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Indemnisation des rapatriés d'Algérie

Le document traite des politiques d'indemnisation des rapatriés français suite à la décolonisation, notamment la loi de 1970 qui a tenté de répondre à la perte de biens immobiliers. Malgré des promesses d'indemnisation, les mesures mises en place ont souvent été jugées insuffisantes et ont engendré des tensions politiques durables. Parallèlement, il aborde la complexité des relations franco-africaines postcoloniales, marquées par des compromissions et des interventions militaires sous le terme 'Françafrique'.

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Indemnisation des rapatriés d'Algérie

Le document traite des politiques d'indemnisation des rapatriés français suite à la décolonisation, notamment la loi de 1970 qui a tenté de répondre à la perte de biens immobiliers. Malgré des promesses d'indemnisation, les mesures mises en place ont souvent été jugées insuffisantes et ont engendré des tensions politiques durables. Parallèlement, il aborde la complexité des relations franco-africaines postcoloniales, marquées par des compromissions et des interventions militaires sous le terme 'Françafrique'.

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(73) ‘local helicopter operation (LHO)’ means a commercial air transport operation of helicopters with

a maximum certified take-off mass (MCTOM) over 3 175 kg and a maximum operational passenger
seating configuration (MOPSC) of nine or less, by day, over routes navigated by reference to visual
landmarks, conducted within a local and defined geographical area specified in the operations
manual;

(74) ‘low-visibility operations (LVOs)’ means approach or take-off operations on a runway with a
runway visual range less than 550 m or with a decision height less than 200 ft;

(75) ‘low-visibility take-off (LVTO)’ means a take-off with an RVR less than 550 m;

(76) [deleted with Reg. (EU) 2021/2237]

(76a) ‘maintenance check flight (‘MCF’)’ means a flight of an aircraft with an airworthiness certificate
or with a permit to fly which is carried out for troubleshooting purposes or to check the functioning
of one or more systems, parts or appliances after maintenance, if the functioning of the systems,
parts or appliances cannot be established during ground checks and which is carried out in any of the
following situations:

(a) as required by the aircraft maintenance manual (‘AMM’) or any other maintenance data issued by
a design approval holder being responsible for the continuing airworthiness of the aircraft;

(b) after maintenance, as required by the operator or proposed by the organisation responsible for
the continuing airworthiness of the aircraft;

(c) as requested

Indemniser les rapatriés

Yann Scioldo-Zürcher Levi

L’organisation, en 1970, de l’indemnisation des biens immobiliers perdus

par les Français au terme de l’empire colonial signe une nouvelle étape de la

politique publique d’aide aux rapatriés. La loi du 26 décembre 1961, qui avait

réorganisé la politique de rapatriement des Français « ayant dû ou estimé

devoir quitter par suite d’événements politiques un territoire où ils étaient

établis et qui était antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou

la tutelle de la France », prévoyait, en son article 4, qu’un texte à venir aurait

pour tâche de fixer « le montant et les modalités d’une indemnisation en cas

de spoliation et de perte définitivement établie des biens ». Il s’agissait alors

pour le Premier ministre Michel Debré de maintenir la confiance en la

politique d’autodétermination de l’Algérie que son gouvernement menait et

de tenter d’endiguer la sédition des partisans de l’Algérie française. En vain.

La disparition subite de la société coloniale en 1962 et l’arrivée en métropole

d’un million de rapatriés ont priorisé, par des dispositifs étatiques


spécifiques, une politique d’accueil, de réinstallation et de retour à l’emploi.

L’indemnisation, constamment repoussée, devient en 1969 un argument

de la campagne présidentielle de Georges Pompidou. Votée une année après

son accession à la magistrature suprême, la loi du 15 juillet 1970 « relative à

une contribution nationale à l’indemnisation des Français dépossédés de

biens situés dans un territoire antérieurement placé sous la souveraineté, le

protectorat ou la tutelle de la France » n’a cependant pas résolu la question,

qu’elle a, au contraire, contribué à implanter durablement dans les débats

politiques français postcoloniaux. La décision de régler juridiquement la

privation des propriétés perdues était, en effet, une attente des rapatriés, qui

restaient redevables de leurs éventuels crédits contractés auprès des

institutions bancaires et souffraient d’un préjudice juridique au regard du

« droit de propriété », garanti par l’État, dont ils avaient été privés.

Les débats parlementaires n’ont pas su renouveler la définition de

l’indemnisation à la faveur des indépendances coloniales. S’agissait-il de

dédommager une situation provoquée par faits de guerre, alors que les

« événements » qui avaient mené à l’indépendance des territoires coloniaux

n’étaient pas, dans la plupart des cas, juridiquement considérés comme tels ?

La perte des biens relevait-elle du régime de l’indemnisation de l’État, de sa

fonction assurantielle, sinon des principes de solidarité nationale ? L’esprit de

la loi devait-il poursuivre la politique de régulation politique et sociale des

Français rapatriés d’Algérie, telle qu’elle avait été menée depuis 1962, ou, au

contraire, devait-il promouvoir une dimension morale de la notion de

réparation ? Et, dans ce dernier cas, qui était l’auteur du préjudice subi ? La

France coloniale et sa longue histoire de spoliation des terres, ou les pays

devenus indépendants ayant nationalisé ou proclamé vacants les biens des

Français ? Enfin, d’un point de vue pragmatique, comment financer des

compensations qui s’élevaient, selon le Crédit foncier d’Algérie et de Tunisie,

à plus de 16 milliards de francs pour les exploitations agricoles et les locaux

commerciaux perdus, soit une somme quatre fois et demie supérieure au

projet de loi de finances rectificative pour l’année 1970 ? Ces derniers


chiffres ne prenaient pas même en compte les 260 000 logements abandonnés

en Algérie (dont 30 000 vendus à vil prix).

Outre des débats parlementaires houleux, et un vote final accordé par la

majorité présidentielle au seul titre de la solidarité gouvernementale, la loi du

15 juillet 1970 ne créa aucun consensus politique. Le gouvernement imposa

la notion de « solidarité corrélative », qui définissait les principes d’une

« indemnisation à caractère social », devant être prioritairement versée aux

Français « âgés et nécessiteux ». Il fut entendu de compenser les biens perdus

à hauteur maximale de 500 000 francs (567 419,51 euros constants de

l’année 2021), en fonction de barèmes qui remboursaient intégralement les

propriétés modestes, très partiellement les biens les plus onéreux, et

frustraient les classes moyennes privées de la reconstitution de leurs

patrimoines. Les sommes allouées, sans prélèvements fiscaux

supplémentaires, ne prenaient pas en considération l’inflation intervenue

depuis les indépendances.

Provoquant l’ire des bénéficiaires, et non sans une certaine gêne des

parlementaires, il fut acté au moment même du vote que d’autres lois

d’indemnisation seraient mises en oeuvre à l’avenir. Cela allait être le cas en

1975 et 1985, pour devenir ensuite un argument récurrent des campagnes

électorales présidentielles. Dès lors, la relation entre associations de rapatriés

et institutions gouvernementales se trouva pervertie à un chantage électoral et

à la complétion financière de lois diluant les sommes reçues au fil des

décennies et privant les récipiendaires du sentiment de réparation et de la

possibilité de transmettre la valeur compensée d’un patrimoine disparu.

BIBLIOGRAPHIE

Claire ELDRIDGE, From Empire to Exile : History and Memory Within the

pied-noir and harki Communities, 1962-2002, Manchester, Manchester

University Press, 2016.

Yann SCIOLDO-ZÜRCHER LEVI, Devenir métropolitain. Parcours et politique

d’intégration de rapatriés d’Algérie en métropole, de 1954 au début du

XXIe siècle, Paris, Éditions de l’EHESS, 2010.


—, « L’indemnisation des biens perdus des rapatriés d’Algérie : politique de

retour ou innovation postcoloniale ? », Revue européenne des migrations

internationales, vol. 29, no 3, 2013, p. 77-91.

Françafrique : des rapports asymétriques

Jean-Pierre Bat

À l’aube de la décennie 1960, la France reste une société profondément

marquée par la défaite de 1940, l’Occupation et ses crises coloniales. 1960

s’avère un moment de cristallisation et d’adaptation de ses politiques

d’influence grâce à l’Afrique. La rupture avec la IVe République coloniale

n’est pas aussi évidente que le laisse croire la Ve République : l’essentiel de la

classe politique d’Afrique occidentale française (AOF), d’Afrique équatoriale

française (AEF) et de Madagascar est issue de l’Union française – c’est-àdire

du projet colonial de 1946. Certes, la plupart des élites politiques sont

nées de la lutte contre les injustices coloniales : combat contre le travail forcé

et le Code de l’indigénat, action en faveur de l’égalité des droits civiques,

militantisme syndical urbain et rural. La cartographie politique de l’Union

française se construit sur les répressions coloniales (Madagascar 1947 ou

Côte d’Ivoire entre 1948 et 1950), ses conflits asymétriques (guerre du

Cameroun contre l’Union des populations du Cameroun – UPC) et ses tabous

politiques qui entourent ces violences coloniales et traumatismes. Mais, à

l’intérieur des dynamiques anticoloniales, d’autres lignes de fracture se jouent

par-delà la seule opposition entre partisans et adversaires de l’ordre colonial.

Dans les formations politiques africaines, un débat s’opère entre la « lutte

contre le colonialisme » et la « lutte pour l’indépendance » : les affrontements

au sein du Rassemblement démocratique africain (RDA), fédération

interafricaine créée en 1946 à Bamako, ont été violents entre les partisans de

l’indépendance immédiate (Ruben Um Nyobé et Félix Moumié de l’UPC, ou

Djibo Bakary du Sawaba nigérien) et les partisans d’une voie réformiste en

lien étroit avec la France (l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, chef du RDA).

L’étape ultime de ce bras de fer s’est jouée avec la querelle fédérale en AOF :

l’échec de la fédération du Mali entre 1958 et 1960 garantit une place


centrale à Houphouët-Boigny, qui parvient à s’imposer comme le principal

interlocuteur des autorités françaises au coeur de la politique que Paris retisse

en Afrique francophone. Cette dimension est essentielle pour comprendre la

construction de la politique africaine de la France dont le responsable, dans le

système gaulliste, est le conseiller élyséen Jacques Foccart.

Institutionnellement, la Communauté franco-africaine mort-née (qui

succède à l’Union française en 1958) laisse derrière elle un secrétariat général

installé à l’Élysée. Jacques Foccart en hérite en 1960 et le transforme en

secrétariat général des Affaires africaines et malgaches : c’est l’ancêtre de la

cellule Afrique de l’Élysée. En 1974, sous Giscard, s’opère un « changement

dans la continuité » : le successeur de Foccart n’est autre que son bras droit,

René Journiac. Même si les présidents promettent de réformer le système,

l’architecture présidentielle des Affaires africaines se maintient. De 1981 à

1995, François Mitterrand s’accommode parfaitement de ce dispositif : après

Guy Penne, il nomme à la tête de la cellule Afrique son fils Jean-Christophe

Mitterrand (surnommé « Papamadit »). La place de la cellule Afrique de

l’Élysée est centrale : elle incarne physiquement et politiquement le lien

direct du président français avec ses homologues africains du pré carré. Elle

garantit un espace de secret à travers les activités de son « Monsieur

Afrique » qui ne rend de comptes qu’au président de la République. Foccart

inaugure les relations interpersonnelles entre lui et les chefs d’État du « pré

carré », dont Houphouët-Boigny fait figure de primus inter pares. Ces liens

de haut niveau se doublent de l’envoi d’émissaires et de la nomination de

conseillers français auprès de présidents africains.

Si le Quai d’Orsay s’ouvre à l’Afrique francophone en 1960 (avant, ce

sujet ne relevait que du ministère de la France d’outre-mer, c’est-à-dire des

Colonies), l’exercice d’une diplomatie traditionnelle souffre de deux limites.

Premièrement, les postes sensibles sont confiés à des fidèles du pouvoir

présidentiel français, à l’image de Maurice Delauney nommé ambassadeur de

France au Gabon pour accompagner l’installation au pouvoir d’Omar Bongo

dans les années 1960 et 1970. Deuxièmement, le ministère de la Coopération,


surnommé « ministère de l’Afrique », dispute son périmètre africain au Quai

d’Orsay au point de supplanter celui-ci en termes de moyens : le ministère du

Plan ivoirien est moqué en « ministère du Blanc » pour décrire le nombre et

l’influence des coopérants français dans les années 1970-1980. L’assistance

technique devient le maître mot de la coopération entre la France et ses

anciennes colonies africaines. Entre les années 1960 et 1980, une culture

postcoloniale se développe, qui mêle les anciens cadres coloniaux et une

nouvelle génération née dans la coopération. Mais c’est sans conteste dans le

domaine de la sécurité politique que le système est le plus abouti :

contrairement à une idée reçue, le Service de documentation extérieure et de

contre-espionnage (SDECE), devenu Direction générale de la sécurité

extérieure (DGSE), n’organise pas tant des coups d’État en Afrique qu’il

n’accompagne la création des services de sécurité d’État (pudiquement

appelés « Documentation »). Ces services de renseignement africains sont

étroitement liés à leur partenaire français : le commissaire camerounais Jean

Fochivé, figure policière centrale de 1960 aux années 1990, en est

l’archétype. La protection politique et physique des chefs d’État « amis de la

France » devient un objectif politique en soi : des gardes présidentielles (GP)

sont créées avec l’aide de la France, du Gabon (avec des anciens du SDECE)

jusqu’aux Comores (avec le mercenaire Bob Denard). Enfin, la France trouve

en Afrique francophone un espace géopolitique privilégié pour maintenir son

influence militaire avec notamment les bases et camps de Dakar, Port-Bouët,

Libreville, N’Djamena, Bangui, Bouar ou encore Djibouti. Les accords

secrets de défense (dont les premiers sont dénoncés dès le début des années

1970) constituent la clé de voûte originelle de ce pacte politico-sécuritaire.

Avec ses interventions répétées au Tchad à partir de la fin des années 1960, la

France relance sa présence militaire en Afrique depuis la fin de la guerre

d’Algérie.

« Françafrique » : le mot a souvent résumé la politique postcoloniale

française pour mieux la dénoncer. Il désigne une sorte de délit d’initié

géopolitique, qualifiant les compromissions réciproques de la France avec les


régimes autoritaires de son pré carré africain. La date de 1960, ne doit pas

tromper : elle ne résume pas les décolonisations. D’abord parce que ce n’est

pas la seule date (Guinée en 1958, Comores en 1975 et Djibouti en 1977) ;

ensuite parce que la date d’indépendance officielle ne réduit pas la

complexité des rapports asymétriques issus de la situation coloniale et

postcoloniale. Durant un temps géopolitique précis, celui de la guerre froide

et des décolonisations, Paris bâtit une nouvelle stratégie d’influence à partir

de ses colonies africaines.

L’écrivain Ahmadou Kourouma dresse un portrait au vitriol de la

Françafrique dans son roman En attendant le vote des bêtes sauvages : à

travers le dictateur Koyaga de la République du Golfe (avatar littéraire du

président-général togolais Eyadéma), il décrit les mécanismes de la

Françafrique. Cette fiction aborde mieux que l’histoire le malaise politicomémoriel

de la Françafrique. Car, au début de la décennie 1990, l’édifice

imaginé en 1960 craque : les dictateurs vieillissants, contestés ou malades,

disparaissent. La géopolitique de la guerre froide disparaît. Dans les

années 1970 et 1980, une série de critiques émergent dans le débat public. Le

scandale s’invite dans la chronique des relations franco-africaines, à l’image

de l’affaire des diamants de Bokassa (à la veille de l’élection présidentielle de

1981, Valéry Giscard d’Estaing est accusé d’avoir reçu des diamants du

président de la République centrafricaine). La politique de « troc » autour des

matières premières stratégiques africaines est dénoncée avec le pétrole du

golfe de Guinée et les complicités générées, avec leur « argent sale » et les

jeux de rétrocommissions couverts par la société pétrolière Elf. La crise

économique des années 1980 met en avant la question de la dette et la

globalisation économique qui frappe les économies africaines de plein fouet

(effondrement du cours du coton, du café et du cacao). Des voix africaines

s’élèvent pour dénoncer le système asymétrique postcolonial, comme

Thomas Sankara au Burkina Faso. Les plans d’ajustements structurels

frappent de plein fouet les économies africaines : la question du franc CFA

est concomitamment posée avec celle de la dette des années 1980 – tandis
que Paris retarde la dévaluation du CFA, qui n’intervient qu’en 1994, au

lendemain de la mort d’Houphouët-Boigny. Enfin, la question migratoire

prend de l’importance dans le débat politique français des années 1980 : la loi

Pasqua de 1986, qui durcit considérablement les conditions d’entrée et de

séjour des étrangers, vise et affecte en priorité les Africains (elle est

complétée par la deuxième loi Pasqua de 1993).

Le discours de La Baule de 1990, prononcé par Mitterrand à la faveur du

16e sommet France-Afrique et qui conditionne officiellement l’aide publique

au développement à la démocratisation des régimes, est censé repositionner la

politique africaine de la France. Mais les réalités géopolitiques des années

1990 et le poids de l’héritage postcolonial s’avèrent plus lourds – à l’image

de la crise du Rwanda… –, tandis que des voix contestatrices s’organisent

dans la société civile (artistes, intellectuels, activistes, militants). La question

postcoloniale émerge clairement au cours de la décennie 1990 pour interroger

ce passé immédiat, sur fond de contestation des présidences Mitterrand et

Chirac face aux refoulés mémoriels, pendant que les présidents Eyadéma ou

Bongo survivent aux mutations démocratiques des années 1990 jusqu’à leur

décès respectivement en 2005 et 2009.

BIBLIOGRAPHIE

Jean-Pierre BAT, Le Syndrome Foccart. La politique française en Afrique de

1959 à nos jours, Paris, Gallimard, 2012.

Thomas BORREL, Amzat BOUKARI YABARA, Benoît COLLOMBAT et

Thomas DELTOMBE (dir.), L’Empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de

la Françafrique, Paris, Éditions du Seuil, 2021.

Frédéric GRAH MEL, Félix Houphouët-Boigny. Biographie, Abidjan/Paris,

CERAP/ Maisonneuve & Larose, 2003, t. 1, et CERAP/Karthala, 2010, t. 2

et 3.

Ahmadou KOUROUMA, En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris,

Éditions du Seuil, 1998.

Jean-François OBIANG, France-Gabon. Pratiques clientélaires et logiques

d’État dans les relations franco-africaines, Paris, Karthala, 2007.


Pourquoi des essais nucléaires en Algérie

Sezin Topçu

« Hourrah pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus

fière », s’exclame le général de Gaulle le 13 février 1960. Le moment est

historique. La France vient de faire exploser à Reggane (Algérie) la

« Gerboise bleue », sa première bombe atomique. Quelques mois plus tard la

« Gerboise blanche » et la « Gerboise rouge » prendront le relais. À la

colonisation armée de l’Algérie sous le drapeau tricolore succède ainsi sa

colonisation radioactive propulsée par le champignon tricolore. À l’ère des

décolonisations, l’empire colonial français atomisé instaure par ce biais un

nouveau type de pouvoir : nucléaire.

En quête de sa grandeur perdue pendant la Seconde Guerre mondiale, la

France s’est lancée dès après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki

dans l’aventure atomique. Le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) créé

en 1945 à l’initiative de Charles de Gaulle a une double mission, civile et

militaire, et est doté de moyens techniques et humains accrus. En 1947,

l’URSS acquiert sa première bombe atomique. En 1952, l’Angleterre réalise

son premier essai atomique en Australie tandis que les États-Unis font

exploser leur bombe thermonucléaire dans le Pacifique. La même année, la

France lance son premier plan quinquennal d’énergie atomique, ayant pour

objectif avéré de produire au moins cinquante kilos de plutonium 239,

quantité suffisante pour fabriquer 6 à 8 bombes. Les infrastructures

nécessaires à l’armement nucléaire sont mises en place dans la foulée, à

commencer par deux piles plutonigènes et une usine d’extraction de

plutonium à Marcoule. Sous la Ve République, le projet d’armement nucléaire

de la France devient officiel. L’arme atomique doit garantir

l’« indépendance » nationale en permettant une stratégie militaire autonome

vis-à-vis des cercles européens et atlantiques. En 1957, le deuxième plan

quinquennal de l’énergie nucléaire prévoit de doter le pays de combustible

pour la propulsion de sous-marins ainsi que de l’arme thermonucléaire. Le

site de Reggane est retenu pour les premiers essais nucléaires.


L’indépendance de l’Algérie en 1962 ne changera pas immédiatement la

donne. Les accords d’Évian autorisent la France à réaliser des expériences

atomiques dans plusieurs bases sahariennes jusqu’en 1967.

À la suite de l’explosion de la Gerboise bleue, 16 autres seront réalisées

en Algérie, dont 13 souterraines. Le tir de la Gerboise blanche le 1er avril

1960 est qualifié par la presse de « discrète récidive ». Le premier essai

souterrain a lieu quant à lui le 7 novembre 1961 à In Ekker dans le secret

absolu. La presse ne le révèle qu’au mois de mai de l’année suivante, à la

suite du deuxième essai souterrain (1er mai 1962), qu’elle croyait être le

premier. À l’origine de cette médiatisation inattendue : un accident. Un nuage

radioactif échappé de la galerie provoque l’irradiation aiguë d’une dizaine de

militaires, événement connu en tant qu’« accident de Beryl », du nom de code

de l’essai.

De nombreuses critiques et controverses surgissent avant et après le

premier essai nucléaire français réalisé dans le Sahara en pleine guerre

d’indépendance algérienne. Les pacifistes, les États et les populations

concernés dénoncent la bombe « sale », la bombe « coloniale » visant non

seulement à intimider mais aussi à « anéantir » l’Algérie. En novembre 1959,

vingt pays afro-asiatiques déposent à l’ONU une résolution contre l’essai,

dans le but de « défendre leur avenir ». Un mois plus tard, des centaines de

pacifistes occidentaux et africains tentent sans succès de pénétrer sur le site

de tir de Reggane. Fin janvier 1960, plusieurs dizaines de milliers de

personnes manifestent devant l’Ambassade de France à Tunis. Entre-temps,

Calvi est pressenti pour la mise en place d’un centre de tir souterrain, projet

avorté après avoir été massivement contesté. En mars 1963, de vives

protestations surgissent en Algérie face à la perspective d’une nouvelle

explosion souterraine à In Ekker prévue le jour du premier anniversaire des

accords d’Évian. À partir de 1966, suite aux fortes oppositions de l’Algérie,

les essais atomiques se déplacent vers la Polynésie, pour faire exploser la

première bombe H française, très polluante.

Les essais atomiques français des décennies 1950 et 1960 s’inscrivent


dans une période où le monde entier devient le théâtre d’explosions. Pendant

la seule année 1958, pas moins de 307 essais ont lieu, dont la plupart

atmosphériques. Ce rythme d’explosions est conservé encore en 1962, c’està-

dire l’année précédant le traité d’interdiction des essais aériens. La

controverse sur les effets sanitaires et environnementaux des essais atomiques

bat son plein durant cette période, notamment à la suite de l’essai américain

Castle Bravo, le 1er mars 1954, à l’origine d’une prise de conscience

mondiale vis-à-vis du risque radioactif. Les mouvements pacifistes et

d’opposition aux essais atomiques gagnent à partir de là une dimension

internationale. Il faudra cependant attendre plus de quatre décennies pour la

publicisation et la reconnaissance de l’impact sanitaire des 210 explosions

réalisées par la France. Elles interviennent grâce à la mobilisation des

vétérans ou de leurs proches. En janvier 2010, une loi d’indemnisation des

vétérans des essais nucléaires est adoptée, loi qui aurait pu concerner des

dizaines voire des centaines de milliers de victimes si la plupart d’entre elles

n’avaient pas déjà disparu. Beaucoup ont ainsi été condamnées au silence et à

l’oubli, malgré le bruit sidérant de la bombe les ayant anéanties ou rendues

malades, tout en ressuscitant l’empire français déchu.

BIBLIOGRAPHIE

Bruno BARRILLOT, Les Irradiés de la République. Les victimes des essais

nucléaires français prennent la parole, Bruxelles, Grip / Éditions Complexe,

2003.

André BENDJEBBAR, Histoire secrète de la bombe atomique française, Paris,

Le Cherche midi, 2000.

Lawrence WITTNER, The Struggle Against the Bomb, vol. 2, Resisting the

Bomb : A History of the World Nuclear Disarmament Movement, 1954-1970,

Stanford, Stanford University Press, 1997.

Thomas Sankara : une icône africaine

Karine Chartier Ramondy

Trente-quatre ans après sa mort le 15 octobre 1987, le leader burkinabè

Thomas Sankara reste une icône majeure de la lutte contre les ex-puissances
coloniales, comme le prouve la couverture médiatique du procès de ses

assassins ouvert à Ouagadougou le 10 octobre 2021. Malgré la brièveté de sa

présidence, il a laissé une marque indélébile au Burkina Faso, qui lui doit son

nom. À l’échelle mondiale et panafricaine, son charisme, sa liberté de ton,

son intégrité, ses idées avant-gardistes font de cet homme trahi et assassiné à

38 ans une référence régulièrement convoquée quand il est question de

courage en politique et de résistance face aux puissants.

L’homme qui devient, le 4 août 1983, président de l’ancienne Haute-

Volta, colonie de l’Afrique occidentale française (AOF), est issu d’une

famille modeste et catholique. Il a reçu une solide éducation dans le système

français grâce à son père, vétéran, puis à l’École militaire préparatoire de

Ouagadougou. Dans cet établissement, fondé par l’armée française en 1951,

il reçoit des enseignements très classiques mais est également sensibilisé aux

idéaux de gauche et à la résistance anticoloniale par certains enseignants

africains, notamment Adama Touré, son professeur d’histoire. Diplômé en

1969, il est sélectionné pour une formation militaire de quatre ans organisée à

Madagascar. Son intégration, en 1972, à l’unité des « Bérets verts » lui

permet de cerner l’importance du rôle des militaires dans les projets de

développement au côté des paysans.

À son retour en 1973, la Haute-Volta est en pleine sécheresse. Chef de la

base d’entraînement des commandos de Pô, Sankara applique localement son

expérience malgache pour sortir la région de la crise. Il rejoint

idéologiquement ses amis d’enfance devenus activistes marxistes et tiersmondistes

suite aux soulèvements étudiants de 1968. Son charisme lui assure

une popularité croissante au sein des partisans de la gauche civile mais aussi

chez les jeunes officiers progressistes qui réalisent, sans lui, un coup d’État le

7 novembre 1982. Son voyage à New Delhi, au sommet du mouvement des

non-alignés, en mars 1983, lui confère une stature panafricaine, un réseau

diplomatique et financier qui facilite son accession au pouvoir en tant que

Premier ministre du gouvernement de Jean-Baptiste Ouédraogo. Ses

rencontres avec des figures révolutionnaires comme le Cubain Fidel Castro,


Jerry Rawlings au Ghana et Mouammar Kadhafi en Libye confortent ses

aspirations au changement dans une époque marquée par les politiques

néolibérales.

Sa prise de pouvoir présidentielle repose sur une alliance fragile entre

civils et militaires. Dès le début, des rivalités et des luttes intestines minent le

Conseil national de la révolution (CNR), notamment sur la question du rôle

policier des Comités de défense de la révolution. Dès août 1984, les membres

du Parti africain de l’indépendance (PAI) sont exclus du gouvernement, ce

qui renforce le pouvoir des militaires partageant de moins en moins les idées

progressistes de Sankara. Son programme visant à promouvoir l’égalité

hommes-femmes, sa lutte acharnée contre la corruption, l’utilisation des

fonds de l’armée pour le développement rural, mais surtout sa gestion

malheureuse de la guerre contre le Mali en 1985, ont détourné une large part

de ses collègues officiers. Ce discrédit interne est renforcé et lié à des

pressions extérieures dont Blaise Compaoré, son ami depuis 1974, est le

dénominateur commun. Le mariage de celui-ci avec une parente

d’Houphouët-Boigny, en juin 1985, permet au gouvernement ivoirien, qui

craint la contagion révolutionnaire, de renforcer sa surveillance. La popularité

grandissante de Sankara et les formules provocatrices dont il use dans ses

discours conduisent aussi les gouvernements français et américain à réduire

leur financement du programme du développement porté par le CNR.

Les projets sur l’autosuffisance, le reboisement ou le logement

dépendaient d’institutions comme le Fonds monétaire international et de

gouvernements contre lesquels Sankara se battait. Ces coupes budgétaires ont

contribué à ruiner les efforts du peuple burkinabè et à faire fondre les

soutiens de son dirigeant. De plus, ses rencontres avec Kadhafi l’ont placé

dans la ligne de mire du gouvernement américain et sa prise de distance n’a

jamais réussi à effacer le « nuage libyen ».

Si les puissances étrangères évoquées n’ont pas travaillé de concert à sa

chute, toutes en étaient informées et voyaient en Compaoré un interlocuteur

plus modéré. Le coup d’État orchestré par ce dernier intervient à un moment


où la révolution est « en panne ». Il débouche sur l’assassinat de Sankara et

de douze de ses compagnons dans le pavillon où se réunissait le Conseil

spécial du CNR. Le commando passe à l’action avec la complicité, entre

autres, du général Diendéré, chef de corps adjoint du commando de Pô, du

sergent-chef Hyacinthe Kafando, toujours en fuite, et de Yamba Élysée

Ilboudo, le seul accusé à avoir reconnu sa participation, alors soldat et

chauffeur de Compaoré.

Le corps de Sankara a été enterré à la sauvette et soustrait à sa famille

jusqu’en 1988. Le renversement en 2014 de Compaoré, devenu président peu

de temps après l’assassinat, a largement favorisé la remise en valeur de

l’héritage posthume de Sankara et la nécessité de rendre justice. Ainsi, le

6 avril 2022, le tribunal militaire de Ouagadougou a prononcé un verdict

historique en condamnant à perpétuité les trois principaux accusés de

l’assassinat : Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, tous les deux absents

aux audiences, et le général Diendéré déjà en prison. Huit autres accusés ont

été condamnés à des peines allant de trois ans à vingt ans de détention. Trois

accusés, enfin, ont été acquittés.

BIBLIOGRAPHIE

Bruno JAFFRÉ, Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la mort, Paris,

L’Harmattan, 2007.

Brian J. PETERSON, Thomas Sankara : A Revolutionary in Cold War Africa,

Bloomington, Indiana University Press, 2021.

Thomas SANKARA, Thomas Sankara Speaks : The Burkina Faso Revolution,

1983-1987, New York, Pathfinders Press, 1988.

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