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Réflexions sur la Révolution Sankariste

Le document relate une réunion du Comité Central du C.N.R. où des décisions controversées concernant l'enseignement supérieur ont été prises sans consultation préalable. L'auteur exprime son inquiétude face à la dérive de la révolution et critique le Secrétaire Général National des C.D.R. pour ses actions jugées bureaucratiques. Il évoque également l'héritage de Thomas Sankara et les conséquences de son assassinat sur la lutte pour la liberté et la justice au Burkina Faso.

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Réflexions sur la Révolution Sankariste

Le document relate une réunion du Comité Central du C.N.R. où des décisions controversées concernant l'enseignement supérieur ont été prises sans consultation préalable. L'auteur exprime son inquiétude face à la dérive de la révolution et critique le Secrétaire Général National des C.D.R. pour ses actions jugées bureaucratiques. Il évoque également l'héritage de Thomas Sankara et les conséquences de son assassinat sur la lutte pour la liberté et la justice au Burkina Faso.

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Je me suis rendu à la réunion du Comité Central du C.N.R.

ce jourlà, après

Une journée chargée, occupé que j’étais par l’étude des dossiers de mon
nouveau

Ministère, sans avoir entendu le communiqué de dissolution de ces deux

Structures, qui fut diffusé à la radio. Le Président du C.N.R. s’était envolé


pour

Hararé, avant même que la liste des membres du gouvernement ne soit


rendue

Publique. Blaise Compaoré qui devait présider cette réunion avait préféré
se

Retirer à Pô. Il était conscient que l’acte qu’il avait fomenté avec Pierre

Ouédraogo, Secrétaire Général National des C.D.R., allait nécessairement

Entraîner des «secousses». Il avait même misé là-dessus ! Blaise


Compaoré et

Pierre Ouédraogo étaient unis par leur opposition commune à l’U.L.C.(R).

Le Commandant Lingani se vit donc confier la charge de diriger cette


réunion.

On inscrivit à l’ordre du jour le point sur la situation des structures

Révolutionnaires de l’Université ; arrivé à ce point, la parole fut donnée au


Secrétaire Général National des C.D.R. pour présenter la situation et
informer les

Membres du C.N.R. des décisions qui venaient d’être prises et diffusées.


J’étais

Sidéré. Mais tout le monde s’y attendait. Aussitôt, je levai la main pour
demander

La parole ; le Commandant Lingani craignant le pire, passa la parole à


quatre

Intervenants et se résolut à me l’accorder à défaut d’autres.

- J’estime, commençai-je, qu’il manque des mesures


d’accompagnement à ces

Décisions qui viennent d’être portées à notre connaissance par le


Secrétaire

Général National des C.D.R. II aurait fallu ajouter que, dorénavant, le


ministère

De l’Enseignement Supérieur relève de l’autorité du Secrétariat Général


National

Des C.D.R. Et d’un ! De deux : j’estime que ces décisions ont une incidence

Tellement grave, que le Secrétaire Général National des C.D.R. n’aurait pas
dû les
Prendre sans s’en référer au préalable au C.N.R. De trois : j’attire
l’attention de

Tout un chacun ici présent, que cette mesure vient s’inscrire dans le lot
des

Mesures bureaucratiques que le Secrétaire Général National des C.D.R. ne


cesse

D’initier au mépris même des principes du centralisme démocratique que


nous

Sommes sensés tous respecter. J’affirme que depuis un certain temps,


notre

Révolution est en train de dévier de son orientation initiale. Et le principal


artisan

De cette déviation est le Secrétaire Général National des C.D.R. (et je le

Désignai). Enfin, lorsque j’ai été sollicité par le Président du C.N.R. pour

Accepter le poste de Ministre de l’Enseignement Supérieur, j’ai tout de


suite

Marqué mon refus. J’ai fini par accepter, après maintes insistances, parce
que je

Pensais pouvoir bénéficier de l’appui de tous. Or je constate que l’on tire à


hue et1987.
Plus de deux années se sont écoulées depuis cette date fatidique et
beaucoup

De choses ont été dites ou écrites. Tout n’a pas été dit et tout ne sera peut
être

Jamais dit. Mais dès à présent, on peut affirmer sans craindre de se


tromper que

Thomas Sankara a su au cours de sa brève existence politique marquer les


esprits

De son temps. Il a inscrit son nom aux côtés de ceux, combien célèbres et

Combien rares, dont on a pu écrire :

«Ils ne meurent jamais. Ils sont comme des astres morts. Après leurs

Disparitions, leur lumière nous parvient encore pendant des siècles».(‘)

De tels grands hommes, on ne peut ternir l’auréole qui entoure leurs


noms. «La

Mort est le commencement de l’immortalité» a dit justement Robespierre.

C’est pour soulever un coin du voile opaque qu’on a tenté et que l’on tente
de

Jeter sur la stature de cet homme, que je me suis résolu à publier ce


présent
Témoignage. Qu’avec sa disparition, ne soient point oubliés l’oyuvre dont il
a été

Le principal artisan et le message d’espérance qu’il portait ! Qu’avec lui,


présent

Toujours dans nos esprits et dans nos cœurs, l’on associe le souvenir de
tous

Ceux, combien nombreux, tombés à ses côtés et dont le seul crime fut leur

Engagement dans la quête d’un idéal de liberté et d’humanité !

Se souvenant des morts, que l’on pense aussi aux vivants qui aujourd’hui

Encore, au Burkina Faso, souffrent de l’intolérance et de l’inquisition ; à qui


l’on

Nie les droits à la simple existence du fait de leur fidélité à la mémoire de

L’illustre disparu !

Il est un fait qu’aujourd’hui certaines consciences sont prêtes à excuser le

Forfait des dirigeants actuels du Burkina Faso devenus «légitimes» par le


fait

Même qu’ils gouvernent. Mais l’on ne peut blanchir ces mains tachées de
sang.

Si le président Thomas Sankara avait voulu véritablement se maintenir au


Pouvoir à ce prix, il l’aurait pu ; mais il a préféré le martyre. Par cet acte,
jusque

Dans sa mort, il aura laissé à la postérité la plus haute leçon de


vertu,L’ombre de Thomas Sankara menace encore ses assassins jetés
dans la

Confusion. Il les a même obligés à devenir ses exécuteurs testamentaires :


il a

Vécu dans l’amour et la défense des pauvres et ils lui ont fait – malgré
eux ! –

L’honneur de l’enterrer au milieu des siens, dans ce cimetière où les


tombes sont

Anonymes et où reposent une multitude d’humbles gens…

Thomas Sankara a pris conscience le premier, des travers de la révolution.


Il a

Préconisé sa «rectification». Ses assassins, pour justifier leur forfait, se


sont

Proclamés «rectificateurs» de la révolution.

Je me suis étendu dans cet essai sur la situation de crise qui s’est dénouée
avec

La tragédie du 15 Octobre 1987 et dont j’éclaire les ressorts. A travers les


Tentatives d’explications des hérauts du Front dit Populaire(2>, j’ai
également

Souligné comment la volonté de puissance s’est muée d’un coup en


volonté d’être.

L’interprétation de l’histoire est évidemment mienne, et je l’ai faite en


toute

Bonne foi.

«Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n’a plus qu’à se dérouler
tout

Seul. C’est cela qui est commode avec la tragédie. On donne le petit coup
de

Pouce pour que cela démarre. Rien (…), une envie d’honneur un beau
matin, au

Réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop


qu’on se

Pose un soir… C’est tout. (…) La mort, la trahison, le désespoir sont là,
tout prêts,

Et les éclats, et les orages, et les silences : le silence quand le bras du


bourreau se

Lève à la fin (…), le silence quand les cris de la foule éclatent autour du
vainqueur
(…), et le vainqueur déjà vaincu, seul au milieu de son silence (…).

C’est propre la tragédie. C’est reposant c’est sûr…

Dans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants acharnés, cette
innocence

Persécutée, ces vainqueurs, ces terre-neuve, ces lueurs d’espoir, cela


devient

Epouvantable de mourir comme un accident. On aurait peut-être pu se


sauver,Il se contenta de sourire.

Sur ce, je sortis de son bureau à reculons tout en parlant :

- De toute façon, ce sont là des questions militaires et je ne peux


prétendre en

Savoir plus que toi. Je te fais par conséquent confiance.

Il affichait un calme extraordinaire, un calme que jamais auparavant je ne


lui

Avais connu. C’était au mois de Septembre 1987.

Je me rappelle aussi, que lors de nos multiples entretiens durant cette


période

Où je lui tenais souvent compagnie, à midi à table, ou tard dans la nuit


dans sa
Salle de travail, il tint les propos suivants :

- Je ne pense pas que Blaise veuille attenter à ma vie. Le seul danger,


c’est que

Si lui-même se refuse à agir, l’impérialisme lui offrira le pouvoir sur un


plateau

D’argent en organisant mon assassinat…

Et un jour, échangeant des points de vue quant à l’opportunité de


neutraliser

Blaise Compaoré, puisqu’il était évident qu’il marchait à la conquête du


pouvoir,

Répondant ainsi à la sollicitation des puissances étrangères, le P.F. me


confia :

- Même s’il parvenait à m’assassiner, ce n’est pas grave ! Le fond du


problème

C’est qu’ils veulent «bouffer» et je les en empêche ! Mais je mourrai


tranquille :

Plus jamais, après ce que nous avons réussi à inscrire dans la conscience
de nos

Compatriotes, on ne pourra diriger notre peuple comme jadis !

Il venait ainsi de rejeter toute initiative dirigée contre Blaise Compaoré et


ses
Partisans. Comment aurait-il pu d’ailleurs justifier aux yeux du peuple, une

Quelconque arrestation de Blaise Compaoré, a fortiori son élimination


physique ?

Ne s’était-il pas toujours efforcé de prouver à l’opinion publique qu’aucun


nuage

N’entachait ses relations avec son compagnon de route ?

Tout cela je le savais, lorsque le matin du 15 Octobre, il envoya son


chauffeur

Me chercher à domicile, pour lui tenir compagnie dans sa résidence

Présidentielle.

Il était 8h environ, lorsque je pénétrai dans la pièce aménagée en salle de

Travail. Là, il aimait recevoir ses amis, collaborateurs et divers visiteurs

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