LECON 7: LA DECOLONISATION AU PROCHE ORIENT: LA QUESTION PALESTINIENNE ET LES RELATIONS
ISRAELO-ARABES
INTRODUCTION
Le Proche Orient renvoie à cette partie de l’Asie proche de l’Europe ou à l’Asie Occidentale. Il comprend, par extension,
l’ensemble des pays riverains de la Méditerranée orientale et du Nord Ouest de l’Océan indien (Liban, Turquie, Syrie,
Israël, Jordanie, Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Emirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn, Koweït, Irak, Iran, …). Cette
partie du monde est devenue, depuis la fin de la domination coloniale, un espace convoité, une poudrière ou se déroule
de multiples conflits dont le plus célèbre depuis la fin de la 2ème Guerre Mondiale, est le conflit israélo-arabe.
I. LA DECOLONISATION AU PROCHE ORIENT
Avec la défaite (1918) et la disparition de l’empire Turc, le Proche-Orient sera placé sous mandat A à la suite des accords
Sykes-Picot (Grande Bretagne et France), du traité de Sèvres (10 Aout 1920) et la conférence de San Remo (1922).
Ainsi, La Syrie, le Liban furent confiées à la France, l’Irak, la Transjordanie et la Palestine furent placées sous mandat A
britannique. Ces territoires placés sont mandant vont tous accéder l’indépendance de manière pacifique. Exemple le
mandat britannique prend fin en Irak le 30 Juin 1930 dans la douceur; la France met fin à son mandat au Liban, le 22
novembre 1943. Toutefois, il faut noter que la Grande Bretagne avec le soutien de l’ONU va conduire la Palestine à
l’indépendance de manière pacifique mais dans la division. D’ailleurs cette division sera en grande partie responsable du
problème palestinien.
II. LES ORIGINES DU PROBLEME PALESTINIEN
La Palestine est devenue dans la seconde moitié du XXe siècle l’une des principales zones de tension de la planète en
raison des affrontements entre Arabes et Hébreux. Ces tensions découlent de trois facteurs principaux: les particularités
de la Palestine, l’immigration juive en Palestine et le partage de la Palestine:
1. Les particularités de la Palestine
La Palestine présente à la fois des enjeux religieux, économique et stratégique. Ces derniers ont contribué à hausser les
tensions entre les Hébreux et les Arabes.
Au plan religieux, la Palestine est une terre de rencontre des trois religions révélées: le Judaïsme, le Christianisme et
l’Islam. Chacune de ces religions y dispose d’un lieu de culte: le mur des Lamentations pour les Juifs, la Basilique de la
nativité à Bethléem pour les Chrétiens, la Mosquée Al Aqsa pour les Musulmans. Ainsi, la Palestine qui abrite ces lieux de
culte est convoitée par deux peuples: Hébreux et Arabes.
Au plan économique, les enjeux portent sur la maitrise et le contrôle des eaux du Jourdain dans cette région aride. A
cela s’ajoute les ressources énergétiques notamment le pétrole qui suscite de nombreuses convoitises.
Au plan stratégique, la Palestine est à la croisée des chemins entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe.
Cependant, il faut rappeler que les Hébreux se sont établis en Palestine depuis l’antiquité. D’ailleurs, ils
considèrent la Palestine comme leur «terre promise», la «terre de leurs ancêtres». En dépit de leur présence
multiséculaire en Palestine, les Hébreux furent contraints à l’exil au 7ème siècle dans le cadre de l’expansion de l’Islam.
2. Le mouvement sioniste
A la fin du XIX siècle, un journaliste juif du nom de Théodore Herzl publie en 1896 un ouvrage intitulé l’ « Etat juif» dans
lequel il appelle tous les juifs du monde entier à émigrer à la «terre promise» c’est-à-dire la Palestine. Cet ouvrage a
inspiré ou initié le retour des Juifs en Palestine. Le succès retentissant de l’ouvrage amène les juifs a organisé un
congrès à Bâle en 1897. Lequel met sur pied l’organisation juive mondiale (le Sionisme). Ce mouvement va encourager
le retour des juifs vers la «terre promise». A partir de 1901, un fonds juif fut institué pour financer cette émigration
juive. Loin d’avoir empêché cette émigration massive des juifs, la Grande Bretagne puissance mandataire, par la
déclaration de Balfour de 1917 soutient même cette émigration vers la Palestine. L’Agence, juive instituée en 1927, fut
chargée d’accompagner ce retour. Ainsi dans l’entre deux guerres près de 500.000 juifs vont s’installer en Palestine
entrainant naturellement une vive opposition des arabes. Cette immigration va s’intensifier au lendemain de la 2nde
Guerre Mondiale du fait de l’holocauste ou de l’extermination des Juifs par les Nazis.
3. L’ONU et le partage de la Palestine:
Face à l’émigration massive des juifs en Palestine (65.000 juifs en Palestine en 1919; 450.000 en 1939; 560.000 en
1945), la Grande Bretagne tente de la limiter mais elle va s’opposer aux juifs qui l’accusent de vouloir arrêter le
mouvement; mais aussi aux arabes qui l’accusent d’avoir autorisé l’émigration. Excédée par les pressions venues des
deux cotés, elle se dessaisit du dossier palestinien qui est désormais confié à l’ONU. Cette dernière, à travers l’UNSCOP,
adopte le 29 novembre 1947, la résolution 181 qui partage la Palestine en trois parties: un Etat juif couvrant 55% des
territoires avec 687 000 juifs, un Etat arabe couvrant 45% du territoire avec 1 305 000 Arabes et Jérusalem, la principale
ville de la Palestine est placée sous le contrôle de l’ONU. Ce partage très favorable aux juifs pourtant minoritaires fut
naturellement rejeté par les arabes. C’est le début des relations conflictuelles entre les juifs et les arabes dans cette
région.
III. LES RAPPORTS ISRAELO-ARABES DE 1948 A NOS JOURS
Après la proclamation de l’Etat d’Israël le 14 Mai 1948 par David Ben Gourion, les relations entre Arabes et juifs vont être
marquées par des tensions dont les guerres de 1948, 1956, 1967, 1973 et 1982.
1)-la guerre d’indépendance de 1948: le 15 mai 1948, les arabes coalisés (Egypte, Iraq, Syrie, Jordanie et Liban)
envahissent le jeune Etat hébreux pour protester contre la résolution 181 et la proclamation de l’Etat d’Israël. A l’issu de
ce conflit, Israël sort victorieux et agrandit son territoire qui représente désormais 78% de la Palestine historique. Il
occupe Jérusalem ouest, expulse près de 2/3 des Palestiniens environ 900.000. L’ONU vote la résolution 194 qui réclame
le retour des refugiés palestiniens sur leur territoire mais en vain.
2)- La guerre de Suez de 1956: C’est un conflit armé qui a opposé, du 29 octobre au 6 novembre 1956, la Grande-
Bretagne, la France et Israël à l’Egypte, après la nationalisation, en juillet 1956, de la Compagnie franco-britannique du
canal de Suez, par le président égyptien Gamal Abdel Nasser (1918-1970, président de 1956 à 1970). Les opérations
ont été stoppées par crainte d’une intervention des Etats-Unis et de l’URSS; la crise a démontré l’affaiblissement de la
France et de la Grande-Bretagne qui n’étaient plus que des puissances moyennes incapables de présider aux destinées
du monde.
3)-la guerre des 6 jours (5 au 10 juin 1967): elle fut déclenchée par Israël pour protester contre la fermeture du Golfe
d’Akaba. En 6 jours, le Tsahal détruit les armées arabes. Israël va occuper désormais toute la Palestine, une partie de
la Syrie, le Golan et une partie de l’Egypte le Sinaï, une partie de la Jordanie. L’ONU vote la résolution 242, le 22
Novembre 1967 et réclame à Israël la restitution des terres arabes mais aussi en vain.
4)-la guerre du Kippour (octobre 1973) : elle fut déclenchée par l’Egypte et la Syrie pour récupérer leurs territoires
perdus lors de la guerre des 6 jours. L’ONU vote la résolution 338, le 22 Octobre 1973 et réclame la fin des hostilités et
la mise en œuvre de la résolution 242. A l’issu du conflit, il n’y aura ni vainqueur ni vaincu. Parallèlement à cette guerre,
les pays arabes producteurs de pétrole décrètent l’embargo ; c’est dire qu’ils refusent de ne plus vendre du pétrole à tous
les pays souteneur d’Israël. Après cette guerre, Israël conscient des conséquences d’une future guerre décide d’appliquer
la stratégie diviser pour mieux régner. Ainsi il signe séparément avec l’Egypte de Anouar El-Sadate (1970-1981) les
accords de Paix de Camp David. Avec ces accords, on va assister à la fin de la coalisation arabe. Désormais ce sont les
Palestiniens qui s’opposent aux juifs dans le cadre d’une résistance.
5). La guerre du Liban : Déçus par l’inefficacité de leurs frères arabes, les Arabes Palestiniens décident d’organiser leur
propre résistance sous la direction de l’OLP créée en 1964 et dirigée par Yasser Arafat. La charte de l’OLP définit
clairement les objectifs de l’organisation: récupération de la totalité de la Palestine, destruction de l’Etat d’Israël. Pour
réaliser ces objectifs, les Arabes Palestiniens optent d’abord pour la stratégie de la violence qui repose sur des actions de
commandos (L’armée israélienne envahit le Liban (opération « Paix en Galilée », déclenchée le 6 juin 1982 sous la
direction d’Ariel Sharon, 26 févier 1928-11janvier 2014 après huit ans de coma, alors ministre de la Défense) pour
mettre fin à l’action des commandos de l’OLP. Cette invasion se superpose à la guerre civile libanaise (1975-1990) entre
les phalangistes chrétiens et les musulmans du Hezbollah appuyés par l’OLP (créée en 1964). En septembre 1982,
l’OLP est obligée de quitter Beyrouth Ouest et d’installer son siège à Tunis. Cette guerre est marquée par le massacre de
Chabra et Chatila, deux camps de réfugiés palestiniens), des attentats, des détournements d’avions, sabotage, la guerre
des pierres ou Intifada (1987; 2000) etc. Mais Israël en vertu de la loi du Talion riposte par des assassinats ciblés de
dirigeants palestiniens et par des bombardements de zones habitées par des Arabes Palestiniens mais surtout par la
colonisation de terres palestiniennes même si l’ONU a voté en 1980 la résolution 465 qui interdit cette colonisation des
terres palestiniennes.
IV. Le processus de paix et les obstacles à la paix
1. Le processus de paix
Le processus de paix israélo-arabe désigne l’ensemble des efforts entrepris, des démarches effectuées par les deux
parties (Arabes et Israéliens), la communauté internationale (Etats-Unis, Russie, UE, Ligue Arabe…) pour trouver une
solution durable au conflit israélo-arabe.
Ce processus fut initié à la fin des années 70 avec les accords de Camp David signés le 17 Septembre 1978 à la
maison blanche entre le Président Egyptien Anouar El Sadate et le PM Israélien Menahem Begin sous la médiation de
Jimmy Carter après 13 jours de négociations secrètes à Camp David. Cet accord avait fixé un cadre pour la paix, le sort
de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, les accords diplomatiques entre l’Egypte et Israël. Ces accords vont aboutir au
traité de paix entre ces deux pays, le 26 Mars 1979 à Washington. Ce traité a permis à l’Egypte de récupérer le Sinaï et
une normalisation des relations diplomatiques entre l’Egypte et Israël. Ces négociations vont connaitre un coup d’arrêté
au cours des années 80. Elles seront relancées après la 1 ère Intifada (8 Décembre 1987 au 13 septembre 1993). Ainsi dès
1988, l’OLP reconnaît la résolution 181 de 1947 sur le partage. A partir des années 90, la détente s’instaure dans les
relations Israélo-palestiniennes: le 9 Septembre 1993, l’OLP reconnait Israël et son droit d’existence et le 10, Israël
reconnait l’OLP comme le « représentant du peuple arabe palestinien». Ce dégel sera aussi concrétisé par la
signature des accords d’Oslo 1 (Norvège le 13 septembre 1993). Mais avec l’assassinat de Rabbine premier ministre
d’Israël signataire de ces accords, la tension est revenue en Palestine. Néanmoins d’autres rencontres ont eu lieu. Ces
dernières ont abouti au sommet israélo-arabe de Taba ou Oslo 2 (28 septembre 1995 qui a échoué), à la signature à
Erez d’un protocole sur le redéploiement à Hébron le 15 Janvier 1997 (Gaza et Israël), la signature des accords à Wye
Plantation aux Etats-Unis portant sur un nouveau calendrier pour les reploiements le 23 octobre 1998, la signature des
accords de Charm el-Cheikh en Egypte pour un nouveau rééchelonnement des reploiements, le 4 Septembre 1999 et
au sommet israélo-arabe de Camp David 2 (du 11-24 juillet2000) fut aussi un échec. A partir de 2002, le dossier
palestinien fut confié au QUARTET (ONU, EU, RUSSIE, UE) qui a publié le 30 Avril 2003 la feuille de route qui devait
conduire à la création d’un Etat arabe en Palestine.
2) Les principaux obstacles à la paix.
Aujourd’hui encore la question palestinienne est dans l’impasse car les négociations entre les deux parties bloquent
toujours sur les points suivants: Israël refuse de se retirer des terres palestiniennes conquises; Israël refuse d’accepter le
retour des refugiés palestiniens; Israël considère Jérusalem comme la capitale éternelle de l’Etat juif; Israël refuse
d’arrêter la colonisation des terres Palestiniennes; le statut de Jérusalem (Al Qods): l’enjeu de la ville est le contrôle des
lieux saints de la vieille ville de Jérusalem-Est; les divisions internes dans les deux camps : elles constituent un obstacle
de taille à la solution du conflit israélo-palestinien. En effet, des deux côtés les extrémistes ne sont pas prêts à accepter la
paix ; des deux côtés, on note une véritable radicalisation des positions ; l’ambiguïté de la politique américaine au Proche-
Orient : dans la recherche d’une solution au conflit au Proche-Orient, les Etats-Unis, au lieu d’être les facilitateurs,
constituent un véritable obstacle. En effet la politique des deux poids deux mesures de Washington est plus que
manifeste ; la léthargie ou le silence des Etats arabes : Les pays arabes, qui se sont toujours agités contre la création de
l’Etat d’Israël et qui ont toujours pris fait et cause pour les Palestiniens, semblent résignés. L’arrivée de Donald Trump au
pouvoir aux USA complique la situation avec son impartialité sur la question. L’Autorité palestinienne a rompu avec le
locataire de la Maison Blanche quand il a reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël en 2017. À contre-courant des
positions de la communauté internationale dans un bain de sang à la frontière de la bande de Gaza, qu’avait été
inaugurée le 14 mai 2018 l’ambassade américaine en Israël, transférée de Tel Aviv à la ville Sainte. Mardi 28 Janvier
2020 à la Maison Blanche, Donald Trump aux côtés de Benyamin Netannyahou a révélé son “Plan de paix pour le
Proche-orient”. Jérusalem restera la capitale indivisible d’Israël. Le plan américain refuse le partage de la ville, et prévoit
que les Palestiniens installent leur capitale dans une lointaine banlieue de la ville sainte. Les colonies israéliennes de
Cisjordanie où se sont installés 400.000 colons seraient annexées à Israël. La vallée du Jourdain, large bande de terre
stratégique à la frontière jordanienne passerait sous souveraineté israélienne. La bande de Gaza, enclave palestinienne
serait démilitarisée, le Hamas et le Jihad islamique devraient déposer les armes. Le plan refuse le droit de retour aux 5
millions de réfugiés palestiniens recensés par l’ONU à travers le monde. Les réfugiés palestiniens auront le choix entre
aller dans le futur Etat palestinien, rester dans leur pays d’accueil, ou choisir un pays tiers. Les Etats-Unis ont cessé leur
contribution à l’UNRWA organisme onusien qui s’occupe des réfugiés palestiniens.
CONCLUSION
Après plusieurs décennies de conflits et de tensions entre arabes et juifs, la Palestine est encore loin d’avoir trouvé le
bout du tunnel. En effet, les voltes- faces des gouvernements Israéliens et la radicalisation des Palestiniens comme le
Hamas et le jihad islamique n’encouragent pas les choses. A cela s’ajoutent l’incapacité de l’ONU et le manque de
volonté des occidentaux dans la recherche d’une solution au proche orient.