Comprendre la dermatomyosite : symptômes et traitements
Comprendre la dermatomyosite : symptômes et traitements
Dermatomyosite
Camille Francès
La DM est une maladie rare, affectant tous les groupes Classifications des lésions cutanées
ethniques. Son incidence est estimée entre 5 à 10 nou-
veaux cas par million d’habitants chez l’adulte et 1 à 3 cas Les lésions cutanées caractérisent la dermatomyosite. Leur
par million d’habitants chez l’enfant ¹. Il existe une pré- reconnaissance est essentielle car elles précèdent les mani-
dominance féminine : sex-ratio F/H de 2/1 chez l’adulte festations musculaires dans plus d’un cas sur deux, le plus
et de 5/1 chez l’enfant. Cette affection peut survenir à souvent de trois à six mois mais parfois de plusieurs années.
n’importe quel âge avec deux pics de fréquence : l’adulte Parfois typiques et permettant un diagnostic au premier
entre 40 et 60 ans, et l’enfant entre 5 et 14 ans. Des cri- coup d’œil pour le clinicien éclairé, les lésions cutanées de
tères diagnostiques ont été définis en 1975 ² par Bohan et DM sont parfois difficiles à distinguer de celles des autres
Peter (encadré 5.B) et sont encore largement utilisés en rai- connectivites, en particulier du lupus érythémateux.
son de leur sensibilité (plus de 90 %) et de leur spécificité Schématiquement, on peut distinguer les lésions cutanées
(90 %). Ils n’intègrent cependant pas les formes amyopa- « spécifiques », c’est-à-dire caractérisées histologiquement
thiques de DM, la présence d’auto-anticorps spécifiques par une dermite de l’interface derme-épiderme, des lésions
ou les données éventuelles de l’imagerie par résonance « non spécifiques » vasculaires ou non (encadré 5.C).
5-2 Dermatomyosite
Classification des myopathies inflammatoires primitives Critères diagnostiques de la DM selon Bohan et Peter 2
Dermatomyosite (DM) • Déficit musculaire proximal avec ou sans dysphagie, avec ou sans
− Forme de l’adulte atteinte des muscles respiratoires
◃ DM classique • Élévation des enzymes musculaires
− DM isolée • Biopsie musculaire compatible : nécrose des fibres musculaires,
− DM associée au cancer infiltrat mononucléé
− DM associée à une autre maladie auto-immune (lupus, • Électromyogramme : potentiels d’unité motrice courts et poly-
sclérodermie...) phasiques, fibrillations et décharges répétées à haute fréquence
◃ DM amyopathique • Atteinte cutanée typique
− Forme juvénile Diagnostic de dermatomyosite :
◃ DM classique • Certain si atteinte cutanée et 3 autres critères
◃ DM amyopathique • Probable si atteinte cutanée et 2 autres critères
Polymyosite • Possible si atteinte cutanée et 1 autre critère
Myosite à inclusions
5.B
Autres sous-groupes de myosites
− Myosite nodulaire focale
− Myosite proliférative
− Myosite orbitaire
− Myosite à éosinophiles
− Myosite granulomateuse
− Myofasciite à macrophages
− Myopathie nécrosante dysimmunitaire
5.A
Coll. D. Bessis
Clinique
Au visage, l’érythème œdémateux, rose violacé, des pau- Fig. 5.1 Érythème œdémateux, rosé et finement squameux des
pières en « lunette » est caractéristique et observé dans paupières, caractéristique de la dermatomyosite
30 à 60 % des cas (fig. 5.1). Il prédomine sur les paupières
supérieures (érythème héliotrope) et peut s’étendre jus- déprimé, atrophique à centre blanc porcelainé et télangiec-
qu’à leurs bords libres. Il peut toucher également les joues tasique (fig. 5.3). Une atteinte maculeuse en regard des plis
(éminences malaires), le nez en respectant la pointe et la palmaires des doigts est un signe rare mais très caracté-
crête, le front, les tempes et les oreilles. Le pourtour des ristique, pouvant être secondaire à une mucinose cutanée.
lèvres et les sillons nasogéniens sont classiquement épar- Ainsi, les lésions cutanées de DM des mains diffèrent de
gnés. L’œdème associé est élastique et ne prend pas le godet. celles observées au cours du lupus érythémateux où elles
Son intensité est variable, parfois à l’origine d’une sensa- prédominent sur les zones interarticulaires dorsales ou pal-
tion de tension et pouvant masquer l’érythème. Il peut maires des doigts et sur les pulpes (fig. 5.4).
constituer le signe clinique prédominant ou exclusif au vi- Des macules érythémateuses et violacées étendues et symé-
sage chez le patient d’origine africaine. triques sont fréquentes au cours de la DM. Elles peuvent
Sur le dos des mains, l’atteinte cutanée est marquée par des intéresser le décolleté (en V) (fig. 5.5). En l’absence d’atteinte
macules érythémateuses et plus ou moins squameuses, dis- œdémateuse nette des paupières, ces lésions peuvent évo-
posées en bandes le long des gaines des tendons extenseurs, quer une photodermatose, une dermite de contact ou un
et se renforçant transversalement sur les faces dorsales et lupus érythémateux. De même, le caractère parfois squa-
latérales des articulations métacarpophalangiennes et in- meux des macules du visage, des mains ou du cuir chevelu
terphalangiennes (signe de Gottron) (fig. 5.2). Une atteinte (avec ou sans alopécie associée) peuvent rendre le diagnos-
cutanée similaire est fréquente sur la face d’extension des tic hésitant avec le lupus érythémateux ou une dermite
coudes, des genoux, plus rarement sur les maléoles. Cet séborrhéique. Une atteinte maculeuse, en nappe, de la face
érythème s’associe fréquemment aux mains à des papules postérieure du cou, de la partie haute des épaules et de la ra-
plates, infiltrées et violines (papules de Gottron) considé- cine des membres supérieurs constitue le signe du « châle »
rées comme pathognomoniques et situées en regard du dos (shawl sign) (fig. 5.6). Au niveau de cette localisation, les ma-
des articulations des doigts et sur le pourtour unguéal. Ces cules peuvent rarement adopter une disposition linéaire
papules peuvent parfois évoluer en prenant un caractère à type d’érythème flagellé, spécifique de la DM ⁷ (fig. 5.7).
Lésions cutanées spécifiques de dermatomyosite 5-3
Coll. D. Bessis
Coll. D. Bessis
Fig. 5.2 Signe de Gottron de la dermatomyosite : macules rouge
violine du dos des mains, disposées en bandes en regard des tendons Fig. 5.3 Papules de Gottron au cours d’une dermatomyosite juvénile.
extenseurs se renforçant en regard des articulations interphalangiennes Ces papules à caractère atrophique, déprimées en leur centre et de couleur
et métacarpophalangiennes blanc porcelainé sont disposées en regard des faces articulaires d’extension
du dos des mains
L’atteinte bilatérale et symétrique des faces latérales des
cuisses (en regard des grands trochanters) et des hanches, douloureux touchant avec prédilection les bras, les fesses,
souvent de disposition réticulée, constitue un autre signe les cuisses et l’abdomen ¹². La survenue de ces lésions est
clinique évocateur (holster sign pour le signe de l’« étui de variable, pouvant précéder les premiers symptômes de la
révolver ») (fig. 5.8). DM ou apparaître de façon concommitante ou tardive au
Les lésions poïkilodermiques associent un érythème, des té- cours de la maladie. Histologiquement, il existe constam-
langiectasies, des troubles pigmentaires à type d’hypo- ou ment une hypodermite lobulaire composée d’un infiltrat
d’hyperpigmentation et une atrophie (fig. 5.9). Elles se loca- lymphocytaire et plasmocytaire accompagné d’une dermite
lisent avec prédilection sur la partie haute du tronc (épaules, vacuolaire de l’interface et parfois de lésions membranokys-
haut du dos, décolleté antérieur) et des fesses, sont fré- tiques.
quemment disposées de façon asymétrique, et résultent Les atteintes muqueuses buccales à type d’érythème rouge
le plus souvent d’une évolution chronique des macules vif vernissé parfois accompagnées d’érosions ou génitales
violacées spontanée ou après traitement. Elles peuvent sont rares.
constituer la présentation clinique principale de l’affection
(poïkilodermatomyosite). Dans ce cas, le diagnostic pourra Anatomopathologie
être discuté avec une radiodermite, un lymphome cutané T L’aspect histologique des lésions de dermatomyosite n’est
épidermotrope (mycosis fungoïde), plus rarement un lu- pas spécifique et peut s’observer au cours des lésions cuta-
pus érythémateux ou des maladies héréditaires (poïkiloder- nées lupiques : hyperkératose, atrophie épidermique, der-
mies congénitales). mite d’interface avec une vacuolisation de l’assise basale,
Des lésions vésiculo-bulleuses, ulcérées ou nécrotiques, un œdème dermique superficiel et des dilatations des ca-
peuvent être observées, mais leur mécanisme est souvent pillaires, une incontinence pigmentaire et parfois dépôts
non univoque. Histologiquement, elles associent à des de- de mucine ¹³ (fig. 5.10). L’infiltrat inflammatoire, périvas-
grés variables une dermite d’interface sévère et une vascu- culaire, est surtout composé de lymphocytes CD4 +, ac-
larite. Statistiquement, ces formes seraient plus souvent tivés et polynucléaires neutrophiles ¹⁴. Une turgescence
associées à une néoplasie ⁸,⁹. Dans une étude regroupant de l’endothélium vasculaire, des dilatations vasculaires et
4 séries de la littérature et colligeant 101 malades atteints des dépôts de fibrine dans la paroi vasculaire sont sou-
de DM dont 36 associés à un cancer (35,6 %), la valeur pré- vent présents. La présence d’une vascularite leucocytocla-
dictive d’une nécrose cutanée pour l’association à un cancer sique augmenterait le risque d’association avec une néo-
a été évaluée à 81 % (sensibilité de 58,3 % ; spécificité de plasie sur une petite série : 4 cancers chez 5 malades avec
92,3 %) ¹⁰. vascularite versus 3 cancers/18 sans vascularite ¹⁵. La po-
L’érythrodermie, définie par un érythème généralisé, squa- sitivité de l’immunofluorescence directe en peau lésion-
meux et œdémateux, associé à un retentissement sur l’état nelle est statistiquement un critère distinctif de la DM
général, des troubles de la thermorégulation et une lym- par rapport au lupus érythémateux. En effet, des dépôts
phadénopathie dermopathique, est une forme clinique ex- de C3 ou d’immunoglobulines G le long de la jonction
ceptionnelle de dermatomyosite. Le faible nombre de cas dermoépidermique sont présents dans 90 % des cas de lu-
rapportés ne permet pas d’établir un risque accru de néo- pus aigus ou discoïde alors qu’ils ne sont retrouvés dans
plasie associée ou un pronostic péjoratif ¹¹. notre expérience que dans 10 à 20 % des lésions de der-
Les lésions de panniculite sont exceptionnelles. Elles se matomyosite. La présence du complexe membranaire d’at-
caractérisent par des nodules cutanés profonds, indurés et taque C5b-9 le long de la jonction dermoépidermique ou
5-4 Dermatomyosite
Coll. D. Bessis
Fig. 5.4 Atteinte comparative des mains au cours de la dermatomyosite et du lupus érythémateux. À l’opposé de la dermatomyosite, les lésions cutanées
lupiques prédominent sur les zones interarticulaires dorsales ou palmaires des doigts et sur les pulpes
Manifestations cliniques
Atteinte cutanée des mains 71 %
de type dermite irritative mécanique
Phénomène de Raynaud 62 à 93 %
Fièvre 87 %
Myalgies 84 %
Coll. D. Bessis
Déficit musculaire 4%
Arthralgies 90 à 94 %
Fig. 5.5 Érythème en « V » préthoracique au cours de la dermatomyosite Dyspnée 94 %
Atteinte pulmonaire interstitielle 79 à 89 %
La dermatomyosite de type Wong se caractérise par des Syndrome sec 50 à 59 %
papules érythémateuses, kératosiques et folliculaires sur-
venant aux extrémités et sur les surfaces d’extension des
membres, parfois associée à une kératodermie palmaire, laire surmontant une myosite du muscle piloarrecteur ²⁵,²⁶.
voire plus rarement généralisée (fig. 5.12). Elle a été rappor- La main mécanique (terme anglo-saxon) désigne un aspect
tée chez l’adulte et l’enfant, avec une fréquence supérieure de dermite irritative des mains marquée par une hyperké-
chez le sujet d’origine eurasienne. La présentation clinique ratose fissuraire des doigts, parfois des paumes, bilatérale,
est proche du pityriasis rubrapilaire mais s’en distingue his- confluente et symétrique (fig. 5.13). Elle peut s’intégrer dans
tologiquement par la présence d’une hyperkératose follicu- le syndrome des antisynthétases ²⁷. Les caractéristiques cli-
5-6 Dermatomyosite
Coll. D. Bessis
Fig. 5.6 Érythème diffus du dos et des épaules (signe du châle) au cours
de la dermatomyosite
Coll. D. Bessis
niques et immunologiques de ce syndrome sont résumées
dans le tableau 5.1.
La discrétion de l’atteinte musculaire ne doit pas conduire Fig. 5.7 Macules érythémateuses de disposition linéaire (érythème
à sous-estimer la gravité, en particulier le risque de fibrose flagellé) de la racine du membre supérieur : un signe très spécifique, rare
pulmonaire et une mortalité de 21 % à 5 ans. mais sous-estimé au cours de la dermatomyosite
Une mucinose en plaques ou sous la forme d’un scléro-
myxœdème est rarement rapportée. Elle succède le plus Des œdèmes segmentaires mobiles plus ou moins sévères,
souvent aux manifestations musculaires et peut se tra- variables d’un jour à l’autre, parfois au premier rang du
duire cliniquement soit par des larges plaques infiltrées tableau dermatologique, peuvent accompagner l’atteinte
(fig. 5.14), soit par des lésions érythémateuses réticulées tho- musculaire sous-jacente.
raciques ²⁸.
Les calcifications cutanées sont plus fréquentes chez l’en- Manifestations musculaires
fant que chez l’adulte (30 à 70 % versus 10 %). Elles peuvent
être associées à des calcifications aponévrotiques et mus- Clinique
culaires. Elles touchent les régions périarticulaires proxi- Les manifestations musculaires peuvent être inaugurales
males des membres, les plis axillaires (fig. 5.15), les hanches, ou secondaires à l’atteinte cutanée. Le déficit moteur
les reliefs des coudes et des genoux. À l’inverse de la sclé- touche la musculature striée de manière bilatérale et sy-
rodermie, elles épargnent habituellement les régions para- métrique. Il s’agit d’un déficit de type myogène, non sélec-
articulaires distales des mains et les pulpes digitales. Elles tif, prédominant sur les muscles proximaux de la ceinture
occasionnent des douleurs et une gêne fonctionnelle par- scapulaire et pelvienne. Son intensité est variable, allant
fois majeure. Un traitement précoce et intensif de la der- d’une simple gêne fonctionnelle à une véritable paralysie
matomyosite pourrait partiellement les prévenir. Une fois diffuse confinant le malade au lit. L’impossibilité à lever
installées, ces calcinoses cutanées sont de traitement dif- les bras de façon prolongée pour se peigner, à se lever d’un
ficile ²⁹. La colchicine (1 mg/j), la warfarine, le diltiazem, siège sans l’aide des bras (signe du tabouret) sont utiles
l’hydroxyde d’alumine, le probénécide et l’alendronate ont au diagnostic. Un déficit distal est parfois noté dans les
été employés avec succès dans quelques cas. La chirurgie formes évoluées. L’atteinte des muscles périrachidiens est
peut être utile dans le traitement des calcinoses cutanées au second plan, en dehors des muscles de la nuque. L’at-
localisées. teinte des muscles du pharynx et de la partie supérieure
Manifestations musculaires 5-7
Coll. D. Bessis
Fig. 5.9 Poïkilodermie (association d’une atrophie cutanée avec
télangiectasies et troubles pigmentaires) de la face antérieure du décolleté
au cours de la dermatomyosite
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Coll. D. Bessis
cédents pour guider une éventuelle biopsie ou, après trai-
tement, pour authentifier une récidive devant une fai-
blesse musculaire pouvant également être secondaire à la
corticothérapie. Elle montre des images normales en T1 Fig. 5.12 Spicules hyperkératosiques du flanc diffuses, en nappe, au
et un hypersignal en T2, témoignant d’une inflamma- cours de la dermatomyosite de type Wong
tion.
Bien que fortement orienté par l’examen clinique, le diag-
nostic de l’atteinte musculaire repose sur l’examen histo-
logique d’une biopsie musculaire. Son intérêt en présence
d’une atteinte typique cutanée et de signes cliniques, bio-
logiques et électromyographiques d’atteinte musculaire
reste discuté. Malgré l’évidence du diagnostic, une preuve
histologique paraît cependant indispensable avant de dé-
buter un traitement aggressif et prolongé. En revanche,
la biopsie musculaire semble inutile devant une forme
clinique et biologique amyopathique. Les lésions de myo-
pathies inflammatoires étant focales, une première biop-
sie peut s’avérer normale ; elle devra être répétée au be-
Coll. D. Bessis
Coll. D. Bessis
Fig. 5.15 Calcinose cutanée profonde et musculaire compliquant une
dermatomyosite de l’adulte
Manifestations pulmonaires
Elles surviennent dans 5 à 45 % des cas ³³,³⁴. Les plus
fréquentes sont la pneumopathie interstitielle, la pneu-
mopathie d’inhalation liée en partie aux troubles mo-
teurs pharyngo-œsophagiens, l’hypoventilation alvéolaire
secondaire à une atteinte des muscles striés respiratoires,
les pneumopathies infectieuses éventuellement opportu-
Coll. D. Bessis
La gravité potentielle des atteintes pulmonaires justifie de vées ⁴⁰⁻⁴³. Elles peuvent être généralisées, s’associant dans
pratiquer devant toute DM une radiographie thoracique, un cas sur deux à un hirsutisme, un acanthosis nigricans,
des épreuves fonctionnelles respiratoires, et une manomé- un diabète sucré insulino-dépendant et une hypertriglycé-
trie œsophagienne afin de dépister précocement ces at- ridémie.
teintes justifiant un traitement plus intensif et un suivi Les manifestations viscérales de la DM juvénile sont mar-
plus étroit. quées par une atteinte digestive plus fréquente que chez
l’adulte, pouvant occasionner une malabsorption voire des
Autres manifestations cliniques perforations. En revanche, les atteintes pulmonaires et car-
Les signes généraux sont très variables d’un sujet à l’autre : diaques sont plus rares et l’association à un cancer reste
possibilité de fièvre, d’asthénie (à interpréter en fonc- exceptionnelle ⁴⁰.
tion de la symptomatologie musculaire) et d’amaigrisse-
ment. La présence d’un syndrome inflammatoire est incons- Dermatomyosite et cancers
tante comme la polynucléose. Les atteintes digestives se Le lien entre dermatomyosite et cancer est établi depuis
résument généralement à une dysphagie et à des troubles l’étude épidémiologique suédoise de 1992 ⁴⁴ ayant démon-
de la motilité œsophagienne. Des troubles de l’absorption tré un risque relatif de cancer accru chez les sujets atteints
intestinale par entérocolopathie ont été rapportés. Une at- de DM : 2,4 chez les hommes et 3,4 chez les femmes. Ces
teinte rénale est exceptionnelle, le plus souvent biologique résultats ont été confirmés depuis dans d’autres pays avec
avec hématurie et leucocyturie. un risque relatif oscillant entre 3 et 8 ⁴⁵⁻⁴⁷. La compila-
tion des séries a montré la grande diversité des tumeurs
Formes cliniques observées et la prédominance chez la femme des cancers
gynécologiques (mammaires, utérins et ovariens) et chez
Dermatomyosites amyopathiques l’homme des cancers bronchiques, prostatiques et diges-
Les DM amyopathiques (dermatomyosites sans myosite) tifs. Dans l’importante étude rétrospective de Hill et al. ⁴⁵,
sont définies par une atteinte cutanée typique confirmée portant sur 618 patients ayant une DM et comparée à une
histologiquement et l’absence de myosite clinique et enzy- population de même sexe et même âge, le risque relatif
matique patente après au moins 2 ans de suivi ⁵. Elles re- (RR) était augmenté pour les tumeurs suivantes : ovaire
présentent 2 à 18 % des dermatomyosites ¹⁸,³⁷. Les lésions (RR : 10,5), poumon (RR : 5,9), pancréas (RR : 3,8), esto-
dermatologiques sont globalement identiques à celles ob- mac (RR : 3,5), œsophage (RR : 2,9), col de l’utérus (RR :
servées au cours de la forme avec myosite. L’évolution tar- 2,7), sein (RR : 2,2), côlon et rectum (RR : 2,5), lymphomes
dive vers une authentique forme avec myosite est rare. En de type Hodgkin (RR : 5,9) et non hodgkiniens (RR : 3,6).
revanche, le risque d’atteinte pulmonaire interstitielle a D’autres variétés de cancers ont été notées dont ceux de
été rapporté avec prédilection chez les Asiatiques, et ce, en la vessie et du nasopharynx chez les Asiatiques. L’étude
l’absence d’un syndrome des antisynthétases ³⁸. Les DM du lien temporel entre la DM et le cancer se heurte à des
amyopathiques peuvent être associées à un cancer qui doit biais méthodologiques étant donné les difficultés d’appré-
être recherché systématiquement. La prévalence de cette ciation du début du cancer et de la DM. Celle-ci précède
association paraît similaire à celle de la DM classique. l’apparition du cancer dans environ 70 % des cas. Le dé-
lai de survenue entre DM et cancer est le plus souvent
Dermatomyosites juvéniles inférieur à 1 an. Dans la majorité des études, le risque
Les manifestations dermatologiques sont proches de celles accru de cancer persiste au moins jusqu’à 5 ans après la
de l’adulte mais de début souvent insidieux à l’origine découverte de la DM ⁴⁴⁻⁴⁷. En l’absence habituelle de paral-
de retards diagnostiques ⁶. L’atteinte cutanée débute fré-
quemment par un érythème des extrémités, surtout péri-
unguéal et télangiectasique persistant. Des télangiectasies
muqueuses du repli gingival antérieur ³⁹, ainsi qu’une hy-
pertrichose diffuse ou localisée, sous-patellaire ⁶ (fig. 5.16),
constituent des signes cliniques rares et observés avec pré-
dilection chez l’enfant. Les lésions de vasculite cutanée sont
également plus fréquentes que chez l’adulte. Elles peuvent
entraîner une occlusion vasculaire à l’origine de nécroses cu-
tanées pouvant se compliquer d’ulcérations secondaires ⁵.
La survenue d’une calcinose sur le site de l’inflammation
(calcinose dystrophique) avec atteinte de la peau, mais
aussi du fascia et du muscle en regard peut être responsable
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lèle évolutif, la DM associée au cancer ne constitue pas des malades traités pour une polyarthrite rhumatoïde ⁵¹.
un authentique syndrome paranéoplasique. Certains cri- L’hydroxyurée est responsable, chez environ 5 % des ma-
tères cliniques ou biologiques sont statistiquement asso- lades traités au long cours, d’un érythème en bande des
ciés à l’association à un cancer : âge supérieur à 60 ans, mains (fig. 5.18), évocateur de DM ⁵², mais sans atteinte mus-
nécrose cutanée ou vasculite leucocytoclasique cutanée culaire associée. Un tableau de lésions cutanées de type
(fig. 5.17). Le prurit est un signe peu spécifique qui doit ce- dermatomyosite sans atteinte musculaire a également été
pendant inciter à rechercher une néoplasie en particulier décrit avec les thérapeutiques suivantes : étoposide, cyclo-
chez un sujet âgé. À l’inverse, le risque néoplasique apparaît phosphamide, diclofenac, acide acétylsalicylique.
faible ou nul au cours de la forme juvénile de DM, d’asso-
ciation à une connectivite mixte ou de syndrome des an-
tisynthétases. Aucun consensus n’existe concernant l’am-
pleur ni la périodicité du bilan à réaliser chez un sujet avec
DM ⁴⁸. Les recommandations varient allant de l’examen
clinique attentif associé à un bilan biologique simple jus-
qu’à des examens paracliniques complets : scanner thoraco-
abdominopelvien, mammographie, examen gynécologique
avec échographie intravaginale, voire cœlioscopie, fibrosco-
pie, colonoscopie, biopsie médullaire. L’intérêt du suivi des
marqueurs tumoraux CA 125 et CA19-9 paraît cependant
établi ⁴⁹.
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Fig. 5.18 Lésions érythémateuses et atrophiques du dos des mains à
type de pseudodermatomyosite au cours d’un traitement au long cours par
l’hydroxyurée
Auto-anticorps
De nombreux auto-anticorps ont été mis en évidence au
cours des polymyosites et dermatomyosites (tableau 5.2),
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