1987.
Plus de deux années se sont écoulées depuis cette date fatidique et
beaucoup
De choses ont été dites ou écrites. Tout n’a pas été dit et tout ne sera peut
être
Jamais dit. Mais dès à présent, on peut affirmer sans craindre de se
tromper que
Thomas Sankara a su au cours de sa brève existence politique marquer les
esprits
De son temps. Il a inscrit son nom aux côtés de ceux, combien célèbres et
Combien rares, dont on a pu écrire :
«Ils ne meurent jamais. Ils sont comme des astres morts. Après leurs
Disparitions, leur lumière nous parvient encore pendant des siècles».(‘)
De tels grands hommes, on ne peut ternir l’auréole qui entoure leurs
noms. «La
Mort est le commencement de l’immortalité» a dit justement Robespierre.
C’est pour soulever un coin du voile opaque qu’on a tenté et que l’on tente
de
Jeter sur la stature de cet homme, que je me suis résolu à publier ce
présent
Témoignage. Qu’avec sa disparition, ne soient point oubliés l’oyuvre dont il
a été
Le principal artisan et le message d’espérance qu’il portait ! Qu’avec lui,
présent
Toujours dans nos esprits et dans nos cœurs, l’on associe le souvenir de
tous
Ceux, combien nombreux, tombés à ses côtés et dont le seul crime fut leur
Engagement dans la quête d’un idéal de liberté et d’humanité !
Se souvenant des morts, que l’on pense aussi aux vivants qui aujourd’hui
Encore, au Burkina Faso, souffrent de l’intolérance et de l’inquisition ; à qui
l’on
Nie les droits à la simple existence du fait de leur fidélité à la mémoire de
L’illustre disparu !
Il est un fait qu’aujourd’hui certaines consciences sont prêtes à excuser le
Forfait des dirigeants actuels du Burkina Faso devenus «légitimes» par le
fait
Même qu’ils gouvernent. Mais l’on ne peut blanchir ces mains tachées de
sang.
Si le président Thomas Sankara avait voulu véritablement se maintenir au
Pouvoir à ce prix, il l’aurait pu ; mais il a préféré le martyre. Par cet acte,
jusque
Dans sa mort, il aura laissé à la postérité la plus haute leçon de
vertu,L’ombre de Thomas Sankara menace encore ses assassins jetés
dans la
Confusion. Il les a même obligés à devenir ses exécuteurs testamentaires :
il a
Vécu dans l’amour et la défense des pauvres et ils lui ont fait – malgré
eux ! –
L’honneur de l’enterrer au milieu des siens, dans ce cimetière où les
tombes sont
Anonymes et où reposent une multitude d’humbles gens…
Thomas Sankara a pris conscience le premier, des travers de la révolution.
Il a
Préconisé sa «rectification». Ses assassins, pour justifier leur forfait, se
sont
Proclamés «rectificateurs» de la révolution.
Je me suis étendu dans cet essai sur la situation de crise qui s’est dénouée
avec
La tragédie du 15 Octobre 1987 et dont j’éclaire les ressorts. A travers les
Tentatives d’explications des hérauts du Front dit Populaire(2>, j’ai
également
Souligné comment la volonté de puissance s’est muée d’un coup en
volonté d’être.
L’interprétation de l’histoire est évidemment mienne, et je l’ai faite en
toute
Bonne foi.
«Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n’a plus qu’à se dérouler
tout
Seul. C’est cela qui est commode avec la tragédie. On donne le petit coup
de
Pouce pour que cela démarre. Rien (…), une envie d’honneur un beau
matin, au
Réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop
qu’on se
Pose un soir… C’est tout. (…) La mort, la trahison, le désespoir sont là,
tout prêts,
Et les éclats, et les orages, et les silences : le silence quand le bras du
bourreau se
Lève à la fin (…), le silence quand les cris de la foule éclatent autour du
vainqueur
(…), et le vainqueur déjà vaincu, seul au milieu de son silence (…).
C’est propre la tragédie. C’est reposant c’est sûr…
Dans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants acharnés, cette
innocence
Persécutée, ces vainqueurs, ces terre-neuve, ces lueurs d’espoir, cela
devient
Epouvantable de mourir comme un accident. On aurait peut-être pu se
sauver,