Accroches
• Olivier Blanc, “Olympe Citoyenne”, L’Histoire : Il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour ne
pas reconnaître en Olympe de Gouges « un grand homme »
• Condorcet, Sur l’admission des femmes au droit de cité : Ce ne sont ni la force d’âme, ni le
courage d’esprit qui manquaient aux femmes.
• Sous la plume de Desmoulins ou de Robespierre apparaît progressivement le triptyque
qui deviendra la devise française : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Or, ce terme,
fraternité, exclut les femmes : c’est pourquoi, à l’époque contemporaine, les courants
féministes ont élaboré le concept de sororité, puis d’adelphité. On peut imaginer que
cette notion d’adelphité aurait déplu à Olympe de Gouges...
Contexte :
• Olympe de Gouges : née Marie Gouze, mariée à l’âge de 16 ans, veuve deux ans plus
tard → décide de rester veuve pour garder sa liberté et son indépendance. Elle est
exécutée en 1793.
• 1782 : Publication Zamore et Mirza
1789 : Rédaction DDHC
1791 : Publication DDFC
• Situation des femmes : toujours réduite à leur rôle pré-Révolution (tenir le foyer, élever
les enfants). Leurs écrits sont surtout considérés pour leurs caractéristiques esthétiques.
Structure :
1. Dédicace à la Reine : Olympe de Gouges rend hommage à la Reine, et demande le
soutien d’une femme puissante
2. Exhortation à l’Homme : Olympe de Gouges s’affirme face à l’Homme, et montre à
quel point le patriarcat est contre nature
3. Préambule : Olympe de Gouges réclame les droits des femmes et précise que le texte
est censé être lu à l’Assemblée législative
4. Déclaration : 17 articles réécris de la DDHC
5. Postambule : tableau de la situation des femmes, appel à la prise de conscience et à
l’action
6. Forme du contrat social de l’Homme et de la Femme : projet sociétal complet,
entendant lutter contre l’esclavage, la dépravation des mœurs…
Notions :
• Une réécriture de la DDHC : reprise de la structure (Préambule + 17 articles), des
formulations, du ton (phrases courtes, affirmatives avec présent de vérité générale)
• Une œuvre protéiforme : texte juridique (Déclaration des droits de la femme et de la
citoyenne, Forme du nouveau contrat social), pamphlétaire (Exhortation à l’Homme),
relative liberté dans la composition (ajout d’un post-scriptum, littéralement « après
l’écriture »
• Texte des Lumières : raisonnement inductif (accumulation de verbes à l’impératif
dans l’Exhortation à l’Homme), basé sur l’observation de la Nature, volonté
universaliste (« Être suprême »), reprise des termes des grands philosophes (Rousseau,
Du Contrat social), de leurs méthodes (ironie, comme dans Montesquieu, L’esprit des lois),
des combats (esclavage). Olympe de Gouges reprend leurs méthodes et les applique à
sa DDFC.
• Ton polémique : discours direct, questions rhétoriques, ironie, satire, caricature
jusqu’à l’insulte, vocabulaire familier
• Ton humoristique : jeu avec les clichés et les stéréotypes
• Texte éloquent : jeu sur le logos (démarche pédagogique du raisonnement), pour
provoquer l’agrément : sur le pathos (opposition des champs lexicaux de l’humanité et
de l’horreur), pour jouer sur l’intériorité de l’auditeur/lecteur, le persuader et le pousser
à agir ; maîtrise des règles de disposition classique (Postambule : exhortation → Femme,
réveille-toi ; narration → récit de la libération de l’Homme ; confirmation → question
rhétoriques pour montrer l’oubli de la femme ; réfutation → ironie avec le bon mot du
Législateur des noces de Cana et les Législateurs français ; péroraison → appel à l’action
en reprenant l’argument d’Étienne de la Boétie), articulation didactique avec une
structure question-réponse, proche de la maïeutique
• Écriture révolutionnaire : pas de recherche purement stylistique, refus des conventions
de bienséance qui cachent l’inégalité (« Madame » au lieu de « Votre Majesté » dans la
Dédicace à la Reine), parole foisonnante débridée ( jeu sur l’ethos en tant que femme
avec l’omniprésence du « je ») vocabulaire familier (cf. ton polémique), libération vis à vis
des formes classiques (cf. une œuvre protéiforme)
• Un constat amer : Olympe de Gouges fait le bilan sur des siècles de domination
patriarcale : l’Homme s’est libéré de ses tyrans (le roi), mais continue à maintenir
esclave la Femme (Postambule)
• Double prise de conscience : chez l’Homme (il a maintenu la femme esclave après
s’être libéré, sa domination est contre nature, Exhortation à l’Homme), chez la Femme
(leur libération ne se déclenchera que si elles refusent de se maintenir esclaves,
Postambule)
• Nouvelle conception de la Nation : elle ne peut être constitué de l’homme seul, elle doit
inclure également les femmes (art. 3), afin que la Constitution soit déclarée nulle si
seulement l’un des sexes la rédige (art. 14)
• Pour l’égalité entre l’Homme et la Femme : politique (les femmes doivent concourir à
la loi pour qu’elle soit juste, art. 10), judiciaire (pas de traitement de faveur pour éviter
de retomber dans l’injustice, art. 7), sociale (travail sur le mariage, cellule sociale de
base, répartition des biens entre époux, Forme du contrat social de l’Homme et de la
Femme)
• Entre tous les Hommes : critique de l’esclavage, seule la loi peut restreindre les libertés
• Mesures concrètes, prêtes à être appliquées : elles découlent des grands principes
théoriques et concrétisent le projet sociétal d’Olympe de Gouges (isoler les prostituées
dans des quartiers désignés pour surveiller les hommes s’y rendant et dépravant les
mœurs, Forme du contrat social entre l’Homme et la Femme)
• Visée humaniste : rétablir le bonheur collectif, détruit par l’oppression de la Femme
par l’Homme, société plus juste et respectueuse
Transversales :
• Réécriture de la DDHC : garder la légitimité du texte, son aspect légal, faire ressortir
dans l’intertextualité l’oubli des femmes par les hommes. Cependant cela crée une
binarité, une opposition entre l’Homme et la Femme et réécrire, c’est rester en
réaction, attendre que l’injustice, l’oppression soit commise plutôt que l’anticiper.
• Écriture performative : variété des procédés, éloquence (écriture efficace) pour
déclencher des effets (l’écriture est un pouvoir), la prise de conscience et le passage à
l’action, évocation des victoires récentes de la révolution pour inviter les femmes à se
révolter
• Un combat personnel : Olympe de Gouges se sait pionnière, elle s’impose en tant que
femme (« C’est une femme qui t’en fait la question », Exhortation à l’Homme), donne
des exemples de sa vie personnelle (anecdote du cocher)
• Généralisation de l’Homme et de la Femme : passage des noms du pluriel au singulier
et prise de majuscule → ce sont deux forces qui n’ont cessé de s’opprimer de s’affronter,
il faut les concilier dans la Nation
• Démarche en profondeur : Non seulement décrire les injustices, mais également en
chercher les origines, puis proposer des solutions
• Défense et affirmation de la femme : Faire devenir toutes les femmes des citoyennes,
en féminisant notamment les articles de la DDHC. Mariée de force, Olympe de Gouges
plaide pour le droit au divorce, protection des prostituées, femmes précaires
• Œuvre pacifique : affirmation face à Robespierre, recherche d’un équilibre plutôt
qu’une domination de la femme
Citations :
• Olivier Blanc, “Olympe Citoyenne”, L’Histoire : Il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour ne
pas reconnaître en Olympe de Gouges « un grand homme »
• Condorcet, Sur l’admission des femmes au droit de cité : Ce ne sont ni la force d’âme, ni le
courage d’esprit qui manquaient aux femmes.
• Madame, Dédicace à la Reine
• Homme, es-tu capable d’être juste ?, Exhortation à l’Homme
• L'homme bizarre, aveugle, boursouflé de science et dégénéré, Exhortation à l'Homme
• Parcours la nature dans toute sa sagesse, Exhortation à l'Homme
• Rends toi à l’évidence quand je t’en offre les moyens, Exhortation à l’Homme
• Le sexe supérieur, en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, Préambule
• Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits., Art. 1 de la DDHC
• La Femme naît libre et demeure égale à l'Homme en droit., Art. 1 de la DDFC
• La Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme, Art. 3 de la DDFC
• Nulle femme n'est exceptée, Art. 7 de la DDFC
• La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la
Tribune, Art. 10 de la DDFC
• Femme, réveille-toi ! Le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers, Postambule
• Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ?, Postambule
• Les Colons prétendent régner en despotes sur des hommes dont ils sont les pères et les frères,
Forme du contrat social de l’Homme et de la Femme
Références externes :
• Virginie Despentes, King Kong Théorie : écriture crue pour déranger le lecteur, le sortir
de sa passivité et pour l’amener à agir
• Condorcet, Sur l’admission des femmes au droit de cité : les femmes ont montré qu’elles
étaient tout autant compétentes que les hommes
• Rousseau, Du Contrat social : Olympe de Gouges reprend l’idée d’une nouvelle société,
qui sort de l’état de nature
• Étienne de la Boétie, Discours sur la servitude volontaire : les tyrans tirent leur pouvoir de
la force de leurs sujets qui se soumettent et entretiennent leur soumission
• Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe : il faut être libre pour créer
• Voltaire, Femmes, soyez soumises à vos maris : ironie pour montrer que le patriarcat tient sa
force de sa violence
Conclusion :
• Un combat reconnu : buste installé dans l’Assemblée nationale, avec les 17 articles
inscrits dessus
• 1944 : les femmes obtiennent le droit de vote
• Un combat qui a inspiré de nombreuses femmes comme Simone de Beauvoir.
Comment ont-elles lutté pour l’application pratique de l’indépendance des femmes ?