unes de
ces douleurs, le médecin a l'opium et ses composés; c'est
une ressource sans doute, et les nourrices anglaises, dans
certains comtés, donnent du laudanum à leurs nourrissons
pour les empêcher de crier.
Arrêtons-nous un peu sur ce chapitre des douleurs :
heureux celui qui ne connaît ces douleurs ostéoscopes ,
brillant résultat du mercure que nos médecins se garde-
raient bien de ne pas employer ; parlons de ces spasmes
de vessie et des malades qui ont envie d'uriner et ne le
peuvent , de ces douleurs d'entrailles qui brûlent comme
si le feu y passait sa langue ardente, de ces épreintes qui
semblent venir d'une peau entamée, de ces migraines
atroces qui vous font croire que votre cervelle est dans un
étau et qu'on la frappe à coups redoublés comme sur une
enclume ; de ces tintements d'oreilles, des vertiges, des
mille bruits différents que nous entendons en nous et qui
nous paraissent produits par des corps matériels ; des dou
116 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
leurs soudaines du cœur, où il nous semble qu'un poignard
vient de le traverser : on se sent défaillir, on mourrait si
elles duraient plus d'un instant ; et ces douleurs du foie ,
organe qui pour être indolent n'en est pas moins parfois
le siége de maux insupportables, on souffre, on se tord
sans pouvoir indiquer au juste où est le point malade et
douloureux ; et la goutte, cette autre maladie non moins
cruelle, avec ses dépôts , ses immondices d'où partent des
courants d'électricité, d'où part du soufre, - ce qui fait
croire aux malades qu'il y a sur leur chair des charbons
enflammés , c'est l'expression trouvée dans la souffrance :
il y a vraiment du feu, car il y a chaleur, les tissus brû-
lent, et la main du médecin sent parfaitement que cette
chaleur n'est plus humaine ; et ces tics douloureux de la
face, connaissez-vous rien de plus affreux, les nerfs y sont
tiraillés en tous sens, les muscles se crispent et rendent
méconnaissable en un instant ; ce ne serait rien si des cris
lamentables ne nous glaçaient d'horreur : -« On me tord,
on m'arrache les muscles et les nerfs, on scie mes os ! »
Oui, oui, tout cela est vrai pour le malade, tout est réel
pour lui ; il souffrirait moins si l'on jetait de l'alcali sur ses
chairs, ou si un instrument quelconque les déchirait et les
labourait. Et ces variétés de douleurs de dents et de mâ-
choires dont tous les êtres ont plus ou moins souffert ,
pouvez-vous jamais les définir? Chacun a une manière
particulière d'exprimer et de décrire les violentes sensations
qu'il endure ; auprès de ces tourments, qu'est-ce que des
coups de rasoirs, d'épingles, des piqûres d'orties et d'é-
MALADIES . 117
pines, le froid, le chaud et les grelottements de la fièvre ?
Peu de chose sans doute , car rien de tout cela ne nous ar-
rache des cris.
Parlons encore de ces malades qui, pris d'une sorte de
vertige, se frappent la tête contre les murailles, bavent
comme des chiens enragés, rugissent comme des lions ou
hurlent comme des dogues, ou dont le cri strident vous
perce les oreilles. Parlons de ceux qui semblent privés de la
parole et pourtant font entendre un roucoulement singulier,
de ceux encore qui broient leurs dents l'une contre l'autre :
leurs mouvements répétés, leurs convulsions semblent de-
voir épuiser bientôt leurs forces. Et les terribles douleurs
de l'enfantement chez certaines femmes..... Ah ! dans la
douleur la nature ne montre point d'avarice , elle pro-
digue au contraire ses ressources , elle nous accable de
ses dons , et nous, ingrats! ... nous ne songeons jamais à
l'en remercier cordialement .
Nous n'avons jusqu'à présent donné qu'un échantillon
des plus grandes douleurs, il nous resterait à peindre des
variétés infinies;... mais c'est assez de la description que
nous venons de faire, pour encourager les magnétistes
dans leurs recherches contre la douleur : tout ce qui peut
soulager est un présent du ciel .
TOUTES LES GUÉRISONS DOIVENT POUVOIR S'EXPLIQUER .
Les magnétistes ont oublié dans leurs observations de
constater ce qui est le plus utile à l'art de guérir. Ils se sont
118 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
tus sur l'apparition et la marche des symptômes qui résul-
taient de l'introduction du magnétisme dans le corps des
malades ; ils semblent n'avoir tenu qu'à une chose, à la
justification de la bonté du magnétisme en montrant des
gens guéris. S'ils eussent examiné avec attention le tra-
vail souterrain, éclatant parfois comme le feu qui pénètre
dans une mine, qu'opère le magnétisme, ils eussent re-
connu , dans le tumulte occasionné, les voies dont la nature
se sert pour purger, nettoyer, rejeter enfin par ces sou-
papes les impuretés accumulées dans les tissus ; toutes
modifications qui donnent lieu aux plus singulières opéra-
tions de chimie transcendante.
Ce sont ces connaissances qui rendent un magnétiste
bien supérieur à celui qui ne les possède point ; il cesse
dès lors d'être un instrument mécanique, et son intelli-
gence recevant une vive lumière, le fait entrer à l'instant
dans le domaine du positif. C'est cette lumière qui manque
si souvent aux médecins, pour lesquels tout est conjec-
ture ; c'est pourquoi leur désir, leur bonne volonté de
guérir les malades ne peut compenser ce manque de
connaissances réelles ; c'est encore pourquoi les méde-
cins , s'effrayant des symptômes qui annoncent la lutte
entre les forces qui conservent et les causes qui détrui-
sent, se jettent tantôt à droite, tantôt à gauche sans au-
cun principe fixe.
Un magnétiste expérimenté doit considérer sans effroi
les développements successifs des symptômes qui annon-
cent une maladie grave : la chaleur vive, la fièvre, la sé
MALADIES. 119
cheresse de la langue, les points douloureux qui peuvent
se manifester 'soit dans l'abdomen, soit dans la poitrine,
le délire même ne sera plus qu'un accident prévu. Il doit
savoir que, quels que soient le désordre des humeurs et la
confusion de leurs mélanges, confusion si grande qu'elle
donne l'idée du chaos, son remède sera à coup sûr effi-
cace. Ildoit comprendre que ce désordre vient de ce que
le principe intelligent, qui jusque-là avait maintenu l'équi-
libre , n'a plus eu la possibilité de faire mouvoir d'une
manière régulière les instruments qui étaient à son ser-
vice : aussi voit-on des engorgements de tissus se produire
et se former, des dépôts de matières auparavant inoffen-
sives et partout bien distribuées , maintenant devenues
âcres et caustiques au point d'altérer profondément les
tissus qu'elles parcourent, au point de compromettre l'or-
gane entier où elles s'arrêtent et séjournent. Le magnétiste
comprendra qu'il ne faut point laisser en repos, ni trop
s'accumuler ces humeurs rendues putrides ; qu'il faut ab-
solument les diviser, les forcer à circuler et leur faire pren-
dre le chemin des émonctoires dont nous avons parlé :
c'est ici le point capital d'une application savante du ma-
gnétisme ; il faut que l'intelligence éveillée remplace dans
ses fonctions le principe dont nous parlions tout à l'heure,
qui ne peut plus gouverner la machine.
Art sublime et trop ignoré!.... Lorsqu'un enfant sous
les yeux du maître fait des erreurs de calcul ou de sa main
trace un trait irrégulier, le maître est là qui lui prend la
main, et en la conduisant redresse le tracé mal fait, ou
120 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
rectifie ce que le calcul avait de faux : ainsi doit faire l'in-
telligence vis-à-vis du principe de vie agissant irréguliè-
rement ou seulement affaibli .
On pourrait croire ici que notre raison s'égare, et que
l'analogie que nous avons exprimée est tout à fait arbitraire ;
mais cette possibilité que nous n'avons fait que laisser en-
trevoir est réelle, et l'on parvient à en démontrer l'évi-
dence. Il faut pour ceci se demander comment chez des
êtres sains qui se sont livrés à l'expérimentation magné-
tique, on est parvenu à imprimer un mouvement particu-
lier à plusieurs des organes essentiels à la vie, à en fausser
le jeu, à faire trouver doux ce qui était amer et amer ce
qui était doux ; comment on a pu altérer la sensibilité, l'a-
néantir même parfois complétement ou l'augmenter dans
des proportions inouïes ; comment on a pu purger sans
médicaments , et agir sur l'entendement d'une manière
telle que l'individu ne s'appartenait plus, etc.
Eh quoi ! vous avez fait ces choses, vous avez agi sur
l'esprit, annihilé les forces, et vous ne pourriez concevoir,
vous le régulateur, pour un instant, des actes de la vie
d'autrui, vous ne pourriez concevoir que la même puis-
sance vous est dévolue sur l'être malade ? Hé ! qui donc
pourrait vous empêcher de faire ce travail? vous ne trou- :
verez plus la même résistance du moi qui vous était alors
opposé : dans la douleur, la personnalité s'efface, on ne
songe guère à lutter de force avec vous ; vous n'avez
rien à craindre que le sphacèle, la grangrène enfin, parce
que dans ces deux cas les tissus sont morts, et que votre
MALADIES. 121
agent magnétique ne pouvant y pénétrer, devient dès lors
impuissant à conduire votre pensée.
Vous, magnétistes, vous vous bornez le plus souvent à
des magnétisations purement physiques , vous saturez
votre malade de ce fluide bienfaisant qui émane de vous
et qui, généralement, nous devons le dire, est assez puis-
sant pour assurer le succès, car il est doué, lui aussi, d'un
rudiment intelligent; mais vous fermez trop souvent les
yeux sur le mouvement interne de vos propres organes,
qui vous indiquent par le malaise qu'ils éprouvent où
vous devez porter l'excitant magnétique que la nature
vous a donné .
C'est entrer trop vite peut-être dans les difficultés de la
pratique, et beaucoup de mes lecteurs, sans doute, ne
pourraient me suivre ni me comprendre ; nous allons tâ-
cher de rendre notre pensée plus claire. Comment se
fait-il qu'un malade se voie débarrassé de ce qui avait
menacé sa vie, lui qui a paru étranger à tout ce qui se
passait dans son organisme, lui dont la raison a été seule-
ment spectatrice de la lutte qui s'y est livrée ? Il a fallu
nécessairement qu'une intelligence quelconque ait dirigé le
travail qui s'y est opéré : sur ce sujet, tout ce que les
médecins, les physiciens et les chimistes ont pu dire d'op-
posé n'est que pure rêverie. Ce ne sont point des attrac-
tions ni des répulsions chimiques ou mécaniques qui peu-
vent régulariser des désordres, ce n'est point non plus la
matière se dirigeant d'elle-même par les lois connues qui
peut produire de tels résultats, car si cela était, la vie ne
122 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
ferait qu'apparaître, ainsi que cela est dans les corps cris-
tallisés, et serait à peine constatée. L'erreur des médecins
et l'inanité de leur système vient de la pensée qu'ils ont
que la vie se gouverne par les lois des corps inorganiques.
La nature a d'autres ressorts, d'autres moyens, la vie
obéit à d'autres lois que la matière, elles sont plus relevées,
et ce qui nous constitue a l'intelligence en propre, il ne
peut en être autrement ; mais sans vouloir entrer dans le
développement de cette vérité et combattre plus longtemps
le matérialisme de nos adversaires, nous dirons à tout
magnétiste , qui partagera les vues ou les idées des méde-
cins, qu'il ne verra point dans les traitements ce que la
nature a voulu qu'on y vît. Il est donc bien essentiel de
comprendre ce double mécanisme par lequel nous mani-
festons nos œuvres, dont quelques-unes paraissent vérita-
blement surhumaines : d'abord, l'action de la matière sur
la matière ; puis, celle des forces médicatrices agissant
comme régulatrices suprêmes, et obéissant dans cette cir-
constance au principe qui sait tout, l'âme.
Tristes remèdes que tous les remèdes des médecins....
que voulez-vous que la nature en fasse? En supposant pour
un instant qu'ils contiennent véritablement une bénigne
essence, elle devient inutile, et ne peut produire d'autre
effet que celui que les aliments déterminent sur des surfa-
ces enflammées. C'était avant la maladie qu'il fallait les
administrer pour corriger le vice des humeurs ; mais nous
n'en sommes point là, les médecins ne prévoient pas, et
les malades eux-mêmes n'ont recours à la médecine que
MALADIES . 123
lorsque déjà des détériorations manifestes ont eu lieu et
qu'un empêchement à la vie habituelle est survenu avec
quelque symptôme menaçant.
Le magnétiste, s'il veut exceller, doit posséder une es-
pèce de double vue ou tout au moins l'instinct médical.
Qu'il n'oublie point que la nature et le travail la lui
donneront, s'il s'applique à ses traitements, s'il s'y voue
corps et âme. Qu'il fasse ce que fait le médecin, qui, pour
n'arriver cependant qu'à une science conjecturale , tra-
vaille pendant des années, et n'amasse que des connais-
sances trop souvent inutiles ; iln'a point, comme le magné-
tiste, ce qui vivifie les œuvres et donne la lumière.
La science vraie est facile à acquérir quand on part de
principes certains ; tout ce qui vient ensuite est la consé-
quence rigoureuse de ces principes. Ainsi un médecin ne
sait jamais si ce sont ses remèdes qui ont guéri le malade,
tant leur action est douteuse ou incertaine; le magnétiste,
au contraire, voyant naître des phénomènes, qui sont le
produit réel de l'agent dont il dispose et qu'il ne peut
méconnaître, a une base qui ne peut être controversée ; il
s'appuie sur des réalités où l'imagination n'a point de
prise, il est dans le vrai et sa marche est assurée.
Si je donne quelque développement à ces considéra-
tions, c'est qu'il ne faut point que l'application du magné-
tisme ait en elle quelque chose de douteux. Celui qui ne
suivra point d'abord les règles que je trace, s'égarera
sans nul doute; il fera de l'empirisme, sera réduit, comme
124 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
nos adversaires, à des conjectures , et il n'aura plus au-
cune certitude dans sa pratique. C'est ce qui malheureu-
sement existe encore aujourd'hui et ce qui fait la force de
nos contradicteurs, car celle-ci ne vient que de notre fai-
blesse ; mais les rôles seront changés, j'en ai l'espoir, si
je puis faire passer mes convictions dans l'esprit des ma-
gnétistes et les amener au travail.
Beaucoup de magnétistes ont cru que le magnétisme
dispensait de toute instruction, et qu'il suffisait de possé-
der la foi. Sans doute on peut réussir dans quelques cas
à guérir des maladies, même fort graves, par une suite de
magnétisations faites sous l'empire d'une conviction pro-
fonde ; mais la science n'est point là : la foi ne se discute
pas, et nous sommes dans un monde où tout se discute et
où il ne doit rester debout que ce qui peut obtenir une
sanction universelle.
C'est en raison de cette disposition des esprits que nous
allons voir périr, de notre temps, des croyances que l'on
pensait solidement établies ; c'est pourquoi encore le ma-
gnétisme fait chanceler, quoiqu'il soit faible encore, l'é-
difice médical tout entier ; car la médecine ne se discute
point non plus, elle ne peut donner l'irrécusable preuve de
la certitude des principes qui lui servent de base.
Si l'on a laissé de côté la morale, en tant que science,
c'est parce que ses principes, quoique certains, ne peuvent
se démontrer à tous les êtres. On ne discute pas longtemps
sur une force découverte : l'électricité, le galvanisme, la
vapeur et d'autres agents sont universellement connus et
MALADIES. 125
adoptés, le doute n'est plus permis; le magnétisme ani-
mal étant également une force entre les mains de tous les
hommes, c'est seulement ses lois qu'il faut faire connaître.
Il faut que le mot vertu se traduise par faits, proprié- 1
tés , etc.... le reste découlera de soi , ce ne sera plus
qu'une question de temps .
Avec cet agent , il faut que vous puissiez remplacer la
saignée, les purgatifs, les apéritifs et les sudorifiques. Il
faut qu'avec son secours vous ouvriez les soupapes que
la nature a établies pour rejeter le sang qui trouble l'é-
quilibre. Il faut que vous parveniez avec son concours à
faire fonctionner d'une manière régulière le grand égout
placé dans le centre de notre organisation ; que toute sé-
crétion arrêtée soit rétablie dans sa loi primitive, et qu'enfin
les fonctions de la peau, si souvent gênées ou interrompues
par des matériaux qui s'accumulent dans son tissu, soient
rendues libres, afin que tous les agents qui doivent sortir
de nous ou y entrer à chaque instant trouvent les voies
ouvertes à leur circulation.
Il doit en être de même pour des fonctions plus cachées
et plus mystérieuses .
Si la nature n'avait créé qu'un seul tempérament, la
marche serait aisée et la médecine facile ; mais il n'en est
point ainsi. Ici la sensibilité prédomine, ailleurs c'est la
lymphe ; dans d'autres cas, c'est la bile ou le sang. Ces
diverses constitutions ne paraissent pas être seulement des
déviations, elles semblent venir d'organes construits selon
des lois particulières et qui semblent dès le principe me-
126 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
nacer la vie ' . Nul ne connaît les lois qui président à la
formation des êtres, ni pourquoi ceci plutôt que cela : nous
ne voulons point sonder ce mystère, nous voulons seule-
ment prendre les choses telles qu'elles se montrent à nos
sens ; hé bien, ici encore, l'agent magnétique a la puis-
sance de corriger une partie de ce que nous regardons
comme des écarts de la nature , de produire une sorte
d'équilibre momentané ou durable dans le jeu des organes .
Mais comment, dira-t- on, avez-vous conçu la pensée
de faire jouer un rôle si grand à un seul agent et de lui
donner tant de vertus? Je répondrai : ces vertus se révè-
lent d'elles-mêmes à qui sait examiner ; elles ne viennent
point d'un rêve de l'esprit, mais se prouvent d'une ma-
nière rigoureuse par une application raisonnée du magné-
tisme ; je n'y suis donc pour rien, et je ne cherche qu'à
faire prévaloir une simple vérité.
Je n'ai pas mentionné encore un des faits les plus es-
sentiels du magnétisme, c'est celui-ci : les affections les
plus nombreuses qui déroutent complétement les méde-
cins etjettent les malades dans le désespoir parce qu'elles
n'ont point de fin, vous les avez devinées déjà, ce sont les
maladies nerveuses. Le magnétisme semble devoir être
leur souverain remède, il semble devoir modifier et dé-
truire les nombreux accidents dont la source première est
cachée : en effet, il agit d'abord sur la sensibilité, il pé-
1 Nous montrerons bientôt comment la nature se trompe par-
fois ou laisse ignorer son but.
MALADIES. 127
nètre dans les centres nerveux et force à circuler l'a-
gent du mouvement et de la sensibilité ; il détruit les
obstacles qui s'opposaient à sa circulation, et empêche par
conséquent l'accumulation des forces vives dont les effets
sont semblables à l'électricité . Ici encore la nature avait
préparé des soupapes pour le trop-plein, elles s'ouvrent
d'elles-mêmes sous la main du magnétiste et produisent
sous nos yeux l'effet d'une saignée nerveuse, ce à quoi les
médecins avaient toujours pensé sans avoir l'espoir d'arri-
ver à un résultat. Mais tout ceci s'établira clairement, et
pourra se vérifier de manière à ne plus pouvoir être remis
en discussion.
On doit voir quel changement nous voulons apporter
dans l'enseignement du magnétisme : saisir d'abord tout
ce qui est purement physique ; et puisque l'agent a des
propriétés multiples, faire ressortir tout ce qui offre quelque
analogie avec les phénomènes électriques, avec le galva-
nisme et l'aimant , car ce sont les premiers phénomènes
que l'on constate. Il y a là immensément de faits qui s'ex-
pliquent d'eux-mêmes ; on voit des similitudes qui prou-
vent indubitablement que le magnétisme emprunte à ces
agents leur principale force d'action, ce qui exclut du
point de départ le merveilleux que l'on y avait attaché, et
fait rentrer dans le domaine du positif et dans la science
ce qu'on pensait devoir n'en faire jamais partie. La phy-
siologie se trouve immédiatement enrichie et le méca-
nisme du jeu des organes cesse d'être insondable, car on
a saisi le principal agent du mouvement et de la vie.
128 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Il y a tant de merveilles dans la nature et l'action de
nos sens est si bornée, qu'il y aura toujours quelque chose
qui nous échappera ; mais le cercle des connaissances hu-
maines s'agrandira sans cesse.
Quant à cette auréole qui entoure le magnétisme et qui
éblouit les esprits et les jette dans le mysticisme, elle doit
être soumise à une étude toute particulière ; c'est la partie
la plus difficile d'un enseignement, car dans les phéno-
mènes qu'il nous est donné de voir et qui semblent ne rien
emprunter à l'ordre physique, on rencontre trop d'incons-
tance, de mobilité, et un jeu de lumières qui se croisent
au point de dérouter les esprits les plus méthodiques : ce
que vous croyez saisir fuit, mais fuit en vous entraînant
pour vous placer en présence de l'infini. Toute cette der-
nière partie, sans être bannie de l'enseignement, ne de-
vrait entrer dans les ouvrages qui y sont consacrés, que
comme considération philosophique; mais, quoi que nous
fassions , le domaine du merveilleux entraînera les esprits ,
car il a pour lui l'attrait de l'inconnu et le charme de la
nouveauté.
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE
Dans ce que je vais chercher à décrire, celui qui saura
apprendre pourra faire son éducation magnétique et médi-
cale à la vue des transformations singulières qui devront
s'opérer. Il verra s'exhaler ce qui a pu passer à l'état
fluide, circuler et s'extraire des matières plus grossières ,
qui empoisonnaient les tissus.
Les déjections, les urines offriront des caractères tout
particuliers très-instructifs.
Le magnétiste découvrira que la cause du délire réside
dans les vapeurs qui montent au cerveau ; il découvrira
aussi la cause de certaines hémorrhagies que la nature
provoque pour rejeter du sang altéré, et dans le bouillon-
nement général produit à cette occasion, dans cette ébul-
lition, il saura reconnaître encore la cause de ces maladies
de la peau, occasionnées par des humeurs qui s'y élancent,
l'érosionnent, la coupent, la lacèrent, et la couvrent bien-
tôt de pus ou de fluides sanieux.
9
130 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Les sueurs mêmes auront une odeur sui generis, car le
pauvre corps humain qui sert de champ de bataille à des
agents inconnus, est, pour l'instant, un réceptacle de ma-
tières impures offensant l'odorat, tellement actives parfois
qu'elles peuvent s'inoculer, et déterminer en autrui une
corruption putride. Ce n'est qu'au prix de l'épurement que
la nature seule est capable de faire, que le malade échappe
au danger et qu'il revient à la vie.
Pauvre médecine d'école ! que ton savoir est faible ,
que tes remèdes sont impuissants dans ces cas où le mal
est partout, où le sang charrie les humeurs , où le cer-
veau se prend, cas où une saignée peut tuer raide ou
tout au moins rend l'effort de la nature inutile, cas où le
médecin croit étrangler la maladie et où il ne fait qu'in-
terrompre la crise et préparer la chronicité, en laissant
dans les organes le principe que la nature voulait en
extraire : de là ces longues douleurs, ces convalescences
interminables, et ces tourments qui font de la vie un sup-
plice.-
Médecin! tu crois avoir guéri ton malade parce
qu'il vit? Attends un peu, tu le verras bientôt chancelant
et tomber épuisé !
Le magnétisme, au contraire, lorsqu'il est bien conduit,
purge, nettoie, et ne laisse dans le corps que tout ce qui
est rendu à l'état sain, tout ce qui enfin ne peut être cause
dedouleurs.
Magnétistes ! voulez-vous une image plus fidèle encore
des opérations de la nature ? Voyez comme elle procède
dans les enfants en bas âge , voyez ces glandes , ces
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE. 131
gourmes, ces rougeoles , ces varioles ! La petite-vérole
même ne vous indique-t-elle point comment la nature épure
elle-même les humeurs pour préparer la santé ; et lors-
que trop faible pour achever son travail elle le diminue
ou se repose, voyez quelle en est la suite : les névralgies,
la goutte, la gravelle, les maux d'yeux, et cent autres
maladies dont le médecin ne peut reconnaître les
causes ! Voyez comme ceux qui ont échappé aux ravages
de la petite-vérole se portent bien, - je ne parle point
ici des vaccinés. Voyez comme ceux dont les sécrétions
se sont bien faites et bien établies avancent dans la vie,
et comme dans les cas contraires tous languissent, s'é-
tiolent ou meurent : la phthisie, les cancers, les ulcères, les
affections du foie, etc..... sont les suites inévitables d'hu-
meurs superflues que la nature n'a pu chasser, épurer ni
détruire.
Magnétistes, vous pouvez aider l'alchimiste , le chimiste
le physicien qui règle le jeu des organes qui composent la
machine humaine, donnez-lui un peu du feu qui est en
vous. Il saura, lui, faire ce que vous ne savez pas ; il saura
composer des acides et des alcalis, produire le soufre, le
phosphore et le fer et employer ces agents aux besoins du
corps, mais il lui faut du feu, le feu de la vie ; avec ce
secours, son art est cent fois supérieur à celui du médecin,
car celui-ci ne comprend rien à la vie.
Je viens de vous peindre des maux qui ne nous frappent,
hélas ! que lorsque nous les voyons, et qui apparaissent
quelquefois au moment où, plein de tranquillité, nous for
132 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
mions les plus beaux projets d'avenir et comptions sur une
suite de belles années .
Lorsqu'on voit danser, rire et chanter une folle jeu-
nesse, et que, sans transition, on entre dans un de ces
lieux ouverts par la pitié, dans un de ces égouts humains
où les infirmités sont rassemblées et groupées, on éprouve
un saisissement qui fait comprendre la fragilité de la
santé et l'ignorance des faux Esculapes qui se sont chargés
du soin de la régler. N'existe-t-il rien qui soit capable
d'affaiblir nos misères et de nous donner les moyens de
faire plus que la science? Cet ouvrage est fait pour indi-
quer une route nouvelle et pour que notre conduite
soit différente de celle du médecin. Ce n'est donc point
son titre que vous devez lui prendre, laissez-le-lui afin
qu'on le distingue de vous ; laissez-lui ses remèdes ou
plutôt ses poisons, l'agent que vous employez est pré-
paré par la nature et a, comme elle, la vie en puissance.
Tout mon enseignement va découler de cette source nou-
velle, et les guérisons surprenantes que vous opérerez
n'auront point d'autre origine. Ce ne seront point les mé-
dicaments qui auront guéri , mais vous-même et sans
intermédiaires.
Cet exposé succinct contient la clé des grandes œuvres
magnétiques. Si les phénomènes qu'il expose sont réels,
la médecine des écoles est fausse ; tous ces systèmes, qui
ne reposent que sur des connaissances incomplètes du
travail mystérieux qui se fait en nous, sont mensongers.
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE. 133
C'est donc en vain que la nature a parlé à ceux qui se
sont chargés d'être ses interprètes.
Les magnétistes doivent par conséquent bien observer
si mes données sont exactes , si elles concordent avec
leurs propres observations. Elles ont été la base de ma
pratique, et, chaque jour, je les vois justifiées par des faits.
C'est par elles que j'espère réaliser un grand bien, parce
qu'elles donneront aux magnétistes ce qui leur manquait :
une certitude absolue de l'existence d'un agent, certitude
dont le résultat sera de faire cesser cette interminable lo-
gomachie du fluide et du non-fluide, de la volonté sans
fluide, des vibrations, etc. , et d'éloigner toutes ces théo-
ries, qui peuvent bien avoir parfois l'apparence du vraí,
mais qui sont sans aucun fondement réel et égarent à
coup sûr l'esprit de ceux qui magnétisent.
Le progrès des sciences est toujours précédé de tâton-
nements nombreux, d'essais infructueux sur toutes choses.
Les livres alors se multiplient, livres où l'illusion tient la
place de la vérité ; mais petit à petit on rectifie les er-
reurs , et l'on arrive à ce qui ne peut plus être contesté.
C'est alors seulement que l'humanité prend possession des
vérités découvertes, et qu'elle en jouit pleinement sans
s'inquiéter le moins du monde du labeur des chercheurs, ni
des tourments de leur vie. Les héritiers sont généralement
ingrats : tant que l'homme ne saura pas tout, il sera
ingrat, injuste et méchant ; et comme la vérité complète
n'est point du ressort de son entendement, la plainte des no-
vateurs est inutile quoiqu'elle soitjustifiée. D'ailleurs, sans
134 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
l'ingratitude et l'abandon l'homme tiendrait trop à la vie,
la mort serait pour lui pleine d'angoisses ;-il ne voudrait
pas mourir! Les chagrins lui font voir autrement les
choses ; de lui-même il se détache aussi de la vie, et sa
raison fortifiée fait qu'il regarde la mort comme un bienfait
des dieux.
Mais si la mort est un bienfait, pourquoi donc chercher
à guérir les maux qui en hâtent la venue ? C'est que
la vie est une initiation qui doit durer un certain temps
pour qu'elle soit complète. L'âme humaine doit voir les
créations de ce séjour terrestre, et, comme les fruits qui
tombent avant leur maturité, tombent contrairement à la
loi divine, qui veut leur développement le plus complet ;
si l'âme n'a point atteint le but pour lequel elle a été créée,
quelque chose d'imparfait reste dans son essence, et à son
égard la loi a été transgressée.
Faire mourir un être avant le temps, c'est une chose
coupable en elle-même ; prolonger son existence , c'est-à-
dire lui faire atteindre le terme naturel , c'est au con-
traire obéir, non pas seulement à l'instinct, mais aux
desseins de la Providence. Nous le sentons si bien que
nous en avons fait un devoir, une obligation, et que la
pitié s'empare de nous toutes les fois que nous voyons la
vie d'un être compromise.
Mais je sens que je vais trop loin dans ma digression, et
que je m'éloigne de mon sujet où je ne dois avoir en vue
que de faire connaître les moyens d'apaiser les douleurs
et de guérir les malades que la science abandonne .
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE . 135
Nous allons montrer les règles de la plus saine des pra-
tiques magnétiques. En nous suivant, on apprendra les
secrets de l'art nouveau dont nous n'avons fait qu'esquisser
jusqu'à présent les principaux traits.
S'il est incontestable qu'entre nos mains la douleur
s'apaise et que des guérisons ont lieu, il faut nécessai-
rement qu'un agent modificateur et curatif soit en notre
possession ; et comme tout travail nécessite une altération,
une modification de parties, on doit saisir sur le chantier
l'ouvrier intelligent que la nature emploie. Les abeilles
construisent leur ruche ostensiblement ; l'ordre le plus
parfait préside à cette construction, dont le plan a été
donné dès le principe. Il doit en être de même pour
l'édifice humain et pour tous les êtres en général : ici pour-
tant le travail seul apparaît ; mais si l'on peut chaque jour
constater ce qui s'est fait, nos sens ne vont point jusqu'à
voir les ouvriers : on ne peut chercher à les voir que par la
pensée ni à les connaître que par analogie.
Que voyons-nous lorsqu'une écorchure a été faite à
notre enveloppe, lorsqu'une plaie quelconque vient se
montrer ou se produire? Les ouvriers arrivent pour ré-
parer la brèche ou le tissu : ainsi fait l'araignée dont la
toile est compromise par des accidents imprévus, si rien
ne l'en empêche, elle arrive à l'instant et reconstruit les
mailles de son tissu. Mais ces idées vraies ne pourront pré-
valoir aujourd'hui, parce que nos physiologistes et nos mé-
decins sont persuadés qu'ils connaissent les ressorts de la
machine humaine et que l'art de guérir est entre leurs mains.
136 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Le magnétisme fait éclore un autre sentiment et il fait
découvrir qu'autant il y a d'organes, autant il y a d'intel-
ligents agents : celui-ci tamise la matière, cet autre cla-
rifie les liquides , cet autre encore en sépare les huiles, les
essences. Tous ces produits sont ensuite dirigés tantôt
vers les voies d'expulsion , tantôt destinés à réparer les
pertes que la vie et le mouvement ont fait subir à l'édifice.
La médecine procède par la révolte ; elle agit donc à
contre-sens. Aussi les organes se soulèvent-ils commu-
nément au contact des remèdes. Ce n'est pas à proprement
parler l'organe lui-même qui se soulève, car il est passif,
mais c'est le principe intelligent qui règne dans son tissu
qui repousse avec énergie et avec violence les agents mé-
di cinaux, comme s'il était averti ou qu'il préjugeât dès
l'abord des mauvais effets qu'ils pourraient déterminer.
Pourquoi donc ce magnétisme est-il accueilli diffé-
remment, et comment se fait-il qu'il provoque des éva-
cuations alvines et des sueurs sans qu'un atome de drogue
ait été introduit ? Pourquoi le voyons-nous déterminer
l'apparition du sommeil sans l'emploi d'opiacés, et des
contractions de muscles sans strychnine? Mais il sera ques-
tion de tout ceci dans ce qui suivra, et nous tâcherons de
nous rendre compréhensible.
Oh ! grand Archée, grand magicien méconnu, habile
parmi les habiles, artiste par excellence ! sans toi la vie,
abandonnée à nos Esculapes, serait de bien courte durée,
et si tu n'empêchais par une lutte obstinée les médica-
ments mauvais de produire leurs effets , s'ils arrivaient ,
1
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE . 137
portés par les absorbants, dans le torrent de la circu-
lation sans être enveloppés des fluides bénins que tu sais
produire, bien peu d'organisations résisteraient à l'un
de ces deux chocs : la maladie ou le remède.
C'est toi, grand magicien, qui nous livres cet agent
puissant, trésor de la vie et de la santé. Tu l'as, pour ces
deux fins, revêtu des qualités nécessaires, car il suffit
d'en pénétrer les malades pour reconnaître à l'instant
que ses vertus sont supérieures à tout ce que l'art a pu
produire.
Ton travail est de tous les instants. Pendant que nous
dormons , tu remplis tes réservoirs épuisés , afin qu'au
réveil nous soyons frais et dispos ; car l'homme n'est
joyeux que lorsqu'il sent en lui ta présence ; son pas est
alors assuré. Ton absence le rend triste , et sa bouche
n'articule que faiblement les paroles qu'il veut prononcer.
Comme les convalescents saluent ton retour, agent béni !
Comme ils promettent de ne plus te dépenser sans besoin
et de ménager leur vie! Promesses toujours vaines et
mensongères ; car la vertu ne se montre que lorsque tu
manques à l'appel, et ce n'est qu'ainsi que l'on fait son
salut. La lampe s'éteint faute de cette huile, ou comme la
feuille dont la séve se retire, nous nous courbons sous la
loi du destin.
Qu'on ne me reproche point d'entrer dans trop de dé-
tails, un ouvrage comme celui-ci a besoin d'être clair, les
répétitions mêmes sont nécessaires pour graver dans la
pensée du lecteur les choses les plus essentielles à con
138 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
naître, celles surtout qui assurent sa marche, en le garan-
tissant des erreurs et de la fausseté des opinions ré-
pandues.
Lorsqu'une science commence, on ne saurait trop s'ap-
pesantir sur les règles et faire connaître, tout au moins
par des aperçus, ce qui doit justifier le fond de la doctrine.
Pour cette espèce d'initiation aux faits moraux et phy-
siques du magnétisme, les sentiments de l'initiateur sont
nécessaires, et c'est toujours ce qui est le plus difficile à
transmettre. Les écrivains qui m'ont précédé ont trop
oublié l'utilité de ces détails.
Que la médecine des écoles n'ait pas besoin de ces
hors-d'œuvre ou s'en passe, cela se conçoit, elle se sert
de médicaments parlant d'eux-mêmes, l'âme n'y est pour
rien, la nature même est oubliée, ou du moins tenue pour
très-peu de chose.
En magnétisme, quelle différence ! L'âme yjoue le prin-
cipal rôle, la nature doit être sans cesse sollicitée et ses
œuvres parfaitement connues. Ce n'est qu'ainsi que le
magnétiste se distinguera du médecin, qu'il lui sera supé--
rieur ; il pourra dès lors plus que lui.
Pour sortir du vague où a été tenu le magnétisme jus-
qu'à présent, il faut en étudier les ressorts secrets, bien
voir ce à quoi il s'applique et les conditions morales qui
permettent au magnétiste de faire le plus de bien possible ;
la moindre lueur nouvelle avec ce que nous savons déjà
peut faire réaliser des prodiges. Voilà pourquoi j'insiste
sur ce que je crois essentiel à connaître.
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE. 139
CE QUE DOIT CONNAITRE UN MAGNÉTISEUR DE PROFESSION.
Un magnétiste, aujourd'hui, n'est rien ou presque rien.
Un jour viendra où son rôle sera magnifique ; il effacera
celui du médecin, si ce dernier ne se pénètre de l'art
nouveau et de ses secrets.
Les magnétiseurs doivent porter leur investigation sur
un grand nombre de faits, chercher à voir au delà du
somnambulisme qui est encore aujourd'hui tout pour eux ,
tandis que pour un magnétiste instruit il n'est qu'un
accident dans un traitement, unjeu des forces vives vers
le cerveau. Si ce sommeil mystérieux ne fût point venu se
montrer, il n'eût pas fait naître cette fausse idée que sans son
éclosion rien n'était possible , ni concentré l'attention sur
un phénomène aussi éphémère et aussi rare : la lumière du
somnambulisme est sans prix lorsqu'elle est pure, mais
souvent fausse, elle est trop propre à égarer. Ce qui guérit,
c'est l'agent magnétique, c'est l'agent de la vie.
L'exercice du magnétisme comme profession est rempli
de difficultés. Il est extrêmement rare qu'un magnétiseur
soit appelé pour donner ses soins à un malade dans une
affection aiguë , pour une maladie qui commence, cas où
la nature n'a souvent besoin que d'un peu d'aide pour
rétablir l'équilibre, et où pourtant le médecin échoue si
souvent , quoiqu'il ait à sa disposition d'innombrables
remèdes. On n'arrive au magnétisme que lorsque tous les
140 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ressorts sont usés et qu'il n'y a plus d'huile dans la lampe.
C'est toujours pour des maladies chroniques et des plus
anciennes que l'on invoque son secours. La nomenclature
de ces maladies serait trop longue, en voici seulement un
abrégé :
Paralysie ,
Épilepsie ,
Hydropisie ,
Asthme,
Rachitisme ,
Phthisie.
Trop heureux quand ce sont seulement des goutteux ,
des rhumatisés, des hystériques et des cataleptiques ; mais
on lui amène des aveugles, des sourds, des malades qui
ont un ramollissement du cerveau ou une affection de la
moelle épinière, tous les maux enfin qui sont au-dessus des
-ressources de la médecine savante, et contre lesquels tous
les remèdes ont été tentés, tous les systèmes suivis ; car
la médecine a cela de commun avec la religion, qu'elle a
dans son sein beaucoup de sectes, qui toutes prétendent à
une sorte d'infaillibilité. Donc, quand on a de tout usé , de
toutes les drogues par grandes et petites doses, que l'on
s'est ensuite immergé dans l'eau froide, fait masser, élec-
triser , brosser, étriller sans aucun succès, ce qui reste du
malade arrive au magnétiste. On vient chercher, pour le
conduire près de l'infirme auquel les jambes ont refusé
le service, ce guérisseur, cette dernière ressource, je
ne dis pas dernière espérance , car communément on
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE, 144
ne croit point à l'utilité des soins qu'on vient réclamer.
L'être souffrant va jusqu'au bout de toute chose , soyez
certain qu'avant d'arriver jusqu'à vous, il a épuisé le sa-
voir des commères : ce n'est que tatoué par les cautères,
les sétons , les moxas , les vésicatoires , les pommades
irritantes ou brûlantes, les ventouses scarifiées, etc . ; ....ce
n'est qu'à travers tout cela que vous pourrez apercevoir
la peau du malade. La fraîcheur de l'enveloppe a disparu,
tout est raccorni, desséché à la surface comme au dedans,
et ce que l'on demande n'est rien moins qu'un rajeunisse-
ment. Ce n'est pas tout. L'illusion d'un malade de cette
sorte dépasse tout ce que vous pouvez imaginer des plus
grands travers de l'esprit : ce n'est rien à ses yeux que
l'état douloureux rendu supportable ; ce n'est rien qu'un
ou plusieurs organes rendus à la vie ; ce qu'il lui faut,
c'est la souplesse du premier âge , la vigueur de la virilité.
Arrivé aux trois quarts d'un succès complet, vous n'avez
rien fait encore, tant les malades, dans leur folie, sont
exigeants lorsque la nature a cédé sur quelques points.
J'ai rendu la vue à des aveugles ; mais malgré mes
efforts persévérants, quelques-uns ne pouvantdistinguer de
très-petits caractères : - «Mais comment! disait celui- ci
dont la cécité avait disparu , je les voyais autrefois , je
ne suis donc pas guéri ? » J'ai fait marcher des paraly-
tiques, ils allaient sans soutien et sans bâton : - « Belle
chose, ma foi ! dans un autre temps on se livrait au plai-
sir de la danse, on eût remporté un prix à la course ! »
J'ai fait disparaître de vives douleurs dans les membres,
142 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
j'ai éteint le feu qui circulait dans les tissus : - « Mais
voyez, quand le temps change j'éprouve encore de petits
malaises, je ne suis pas encore guéri. »
- « Rendez-moi celle-ci ou celle-là de mes facultés et je
serai content. » Le miracle est produit . -<<Bah ! ce n'est
pas cela ; voyez, du poids de cent livres que je portais
vous ne m'avez débarrassé que de quatre-vingt-dix, vous
n'avez donc rien fait ! » On est toujours reconnaissant non
en raison du chef-d'œuvre produit, mais comme si vous
n'aviez seulement exécuté qu'une ébauche .
Ce qui est encore plus curieux, c'est l'exigence toujours
croissante du malade, il ne vous accorde qu'un temps
très-limité : un magnétiseur ne doit-il pas guérir tout de
suite ? Un médecin..... c'est bien différent, on lui donne
toute latitude, vingt jours, deux mois, que dis -je ? des
années. Deux mois c'est trop pour nous, la maladie comme
une muscade devrait s'escamoter, on se croit chez Robert-
Houdin. J'ai vu des malades souffrant depuis vingt ans,
s'étonner à la première magnétisation de ne pas éprouver
de mieux, à la troisième épreuve ils renonçaient au traite-
ment et allaient ensuite dire partout qu'ils n'avaient rien
éprouvé de bon du traitement magnétique qu'ils avaient
suivi ; plus encore, ils déversaient le ridicule sur la pra-
tique de cette science, qui les eût peut-être sauvés s'ils
eussent eu plus de persévérance.
Mais trêve à ces réflexions, voici des malades affectés de
Tumeurs squirrheuses ,
Carcinomateuses ,
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE. 143
Tumeurs Fibreuses ,
Cancéreuses , etc.
Et le médecin, d'un air narquois et souriant, semble
dire : - Allons, charlatan, à l'ouvrage , aplanis ces col-
lines, percę ces montagnes, dissous ce granit vivant, je te
le permets, je t'y autorise même , ces maux sont incu-
rables , montre-nous tes petits talents. » Oui, savantissime
docteur, je vous les montrerai ces petits talents ; mais
avant, dites-moi donc comment il se fait que vous n'ayez
pas arrêté le développement de ces maux, car vous les
avez traités à leur origine ? Il estplus facile de guérir une
maladie qui commence que lorsqu'elle met la vie en péril ;
vous ne savez donc ni prévenir, ni guérir les maux, votre
science est stérile, vos médicaments impuissants , et l'hu-
manité, malgré votre savoir, semble condamnée à des
douleurs sans fin.
Ainsi tout est difficulté pour le magnétiste, il lui faut
non-seulement le courage et la vertu, mieux encore, pour
réussir il doit avoir la foi.
ACTION INCONSCIENTE DU MAGNÉTISÉ SUR LE MAGNÉTISEUR .
Bien qu'on n'aperçoive pas toujours l'effet produit sur
nous par l'augmentation du ton de mouvement que nous
avons imprimée ou développée chez le magnétisé, il est
certain qu'il y a là une loi à laquelle tous les corps cbéis-
sent et que nous participons au mouvement que nous
144 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
imprimons, soit qu'il vienne de la volonté, soit qu'il soit
dû simplement à la force que nous avons émise. Notre
organisation s'est liée tout entière aux faits produits , et
ici les preuves matérielles d'abord peuvent en être four-
nies. Il y a toute une série de maladies qui peuvent
s'inoculer même sans contact, parce que nous en avons
remué le principe : si je trouble la vase d'un marécage
empoisonné, j'en respirerai, j'en perspirerai les molécules
empoisonnées que j'aurai mises en expansion . Que faisons-
nous quand nous magnétisons ? Nous remuons et agitons
le principe malsain des maladies et nous sommes placés
dans le cercle de son action, car la nature le rejette par
parties : la peau est un de ses émonctoires ; le poumon, qui
est aussi une autre voie d'expulsion, rend souvent de l'air
corrompu, et cette atmosphère viciée dans laquelle se
trouve le malade nous enveloppe également et tend à cor-
rompre nos humeurs. Par une loi d'équilibre sans doute,
cette inoculation ne nous tue point, mais elle laisse sou-
vent des traces ; quelquefois même c'est subitement que
nous nous en apercevons par l'apparition de boutons sur
la peau, par une haleine fétide, par des douleurs dont le
siége correspond à celui qui est indiqué par le malade.
Je prends mon organisation comme type de la santé,
n'ayant jamais été malade et ayant toujours possédé une
puissance vitale exubérante, je dis ceci pour prouver
qu'en moi il n'y avait nulle crainte et que l'impression,
quand j'en ressentais une, ne venait point de mon imagi-
nation, -
eh bien, plus de cent fois dans ma vie j'ai
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE. 145
senti l'aiguillon d'une douleur qui n'avait point en moi
de motif d'exister ; j'ai souffert dans ma marche d'un
ralentissement de mouvement causé par d'autres douleurs,
et ce qu'il y a de singulier et de péremptoire, cela arrivait
toujours à la suite de magnétisations exercées dans les
affections arthritiques, dans des luxations spontanées et
aiguës, dans certaines affections goutteuses ; j'ai toussé et
expectoré, souffert même dans la poitrine pendant que je
magnétisais certains phthisiques ; dans les affections typho-
ïdes , à certaines périodes de la maladie, j'ai vu mon orga-
nisation envahie , un épanchement sanguin se former
autour des paupières et mes lèvres s'érailler comme si
j'avais eu la fièvre. J'ai persisté cependant dans tous ces
cas à appliquer le magnétisme, hormis en un seul où
manifestement je boitais par trop ; mais, pour arriver à
cette interruption, je m'étais assuré que le malade, qui
avait une inflammation coxo-fémorale et un épanchement
considérable dans l'articulation, je m'étais assuré, dis-je,
que je n'étais pris de cette claudication douloureuse qu'à
la suite de chaque magnétisation ; mon imagination n'y
était absolument pour rien. Une fois, en magnétisant un
cholérique, mes intestins se convulsèrent d'une singulière
façon, mais sans douleur. Lorsqu'il m'est arrivé de ma-
gnétiser des sourds et lorsque mon action devait être
efficace, j'éprouvais dans mes propres oreilles une sorte
de cuisson, accompagnée de démangeaison.
Dans les anciennes affections syphilitiques où le mercure
avait été employé, mon magnétisme réveillant des douleurs
10
146 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ostéoscopes assoupies, moi qui n'aijamais pris de mercure
ni eu de maladie, j'éprouvais dans certaines parties os-
seuses des douleurs quelquefois assez vives , et j'étais con-
duit ainsi à révéler au malade ce qu'il m'avait caché, et il
finissait par m'avouer la vérité.
Les meilleurs somnambules sont ceux qui ressentent en
eux-mêmes les maux d'autrui, quelque anciens qu'ils soient.
Il est probable que l'inoculation se fait d'une manière plus
parfaite par le contact, et aussi parce que les forces vitales
offrent moins de résistance, ayant été modifiées par le
sommeil. Eh ! qui ne sait que la petite vérole, la variole
et autres affections de la peau se communiquent à de
grandes distances? Pour en finir, je dois dire que, sur dix
malades , sept au moins me communiquent un rudiment
bien affaibli sans doute de leur affection maladive , comme
si leurs maux se réfléchissaient en moi ; ce qui me fait
souvent dire aux malades : Vous souffrez dans telle partie,...
vous éprouvez telle douleur. -
Comment le savez-vous ?
c'est communément leur réponse. -
Mais je le sens,
leur dis-je. Et ils sourient. On pourrait croire que mon
organisation est particulière, mais il n'en est rien. J'ai
reçu d'une foule de magnétistes des déclarations semblables
qui ne me permettent point de douter que le fait ne soit
général. Plusieurs même ont renoncé à l'application du
magnétisme, craignant pour leur santé : l'un éprouvait des
palpitations, un autre avait des insomnies, de la fièvre, etc...
C'est qu'ils ne savaient point se dégager ou que leur
organisation trop pauvre n'avait rien à donner.
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE . 147
On ne doit donc tenir aucun compte des opinions de
ceux qui nient ces inoculations , elles sont naturelles et doi-
vent exister. Le magnétiseur, quel qu'il soit, se dépouillant
pendant la magnétisation d'une somme de forces, le vide
se faisant en lui , il n'est pas étonnant qu'il puise dans
l'atmosphère qui l'environne ce qui s'y trouve de malsain.
On s'est moqué de l'opinion des anciens touchant la
transplantation des maladies : ils croyaient qu'en faisant
coucher un animal aux pieds d'un malade, il en prenait la
maladie. Ah ! les animaux ont un sûr instinct, ils connais-
sent bien le danger et savent le prévoir, ils fuient lorsque
le malade, fût-ce même leur maître, subit une décomposi-
tion du sang et approche de la mort ; ils craignent l'in-
fection. Mais ne voit-on pas fréquemment des personnes
qui ont donné des soins très-assidus et très-attentifs à des
malades atteints d'une grave affection accompagnée de
putridité, subir elles-mêmes à la fin du traitement l'effet
de la communication et quelquefois en mourir. Pourquoi
le magnétiseur ne subirait-il pas cette loi ? Cependant la
crainte ne doit point l'arrêter : cette compagne du faible
et de l'égoïste n'est menaçante que parce qu'on ne sait se
dégager et se purifier des matériaux impurs qui sont
entrés en nous; rien n'est plus facile cependant, car nous
pouvons nous-mêmes , par despasses longitudinalesexercées
sur notre propre corps, pendant quelques instants, faire
circuler et sortir tout ce que nous avons absorbé, et quand
nous sommestrop faibles, la main d'un ami oude qui que ce
soit, par la pratique ci-dessus, peut nous rendre ce service.
148 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
On suspend une croix lorsqu'on démolit une maison
pour avertir le passant de s'éloigner au plus vite ; lorsque
la mort démolit un édifice humain, la poussière de sa
décomposition est plus dangereuse que les gravats du
maçon, et ses victimes sont nombreuses même parmi les
médecins qui ne savent pas toujours reconnaître l'instant
de l'infection. La sympathie pour le malheur, la charité
nous font un devoir de ne rien écouter et de braver tout
péril pour soulager ceux qui souffrent ou leur rendre la
dernière heure supportable. La crainte de ces approches
dangereuses cessera lorsqu'on sera bien persuadé que le
magnétisme, comme le vent qui balaye la poussière, nettoie
et purifie l'organisation.
RÉFLEXIONS
SUR
CETTE PREMIÈRE PARTIE DE LA THÉRAPEUTIQUE
L'art de guérir et l'art de tuer seront toujours également cultivés.
Jusqu'à présent nous n'avons fait que rassembler les
idées qui doivent servir de base à notre thérapeutique.
Tout ce que nous avons dit était nécessaire pour faciliter
au lecteur l'entrée de la voie nouvelle ; il n'y a rien de
trop. Si le magnétisme a été rendu douteux, c'est par des
écrivains qui n'avaient point saisi l'ensemble des phéno-
mènes, ni su en tirer les conséquences .
Le magnétisme n'est ni de l'électricité, ni une des
forces ou agents déjà connus ; tout ce qu'il produit a un
caractère particulier de grandeur et d'étrangeté !
Quoique sa base soit terrestre, il dévoile la spiritualité
de la nature, lorsque celle-ci par des transmutations arrive
à produire ses pures essences dont nos sens ne peuvent
apprécier que quelques-uns des effets .
150 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Aussi le magnétisme guérit les maladies par des pro-
cédés inconnus des médecins ; il les guérit par l'action
qu'il exerce sur les forces médicatrices dont il augmente
la puissance, sans compromettre en rien la composition
des tissus. Tout est donc singulier et mystérieux encore
dans l'action de cet agent, et voilà pourquoi nous avons
appuyé sur les données premières, parce qu'elles étaient
la clef propre à faire pénétrer dans le sanctuaire de la vie,
parce qu'elles donnaient la possibilité d'agir sur celle-ci ,
d'en régulariser les mouvements et les efforts.
On doit donc bien se pénétrer de ce que contient ce ru-
diment de connaissance et ne jamais le perdre de vue. Ce
qu'il renferme au premier abord d'obscurité, cesse bientôt
d'embrouiller l'esprit ; l'action du magnétisme se raisonne
et s'explique, et cet agent peut être appliqué aux maladies
d'une manière rationnelle.
La médecine magnétique n'a rien de commun avec les
préceptes médicaux enseignés par les facultés et appliqués
dans le monde. Elle en diffère autant par les résultats ob-
tenus que par les moyens employés : c'est donc un art
nouveau que les magnétistes veulent introduire dans la
science.
En se reportant vers l'antiquité, on trouve, il est vrai,
des traces du magnétisme ; les applications de cette
science étaient même nombreuses, et il existait des temples
où l'on allait dormir et chercher la santé; mais les secrets
de l'art étaient bien gardés, les prêtres seuls en étaient
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 151
en possession, et au dehors l'œil le plus pénétrant n'aper-
cevait que les résultats. Les malades guéris rendaient
grâce aux dieux et comblaient les prêtres de présents.
Qu'on ne se presse point de condamner ces hommes de
bien et de génie, ils connaissaient l'esprit humain toujours
si prompt à se jeter dans les exagérations et à abuser des
présents de la divinité. Il ne faut pas s'appesantir long-
temps sur les faits de magnétisme pour reconnaître l'abus
qu'on peut faire de cette découverte et les déplorables
fruits qu'elle peut produire. Cependant son principe est
divin ; mais l'homme change le bien en mal autant qu'il le
peut. Donnez-lui une religion pure de tout alliage, il en
changera les maximes , en ternira l'éclat , l'exploitera
enfin ; que cette religion ait fait une loi de la pauvreté, du
dévouement et du sacrifice, il s'enrichira, trônera s'il le
peut, il sera despote, il fera couler le sang humain, et enfin
il trafiquera des choses saintes et sacrées pour son plus
grand bien-être et pour la satisfaction de ses appétits
terrestres.
Les prêtres de l'antiquité, prévoyant l'abus, se tai-
saient, et Jésus, leur disciple, mourut sur la croix pour
n'avoir point gardé avec la foule ni avec ses disciples la
discipline du temple. Mort sublime ! l'humanité n'offre
point d'exemple comparable, et l'expiation sera de tous
les temps; un second fils du ciel ne viendra plus sur la
terre, une première épreuve a suffi : ce sacrifice n'a en
rien changé les hommes, ils sont aussi méchants qu'autre-
fois ; la vertu est aussi rare, et tout réformateur divin qui
152 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
viendrait aujourd'hui payerait de sa vie l'accomplissement
de ses généreux desseins.
Voilà pourquoi on doit craindre que le magnétisme
remis entre les mains de tous ne voie ses avantages ba-
lancés par les désordres qu'il produira. C'est, au reste, la
loi de tout ce qui existe ; il semble qu'un fatal équilibre
doive toujours exister entre le bien et le mal et que les
oscillations de ces deux principes, tantôt d'un côté, tantôt
d'un autre, doivent être constantes. Ce serait en vain , à
mon avis, qu'on chercherait à s'arrêter à un point donné,
soit dans le mal, soit dans le bien; quelque chose de
mystérieux viendrait tout changer. Les uns conspirent
pour le bien, les autres pour le mal ; il n'en saurait
jamais être autrement, bien que dans nos aspirations, ou
plutôt dans nos rêves, nous voyions les vices disparaître et
régner la vertu.
Mais revenons au magnétisme. Les prêtres de l'anti-
quité le connaissaient, les disciples de Jésus y furent par lui
initiés , et s'il s'effaçait aujourd'hui de notre esprit, on le
retrouverait à chaque page des Ecritures avec' son brillant
cortége de guérisons miraculeuses, de prophètes , de
voyants, de devins; mais n'y trouvât-on que les paroles
du Christ et l'imposition des mains, que cela suffirait pour
en rendre à tout jamais la révélation assurée.
Nous en avons assez dit déjà pour prouver que tous les
phénomènes inexpliqués appartenant à l'ordre moral sont
du ressort du magnétisme ; que toutes les guérisons
opérées par des reliques ou par le toucher des prêtres lui
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE 153
appartiennent également. On peut concevoir dès lors que
l'eau lustrale ou eau bénite, la bénédiction, etc. , que
toutes ces pratiques enfin ont pour base la puissance de
l'âme humaine et l'emploi des forces vives ou magnétiques.
Nous l'avons dit, le magnétisme a été dans tous les
temps au fond de la science sacerdotale. Nous allons
montrer également que les extases et les ravissements
d'esprit des saints personnages étaient dus aux ressorts
secrets du magnétisme, qui produit dans certains cas un
épanouissement tel de sensibilité qu'il rend voyants ceux
qui par la prière, par le jeûne ou par la maladie ont dé-
placé son centre d'activité.
Notre somnambulisme à nous, résultat forcé de pra-
tiques magnétiques, nous offre l'image de ce que peut la
nature, lorsqu'elle est sollicitée par cet agent insaisissable .
Le feu fond les métaux les plus durs, il fluidifie les choses
les plus solides qui, ainsi divisées, vont se perdre dans la
masse et tendent à reformer d'autres corps ; le feu magné-
tique a plus de puissance, il parvient à désunir l'esprit de
la matière , et c'est alors que le domaine de l'âme s'a-
grandit, elle voyage dans l'espace et revient dans le
milieu qu'elle habitait, ce que la matière ne peut faire de
la même manière, parce qu'elle est soumise à des affinités
chimiques auxquelles elle ne peut se soustraire ; l'âme au
contraire revient de son plein gré, choisit son heure et
agit enfin en pleine liberté.
Comme on le voit, le magnétisme conduit au spiritua-
lisme ; il fait plus, il donne la preuve de l'existence en nous
154 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
d'un principe immatériel qui ne saurait périr et qui a sa
vie propre en dehors de la matière .
Mais nous tâcherons de rendre ces choses plus sen-
sibles lorsque, nous occupant bientôt de la guérison des
maladies, nous aurons à parler du sommeil médical et de
son emploi.
Nous avons voulu jusqu'à présent établir, aux yeux de
tous les esprits non prévenus , la preuve de l'existence
d'une force magnétique et exposer en même temps la série
des singuliers phénomènes auxquels elle donne naissance
par sa pénétration à travers les tissus humains. Sous ce
double point de vue, nous pensons avoir atteint avanta-
geusement notre but.
Mais on attend encore autre chose de nous, c'est-à-dire
une description plus ou moins complète des résultats thé-
rapeutiques qu'on ne cesse d'attribuer au magnétisme, et
que, du reste, l'étude justifie.
S'il ne s'agissait que de citer des cures merveilleuses et
authentiques, notre travail serait facile, et, ouvrant nos
Annales, nous n'aurions qu'à nous emparer des richesses
qu'elles renferment pour les placer sous les yeux de nos
lecteurs.
Mais nous ne voulons point en agir ainsi, car nous n'a-
jouterions rien aux connaissances acquises, et l'on aurait
d'ailleurs le droit d'exiger plus de nous, car nous avons
pris l'engagement de tracer une thérapeutique nouvelle ét
d'enseigner les règles d'une sainepratique magnétiquediffé-
rant sous beaucoup de points de la pratique de nos maîtres.
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 155
Mon désir a peut-être été au delà de mes forces, je le
crains du moins, car ma tâche est difficile. Lorsqu'il s'agit
de montrer que l'on a surpassé d'illustres devanciers, on
ne saurait apporter jamais, pour justifier qu'on n'a point
été abusé par un sentiment d'orgueil, des preuves trop
nombreuses que l'on a pénétré plus avant qu'aucun autre
dans le vrai des choses.
Guidé par mon seul instinct, à défaut de génie, j'ai
longtemps marché dans une route inconnue toute remplie
d'écueils contre lesquels ma raison venait se briser ; mais,
plus tard , familiarisé avec ces difficultés , j'ai fini par
comprendre la loi de ce que je voyais. Comme à un enfant
dont la marche chancelante d'abord s'affermit peu à peu
avec le temps et à mesure qu'il prend du développement,
l'assurance m'est venue ; n'écoutant plus dès lors aveuglé-
ment les leçons de mes maîtres, j'ai obéi à ma seule desti-
née. Serait-il vrai que les sciences dussent à des esprits
-
aventureux, comme semblait être le mien, une foule de
découvertes dont se glorifient aujourd'hui les savants, dé-
couvertes qui ne se seraient point faites en suivant les
sentiers battus ?
Ah ! comme je serais heureux aujourd'hui si mes idées,
fondées sur des réalités, devaient un jour contribuer au
bonheur des hommes et donner aux médecins la lumière
qui leur manque !
Malades à qui je consacrai mes soins, vous fûtes sou-
lagés et guéris non selon les règles de la science des écoles,
non selon l'art de la médecine ; mais vous dûtes votre
156 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
salut à des principes nouveaux contestés ou plutôt rejetés
comme d'étranges erreurs : ces principes étaient donc
vrais, et la science avait tort.
Pour un instant seulement, portons-nous en pensée vers
*
le temps où ces principes seront généralisés ; ce qui fut
fait en petit se faisant en grand ; ce qui ne fut appliqué
qu'à quelques-uns l'étant généralement, le bien fait ne
pourra plus se mesurer, un immense progrès se sera ac-
compli. Les pleurs et les gémissements cesseront là où la
douleur s'exhale encore, et les hommes, pénétrés de re-
connaissance, élèveront un temple à la vérité magnétique.
Les rêveurs de la veille seront les savants du lendemain,
et la science alors subira une de ces révolutions sans pa-
reille, puisqu'il en résultera un progrès indéfini.
D'après ce que nous avons dit déjà , il semblerait
résulter que deux principes gouvernent le monde et qu'on
les observe dans tous les êtres ; d'autre part, il semblerait
démontré que nous pouvons jusqu'à un certain point mo-
difier l'action de ces deux principes : la volonté de
l'homme, empruntant quelque chose au pouvoir de Dieu,
serait donc assez puissante pour opérer un changement
dans les destinées humaines en plaçant un léger poids
dans celui des plateaux de la balance que les mauvaises
passions ont fait fléchir, rétablissant ainsi l'équilibre entre
les forces qui conservent et celles qui détruisent.
Mais qu'importent mes idées sur les ressorts secrets qui
font mouvoir le monde moral et le monde physique, cela
n'est pas important ; mais ce qui l'est, ce sont les résultats
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 157
du magnétisme : ceux-ci ne sont point douteux. Par lui,
l'humanité entre bien évidemment en possession d'un levier
puissant, et l'art de guérir va cesser d'être stérile.
Vous qui souffrez, ne perdez point courage ; cherchez
autour de vous celui dont l'âme compatissante désire voir
la fin de vos maux.
Bonnes mères, rassurez-vous, les cris de vos enfants
cesseront dès le moment où, voulant les soulager, vous
promènerez doucement vos mains sur le siége de leur
douleur !
Que celui qui aura le plus donne à celui qui possède le
moins : c'est le divin communisme enseigné par Jésus ; car
il ne s'agit pas ici de la richesse matérielle, mais de la vie
et de la santé. On ne s'informe point si la pluie qui rem-
plit les sources taries et féconde la terre nous est venue
poussée par les vents du nord ou du midi, et si les élé-
ments qui composent cette eau ont été puisés ici ou là : le
devoir du savant est de nous dire ces choses ; mais pour
le commun des hommes, le résultat est seul important. Ce
qui les touche profondément, c'est la vérité saisissante des
guérisons et des procédés qui servent à les produire.
Soulager un malade, faire taire la douleur en autrui
sera toujours le plus beau privilége qu'un homme puisse
posséder, et les joies qui en résulteront, bien différentes de
celles que font naître d'autres passions satisfaites, laisse-
ront dans sa vie une empreinte ineffaçable.
Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'écrits traitant de
la médecine d'où les médicaments soient exclus, si ce n'est
158 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
quelques ouvrages ascétiques ou mystiques où l'on en-
seigne qu'il faut s'en rapporter entièrement à Dieu pour
le soin de notre personne, si surtout les premiers soins
des hommes n'ont pas réussi : là-dessus, les neuvaines
sont recommandées ; on doit brûler des cierges en l'hon-
neur de tous les saints du paradis, invoquer la Vierge
et Jésus , et attendre du ciel la souveraine médecine que
les hommes n'ont point su trouver. On s'est exercé à
rendre ces pratiques ridicules, sans considérer que dans
certains moments de notre existence, et par la prière sur-
tout, une modification morale et physique pouvait se pro-
duire en nous et déterminer des mouvements vitaux salu-
taires. Cela doit se passer ainsi, à moins qu'on ne préfère
admettre que, dans cette situation d'un moment, quelques
agents inconnus puissent nous prêter leur concours ; car
on a vu des miracles se produire ainsi en présence des-
quels la science médicale est restée muette d'étonnement,
l'explication du fait ne se trouvant point. Moi-même, avant
de bien comprendre le magnétisme, je souriais aux cures
des Hohenlohe et d'autres personnages, guérisseurs d'un
grand caractère, à qui l'on ne put reprocher jamais que
leur sainte folie, c'est-à-dire leurs œuvres mystiques , les
regardant comme entachées de superstition.
Tous les philosophes ont semblé vouloir faire un crime
aux hommes que des douleurs accablaient, de demander
leur disparition ou leur adoucissement à Dieu ou à la na-
ture, méconnaissant ainsi les facultés de l'âme humaine
qui a des affinités spirituelles soupçonnées seulement avant
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE 159
la découverte du magnétisme et aujourd'hui prouvées ;
car maintenant nous savons qu'on peut agir à distance et
influencer les êtres, et même déterminer des modifications
matérielles , quoique le principe employé paraisse ne point
l'être.
Les anciens médecins ou philosophes qui écrivaient sur
la médecine recommandaient comme moyen de guérir
plusieurs genres de frictions, qu'on peut appeler aujour-
d'hui frictions magnétiques. Ils savaient déterminer ce doux
sommeil où la vision se montre, où les images des dieux
et des bons génies étaient aperçues et venaient conseiller
les remèdes salutaires. Ah ! c'est qu'il y a dans l'homme
plus de choses que l'on n'en comprend aujourd'hui et que
tous les mystères de la vie ne sont point révélés ! C'est
donc toujours en vain qu'on devait essayer de détruire la
superstition de laquelle on n'avait vu, d'ailleurs , que le
côté mondain, celui dont les intérêts matériels déter-
minent l'éclosion, celui dont les prêtres ont abusé pour des
fins qu'on n'eût osé avouer.
Avant de tout rejeter de ce que nous a légué le passé,
il faudrait bien s'assurer si tout est erreur, s'il n'y a pas
des vérités bonnes à conserver. Il est vrai que pas un de
nos savants n'ose ouvrir la bouche sur les choses mo-
rales. Reconnaîtraient-ils leur incapacité pour traiter un
pareil sujet ? Quoi qu'il en soit, ils laissent aux journa-
listes, gens instruits sans doute, le soin d'éclairer les
esprits sur les choses mystiques ; or, ceux-ci concluent,
sans un examen plus profond , que ce serait s'abaisser
160 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
que de les tenir pour quelque chose, parce que le jésui-
tisme en en altérant l'essence les a rendues odieuses.
Source féconde des vérités d'en haut, il faudra bientôt
pour te retrouver aller chez les peuplades sauvages. Là où
la civilisation n'a point pénétré se trouve encore un rayon
de lumière ; on y croit aux esprits, aux communications
d'outre-tombe, à toutes ces vieilleries, apanage du jeune
age !
Ah ! ce sont pourtant de bons chrétiens qui , trop
échauffés par leur zèle, ont tout détruit, les hommes et
les idoles. Ils ont remplacé ces bibelots par de ravissants
amours, modèles d'académie. Les arts ont prêté leur
concours aux choses de religion , les vases d'or et d'ar-
gent ont remplacé ceux d'argile et de bois ; mais les
hommes en sont-ils devenus meilleurs ? On le dit, mais je
ne le crois pas. On ne brûle plus, il est vrai, - c'était
la médecine radicale du bon temps, dont il ne faut pas
trop cependant mépriser l'efficacité, car on s'exposerait
encore de nos jours à passer aux yeux de bien . des gens
pour un mécréant ou un hérétique .
Trêve donc à ces réflexions, le jour viendra où un
esprit plus pénétrant que le mien saura retrouver dans
les débris des âges passés ce qui donna naissance aux
préjugés et aux erreurs de notre temps.
Mais ce qui me rend soucieux, c'est que sur cette terre
on trouve en toutes choses le mal mélangé au bien ; c'est
qu'il n'est pas une vertu sans tache, et que guérir les
hommes de leur folie, c'est peut-être agir contre les des
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 164
seins de la Providence, comme il l'est peut-être encore.
de les guérir de leurs maux physiques, - n'est-ce pas
la souffrance qui souvent élève la pensée et fait com.
prendre aux forts toute la faiblesse de notre nature. La
souffrance , d'ailleurs , n'est souvent qu'un châtiment ;
elle avertit l'homme que l'on n'abuse point en vain des
organes et des facultés que Dieu nous a donnés. La dou-
leur prépare à la mort; elle avertit d'un danger; elle
corrige, retient et donne du prix à la santé ; elle fait vivre
enfin une foule de gens qui trouvent un grand profit à la
cultiver. Pouvons-nous espérer de rompre cette chaîne
dont les anneaux ont résisté au temps ! non, non, nous
ne ferons point ce miracle, les savants s'y opposeraient,
les malades mêmes ne voudraient point de notre antidote,
et les bergers du troupeau humain ne voudraient point que
leurs moutons cessassent d'avoir la clavelée et le farcin.
Nos efforts seront donc superflus ; et, d'ailleurs, le mal
sortirait à coup sûr du bien qui se ferait ; on saurait bien
falsifier l'essence de ce dernier, et les mêmes hommes qui
ont crié à la friponnerie en nous signalant seraient les
premiers à se montrer indignes du dépôt sacré que des
magnétistes, dans leur innocence, voudraient déposer entre
leurs mains.
Comme un écho plaintif, ma parole murmure ce qui se
passe au fond de mon cœur. M'abandonnant sans réserve à
l'être mystérieux qui me conduit, mes impressions ne sont
point soumises à ma raison, sans cela j'en discuterais la
valeur, et probablement elles ne se trouveraient point ici.
11
162 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
C'est ainsi, sans doute, que les médiums sont forcés de
traduire ce qui ne ressort point de leur entendement.
Tout à l'heure, ce que je dirai sur l'art de guérir m'appar-
tiendra en propre, j'en serai responsable, j'en soutiendrai
la réalité, et m'appliquerai à rendre sensibles à toutes
les intelligences mes démonstrations. Le vague aura cessé,
nous entrerons dans le domaine du positif, non pas dans
cette médecine dite exacte enseignée dans les écoles , mais
dans celle de la nature, car la nature est le vrai médecin .
Nous n'affligerons point vos esprits en vous ôtant toute
espérance ; nous vous montrerons, au contraire, comment
on guérit réellement sans recourir aux drogues. Je ne
vous banderai pas les yeux, vous verrez clairement le tra-
vail qui se fera sous vos mains ; vous n'aurez point à l'at-
tribuer au hasard, à des combinaisons fortuites, à des
accidents moraux. Quand le vent ne souffle plus , la
girouette reste immobile ; de même aussi vous verrez la
nature cesser son travail quand vous ne lui donnerez plus
ce qui a fait sa force d'un instant; mais vous la verrez
travailler de nouveau aussitôt qu'elle recevra de vous
les émissions magnétiques qui l'avaient tirée de son
repos.
J'ai anticipé sur ce que j'avais à vous dire et vous
aurez de la peine à me croire, mais la vérité aura son jour.
Vous agirez tout d'abord avec incertitude, vos ébauches
se ressentiront de la situation de votre esprit; puis, pre-
nant de l'assurance et vous enhardissant, ce qui résistait
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 163
à vos efforts cédera ; et, tout étonné de votre pouvoir,
vous rendrez justice à celui qui vous initia à ces recher-
ches ou plutôt à cette étude, à celui qui vous révéla la
faculté que vous avez de faire le bien ; mais votre recon-
naissance sera tardivé. Ce livre restera, mais l'homme qui
l'écrit ne sera plus ; il aura fait son temps. Vous n'aurez
point à le remercier pour le bien qu'il aura fait, ni pour
celui dont il aura été la cause ; mais vous vous direz que
s'il eût vécu dans les siècles derniers , sa cendre aurait
été jetée au vent par les serviteurs du Père des lumières,
de celui qui a donné à l'homme l'esprit de pénétration
afin qu'il découvrît dans le limon dont il est pétri le prin-
cipe de vie qui l'anime, ce magnétisme dont je vous
entretiens aujourd'hui, ce feu mille fois couvert par la robe
du prêtre , qui cherchait ainsi à l'éteindre, mais qui se
rallume toujours, car il est d'essence divine.
Les savants du xv et du xvi° siècle connaissaient bien
sa perfection ; mais obligés de cacher leur découverte, ils
donnèrent à leurs écrits une obscurité calculée pour échap-
per ainsi à la persécution et à l'exil. Si on possédait
aujourd'hui tous les livres brûlés, tous les manuscrits saisis
et détruits, on aurait une bibliothèque immense , plus
importante sous certains rapports que celles qui con-
tiennent les dépôts des livres conservés. Il n'y faut plus
songer, et nous devons travailler de nouveau avec persé-
vérance, ne tenant encore qu'un des anneaux d'une chaîne
qui paraît immense. S'il n'est point permis à l'homme de
tout découvrir, il auradu moins en sa possession ce que
164 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
l'enseignement officiel a refusé de lui donner : le moyen de
se guérir et de se préserver.
Lorsque vous vous êtes décidé à traiter une maladie
grave, n'importe l'âge et le sexe de la personne qui en est
atteinte, que la résolution que vous avez prise soit bien
arrêtée dans votre esprit , car c'est toujours une chose
sérieuse et qui demande un grand dévouement, une per-
sévérance à toute épreuve. Dans le cas où vous seriez in-
certain et peu disposé de volonté, ne commencez pas cette
œuvre et bornez-vous à faire quelques expériences du
genre de celles que je vous indiquerai plus tard si vous
voulez vous assurer de l'existence du magnétisme. Mais
si vous voulez guérir quelqu'un, considérez d'abord que
le traitement vous prendra du temps , que vous aurez
à dépenser vos forces ; et comme une maladie n'est pas
toujours uniforme dans sa marche, que l'on ne guérit
presque jamais que par des crises naturelles, et qu'il vous
faudra artificiellement produire ces crises , vous serez
astreint à une certaine régularité dans les applications que
vous ferez du magnétisme.
Les affections chroniques sont lentes à guérir, la con-
duite, il est vrai , est plus aisée ; mais dans les affections
aiguës et qui durent peu, la nature, sollicitée et aidée
dans son travail, présentant de brusques changements,
il faut que vous soyez là , près du malade, et que vous ne
vous laissiez point effrayer par les accidents nerveux, par
les dérangements de corps, par les hémorrhagies ni
même par le délire. Tous ces accidents sont fréquents , et
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 165
ordinairement on ne devine point leur venue : la prévi-
sion ici n'est accordée qu'aux magnétistes consommés,
à ceux qui possèdent une expérience suffisante.
Lorsque les médecins voudront bien se livrer à la
pratique magnétique , ils auront ce grand avantage sur le
commun des hommes, ils verront, ce que vous ne pouvez
voir, ces symptômes précurseurs des changements qui
pourront s'opérer dans la maladie ; et, enfin, ils jugeront
mieux de la valeur des efforts faits par la vie, ou bien en-
core de ce qui éloigne le succès ou le rend suspect. Mais
pour vous, étranger aux études médicales, qui ne con-
naissez point la structure intime des organes, la résis-
tance qu'ils peuvent offrir aux agents destructeurs ; vous,
qui ignorez ce que peuvent vous offrir d'inductions le pouls,
la langue, la chaleur de la peau, le gonflement ou la sen-
sibilité de l'abdomen, les irrégularités de la respiration ,
toutes ces ressources immenses que donne l'habitude
d'observer , vous serez réduit à votre propre instinct ,
et votre propre jugement n'aura pas une grande valeur.
Une chose, dans ce cas, peut vous sauver. Ne prétendez
point d'abord être savant, bornez-vous au rôle d'instru-
ment physique : la vache et la chèvre donnent leur lait,
donnez simplement votre magnétisme. Ne prenez point
enmauvaise part mes expressions, elles sont ici nécessaires
pour rendre mon sentiment. Je tracerai d'ailleurs plus
clairement votre rôle dans la description des maladies,
et lorsque je parlerai de la conduite que l'on doit obser-
ver relativement à chacune d'elles.
166 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Commencez votre œuvre en observant le silence, ne
discutez point avec le malade, ne discourez point non plus
sur le magnétisme. Laissez le malade vous instruire de ce
qu'il sent, lors même que vous apercevriez les symptômes
de votre action ; répondez brièvement aux interpellations ;
continuez tranquillement votre magnétisation. La séance
terminée, causez si vous voulez, cela est indifférent, mais
ne provoquez point d'agitation, afin que l'effet déter-
miné et qui doit se prolonger bien au delà de la magné-
tisation ne cesse point tout à coup. Songez que vos mou-
vements de main ont remué les fibres du corps, qu'un
ébranlement général a été produit, lors même que vous et
le malade n'auriez rien aperçu.
Le médecin quitte son malade lorsqu'il lui a faitprendre
un médicament, soyez comme le médecin. L'agent magné-
tique est aussi un médicament le plus actif et le plus
étrange de tous. Fixez vos heures de venue et ne manquez
que le moins possible au rendez-vous que vous aurez fixé.
Vous reconnaîtrez plus tard la valeur de mes conseils et
comment on peut s'égarer en ne les suivant pas. J'ai
moi-même manqué quelquefois aux règles que je trace, et
je m'en suis toujours repenti, car, dans certains cas , mes
irrégularités ont dérangé les combinaisons de la nature et
rendu ses efforts plus incertains.
Uue chose encore est bien importante à connaître , c'est
le régime que doit suivre le malade. Vous vous y entendrez
d'abord bien moins que le médecin s'y entend ; ceux-ci
sont habiles tant qu'il ne s'agit point de médicaments ; ils
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 167
connaissent par l'aspect de la langue et d'autres signes
l'état des organes cachés; ils ont des ressources que vous
ignorez ; et s'ils se trompent parfois, ils rectifient bientôt
l'hygiène du malade, ce que vous ne pourrez toujours
faire avec le même succès. Cependant vous les dépas-
serez dans ces connaissances quand vous aurez produit
des accès de somnambulisme. Dans ce cas, les médecins
ont trouvé leur maître, car le somnambule sait parfai-
tement ce qui lui convient. Vous aurez donc à faire votre
apprentissage ; vous vous garerez de l'enthousiasme à la
vue de vos premiers succès, car l'enthousiasme ordinai-
rement remplit d'illusions. Cependant l'enthousiasme est
nécessaire en magnétisme, il échaufſe l'esprit et développe
les forces ; mais il a son côté défavorable : en exaltant la
puissance, il la dissémine ; elle s'évanouit bientôt. Distraite
de son cours naturel de circulation, elle forme une atmo-
sphère considérable autour du corps et échappe ainsi à
toute direction. Il est rare que l'entraînement qu'éprouve
l'esprit lorsqu'il aperçoit les effets du pouvoir immense
que nous a départi la nature reste dans ses limites ordi-
naires. Ce brusque éveil des sentiments agit sur lui plus
puissamment que l'amour ; il est d'un autre genre, il fait
naître en nous des convoitises qui n'empruntent rien à la
chair. Nous voulons connaître ce qui s'est révélé à nos
sens ; il est donc une initiation. Vous éprouverez dans
cette occurrence ce que nous avons éprouvé nous-même,
nul n'y échappera, excepté ces êtres incomplets , semblables
à la brute, qui vivent sans sentir : on sent qu'on s'est
168 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
élevé dans une région inconnue. Ce que je vous signale
peut devenir un écueil ; on perd de vue son point de dé-
part, et quelquefois même on ne veut plus y revenir. On
devient spiritualiste, on court devant soi cherchant cet
inconnu qui se laisse voir un instant et fuit en vous lais-
sant l'espoir. Toute vérité n'est utile que lorsqu'elle réa-
lise un bien. Servez-vous du magnétisme pour soulager
les misères humaines, et, au lieu de vous mirer dans cette
eau, donnez-en à boire à ceux qui sont altérés ; là est
l'utilité de la découverte. Ne pas faire usage de ce pré-
sent du ciel , c'est manquer de charité envers son sem-
blable, c'est quitter le connu, le positif pour courir après
des satisfactions qui ne peuvent jamais être complètes. Ce
que je dis ici, c'est pour vous rappeler à la thérapeutique ,
objet de ce livre et de mes observations.
Ne vous effrayez point des difficultés de cette pratique
nouvelle. Il n'est aucun art qui ne se présente d'abord à l'es-
prit commedifficile à acquérir ; mais l'intelligence et la per-
sévérance assurent le succès de toute entreprise. N'avez-
vous pas autour de vous ce qui doit stimuler votre zèle ?
Nul n'est sans amis ni sans affection, et il est bien rare que
la souffrance ne soit pas la compagne obligée de la vie. Si
vous êtes sensible aux douleurs d'autrui, devenez le mé-
decin de celui que vous aimez. Faites plus encore, payez
votre dette à l'humanité ; faites aux autres ce que vous vou
driez que l'on vous fit, car la maladie viendra un jour vous
assaillir ; et si vous n'avez point pratiqué l'art que je vous
enseigne, on sera en droit de vous en refuser les bienfaits.
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 169
Nous allons nous occuper désormais de la pratique pure
du magnétisme en suivant les règles que nous avons tra-
cées. Il faut qu'il en sorte une marche assurée et que rien
ne soit donné au hasard.
Ayant en vue la guérison des malades, l'apaisement
des souffrances, nous devons donner à nos procédés opéra-
toires la clarté la plus grande. Il n'y aura plus ni hésitation
ni vague dans ces procédés, et toutes les préoccupations
du magnétiste doivent cesser devant la régularité de la
méthode qui m'est jusqu'ici personnelle. Non pas que je
nie le mérite de mes devanciers et que j'oublie leurs
œuvres ; non pas que les magnétiseurs ne puissent faire le
bien par des procédés divers et même contraires aux
miens, non, je ne veux rien blâmer, tout en faisant table
rase de ce qui ne m'est pas personnel. Je me suppose en
face d'un malade avec celui que je veux instruire en lui
donnant une leçon pratique sur le nouvel art de guérir ; je
parle à ce dernier et dirige sa main et sa pensée pour en
faire des instruments de bien, lui laissant ensuite la liberté
de s'inspirer à une autre école et de comparer les instruc-
tions.
On ne sait par où commencer un traitement quand on
n'a pas suivi une clinique magnétique ; l'embarras est
grand, l'inquiétude domine. Quoique persuadé de l'exis-
tence du magnétisme, on ne sait si c'est le sommeil que l'on
doit chercher, si l'on doit faire les passes de telle ou telle
manière ; et lors même qu'on saurait déjà magnétiser, on
n'est point encore fixé sur la valeur réelle des procédés.
170 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Mais comme en toute science tout a un commencement ,
un point invariable d'où il faut partir pour aller de là tou-
jours du simple au composé, que sans cela rien ne serait
rationnel, nous commencerons par publier les données que
nous ont fournies l'expérience sur l'application du magné-
tisme à la thérapeutique.
Partant de cette vérité, que le magnétisme déter-
mine des phénomènes différents selon la région où ses
premiers jets pénètrent; qu'il n'est pas indifférent, dans
un cas donné , d'agir à sa fantaisie ou de suivre des pro-
cédés réguliers ; qu'il ne s'agit plus d'expériences physio-
logiques propres à satisfaire la curiosité, mais de guérisons
purement et simplement , tout doit être fait rationnel-
lement, autant que le permet du moins l'état actuel de
l'art ou de la science magnétique.
Il faut dès à présent tenir compte de la sensibilité de cha-
que organe, et de ce que certains procédés modifient singu-
lièrement les effets magnétiques déjà produits. Nous allons
donner les résultats de nos recherches sur ce sujet.
On peut établir ceci : c'est que quatre grandes divisions
du corps humain reçoivent une influence toute spéciale et
différente, selon que l'on applique localement ou généra-
lement les procédés magnétiques. Ne sait-on pas d'ailleurs
que de simples passes faites de haut en bas font circuler
ce singulier agent et en opèrent la sortie ? On constate
encore une grande différence entre la magnétisation par
les doigts en pointe ou par l'application de la paume de la
main sur les organes malades. Celle-ci est calmante, exerce
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 171
une action profonde ; l'autre est incisive, légèrement irri-
tante. Mais ces deux méthodes sont également salutaires
lorsqu'elles s'emploient soit à dissoudre des engorgements
ou à remuer profondément l'agent de la sensibilité. Bien
que ce soit le même magnétisme, la même force, la même
puissance, les résultats diffèrent dans les régions excitées.
Pour le magnétiste peu attentif, il n'y a aucune distinc-
tion à faire, et à ses yeux je me serai trompé dans mes
observations : le magnétisme selon lui ne peut être bon
qu'à déterminer le sommeil et à guérir à l'occasion. Mais
pour l'homme attentif à ce qu'il fait, pour celui qui re-
cherche la cause des moindres phénomènes, ce que je dis
plus haut sera vérifié et aura un jour sa valeur. Oui,
chaque organe a une sensibilité particulière, que l'agent
magnétique peut solliciter lorsqu'elle ne vient pas d'elle-
même se faire reconnaître. On découvre par là la vraie
méthode de traitement. Celui qui la possède bien peut se
vanter hardiment de sa supériorité. Au tâtonnement il
substitue l'art ; il peut se tromper parfois , sans doute ;
mais une science médicale, quelle qu'elle soit, n'est jamais
infaillible, la nature ne l'ayant pas voulu.
Suivez-moi donc attentivement, vous dont la raison ne
se laisse point détourner du droit chemin par des préjugés
ou de vagues opinions. Croyez-le, le magnétisme est la
plus grande des découvertes, et le salut de l'humanité
résultera de son étude approfondie.
J'ai vu de bons nageurs essayer vainement de remonter
le courant d'un fleuve. Ils semblaient d'abord réussir dans
172 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
leur entreprise; mais bientôt leurs forces faiblissant, ils
étaient ramenés à leur point de départ. En serait-il de
même des idées et des vérités ? Peut-on, luttant contre
l'opinion, remonter à la source primitive d'où elles décou-
lèrent ? Ainsi, les prodiges et les merveilleux phénomènes
qui donnèrent naissance aux religions, qui envahirent le
monde et réglèrent ses destinées ; ces faits, aujourd'hui
ignorés et inconnus, les efforts de quelques hommes, de
l'esprit humain même pourraient-ils les retirer de l'oubli
et faire revivre le passé ? Le doute ici envahit mon esprit ;
car tous les hommes qui voulurent accomplir cette tâche
périrent à la peine, et les sociétés , comme un torrent ra-
pide, ont continué leur chemin, tantôt s'élevant comme les
flots de la mer, tantôt s'abaissant pour laisser voir la vase
sur laquelle elles marchaient. A ce spectacle grandiose et
attristant en même temps, rien ne saurait être comparé.
Malgré l'anxiété de mon esprit, à l'exemple de nos prédé-
cesseurs glorieux, quoique vaincus, je cherche à rappeler
les idées vers un ordre de choses qui exista.
L'ignorance ne conduit rien et se laisse conduire. Il y a
donc un grand fond de perversité chez leshommesinstruits,
puisque c'est par eux seuls que les mensonges sociaux
se perpétuent. -Mais ici je m'arrête, j'en dirais trop ou
trop peu ; - j'aime mieux m'attacher à ce qui a trait seu-
lement au magnétisme.
Il est de la dernière évidence que les phénomènes qu'il
produit ont toujours existé , qu'ils furent dans tous les
temps le principe et la cause des miracles ; qu'au ma
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 173
gnétisme seul on doit attribuer le fond des religions ;
qu'il est leur seul point de départ : la résurrection des
morts , les guérisons des maladies reconnues incurables,
les évocations et les apparitions des esprits, les écritures
d'outre- tombe , tout ce cortége merveilleux de phéno-
mènes inconcevables est le résultat de pratiques magné-
tiques. Les croyances que ces phénomènes servirent à
établir, il peut donc les revendiquer. Les prophètes, les
crisiaques, les extatiques, les pythonisses, le ravissement
d'esprit, tout ce qui, enfin, donne appui aux religions,
chez tous les peuples idolâtres ou non, tient à une loi divine
que le magnétisme révèle aujourd'hui. L'Inde et l'Égypte ,
la Grèce et l'Italie, l'ancienne Gaule et les États du Nord
peuvent nous fournir des preuves surabondantes à l'appui
de notre opinion. Divination, sorcellerie, magie, sont au-
tant de branches d'une science ancienne tantôt considérée
comme sacrée, tantôt comme profane : ces modes d'action
sur les peuples et sur la nature même, sous des noms diffé-
rents, révèlent le secret pouvoir de l'âme humaine, et
l'idée qui est venue à l'homme de l'existence d'un Dieu
révélateur suprême.
Pourquoi donc cette notion si vraie a-t-elle perdu son
caractère ? Pourquoi ce qui fut une science sacrée a-t-il
disparu ? Pourquoi ce qui devait régler les opinions et les
croyances, les empêcher de s'égarer dans le vague des
sentiments ; pourquoi tout cela n'existe-t-il plus ?... Ah ! je
sens que pour écrire un pareil chapitre, qui résoudrait
cette question, il faudrait non-seulement un homme qui
174 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
eût le génie, mais l'autorité pour lui. Reconnaissons toute-
fois que c'est l'ignorance volontaire des hommes qui a fait
que le sang humain a inondé la terre et que les humains
se sont rués les uns sur les autres comme de vraies bêtes
fauves pour soutenir des croyances insoutenables aux
yeux de la raison. -
La raison ! chacun croyait, au con-
traire, l'avoir de son côté ; les habiles des deux côtés
savaient seulement où elle était, mais ils ne le disaient
point. Ils avaient des motifs pour en agir ainsi, des inté-
rêts cachés , et moi-même j'en découvre un en moi qui
m'engage à me taire.
A vous donc, directeurs des consciences ; à vous, phi-
losophes libres penseurs ; à vous, savants et lettrés , qui
voulez instruire votre prochain et tirer les hommes de l'es-
clavage où ils sont , car l'ignorance est une chaîne et le
plus grand des maux. Voulez-vous réussir dans vos géné-
reux desseins ? Étudiez ce magnétisme humain , mettez-le
en lumière , faites-en une science que tous les hommes
puissent comprendre ; ils s'entr'aideront alors et ne se
battront plus pour des dieux inconnus. Il restera toujours
assez d'autres motifs de querelle parmi les nations ; mais
du moins une de nos misères aura disparu.
Nul ne voit donc point aujourd'hui qu'un grand chan-
gement va s'opérer dans les croyances ; que les nations
vont bientôt porter leurs regards sur les religions et s'in-
terroger sur leurs dieux, si différents les uns des autres ?
On devrait empêcher une négation absolue, car tous les
hommes vont toujours aux extrêmes lorsqu'ils ne sont
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 175
point guidés par la sagesse. Le travail que je prévois est
plus près de s'accomplir qu'on ne le pense, et le devoir
de tous les hommes sérieux, dans tous les pays, serait de
travailler dès à présent à rassembler les matériaux pour
édifier un monument à la religion de l'avenir, afin de le
fonder sur un ordre de vérités que la science et tous les
hommes soient contraints d'adopter.
C'est une noble entreprise que je propose aux réforma-
teurs. Bien certain d'avance qu'ils ne m'écouteront pas,
j'aurai du moins le mérite de leur avoir indiqué une route
nouvelle et d'avoir rempli un devoir.
Et vous, médecins dont la science est également discu-
table sur tous les points, nous venons vous offrir ce qui
peut donner une base solide à votre art en vous dévoilant
de nouvelles lois de la vie, en vous révélant où se trouve
l'agent que vous cherchiez et sans la possession duquel on
sollicite en vain la nature. Ne méconnaissez donc plus nos
intentions ; que désormais votre art soit une vérité, votre
ministère, un sacerdoce. Sans cesse nous avons répondu à
vos attaques par ce besoin impérieux qu'éprouve l'homme
honnête de défendre ce qui est juste et vrai. Notre bouche
sera bientôt muette ; et nos écrits ne resteront que comme
ces ébauches que les artistes laissent sans que le temps leur
ait permis de les terminer et d'en faire des chefs-d'œuvre.
Depuis le commencement du monde il en a été ainsi ; et
cependant il n'y a point de lacunes. Ce que les uns lais-
sent en partant est repris par d'autres pour continuer le
grand œuvre, qui consiste à bannir l'ignorance de la terre
176 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
et à faire de l'homme le représentant de la Divinité. Le
plus beau privilége de l'homme, c'est de transmettre la
vie qu'il reçut et de pouvoir perfectionner son ouvrage.
Mon intention n'est point d'aborder le vaste champ des
maladies d'après les principes des écoles ; je n'entrerai
pas dans ce labyrinthe sans issue possible. Ce livre ne
doit point aller grossir la bibliothèque du médecin ni
prendre rang à la suite de ces innombrables volumes, fruit
de l'entendement humain ayant fait fausse route, livres
qu'on ne lit qu'au commencement des études médicales et
qu'on abandonne ensuite parce qu'on en reconnaît les con-
tradictions et les erreurs. La vie d'un homme serait d'ail-
leurs absorbée rien qu'à parcourir ces œuvres immenses,
et, en y songeant, l'esprit recule épouvanté. Pour juger
aujourd'hui de la valeur de la science médicale, il est un
moyen plus simple, il consiste à examiner les princes de
cet art dans leur pratique de chaque jour.
N'espérez donc point trouver ici ces savantes classifi-
cations des maladies, ces dissertations interminables sur
chacune d'elles. Nous n'adoptons pas absolument non
plus l'axiome posé par Mesmer, il n'y a qu'une maladie et
par conséquent qu'un remède, nous parlerons des douleurs
humaines, simplement, à la façon des homéopathes, et vous
en ferons connaître le remède, remède que vous portez en
vous-même et que vous ne trouverez point chez les phar-
maciens , dans ces vases dorés qui contiennent tant de
drogues empoisonnées.
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 177
La pratique que je vais vous enseigner sera si claire,
si compréhensible, que vos doutes, quels qu'ils soient,
se tairont devant les résultats. Mais chacun d'entre vous
va se demander à l'instant, portant ses regards sur les
malades qui sont autour de lui, si ce remède s'appli-
quera à leurs maux. Ayez patience, j'en dirai assez long
pour vous affranchir de telles incertitudes.
Je vais commencer par les affections les plus graves,
par celles qui compromettent la vie en quelques instants ,
et qui , guéries, laissent souvent des traces ineffaçables.
Vous allez avoir besoin de vous souvenir de ce qui a été
dit touchant les propriétés curatives du magnétisme. Votre
pensée devra se pénétrer des règles que j'ai tracées et
surtout des moyens que la nature emploie pour dégager
le corps des étreintes de la maladie. Rien n'est ici au-
dessus des sens, on saisit parfaitement le secret des opé-
rations, véritables travaux chimiques et physiques qui ont
lieu en nous. Les médecins reconnaissent ce travail, la
nécessité de l'activer ou de le modérer; c'est pour cela
qu'ils emploient tantôt les purgatifs pour évacuer les ma-
tériaux grossiers que contiennent les intestins, tantôt des
liquides plus ou moins sophistiqués, propres à surexciter
l'indolence de certains tissus ou à affaiblir les mouvements
énergiques de certains organes .
Si vous voulez vous rendre un compte exact des effets
de la puissance magnétique, constatez, avant l'emploi de
cette force, la situation réelle du malade. Il n'est pas dou-
teux qu'un grand changement n'apparaisse pendant ou
12
178 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
après votre magnétisation, et cette différence ne pourra
venir que de vous- même, puisque aucun médicament
n'aura été donné .
Je prends pour point de départ les fièvres.
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT
FIÈVRES
Je commence par un des dérangements de la santé les
plus fréquents , dérangement dont les degrés sont sai-
sissables, et qui parfois produit les désordres les plus
graves, je veux parler des fièvres en général dont je don-
nerai tout à l'heure une nomenclature officielle.
Il est certain pour nous que le magnétisme, dans une
infinité de cas, provoque l'éclosion de la fièvre lors même
que l'on magnétise des gens à l'état froid, c'est-à-dire bien
portants. Si nous avons bien observé, il résulterait de ce
fait une explication toute nouvelle de l'état fébrile, et pour
les magnétistes cette explication serait une lumière pour
l'application de leur agent aux affections où la fièvre se
montre, quel qu'en soit le caractère ; mais ce que nous
pourrions ajouter serait une anticipation sur le traitement.
Parlons d'abord des données que possède la science sur la
cause des fièvres et leur traitement.
180 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Les mots fièvres (fervere, bouillir), pyrexie (πυρ, feu),
ou état fébrile servent à désigner un état morbide, consti-
tué spécialement par une chaleur contre nature de la peau,
par l'accélération du pouls et par des troubles divers de
plusieurs fonctions.
Si vous ne voulez pas vous contenter de cette simple
explication du mot, il faut entrer dans le domaine de la
médecine classique et consentir à perdre son temps dans
de vaines définitions accumulées par milliers, car chaque
médecin a la sienne propre et bien plus exacte que celle
de son confrère. Si nous voulions seulement constater la
variété infinie qu'offre dans ses symptômes et dans ses al-
lures ce qu'on appelle la fièvre, il faudrait agrandir déme-
surément notre cadre. Mais, laissant de côté pour un
instant celles des fièvres qui sont graves et meurtrières ,
et ne nous occupant seulement que de ce qu'on constate
chaque jour sur soi-même ou sur d'autres, on verra que
chacun a eu la fièvre en partage. Elle survient dans la pousse
des dents, dans les moindres incommodités compagnes
de l'enfance ; elle existe quand on se forme ou se déforme,
quand on a faim ou trop mangé, quand on joue ou qu'on
discute et surtout dans les feux de l'amour. Elle existe
lorsque le pouls monte et qu'il y a chaleur, et souvent
même sans être générale, certaines régions, certains or-
ganes peuvent en faire constater l'existence en nous. On
voit de suite combien il est difficile de les diviser et de leur
donner un caractère propre à chacune d'elles. Il en est
de bénignes, de nécessaires au développement, et dont le
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT. 181
principe peut être méconnu. Il en est d'éphémères qui
viennent, on ne sait comment, d'autres qui sont engen-
drées par le voisinage des lieux habités, par la tempéra-
ture, par le trop d'électricité, par la bile, les nerfs, par
tant de causes diverses enfin, qu'on serait impuissant à en
faire la nomenclature : aussi s'occupe-t-on peu de trouver
les causes. On constate l'état fébrile et on tâche d'y trouver
un remède.
Tant que la fièvre ne prend pas un caractère d'exacer-
bation, que la chaleur est modérée, quoique grande pour-
tant, qu'elle a succédé au frisson et qu'elle est suivie de
sueurs, on ne se montre point alarmé ; mais lorsque la
chaleur devient intense dans certaines régions, lorsqu'un
brasier ardent semble s'être allumé en nous, lorsque des
vomissements et le délire apparaissent, quand la peau du
ventre devient douloureuse et qu'enfin la maison semble
brûler, le médecin perd alors son latin, il est débordé, il
ne sait plus comment agir, il craint, il s'inquiète, car les
désordres les plus graves peuvent se produire en quelques
heures, et dans tous les cas même la vie est menacée.
Qu'a-t-il à son service pour pourvoir aux besoins du
moment ? Nous allons le faire connaître.
Prenons par exemple la fièvre typhoïde, connue ancien-
nement sous les noms divers de fièvre pestilente, maligne,
putride, bilieuse, muqueuse, ataxique, adynamique, etc....
Cette fièvre débute ordinairement sans symptômes précur-
seurs , au milieu d'une santé parfaite. On éprouve seule-
ment, au moment de l'invasion, des douleurs de tête plus
182 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ou moins vives, des saignements de nez ; on sent ses forces
chanceler. Voici le médecin et sa méthode, car ici encore
chacun a la sienne : les uns saignent à outrance , d'autres
purgent abondamment, d'autres encore prescrivent une
médication tonique et stimulante, puis enfin il y en a qui
font de la médecine expectante, rationnelle, etc....
Malades, vous avez donc les saignées coup sur coup de
M. Bouillaud qui va, lui, jusqu'à cinq ou six saignées de
trois à quatre palettes , - c'est une méthode que nous ne
voulons point juger ni analyser, tant elle nous glace d'effroi .
Aimez-vous mieux les purgatifs, l'usage répété des émé-
tiques, ou bien le quinquina en teinture vineuse ou en infu-
sion, ou bien encore la liqueur d'Hoffmann , l'acétate
d'ammoniaque, les frictions camphrées sur tout le corps,
les sinapismes et les vésicatoires ? Non, vous aimerez
mieux , médecin pour médecin, celui qui a recours au vin
de Madère, de Malaga , d'Alicante, de Bordeaux, etc.....
Cela ne vaut pas mieux, mais au goût est meilleur. Dans
tous les cas, le sulfate de quinine a la préférence. On
donne encore les acides en boisson lorsque la bouche est
sèche, la soif vive.
Mais je m'aperçois que je me laisse entraîner moi-même
dans cet amas d'incohérences scientifiques, où chaque
médecin voit sa raison l'abandonner lorsqu'il s'agit de
choisir un remède. On reste confondu de tant d'impuis-
sance, et l'on se demande si vraiment la médecine est
une science. Ah ! qu'on ne m'accuse pas de faire un crime
aux médecins de leur peu de certitude, tout est si varié
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT. 183
dans nos maladies et souvent si compliqué qu'il faut être
devin pour se tirer d'affaire.
Voyons donc si le magnétisme peutjeter quelque lumière
sur ces obscurités, et si ses propriétés curatives peuvent
exercer une heureuse influence dans le traitement des
fièvres .
Je vais parler, non pas comme médecin, mais comme
magnétiseur. Abandonnant tous les remèdes matériels ,
sans en contester la puissance dans certains cas, je me
fais cette question : puis-je faire cesser l'état fébrile d'un
malade par le seul effet de mon action magnétique et réta-
blir l'équilibre là où il y a mouvement désordonné ? Cette
question serait bientôt résolue si toutes les fièvres étaient
simples. Mais souvent elles résultent d'un trouble profond
des humeurs, et sontleproduit de levains empestés qui fer-
mentent en nous et que la nature ne sait comment extraire.
Un médecin prudent et qui ne veut pas faire courir le
risque de la vie à son malade attend que la maladie se
montre sous une forme très-saisissable. Jusque-là il se
borne à prescrire au malade des boissons tantôt légère-
ment acides, tempérantes ou adoucissantes. Un médecin
sage sait encore que dans les fièvres d'un mauvais carac-
tère on guérit tout autant de malades, si ce n'est plus, en
les abandonnant complétement à la nature et ne donnant
pour toute boisson que de l'eau claire. Si le médecin sort
de ce régime en présence de la gravité du mal, c'est pour
employer seulement les cataplasmes, les sinapismes et les
compresses d'eau froide.
184 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Je suppose maintenant qu'un magnétiseur se trouve en
présence de telles éventualités, que devrait-il faire ?
S'il connaît les propriétés de l'agent magnétique, il n'hé-
sitera pas à développer la fièvre ni à développer les symp-
tômes qui semblent se faire attendre. Il ne s'alarmera donc
point de l'augmentation de la chaleur, du développement
du pouls, car il saura que tous ces phénomènes perdront
tout à l'heure de leur intensité et que le calme reviendra .
Son action devra être dirigée sur les intestins, en partant
du creux de l'estomac jusqu'au bassin. Il devra tâcher
de déterminer des mouvements d'intestins et des coliques.
Qu'il ne s'effraye pas davantage de l'apparition de dou-
leurs nouvelles , elles seront le résultat forcé des efforts qui
se feront pour la guérison.
Qu'il magnétise avec les doigts en pointe, et à petite
distance pourtant, plutôt qu'avec la main appliquée topi-
quement, car ce dernier procédé, très-bon d'ailleurs pour
des maux locaux ordinairement indolents, est quelquefois
trop actif dans les affections aiguës : ceci semble en con-
tradiction avec ce que j'ai dit ailleurs ; mais ce que j'ai dit
précédemment se rapportait spécialement aux affections
chroniques. Dans le cas qui nous occupe, il ne faut point
chercher à influencer plutôt un organe qu'un autre, et il faut
attendre pour cela que les humeurs se soient fixées dans une
région ou un organe. Tous les procédés qui peuvent déloger
'ennemisont alors très-bons ; mais jusque-là il faut se borner
à un état magnétique général en laissant à la nature le soin
de choisir l'émonctoire qui doit servir de voie d'expulsion.
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT . 185
Secondez les sécrétions quelles qu'elles soient ; si vous
y avez aidé en quelque manière, le malade sera sauvé : la
nature secourue trouvera sa voie. Abandonnée à elle-
même, son travail aurait pu cesser ; soutenue par le magné-
tisme, elle le conduira à bien .
Il ne faut point se borner à une seule application du
magnétisme dans un jour, mais les multiplier et les terminer
par une sorte de massage doux, pratiqué jusqu'aux extré-
mités inférieures. Ceci non-seulement soulage le malade
immédiatement, détruit la dureté du pouls, et porte aussi à
la transpiration et au repos. Ainsi, ont échappé à la mort
des gens qui ne se croyaient point en danger et qui présen-
taient les symptômes des fièvres pernicieuses. Le magné-
tiseur même n'en soupçonna pas souvent la gravité, et la
rapidité de la guérison ne servait qu'à le confirmer dans
cette pensée, qu'il avait eu simplement à faire à une fièvre
ordinaire. Mais il est démontré pour moi que, dans ces
maladies qui débutent avec des symptômes alarmants, on
change à l'instant leur allure et leur aspect, souvent par
une seule magnétisation. Que se passe-t-il alors ? nul ne
le sait , mais la maladie s'est arrêtée.
Il est naturel de conclure que plus on attend pour donner
ses soins à un malade, plus le mal s'enracine et devient
meurtrier ; le sang peut se corrompre, les tissus s'altérer
ainsi que nous le voyons lorsque les cantharides ou la mou-
tarde séjournent quelques heures sur nos tissus externes.
L'âcreté des humeurs, leur causticité peut, à l'intérieur ,
déterminer les mêmes phénomènes de brûlure et d'érosion ,
186 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
et, comme un mal en appelle un autre, l'inflammation vien-
dra , des sérosités de diverse nature apporteront leur con-
cours à l'œuvre de destruction, et le médecin alors ne
pourra plus rien ; le magnétiste lui-même n'aura plus qu'une
faible chance, celle d'arriver à localiser le mal et à déterger
les tissus ou la partie souffrante des humeurs qui s'y sont
accumulées : lorsque la gangrène a pénétré dans les chairs,
qu'elle en a détruit la contexture, toute action magnétique
est superflue, si ce n'est pour faire vivre un peu plus le
malade et lui donner une force artificielle qui peut l'em-
pêcher jusqu'au dernier moment de voir sa situation réelle.
Lorsque la nature est parvenue à surmonter le mal, soit
avec le concours des remèdes, soit abandonnée à elle-
même, la convalescence est toujours très-longue, et sou-
vent il reste en nous de nouveaux germes de maladie : le
magnétisme a cette propriété singulière, c'est qu'il abrége
considérablement le temps de la convalescence et qu'il
purifie entièrement les organes.
Un magnétiseur doit, dans tous les cas, essayer la puis-
sance de son remède. Il est toujours certain de venir en
aide aux forces médicatrices et de faire du bien, mais trop
de responsabilité lui incomberait s'il se privait du concours
du médecin ; l'état des croyances ne le permet point en-
core ; on l'accuserait d'avoir laissé périr son malade « que
des médicaments, ne manquerait-on pas de dire, auraient
peut-être sauvé, et cette accusation, probablement toute
gratuite, l'exposerait soit à des critiques soit à des répro-
bations injustes.
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT. 187
J'ai borné volontairement la description des symptômes
de la fièvre typhoïde, car ils sont généralement incertains
et souvent trompeurs. Il y a une foule d'indications que la
nature fournit au médecin : l'état du pouls, laphysionomie,
l'aspect général; mais tout ceci ne s'apprend qu'avec de
longues études. Les magnétiseurs perdent doncbeaucoupde
n'être pas médecins, ils ne guériraient pas mieux l'étant,
mais ils apprécieraient avec infiniment plus de justesse la
gravité ou la bénignité du mal. Dans cette situation,
tout magnétiseur qui se trouvera en présence d'une fièvre
s'annonçant par des douleurs de tête assez violentes, par
la rougeur de la face et le brillant des yeux, une fatigue
inaccoutumée et accompagnée de sécheresse de la langue,
ne doit pas attendre d'autres symptômes pour appliquer le
magnétisme. S'il s'est trompé sur la gravité du mal, le
malade lui devra toujours un grand adoucissement à son
accablement, un prompt retour à la santé; si, au contraire,
il a bien vu, bien jugé, il aura prévenu la maladie, dé-
rangé la circulation des matériaux qui tout à l'heure
devaient jouer un rôle dans l'organisme, donné une direc-
tion naturelle au fluide et augmenté les forces médicatrices.
Devenu ainsi maître du terrain, il guérira son malade
sans avoir besoin de recourir aux médicaments énergiques.
Delégères boissons, s'il est parvenu à produire des garde-
robes, devront suffire ; dans le cas contraire, des purgatifs
seront nécessaires et son malade en devinera l'opportunité.
Je n'ai envisagé qu'une des faces de l'état fébrile, cello
qui offre le plus de danger, à cause des complications
188 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
instantanées qui peuvent survenir. Je vais parler main-
tenant des fièvres intermittentes, et celles-ci seront un jour
le triomphe du magnétisme, car d'un assez grand nombre
que j'ai traitées je n'en ai vu aucune longtemps rebelle
au traitement magnétique, tandis que tous les remèdes
avaient échoué.
Lorsque le temps sera venu où le magnétisme sera entré
dans le domaine de la médecine officielle, tous les traités
de médecine renfermeront des indications, non-seulement
générales sur le parti qu'on peut tirer du magnétisme
comme moyen de guérir, mais sur le rôle particulier qu'il
joue dans chacune des affections.
Il est certain pour moi aujourd'hui que dans presque
toutes les fièvres le magnétisme dispensera de la quinine,
car il relève les forces sans fatiguer l'estomac. Dans les
fièvres intermittentes surtout, appliqué entre deux accès,
il provoque l'apparition de la fièvre, et par conséquent
dérange la marche accoutumée des accès. C'est ainsi que
des fièvres d'Afrique, qui avaient pendant plusieurs an-
nées résisté à tous les traitements, ont été guéries à la suite
de quelques applications magnétiques; des fièvres du
Berry l'ont été de même. Le magnétisme sera donc l'anti-
dote de la fièvre et nous allons indiquer comment on doit
l'appliquer et quels sont les phénomènes que son action
détermine.
Tout est intermittent dans la vie d'un être humain ;
tout varie chez lui d'un instant à l'autre, ses forces phy-
siques comme ses forces morales : il ne peut donc répondre
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT . 189
du lendemain. Ses digestions, ses sécrétions ne sont jamais
identiques et elles offrent matière à des observations sans
fin. Il suffit d'un mot ou d'une pensée pour tout troubler
dans sa nature; enfin tout est intermittence.
Lorsque des matériaux d'irritation entrent dans l'orga-
nisme par l'absorption ou y sont retenus par défaut d'écou-
lement, la fièvre commence, non pas qu'il y ait toujours
inflammation ou phlogose, comme disent les médecins ,
mais il y a trouble.
Si celui-ci est léger, on n'y fait aucune attention parce
que ce trouble est presque permanent et la suite iné-
vitable des impressions produites sur le système nerveux
en raison de sa sensibilité.
On a prétendu par des remèdes corriger ce résultat de
notre propre essence, et cette erreur n'est venue que parce
qu'on avait méconnu les lois de la vie.
Mais, sans vouloir entrer dans le domaine de la physio-
logieet nous bornant au sujet que nous traitons, nous dirons
que, grâce au magnétisme, à cet agent béni, nous pour-
voyons au défaut de la science médicale et nous savons,
lorsque l'aiguille aimantée a subi une altération et qu'elle
ne trouve plus son pôle, nous savons la rétablir dans son
état primitif et lui faire reprendre sa direction normale.
Le magnétisme, par les courants qu'il détermine, en
augmentant les forces médicatrices, chasse, enlève tout ce
qui est léger ou superflu et rétablit bientôt cette sorte d'é-
quilibre d'un moment qu'on appelle la santé.
Mais lorsque la fièvre s'est établie, que pendant quelque
190 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
temps elle a régné en maîtresse, le calme ne revient point
en un instant. Le tumulte de la circulation, les longues
vibrations des nerfs ont dilaté et resserré alternativement
les tissus ; les sécrétions ont été activées ou ralenties, et le
corps n'est plus le même, quoi qu'il le paraisse.
Lorsqu'un accès a cessé, il reste de la courbature, de la
nonchalance , les malades sont pris de bâillements et d'en-
vie de dormir, et ces symptômes sont justement les mêmes
que ceux que produit le magnétisme lorsque son action com-
mence ; souvent la fièvre elle-même les offre à son début.
Retenez donc bien ce que nous avons dit : le magnétisme
n'est point un médicament matériel seulement , il n'agit
pas comme la quinine, il s'assimile de lui-même aux forces
existantes et va ainsi frapper aux centres nerveux, qui le
reçoivent et le font circuler.
Il lave les impuretés du vase humain, tandis que tous
les médicaments y laissent quelquefois des traces ineffa-
çables : il n'est pas rare de voir des malades magnétisés
exhaler, par la transpiration et par les voies respiratoires,
des senteurs qui par leur force rappellent les médicaments
odorants comme l'opium , le musc, le camphre dont ils
avaient fait usage dans le temps.
Le magnétisme produisant une sorte de fièvre intermit-
tente dans les affections chroniques, nous fournit une pré-
cieuse indication. Il semble démontrer que la nature a
besoin de ces oscillations et que, loin d'agir selon les con-
venances de notre raison, qui cherche une sorte de régu-
larité en tout, la nature s'arrête pour reprendre : c'est ici
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT. 191
que l'étude est bien nécessaire pour se rendre compte de
ses divines opérations, et pour ne pas la contrarier dans
ses ouvrages, mais la seconder seulement.
Traitement. Différant des médecins d'école, vous n'avez
pas besoin de connaître exactement le caractère de la
fièvre : qu'elle soit éphémère, miliaire, rhumatismale, quo-
tidienne, tierce, quarte, rémittente, etc... qu'importe ?
Vous n'avez pas besoin non plus de donner des drogues
ni d'en calculer l'action, l'agent magnétique est une puis-
sance bien autrement curative, dont l'effet dans les fièvres
ne se fait point attendre ; la seule précaution que vous
ayez à prendre, c'est de magnétiser votre malade dans les
intermittences de la fièvre, lorsqu'il est calme et tran-
quille.
Il faut que vous surexcitiez la sensibilité, que vous pro-
duisiez l'élévation du pouls et l'augmentation de la cha-
leur. Loin d'être surpris par le dérangement que vous
aurez provoqué, soyez-en au contraire joyeux. Cette crise
artificielle va déranger à coup sûr la marche anormale
qui s'était établie, faire voyager les matériaux de la fièvre
qui paraissaient en repos, mais qui ne s'en préparaient
pas moins chimiquement cependant à jouer leur rôle d'ex-
citant.
Si vous arrivez jusqu'à produire de la transpiration
ou des garde-robes, vous pouvez annoncer hardiment que
l'accès attendu ne viendra pas dans son temps ordinaire ,
mais plus tard seulement. Et si, répétant l'application de
vos procédés le lendemain à l'heure où vous aviez opéré
192 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
la veille, vous obtenez encore un dérangement quel qu'il
soit, vous êtes maître absolu de la maladie, la fièvre ne
viendra plus que faiblement, pour disparaître bientôt tout
à fait.
Il y aurait sur les caractères de la maladie bien des
nuances à indiquer, car, comme nous l'avons dit et répété,
il n'y a pas deux affections identiques ni sur lesquelles le
magnétisme détermine absolument les mêmes phénomènes.
Vous provoquerez de la rougeur, de la démangeaison,
des émissions d'urines plus abondantes, quelquefois des
saignements de nez ; mais ne voyez dans tous ces cas qu'un
jeu secret des forces qui poussent du dedans au dehors
tout ce qui faisait obstacle au rétablissement de l'équilibre.
Voici comment il faut procéder :
DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT. 193
Vous vous placez en face de votre malade ; vous l'ac-
tionnez généralement, en tenant vos doigts en pointe et les
promenant à une très-petite distance, lentement. Si quelque
douleur se manifeste dans les membres, ou s'il s'y mani-
feste simplement quelque phénomène nerveux , vous suivrez
avec la main le trajet qu'il parcourt en descendant jus-
qu'aux extrémités ; puis, pour terminer, vous pratiquez
une sorte de doux massage .
La séance doit durer de trente à quarante minutes.
Lorsque le malade est couché, il y a un peu plus de
gêne pour le magnétiseur, car les procédés doivent être
les mêmes ; mais la magnétisation sera plus efficace à
cause de la transpiration qui aura lieu plus facilement,
plus abondamment et d'une façonplus continue.
Comme auxiliaire, les boissons les plus simples sont les
meilleures ; le régime doit être modéré.
S'il existait quelque trouble dans la région de l'estomac ,
on devrait y appliquer la main en topique jusqu'à ce que
l'on sente que des déplacements de gaz s'opèrent sous la
main ; il est bien rare que la digestion ne soit point
accélérée par ce simple procédé.
Comme on l'a vu, nous n'hésitons pas à présenter le
magnétisme comme un remède général. S'il ne peut gué-
rir tous les malades, il compte des succès dans toutes les
maladies , car il en influence ou en contrarie la marche :
il devait en étre ainsi, ou le magnétisme n'eût point existé.
Aussi , voyons-nous chez les enfants le magnétisme
déterminer l'éclosion presque soudaine de la rougeole, de
13
194 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
la variole , de toutes ces légères fièvres éruptives qui
existent en germe, n'attendant pour paraître qu'un mou-
vement de chaleur ou une fermentation plus grande des
humeurs, tout ce que le régime ou des causes atmosphé-
riques, ou bien encore le seul progrès de la croissance de-
vait nécessairement produire.
AFFECTIONS NERVEUSES (NÉVROSES).
A quoi aboutirais-je en plaçant sous vos yeux un extrait
de toutes les thèses soutenues sur les affections nerveuses,
et de tous les remèdes préconisés pour les guérir ? J'arri-
verais à jeter dans vos esprits la confusion qui existe dans
les livres des médecins, je rendrais mon œuvre semblable
à la leur.
Les difficultés les plus grandes surgissent lorsque, quit-
tant le domaine des faits, on veut arriver à les expliquer .
Ici, par exemple, les causes des affections nerveuses sont
souvent tellement cachées , qu'il faudrait pénétrer pour
les découvrir dans le domaine de l'âme, ou remonter jus-
qu'au moment où l'être a été conçu. Et lors même qu'on
en pénétrerait les causes, quel serait l'agent propre à les
guérir ? ... Où le trouver ?
AFFECTIONS NERVEUSES . 195
Tant qu'il ne s'agit que des humeurs, des altérations du
sang, toutes choses saisissables par les sens, on peut es-
pérer corriger par des médicaments ces grossiers dé-
sordres ; mais comment agir sur un esprit malade, sur des
déviations de sensibilité, sur des fluides impondérables ?
Où est l'outil avec lequel on peut pénétrer dans la pro-
fondeur du cerveau et d'autres organes, et démêler cet
écheveau si embrouillé des maladies nerveuses ? Le scalpel
'on le sait, a toujours été reconnu bien insuffisant.
Pour nous, il y a manifestement deux ordres de phéno-
mènes morbides, l'un toujours saisissable dans son point
de départ, l'autre produit par des agents qui ne se font
point connaître.
« J'ai mes nerfs... Je suis mélancolique... Je suis triste
et je m'ennuie... Je souffre et ne sais où... » Ceci n'est
rien en comparaison de cette échelle immense dont les
gens nerveux montent les degrés : les crampes, les spasmes ,
les convulsions, la pensée du suicide, l'épilepsie, l'hypo-
condrie, la manie, etc., etc. La maison est souvent sans
reproche, le locataire seul est malade, la chair lui pèse, il
aspire au changement. Mais parmi ces désordres, il en est
plusieurs qui tiennent à l'irrégularité de la circulation du
principe du mouvement, de ce fluide nerveux qu'on ne voit
pas, quoique existant, et que la science méconnaît.
Il est encore de ces maladies qui résultent d'organes
mal conformés, de canaux dont le diamètre n'est ni assez
grand ni assez large pour permettre à la vie de passer.
L'œil ne voit point ceci non plus, comme il n'aperçoit point
196 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ces diverses électricités qui se forment dans le corps, ces
pôles opposés et tout ce jeu mystérieux du clavier des
nerfs où les fausses notes abondent et détruisent l'har-
monie.
Ne conçoit-on pas tout d'abord la difficulté que doit
rencontrer le médecin ou l'ouvrier qui se propose de réta-
blir le calme dans ce séjour de tempête? Cependant un
outil est trouvé, c'est ce magnétisme qui permet de fouiller
partout. En effet, il n'est aucun médicament qui, comme
le magnétisme, agisse immédiatement sur le mal ; c'est
médiatement seulement qu'on en espère quelque chose.
Un magnétiseur n'a pas, à la rigueur, besoin de connaître
l'organe affecté, l'agent dont il a à disposer y allant de
lui-même, conduit on ne sait comment. C'est ainsi que
la plus petite lésion existant en nous en reçoit une espèce
de choc d'un caractère particulier et une réaction bien
évidente a lieu dans les tissus que le mal ou la douleur
avait envahis ; c'est d'autant plus heureux que la science
cachée dans le magnétisme ne se dévoile que par un
long travail, tandis que, par le fait, la première main
venue peut faire le bien. Le magnétisme produit, l'expé-
rience le démontre, des sueurs et d'autres évacuations,
sans qu'on en ait sollicité la venue. Tout semble bi-
zarre et ne s'explique point d'abord ; mais la nature
sait ce qu'elle fait, elle agit d'après une loi positive et
nous la laisse chercher : ainsi, c'est en vain parfois que
vous solliciterez le sommeil, il ne viendra pas, tandis que
lorsque vous ne songerez point à le produire, vous le
AFFECTIONS NERVEUSES . 197
verrez apparaître ; c'est pourquoi les affections nerveuses
sont des énigmes que le médecin ne peut déchiffrer et qu'il
faut pour agir sur elles un agent aussi mystérieux que celui
qui semble les déterminer.
Prenons seulement les affections spasmodiques ou con-
vulsives. En voici une qui serre les mâchoires l'une contre
l'autre, qui durcit leurs muscles d'une façon telle qu'il est
impossible d'abaisser la mâchoire inférieure : aucune
goutte de liquide ne peut être introduite dans la bouche ,
d'ailleurs la déglutition ne pourrait avoir lieu. En présence
de ce fait assez commun, plaçons tous les princes de la
médecine officielle, tous seront impuissants et muets té-
moins d'une douleur qu'ils ne peuvent soulager ; mais qu'un
magnétiseur intervienne, qu'il promène doucement sa main
sur les surfaces latérales de la face jusqu'au menton, qu'il
frictionne doucement les masseters qui, dans ce cas, font
une saillie considérable, l'on verra presqu'à l'instant cesser
ces contractures, et les liquides pourront être introduits
dans la bouche et parvenir dans l'estomac. La chose est si
aisée, qu'un enfant dont on conduirait la main produirait
ce miracle.
Mais voici une gastralgie : l'individu vomit ou fait de
violents efforts pour vomir. Cette affection, si elle est pu-
rement nerveuse, va cesser de même en appliquant les
mains sur l'extrémité supérieure de l'estomac, où se trouve
ce qu'en langage vulgaire on appelle la fourchette ; il en
sera ainsi de beaucoup d'autres affections convulsives
qui affectent parfois non point une seule région, mais
198 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
l'ensemble du système nerveux de la vie organique et de
celui de la vie de relation : rien n'est comparable à l'action
que le magnétisme exerce sur ces accidents, qui font ordi-
nairement le désespoir des médecins. Et quand ceux-ci
voudront bien voir cesser leur impuissance et s'abaisser
jusqu'à pratiquer le magnétisme, leur utilité devien-
dra réelle, car le bien qu'ils pourront faire est incal-
culable.
Non, nous l'avons dit, on ne sait ce qui rit, ce qui pleure
ou soupire en nous ; on ne connaît point ce qui cir .
cule dans les canaux nerveux, ni le fait plus étrange encore
de l'action des agents externes sur les ressorts secrets de la
machine humaine. Quand on songe qu'une seule parole,
dite d'une certaine manière, peut troubler tout le système ,
qu'une senteur un peu forte peut produire le trouble et
une sorte d'anéantissement dans nos facultés ; quand on
songe en outre qu'une pensée non exprimée peut agir en
autrui et déterminer des actes sans que celui qui a pensé
se doute le moins du monde de la puissance qu'il a exercée
à son insu, on reste convaincu que la science a ici tout à
apprendre et que le magnétisme seul peut lui fournir les
explications de ces mystères.
Nous n'avons touché qu'à des dérangements passagers
du système nerveux, ceux dont un magnétiseur exercé
est presque toujours maître; mais il est des désordres
plus sérieux, tels que ceux que laisse apercevoir l'épi-
lepsie, la catalepsie, la danse de Saint-Guy, et enfin les
paralysies. Nous allons examiner ces désordres et dire
ÉPILEPSIE. 199
quels sont nos procédés pour les combattre, et les phéno-
mènes que le magnétisme détermine lorsqu'on cherche
leur guérison.
ÉPILEPSIE (HAUT-MAL, MAL CADUC).
Si vous cherchez à vous renseigner dans les ouvrages
de médecine sur les causes de cette maladie, vous n'y
trouverez que ce qui peut jeter le doute dans l'esprit. Les
désordres sont signalés, les caractères bien décrits, mais
aucun médecin n'est fixé, non point sur les causes géné-
rales de cette maladie, car elles semblent être indivi-
duelles, mais même sur son siége principal. Tantôt on le
place dans l'encéphale, tantôt dans les plexus ou dans
quelque autre partie du système nerveux. L'embarras de
la science est donc extrême en présence de ce mal sacré.
En effet, voici un cas singulier d'épilepsie : « Un jeune
homme de 27 ans éprouvait des accès épileptiques toutes
les fois que le temps était orageux. Chez lui, l'électricité
atmosphérique agissait sur une dent cariée dont l'extraction
fit cesser l'épilepsie (1). » Mille causes en dehors de
(1 ) Biblioth . médicale, p. 382, t. LXII.
200 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
l'électricité peuvent déterminer l'apparition de cette crise,
la frayeur, un coup sur la tête, une affection vermineuse,
la boisson ; chez les jeunes gens, une tension du cerveau
par l'étude, etc.
Cette maladie est plus commune dans le jeune âge que
dans l'âge avancé. Quelques malades guérissent sans
remèdes ou malgré les remèdes ; mais le plus grand
nombre voient leurs accès se multiplier et périssent par
asphyxie ou par épanchement au cerveau. On trouve bien
rarement, excepté dans ce dernier cas, une cause matérielle
de la mort.
En dehors de l'épilepsie bien caractérisée, il y a une
foule d'affections nerveuses qui simulent cet état en en
révêtant quelques caractères. Cette maladie est néan-
moins assez connue pour nous dispenser d'en décrire les
symptômes. Quelques cas sont tellement graves qu'ils
déterminent promptement la perte de la mémoire et
l'hébétement. Nous avons connu des épileptiques , fils
d'autorités médicales et par conséquent ayant reçu les
soins les plus éclairés, qui ont succombé sans que rien
d'efficace ait été trouvé.
Lorsque cette maladie n'a point pour cause un empê-
chement matériel à la circulation des fluides, ou , autrement
dit, lorsqu'elle ne vient point d'un cerveau mal conformé,
elle laisse au magnétiseur l'espoir fondé de la guérir, et
nos Annales en contiennent plusieurs centaines d'exemples.
Mais il ne faut pas que les magnétistes s'imaginent qu'il
leur suffira d'imposer les mains sur les malades ou de
ÉPILEPSIE . 201
quelques magnétisations pour effacer ce mal. C'est un
sujet que j'ai beaucoup observé et sur lequel je vais dis-
serter un instant.
Ayant moi-même traité plusieurs épileptiques par le seul
magnétisme et ayant obtenu quelques guérisons, il m'a
semblé reconnaître que cette affection exigeait un trai-
tement particulier qui rentrait d'ailleurs dans ce qu'on
observe de rationnel touchant la circulation de l'agent
magnétique lorsqu'il agit comme agent excitateur, car
entre des mains savantes ou inhabiles il détermine de lui.
même des crises épileptiques qui sont sans danger, puis-
que les suites s'en effacent presque à l'instant. Ces
crises indiquent d'une manière assez certaine les causes
les plus générales de l'épilepsie, et font connaître en même
temps la voie à suivre pour arriver à les guérir, ou tout au
moins à en affaiblir considérablement les symptômes et les
désordres. Le magnétisme peut donc nous éclairer si nous
considérons attentivement ses effets et sa circulation : il
affecte les mêmes parties, contracte les mêmes muscles ,
et tout cela dans un ordre si conforme à ce qui se passe
dans la crise naturelle que, si on pousse l'épreuve jus-
qu'au bout, les mêmes contractions , les mêmes convul-
sions , dirons- nous, se produiront infailliblement si l'opé-
rateur possède une main intelligente ; dans le cas
contraire il ne produira cet effet que par hasard, car les
courants de l'agent fluidique ou magnétique ont besoin
d'être dirigés.
Il est donc analogiquement indubitable que l'épilepsie
202 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
résulte de véritables courants fluidiques qui, déviés de
leur cours régulier, se portent tumultueusement vers le
cerveau en se faisant sentir d'abord dans la région de
l'estomac, lequel est même quelquefois leur point de dé-
part. Cela est si vrai, que si, au commencement d'un
accès ou pendant sa durée , vous magnétisez longitu-
dinalement de haut en bas, vous rétablissez l'équilibre et
faites cesser immédiatement cette crise, après laquelle il ne
reste plus qu'une sorte de sommeil magnétique, qui ré-
sulte moins de l'ébranlement des nerfs et de la fatigue
que de la sursaturation du cerveau , et de la pression
qu'a exercée le fluide en s'accumulant dans sa pulpe. Des
résultats à peu près semblables ont lieu lorsque cet agent
nerveux se porte vers d'autres régions ; il produit des
crampes s'il se concentre dans les muscles seulement ;
ailleurs ce sont des spasmes , des mouvements convul
sifs, etc....
Lorsque des accidents nerveux ont causé la mort, on ne
trouve aucune lésion, rien qui puisse justifier la cessation
de la vie ; c'est une foudre interne qui a frappé ici ou là et
qui s'enfuit bientôt pour se perdre dans l'air. Ce feu, cette
lumière, ce quelque chose enfin qu'on ne sait nommer et
qui est indispensable à la vie devient parfois notre meur-
trier ; le sang agit de même, la lymphe également ;
tout ce qui nous constitue enfin, rompant son équilibre,
peut devenir cause de maladie.
On aperçoit ces déviations nerveuses, dont nous venons
deparler, dans le tétanos qu'une seule piqûre d'épine peut
ÉPILEPSIE . 203
causer, et qui vient souvent de ce que l'écoulement de
l'agent nerveux ne peut avoir lieu, empêché qu'il est, par
ses conducteurs naturels qui sont comme serrés , bri-
dés par une inflammation, un engorgement survenu acci-
dentellement dans un point de leurs parcours ; ainsi les
accidents traumatiques, provoqués quelquefois par les opé-
rations chirurgicales, celles surtout qui ont lésé ou détruit
quelque portion du système nerveux , résultent-ils bien
évidemment du retour brusque de l'agent nerveux qui n'a
pu franchir l'obstacle opposé à sa circulation à cause de
l'inflammation des extrémités des nerfs dont on a fait la
section : on a constaté avec surprise qu'un jeune garçon ,
dont on avait chatouillé la plante des pieds, était par ce
seul fait devenu épileptique.
Chez les extatiques, on peut constater la présence de
cet agent au cerveau : la face est illuminée , les yeux
sont brillants et en même temps la sensibilité générale a
disparu.
On voit quel rôle joue en nous cet agent et nous n'avons
pas tout dit ; mais cet aperçu était nécessaire pour faire
concevoir la possibilité d'empêcher ou de diminuer considé-
rablement les accidents qu'il peut causer et sur lesquels
les médecins n'ont point d'action. Ils reconnaissent d'ail-
leurs leur impuissance, impuissance qui, disons-le en pas-
sant , a probablement motivé leur constante dénégation et
leur opposition : ils croyaient que dans les maux où, mal-
gré leurs nombreuses recherches, ils ne pouvaient rien,
ceux qui se vantaient de pouvoir agir et modifier la vie
204 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
étaient des charlatans ou des imposteurs. Il n'en saurait
être toujours ainsi. On ne peut longtemps méconnaître
que les maladies nerveuses sont presque toutes attaquables ,
que leur agent modificateur est trouvé et que les magné-
tiseurs le possèdent. Pour premier résultat on pourra ,
quand on le voudra, faire cesser presque à l'instant tout
accident secondaire ou sympathique; on pourra affaiblir
l'intensité des accidents nerveux quelque développement
qu'ils aient pris; et un jour, qui n'est peut- être pas
éloigné , un simple infirmier , magnétisant les opérés,
rendra sûrement l'opération heureuse, en détruisant la
cause principale des accidents secondaires.
Je dois à la pratique magnétique d'avoir sauvé des en-
fants pris des plus violentes convulsions, un d'eux entre
autres, qu'une crise convulsive trop prolongée avait rendu
bleuâtre et qui ne conservait plus qu'un reste de vie : le
magnétisme fit cesser cet état funeste et l'agent nerveux
reprit son cours régulier; jamais les convulsions ne re-
parurent.
Il est bien peu de magnétistes qui n'aient à citer des
œuvres semblables ; si elles ont pu passer inaperçues ,
c'est que l'aveuglement est général. Si un remède matériel
eût produit ces phénomènes , les médecins eussent embou-
ché la trompette et proclamé l'excellence du remède ; mais
comme le magnétisme ne se laisse point voir encore, ils
ont attribué ces résultats à des circonstances accidentelles,
au hasard qui fait tant de choses. Pourtant, Dieu soit béni,
la vérité éclairera bientôt les savants, et le magnétisme,
ÉPILEPSIE. 205
sans entrer dansle Codex, sera généralement appliqué
dans ces cas d'abord où l'impuissance des remèdes est
manifeste.
Traitement de l'Épilepsie. Quelles que soient les causes,
deux exceptées, les difformités du cerveau et les affections
du cœur ; quelles que soient, dis-je, les causes de cette
affreuse maladie, on ne doit pas désespérer d'un succès
tant qu'il n'y a point eu affaiblissement du cerveau au
point de produire l'idiotisme.
Deux méthodes de traitement sont généralement suivies
par les magnétistes.
L'une qui consiste à magnétiser la tête de manière à
produire le sommeil, et à trouver, de cette manière, un
auxiliaire utile dans la vision somnambulique : il est remar-
quable que dans cet état de sommeil, lorsque les épilep-
tiques ont pu y être plongés, ils ont indiqué avec une
grande précision les époques de leurs crises prochaines ou
éloignées , et parfois indiqué des remèdes comme auxiliaires
du traitement. Dans ce cas, le magnétiste se bornait à suivre
ces indications, et, au réveil du malade, il pratiquait
simplement des passes à grands courants jusqu'aux extré-
mités inférieures ; là se bornaient ses moyens. On a guéri
ainsi des épileptiques, non pas tous ceux sur lesquels ce
mode de traitement a été essayé, mais un nombre suffisant
pour attester la bonté du procédé.
Quant à moi, j'ai procédé d'une autre façon. Sous l'em-
pire des idées que j'ai émises plus haut, j'ai provoqué les
accès, sans chercher le sommeil, pensant qu'il fallait pré
206 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
venir ces irruptions soudaines de l'agent nerveux vers le
cerveau avant que son accumulation naturelle ne fût de-
venue trop forte. Puis, au moment de l'accès déterminé
artificiellement et avant qu'il n'eût acquis toute son in-
tensité , je changeais brusquement de méthode, je ma-
gnétisais là grandes passes et rapidement de la tête aux
pieds.
Ainsi faisant, je rappelais l'agent nerveux vers les parties
qui servent ordinairement d'écoulement au trop-plein de
la vie ; j'ouvrais des issues, et facilitais ainsi la sortie du
principe de la crise. La certitude de l'effet produit deve-
nait complète quand je voyais l'agitation convulsive des
extrémités inférieures et que le calme le plus parfait repa-
raissait dans les parties supérieures.
Malheureusement on ne peut sur tous pratiquer cette
méthode, la cause en est dans la variété même des
caractères de cette maladie. Il y a des épileptiques qui
n'ont des accès qu'une ou deux fois par an ; d'autres une
fois par mois ; d'autres, plus malheureux, voient leurs
crises se multiplier. Chez les premiers, la cause en est due
à l'accumulation lente des forces vives et à la résistance
qu'elles éprouvent lorsqu'elles veulent monter : ce n'est ici
que par une grande force dépensée que le magnétiste peut
produire une crise artificielle ; il faut qu'il complète ce que
la maladie a commencé, c'est-à-dire qu'il remplisse ses
réservoirs inconnus pour que la crise éclate. Chez ceux,
au contraire, qui présentent de fréquents accès on a be-
soin de moins d'efforts ; les organes étant habitués à ce
ÉPILEPSIE . 207
désordre, la résistance est nulle, et pour peu que vous
ajoutiez à la force d'expansion, le vase déborde à l'instant :
il n'est besoin que de diriger les doigts en pointe vers la
région épigastrique et la commotion a lieu.
Une chose remarquable et qui donne à nos aperçus
quelque valeur , c'est que les accès naturels viennent com-
munément après un bon sommeil. Lorsque celui-ci a pro-
duit surabondamment des forces, comme leur écoulement
n'a pas lieu, elles remontent et foudroient l'individu.
Dans les cas les plus simples comme les plus graves ,
les traitements rencontrent de quoi exercer la patience du
magnétiseur. Tout ne marche pas avec une extrême régu-
larité, et l'habitude que les organes ont prise de se con-
tracter et d'obéir à ces impulsions souterraines est une des
difficultés que l'on rencontre.
Il faut que les organes subissent une sorte de trempe,
j'emploie ce mot à défaut d'autre, je veux dire qu'il faut
rétablir chez eux la résistance primitive, car elle est né-
cessaire au succès ; elle force l'agent nerveux à retourner
sur ses pas et à descendre : par là l'équilibre se rétablit ,
bientôt la route naturelle est de nouveau reprise, l'agent
ne fait plus son ascension.
Il y a donc ici déjà un peu d'art dans le traitement, le
magnétiste ne s'en rapporte point à la nature seule, il la
force , il la violente et en corrige les aberrations. C'est
un vrai travail philosophique par lequel, quittant la rou-
tine et se rapprochant de la science pure, on apprend à
gouverner ce qui paraissait ingouvernable.
208 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Je crains bien qu'on ne conteste les possibilités que je
signale. Qu'importe, après tout, pour moi ! Les novateurs
n'ont rien à attendre de leurs contemporains ; le bien
réalisable, et les moyens d'y parvenir qu'ils signalent ne
peuvent manquer à la longue d'attirer l'attention. Tant
pis pour les contemporains si la voie ouverte à la vérité
n'a pas été d'abord suivie, si la civilisation actuelle a des
lois qui punissent le novateur en médecine. Chose in-
croyable ! eût- il trouvé un remède infaillible, il serait,
s'il l'appliquait, condamné à l'amende ou à la prison, car
cette civilisation n'admet point qu'on puisse puiser en de-
hors de l'école, en savoir plus sur certaine matière que
ceux qui déclarent ne rien savoir. Quelle civilisation
qu'une civilisation qui punit comme un crime l'exercice
de la plus haute faculté de l'âme humaine, la divination ;
une civilisation qui punit les rebouteurs, ces gens simples
qui guérissent les entorses, les foulures par de simples
attouchements que ne sauraient pratiquer nos célébrités
médicales et chirurgicales ; - ces rebouteurs commettent
le crime énorme de faire cesser la douleur en un instant
là où les princes de la science ne réussissent qu'au bout de
longs mois, ou quelquefois même ne réussissent pas du
tout ! C'est une pensée que j'exprime en passant, pour
rappeler qu'il ne fait pas bon s'écarter , ne fût-ce
qu'un instant, du cercle scientifique où est parquée la
race humaine. Je reviens à l'épilepsie, mal dont sont pris
les médecins lorsque devant eux on soutient l'existence du
magnétisme .
ÉPILEPSIE. 209
L'épilepsie résulte parfois d'une production trop grande
en nous d'électricité : il s'y en produit souvent outre me-
sure, sans que l'homme soit maître de modifier l'opération
qui se fait en lui; il l'est bien de manger ou de jeûner,
d'augmenter la masse du sang et des humeurs, mais l'élé-
ment atmosphérique entrant dans ses organes, la transmu-
tation qui s'en fait échappe à son intelligence et à sa
puissance. De cette électricité surabondante, il faut qu'il
en dépense, pour le maintien de sa santé, soit par le tra-
vail manuel, le mouvement, la somme trop considérable
que la nature lui a répartie.
On voit, au reste, chez ceux qui en sont riches une acti-
vité incessante, qui , lorsqu'elle s'arrête, produit une dis-
position à l'épilepsie ou aux convulsions. Il faut, à ces
premiers symptômes, recourir aux passes à grands cou-
rants qui ouvrent la route au trop-plein : la vapeur brise le
vase qui ne lui offre aucune issue, le principe de nos mou-
vements ferait de même s'il n'était dépensé.
Dans l'hystérie, dont nous allons parler, l'agent nerveux
joue le principal rôle, et donne lieu à la production de
phénomènes qui, pour n'être point identiques à ceux de
l'épilepsie, appartiennent cependant au même ordre.
14
210 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
HYSTÉRIE.
Nous pouvons croire que, par son séjour trop prolongé
dans les organes , l'agent nerveux se viciant lui-même de-
vient trop excitant : de là, des aberrations de la pensée,
des altérations du caractère, et une suite souvent non in-
terrompue de dérangements des fonctions, tantôt dans le
jeu d'un organe seulement, tantôt dans l'ensemble de tout
le système nerveux. Ici encore le médecin ne peut se re-
connaître, il constate les symptômes, mais il déclare son
impuissance à les faire cesser ; le magnétiste, au contraire,
trouve tout disposé pour son action, soit qu'il cherche le
sommeil , soit qu'artificiellement il veuille provoquer des
crises. Il a en main le seul agent capable d'exercer une
influence efficace sur la cause principale des tourments
moraux et physiques de ses pauvres malades. Ces traite-
ments demandent une sorte d'intelligence pratique, la
personne qui magnétise ne doit point se laisser influencer
par des cris, par des suffocations qui viennent quelquefois
brusquement, par des hallucinations, ni enfin par cette
situation tumultueuse plus effrayante que dangereuse. Le
magnétiste doit être semblable au nautonier qui sait gou-
verner son navire au milieu des ouragans et de la tempête.
Qu'il ne se laisse attendrir ni par le rire ni par les pleurs,
HYSTÉRIE. 211
qui sont des effets sans conséquence; qu'il soit froid et ne
s'occupe enfin que de la direction de son agent sur les
points que je vais lui faire connaître.
On ne produit pas toujours tout à coup un développe-
ment de sensibilité nécessaire pour indiquer la marche à
suivre. Il faut à toute force trouver un point d'introduc-
tion, un organe qui s'émeuve sous votre main , soit d'a-
bord la base du cerveau, ou l'épigastre, ou enfin le sommet
de la poitrine : une sorte d'incommodité doit se manifester
et précéder de quelques instants l'effet ostensible du dé-
rangement passager que vous allez occasionner.
Si elle se présente en actionnant la base du crâne, l'effet
doit ressembler à un commencement d'effet hypnotique,
les yeux se convulseront et un clignotement fréquent des
paupières aura lieu. Si, au contraire, l'épigastre se montre
sensible, votre action sera confirmée par l'agitation des
membres, des borborygmes. Mais c'est surtout le sommet
de la poitrine qui donnera un signe évident de votre
action magnétique : vous verrez la respiration devenir
fréquente, les extrémités plus froides, mais ce froid sera
suivi bientôt d'une chaleur extrême.
Il faudra à ce moment vous souvenir que pour faire
cesser le désordre de ces affections nerveuses , il est
nécessaire d'en produire un plus capital en apparence ;
car, en réalité, il n'aggravera point le mal, mais il
produira une réaction sans laquelle vous n'atteindriez point
lebut.
Soulager, c'est quelque chose,mais ce n'est pas guérir,
212 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
et vous ne guérirez l'hystérie, comme nous avons dit
qu'on ne guérissait l'épilepsie, que par des perturbations
partielles ou générales. Voilà pourquoi je vous recom-
mandais tout à l'heure le calme, et vous avertissais que
vous auriez besoin de ne pas vous laisser distraire de
votre opération.
Lorsque vous aurez produit cette crise, vous laisserez
durer le paroxysme pendant quelques instants s'il s'agit
d'une hystérie, parce qu'elle est plus tenace dans ses ma-
nifestations et sa durée que ne l'est l'épilepsie ; par des
passes à grands courants vous rétablirez le calme, et un
doux massage pratiqué sur les membres ôtera la fatigue
occasionnée par l'effet de votre magnétisation.
Ce qui neutralise le succès, ce sont souvent les contrarié-
tés morales qu'éprouve le malade dans le milieu où il vit,
les chagrins, les déceptions, le froissement de ses senti-
ments ; car on oublie trop que le système nerveux surexcité
par une maladie est plus vivement impressionné par des
causes morales que lorsqu'on se porte bien.
Le magnétiste ne doit moralement rien faire contre les
chagrins d'amour ; s'il peut affaiblir, pour un instant, la
mémoire et dominer l'être, il ne peut se permettre d'inter-
venir dans ce qui ne le regarde point et se faire juge
des sentiments d'autrui .
Intervenir et donner une direction aux penchants et
aux sentiments, c'est une chose que ne peuvent se per-
mettre sans danger les hommes qui ne connaissent point
à fond le magnétisme. Pénétrer dans le sanctuaire humain
HYSTÉRIE. 213
nous le pouvons , mais le devons-nous ? Grave question
philosophique que nous aborderons avec nos faibles
moyens vers la fin de cet ouvrage .
Les maladies dont nous venons de parler guérissent
lentement, et quelquefois avant de disparaître elles sem-
blent redoubler d'intensité. On en voit cependant qui di-
minuent graduellement sans trop de secousses et ne lais-
sent nulle trace des impressions passées. Il est bon
cependant, après la cessation complète des accès, de
magnétiser quelquefois encore; mais on ne pourra plus
faire reparaître les crises artificielles, la nature ne s'y
prêtera plus.
Caractères différentiels de l'Hystérie et de l'Epilepsie.-
Nous devons dire un mot ici sur les caractères qui
différencient l'hystérie de l'épilepsie.
L'hystérie ne se manifeste qu'à la puberté ou après ; l'ac-
cès n'éclate pas brusquement , il est précédé ou accompa-
gné de la sensation du globe hystérique ou de constriction
à la gorge ; les convulsions sont plus uniformes, les traits
sont moins altérés, la face est moins injectée ; les malades
ne perdent pas la connaissance, ils ne tombent pas dans
l'état comateux après les convulsions, ils conservent le
souvenir de ce qu'ils viennent d'éprouver ; et enfin l'hys-
térie prolongée ne détruit pas les facultés intellectuelles.
Ce que nous venons de dire suffit pour pouvoir faire la
différence des deux maladies .
214 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
SOMNAMBULISME NATUREL .
Lorsque la vie de relation est interrompue par le som-
meil, l'empire de la vie organique augmente, elle envahit
la vie de relation, détermine des mouvements inconscients
et produit les rêves. Cela étant, il est clair qu'en agissant
sur les centres nerveux splanchniques, comme on peut le
faire par le magnétisme, l'on se rend maître de la produc-
tion des rêves : on doit savoir que la première chose qui
apparaît au moment où le sommeil magnétique se montre,
ce sont les rêves ou une espèce de somnambulisme naturel,
qui coïncide véritablement avec un commencement d'anéan-
tissement de la vie de relation.
La méditation produisant un temps d'arrêt dans le jeu
des organes destinés au mouvement, suffit parfois pour
déterminer l'apparition des rêves. On rêve tout éveillé.
Dans beaucoup de maladies on peut constater ce mé-
lange des deux vies : les hallucinations en sont un produit
certain. Il faut, pour qu'il en soit ainsi, qu'il y ait, indé-
pendamment du cerveau, cet organe roi, d'autres organes
où s'élaborent des pensées. Socrate semblait attendre ses
inspirations d'une voix qui partait de son estomac ; les
meilleurs somnambules parlent également des voix inté-
rieures dont le point de départ est le même.
SOMNAMBULISME NATUREL . 215
Le somnambule naturel ne voit point par les yeux, il
n'entend point par les oreilles, les perceptions ont lieu
ailleurs qu'au cerveau, du moins on pourrait le croire. Ces
deux sources de connaissance seraient une révélation qui
rendraientcompréhensible l'existence d'états morbides dont
on ne pouvait trouver l'explication. Beaucoup d'affections
nerveuses et la folie, dans beaucoup de cas, tiennent à ce
mélange des deux vies, ou à la prédominance complète de
l'une des deux. Trop d'activité cérébrale interrompt les
fonctions organiques, comme la trop grande activité de ces
dernières amoindrit considérablement celle du cerveau en
portant au sommeil : on songe peu à manger dans les
grands travaux de l'esprit ; on pense peu au travail pen-
dant une digestion laborieuse, on rêve. C'est de l'équilibre
de ces deux principaux centres d'impressions que naît le
travail sain de l'esprit, ou ce qu'on appelle la raison. Le
somnambulisme naturel naît d'un défaut d'équilibre ; il
n'est donc point étonnant que le magnétisme fasse cesser
cette affection lorsque tous les médicaments échouent.
Le somnambulisme naturel est un des degrés qui con-
duisent à l'extase, et nous pourrions ajouter le commence-
ment des merveilles qui s'offrent à l'étude quand on veut
approfondir non- seulement le mécanisme de la vie, mais
les facultés cachées dont la nature nous a doués.
J'en dis assez pour expliquer ou faire comprendre ce
que les magnétistes déterminent, souvent sans se rendre
compte de leurs œuvres ; aussi ne sont-ils point maîtres
d'imprimer une direction donnée au trouble qu'ils ont
216 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
occasionné, car leur pratique pèche par la base, l'ins-
truction .
Dans le moyen âge, on appelait les somnambules des
mal baptisés : cette explication d'un phénomène singulier
était aussi censée que celle de la science; ce qu'il y a de
certain , c'est que ce sont des éléments d'une ténuité
extrême qui font mouvoir les grands ressorts de la machine
humaine, comme la vapeur les locomotives .
A priori, on devait juger que le somnambulisme arti-
ficiel devait offrir plus de lucidité, plus de netteté dans la
vision que le somnambulisme naturel. L'élément qui dé-
termine le premier augmente le foyer de lumière propre
au second, parce qu'il est d'essence semblable.
Quant au traitement à opposer au somnambulisme na-
turel, il se confond avec celui de l'extase que l'on trouvera
plus loin.
L'EXTASE.
L'extase est de tous les phénomènes de la vie le plus
singulier et le plus mystérieux : c'est celui surtout où le
magnétisme triomphe, il fait naître l'extase à volonté, la
fait cesser de même. Les magnétistes en font l'objet prin
L'EXTASE. 217
cipal de leur démonstration, ils touchent au feu de la vie
sans craindre de se brûler les doigts.
Il faut qu'il y ait une ignorance profonde ou un mépris
bien affecté chez les savants de ce qui est grand et beau
pour qu'ils ne soient point émus de ce prodigieux phé-
nomène. Réduit à ce seul fait, le magnétisme offrirait en-
core une richesse incomparable, car il fait naître cet épa-
nouissement de l'âme humaine, état dans lequel on peut
lire comme dans un livre ouvert les secrets les plus
cachés ; état dangereux cependant, car il ne se produit
naturellement que par des causes graves, et il précède
souvent le déréglement de l'esprit et de la folie.
Voici le tableau succinct que sainte Thérèse, qui était,
comme chacun le sait, une extatique religieuse, s'est plu
à présenter du ravissement d'esprit et des causes qui le
provoquaient :
• D'abord, attention concentrée par une lecture pieuse ,
puis recueillement profond, ou sorte de quiétude avec lesen-
timentd'unejoie enivrante. Dans le troisième degré, jouis-
sances les plus vives et les plus pures, essor d'un amour
ardent, exaltation extrême , à un degré plus élevé, éva-
nouissement et défaillance; quand le ravissement exta-
tique est porté au plus haut degré de vivacité et de force,
la respiration est suspendue, les membres sont immobiles ,
les yeux se ferment involontairement ; il y a perte de la
parole, le pouls est insensible, et pendant que toutes les
facultés morales s'élèvent au plus haut degré d'énergie,
l'usage des sens est entièrement suspendu, il y a état ap
218 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
parent de mort. Le ravissement saisit alors avec tant d'im-
pétuosité qu'on se croit transporté dans le ciel, dont il
semble que l'on goûte les félicités. >>
Dans l'état naturel on peut devenir extatique en con-
centrant son attention ou toutes ses facultés, soit sur la
religion, les beaux-arts, la philosophie, les sciences, la mo-
rale, ou sur Dieu et la nature. Ainsi Archimède, absorbé
dans la solution d'un problème de géométrie, n'entendait
point le tumulte de sa ville prise et saccagée par des sol-
dats. Socrate restait vingt-quatre heures à la même place ,
immobile, malgré l'ardeur d'un soleil brûlant, livré tout
entier à la recherche de la vérité. Saint Paul tombait en
extase et se croyait transporté dans le ciel. Nous avons
rapporté dans nos Annales une foule de faits d'extase de
grands hommes, comme le dernier degré où peut s'élever
l'âme humaine sans être absolument détachée du corps ,
bien que dans cet état le corps soit comme mort et qu'on
puisse lui faire les plus profondes blessures sans éveiller
la moindre douleur.
L'âmen'apas seulement pour siége le cerveau, ses rayons
sont parfois concentrés vers les plexus situés au centre de
l'édifice humain, et nul ne peut les y apercevoir. Dans ces
cas, le magnétisme peut servir d'aiguillon et distraire l'es-
prit dela contemplation des chosesravissantes que l'on voit
dans l'extase, et reporter la vie dansl'ensemble du corps.
Les médecins ne doivent considérer l'extase que comme
un phénomène de physiologie, sans y attacher plus d'im-
portance.
L'EXTASE. 219
Tous les révélateurs, dont quelques-uns étaient exta-
tiques, tous les sectaires de religion enfin, ont considéré
l'extase en elle-même ou certains de ses phénomènes,
comme touchant au surhumain et recevant, dans tous les
cas, des communications célestes . Plus clairvoyants que
les médecins, les révélateurs religieux ont vu là des phé-
nomènes qui ne pouvaient s'expliquer par les lois qui ré-
gissent la matière, et qui appartenaient par conséquent à
un ordre plus relevé.
En effet, ce ne sont plus les yeux qui voient les objets,
les sens qui fonctionnent, il y a des rapports inconnus,
une science qui n'est point acquise, et sa profondeur est
extrême, elle révèle l'inconnu, va jusqu'à la prophétie,
et enfin touche à l'absolu.
De nos jours, le spiritualisme ou le spiritisme, comme
on voudra le nommer, n'a point suivi cette route pour
établir sa doctrine ; sa marche sera donc chancelante et
incertaine, car les phénomènes qu'il est parvenu à pro-
duire sont inférieurs, à nos yeux du moins, dans tout ce
qui touche aux affaires du ciel, à ceux qu'offre le ravisse-
ment de l'esprit ou l'extase.
Il y a beaucoup de nuances dans les degrés de l'extase ;
tous les extatiques ne s'occupent point du même objet ni
ne suivent une même route, les points de vue sont diffé-
rents; de quelque façon qu'on envisage l'extase, la science
n'offre aucune explication, et la raison doit s'incliner de-
vant des faits qui la confondent.
Il est clair cependant que cette crise est déterminée par
220 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
une irrégularité dans la circulation du fluide nerveux ou
du magnétisme du sujet lui-même, ce qui peut expliquer
pourquoi artificiellement nous produisons l'extase ; mais
ceci ne nous dit point encore quel est l'être mystérieux
qui est en nous et qui montre des capacités si grandes et
si éloignées de ce qu'on constate dans la vie habituelle.
Ce principe inconnu, qui agit de lui-même et semble se
soustraire à la pénétration humaine, ne se révèle en aucune
façon , les causes matérielles ou maladives ne disent rien ,
le transport au cerveau comme la rigidité des membres et
la fixité des yeux n'indiquent point le travail de la pensée
pas plus que l'œil ne nous fait comprendre ce qui se per-
çoit en nous : tant qu'un auguste messager du ciel ne
viendra point nous révéler le code secret de l'existence
humaine, la science sera bornée sur ce sujet à des appré-
ciations sans valeur.
Il nous suffit aujourd'hui d'être bien supérieur à cette
science orgueilleuse, car le magnétisme, qu'elle dédaigne,
nous donne la faculté d'agir là où ses moyens sont impuis-
sants. Notre pensée pénètre bien évidemment la chair et
va trouver l'esprit. Nous savons établir des communi-
cations secrètes avec le principe intelligent qui incite
l'extatique : il nous entend, nous obéit et consent à des-
cendre.
La mort envisagée par le voyant ne lui paraît point re-
doutable, il aspire même à mourir; l'âme fait comme
l'oiseau dont les ailes sont poussées, elle quitte le nid
dont elle n'a plus besoin. Où va-t-elle ? On prétend le sa
L'EXTASE. 221
voir, mais sur ce point nous nous taisons, n'ayant point
de preuves physiques à donner.
Nous n'aurions point parlé de l'extase ni du somnam-
bulisme naturel si ces deux états ne cachaient point par-
fois des désordres très-graves, ou s'ils n'étaient au moins
l'annonce d'un trouble de certaines fonctions et une me-
nace de maladie.
Nous devons donner, en terminant, les procédés les
plus simples pour rétablir l'équilibre et replacer daus leur
état normal les êtres qui, par un travail désordonné de la
nature, en ont été distraits. Je neparlerai point ici des exta-
tatiques buveurs d'opium. Il est dangereux de les troubler
dans leurs rêves: j'ai failli payer de ma vie l'imprudente
envie de guérir l'un d'entre eux. Quant aux crises sem-
blables que nous produisons par le magnétisme, j'ai suffi-
samment indiqué comment il fallait procéder pour en
abréger la durée.
Traitement. -
Vous vous placez en face de l'exta-
tique et vous le considérez un instant. Le premier point
sur lequel vous devez diriger votre action, c'est la base
du crâne, à la racine du nez. Si vous êtes dans un état
régulier vous-même, c'est-à-dire froid comme un instru-
ment, votre magnétisme agira et produira immédiatement
une détente. On vous sentira, et ce qui avait résisté aux
médicaments, aux pressions exercées, aux tentatives
diverses, cédera comme par enchantement : l'action est
d'autant plus précise que celui qui veut l'exercer est
dégagé de toute crainte. La crise cessant, on rétablit
222 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
un complet équilibre en faisant des passes lentes jusqu'aux
extrémités inférieures .
Lorsque le magnétisme sera généralement connu, on ne
verra plus l'état extatique, chez certains êtres, durer des
années avec l'apparence périodique de certaines fièvres.
Il est vrai que les prêtres , les savants et les lettrés
perdront l'occasion de constater un singulier phénomène
propre à exercer leur sagacité ; les médecins également
n'auront plus sous leurs yeux un fait qui montre leur im-
puissance, leur infériorité ; puisque le premier magnétiste
venu maîtrise cette crise, quelle qu'en soit la nature, en
présentant ses doigts en pointe en face d'un des grands
centres nerveux. Dans ce cas, le fluide magnétique se
comporte comme le fait un réactif qu'on verse dans un li-
quide composé, il précipite les matériaux de la crise, en
disperse les éléments, à la grande confusion des prêtres,
'des lettrés , des savants, des médecins, car le magnéti-
seur n'a ni prié ni donné de remèdes pour opérer ce
changement.
Combien de fois n'avons-nous pas lu dans les journaux
des détails concernant des personnes dont le sommeil avait
une durée considérable sans que les médecins aient pu en
abréger la durée ! Ici de même, le magnétisme est appelé
à faire cesser ce trouble et à rappeler l'état normal.
Je ne puis dissimuler la contrariété que j'éprouvai sou-
vent de voir qu'on n'empioyait point l'agent nouveau ,
dans ces cas surtout où son action bienfaisante se prouve
immédiatement .
L'EXTASE . 223
Qu'on ne s'imagine pas cependant que ce soit une main
bénévole qui détermine cet heureux changement. La main
n'a de puissance que celle qu'on lui donne, et si le feu
magnétique ne circule point en elle, rien ne se produira.
Que doit-il se passer en nous , que devons-nous faire
pour que nos doigts deviennent brûlants et transportent
ainsi ce feu de la vie ? L'énergie du vouloir ne suffit point
encore, il faut un ébranlement de notre être pour que les
forces entrent en expansion, une sorte de colère froide et
sans démonstration ; il faut ce que je ne saurais faire com-
prendre, mais qu'on sent dès qu'on a résolu d'agir. Si
vous avez la défaillance d'esprit de ces êtres qui se dé-
clarent tout d'abord inhabiles à faire une chose qui leur
serait cependant facile, qui écoutent la voix intérieure qui
leur dit : « Tu ne saurais faire cela..... un tel résultat est
impossible, » n'entreprenez point une semblable besogne :
ces hésitants, ces incertains, ne réussiront jamais à rien
qu'on n'ait changé leur caractère.
Lorsque j'expérimente ou que je magnétise un malade,
ma main cesse d'être la main de tout le monde : il y a en
elle quelque chose de frémissant. Agitée par le principe
du mouvement que ma pensée y envoie, elle le fait rayon-
ner ou pénétrer très-avant. J'ai vu souvent qu'en impri-
mant à ma main le mouvement d'une vrille, mon action
était sentie comme si, en réalité, cet instrument eût péné-
tré dans la chair de mon magnétisé : cependant j'opérais
sans contact et à une petite distance. Est-ce l'imagination
chez le magnétisé qui produit cette sensation? Non ; car,
224 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
comme nous l'avons dit, la même chose a lieu sur des
êtres en sommeil naturel et sur des animaux.
Nous nous sommes suffisamment étendu sur ce su-
jet. De meilleures indications sans doute devraient être
fournies à celui qui veut apprendre ; mais ce n'est qu'au
lit du malade, dans une clinique, sous ses yeux, qu'elles
pourraient être fournies. Je n'ai point cette ressource,
mais pour celle de mes assertions que je ne puis autrement
démontrer, une carrière longue et honorable me permet
d'espérer que l'on me croira sur parole.
Puissance merveilleuse et dont je sens si bien l'exis-
tence en moi ! Agent subtil, divin Protée dont les mou-
vements, mêmes désordonnés, commandent la terreur ou
l'admiration ! Tes manifestations, par leur variété, leur
mobilité, leur grandeur semblent défier les recherches des
plus puissants génies ! Tu offres à la méditation les pro-
blèmes les plus élevés de la vie, des mystères sans cesse
renaissants, cependant les prêtres t'ont laissé tomber dans
l'oubli et tu es également bannie du milieu des disciples
de cette science froide que l'on appelle, je ne sais pour-
quoi, médecine rationnelle ! Mais on te trouve toujours chez
celui que la douleur d'autrui émeut et rend compatissant,
et non chez cet autre qui trace une ordonnance mé-
dicale d'une main glacée et qui semble peu se soucier
de la vie du malade ! On te trouvera bientôt partout
quand sera venue ton heure ; car, comme ces marées
bienfaisantes que le mouvement des astres prépare, le
magnétisme inondera l'humanité et brisera les bar
L'EXTASE. 225
rières que la science officielle avait placées devant lui.
Je rentre dans mon sujet; et considérant sous une face
nouvelle les phénomènes de l'extase, du somnambulisme
et même du sommeil simple, je ne puis m'empêcher de
faire une comparaison qui pourra paraître arbitraire, mais
que le magnétisme fait naître dans l'esprit. Lorsqu'un
vaisseau voit son lest déplacé par un accident de mer ou
une autre cause, il se couche sur le flanc et va à la dérive ;
de même lorsqu'en nous le lest vital, ce qui nous main-
tient en équilibre , est déplacé , l'organisation humaine
fléchit d'un côté et les accidents graves commencent.
S'il n'en était point ainsi, que ce rapprochement sin-
gulier que nous faisons fût faux, nous ne pourrions, par le
magnétisme, agir comme nous le faisons. En effet, com-
ment agissons -nous lorsque nous voulons déterminer
l'extase ou le sommeil? Nous portons tout le lest vital
du vaisseau humain vers son extrémité supérieure , et
la vie dès lors y surabonde, tandis que tout le reste du
corps fléchit , qu'il n'est plus même senti. Quand nous
voulons, au contraire, détruire ou faire cesser le même
phénomène produit naturellement , nous forçons ce même
principe spirituel à quitter la place qu'il occupe, et l'être
humain retrouve à l'instant son centre de gravité : les
extrémités inférieures redeviennent sensibles, la vie repa-
raît partout, le mouvement recommence, il n'y a plus de
vision, le foyer d'où elle partait n'existe plus. Si nous
voulons produire une paralysie artificielle, nous chassons
l'agent de la vie de la partie qu'il occupe , et la sensibi-
1
15
1
226 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
lité ne reparaît que lorsque, par un acte contraire, nous y
rappelons la vitalité : nous sommes maître absolu, et nous
pouvons dès lors faire artificiellement ce que la maladie
fait naturellement dans certains cas.
C'est donc le pouvoir le plus étrange, le plus merveil-
leux qui se trouve entre les mains de l'homme ; on n'eût
jamais osé en soupçonner l'existence en lui si le magnétisme
ne fût venu le révéler et le mettre hors de doute. Qu'on
calcule maintenant l'avenir de cette découverte, la mesure
du possible, on restera à coup sûr au-dessous de la vérité ;
car aujourd'hni le magnétisme est relativement à peine
connu et trop de gens inhabiles se sont livrés à cette
étude. Toutes ses propriétés n'ont point été aperçues ;
le peu que nous en avons découvert nous donne déjà l'im-
mense avantage d'agir là où le médecin est impuissant,
et de produire une série de phénomènes physiologiques
capables, par leur nouveauté , d'effrayer la raison du
savant ; car c'est un nouvel horizon ouvert à l'intelli-
gence , et qui déplacera de sa base le pivot des sciences
officielles. Qu'importe donc les dénégations du temps
présent sur ce qui nous occupe en ce moment et sur ce
qui est vrai ! Les magnétistes verront un jour leurs idées
justifiées.
L'extase s'alimente d'elle-même. C'est une lampe qui
puise aux sources vraies de la vie le principe de sa lu-
mière. Nous avons dit que cet état était un danger, mais
il n'en est point ainsi dans tous les cas. Quelques exemples
sont là pour attester qu'elle n'a pas empêché une longévité
L'EXTASE. 227
inespérée. Que se passe-t-il donc en nous pour qu'une
semblable déviation des forces laisse subsister l'intégrité
des organes ? Ceci nous ramène à dire qu'on ne connaît
point la vie, et que les ouvriers mystérieux qui sont en
nous entendent autrement les choses que ne les entendent
les savants .
Nous ajouterons une observation qui n'est pas sans im-
portance et dont la justesse a été confirmée par l'observa-
tion des médecins , c'est que l'apparition de l'extase a
produit parfois la guérison de certaines maladies ; des
extatiques se sont aussi guéris eux-mêmes par la force de
leur volonté. Il est curieux cependant que ces faits n'aient
point exercé plus profondément les méditations des mé-
decins .
Caractères différentiels de l'Extase et de la Catalepsie.
-
A ne considérer que la suspension des mouvements
volontaires et de l'exercice des sens, l'extase ressemble à
la catalepsie ; mais dans cette dernière affection il n'y a ni
l'illumination de la physionomie, ni l'exaltation des senti-
ments, ni le travail intellectuel que l'on rencontre dans
l'extase. Dans la catalepsie toutes les facultés de l'âme
sont dans un repos absolu.
228 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
CATALEPSIE.
Caractères. -Rigidité des muscles générale ou par-
tielle et plus ou moins complète : les membres conservent
souvent la position qu'ils avaient avant l'accès, ou celle
qu'on veut leur donner après ; suspension plus ou moins
absolue de l'intelligence et de la sensibilité. Les accès sont
plus ou moins fréquents et d'une durée variable ; mais,
quelle que soit leur intensité, l'intelligence n'en paraît pas
sensiblement altérée. Ils s'annoncent par de la cépha-
lalgie, des troubles d'esprit, des crampes, des palpitations ,
ou apparaissent subitement ; néanmoins, l'expression du
visage reste naturelle, la face pâlit à peine ou se colore
légèrement.
Ici encore la science ne nous décrit que des symptômes,
elle se tait sur l'agent principal qui détermine ces phéno-
mènes. Il ne peut être que fluidique ; mais d'où part-il?
quelle est sa nature ? quel chemin suit-il pour arriver au
cerveau ? et celui-ci est-il envahi tout entier ou seulement
dans une de ses parties ? Quand un sujet est rendu sen-
sible au magnétisme, il est facile de produire sur lui la
catalepsie ; l'effet peut être aussi prompt qu'un coup de
foudre, il en offre du moins une parfaite image : d'autres
fois ce phénomène se produit par degré, les membres se
:
CATALEPSIE . 229
roidissent , les yeux s'ouvrent , et la rigidité devient
complète.
La condition humaine est bien triste , un événement
imprévu qui nous est annoncé sans transition glace notre
sang, suspend la vie ; la vue d'un reptile, d'un cadavre
agit sur certaines natures avec une telle puissance qu'elle
produit l'immobilité. Beaucoup d'animaux sont dans le
même cas, la vue subite de leur ennemi suspend également
chez eux la faculté locomotrice, et ils deviennent ainsi
forcément la proie de cet ennemi. Chez l'animal comme
chez nous, lorsque la vie reprend son cours, un tremble-
ment d'un caractère particulier a lieu jusqu'au moment
où le principe du mouvement, qui n'est plus retenu , s'est
de nouveau mis en équilibre.
Toutes les affections nerveuses sont sœurs, n'importe
leur genre, et ce sont justement celles sur lesquelles le
magnétisme exerce un souverain empire. Que ne doit-on
pas attendre de cet agent, là où la médecine se trouve radi-
calement impuissante ?
Traitement. -
Le magnétisme est peut-être le seul
remède infaillible ; il déplace à l'instant les agents quels
qu'ils soient qui ont envahi le cerveau et les fait circuler.
Son action paraît toute physique. Un clou chasse un autre
clou , dit-on ; le fluide magnétique chasse devant lui ce qui
paraît être son semblable, mais vicié dans son principe .
Des passes longitudinales, partant de la base du crâne
et dirigées jusqu'aux extrémités inférieures, suffisent com-
munément pour faire cesser la crise ; mais si l'état cata
230 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
leptique résiste, on doit employer les procédés magné-
tiques qui font cesser le sommeil somnambulique : des
passes rapides en travers faites à la base du crâne.
Si la catalepsie est le résultat d'un désordre organique,
on cherche à reconnaître le désordre, et on le traite par
des procédés qui lui sont appropriés et qui se trouvent
sûrement décrits dans cet ouvrage.
LETHARGIE.
Caractères . -
Sommeil lourd et profond, d'une durée
variable ; insensibilité plus ou moins prononcée, et au de-
gré le plus élevé, anéantissement apparent des actes de la
vie de relation; la respiration et la circulation semblent
être suspendues.
Je vais d'abord parler de quelques cas exceptionnels où
le magnétisme a semblé produire la léthargie. Cette res-
semblance était sifrappante qu'elle inspirait les craintes les
plus vives : quelques organisations se saturent tellement
de magnétisme que bientôt la vie de relation s'en trouve
atteinte, l'individu tombe anéanti sans qu'il soit possible
d'obtenir de lui un signe quelconque ou de sensibilité ou
de sentiment. Ici les membres sont flexibles, la chaleur ne
LÉTHARGIE. 231
diminue qu'insensiblement, c'est seulement après plusieurs
heures de durée de cette crise qu'on peut constater cette
diminution. Le cœur cesse de faire sentir ses battements ;
mais on peut constater encore une sorte de bruissement
lorsqu'on applique l'oreille sur la région où se trouve cet
organe. Lorsqu'on lève les paupières du dormeur , elles ne
s'abaissent plus d'une manière complète, l'œil reste en-
tr'ouvert, il est vitreux, et la sensibilité de la pupille est
difficile à constater. J'ai vu ce fait se produire entre mes
mains. La première fois il dura quarante-huit heures, et je
ne décrirai point ici mes angoisses, que tout d'ailleurs
autour de moi entretenait. Je dois avouer que mon igno-
rance du magnétisme me fit douter de lui et de moi ; je
n'en savais point régler les magnifiques effets : je ne savais
que peu de chose sur la nature de l'agent contesté ; quel-
ques-unes de ses propriétés m'étaient seules connues. Mon
embarras dans ce moment était donc extrême, en raison
d'ailleurs de la responsabilité qui pesait sur moi ; plus je
faisais d'efforts pour détruire l'effet du magnétisme et
moins j'avançais. J'avais affaire à une nature absorbante
qui trouvait en moi ce qui lui manquait, un surcroît de vie.
Lorsque celle-ci fut en excès , la léthargie cessa comme par
enchantement ; les soupapes s'ouvrirent. Depuis ce jour,
j'ai trouvé plusieurs fois cette disposition chez des magné-
tisés et ne m'en suis plus effrayé ; seulementje n'allais point
jusqu'au bout, je les laissais digérer le fluide vital qu'ils
m'avaient emprunté, et cette ivressed'un nouveau genredis-
paraissait dans un temps limité . C'est une chose curieuse
232 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
de voir un être réduit en un instant à l'état de cadavre ,
de pouvoir ainsi le remuer, le lever, le coucher comme une
masse inerte . On a sous les yeux la mort sans mort de Platon ;
c'est ce qui fait penser qu'on a pu parfois se méprendre et
enterrer tout vivants des gens en léthargie. Si le secret des
tombeaux nous était révélé, que de choses affreuses nous
apprendrions ! Mieux vaut fermer les yeux et garder le
silence sur des erreurs irréparables ; indiquons plutôt les
moyens d'empêcher à l'avenir le renouvellement de ces
meurtres involontaires .
Nous venons de voir comment , à la suite de simples ma-
gnétisations, la léthargie pouvait se déclarer, et comment
celle-ci cessait d'elle-même par le seul mouvement de la
vie qui dissipait petit à petit l'agent subtil qui comprimait
le cerveau . Il est pour nous indubitable que dans certains
cas de maladie où l'agent nerveux se trouve distrait de
son cours régulier, il produit le même phénomène que
celui que nous avons décrit ; seulement, dans le premier
cas, nous avions affaire à des gens en santé, et dans le
second, nous trouvons des désordres qui permettent diffi-
cilement les réactions nécessaires : la nature est ici bien
souvent impuissante, l'être peut mourir, ce qui a lieu
d'ailleurs bien souvent.
Maintenant qu'avez-vous à faire, vous magnétistes , en
pareille occurrence où le médecin ne peut rien, où les
réactifs matériels les plus énergiques sont sans effet ?
N'allez pas croire que votre magnétisme va augmenter le
désordre , il en sera au contraire le souverain remède, il
LÉTHARGIE . 233
ouvrira les soupapes fermées, fera circuler cet agent dans
les organes où le vide s'est fait, et cela en très-peu d'ins-
tants. Il ne peut pas même en être autrement, car ce
n'est point le trop-plein qui a produit la léthargie naturelle,
elle s'est déclarée par une maladie, par une rupture
d'équilibre, et cette affection rentre dans le cadre des
désordres nerveux et doit se combattre de même.
Traitement. -
Vous magnétisez d'abord comme si
vous deviez produire le sommeil , puis , au bout de
quelques minutes, dirigeant vos doigts en pointe vers la
racine du nez, vous descendez lentement en suivant la
ligne médiane jusqu'à la région de l'estomac. Ces passes
répétées plusieurs fois et le courant magnétique bien éta-
bli, vous servant des deux mains à la fois, vous les pro-
menez doucement jusqu'aux extrémités inférieures des
membres ; vous terminerez votre magnétisation par un
doux massage : la léthargie cessera et vous jouirez de
votre œuvre.
Si vous ne réussissez pas, croyez-le bien, la mort sera
inévitable, car vous avez employé l'agent qui pouvait seul
déterminer un mouvement favorable. On sent que nous
ne pouvons nous étendre davantage sur un cas qui s'offre
rarement à l'expérimentation magnétique, à laquelle jus-
qu'à ce jour on a refusé les moyens de se produire et de
justifier de ses bienfaits dans ces cas extrêmes.
234 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
TÉTANOS.
Caractères . - Rigidité des muscles, soit d'une partie,
soit de tout le corps.
Le tétanos porte différents noms selon les parties qu'il
affecte : Ophisthotonos, quand la moitié du corps se ren-
verse en arrière ; emprosthotonos, quand elle se renverse en
avant ; pleurosthotonos , quand c'est vers les côtés ; trismus ,
lorsqu'il affecte les muscles de la mâchoire, tétanos droit,
si le corps est droit comme une barre ; tétanos trauma-
tique, quand il est le résultat de plaies ou de blessures ;
tétanos spontané , s'il se déclare sans cause appréciable.
Le siége de cette maladie semble résider dans la moelle
épinière ; nous disons semble, parce qu'il n'est pas pos-
sible de tirer une conclusion bien nette des recherches
anatomiques faites jusqu'à ce jour.
Quand le tétanos, au lieu de se déclarer brusquement,
ce qui est le cas le plus commun, a une marche lente, on
peut constater quelques phénomènes avant-coureurs, tels
que l'engourdissement des membres, légère rigidité plus
ou moins fréquente, plus ou moins complète. Chez les
blessés, on constate de la tristesse, des frayeurs sans motif,
quelques contractions de la mâchoire et des muscles du
cou, peu nombreuses d'abord, mais qui ne tardent pas à
se multiplier, jusqu'à ce qu'enfin les contractions, gagnant
TÉTANOS . 235
peu à peu la face, le tronc, les membres, le tétanos devient
général.
Le tétanos offre des intermittences , c'est-à- dire des
moments de relâchement, mais de bien courte durée. Ce-
pendant l'intelligence reste en général intacte, ainsi que la
sensibilité ; la circulation et la respiration seules semblent
troublées : la première est considérablement augmentée ;
la seconde est plus ou moins gênée à mesure que le mal
s'aggrave et qu'une funeste terminaison approche, ce qui,
en moyenne, ne dépasse pas le quatrième ou le cinquième
jour.
La médecine avoue à chaque instant son impuissance
et sa faiblesse ; ici, par exemple, les médecins sont réduits
à constater le mal, ils le voient chaque jour s'aggraver et
ne peuvent que constater le décès.
En examinant de très -près l'action du magnétisme sur
des gens bien portants soumis à l'expérimentation magné-
tique, on s'aperçoit avec étonnement que lorsque la ma-
gnétisation est poussée à sa dernière limite par un homme
énergique, de véritables accès de tétanos ont lieu. J'ai vu
des exemples effrayants produits par des mains inintelli-
gentes : le magnétiseur n'apercevait point le danger de la
situation, il n'y voyait qu'un effet de sa puissance. J'ai vu
le tétanos magnétique produit également par des méde-
cins qui expérimentaient dans un hôpital, et, je dois le dire,
avec bien peu de souci de la vie de l'expérimenté : ces
crises n'ont pas eu de dénoûment funeste, je le constate ,
mais il pouvait en être autrement.
236 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
N'est-il pas probable que le principe agissant est le
même dans la crise tétanique naturelle et dans la crise
artificielle ? C'est le même agent qui convulse , disons-
nous, et rien ne pourrait nous prouver le contraire : on
doit donc croire à la possibilité de guérir les tétaniques
par l'emploi des procédés magnétiques qui font cesser
l'effet produit par une trop grande saturation du système
nerveux .
On cite des exemples de guérisons obtenues ainsi ; je
n'ai point vérifié le fait, mais je l'accepte pour vrai ; car il
m'est arrivé si souvent de faire cesser presque instantané-
ment des crises convulsives et épileptiques, et de détruire
la roideur des muscles, soit qu'elle fût partielle ou géné-
rale, que je ne doute point qu'une application bien faite du
magnétisme , là où la nature a été l'instrument du mal,
ne puisse produire un excellent résultat.
Traitement Tous les magnétistes savent qu'en pas-
sant les mains sur les muscles des mâchoires contractées
par la magnétisation, la rigidité cesse au bout de quelques
instants, et les magnétisés peuvent parler, ce qu'ils ne pou-
vaient point faire. On produit par le même procédé la
même détente , le même relâchement sur toute autre
partie du corps contractée, avec une promptitude qui par-
fois semble tenir du prodige.
Quelques passes longitudinales pratiquées sur les parties
contractées produisent un effet certain, elles forcent l'agent
fixé dans les tissus à circuler : c'est ainsi que les magné-
tistes, dans leurs expériences de chaque jour, exposent à
TÉTANOS . 237
la curiosité publique ce phénomène extraordinaire qui, s'il
se présentait tout à coup à l'observation d'un médecin
ignorant du mécanisme de sa production, le porterait à
croire à la gravité de cet état, semblable de tout point à
celui qu'il aurait pu rencontrer dans sa pratique...
Les difficultés que les magnétistes rencontreront en
combattant l'affection que nous venons de spécifier, vien-
dront de la gravité des causes qui ont produit la maladie ;
car ce qu'ils verront d'anormal dans les fonctions du sys-
tème nerveux ne sera à coup sûr que le symptôme d'un
mal plus ou moins profond. Dans les crises artificielles , au
contraire, il n'y a point de causes cachées, elles viennent
d'une oppression causée par l'affluence des forces vives
du magnétiseur ; il en est par conséquent le maître et peut
faire cesser leur effet.
On ne peut sans doute espérer guérir le tétanos dans
tous les cas où il se montrera ; mais, nous le répétons, il
n'est point douteux que l'action magnétique ne produise
un bon nombre de guérisons. On ne doit point craindre
d'agir sur le cerveau en fixant la main à plat sur le front,
tandis que de l'autre main on actionne en descendant, et
assez rapidement, les grands trajets nerveux. Il y aura une
surexcitation momentanée rendue inévitable par le cours
des fluides qui reprendront leur direction naturelle , ce
dont on sera averti par un tremblement particulier des
extrémités inférieures qui, recevant un afflux considérable,
présenteront un phénomène singulier de crampes , de
convulsions et de trismus, tout cela localisé, et ne présen
238 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
tant dès lors aucun danger. On terminera la magnétisa-
tion par des passes sur les jambes jusqu'à complet écou-
lement de l'agent nerveux.
PARALYSIE .
Caractères . -
Cette affection est caractérisée par l'abo-
lition du mouvement ; mais il ne saurait être question dans
ce chapitre que des paralysies qui ne sont la conséquence
d'aucune lésion appréciable, qui n'ont aucune fixité , chan-
gentdeplace, ou même disparaissentparfoisdéfinitivement.
Ce genre de maladie,dont les causes sont variables et
nombreuses, a offert à tous les thaumaturges, et dans tous
les temps, des succès faciles et qu'on a trop vantés. Les
vraies difficultés du traitement n'existent point ici, mais
seulement dans les paralysies qui résultent d'épanchements
cérébraux, et dont nous parlerons plus tard. Tous les ma-
gnétistes ont eu des succès prodigieux dans les paralysies
nerveuses. On a vu, après une séance ou deux, des gens
qui ne pouvaient marcher se lever et reprendre leurs oc-
cupations. Le fait paraissait merveilleux et on criait : au
miracle ! Qui comprend bien le magnétisme pourra facile-
ment s'expliquer ces succès si prompts, qui ne demandent
PARALYSIE . 239
cependant point d'efforts. Une magnétisation qui va re-
muer ce qui est stagnant et faire circuler dans les trajets
nerveux l'agent magnétique , doit y reporter en même
temps la vie et la sensibilité, ce que des médicaments ne
peuvent faire.
Traitement. -
La magnétisation ici peut s'exercer sans
parti pris , c'est-à-dire sans chercher ni le sommeil, ni
même sans désirer la guérison, laquelle s'opère de la ma-
nière que nous allons indiquer.
Lorsque, expérimentant sur un être sain, vous le bourrez
de votre magnétisme, j'emploie cette expression vulgaire
parce qu'elle rend ma pensée, cette saturation devenant
trop forte, le magnétisé se tortille sous vos mains ; il ges-
ticule, il a besoin de se débarrasser de ce fluide incommode,
il courra et se débattra jusqu'à ce qu'il l'ait dissipé. Sup-
posez maintenant le même fait se produisant sur un para-
lytique, vous verrez celui-ci allonger la jambe, si c'est cette
partie qui est affectée de paralysie. Répétez plusieurs fois
cette magnétisation, et la guérison pourra en être la suite.
L'électricité a produit parfois ce résultat, mais le magné-
tisme a ce double avantage, qu'il vivifie en excitant et qu'il
ne s'échappe point tout à coup. Lorsque l'on a cessé d'agir,
comme nous venons de le dire, mécaniquement, et après
avoir magnétisé d'une manière générale et produit l'excès
de vitalité, on appelle la force tout entière vers la région
privée de mouvement et de sensibilité, et on cherehe à y
déterminer une excitation partielle qui fait arriver plus vite
au but.
240 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Les œuvres se distinguent par les difficultés vaincues ;
les unes ne demandent qu'une vertu, le force ; les œuvres
supérieures demandent, exigent même pour se produire,
l'exercice des forces morales. La nature oublie parfois son
travail de chaque jour ; le corps est alors condamné : il
périclite, il obéit, n'étant plus soutenu, à la loi de destruc-
tion qui , elle, ne s'oubliejamais. Comment pourrions-nous
retarder son triomphe? Comment pourrions-nous nous
promettre d'atteindre ce but ? C'est ici que commence l'œu-
vre artistique. — Un arbre s'étiole dans un terrain qui ne
convient point à son essence, et périt si l'on ne lui donne
ce qui lui manque : une terre plus favorable ou plus de
soleil et d'eau ; les animaux, de même, souffrent sous cer-
tains climats, et ne retrouvent la santé que lorsqu'on
leur a eu donné tous les soins que leur conservation
exige. Mais tout ceci n'est rien en présence d'une maladie
de l'être humain : ses ressorts sont plus multipliés et plus
mystérieux : il y a l'action incessante de son esprit sur la
matière qui le compose ; il est double, deux systèmes le
gouvernent, et le magnétiste, qui ne sait agir que sur la
matière, ne peut se promettre d'agir que sur ce qui obéit
aux lois de cette dernière .
Je tâcherai , vers la fin de cet ouvrage, d'élucider cette
questionqui, à mon avis, sera un jour la base de toute phi-
losophie ; car les penseurs finiront par s'occuper du magné-
tisme, et ils arriveront à en sonder les profondeurs. La
puissance vivante qui agit sur la matière est bien différente
des autres agents : elle seule emporte avec elle un rudi
APOPLEXIE NERVEUSE . 241
ment d'intelligence, et lorsque les ressources qu'elle peut
nous offrir seront toutes connues, les maux physiques et
moraux auront pour la plupart trouvé leurs remèdes.
APOPLEXIE NERVEUSE .
Caractères. - Apoplexie est un terme générique qui ne
peut être considéré comme synonyme d'hémorrhagie
cérébrale ; il exprime la privation complète et subite du
mouvement, de l'intelligence et du sentiment.
L'apoplexie nerveuse se produit sans entraîner aucune
altération appréciable, aucune lésion.
Si les hommes faisaient attention à eux-mêmes, ils se-
raient instruits de leur chute prochaine par les avertisse-
ments que la nature leur donne. Une maladie n'éclate point
tout à coup; elle est toujours précédée par un travail
sourd, moléculaire, accompagné de gêne et de douleurs
vagues ; plus que cela encore, un malaise de l'âme, une
tristesse singulière , quelques pressentiments même pré.
cèdent l'éclat de cette foudre interne qui nous précipite à
terre. Mais communément l'homme n'écoute pas le bruit
ni le malaise de ses organes ; rien ne l'arrête, bien qu'il
ait sous les yeux des exemples frappants de l'impré
16
242 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
voyance humaine, il va, il court comme la bête déjà bles-
sée, et bientôt, comme elle, il succombe, la mort le frappe
au milieu de ses espérances, de ses joies, de ses plaisirs .
Il ne s'agissait que de sa vie ! mais s'il eût été question
de sa fortune, il se fût conduit bien autrement : pour
l'acquérir ou la conserver, il eût calculé, pris ses précau-
tions ; il eût couru après son rêve, et rien ne l'eût distrait
de sa poursuite. Nous n'avons pas la prétention de le
retenir sur cette pente fatale, mais seulement de l'avertir
que, employé à temps, le magnétisme peut lui rendre un
éminent service, qu'il peut ainsi empêcher souvent la mort
ou la paralysie ; mais ladétermination doit être prompte.
Traitement. L'action magnétique doit être dirigée
vers le cœur et la base du crâne. Il faut que l'énergie du
magnétiseur soit en rapport avec la gravité du mal, qu'il
ne cesse son action que lorsque la vie, surabondamment
versée, permet au moribond d'ouvrir les paupières et de
reconnaître ceux qui l'entourent. Il ne doit pas borner là
ses soins, mais répéter les magnétisations. Qu'importent
les saignées? Utiles ou nuisibles, il faut les laisser prati-
quer ; elles n'achèveront plus de tuer si le mal ne les exi-
geait point, elles sauveront plus vite si la nature en avait
besoin. Il ne restera plus au malade qu'à changer de
conduite et de régime s'il tient à la vie.
CHORÉE. - TREMBLEMENT. CONVULSIONS . 243
CHORÉE. - TREMBLEMENT. -
CONVULSIONS.
Toutes ces maladies sont caractérisées par l'excitation
des muscles.
-
1º Caractères de la Chorée. Mouvements singuliers,
bizarres, irrésistibles, d'une mobilité excessive, soit d'une
partie, soit de tout le corps. Le siége de la maladie peut
être même borné à un point excessivement limité, à la tête.
aux membres supérieurs ou inférieurs, à la langue, etc. La
digestion n'est ordinairement pas troublée, non plus que la
sensibilité ni l'intelligence, à moins que la maladie n'ait
eu une longue durée.
2° Caractères du Tremblement. -
Le nom de la maladie
les indique suffisamment. Le tremblement n'affecte ordi-
nairement qu'une partie du corps : tantôt le repos le sus-
pend, tantôt le mouvement; il peut être périodique ou con-
tinu, et sa durée est variable.
3. Caractères des Convulsions. - Mouvements variés,
spasmodiques des doigts, des orteils, de la tête, des yeux,
dudiaphragme; contraction du larynx, cris étranges et inar-
ticulés, palpitations violentes, mouvements péristaltiques
des intestins, et parfois vomissements et déjections involon-
lontaires. Les convulsions peuvent être partielles, et alors
leur siége le plus fréquent est surtout aux paupières et à la
244 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
commissure des lèvres : puis aux membres supérieurs , aux
membres inférieurs, et enfin au tronc. Aleur degré le plus
violent, elles entraînent la perte complète de la connais-
sance, la respiration est gênée, la transpiration et les
sécrétions sont supprimées. Elles ont de la tendance
à se reproduire, mais souvent elles disparaissent naturel-
lement sous l'influence d'un flux quelconque.
Dans les convulsions doivent être comprises l'Éclampsie
des nouveaux-nés et celle des femmes en couches.
Quand on interroge la science sur le principe de ces ma-
ladies, on ne rencontre point l'unité de vue désirable ; mais,
au contraire, une divergence d'opinions propre à désespérer
le chercheur : la cause véritable de nos douleurs ou agita-
tions nerveuses, l'agent actif qui nous remue et nous con-
vulse n'ayant pu jusqu'à cejour être saisi ni démontré. Est-
ce un fluide subtil, une vapeur ou de simples vibrations qui
remuent les chairs ? Qui peut dire où se forment ces cou-
rants électriques qui parcourent certaines parties de nos
organes comme l'éclair traverse les nuages ? Qui sait où se
forme ce galvanisme dont nous sentons intérieurement par-
fois la présence ? Ces agents entrent-ils en nous comme ils
en sortent ? Sont-ils un produit de nos humeurs ou de notre
sang ? Et si l'on ne sait rien sur des choses si importantes,
comment parviendrait-on à empêcher le développement et
à neutraliser les effets d'agents si puissants. Si nous n'en
souffrions point, lascience ne devrait pas moins les étudier,
ne serait-ce que par curiosité ; mais communément la dou-
leur succède aux atteintes de ces fluides; souvent même ils
CHORÉE. - TREMBLEMENT. - CONVULSIONS. 245
prennent leur point de départ d'endroits déjà très-doulou-
reux où machinalement nous portons nos mains, sentant fort
bienque nous diminuons ainsi l'intensité de nos souffrances.
Et ces crampes opiniâtres qui troublent notre sommeil et
nous forcent souvent à sortir du lit, trouvent -elles au moins
un remède dans la médecine ? Non, les médecins partagent
le sort des autres mortels ; ils ne savent point se guérir des
maux nerveux ; ils ordonnent au hasard un remède, le pre-
mier qui vient dans leur pensée, sans avoir jamais une cer-
titude de son actionbienfaisante. Aussi a-t-on cessé presque
généralement de les consulter sur la plupart des désordres
du système nerveux. On vit avec son ennemi, il est maître
en nous, il agit quand il veut, s'en va quand il lui plaît ;
l'avis qu'il nous donne de temps à autre de sa présence
nous arrive aussi rapidement que le son à notre oreille. Mais
tout ceci est peu de chose encore, car si l'ennemi quitte la
région des membres et qu'il se porte aú cerveau, à la face
ou aux mâchoires, les douleurs redoublent d'intensité ;
nous crions ou pleurons; les plus endurcis blasphèment ou
maudissent. On en a vu certains qui se sont suicidés pour
se soustraire aux étreintes de la douleur ; mais en l'absence
de toute douleur, certaines maladies n'en sont pas moins
incommodes et nous font souvent détester la vie. Mieux
vaudrait des douleurs intermittentes qu'une gêne inces-
sante comme celle qu'occasionnent les tremblements ner-
veux.
Traitement de la Chorée et des Tremblements . -
Dans
les tremblements nerveux qui ne présentent ordinairement
246 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
aucune douleur, l'action magnétique doit être dirigée
vers le cerveau. Il ne s'agit point ici de suivre la méthode
excitante, elle ne réussirait point; il faut au contraire cal-
mer au lieu d'irriter. Le fluide nerveux du malade ne se
trouve pas retenu, ainsi que nous l'avons vu dans les ma-
ladies que nous avons précédemment passées en revue ; il
circule, au contraire, avec trop de rapidité et d'abon-
dance ; son expansion est sans limites. Il est bien probable
que l'enveloppe des nerfs, n'isolant plus l'agent nerveux,
celui-ci passe à travers le tissu chargé de l'endiguer ; de là
l'impuissance de la volonté à maîtriser les mouvements et
le développement de ceux-ci à la moindre émotion. On
conçoit l'inutilité des remèdes dans des cas pareils, et la
difficulté de faire rentrer dans ses canaux naturels ce fluide
qui a débordé. Le magnétisme lui-même peut aussi être
impuissant. On cite des guérisons, mais je dois avouer
qu'aucune ne m'est personnelle. J'ai, dans certains cas,
rendu la vie supportable au malade; j'ai diminué sensi-
blement l'intensité des mouvements ; c'est tout ce que j'ai
pu obtenir. Plus le malade approchait du sommeil magné-
tique, moins il tremblait; mais je n'ai pu en endormir
complétement aucun.
C'est donc vers la région du crâne que doivent être
dirigés les efforts du magnétiseur. Sa main doit être appli-
quée sur le front avec l'intention de développer le som-
meil ; il doit continuer par des passes sur les membres
en pressant mollement les muscles. On obtient ainsi un
repos momentané. Ce temps d'arrêt dans les contractions
CHORÉE. TREMBLEMENT. - CONVULSIONS. 247
est déjà un bienfait ; mais il est des cas malheureux où
tous les efforts viennent échouer. La force ne manque
point au malade, c'est parfois pour en avoir reçu trop en
partage que cette maladie s'est déclarée. La sénilité que
l'on rencontre chez quelques-uns n'est venue que par la
durée trop prolongée des désordres existants.
Le régime doit être doux ; aucune liqueur forte, point
de café, peu de viandes noires, et surtout l'éloignement
des excitations physiques et morales. La magnétisation
doit être pratiquée dans les moments de la journée où les
nerfs sont le plus tranquilles. J'ai obtenu un bon résultat
de l'application de ma main sur les vertèbres cervicales :
le calme s'est prolongé davantage et le malade se croyait
guéri. Ce moyen a fini par perdre de son efficacité.
Je regarde ces affections comme des plus rebelles au
traitement magnétique.
Traitement des Convulsions. - Bien qu'en apparence
ces phénomènes nerveux paraissent plus graves, leur trai-
tement est cependant plus facile, le succès plus certain, et
c'est ici surtout qu'on peut juger de l'action du magné-
tisme; car plus il y a d'intensité dans les crises, plus
prompte en est la guérison .
J'ai été appelé plusieurs fois dans ma vie pour calmer
des crises convulsives effrayantes, où les malades, l'écume
à la bouche, les cheveux en désordre, criaient, jetaient de
tels cris que les voisins en étaient assourdis et impres-
sionnés. Dès que ma main était dirigée vers leur cerveau ,
une détente avait lieu, cette tempête cessait, le calme et
248 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
la raison reparaissaient. Qu'on ne dise point ici que l'ima-
gination jouait un rôle, car plusieurs de ces êtres igno-
raient jusqu'au nom même du magnétisme, et nul ne les
avait prévenus de mon arrivée ; leurs yeux d'ailleurs
étaient étrangement convulsés et la paupière souvent
abaissée.
Vous voyez comment le magnétisme agit. Il chasse
devant lui, il refoule les agents fluidiques qui oppriment
la vie, les précipite vers les organes d'où ils s'étaient
élancés.
La réalité de ces fluides n'est point imaginaire non plus,
les malades les sentent faire leur ascension .
Il reste certainement à trouver la cause de ces dé-
sordres, car les convulsions ne sont qu'un symptôme, et à
diriger le magnétisme vers la région où se trouve le siége
de la maladie réelle. On y parviendra, lorsque le malade
sera calme, en promenant la main, les doigts en pointe, à
une petite distance , soit de l'épigastre ou de quelque
autre partie de l'abdomen. Cette espèce de sondage fera
naître, quand on arrivera à toucher mystiquement le véri-
table point de départ des crises, une émotion dans tout
l'être, un commencement de crise ; et, ceci obtenu, l'on
a le moyen de guérir, car on peut produire artificielle-
ment les phénomènes offerts par les crises naturelles :
on modifie par ce procédé la sensibilité de ce point
de départ en chassant les matériaux des crises avant
que leur accumulation ait rompu l'équilibre. Ainsi, l'on
voit que pour ces maladies, comme pour l'hystérie et l'épi
NÉVRALGIES , NÉVRITE , MIGRAINE , ETC. 249
lepsie, la marche du traitement est la même ; l'on a à com-
battre les mêmes agents, dont la manifestation seule est
différente.
Nous ne nous étendrons pas sur la multiplicité ni sur la
variété des maladies convulsives ; ces détails, sans doute,
seraient très-instructifs, mais ils intéressent plus le mé-
decin que les magnétistes, pour lesquels nous écrivons ;
car ceux-ci, quoique ignorant les causes variées qui ont
déterminé les dérangements que je signale, arriveront à
les faire disparaître sans cette connaissance.
NÉVRALGIES ( TIC DOULOUREUX , ETC. ) , NÉVRITE ,
MIGRAINE , CLOU HYSTÉRIQUE.
Caractères des Névralgies . Tous les nerfs, jusque dans
leurs plus petites ramifications, sont susceptibles de né-
vralgie. Le malade ressent, par intervalles variables, des
élancements violents, et avec des sensations qui diffèrent
selon les individus : l'un se plaindra de frissons, l'autre de
chaleurs brûlantes, d'autres de tiraillements , etc. Le tic
douloureux (névralgie sous-orbitaire) est une névralgie
qui donne lieu à des mouvements convulsifs de la paupière
inférieure, des joues et de la lèvre supérieure.
250 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
La chaleur , ainsi que la pression parfois, détermine
une souffrance plus vive. Les névralgies donnent lieu à des
convulsions des muscles qu'elles atteignent ; à ces convul-
sions succèdent la paralysie et l'atrophie des parties.
Quand la douleur est très-vive, il s'opère une congestion
dans la partie affectée, de là rougeur de cette partie.
Toutes les sécrétions sont profondément troublées, la nu-
trition ne se fait d'ailleurs qu'imparfaitement. Les né-
vralgies revêtent en général la forme intermittente ; leur
duréé est variable et les récidives fréquentes.
Caractères de la Névrite. -
Douleur intense, continue,
exaspérée par la pression, le mouvement ; inflammation
locale très-prononcée.
Caractères de la Migraine. - On la rencontre à tous
les âges, elle se présente parfois sous une forme périodique.
Dans l'intervalle des accès la santé n'est aucunement
altérée. En général, les accès s'annoncent par des frissons ,
des éblouissements, des rapports aigres. La douleur, qui
n'affecte le plus souvent qu'un seul côté de la tête, se fait
sentir brusquement ou n'arrive que peu à peu à son plus
haut degré d'intensité. Les malades réclament générale-
ment le repos, la solitude, le silence et l'obscurité. Mais
aucun de ces caractères n'est constant, ils varient avec les
individus, et l'on en peut dire autant de ceux qui annon-
cent la fin des accès dont la durée varie de deux à trente
heures et plus. La migraine, abandonnée à elle-même,
disparaît à certains âges pour reparaître quelquefois
plus tard.
NÉVRALGIES , NÉVRITE , MIGRAINE , ETC. 251
Caractères du Clou hystérique. On l'observe le plus
-
souvent dans l'hystérie, mais quelquefois séparément. Son
siége est à la tête dont il n'occupe jamais à la fois que
l'un des deux côtés ; il s'accompagne, comme la migraine,
de vomissements. La douleur est mobile, et ressemble à
celle qu'on éprouverait si un clou était enfoncé dans la
tête. Sa durée est variable.
Communément, dans ces affections, lorsqu'on veut les
traiter, on ne recherche point à remonter à la cause pri-
mitive des douleurs : elles sont localisées, on localise le
traitement.
Les magnétistes en usent comme les médecins : ils loca-
lisent leurs magnétisations , et souvent le succès vient
couronner leurs efforts. On doit admirer la confiance des
magnétistes dans l'efficacité de l'agent qu'ils emploient,
cette foi robuste qui les fait s'attaquer aux maladies rebelles
aux remèdes avec l'espoir de les vaincre. Cette foi est
essentielle en effet ; si elle n'est pas la science, elle peut se
vanter de faire souvent plus qu'elle : l'action de la foi est
mystique ; elle se sent mieux qu'elle ne s'explique. Diriger
un doigt sur un point douloureux et croire d'avance que
la douleur va fuir, cela peut paraître téméraire et est
bien propre à exciter le rire des médecins et des gens qui
ne croient point au magnétisme ; mais ces doigts reçoivent
une vertu qu'ils transmettent, le mal en est troublé bien-
tôt, il est comme frappé d'impuissance, sans que nul ait
pu voir l'agent qui est allé le sommer de s'arrêter. Pour
mieux me faire comprendre moi-même , il me faudrait
252 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
aborder l'étude des forces occultes et les facultés de l'âme
humaine, je ne le ferais peut-être pas sans nuire aux inté-
rêts de la cause queje défends : ceux qui ne me suivraient
point sur ce terrain par défaut d'études préliminaires me
prendraient sans doute pour un fou ou un visionnaire. Je
quitte avec regret cependant cette excursion dans le do-
maine de la foi, car des faits certains de la puissance
de cette disposition de l'esprit en vue d'une œuvre m'ont
frappé dès les premiers instants de ma carrière magné-
tique, et je dois avouer même que mes plus beaux succès
lui sont dus. J'ai remarqué qu'il arrivait souvent à
l'homme d'imprimer à sa pensée une direction invariable
qui devenait la régulatrice de sa conduite, et que les succès
dépendaient de l'énergique persistance et de l'inébranlable
confiance del'individu. Deux faits m'avaient surtout frappé,
les voici :
Un jeune gars d'une intelligence douteuse était repoussé
de toutes les jeunes filles de son village, parce que sa
misère égalait la pauvreté de son intelligence. Son père,
rusé paysan, se mit en tête de marier son fils avec une
riche héritière du canton. Son rêve qui paraissait insensé
devait cependant devenir une réalité. Il allait chaque jour
se placer en face de la maison qu'habitait la jeune fille, et
là, immobile comme s'il eût prié, il se disait mentalement :
«Mon fils épousera cette jeune fille, il le faut ; >>> et sa
pensée, perçant les murailles , allait implanter son idée
dans des cerveaux où le désir de cet homme eût paru
naguère une folie. Les choses s'arrangèrent bientôt cepen
NÉVRALGIES , NÉVRITE , MIGRAINE , ETC. 253
-
dant à la satisfaction du paysan , la fille riche épousa
le fils du pauvre.
-<< Je parset vais chercher fortune ; je sens que je la
ferai, » disait unjeune homme en quittant son village, et
en parlant ainsi il se frappait le front. Son instruction était
vulgaire, son avoir léger. En disant adieu à ses parents il
ajouta : « Vous voyez bien ce château? un jour je l'achè-
terai ; je serai le seigneur du lieu! » Et il embrassa ses
parents. Que devint-il? que fit-il? peu importe ; mais son
rêve ne le quitta jamais. Certes, on eût bien ri au château
de ce langage et de cette folle assurance, car tout y était
joyeux et le bonheur semblait y être alors fixé ; mais cela
fut de courte durée. La mort éclaircit bientôt les rangs de
la famille et l'intérêt vint semer la division parmi ses
membres jadis si unis. Le château dut être mis en vente.
En ce moment le rêveur, dont on n'avait pas eu de nou-
velles depuis son départ, retournait dans son village, il
venait, dit-il , à sa famille, acheter le château, et c'est ce
qu'il fit incontinent. Il avait, dira-t-on, travaillé sans
relâche en vue d'un seul but, et la fortune lui avait souri.
Cela est vrai, sans doute, mais ce n'est pas tout, sa foi
l'avait guidé.
La foi évoque des puissances inconnues et ces agents
bons ou mauvais nous prétent leur concours. Le mal peut
répondre comme le bien ; la nature l'a voulu ainsi et nous
ne comprenons point ses motifs. L'homme s'imagine qu'il
connaît ce qui régit les mondes : on peut sourire à l'aveu
de son savoir. Mais la vraie science se fera un jour ; on
254 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
pénétrera dans le domaine des causes et on sera tout sur-
pris d'y trouver, non la matière telle que nous la concevons,
mais des intelligences d'où nous sortons sans doute, car le
cordon ombilical qui nous lie à elles n'a jamais été rompu.
On peut lire dans l'histoire qu'un homme loin du
pouvoir suprême se dit : « Je régnerai. » Toutes les chances
étaient contre lui ; cependant il régna. Je n'en dirai pas
davantage.
Et lesmédecins nous prennent pour des insensés lorsque
nous voulons faire mieux qu'eux en suivant une autre
route ! Ils ne savent point la force d'une idée persistante.
Manquant de confiance en eux, ils n'en ont point non
plus dans la vertu des remèdes ; et n'étant point contrarié,
le principe du mal fait ce qu'il veut. Mais la foi, ne l'a pas
qui veut ; elle n'est point non plus permanente chez ceux
qu'elle illumine: à son défaut, le labeur parfois supplée.
C'est pourquoi il ne faut jamais désespérer à cause d'un
premier insuccès, mais poursuivre, au contraire ; l'agent
magnétique réduit à ses simples vertus est encore bien
supérieur aux remèdes, et nous allons continuer de démon-
trer son efficacité.
Traitement du Tic douloureux. - Le tic douloureux doit
s'attaquer de face, n'importe le point qu'il affecte. Il faut
présenter les doigts en pointe là où la douleur est la plus
intense, rester dans cette position quinze ou vingt minutes
et même plus. Les artistes qui mettent en œuvre les mé-
taux précieux se servent du chalumeau, et sa lumière bril-
lante et continue leur permet de fondre et de souder des
NÉVRALGIES , NÉVRITE , MIGRAINE , ETC. 255
métaux ensemble. Figurez-vous que vos doigts lancent un
feu aussi pénétrant, bien qu'il ne donne point de lumière,
vous serez étonné du résultat de cette pratique, la douleur
fuira. Un lord avait un tic grimacier et douloureux, il ne
pouvait sortir de chez lui sans se couvrir la face avec un
mouchoir. Tous les remèdes avaient échoué. Je le magné-
tisai selon la méthode que je viens d'indiquer ; la pre-
mière séance lui donna deux heures de repos, la seconde
magnétisation lui en donna quatre. A la troisième appli-
cation, il put monter à cheval sans souffrir aucunement.
Je le magnétisai cinq fois seulement. Il se crut guéri ;
peut-être l'était-il réellement, mais je ne le pensais point ;
- cependant je n'en entendis plus parler.
Une dame anglaise de grande distinction souffrait du
même mal , et chez elle les douleurs étaient tellement
atroces qu'elles ne peuvent se décrire; elles partaient
256 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
d'une profonde carie des os de la mâchoire. Le magné-
tisme fut appliqué avec succès, mais son action n'était
point durable ; il ne procurait que quelques heures de
repos. Quoique ce fût sans doute un grand bienfait, la
malade ne s'en contenta point; elle se fit opérer et mourut
bientôt des suites de l'opération .
Je n'ai pas besoin de citer d'autres faits pour justifier
de l'efficacité du magnétisme dans ces cas désespérés ;
nos Annales, d'ailleurs, ajouteront à ces exemples des
faits de même nature.
Traitement général des Névralgies.-Dans les affections
nerveuses , lorsque vous avez fait cesser la douleur, vous
avez fait beaucoup certainement ; mais ces maux avaient
une cause qu'il faut chercher à combattre. Ainsi, dans les
névralgies diverses, le tic douloureux, dans la névrite,
dans les migraines, dans le clou hystérique, il y a à coup
sûr des sécrétions supprimées à rétablir, des engorge-
ments à détruire ; les causes de ces maladies sont bien
souvent dans l'estomac ou les intestins, dans ces maté-
riaux grossiers qui auraient dû circuler , être extraits
dans le temps , ef qui , ne l'ayant pas été , ont été
absorbés et portés soit dans le torrent de la circulation,
soit dans les tissus. On ne les y aperçoit point ou il faut
une grande perspicacité pour cela, car la couleur de la
peau, la teinte du visage, l'odeur de l'haleine, le défaut
d'appétit , la démarche irrégulière , la gêne qu'on en
éprouve, tout atteste que le système nerveux n'est plus
libre dans son action, ou que, paraissant l'être, il a reçu
NÉVRALGIES , NÉVRITE , MIGRAINE , ETC. 257
lui aussi des atteintes. L'agent qui circule en lui est mé-
langé ; il échauffe, brûle, et si l'on n'a corrigé tout ce qui
est venu troubler l'équilibre, on s'expose à des récidives
de douleur. Il faut donc que les magnétistes, après leur
premier succès, portent leur attention sur les intestins ,
qu'ils y appliquent les mains et qu'ils cherchent à obtenir
ces crises salutaires dont nous avons déjà parlé, et sur
lesquelles encore nous reviendrons bientôt : ce sont elles
qui guérissent véritablement et qui assurent la durée de la
santé. Les remèdes pharmaceutiques sont impuissants
contre ces affections; tous ont été essayés, et les médecins
ont une expression bien rustique pour peindre l'existence
souffreteuse de ces pauvres malades , ils les appellent
vaches à lait de la médecine. C'est qu'ils n'arrivent point à
extraire le poison fourni par les intestins qui s'est introduit
dans le sang, et qu'ils ne peuvent empêcher ces vapeurs
qui viennent du grand égout de monter au cerveau comme
si la tête était devenue un tétard d'alambic. Aussi voyez
ce que produit le magnétisme bien appliqué : il produit
des sueurs, des garde-robes souvent en quantité ; il fait
plus parfois, il allume une sorte d'incendie, les malades
éprouvent une chaleur considérable ; une combustion véri-
table s'opère sans flamme apparente, des huiles volatiles
brûlent , et la nature détruit ainsi ce qu'elle ne peut
extraire autrement.
Que cela soit un guide pour ceux qui cherchent à gué-
rir par des procédés magnétiques ; qu'ils ne craignent
point d'exciter le système nerveux et de rendre l'action
17
258 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
magnétique générale. S'ils ne voient point se produire
chez le malade quelques-uns des phénomènes queje viens
de décrire, leur magnétisation n'aura été qu'un palliatif.
On doit chercher à remuer ce qui est en repos, à pro-
duire le mouvement du sang et des humeurs, afin que la
nature passe tout à son crible ou à ses fourneaux. Peut-
être ne serai-je point compris actuellement, mais un jour
on dira que je connaissais bien mon art.
Ne vous occupez point des extrémités inférieures ;
magnétisez tout le tronc. Si le sommeil vient, ne vous
en occupez point, à moins que ce sommeil ne soit lucide,
mais continuez de magnétiser tantôt le ventre ou l'es-
tomac. Appliquez vos mains sur les hypocondres , et
aussitôt que vous aurez reconnu la voie d'expulsion que la
nature aura choisie, secondez-la en dirigeant de ce côté
vos émissions magnétiques ; puis vers la fin de votre opé-
ration , faites sortir par des passes générales le calorique
humain surabondant qui se sera accumulé au cerveau .
La durée de ces traitements ne peut être indiquée, elle
dépend de beaucoup de causes morales ou physiques va-
riables à l'infini ; mais lorsque vous apercevez une sorte
de répulsion du malade pour les soins que vous lui prodi-
guez, la nature est satisfaite, cessez votre traitement. J'ai
vu ainsi des malades continuer d'aller très-bien et guérir
même complétement, quoique j'eusse jugé que le magné-
tisme fût encore nécessaire.
ALIÉNATION MENTALE. 259
ALIÉNATION MENTALE (FOLIE).
Caractères de la Folie. -
Elle est caractérisée par le
désordre chronique de l'intelligence, elle s'appelle alors
Manie; si le désordre est partiel c'est la Monomanie ;
congénial , c'est l'Idiotie ; accidentel, c'est la Démence.
Les animaux sont rarement atteints de folie ; l'homme
en est toujours menacé. Quelques médecins ont prétendu
que plus il se civilisait, plus il devenait susceptible de
dérangement des facultés mentales ; en sorte que ce qui
élève l'homme, le développe davantage, serait pour lui la
cause la plus prochaine de ses tourments et de sa dégra-
dation. Par conséquent, l'homme de génie serait con-
stamment plus ou moins atteint de folie ; aussi, selon ces
physiologistes, Socrate était un fou ; Galilée,un fou ; Jésus,
un fou, etc. Se pouvait-il paradoxe plus étrange? Est-ce
donc que la sagesse n'aurait de raison d'être qu'entre le
génie et l'ignorance ?... Quelle belle chose ce doit être que
cette science physiologique qui sert à étayer de telles
thèses!
La folie se produit le plus communément par le dépla-
cement lent ou rapide d'agents fluidiques qui, attirés vers
le cerveau par une cause externe ou interne, car les idées,
260 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
quoique n'étant pas matière, sont aussi des forces, en mo-
difient la substance et troublent ainsi l'entendement.
On guérit peu de fous, et dans les cas de guérison les
rechutes sont à redouter, tant les racines du mal sont ca-
chées et difficiles à atteindre.
Nous n'essayerons pas de rechercher ni de décrire les
causes de la folie ; ce travail occuperait une trop grande
place dans notre volume. Il y a des folies qui résultent de
la constitution physique de l'être ; d'autres qui viennent
de son moral ; d'autres qui sont la conséquence d'excès ,
de débauches, de la surexcitation des passions. Il en est
de fatales , comme par exemple, celles qui viennent de
ce qu'une âme trop forte est logée dans un corps trop fai-
ble. Tous les fous ne sont pas dangereux : il est d'inno-
centes folies qui se font facilement supporter, mais on doit
toujours craindre, car le calme apparent peut en un ins-
tant être remplacé par la fureur .
Quel que soit le genre de folie confirmée, la médecine est
impuissante ; le magnétisme seul, employé au début, peut
rendre d'éminents services en raison même de sa nature.
Traitement de la Folie. -
En général , les fous ne
veulent pas se laisser magnétiser. Quelque tentative qu'on
fasse, la plupart montrent une opiniâtreté presque invin-
cible. Ils se trouvent, d'ailleurs, dans une situation où les
conditions pour agir efficacement sont mauvaises. Si l'on
pouvait les magnétiser pendant leur sommeil, les prendre
dans le calme, on leur ferait certainement beaucoup de
bien ; mais leur activité presque toujours fébrile laisse peu
ALIÉNATION MENTALE. 261
de prise au magnétiseur : il n'est pas monté au même ton ,
tant s'en faut, il est relativement plus faible. Cependant ,
les livres écrits sur le magnétisme contiennent quelques cas
de guérisons obtenués à la suite de crises affreuses, par
une patience à toute épreuve, un dévouement sans bornes .
Pour moi, je n'ai pu que faire cesser des folies acciden-
telles , des délires dont les racines n'étaient pas profondes ;
il est vrai que je n'ai jamais recherché ces traitements, je
les ai fuis plutôt, car cette dégradation morale affligeait
trop vivement mon esprit.
Les folies furieuses, qui sont quelquefois la suite de la
grossesse, de couches, du sevrage, de la première appa-
rition tardive des menstrues ou de leur suppression, sont
traitées avantageusement par le magnétisme. Il en est de
même dans certains cas de folie furieuse qu'on voit appa-
raître dans quelques fièvres. Des passes longitudinales
faites de la tête aux pieds donneront à coup sûr issue aux
vapeurs que la fièvre a fait monter vers le cerveau, et ren-
dront celle-ci simple à traiter, car dans ce cas le délire et
la folie ne sont que des accidents secondaires ou sympa-
thiques.
262 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
DÉLIRE, DELIRIUM TREMENS (FOLIE DES IVROGNES).
Il n'est pas besoin de donner les caractères de la pre-
mière affection.
Caractères du Delirium tremens . -
Cette affection est
toujours le résultat de l'abus des boissons fortes ; elle en-
traîne le désordre de l'intelligence, le tremblement des
membres , l'insomnie et l'embarras de la prononciation.
Sa durée est variable ; mais il est bien rare qu'elle ait
une terminaison fâcheuse.
Dans beaucoup de maladies aiguës, le délire se montre,
complique les désordres et vient embarrasser les méde-
cins; - le délire est toujours une chose très-grave, parce
qu'il témoigne du travail profond et violent qui se fait dans
l'organisation des malades. La cause du délire peut exister
loin du cerveau.
Dans les fièvres typhoïdes (anciennes fièvres perni-
cieuses) , dans les inflammations d'estomac, etc. , où l'on
voit souvent le délire se manifester, le magnétisme en a
bientôt raison, parce qu'il n'est là qu'un accident secon-
daire. On en acquiert bientôt la preuve en le voyant rapi-
dement disparaître sous l'influence de l'action magnéti-
que. Ce résultat est si instantané parfois, qu'il semble tenir
du prodige ; mais le magnétiseur qui comprend est loin de
ALIÉNATION MENTALE. 263
s'abuser, il sait qu'il n'a détruit qu'un effet de la maladie
principale. Combien néanmoins le résultat est heureux, et
quel avantage le médecin éclairé pourrait retirer de l'appli-
cation du magnétisme ! Il saurait immédiatement, par la
disparitiondes symptômes secondaires, consécutifs , quel est
l'unique foyer du mal. Plus tard, d'ailleurs, le même agent,
poursuivant jusque dans le dernier refuge qu'il vient de
dévoiler la cause de tous les désordres précédents , luttera
avec elle et luttera victorieusement .
Traitement du Délire et du Delirium tremens . -
Pour
agir sur l'être délirant, il faut faire des passes longitudi-
nales. Que les mouvements soient rapides : on ne doît
point s'arrêter sur le cerveau, mais seulement passer les
mains devant. Quand on a ainsi appliqué le magnétisme
pendant vingt ou vingt-cinq minutes, il faut, si l'on peut ,
faire des frictions magnétiques sur les membres et le tronc ;
je dis frictions magnétiques, car le toucher doit être ac-
compagné de la volonté de magnétiser et du désir de faire
du bien.
Pour compléter ce que je dis du traitement du délire ,
je vais rappeler un cas que j'ai signalé déjà dans mon ou-
vrage : LE MAGNÉTISME OPPOSÉ A LA MÉDECINE .
A Reims, qui fut la première ville par laquelle je com-
mençai mes pérégrinations pour la propagande magnéti-
que, plusieurs médecins vinrent me prier de faire pour eux
un cours de magnétisme à l'hôpital .
« Le premier sujet que l'on me donna à magnétiser fut
une jeune fille qui, depuis trois ou quatre mois, était dans
264 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
un état de délire nerveux, avec des accès qui se répétaient
quelquefois cinquante ou soixante fois dans un jour. Pen-
dant ses accès, elle chantait, criait, hurlait, apostrophait
l'une après l'autre les malades de l'hôpital, et troublait
ainsi nuit et jour ce lieu déjà si rempli de douleurs.
» La première séance n'offrit rien de remarquable. Le
second jour, rien de sensible encore : la malade cherchait
à me donner des coups de pieds et à me cracher à la
figure.
»
La troisième séance touchait presque à sa fin, qu'au-
cun symptôme de l'action magnétique ne s'était encore
fait apercevoir. N'attendant plus rien ce jour-là, j'allais
renvoyer au lendemain la suite de l'épreuve , lorsque tout
à coup la jeune fille s'affaisse et tombe dans le somnam-
bulisme le plus profond. Plus de sensibilité, plus d'audi-
tion, plus de vision, quoique les yeux fussent ouverts ; ce
corps vivait par moi et pour moi seul. Trois semaines
plus tard, elle sortait de l'hôpital en pleine convalescence.
L'un de mes élèves, négociant honorable, la recueillit à sa
campagne et acheva son traitement. )
Cet exemple peut servir d'instruction aux impatients.
La nature ne cède pas toujours instantanément à nos solli-
citations ; il faut savoir attendre.
HYPOCONDRIE , ILLUSIONS , HALLUCINATIONS . 265
HYPOCONDRIE , ILLUSIONS , HALLUCINATIONS.
Caractères de l'Hypocondrie. - C'est le premier degré
des affections qui par l'illusion,les hallucinations, condui-
sent à la folie ; mais fort heureusement il n'en est pas tou-
jours ainsi, tant s'en faut. L'hypocondriaque accuse des
maux dont rien ne témoigne l'existence en lui, craint outre
mesure ceux qui peuvent survenir, ou s'exagère la gravité
de ceux qu'il éprouve. La sensibilité devient d'une délica-
tesse , d'une finesse extrême, et donne lieu à de nouveaux
tourments ; l'action des sens, l'intelligence, tout est exalté,
comme en fermentation, et sollicite constamment l'atten-
tion du malade. L'hypocondrie n'entraîne bien souvent
qu'un trouble léger et momentané de la sensibilité et de
l'intelligence , mais il peut devenir profond au point d'in-
fluencer toutes les fonctions organiques, et c'est ce qui
explique cette variété de souffrances dont se plaignent
parfois les hypocondriaques.
Caractères des Illusions. -
Les illusions sont le résul-
tat du trouble ou dela perversion des sens qui induisent le
jugement en erreur sur les qualités, la forme, l'importance
des signes sensibles soumis à son appréciation : il y a les
illusions de l'ouïe, de la vue, du toucher, de l'odorat et du
266 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
goût, et celles de la sensibilité générale externe ou interne.
Caractères des Hallucinations. -
Les hallucinations ré-
sultent de perceptions de signes qui n'ont aucune réalité
apparente et que l'on suppose être des créations du cer-
veau. Comme dans les illusions, tous les sens et la sensibi-
lité générale peuvent être affectés. Ces deux affections
peuvent même exister concurremment.
Il est difficile de pénétrer la nature de ces affections.
Les médecins y ont échoué et il devait en être ainsi. Quand
un trouble existe dans les idées et qu'aucun agent chimique
ou physique ne l'a point déterminé, il faut, pour le com-
prendre, pénétrerjusque dans le sanctuaire de la vie et voir
l'effet produit par une simple parole, par une idée, par une
image. Comment ce qui paraît n'être rien s'incarne-t-il en
nous et y domine-t-il au point d'influencer notre raison
en troublantnotre entendement ? Presque toutes les hallu-
cinations ontune origine intellectuelle, c'est-à-dire qu'elles
résultent de l'action exercée sur nous par la parole d'au-
trui, par des lectures, et par le travail qui s'est opéré dans
notre cerveau pour le classement des impressions éprou-
vées. On voit de suite où nous conduiraient ces recherches,
à nous halluciner nous-mêmes ; car l'œil humain n'est
point fait pourpercevoir ce qui n'estpointmatériel. Mettant
de côté tout ce qui se rapporte aux hallucinations signalées
par les médecins dans ce qu'ils ont observé touchant les faits
produits par l'opium, le haschisch, etc.... , nous allons
examiner comment et pourquoi le magnétisme et le
spiritualisme ont pu déterminer sur bon nombre d'indi
HYPOCONDRIE , ILLUSIONS , HALLUCINATIONS. 267
vidus des plus intelligents des hallucinations dont le
caractère se rapporte à ce que nous avons dit plus haut,
c'est-à-dire que ces hallucinations ont pour origine une
cause purement intellectuelle, identique à celle qui est dé-
terminée quelquefois par l'enseignement des doctrines
religieuses. Tout magnétiste sait que pour peu qu'un indi-
vidu se soit montré sensible au magnétisme, il est facile de
produire en lui des impressions, il est facile d'implanter
dans son cerveau tout un monde fantastique, que le magné-
tisé croira véritable sans qu'on puisse, pendant quelques
instants, le détromper, ni lui faire comprendre que ce
qu'il a aperçu n'était qu'imaginaire : l'on y arrive parfai-
tement néanmoins ; l'action magnétique cessant, les per-
ceptions s'effacent comme celles qui ont lieu dans les rêves.
Dans la veille, nous créons en nous-mêmes des images
que nous distinguons difficilement de celles qui nous
viennent du monde extérieur : ce qu'on appelle l'imagi-
nation s'empare de ces créations, les grossit et leur donne
une apparence de réalité à laquelle nous finissons par
croire, et il est bien rare qu'on parvienne à nous détrom-
per et à nous rappeler à la réalité. C'est pourquoi nous
voyons souvent le mélange de la persistance de la raison
et de l'exercice d'un jugement sain pour une série des
actes de la vie, tandis que le reste ne présente plus qu'une
sophistication malsaine sur laquelle la raison d'autrui ni
les médicaments n'ont aucun empire. On a vu des hallu-
cinés retrouver leur raison pour toute chose par la propre
force de leur entendement.
268 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Un homme extrêmement instruit, avec lequel je con-
versais souvent, s'arrêta un jour tout à coup et me dit
d'un air convaincu : «N'apercevez-vous pas à quatre pas
de moi le diable qui me jette des poignées d'araignées ? »
Je ne cherchai point à le contredire, j'aurais échoué dans
ma tentative.
Un autre homme, j'en connais plusieurs de cette sorte
tous également instruits, s'imagine qu'un craquement de
meuble ou le bruit que produit le bois d'un panneau par
l'effet du resserrement ou de la dilatation de ses tissus, est
produit par un Esprit qui lui donne, n'importe où il se
trouve, une approbation ou un avertissement. On perdrait
son temps à le contredire.
Un autre encore, assez capable, croit que Jésus lui
parle constamment; il s'agenouille, prie et sermonne. On
ne le tirerait point de l'erreur dans laquelle il est plongé.
J'en ai connu une centaine d'autres qui se croyaient
magnétisés ou électrisés à distance. Ils souffraient beau-
coup de cette croyance imaginaire, car on ne s'occupait
point d'eux .
Mais je n'en finirais pas si je voulais décrire tous les
genres d'illusion et d'hallucination que j'ai constatés. De-
puis l'enfant jusqu'au vieillard, tous ont une tocade. Dieu
la leur a donnée sans doute pour qu'il n'y ait point uni-
formité et monotonie. Peut-être moi-même n'en suis-je
point exempt ; cela ne m'a pas empêché, pendant près d'un
demi-siècle, de combattre pour soutenir une vérité dont
sans raison les savants ne voulaient point, parce qu'ils
HYPOCONDRIE , ILLUSIONS, HALLUCINATIONS. 269
avaient sans doute une hallucination commune à l'endroit
de cette vérité.
L'hypocondrie , les illusions , les hallucinations sont
des affections sœurs et ne sont qu'une folie mitigée, adou-
cie ; c'est pourquoi on peut avoir l'espoir de guérir, non
pas tous ceux qui en sont affectés, mais quelques-uns
d'entre eux. Lorsque tout à l'heure nous nous occuperons
des maladies dont le siége est dans l'abdomen, nous mon-
trerons que plusieurs affections morales de cette espèce
viennent évidemment du tube intestinal, du foie, de l'es-
tomac, enfin d'une foule de sécrétions supprimées ou seu-
lement diminuées; il n'en faut pas davantage pour amener
des désordres considérables dans l'état moral et porter au
suicide. Pour opérer des guérisons surprenantes d'affec-
tions morales de cette nature, il faut s'attaquer à la cause
première des désordres, rétablir les fonctions des organes.
Le magnétisme montrera là sa puissance. Où tous les
remèdes auront échoué, il produira des crises nécessaires
et inattendues, il changera ainsi ou modifiera la constitution
et fera tout rentrer dans la loi primitive qui est la santé
et l'harmonie des fonctions.
Mais pour bien comprendre les déviations à cette loi, il
faudrait avoir le type primitif sous les yeux et suivre l'es-
prit dans les transmutations qu'il fait de la matière ; il
faudrait savoir si les matériaux de son édifice qu'il puise
en nous d'abord, hors de nous ensuite, et en lui-même, si
ces matériaux sont convenables et sains. L'édifice humain
se construit selon les vues d'un architecte divin, ses plans
270 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
sont exacts, ses calculs certains, mais le reste appartient à
celui qui exécute les dessins, et il n'a pas toujours ce qu'il
lui faut pour édifier. D'abord le moule peut être altéré,
empoisonné, et c'est avec cette sophistication qu'il com-
mence à bâtir; le milieu même où il se trouve peut être
défavorable et vicié, tout ce qui lui viendra ensuite peut
être trop riche ou trop pauvre en matériaux nutritifs ; pour
cette besogne qui ne s'interrompt point, il ne peut prendre
ailleurs que dans ses magasins ce qui doit consolider ses
premières assises. Nous n'avonsfait qu'indiquer les causes
premières et bien éloignées des maladies, causes qui se
manifestent par le gonflement, la croissance exagérée de
certains organes, par l'amoindrissement et le peu de déve-
loppement de certains autres ; la nature redresse autant
qu'il dépend d'elle toutes ses déviations ; elle cherche
constamment à faire tout rentrer dans la loi primitive,
mais trop souvent elle ne peut y parvenir; aveugles que
nous sommes, nous la forçons à abandonner son travail.
On redresse une branche d'arbre, un bras, une jambe,
mais redresser un esprit ne peut se faire de la même ma-
nière, et les remèdes sont impuissants. Un esprit seul peut
agir sur un esprit, une âme forte sur une âme faible ; mais
un grand nombre d'hallucinés opposent une force morale
très-grande. Vous n'avez de succès à espérer que dans
quelques cas où les humeurs ont dérangé ou altéré les
rouages de la machine humaine et par là troublé l'entende-
ment, comme vous l'apercevrez toujours dans l'hypocon-
drie. Là, si vous cherchez bien, peut-être trouverez-vous
HYPOCONDRIE, ILLUSIONS , HALLUCINATIONS. 271
la cause du mal ; si le système nerveux était seul affecté,
le magnétisme ne pourrait déterminer des déjections, des
vomissements même comme il en produit souvent. Les
médecins ne prêtent point assez d'attention à la couleur de
la peau des malades, son tissu est souvent rempli par des
matériaux qui n'ont pu sortir ; il suffit qu'une fonction
s'arrête ou diminne son travail de chaque instant pour
que le malaise se manifeste ennous. On a rarement con-
naissance des petites altérations, et ce sont elles qui amè-
nent les grands désordres. J'ai vu l'hypocondrie céder après
de nombreuses évacuations produites par la magnétisation,
et lapeau prendre une autre teinte. Lesmédecins tirent sou-
vent un grand parti des purgatifs, mais ceux-ci n'ont d'ac-
tion que sur les intestins; le magnétisme agit généralement,
et les matériaux qui étaient sortis de leur voie naturelle
d'expulsion y reviennent par des routes différentes ; vous
avez l'indice du travail qui s'opère chez le malade par la
chaleur que vous développez, par l'augmentation du pouls.
Souvent les malades, pendant l'opération magnétique,
aspirent fréquemment, il semble qu'ils sentent que l'élec-
tricité de l'air leur soit nécessaire, ils baillent fréquem-
ment, ce n'est point que l'ennui les domine, mais la nature
a besoin de cette masse d'air pour en tirer des élé-
ments d'activité.
Les causes de cette maladie,je parle de l'hypocondrie,
sont souvent dans le régime alimentaire, dans les habi-
tudes des malades ; on en a vu guérir par le changement de
lieu et de régime. Comme on le voit, il est bien difficile
272 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
d'exercer la médecine avec succès, les malades en font la
triste épreuve. Ceux de la catégorie désignée plus haut se
plaignent sans cesse sans qu'il soit possible d'apercevoir la
cause de leurs maux ; cependant jamais, je le crois, un être
humain ne se plaint sans qu'il ne sente en lui un trouble
plus ou moins grand : l'homme en parfaite santé ne se
plaint point. Ondit au malade : «Votre mal est imaginaire ,
vos organes sont sains, vous n'avez rien, tandis que le
malade dans son intérieur, entend une voix plus convain-
cante qui ne cesse de lui dire : « Veille sur toi, cherche
un remède ; » mais communément le remède ne se trouve
point. Un de mes tourments a été mon insuffisance, mon
manque de lumières dans beaucoup de cas. Réfléchissant
sur l'art de la médecine, j'en ai souvent déploré l'inanité,
et c'est surtout dans les maux qui agissent sur le moral
que l'on aperçoit les difficultés que rencontre la médecine
des écoles. Le magnétisme a cet avantage qu'il n'aug-
mente point le trouble existant ; c'est pourquoi il doit être
employé.
Ah! je soupçonne que le magnétisme donnera naissance
à un art magnifique, qu'il sortira de lui une science pro-
fonde; je n'en veux pour preuve que les lumières fournies
par le somnambulisme et le magnifique travail que le
magnétisme ne fait pas seulement soupçonner en nous,
mais qu'il nous laisse voir lorsque nous voulons bien l'exa-
miner. Sublime étude qui passionne et ravit l'amant de la
vérité ! Ah ! n'allez pas chercher la science vraie dans vos
écoles de médecine, elle n'y est pas ; n'étudiez pas la na
HYPOCONDRIE , ILLUSIONS , HALLUCINATIONS. 273
ture dans les livres écrits à son sujet, vous ne la compren-
drez pas, mais considérez attentivement les opérations de
l'esprit qui vous constitue et vous aurez d'autres idées sur
la création ! Jusqu'ici vous n'avez vu que la matière, peut-
être verrez-vous celui qui la divise, la pétrit, la transmue
et la vivifie. Mais j'entre dans le domaine de la philo-
sophie ; qu'y ferais-je, moi qui n'ai fait qu'entrevoir les
sublimes ouvrages de Dieu ? ... Je reviens au parti que
vous pouvez tirer du magnétisme pour soulager vos maux.
Mes indications seront certaines et reposeront sur des
données fournies par l'expérience ; là je ne puis me trom-
per, les résultats du magnétisme sont tellement évidents
que l'esprit le plus borné doit en être frappé.
Traitement de l'Hypocondrie. — Il faut s'attendre à
un long labeur, le travail d'épuration ne se fait que très-
lentement. Il faut d'abord magnétiser généralement et
avec énergie ; une molle magnétisation ne ferait rien. Après
quelques applications, vous vous assurerez si les urines sont
plus chargées que d'habitude, vous verrez si la peau est
plus humide, vous vous informerez s'il y a eu plus de garde-
robes que de coutume, ou des différences dans les heures
de sommeil , toutes choses qui sont l'indice d'une action
positive; car, nous l'avons dit déjà, il est bien rare qu'une
maladie se guérisse à petit bruit, sans qu'on aperçoive des
résultats matériels produits par le magnétisme. Je suis si
convaincu de cela que je ne crois au rétablissement d'un
malade, à sa cure complète, que lorsque j'ai aperçu et
constaté des sécrétions particulières et différentes de celles
18
274 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
qui avaient lieu ordinairement. Quand un organe sécré-
teur commence sous vos mains à fonctionner, activez-le,
ne craignez rien ; vous pourrez toujours, en ralentissant
votre action magnétique, diminuer son activité si elle vous
paraît devenir exagérée, la nature n'obéissant qu'à vos im-
pulsions. Le malade doit graduellement, par suite, voir la
diminution de ce qui l'opprime. Vous ne devez ni chercher
le sommeil magnétique, ni des excitations nerveuses ; mais
vous devez vous borner simplement à une magnétisation
de chaque jour pendant 30 ou 40 minutes, jusqu'à parfait
rétablissement.
Traitement des Illusions et des Hallucinations . -
Con-
tredire les hallucinés, ce n'est pas le moyen d'obtenir quel-
que succès ; ils ont réponse à tout et vous ne pourrez les
convaincre. Il faut entrer doucement dans leurs idées, les
plaindre, et ils vous écouteront. J'ai guéri quelques-uns de
ces malheureux, qui se croyaient ensorcelés ou qui enten-
daient des voix, en entrant pour un instant dans leurs idées
et en les magnétisant à la base du crâne. J'ai obtenu ainsi
parfois des secousses, comme les produirait une machine
électrique, après lesquelles ils accusaient un grand sou-
lagement : les voix cessaient de se faire entendre, et les
malades rentrant dans leur vie normale, se croyaient débar-
rassés à tout jamais de leurs tourments ; mais il n'en était
pas toujours ainsi, leur mémoire trop fidèle à d'anciennes
impressions, devenait la cause de la reproduction des
mêmes symptômes.
D'un air, d'un chant que nous avons entendu, nous ré-
HYPOCONDRIE, ILLUSIONS, HALLUCINATIONS. 275
pétons souvent sans le vouloir le rhythme et les paroles ;
l'halluciné se trouve dans une condition à peu près sem-
blable : ses sensations sont fausses, mais sa mémoire agit,
et il est biendifficile de détruire son empire. Là est la
source des difficultés de ces traitements. Nous n'avons point
la ressource de l'eau du Léthé; bien que le magnétisme
assoupisse, émousse les excitations trop vives, il nous faut
un temps assez long pour détruire leur effet.
Un fait singulier a appelé toute notre attention et nous
a porté à réfléchir ; il est si curieux que nous ne pouvons
nous empêcher de le décrire, le voici : Un jeune homme
très-épris , amoureux jusqu'au délire, se voyant refuser
l'objet de son amour par des parents intraitables , résolut
de mourir. Après une dernière tentative pour obtenir la
main de celle qu'il adorait et un nouveau refus, il alla se
précipiter dans la Seine, d'où il ne fut retiré qne par
miracle. Transporté chez lui, il fut bientôt remis. Sur la
nouvelle qu'ils eurent de ce qui s'était passé, les parents
consentirent au mariage. On vint annoncer cet heureux
changement au jeune homme, qui, se redressant avec
fierté, au lieu d'accueillir le messager avec empressement,
répondit : « Je n'en veux plus, je n'ai plus d'amour, je suis
guéri ; » et en effet il l'était véritablement : une chute
violente, l'immersion dans l'eau, avaient produit un choc
dont l'effet avait déterminéson changementd'idées.
Serait-il si difficile à croire maintenant que par des
secousses magnétiques, le même phénomène ne puisse se
produire? Il s'agit seulement de les obtenir. Mais il est
276 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
bien rare qu'un halluciné soit passif pendant votre opé-
ration ; son esprit travaille, son idée fixe détruit votre
action ou vous empêche d'agir. Il cesse d'être dans les
conditions de celui qui attend ou espère la santé; l'énergie
morale, par cela seul qu'elle est dirigée en vue d'un seul
objet, domine l'action magnétique d'autrui. C'est pour-
quoi il est difficile de réussir, à moins de les magné-
tiser dans le sommeil, ce qui présente des difficultés insur-
montables.
ASTHÉNIE.
Caractères de l'Asthénie. - Langueur générale, diges-
tion difficile , appétit nul , constipation ou diarrhée , cir-
culation gênée , palpitations , transpiration extrêmement
facile. Le malade ne peut supporter les températures ex-
trêmes ; l'exercice même léger fait naître un mouvement
fiévreux qui disparaît ordinairement avec le repos. L'as-
thénie se montre isolément ou comme complication d'au-
tres maladies. Elle est le produit d'excès prolongés ou de
l'appauvrissement du sang.
Traitement. -
La puissance nerveuse manque dans ces
cas , l'organisation fléchit. Le magnétisme peut être em
ASTHÉNIE . 277
ployé avec succès, mais j'ai remarqué qu'on obtenait de
meilleurs résultats par des magnétisations locales que par
une action générale. Dans ce dernier cas l'agent glisse et
disparaît sans se souder aux forces restant dans le corps
du malade, tandis que l'application des mains sur différentes
régions, comme le ventre, la poitrine et l'estomac, le fait
s'incorporer et y jouer un rôle actif. On doit laisser les
mains plusieurs minutes de suite fixées comme un topique
sur les parties du corps désignées, puis choisir d'autres ré-
gions et revenir ensuite aux premiers endroits actionnés.
Il n'est jamais nécessaire ici de démagnétiser le malade, et
l'on ne doit jamais craindre de trop magnétiser ; il n'est pas
nécessaire de chercher le sommeil, il viendra de lui-même
avec la richesse vitale renaissante. C'est là une véritable
transfusion de vie bien préférable à celle du sang, tentée
dans divers cas, sans succès. Le sang d'autrui ne peut
porter dans les organes du malade que des germes nou-
veaux plus dangereux souvent que ceux qui y existent, et
tout conseillerait aux médecins de discontinuer leurs essais.
La vie seule peut donner la vie, et elle ne se trouve point
dans les drogues, celles-ci n'agissant qu'en produisant
l'aversion, l'énergie des tissus est indispensable pour que
la réaction qu'elles sollicitent soit possible. Quand nature
ne veut, médecin ne peut.
278 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
AFFECTIONS DE L'ABDOMEN .
C'est dans le tube intestinal que les maladies les plus
opiniâtres et les plus dangereuses prennent naissance, ce
sont aussi les plus difficiles à traiter. Parmi les charlatans
de tous les temps et de tous les pays, ceux qui ont eu le
plus de réputation et gagné les plus grandes fortunes ont
été les inventeurs de compositions purgatives où il entrait
de violents drastiques, tels que le jalap, l'aloès, la scam-
monée, quelque peu d'émétique et d'autres ingrédients
dont le secret leur appartenait ; aujourd'hui même, toutes
les officines sont remplies de pilules composées pour
agir sur les instestins, de manière à provoquer des garde-
robes en stimulant les tissus, en les contractant et les con-
vulsant. On a senti l'avantage qu'il y avait à nettoyer ,
purger cet égout des matières qui ne cessent de s'y
accumuler et qui l'engorgent. Les purgatifs sont donc
un des moyens de la médecine les plus efficaces pour guérir
certaines maladies et pour diminuer plus généralement la
gravité d'une foule de désordres.
L'appareil digestif a besoin, pour quela santé ne s'altère
point, de fonctionner régulièrement ; il a besoin que les
matériaux de la digestion et de la nutrition s'écoulent et
se renouvellent sans cesse, de peur que, par leur séjour
AFFECTIONS DE L'ABDOMEN. 279
trop prolongé dans une partie, ils ne s'altèrent et ne
communiquent des produits altérés aux autres organes.
La vie ne s'entretient que par le produit des digestions ,
que par une élaboration constante, une sorte de distillation
au moyen de laquelle la nature extrait ce qu'il y a de plus
pur dans ce qui est sans cesse versé dans ce laboratoire
mystérieux. Ayant besoin constamment de réparer l'édifice
dont la dégradation est également constante, la naturedoit,
pour maintenir l'équilibre entre les pièces qui composent le
mécanisme , remplacer les molécules impures qui se déta-
chent par d'autres molécules propres à combler le vide ;
elle ne peut prendre au dehors ce qui ne s'y trouve point,
car c'est du dedans seul qu'elle doit tirer ce qui constitue
et entretient la vie.
Si les fonctions sont troublées, les produits en seront
nécessairement altérés , une sorte de malaise commencera
immédiatement, et l'infection des tissus ne manquera pas
d'avoir lieu ; si cet état continue, il donnera lieu à de
véritables maladies, à des migraines ; il disposera à l'apo-
plexie, à l'hypocondrie , à la mélancolie , à des douleurs
sourdes, enfin à une foule de malaises qu'il serait trop
long d'énumérer.
Mais l'action des purgatifs ne combat que quelques dé-
rangements , et s'ils vident l'intestin, ils ne le guérissent
point, s'il est lui-même malade, parce qu'ils sont bornés
dans leurs effets et qu'ils n'agissent presque que mécani-
quement. Aussi voyons-nous ceux qui commencent à en
faire usage, forcés d'y revenir sans cesse ; c'est un besoin
280 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
d'autant plus impérieux , qu'avec leur concours les or-
ganes deviennent paresseux et que la nature s'habitue à
cet auxiliaire. La méthode des purgatifs a sans doute son
utilité, mais elle se borne à vider l'intestin.
Je n'entre ici dans le domaine de la médecine purgeante
que pour rendre hommage à ce qu'elle a de plus certain
etdemoins faillible. Dans une infinité d'engorgements d'in-
testins , nous n'avons pas besoin d'avoir recours à des mé-
dicaments pour détruire et pour chasser ce qui opprime les
forces et les vicie; le magnétisme fait son office sans tuer
la sensibilité de l'intestin, mais au contraire en la ravi-
vant ; il ne purge pas seulement , car, agissant comme
force médicatrice, il répare en même temps l'altération
des tissus, ce que les médicaments ne sauraient faire. Un
des premiers bienfaits du magnétisme est donc de provo-
quer des évacuations lorsqu'elles sont nécessaires , et dans
ce cas elles sont si nombreuses, qu'il est difficile de croire
que tous les matériaux ainsi expulsés puissent venir de
l'intestin ; il semble que la nature se soit complu à aller
rechercher , reprendre toute la matière impure qui avait
été absorbée et portée dans les tissus. C'est ainsi que
nous avons vu rejeter des matériaux de diverses couleurs
et de consistances huileuse, glaireuse, dure et compacte ,
quelquefois même plâtreuse , sablonneuse ; d'autres fois, les
matières étaient mêlées de sang noir , ou étaient simple-
ment liquides et transparentes ; quelques-unes de ces déjec-
tions rendaientune odeur infecte, comme si elles eussent sé-
journé sur des tissus décomposés, ou fussent venuesd'abcès.
AFFECTIONS DE L'ABDOMEN . 281
La nature est donc plus savante que tous les médecins ;
ses combinaisons sont différentes et les résultats qu'elle
obtient ne peuvent être comparés.
Que demande-t-elle pour agir, cette nature inconnue,
pour pourvoir aux besoins du corps ? Rien qu'une addition
de puissance dans les parties qui souffrent. Il est remar-
quable que le magnétisme active, renforce les fonctions des
émonctoires, qu'il les rappelle à leur devoir en les sollici-
tant, en les stimulant d'une manière simple et naturelle.
C'est donc un fait acquis à notre science que la production
d'évacuations sans qu'il soit besoin d'avoir recours à tout
autre auxiliaire; aussi voyons-nous presque dans toutes les
maladies , je ne sais pas même si l'on peut en excepter une
seule , aussi voyons-nous, dis-je, seproduire ces sortes d'éva-
cuations, précédées ou suivies d'un changement de cou-
leur dans les urines. Il arrive souvent encore que la nature
emploietous les émonctoires à la fois ; et en même temps que
s'établissent les sécrétions précédentes ; la transpiration se
montre tantôt abondante, tantôt insensible et ne se révé-
lant que par des émanations nauséabondes, comme si la vie,
présidant à un nettoyage complet de sa machine, se com-
plaisait à en expurger tout ce qui en altérait l'exercice.
C'est ici qu'il faut admirer sans comprendre ; muet té-
moin de ce qui se passe sous vos yeux, vous voyez com-
bien la médecine est dans l'erreur , combien elle s'est
écartée du but qu'elle doit atteindre. Mesmer, en publiant
son aphorisme, - la nature offre un moyen universel de
guérir et de préserver les hommes, -
avait donc bien vu,
282 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
son génie avait compris toutes les propriétés bienfaisantes
du magnétisme, qui n'est que le plus pur extrait de toutes
les forces d'où nous tirons la vie et qui sont répandues dans
l'espace. Cet extrait, nous pouvons le transmettre comme
nous l'avons reçu ; il révèle ainsi la chaîne qui nous relie
les uns aux autres et la puissance de conservation déposée
en nous-mêmes.
N'accusons donc plus la nature , elle s'est montrée
bonne mère et nous ne sommes que des fils ingrats. Guérir
les maladies est chose possible; mais qui guérira les
hommes de la manie des remèdes ? qui les corrigera de
leurs faux instincts, de leurs passions mauvaises et de
leurs écarts de régime ? Presque tous ne doivent attribuer
qu'à leur imprévoyance, qu'à leur incurie, les maux qui les
affligent ; leur plainte est insensée, lorsque dans leur dé-
lire ils accusent la Providence. En effet, celui-ci périt par
trop d'embonpoint, funeste effet de la gourmandise ou de
la paresse; cet autre se tue par trop de travail : l'un
abuse du superflu, l'autre manque du nécessaire ; cet autre
encore fait abus des liqueurs fortes, d'aliments sophisti-
qués, de chairs corrompues ; tel, sur son siége une grande
partie de la journée, deviendra malade par trop d'inac-
tion; tel autre, remplissant sa tête de chiffres, appelle à
cet organe toutes les forces de la vie ; tel autre encore,
par un abus contraire, les dépense à tout venant. Mais
pourquoi poursuivrais-je davantage cette revue des causes
trop connues des maux qui nous accablent ? Irais-je , fouil-
lant dans la vie de chacun et mettant au jour les causes
AFFECTIONS DE L'ABDOMEN. 283
secrètes de leur maladie, dire ce qui les conduit à leur
perte ? C'est en vain même qu'on espérerait les guérir tous,
Bien peu voudraient ou pourraient changer de régime ; et
quand on ferait taire un instant la douleur, ou disparaître
la maladie, les mêmes causes ramèneraient bien vite la
souffrance; l'on n'est assuré , dans ces conditions, que
d'un succès éphémère, mais mon devoir, néanmoins, est
de révéler à tous ce qu'ils peuvent pour eux-mêmes.
Lorsque tout à l'heure nous avons parlé des affec-
tions intestinales et des moyens à employer pour les gué-
rir magnétiquement, nous n'avons pas spécifié les affec-
tions qui ont reçu un nom particulier ; la science médicale
s'est complu dans ce travail. Chaque portion d'intestin,
chaque région, chaque tissu même, qui forme et compose
ce long boa, a sa maladie propre, et qui veut s'en ins-
truire doit avoir recours aux ouvrages d'anatomie et de
pathologie, ouvrages instructifs sans doute, mais dont, à
la rigueur, un magnétiste peut se passer. Nous ne préten-
dons nullement faire des médecins d'écoles, mais simple-
ment des guérisseurs ; et voici les procédés nécessaires
pour guérir les affections du tube intestinal.
Traitement général des affections de l'abdomen.-
Toute
magnétisation faite pour guérir doit être dirigée sur les
intestins. On se place devant le malade que l'on peut
laisser assis ou couché à sa convenance ; l'on dirige les
doigts en pointe sur les circonvolutions intestinales ; l'on
continue cette manœuvre pendant une dizaine de minutes,
puis on applique les mains de place en place, en laissant
284 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
au magnétisme le temps de se communiquer et de pénétrer
dans les parties que l'on veut atteindre : il faut que les
mains soient posées à plat , mais elles ne doivent pas
peser trop sur les chairs ; il faut qu'une espèce de
douce vibration, entretenue par la volonté, imprime aux
extrémités une sorte de mouvement galvanique ; les vibra-
tions imprimées aux mains se communiqueront bientôt
intérieurement, et, portant avec elles un rudiment de
vie, elles détermineront des réactions que nous avons
déjà signalées. Le fluide magnétique, en s'accumu-
lant, fournit à la nature une richesse inespérée dont la
dépense se fait lentement, et jamais sans avoir produit
d'immenses résultats. Cette magnétisation est donc bienfai-
sante dans les cas de paresse d'intestin, d'accumulation
de matières inactives et gênantes ; elle donne le ressort
nécessaire pour que les tissus réagissant et se contrac-
tant successivement , fassent circuler tout ce qui restait
dans un repos forcé. Il n'est pas rare de voir des constipa-
tions opiniâtres cesser contre toute attente , et produire
ainsi un bien-être inexprimable : la chronicité de cette
indisposition n'est point une cause d'insuccès, et les ma-
lades, qui depuis des années n'allaient à la garde-robe
que deux ou trois fois par mois, ont vu se rétablir un état
normal ; mais une magnétisation ne suffit point, il faut la
répéter souvent; à la longue la nature produira les faits
que l'on cherche.
DIARRHÉE , DYSSENTERIE , COLIQUES. 285
DIARRHÉE, DYSSENTERIE, COLIQUES, FLUX DE
SANG .
On pourrait craindre que le magnétisme, dans les cas
de diarrhée, de dyssenterie, etc.... ne produise point un
effet salutaire , qu'il augmente au contraire l'activité
désordonnée des intestins ; ce serait une erreur que de le
croire. Il calme rapidement les épreintes , diminue les
expulsions et parvient à guérir la plupart des maux ci-
dessus.
Traitement. - La pratique à employer a été conservée
dans les traditions des peuples. Dans tous les pays chauds
elle est mise en usage, non pas par les médecins, mais
par des prêtres ou des gens du peuple : ils exercent
des manipulations sur le ventre, le frictionnent , et la
guérison s'opère; le pourquoi , le comment, ils ne le
savent guère , ils ne savent même pas qu'ils magné-
tisent, ils sont seulement persuadés que leurs procédés
sont efficaces. Quelques-uns de ces guérisseurs joignent
des signes de croix ou des prières à leurs attouche-
ments ; mais la vertu guérissante n'est pas là, elle est
placée dans l'émission magnétique, dans ce baume divin
qui s'exhale et pénètre dans les profondeurs des tissus et
qui, s'ajoutant aux forces qui restent, donne à la nature
286 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
le moyen d'arrêter les désordres. Je ne saurais exprimer
le bien qui peut se faire ainsi, les services inouïs qui peu-
vent être rendus en s'aidant mutuellement. C'est peut-être
la simplicité du moyen qui a éloigné les hommes de l'em-
ploi de cette puissance occulte; ils ne croient qu'à ce qui
torture, qui brûle, à ce qui est amer et corrodant ; il leur
faut des poisons, tout ce qui répugne à l'instinct, tout ce
qui est même contraire à la raison, et par ces dispositions
font beau jeu aux médecins, qui se gardent bien de dé-
tromper les malades , car ils savent par expérience que
ceux d'entre eux qui se bornent à prescrire un régime, à
donner de l'eau claire ou d'inoffensifs sirops, sont bientôt
déconsidérés et ne font pas fortune. Le malade n'admire
et n'aime que les médecins qui le couvrent d'emplâtres et
de vésicatoires, qui le saignent et le purgent. Honneur à
ceux-là, ils font de la médecine savante, et si l'on meurt,
on ne meurt pas sans formules. Nous ne pouvons que
donner des conseils, et si les hommes persistent à vouloir
souffrir plutôt que d'employer le moyen conservateur qui
les soulagerait, qu'ils ne blasphèment pas contre la nature
et la Providence, ils sont suffisamment avertis , instruits
que leur sort est entre leurs mains.
SUPPRESSION DES MENSTRUES . 287
AMÉNORRHÉE ( OU SUPPRESSION DES MENSTRUES ) ,
DYSMENORRHÉE.
Lorsque nous avons parlé des sécrétions, nous avons dit
que celles qui avaient été supprimées pouvaient être ré-
tablies, nous avons montré ce que le magnétisme peut
produire sur les intestins ; nous venons de dire aussi que
l'exagération de certaines sécrétions pouvait cesser par
l'emploi du même moyen. Cette double action se manifes-
tera également dans les désordres de la menstruation .
Pour ce qui est des suppressions, elles ne sont opiniâtres
que pour les remèdes et les médecins, le magnétisme ré-
tablit toujours cet écoulement. Je n'ai pas vu un seul in-
succès dans les cas ordinaires ; mais quelquefois, dans les
phthisies avancées et compliquées de suppressions, la na-
ture se trouve trop affaiblie pour faire apparaître ce flux
nécessaire, et pourtant, même dans ce cas, on peut
encore constater ses efforts. Il n'est pas un magnétiseur
qui n'ait réussi à faire reparaître le flux supprimé, lors
même qu'il ignorait qu'il en fût ainsi, en magnétisant seu-
lement comme but d'expérimentation.
Dans les cas trop fréquents où la nature est lente à
produire une première évacuation et que des souffrances
en résultent, le père ou la mère de la jeune fille peuvent,
288 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
par des procédés fort simples, hâter la formation et éviter
à leur enfant des malaises et des souffrances, quelquefois
même empêcher des maladies de se développer.
Traitement. - On se place devant la jeune fille en diri-
geant les mains sur le bassin, puis, au bout de quelque
temps, on fait des passes jusqu'aux genoux et on y fixe
les mains ; on recommence cette manœuvre en la faisant
durer vingt ou vingt-cinq minutes. Il est des cas où une
seule magnétisation a été suffisante, mais ordinairement
il faut la répéter une fois par jour pendant un temps plus
ou moins long.
Il n'est pas rare de voir des personnes bien réglées
éprouver de vives douleurs avant ou après leurs époques ;
si l'on veut acquérir la preuve de l'efficacité du magné-
tisme, l'on n'a, dans ce cas, qu'à employer les procédés
indiqués plus haut quelques jours avant, on régularisera
cette fonction et les douleurs cesseront.
AFFECTIONS DES VOIES URINAIRES .
NÉPHRITE, CYSTITE, DIABÈTE , CALCULS.
Caractères de la Néphrite. - La néphrite ou l'inflam-
mation du rein est produite par des coups ou des chutes
AFFECTIONS DES VOIES URINAIRES. 289
sur la région lombaire, par de violentes secousses, par
l'ingestion de substances qui exercent une action irritante
sur les organes sécréteurs de l'urine, par la suppression
brusque de la transpiration ou la disparition de douleurs
articulaires. Elle s'annonce par une douleur aiguë ou
sourde dans la région lombaire, d'un seul ou des deux
côtés. Cette douleur gagne souvent le diaphragme, la vessie,
l'aine, la cuisse, du côté du rein enflammé ; elle est aug-
mentée par la pression, la toux, les grandes inspirations,
les efforts pour aller à la garde-robe. L'écoulement de
l'urine se fait goutte à goutte ; elle est ordinairement rare,
rouge , sanguinolente; elle est supprimée si les deux reins
sont enflammés ; quelquefois l'urine est aqueuse, claire, et
laisse déposer un sédiment blanc et homogène. Avec la
vivacité de la douleur surviennent des nausées, des vomis-
sements bilieux ; des gaz intestinaux se produisent ; on res-
sent des douleurs vagues dans le ventre qui se ballonne ;
en même temps apparaît la diarrhée. La langue est sèche,
la soifplus ou moins vive, le pouls dur, plein ou petit et
intermittent, la peau sèche, brûlante, ou bien couverte
de sueur qui a l'odeur de l'urine, si celle-ci est supprimée ;
parfois, enfin, toux sèche, gêne de la respiration , douleurs
de tête , insomnie.
L'inflammation du rein peut amener des abcès dans
cette partie. On reconnaîtra cette aggravation de la maladie
quand les urines deviendront lactescentes ou qu'elles dépo-
seront des flocons de pus au fond du vase. On sera cer-
tain encore que les douleurs néphrétiques ne sont point
19
290 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
dues à la présence des calculs, si l'urine, se supprimant
subitement avec l'apparition des douleurs, ne coule pas
de nouveau aussitôt qu'elles s'apaisent, et s'il n'y a point
de petits graviers déposés sur les parois du vase de nuit.
Caractères de la Cystite.-Besoins d'uriner douloureux
et fréquemment renouvelés, éjection de quelques gouttes
d'urine après de violents efforts; la vessie, distendue légè-
rement d'abord , devient d'une sensibilité extrême ; le
malade ne peut supporter la moindre pression sur l'hypo-
gastre. Si l'état se prolonge, le mal s'aggrave, et l'on voit
lavessie faire saillie au-dessus du pubis,la sensibilité de l'or-
gane augmente, le corps est couvert d'une sueur qui répand
l'odeur d'urine, les besoins d'uriner deviennent plus fré-
quents et l'émission de quelques gouttes de liquide réveille
de nouvelles et vives douleurs. Les caractères de la cystite
catarrhale sont, à la vivacité des douleurs près, les mêmes
que ceux que nous venons d'énumérer. Mais dans ce cas
lespremiers symptômes s'apaisent, l'inflammation diminue
et le mal passe à l'état chronique. On constate alors, après
l'émission de l'urine, un flocon glaireux assez semblable à
une hydatide allongée ; l'urine perd de sa transparence
et de sa couleur, elle devient lactescente, fauve ou orangée;
refroidie, elle a une forte odeur d'ammoniaque, et l'on
aperçoit le liquide séparé en deux portions : celle qui
occupe le fond du vase est glutineuse .
Caractères du Diabète. -
Excrétion des urines , les-
*
quelles surpassent d'une quantité plus ou moins considé-
rable celle des boissons prises par les malades, si abon-
AFFECTIONS DES VOIES URINAIRES . 291
dantes qu'elles soient. Les urines sont ordinairement lim-
pides, sans odeur ni couleur, mais avec une saveur sucrée.
Généralement l'abstinence d'aliments féculents et sucrés
et l'usage de viandes fortes font disparaître et la soif im-
modérée des diabétiques, et, à la longue, le sucre des
urines ; mais avec l'oubli du régime, le mal reparaît peu à
peu.
En commençant ce traité, je n'avais qu'une idée bien
imparfaite des difficultés qu'il fallait vaincre pour rendre
mon œuvre utile aux magnétiseurs. J'aurais dû embrasser
toutes les maladies et indiquer l'action du magnétisme sur
chacune d'elles. Ici, par exemple, dans le traitement des
affections des voies urinaires, il m'eût fallu parler de tout
ce qui peut les faire naître, les entretenir, et sonder la
nature dans le travail qu'elle fait pour la composition des
liquides à extraire ; il m'eût fallu examiner les sels qui y
sont en dissolution, car c'est sous leur action que les mala-
dies se développent. C'est le premier soin du médecin,
lorsqu'il veut traiter ces dernières, de s'assurer si les liqui-
des ont varié dans leur composition normale. Cet examen
lui fait découvrir de l'albumine, du sucre, de l'azote, etc. ,
et la proportion respective de ces divers éléments ; mais il
ne peut que bien difficilement empêcher la prédominance
fâcheuse de l'un d'entre eux, car d'un jour à l'autre tout
varie sans qu'on puisse reconnaître d'une manière certaine
la cause de ces variations. Dans ce traité encore il eût
fallu, pour que mon cadre fût complet, tenir compte de
toutes les idées émises par les médecins instruits sur cha
292 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
cune des maladies, puis indiquer l'action réelle du magné-
tisme en dehors des remèdes; mais le magnétisme n'est
point encore arrivé à l'état de science; il n'a pour lui que
des matériaux incomplets, et c'eût été témérité à moi d'es-
sayer d'édifier un tel monument de thérapeutique magné-
tique : le temps et l'expérience feront ce que je n'ai pu faire.
Quoi qu'il en soit, notre agent peut être utile ici par l'uni-
versalité de ses propriétés ; il agit sur les causes de toutes
les déviations ; il est agent modificateur. Ainsi, dans ces
derniers temps, j'ai guéri par le magnétisme une jeune
femme qui depuis longtemps rendait de l'albumine dans
ses urines en grande quantité, ce queles remèdes n'avaient
pu empêcher ; dès la troisième magnétisation, les urines
n'accusaient plus la présence de l'albumine. On constaterait
certainement dans la composition de cette sécrétion, chez
les malades traités par le magnétisme, des modifications
aussi profondes et variées que celle qu'il détermine dans sa
couleur. Agir sur tout l'organisme, nous le pouvons, mais
ici encore il faudrait reparler de l'agent magnétique lui-
même, montrer comment il est tour à tour calmantet exci-
tant, passer en revue toutes ses qualités intimes, expliquer
comment nous le voyons encore agir à la façon des acides
et des alcalis, tantôt dissolvant, tantôt recomposant, toutes
vertus enfin qui semblent ne pouvoir s'expliquer en un seul
agent, mais dont le fait démontre l'existence : l'intelligence
n'y comprend rien, pas plus qu'elle ne comprend la vie.
Lorsque le laboureur sème son blé, il sait qu'il germera et
produira des épis sans qu'il ait pu voir dans le grain semé
AFFECTIONS DES VOIES URINAIRES . 293
la tige ni l'épi lui-même ; de même tout magnétiseur n'a pas
absolument besoin de remonter au principe des choses.
L'agent magnétique contient en lui ce que nos yeux ne peu-
vent voir, et par conséquent le secret de ses œuvres sera
toujours ignoré : aussi beaucoup de magnétiseurs ne rai-
sonnent-ils point, ils se contentent de guérir les malades.
Confondant tous les effets du magnétisme en un seul, ils
débarrassent leur esprit d'une foule d'inquiétudes et de
tourments. Nous aurions dû peut-être agir de même et sim-
plifier ainsi notre travail en ne citant que les cas de gué-
rison, sans tenir compte des procédés que la nature emploie,
sans essayer même de la suprendre dans son travail.
Traitement de la Néphrite. - Quels que soient les
symptômes qu'éprouvent les malades affectés de néphrite,
le magnétisme y peut jouer un rôle plus utile que dans les
affections de la vessie. On soulage; le magnétisme fait
circuler une partie des matériaux qui, par leur séjour dans
les reins ou dans leur voisinage, occasionnent ces vives
douleurs qu'accusent les malades. On sent bien que si les
reins sont en partie détruits ou profondément altérés dans
leur tissu, la nature sera impuissante à les reproduire ;
mais il est des cas, heureux relativement, où des accidents
passagers ont pu faire croire à une gravité non réelle. Le
magnétisme alors a bientôt raison de la douleur, c'est
pourquoi on doit toujours en essayer l'efficacité. Après
avoir magnétisé généralement, on se place vis-à-vis le côté
du malade, une main posée sur la région des reins et
l'autre sur l'abdomen, en face l'autre main, on laisse le
294 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
magnétisme pénétrer à travers les tissus de manière
qu'il envahisse le siége du mal. On finit la magnétisa-
tion par un massage modéré pratiqué sur la région lom-
baire, principalement sur la partie où la douleur la plus
vive est accusée. Il ne faut aucune violence dans les mou-
vements, et l'on doit répéter la magnétisation au moins
deux fois par jour. La durée de chacune doit être d'une
demi-heure.
Traitement de la Cystite. - En attendant que la lumière
se fasse, les ressources du magnétisme sont ici très-
bornées parce qu'il est difficile de réparer les désor-
dres que nous avons signalés. Le catarrhe de la vessie,
par exemple, étant entretenu par les liquides qui ne ces-
sent d'irriter les surfaces malades, l'on ne peut se pro-
mettre de guérir ni seulement de soulager, de même
que l'on ne pourrait éteindre la suppuration d'un vésica-
toire sur lequel on placerait constamment de la pommade
épispastique. J'ai , dans ces affections, tenté plusieurs fois
vainement d'agir magnétiquement ; il est vrai que la trop
grande impatience des malades ne permit jamais à mon
action de se développer suffisamment, je ne sais donc pas si
un traitement prolongé ne modifierait point assez les
humeurs ni lejeu des organes pour amener soit l'améliora-
tion, soit la guérison. J'avais magnétisé en employant
d'abord les procédés généraux; plus tard j'avais localisé
mon action sur la région de la vessie.
Traitement du Diabète. -
Je n'ai jamais eu l'occasion
de traiter cette maladie malgré sa fréquence, mais si je
AFFECTIONS DES VOIES URINAIRES . 295
raisonne par induction, le magnétisme doit être un des
moyens les plus puissants pour modifier la maladie;
car il augmente, nous l'avons dit, les forces médicatrices ,
et son caractère propre, c'est de corriger la compo-
sition de nos humeurs et de détruire ces mélanges que
la nature affaiblie a laissé se produire. Comme nous
l'avons dit à propos d'un cas d'albuminurie traitée heu-
reusement par le magnétisme, nous croyons que des im-
pressions magnétiques fortes et prolongées peuvent, dans
les cas de diabète, produire d'heureux changements, car
ce n'est point en vain qu'il augmente la tonicité des tissus,
qu'il fait circuler le sang et les autres humeurs et déve-
loppe le calorique humain et les transpirations. Les procé-
dés que j'emploierais seraient ceux-ci : considérant le
malade comme un sujet d'expérimentation, je chercherais
le sommeil, puis j'actionnerais la région épigastrique et le
laissant sursaturé de l'agent, je ne ferais point de passes
longitudinales. Les modifications qui pourraient se pro-
duire à la suite ne pourraient qu'être heureuses.
Traitement des Calculs . -
On ne peut pas s'attendre à
voir le magnétisme guérir les affections calculeuses ; mais
les spasmes de la vessie, sa trop vive sensibilité, les diffi-
cultés d'uriner qui en résultent , cèdent facilement lorsque
après avoir magnétisé généralement on applique la main
sur cette région : c'est une pratique dont j'ai eu des résul-
tats merveilleux. Dans plusieurs cas où l'émission des
urines ne pouvait avoir lieu, où des dangers trop réels se
montraient, j'ai fait cesser les angoisses en facilitant les
296 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
émissions , obtenant ainsi ce que n'avaient pu faire le bain
ni les boissons. J'ai rapporté dans le Journal du Magné.
tisme plusieurs cas de cette espèce où les magnétiseurs
avaient réussi complétement.
HERNIES .
Traitement. -
Les hernies sont du domaine de la chi-
rurgie, leur réduction est en général difficile, quelquefois
même impossible sans l'emploi de l'instrument. Des chirur-
giens initiés au magnétisme, quelques médecins qui ne
dédaignaient pas son emploi, sont parvenus à obtenir des
réductions inattendues en magnétisant doucement et en
appliquant la main sur la saillie formée par l'anse de l'intes-
tin. Plusieurs cas de guérison m'ont été envoyés par ces
hommes bienfaisants, je les ai publiés : le soin aporté par
eux à la rédaction de leur travail aurait dû attirer l'attention
de leurs confrères ; mais l'obstination de ces derniers leur
fait préférer le couteau, moyen toujours dangereux et au-
quel on ne devrait avoir recours que lorsque la gangrène
menace les tissus.
HERNIES . 297
Dans les affections si diverses dont nous venons de par-
ler, nous ne nous sommes point appesanti sur les maladies
aiguës : choléra, typhus, inflammation du péritoine, ulcé-
rations du tube intestinal, etc.... c'est que le moment n'est
pas venu de conseiller le magnétisme dans des cas où l'on
serait mal venu d'en parler, et où d'ailleurs une responsa-
bilité très-grande pèserait sur le magnétiseur ou sur celui
qui aurait recommandé son intervention. Qui donc oserait,
dans un si grand péril, ne point recourir aux moyens
énergiques et se contenter pour tout remède du procédé
qui consiste à passer les mains sur des douleurs aiguës ?
Un homme de sang-froid craindrait bientôt le ridicule ; et
à moins que le malade n'ait la foi qui résiste aux mauvais
conseils et aux embûches de la fausse science, l'on ne peut
admettre l'emploi de ce moyen, qui cependant est d'une
efficacité réelle, et bien supérieur aux globules homœopa-
thiques dont on vante les vertus ; on les lui préfère néan-
moins, parce que sans doute prendre un globule, c'est
prendre quelque chose, tandis que le magnétisme est
l'équivalent de rien pour les esprits bornés ou pour ceux
dont l'orgueil a rétréci l'entendement.
A ceux qui essayeront des procédés magnétiques, nous
promettons des succès éclatants. Le surcroît de force qu'ils
apporteront au malade servira à la nature, qui sans cela
ne l'aurait pu , à diviser les matériaux dont l'accumu-
lation sur certains organes, auraient produit un mal plus
violent et peut-être incurable . Le magnétisme a fait cesser
des crampes chez des cholériques, il a ramené la chaleur
298 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
à la peau et supprimé les vomissements. Dans les fièvres
typhoïdes, il a diminué l'ardeur des entrailles, fait cesser
le délire et provoqué des évacuations et des transpirations ;
mais pour que son action ait ce résultat, il ne faut pas at-
tendre la dégénérescence des tissus, ni la gangrène, ni les
épanchements de sang et d'humeurs putrides sur des
parties essentielles : quand tout le mal est fait, la nature
épuisée ne peut plus rien, une addition de puissance ne
sert alors qu'à prolonger l'agonie.
ANASARQUE , HYDROPISIES .
Le magnétisme peut guérir l'anasarque et l'hydropisie,
lorsque ces maladies ne viennent point d'un vice de con-
formation ou d'une altération profonde du principal or-
gane de la circulation.
Toutes les infiltrations ou épanchements dus à la fai-
blesse des tissus, à leur relâchement, à une prédominance
de la lymphe, même à quelque tumeur dont le siége est
dans les ovaires, dans tous ces cas le magnétisme peut
compter des succès. Son action est lente lorsqu'il tra-
verse des couches d'eau, les nerfs affaiblis ne s'en empa-
rent que difficilement, mais la patience et la persévérance
du magnétiseur et du malade peuvent opérer de vrais
miracles. Je ne citerai point de faits particuliers, à quoi
ANASARQUE , HYDROPISIES. 299
bon ? ils ne seraient point une preuve pour les sceptiques ;
je dois me borner seulement à indiquer sommairement les
procédés.
Traitement. -
Toute votre action doit se porter sur
l'abdomen, sans chercher rien autre chose qu'à faire pé-
nétrer votre fluide dans cet organe gonflé et distendu par
l'eau. Vous ne verrez rien d'abord, la nature semblera
ne point accepter votre concours, mais petit à petit vous
apercevrez les symptômes d'une crise prochaine. Si la
toux survient , c'est d'un bon augure, car l'eau com-
mence à entrer dans les vaisseaux : bientôt vous verrez les
urines devenir plus abondantes , puis enfin des garde-
robes séreuses en si grande quantité que vous ne douterez
plus d'une guérison prochaine. Après ces évacuations, qui
surviendront quelquefois par centaines, ce seront les fonc-
tions supprimées de la peau qui reprendront leurs cours ;
cette transpiration, qu'aucun remède n'avait pu amener,
deviendra si abondante qu'elle mouillera les draps. La
cure ne sera néanmoins terminée qu'après avoir fortifié
les tissus, résultat que vous obtiendrez par des magnéti-
sations successives .
Des infilrations générales, des hydropisies enkystées
ont ainsi disparu au grand ébahissement des fanatiques de
la médecine et des incrédules au magnétisme, et à la
grande satisfaction des gens que l'opération n'aurait point
sauvés, que le marasme et la mort attendaient.
Quel bonheur, quellejoie pour celui qui est l'instrument
de semblables guérisons ! Il voit, il sait ce que la nature
300 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
peut faire, et, tout heureux d'en être l'instrument, il en
appelle au temps qui doit un jour répandre ce principe
de bien!
Qu'on me permette, en terminant cette série de maux
prétendus incurables, de citer un fait qui va faire juger
des ressources infinies qu'offre la puissance magnétique.
La femme d'un agent de change de Paris avait une tu-
meur dans l'épaisseur des muscles de la cuisse . On la sen-
tait distinctement, elle avait la forme et le volume d'une
aubergine de moyenne grosseur. On ne percevait au-
cun battement , et les médecins en concluaient que ce
n'était point une tumeur sanguine, mais qu'elle était due à
un dépôt de lymphe ou à d'autres produits séreux. La mé-
decine ayant échoué dans son traitement, on résolut de
pratiquer une ponction, car la malade éprouvait une grande
gêne ; elle ne pouvait presque plus marcher ; il lui était
impossible de mettre ses bas et ses chaussures sans éprou-
ver de vives douleurs. L'opération fut pratiquée ; l'on en-
fonça un trocard, qui donna issue non à des sérosités ou à
du pus, mais à du sang plutôt veineux qu'artériel. Malgré
l'habileté du chirurgien et du médecin, cet écoulement ne
discontinuait point; l'inquiétude était générale, et la malade
était près de perdre la vie. Cependant , après plusieurs
heures, le sang s'arrêta ; l'on put croire dès lors que le sac
était vide, mais il n'en était rien ; la tumeur existait toujours,
les forces seules de la malade étaient affaiblies. Un de mes
élèves et amis, lié avec la malade, conseilla le magné-
tisme, et j'en essayai la puissance. A ma grande surprise,
ANASARQUE , HYDROPISIES. 301
comme à celle des assistants, de très-fortes contractions se
produisirent dans la tumeur , la jambe même en était sou-
levée. La main, appuyée sur le siége même de ce dépôt
sanguin, sentait les mouvements convulsifs imprimés au sac
variqueux, et tout ce travail n'occasionnait aucune dou-
leur. A la seconde séance, la malade put mettre ses chaus-
sures et faire une promenade comme en parfaite santé ;
elle alla même au bal et dansa. Moi seul je ne la jugeai
point guérie, je continuai la magnétisation, et voici ce
qui en résulta : au bout de quelques jours la malade fut
couverte de boutons d'une rougeur particulière ; elle
commença à tousser et à être prise de suffocation. Il
était évident que ces symptômes étaient dus à la résorp-
tion du liquide contenu dans la tumeur, car on ne sentait
plus, malgré tout le soin possible, la présence de l'engor-
gement. Il était évident pour moi qu'une cure complète
s'opérait ; mais on eut peur, on fit de la médecine, et ce
qui n'eût été qu'un travail de quelques jours, car le ma-
gnétisme aurait rapidement et heureusement achevé son
œuvre, dura plus d'un mois et aboutit à un insuccès. Je
m'aperçus bien vite du résultat qui devait avoir lieu, car
la tumeur se remplit de nouveau. Dans cette rechute le
magnétisme fut encore un bienfait pour la malade, car
elle ne perdit plus la faculté de marcher, de vaquer à ses
affaires ni d'aller à ses plaisirs. Plusieurs médecins allo-
pathes et homœopathes furent témoins des singuliers phé-
nomènes produits localement sur une tumeur située profon-
dément dans les chairs ; lorsqu'ils comprimaient cette
302 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
tumeur avec la main pour en empêcher les secousses,
celles-ci n'en étaient que plus fortes, et, chose singulière,
dans certains cas elles étaient toutes locales. Si le manque
de confiance n'eût point existé, la guérison eût été complète.
AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX.
SPERMATORRHÉE ; MÉTRITE AIGUE , PUERPÉRALE , CHRONIQUE ,
GRANULEUSE , ULCÉREUSE ; LEUCORRHÉE ; OVARITE, KYSTES
DES OVAIRES , ETC.
Caractères de la Spermatorrhée.- Pollutions nocturnes
ou diurnes involontaires. Pendant le jour, elles ont lieu à
la fin de l'émission de l'urine. On voit alors, si la maladie
est récente, de petites granulations demi-transparentes
assez semblables à des grains de semoule ; plus tard,
quand la maladie est ancienne, ce n'est qu'un nuage épais ,
floconneux, parsemé de petits points brillants dans la
partie inférieure. D'ailleurs le malade, au frôlement des
granulations dans l'urètre, aux contractions spasmodiques
qu'il y ressent durant leur passage, reconnaît très-bien la
nature de son mal dans le commencement seulement, car
plus tard ces sensations ne sont plus appréciées.
Caractères de la Métrite. - Il n'y a de phénomènes bien
AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX. 303
prononcés que dans le cas où l'inflammation est étendue ;
alors il y a de la céphalalgie, des frissons plus ou moins
violents qui annoncent l'invasion de la maladie. Une dou-
leur intermittente, qui peut être très-vive, se fait sentir à
l'hypogastre avec sentiment de chaleur au fond du vagin
et de pesanteur au périnée. La menstruation est suppri-
mée, mais il y a un écoulement roussâtre séro-muqueux,
qui plus tard devient muco-purulent. Ce n'est que dans la
Métrite puerpérale que l'on peut toujours sentir l'utérus en
palpant l'hypogastre. La compression exercée par l'utérus
sur les parties voisines cause des douleurs dans les régions
lombaires, sacrées, inguinales, et une vive sensibilité à la
face intérieure des cuisses. Avec cela, il peut exister un
constant besoin d'uriner ou une rétention, de la constipa-
tion ou de la diarrhée avec épreintes. A part la vivacité
des douleurs et les caractères anatomiques que l'on cons-
tate par l'inspection, les symptômes de la métrite simple
sont aussi ceux de toutes les autres formes de métrites,
sauf de la Métrite puerpérale qui est la plus grave de
toutes, surtout si l'inflammation gagne le péritoine. Ici la
douleur hypogastrique est continue, tout en devenant de
plus en plus intense. Les sécrétions lochiales et laiteuses
peuvent se supprimer et réapparaître sans profit pour le
malade. Cette affection est d'autant plus grave que son
début se rapproche de l'époque où a eu lieu l'accouche-
ment.
Caractères de la Leucorrhée. -
L'écoulement leucor-
rhéique consiste en un liquide tantôt visqueux et incolore,
304 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
tantôt légèrement jaunâtre ou verdâtre, plus ou moins
abondant, sans odeur très-prononcée.
Caractères de l'Ovarite et des Kystes de l'ovaire. -
L'ovarite existe rarement seule, le plus souvent il y a
métrite ou une inflammation du tissu cellulaire du liga-
ment correspondant. Elle s'annonce par une douleur très-
vive, intolérable si elle est pressée. On peut reconnaître
par la palpation l'existence d'une tumeur pouvant exister
à la fois des deux côtés de l'utérus, de la grosseur d'un
œuf de poule et souvent plus grosse, arrondie, dure et
mobile. Les phénomènes généraux sont en général va-
riables et très-souvent nuls. Les Kystes de l'ovaire se re-
connaissent par la percussion en ce que, au niveau de la
tumeur, le son est mat ; à la simple inspection de l'abdo-
men, car le ventre est très-souvent déformé. L'irrégularité
de la tumeur ne permettra pas, malgré l'apparence, de
croire à une grossesse, mais cette irrégularité n'existe
pas toujours , par exemple s'il n'y a qu'un seul kyste.
Les phénomènes généraux sont ceux de toute hydropisie,
c'est-à-dire une gêne plus ou moins forte de la circulation
et de la respiration. Le liquide contenu dans les kystes est
tantôt blanc, transparent, aqueux, tantôt lactescent, hui-
leux, gélatineux, couleur de café ou de chocolat. Sa quan-
tité varie et peut aller jusqu'à 30, 40 kilogrammes et
plus.
Nous n'avons pas pris l'engagement d'entrer dans tout
ce qui fait le fond de la médecine officielle et de décrire
AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX. 305
en menu toutes les affections dont notre pauvre nature
peut être affligée. Des caractères des maladies nous ne
donnons seulement que ceux qui par leur fréquence, leur
constance et leur ensemble dans des cas analogues , ont
été reconnus comme caractéristiques et signalés comme
tels dans tous les traités de pathologie médicale. Quant
aux maladies et aux caractères que les auteurs présentent
avec hésitation, avec un caractère d'incertitude, nous avons
cru devoir les rejeter, parce que le travail long et pénible
de compulsation auquel il eût fallu se livrer n'eût pas eu
pour nos lecteurs l'intérêt qu'il mériterait. Nul d'entre eux,
ne serait disposé à nous suivre dans cette voie, où pour
savoir un peu il faut tout apprendre. Dans ce que nous
donnons on n'invente point, l'expérience universelle a con-
firmé la solidité, l'exactitude des observations que nous
reproduisons à notre tour pour faciliter au lecteur des
recherches ultérieures s'il se sent du goût pour la science
médicale. Mais il ne doit pas perdre de vue qu'il faut
cinq ou six ans d'études pour faire un médecin ; que
celui-ci a besoin de vieillir dans l'exercice de son art
pour reconnaître et traiter convenablement certaines ma-
ladies : bon nombre même d'entre ces docteurs , touchant
à la fin de leur carrière , ont dit ou écrit que la science mé-
dicale était une vanité, et si je voulais dire des choses
sanglantes contre la médecine, je n'aurais qu'à ouvrir
quelques-uns de ces testaments où le médecin se montre
tout entier et où il dévoile la faiblesse et l'impuissance de
son art. Pour vous, chers lecteurs, qui ne demandez 20
ni tant
306 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
de science, ni tant de savoir, mais qui demandez seulement
à apprendre les moyens simples et naturels de guérir sans
instrument et sans être obligés de porter votre regard au
centre des organes les plus secrets, et qui ne voulez point
que votre main serve à y porter le fer rouge ou le nitrate
d'argent, bien que l'emploi de ces moyens soit d'un fré-
quent usage , et l'on pourrait dire à la mode , sachez-le
donc, beaucoup des affections du bas-ventre peuvent être
atteintes par le magnétisme, soulagées ou guéries par
cet agent bienfaisant que la nature vous a départi.
Je ne dois ici faire qu'une mention succincte de ce que
vous pouvez, un autre homme que moi, plus tard, vous en
dira davantage. Les guérisons que je vais vous signaler
ont demandé beaucoup de temps et de dévouement. Peu
de malades, d'ailleurs , ont eu dans ces maladies recours
au magnétisme, et ce n'est qu'abandonnés des médecins
qu'ils sont tombés entre nos mains. Je vais parler d'abord
des affections de matrice, maladies cruelles qui laissent
peu de répit aux personnes qui en sont atteintes, et dont
la terminaison est au bout d'un temps indéterminé pres-
que toujours fatale. Considérez toutes les fois que vous ap-
prendrez que les caustiques, les injections et autres prati-
ques chirurgicales ou médicales n'ont déterminé que les
effets ordinaires, que rien n'a empêché les accidents, et
ici ils sont variés, de s'aggraver, que les écoulements
de matières sanieuses ou purulentes et les hémorrhagies ,
que tout ce qui annonce enfin une décomposition des tissus,
s'est produit , considérez toujours , dis-je, que là où la
AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX . 307
science ne peut rien, la nature peut souvent encore quelque
chose. Le premier cas d'affection de matrice que j'ai ob-
servé était chez unejeune femme de vingt-six ou vingt-sept
ans : on avait cautérisé ou brûlé, c'est même chose, fait
suivre un régime sévère et tenu la malade couchée sur un
canapé pendant quatre mois. Elle ne pouvait marcher et
son teint avait quelque chose de verdâtre. Je la magnétisai,
et à la quatrième ou cinquième magnétisation, elle put mar-
cher sans souffrances : on avait cessé tout autre traite-
ment et les médicaments ne furent pourrien dans ce succès ,
qui fut d'ailleurs complet. Au bout de quinze jours la
femme incurable put venir chez moi à pied,- je demeurais
fort loin de chez elle. Deux mois me suffirent pour réta-
blir la santé. Un de mes amis et élèves magnétisait de
même une jeune femme ayant même maladie, ayant éga-
lement suivi un traitement prétendu rationnel sous l'in-
fluence duquel la maladie n'avait fait qu'empirer. Accablée
par la douleur et l'ennui, elle se croyait proche de sa fin.
Magnétisée par cet ami, les accidents et les douleurs cessè-
rent successivement. Le rétablissement fut lent, mais il eut
lieu, et quoique le docteur Lisfranc eût assuré qu'elle ne
vivrait point, elle existe encore et vingt-cinq ans se sont
écoulés depuis. Une autre dame ayant passé la cinquan-
taine, et vivant d'une vie retirée et tranquille , avait été
affectée d'une maladie du même organe. Tous les soins lui
furent prodigués , mais en vain ; les pertes se succédèrent ..
sans relâche, des écoulements de liquide putride annon-
çaient une décomposition complète. Au reste, en la voyant
308 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
se traîner péniblement et montrer un visage où se pei-
gnait la mort, aucun médecin n'eût osé lui promettre un
retour à la santé. Le dernier docteur qu'elle fit appeler
jouissait d'une grande célébrité ; il lui fit une ordonnance
au bas de laquelle il écrivit : surtout qu'on ne se fasse point
magnétiser ! - il avait peut-être le pressentiment que ce
moyen empirique aurait plus de succès que la médecine :
j'ai entre les mains cette singulière ordonnance, ce témoi-
gnage de haute capacité et de prévoyance que se donna
à lui-même ce prince de la science. La malade ne goûta
point son avis. Soumise à l'influence du magnétisme, cette
malade vit successivement les accidents menaçants dispa-
raître ; au bout de quelque temps elle put marcher sans
souffrances . Une de ses amies lui voua ses soins, car elle
demeurait trop loin de moi pour recevoir constamment les
miens, et au bout de quelques mois elle me disait : « Je sens
bien encore quelque chose, mais j'étais si malade que je
n'aurais jamais osé espérer la situation où je me trouve. »
Dans les deux premiers cas , la sensibilité magnétique ne
se présenta point, elle était à peu près nulle en apparence
du moins . Dans le troisième , au contraire, la malade éprou-
vait des secousses, puis tombait bientôt dans un doux som-
meil qui durait a peu près vingt minutes. Moi seul je le
déterminais, la personne qui me remplaça ne put l'obtenir,
mais le bien se fit.
Je pourrais, à la rigueur, vous entretenir longtemps de
cas semblables, mais à quoi bon? L'efficacité du magné-
tisme se montre ici ; il prouve qu'on peut atteindre des
AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX . 309
tissus engorgés , situés profondément. Il agit alors comme
un excitant ; l'organe frappé d'indolence réagit bientôt, il
repousse le sang ou les sérosités qui engorgeaient son
tissu , produisaient son atonie et préparaient sa destruction.
On acquiert bientôt la preuve qu'il en est ainsi, car tout
ce qui rentrait dans la circulation générale, de sang ou
d'humeurs corrompues, produit bientôt des palpitations,
une sorte de fièvre, et détermine l'apparition de plaques
bleuâtres à la peau. Dans tous les cas, sous l'action ma-
gnétique se développe une vive chaleur, la face se colore,
tout annonce enfin que la force médicatrice augmentée ou
tirée de son assoupissement a retrouvé son empire , et
qu'en continuant de la seconder elle fera le travail néces-
saire : la nature n'en sait-elle pas plus que le médecin ?
Si celui- ci espérait que sans son concours il arriverait à
guérir un organe où elle n'enverrait plus sa force, il se
tromperait dans ses calculs : un tissu qui ne réagit point
sous l'empire des remèdes est comme frappé de paralysie ,
et doit-on s'étonner dès lors d'y pouvoir constater la dé-
composition ou la gangrène ? Si le magnétisme arrive
lorsque l'organe est détruit ou n'existe plus dans son
entier, il ne peut pas le reproduire ; voilà pourquoi l'on
échouera souvent lorsqu'on ne l'appliquera qu'au moment
où les symptômes d'une mort prochaine se montreront.
Il faut admettre également des cas d'insuccès là où
le sang est entièrement corrompu, soit que cette corrup-
tion vienne d'éléments constitutifs de l'être ou qu'elle soit
due à des traitements mercuriels.
310 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Les maux du bas-ventre sont nombreux, le magnétisme
n'a pas été essayé probablement dans tous, mais la leu-
corrhée a été traitée avec succès : il devait en être ainsi,
car le magnétisme améliore les fonctions digestives. Il ne
faut pas songer à appliquer le magnétisme lorsqu'il y a des
calculs dans la vessie, si ce n'est pour calmer les spasmes et
les douleurs que leur présence détermine ; il en est de même
dans la gravelle, ici encore on a soulagé. J'ai rapporté
dans le Manuel le cas extraordinaire d'un calcul du vo-
lume du poing, rendu pendant une magnétisation faite sur
une femme qui souffrait de la matrice: je l'ai fait scier pour
voir son noyau, et il a laissé voir le rudiment d'un fœtus.
De nombreux désordres dus à sa présence ont disparu
tout de suite, et je suis convaincu que ce succès a été dû à la
cessation des spasmes et des convulsions mêmes auxquels
était en proie la malade. Ce qu'il y a de plus étrange,
c'est qu'on ignorait complétement la présence du calcul, et
qu'on ne la magnétisait qu'en vue d'adoucir ses souf-
frances.
Nous avons déjà mentionné l'action remarquable
qu'exerce le magnétisme dans tous les cas de suppres-
sion de menstrues .
Dans les inflammations de matrice, le magnétisme est
également utile : il localise le mal en établissant une active
circulation , ce qu'on ne peut toujours obtenir par les
autres moyens employés. Les seules hémorrhagies de cet
organe offrent quelque difficulté , et , quant à moi , ce
n'est qu'avec appréhension que je l'ai employé, craignant
AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX. 314
toujours d'augmenter la perte de sang au lieu de l'affaiblir :
cet agent élevant presque constamment le pouls et gon-
flant les vaisseaux. Cependant on a réussi dans beaucoup
de cas, et en cherchant la cause j'ai pensé la trouver dans
la tonicité même du magnétisme, qui resserre les tissus :
et ici encore se présente à l'esprit une chose trop méconnue
des médecins , c'est l'intelligence même du principe qui
veille à notre conservation, qui peut bien parfois oublier
son rôle, mais qui le reprend sûrement lorsqu'il est tiré
de sa torpeur ou qu'il reçoit un pouvoir nouveau.
Dans les catarrhes de vessie , j'ai complétement échoué.
Lorsqu'on veut traiter magnétiquement les affections
décrites, on emploie les procédés généraux, rien n'est venu
mettre sur la voie d'une méthode particulière. Le progrès
est lent et l'étude est nécessaire encore : le magnétisme
envahissant tous les tissus à la fois , il faut attendre
beaucoup de la nature et, s'il se peut, la surprendre dans
ses opérations , ce qui ne sera jamais que le fait du génie
ou d'une profonde pénétration. Je dois rappeler que ce
n'est qu'à mon corps défendant que j'ai écrit sur le magné-
tisme, et seulement parce quej'ai vu chez les écrivains des
idées en désaccord avec la pratique. Cette déclaration
me vaudra des indulgences pour tout ce qu'il y a d'incom-
plet dans les ouvrages sortis de ma plume.
Traitement général des affections ci-dessus. J'ai tou-
-
jours cherché, après des passes générales, à solliciter l'or-
gane d'une manière directe ; puis, chassant par des passes
à grands courants la chaleur qui ne manque jamais de se
312 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
produire, je terminais mon opération en engageant le
malade à rester parfaitement tranquille pendant une demi-
heure ou plus, pour que l'agitation causée par le mouve-
ment ne vînt point troubler l'effet produit , lequel se
continue longtemps encore après la magnétisation. On
remarquera que la chaleur obtenue et que l'on fait sortir
du corps emporte avec elle quelque chose d'âcre et de caus-
tique. Souvent j'éprouvais même dans les mains des pico-
tements semblables à ceux déterminés par les piqûres
d'ortie, et je ne me débarrassais de cette incommodité
qu'en me faisant moi-même des passes à grands courants ;
mais plus on produit de cette chaleur, plus le résultat est
satisfaisant.
AFFECTIONS DU PANCRÉAS , DU FOIE
ET DE LA RATE .
PANCRÉATITE , HEPATITE , ICTÈRE , CALCULS ET
HYPERTROPHIE DE LA RATE , ETC.
Caractères de la Pancréatite. Vomissements qui se
composent d'un liquide analogue à la salive et mêlé de
mucosités , et évacuations de matières de même nature
alternant avec la constipation. C'est là le caractère cons
AFFECTIONS DU PANCRÉAS, DU FOIE , ETC. 313
tant de la maladie ; il y a en outre une douleur épigas-
trique sourde , puis pongitive, profonde et fixe, qui aug-
mente avec les fortes inspirations et la plénitude de
l'estomac. Le malade ne peut quelquefois se coucher sur
le dos ni sur un côté. La fièvre accompagne ces symp-
tômes. Pour les autres altérations dont le pancréas est
susceptible , le diagnostic en est fort obscur.
Caractères de l'Hépatite. - Les coups, les chutes sur
l'hypocondre droit, les grands efforts pour soulever des
fardeaux, les violentes secousses du corps, l'abus d'ali-
ments stimulants, l'emploi intempestif des drastiques et
des émétiques, le passage subit du froid au chaud, la
suppression des hémorrhoïdes, la disparition de douleurs
rhumatismales ou d'un exanthème, les émotions violentes
de toute nature, peuvent produire l'hépatite. Cette affec-
tion est difficile à reconnaître, à moins de trouver réunis
les caractères suivants : une douleur, ordinairement pré-
cédée de frissons et le plus souvent sourde, dont le siége
est à l'hypocondre droit, et qui s'étend à la poitrine et jus-
qu'à l'épaule du même côté : cette douleur est augmentée
par l'inspiration , la toux et le décubitus sur le côté gauche ,
soulagée au contraire par le décubitus sur le côté droit.
L'inspection fait apercevoir quelquefois les côtes légè-
rement repoussées en dehors, et comme en général
le foie se trouve augmenté de volume, on le sent , si
l'on palpe, dans des points où on ne le rencontre pas à
l'état normal. La percussion est un auxiliaire sûr pour
reconnaître le degré de la congestion sanguine, son siége
314 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
et l'influence du traitement. L'ictère n'existe pas toujours,
à moins qu'il n'y ait obstruction des canaux hépatiques
ou cholédoques. La langue présente un enduit jaune-vert
et noirâtre ; la bouche est amère, l'appétit nul, la soif
assez vive ; il y a des rapports de gaz fétides, des vomis-
sements jaunâtres, enfin constipation, ou flux de matières
noires liquides. La fièvre existe toujours avec ou sans les
symptômes précédents; avec l'aggravation de la maladie
surviennent la prostration, le délire et des symptômes
typhoïdes prononcés.
Caractères de l'Ictère. La sclérotique, d'un blanc
-
bleuâtre ordinairement, prend dans l'ictère une teinte
jaunâtre ; puis c'est le pourtour des lèvres, des yeux, les
ailes du nez, etc. , qui se colorent en jaune, et cette couleur
se répand bientôt dans tout le corps. L'intensité de la
couleur dépend de la marche des lésions. La peau est le
siége de démangeaisons extrêmement vives qui ne sont
suivies d'aucune éruption. Très-soivent il y a constipa-
tion, mais quelquefois diarrhée précédée de coliques avec
épreintes, et les matières rendues sont fortement mé-
langées de bile jaune, verdâtre ou noirâtre; quelquefois
ces matières sont semblables à de l'argile, à de la sub-
stance crayeuse. Toutes les sécrétions, sans exception ,
peuvent être imprégnées de matière colorante biliaire.
Le diagnostic des autres maladies qui peuvent affecter
le foie est tellement peu sûr, qu'il serait ici sans utilité de
le donner. Il en est de même de quelques maladies de la
rate.
AFFECTIONS DU PANCRÉAS , DU FOIE, ETC. 315
Caractères de l'Hypertrophie de la rate. -
Santé géné-
rale peu affectée ; sentiment de malaise dans l'hypocondre
gauche, augmenté par le mouvement ; si l'hypertrophie
est considérable, le ventre se déforme, une tumeur plus
ou moins apparente existe au côté gauche, à moins qu'il
n'y ait ascite, ce qui se présente fréquemment. On sait
que la rate est constamment et rapidement affectée dans
les fièvres ; cette rapidité sert à distinguer ces congestions
passagères de l'hypertrophie qui se forme lentement.
L'hématémèse se produit assez fréquemment.
Tous ces détails, que nous donnons brièvement, seront
peu utiles aux magnétistes en général, car ils examinent
peu ou point la nature des symptômes et ne veulent voir
qu'un point douloureux ou une maladie dont se plaint le
malade, et ils pensent tous que le magnétisme saura par-
faitement guérir le mal quel qu'il soit. Les choses étant
ainsi, nous ne pouvons étaler des connaissances médicales
qui seraient superflues dans ce moment; mais l'on doit
regretter plus que jamais que les médecins n'aient point
pratiqué le magnétisme , ni enseigné aux élèves des écoles ,
à qui devrait incomber la pratique magnétique, les résul-
tats obtenus dans les maladies par l'emploi de cet agent.
Leurs observations auraient une grande valeur scientifique;
mais peut-être n'eussent-ils point rempli le but que nous
nous proposons, celui de faire pénétrer le magnétisme dans
les familles.
Dans les affections que nous venons de décrire, l'action
du magnétisme est obscure, mais générale. L'on voit que
316 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
la nature fait des efforts, sans qu'on puisse bien indiquer,
comme on le peut dans d'autres cas de maladie, les phé-
nomènes qui se montreront. C'est surtout dans ces cas que
le somnambulisme est utile; il faut chercher à l'obtenir et
se servir de ses lumières. J'ai magnétisé avec beaucoup
de soin des malades atteints de maladies de foie sans que
mon action ait été bien ressentie. Une seule fois seulement,
je suis parvenu à obtenir des contractions, que j'étais loin
d'attendre de cet organe peu contractile de sa nature, et
le malade s'en trouva bien.
Dans l'ictère, le magnétisme agit plus puissamment; il
favorise singulièrement les fonctions de la peau et des
vaisseaux absorbants. On s'en aperçoit bientôt à la colo-
ration différente de la peau et des urines .
Nous avons dit notre pensée sur les affections calcu-
leuses. Il est clair qu'en faisant cesser les spasmes des
organes il peut favoriser la circulation des calculs, souvent
retenus soit par l'état contractile, soit par l'inflammation
qu'ils déterminent dans la route qu'ils suivent. J'ai sou-
vent soulagé des personnes cruellement affectées par les
douleurs occasionnées par la présence de calculs dans les
uretères , et qui s'obstinaient à ne pas vouloir descendre.
Sous ma main, les malades sentaient la douleur changer
de place ; par ce seul fait les crises étaient moins longues,
et la chute des calculs, rapide.
Dans les affections de la rate, dont on ne connaît pas
encore bien le rôle , il est certain que si son gonflement
est dû à la fièvre, le magnétisme ne manquera pas d'y
AFFECTIONS DU PANCRÉAS , DU FOIE , ETC. 317
réagir; mais il y a peu d'observations qui constatent son
action, car les magnétistes ne se sont jamais attachés à
connaître les procédés de la science médicale qui sait me-
surer le volume exact de la rate en santé et en maladie .
Traitement de la Pancréatite. Après avoir magnétisé
généralement pendant quinze à vingt minutes, on doit ap-
pliquer la main à plat, les deux mains même, si l'on peut
soutenir la fatigue qui en résulte, sur la région de l'estomac.
Il n'est pas nécessaire de presser la partie que l'on touche,
l'imposition simple suffit : les vêtements n'empêchent point
le magnétisme de pénétrer.
Traitement de l'Hépatite et de l'Ictère. -
Dans ces ma-
:
ladies du foie, l'on emploie encore les procédés généraux ;
puis, on se place vis-à-vis le côté du malade et l'on dirige
les doigts en pointe sur le foie pour localiser ainsi son
action. Nous avons dit que l'action magnétique était lente
dans ces cas, et que l'on n'était averti en général du chan-
gement qui s'opérait que par les aveux du malade, bien
qu'il y eût une foule de légers symptômes déterminés par
le magnétisme, mais difficiles à décrire en raison même de
leur nombre et de leur peu de développement.
Traitement des Calculs du foie. - Dans les affections
calculeuses, les procédés diffèrent un peu. J'ai tiré un très-
bon parti de cette pratique variée. Après avoir magnétisé
généralement, je faisais pivoter les malades, c'est-à-dire
que je les plaçais à cheval sur leur siége, et je leur ma-
gnétisais la colonne vertébrale, en yjoignant une sorte de
massage que je terminais vers les dernières vertèbres .
318 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Lorsque la douleur n'empêchait point une pression assez
forte, j'allais résolûment en serrant de mes mains toutes
les parties avoisinantes.
Traitement de l'Hypertrophie de la rate. - S'il est vrai
que le rire ait son point de départ dans la rate, ce qu'en
mon particulier je ne crois point, j'incline plutôt à croire
qu'elle entre en action sous l'empire des phénomènes gé-
néraux que détermine le rire. Quoi qu'il en soit, j'ai obtenu
celui-ci quelquefois en magnétisant le diaphragme ; parfois
les magnétisés ont été pris d'un rire nerveux qui semblait
ne pas devoir cesser et devenait inquiétant. Si donc il était
vrai que le rire eût son point de départ dans la rate, la pro-
duction du phénomène dont je viens de parler pourrait
n'être pas sans utilité dans le traitement des affections de
cet organe. C'est un moyen à essayer.
AFFECTIONS DES VOIES DIGESTIVES.
DYSPEPSIE (BOULIMIE, POLY DEPSIE); GASTRITE, GASTRALGIE, TYMPANITE,
GASTRORRHÉE .
Caractères de la Dyspepsie. - Le symptôme de la
dyspepsie consiste dans de mauvaises digestions. Ceux
qui sont affectés de dyspepsie offrent parfois ce phéno-
mène bizarre : à certains moments leur estomac digère la
AFFECTIONS DES VOIES DIGESTIVES . 319
nourriture la plus forte, d'autres fois l'alimentation la plus
légère ne peut être supportée. Bien que la santé, en dehors
des temps des digestions, ne soit point altérée , si l'affec-
tion se prolonge, le mauvais état des digestions amène
l'épuisement. La Boulinie est caractérisée par l'exagération
du sentiment de la faim. La Polydepsie, par celui de la
soif.
Caractères de la Gastrite, -
La Gastrite s'annonce par
un malaise général , des douleurs dans les membres, de
l'anorexie , le tout suivi bientôt de frisson auquel succède
de la chaleur et une douleur qui varie depuis le senti-
ment de gêne ou de tension jusqu'à la douleur la plus
violente, et qui a son siége à l'épigastre ou dans les par-
ties environnantes. Cette douleur est comparée par les
malades à celle qui résulterait de la compression de
l'estomac, ou bien à celle d'une barre transversale qui
pèserait sur cet organe ; la pression exaspère toujours la
douleur. Le plus souvent les malades éprouvent des nau-
sées , c'est un symptôme constant dans la gastrite chro-
nique, et presque toujours des vomissements. La matière
des vomissements est , ou de la bile, ou une matière
filante, quelquefois du sang ou simplement des boissons
ingérées. Il y a de la constipation, un léger mouvement
fébrile, et en général de la céphalalgie .
Caractères de la Gastralgie. — Le symptôme principal
de la Gastralgie, c'est la douleur à l'estomac, douleur plus
ou moins vive et qui offre les nuances les plus variées :
tantôt c'est une douleur sourde, tantôt un sentiment de
320 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
constriction, une sensation d'arrachement, de morsure, de
déchirement , tantôt c'est une douleur lancinante, et tantôt
enfin une sensation analogue à celle que ferait éprouver le
mouvement d'un reptile dans l'estomac. En général, la
pression apporte quelque soulagement à la douleur dont la
durée et les retours sont variables. Il y a parfois vomisse-
ments des matières alimentaires, mais plus souvent ces
matières sont glaireuses et présentent plus ou moins de
consistance. Plus souvent encore les malades sont sujets
à des rapports ou nidoreux, ou aigres. Ce dernier cas a
reçu le nom de Pyrosis ; il donne lieu, le long de l'œso-
phage, à une sensation brûlante qui va se fixer à l'arrière-
gorge.
Caractères de la Gastrorrhée. -
La Gastrorrhée peut
exister sans inflammation de l'estomac ; elle consiste dans
une sécrétion surabondante de la muqueuse gastrique. Les
malades éprouvent un sentiment de pesanteur à la région
épigastrique. Les aliments mucilagineux rendent la diges-
tion pénible, lente ; les aliments excitants sont mieux
supportés. L'appétit est nul et la bouche est fade et pâteuse,
quelquefois amère. Il y a des vomissements de matières
filantes et transparentes ; la langue, sans présenter d'in-
flammation, est recouverte d'un enduit blanchâtre. S'il y
a malaise général avec fièvre continue, c'est la fièvre mu-
queuse qui s'est déclarée.
Caractères de la Tympanite. - Cette maladie se carac-
térise par des émissions de gaz par la bouche. Assez sou-
vent il y a de la douleur à la région épigastrique, mais le
AFFECTIONS DES VOIES DIGESTIVES . 321
phénomène constant, c'est le ballonnement et une certaine
déformation du ventre produite par la présence des gaz ,
dont la sortie, d'ailleurs, n'a jamais lieu dans ce cas par
en bas. Il n'y a point de borborygmes ni de mouvements
dans le ventre, et l'oreille appliquée entend un murmure
assez semblable au murmure d'un ruisseau. Avec l'aggra-
vation de la maladie, le ballonnement augmente au point
de simuler une grossesse, une hydropisie; la percussion,
alors, produit un son de tambour fêlé ; la dyspnée, la
suffocation surviennent avec des palpitations, des défail-
lances, des sueurs froides.
On conçoit que ce n'est que sommairement que nous
allons aborder le traitement de ces diverses affections , car
comment pourrions-nous en un volume entreprendre de
donner une thérapeutique complète lorsque chaque ma-
ladie exigerait d'abord une description de l'organe, non
de sa forme seulement, mais des divers tissus qui le coin-
posent et des maladies propres à chacun d'eux. Il faudrait
montrer en outre comment tout se lie dans une organisa-
tion humaine, où aucun organe ne peut être affecté sans
en affecter un autre ; puis rassembler encore tout ce qui a
été dit sur le traitement de chacune de ces maladies, les
effets que le magnétisme a déterminés, etc. Ce serait un
travail d'encyclopédiste médical bien utile sans doute ;
mais qui le fera ? Aurais-je le talent que comporte une telle
besogne qu'il me faudrait encore le temps devant moi, etje
ne l'ai point. Que chacun fasse sa science ; je me borne à
faire connaître l'outil, l'agent, l'instrument, et à indiquer les
21
322 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
plus communs effets que j'ai obtenus pendant plus de
quarante ans d'une pratique sans relâche, que je n'avais
point, commeje l'ai dit déjà, l'intention de rendre publique.
Ce qui, d'ailleurs m'eût détourné, je dois le dire, d'une
telle fantaisie, c'est que je ne vis jamais deux effets iden-
tiques se produire dans deux affections à peu près sem-
blables ; c'est que le magnétisme, développant l'instinct
plutôt que la science, il faut s'en rapporter souvent aux
vertus propres de l'agent employé, qui paraît lui-même
plus intelligent que nous ne le supposons ; c'est qu'enfin
il suffit presque toujours de posséder la prudence la plus
vulgaire pour ne point commettre d'erreurs. S'arrêter dans
les traitements lorsque les phénomènes obtenus montrent
de la violence ; reprendre doucement son œuvre et s'arrê-
ter encore ; surtout écouter le malade quipeut fournir, soit
éveillé, soit endormi, de précieux renseignements, telle
est la marche à suivre d'abord dans cette voie nouvelle
pour faire toujours du bien. Mon esprit, confondu, par
les ressources infinies qu'offre le magnétisme, ne me per-
met point de dire ce qu'il est, ni de trouver aucun terme
pour le peindre , pour l'apprécier, il faut s'enfoncer dans
la pratique pure, sans trop raisonner, s'identifier avec la
maladie quelle qu'elle soit, pour en faire cesser les tristes
effets ou tout au moins en corriger l'apreté,
Dans la dyspepsie, la cause de cette maladie peut être
ailleurs que dans l'estomac, dans le cerveau, par exemple ;
car nul ne sait l'action que peut exercer l'esprit sur la
matière, ni ce que sont ces deux choses pourtant si dis-
AFFECTIONS DES VOIES DIGESTIVES . 323
semblables. Une contention d'esprit seulement peut jeter
la perturbation dans plusieurs des fonctions organiqueset
faire naître des lésions là où tout à l'heure tout était sain
et régulier. Qui peut connaître les produits viciés qui
résultent de ces dérangements, puisque tout en nous est
chimie ou alchimie ? On croit avoir trouvé sur le cadavre la
cause de la maladie parce qu'on aperçoit des dégénéres-
cences de tissus, des lésions dont le caractère physique
est déterminé, et on leur attribue la mort de l'être humain ;
c'est le commencement de ces phénomènes qu'il serait
important de connaître; ce sont les agents mystérieux qui
se portent sur tel ou tel point et qui en causent l'altéra-
tion première qu'il faudrait surprendre dans leur travail
pour arriver à en neutraliser l'effet. Oh ! c'est une bien vaine
science que la médecine ; elle ne peut parvenir, malgré ses
constants efforts, à construire un édifice qui dure plus d'un
jour; tout est énigme pour elle malgré son labeur, et si
elle arrive à guérir parfois, le hasard plus que le génie
peut revendiquer ce succès. Jugez par les petits effets
les grandes altérations, et vous arriverez à concevoir que
l'homœopathie peut être fondée dans quelques-uns de ses
principes. J'ai connu un général qui faisait transpirer son
nez à volonté, l'eau se montrait en grosses gouttelettes sur
sa surface , il n'avait pour cela besoin que de manger quel-
ques petits morceaux de fromage de gruyère, et s'il répé-
tait deux ou trois fois de suite cette innocente ingestion,
son nez se tuméfiait et devenait douloureux. Je dis ceci
pour indiquer comment un rudimentde nos humeurs altéré
324 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
peut produire dans nos tissus les désordres les plus grands
sans que nous puissions en deviner la cause. Bienfaisant
magnétisme, tu viens au secours de notre ignorance, tu
nous donnes la puissance de neutraliser l'action des poi-
sons qui se forment en nous et de les chasser au dehors !
Je sens que je vais faire naître le doute et qu'on taxera
d'exagération tout ce que je signale comme cause des
accidents les plus graves ; mais il me suffit de savoir que
je suis dans le vrai et de penser qu'un jour on me rendra
justice.
L'organisation humaine est tellement constituée, telle-
ment compliquée de ressorts, qu'il n'est pas une de ses
parties qui ne puisse devenir le siége d'une maladie ou
d'un dérangement ; mais parmi tous ces organes, il y en
a de plus essentiels les uns que les autres , l'estomac, par
exemple, est une des pièces principales, celle dont l'ac-
tion est constante, et qui par là peut aussi être atteinte
plus fréquemment et subir de plus nombreux dérange-
ments. L'estomac n'est point passif, comme on l'a cru ; il
a sa vie propre ; je dirai plus, il a sa mémoire, ses sympa-
thies et ses antipathies ; ses opérations sont multiples et
ses dérangements réagissent sur toute la machine humaine.
C'est l'estomac qui fournit à l'observation les cas les plus
nombreux de maladies ; il est aussi le plus difficile à gué-
rir. Il complique toutes les autres maladies, altère l'action
des remèdes qui doivent le traverser et subir son action.
Lorsqu'il est malade, tous ses produits sont mauvais ; il
altère et corrompt les substances nutritives et jette ainsi
AFFECTIONS DES VOIES DIGESTIVES . 325
dans l'économie de nouveaux poisons. La première de-
mande d'un médecin à un malade est celle-ci : Digérez-
vous bien ? Voyons votre langue ? C'est qu'en effet , lorsque
la langue est en bon état, le médecin est presque tran-
quille et conserve de l'espoir.
J'ai souvent fait d'excellente médecine sans le savoir,
car les résultats seuls venaient me montrer que j'avais été
grand médecin , mon intelligence était restée à l'écart,
l'émanation de mes mains avait tout fait. C'était elle qui
fournissait les vertus curatives ; j'expectais seulement,
comme l'aurait fait un étranger, les singulières choses qui
naissaient de cette mise en œuvre. Faites comme moi,
vous tous qui voulez guérir les malades : soyez simples
instruments de la nature; si vous voulez raisonner, comme
ce temps n'est point venu encore, vous vous perdrez,
mais celui de magnétiser est arrivé pour tout le monde :
chacun a la puissance magnétique en soi, l'homme illettré
comme celui qui est instruit. Les règles seules de la pra-
tiques sont incomplètes, et tous les efforts que je fais pour
les perfectionner se réduisent à fort peu de chose, je le
sais ; cependant, prenez les éclaircissements que je vais
vous donner, peut-être pourront-ils vous servir.
Traitement général. - Renouvelons un avis très-im-
portant : c'est que toute magnétisation , pour être efficace
et devenir curative, a besoin d'être pratiquée avec une
attention soutenue, une pensée constante ; l'émission doit
pénétrer profondément dans les tissus afin de pouvoir s'y
accumuler. Il ne faut pas oublier un seul instant que la
326 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
sensibilité primitive des organes malades a été singulière-
ment modifiée, et que par ce seul fait l'agent magnétique
s'incorpore difficilement dans les tissus malades. Si l'on
ne tient pas compte de cette vérité, l'on ne fera que des
efforts mous et par conséquent impuissants. On n'a plus
affaire ici à de pures affections nerveuses, à un agent
mobile que nous avons vu influençable par le magnétisme
dès les premiers instants, et cela devait être; mais à de vé-
ritables désordres difficiles à faire cesser par des remèdes ,
et par le magnétisme même. Lorsqu'il y a une perversion
de la sensibilité, il en résulte intérieurement ce que nous
constatons sur notre peau quand, par des brûlures ou
autres accidents, sa contexture intime a été détruite ou
altérée ; une seule chose alors peut faire que les forces mé-
dicatrices, qui ne s'occupent plus, il le semble du moins,
à refaire ce qui a été soustrait à la règle générale de con-
servation, reviennent forcément dans le centre des parties
altérées y apporter les germes rudimentaires d'une recons-
truction nouvelle, c'est le magnétisme seul. On pourrait
croire, nous répétons ceci à dessein, que nous rêvons des
possibilités qui ne peuvent exister, et qu'enfin de telles
œuvres sont irréalisables tant elles sont merveilleuses; il
n'en sera pas moins vrai que l'idée que nous venons d'é-
mettre contient le secret qui brise les obstacles opposés
par la nature même au rétablissement de la santé.
Dans les maladies que nous venons de désigner, on doit
magnétiser par contact et ne pas changer précipitamment
la position des mains. Cette application doit se faire dans
AFFECTIONS DES VOIES DIGESTIVES. 327
la direction de l'organe affecté, jusqu'à ce que des dépla-
cements de gaz, ou une vive chaleur se soit produite.
Cette pratique doit être poursuivie jusqu'à la production
de phénomènes physiologiques, tels que, par exemple,
l'exaltation de la sensibilité ; alors on magnétise à une petite
distance, les doigts en pointe. On ne manquera pas de s'in-
former chaque fois que l'on verra le malade, de ce qui
s'est passé dans l'intervalle des séances. Les transpira-
tions , les garde-rebes, s'il en est survenu, seront un sûr
indice qu'il s'opère une modification dans la maladie,
qu'enfin la nature consent et qu'elle accepte votre traite-
ment. On aura, du reste, les indices donnés par le malade,
car il ne manquera pas de vous dire si ses incommodités
habituelles ont disparu ou seulement changé de caractère.
On devra se reporter à ce que nous avons dit déjà des
affections chroniques, car si elles ne se ressemblent point
toutes, il y a un fonds commun de symptômes que le ma-
gnétiseur attentif observe toujours.
Si j'écrivais pour des médecins, mes descriptions en-
brasseraient tout un ordre de choses que mes lecteurs ne
connaissent point, ces mille modifications que l'œil exercé
du médecin aperçoit lorsqu'une maladie se modifie, et je
ferais connaître par des détails d'anatomie pathologique la
contexture des organes altérés, et je chercherais à peindre
l'altération elle-même. Ainsile pouls varie considérable-
mentpendant une magnétisation, et rien que pourapprécier
ses changements, il faut une main bien exercée ; la respi-
ration également est rare ou fréquente, faible ou pro
328 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
fonde, etc... , et les magnétiseurs, jusqu'à présent du
moins, si ce n'est par rares exceptions , ne se sont point
occupés de saisir ces détails si essentiels qui caractérisent
la marche d'un traitement en donnant aux sens une
preuve physique de ce qui se produit profondément.
On sait maintenant à n'en pouvoir douter que, dans la
maladie des os et quelquefois dans leur destruction même,
si le périoste, ce tissu fin comme de la dentelle, a été res-
pecté par la maladie ou conservé par l'art, des portions
d'os disparues complétement peuvent se reproduire dans
leur intégrité. Qui donc peut se flatter de connaître les
véritables propriétés de chacun de nos tissus, que la na-
ture s'est plu à multiplier en donnant à chacun une spé.
cialité distincte, une charge à remplir, et tout cela selon
les desseins d'une Providence infinie? Plus j'avance, plus
je suis pénétré de ma courte vue, et plus je sens en moi
l'éveil du besoin de connaître. Les maladies prétendues
incurables ne sont telles qu'en raison de notre faiblesse ;
chaque pas que fera la science, si elle veut s'éclairer par
le magnétisme, lui fera connaître combien elle- même a à
gagner à cette étude, car ce que je n'ai point vu n'échap-
pera point aux savants. Dans tous les désordres que nous
avons signalés, et dont plusieurs cèdent au magnétisme,
il est certain que quelques-unes des parties de l'organisa-
tion humaine ont été reconstruites ; mais nous ne connais-
sons que le résultat du travail caché de la nature.
AFFECTIONS DE L'OESOPHAGE, ETC. 329
AFFECTIONS DE L'OESOPHAGE , DU VOILE DU
PALAIS , DE LA LANGUE , DE LA BOUCHE, DES
GLANDES SALIVAIRES .
OESOPHAGITE , ESOPHAGISME ; ANGINES ; GLOSSITE ; STOMA-
TITES ; PAROTIDITE .
Caractères de l'OEsophagite. - Sentiment de douleur
le long de la colonne vertébrale, plus ordinairement entre
les deux épaules ou à la partie inférieure du pharynx . La
souffrance, qui augmente au moment de la déglutition et
particulièrement lorsque les aliments ou les boissons arri-
vent sur le point enflammé de l'œsophage, ne permet pas
de confondre cette affection avec les altérations de la
colonne vertébrale, qui produisent le même sentiment
douloureux. La soif est très-vive, le hoquet se montre et
quelques vomissements de matière filante et sanguino-
lente. Phénomènes généraux nuls ou presque nuls.
Caractères de l'OEsophagisme. — Le spasme de l'œso-
phage se produit brusquement sans que rien annonce son
invasion ; c'est là son caractère essentiel. S'il affecte les
parties supérieures, les substances ingérées sont rejetées
immédiatement, et le malade sent à cette partie comme
une boule. S'il affecte les parties inférieures, le rejet des
aliments ou des boissons se fait avec un peu plus de len
330 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
teur, et la sensation de boule est ressentie vers le sternum
ou à l'épigastre. S'il affecte un point intermédiaire, la dou-
leur se fait sentir entre les deux épaules. A ces caractères
se joignent des nausées, le hoquet, la dyspnée et la
soif.
Caractères de l'Angine. - Ily en a de plusieurs sortes :
l'Angine simple ou gutturale s'annonce par la gêne de la
déglutition; bientôt après la voix prend un accent nasil-
lard. Laluette tuméfiée , chatouillant incessamment la base
de la langue, provoque et le besoin continuel d'avaler et
la toux, et par cette dernière le rejet d'un mucus filant ;
l'Angine tonsillaire ou Amygdalite, caractérisée par l'in-
flammation des amygdales : déglutition difficile, toux rauque
et gutturale, respiration pénible ; l'Angine pharyngée ou
Pharyngite, dans laquelle on sent de la chaleur ou de la
sécheresse à la gorge : le pharynx est enflammé et recou-
vert sur quelques points d'un mucus très-adhérent, difficile
à détacher ; la déglutition est douloureuse, la voix presque
point altérée; la formation d'un abcès succède parfois à cette
inflammation. Mais, parmi toutes les angines, celle qu'il
importe le plus de reconnaître à cause de sa gravité,
c'est l'Angine diphthéritique ou angine maligne, couen-
neuse, etc. , dont le caractère principal est la production de
fausses membranes qui, sous forme de couches plus ou
moins épaisses, faciles à détacher quand la maladie est
avancée, tapisse la muqueuse du pharynx ; leur couleur
est jaunâtre, blanc jaunâtre ou grise. Les fausses mem-
branes envahissent parfois l'œsophage et souvent les voies
AFFECTIONS DE L'ESOPHAGE , ETC. 331
aériennes ; c'est alors que cette affection acquiert de la
gravité. Cette production est précédée d'une légère fièvre
et d'une douleur modérée à la gorge ; bientôt les gan-
glions sous-maxillaires et cervicaux se tuméſient et de-
viennent douloureux, la déglutition en devient d'autant
plus pénible. Cette maladie est contagieuse. Vient enfin .
l'Angine granuleuse , caractérisée par des points rouges
qui ont le plus souvent la forme et le volume de grains de
chènevis , qui couvrent la muqueuse du pharynx et qui
s'étendent parfois au voile du palais, à la luette. Cette
maladie affecte les personnes qui sont obligées de faire un
grand usage de la voix ou qui vivent au milieude la pous-
sière . La marche de cette maladie est lente et le début en
est très-peu marqué. Les douleurs qui caractérisent toutes
les angines se retrouvent ici, mais sont à peine ressenties ;
la voix seule est toujours plus ou moins altérée.
Caractères de la Glossite. - La glossite peut se pré-
senter avec des caractères divers. Avec le caractère éry-
thémateux, sa face dorsale surtout laisse voir une teinte
continue d'un rouge écarlate ; les papilles ne sont pas con-
sidérablement gonflées , il y a sensation acre , comme
poivrée ; la langue devient, dans certains cas, si molle,
qu'elle conserve l'empreinte des dents et de leurs inter-
valles ; elle peut être dépouillée de tout ou d'une partie de
son épithélium, alors le contact des substances, même
douces, est extrêmement douloureux ; elle se fendille parfois
aussi plus ou moins profondément. Avec la forme aph-
theuse, l'épithélium se soulève sous la forme d'une petite
332 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
bulle, crève et laisse voir à découvert une petite ulcération.
La forme pustuleuse se présente surtout dans la variole.
Dans la forme papuleuse, les papilles de la base de la langue
sont tellement saillantes et rudes parfois, que dans l'acte de
la déglutition la gorge se trouve être péniblement cha-
touillée ou rabotée. Mais quelquefois cette affection est
plus profonde, la langue peut acquérir un volume tellement
considérable qu'elle remplisse la bouche et paraisse même
au dehors. Ce dernier cas est grave, parce que l'asphyxie
peut survenir ou des accidents apoplectiques.
Caractères de la Stomatite . Cette affection se présente
-
aussi avec des caractères divers : simple ou érythémateuse,
elle se borne à l'inflammation de la bouche ; ce sont des
points rouges, disséminés par plaques et non d'une manière
uniforme, qui rendent la bouche extrêmement sensible
à tous les contacts. La stomatite aphtheuse (ou aphthes)
peut revêtir les formes papuleuse, vésiculeuse, pustuleuse ;
elle peut être de plus discrète ou confluente ; celle- ci est
très-commune dans les pays humides ; elle s'accompagne
de frissons, de fièvre, de céphalalgie et de vomissements.
L'aphthe simple ne donne guère lieu qu'à un sentiment de
gêne dans la bouche. La stomatite crémeuse (ou muguet)
est caractérisée par une exsudation qui se borne, le plus
souvent, à former de petits points blanchâtres de la gros-
seur d'une lentille, sur la langue ; ou bien, en se généra .
lisant, cette exsudation forme de petites masses sur la face
interne des joues et des lèvres, et comme des feuillets à la
voûte palatine et au voile du palais. La matière qui forme
AFFECTIONS DE L'OESOPHAGE, ETC. 333
ces points est molle et s'écrase sous les doigts comme du
fromage frais , sa couleur est jaunâtre et elle se produit
parfois en si grande abondance que les points se rappro-
chent et ne forment qu'une seule couche. La fièvre s'allume
dès le début de la maladie et augmente à mesure qu'elle
se développe ; il y a agitation, des mouvements désor-
donnés, des cris aigres et rauques, ou voilés si l'exsudation
envahit le pharynx.
Caractères de la Parotidite.- Douleur à la région paro-
tidienne qui rend la mastication pénible. Au-dessous de
l'une et même des deux oreilles se développe graduelle-
ment une tuméfaction plus ou moins considérable qui
peut se propager jusqu'aux glandes sous-maxillaires , aux
amygdales , aux parois voisines du pharynx, et par là
rendre la déglutition douloureuse. Parfois cette tumeur se
développe sans symptômes inflammatoires , sans dou-
leurs.
Ces maladies sont si variées dans leurs formes et dans
leurs symptômes que, forcé de me restreindre, je ne vous
en donne que l'étiquette. Toutes peuvent être influencées
par le magnétisme et en ressentir la bienfaisante action.
Il est facile de comprendre, d'après tout ce que nous avons
dit, que, pour que la terminaison en soit prompte et heu-
reuse il faut traiter ces maladies à leur début ; sans cela ,
quoi qu'on fasse, elles parcourront certaines périodes, et
quoique adoucies par le magnétisme, la durée ordinaire de
ces affections en sera peu changée. Mais prises au début ,
nous le répétons, une transformation subite a lieu, le prin
334 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
cipe de la maladie est divisé, si bien que le danger évité, on
méconnaît l'efficacité du remède, on n'y croit pas. J'ai
beaucoup d'exemples de maux de gorge, se présentant avec
des symptômes menaçants, où le magnétisme a adouci tout
à coup ce qu'il y avait d'âpre et de poignant et même d'in-
supportable dans ce qu'éprouvaient les malades. Mais
comment le magnétisme agit-il ? Selon nous, c'est en lo-
calisant le mal d'abord, en faisant circuler le sang et les
humeurs qui affluent toujours vers les points irrités ou
enflammés. Dans une foule de cas où tout semblait déses-
péré, où la suffocation et l'asphyxie étaient imminentes ,
nous avons vu, après la magnétisation, les breuvages sup-
portés, ce qui n'avait point lieu avant l'emploi du magné-
tisme. Nous avons vu des fausses membranes, des couennes ,
se détacher d'elles-mêmes et laisser plus de liberté à la
respiration. De tels résultats seraient précieux pour un
médecin dans quelques-unes de ses opérations sur cette
partie du corps. Il n'est pas douteux que lorsqu'ils le
voudront, les médecins perdront infiniment moins de ma-
lades et que les convalescences seront moins prolongées.
Oh ! la belle science que la médecine lorsque les médecins
le voudront bien ! car, nous qui ignorons presque leur art
et qui ne savons du magnétisme et de la nature que l'A,
B, C, nous affirmons cependant avoir produit des espèces
de miracles. Citons le plus marquant. Une personne qui
m'était bien chère fut, à la suite de plusieurs maux de
gorge successifs , atteinte d'une angine d'un caractère
des plus graves, Magnétisée dès le début sans qu'elle cessat
AFFECTIONS DE L'OESOPHAGE, ETC. 335
pour cela de suivre les prescriptions d'un médecin des plus
distingués, il arriva néanmoins, au bout de quelques
jours, que la gorge s'obstrua presque complétement, aucun
liquide ne pouvait passer. La langue était sortie de la
bouche et ne pouvait y rentrer, la couleur en était noire ;
la face était tuméfiée ; tout annonçait de moment en mo-
ment une terminaison funeste par asphyxie, car le volume
d'air respiré ne représentait pas la douzième partie de ce
qu'il faut pour vivre. La malade, sentant combien je lui
étais nécessaire, s'accrocha à moi dans son désir de vivre.
Je la magnétisai donc constamment, et je parvins à pro-
duire d'abord quelque légère rémittence dans les symp-
tômes ; puis le seizième jour de cette cruelle maladie, une
crise eut lieu, des tissus se déchirèrent et laissèrent
échapper un litre au moins de purée composée entièrement
d'humeurs purulentes : ni les médecins, ni moi, en appré-
ciant cette quantité d'humeurs, ne pûmes bien savoir où
tout cela avait dû être logé. La malade fut dès lors en
voie de guérison; la convalescence fut si peu prolongée
que l'on eut à peine le temps de s'en apercevoir. Icil'on
avait débuté par le magnétisme il est vrai; mais je dois
dire que de nombreuses émissions sanguines avaient eu
lieu ; qu'avant mème cette dernière maladie, pour d'autres
maux de gorge de la malade, on avait usé largement des
saignées, et qu'il est bien probable que son sang en avait
été altéré profondément, c'est pourquoi le magnétisme,
rencontrant non la force, mais l'épuisement, fut lent dans
son action, mais cependant il sauva la malade.
336 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Je me rappelle qu'à cette même époque deux autres
dames traitées par la médecine sans le magnétisme mou-
rurent de la même maladie : les soins cependant n'avaient
point manqué, l'une de ces dames était de sang royal et
l'autre appartenait à l'une des familles les plus riches et
les plus distinguées de Paris .
Dans deux autres cas qui débutèrent aussi avec des
symptômes menaçants , j'enrayai la maladie, et les méde-
cins constatèrent ce fait que l'haleine, qui présente un
caractère particulier, dans ce cas seulement, une odeur
suî generis bien connue des praticiens , avait complétement
changé de nature et perdu sa signification. Ce fait est
pour moi d'un grand prix ; il montre combien ce magné-
tisme a de propriétés, et combien il est véritablement
l'agent purificateur de notre sang et de nos humeurs.
Traitement général. -- On doit rechercher d'abord si
le malade est sensible au magnétisme ; cinq ou six mi-
nutes suffisent pour s'en assurer. Il ne faut point compter
sur le sommeil magnétique, car la douleur, la gêne, le
besoin d'expectorer, la difficulté de respirer librement ,
l'éloigneraient s'il commençait à se produire. Mais si la
sensibilité se montre, ne craignez point l'excitation , car
elle est propre à mettre le sang en mouvement et à pro-
duire de la transpiration, ce qui est bien nécessaire. Dès
que vous avez produit ce phénomène, une dérivation salu-
taire s'établit, au moyen de laquelle la maladie perdra
beaucoup de ses éléments d'activité ; les sinapismes pro-
duiraient cent fois moins. On a dit : divisez pour régner ;
AFFECTIONS DE L'ESOPHAGE, ETC. 337
c'est surtout en médecine que cette maxime est vraie. Ce
qui diminue le pouvoir du médecin, et tous le savent, c'est
qu'il n'a point à sa disposition de ces dérivatifs puissants,
certains dans leur action, c'est, par conséquent, qu'il ne
peut agir comme il le voudrait : les vésicatoires sont
une faible ressource, leur action ne s'étend pas toujours
jusqu'aux tissus engorgés ; tandis que le magnétisme v pé-
nètre, qu'il produit une sorte de tumulte dans ce qui itle
fond des engorgements, et que, par une loi qui nous est in-
connue, il repousse ce qui est impropre vers des émonc-
toires chargés de rejeter le superflu de nos humeurs. Dans
tous les cas spécifiés, procédez donc lentement, que votre
action ne soit point superficielle, mais profonde; n'arrivez
aux organes principalement affectés que lorsque vous serez
à peu près certains d'une saturation complète , et alors
dirigez vos doigts en pointe vers les parties principalement
affectées et terminez votre magnétisation par des passes
longitudinales et une sorte de léger massage sur les mem-
bres inférieurs. Comme le magnétisme détermine presque
toujours des faits, différant entre eux comme le tempéra-
ment des malades, il est inutile d'en désigner aucun, car
ils ne pourraient servir dans un cas particulier. Ici il faut
encore que la science magnétique se fasse : nous savons
que nous guérissons, que nous soulageons quand nous ne
pouvons guérir, et que, nous en devons l'aveu, nous ren-
dons l'action des médicamentsplus certaine et plus efficace
lorsqu'ils ont été bien indiqués ; mais c'est là tout.
22
338 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
AFFECTIONS DE LA PLÈVRE.
PLEURÉSIE, HYDROTHORAX, PNEUMOTHORAX.
Caractères de la Pleurésie. -
Cette affection s'annonce
le plus souvent par une douleur, vulgairement appelée
point de côté, qui a en général son siége au-dessous de l'un
des seins. A la fièvre qui la précède ou l'accompagne, se
joignent de la dyspnée, de la toux, une toux particulière ,
et du côté où la douleur existe on peut presque toujours
constater que le bruit respiratoire est devenu plus faible.
Si la maladie se développe, la plèvre devient le siége d'un
épanchement, et la percussion fait reconnaître que la so-
norité de la poitrine a diminué du côté où il existe. Au
début, cette diminution se constate en arrière et en bas
de la poitrine, le son est mat. A l'auscultation, on remarque
que le bruit respiratoire du côté de la douleur est d'autant
plus faible que la douleur est plus forte, tandis que du
côté opposé ce bruit a acquis un plus grand dévelop-
pement. L'épanchement devenant très-considérable , ce
bruit cesse de se faire entendre soit en avant, soit en
arrière, soit dans tout l'un des côtés de la poitrine, et
il est quelquefois remplacé par le bruit de respiration
bronchique. Alors que l'épanchement n'est pas encore
très-abondant, si l'oreille est appliquée sur le côté affecté,
AFFECTIONS DE LA PLÈVRE. 339
si l'on fait parler le malade, l'on perçoit un son de voix
assez semblable à celui de la chèvre, d'où lui est venu le
nom d'égophonie, qui présente une variété de nuances que
nous ne pouvons indiquer ; mais, dans tous les cas, on ne
peut leur accorder de signification qu'autant qu'elles
n'existent pas dans le côté non encore atteint par la ma-
ladie. Le côté de la poitrine où s'est formé l'épanchement
se dilate plus qu'il ne l'était auparavant.
Nous n'avons rien dit des variétés que présente cette
affection, il reste encore beaucoup trop de points obscurs
dans leur diagnostic, et nous avons dû ne nous attacher
qu'à ce qui présente un degré plus ou moins grand de
certitude. On ne confondra pas la douleur pleurétique avec
la douleur intermittente et sans fièvre , occasionnée par la
névralgie intercostale. On trouvera d'ailleurs par la lec-
ture attentive des caractères que nous donnons les moyens
de ne pas confondre cette maladie et les autres entre
elles.
Si la fièvre cesse et que la respiration devienne plus
libre, bien que les forces se maintiennent, la maladie doit
avoir une fin heureuse, mais ce n'est pas toujours sans
que quelques phénomènes critiques ne se soient déclarés,
soit une métrorrhagie, soit des sueurs abondantes ou un
flux bronchique.
Caractères de l'Hydrothorax. -
Dans l'hydrothorax
les intervalles qui séparent les côtes où siége l'épanche-
ment deviennent assez considérables , surtout dans le bas
de la poitrine, pour permettre de sentir la fluctuation; le
340 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
mouvement des côtes est beaucoup plus faible pendant la
respiration, et si le malade parle, on ne sent sous la main
aucune vibration.
Caractères du Pneumothorax . -
Son siége est plus
souvent à gauche qu'à droite ; il occasionne une dyspnée
plus ou moins forte, la poitrine se bombe le plus souvent,
le bruit respiratoire est nul en même temps que la réson-
nance de la poitrine augmente dans la partie supérieure
du côté malade ; respiration caverneuse et gargouillement
qui va en augmentant si elle diminue, et qui indique que
les liquides sont en plus grande quantité que les gaz.
On n'a presque jamais recours au magnétisme dans les
cas aigus de maladie, et pourtant ce sont les seuls où il
guérisse quelquefois subitement, en faisant disparaître
comme par enchantement tous les symptômes alarmants
qui menaçaient la vie. En effet, on doit concevoir qu'au
moment où rien encore n'est altéré, qu'il n'existe seule-
ment qu'un afflux considérable de sang, il est concevable,
disons-nous, qu'en forçant ce sang à circuler par la sur-
excitation artificielle qu'on éveille, l'on doit arriver à dé-
terminer un changement subit et un soulagement notable.
Dans les cas qui sont passés sous nos yeux, nous avons vu
des transpirations s'établir au bout de quelques instants ,
la fièvre diminuer et la douleur devenir supportable. Par
quel mécanisme la nature parvenait-elle à produire ces
changements ? Il est évident qu'elle déplaçait le sang,
que par l'absorption elle ramenait dans les vaisseaux celui
qui avait pris un autre cours; il est évident que la transpi
AFFECTIONS DE LA PLÈVRE. 341
ration en diminuait la masse et faisait l'office d'une saignée,
•sans pourtant diminuer la force propre du malade. L'on a
vu quelquefois même le trop plein du sang, chassé par la
nature, sortir contre toute attente par les fosses nasales ;
peut- être y a-t-il encore d'autres voies d'expulsion, la
transpiration insensible, etc.. On conçoit que si l'on par-
vient réellement à produire une transpiration naturelle
chez un malade qui, le plus souvent ne doit sa maladie
qu'à une suspension des fonctions de la peau, à une trans-
piration répercutée, à un refroidissement, on conçoit,
dis-je , qu'il puisse être guéri presque instantanément.
C'est ainsi que nous avons vu le magnétisme diminuer à
l'instant ou faire cesser les angoisses du malade et lui
permettre de reprendre des travaux à peine interrompus.
Je sais bien qu'on ne peut adopter sans contrôle mes
assertions, mais en raisonnant sur des faits passés j'in-
dique ce qu'on peut faire sur des maux présents . Com-
mune dans les campagnes, leurs habitants s'exposant aux
intempéries des saisons sans aucune prudence, l'instinct
indique que pour guérir la pleurésie il faut saigner ou
faire transpirer. Que l'on magnétise sans crainte, et l'on
verra se produire ce dernier résultat. La magnétisation
doit être pratiquée à grands courants ; on doit généraliser
son action en touchant légèrement les membres : comme
il ne s'agit point d'un mal profond, le magnétisme arri-
vant dans un moment de tourmente, sera comme l'éclair
qui traverse les nuages et fait tomber la pluie. Mais qu'im-
porte l'explication, bonne ou mauvaise, le fait reste : l'on
342 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
ne sait pas comment agit l'opium, ni le nitre, ni aucun
des médicaments, on constate seulement les résultats.
Cependant certaines maladies ou indispositions ne gué-
rissent pas , bien qu'il semble que la nature dût semon-
trer facile ; c'est que trop souvent, instruments de leurs
maux , les hommes s'obstinent dans des habitudes contraires
à la santé, suivent des régimes tout opposés à celui qui leur
conviendraient. Pour eux la médecine est plutôt un danger
qu'un bien, car ils paralysent les effets salutaires de la mé-
dication, qui ne fait plus dès lors qu'ajouter à la tourmente
du corps et aggraver quelquefois la position du malade.
Traitement de la Pleurésie. -
J'ai guéri des points de
côté par des applications de ma main sur les parties dou-
loureuses ; je la plaçais comme un topique, et les malades
sentaient bientôt une douce chaleur envahir non-seule-
ment le point affecté, mais tout le corps, et ces applications
répétées parvenaient à guérir. J'ai fait cesser des crache-
ments de sang menaçants, sans employer aucune drogue,
par cette magnétisation locale queje faisais durer de
vingt-cinq à trente minutes.
Le magnétisme n'empêche point la médecine d'agir :
les breuvages doux, émollients de cette dernière, sont au
contraire favorables ; mais les vésicatoires sont inutiles. La
nature n'en a pas besoin : presque toutes ses opérations se
font en dedans, elle sépare ce qui est impropre à la vie,
le rejette au loin ; des humeurs, elle conserve ce qui est
utile et fait en peu de temps ce que la science ne pourrait
jamais réaliser.
AFFECTIONS DE LA PLÈVRE . 343
Quelquefois, dans les soudures des plèvres costales avec
les membranes qui tapissent le poumon, j'ai pu faire dis-
paraître ces soudures, et j'ai détruit ainsi les entraves qui
génaient considérablernent la respiration. Voici comment
j'opérais : je trempais d'abord ma main dans l'eau froide
et la posais toute mouillée sur l'endroit d'où partait la
gêne ; je la laissais ainsi juxtaposée jusqu'au moment où
la chaleur devenait très-vive, je retrempais alors ma main
et la réappliquais de nouveau. Ce procédé, dont l'effica-
cité m'a été démontrée, feraient rire les médecins, mais
ce n'est pas pour les médecins que nous écrivons, nous ne
songeons point à changer leur manière de voir. Nous en-
gageons ceux qui souffrent de ces altérations à user de
nos procédés, ils s'en trouveront bien.
Traitement de l'Hydrothorax et du Pneumothorax. -
Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit du trai-
tement de l'anasarque, des hydropisies et de la tympa-
nite. Que l'on ait affaire à des accumulations gazeuses ou
liquides, le traitement ne diffère pas, il ne s'agit que de le
diriger sur le lieu de l'affection.
344 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
AFFECTIONS DU POUMON.
PNEUMONIE (FLUXION DE POITRINE) , EMPHYSÈME PULMONAIRE ,
PHTHISIE , ASTHME .
Caractères de la Pneumonie. -
Première période :
Dyspnée plus ou moins intense, selon le siége de l'inflam-
mation, sa violence et son étendue, ou seulement quelque-
fois respiration courte et accélérée qui ne laisse au malade
aucun sentiment d'oppression; douleur pleurétique vive
au début et qui disparaît ensuite peu à peu ; fièvre légère
ou violente, selon l'invasion brusque ou lente de la ma-
ladie ; petite toux non quinteuse, sèche d'abord, mais qui,
dès le troisième jour , est accompagnée d'expectoration.
La matière expectorée est mêlée à du sang; et, selon la
quantité de ce dernier, les crachats sont couleur de rouille
ou d'un rouge vif et de consistance visqueuse : à l'auscul-
tation on perçoit du côté où la douleur s'est manifestée
une su.' e de râle sec, un bruit assez semblable à celui que
produit ou du sel jeté dans un brasier, ou un parchemin
froissé, et que l'on a appelé rále crépitant ; à la percussion,
la résonnance de la poitrine est aussi légèrement diminuée.
Deuxième période : Dyspnée et fièvre plus intense, parole
haletante ; la consistance des crachats devient telle qu'ils
s'attachent fortement au vase ; la bronchophonie succède
AFFECTIONS DU POUMON. 345
au râle crépitant, la matité du son de la poitrine a aug-
menté. Troisième période : La face devient pâle, cadavé-
reuse ; l'expectoration devient aqueuse et d'une couleur de
rouille brune, elle est assez semblable à du jus de pru-
neaux. Les deux premières périodes de la pneumonie peu-
vent, à la suite de crises telles que des diarrhées et surtout
des sueurs, terminer heureusement ; il n'en est pas ainsi
de la troisième qui est toujours fatale.
Il n'est pas toujours aisé de démêler les symptômes de
la pneumonie, qu'il y ait ou non complication d'autres
maladies ; les symptômes ne sont quelquefois ni aussi bien
ordonnés, ni aussi tranchés, ni les mêmes absolument que
ceux que nous avons décrits ; et d'ailleurs il y a des cas où
aucun des symptômes ci-dessus ne peut être constaté ,
comme dans la pneumonie latente, et où ils manquent en
grande partie, comme dans la pneumonie des nouveau-nés.
Caractères de l'Emphysème pulmonaire. Cette affection
consiste dans la dilatation des vésicules pulmonaires ; elle
est caractérisée par une dyspnée qui augmente peu à peu
d'intensité, au point de simuler parfois des accès d'asthme ;
à la dyspnée se joint la toux avec expectoration de ma-
tières liquides , semblables à une dissolution mousseuse de
gomme. La poitrine est déformée, elle est plus développée
et aussi plus sonore là où l'emphysème est plus prononcé,
mais le bruit respiratoire y est diminué, et l'on perçoit ou
un râle sifflant ou un râle sous-crépitant. L'on sent des
douleurs vagues dans la poitrine , des palpitations sur-
viennent et l'œdème des membres inférieurs.
346 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Caractères de la Phthisie. -
Première période : Toux
sèche, déchirante, fatigante la nuit surtout ; si quelquefois
il y a expectoration, la matière en est visqueuse, jaune ou
verdâtre et d'une odeur fétide ; la gêne de la respiration
ne se fait guère sentir qu'avec le mouvement ; fièvre
légère , brisement des membres , perte des forces , amai-
grissement. Deuxième période : La toux devient plus vio-
lente et cause de l'insomnie ; l'expectoration plus abon-
dante, les crachats sont écumeux et striés de sang ; ils
sont mêlés d'une matière purulente qui forme de petits
globules d'une grande consistance ; ils sont désagréables
au goût, et prennent un aspect cendré à mesure du déve-
loppement de la maladie; la fièvre augmente, le soir sur-
tout ; pendant l'accès, un rouge vif colore les pommettes
des joues des malades, leurs lèvres et les glandes situées
aux angles des orbites : ce n'est que le matin que la fièvre
disparaît à la faveur d'une sueur abondante qui se déclare
et amène un peu de soulagement et de repos.
L'amaigrissement rapide que l'on observe, les forces
qui déclinent rapidement ne permettent pas de partager
l'erreur du malade, qui se croit mieux parce que l'expec-
toration est devenue plus facile, la toux moins fatigante, la
tête et la poitrine moins souffrantes ; d'ailleurs tous les
symptômes semblent bientôt s'aggraver à la fois : les
yeux perdent de leur éclat, les ongles se contournent à
l'extrémité des doigts, l'haleine est d'une odeur insuppor-
table; respiration précipitée, toux plus fatigante, expecto-
ration extrêmement abondante , fièvre hectique , sommeil
AFFECTIONS DU POUMON. 347
presque nul, sueurs colliquatives. Troisième période :
Diarrhée, œdème des extrémités inférieures , anéantisse-
ment moral et physique, perte de la mémoire, lipothymie,
hoquet, syncope.
Caractères de l'Asthme. -
Sentiment subit de resserre-
ment de la poitrine; la respiration est impossible dans la
position horizontale, le malade demande qu'on ouvre les
fenêtres pour respirer l'air frais, mais les extrémités de-
viennent froides ; la face est violette, et, comme la poi-
trine, se couvre de sueur ; les muscles de la poitrine se
contractent , l'inspiration est extrêmement difficile , et
l'expiration lente , ronflante ou sifflante. L'accès com-
mence par une toux sèche et fréquente et dure d'une à
trois et quatre heures ; pendant ce temps l'anxiété du ma-
lade et son agitation sont extrêmes, il y a menace constante
de suffocation : à l'auscultation, on perçoit un râle sibi-
lant, surtout dans l'inspiration ; le râle muqueux annonce
la fin de l'accès ; à la percussion, la poitrine rend un son
plus clair que d'habitude. Le pouls, néanmoins, reste plus
calme, et ne se développe que vers la fin; la santé, du
reste, ne paraît point trop affectée si les crises ne se re-
nouvellent pas trop souvent.
Nous nous contenterons d'une simple mention des autres
affections de cet organe, telles que l'apoplexie pulmonaire,
l'hypertrophie du poumon, l'œdème, les hémorrhagies qui
donnent lieu à l'apoplexie foudroyante, dont l'un des ca-
ractères est l'expectoration d'un liquide noir analogue à
du suc de réglisse, etc.
348 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Lorsque le scalpel a mis à nu sur le cadavre les ravages
causés par les maladies ci-dessus, et que notre œil les per-
çoit, effrayés de ces dégénérescences de tissus, de ces ca-
vernes purulentes , de ces boursouflements bleuâtres ,
violacés, etc... , l'idée de la possibilité de les empêcher de
se produire ou de les guérir ne peut nous venir. Effrayés
de leur vue, nous devenons sceptiques, et j'ai vu des ma-
gnétistes, en considérant ces plaies, perdre leur foi. Il est
temps de les rassurer et de leur dire : Ces maux qui vous
frappent par leur étrange énormité et qui causent sûre-
ment la mort, ne deviennent mortels que parce que le mé-
decin ne sait les empêcher de croître. Au début ils sont
petits, légers, ils n'affectent que de minces surfaces ;
s'ils grandissent, c'est qu'on ne sait les arrêter. Ne vous
laissez donc point alarmer lors même que vous sauriez
que ces altérations existent déjà sur le malheureux dont
vous voulez entreprendre le traitement; considérez que
votre magnétisme peut parfois tout changer. D'abord il
est un fait certain, c'est qu'un grand nombre de malades,
gravement atteints et dûment condamnés, se sont rétablis
par les seules forces de la nature, au grand étonnement
des médecins, peu familiarisés avec les moyens secrets
et les puissantes ressources dont elle dispose. Si la nature
a pu, dans certains de ces cas, opérer seule, que ne fera-
t-elle point lorsque vous viendrez à son secours et que vous
lui donnerez abondamment le principal agent dont elle a
besoin ? Pour être convaincu de ce que peut le magné-
tisme sur les déchirures intérieures, sur des bourgeons
AFFECTIONS DU POUMON. 349
purulents, il n'y a qu'à considérer un instant ce qu'il pro-
duit sur les plaies externes qui ne peuvent se cicatriser
faute de puissance, et qui, blafardes, inertes, changent à
l'instant même de caractère et deviennent superbes lors-
qu'on introduit l'agent magnétique dans ces parties épui-
sées : la bonne suppuration se fait bien vite, les bourgeons
charnus se développent, la plaie devient sensible , la cica-
trisation a lieu. Ce qui complique les maladies internes ,
c'est la résorption des matières purulentes et des sérosités
qui n'ont pu autrement trouver d'écoulement ; le sang
s'altère bien vite, la fièvre se développe et les complica-
tions dangereuses se montrent. Et que voulez-vous que
fassent dans ces extrémités, les tisanes, les sirops, les ju-
leps, les vésicatoires et les cautères ? A peine peuvent- ils ,
rarement même, contribuer à l'extraction de ce que le sang
charrie. Les anciens médecins appelaient à leur secours
le grand Archée, c'est-à-dire l'agent qui veille aux clarifi-
cations des humeurs et à leur extraction ; ils avaient des
compositions propres à tirer de leur assoupissement les
agents intelligents qui , manquant d'impulsion, avaient
cessé de fonctionner. On croit généralement que la méde-
cine des écoles a fait un grand progrès , mais cela n'est
vrai que relativement : elle sait mieux les formes des ma-
ladies, mais elle ne sait pas mieux qu'autrefois les moyens
de les guérir.
La vie est menacée quand le poumon est atteint, que
l'air aspiré ne peut plus pénétrer dans ses profondeurs et
devenir ainsi un des premiers éléments de la vitalité. Ce
350 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
qui ajoute encore à la gravité de ces affections, c'est qu'il
n'est pas toujours facile, même au plus habile médecin ,
de porter un diagnostic certain dans ces affections si di-
verses de caractère ; si le mal est chronique, la difficulté
augmente ; aussi n'est-il pas rare de voir des malades con-
damnés , survivre, et d'autres dont la gravité du mal avait
échappé, mourir.
Il faudrait donc un bien grand discernement chez le
magnétiseur pour oser promettre , assurer le succès ;
mais il peut toujours magnétiser, et sous cette influence,
souvent la nature parle et révèle elle-même la cause des
désordres et leur gravité. Je ne crois pas que l'on puisse
guérir des affections du poumon lorsqu'il y a des cavernes
dans son tissu et que l'on expectore du pus. On ne peut
guérir non plus l'asthme lorsqu'il a pour cause l'ossifica-
tion des vaisseaux ou une affection du cœur ; ce dernier
symptôme est facile à reconnaître, mais l'ossification ne se
dévoile point.
Voici ce que j'ai observé pendant ma longue carrière
sur le traitement de ces différentes affections par le ma-
gnétisme. Quelle que soit leur origine, leur gravité et leur
ancienneté, le magnétisme soulage d'abord, l'expectora -
tion devient plus facile, un dégagement instantané a lieu
et un bien-être se manifeste. Le magnétisme donne du
sommeil, réchauffe les extrémités, il revivifie les organes
languissants qui, retrouvant artificiellement l'agent néces-
saire à leurs fonctions, reprennent un peu plus d'élasticité
et d'énergie ; mais ces heureux effets ne sont pas tous dura
AFFECTIONS DU POUMON . 351
bles, ils ne peuvent point l'être, onle comprendra sans peine.
Et pourtant il est très-certain qu'on a guéri des asthmes,
des phthisies ; qu'on a fait cesser des crachements de sang ;
tous inaux que l'on croyait incurables et qui l'étaient vérita-
blement pour les médecins. Il est probable que l'engor-
gement du poumon dans ces cas, et tous les symptômes
alarmants qu'on avait constatés, venaient d'humeurs qui
s'étaient jetées sur cet organe et l'avaient envahi ; que le
poumon était seulement le lieu où la nature avait déposé des
matériaux qu'elle n'avait pu jeter autre part : il est certain
que souvent, en rétablissant les règles chez les femmes, ou
les fonctions d'autres émonctoires, en faisant reparaître à
la peau des dartres ou d'autres exanthèmes, il est certain,
dis-je, que le magnétisme a rendu à la santé bien des gens
que l'on croyait devoir mourir de la poitrine.
Il est des cas où ma raison me conseillerait de ne pas
essayer l'action du magnétisme, mais ici l'expérience me
servirait de flambeau, etje ne puis la transmettre par écrit ;
elle s'acquiert et ne se donne point. Il faut donc, jusqu'à ce
que l'on soit éclairé, essayer avec prudence l'action de ce
remède sur tout ce qui affecte la poitrine.
Nous allons indiquer comment on peut éviter quelques
erreurs dejugement et fixer les idées sur certains points.
Nous avons dit que le magnétisme favorisait toutes les
sécrétions, qu'il activait la circulation du sang et qu'enfin
il augmentait considérablement les forces médicatrices :
en faut-il davantage pour rendre possibles une foule de
guérisons là où l'inefficacité des remèdes est constatée,
352 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
car ceux-ci diminuent généralement les forces de la nature.
Mais par cela même que le magnétisme exerce une telle
action, il rentre dans le domaine des forces, des agents
qui doivent être dosés, et son administration, son emploi,
exigent un petit nombre de connaissances pratiques.
Ainsi tout afflux de sang vers la poitrine , lorsque le
poumon est en partie désorganisé, doit y produire une gêne
plus forte, une respiration plus fréquente : c'est ce qu'en
effet on constate dès les premiers instants. Si la substance
du poumon n'est point remplie de tubercules, si les nom-
breux crachats viennent seulement des membranes qui ta-
pissent les conduits aériens, le magnétisme doit produire
un grand bien, le malade doit expectorer avec facilité ;
toutes les parties malades seront ainsi revivifiées par le
sang nouveau apporté, et les conduits seront plus libres,
car le sang altéré par les humeurs se trouvera forcé de
circuler. Mais dans le cas où il y a altération profonde de
la substance du poumon, le mouvement imprimé au sang
doit être dommageable, car il pénètre dans les cavernes
produites par ulcération et y détermine une excitation trop
grande : on constate ce fait par les symptômes de suffoca-
tion, par la rougeur de la face et par des stries de sang
mêlés aux crachats ; il faut donc dans ce cas magnétiser
très-légèrement, s'arrêter souvent et ne donner que ce que
la nature peut supporter de nouvelle vie. Avec ces soins,
les malades pourront être grandement soulagés , mais on
ne doit pas conserver l'espoir de les guérir.
Nous le répétons, l'engorgement du poumon, sa matité
AFFECTIONS DU POUMON. 353
même peuvent faire croire à l'existence d'une phthisie ,
mais ce diagnostic n'est pas toujours justifié. Le poumon
peut être dégorgé, purgé des humeurs qui s'y étaient je.
tées, comme cela peut arriver à d'autres organes, et l'on peut
être radicalement guéri ; c'est pourquoi, lors même que le
doute existe, on doit toujours essayer l'emploi de ce moyen .
Nous avons parlé de l'asthme, maladie qui tourmente
une foule de personnes, et pour laquelle on n'a trouvé jus-
qu'ici aucun remède efficace, mais seulement des palliatifs
dont l'action momentanée n'agit qu'en détériorant encore
l'organe de la respiration. Les causes de cette maladie sont
presque toujours inconnues,et c'est justement parce qu'il
en est ainsi que le magnétisme peut être le plus bienfaisant
des remèdes; il agit en détergeant l'organe , en faisant cir-
culer les fluides qui s'y accumulent; et si, comme on le
pense, les nerfs parfois jouent un rôle dans les désordres,
on se rendra plus facilement encore compte de la supério-
rité du magnétisme. Notre intention n'est point de citer des
cures parfaites et d'entrer dans des détails circonstanciés,
nous nous contenterons de fournir des indications à ceux qui
cherchent un soulagement à leurs maux, à ceux qui veu-
lent essayer lepouvoir qu'ils ontde guérir les malades. Ces
indications serviront à reconnaître les divers symptômes
que fait naître le magnétisme, et apprendront à distinguer
ce qui est le produit de la maladie ou de l'agent employé.
Traitement général des affections ci- dessus. Malgré
notre désir de bien établir les procédés curatifs du magné-
tisme , leur peu d'étendue relative laissera sans doute
23
354 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
beaucoup à désirer ; mais , nous l'avons dit déjà , il
faudrait pour chaque cas de maladie un travail particulier
que nous ne pouvons faire, malgré notre bonne volonté.
Il est certain aujourd'hui que le magnétisme a été appliqué
avec succès dans tous les maux , mais nul n'a tenu
compte des faits physiologiques qu'il a produits, qui seuls
pourraient jeter quelque lumière et m'aider dans l'occur-
rence où je me trouve. Je dirai simplement ce que j'ai vu,
ce sera au magnétiste éclairé de venir ajouter à ma théra-
peutique. Dans la pneumonie , et nous ne tenons pas
compte ici des différents degrés, le magnétisme oppresse,
opprime d'abord, il semble que la respiration va être sus-
pendue. On ne doit rien craindre de ce symptôme qui pa-
raît fâcheux, car il est au contraire une preuve manifeste
de l'action exercée par le magnétisme; il faut seulement
doser le magnétisme, l'introduire petit à petit, laisser à la
nature le temps de se l'assimiler .
Le magnétisme agit comme excitant ; une sorte de tu-
multe en résulte dans la circulation. Les passes doivent
se faire longitudinalement et quand la respiration paraît
accélérée, l'on doit cesser pendant quelques instants, puis
reprendre. Une opération magnétique dans ces cas doit
durer une demi-heure , et doit être divisée en trois ou
quatre périodes de temps. Les phénomènes observés con-
sistent en sueurs partielles ou générales, en mouvements
d'intestins ; puis, quelquefois on observe la disparition
subite de la chaleur, une expectoration plus abondante
suivie bientôt d'un mieux sensible. Dire ce qui se passe
AFFECTIONS DU POUMON. 355
dans les tissus affectés est impossible, et le magnétiste,
comme le médecin, a un bandeau sur les yeux. Il est cer-
tain du moins que le vide se fait dans les vaisseaux et
que le magnétisme peut parfois remplacer la saignée.
Une évaporation considérable par la peau indique sûrement
que des particules insaisissables sont rejetées , car les
émanations ont une odeur particulière. Toutes boissons
douces autant que les malades peuvent les supporter , sont
utiles ; elles diminuent l'ardeur du sang, et comme leur
absorption et leur circulation sont rendues plus faciles,
elles font un grand bien: j'ai tiré un très-grand avantage
de l'emploi de l'eau panée. Il ne faut donc rien brusquer,
ne point chercher de crises, elles viendrontd'elles-mêmes ;
mais il faut s'astreindre à une grande régularité dans
l'heure des magnétisations, tant que le danger existe.
Comme on a pu le voir dans le courant de cet écrit, je
n'emploie point l'insufflation sur les parties malades, la
regardant comme une pratique fatigante et dangereuse,
et qui laisse des doutes sur son efficacité.
Toutes les affections de la cavité de la poitrine sont
sœurs, se lient, s'amalgament entre elles, et c'est pourquoi
le traitement que nous venons d'indiquer doit péu varier
dans son application. Si beaucoup est laissé au discerne-
ment du magnétiseur, la faute en est au peu d'observa-
tions recueillies, car le magnétiseur a été rarement appelé
pour des cas semblables.
356 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
AFFECTIONS DES BRONCHES ,
DE LA TRACHÉE ARTÈRE ET DU LARYNX.
BRONCHITE, COQUELUCHE, LARYNGITE, OŒDÈME
DE LA GLOTTE , CROUP.
Caractères de la Bronchite. -
Toux plus ou moins in-
tense , mais douloureuse et quinteuse, sèche d'abord puis
accompagnée de l'expectoration d'une matière visqueuse,
filante, très-adhérente parfois au vase, colorée plus ou moins
par la bile. La douleur dans les bronches et la trachée est
plus oumoins vive, surtout au moment des quintes où elle
est le plus vivement ressentie. La respiration est d'au-
tant plus gênée que l'inflammation occupe les petites
bronches, et dans ce cas seulement on perçoit à l'ausculta-
tion des bruits variés qui semblent indiquer la marche et
le caractère de la maladie : d'abord râle sec, sibilant ou
ronflant, ou bien un râle humide, crépitant, sous- crépitant,
muqueux, etc. En même temps, rougeur et gonflement de
la face, céphalalgie plus ou moins considérable, bouche
pâteuse, sentiment de courbature; fièvre plus ou moins
forte, peau chaude, urine rare et foncée. L'intensité plus
ou moins vive de ces symptômes ou de quelqu'un d'entre
eux fait toute la différence des divers genres de bronchite,
tels que la Grippe, la Bronchite capillaire, la Bronchite
AFFECTIONS DES BRONCHES, ETC. 357
chronique, la Bronchorrhée, caractérisée de plus par une
expectoration abondante d'un liquide semblable à du blanc
d'œufdélayé dans l'eau et qui simule des accès d'asthme.
Caractères de la Coqueluche. - Toux convulsive reve-
nant par accès, inspiration longue et sifflante suivie de
nombreuses expirations, et terminées par des vomissements
glaireux. Cette affection est contagieuse.
Caractères de la Trachéite. La trachée artère est quel-
quefois le siége d'ulcérations qui donnent lieu à de la toux
et à des crachats muqueux, puis purulents et striés de
sang ; il y a de la dyspnée, et du sifflement dans l'inspira-
tion, la voix est rauque.
Caractères de la Laryngite. -
Fièvre ou simplement
malaise général, douleur au larynx plus ou moins vive, sen-
sation d'un corps étranger dans cette partie; voix rauque,
toux sèche d'abord, puis humide, fatigante. Quelquefois il
n'y a point inflammation simple, mais tuméfaction, gon-
flement de la membrane : alors la respiration est sifflante et
la toux a de l'analogie avec celle qui se fait entendre dans
le croup. Cette tuméfaction du larynx peut s'accompa-
gner d'une sécrétion abondante de mucosités : ces deux
cas se présentent parfois chez les enfants. Parfois encore
la membrane enflammée présente des ulcérations, et alors
il y a sécrétion de pus : les symptômes de la laryngite se
retrouvent ici avec plus d'intensité, la voix est rauque,
il peut y avoir aphonie graduelle; latoux est rauque, crou-
pale , fréquente; les crachats contiennent parfois des débris
de fausses membranes; la dyspnée est souvent très-forte :
358 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
en même temps, si des symptômes généraux s'accusent
avec quelque violence, on a affaire à la Phthisie laryngée.
Dans l'OEdème de la glotte, ce n'est plus une sécrétion,
c'est une collection de pus qui n'a point été sécrété, et
qui produit de la dyspnée ; l'inspiration est douloureuse et
bruyante, la voix est rauque, sifflante ; toux croupale ;
accès de suffocation qui emportent le malade.
Caractères du Croup. - Inflammation du larynx avec
production de fausses membranes qui peuvent être abon-
dantes et gêner la respiration au point de déterminer
l'asphyxie. On a comparé la toux de l'enfant atteint du
croup à l'aboiement du chien, au chant du coq ; mais dans
ce chant, il y a deux temps distincts, et c'est avec le
second que l'analogie est plus grande : on l'a appelée
toux croupale. La voix peut être entièrement éteinte ou
se ressentir du genre d'accentuation de la toux : la respi-
ration a aussi un caractère particulier, elle est ronflante
ou sifflante ; la toux est sèche , ou suivie de crachats
blancs mêlés de mucosités et quelquefois de fausses
membranes. La fièvre est intense dès le début : il y
a de l'agitation, des mouvements désordonnés ou de la
prostration. Les ganglions lymphatiques du cou sont
gonflés. Le croup débute brusquement parfois, et sa marche
est extrêmement rapide: la mort peut survenir en peu d'ins-
tant ; ou bien c'est une petite toux, un petit enrouement
auquel on ne prendra pas garde qui en seront les précur-
seurs.
Traitement général. - Dans ces diverses affections, le
AFFECTIONS DES BRONCHES , ETC. 359
magnétisme peut jouer un rôle actif, il localise le mal,
empêche par conséquent ses progrès en faisant circuler le
sang et les humeurs ; les symptômes alarmants perdent de
leur gravité, le maldevient plus doux, plus supportable, et
quand seul il ne guérit pas, l'amélioration qui lui est due
permet au médecin d'essayer l'efficacité de ses remèdes,
Dans une foule de cas où tout semblait désespéré, où la
suffocation et l'asphyxie étaient imminentes, nous avons vu
après la magnétisation les breuvages supportés, ce qui
n'avait point lieu avant l'emploi du magnétisme ; nous
avons vu de fausses membranes, des couennes se détacher
d'elles-mêmes et laisser plus de liberté à la respiration.
De tels résultats seraient précieux pour un médecin s'il
voulait bien se pénétrer de l'existence du magnétisme et
l'employer, ne fût-ce que comme auxiliaire .
Dans la coqueluche, le magnétisme provoque les accès,
Il doit être employé principalement sur l'abdomen ; il faut
tâcher d'obtenir des sécrétions alvines, le plus que l'on
peut : ces garde-robes sont parfois toutes séreuses et
diminuent par conséquent les humeurs aqueuses qui se
portent vers la poitrine. Chacune de ces affections est
soumise à certaines périodes d'aggravation qui seraient
arrêtées sûrement à leur début si l'on en contrariait le
principe, si en le divisant on l'empêchait d'altérer les
tissus. C'est pourquoi un père prévoyant pourra beaucoup
sur ses enfants si, lorsqu'il aperçoit lespremiers symptômes
d'une de ces affections menaçantes, il s'empresse, même
avant l'arrivée du médecin , d'appliquer résolûment le
360 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE ..
magnétisme ; lors même que son action serait peu sen-
sible, il n'en aura pas moins produit un ébranlement
particulier et déplacé une partie des matériaux d'irrita-
tion. Plus tard, les difficultés s'accumulent, souvent même
la fréquence des accès laisse peu du calme si nécessaire
pour que le magnétisme puisse exercer sa puissance en
s'assimilant aux forces nerveuses de l'être malade ; le
magnétiseur, de son côté, perd toute confiance en voyant
la persistance de crises naturelles cependant et auxquelles
il doit s'attendre : néanmoins , malgré les difficultés
d'application, les maladies sont abrégées dans leur durée
et rendues plus bénignes. On voudrait voir les maux cesser
comme par enchantement ! Quand on emploie le magné-
tisme, on n'a point sous les yeux les obstacles qu'il a à
combattre , obstacles que les médecins sont loin, pour ce
qui les concerne , de méconnaître , car l'inefficacité de
leurs remèdes leur prouve la résistance des tissus à toute
action directe , à moins d'employer les cautérisations ,
comme ils le font du reste assez généralement lorsqu'ils
peuvent atteindre les tissus malades , comme dans les
amygdalites, certains maux de gorge, de la luette, etc.
AFFECTIONS DU COEUR , ETC. 361
AFFECTIONS DU COEUR ET DE SES DÉPENDANCES
ANGINE DE POITRINE, PÉRICARDITE.
Caractères de l'Angine de poitrine. - Cette affection
est de nature névralgique, et son invasion est le plus sou-
vent brusque. Une douleur extrêmement aiguë, constric-
tive, qui plonge le malade dans la plus vive angoisse, se
déclare vers la région du cœur, soit en marchant , soit en
montant ; elle disparaît pour réapparaître avec quelques
mouvements violents, avec une émotion forte. A chacun des
accès qui peuvent devenir très-multipliés, la suffocation est
toujours imminente.
Caractères de la Péricardite. -
Douleur au côté gauche
en tout semblable à la douleur pleurétique; elle s'accom-
pagne aussi de fièvre et d'oppression. Il y a soulèvement
des côtes et des espaces intercostaux de la troisième à la
huitième côte, et son mat dans toute cette étendue ; le
pouls est petit, irrégulier, intermittent. Une angoisse
inexprimable, des convulsions, le délire, s'emparent du ma-
lade. Les battements du cœur sont quelquefois sensibles à
la main, à la vue même, saufdans les cas d'épanchements
dans le péricarde.
Nous n'avons rien à dire, tant les caractères en sont
obscurs et peu certains, de l'Endocardite ni de la Cardite ;
362 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
presque rien à dire des Palpitations nerveuses, affection où
les malades entendent, sentent même leur cœur battre ;
de l'Hypertrophie, où les battements du cœur sont telle-
ment forts, qu'ils soulèvent les parois de la poitrine dans
une grande étendue, d'une façon si visible parfois qu'on
s'en aperçoit malgré les vêtements. La pointe du cœur se
trouve quelquefois aussi déplacée, et l'on perçoit son batte-
ment en un lieu plus ou moins éloigné du point habituel.
Les symptômes généraux se bornent le plus souvent à une
forte coloration de la face, à moins que la maladie ne
s'aggrave. Ce que nous pourrions dire sur les Ané-
vrismes du cœur ou sur ceux de l'aorte, n'éclairerait point
suffisamment nos lecteurs pour leur permettre de se pro-
noncer dans beaucoup de cas sur l'existence de ces affec-
tions. Les symptômes de l'anévrisme du cœur, palpitations,
anxiété, pouls faible, congestion de la face, se retrouvent
dans toutes les maladies de cet organe. Ceux des ané-
vrismes de l'aorte sont tout aussi obscurs .
Si le magnétisme n'était point une force qui secoue et
remue les organes, si son action était constamment douce
et tempérée, nous n'éprouverions aucun scrupule à en
indiquer ici l'emploi général, et quel que fût le genre de
l'affection. Une crainte qui ne m'a jamais quitté lorsque
je traitais des maladies du cœur, c'était de voir surgir tout à
coup un des phénomènes qu'on observe lorsqu'on magné-
tise un homme en santé, c'est-à-dire de voir apparaître de
fortes palpitations et un tumulte dans la circulation, toutes
choses qui me faisaient penser que les procédés magnéti-
AFFECTIONS DU COEUR , ETC. 363
ques devaient dans ce cas être soigneusement étudiés, de
manière à éviter un choc toujours fâcheux. Je dois dé-
clarer cependant que jamais je n'ai vu un accident immé-
diat venir justifier mes craintes; cela vient-il de ce que
j'ai constamment usé avec ménagement du magnétisme en
m'arrêtant toujours avec une sorte de sagesse, ou bien le
magnétisme n'aurait-il point l'inconvénient que je lui
suppose : ayant devant les yeux les propriétés trop sou-
vent malfaisantes des remèdes, et le magnétisme en étant
un, il ne m'a jamais été démontré rigoureusement qu'il
n'eût point aussi ses inconvénients ? Quoi qu'il en soit, on
peut, dans certains cas, faire le plus grand bien au malade.
Le magnétisme paraît même être le seul remède aux exagé-
rations de sensibilité du cœur . J'ai moi-même fait cesser des
désordres qui paraissaient incurables et semblaient cons-
tamment menacer la vie ; je n'espérais point guérir, et ce-
pendantj'ai rétabli la santé là où des médecins avaient pro-
nostiqué l'incurabilité de la maladie : c'est qu'ici l'on s'était
trompé ; il n'y avait sans aucun doute ni épaississement des
cavités, ni dilatation, ni atrophie, mais seulement une né-
vrose. J'ai guéri une affection de ce genre qui durait depuis
quinze ans et ne laissait aucun repos. A la troisième ma-
gnétisation bien doucement pratiquée, la malade est tombée
dans un doux sommeil, ce qui ne lui arrivait jamais dans
ses crises , et pour ne point entrer dans d'autres détails, je
l'ai guérie en peu de temps. On attendait à chaque instant
la mort avant mon traitement, la santé est venue pour
faire mentir le pronostic des médecins, faire cesser le déses
364 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
poir d'une famille et prouver l'excellence du magné-
tisme.
Dans les affections du péricarde, on doit moins craindre
de fortes magnétisations, et l'on doit espérer pouvoir agir
heureusement, comme on le fait d'ailleurs dans toutes les
affections nerveuses en forçant la circulation de l'agent du
trouble, en le délogeant du point qu'il affecte et où il
semble se jouer de tous les remèdes de la médecine.
Nous passons légèrement sur une altération pourtant
bien grave, par la raison que la lumière ne s'est point
encore faite pour nous. On comprend que nous voulons
parler de l'anévrisme. Nous avons eu pourtant des
guérisons que nous avons relatées dans nos précédents ou-
vrages ; mais ces guérisons sont des drames trop émou-
vants pour que nous osions engager les autres à faire de
même; les médecins seuls, habitués à tout risquer, pour-
ront, lorsqu'ils seront initiés au magnétisme, essayer ce
qui nous a réussi. Pour nous, nous reculerions aujourd'hui
devant des opérations qui font craindre de se rendre
l'auteur ou le complice d'un meurtre.
Traitement général.-On doit débuter par une magnéti-
sation faible, comme si l'on voulait s'assurer préalablement
de la sensibilité magnétique du malade, augmenter ensuite
lasaturation si riennese manifeste de violent, chercher à pro-
duire du sommeil, toujours si efficace dans ces cas que j'ai
même plusieurs fois quitté des malades sans les réveiller,
jugeant que ce sommeil était critique et qu'il ferait le plus
grandbien, ce qui arrivait en effet. La durée de cesommeil
DOULEURS DE DENTS . 365
était variable, il se prolongeait rarement plus d'une heure.
Lorsque la nature ne semble point faire un effort ni par
conséquent vous seconder, actionnez directement la région
du cœur ; vos doigts dirigés en pointe, demandez, sollicitez
son intervention avec une énergie croissante, comme lors-
qu'on élève graduellement la voix quand on parle à un
sourd dont on ignore le degré de surdité. Arrêtez-vous lors-
qu'il y a émotion, la magnétisation est complète, et vous
avez trouvé les véritables procédés pour ces cas; mais
attendez-vous à de nombreuses magnétisations, car dans
les affections chroniques de cette région, on n'arrive pas
à rétablir l'état normal par un premier jet magnétique. Je
n'ai pas besoin d'ajouter que vous ne devez jamais déma-
gnétiser votre malade que dans les cas seuls où il y a eu
exagération de sensibilité.
DOULEURS DE DENTS .
On réussit très-bien à calmer les douleurs de dents
par le magnétisme. Bien souvent les douleurs viennent
d'une carie des os; le soulagement obtenu alors n'est que
temporaire, la guérison ne peut avoir lieu que par l'ex-
traction : il est remarquable toutefois qu'une forte impres
366 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
sion, la vue de l'instrument du dentiste, fasse cesser subi-
tement des douleurs intolérables.
Il y a, de par le monde, beaucoup de personnes qui ,
tout en ignorant le véritable agent qu'elles mettent en
œuvre, emploient des procédés magnétiques pour faire
cesser les douleurs de dents ; l'être souffrant doit être con-
fiant, l'opérateur lui touche alors la dent soit avec un clou,
soit même avec le doigt et prononce certaines paroles ou
dit une prière. Il est défendu à ces personnes, disent-elles,
de rien accepter, ce à quoi elles se conforment rigoureuse-
ment, pensant qu'elles perdraient toute puissance. Les
magnétistes ont réussi parfois par les procédés simples
du magnétisme et sans l'emploi de ces formules.
AFFECTIONS DU NEZ.
Quelques affections du nez ont pour point de départ un
trouble dans les humeurs, un vice originel ou acquis par
une infection syphilitique. Plusieurs rentrent dans la classe
des cancers, etc.... On les traite de même et nous y ren-
voyons le lecteur. Tout ce qui n'est qu'engorgement
fluxionnaire simple et qui ne vient point de l'habitude de
l'ivresse se guérit très-bien par le magnétisme. Un mou
AFFECTIONS DES YEUX. 367
vement imprimé à la circulation suffit souvent pour déterger
et chasser tout ce qui s'était fixé de matériaux d'irritation
soit dans les fosses nasales, soit dans les tissus propres du
nez. On a guéri ainsi des nez punais.
AFFECTIONS DES YEUX .
BLÉPHARITE , CONJONCTIVITE , AMAUROSE , ETC.
Je n'indique qu'un petit nombre de maladies d'yeux,
celles sur lesquelles le magnétisme agit communément.
Lorsqu'il y a opacité ou cataracte, le magnétisme ne peut
agir : c'est un corps matériel à détruire, c'est dès lors
l'affaire du chirurgien. Lorsque les humeurs de l'œil
sont altérées, troublées, qu'elles ont par conséquent
perdu leur transparence, lorsqu'il y a diminution du volume
de l'œil, qu'il est flétri, le magnétisme nepeut rien : si on
l'emploie, ce doit être comme essai, comme dernier remède
et sans bien grand espoir de succès. Mais lorsque les hu-
meurs de l'œil sont limpides, lorsque la pupille n'est pas
dilatée démesurément et immobile, lorsque enfin ce n'est
qu'uneparalysie dunerfoptique qui a déterminé la cécité, on
peut se permettre quelque espoir, le magnétisme offre une
368 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
chance de salut. Dans certains cas il force le passage, et
reporte la vie dans la branche auparavant abandonnée de
l'arbre nerveux. Je n'ai jamais vu cependant la cécité dis-
paraître très-rapidement ; c'est petit à petit que survient
l'amélioration, et ce bienfait est précédépar des lueurs qui ,
au lieu de ravir, portent le désespoir chez l'aveugle : il
craint que ce mieux n'augmente pas, il tremble de le voir
disparaître. Laissez-le se désespérer, et continuez dou-
cement votre travail ; nous avons remarqué toujours que la
nature, sollicitée avec persévérance par l'action magnétique,
faisait de nouveaux efforts et finissait par produire
un mieux de plus en plus sensible.
Les seuls symptômes d'action que nous ayons remar-
qués se montrent pendant la magnétisation. On voit l'œil
devenir plus brillant, il larmoie parfois, les paupières
s'agitent convulsivement et la tête oscille, les yeux se fer-
ment et des picotements s'y font sentir. J'ai réussi dans
plusieurs cas de cécité où tous les remèdes avaient été
employés sur l'avis d'oculistes en renom. Les résultats ob-
tenus ont été durables, inais non le souvenir du bienfait.
Voici comment les gens guéris ont rendu témoignage :
la première guérison eut lieu contre mon attente car je ne
l'espérais point et l'homme qui avait ainsi miraculeusement
recouvré la lumière , - ne savait pas au bout de quelque
temps si c'était bien moi qui l'avais guéri, son infirmité
devait sans doute se passer, ajoutait-il, etc. Le second
exemple ne m'offrit pas d'autre satisfaction : c'était un
sous-intendant militaire qui avait contracté son infirmité
AFFECTIONS DES YEUX . 369
en Afrique, et qui, sans moi, n'aurait pu atteindre le temps
voulu pour sa retraite. Un jour il m'écrivit une lettre
presqu'impertinente et se plaignait de l'insuccès de mes
efforts... J'eus le plaisir de le rencontrer se promenant
seul dans les rues de Paris, tandis qu'il ne pouvait, avant,
faire un pas sans un guide. Chez tous les deux, l'action
magnétique convulsait et agitait les paupières, ils sentaient
un feu qui leur traversait les yeux.
Lorsque la vue n'est pas entièrement éteinte, la guéri-
son est bien plus facile. Plusieurs malades m'ont dû la
conservation d'un œil gravement atteint et la cessation des
douleurs existantes dans celui qui était perdu sans retour.
N'oubliez pas que toutes les maladies que vous aurez à
combattre ont une cause physique, qu'elles sont dues à des
agents naturels introduits en nous par diverses voies, et
que la santé ne peut se rétablir qu'après leur expulsion.
N'oubliez point que la nature a pourvu à tous les embarras
qui pourraient survenir, qu'elle a établi des émonctoires,
des égouts où elle dirige sans cesse tout ce qui est impropre
à la vie, tout ce qui peut troubler les fonctions des organes ;
qu'ainsi, dans les cas de maladies spécifiés plus haut, lors-
que par le magnétisme vous obtenez une abondante sécré-
tion de larmes, un écoulement d'humeurs par les oreilles,
de sang par les fosses nasales, ces résultats sont des indi-
cations précieuses de tendances que vous devez vous em-
presser de seconder. Il faut donc vous appliquer à recon-
naître ces symptômes, ils seront pour vous un encourage-
ment, un gage de réussite.
24
370 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Traitement général. Pourprocéder à ces cures, on com-
mence comme s'il ne s'agissait point d'une maladie des
yeux, on magnétise généralement, puis, diminuant gra-
duellement l'étendue de ces passes, on arrive à n'actionner
que la région des yeux ; ón dirige les doigts en face la pu-
pille à une petite distance en faisant osciller légèrement
les doigts pour donner plus d'activité à l'émission : le ma-
gnétiseur doit, par la pensée, suivre jusque dans l'organe
malade le courant magnétique; il faut qu'il se concentre,
qu'il s'absorbe un instant, afin que, semblable à une pile
galvanique tout son feu soit appelé à l'extrémité de ses
doitgs et s'échappe de leurs pointes. La nature ainsi excitée
peut, par sa toute-puissance, reproduire des tissus, nettoyer
ceux qui ont perdu leur transparence ;ellelepeut en rendant
l'absorption plus active et par l'emploi d'autres moyens qui
nous sont inconnus, tandis que les sétons, les vésicatoires,
lescollyres de toute espèce ne font souvent qu'altérer ses
forces et rendre plus difficiles les retours à la santé.
AFFECTIONS DE L'OREILLE. 371
AFFECTIONS DE L'OREILLE.
OTITE, OTHORRHÉE , OTALGIE , SURDITÉ.
Les causes ici sont également diverses, et nous ne pou-
vons lesspécifier. Ces infirmités masquent souventdegrands
désordres dans le cerveau , et sont pour le magnétisme
d'une difficulté extrême à guérir ; nous comptons cepen-
dant des succès où la médecine avait échoué.
Vous allez sans doute demander comment, ignorant la
cause des maladies, nous espérons pourtant les guérir ?
Voici notre explication : nous sommes différents en toutdu
médecin qui ne peut fixer ses idées sur des remèdes sans
connaître parfaitement la cause ou l'origine d'un mal ; sans
cela, son choix est une présomption et lesuccès un pur ha-
sard. Nous, au contraire, nous n'avons besoin que de con-
naître la partie où est le mal, la région qu'il occupe pour
y faire pénétrer le remède.
Nous imprimons dans la partie souffrante un mouve-
ment particulier, nous augmentons pour un instant sa sen-
sibilité, et nous savons que la nature nous aidera pour le
reste. Nous ne sommes qu'un des instruments de ses opé-
rations, nous lui fournissons l'élément dont elle a besoin
pour agir : si le mal est aigu on constatera un surcroît
d'activité ; si , au contraire, nous rencontrons de l'inertie ,
372 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
de l'indolence, la nature ne tardera pas à se réveiller de
son assoupissement etdes réactions auront lieu ; il y aura
augmentation de chaleur, humidité dans les tissus dont au-
paravant la sécheresse était évidente. Cette activité qu'on
pourrait croire devoir cesser avec la magnétisation conti-
nue un certain temps, et suffit, dans certains cas, pour mo-
difier considérablement les dispositions existantes et pro-
duire à la fin de très-heureux résultats. On a vu parfois
survenir des écoulements par les oreilles, une vapeur
fétide s'en échapper, et l'action du magnétisme, se faisant
ressentirjusque dans l'arrière-bouche et dans le nez, une
sécrétion particulière s'ouvrait une issue par ce dernier
organe. Lorsque ces symptômes favorables se rencontrent,
on doit être certain du succès : trop souvent la paresse ou
la faiblesse de la nature rendent l'action du magnétisme
lente, bien lente, et le succès est acheté au prix d'une rare
persévérance.
Traitement général.-Les procédés à suivre consistent ,
après la magnétisation générale sus-indiquée, à appliquer
la paume des mains sur le conduit auditif en le pressant
légèrement ; puis, lorsque la chaleur s'y montre, l'on intro-
duit dans le canal le doigt indicateur qui y fait pénétrer
plus directement le courant magnétique. Il n'est pas rare
alors de voir survenir une rougeur inaccoutumée à la face ,
une sorte de titillation et de picotement dans les oreilles,
ce qui est ordinairementd'un bon augure.
Pour se mettre plus à l'aise, l'on fait asseoir le malade
sur un tabouret, on se place derrière lui en restant debout ;
AFFECTIONS DE L'OREILLE. 373
la fatigue du magnétiseur est alors moins grande, et il
peut ainsi continuer plus longtemps la magnétisation.
Je n'ai pas besoin de répéter que les maux ne guérissent .
point par enchantement, que l'on ne peut arriver à détruire
les obstacles presque toujours dus à des causes matérielles ,
à des altérations de tissus, à leur épaississement, etc... , que
par l'emploi réitéré des procédés indiqués. Lorsque des
instruments essentiels à l'audition ont été détruits par
la suppuration, le magnétisme ne peut les remplacer ;
mais lorsqu'il n'y a que paralysie ou diminution de sensi-
bilité, le magnétisme, faisant son office, peut y rappeler la
374 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
vie et par conséquent guérir. Il est remarquable que la
médecine échoue ici complétement et qu'elle ne fait d'or-
dinaire qu'aggraver les maux : ses injections de toute
nature, la perforation du tympan, ne font qu'augmenter
l'incurabilité et désespérer les malades qui, trop dociles ou
trop crédules, se sont soumis à une médication impuissante
d'après l'aveu même des médecins .
AFFECTIONS DU CERVEAU , DU CERVELET
ET DE LA MOELLE ÉPINIÈRE.
CONGESTIONS, OEDÈME DU CERVEAU , ENCEPHALITE (CÉRÉBRITE,
CÉRÉBELLITE), MÉNINGITE, MYÉLITE, ETC.
Caractères. -
Là ne sont point énumérées toutes les
maladies qui peuvent affecter le cerveau, le cervelet et la
moelle épinière. Comme dans tous les autres organes, l'hé-
morrhagie peut s'y produire. Le cerveau peut être hypertro-
phié, et si le crâne n'est pas suffisamment développé, le
cerveau se trouvant comprimé, des accidents surviennent
qui sont dus à cette compression. Chacun des organes ci-
dessus peut être atrophié; ils sont sujets au ramollissement
général ou partiel, qui se traduit par une perte subite de
connaissance accompagnée d'une paralysie simple ou avec
AFFECTIONS DU CERVEAU , ETC. 375
contracture, ou avec convulsions partielles ou générales. Si
la connaissance, au contraire, est conservée, l'intelligence
restant néanmoins un peu obtuse, les mouvements volon-
taires peuvent s'altérer subitement ou insensiblement. Ces
organes sont aussi sujets à l'induration générale, qui en-
traîne la mort, ou partielle, et alors la paralysie présente les
mêmes caractères que ceux du ramollissement, avec cette
différence que la paralysie augmente graduellement. On
constate aussi dans ces organes la présence des kystes, des
tubercules, des cancers, etc. Mais quelles que soient les af-
fections qui envahissent ces organes, on retrouve en toutes ,
et à un degré de développement plus considérable, les ca-
ractères que nous venons d'exposer et ceux de la conges-
tion : rougeur de la face, l'artère temporale bat avec
force, yeux injectés, céphalalgie dont le siége varie,
étourdissements, vertiges, somnolence, lassitudes insur-
montables ou activité fiévreuse, fourmillements partiels ou
généraux dans un ou plusieurs membres; les veines sont
gonflées. Ces accidents peuvent cesser pour se renouveler
plus tard et plusieurs jours de suite, pour disparaître pour
un temps plus ou moins long. Ou bien il y a perte absolue
et subite de connaissance et le malade tombe ; c'est ce que
l'on a appelé coup de sang ; alors le malade, s'il ne meurt
pas, revient graduellement à la santé ; ou bien il y a hémi-
plégie qui cesse aussi subitement qu'elle s'est déclarée, ou
bien la sensibilité et la motilité sont affectées à la fois ou
séparément, ou bien l'intelligence est troublée et alors le
délire se montre; dans ce cas il peut y avoir développe
376 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ment de forces musculaires, et si la face devient vultueuse,
noire : mort . On retrouve dans l'œdème du cerveau les
symptômes les plus graves ci-dessus, et ils produisent ce
que l'on a appelé l'apoplexie séreuse. Il en est de même
dans l'encéphalite, que l'inflammation porte sur le cerveau
ou le cervelet ; seulement dans le premier cas il y a des
contractions, des convulsions , une excitation générale ,
dans le second, état comateux et paralysie ; mais ces états
peuvent exister concurremment ou se présenter alternati-
vement. Les sens sont surexcités, l'œil est extrêmement
sensible , l'oreille perçoit des bruits bizarres.
Dans la myélite, le désordre des mouvements est aussi
ce qu'il y a de plus remarquable à noter ; il peut exister
même dans ceux qui ne sont point soumis à la volonté. Ce
désordre se manifeste à la face, à la poitrine, à l'abdomen,
par des douleurs extrêmement variées, selon que l'affection
occupe des points correspondants dans le prolongement
rachidien; la sensibilité générale est ou abolie ou simple-
ment diminuée. Dans la méningite, il en est tout autre-
ment, la sensibilité est extrême, les sens s'affaiblissent, se
troublent, et finalement sont abolis; ily a paralysie d'une
partie du corps plus ou moins intense, ou bien encore cer-
taines parties semblent être condamnées à un mouvement
constant, mais non uniforme. Il y a délire ou coma.
Ces affections sont pour la plupart insondables. Les
altérations de substance que quelques-unes laissent aper-
cevoir ne prouvent rien; elles ne sont que l'effet d'une
cause inconnue. Ce qui est certain, c'est que les excès de
AFFECTIONS DU CERVEAU , ETC. 377
tout genre peuvent amener ces désordres, et qu'en épuisant
les forces vitales, la source qui les produit, l'organe qui
les sécrète s'altère sensiblement. Les racines de l'arbre
humain deviennent malades, et trop souvent les remèdes
sont impuissants à les rétablir. Les symptômes de ces alté-
rations se laissent apercevoir, la science les constate ; mais
déjà il n'est plus temps d'y apporter un remède. C'est en-
core ici que la médecine montre son impuissance. Pour nous,
qui ne pouvons embrasser dans ce court écrit toutes les va-
riétés de ces maladies, leur forme multiple, ni entrer dans
des détails qui multiplieraient les pages de cet ouvrage
sans trop de profit pour nos lecteurs , puisque la science
elle-même n'exprime souvent que des doutes, ou ne con-
state que des erreurs : quand rien n'est positif, nous devons
nous arrêter. Nous aurions dû, quand nous avons parlé des
affections nerveuses en général, mentionner les altérations
du cerveau et du cervelet, mais rien ne prouve encore que
ces maladies soient purement nerveuses. Quoi qu'il en soit,
le magnétisme leur est applicable à un certain degré. Le
sommeil magnétique, surtout lorsqu'il est prolongé, opère
en nous de curieux et inespérés changements. Expliquer
son influence serait bien difficile, montrer comment ce flux
et ce reflux des forces vitales agit et modifie les situa-
tions de santé ou de maladie paraît impossible, mais le
fait de leur influence est constant. L'action magnétique
met une sourdine sur ce qui vibre trop fort, diminue la
sensibilité des organes surexcités. Ne produirait-elle que
cela que son bienfait serait supérieur aux remèdes pharma
378 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ceutiques, et ici la nomenclature de ceux qui ont été pré-
conisés me demanderait plusieurs pages de description.
Ce n'est point qu'il faille renoncer aux remèdes, nous le
disons une fois pour toutes, ils peuvent être efficaces. Ce
qui manque à l'homme qui les indique, c'est la connais-
sance précise de la vertu des remèdes et du moment où il
doit les employer. C'est une chose bien précieuse
qu'un agent subtil ait justement deux propriétés qui
nous paraissent tout opposées, sédatives et excitantes ;
mais pour comprendre ce mystère, il faut avoir magnétisé
souvent. On aperçoit alors que cet agent appartient à ce
qui constitue la vie et qu'il a pour mission propre de réta-
blir en nous l'équilibre. Ainsi, chez les personnes portées,
soit par nature, soit par maladie, à s'abandonner au som-
meil ou y succombant forcément, le magnétisme les ré-
veille et leur donne une juste mesure de l'état de repos ;
chez les personnes, au contraire, dont la sensibilité est
exagérée et où le sommeil ne vient pas ou se fait attendre,
le magnétisme calme les nerfs et rétablit le sommeil. On
voit maintenant comment il peut agir sur les désordres des
sens, et remplacer tantôt les excitants de la médecine
pharmaceutique, tantôt les agents sédatifs.
Mais sans entrer davantage dans cet ordre d'idées, il
faut, pour que l'efficacité du magnétisme se montre, qu'il
ne rencontre point sur son chemin une organisation ébau-
chée seulement, ou ces épuisements dans lesquels les ha-
bitudes vicieuses peuvent plonger, ou bien encore le mer-
cure qu'on a donné sans ménagement, car il reste en nous,
AFFECTIONS DU CERVEAU , ETC. 379
obstruant et altérant des tissus qui cessent de fonctionner
à la moindre blessure .
Traitement général. -
Chercher le sommeil et par
conséquent diriger le magnétisme de la base du crâne au
sommet de la poitrine. Ceci fait pendant une vingtaine de
minutes, si le sommeil n'est point venu, il faut magnétiser
en se plaçant derrière le malade depuis l'occiput jusqu'aux
reins. Quand on a pratiqué cette magnétisation pendant
une dizaine de minutes, soit à distance, soit par un léger
contact, on presse avec les doigts la base du crâne en
descendant lentement et pressant alternativement chaque
vertèbre jusqu'au sacrum, bien entendu que tout cela doit
être fait avec ménagement lorsqu'il y a douleur. Nous avons
constaté d'excellents résultats de cette pratique ; j'ai vu
des rétablissements inespérés avoir lieu. Ils étaient obtenus
par des personnes qui , obéissant à mes prescriptions et
ne connaissant du magnétisme que ce que brièvement je
leur en avais révélé, étaient cependant parvenues à guérir
de leurs parents ou de leurs amis, bien reconnus comme
incurables par les représentants de la science officielle.
L'effet magnétique avait paru ne produire rien de sensible ;
aucune garde-robe, point de transpiration ; rien enfin de
ce qui a lieu dans les autres maladies. Les malades cepen-
dant allaient de mieux en mieux, la nature avait procédé
sourdement ; ce qui seul pouvait donner la mesure de son
action, c'étaient des picotements et une espèce de fourmil-
lement dans les membres. Il semblerait que quelques ma-
ladies finissent comme elles ont commencé, en montrant
380 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
les mêmes symptômes ; les affections chroniques offrent ce
caractère, c'est que pendant leur traitement on voit repa-
raître successivement et dans leur ordre tous les phéno-
mènes qui s'étaient produits pendant le cours de la ma-
ladie et dès son début. La durée de ces traitements
magnétiques ne peut être indiquée, et pour que le succès
ait lieu, on doit obtenir du malade qu'il s'éloigne des causes
probables qui ont amené les désordres.
RHUMATISME ET GOUTTE .
Caractères. -
Nous ne voulons point pénétrer les
causes de ces affections, car ce que nous pourrions en
dire pourrait être contesté , et d'ailleurs nous n'avance-
rions point à faciliter la guérison de ces maladies.
On a distingué le rhumatisme en rhumatisme musculaire
et en rhumatisme articulaire. On voit par là combien
peuvent être nombreux les siéges de cette affection. Il y
a des rhumatismes du cuir chevelu, des ophthalmies rhu-
matismales, des rhumatismes du cou, qui portent le nom
de torticolis, des rhumatismes de la région lombaire ap-
pelés lumbagos, des rhumatismes des muscles de la poi-
trine, connus sous le nomde pleurodynie, que l'on distingue
RHUMATISME ET GOUTTE . 381
d'autres affections analogues en ce que la douleur pleuro-
dynique augmente par la pression et n'est pas, à moins
qu'elle ne soit extrêmement violente , accompagnée de
fièvre. Il y a aussi des rhumatismes internes ; s'ils se font
sentir à l'estomac, ils déterminent des vomissements ; dans
les intestins, des coliques, etc... Le rhumatisme coïncide
presque toujours avec une affection du cœur, l'endocardite
ou la péricardite, soit que ces dernières apparaissent en
même temps, soit qu'elles ne se montrent qu'après l'inva-
sion du rhumatisme.
Du rhumatisme chronique nous n'en dirons rien, si ce
n'est que la persistance de l'affection amène soit des con-
tractions permanentes des membres et leur atrophie, soit
l'ankylose des articulations ; elle peut déterminer aussi
l'apparition de tumeurs blanches, de luxations spontanées
du fémur, etc. On a pu voir d'ailleurs que, dans tout le
courant de l'ouvrage, nous nous sommes borné à donner
les caractères, les symptômes des maladies à l'état aigu,
l'état chronique n'offrant en général d'autre différence
qu'une moins grande vivacité dans les douleurs locales et
dans les symptômes généraux, qui parfois manquent com-
plétement. Il est vrai que l'état chronique présente des alté-
rations organiques qui, si elles ne déterminent point la vio-
lence des douleurs de l'état franchement inflammatoire,
n'en offrent pas moins un degré remarquable de ténacité et
une gravité relativement plus considérable ; mais pour
étudier, pour apprécier ces altérations, il faut être profon-
dément versé dans la connaissance de l'anatomie et de la
382 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
physiologie, et ces connaissances sont à peu près étrangères
à la généralité des magnétiseurs '. D'ailleurs, le traitement
magnétique, à l'énergie, à la répétition des magnétisations
près, est le même dans les deux cas. Nous devons signaler
pourtant les différences d'action du magnétisme dans la
chronicité. Ici la marche est plus lente, on ne voit rien
d'abord qui semble s'émouvoir. On est obligé d'attendre
que le magnétisme ait déterminé des changements dans .
la nature des humeurs ; il est comme l'étincelle électrique
qui traverse les nuages et annonce la tempête. Ici les
nuages sont épais, ils ne se dissolvent pas facilement : les
humeurs que l'on a à corriger sont épaisses, soudées aux
tissus, souvent enveloppant la gaîne des nerfs ; si elles ne
constituent pas l'édifice humain , elles ne tendent pas
moins à en faire partie intégrante, elles sont comme la
rouille qui s'attache au fer, etpour en être détachées il faut
un frottement que la vie seule peut déterminer avec des
outils qui nous sont inconnus. On le voit, la raison le com-
prend, ces cures demandent du temps pour s'accomplir :
mais en attendant l'heureux moment des crises, la nature
montre qu'elle tient compte des efforts faits : elle adoucit
Si parmi nos lecteurs il en était qui désirassent suppléer à cette
lacune et à la concision que nous avons été obligé d'apporter dans
l'exposition des symptômes caractéristiques des maladies, nous leur
signalons entre autres les ouvrages suivants, dans lesquels nous avons
puisé nous-même , et où ils trouveront les développements dans lesquels
nous n'avons pu ni dû entrer : le Médecin praticien, 5 vol. in-8°, par
VALLEIX; Cours de pathologie interne, 3 vol. in-8°, par M. le doc-
teur AMÉDÉE LATOUR, et le Compendium médical, 1 vol. in-8º, du
docteur BosSU .
RHUMATISME ET GOUTTE. 383
d'abord les douleurs, elles les rend moins poignantes ; elle
éloigne les crises naturelles jusqu'au jour où elle se sent
assez de force pour en produire d'artificielles et de salu-
taires. Guérir ! mais c'est souvent une œuvre inespérée
lorsque le temps est passé en laissant son cachet comme
marque d'une mauvaise destinée ! les médecins ont prouvé
qu'ils ne le pouvaient point ; le magnétisme a cet immense
avantage, mais il ymet une condition, celle du dévouement
et de la persévérance.
Mais revenons au rhumatisme .
Le magnétisme a rendu de grands services déjà ; em-
ployé d'abord comme essai pour combattre la douleur, on
a été surpris bientôt de le voir jouer un rôle actif dans les
tissus affectés, soit fibreux, soit séreux, et quelle que soit la
partie où la douleur s'était fixée. Mais, nous devons le dire,
le traitement magnétique triomphe plus vite des affections
rhumatismales que des affections goutteuses,et l'on conçoit
qu'il doive en être ainsi, bien que ces affections paraissent
être sœurs, et que des dégénérescences d'humeurs et une
altération du sang analogues soient constatées dans les
deux cas. Si l'on se rappelle ce que nous avons exposé des
propriétés du magnétisme, l'on doit comprendre l'action
qu'il doit exercer dans le rhumatisme et dans la goutte. Il
les attaque d'abord dans leurs effets en localisant le mal
qui tend presque toujours à s'étendre, en favorisant l'ab-
sorption des matériaux causes d'irritation, qui bientôt jetés
dans le torrent de la circulation vont vers leur émonctoire
naturel. Souvent le magnétisme exalte la douleur et la rend
484 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
insupportable ; pour nous cela a toujours été l'annonce
d'un changement favorable et prochain : la lutte s'établit
entre les forces qui conservent et les causes qui détruisent,
la douleur n'en est que le résultat. Dès lemoment oùje pus
m'assurer qu'il en était ainsi, tous mes procédés tendirent
à faire naître la douleur au lieu de suivre les indications
fournies par nos devanciers qui cherchaient toujours en ce
cas l'apaisement de la souffrance, et j'ai obtenu ainsi de
bien heureux résultats ; mais pour cela il faut prévenir les
malades, leur dire ce que vous cherchez et les encourager
à supporter pendant quelques instants des douleurs plus
vives. Plus le mal est aigu de lui-même, plus vous avez à
espérer le succès ; ici la nature même fait son office, et si
dans ce moment vous lui donnez la somme de puissance
dont elle a besoin, au lieu d'augmenter la douleur vous la
verrez cesser. Quant aux phénomènes physiologiques qui
suivent la magnétisation, on les constate par un change-
ment dans la nature des urines, par des transpirations lo-
cales ou générales et par des garde-robes acres et brû-
lantes.
Donc, dans toutes les affections rhumatismales ou gout-
teuses, voici comment vous devez procéder :
Traitement. -Placez-vous en face du malade ; faites
d'abord une magnétisation générale de huit à dix minutes ,
puis dirigez vos doigts en pointe sur les parties les plus
affectées ; fixez-les même sur les points les plus doulou-
reux , puis descendez lentement comme si vous deviez en-
traîner les matériaux d'irritation. La douleur éveillée, con
RHUMATISME ET GOUTTE. 385
tinuez votre travail sans vous laisser détourner ; ce n'est
que lorsqu'elle sera devenue insupportable que vous chan-
gerez votre méthode. Vous ferez des passes générales
assez rapides, et elles calmeront bien vite le malade. Vous
aurez à recommencer dans la même journée, si la maladie
est aiguë et récente; dans le cas de chronicité, vous pour-
rez remettre au lendemain, jusqu'à ce que vous ayez fait
naître l'état aigu, ce qui manque rarement d'arriver,
mais il dure peu. Il se produit d'abord de la chaleur ; que
se passe-t-il ensuite? On l'ignore, mais la douleur vient, et
l'on peutprésumer qu'il se fait un travail de chimie dont
votre feu a été l'agent principal. Nous avons dit que la
goutte donnait moins de prise que le rhumatisme, cepen-
dant il est des gouttes mobiles qu'on attaque avec succès ;
il est bien probable même que celles qui menacent la vie
en se portant sur des organes essentiels pourraient être
dérangées dans leur marche par de fortes magnétisations :
car à coup sûr elles produiraient une perturbation dans la
perturbation , comme on les voit agir dans les fièvres mêmes,
dont elles dérangent les accès en donnant des directions
différentes aux matériaux morbides. On voit ici l'embarras
où je suis de donner des procédés plus clairs, tant sont
variables et les effets et les causes. Il est peu de maladies
de cette espèce qui s'en aillent à petit bruit ; donc les crises
queproduit le magnétisme sont favorables, soit que vous
les produisiez lorsque la maladie est à l'état froid, parce
qu'alors vous devancez la nature, soit enfin que celle-ci
soit en travail, et alors vous l'aidez puissamment. 25
386 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE .
PLÉTHORE , ANÉMIE , CHLOROSE , SCORBUT ; ANGIOLEUCITE ,
ADENITE ; SCROFULES .
Les recherches chimiques et microscopiques sur la com-
position du sang ont été très-nombreuses, mais malgré
leur intérêt elles n'ont point eu tous les résultats décisifs
qu'on en attendait. Le sang se compose, en proportions
diverses, de fibrine, de corpuscules rouges appelés glo-
bules, d'albumine, d'eau et de matières organiques qui
forment, par leur ensemble , les matériaux solides du
sérum ; les matières constatées sont en très-grand nombre,
mais combien n'en reste-t-il pas à découvrir, si l'on songe
que rien n'entre dans le corps par ingestion ou par absorp-
tion qui ne doive laisser dans le sang des traces de son
passage ? Quoi qu'il en soit, ces recherches n'ont point
été sans utilité : elles ont permis de reconnaître certaines
erreurs qui avaient cours dans la science, et d'éclairer sur
un certain nombre de maladies. Ainsi, on s'exprimerait
mal, et ce serait même une erreur, si l'on disait que la plé-
nitude des vaisseaux résulte d'un sang trop abondant et
trop riche, surtout si l'on entendait par cette richesse une
augmentation de fibrine : car dans lapléthore, c'est au con-
traire le nombre des globules qui s'accroît, en même temps
que la proportion d'eau diminue, les autres éléments
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE. 387
conservant leur proportion normale. Dans l'anémie, c'est
l'opposé qui a lieu : les globules diminuent, et si cette
affection est le résultat de pertes abondantes, la fibrine et
l'albumine diminuent sensiblement et rapidement ; c'est
aussi ce que l'on observe, mais à un degré moindre, dans
la chlorose, qu'on distingue difficilement de certaines ma.
ladies du cœur dont elle offre les mêmes symptômes ,
si ce n'est qu'ils sont plus irréguliers, qu'ils se dévelop-
pent, diminuent, se suspendent ou même disparaissent
avec une grande facilité. Dans le rhumatisme, dans la
pleurésie, dans la pneumonie, dans toutes les affections
inflammatoires, c'est la fibrine qui augmente, le nombre
des globules reste le même. C'est tout le contraire dans le
scorbut, et la diminution de la fibrine amène ici, par l'abat-
tement des forces, la fétidité de l'haleine, le ramollisse-
ment des gencives, une grande facilité aux ecchymoses.
Dans l'hydropisie, c'est une diminution notable de l'albu-
mine qui s'observe ; dans l'ictère, on retrouve dans le sang
les principes colorants de la bile ; dans la goutte, la gra-
velle, la néphrite albumineuse, on a constaté la présence
de l'urée dans le sang. Mais en voilà suffisamment pour
témoigner de l'intérêt de ces recherches et de leur utilité
pour les magnétiseurs, sinon pour le traitement, du moins
pour le régime à faire suivre aux malades.
Pour ce qui est de la lymphe, elle est aussi sujette à de
nombreuses altérations correspondantes à celles du sang,
bien que les observations faites jusqu'à ce jour soient in-
suffisantes pour établir cette correspondance. On a trouvé
388 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
dans les vaisseaux lymphatiques diverses matières solides
et liquides, du pus, un liquide assez semblable à du sang ,
et, dans les ganglions, des amas de phosphate calcaire.
L'inflammation des vaisseaux lymphatiques est appelée
angioleucite ; elle survient le plus souvent à la suite d'une
blessure qui devient le point de départ et comme le centre
autour duquel s'aperçoivent de petites lignes très-déliées,
et même des plaques d'un rouge qui varie du rouge clair
au rouge vineux, qui, quand elles se réunissent, offrent,
dans la direction des vaisseaux lymphatiques , l'aspect
d'un, ou, si la maladie s'étend, de plusieurs érysipèles.
Ces points deviennent le siége d'une chaleur vive, ils sont
extrêmement sensibles à la pression. Les vaisseaux lym-
phatiques se gonflent, et ce gonflement, très-irrégulier en
tous sens, se développe plutôt par noyaux que par pla-
ques, et les ganglions auxquels ils aboutissent ne tardent
pas à être atteints : ils sont douloureux, se tuméfientet pro-
duisent par là la gêne des mouvements des jointures qu'ils
avoisinent. L'inflammation des ganglions lymphatiques
produit l'adénite. L'engorgement ganglionnaire survient
assez fréquemment à la suite de piqûres, de brûlures, de
boutons , d'éruptions , d'inflammations superficielles de
toute nature. Le ganglion se gonfle, durcit et devient
rouge, douloureux ; une tumeur se forme qui présente à la
pression de petites bosselures ; la peau , distendue, s'amin-
cit, prend une couleur livide, puis, avec le ramollissement
de la tumeur, donne issue à du pus quelquefois très-abon-
dant. C'est contre des tumeurs semblables que l'on a eu
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE. 389
recours en médecine, et avec assez de succès, à l'écrase-
ment.
Les scrofules présentent quelques analogies avec les
affections lymphatiques; elles ont d'ailleurs particulière..
ment leur siége dans le système lymphatique. On sait
reconnaître généralement les tempéraments scrofuleux :
teint rosé, yeux grands, brillants ou languissants, chas-
sieux ; lèvres charnues, peau fine, douce, transparente.
C'est, on le voit, aux organisations qui ont les apparences
les plus heureuses que s'attaque cette affection, et elle y
imprime, par la cicatrisation des abcès ganglionnaires ,
des ulcères qui l'accompagnent, des traces indélébiles de
son passage.
J'ai cherché par ces détails, évidemment bien incom-
plets, à donner une physionomie aux diverses maladies
précitées ; c'est cependant, je dois l'avouer, avec une sorte
d'aversion naturelle contre tout ce qu'ont écrit les méde-
cins, parce que je prévois que tout cela sera changé,
qu'on donnera une signification nouvelle aux maladies, et
qu'alors on cherchera dans la constitution même de l'être la
cause des nombreuses altérations que son organisation ou
son tempérament subit forcément. Tant qu'on n'aura point
deviné les secrets de la nature, elle paraîtra bizarre et ses
ouvrages paraîtront incomplets. Voyez plutôt : voilà un
être humain construit en ébène, celui-ci en chêne , cet
autre en bois blanc, cet autre encore n'est qu'un com-
posé d'argile et d'eau ; les caractères de leurs maladies
peuvent hien avoir quelque ressemblance , mais les causes
390 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
de leurs productions sont bien diverses, et c'est pourquoi
une médication donnée ayant réussi dans un cas, manque
son effet sur le grand nombre. Il n'en est pas de même du
magnétisme, qui n'agit pas comme un médicament , mais
qui agit sur le principe même de la vie et tend sans cesse
à corriger en nous ladéviation de la loi primitive. Voilà
pourquoi il me paraît superflu d'entrer dans des détails
pathologiques de médecine rationnelle et de physiologie :
car ce qu'on me demande surtout, c'est le moyen de gué-
rir, les procédés d'application ; car il ne s'agit point en-
core de raisonner, mais de prouver que le magnétisme
guérit. Eh bien, dans les altérations que nous venons de
signaler, le magnétisme les atteint, les modifie, et parvient
à en guérir un certain nombre. On voit les organes sécré-
teurs servir d'instruments aux purifications de l'édifice,
et si l'on ne voit point l'agent fonctionner, les résultats de
son action sont indubitables.
Un fait constaté comme résultat de la magnétisation
indique ce qu'on peut obtenir dans ces maladies, je veux
parler de l'influence qu'exerce le magnétisme sur les sé-
crétions menstruelles.Toutes les femmes magnétisées n'im-
porte pour quelle maladie ont vu le sang de chaque inois
prendre plus de couleur, toutes les sérosités d'une mau-
vaise nature diminuer d'abondance; ce fait capital n'a
point été obtenu par des magnétisations spéciales, l'on
peut dire même que les procédés ont été divers ; ce
n'est point par celui-ci ni celui-là des magnétiseurs ,
mais tous ont pu obtenir de semblables résultats. Nous
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE. 391
n'avons donc que très-peu d'indications particulières à
fournir ici. L'agent magnétique doit être déposé dans les
organes par les procédés généraux connus , et à son tour
la nature fera son office, épurera et transmuera. Seule-
ment, dans les affections scrofuleuses nous avons observé
que des crises se produisaient au bout d'un certain temps
de magnétisation, temps qui ne peut se préciser ; il arri-
vait de nombreuses garde-robes successives, sans colique,
qui produisaient à la fin un total considérable de matières
séreuses , presque sans mélange des autres matériaux qui
pouvaient se trouver dans les intestins. Dans quelques cas
plus rares, des transpirations abondantes se déclaraient et
duraient plusieurs jours de suite, bien qu'on ne fît rien
pour en prolonger la durée, bien que souvent même on
fît ce qui pouvait en empêcher la prolongation.
L'histoire nous montre que certains personnages jouis-
saient, par grâce spéciale, du don de guérir les scrofuleux :
Nous n'avons pas à revenir sur les faits de guérison
qui ont été relatés. Sans en contester l'authenticité, nous
devons dire que loin d'être promptes à venir entre nos
mains, ces guérisons se font attendre, et cela s'explique
de reste : il y a un tempérament à corriger , des hu-
meurs à expurger qui ont établi leur siége jusque dans
les os , et le travail épurateur qui s'est fait plusieurs
fois sous nos mains nous a démontré que nous n'avions
point la vertu qui opère des miracles , miracles que
nous acceptons sans nous en rendre bien compte : il y a
tant de choses possibles qui sont contraires au jugement
392 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
des hommes, que bien téméraire serait celui qui mettrait
des bornes au pouvoir divin. Ce que nous faisons parfois
par la magnétisation simple, et qui souvent a fait crier au
miracle, n'est peut-être qu'un acheminement à des phéno-
r
eDi u te gue. s
mènes d'un ordre plus relevé ! Qui sait ce que renferme
y
en elle l'âme humaine et les communications qu'elle peut
y1.Ro steteuche
recevoir d'agents intelligents qui nous sont inconnus ?
<<Un Pyrrhonien soutiendra,
Que telle chose ne peut être.
Un sage qui bien cherchera
Pourra la rencontrer peut-être. »
Traitement de l'Angioleucite, de l'Adénite et des Scro-
fules.-
On guérit des maux lymphatiques et qui parais-
sent localisés, des tumeurs blanches, des ankyloses ; on a
guéri également, en les résolvant, des chapelets glandu
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE. 393
leux. Dans ces cas, chaque application magnétique doit
commencer par être générale,et être terminée par une
localisation du magnétisme sur les parties ou les organes
engorgés, comme le montre la gravure suivante.
On imprime par là un mouvement vital dans le tissu
osseux ; il se développe une chaleur qu'il ne faut point
confondre avec celle qui résulte d'un travail inflammatoire,
bien qu'il y ait une sorte de ressemblance que nous signa-
lons parce que dans une foule de cas divers, la même cha -
leur se montre pour indiquer les modifications qui devraient
s'opérer dans les tissus, mais qui sans magnétisme ne s'o-
pérent pas complétement. La peau qui se colore , une
légère douleur, très-supportable dans les maux lym-
phatiques, doit encourager le magnétiseur, car ce sont
394 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
des douleurs critiques. Sous l'empire du magnétisme, des
plaies anciennes ont été cicatrisées, des portions d'os ont
été rejetées, des luxations du fémur, bien évidemment dues
à l'action exercée sur la cavité articulaire par des humeurs
lymphatiques ou scrofuleuses, ont été réduites, et j'ai vu
parfois, toujours sous l'empire du magnétisme, une modi-
fication très-remarquable dans le tempérament du lympha-
tique : son apathie cessait, on ne le reconnaissait plus ; vif,
entreprenant, il étonnait tous ceux qui l'avaient vu avant
le commencement du traitement. Mais, nous le répétons ,
pour vaincre les difficultés qui s'opposent aux guérisons
promptes, il faut une obstination très-grande et ne s'arrê-
ter que lorsque l'on voit les produits critiques de l'action
magnétique. Le premier indice du travail qui se fait se
découvre par l'odorat ; la peau exhale des émanations qui
n'ont rien d'agréable aux sens et qui se distinguent de
toutes les autres émanations : il suffit qu'une seule fois
l'odorat les ait perçues pour que l'erreur ne soit plus pos-
sible.
Endéfinitive, tous les parents prévoyants quiapercevront
chez leurs enfants les prodromes de cette affection pourront
en circonscrire le développement par des magnétisations
sinon rapprochées, au moins répétées deux ou trois fois par
semaine . Ils devront choisir surtout l'instant où le sommeil
naturel est complet, magnétiser à petite distance, etprinci-
palement l'abdomen. Les modifications de tempérament,
comme beaucoup d'autres grandes œuvres que le magné-
tisme accomplit, ne sont que le produit de magnétisations
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE. 395
sérieuses et profondes. Tous les tissus organiques doivent
être ébranlés, les os même doivent participer au mouve-
ment produit. Il faut donc bannir toute discussion pendant
la magnétisation, qui doit être sévère et accentuée ; si elle
estbien pratiquée, vingt minutes suffisent. Rarement, nous
devons le dire , les choses se passent ainsi. Plus habituel-
lement l'ouvrage commence bien, il est vrai ; les ouvriers
intérieurs saisissent leurs outils, mais une sorte de relâche-
ment dans celui qui envoie l'excitant laisse introduire la
confusion.
Comme la lymphe, le sang peut parfois se produire en
plus grande quantité qu'il ne serait nécessaire : de là des
désordres différents des premiers et auxquels cependant la
nature a pourvu en établissant des soupapes pour le trop-
plein. Aussi voyons-nous des saignements de nez fréquents
chez les hommes; les règles, chez quelques femmes, res-
semblent à des pertes hémorrhagiques ; puis encore des
hémorrhoïdes, très-insupportables parfois, donnent écou-
lement à du sang souvent fort mélangé : car les hémor-
rhoïdes sont également chargées de rejeter un sang devenu
trop riche et qui semble venir non de la circulation géné-
rale, mais d'organes qui se débarrassent ainsi d'un prin-
cipe de désordre. La même loi préside aux cures de ces
maladies, et si ce n'était les écarts de régime, les habi-
tudes de travail ou de paresse, tout ce qui est excès ou qui
fausse les fonctions, le magnétisme guérirait promptement
la cause de ces déviations et ferait cesser le trop-plein. Il
est remarquable qu'il corrige les hémorrhagies nasales
396 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
lorsque, par habitude et sans nécessité , la nature les a
laissées s'établir ; il est certain que le magnétisme fait
affluer le sang dans les parties où il est en moins, et que
loin d'augmenter les pertes chez les femmes, il en diminue
l'intensité. Doit-on ici accuser la nature seule d'impré-
voyance ? Non, car on ne doit pas oublier que ses efforts
doivent être soutenus par un genre de vie et une éducation
physique dont nous tenons peu de compte : il faut bien
croire cependant qu'après ses premiers et infructueux ef-
forts pour conserver l'équilibre, elle laisse aller les choses
sans trop de souci. Si nous allions examiner philosophi-
quement la vie des êtres humains, leurs penchants et leurs
vices, la cause originelle de la faiblesse des enfants, notre
écrit paraîtrait à bien des gens dangereux ou malsain ;
c'est pourquoi nous nous bornerons à indiquer quelques
préceptes généraux qui permettront d'agir là où la nature
se montre faible. Ce que nous avons écrit sur les modifica-
tions du tempérament s'applique également ici, seulement
les phénomènes observés ne sont pas identiques.
Traitement de la Pléthore. -
Dans la pléthore, il faut
employer les procédés magnétiques qui excitent la trans-
piration, c'est-à-dire des passes longitudinales de haut en
bas pendant dix minutes ; après ce temps, pratiquer une
sorte de massage général sur les membres, d'une durée de
cinq à six minutes, et revenir ensuite à une magnétisation
générale de dix minutes. Il est bien rare qu'on n'obtienne
pas une transpiration ou exhalation plus ou moins consi-
dérable, ce qui suffit assez souvent pour opérer le vide
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE . 397
dans les vaisseaux et établir momentanément une sorte
d'équilibre. Il n'est pas besoin de renouveler cette magné-
tisation chaque jour : une ou deux par semaine suffisent.
Le magnétisme, ordinairement , fait passer la rougeur
extrême du visage et donne du teint à ceux qui n'en ont
point. Ceci semblera une contradiction, mais pour ceux
seulement qui n'ont jamais fait usage du magnétisme :
cent fois au moins j'ai vu pâlir des êtres sous ma main, et
lorsque j'observais bien, car je n'y attachais pas toujours
une grande importance, je voyais des êtres ordinairement
pâles se colorer sensiblement. Ces faits indiquent une loi
de la nature : les forces se balancent, et c'est alors l'état de
santé. L'univers, sans doute, est régi par la même loi ;
Dieu est en ce cas le grand magnétiseur. Découverte in-
comparable du magnétisme ! rayon de la puissance divine,
viens-tu parmi nous pour tirer de leur assoupissement les
âmes endormies, et pour nous faire apercevoir la puissance
et la bonté de Dieu qui a pétri lui-même notre limon en lui
donnant pour soutien sa propre essence ? OŒuvre merveil-
leuse et mystérieuse quin'a point été comprise par la vaine
science de nos écoles, laquelle, amoindrissant les œuvres de
Dieu, n'a su y voir qu'un jeu des forces mortes de la ma-
tière et du mouvement, la vie n'a plus été pour elle que
de l'électricité ; l'existence de l'âme, ainsi rendue douteuse,
a été, au surplus, déclarée périssable ; et l'homme, classé
parmi les bêtes, ne devait s'en distinguer que par un peu
plusd'intelligence !.... Passez, gloire d'emprunt, cheminez
vers la tombe ; mourez ainsi que la bête, puisqu'à vos
398 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
propres yeux vous n'êtes rien de plus ! Peut-être en saurez-
vous davantage unjour; la terre vous ménage une surprise
sans pareille! Qu'on me pardonne cette nouvelle digres-
sion, je veux en vain les éviter ; tous ceux qui écriront sur
le magnétisme commettront la même faute. Une découverte
qui intéresse la philosophie, la religion, la médecine, force
l'intelligence à des expansions qui franchissent le cercle
tracé. Je reviens à la thérapeutique.
Traitement de l'Anémie et de la Chlorose. -
Nous
renvoyons le lecteur, pour le traitement de ces inaladies,
à celui qui a été indiqué au chapitre de l'Asthénie et de la
Leucorrhée. Les procédés magnétiques ne sont pas très-
variés, et les effets physiques qu'ils déterminent offrent
également peu dedifférence. On peut même, en appliquant
mal les procédés, réussir parfois très-bien ; la nature finit
toujours par saisir l'agent qu'on lui donne et par se l'assimi-
ler; cependant on arrive plus vite au but par les règles à
peu près certaines que nous avons indiquées. Il faut donc
s'en pénétrer, et c'est pourquoi nous engageons ceux qui
veulent guérir à les employer d'abord, sauf à les modifier
ensuite, s'ils ont l'esprit de recherche et s'ils découvrent
mieux.
AFFECTIONS DE LA PEAU . 399
AFFECTIONS DE LA PEAU.
Nous n'allons donner que le sommaire de ces affections ,
si variées dans leur forme et dans leur durée ; nous ne nous
occuperons point des symptômes, mais seulement du rôle
que peutjouer le magnétisme dans chacune d'elles.
Il n'est peut-être pas un être humain dont la peau soit
exempte d'une de ces maladies,dont la variété déjouerait
toute description, Venues on ne sait souvent comment,
toutes n'étant pas dangereuses, on vit sans s'en inquiéter,
et la plupart du temps on meurt sans avoir songé à s'en
guérir ; elles deviennent ce qu'elles peuvent dans le tom-
beau. Les infiniment petits vivent de notre chair et de nos
humeurs; il est bien probable que notre mort les contrarie ,
et l'on ne sait si la mort met fin à leur existence. Beaucoup
d'affections de la peau ont un caractère tranché ; elles
sont actives et souvent meurtrières, et peuvent se commu-
niquer de l'un à l'autre. Les remèdes réussissent parfois à
les guérir ; mais rien n'est certain dans leur traitement.
La petite vérole, par exemple , fait beaucoup de victimes ;
et si la vaccine réussit parfois à en assoupir le germe,
c'est en enfermant le loup dans la bergerie et en pré-
parant la venue de la fièvre et du typhus ; il n'est pas
certain même que nous ne devions à cette pratique les
400 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
phthisies et les cancers. En naissant, nous emportons de
notre mère un levain putride, reste impur des matériaux
qui ont servi à nous former ; enfermé en nous-mêmes, il
fait irruption lorsque certaines causes viennent le tirer de
son assoupissement, et cela peut avoir lieu danstout le cours
d'une existence humaine. La variole, la rougeole, la scar-
latine, viennent de la même cause ; seulement le virus est
moins complet, moins acre ; ce dernier peut se traduire
également par des érysipèles ; souvent il se mêle à des
affections simples et les complique. Nul ne sait encore
si ce mauvais germe est répandu dans le sang, ou s'il se
tient caché dans un organe quelconque. Un fait curieux,
c'est celui-ci : Si vous chauffez la machine humaine par
le magnétisme , vous pouvez faire éclore l'une de ces
maladies; il se passe alors sans doute une de ces opé-
rations de chimie dont nous avons parlé au commence-
ment de cet ouvrage : comme une semence dans un
terrain froid attend le soleil pour germer , ce qui en
nous est contraire à notre santé s'émeut, s'ébranle, lors-
que le rayonnement magnétique vient à le pénétrer. Et
l'on conçoit tout d'abord qu'il cesse d'être dangereux,
maîtrisé ainsi dans son jeu par une force vive agissant
toujours comme force médicatrice. Mais que dirons-nous
de la lèpre , de l'éléphantiasis , de toutes ces phlegmasies
tuberculeuses, squammeuses, papuleuses, etc. , dont nous
avons également le germe ? Je ne veux point entrer dans
tous ces détails de maladie où la médecine officielle s'est
complu. Mon but est d'établir la réalité de l'agent que la
:
AFFECTIONS DE LA PEAU . 401
nature a probablement créé comme antidote. Nul mé-
decin n'a guéri la lèpre ou l'éléphantiasis. Jésus , dit-on,
en guérit plusieurs ; cela est une indication pour les cher-
cheurs et pour les magnétiseurs. Il y a donc un agent pu-
rificateur de nos humeurs, et ce que nous obtenons du
magnétisme nous permet d'espérer que beaucoup d'af-
fections de la peau pourront être traitées avec succès en
employant les procédés magnétiques.
Toutes les affections de la peau qui peuvent naître
sous l'empire des applications magnétiques se guéris-
sent facilement et rapidement en continuant les magnéti-
sations et en employant les procédés qui les ont fait appa-
raître. Dans celles qui éclosent d'elles-mêmes sans être
sollicitées, on doit soutenir le travail qui s'opère par des
magnétisations générales. Des petites véroles traitées
ainsi concurremment avec des remèdes n'ont point laissé
de traces, ce qui prouve combien la nature soutenue peut
opérer de guérisons. Là, il faut agir en raison des dispo-
sitions existantes, tâcher de maintenir la fièvre éruptive à
un degré modéré, redoubler de soins lorsque les boutons
s'affaissent et que tout languit. Le travail de suppuration
exige des forces ; si ces forces n'existent point, ou ne sont
pas suffisantes, la mort peut survenir ; dans tous les cas, le
mal laisse une empreinte ineffaçable : le pus se creuse
dans les tissus une caverne , ou produit , si l'on aime
mieux, des sortes de petits cratères d'où la lave est reje-
tée sans que le vide soit comblé. Le magnétisme donne la
force nécessaire, l'épuration se fait sans perte de substance,
26
402 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
mais le moment arrive où l'instrument du bien peut devenir
victime de son humanité : c'est lorsque la desquamation se
fait et que les matières putrides sont mises en expansion.
Le magnétiseur, obligé de rester quelque temps dans cette
atmosphère , s'en sature par la respiration et l'absorption ;
et comme sa force magnétique a diminué par la dépense
forcée qu'il en a faite, il ne se trouve plus dans les condi-
tions ordinaires; plus qu'un autre il s'inoculera la maladie.
Ici la Providence est en défaut celui qui a fait le bien
peut être victime de son dévouement. Cependant des
moyens existent pour parer à cet inconvénient ; on peut se
débarrasser soi-même des effluves meurtrières qui ont pé-
nétré dans le sang, par une magnétisation à grands cou-
rants et de huit à dix minutes de durée : cela suffit pour
chasser au dehors ce qui n'est point encore fixé en nous,
ce qui est mobile. Dans tous les cas, la main du premier
venu peut être plus favorable; il faut seulement y songer
et ne point négliger cette simple opération. Si je me cite
pour exemple, c'est que j'ai senti bien souvent en moi un
radiment malsain me venant d'autrui ; quelquefois même,
par curiosité ou par désir d'apprendre, j'ai laissé com-
mencer le développement d'une action morbide. Bien cer-
tain alors de mon fait, je pratiquais sur moi des passes à
grands courants, et je balayais bientôt tout ce qui ne m'é-
tait point personnel. Depuis ces épreuves, je n'ai jamais
refusé de magnétiser un malade affecté de maladie conta-
gieuse, l'expérience m'ayant appris que rien ne résiste
aux courants que j'établissais ainsi, car ils purgentet net-
AFFECTIONS DE LA PEAU . 403
toient ; mais encore faut-il que ce précepte magnétique soit
suivi , sinon séance tenante , du moins dans l'heure qui
s'écoule après la magnétisation des malades. Cela est un
avertissement propre à faire cesser la peur des hommes
forts et à donner du courage aux faibles.
Les sceptiques se sont moqués des signes de croix, qui
consistent, comme chacun sait, à porter la main à la base
du crâne, à celle de la poitrine, puis sur la région du cœur
et sur le foie. Il y a dans cette pratique un fait de magné-
tisme qui nous a toujours frappé, seulement ce signe est
sans valeur lorsqu'il est mécanique ; mais sa valeur est réelle
lorsqu'on connaît les lois du magnétisme, il n'est efficace
qu'en raison de l'agent qui envoie la pensée. On peut croire
quedans le principe il n'a pas été indiqué seulement comme
une chose de religion, mais bien comme un précepte d'hy-
giène et un préservatif.
Traitement. -Ces affections sont variables; en général ,
des complications existent ; la petite vérole, par exemple,
peut affecter, non pas seulement les surfaces visibles, mais
tous les tissus intérieurs, et surtout ceux qui tapissent les
intestins. Dans ce cas, votre action doit être profonde et
doit s'allier avec la médecine, qui, par ses boissons et quel-
ques-uns de ses remèdes, sait tempérer l'ardeur des inflam-
mations. Après avoir magnétisé généralement, on place sa
main sur l'abdomen ou à une très-petite distance ; puis au
bout de quinze à vingt minutes on reprend les passes à
grands courants. Je ne dirai rien des accidents consécutifs
qui peuvent apparaître ; ondoit suivre attentivement la ma
404 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ladie, cherchant toujours à diviser, à éparpiller les maté-
riaux d'irritation. Pour que le magnétisme soit efficace
dans l'érysipèle, il faut l'attaquer dès qu'il se montre , et
ne pas attendre qu'il ait altéré les tissus. Il est facile de
reconnaître les symptômes de cette maladie. Au premier
signe de rougeur et d'inflammation, qui est ordinairement
circonscrite, on applique les procédés magnétiques sui-
vants : d'abord, magnétisation générale de quelques ins-
tants , et lorsque l'on a obtenu une surélévation de chaleur,
ce qui ne manque jamais d'arriver, on localise le magné-
tisme sur le propre siége de l'érysipèle, et l'on obtient
ainsi une sorte de résolution des matériaux d'irritation , qui
sont alors rejetés dans le torrent de la circulation : des
transpirations et souvent des garde-robes emportent avec
elles ce qui serait devenu un danger.
Les affections plus légères de la peau sont aussi plus
faciles à faire disparaître : quelques légères magnétisations
suffisent. On sait d'ailleurs que ces affections disparaissent
d'elles-mêmes et sans médicament ; mais plusieurs d'entre
elles laissent quelque chose dans le sang , ce qui peut
donner plus tard naissance à des boutons, à des clous. On
évitera ces inconvénients en aidant la nature dans son tra-
vail; elle ne laissera alors aucune trace d'un désordre qui,
pour n'être que passager, n'en indique pas moins que la
machine humainen'a pointsubi entièrement son épurement.
Je ne puis indiquer un traitement spécial à plusieurs
centaines d'autres affections de la peau; il est probable
que les procédés magnétiques généraux y seraient appli
AFFECTIONS DE LA PEAU . 405
cables, car j'ai vu trois cas bien singuliers d'une affection
que je ne croyais pas curable, et qu'on désigne sous le nom
d'Appendices cornés, disparaître pendant des traitements
magnétiques faits en vue d'un autre objet. Il m'a été im-
possible de surprendre ici la nature, mais il n'en est pas
moins vrai que cette matière, si solide qu'une lame de canif
n'aurait pu l'entamer, s'est détachée de sa base en laissant
la peau unie. Je répète que je ne croyais point le fait
possible : les savants qui ne nous accordaient que l'imagi-
nation, lorsqu'ils voulaient bien nous concéder quelque
chose, comme cause des phénomènes magnétiques et des
guérisons, ont donc montré leur faiblesse et leur impuis-
sance. Pour qu'ils restent savants aux yeux du monde, ils
ont besoin qu'on leur laisse manipuler la matière et qu'on
ne les prenne point pour juges des phénomènes apparte-
nant à l'ordre moral ou métaphysique, où ils montrent une
grande ignorance.
Dans ce chapitre, je ne me suis point appesanti sur les
causes des affections de la peau ; les rechercher serait pour
le monde pour lequel j'écris un travail stérile ; il faut lais-
ser venir le temps où l'action dumagnétisme, plus spéciale-
ment étudiée par des hommes compétents, éclairera le mys-
tère de la vie ; on révélera alors une grande partie des
agents que l'œil n'aperçoit point, et qui pourtant nous con-
stituent. Aujourd'hui ce qu'on ne demande, c'est l'appli-
cation des vertus connues du magnétisme au traitement
des maladies, et je dis ce que j'en sais. Abandonner les
406 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
causes, voir le fait seulement, et donner les moyens de le
combattre, c'est indiquer au magnétiste un commencement
de science dont l'humanité profitera de suite.
CANCERS .
Le cancer est encore un de ces maux qu'on ne peut
atteindre qu'avec l'instrument ; l'opération est bien sou-
vent infructueuse, car le succès ne dure qu'un moment.
Les causes des cancers sont nombreuses et variées, et sou-
vent si profondes et cachées, qu'on renonce à leur recher-
che. Tous nos organes peuvent devenir le siége d'un cancer :
les centres nerveux, le cerveau, l'utérus, l'œsophage, la
moelle épinière, le cervelet, les ganglions lymphatiques,
l'estomac, le poumon, le rectum, la poitrine, etc... Si l'on
a vu parfois le couteau réussir, les remèdes n'ont pas cet
avantage exceptionnel ; ils échouent, et les malades sont
condamnés à se voir rongés tout vivants. On a été jusqu'à
dire ou soupçonner que le cancer était un animal qui
prenait naissance dans nos chairs et vivait de notre sub-
stance, se riant des efforts que nous faisions pour l'en ar-
racher. Coupons-nous sa tête, il sait en reproduire une au-
tre, et plus on le combat, plus il s'incarne en nous . Som
CANCERS . 407
mes-nous plus habiles à le traiter que les médecins ? Le
magnétisme parvient-il à le guérir mieux que les remèdes
ou les instruments ? Je vais dire là- dessus mon sentiment.
Il y a des maladies qu'on prend pour des cancers, car elles
en ont la forme, et tous les symptômes ; elles finissent par
jouer le même rôle, si on les traite de la même manière ;
l'œil le plus exercé peut s'y tromper, et c'est probable-
ment dans quelques-uns de ces cas que le magnétisme a
réussi. J'ai deux faits de guérison qui me sont personnels .
J'ai observé le premier sur une jeune fermière portant une
glande bleuâtre au sein : les douleurs étaient intolérables ;
ses nuits se passaient sans sommeil ; la tumeur était dans
le sein gauche, la sensation douloureuse se prolongeait
dans tout le bras du même côté, et le bras lui-même était
gonflé ; tout mouvement était impossible. J'appliquai le
magnétisme, et, je dois l'avouer, sans trop espérer. A la
troisième magnétisation, le bout du sein s'ouvrit ; ce n'est
pas du pus qu'il laissa échapper, mais un sang verdâtre
assez abondant. Cet écoulement dura sept à huit jours ;
mais dès les premiers instants de l'application du magné-
tisme, le sommeil naturel revint , et les douleurs cessèrent.
J'appris au mari de la malade à lui donner ses soins ma-
gnétiques , et le rétablissement complet ne se fit point
attendre , bien que cette affection datât de cinq à six mois.
Ce n'était point un abcès, les médecins l'avaient déclaré, et
il n'est pas douteux que ce mal n'eût eu la terminaison
des affections cancéreuses pures. J'ai traité une autre af-
fection présentant à peu près les mêmes symptômes, et ju-
408 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
gée de même ; seulement celle-ci était fort ancienne et avait
également son siége dans le sein gauche. Le sein présen-
tait une ouverture béante et rendait la matière que ren-
dent les cancers ; la femine était âgée, c'était une vieille
meunière. Dès les premiers instants de l'action magnéti-
que, les douleurs cessèrent, le sein diminua de grosseur, et
il se forma sur la plaie une sorte d'escarre. Forcée de re-
tourner chez elle, la malade m'envoya le chirurgien de son
canton pour l'initier au magnétisme, afin de pouvoir con-
tinuer le traitement. Bien qu'il ne donnât que fort rarement
ses soins à la malade (il ne la magnétisait qu'une fois par
semaine), le cancer ne bougeaplus; il n'était point guéri,
mais c'était cependant comme s'il n'existait pas. Pendant
plusieurs années, elle ne manqua point de me donner une
preuve de bon souvenir.
Parlerai -je ici de la pratique d'autres magnétistes ,
des résultats obtenus par eux dans les affections glan-
duleuses présentant la forme des cancers ? Il n'est pas
douteux qu'ils ont réussi dans bien des cas, et moi-même,
sous ma main, j'ai vu se résoudre des engorgements de
mauvaise apparence, mais que je nejugeai point comme af-
fections cancéreuses déterminées. Dans un cas, cependant,
il s'agissait d'un cancer du rectum, dont une dame de
cinquante-cinq à soixante ans était affectée. On avait ré-
solu l'opération, parce que, outre les douleurs très-vives
qu'elle éprouvait, les garde-robes étaient impossibles, l'in-
testin étant presque complétement obstrué par la tumeur.
Le magnétisme, appliqué par moi comme essai, facilita les
CANCERS . 409
garde- robes d'une singulière manière, et un mieux sensi-
ble en résulta. Ce n'était point assez pour la malade, qui
voulait à tout prix être guérie ; on fit l'opération, et elle
mourut quelques jours après. Broussais est mort d'une
maladie semblable sans avoir pu soulager ses souffrances ;
Marjolin de même ; ces deux princes de la science virent
l'inanité de leurs moyens curatifs. On le sent, je n'ose me
prononcer d'une manière affirmative sur le traitement du
cancer, lorsqu'il est confirmé ; d'après tout ce que j'ai dit,
cependant, il y a quelque probabilité de succès.
Voyez ces jeunes enfants dont la santé est florissante :
ils sont gais jusqu'à la folie, et quelques-uns cependant
portent en eux le germe du cancer. Voyez ces fruits d'une
belle apparence, un ver perfide est en eux renfermé ; le
fruit pourra atteindre sa maturité, mais le couteau rendra
visible sa corruption intérieure. Ne voyons-nous pas les
grands végétaux portant eux-mêmes des ulcères cancé-
reux ? Qu'est-ce donc que notre nature, et pouvons-nous
remercier Dieu de tant de maux ? La religion dit oui, les re-
gardant comme une épreuve ; la douleur ne se résigne
point ainsi, mais c'est trop souvent en vain qu'elle appelle
la science à son secours. Voici une force vivante que nous
pouvons opposer à une force végétative. Je suppose main-
tenant que l'on soit appelé dès l'apparition des premiers
désordres causés dans les tissus par le germe cancéreux ;
on peut croire que la force vive en aurait raison, car ses
propriétés sont supérieures aux forces végétatives, puis-
qu'elle se les assimile et les asservit; lorsqu'on n'atten
410 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
dra point que le mal ait poussé de profondes racines, peut-
être alors l'atteindra-t-on dans son essence on parvien-
dra-t-on à en changer la nature.
Traitement. -
Il faut employer les procédés qui re-
muent profondément, il faut troubler pour un instant les
humeurs, car rien n'est perfide comme leur stagnation ou
leur repos, par des passes à grands courants faites généra-
lement; puis localiser le mouvement, comme nous l'avons
indiqué déjà, et agir dans le centre même de la partie dou-
loureuse; tels sont les procédés à suivre. On doit se figu-
rer que le feu que lancent les extrémités pénètre dans les
tissus à la manière de l'électricité et du galvanisme ; on
doit chercher enfin à dissoudre l'engorgement et à pénétrer
jusqu'à son noyau ; car, nous l'avons dit, la nature neu-
tralise les causes du mal lorsqu'elle ne peut entièrement le
détruire. On se plaint généralement de la lenteur d'un
traitement magnétique, sans considérer que dans certains
cas une dissolution trop rapide empoisonnerait sûrement
l'individu : ne faut-il point que les matières impures passent
quelque part ? L'absorption est le principal instrument que
la nature emploie, elle rejette dans le torrent de la circu-
lation le produit extrait des tumeurs etdes engorgements ;
pour peu qu'il y ait activité dans ce travail, la fièvre s'al-
lumant, on peut dès lors calculer ce qui arriverait si la na-
ture allait aussi vite que les désirs que nous formons.
Une chose à noter, c'est que dans les traitements de
longue haleine, les magnétisations peuvent être intermit-
tentes. On peut quelquefois même suspendre de huit à
ÉPIDÉMIES . 411
quinze jours ; l'action du magnétisme n'en continue pas
moins , plus lentement sans doute, mais elle se continue :
nous en avons acquis des preuves irrécusables. On peut se
reporter d'ailleurs à ce que nous avons dit à plusieurs re-
prises des crises en général et de la marche des traite-
ments.
ÉPIDÉMIES .
On pourrait croire que nous en avons fini avec les grands
maux, à peine cependant en avons-nous tracé un rapide
aperçu : ce vase versé goutte à goutte contient dans son
fond la lie. L'humanité serait trop heureuse encore, si les
maux que nous avons signalés étaient les seuls ; n'y a-t-il
pas les épidémies , la peste, la fièvre jaune, le choléra et
la cholérine, etc., tout ce qui vient parfois subitement frap-
per les intestins, ce que l'air nous apporte sans qu'on sa-
che bien où cet élément si essentiel a puisé ces venins ?
Nous sommes décimés par des agents inconnus, et pour le
remède la science ici est également en défaut. Nous ne
voulons point aborder l'étude de ces causes de maladie,
mais dire seulement que pour plusieurs d'entre elles le ma-
gnétisme estun neutralisant ; ainsi, des cholériques pris au
412 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
dernier degré ont été bien et dûment guéris par la magné.
tisation seule. Il est vrai qu'il faut, là, chez le magnétiste,
un dévouement sans bornes, car ce n'est que par l'épui-
sement de sa vie qu'il fait revivre l'être prêt à succomber.
J'ai magnétisé six à sept heures de suite des gens aban-
donnés, et j'ai fait reparaître la chaleur dans leurs membres
froids et rigides, et par là rétabli la fluidité du sang qui
s'était comme coagulé. Leur convalescence sans doute fut
longue, car de terribles altérations avaient eu lieu dans
les tissus ; mais ils vécurent ! Si dans ces cas la nature
se montre rebelle, c'est que les altérations sont telles
que le retour à la vie est impossible. J'ai déploré par-
fois de n'avoir pas plus de puissance, car voici ce que
j'ai observé : Tant que ma richesse magnétique était évi-
dente, je constatais un commencement d'action qui fai-
sait naître en moi l'espérance ; mes forces faiblissant bien-
tôt, la réaction que j'avais vue se produire s'évanouissait,
et je ne pouvais plus rien. Je crois que si un autre magné-
tiste m'eût remplacé dans un de ces moments, le miracle
se serait fait ; et c'est pourquoi j'appelle de mes vœux l'é-
tablissement du magnétisme, afin qu'à l'apparition des
grands maux, se trouve le grand remède. Les épidémies
seront alors moins à craindre ; ces maladies ne sont terri-
bles que parce que la vie des malades s'épuise trop vite,
que la lutte est trop courte, et qu'on ignore encore qu'on
peut transfuser le principe vital, qui, lorsqu'il fait défaut,
forme un vide qui ne peut être comblé par des remèdes.
-
Traitement. Je viens d'indiquer le remède, il est
MAUX ACCIDENTELS . 413
simple ; il exige seulement de la force et du dévouement.
Magnétiser sans relâche , lorsque les symptômes ne lais-
sent plus de doutes, par des passes à grands courants, sans
trop les précipiter ni s'émouvoir; cesser ce procédé et
appliquer les mains sur l'estomac, sur les intestins ; faire
des frictions magnétiques aux extrémités inférieures, ma-
gnétiser enfin jusqu'à épuisement : c'est là tout le secret de
l'art magnétique, celui-là seul qui surmonte nature.
MAUX ACCIDENTELS .
Notre tâche ne serait point remplie si nous ne parlions
point de tous ces maux accidentels auxquels est sujette no-
tre pauvre nature. Le chemin que nous parcourons est
rempli d'épines, à tel point que tout nous blesse : un faux
pas peut nous donner une entorse ; une chute , une hé-
morrhagie ; le feu, qui nous est si nécessaire, nous brûle ;
et le soleil lui-même, par ses rayons souvent trop ardents,
est un danger. La piqûre d'une mouche fait naître le
charbon ; la morsure d'un reptile nous inocule un virus
souvent mortel, et cette fontaine d'où découle une eau si
fraîche propre à étancher notre soif est souvent égale .
ment un danger. Les meurtrissures, qui ne sont pas tou
414 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
jours dues à notre imprévoyance, exigent nos soins, et je
ne parle ici que des maux qui, sans exclure le chirurgien,
peuvent recevoir un secours efficace de ce bienfaisant ma-
gnétisme ; quant aux blessures graves, aux membres frac-
turés , aux côtes enfoncées, etc., comme aux maux que la
guerre traîne à sa suite et qui nécessitent les soins immé-
diats du chirurgien, là notre art ne vient qu'après le pan-
sement des blessures pour en apaiser la douleur et arrêter
le développement des accidents secondaires .
Ne me reste-t-il point encore à inscrire aussi tous les
maux qui résultent des écarts de régime ou de la sophis-
tication de nos propres aliments ? Mais tout ce queje pour-
rais dire projetterait trop d'ombre sur ce tableau où déjà
tant de teintes lugubres s'aperçoivent. J'abrége mes des-
criptions pour indiquer que le magnétisme est comme un
baume qui versé sur toutes les blessures en hâte la cicatri-
sation sans jamais ajouter au mal. La nature elle-même
va nous indiquer les procédés que nous devons suivre, et
chez tous les êtres l'instinct parle avant la venue du méde-
cin. Lorsque nous nous contusons, que nous recevons un
coup ou une blessure, quoi que ce soit enfin qui vienne
léser notre enveloppe, nous y portons les mains et tou.
chons la partie blessée ou endolorie ; nous les promenons ,
ces mains, machinalement si l'on veut, non-seulement sur
l'endroit frappé , mais sur ce qui l'environne, et nous apai-
sons ainsi la souffrance sans attacher au mouvement que
nous avons exécuté la valeur que le magnétisme y a fait dé-
couvrir. Mais cet agent est un trésor lorsqu'il est appliqué
MAUX ACCIDENTELS . 415
avec art ; il empêche le sang de séjourner, de s'altérer ; il
empêche l'afflux des sérosités compromettantes qui vien-
nent de toutes parts et qui déterminent des inflammations
de tissus ; il circonscrit ce qui tend à s'étendre, et quelque-
fois son travail est si rapide qu'à peine pouvons-nous croire
que nous ayons eu des craintes. Mais les mains étrangères
sont plus utiles que les nôtres; à peine, dans notre effroi
ou dans notre douleur, osons-nous effleurer les parties ma-
lades : nous craignons trop de souffrir, et nous nous arrê-
tons. Un magnétiste n'est point affecté de la même ma-
nière ; il agit avec discernement et ne se contente point de
faire pénétrer dans les chairs quelques effluves magnéti-
ques ; il les en sature, et son ouvrage est complet. N'a-t- on
pas vu souvent , dans des cas de maladie, la sensibilité
d'une partie tellement exagérée que le malade lui-même
n'osait y toucher et craignait le plus léger contact ; tandis
qu'un magnétiste, commençant par magnétiser à petite
distance, arrivait bientôt à toucher, à frapper même la
partie auparavant le siége d'une douleur excessive ? Rien
ne se faisait plus sentir, tout se taisait, comme si la magie
avait été employée. L'opération est pourtantbien naturelle ;
le charme qui opère est dans la vertude l'agent magnétique
qui, sans stupéfier comme l'opium, montre ses propriétés.
Les sauvages pratiquent cette médecine ; ils guérissent
les morsures de serpents en faisant des passes ; leurs de-
vins sont magnétiseurs. Qu'on ne crie point à l'imagina-
tion ni à l'illusion; les vertus curatives de ces procédés
se constatent sur les animaux, qui, d'ailleurs, se montrent
416 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
très-sensibles et souvent reconnaissants. Les exemples
abondent autour de nous, car depuis longtemps déjà des
agriculteurs et des vétérinaires pratiquent le magnétisme
sur leurs animaux malades. Le charbon, cette maladie si
prompte à amener de funestes résultats, trouve dans le
magnétisme son antidote; et à la grande surprise de quel-
ques médecins, le magnétisme, appliqué à leur insu dans
le cas que nous venons de spécifier, a fait disparaître tout
ce qu'à leurs yeux avaient de dangereux les symptômes
constatés, si bien qu'ils finissaient par croire à la bénignité
d'un mal qu'ils avaient jugé auparavant menaçant.
Les brûlures elles-mêmes, je ne parle point de celles
qui sont générales et profondes, où l'on n'a pas eu occasion
d'appliquer le magnétisme, mais de toutes ces brûlures si
communes, circonscrites, et pourtant si douloureuses et si
difficiles à guérir, croira qui voudra ce que je vais en dire :
J'ai employé le magnétisine dans ces cas, parce qu'on m'a-
vait dit qu'il était efficace; et bien que je ne le pensasse
point, je n'en ai pas moins admirablement réussi.
Les hémorrhagies nasales sont fréquentes dans l'âge
adulte. La nature a établi là une soupape pour débarrasser
le trop-plein. Bien que dans certains cas l'hémorrhagie se
présente avec un caractère alarmant par sa fréquence et
son abondance, il n'en est pas moins vrai que la nature s'est
ménagé une voie d'expulsion pour parer au danger qui ré-
sulte toujours d'une trop grande abondance du liquide
rouge. Mais sans entrer dans une discussion sur ce sujet, il
nous convient de dire que le magnétisme a produit sonvent
MAUX ACCIDENTELS . 417
des saignements de nez, dans les affections chroniques,
à un âge où l'on ne pouvait attendre rien de semblable :
ces pertes de sang paraissent devoir être toujours salu-
taires, car celles que nous avons constatées ont été suivies
d'un grand bien-être. Là où la saignée eût été redoutable,
où la maladie peut-être se serait opposée à semblable pra-
tique, la nature, plussage , plus prévoyante, faisait jaillir le
sang, et la quantité seule qui devait être rejetée. Magné-
tistes, ne vous étonnez donc point lorsque ce phénomène
se produira sous vos yeux : il est le produit de la richesse
artificielle déterminée par vosmagnétisations. Vous avezmis
la vie en plus, fait reparaître une sorte de virilité ou de
jeunesse ; vous avez rendu malléable et liquide ce qui
s'était durci, et l'émonctoire providentiel vous avertit de
l'efficacité de vos efforts .
J'ai constaté chez quelques femmes malades, chez les-
quelles les règles n'existaient plus depuis longtemps , le fait
que je viens de décrire ; je l'ai également aperçu dans les
affections du poumon, et lorsque des congestions manifes-
tes existaient ; je l'ai vu se produire encore dans quelques
circonstances où il était impossible d'en apercevoir le point
de départ et la signification véritable.
L'homme a donc en main le propre agent de sa conser-
vation ; il porte en lui une médecine souveraine. Au poison
de ses maladies il oppose l'antidote fourni par ses organes ;
il peut faire au dehors de son enveloppe ce que la nature
fait en dedans, car il est bien peu d'êtres dans le cadavre
desquels on ne puisse trouver des cicatrices ou des sou
27
418 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
dures bien faites. C'est le même agent qui opère ; au lieu de
venir du dedans, il vient du dehors ; notre volonté supplée
aux empêchements de la nature .
Dans tous les cas que nous venons de spécifier, on doit
pratiquer le magnétisme à grands courants; il faut que la
peau des malades devienne chaude et comme brûlante.
Les magnétisations ne doivent cesser que lorsqu'on a cons-
taté la sortie d'un calorique dcre et caustique, que l'on dis-
tingue parfaitement de la chaleur ordinaire. Ce calorique
est comme le vinaigre vaporisé, il est piquant ; souvent
j'ai éprouvé dans mes propres mains son effet, dont je me
débarrassais en me magnétisant moi-même. Dans tout ce
qui est aigu, je le répète, il faut faire des passes longitudi-
nales et ne point chercher d'exaltation de douleur , mais
plutôt apaiser celles qui existent ; tandis que dans les affec-
tions chroniques, c'est le contraire qu'il faut chercher à ob.
tenir ; c'est la véritable clef des œuvres magnétiques.
Presque toutes les guérisons de maladies chroniques sont
précédées par une sorte de tourmente du corps dont il ne
faut pas s'effrayer ; elle est le résultat propre du traitement,
et nous en avons assez dit sur ce sujet pour être parfaite-
ment compris.
Le magnétisme montre encore son efficacité chez les
femmes pendant le cours de la grossesse ; il empêche l'en-
flure des membres inférieurs et favorise singulièrement
l'accouchement. Il est bien probable qu'un jour on lui de-
vra de faire disparaître les ſièvres puerpérales. A ma con-
naissance, plusieurs femmes en mal d'enfant ont vu leurs
MAUX ACCIDENTELS. 419
douleurs abrégées et l'accouchement avoir lieu bien avant
l'heure que l'accoucheur avait annoncée. Dans deux cir-
constances , l'accouchement a eu lieu pendant le sommeil
magnétique, sans que la femme ait senti la moindre dou-
leur. On pourrait penser que cela n'était point régulier, et
avait dû être suivi d'accidents particuliers ; il n'en a rien
été, je puis l'affirmer : le magnétisme était dans sa loi ,
il avait fait cesser les spasmes inutiles, tout en donnant la
puissance d'action nécessaire et régulière. Il y a certaine-
ment dans les cas ordinaires quelques souffrances, mais
elles sont supportables, et nous recommandons la pratique
magnétique dans les accouchements difficiles, trop lents à
se déterminer : on verra se produire ce que nous annon-
çons, on constatera l'efficacité de nos procédés.
Une remarque qui n'est pas sans importance, c'est celle-
ci : dans lesgrossesses douteuses, incertaines bien qu'il ait
pu s'écouler plusieurs mois, des cas se sont présentés où,
même tout près du dernier mois du terme final, des méde-
cins éclairés n'ont nullement distingué si la grossesse
était réelle ou bien si le développement de l'abdomen était
le résultat d'une maladie ; ce qui paraîtrait impossible,
si de nombreux exemples n'en attestaient la réalité , le
magnétisme a pu faire cesser l'incertitude du diagnos-
tic. En magnétisant quelques instants et d'une manière
•
générale la femme dans cette situation, puis dirigeant les
doigts en pointe sur la région du bassin , à sa grande sur-
prise elle sent remuer son enfant, elle en distingue parfai-
tement les mouvements, il est comme tiré de son som
420 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
meil et semble recevoir le choc de quelques courants
électriques. J'ai fait cette expérience plusieurs fois, d'a-
bord sur des femmes enceintes connaissant leur position ,
ensuite dans des cas suspects, et j'ai vu se produire les
mêmes phénomènes que ceux qu'on constate en magnéti-
sant des enfants endormis dans leur berceau ; on voit par
là le parti qu'on peut tirer du magnétisme pendant la
gestation des femmes. Ce fluide parcourant tout le système
nerveux, enrichissant la vitalité sans que pour cela il soit
nécessaire de magnétiser successivement ni de traiter la
grossesse comme une maladie, combien d'enfants pour-
raient être menés à terme qui s'éteignent faute de vitalité !
Je suis le parrain dedeux enfants qui venaient avant terme ;
tous les symptômes d'un accouchement prématuré s'étaient
montrés; parle magnétisme, je rétablis l'ordre, etles mères,
qui n'en étaient point à leur premier enfant et qui déjà
avaient eu des fausses couches, eurent la conscience par-
faite du travail réparateur qui s'était opéré ; dans leur
reconnaissance, elles me supplièrent, puisque j'avais sauvé
la vie de leur enfant, d'en être le second père. Plus on
étudie attentivement le magnétisme humain, plus on lui
découvre de propriétés. Les anciens ne croyaient qu'à
quatre éléments : le feu, la terre, l'air et l'eau. On a dé-
composé tous ces éléments, mais il en est un cinquième
auquel on n'a pas encore touché : c'est l'élément vital, ce-
lui-là même qui nous sert à opérer des œuvres si admira-
bles. Il est sans doute lui-même composé, car tantôt il est
électrique, galvanique, magnétique, et, quoique n'étant
MAUX ACCIDENTELS . 421
pas chaud par lui-même, il est dissolvant. Le plus profond
mystère cache encore son origine. Serait-il la lumière in-
créée, le premier principe de l'existence des êtres, cet éther
que tous les philosophes ont cherché à saisir ? Quoi qu'il
en soit, souvent en voyant les résultats matériels que par-
fois il produit sous nos yeux, nous nous sommes plu à pen-
ser que si jamais on parvenait à faire de lui ce que l'on a
fait de l'électricité, à enrassembler les rayons qui s'éparpil-
lent sous nos mains, l'homme aurait ainsi la plus grande
force de l'univers et pourrait tout dompter ou asservir.
Mais il est pour nous de la plus grande évidence que cet
agent a été , n'importe entre les mains de qui, la cause, le
principe de tout ce que nous appelons miracle. On lui doit
les guérisons éclatantes, instantanées , le soulèvement de
corps matériels et leur transport d'un lieu à un autre ; on
lui doit tout ce qu'il y a d'incompréhensible quoique réel ,
tout ce qui effraye notre raison; et pour terminer nous di-
rons que tout savant, tout médecin ou philosophe, tout
chef du sacerdoce, tout gouvernement même, qui vit igno-
rant d'étrangetés si singulières, résultat certain des prati-
ques magnétiques, a une science incomplète ; la véritable
lumière ne viendra jamais à son esprit.
422 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES
HEUREUSES OU DÉFAVORABLES.
La plus noble passion est sans contredit celle qui pousse
les hommes à la recherche de la vérité. Ceux qui en sont
animés sont sur cette terre les missionnaires de Dieu. Ils
sacrifient tout à celle-ci ; et si jamais un regret se fait jour
dans leur esprit, c'est celui de n'avoir pu saisir la vérité
dont ils pressentaient l'existence, ou, l'ayant trouvée, de ne
pouvoir transmettre la partie abstraite de ce qu'ils ont dé-
couvert. Pour le commun des hommes, la vérité ou l'er-
reur importe peu; satisfaits de vivre, ils suivent le cou-
rant qui les entraîne, s'imaginant que c'est perdre son
temps que d'arrêter sa pensée à approfondir le mystérieux
passage de l'homme sur cette terre et de s'occuper de ce
qu'ils traitent de vaines chimères ; ils ne considèrent point
que sans ce travail l'homme serait encore à l'état sauvage,
c'est-à-dire au-dessous des pires animaux. Pourtant c'est
en vue d'améliorer le sort de son espèce que le chercheur se
voue au labeur et brave souvent des périls certains , laissant
aux indifférents toutes les jouissances communes et leur
abandonnant même le fruit le plus doux de ses travaux,
pensant obéir ainsi aux volontés de celui qui a réglé les des-
tinées humaines. Pour moi, j'ai toujours envié le sort des
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES, ETC. 423
hommes qui se rendirent utiles et qui furent ainsi manifes-
tement favorisés de Dieu. Lorsque le magnétisme m'est
apparu , j'ai regretté la faiblesse de ma nature et le peu
de force de mon intelligence ; trop de lumière était devant
mes yeux, je n'ai pu saisir qu'une très-faible partie des
choses.
Dans ce grand œuvre des guérisons magnétiques, on
aperçoit les signes certains de son action ; tout change.
ment se décèle, et ce qu'on attribue au beau temps , à la
pluie, au repos, au régime, que sais-je? à tout ce qui
n'est point la nature, vient du magnétisme; tout ce qui se
produit sous son impulsion aun langage, est un signe cer-
tain des appareils qui fonctionnent. Nous avons dit déjà
que les grandes voies d'expulsion s'ouvraient sous l'empire
du magnétisme : c'est le grossier travail d'expulsion. Ce qui
échappe en général au praticien magnétique, c'est le tra-
vail sourd, moléculaire, qui se fait dans les tissus et jusque
dans les os, et qui n'avertit les sens que lorsqu'on les y
applique attentivement. Lorsqu'on remue un liquide qui
contient un dépôt, on en trouble la limpidité et la pureté,
parce que le dépôt se répand dans toute sa masse. De
même la vie peut s'exercer quoique nous souffrions , mais
si l'on remue l'agent impur cause de nos douleurs, il aug-
mentera pour un instant nos malaises, car il rejettera dans
les circulations une partie des matériaux mis en mouve-
ment. Si le magnétisme existe, il doit produire ce phéno-
mène pour le plus grand bien du malade, et, en effet, nous
l'apercevons dans les traitements des affections chroniques
424 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
où le magnétisme seul est employé. Des dissolutions ont
lieu, les douleurs s'éparpillent, des chaleurs générales ou
partielles apparaissent par instant ; on aperçoit de petites
plaques rouges ou brunes sur la peau, on ressent des dé-
mangeaisons ; quelquefois se montrent des rugosités, et le
plus souvent une transpiration locale dont l'odeur n'a rien
de flatteur pour l'odorat. Tout cela paraît vague en-
core, mais on voit parfois survenir des affections de la
peau ayant la forme érysipélateuse ; dans certains cas elles
s'ouvrent même pour donner issue non à du pus semblable
à celui qu'on observe dans les plaies, mais à des sérosités
de diverse nature, et dont la quantité est parfois considé-
rable : nous avons vu des malades en rendre ainsi plus
d'un litre. Tantôt ce sont les membres inférieurs qui don-
nent issue à ces matières impures, tantôt d'autres parties ;
nous avons également vu les bras et le cou devenir tour à
tour émonctoires. Quelquefois on voit survenir des clous, et
enfin la peau se couvrir deboutons,gros comme la tête d'une
épingle, qui sont comme autant de petits pertuis ouverts
aux acretés de notre sang. La fièvre enfin peut survenir ;
mais n'ayez nulle crainte, continuez vos magnétisations , le
travail se fait et tout s'épure ; vous l'apercevrez bientôt par
la diminution des symptômes ci-dessus, et par le sentiment
de mieux que manifeste le malade. Si vous voulez acquérir
la preuve que tout cela est vrai, que le magnétisme est le
grand épurateur, le dissolvant par excellence, magnétisez
des gens d'une santé qui paraît robuste, prenez pour
sujet d'expérimentation des enfants bien portants et qui
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES, ETC. 425
n'ont eu ni la rougeole, ni la variole, ni la petite vérole,
vous verrez apparaître bientôt ces affections s'ils en por-
tent en eux le germe ; venues, écloses avant le temps, elles
seront toutes bénignes , et le virus , le mauvais levain
ayant été troublé, mis en mouvement, la force médica-
trice, augmentée, les rejettera. Pour plus de preuves encore,
magnétisez des personnes qui, dans leur vie passée, ont été
atteintes de blessures graves ou ont eu des fractures des
os, dont, je le suppose, elles ne ressentiront plus rien pré-
sentement, dès que le magnétisme , circulant dans les or-
ganes, arrivera là où il y a eu solution de continuité, ne
fût-ce qu'un instant, là où la chair a été perforée ou lacérée,
il y fera sentir sa présence et cherchera, comme s'il avait
l'intelligence en propre, à rétablir les parties lésées dans
leur intégrité première. Chez les malades on constate la
décoloration des parties de la peau dont le tissu a été
pénétré soit par des matériaux venant de la bile, soit par
une lymphe épaissie qui n'avait point trouvé d'écoulement
régulier. J'ai vu plusieurs fois, chez des malades en proie
à des douleurs dans les os des membres, résultant d'af-
fections vénériennes ou des traitements suivis, j'ai vu, dis-
je, à la suite de magnétisations, la peau se couvrir de
plaques cuivreuses, et à dater de ce moment les insomnies
cesser et les douleurs s'apaiser. Comme on peut l'aperce-
voir, au lieu de combattre ces symptômes et contrarier la
nature, comme le médecin le fait souvent, nous l'aidons,
nous favorisons son travail, et tout ceci résulte d'une addi-
tion de puissance, car la nature est le vrai médecin. Il faut
.
426 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
donc que les magnétistes tiennent compte de ces obser-
vations, qu'ils examinent attentivement ce que nous signa-
lons comme se produisant dans les affections chroniques ou
invétérées, dont la forme ne variait point avant la magné-
tisation, mais qui doit changer d'aspect sous leur main,
dès qu'ils ont introduit le dissolvant, l'agent actif appelé ma-
gnétisme. Notre corps recèle communément une quantité
innombrable d'agents propres à troubler la vie ; ils ne nous
tuent pas, mais ils nous font souffrir; et lorsque le méde-
cin, n'apercevant riende contraire aux règles établies de la
santé, dit : « Vous n'avez rien, vous n'êles point malade, votre
imagination seule vous fait croire le contraire, » il raisonne
en aveugle. Tout ce qui se plaint souffre, quelque chose
trouble l'harmonie des fonctions. Quand le magnétisme,
dans les affections chroniques et graves, n'éveille point la
sensibilité et qu'aucun des symptômes d'action que nous
avons signalés ne se montre, l'on a peu de chances de gué-
rir, bien que certains magnétiseurs affirment que toutes les
maladies peuvent être guéries par le magnétisme. Main-
tenant , malheureusement, nous échouons ; dans certains
cas la nature est morte pour nous, et nous ne pouvons,
malgré nos efforts, déterminer un retour vers le passé,
Cela nous conduit à parler des signes avant-coureurs de
la mort et de ce que doit observer le magnétiseur, lorsque
bénévolement, ou plein de foi dans son art, il s'est chargé
du traitement d'un malade dont la mort est prochaine.
Aucun malade n'est mort entre mes mains. J'ai toujours
prévenu ou de l'insuffisance de mes efforts, ou de la gra
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES , ETC. 427
vité de la situation d'un malade, tous ceux qui avaient in-
térêt à connaître la vérité. Ici la nature a fait beaucoup
pour moi ; elle m'a donné ce que la science ne donne
point, - un sûr instinct. Mais comment le définir? Des
impressions semblables ressemblent aux pressentiments,
bien que l'instinct s'éveille par ce que lui apportent les
sens. Je me rappelle un fait singulier où, en présence d'un
malade qu'un médecin distingué traitait, je dis tout bas à
celui-ci : « Votre malade va mourir. » Et le médecin de
me regarder d'un air suffisant et de me dire : « Mais,
monsieur du Potet, sur quoi fondez-vous donc votre pro-
nostic ? » Et établissant lui-même tous les symptômes fa-
vorables au malade, il semblait me dire : « En médecine,
vous êtes un innocent. Qui fut bien étonné cependant le
surlendemain ? Le médecin, venant faire sa visite, trouva
le malade mort. Il y a donc des signes avant-coureurs qui
se laissent apercevoir lorsque le regard s'arrête et plonge
dans l'intérieur du malade ; je ne parle point de ceux que
l'on voit dans certaines maladies, la phthisie parvenué au
dernier degré , dans les fièvres typhoïdes, où la mort est
écrite en caractères lisibles pour tout le monde ; je veux
parler des cas où le malade, quoique très-proche de sa fin ,
se sent mieux, où les forces paraissent revenir, où l'illusion
est complète. Hélas ! c'est un dernier jet de la flamme di-
vine ! La lampe va s'éteindre tout à l'heure faute d'huile, les
forces vives s'en vont par en bas, comme cela a lieu dans
les démagnétisations, où la vie en excès trouve son écou-
lement, fait que j'ai constaté sur un petit nombre d'êtres :
428 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
la plus pure essence du vase humain s'enfuyait par en bas.
Je sais bien que tout cela paraît contraire aux observa-
tions générales, mais cela n'influe en rien sur ma manière
de voir. Voici , au reste, les seules choses que je puisse
dire sur ce que, en dehors de l'instinct, les sens peuvent
observer : le regard du malade a quelque chose d'irrégu-
lier ; ses traits ont une expression particulière qui ne ré-
sulte point de la douleur , la voix non plus n'est plus la
même ; une moiteur que le contact sent n'être pas natu-
relle s'observe sur certaines parties de la peau. Si vous
magnétisez habituellement le malade, quelque chose en-
core vous frappe davantage : vous ne déterminez plus la
production des phénomènes que vous observiez, les sensa-
tions du malade sont différentes, votre magnétisme semble
être adressé à une statue, il glisse sur les surfaces, qui évi-
demment ne le reçoivent plus. Dès lors vous n'arrêtez
plus rien, ne pouvez plus rien ; retirez-vous, avertissez, et
ne vous laissez point abuser soit par le malade, soit par le
désir véhément que vous avez de le guérir ou de lui faire
du bien : vous n'apercevriez plus les efforts de la na-
ture , ni ce travail de reconstitution où chaque magnéti-
sation amène un mieux, quelle que soit d'ailleurs l'abon-
dance des sécrétions ou la fièvre qui précède ou suit leur
expulsion. Il nous serait facile d'indiquer comment la mort
arrive, mais cette description nous jetterait dans le do-
maine de la philosophie et de la médecine. D'ailleurs, que
la mort soit un bien ou un mal, elle est un fait, et nous
n'avons pour but que d'en retarder l'arrivée. Les magné
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES , ETC. 429
tiseurs sont tous honteux et décontenancés quand ils per-
dent un malade abandonné à leurs soins ; mais s'imagine-
raient-ils donc pouvoir détruire une loi de la nature?
N'est-ce pas d'ailleurs un assez grand privilége que celui
qu'ils ont de pouvoir, dans un grand nombre de cas, sau-
ver du trépas des êtres abandonnés de la nature et de
l'art ? Peut-être un jour opérera-t-on des œuvres plus
grandes que celles qui sortent de nos mains ; mais lorsque
je contemple ce que j'ai pu obtenir de merveilleux, j'ai
lieu de me montrer satisfait, tout en regrettant d'avoir
rencontré des limites à mon pouvoir ; car si l'existence hu-
maine se trouve bornée, encore faudrait-il atteindre au
temps fixé par les décrets d'en haut. L'homme ne peut se
plaindre légitimement lorsqu'il a lui-même été son bour-
reau ; la nature ici n'est point coupable : l'homme est
libre de se suicider, et souvent, sans qu'il s'en doute, l'abus
des remèdes pharmaceutiques abrége son existence. C'est
à lui de devenir plus sage et plus prévoyant ; c'est à la
science à se perfectionner , car la nature ne saurait rien
changer à ses lois.
DURÉE DES SÉANCES MAGNÉTIQUES.
Il est difficile de fixer la durée des magnétisations ; cela
tient au degré de sensibilité, bien différent chez les êtres.
430 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Quelques-uns voient déborder le magnétisme au bout de
quelques instants ; chez d'autres, au contraire, la saturation
ne semble jamais complète. Les résultats sont pourtant
les mêmes, et sans qu'on puisse voir comment le magné-
tisme a procédé. Cette disposition absorbante refroidit le
magnétiseur et diminue la confiance du malade, car il
n'a rien senti.
Il est des cas en petit nombre où il faut procéder par de
courtes magnétisations, dans ceux surtout où elles font
naître une sensibilité exagérée; il faut donner le temps au
patient de digérer l'agent, et ne reprendre que lorsque le
système nerveux est tranquille , ce qui arrive en un quart
d'heure ou vingt minutes. L'opération doit donc être divi-
sée, séparée par un intervalle ; elle est alors très-efficace.
Pour ceux des malades qui semblent ne rien sentir, on
doit prolonger la magnétisation pendant trente-cinq à qua-
rante minutes, quelquefois plus encore. Quand on est pra-
ticien, on aperçoit ce que le magnétisé ne voit point, car il
y a toujours des symptômes d'action ; mais s'il semble par-
fois que l'agent magnétique entre dans la ouate et non pas
dans les chairs, le pouls néanmoins s'émeut un peu, les
yeux acquièrent un peu plusde vivacité : cela suffit, comme
nous l'avons indiqué et comme nous le montrerons, pour
obtenir les plus grands résultats. Quelquefois la sensibilité
arrive tout à coup après une longue attente, au moment
où on ne la désirait plus, où on ne la croyait pas possible ;
on diminue alors la durée de son action. Une autre re-
marque bien importante, c'est que chez quelques magné
DURÉE DES SÉANCES MAGNÉTIQUES. 431
tistes , l'énergie est plus considérable, les émissions de
fluide plus abondantes, plus puissantes. En me prenant
pour terme de comparaison, je dirai qu'il ne me fallait que
cinq minutes pour reconnaître le degré de sensibilité ;
il est clair cependant qu'il faut un temps plus long lors-
qu'une magnétisation se fait d'une manière insolite, en
parlant, en excitant son malade à répondre à des questions
qui exigent le travail de son esprit : l'action, dans ce cas,
est lâche, molle, la nature ne sait pas trop ce qu'on lui de-
mande, l'être n'est pas saisi, lié. L'opération est d'autant
plus parfaite que l'entendement, la volonté, le désir, qui
sont le point de départ du inagnétisme, se trouvent plus en
jeu et unis ; quelques instants alors suffisent pour implanter
en autrui cette suprême vertu que Dieu nous a donnée :
les hommes bien convaincus ne faisaient que toucher , et
la cure devait se faire ; dans ce cas, rien n'était sophistiqué,
l'arbre bon donnait de bons fruits. Il n'y a donc pas de
mesure absolue ; mais ayez pour principe de sagesse de
vous arrêter quand l'état convulsifcommence ; et chez ceux
des magnétisés qui ne présentent point ces symptômes ,
ne soyez assuré que la magnétisation est bonne que lors-
qu'une douce chaleur et de la moiteur se montrent aux ex-
trémités.
Il est des malades qui se saturent tellement de magné-
tisme, que vous pouvez hardiment ne pratiquer cette opé-
ration que tous les deux jours : je parle de la chronicité des
maux seulement. Vous reconnaîtrez l'action manifeste du
magnétisme dans les sécrétions, dont l'activité devra être
432 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
notablement modifiée. Dans les affections aiguës, la con-
duite doit être différente; plusieurs magnétisations dans un
jour sont nécessaires ; la dépense est rapide , et le temps
n'est point pour vous ; la nature ici est prodigue , mais elle
vous donne des forces que vous ne vous connaissiez point,
car elle sait surexciter le dévouement et enflammer l'es-
prit ; la fatigue et l'épuisement ne se feront sentir qu'après
l'œuvre achevée : un soldat, tout épuisé qu'il soit, trouve
dans l'ardeur du combat des forces nouvelles ; le magné-
tiseur de même : c'est un combat qu'il livre, c'est une
lutte où la guérison est le prix de sa victoire.
Lorsque l'on veut traiter plusieurs malades en commun,
et que le temps manque pour les traiter individuellement,
on les place sur une ligne, comme l'indique la gravure,
et l'on prolonge la magnétisation, en ayant soin de faire sor-
tir successivement de cette rangée les malades qui éprou-
vent des effets trop prononcés ; on les remplace, s'il y a
DURÉE DES SÉANCES MAGNÉTIQUES. 433
lieu , par d'autres malades. Le magnétisme se communique
de l'un à l'autre avec une promptitude remarquable, sans
cesser d'être efficace. J'ai particulièrement employé ce
procédé à Montpellier, où j'étais tellement accablé de ma-
lades, qu'il m'eût été tout à fait impossible de les magné-
tiser isolément un temps convenable. Pour une chaîne ainsi
formée par dix malades, je consacrais ordinairement cin-
quante minutes, et ce temps suffisait pour qu'ils se trou-
vassent bien. Je n'ai point insisté sur le magnétisme par
insufflation : je regarde cette méthode comme trop fati-
gante et ne donnant point de résultats plus satisfaisants.
Les magnétistes emploient généralement l'eau magné-
tisée ; je n'y attache pas l'importance qu'ils lui attribuent.
Tous les malades ne peuvent pas boire de cette eau, quoi-
que magnétisée : l'étatde leurs organes s'y refuse parfois.
Elle est utile seulement lorsque par empêchement on ne
peut employer la magnétisation directe: l'effet de cette
eau est salutaire, mais en tant seulement que l'estomac la
supporte.
Il est encore des magnétistes qui pratiquent des insuffla-
tions sur cette eau ; je n'admets point cela. Il faut seule-
ment prendre entre ses deux mains le vase qui contient le
liquide, y appliquer toutes ses pensées ; l'épaisseur des
parois du vase n'empêche nullement la transmission. S'il
présente une large ouverture, l'on promène les doigts à une
petite distance de la surface du liquide ; trois ou quatre
minutes suffisent pour magnétiser un litre d'eau. Cette eau
acquiert bientôt une qualité qui la rend dissemblable à
28
434 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
elle-même ; parfois cette eau purge et fait transpirer ; elle
est distinguée par les malades, et dans certains cas il serait
difficile de les tromper. Je signale cette pratique, à la-
quelle, je le répète, je n'attribue qu'une vertu temporaire.
Il en est de même encore de l'usage des frictions et du
massage, qui ne doivent être regardés que comme une pra-
tique accessoire. Il faut qu'elles soient employées seule-
ment à la fin des séances magnétiques ; elles favorisent la
circulation, réveillent la sensibilité, et c'est toujours avec
la volonté et le désir de faire le bien qu'on doit s'en
servir. Le massage et les frictions furent recommandés
par les médecins de l'antiquité. Hippocrate avait fait un
corps de doctrine sur ce moyen de guérir, et j'ai publié
dans le Journal du Magnétisme, tomes X et suivants, une
suite de recherches extrêmement curieuses faites par M. le
docteur Perrier concernant ces antiques procédés. Ils sont
à nos yeux une dégénérescence du magnétisme, un moyen
mployé par les prêtres de ces temps pour cacher le véri-
table principe agissant, ce magnétisme dont nous venons
de dévoiler les mystères.
1
AUTOMAGNÉTISATION. 435
AUTOMAGNÉTISATION .
Nous avons dit et répété plusieurs fois dans cet ouvrage
que la nature était notre institutrice, et que c'était en sui-
vant ses leçons que nous développions notre entendementet
que la science se faisait. L'automagnétisation , c'est-à-dire
l'application des principes et des procédés qui servent à
faire naître en autrui une série de phénomènes aujour-
d'hui bien connus, cette même application pratiquée sur
soi jouit également ,de propriétés efficaces, mais dans
certaine mesure. D'abord, l'action est plus faible, car on
enrichit momentanément une partie en puisant dans un ré-
servoir qui n'est pas plein, on découvre saint Pierre pour
couvrir saint Paul ; je me sers de cette figure, parce qu'elle
rend sensible le fait que je cherche à décrire ; puis il est des
cas, trop nombreux, où la force nous est ravie tout d'un
coup, où la fièvre, s'emparant de nous, nous ôte notre li-
berté d'agir : dans les maladies aiguës, par exemple, nous
ne pouvons que bien peu pour nous-mêmes ; néanmoins,
malgré tous ces désavantages, il nous est laissé encore un
vaste champ où le magnétisme s'offre à nous avec ses pro.
priétés bienfaisantes ; nous pouvons agir sur tous les maux
à leur début, et empêcher parfois des accidents graves de
survenir. Dans les affections chroniques et douloureuses et
436 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
qui pourtant n'enlèvent point nos forces, nous pouvons di-
minuer les douleurs, rendre notre vie supportable, là où
tous les remèdes se sont usés sans succès. Dans tous les
petits maux qui peuvent se produire à chaque instant, tels
que des embarras d'intestins, des maux d'estomac, des
crampes, des migraines, des douleurs vagues, etc. , l'auto-
magnétisation employée rendra d'immenses services, et
nous connaissons une infinité de personnes qui se sont par-
faitement bien trouvées de ces préceptes simples et natu-
rels.
Nous engageons cependant à ne pas trop avancer dans
cette pratique, car elle a des dangers de plus d'un genre ;
elle peut provoquer des hallucinations, un somnambulisme
déréglé et une sorte d'extase que nous ne sommes plus
aptes à conduire ni à faire cesser. Il faut s'en tenir simple-
ment à de purs phénomènes physiques et ne chercher sur
soi-même quel'apaisement des troubles intérieurs, ou sans
cela l'on imiterait les fakirs de l'Inde, et il pourrait arriver
que, contrariant les voies de la nature, l'agent de la vie
changeât sa direction normale. Le fanatisme comme la
folie n'ont souvent pas d'autre cause qu'une perturbation
dans la circulation de l'agent nerveux, dues à de trop for-
tes contentions d'esprit, tandis que, pratiquée avec sa-
gesse, l'automagnétisation peut prolonger la vie.
DURÉE DES TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES. 437
DURÉE DES TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES.
Il y a de grandes difficultés à fournir des indications
précises sur la durée des traitements magnétiques. Il est
des maladies qui, malgré leur ancienneté, des symptômes
graves et les appréciations défavorables du magnétiseur,
disparaissent à la suite d'une seule magnétisation : on peut
croire que là les sens n'avaient point fourni les éléments
d'une appréciation saine, et que l'équilibre ne demandait
qu'une forte impulsion dans la circulation des fluides pour
se rétablir. En général, les choses se passent autrement ,
et les traitements peuvent avoir une durée qui pourra
paraître exagérée, mais que le raisonnement et l'expé-
rience justifieront, car cette durée varie en raison même des
causes de maladie que nous avons spécifiées, des altérations
et des dégénérescences de tissus ; enfin , elle tient éga-
lement à l'exactitude des rapports magnétiques et au sé-
rieux de l'application : néanmoins, la sensibilité au ma-
gnétisme, même exagérée, n'est point un indice d'une
guérison prompte. Tous les malades, dans leur impatience,
voudraient guérir subitement, bien que la plupart aient
laissé pendant des années user sur eux les vertus des re-
mèdes, et, si l'on remarque quelque constance, c'est sur-
tout en homéopathie. Nous en connaissons qui, pendant
438 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
cinq ans, dix ans, quinze ans même, ont pris les globules
homéopathiques sans varier dans leur foi. En magnétisme,
cela est différent. Comment donc ? mais on doit guérir de
suite, et, si à la seconde ou à la troisième opération ma-
gnétique on ne se trouve pas beaucoup mieux, on aban-
donne ce traitement en parlant bien haut de son ineffica-
nité. Nous avons fourni de suffisants renseignements à tout
lecteur attentif pour qu'il ait une idée plus nette , plus
saine des choses, et si nous insistons encore, c'est parce
que le fait que nous signalons est grave autant pour les
malades que pour les magnétiseurs. A nos yeux, une affec-
tion chronique qu'on parvient à guérir est un travail phi-
losophique plutôt que médical, travail qui ne peut se faire
par des remèdes et qui demande une sorte de constance
et de sagesse chez le malade et chez celui qui guérit ;
c'est un retour à la vie, une lutte contre la douleur et la
mort. La mort ! mais souvent on court après croyant la
fuir ; communément, les malades ne le croient point, une
sorte de fatalité les domine, et, quittant le chemin qui
pouvait les conduire au port, ils retournent boire à la source
empoisonnée, ils retournent aux remèdes inefficaces dont
ils ont tant usé, plutôt que de continuer à chercher si la
nature n'a pas d'autres voies. Le magnétisme demande
certaines clartés de l'âme, des principes rigides chez celui
qui embrasse cette vérité et qui veut se rendre utile. Il
y aura de fausses vocations et souvent l'ignorance et l'in-
dustrie s'annonceront, comme en médecine, commepossé-
dant à fond le nouvel art de guérir. Je ne pais rien à cela ;
DURÉE DES TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES. 439
depuis que le monde existe le mensonge suit de près la
vérité , il en simule les œuvres et ce mélange existe en tout.
Une chose peut tout sauver, il faut que le magnétisme
descende dans la famille. Il semble que la nature ait créé
cet agent pour ce but, car il en resserre les liens, il se
trouve à la portée de tous, et les difficultés que présentent
sa pratique ne sont presque rien en regard de celles qu'offre
la médecine des écoles. Ce n'est pas que l'on doive dédai-
gner les secours étrangers; le magnétisme est devenu au-
jourd'hui une profession, un art où plusieurs commencent
à montrer une habileté que donnent seules l'observation et
la pratique journalière. Les médecins devraient être les
premiers sur les rangs pour exercer cet art, mais on aura
une peine infinie à les y amener ; les causes en sont di-
verses et multiples ; je n'ai pas besoin ici de les signaler.
Quoi qu'il advienne, mon devoir est rempli ; j'ai livré la clé
des œuvres magnétiques ; c'est à ceux qui voudront la
saisir et pénétrer dans le sanctuaire secret de la nature où
tout est grand et magnifique et où Dieu a montré la su-
blimité de ses créations, c'est à ceux que la douleur émeut
et qui veulent faire le bien que mon ouvrage s'adresse.
Qu'ils ne s'arrêtent point aux discours des Renan et autres
savants d'une égale importance qui font entendre qu'en
dehors de ce qu'ils savent, il n'y a plus rien que mensonge
et illusion : c'est un orgueil qui cache un grand fond d'i-
gnorance sur la vraie nature et sur les lois morales. Qu'ils
ne s'arrêtent point aux discours d'un Trousseau qui a osé
nous accuser d'imposture et égarer la jeunesse , espoir
440 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
de l'avenir : ces oppositions cachent le dépit qu'on éprouve
de connaissances incertaines ; il est cruel de penser que,
croyant avoir saisi la vérité, on n'en a saisi que l'ombre,
que, croyant connaître l'homme, on ne sait bien que la
forme du squelette. Voulez-vous juger du mérite réel de
ces grands savants ? Magnétisez quelques personnes, et
votre opinion sera formée. Voulez -vous juger du mérite
réel des écrivains de nos jours, qui ont publié sur les
sciences occultes les restes mutilés de l'histoire, comme
l'ont fait les Figuier, les Maury ? Étudiez quelque peu ce
magnétisme humain et vous sourirez bientôt en apprenant
que les œuvres tronquées et sans valeur de ces écrivains
leur valurent la réputation d'hommes instruits. Et ne croyez
point que ce soit chez nous un parti pris de dénigrer les
savants, mais c'est parce que nous ne voulons point mentir
à la vérité, ni souffrir qu'on la cache, ni qu'on la salisse
que nous nous en établissons le vengeur et que nous devan-
çons ainsi le jugement de la postérité. Ne vous formalisez
pointde notre excès de zèle ni de notre emportement, il est
motivé sur ce que les antagonistes du magnétisme semblent
n'avoir écrit sous l'empire d'une froide raison que pour
mieux surprendre celle d'autrui : ce n'est qu'œuvre de
style, rien de plus, qui satisfera sans doute tous ceux que
la réalité effraie et qui veulent vivre dans le domaine ré-
tréci des sciences vulgaires ; nul d'entre eux ne s'est livré à
l'étude du magnétisme, mais tous ont conspiré contre lui.
Vains efforts ! si le magnétisme, qui n'est encore qu'un fait,
trouble déjà la science officielle, qu'arrivera t-il lorsque,
DURÉE DES TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES. 441
déployant ses ailes, il apparaîtra à tous comme un divin
messager entre le ciel et la terre pouvant seul aider à dé-
chiffrer l'énigine de la vie et expliquer le principe et l'an-
tiquité des religions ?
J'ai souvent attaqué les médecins, etje le fais encore
vivement, non que je sois prisd'une sorte de manie ou que
cette guerre me soit profitable, elle est au contraire toute
contre mes intérêts ; tous les avantages me seraient échus
en gardant le silence, mais la vérité l'a emporté sur toute
considération, et la justice exigeait de moi cette conduite.
Elle est d'ailleurs pleinement justifiée , car je n'ai jamais
pu faire un pas en avant sans rencontrer un médecin dis-
posé à me barrer le passage, et j'ai trouvé chez eux plus
d'entêtement, plus d'opiniâtreté que chez les prêtres qui ne
passent pas, il faut le dire, pour être ni très-tolérants ni
très-accommodants. Cette lutte désespérante et propre à
décourager le plus résolu, moi, faible, je l'ai soutenue sans
jamais désespérer du gain de la cause que je défendais.
J'avais d'abord courbé la tête, mais je la redressai bientôt
après avoir considéré de près ces ennemis du magnétisme :
j'avais pu voir que la mauvaise foi était dans le plus grand
nombre ; que le dédain , l'ignorance et l'outrecuidance
étaient le partage des plus animés. Avec cette connaissance,
je marchai résolument à la rencontre de ces faux braves
et dévoilai la misérable source de leur opposition ; je le fis
vivement, et cepen lant la haine n'est point mon fait, on en
aurait la preuve le jour où le magnétisme serait reconnu et
enseigné dans les écoles ; jusques à ce moment, je conti
442 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
nuerai & dévoiler les embûches, les piéges tendus à notre
bonne foi par nos adversaires, à signaler les moyens peu
loyaux qu'ils ont employés et qu'ils emploient encore pour
empêcher les progrès du magnétisme, etje le ferai en rap-
pelant leurs discours et leurs conversations dans l'intérieur
des familles ; mais avant nous allons exprimer ce que nous
pensons de la médecine en général.
La profession des médecins est délicate (1), leur vie de-
vrait être une suite continuelle d'alarmes ; le doute, la
crainte, le repentir devraient sans cesse agiter leur esprit :
mais , blasés sur la douleur comme sur leurs fautes, ils ne
sentent plus rien, le malade pour eux est une chose morte,
un bloc qu'il s'agit de tailler, c'est une bête souffrante qui
sait montrer la langue et donner la patte, bonne à mettre
à la diète et qui prend sans sourciller l'eau panée, une ou
plusieurs de ces compositions dont le poison est la base. -
La bête va-t-elle mieux, le remède était souverain ; meurt-
elle, le remède était encore souverain, mais il n'a point
agi, et, dans ce cas, le médecin.... s'en lave les mains et
passe à un autre malade.
Mais les hommes de cœur dans la profession de méde-
cin ! ... Nous convenons sans peine qu'il s'en trouve et ce
sont ceux qui ont une âme compatissante, une organi-
(1) Pythagore a dit : « que la médecine est le plus divin des
arts. Si la médecine est l'art le plus divin, il faut que le médecin
s'occupe de l'âme en même temps que du corps. Comment un être
serait-il sain quand la partie la plus importante de lui-même serait
malade?>>> APOLLONIUS.
DURÉE DES TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES. 443
sation sensitive, l'amour du prochain. Ah ! pour eux ,
c'est bien différent, le malade n'est point la béte, mais un
être digne de pitié et compassion. Comme ils cherchent à
le soulager ! combien ils sont sensibles à sa douleur ! Vous
les voyez rester près du patient, plongeant leurs regards
dans ses yeux, cherchant à pénétrer jusque dans ses en-
trailles ; vous le voyez écoutant les moindres détails que
donne le malade, chercher dans leur mémoire, dans les
observations qu'ils ont faites, le remède qui les a bien ser-
vis en pareille occurence. Ces hommes d'élite sont souvent
rebutés, car nul ne leur tientcompte ni de leur dévouement,
ni de leur patience, ni de leur abnégation ; souvent ils
envoient la médecine au diable et jettent le froc aux orties ,
cette science laissant trop de place au doute, à la crainte,
à de continuelles et inexprimables angoisses ! Quant aux
autres médecins, ils ont la bouche riante, toujours une
anecdote à conter quand le malade va bien ; dans le cas
contraire, ils tournent bien viteles talons. Quelques hommes
donc prennent au sérieux ce qui est de lui-même fort sé-
rieux ; d'autres, au rebours, ne tiennent aucun compte des
difficultés de cet état, et de sa responsabilité ne font que
rire ; ils n'en perdent nileboire ni le manger; leurs affaires
n'en vont pas plus mal, au contraire ; ils évitent des insom-
nies et dotent richement leurs filles.
Oui , la nature fait des médecins comme elle fait des
poëtes et des musiciens,des peintres et des sculpteurs, des
mimes et des comédiens ; mais on n'écoute guère sa voix,
et, pour l'exercice de cet art divin de la médecine, de nos
444 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
jours, on accepte tout à peu près sans ancun choix ; ce
titre de la plus haute noblesse se donne au fat, se donne
au sot, on l'acquiert par la seule mémoire ou bien par un
parler sans fin, on l'accorde au soldat qui commence
et n'a point encore combattu : c'est ainsi que la méde-
cine est devenue un art douteux et s'est déconsidérée.
Le magnétisme a eu pour lui les bons, les vrais médecins,
les âmes élevées, tous ceux enfin qui demandent sans cesse
des vérités utiles, des remèdes efficaces ; il a eu contre lui
tous les autres médecins, et ils étaient si nombreux qu'ils
ont pu, par leur résistance ostensible ou ténébreuse, re-
tarder sa marche. N'avons -nous pas le droit de les signaler
au monde et d'appeler sur eux l'attention publique, afin
que le moment vienne où le gouvernement, appuyé sur
l'opinion , seconde nos efforts et leur commande d'apprendre.
N'est-il pas surprenant qu'il n'y ait pas deux médecins
au monde qui aient les mêmes idées dans la pratique de
leur art ; que la médecine soit comme la religion dont deux
ministres , quels qu'ils soient, ont des croyances ou des vues
différentes , comme la philosophie où chacun a ou fait son
école. D'ou vient qu'il en est ainsi? pourquoi cette diversité
d'idées et de sentiments ? chacun n'a-t-il pas en lui- même
le sentiment du vrai ? C'est qu'on n'a point encore décou-
vert de vérités-mères, de celles qui servent de pivot et
auxquelles tout aboutit : les savants ont rassemblé des par-
celles éparses d'un tout inconnu, parcelles qu'ils ne peu-
vent réunir pour former un faisceau lumineux capable
d'éclairer et de fixer la raison.
DURÉE DES TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES. 445
Le magnétisme est une de ces vérités inouïes, trans-
cendantes, capable d'opérer cette révolution salutaire ; mais
les médecins qui les premiersdevraient en profiter ne veu-
lentpoint en entendre parler ; ilstiennentdans le monde un
langage, ils ont une conduite bien propre à éloigner les
esprits d'un sérieux examen. Singulière condition humaine !
l'homme combat pour ses dieux lors même que ceux-ci
sont les dieux du mensonge, il se bat souvent pour des
opinions politiques qui ne sont pas soutenables aux yeux de
la raison, il expose souvent sa vie pour un faux point d'hon-
neur ; et si vous voulez achever de connaître parfaitement
l'homme, menacez-le dans ses intérêts, touchez à ce qui le
fait vivre, éclairez-le sur le fondementpeu moral sur lequel
il a bâti son édifice !
Chose triste à dire, la vérité , cette inspiration d'en haut,
ce fruit du génie, ne triomphe que par le combat, il faut en
acheter les bienfaits et sans profit pour soi user sa vie à les
défendre ! Que d'injures ne nous ont pas été lancées par nos
ennemis ; ils nous ont couverts d'opprobres; nous étions des
charlatans, des fripons.... mais ces armes se sont émous-
sées. Maintenant l'hypocrisie entretient la lutte, - le ma-
gnétisme n'est bon à rien.... Aujourd'hui que son existence
ne peut plus être niée, ilagace les nerfs, donne l'épilepsie,
enlève l'intelligence, entraîne mille abus ; .... il ne fait dans
certains cas que masquer les maux, ... l'imagination surexci-
tée détruit les forces réelles ; le magnétisme devrait étre pros-
crit, l'Académie l'a examiné sous toutes ses faces et ne lui a
trouvé aucune valeur ; tous nos grands maîtres ont essayé
446 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
son emploi et jamais dans aucun cas ils n'ont constaté un ré-
sultat satisfaisant, mais plutôt une certaine aggravation des
maux , et de plus la perte d'un temps précieux pour l'admi-
nistration des remèdes ; enfin il n'y a que les sots , les gens
stupides faciles à leurrer qui donnent dans le magnétisme....
Autant d'erreurs, autant de mensonges qu'on ne peut tou-
jours réfuter, car c'est dans la famille que le médecin, sou-
vent l'ami de la maison, qu'on croit honnête et conscien-
cieux, tient un pareil langage ; il est généralement cru
parce que l'on ne suppose point qu'il ait intérêt à tromper
ni que la médecine soit une industrie qui ait besoin du men-
songe pour se défendre contre qui l'attaque et menace ses
profits. Pauvres malades, prenez donc le contenu de ces
fioles si artistement étiquetées, continuez à suivre les con-
seils de gens si habiles, si désintéressés ! Du magnétisme !
allons donc , gardez-vous bien d'en user, le médecin l'a
trouvé mauvais ou ridicule, Ne permettez pas que la main
d'un ami verse dans vos organes un peu de cette force dont
vous avez tant besoin ; souffrez, languissez , mourez suivant
la formule, ainsi le veulent vos préjugés. Nous pouvons
être touchés de tant de faiblesse, d'incurie, mais rien de
plus : votre salut n'était-il point entre vos mains ? Que ne
vous éclairiez-vous d'abord sur les vertus et le savoir du
guide que vous vous êtes donné. Et, aspirant à prolonger
votre existence,pourquoi n'avez-vous point écoutéles leçons
de la nature qui vous eût montré et son pouvoir et ses bien-
faits en même temps que le néantdes conceptions des Escu-
lapes modernes ?
PRATIQUE MAGNÉTIQUE. 447
PRATIQUE MAGNÉTIQUE.
Je ne crois pas que l'on ait encore poussé jusqu'au bout
les faits de la puissance magnétique ni constaté, par consé-
quent, ce qui résulterait d'une action à outrance ou extrême.
Il y a dans le magnétisme deux phénomènes différents
et dans leurs formes et dans leurs résultats ; ils sont aussi
fréquents l'un que l'autre, et naissent des mêmes procédés .
D'un côté, vous voyez se développer sur quelques ma-
gnétisés une sensibilité extrême les membres inférieurs
se choquent l'un contre l'autre avec une grande violence,
le corps tout entier est soulevé en l'air par des convul-
sions, la respiration est haletante, précipitée ; la sueur
couvre toute la surface du corps, les yeux deviennent bril-
lants et semblent lancer des flammes, le cœur bat à rompre
son enveloppe : on s'arrête sans doute à la vue de ces phé-
nomènes, la peur saisit celui qui expérimente ; mais si l'on
continuait, qu'arriverait-il ? Nul, je crois, n'en sait rien
encore.
D'un autre côté, on aperçoit une disposition au sommeil
qui ne fait qu'augmenter graduellement ; par la continua-
tion du magnétisme, la sensibilité s'éteint par degrés, le
corps est entraîné par son propre poids, jusqu'à ce qu'il
ait trouvé une surface pour point d'appui ; sa pesanteur
448 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
et son abandon sont ceux du cadavre, le cœur cesse de
battre, la chaleur s'en va, la respiration est à peine sen-
sible, la peau se décolore, plus de sensibilité nulle part,
plus de parole, le magnétiseur même semble ne point être
entendu.
En poussant plus avant cette magnétisation, quelque
chose de nouveau et de grave apparaîtrait sans doute,
mais je ne sache pas que l'on ait osé aller plus avant et
tenter l'aventure. L'état de sommeil est déjà difficile à
faire cesser, il faut du temps, beaucoup de temps pour ar-
river à replacer le magnétisé dans sa situation première,
et l'effroi que l'on éprouve ôte l'envie d'aller plus loin.
Dans d'autres cas plus rares, on ne voit point de som-
meil ; l'état convulsif ne se montre pas, le corps se roidit
seulement et la chair acquiert la dureté du bois ou de la
pierre. Quand on veut lever et faire marcher le magnétisé,
qui conserve pourtant toute sa connaissance, on ne peut
obtenir la flexion de ses membres, on le lève forcément
tout d'une pièce. Si vous voulez le tenir debout, vous êtes
obligé de l'appuyer contre vous ou contre une muraille,
et il reste dans cette position comme une momie dans sa
boîte , sans pouvoir faire un geste et sans qu'il accuse de
souffrance. Si vous le pincez, il ne sent point, si vous le
frappez, c'est la même impassibilité ; il voit, il entend, il
juge la situation extraordinaire où il se trouve, mais il ne
peut en sortir par sa propre volonté ; celle-ci est enchaî-
née, les murailles de l'âme se sont durcies, et les fluides
qui lui sont soumis ne semblent point y arriver.
PRATIQUE MAGNÉTIQUE.
449
Qu'est-ce que ce phénomène et que signifie-t-il ? Où
s'arrêterait son développement si l'on continuait la magné-
tisation ? Nul n'en sait rien encore , mais il est très-pro-
bable que la circulation serait bientôt complétement éteinte
et que des modifications profondes auraient lieu dans le
jeu des organes essentiels à la vie. Que deviendrait celle-
ci ? Je l'ignore.
J'ai vu le sommeil se prolonger avec la même intensité
pendant plus de quarante heures ; pourtant on ne magné-
tisait plus, on cherchait au contraire à démagnétiser, mais
on n'apercevait aucun effet qui pût faire soupçonner que
la démagnétisation était efficace, le sommeil cessait de
lui-même.
J'ai vu durer pendant plusieurs jours, en s'affaiblissant
pourtant par degrés, un état de surexcitation extrême du
système nerveux causé par la magnétisation : quelquefois
un ébranlement sourd de ce même système, mais sans trop
d'apparence, devenir presque habituel, comme si les ma-
gnétisés avaient toujours joui d'un excès de vitalité qu'on
avait voulu seulement produire pour un instant.
Je ne sache pas qu'aucun accident grave soit jamais ar-
rivé, du moins on ne l'a pas publié, on ne l'a pas dit.
Sans doute on a vu des insomnies survenir à la suite de
ces excitations , quelques petits accès de fièvre nerveuse,
des envies de pleurer, des pleurs même. Chez les femmes,
on voit quelquefois naître le besoin irrésistible de déchirer
ce qui est à la portée de leurs mains , de griffer les gens : le
magnétiseur est ordinairement la victime de ces enfantil-
29
450 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
lages ; mais , je le répète, entre mes mains, jamais il ne
s'est produit un fait regrettable ; je l'avouerais s'il en eût
été autrement, car on doit toute la vérité à la science.
Peut-être encore est-on loin de connaître tous les effets
de cet agent nouveau ; quelques variétés de phénomènes
singuliers peuvent se montrer; il est des êtres qui ont des
propriétés que d'autres n'ont pas, leur magnétisme injecte
le trouble et l'inquiétude, mais ceux-ci sont en petit nom-
bre. On ne sait si cette disposition vient de leur constitu-
tion ou vient de leur pensée ce sont ceux-ci qui nuisent
à vos démonstrations, qui empêchent le succès ; lorsqu'ils
se trouvent placés près de vos magnétisés, tout vient à re-
bours, vous ne pouvez que très-imparfaitemeut détermi-
ner la production d'un fait vulgaire, les magnétisés sont
mal à l'aise , ils se tournent en tous sens, semblent cher-
cher le point de départ de ce nouveau fluide, très-souvent
même ils découvrent la personne qui les détraque et les
empoisonne.
J'ai connu un homme qui jouissait d'une singulière pro-
priété ; jamais il ne put conserver une montre marchant
bien plus d'un jour, si bien que depuis longtemps il avait
cessé d'en porter une, ayant reconnu son inutilité ; toutes
les fois qu'il avait renouvelé son expérience, il avait ac-
quis une certitude nouvelle de cette singularité. D'où ve-
nait la mauvaise influence exercée sur le métal ? De son
corps, sans nul doute. Chaque être a des propriétés qui lui
sont propres : en rechercher les causes serait chose diffici e
et nul n'oserait le tenter.
PRATIQUE MAGNÉTIQUE. 451
Les vignerons ne laissent point approcher de leur cuvée
des femmes ayant leurs règles ; ce que nous appelons ma-
tière a des sympathies et des antipathies que l'on ne con-
naît point ; les plantes, soumises aux soins de tel horticul-
teur, sont vigoureuses ou malingres .
Mais si vous voulez juger des influences que les corps
humains exercent les uns sur les autres, placez-vous près
d'un somnambule, vous constaterez qu'à chaque approche
d'un être près de lui, un sentiment bien différent se mani-
festera, et de là souvent le succès ou l'insuccès de la con-
sultation.
J'ai observé des cas de maladie où le magnétisme de-
vait être dirigé, appliqué d'une manière spéciale. Ainsi ,
lorsqu'un mal est indolent, froid, que la partie engorgée
ou tuméfiée ne présente pointde symptômes inflammatoires ,
que rien d'aigu ne s'y fait sentir, l'application de la main
le plus longtemps possible , jusqu'à ce qu'une chaleur
plus ou moins vive y survienne, fait du bien, un grand
bien ; il n'y a point à redouter des douleurs qui peuvent
naître sous la main, elles sont toujours critiques et annon-
cent, soit une résorption, soit un mouvement favorable.
J'ai remarqué que parfois, lorsqu'il y avait une douleur
locale accompagnée d'une grande chaleur, la magnétisa-
tion à grands courants était bien préférable : elle soulage
plus vite que tout autre pratique et dégage rapidement les
tissus engorgés et dissipe la chaleur brûlante dont se plai-
gnait le malade. J'ai remarqué plusieurs fois que ma
main posée sur un estomac douloureux n'enlevait point la
452 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
douleur ; je me voyais, pour amener quelque modification,
obligé de changer mon mode de magnétisation : alors
quelques mouvements rapides de mes mains parvenaient à
produire une action générale sur la circulation, une im-
pression sur le système nerveux, et j'obtenais ainsi ce que
j'avais en vain cherché autrement, le soulagement du ma-
lade.
Ainsi, dans tout ce qui est indolent et froid et qui ne pré-
sente point à l'œil une vive rougeur, on peut sans danger
y déterminer un mouvement tonique par la localisation de
l'action magnétique, par une accumulation de cet agent
dans les tissus malades : on produit presque toujours un
soulagement marqué et, s'il y avait roideur dans la partie
affectée, on y constatera plus de souplesse et un bien-être
sensible.
Dans les cas aigus signalés plus haut, il semble que la
chaleur humaine ou vitale, que vous augmentez sensible-
ment par le contact, par l'exhalation ou l'expansion de
votre chaleur propre, ce qui est un effet en dehors du ma-
gnétisme, ne soit pas favorable. On constate quelque chose
de semblable dans les fluxions déterminées par les maux
de dents ; la chaleur trop vive des cataplasmes non-seule-
lement ne soulage point, mais semble au contraire provo-
quer un plus grand afflux de sang qui rend aussi la dou-
leur plus vive. L'appréciation des effets produits par le
magnétisme ou par la chaleur est des plus simples, on ne
saurait se tromper ; d'un côté, le calorique humain qui
produit son effet lorsqu'on magnétise par contact et conti
PRATIQUE MAGNÉTIQUE . 453
nuité d'attouchement, et, d'un autre, la pénétration des
tissus par le fluide magnétique qui n'a pas besoin pour
agir d'un contact immédiat ni d'un rapprochement qui
équivaut presque au toucher. On doit choisir sa méthode
afin d'arriver le plus vite possible à soulager.
Les médecins ordonnent très-souvent des frictions faites
ou avec la main ou au moyen de brosses préparées pour
cet effet; ils sont loin de se douter qu'ils indiquent par-là,
qu'ils recommandent une pratique magnétique , mais pra-
tique bâtarde , dégénérée , et qu'on mit en usage seule-
ment à l'époque où l'on ne comprenait plus le magnétisme.
Les prêtres de l'antiquité les employaient et les recom-
mandaient, et le vulgaire, ignorant du principe mystérieux
qui agissait dans la friction, n'aperçut que la force maté-
rielle ; la force spirituelle, animique, la puissance de la
volonté, lui resta inconnue ; on ne tenait pas à ce qu'il en
sût davantage.
La vérité se dévoile de jour en jour; on reconstruit, mais
seulement pièce à pièce, l'ancien édifice. Tout ce que
l'Église moderne a pris des pratiques païennes dira son
origine et retournera à la science. Toutes les manipulations
ordonnées par les médecins auront plus de valeur parce
que leur emploi sera plus savamment réglé : on saura ce
que l'on fait.
Le sommeil déterminé par la main du barbier ou du
coiffeur s'expliquera parfaitement. La mère ou la nourrice
d'enfants souffrants ou criards apprendront par quel mé-
canisme elles les calment ou peuvent les calmer, elles sau
454 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
ront pourquoi leurs mains promenées sur les entrailles en
font cesser les douleurs, pourquoi, en approchant les en-
fants près de leur sein et de leur cœur, elles les endorment,
Les étreintes sympathiques de l'amitié, les poignées de
main si agréables, si senties lorsqu'elles sont franches et
viennent du cœur, ne seront plus qu'une pénétration mu-
tuelle, une communication magnétique allant de l'un à
l'autre, transmettant les secrets du cœur, tout ce que la
bouche enfin ne saurait exprimer.
Il est des êtres qui, placés près de vous, vous soutirent,
vous pompent, vous absorbent vos forces et votre vie; es-
pèces de vampires, sans le savoir, ils vivent à vos dépens,
Placés près d'eux, dans leur sphère d'activité, on éprouve
un malaise, une gêne qui vient de leur action malfaisante
et qui détermine en vous un sentiment indéfinissable ; vous
éprouvez le besoin de la fuir et de vous éloigner; mais ces
gens-là ont une tendance contraire, ils se rapprochent de
vous de plus en plus, vous serrent de près, se soudent à
vous comme les poissons se collent sur d'autres poissons
pour leur soutirer ce qu'il leur faut pour vivre. Certains
hommes , certaines femmes sont malheureusement ainsi
organisés ; lorsque leurs victimes n'ont pas assez de vie
pour deux, vous les voyez dépérir à vue d'œil, et leur lan-
gueur ne cesse que par la mort ou l'éloignement. J'ai vu
plusieurs exemples frappants du fait que je décris, et j'ai
connu des veufs et des veuves qui, involontairement sans
doute, avaient brisé leurs chaînes avant le temps.
D'autres , au contraire, portent avec eux la vie et la
PRATIQUE MAGNÉTIQUE. 455
santé. Partout où ils se montrent et séjournent un instant,
la joie se montre et éclate, on se trouve bien de leur voisi-
nage ; leur conversation plaît, on la cherche, on aime à
leur prendre la main, à s'appuyer sur leurs bras ; leur
rayonnement a quelque chose de balsamique qui vous
charme et vous magnétise en dehors même de la volonté.
On adopte facilement leur manière voir , leurs opinions
sans savoir trop pourquoi, et c'est avec regret que toujours
on les voit s'éloigner.
L'ennui nous gagne bien vite où il n'y a point de vie ;
on fuit certaines familles, honorables pourtant, non parce
qu'on n'y rencontre point les qualités du cœur, mais parce
qu'il manque à leur foyer ce rayonnement magnétique qui
fond la glace et qui seulsoude les êtres les uns aux autres.
Cette personne me déplaît, entendez-vous dire à chaque
instant, et si vous demandiez pourquoi, on ne saurait vous
répondre. Heureux donc ceux qui ont une organisation
privilégiée, ils réussissent presque toujours dans le monde
et souvent même leurs fautes et leurs méfaits leur sont faci-
lement pardonnés , tandis que l'on hait et que l'on pour-
suit à toute outrance des malheureux qui n'ont que peu de
fautes à se reprocher, et, devant lajustice même, ceux-ci
n'ont pas beau jeu.
Depuis que cet être est dans la maison, nous n'éprou-
vons que des malheurs, que des pertes et des chagrins !
Que de fois n'ai-je pas entendu ces mots si durs et si
cruels !
Un grand empereur s'informait toujours, avant de con
456 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
fier une mission importante à un homme, quelque distin-
gué qu'il fût, s'il était heureux. On appelle superstition ces
sentiments qui ne s'expliquent point , tandis qu'ils sont
fondés sur une loi de nature, tandis qu'ils ont leur fonde-
ment certain en nous-même. Mais ces opérations de l'âme
sont couvertes d'un voile épais, nous les devinons sans
pouvoir les expliquer.
N'est-il pas des hommes qui gagnent souvent aujeu sans
que l'on puisse les accuser de tricherie ; ils vous entortil-
lent, endorment vos facultés, attirent à eux les atouts ; c'est
en vain que la perte vous révolte et que vous essayez de
lutter contre de tels adversaires, ils vous ruineront bel et
bien, si vous n'agissez point sur eux par votre regard et
par un rayonnement de votre être qui égalise au moins les
forces et modifie les dispositions. Il n'est pas même indiffé-
rent de jouer petit jeu ou gros jeu pour que les chances
soient égales ; celui en quila crainte va opérer un rétrécis-
sement des facultés est certain de perdre.
Les duels sont dans le même cas : à habileté, à force
égales vous serez défait ou tué si vous n'avez point en vous
cette force occulte qui, comme un bouclier, vous couvre
de toutes parts. Cette puissance invisible peut être projetée
au loin, et alors elle remplit de crainte votre adversaire,
elle détourne son arme et vous préserve, vous qui êtes
souvent l'offenseur et le seul coupable.
Combien d'amoureux déçus , de désenchantements
cruels ! On accuse le sort , on maudit sa destinée ; on a
obéi sans le savoir à la fascination, on s'est laissé séduire.
PRATIQUE MAGNÉTIQUE . 457
Hélas ! ici la morale est impuissante, les conseils inutiles ;
c'est moins chez nous un défaut de raison qui nous a fait
succomber, qu'une action occulte exercée sur nous par un
être qui presque toujours ignore son fatal don, sa malheu-
reuse puissance.
Il est encore des gens qui vous entraînent au mal comme
au bien ; avec eux, vous ne raisonnez point, vous les sui-
vez; la réflexion ne survient qu'après que le coup est fait,
ou le bien accompli. Le principe est le même malgré la
différence des résultats.
Et ces marchands heureux qui, bon gré malgré , vous
vendent cher leurs mauvaises marchandises... Revenu de
votre étonnement d'avoir payé si cher ce que vous ne vou-
liez pas d'abord acheter, vous vous mordez les lèvres, vous
maugréez contre le vendeur, tandis que celui-ci se frotte
les mains, rit dans sa barbe, sachant très-bien que vous
avez été sa dupe; mais son ignorance l'empêche pourtant
de comprendre comment vous vous êtes laissé prendre à
ses paroles, car souvent ce sont des sots, des bêtes qui at-
trapent les gens d'esprit.
L'âme n'a pas d'autre agent à son service que ce fluide
magnétique ; c'est lui qui lui sert de messager, il est son
indispensable instrument. La main en est le conducteur na-
turel ; l'œil parfois en reçoit ou en renvoie les rayons à une
grande distance ; la parole même n'a d'efficace que lors-
que la passion, le désir lui donnent ce qui en fait seul
autre chose qu'un son ou un vain bruit : c'est du magné-
tisme qui s'exhale alors et c'est par lui encore que nous
458 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
sentons en nous-même si la bouche qui parle rend le vrai
sentiment. Plus il y a de chaleur intérieure, d'animation ,
plus ce fluide a d'activité, plus sur nous son effet est grand.
L'homme froid aurait-il une belle voix, une belle appa-
rence, il n'agira que bien faiblement sur la foule. Il y a
ici une telle différence entre l'action exercée par les diffé-
rents êtres qu'on découvre facilement, soit la beauté, soit
la laideur de l'âme, et les éléments divers qui entrent dans
la composition de chacun : celui-ci semble un composé
d'argile et d'eau, cet autre contient du soufre et du sal-
pêtre ; celui-là est filandreux, empêtré qu'il est dans un
assemblage de matériaux divers et incohérents, etc... Nous
sentons en nous-même ces différences, car l'agent qui
sort de tous ces corps nous apporte le rudiment de tout ce
qui compose l'enveloppe matérielle de l'être aussi bien
que les qualités bonnes ou mauvaises de l'âme.
Les somnambules, bien mieux que nous encore, sentent
tout cela, leur sens intime étant plus développé que chez
nous ; ils devinent ou perçoivent tous les sentiments, des
courants fluidiques les leur révèlent ; quand ils sont très-
lucides , aucune des pensées des consultants ne leur
échappe.
RÉFLEXIONS. 459
RÉFLEXIONS.
Je ne suis point un de ces pleureurs attardés qui mé-
connaît le siècle où il vit, ne trouvant rien de bon, rien de
beau; je ne m'agenouille point devant un fétiche quel qu'il
soit en criant miséricorde, et ne me frappe point la poi-
trine pour les péchés de la race humaine, J'admire au con-
traire le travail de l'esprit humain, le progrès de l'indus-
trie me charme et m'enchante, la science dans toutes ses
parties est sans cesse l'objet de mon admiration ; je vou-
drais la voir encore plus grande et plus belle; mais ce
tableau si brillant me laisse triste, car de tous les élans du
génie, de tous ces efforts je n'en vois pas le but et je me
demande sans cesse quel sera le signe nouveau de la
Rédmption. Si les chrétiens placent depuis longtemps sur
leurs monuments religieux une double potence en signe
de foi et d'espérance, les savants modernes placent sur
nos palais et sur leurs demeures un paratonnerre : d'un côté
je vois le symbole de l'humilité et de la résignation , l'idée
du néant des choses terrestres ; de l'autre celui de l'orgueil
et de la puissance humaine, le signe de ladomination de
l'homme sur les éléments, de la supériorité de la science.
« Mon royaume n'est pas de ce monde, » avait dit l'humble
Jésus, mais , montrant à la foule un pouvoir surhumain , il
460 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
annonçait ainsi sa mission de révélateur et la rédemption
future. Le savant aujourd'hui se montre également initia-
teur, et il peut dire : « Ce globe m'appartient, il est ma
propriété, je vais le transformer, en changer l'apparence,
en corriger les imperfections; ici je suis roi, je commande,
la nature doit obéir ! » et, s'emparant des forces mortes, il
les soumet et les rend dociles ; mais il ne conclut à rien.
Quoique moins orgueilleux, Jésus marchait sur les eaux
sans appui , tandis que le savant s'y enfonce et se noie.
Jésus ignorait probablement les arcanes et les axiomes
de la science des hommes, mais il savait à coup sûr beau-
coup plus de choses divines que nos savants n'en con-
naissent. Il faut à un de nos sages modernes des milliers
de machines et de nombreux agents pour montrer sa domi-
nation; Jésus n'avait besoin que d'une évocation mysté-
rieuse et d'un signe de la main pour agir sur la matière :
là est la différence, d'un côté est le divin, de l'autre est le
matériel.
Le savant contemple ses ouvrages, l'homme moral con-
temple et admire les ouvrages de Dieu, toutes ses aspira-
tions sont dirigées vers le divin architecte ; sachant que la
vie marque à peine dans le temps, il s'inquiète peu du
luxe du riche, de ses splendides festins, du brillant de ses
équipages ; n'éprouve-t-il pas desjouissances plus grandes ,
des plaisirs moins grossiers? Il voit sans se troubler crouler
les trônes , passer les révolutions; qu'a-t-il à perdre ?
L'homme moral n'a qu'un très-petit bagage, et nul ne lui
porte envie; s'il n'a point les trésors du riche et du puis
RÉFLEXIONS. 461
sant, il n'en a pas non plus les infirmités ni les inquiétudes ;
le travail de chaque jour lui donne le pain de chaquejour ,
et, pour éviter de multiplier ses besoins et de compliquer sa
vie, il se considère comme un simple passager, il regarde
le navire qui l'emporte et qui lui fait voir à chaque instant
les mondes inconnus qui roulent dans l'espace, mondes
que l'on ne saurait nombrer, et où ses destinées le porte-
ront peut-être.
Conceptions du savant, qu'êtes-vous près des ouvrages
de Dieu ? Richesses de l'opulent, pouvez-vous être compa-
rées aux richesses de la nature, offertes au regard de celui
qui sait voir et comprendre ?
Tout à l'heure le savant découvrira des agents plus
puissants encore que ceux qui sont à son service, et où il a
cru l'espace libre, il le découvrira rempli ; peut-être re-
connaîtra-t-il alors que la trace de l'homme est bien fugi-
tive en ce monde, dont tous les travaux ne sauraient chan-
ger la nature ni diminuer le poids ni l'étendue, ni même
faire disparaître une molécule. Le jugement du savant est
téméraire, mais il indique qu'il y a en l'homme unesomme
de puissance, une volonté, une compréhension qui distin-
guent sa race de toutes les autres espèces d'animaux ; com-
bien il sera plus grand encore lorsqu'il se sera emparé du
feu de la vie, de cette puissance occulte qui soude le monde
visible à l'invisible, qui organise la matière, détruit tou-
jours les ouvrages de l'homme en rappelant à leur pre-
mière origine tous les corps, tous les agents que l'homme
a altérés ou détournés de leur route. En ce temps, plus
462 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
prochain qu'on ne pense, l'intelligence qui brille aviour-
d'hui aura beaucoup perdu de ses rayons de gloire, car
tout ce que nous voyons maintenant des œuvres accom-
plies recevra par d'autres hommes un accroissement con-
sidérable, et les idées seront changées comme déjà celles
de ce temps ne sont plus celles du passé. Que la science
donc augmente encore la multiplicité de ses moyens,
qu'elle fasse table rase des erreurs et des préjugés accu-
mulés depuis des siècles dans les masses ignorantes, dans
les livres où le peuple puise sans cesse ses fausses idées
des choses humaines, c'est un magnifique but, une sédui-
sante perspective ouverte à l'intelligence humaine ; mais
que la science n'imagine point pouvoir atteindre d'aussi
admirables résultats en reculant toujours devant l'étude
des agents qui par leur ténuité semblent échapper aux
sens, de ces forces cachées à tous les yeux et qui pourtant
régissent et gouvernent les mondes; qu'elle sache d'abord
comprendre la signification des faits que nous produisons
aujourd'hui, qu'elle reconnaisse enfin la vérité magnéti-
que avant d'aller plus loin, car sans elle chacun de ses pas
la conduira à des erreurs nouvelles aussi capitales que
celles qu'elle songerait à détruire.
Les hommes ont faussé la vérité, changé en mal ce qui
était un bien ; la vertu est devenue vice, il est grand temps
que les sciences produisent d'autres fruits.
Travailler en vue du triomphe de la vérité, quelle belle
etdouce existence! Comme la vie s'écoule exempte des
passions communes ! On ne voit qu'un point lumineux dans
RÉFLEXIONS . 463
l'espace vers lequel on gravite sans cesse, s'apercevant à
peine de la longueur du chemin, et sans jamais reculer
d'un seul pas. Je ne suis point étonné que le naturaliste
éprouve toujours de nouvelles jouissances ; il est tout sim-
ple qu'il se passionne pour une science qui n'a point de li-
mites, car la nature est infinie dans ses productions et dans
la variété de ses œuvres.
La nature, pour nous, a un charme bien plus grand en-
core, car l'outil dont elle se sert pour ses productions et
dont nous nous sommes emparés, c'est cette pure essence
par qui tout vit, se forme, respire, et dont l'absence cause-
rait inévitablement la mort de tout ce qui a été créé. On con-
çoit par là la passion du novateur, son ravissement et l'éloi-
gnement qu'il éprouve pour toute chose de moindre valeur;
car les quelques vérités qu'il a saisies lui font entrevoir
que beaucoup encore restent cachées, et lui laissent espérer
d'en pouvoir découvrir de nouvelles et de plus importantes.
Retournez donc à l'école de la nature, grands esprits, la
science vraie n'est point votre fait peut-être auriez-vous
été excellents pour d'autres choses. Mais à quoi bon ces re-
cherches ? vont s'écrier les gens à esprit positif et pré-
voyant. C'est vrai, répondrons-nous, à quoi sert de mettre
en lumière des vérités transcendantes, lorsqu'on ne cher-
che qu'à bien vivre, à s'engraisser et à satisfaire des pas-
sions qu'on n'ose point avouer ; à quoi bon, en effet, sortir
de l'animalité ? N'avons-nous pasle même sort et la même
destinée en ce monde que la béte ? ....Une nation ne dure
pas longtemps avec de pareils instincts : elle s'éteint bien
464 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
tôt dans le vice et l'ordure. Ah ! coupables savants et faux
philosophes , vous nous menez tout droit à ce soleil couchant,
à cette nuit de l'esprit où les hommes s'endorment pour ne
plus se réveiller ! Ignorez-vous donc que ce sont ces sou-
daines clartés de l'âme touchant un monde meilleur qui ont
soutenu l'humanité dans sa marche à travers les siècles ?...
Oui, il est des hommes qui s'abâtardissent volontairement :
différents de certains philosophes anciens qui se retran-
chaient certaines parties pour n'être point troublés dans
leur contemplation, et pour arriver plus vite aux connais-
sances divines, ceux de nos jours retranchent de préférence
les facultés de leur ame ; puis, impuissants à comprendre
ce qui alors dépasse leur conception, ils nous mettent sur
le lit de Procuste : on reconnaît les eunuques à leur voix,
nos lettrés se reconnaissent à leurs dénégations.
Mais voyons s'ils connaissent quelque chose de la vie,
s'ils savent quand celle-ci s'éteint. Prenons un fait qui n'a
obtenu que leurdédain ; fait vrai et authentique cependant,
dont les attestations ont été données par ceux-là mêmes qui
en avaient été les témoins et qui n'en admirent la réalité
qu'après une suite d'examens tels que les incrédules seuls
sont capables de les faire.
Nous lisons dans lejournal la Presse du 24 octobre 1851 ,
la relation du fait de résurrection qui suit, rapportée par
M. Victor Meunier :
• Ce qu'on va lire est emprunté à un officier anglais,
M. Osborne, qui a publié sur la cour de RundjetSing un
livre des plus recommandables. Je dois ajouter que le gé
RÉFLEXIONS . 465
néral Ventura, qui figure parmi les témoins de ce fait ex-
traordinaire ayant été interrogé à ce sujet lors d'un voyage
qu'il fit à Paris, en a certifié l'exactitude.
» Le 6 juin 1858, la monotonie de notre vie de camp
fut heureusement interrompue, dit M. Osborne, par l'arri--
vée d'un individu célèbre dans le Pendjab. Il jouit parmi
les sikes d'une grande vénération, à cause de la faculté
qu'il a de rester enseveli sous terre aussi longtemps qu'il
lui plaît. On rapportait dans le pays des faits si extraordi-
naires sur cet homme, et tant de personnes respectables
en garantissaient l'authenticité, que nous étions extrême-
ment désireux de le voir. Il nous raconta lui-même qu'il
exerçait ce qu'il appelle son métier (celui de se faire enter-
rer) depuis plusieurs années ; on l'a vu, en effet, répéter
cette étrange expérience sur plusieurs points de l'Inde.
Parmi les hommes graves et dignes de foi qui en rendent
témoignage, je dois citer le capitaine Wade , agent poli-
tique à Lodhiana. Cet officier m'a affirmé avoir assisté
lui-même, à la résurrection de ce fakir, après son enterre-
ment, qui avait eu lieu quelques mois auparavant, en pré-
sence du général Ventura, du maharadjah et des princi-
paux chefs sikes. Voici les détails qu'on lui avait donnés
sur cet enterrement et ceux qu'il ajoutait d'après sa pro-
pre autorité sur l'exhumation :
« A la suite de quelques préparatifs qui avaient duré
quelques jours et qu'il répugnerait d'énumérer, le fakir
déclara être prêt à subir l'épreuve . Le maharadjalı , le chef
sike et le général Ventura se réunirent près d'une tombe
30
466 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
en maçonnerie construite exprès pour le recevoir. Sous
leurs yeux, le fakir ferma avec de la cire, à l'exception
de sa bouche, toutes les ouvertures de son corps qui pou-
vaient donner entrée à l'air; puis il se dépouilla des vête-
ments qu'il portait : on l'enveloppa alors dans un sac de
toile, et, suivant son désir, on lui retourna la langue en ar-
rière, de manière à lui boucher l'entrée du gosier ; aussi-
tôt après cette opération, le fakir tomba dans une sorte de
léthargie. Le sac qui le contenait fut fermé, et un cachet y
fut apposé par le maharadjah . On plaça ensuite le sac dans
une caisse de bois cadenassée et scellée qui fut descendue
dans la tombe ; on jeta une gande quantité de terre des-
sus, on foula longtemps cette terre, et on y sema de l'orge;
enfin des sentinelles furent placées tout à l'entour, avec
ordre de veiller jour et nuit.
› Malgré toutes ces précautions, le maharadjah conser-
vait des doutes; il vint deux fois dans l'espace de dix mois,
temps pendant lequel le fakir resta enterré, et il fit ouvrir
devant lui la tombe; le fakir était dans le sac, tel qu'on
l'y avait mis, froid et inanimé. Les dix mois expirés, on
procéda à l'exhumation définitive.
> Le général Ventura et le capitaine Wade virent ou-
vrir le cadenas, briser les scellés et élever la caisse hors
de la tombe. On retira le fakir : nulle pulsation, soit au
cœur, soit au pouls, n'indiquait la présence de la vie.
Comme première mesure destinée à le ranimer, une per-
sonne lui introduisit très-doucement le doigt dans la bouche
et replaça sa langue dans la position naturelle. Le sommet
RÉFLEXIONS . 467
de la tête était seul demeuré le siége d'une chaleur sen-
sible. En versant lentement de l'eau chaude sur le corps,
on obtint peu à peu quelques signes de vie. Après deux
heures de soins, le fakir se releva et se mit à marcher en
souriant .
» Cet homme vraiment extraordinaire raconte que du.
rant son ensevelissement, il a des rêves délicieux, mais que
le moment du réveil lui est toujours très-pénible. Avant
de revenir à la conscience de sa propre existence, il éprouve
des vertiges.
» Il est âgé de trente ans, sa figure est désagréable et
a une certaine expression de ruse.
> Onme dira: Ajoutez-vous une foi entière à cet étrange
récit? -Non, parce que le fait, étant en opposition avec
le cours ordinaire des choses, a besoin de témoignages
plus imposants que ceux qui l'accompagnent. -
Alors,
vous le niez donc ?-Pas davantage; et pourquoi nierions-
nous ?- Parce qu'il ne s'accorde point avec ce que nous
savons ! La belle raison ! Connaissons-nous toutes les pro-
priétés de la vie? La probabilité du contraire est si grande
qu'elle équivaut presque à une certitude. Si le récit précé-
dent n'est pas décisif, il ne renferme cependant rien qui
nous autorise à le regarder comme mensonger.
>>Qu'y a-t-il donc à faire? Ici, comme dans toutes les cir-
constances de la vie scientifique, nous devons nous garder
également et de cette légèreté qui accueille sans examen
tout fait étrange, par cela seul qu'il est étrange ; et de cette
étroitesse d'esprit qui repousse toute nouveauté dès qu'elle
468 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
a le tort de s'écarter de ce que nous appelons pompeuse-
sement la règle. Enregistrer les faits et les tenir en qua-
rantaine jusqu'à ce qu'ils aient produit leurs preuves, telle
est la conduite à tenir. »
Ce fait merveilleux nous a été raconté et certifié devant
quatre-vingts personnes par le général Ventura et un de
ses amis qui avait préparé et suivi cette expérience, vérifié
souvent le tombeau où une sentinelle avait été placée, vu
pousser le grain semé dans la terre qui recouvrait un
vivant et assisté à l'ouverture de ce sépulcre sans oublier
aucune des circonstances qui auraient pu motiver un soup-
çon.
Le fait que nous venons de rapporter est pour nous au-
thentique : s'il laisse des doutes dans l'esprit de quelques-
uns, cela ne le détruit point. Dans tous nos autres écrits,
nous avons dit que l'on enterrait assez fréquemment des
gens qui n'étaient pas morts ; nous-mêmes , nous avons vu
des cas de somnambulisme tellement prononcé que l'on
aurait bien pu enterrer les gens qui y étaient plongés, sans
qu'ils eussent pu protester : souvent, d'ailleurs, dans l'état
ordinaire, on voit revenir à la vie des personnes déclarées
mortes, tant nos médecins sont inhabiles dans la plupart
des cas à reconnaître la mort réelle, la mort sans espérance
de retour.
Je ne veux point, à ce propos, rappeler ces temps où les
morts revenaient bel et bien tourmenter les vivants. On
sait que, pour y mettre un terme, on fouillait leurs tom-
beaux et que l'on plantait un pieu au travers de leurs
RÉFLEXIONS. 469
corps ; on s'était assuré, en faisant cette cruelle opération,
que ces cadavres n'étaient point décomposés, qu'ils avaient
la peau rosée, les yeux ouverts, que chez eux, enfin , la
circulation existait encore, même après plusieurs mois
d'ensevelissement : c'était la preuve juridique qui motivait
la sentence et la peine posthume prononcée contre eux.
De tels faits, l'histoire en a conservé un très-grand nombre
attestés par une foule de témoins honorables, parmi lesquels
on rencontre beaucoup de médecins et de magistrats.
Nous sommes certains que la vie n'a point encore quitté
le corps des asphyxiés alors même qu'on les croit bien
morts, et, quoi qu'en disent les procès-verbaux de nos Es-
culapes , ce n'est que lorsque la corruption s'établit dans
le domicile humain que la vie cesse et que l'âme fuit. C'est
ici que le magnétisme humain, comme dans toutes les
morts apparentes, rendra d'éminents services. On consta-
tera des résurrections inespérées lorsque le gouvernement
aura fait entrer le magnétisme dans les Facultés ; et, comme
il y aura alors des croix, de la gloire, des honneurs et de
l'argent pour un acte si simple, ce sera comme pour la
vaccine, tous les médecins pratiqueront cette opération :
les mémoires les plus beaux inonderont alors l'Académie et
les bureaux du ministère de l'instruction publique : c'est
ainsi que s'épanouissent les vérités depuis que l'homme a
mangé du fruit de l'arbre défendu.
Par ce qui précède, nous avons voulu faire entrevoir à
nos lecteurs le défaut de connaissances, ou plutôt l'igno-
rance complète des savants et des médecins touchant la
470 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
vie : sur ce sujet, ils n'en savent pas plus qu'un bas Bre-
ton. Nous ne voulons pas méconnaître leur mérite ni l'im-
portance de leurs connaissances diverses ; mais, lorsqu'ils
veulent régler la vie, agir sur les instruments dont elle se
sert, dicter, prononcer des arrêts, il nous prend un accès
de tristesse , car les résultats de cette conduite sont presque
toujours en opposition avec ce que veut la nature.
Il faut que l'on sache bien que ce n'est pas de la physi-
que ou de la chimie, de la botanique, etc..., que l'on
étudie, mais une chose qui n'a point encore de nom parce
qu'elle est inconnue et qui ne peut être saisie à un moment
voulu. Vas donc toujours du simple au composé, c'est la
seule manière d'assurer ta marche. Je puis le dire sans or-
gueil, bien peu connaissent le magnétisme comme je le
connais moi-même, et pourtant c'est une chose simple en-
core, facile à étudier et dont on voit les divers accidents
autant qu'on le désire : le somnambulisme n'est pas mieux
connu ; il fascine, il égare ceux qui en déterminent l'éclo-
sion, et pourtant ce n'est que le premier degré d'une science
immense qui se découvre devant vous. Je ne veux point
faire la critique des hommes qui se sont dévoués à la pra-
tique du magnétisme, mais bien peu d'entre eux ont une
saine pratique, ils vont au hasard des choses, et leur igno-
rance fait qu'ils contrarient souvent la nature dans ses
manifestations au lieu de l'aider à accomplir son ouvrage :
le plus petit symptôme de son action peut fournir une in-
dication précieuse, car il faut toujours abonder dans son
sens , aider et soutenir ses efforts ; il parle ; c'est au magné
RÉFLEXIONS. 474
tiseur de savoir l'entendre et répondre à son appel. Avec
cette perspicacité, cette science, on marche comme pré-
cédé d'un flambeau au milieu des ténèbres.
Sois donc simple et modeste en commençant ; cherche
avec attention ce que la nature détermine dans le plus
grand nombre de cas ; vois si elle porte ton magnétisme
en haut ou en bas ou dans le centre : il y a certains signes
indicateurs que tu découvriras facilement, car tout se re-
flète extérieurement : ainsi les plis de la peau du front ren-
dus plus sensibles par leur froncement involontaire , le
mouvement des paupières plus rapide, le brillant des yeux,
la coloration de la face, la respiration ralentie ou plus ac-
célérée, des borborygmes ou des mouvements d'intestins,
l'agitation des membres inférieurs, etc... , tout indique la
présence de cet agent, et le magnétisme doit diriger ses
efforts vers les parties que l'agent surexcite. La tendance
au sommeil est facile à reconnaître : il ne faut pas alors
magnétiser les extrémités, les mouvements d'intestins sont
un appel de la force, ceux des extrémités indiquent l'écou-
lement d'un fluide surabondant ou vicié dont la force in-
telligente qui est en nous cherche à se débarrasser. Tels
sont les principaux phénomènes qui doivent fixer l'atten-
tion persévérante du commençant ; les indications de la
nature, fournies par l'organisation, ne sont point subtiles,
elles sont sensibles, matérielles et n'exigent, pour être ap-
préciées, qu'une dose fort ordinaire de pénétration ; mais
tous les phénomènes ne sont point aussi simples : l'âme du
magnétisé , indifférente ou neutre jusque-là, va s'émouvoir
472 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
à son tour et, en compliquant les résultats, les rendre aussi
plus merveilleux : le magnétisme est devenu complexe, il
a surmonté nature et va découvrir toutes ses beautés et ses
richesses ! Comment les comprendre si l'on était inhabile
déjà à saisir ses plus grossières manifestations ?
SPIRITUALISME
Le magnétisme dévoile les mystères de la vie, il peut ser-
vir à faire apprécier l'agent moteur de notre machine.
PARMÉNIDES , HIPPASSUS , HÉRACLITE et les PLATONICIENS
disent l'âme être de feu. HÉRACLITE lui donne quelque res-
semblance avec la lumière et quelque chosede simple etpur,
mélange et composition élémentaires. ORPHÉE appelle l'âme
une lumière invisible. Les ÉPICURIENS disent qu'elle est
une miction des qualités du feu, de l'air et du vent, etc.
Nous n'avons pas envie de passer en revue les cent
mille volumes qui renferment des discussions et des affir-
mations au sujet de l'âme ; tout est confusion, et les doc-
trines religieuses ne nous renseignent pas assez pour nous
en tenir à leurs affirmations. La question est donc neuve
encore, et j'aime à citer les propres paroles d'HYPPOCRATE ,
car, depuis lui, la vérité n'a pas fait un seul pas : - «J'ai
usé, dit-il, en traitant de la médecine, des communes opi-
nions de ceux qui ont été devant moi et aussi des miennes
en partie, ce qui est nécessaire à ceux qui traitent de quelque
474 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
art et de ses principes. Et, quant aux choses célestes , il n'est
besoin à moi d'en parler, sinon que je crois que les hommes
qui vivent en terre et y ont pris naissance ont encore leur
origine de la terre et que l'âme est venue du ciel. » Cette
vérité n'est plus douteuse pour les magnétistes avancés,
l'âme découvre son principe immortel dans le sommeil et
l'extase, elle se montre dans les opérations magiques.
Qu'est-ce qu'une idée ? est-ce une puissance et cette puis-
sance serait-elle la cause immédiate de la formation des
êtres ? L'âme ne serait-elle d'abord qu'une idée simple mais
ayant pouvoir d'agir sur la matière? Il est certain que mon
idée se transmet sans parole et qu'elle peut passer d'un
corps dans un autre, l'impressionner selon ce que j'ai
voulu ; il est évident qu'une idée change la qualité de cer-
tains corps, fait trouver doux ce qui est amer, et amer ce
qui est doux.
Il est évident que, dans mon propre cerveau, une idée
qui quitte ce foyer primitif peut, se revêtissant de ma-
tières subtiles, créer des images et me donner des rêves
par sa seule force, par sa seule action : l'idée du Créa-
teur se trouve bien dans toutes les graines, elle y est
comme une pensée dans le cerveau humain, la matière
lui sert d'enveloppe, et c'est dans cette enveloppe même
qu'elle puise le rudiment physique nécessaire pour la
rendre sensible à nos sens. Une idée peut donc sortir de
notre cerveau, et sa puissance est si réelle, qu'elle peut,
dans certains cas, suspendre le cours de la vie dans le
corps humain où elle pénètre, et altérer le jeu des orga
SPIRITUALISME . 475
nes. Elle n'agit pas seulement sur l'esprit, mais sur la
matière. Beaucoup de magnétistes emploient ce levier
immatériel sans réfléchir à son importance comme si la
chose était vulgaire.
L'idée est fille de l'âme, elle en émane directement
comme le parfum émane de la fleur; mais, une fois échap-
pée de son foyer primitif, elle va où des affinités spiri-
tuelles l'appellent. Ce n'est donc point le hasard qui pro-
duit ces rencontres singulières de même pensées qu'ont
en même temps des êtres très-éloignés les uns des autres,
qui souvent ne se connaissent même pas : les idées se
répandent à la façon des aromes, mais elles sont plus sub-
tiles encore et d'une autre nature ; ce ne sont point nos
sens qui les recueillent, mais notre âme. On dit que la
vertu se répand comme un parfum et l'on a raison. Donc,
pour en revenir à notre sujet, nous admettons que nos
idées peuvent se revétir de matière subtile et devenir visibles,
sensibles en dehors de nous, comme en dedans, ainsi que
nous le voyons dans les songes ; c'est par là qu'un magné-
tiste peut, sur des sujets sensibles, produire ces phéno-
mènes si singuliers de vision et d'apparition, faire appa-
raître des animaux , des plantes, des personnages , un
fleuve, une montagne, enfin toutes les idées qu'il a eues
d'un ou de plusieurs objets. Je me suis aperçu souvent
qu'étant surpris par une distraction, pendant que je ma-
gnétisais un malade, le songe, la pensée, le sujet de la
distraction passait chez le magnétisé. Il y a ici tout une
science et je ne fais qu'indiquer quelques-uns des phéno
476 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
mènes qui m'ont frappé, et dans lesquels j'ai puisé cette
conviction qu'une mère agissait sur son enfant dans son
sein, que le moment de la conception même emportait
avec lui un caractère décisif et difficile à modifier dans le
fruit qui en procède.
Pour vous assurer de l'action qu'exerce une idée en
dehors de vous, pensez, veuillez qu'une personne éloignée,
dans une salle de spectacle, par exemple, veuillez que cette
personne vous regarde, vous recherche des yeux et vous
verrez le fait se produire selon votre désir. Quand vous
voyez quelqu'un dans une sorte d'hésitation, dans un mo-
ment où il semble se demander et se demande en effet :
« Ferai-je ceci , ou bien cela? envoyez votre volonté,
votre idée, si vous savez ce qui est en délibération , et vous
mettrez un petit poids dans la balance pour le côté où
vous voulez que le plateau penche.
Mais si nos idées ont cette puissance, si elles ont quel-
que valeur en dehors de nous, si, enfin, elles agissent
d'elles -mêmes, par une vertu qui leur est particulière et
par la vie dont elles sont teintes, pourquoi donc répugne-
rait-on à admettre l'existence de tout un monde invisible
à nos sens ? Quant à moi, j'ai fait sur ce sujet ma profes-
sion de foi : je crois à l'existence des esprits, à des forces
intelligentes qui peuvent, établissant des rapports avec ce
qu'il y a en nous d'analogue à leur essence, contrarier
nos projets ou nous inspirer, agir en nous enfin sans que
les sens soient de la partie.
Il m'a toujours paru que c'était un jugement erroné
SPIRITUALISME . 477
que de croire la création bornée à ce que nous voyons, et
je me demande si, ne sachant pas où le monde commence,
nous pouvons nous prononcer en lui donnant une limite.
Il est bien probable que tout est animé dans la nature ,
que cette existence même que nous subissons n'est qu'une
préparation à une transformation prochaine ; si l'on m'ob-
jectait le défaut de connaissances propres à traiter un
pareil sujet, je répondrais : J'ai vu , j'ai senti.
Toutes ces questions seront longtemps débattues, long-
temps l'obscurité les environnera. Qui donc sait aujour-
d'hui ce qu'est cet ouvrage sans pareil, un corps humain?
N'est-il pas aussi inconnu que s'il n'était point nôtre?
Nous ne savons pas plus ce qui se passe en nous dans
tout ce qui tient à l'ordre spirituel que ce qui se passe
dans l'intérieur du soleil. Nous avons des physiologistes ,
des médecins, des anatomistes, etc..., cela est vrai, mais
aucun d'eux ne saurait faire la moindre reprise à la che-
mise de chair qui nous couvre, si quelque chose d'inconnu
ne s'en mêlait, si des ouvriers bien cachés et bien invisibles
ne prêtaient leur concours.
Il se produit en nous de l'huile, de la cire, du soufre,
du phosphore, du fer, de l'arsenic ; si l'on cherchait bien,
on y trouverait en petit les productions entières de toute
la nature, le gravier, la pierre, la corne, les tissus les plus
fins jusqu'à la toile la plus grossière ; les couleurs les plus
variées et les plus vives depuis la nacre jusqu'au pourpre ;
tous les aromes, depuis ceux qui charment les sens jusqu'à
ceux qui agissent sur l'odorat, comme le vinaigre et l'am
478 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
moniaque, ou qui, chargés de poisons, comme dans les
maladies, affaiblissent ou tuent ceux qui les respirent.
Des volcans parfois se font jour à la surface de notre
corps : c'est ainsi que nous voyons sortir de la bouche
béante d'un cancer, la lave empestée , la vapeur putride
qui vient de notre intérieur; d'ulcères sanieux, des parties
d'os exfoliés, corrodés , toute matière pourrie. Tout ce
que nous voyons sur la terre se voit sur nous et en nous ;
le feu qui la chauffe à l'intérieur n'est-il pas semblable
à celui qui est renfermé dans nos organes ? Les éclairs
dont nos yeux sont frappés , l'électricité et ses courants
n'ont- ils point leur analogue, en nous produisant aussi des
résultats analogues? Pour compléter cette frappante res-
semblance, ne pouvons-nous, dans un accès de colère,
comme la nature dans un jour d'orage, rassembler les
rayons de ce fluide inconnu, les lancer à une grande dis-
tance comme le fait la foudre dans son aveugle fureur ?
N'avons-nous pas les propriétés de l'aimant qui attire et
repousse, ainsi que ses pôles ?... Mais je ne pousse pas plus
loin cette recherche, j'ai dit assez pour montrer seulement
que nous ne nous connaissons point, que cette étude est
à faire, et qu'en nous connaissant nous mêmes, nous con-
naîtrons toute la nature .
Il y a en nous une certaine force virtuelle, dont nous
ne sommes pas maîtres, il faut absolument qu'elle sorte
et se répande au dehors ; comprimez-la tant que vous vou-
drez, si vous ne finissez par y obéir, cette force vous rendra.
fou. La force créatrice n'est-elle pas de même, ne tour-
SPIRITUALISME . 479
mente-t-elle pas tous les êtres, même ceux qui ignorent
son existence? Agités, inquiets, l'ardeur des sens bientôt
vient aggraver cette tempête intérieure , si redoutable
qu'elle peut conduire au suicide les êtres pris de ce ver-
tige! mais les voilà gais, heureux, le calme s'est rétabli ,
l'orage dissipé... , la nature a éclairé leur ignorance.
L'idée est comme un prisonnier qui demande à sortir de
la maison ; la raison est le geôlier, elle refuse d'ouvrir,
souvent même elle isole le prisonnier, le garrotte.... tant
pis alors. Ah ! je conçois la folie comme je conçois l'indis-
crétion; je plains l'une et pardonne l'autre. Pourquoi nous
chargeons-nous d'un secret que nous ne pourrons garder ?
pourquoi refusons-nous d'ouvrir à qui nous avons laissé
pousser des ailes et veut prendre son essor ? Oui, la folie
peut naître d'un désir comprimé, parce qu'il est une force !
Oui, malheur à l'homme dont la cervelle loge le génie, car
les barreaux de cette cage mystérieuse peuvent se désunir
etse rompre. Ah ! je plains aussi le moindre des écrivains,
s'il veut écrire sur des choses sérieuses ; plus malheureux
encore est celui qui a en lui ce qu'il ne peut rendre : l'a-
moureux muet souffre davantage que celui qui est babil-
lard; celui-ci ne deviendra jamais fou, mais le premier se
tue. Qu'est-ce donc qui les pousse l'un et l'autre ? Quel
est cet être inconnu qui exerce une si grande puissance
sur nos sens et sur notre raison ? Est- il matériel ou spirituel?
Les savants ne se prononcent point, mais, pour qui a pro-
duit des phénomènes magnétiques , le fait peut trouver
son explication , ou du moins le magnétiste peut en ha-
480 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
sarder une.--Laquelle ? Laquelle ? va-t-on me demander de
toute part : voilà justement ce que je voulais éviter, ce que
peut- être il n'est pas prudent de dire. -
Ah bah ! va-t- on
m'objecter , vous vous taisez toujours quand il faudrait
parler; vous éveillez l'attention sans jamais satisfaire le
besoin que vous avez fait naître, c'est enfin que vous ne
savez rien. - Non, mes bons amis, votre pensée est mau-
vaise, elle est fausse : je sais, mais je crains de tomber où
vous qui ne savez que fort peu avez trébuché déjà . Avez-
vous des mots à me donner ? à leur défaut avez- vous des
signes, des images, des paraboles au moins ! Pouvez-vous
seulement, avecdes couleurs, peindre l'image de votre àme,
rendre l'assemblage de vos idées, nous montrer en pein-
ture les messagers qui vont et viennent en nous, et enfin
tracer n'importe comment le fac-simile d'un pur esprit?
Pourriez-vous donc, sans hésiter, commencer le travail qui
vous serait demandé sur un sujet semblable? Vous m'ob-
jectez que vous n'avez pas vu ces choses... , - mais tous
ceux qui les ont vues sont devenus muets ou ont perdu la
raison ! Voyez si un seul d'entre vous a pu nous dire encore
bien nettement ce qu'est ce magnétisme dont vous voyez
pourtant chaque jour les grossiers phénomènes. Peignez-
moi donc, vous qui pensez , la forme d'une idée... , toutes
en ontune pourtant, car c'est quelque chose, mais ce n'est
ni un arbre, ni un fleuve, ni un brin d'herbe...; la seule
chose qu'on ait pu arracher à ceux qui avaient pénétré
quelques-uns des mystères de la vie, c'est une exclama-
tion : Ah ! que c'est beau ! mon Dieu que c'est beau ! et si
SPIRITUALISME . 481
l'on ajoutait à sa demande une sorte de contrainte morale,
celui qui avait vu ajoutait : C'est.... c'est beau, je n'en
saurais dire davantage!... voilà tout.
Croyez-vous que je sois satisfait quand un physiologiste,
me montrant l'intérieur de l'œil, me fait connaître la di-
yine organisation de cet instrument d'optique ? Mais c'est
comme s'il me montrait une lunette... je ne vois pas, je ne
devine pasl'agent qui perçoit, qui saisit l'image représentée,
et pourtant il existe, il est aussi réel que l'œil lui-même,
mais il est différent de nature. Non , nous n'avons saisi
jusqu'à présent de toute la nature que l'enveloppe la plus
grossière de ses sublimes ouvrages ; les ouvriers qui orga-
nisent, qui travaillent la substance nous sont inconnus ;
celle-ci même, quoique matérielle , nous sommes loin de
la connaître encore : sa forme, son poids , sa dureté, sa
résistance, la science l'apprécie plus ou moins, elle décom-
pose et recompose avec plus ou moins de succès ce que les
sens ont saisi d'une forme primitive, et leur impose des
noms, c'est immense, sans doute, mais l'esprit cherche au
delà et ne peut plus rien saisir. Les corps opaques ne nous
paraissent tels qu'à cause de notre faible vue, car ils ne le
sont pas; une foule d'agents les traversent à chaque in-
stant , leurs pores sont habités par des animaux invisibles
ayant un système nerveux, un ou plusieurs sens ; mais
notre investigation s'arrête devant l'impossibilité d'aller
aussi loin que la pensée , nous manquons d'instruments.
Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes et pourtant on
donne le nom de savants aux hommes dont l'esprit s'est
31
482 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
arrêté aux premières difficultés ! Quel sera le Christophe
Colomb du monde soupçonné,du monde des esprits ? Une
voixmecrie,pour ce qui me concerne: Arrête,téméraire !...
Qu'oses-tu prétendre? Reste sur le rivage, laisse à d'autres
vivants le soin de percer ce mystère, la mort bientôt te le
révèlera; la volonté humaine ne suffitpoint pour produire
au jour une telle œuvre, il faut le consentement de Dieu !
L'homme s'appartient , dit-on : belle sottise , ma foi!
D'abord son corps appartient au chef de l'État , à ses
ministres, à la police, aux gendarmes , aux gardes cham-
pêtres , etc... Tous peuvent l'appréhender au corps , le
mettre en prison , en cellule , sauf à le relâcher lorsque,
après mûr examen, son corps n'offre aucune tache : pre-
mière atteinte à notre moi, à notre personnalité.
Mais notre esprit est bien autreinent subordonné et nous
endisposons bien moins encore que de notre corps. Es-
sayons-nous de le fixer; c'est alors un tiraillement insup-
portable dans l'intérieur, on nous dérange, on nous excite
à faire ceci ou cela. - Quelque agent inconnu veut une
chose , aussitôt une sorte de concurrence est établie par
des agents qui pensent différemment ; tandis que l'un dit
oui, les autres disent non, et souvent de toutes ces voix con-
fuses nous n'écoutons que celles qui nous donnent les plus
mauvais conseils : sommes-nous d'ailleurs maîtres de choi-
sir? Je ne le crois pas. Celui qui pèche peut dire souvent
avec raison : - « Mais je ne voulais point faire cette chose,
quelque chose de plus fort que moi m'a poussé et j'ai com-
mis ce que ma raison réprouve. » Le juge n'admet point
SPIRITUALISME. 483
cette excuse, il condamne. La voix qui conseillait le bien
ne pouvant dominer celle qui conseillait le mal, la raison ,
l'éditeur responsable de ce qui se passe au logis, est seule
atteinte. Il y a donc uneignorance complète de cejeu singu-
lier de forces contraires, tour à tour mobiles de nos actions.
Les anciens, pour expliquer ce mystère, disaient : C'est un
démon ; ils reconnaissaient d'ailleurs l'existence en nous de
plusieurs esprits d'une nature ou espèce différente. Le ma-
gnétiste avancé peut évoquer tous ces esprits, il peut com-
battre l'esprit malin ou le rendre maître absolu du royaume
humain ; cet esprit devenu dominateur altèrera la raison, la
chassera, et l'individu pourra dire : -<< Je suis ensorcelé,
un mauvais Esprit me domine, ma raison lui est assujettie,
je suis possédé. » Ce phénomène qui, il faut le dire, se pro-
duit aussi sans magnétisme, a dans ce dernier cas des
causes spirituelles ou morales.
Souvent le suicide est le résultat de cette espèce de do-
mination ; on l'absout sans l'expliquer comme on ose à
peine condamner un ivrogne qui commet un crime ; il en
est de même pour un buveur d'opium : on a raison d'ab-
soudre; on reconnaît, jusqu'à un certain point, la cause du
désordre ou l'effacement de la raison. Mais, avec le fou, le
maniaque, l'halluciné, ces malades d'esprit qui n'ont pris
ni vin ni opium et qu'un agent mystérieux a poussés au
crime, la justice humaine doit être très-embarrassée. Elle
excuse les actes lorsqu'ils sont provoqués par une cause
sensible et reconnue comme entraînant la perte de la rai-
son ; mais, dans bien des cas, croyant que le criminel a eu
484 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
toute sa liberté, la parfaite intégrité de sa raison, la justice
condamne : elle se trompe, mais je ne puis la blâmer, je
sais qu'il y a des bêtes volontairement fauves parmi les
hommes que l'on doit mettre dans l'impuissance de nuire.
Au milieu des condamnés, pourtant, que de malheureux
dominés par des agents que la science ne connaît point,
qu'elle nie même, tant, sur ces matières, son ignorance est
profonde ! Je le répète, il y a des obsessions qui troublent
l'esprit, il y a des forces occultes inconnues qui peuvent
dans certains cas dominer les caractères les plus fermes.
Les anciens, pour les dissiper ou les guérir, employaient,
non des remèdes matériels, ils avaient reconnu leur ineffi-
cacité, mais l'exorcisme qui est un remède spirituel. Le
savant aujourd'hui se moquerait d'un prêtre se servant de
cette arme, et il aurait un peu raison ; car le prêtre de nos
jours n'en sait pas plus que lui sur les facultés de l'âme
humaine , sur les rapports et les liens qui unissent le monde
matériel au monde spirituel.
Chacun a ses faiblesses, sa manie, ses défaillances d'es-
prit : nul n'est certain jamais de conserver sa raison, nul
ne connaît les agents intérieurs qui travaillent la matière
et font naître l'idée, nul ne sait enfin ce que nous sommes ,
pourquoi et comment nous existons : on ne peut s'ima-
giner, lorsqu'on vit loin des malades, le nombre infini
d'êtres malheureux, souffrants des tortures dont la cause
est aussi inconnue d'eux que des autres, et qu'on ne peut
traiter de maniaques ni de fous; les uns sont affectés à
certaines heures du jour ou de la nuit, d'autres n'ont de
SPIRITUALISME . 485
lueurs que par moments pour examiner et peser froidement
leur situation, d'autres sont constamment tourmentés ; le
médecin, dans sa courte vue, traite tout, d'imagination,
d'hypocondrie, de mélancolie, etc... tous mots propres à
couvrir son ignorance près des gens plus ignorants que
lui.
Et en songeant à toutes ces tristesses, à toutes ces mi-
sères , le sommeil fuit ma paupière ; mon âme , tour-
mentée, m'incite au travail et me fait pressentir que le
magnétisme est la mystérieuse clef propre à dévoiler ces
mystères et je me retourne sur ma couche , comme si
c'était un devoir impérieux pour moi de chercher et de
trouver, comme si, enfin. j'étais payé pour sacrifier ainsi
les heures de repos accordées à chaque être ! Pareil souci
des douleurs humaines, chez les médecins, eût transformé
leur science, leur art eût été autre chose qu'une industrie,
ils eussent fait des découvertes ; la médecine aurait fait un
pas en avant.
Lorsqu'on entre dans le domaine des idées, on ne peut
en sortir ; il ressemble à un labyrinthe sans issue, l'esprit
s'égare et ne peut retrouver sa route ; les plus habiles s'y
sont perdus et c'est pourquoi je reste à l'entrée. Ce lieu
enchanté, tout rempli de merveilles, confond ma raison et
j'admire sans comprendre ; mais je ne m'incline nullement
devant les données cléricales sur la nature et sur Dieu,
pas plus que je n'adopte će qui a été dit sur le commence-
ment du monde, le déluge, etc. , etc... On peut prédire
une révolution immense dans les idées et les doctrines ré
486 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
gnantes, ou plutôt dans ce chaos, résultat bien évident du
mélange des croyances de l'univers entier, lorsque les pro-
fonds penseurs auront saisi le magnétisme et qu'ils cesse-
ront de régler les destinées humaines sur des suppositions.
Basés sur des faits réels et justifiables, ils avanceront vers
un ordre de choses tout nouveau ; ils ne nieront plus le
principe divin, la survivance de l'âme à la matière, et les
idées sur ce sujet auront un sens droit et acceptable pour
tous les hommes. Tous les libres penseurs seront tirés
d'embarras, car démolir sans reconstruire est une œuvre
de folie. Il faudra bien faire deux parts : l'une qui consti-
tuera tout ce qui appartient à l'ordre physique, et l'autre
tout ce qui appartient au monde des Esprits ; car c'est en
vain qu'on prétend les réunir et les réduire en un seul, en
un tout indivisible, cette erreur a égaré les plus fortes têtes.
La réconciliation entre les diverses croyances doit avoir
lieu un jour, et ce bienfait inouï que nous entrevoyons sera
le fruit de la découverte de Mesmer !
Oui, nous l'affirmons, quelles que soient les découvertes
faites sur l'homme, il n'est pas encore connu ; il y a en lui
une richesse immense à mettre aujour. Ce qui le constitue,
pure essence ou matière , demande un nouvel examen,
travail difficile, nous le savons, que peu de gens même
peuvent entreprendre; la plus grande partie des magné-
tistes d'aujourd'hui y seraient inhabiles, car il s'agit de
surprendre les opérations secrètes de l'entendement hu-
main, de saisir des agents qui échappent aux sens vul-
gaires ; mais , ce travail fait, toutes les connaissances de
SPIRITUALISME. 487
l'homme s'illumineront à l'instant, et il pourra embrasser
l'infini dans ses conceptions.
Si tu crains pour ta vie , ne vas pas à la guerre. Si tu
crains pour ta raison, ne cherche point à pénétrer dans
les profondeurs du magnétisme et surtout du spiritualisme.
Fais le bien simplement en employant l'agent divin que
Dieu t'a donné ; laisse aux grands esprits le soin de décou-
vrir ce qui est caché à nos sens et embarrasse notrejuge.
ment. Lorsque l'esprit a franchi certaines limites , il hésite
d'abord, car sa marche devient incertaine ; s'il se décide
à avancer encore, il peut prendre la mauvaise route, et
dans ce cas il ne fera plus que s'égarer, à moins pourtant
qu'un bon génie ne l'éclaire et ne le fasse revenir sur ses
pas.
C'est une grande affliction de voir des hommes, sages
encore la veille, devenir hallucinés et prendre leurs rêveries
pour d'incontestables vérités : ils ont éprouvé une sorte
d'ivresse morale, et ils ne voient plus avec leurs yeux, ne
sont plus guidés par les autres sens, et, comme on ne les
comprend pas , ils s'emportent, et toute discussion leur
devient importune : il faut absolument leur laisser le champ
libre, aucune objection n'étant permise. Fruit inévitable
de trop grandes conceptions, ce vol dans le ciel laisse la
terre trop loin, et nous, pauvres petits, nous ne sommes
plus pour ces géants de la pensée, et pourtant c'est nous
qui tenons les fils de ces cerfs-volants. Mais à côté de ces
hommes, qui s'émancipent trop de la chair, marchent des
esprits moins téméraires qui , sans franchir d'un bond
488 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
l'espace qui nous sépare du ciel, arrivent peu à peu à com-
prendre et à faire comprendre aux autres des vérités ma-
jeures qui satisfont l'esprit sans troubler la raison.
Plus les phénomènes ont de grandeur et deviennent
surprenants, plus on doit rester froid et s'assurer de la
fermeté de ses sens. Lorsque certains phénomènes écla-
tent , il semble que l'on soit placé dans un tourbillon ou
enveloppé d'une atmosphère composée d'éléments diffé-
rents de celle qui nous entoure ordinairement : j'éprouvai
souvent dans ce cas, dans mes organes, un remuement par-
ticulier dont je ne pouvais me défendre, etje découvrais
bien vite que je ne m'appartenais plus entièrement.
Le magnétisme produit l'enthousiasme chez les hommes
épris de vérités.
Le somnambulisme exagère le sentiment du vrai et peut
fausser la raison.
Le spiritualisme est bien capable de déterminer des
hallucinations et la folie. Nous avons des exemples de ces
faits regrettables : l'ardent désir de pénétrer dans les pro-
fondeurs du spiritualisme n'est pas toujours accompagné
de facultés de l'esprit assez fortes, assez développées, non
pas seulement pour l'examen, mais pour se maintenir dans
une sorte de rectitude des sens qui empêche seule l'alté-
ration de la raison. Il ne serait donc pas prudent de se
jeter inconsidérément dans cette étude.
La religion fait pis encore dans certains cas : exagérée,
elle produit le fanatisme, cette folie dangereuse. La reli-
ion catholique n'est pas la seule que l'on doive accuser,
SPIRITUALISME . 489
toutes fournissent leur contingent de fous et de fanatiques.
C'est qu'il est des hommes qui ne peuvent voir froide-
ment les phénomènes surprenants du magnétisme, ils en
exagèrent la portée ; d'autres, n'apercevant dans le som-
nambulisme que son côté lumineux, franchissent la limite
du vrai et se perdent bientôt dans un tourbillon d'idées qui
se confondent entre elles ; il en est de même des spiritua-
listes, ils perdent pied immédiatement, s'envolent dans le
ciel sans considérer l'immensité qu'ils ont à franchir et
sans calculer le poids de la matière qui les environne et
qui déterminera inévitablement leur chute. Serait-il donc
vrai qu'on ne doive point sans crainte aborder aucune de
ces études ? Telle n'est point notre pensée ; mais qu'on
sache bien que l'homme qui n'a point été, par son éduca-
tion première, préparé à subir ces épreuves, est comme le
sourd-muet auquel on vient de rendre l'ouïe, comme l'a-
veugle dont on vient d'abaisser les cataractes, un bruit,
une lumière trop intenses peuvent leur ravir ce bienfait.
L'intelligence de l'homme pour recevoir la vérité a besoin
de ménagements ; mais qui écoute la voix de la sagesse ?...
On suit les inspirations de l'orgueil et, dès les premiers pas,
comme un enfant, on trébuche : c'est le spectacle que nous
offrent aujourd'hui nos modernes spiritualistes. Le spiri-
tualisme n'est qu'un fruit du magnétisme ; pourquoi le
détacher de l'arbre et oublier son origine ? Ne voit-on pas
qu'il s'est altéré presque à l'instant de cette séparation ?
L'oiseau sorti du nid trop tôt n'a pas les ailes assez fortes
pour prendre sa volée, il tombe bientôt et devient ainsi la
490 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
proie du premier passant ou meurt faute d'aliments. Aussi
voyons-nous les spiritualistes de France ne pas faire un
seul pas en avant ; leurs médiums-écrivains tournent dans
le même cercle d'idées, les phénomènes propres à con-
vaincre ne se produisent que bien rarement et trop faible-
ment pour agir sur la raison d'un grand nombre d'hommes.
L'esprit humain est ainsifait, il ne vajamais assez vite, il lui
faut des éblouissements ; ce n'est qu'après des écarts de
raison qu'il reconnaît l'incertitude de sa marche. Je n'ai
pas eu besoin d'auxiliaires pour avancer et découvrir de
profonds mystères ; je suis allé lentement en regardant à
droite, à gauche, pour savoir toujours si j'étais bien sur le
chemin. Pour me guider dans cette nuit obscure, le magné-
tisme était mon flambeau, puis le sommeil dont il est la
cause, puis encore l'extase, ce résultat du magnétisme, où
l'âme est dégagée de la matière. Ici les phénomènes s'en-
chaînaient l'un à l'autre selon cette progression ; après
avoir évité ainsi des surprises trop fortes à mon intelli-
gence , mes opérations devenant rationnelles et le même
principe, la même force agissant toujours, les éléments
inconnus, ces vivants agents de l'espace, me sentaient et
me prêtaient leur concours : voilà l'étude du spiritualisme
telle que mon esprit la comprend, telle sans doute qu'elle
devrait être faite. En suivant cette voie, j'ai possédé un
critérium auquel se rapporte tout le merveilleux; je n'ai
pu être dupe d'aucune illusion parce que dans mon esprit
tout était lié à une cause, à une loi commune dont je
possédais la clef. Mon expérience éclairera-t-elle les cher
SPIRITUALISME . 491
cheurs? Qui s'inquiète de la sagesse de mes conseils ? Un
temps viendra néanmoins où ces observations seront re-
cueillies par d'autres hommes, etje recevrai, lorsque je ne
serai plus , le témoignage de la justesse de mes aperçus.
Vous qui voulez apprendre.... partez toujours du connu
pour aller à ce qui ne l'est pas , jetez votre ancre sur un
terrain solide, faites sortir alors vos antennes, voyez, sen-
tez , assurez-vous du lieu où vous pénétrez. Vous n'avez
point de lunettes pour apercevoir ce monde inconnu , ce
monde des Esprits, point d'instruments pour peser les élé-
ments qui vous environnent, votre intuition ; quelle qu'elle
soit, peut vous faire défaut.... vous devez donc être réser-
vés et quand vous apercevez votre incertitude et votre fai-
blesse.... vous arrêter un instant. Tout ce qu'a fait Dieu
est bon et bien , mais tous ses ouvrages ne paraissent
point tels à notre intelligence ; ne vous imaginez donc
pas trouver des choses toujours parfaites et qui plairont à
votre sentiment; rien ne vous paraîtra plus bizarre que ce
mélange de bon et de mauvais, de noir et de blanc si vous
voulez : image parfaite des créations du monde où nous
vivons. Vous ne pourrez d'abord accepter ces images, je
devrais dire ces réalités, mais votre esprit s'y fera et vous
comprendrez qu'il en devait être ainsi. La raison n'accepte
point d'abord que les Esprits d'outre-tombe , s'il en est,
aient conservé leur caractère primitif, qu'ils ne soient pas
devenus bons tout à coup : il est trop certain pour moi que
les épurations ne se font que lentement, que ce premier
échelon de l'échelle des Esprits n'est encore qu'une prépa
492 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ration à une existence plus parfaite. La vérité de cette pen-
sée démontre que l'homme doit travailler dès ce monde à
se corriger des vices et des imperfections, afin de monter
plus haut et d'abréger ce temps d'épreuves ; cette consé-
quence, qui est et doit être le guide de ceux qui croient et
espèrent , ne peut être utile aux sceptiques ni aux maté-
rialistes qui, connaissant, sachant tout comme s'ils eussent
présidé à la création des mondes, n'ont pas besoin de con-
seils : la raison de notre conduite doit ressortir de notre
foi et en cela nous ne faisons que suivre la loi des desti-
nées.
Le spiritualisme n'a rien de nouveau que le nom, il est
aussi ancien que le monde. Tous les hommes ont en eux
le germe de son existence et jamais on ne pourra l'en sé-
parer; ils ont été créés en même temps. Otez le catholi-
cisme, le boudhisme, le mahométisme.... tout ce que vous
voudrez des religions anciennes ou modernes ; détruisez
tout sacerdoce, anéantissez les livres de tous les révéla-
teurs sacrés, prêchez même partout le matérialisme, que
tous les gouvernements soient sceptiques; employez même
le ridicule pour frapper plus sûrement tout ce qui croira à
une domination extérieure, à l'existence des Esprits sans
corps , à des communications d'outre-tombe.... vous ne
réussirez point à anéantir dans le cœur de l'homme ce pres-
sentiment de l'existence d'êtres surnaturels et de leur action
sur nous : quelque contraire que notre éducation puisse être
à ce sentiment, nous y revenons sans cesse, il se fait jour
malgré nous et souvent nous remplit de terreur ; sans son
SPIRITUALISME . 493
existence même, l'homme serait entièrement la bête; cruel
et féroce, rien ne le retiendrait ; à peine serait-il arrêté par
cette voix mystérieuse qui parle en lui et sans parole lui
dit: - Tu fais le mal ou tu fais le bien,- ce que le lion ,
le tigre, les panthères, ne savent pas et ne sauront jamais .
Cette vérité du spiritualisme se fait jour dans nos moments
de chagrin et de désespoir, elle se montre encore dans les
inspirations soudaines qui viennent on ne sait d'où , mais
que l'homme ne peut attribuer à sa propre nature : c'est
ainsi que l'on peut constater chez tous les peuples, même
chez les plus sauvages , un rudiment de connaissances
occultes par lesquelles l'homme se met en rapport avec des
agents invisibles.
Les phénomènes qui se produisent aujourd'hui n'ont
donc rien qui doive surprendre, néanmoins, le choc qu'ils
ont produit sur la raison a eu partout son écho : il n'est pas
une seule découverte dans l'ordre physique qui eût eu
cette puissance ni produit cet ébranlement.
Mais qu'est-ce que ce monde des Esprits ? Nul ne le sait,
et peut-être ne le saura jamais complétement. Nous tenons
seulement dans nos mains l'agent intermédiaire entre le
monde matériel et le monde spirituel dont la chaîne sem-
blait interrompue ; mais nul n'est assez fort pour marcher
dans cette voie nouvelle sans crainte d'y perdre la raison.
La sorcellerie, la magie, les pactes secrets, les appels
aux Esprits , tout cela détermine des faits et des appari-
tions étranges qui glacent souvent d'épouvante celui-là
même qui se croyait bien fort ; mais lorsqu'on réfléchit que
494 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
ces opérations, pour peu qu'elles durent, séparent forcé-
ment de la matière le principe qui s'y était soudé , on
conçoit , dis-je , qu'il faut être résolu à l'abandon de sa
propre vie, à quitter ce monde, car on ne se sent plus fait
pour y vivre, on y devient étranger : le corps peut bien
y rester quelque temps encore , mais l'esprit est déjà dans
une autre sphère.
Reverra-t- on ces anciens collèges , ces assemblées
d'hommes d'élite qui,mystérieusement, se réunissaient pour
se communiquer ce qu'ils savaient touchant ces secrets
rapports et en même temps pour interroger entre eux les
Esprits et connaître les décrets des dieux : ils découvraient
ainsi les lois de la sagesse et de la sainteté et méritaient,
par une vie particulière, de devenir les élus de Dieu.
La kabale, dont on s'est moqué parce qu'on ne l'a pas
comprise , venait de cette haute antiquité. Quoique bien
dégénérée à l'époque du moyen âge, cette science confé-
rait pourtant encore un tel pouvoir à ses adeptes qu'ils
pouvaient produire des faits d'un ordre tellement supé-
rieur et si incompréhensibles, qu'on fut obligé d'employer
contre ces hommes étranges les bûchers pour en avoir
raison .
On nie l'existence des Esprits ; mais l'agent saisi pro-
duit déjà les phénomènes attribués à ceux-ci, il s'insinue
de même en nous. N'est-il pas démontré pour tout magné-
tiste qu'une pensée, qu'on n'a jamais crue matière, peut
voyager et aller agir sur l'esprit d'un autre être, y porter
notre désir , notre volonté sans être soumis à l'investigation
SPIRITUALISME . 495
des sens ? Ne peut-elle point, comme la pensée de Dieu
renfermée dans une graine, déterminer plus tard l'éclosion
d'autres êtres ? Nous savons si peu de choses , même de
celles qui se passent en nous ! Qui donc peut dire d'où lui
viennent ses propres pensées ? En présence de notre im-
puissance à répondre nous osons nier cependant l'action
sur nous d'invisibles puissances. De ce que beaucoup de
ces agents mystérieux ne peuvent s'apercevoir que dans
l'obscurité, on nie leur existence,-mais on ne voit pas une
comète en plein soleil ; en pleine lumière on n'aperçoit pas
la clarté d'un flambeau, si rapproché de nous qu'il soit ;
une infinité de choses naturelles et grossières ne peuvent se
voir que dans l'obscurité ; nos yeux sont si faibles qu'ils ne
voient pas même les dissolutions contenues dans un liquide ;
l'agent de nos mouvements leur est inconnu, ils n'ont pu
découvrir que les chemins par où il passe.
Toutes les dénégations d'agents ambiants se sont pro-
duites et viennent de savants incomplets, de ces grands
médecins qui ne savent pas seulement nous dire comment
'l'opium nous endort, comment le nitre agit sur les reins,
ni l'émétique sur l'estomac.
Nous admettons l'existence des Esprits, la possibilité de
communiquer avec eux , mais nous ne croyons pas qu'il soit
loisible au premier venu de les faire mouvoir, apparaître,
d'en obtenir des révélations. Pour comprendre comment
l'illusion peut naître, il faut savoir qu'il y a dans chaque
corps humain une force, un agent dont l'action n'est pas
bornée aux seuls besoinsdu corps, mais qui, se réfléchissant
496 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
au dehors , devient l'écho de nos propres pensées. De
même que chez les somnambules qui , dominés par l'intelli-
gence du magnétiseur, ne laissent échapper que les idées
qui leur sont arrivées par cette influence, les corbeilles, les
tables peuvent tourner, donner des signes évidents d'une
sorte d'animation, répondre même sans que pour cela un
Esprit étranger soit de la partie : ce n'est qu'un effet na-
turel de magnétisme ; mais ces procédés, ces opérations
produisent l'aimant, l'élément nécessaire pour établir une
communication avec les Esprits, et c'est ainsi qu'ils arri-
vent parfois quand on est las de les attendre et même
quand on ne les a point appelés.
C'est un sujet que nous n'avons jamais voulu traiter
publiquement, tant nous avons la crainte qu'une semblable
connaissance , mais rendue plus complète, n'arrive à tous
les hommes. Nous voyons les efforts inutiles d'une foule de
spiritualistes pour obtenir ce que quelques -uns des plus
favorisés produisent. Convaincus de l'existence d'un monde
occulte, il leur semble étrange de n'aller pas plus loin.
Les prétentions des hommes sont excessives et inconsi-
dérées.- Voyez-vous un enfant, un idiot faire venir Vol-
taire, Rousseau , Bossuet, Mesmer, comme si ces puis-
sants génies pouvaient obéir à un appel partant de si bas
et se prêter aux caprices humains.... -Ce que l'on a pu
obtenir de communications dans ce genre, n'a jamais eu
de portée, car les êtres appelés y restaient étrangers :
elles étaient dues à cette action si simple et purement
magnétique que nous avons tout à l'heure signalée. Il y a
SPIRITUALISME . 497
dans ces rapports secrets, dans ces communications d'ou-
tre-tombe quelque chose d'austère et de religieux qui ne
s'allie point avec ce qui est léger et inconsidéré ; nous de-
vons, pour être justes, avouer que des Esprits d'un ordre
très-inférieur se sont parfois complu à venir se mêler à ces
jeux et témoigner de leur présence par des excentricités
et des tours de passe-passe, toutes choses enfin qui leur
étaient familières pendant qu'ils étaient dans ce monde.
Beaucoup encore de spiritualistes ne peuvent arriver à ce
point d'intéresser des Esprits de cet ordre malgré leurs
désirs , car ce qu'ils désirent surtout, c'est le bruit, le ta-
page, les coups mystérieux , toutes choses enfin qui frap-
pent les sens, sans pourtant éclairer la raison.
Quelquefois, dans une assemblée, lorsqu'il s'y trouve un
certain nombre de personnes bien disposées pour faire un
appel aux Esprits, il peut arriver qu'un ou plusieurs d'en-
tre eux répondent à cette sorte d'évocation : ainsi plu-
sieurs communications ont eu lieu de la sorte, et je me rap-
pelle qu'un soir, chez M. Delamarre, propriétaire du
journal la Patrie, un trentaine de personnes étant réunies,
après avoir discuté sur la valeur de la découverte des faits
étranges connus sous le nom des phénomènes spiritualistes,
on convint d'essayer si, en se plaçant à une table, celle-ci ,
comme quelques-uns l'affirmaient, donnerait la preuve de
l'existence de cet agent mystérieux . - La table où l'on se
plaça pesait à peu près cent cinquante kilos ; comme on le
voit, elle était d'une énorme dimension ; elle pouvait au be-
soin, nous dit M. Delamarre, recevoir soixante couverts.
32
498 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
-
J'étais un des expérimentateurs ; treize ou quatorze
autres personnes formaient avec moi un cercle régulier ;
nos mains étaient appuyées sur la surface de la tablet au
bout d'un quart d'heure, celle-ci oscilla d'une manière
singulière et inattendue ; bientôt elle tourna ; mais toutes
ses évolutions se faisaient dans la direction d'une jeune
damė, madame Savignon. Étonnée de ce mouvement sin-
gulier, cette dame privilégiée ådressa la parole à cette
table, et, d'une voix douce, lui dit:- Puisque vous m'ai-
mez, levez-vous, et, à la grande surprise de chacun, la
table se leva assez haut, non pas seulement pour surprendre,
mais assez pour effrayer toutes les personnes qui formaient
la chaîne. On se leva précipitamment, les expériences
furent interrompues ; l'étonnement passé, on se remit en
cercle, mais rien de semblable ne se manifesta. Il me vint
alors l'idée d'interpeller l'Esprit : - «Ange ou démon,
puisque tu viens de montrer tant de pouvoir, frappe un
grand coup quelque part. » Et à l'instant un grand coup
fut frappé sur la toile d'un tableau suspendu dans la salle
où nous faisions cette évocation : ce coup fut entendu de
tous, et nous devons ajouter que le tableau se trouvait placé
à une hauteur où nul n'aurait pu porter la main. Dans
cent autres lieux , on expérimenta d'abord de la sorte ; on
obtint des phénomènes plus ou moins remarquables, mais
toujours l'inconstance des expérimentateurs empêcha d'ob-
tenir plus : c'est que ce n'est point une chose légère et que
l'on doive traiter comme un amusement, une distraction
de l'esprit. Cette vérité n'est point faite pour des enfants ;
SPIRITUALISME . 499
il faut être préparé à ce qu'elle révèle et expérimenter en
homme résolu ; en dehors de ces conditions, ce qu'on ob-
tient n'a presque point de valeur , l'incrédulité persiste,
les esprits sceptiques ne sont point convaincus. Nous ne
croyons pas que jamais, en France, la vérité nouvelle puisse
devenir d'une étude générale ; notre nation demande à être
amusée et non instruite; elle souffre les plus grands men-
songes et s'en amuse, mais les vérités profondes lui font
peur. Soumise au joug de fausses croyances, elle n'a point
la force de s'en affranchir, le mensonge la berce ; la vérité
la réveillerait trop vivement cette nation, et tout ce qu'elle
ferait alors serait déraisonnable ; mais il se trouvera tou-
jours en elle quelques hommes sérieux et réfléchis, quel-
ques esprits d'élite qui n'abandonneront point à l'oubli ce
qui est le plus digne d'attention, ce qui mérite le plus
d'être étudié et approfondi; peut-être même quelques dé-
couvertes nouvelles se produiront qui secoueront nos sa-
vants, lestireront de leur sommeil, les galvaniseront et les
forceront à marcher en avant en leur faisant comprendre
tout ce qu'il y a d'incomplet dans leurs systèmes et leurs
doctrines, en les forçant à s'occuper de l'étude de l'âme
humaine et de ses divines propriétés.
500 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES.
< Si l'homme qui vous parle hautės sciences
Vous peint la vertu sans ses œuvres, protestez
qu'il ne réussira jamais. Si , au contraire , il
peint les œuvres de la vertu pour vous repré-
senter cette émanation de la Sagesse, soyez pour
le moins porté à croire qu'en frappant on lui
ouvrira . >
En supposant l'existence des Esprits sans corps et la
possibilité de communiquer avec ceux qui ne sont plus,
comment devrait-on s'yprendre pour obtenir cette faveur,
car c'en serait une ? Dans le monde où nous sommes, lors-
qu'on veut obtenir quelque chose du pouvoir, on le solli-
cite, on expose les motifs qui justifient et appuient la sol-
licitation ; on ment quelquefois, mais on parle avec respect,
on sait que toute impertinence serait fort mal venue et que
la supplique serait jetée aux ordures. Celui à qui vous
adressez votre placet examine les arguments que vous
faites valoir; non-seulement il les pèse, mais il étudie encore
le solliciteur lui-même; il veut connaître s'il mérite qu'on
s'occupe de lui, il s'enquiert de ses mœurs, de sa conduite
et, s'il s'agit d'une place, de sa capacité; il faut en outre
que la chose demandée puisse s'accorder , et c'est alors seu-
lement que le préfet, le ministre ou l'empereur refusent ou
accordent leurs grâces.
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES . 501
Quand vous voulez obtenir les faveurs d'une femme,
que faites-vous ? Vous n'allez pas brusquement et effronté-
ment faire comprendre le butde vos hommages, vous vous
faites petit, vous cherchez à faire parler ses sentiments en
montrant les qualités de votre esprit ou de votre cœur,
enfin vous cherchez à captiver ; mais vous ne pouvez y
réussir que par un travail singulier qui a lieu en vous et
qui vous métamorphose : vous n'êtes point alors l'homme
de tous les instants, plus d'une corde vibre en vous, car,
pour faire naître l'amour, il faut être amoureux soi-même
ou employer mille stratagèmes pour tromper l'être que
vous voulez séduire : je dis ceci pour les vivants, car peut-
être les morts ont plus de pénétration, et la feinte ou la
ruse ne peuvent sur eux avoir d'accès.
Suivez un peu mon raisonnement : lorsque vous voulez
apprivoiser les animaux sauvages, les oiseaux, par exemple,
vous ne leur jettez pas des pierres et n'arrachez point les
plumes de leurs ailes; vous vous faites tendre et compatis-
sant, vous cherchez à éveiller ce qu'il y a d'instinctif dans
ces animaux, vous évoquez par conséquent la petite partie
d'entendement qui s'y trouve et vous vous faites aimer,
suivre ou caresser; ils comprennent votre langage bien
mieux que vous ne comprenez le leur; enfin ils sont en rap-
port avec vous. Croyez-vous donc que, s'il y a des Esprits,
il suffira de leur dire : Viens ici , approche,j'ai besoin de
toi, -
pour que votre brutale demande vous soit accor-
dée, et qu'ils viennent se soumettre à votre caprice et se
faire vos esclaves? Croyez-vous donc que, pour être senti
502 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
seulement ou être entendu lorsqu'on appelle, il ne faille,
pas une disposition particulière de l'âme, être enfin placé
dans une situation exceptionnelle de manière à mériter une
aussi grande faveur que celle dont vous voulez jouir ? Pour
vous faire obéir de vos propres valets pour des choses dé-
licates, vous y mettez des formes, et le valet même réflé-
chit avant d'obéir .
Or, que voyons-nous chez beaucoup de ceux qui sem-
blent vouloir se convaincre de la réalité des faits qui ser-
vent de base à la doctrine du spiritualisme ? Une vanité
sans pareille, un orgueil incroyable, et leur outrecuidance
va jusqu'à la folie; elle fatigue les vivants ; comment donc
agiraient-ils sur les morts ? Ce n'estpas tout ce sont des
sceptiques, des matérialistes, des gens pour qui la mo-
querie est un argument; des gens qui demandent sans
demander et qui rient d'avance de l'insuccès qu'aura leur
demande, sans s'imaginer qu'il y a en nous un certain par-
fum de l'âme qui ne s'exhale que lorsque l'esprit est calme
et recueilli, que lorsque l'entendement, ne cherchant point
à comprendre un aussi grand mystère, laisse à l'âme toute
sa liberté : il y a quelque chose de si religieux, de si doux
dans ce transport, dans cet état voisin de l'extase, élat sans
lequel rien ne peut se manifester, qu'on doit rire de ces Don
Quichotte qui, armés de leur scepticisme, veulent se battre
avec les Esprits, les asservir et les commander, disposés
qu'ils sont à combattre même la vérité ; ils veulent de leur
sac à charbon faire sortir de la farine, et, comme il n'en sort
que du charbon, ils s'écrient : - Vous voyez bien, il n'y a
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES . 503
rien! -
En effet, ne voyant rien sortir autre chose que du
charbon, ils s'imaginent que tout ce qu'on raconte vient
d'une sorte de prestidigitation bien inférieure à celle
exercée par les Bosco et les Robert-Houdin, non pas que
tous ces sceptiques soient de mauvaise foi, non, au con-
traire ; mais ils s'attendent à ce que les manifestations vien-
dront pendant leur digestion, à ce que les Esprits seront
assez bien élevés pour prévenir leurs désirs , regardant
comme une chose toute simple ce qui ne s'obtient pourtant
que par une sorte de soumission de l'esprit, une sorte
d'abnégation où le recueillement semble rappeler vers un
centre inconnu toutes les forces du corps. Ces manifesta-
tions, nous devons en prévenir les chercheurs, s'obtiennent
encore par une autre méthode ou d'autres procédés si l'on
veut.
Un sacripant, un voleur, un assassin, celui qui enfin a
donné son âme au mauvais génie, se place sur un chemin
ou à un carrefour, il y tend une corde en travers, il arrête
ainsi le voyageur et, lui plaçant un pistolet sur la gorge, il
le contraint de vider ses poches, à moins pourtant que le
brigand ne se contente de lui demander qui il est et où il
va. Mais celui qui opère ainsi doit craindre des réactions,
et, ma foi, tant pis pour lui s'il est le plus faible à ce jeu.
Nous indiquons aux sceptiques ce petit moyen qui pourra
troubler un instant leur quiétude ; mais qu'ils essayent,
peut-être seront-ils satisfaits.
C'est en vain qu'on disserte sur ces choses, car il n'est
point de langage qui puissent les rendre sensibles ; la dé
504 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
monstration seule exerce cet empire sur nos sens , mais-
c'est surtout en ceci qu'il y a des élus, les uns peuvent ar-
river par la prière, par l'oraison mentale, les autres par
la violence morale, par une vibration de ce qui les con-
stitue ; mais , pour arriver à produire en soi ces situations
contraires, il faut désirer ou vouloir. Il est difficile de re-
connaître et de séparer ce qui appartient à la matière, aux
lois qui la régissent, de ce qui en nous appartient à l'âme
ou aux Esprits. On nie communément ce dernier ordre d'o-
pérations pour ne voir que des agrégations, des molé-
cules, des affinités chimiques régies par ce que l'on appelle
sensibilité et qui ne ressortent point de tout ce que l'on
aperçoit dans ce qui vit ou végète ; on ne veut voir en
l'homme rien de ce qui serait supérieur à la matière :
sous le rapport organique, la démonstration du contraire
serait difficile ; les preuves à l'appui du sentiment opposé
ne sont pas toujours sous la main de celui qui veut faire
prévaloir sa croyance. La tradition des faits passés , l'affir-
mation de l'histoire touchant les phénomènes d'un ordre
surnaturel sont insuffisantes aujourd'hui pour ébranler la
raison ; pour croire, on veut voir ou subir soi-même l'ac-
tion d'une influence que ne peut produire la matière. On
aurait pu se demander pourquoi ce qui a été ne serait plus,
pourquoi des phénomènes qui pourraient éclairer sur des
problèmes dont la solution intéresse le bonheurde l'homme,
pourquoi, dis-je, ces faits n'existeraient plus, rien dans la
nature n'ayant été retranché ni changé, les mêmes élé-
ments, les mêmes forces n'ayant jamais cessé d'exister et
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES . 505
devant toujours exister ? La raison n'a voulu se soumettre
qu'à l'expérience, et ces manifestations, tant combattues
parce que l'homme était devenu inhabile à les obtenir , se
retrouvent aujourd'hui en entier dans le magnétisme.
Nous pourrions, mais ce serait un curieux et trop long exa-
men, montrer que ces faits supérieurs se sont succédé en
plus ou moins grand nombre et sans interruption jusqu'à
nos jours, mais que la science, en les touchant, les ayant
altérés, en avait modifié, détruit presque la portée et la
signification.
Un scalpel à la main, un anatomiste, un physiologiste
pourront me montrer les diverses pièces qui composent le
corps humain, tout le mécanisme qui le fait mouvoir ;
mais je puis les défier de me montrer le mécanicien qui les
a établis et qui donne l'impulsion à la machine : on ine
fera toucher du doigt les instruments admirables qui ser-
vent aux perceptions, mais ce qui perçoit me restera in-
connu.
Les prêtres sont actuellement aussi impuissants que les
savants. Il faut croire sans examiner et, s'en rapportant à
ce qu'ils enseignent, vivre et mourir comme ils l'entendent ,
c'est- à-dire dans l'ignorance de sa propre nature ; ils re-
jettent avec une opiniâtreté malheureuse toute vérité, tout
fait qui pourrait éclairer un aussi vaste sujet ; il semblerait
qu'ils ont la discipline et la loi absolue, et qu'en dehors de
leur doctrine il n'y a que le néant. Ils s'imaginent que les
hommes se contentent de l'aliment moral qu'ils leur don-
nent; ils se trompent, car les convictions que l'on aperçoit
506 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
çà et là parmi le commun des humains sont loin d'être iné-
branlables, elles ne tiennent qu'à un fil, c'est-à-dire à un
discours d'orateur sceptique, à un article de journal, au
moindre ébranlement de la politique, à la chute d'un gou-
vernement protecteur. La foi vive peut exister chez plu-
sieurs, mais elle n'est pas raisonnée ; ne s'appuyant que
sur des opinions, sa valeur n'est pas d'un grand prix : la
science , d'ailleurs , n'accepte point la croyance comme
un titre réel de la vérité des idées; elle abandonne aux
enfants ce qui lui paraît du domaine de l'imagination pure.
En effet , toute vérité doit être susceptible de démonstra-
tion ; plus le fait qui la constitue est merveilleux, plus on
doit craindre l'erreur etprolonger l'examen : la conviction
ainsi acquise devient inébranlable. En religion , on procède
autrement, on défigure le vrai sens des vérités fondamen-
tales, et malheur à celui qui a l'impertinence de trouver
cela mauvais. Qu'en résulte-t-il? Un profond athéisme :
on étouffe le sentiment religieux que Dieu avait déposé dans
nos cœurs, et l'on brise avec ces dieux de platre et d'argile
dont on voulait imposer l'adoration, les regardant comme
impuissants et mensongers.
J'ai vu démolir le palais d'un archevêque en présence
de cent mille spectateurs dont pas un ne protesta : ceux
qui s'imaginent aujourd'hui que l'esprit des masses est
changé s'abusent étrangement ; la génération qui nous
presse de partir ne vaut pas plus que nous. C'est que les
traditions du passé doivent toujours se rajeunir et être vi-
vantes, car rien ne change en nous : les instincts divins y
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES. 507
sont comme au premier temps,les mêmes dons du Créateur,
et, je puis le dire avec assurance, le mêmebesoin de croire.
Neméprise donc point les croyances,religieuses, quelque
extravagantes que quelques-unes puissent te paraître; en
elles est un trésor précieux que la science positive veut
bien méconnaître, mais qui se découvre aux yeux de tout
vrai magnétiste. La religion catholique nous est hostile
autant qu'elle peut l'être, et ses ministres nous poursui-
vraient s'ils avaient le pouvoir; plus aveugles encore que
les savants, nos prêtres n'ont point vu que nous avions en
nos mains un des débris de l'ancienne science sacerdo-
tale qu'ils ont laissé perdre ; qu'avec cette vérité retrouvée
ils avaient en même temps retrouvé le moyen d'agir sur
les masses, le moyen de terrasser les esprits forts et les
sceptiques. Mais tout ceci est en dehors de notre sujet; ne
nous présentons point comme réformateur, laissons à d'au-
tres cette périlleuse mission... Nous voulons simplement
établir notre croyance en la réalité de phénomènes trans-
cendants, qui ont pour fin dernière la croyance en une
autre vie, la certitude d'un Dieujuste et bon.
Toutes les religions s'appuient sur des miracles, sur des
faits exceptionnels dont les causes sont d'abord inconnues :
l'homme suppose et croit d'abord à une intervention di-
vine ou diabolique, rien de ce qu'il connaît n'ayant pu dé.
terminer ce qui a causé sa surprise, sa frayeur ou son ad-
miration.
Toute religion se fonde sur des révélations, sur l'in-
spiration d'un ou de plusieurs hommes, sur des prodiges
508 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
et des guérisons miraculeuses, sur des visions et des ap-
paritions, etc... Voilà la raison d'être des croyances ; elles
n'en ont pas d'autres ; la morale ne vient qu'après : c'est
la conséquence qui résulte des phénomènes observés, et,
il faut le dire, elle est partout la même et découle néces-
sairement des mêmes faits.
Je laisse de côté toutes les imitations frauduleuses et men-
songères, les faux miracles, les visions simulées, les faux
prophètes, etc. On n'imite que ce qui est ou a été, cela ne
détruit absolument rien et ne sert au contraire qu'à confir-
mer la vérité.
Il y a donc ici un fait éclatant, sinon constant ; il y a un
agent, une force saisissable par quelques points ; il y a un
pouvoir, une faculté; il y a ce que la nature, invariable
dans ses lois, reproduit de nos jours et ce que nous pou-
vonsjustifier. En effet, que trouve-t-on dans le magnétisme?
Tous les phénomènes cités plus haut; leur identité est on ne
peut plus manifeste; c'est en vain qu'on essayerait de le
contester : les mêmes prodiges, les mêmes visions, les
mêmes miracles, guérisons, apparitions, ascensions et per-
ceptions ; il n'est pas jusqu'aux corps matériels qui ne se
meuvent sous nos mains, jusqu'au pouvoir d'évoquer ceux
qui ne sont plus, qui de nos jours n'ait été reproduits à
notre plus grand étonnement. Dans notre surprise, nous
n'avons pu en croire nos sens, nous avons eu besoin de
voir et de revoir les mêmes phénomènes pour nous assurer
que nous ne rêvions point ; nous eussions voulu contester,
je nedis point leur réalité, ils sont, mais leur identité avec
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES . 509
les faits du passé , et nous ne l'avons pu; notre raison a fait
taire nos scrupules.
Tant de merveilles pourraient-elles s'expliquer par des
lois matérielles ? Non, elles y échouent complétement ; elles
sont au contraire modifiées, détruites même dans certains
cas bien loin de pouvoir fournir aucune explication. Il faut
chercher en dehors du code des savants ce qui peut satisfaire
l'esprit ; c'est pourquoi nous apercevons, et assez près de
nous, la naissance d'une science morale et la réhabilita-
tion du passé.
Qui que tu sois qui liras cet écrit, ne méprise point ces
assertions comme si elles venaient d'une imagination sur-
excitée ! Ce rapprochement que nous faisons des choses
nouvelles avec celles du passé seront justifiées, quelle que
soit l'opinion actuelle sur les faits qui servent de base à ce
rapprochement. On a contesté l'existence de l'âme hu-
maine.... cette existence devient évidente. On a rejeté
tous les faits merveilleux des livres saints et de l'histoire ....
ils se retrouvent et se confirment aujourd'hui ; on a nié
l'existence des Esprits.... nous les touchons. J'ai dit dans
plusieurs pages de cet ouvrage sur quoi je fondais ma
croyance en la réalité des faits de l'âme humaine ; je les
résume pour les attester encore :
1º Don de guérir les maladies les plus graves sans employer
aucun médicament, lors même qu'on a fait usage de
tous ceux-ci.
J'ai par-devers moi un grand nombre d'exemples de ces
510 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
guérisons inespérées ; bien souvent j'ai été l'instrument de
ce pouvoir mystérieux, etj'ai suivijusqu'au bout ses divines
opérations.
2º Vue à distance et à travers tous les corps opaques .
Tous les magnétistes ont constaté ce curieux phéno-
mène, et j'ai pu moi-même le vérifier plusieurs fois .
3º Vue dans la pensée d'autrui.
Ce fait encore est commun ; tous les ouvrages sur le ma-
gnétisme en contiennent des récits, et cette faculté a été
mise hors de doute pour tous ceux qui ont bien voulu ob-
server .
4º Découverte des choses cachées .
Je puis affirmer que des objets perdus, volés ou simple-
ment égarés, ont été ainsi retrouvés par cette sublime lu-
mière que possèdent certains dormeurs. Des assassins qui
s'étaient dérobés à la justice lui ont été si bien signalés ,
qu'on les a appréhendés, jugés et guillotinés sur des
preuves sans réplique données par une somnambule : les
coupables eux-mêmes ont fait l'aveu de leurs crimes.
5º Prévision d'événements que rien ne pouvait indiquer, si
ce n'est, non la raison humaine, mais l'âme ayant par sa
nature la connaissance des temps .
J'ai recueilli plus de cent de ces faits incroyables sur
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES . 511
différents sujets, mais je n'en citerai que trois qui me sont
particuliers.
Le premier de ces faits de prévision me vint d'unejeune
fille hystérique que je traitais par le magnétisme. Cette
malade, que m'avait envoyée M. le docteur Fouquier, ine
dit un jour dans son somnambulisme et sans être interro .
gée sur la politique : « Dans un an, jour pour jour, il y
aura une grande révolution ; Charles Xsera renversé. » Et
en annonçant ce bouleversement devant toute sa famille,
elle appela son oncle, M. Fauconnier , qui existe encore , et le
pria d'écrire cette date et cette annonce. Un an, jour pour
jour, après cette prophétie, Charles X partait pour l'exil.
Huit jours avant la révolution de Février, une dame, très-
gravement malade, fut mise par moi en somnambulisme ;
c'était la première fois que je déterminais chez elle cette
crise. Au bout de quelques instants de sommeil , elle me
priade la réveiller en me disant : - « Je vois du sang ! je
vois du sang , beaucoup de sang !-Quoi donc, lui dis-je, se-
riez-vous menacée d'une hémorrhagie ? - Non, répond-
elle, Louis-Philippe va être renvoyé, on se battra dans les
rues. - Vous rêvez , vous êtes en proie à un cauchemar.
-
Mais , insistant pour être réveillée elle me dit encore :
J'ai peur... vous verrez dans huit jours si j'ai révé.
Trois semaines avant l'attentat de l'Opéra, une vieille
femme de la campagne, qui par mes soins était devenue
somnambule, vint me revoir pour me témoigner sa recon-
naissance. Mise en somnambulisme, elle me dit, sans être
interrogée : « Il faut écrire à l'Empereur qu'il n'aille
512 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
pas pendant quelque temps où il y aura foule ; je vois que
vers le 15 il y aura une bagarre .... il y aura des morts et
beaucoup de blessés.- L'Empereur sera-t-il atteint, lui de-
mandais-je ! Elle me répondit :-Je ne le vois point blessé.
Elle ajouta : - Que l'on ferait partir de petites ma-
chines où il y avait beaucoup de petits tuyaux ; que cela se
mettait dans la poche et se jettait avec la main ; que ces
petites choses étaient fabriquées en Angleterre. » Elle me
désigna trois hommes, me donna leur signalement, mais
je ne tins aucun compte de ces renseignements. J'avoue à
ma honte que je ne crus point à la prophétie de cette femme
et que je ne jugeai pas nécessaire d'écrire sur ce sujet au
gouvernement, tant cela me paraissait un rêve : les prévi-
sions partageant en cela la sottise humaine, m'ont toujours
trouvé sceptique. Je n'avais point, je le répète, sollicité les
aveux de cette brave femme, condition qui eût pu ébranler
mon scepticisme s'ilpouvaitl'êtreautrement que parles faits.
Si toutes ces visions étaient pures d'alliage, ce serait
trop magnifique ; l'homme participerait de la divinité et
Dieu sans doute ne l'a pas voulu. Il y a trop souvent, à
côté de vérités , defausses visions, de monstrueuses erreurs ,
présentées par le même sujet ; ce sera le rôle de la science,
un jour, de débrouiller cet amalgame, de discerner le vrai
du faux.
6º Déplacements et mouvements des corps matériels sans
aucune force physique et sans contact.
Ces faits aujourd'hui sont mis hors de doute. Il y en a
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES . 513
un si grand nombre d'exemples en présence d'un si grand
nombre de témoins, qu'on ne peut lesrejeter sans nier l'é-
vidence. Moi-même, je les ai constatés, j'ai vu des corps
graves, fort pesants, s'enlever dans l'espace, s'y mainte-
nir et s'y balancer sans qu'aucune force matérielle appa-
rente ou cachée ait été employée ; j'ai vu des tables
pliantes s'ouvrir et se refermer, aller et venir d'elles-
mêmes sans qu'on les touchât en rien ; j'ai vu des chaises
fuir ou se rapprocher de certains êtres sans qu'il y ait eu
la moindre supercherie ; c'est donc un phénomène acquis
et qui explique à son tour certains faits de l'histoire.
7° Ascension d'êtres humains.
L'histoire religieuse contient un grand nombre d'exem-
ples de ces miracles. Si moi-même j'avais été témoin d'un
de ces phénomènes, je l'avouerais ; mais je dois tenir
compte des aveux qui m'ont été faits par plusieurs per-
sonnes distinguées et qui n'avaient aucun intérêt à mentir ;
ces personnes m'ont confirmé la réalité de ces ascensions ;
d'ailleurs elles se prouvent d'elles-mêmes, car il n'est pas
plus difficile d'admettre l'ascension d'un corps humain
que celle des objets matériels ; et nous avons vu que, mal-
gré leur poids et leur volume, ils obéissaient à cette puis-
sance inconnue à laquelle rien ne semble pouvoir résister.
8° Evocations .
De tout temps, on a évoqué les morts. Des témoignages
33
514 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
acceptés par la religion catholique et par les sectaires des
religions anciennes, ne laissent aucun doute sur la croyance
qu'on avait en la réalité de ce pouvoir. De notre temps, les
médiums, quoique n'ayant qu'un pouvoir affaibli, nous of-
frent des exemples remarquables de cette faculté de l'âme
des vivants de pouvoir établir des rapports avec les âmes
de ceux qui ont vécu. Moi-même, par la magie, j'ai fait plus
encore, j'ai vu des êtres spirituels qui m'étaient inconnus ;
ils s'agitaient devant moi et semblaient me menacer ; ils
vinrent et disparurent sans queje pus découvrir par où ils
étaient passés et comment ils avaient fui. Mon imagi-
nation n'eût pu rien produire de semblable : ma raison
repoussait comme un mensonge et comme une illusion
l'existence du monde des Esprits sans corps. J'ai dû me
dire, en présence d'un tel fait et d'autres semblables : II y
a en dehors de nous des êtres inconnus, dont l'espace est
rempli , qui vivent et agissent ; si nos communications avec
eux ne sont pas plus fréquentes, si nous ne les voyons
pas, c'est notre ignorance seule qui en est cause ; ce sont
les moyens d'établir ces rapports mystérieux qui nous man-
quent. Nous ne sommes séparés des invisibles que par l'é-
paisseur de notre peau, et la mort doit nous les faire con-
naître entièrement.
RÉSUMÉ. 515
RESUMÉ
Voici notre profession de foi. Nous admettons comme
vrai et indiscutable l'agent que l'on appelle fluide magné-
tique, le regardant comme cause immédiate ou médiate
de tous les phénomènes et des guérisons chaque jour en-
registrées dans nos Annales. Nous tenons le même agent
pour la cause et le principe de la production et du dévelop-
pement du somnambulisme et de ses facultés, telles que
la vue sans le secours des yeux, l'audition sans le secours
de l'organe matériel de l'ouïe , la perception intuitive
des objets éloignés ; la communication des pensées, la
découverte des choses cachées, dérobées, et surtout l'in-
stinct des remèdes propres aux maladies, etc... et, dans un
état plus avancé encore, nous admettons que la vue inté-
rieure , développéedans le phénomène que l'on appelle
extase ou ravissement d'esprit, puisse aller jusqu'à voir
l'avenir, dévoilant ainsi la réalité d'une science innée, ob-
scurcie seulement par notre genre de vie et notre éducation.
Le magnétisme est aussi pour nous une des causes pre-
mières et évidentes du mouvement et de l'ébranlement
des corps matériels. Ce premier point franchi, ses proprié-
tés s'étendent et se multiplient à l'infini. Nous croyons qu'il
sertd'intermédiaire pour établirdes rapports entre l'homme
516 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
etdesagents intelligents dont l'univers paraît rempli , et que
c'est alors que les lois matérielles sont comme brisées ou dé
truites. L'attraction, pour un instant du moins, cesse d'exis-
ter; les corps matériels sont enlevés à une certaine hauteur
dans l'espace, ils s'y balancent, et l'homme lui-même peut
être soulevé, suspendu par cette sorte d'attraction mysté-
rieuse sans que sa volonté puisse en rien maîtriser l'effet.
Nous avons vu de sens rassis, en compagnie de plusieurs
personnes suffisamment instruites, ces phénomènes inouïs.
Nous avons vu des êtres humains pleins de santé jetés par
terre avec une grande violence ou tournoyer sur eux-
mêmes, de gros meubles fuir sans contact, et quelquefois
poursuivre de leur plein gré certains d'entre nous qui sem-
blaient leur déplaire, et enfin, nous avons assisté à des dé-
monstrations qui ne pouvaient laisser aucun doute dans
l'esprit du plus sceptique sur l'existence et la réalité de
forces et d'agents intelligents inconnus. J'affirme tout cela
dans la plénitude de ma raison et sans y être en rien
forcé. Je le dis, parce que cela est vrai, quoique cela pa-
raisse invraisemblable, parce qu'on doit son témoignage à
la vérité et que, quels que soient les préjugés de son temps,
les croyances ayant cours , il est lâche de ne pas oser
avouer l'existence de phénomènes dont on a été le témoin
ou l'auteur principal, quand la certitude que l'on en a égale
celle de l'existence même. Appuyer la résistance que l'on
oppose à l'étude des phénomènes nouveaux sur des actes
de charlatanerie, de jonglerie, etc. , signalées chaquejour,
et que nous ne nions pas, du reste, c'est montrer peu de
RÉSUMÉ. 517
philosophie et trop de rétrécissement dans l'esprit. S'ar-
rêter à de telles considérations pourrait faire croire que,
derrière cette résistance opposée par les savants, se ca-
chent des intérêts et peut- être la peur. Le magnétisme dé-
molit les systèmes et les doctrines établis par nos grands
hommes et nous jette dans l'inconnu, voilà sans doute les
motifs qu'on n'avoue point, et comme nous n'avons pas les
mêmes scrupules et que chez nous la vérité est un devoir
de conscience, nous l'avons dite, quel que soit le sort que
le temps lui réserve.
Notre embarras a été grand en entreprenant d'essayer
de formuler une science lorsqu'il n'existe encore qu'un
art imparfait. J'ai dit ce que je savais, ce que le magné-
tisme m'avait fait comprendre; et, raisonnant sur les don-
nées que me fournissaient mes nombreuses expériences,
j'ai tracé ou indiqué une pratique conforme à mes idées.
Elle n'est écrite qu'en vue de donner aux magnétistes
commençants une base, afin que leur embarras soit moins
grand lorsqu'ils seront appelés à donner leur avis et à
fournir aux malades des éclaircissements sur leur pra-
tique, toutes choses dont peuvent se passer les homwes
qui, sans raisonner, veulent cependant arriver à soulager
les douleurs d'autrui par les seuls procédés du magné-
tisme. Tous les agents que Dieu a créés ont un mode
d'action déterminé, et le commun des hommes les emploie
souvent sans aucune réflexion : on laisse à la science le
soinde commenter et d'expliquer, tandis que les agents
font leur office.
518 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
Ainsi, ce magnétisme, présent du ciel, pourra soulager
et même guérir des malades sans que le magnétiseur
sache autre chose que sa vertu curative, ignorant même
les procédés réguliers qui favorisent le succès des traite-
ments. Jen'ai rien que ce que Dieu m'a donné ; je te le
donne. Lève-toi et marche. Tel sera le mouvement de son
cœur et de son esprit. J'ai peur, je l'avoue, qu'on at-
tache une trop grande importance aux règles que j'ai tra-
cées et que beaucoup d'êtres se récusent en apercevant
les difficultés que j'ai signalées. Je dois les rassurer ,
et leur dire à tous : Quand un malade échauffé par la
fièvre demande à boire, vous étanchez sa soif sans dis-
serter sur l'eau ni sa composition ; quand il manque d'air
ou d'aliments, vous pourvoyez à ses besoins, et, s'il manque
de vie, vous avez en vous un trésor que vous pouvez
épancher sur lui. Tant que vous n'agirez qu'en vue de lui
rendre un bien suprême, la santé, vous n'avez rien à
craindre, la nature vous suivra, car vous êtes dans sa loi ;
ce que vous ferez sera bien, quoique ne s'expliquant point
à votre esprit. C'est le magnétisme des Puységur et des
Deleuse, qui ne voyaient point les difficultés de cet art,
animés qu'ils étaient de l'amour de l'humanité. Ce qui est
complexe ne se découvre qu'en soulevant le voile qui
couvre les vérités. On distingue alors le mélange qui
existe dans une chose que l'on croyait simple, et combien
la nature a rendu difficile la connaissance parfaite des
agents qu'elle emploie. Mais si, quittant cette voie, vous
voulez entrer dans le vaste champ de l'expérimentation et
RÉSUMÉ. 519
surmonter de grandes difficultés, mon ouvrage alors vous
deviendra nécessaire, car les règles qu'il enseigne sont
utiles à connaître et se trouveront justifiées.
Nous avons souvent dit les motifs qui empêchaient les
savants d'étudier l'agent nouveau afin de le faire rentrer
dans le programme des études générales. Ces motifs sont
de ce siècle et tout à fait contraires aux sentiments des
savants du passé qui aimaient à éclairer de leur intelligence
tout ce que la nature renferme d'occulte. Ce qui nous fait
craindre que le magnétisme n'accomplisse point tout le
bien que ses propriétés promettent, c'est qu'il demande
deux sortes de vertus : l'amour du prochain et le dévoue-
ment. Si nous en jugeons par ce qui nous est connu d'un
relâchement sensible dans les liens sociaux, le magnétisme
ne trouvera pas au foyer domestique de nombreux instru-
ments d'application. Quand nous n'aimons point les êtres
souffrants qui nous environnent et que nous entendons
avec indifférence le cri de leur douleur, nous sommes peu
disposés à les soulager par le magnétisme, qui est tout sym.
patique. L'argent se trouve pour salarier le médecin,
mais l'homme plein de vie n'aura point de forces s'il s'agit
pour lui d'en enrichir sa compagne . -
Cela m'en-
« ...
nuie, qu'elle se fasse traiter comme elle voudra , je n'ai
pas le temps de m'occuper de ces choses ! » Et il colorera
son refus de cent motifs différents qui viendront tous du
peu de solidité des liens qu'il a formés ; ces liens, trop
souvent formés par intérêt et sans amour, n'enchaînent
point les cœurs, et, pour que le magnétisme exerce toute
520 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
sa puissance curative, il faut que le cœur y consente. Ce
sont donc des tiers qu'on enverra chercher pour apaiser
les douleurs et guérir ceux que la science abandonne.
Qu'attendre des magnétiseurs, dans ce cas, à moins que
ceux-ci ne se considèrent comme exerçant une sorte de
sacerdoce et ne soient tous des gens d'élite ? Ils applique-
ront machinalement des procédés qui exigent des senti-
ments élevés et, comme nous l'avons dit, l'amour du pro-
chain; ils demandent en outre un effort sérieux et une
tension de l'esprit à la fin fatigante. Faites des passes
tant que vous voudrez, dirons-nous aux magnétiseurs, si
elles ne sont point accompagnées d'émission fluidique, le
fait que vous cherchez ne viendra point. Dans certains
cas, pour guérir un malade, il ne faut qu'un moment ; mais
cet instant, il faut le faire venir par un appel de toutes
les forces. Toutes les magnétisations, même bien dirigées,
n'ont point la même efficacité, le magnétiseur et le malade
en ont bien la conscience ; voilà pourquoi on doit s'aban-
donner sans réserve , être tout entier à ce que l'on cherche
à obtenir; ce n'est qu'à ce prix qu'on produit un chef-
d'œuvre, car c'en est un vraiment que d'arrêter la décom-
position des matériaux qui composent un être humain
lorsque la nature elle-même avait résolu la destruction de
l'être. On comprend dès lors tout ce que la profession
magnétique exige, tout ce qui devrait se trouver au foyer,
la charité, l'amour , qui seul détermine en nous l'exal-
tation , ce feu nécessaire qui chauffe sans brûler et qui,
lançant au dehors de nous les jets pénétrants de son
RÉSUMÉ. 521
principe , surpassent les effets de la foi. Je dis ce que
je crois vrai et fondé dans tous ses points, ce qui m'a valu
déjà des objections sur ma manière de voir, car on m'ac-
cuse de ne point écrire scientifiquement, enfin de n'être
pas savant, comme si on pouvait l'être en magnétisme au-
jourd'hui, comme si la science se faisait tout à coup et
qu'un homme seul dût la créer. J'avoue sans honte ma
faiblesse , mais en accusant à mon tour mes adversaires
de ne pas connaître le magnétisme ou de ne l'avoir exercé
qu'en amateur, sans comprendre la valeur de l'agent em-
ployé et sans avoir reconnu la difficulté qu'il y a d'écrire
quand on n'a pas des mots à son service ou tout au moins
des faits déjà consacrés ayant de l'analogie avec ceux que
l'on veut peindre; mais je dois déclarer que j'ai peu de
souci des opinions diverses formulées sur mes écrits. On
me rendra justice un jour. Qu'on fasse mieux que moi,
c'est mon seul désir, on ne me verra point jaloux. J'avoue
que, parfois , j'ai souffert en apercevant la maladresse de
certains opérateurs, l'inanité ou la fausseté de leur raison-
nement ; dans ces moments il me prenait l'envie d'opérer
moi-même, mais c'eût été le rôle d'un Don Quichotte, et
je ne me permettais d'intervenir qu'en pensée.
Je viens, en quelques lignes, d'exprimer mon sentiment
sur ce qui m'a paru une incontestable vérité pratique. Qui
me comprendra bien, qui s'initiera complétement à son
point de départ, s'il a une longue carrière, fera faire
un grand pas au magnétisme. Ce que j'ai pu acquérir je
le dois à moi-même, je ne l'ai point puisé dans les ou
522 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
vrages d'autrui ; je l'aurais d'ailleurs cherché vainement.
Aimez- vous les uns les autres ; faites aux autres ce que
vous voudriez que l'on vous fit. La science, la politique,
pas plus que la médecine, n'ont point, à la rigueur, besoin
de ces formules ; mais l'humanité ne saurait trop en com-
prendre la portée. Elles indiquent qu'il est des choses es-
sentielles au bonheur des hommes et à leur santé, et que la
vie s'entretient et se prolonge lorsque nous sommes en-
tourés d'êtres rayonnants; leur désir et leur pensée échauf-
fent à notre insu notre cœur, et nous nous soutenons
tous contre les agents destructeurs qui nous menacent
sans cesse . C'est ce que le magnétisme dévoile aux yeux
pénétrants et ce qui nous lie d'ailleurs à ceux qui ne sont
plus de ce monde.
Le magnétisme est plein de merveilleux; il est la seule
route qui permette de toucher aux choses surnaturelles , de
les apercevoir ou plutôt de les sentir. Lorsqu'en ce mo-
ment presque tous les écrivains, récapitulant les connais-
sances humaines, concluent contre l'existence du pouvoir
de l'âme en dehors de la matière, et ne voient rien au delà
de l'action des sens, le magnétisme est là pour troubler
leur entendement et faire revivre la vérité qu'ils semblent
vouloir étouffer. Ce n'est point le premier exemple que
nous offre l'histoire, et ce qu'on a pris aujourd'hui et jadis
pour le triomphe de la raison n'est au contraire que la
marque la plus manifeste de l'usure des facultés de l'es-
prit, une dégradation morale qui place sur la même ligne
le crime et la vertu, et replonge, par conséquent, l'huma-
RÉSUMÉ. 523
nité dans l'abjection. Ah ! si les dindons et les oisons pou-
vaient, s'arrachant une plume de leurs ailes, la tailler et
écrire sur la nature, ils diraient de même : -
Nous ne
voyons rien au delà de la mare où nous barbottons, du
pré où nous pâturons; boire, manger, dormir et repro-
duire, c'est là tout ce que nous concevons : il n'y a rien
au delà . Et si, dans leurs écrits, se trouvait cette sorte
d'éloquence bavarde qui consiste en phrases sans idées, ce
qu'on rencontre enfin dans des ouvrages qui sont sous nos
yeux, et qui ont mérité les faveurs de l'Institut, les oisons
et les dindons y auraient des titres, car leur mérite serait
égal. Mais c'est en vain qu'on prétend détruire l'immorta-
lité et les destinées de l'âme humaine ; c'est en vain qu'on
cherche à prouver que notre raison suffit pour expliquer
les mystères de la création, et qu'au delà des sens il n'y a
rien pour la science ; car il se trouvera toujours, pour dé-
mentir ces assertions, les aspirations de l'âme humaine, le
sentiment du juste et de l'injuste, les phénomènes du ma-
gnétisme , du somnambulisme et de l'extase , les faits
inouïs de la magie feront toujours une opposition victo-
rieuse à une si mesquine philosophie. Il restera toujours
ce principe de l'existence des êtres qui agit en dehors de
notre raison et qui ne cesse de contrarier celle-ci en en
brisant les jugements. Il restera ce que Dieu a fait pour
rappeler les hommes aux principes de la sagesse, à l'étude
de cette lumière pure qui est en nous, lumière dont nous
pouvons bien altérer pour un temps la clarté, mais qui ne
cesse de nous avertir qu'étant supérieurs à tout ce qui vit et
524 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
respire , nos destinées sont aussi placées plus haut. Il me suf-
fit de savoir que le hasard n'a point présidé à la formation
des mondes, et qu'en moi se trouve un sens qui n'a rien
de matériel et qui me fait apercevoir plein de vie ce que
l'on croyait mort, une puissance qui domine la matière et
le destin, pour croire au surnaturel et à un enchaînement
inouï propre à transporter l'esprit du sage dans l'ordre
miraculeux. Je pardonne de grand cœur à tous ces écri-
vains, car ils n'ont vu que ce qu'ils cherchaient et ne se
sont jamais approchés de ce qui pouvait déterminer en eux
d'autres idées et d'autres principes . Mais s'il arrivait qu'un
génie d'une autre trempe se révélât de nos jours, il y a
assez de faits inscrits pour que, s'en emparant, il change
bientôt ce courant des esprits qui les porte à ne voir
qu'une partie des choses ; iljetterait les fondements de la
science morale sans laquelle tout n'est plus qu'abjection.
J'ai assez fait pour inciter les hommes ; j'ai , par mes co-
lères , assez cherché à les animer contre l'enseignement
des écoles en leur montrant qu'il ne pouvait rien pour le
bonheur de l'homme.
CONCLUSION
-
L'AUTORITÉ ET LA SCIENCE ,
< Croire à notre pensée, croire que ce
qui est vrai pour nous, dans notre propre
cœur, est vrai pour tous les autres hom-
mes , cela est le génie. Exprimez votre
conviction intime et elle se découvrira
être le sens universel . >>
L'autorité ! Ceux qui en sont dépositaires doivent être
les représentants de la justice et de la vérité. Tromper
l'autorité , c'est forfaire, c'est un crime même, puisque
c'est empêcher le bien de se faire et perpétuer le mal.
L'autorité, avant de se prononcer, procède par voie d'en-
quête occulte ou avouée ; elle redoute un jugement inique,
car sa force est dans la justice. Lorsqu'il s'agit de décou-
vertes scientifiques ou médicales, elle en réfère aux Acadé-
mies, et c'est ici que l'autorité se trompe : la science ,
aujourd'hui , n'est qu'industrie , les compagnies savantes
agissent comme les compagnies industrielles ; tout ce qui
peut les troubler est écarté , tout ce qui dérange leurs
combinaisons ou leurs calculs ne vaut rien; les renseigne-
ments qu'on leur demande, les jugements qu'elles portent,
doivent se ressentir de leurs préoccupations intéressées.
Le magnétisme et l'homœopathie, pour ne citer que deux
découvertes, sont les preuves les plus évidentes de ses
jugements partiaux. Nous avons publié, dans notre COURS
526 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE .
DE MAGNÉTISME EN DOUZE LEÇONS, des documents authenti-
ques qui peuvent édifier le lecteur sur la conduite des
Académies à notre égard ; l'homœopathie, cette autre vé-
rité, n'a pas été mieux traitée : lisez plutôt cette pièce :
« En 1835, le Ministre de l'Instruction publique ayant
consulté l'Académie de médecine sur la convenance d'éta
blir des dispensaires homœopatiques, l'Académie lui ré-
pondit par la lettre suivante, dont la rédaction fut adoptée
à l'unanimité, moins deux voix :
• Monsieur le Ministre, l'homœopathie, qui se présente
àvous en ce moment comme une nouveauté, et qui vou-
drait en revêtir les prestiges, n'est point du tout chose nou-
velle, ni pour la science ni pour l'art. Depuis plus de vingt-
cinq ans, elle erre çà et là, d'abord en Allemagne, ensuite
en Prusse, plus tard en Italie, aujourd'hui en France,
cherchant partout, et partout en vain, à s'introduire dans
la médecine. L'Académie en a été plusieurs fois et même
assez longuement entretenue. De plus, il est à peine quel-
ques-uns de ses membres qui n'aient pris à devoir plus
ou moins sérieux d'en approfondir les bases, la marche,
les procédés, les effets.
» Chez nous, comme ailleurs, l'homœopathie a été sou-
mise en premier lieu aux rigoureuses méthodes de la
logique, et, tout d'abord, la logique a signalé dans ce sys-
tème une foule de ces oppositions formelles avec les vérités
les mieux établies, un grand nombre de ces contradictions
choquantes , beaucoup de ces absurdités palpables qui
CONCLUSION 527
ruinent inévitablement tous les faux systèmes aux yeux
des hommes éclairés, mais qui ne sont pas toujours un
obstacle suffisant à la crédulité de la multitude.
➤ Chez nous, comme ailleurs , l'homœopathie a subi
aussi l'épreuve des faits ; elle a passé au creuset de l'expé-
rience, et chez nous, comme ailleurs, l'observation, fidè-
lement interrogée, a fourni les réponses les plus catégo-
riques, les plus sévères ; car si l'on préconise quelques
exemples de guérison pendant les traitements homœopa.
thiques, on sait de reste que les préoccupations d'une
imagination facile, d'une part, et, d'autre part, les forces
médicatrices de l'organisme en revendiquent à juste titre
le succès . Par contre, l'observation a constaté les dangers
mortels de pareils procédés, dans les cas fréquents et
graves de notre art , où le médecin peut faire autant de
mal et causer non moins de dommage en n'agissant point
du tout qu'en agissant à contre-sens .
► La raison et l'expérience sont donc réunies pour
repousser de toutes les forces de l'intelligence un pareil
système, et pour donner le conseil de le livrer à lui-même,
de le laisser à ses propres moyens.
> C'est dans l'intérêt de la vérité, c'est aussi pour leur
propre avantage que les systèmes, en fait de médecine
surtout, ne veulent être ni attaqués, ni défendus, ni persé-
cutés, ni protégés par le pouvoir. Une saine logique en
est la plus sûre expertise; leurs juges naturels, ce sont les
faits ; leur infaillible pierre de touche, c'est l'expérience.
Force est donc de les abandonner à la libre action du
528 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
temps. Arbitre souverain de ces matières, seul il fait justice
des saines théories, seul il asseoit avec stabilité dans la
science les vérités qui doivent en constituer le domaine.
» Ajoutons que la prévoyance, qui est aussi la sagesse
de toute administration publique, commande impérieuse-
ment une semblable détermination .
» Chacun connaît assez, de nos jours, l'empire des pré-
cédents ; essayons d'en prévoir et d'en calculer les suites
dans l'espèce. - Après les dispensaires pour l'homœopatie,
on en demandera pour le magnétisme animal, pour le
brownisme, et ainsi pour toutes les conceptions de l'esprit
humain. L'administration appréciera, comme nous, les
conséquences d'une pareille conduite.
» Par ces considérations et par ces motifs, l'Académie
estime que le gouvernement doit refuser de faire droit à la
demande qui lui est adressée en faveur de l'homœo-
pathie.>>>
Si l'autorité, pour l'établissement des voies ferrées, eût
consulté les maîtres de poste ou les cochers des petites voi-
tures connues sous le nom de coucous , l'autorité eût obtenu
une réponse dans le genre de celle que nous venons de
transcrire. - Cette invention ne vaut rien, on se cassera le
cou... Pourquoi abandonner le certain pour l'incertain ?...
Nous sommes de bons juges, etc.... eût-on dit au pouvoir ;
et le pouvoir, trompé, aurait distribué des croix aux hypo-
crites dont les inventions nouvelles gênaient les calculs.
Ce qui donne une base à l'autorité, c'est la sagesse de
CONCLUSION 529
ses décisions ; ce qui lui donne la durée, c'est la pré-
voyance. L'autorité, pour ces deux motifs, ne peut main-
tenir des priviléges à certains corps qu'en raison de leur
utilité ; or, que dire de la médecine qui puisse mieux éclai-
rer le pouvoir que ce qu'en disait Bichat : - << Elle n'a
» pas eu de systèmes généraux ; mais cette science (il parle
» de la matière médicale) a été tour à tour influencée par
» ceux qui ont dominé en médecine : chacun a reflué sur
» elle , si je puis m'exprimer ainsi. De là, le vague, l'in-
» certitude qu'elle nous présente aujourd'hui. Incohérent
> assemblage d'opinions elles-mêmes incohérentes , elle
» est peut-être de toutes les sciences physiologiques celle
> où se peignent le mieux les travers de l'esprit humain.
» Que dis-je ? ce n'est point une science pour un esprit
» méthodique, c'est un assemblage informe d'idées inexac-
» tes , d'observations souvent puériles . de moyens illu-
» soires, de formules aussi bizarrement conçues que fasti-
> dieusement assemblées. »
On conçoit que ceux qui vivent de cette science men-
songère rejettent opiniâtrément les vérités qui pourraient
jeter quelques lumières au milieu des ténèbres de la mé-
decine : c'est à l'autorité qu'il appartient de détruire ces
obstacles, si elle ne veut être accusée de ne protéger que
les vieilles erreurs et de ne tenir aucun compte de ce qui
peut augmenter la somme des connaissances humaines.
Un gouvernement, quel qu'il soit, doit conserver à la
France son caractère de nation initiatrice, et, lorsque les
savants refusent de prêter leur concours à une œuvre si
34
530 THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
sage, il faut que l'autorité, d'elle-même,protége, encourage
les hommes qui ont découvert des vérités utiles qui ou-
vrent de nouvelles voies à l'intelligence. Sans doute l'au-
torité doit y regarder de près ; mais, lorsqu'un fait se
produit, avec le même caractère, en tous lieux, par des
hommesdifférents,queplus de cinqcents volumes attestent,
constatent ce que la science officielle rejette ; lorsque les
hommes les plus honorables affirment ou ont affirmé la
vérité ainsi proscrite; lorsque, du reste,le moindre exa-
men la démontre surabondamment , l'autorité n'a plus à
craindre de faire fausse route. Elle doit seulement se de-
mander si la vérité est utile, si elle peut faire quelque bien
et, dans ce cas, toutes les mesures de l'autorité sont ap-
prouvées ; on bénit ses actes, car on voit qu'elle a souci
de tout ce qui peut améliorer la condition humaine.
Un autre motif qui mérite considération, c'est que le
magnétisme n'est pas seulement précieux pour la théra-
peutique ; son étude conduit à la découverte de plusieurs
autres vérités importantes, et, sous ce double rapport, un
pouvoir qui aime les sciences doit favoriser son essor, et
il le peut en créant une CHAIRE D'ENSEIGNEMENT.
FIN DE LA THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION.
Vues générales sur l'importance physiologique, philosophique et
sociale du magnétisme et du spiritualisme ; leur progrès et leur
prochain avénement malgré l'insouciance ou l'indifférence sys-
matique des savants 1
BUT DE L'AUTEUR Tout en consacrant presque exclusivement
sa publication au traitement des maladies par le magnétisme,
il croit devoir dire aussi en quelques mots sa pensée sur le
spiritualisme , 18
PREMIÈRE PARTIE.
LA FORCE MAGNÉTIQUE .
ÉPIGRAPHE . 25
Analogie de la controverse qui existe entre les magnétistes, sur
l'hypothèse du fluide magnétique, avec celle qui existe chez
les savants sur l'hypothèse d'un fluide nerveux. id
.
Ce que c'est que la FORCE magnétique. Preuves de son existence. 31
Propriétés du magnétisme humain. 32
Expérimentation . 49
Phénomènes physiologiques produits par l'action magnétique sur
toutes sortes d'êtres. 50
532 TABLE DES MATIÈRES.
PREMIÈRE SÉRIE DE FAITS .
Procédés magnétiques . 54
Sommeil magnétique. 67
DEUXIÈME SÉRIE DE FAITS .
Somnambulisme. Le beau côté de la médaille. 72
Le revers de la médaille . 86
Des qualités et aptitudes d'un magnétiseur. . 93
99
Ce qu'il doit être, ce qu'il doit observer.
LES MALADIES 106
DES CAUSES DES MALADIES 109
LA DOULEUR 112
117
Toutes les guérisons doivent pouvoir s'expliquer
ALCHIMIE MAGNÉTIQUE.
Exposition générale du rôle varié du magnétisme dans le trai-
tement des maladies . 129
139
Ce que doit connaître un magnétiseur de profession.
ACTION INCONSCIENTE DU MAGNÉTISÉ SUR LE MAGNÉTISEUR . 143
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE . 149
DEUXIÈME PARTIE .
THÉRAPEUTIQUE .
DES FIÈVRES EN GÉNÉRAL. 179
Traitement . 191
NÉVROSES.
DES AFFECTIONS NERVEUSES . 194
ÉPILEPSIE (haut-mal, mal caduc). 199
Traitement ... 205
HYSTÉRIE. 210
Caractères différentiels de l'hystérie et de l'épilepsie 213
SOMNAMBULISME NATUREL . 214
EXTASE . 216
Traitement du somnambulisme naturel et de l'extase 221
Caractères différentiels de l'extase et de la catalepsie. . 227
TABLE DES MATIÈRES. 533
CATALEPSIE .
Caractères généraux . 228
Traitement. 229
LÉTHARGIE .
Caractères généraux. . 230
Observations . id.
Traitement . 233
TÉTANOS .
Caractères généraux ...... 234
Traitement . 236
PARALYSIE.
Caractères 238
Traitement . 239
APOPLEXIE NERVEUSE .
Caractères 241
Traitement 242
CHORÉE . - TREMBLEMENTS. -CONVULSIONS .
Caractères généraux de ces diverses affections 243
Observations . 244
Traitement de la chorée et des tremblements 245
-
des convulsions 247
NÉVRALGIES.
NEVRALGIES (TIC DOULOUREUX , ETC. ) , NÉVRITE , MIGRAINE , CLOU
HYSTÉRIQUE.
Caractères de ces diverses affections . 249
Observations et faits . .. 251
Traitement 254
ALIÉNATION MENTALE .
Caractères 259
Observations . id.
Traitement. 260
534 TABLE DES MATIÈRES.
DÉLIRE, DELIRIUM TREMENS (FOLIE DES IVROGNES).
Caractères 262
Observations id.
Traitement. Cas de guérison . 263
HYPOCONDRIE, ILLUSIONS, HALLUCINATIONS.
Caractères de ces affections 265
Observations 266
Traitement de l'hypocondrie. 273
des illusions et des hallucinations . 274
ASTHÉNIE .
Caractères ...... 276
Traitement id.
AFFECTIONS DE L'ABDOMEN .
Leur importance. Puissance du magnétisme contre ces affections. 278
Traitement général . ... 283
DIARRHÉE, DYSSENTERIE , COLIQUES, FLUX DE SANG.
Traitement spécial . 285
AMÉNORRIIÉE (OU SUPPRESSION DES MENSTRUES) ,
DYSMENORRHÉE .
Traitement 288
AFFECTIONS DES VOIES URINAIRES .
NÉPHRITE ; CYSTITE , DIABÈTE, CALCULS .
Caractères de ces diverses affections . 288
Observations 291
Traitement de la néphrite. 293
de la cystite. . 294
du diabète id.
des calculs . 295
HERNIES .
Traitement .. 296
RÉFLEXIONS GÉNÉRALES SUR LES MALADIES PRÉCÉDENTES . 297
TABLE DES MATIÈRES. 535
ANASARQUE , HYDROPISIES .
Traitement 299
AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX .
SPERMATORRHEE; MÉTRITE AIGUE, PUERPÉRALE , CHRONIQUE, ULCÉ-
REUSE ; LEUCORRHÉE ; OVARITE , KYSTES DES OVAIRES, ETC.
Caractères généraux de ces affections . 302
Observations et faits de guérison : 305
Traitement général . 311
AFFECTIONS DU PANCRÉAS, DU FOIE ET DE LA RATE.
PANCRÉATITE ; HEPATITE , ICTÈRE , CALCULS DU FOIE ; HYPERTROPHIE
DE LA RATE , ETC.
Caractères 312
Observations . 315
317
Traitement de la pancréatite.
de l'hépatite et de l'ictère . id.
des calculs du foie , id.
de l'hypertrophie de la rate. 318
AFFECTIONS DES VOIES DIGESTIVES .
DYSPEPSIE (BOULIMIE, POLYDEPSIE) ; GASTRALGIE , GASTRORRHÉE ,
GASTRITE , TYMPANITE .
Caractères de ces diverses affections . 318
Observations . 321
Traitement général . 325
AFFECTIONS DE L'ESOPHAGE , DU VOILE DU PALAIS , DE LA
LANGUE , DE LA BOUCHE , DES GLANDES SALIVAIRES.
CESOPHAGITE , OESOPHAGISME ; ANGINES ; GLOSSITE ; STOMATITES ,
PAROTIDITE .
Caractères de ces diverses affections 329
Observations 333
Traitement général 336
536 TABLE DES MATIÈRES .
AFFECTIONS DE LA PLÈVRE.
PLEURÉSIE , HYDROTHORAX, PNEUMOTHORAX.
Caractères généraux . 338
Observations . .. 340
Traitement de ces diverses maladies 342
AFFECTIONS DU POUMON .
PNEUMONIE (FLUXION DE POITRINE), EMPHYSÈME PULMONAIRE,
PHTHISIE PULMONAIRE , ASTHME .
Caractères de ces affections 344
Observations . 348
Traitement général 353
AFFECTIONS DES BRONCHES , DE LA TRACHÉE ARTÈRE ET
DU LARYNX.
BRONCHITE , COQUELUCHE , LARYNGITE, OEDÈME DE LA GLOTTE , CROUP.
Caractères de ces affections 356
Traitement général . 358
AFFECTIONS DU CŒUR ET DE SES DÉPENDANCES.
ANGINE DE POITRINE, PÉRICARDITE , ENDOCARDITE , CARDITE, PALPI-
TATIONS , HYPERTROPHIE DU COEUR , ANÉVRISMES DU COEUR ET DE
L'AORTE.
Caractères de ces diverses affections . 361
Observations . 362
Traitement général. 364
MAUX DE DENTS .
Traitement . 365
AFFECTIONS DU NEZ .
Traitement. 366
TABLE DES MATIÈRES. 537
AFFECTIONS DES YEUX .
BLÉPHARITE, CONJONCTIVITE, AMAUROSE, ETC 367
Traitement général . 370
AFFECTIONS DE L'OREILLE .
OTITE , OTORRHÉE, OTALGIE , SURDITÉ . 371
Traitement général . 372
AFFECTIONS DU CERVEAU , DU CERVELET ET DE.LA
MOELLE ÉPINIÈRE.
CONGESTION (COUP DE SANG) , OŒDÈME DU CERVEAU (CONGESTION SÉ-
REUSE) , ENCEPHALITE (CÉRÉBRITE, CÉRÉBELLITE), MENINGITE , MYÉ-
LITE , HYPERTROPHIE DU CERVEAU , RAMOLLISSEMENT OU INDURATION
GÉNÉRALE OU PARTIELLE , KYSTES , TUBERCULES, CANCERS, HÉMOR-
RAGIES , ETC.
Caractères généraux . , 374
Observations . .... 377
Traitement général . ,
379
RHUMATISME ET GOUTTE .
RHUMATISME MUSCULAIRE , ARTICULAIRE , TORTICOLIS , LUMBAGOS ,
PLEURODYNIE , RHUMATISMES INTERNES, GOUTTE.
Caractères 380
Observations générales sur les maladies aiguës et les maladies
chroniques, et la différence de leur traitement. 381
Traitement . 384
ALTÉRATION DU SANG ET DE LA LYMPHE.
PLÉTHORE, ANÉMIE , CHLOROSE, SCORBUT, ANGIOLEUCITE, ADENITE ,
SCROFULES .
Observations générales et caractères de ces diverses affections . 386
Traitement de l'angioleucite, de l'adénite et des scrofules. 392
de la pléthore 396
de l'anémie et de la chlorose 398
538 TABLE DES MATIÈRES.
AFFECTIONS DE LA PEAU .
PETITE VÉROLE, VARIOLE, ROUGEOLE , SCARLATINE , ÉRYSIPÈLE,
LÈPRE, ÉLÉPHANTIASIS, APPENDICES CORNÉS , ETC.. . 399
Traitement général. 403
CANCERS .
Considérations et faits à l'appui. 406
Traitement . 410
ÉPIDÉMIES .
PESTE, FIÈVRE JAUNE, CHOLERA, CHOLÉRINE, ETC. 411
MAUX ACCIDENTELS.
ENTORSES , HEMORRHAGIES, BRULURES, PIQURES , CHARBON, MORSURES,
CONTUSIONS , BLESSURES , FRACTURES , GROSSESSE , ACCOUCHEMENTS ,
FIÈVRES PUERPÉRALES .
Considérations générales, faitset traitement. ........ 413
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES HEUREUSES OU DÉFAVO-
RABLES . 422
DURÉE DES SÉANCES MAGNÉTIQUES 429
432
Traitement en commun de plusieurs malades .
AUTOMAGNÉTISATION . 435
DURÉE DES TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES. 437
PRATIQUE MAGNÉTIQUE . ,
447
Exposition rapide des bizarreries et des divers phénomènes ma-
gnétiques que l'on constate dans l'expérimentation, dans les trai-
tements et dans la vie commune. id.
RÉFLEXIONS . 459
Parallèle établi entre les œuvres de la Foi et celle de la Science.
De la supériorité des unes sur les autres. Fait curieux et authen-
tique d'un Indien qui fait le métier de se laisser enterrer pen-
dant neuf mois. Réflexions sur la mort apparente et la mort
réelle. id.
TABLE DES MATIÈRES . 539
TROISIÈME PARTIE.
DU SPIRITUALISME .
Qu'est-ce que c'est que l'âme? Qu'est-ce que c'est que l'idée ?
Puissance réalisatrice de cette dernière en nous et hors de nous ,
malgré les obstacles qu'elle rencontre. 473
Difficultés pour l'écrivain de bien exprimer la variété, la richesse
et la puissance de ses manifestations. 480
De notre ignorance excessive sur l'agent mystérieux qui préside
à la vie , à nos actes , aux rapports des êtres entre eux , et des
éléments de trouble qu'il peut apporter à notre esprit aussi
bien qu'il les introduit dans notre corps. 482
De la réserve qu'il faut garder dans l'étude des phénomènes spi-
ritualistes . 491
De l'existence des Esprits et de la possibilité de communiquer
avec eux. • 495
Fait à l'appui. 497
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES .
De la disposition d'esprit qui assure de la sincérité des commu-
nications spiritualistes . • 500
Ces communications ne sauraient être mises en doute, l'histoire
les montre à l'origine de toutes les religions. 507
RÉSUMÉ . 515
Conclusion. L'autorité et la science. 525
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES
Paris. Imprimerie A. WITTERSHEIM, rue Montmorency, 8.
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