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Année 2015/2016
1
REMERCIEMENTS
pour le temps qu’il m’a accordé, pour les débats et les réflexions partagées mais
Mon mari pour son grand soutien, ainsi que ma famille et ma belle famille.
Enfin, mes remerciements vont à toutes les personnes qui ont contribué de prés ou
2
TRODUCTION GENERALE
Une forte expansion des flux d’investissements internationaux a permis l’accélération des
mouvements d’échanges entre différentes zones géographiques, dans des formes accrues et très
variées et une évolution quantitative de son contenu. Les pays deviennent promoteurs de la
mondialisation de la production en créant un climat d’investissement favorable.
Pour les pays d’accueil, le recours à l’investissement direct étranger (IDE) constitue un enjeu
suffisamment important de développement local, de formation du capital fixe et de progrès
technique dû à la technologie qu’il incorpore. Les IDE permettent également aux pays hôtes un
accroissement des échanges, la création de pôles de compétitivité par des phénomènes
d’agglomération d’activités, la mise à niveau des firmes locales et la création d’emplois.
Conscientes de ces effets, les économies en développement ont mis en place des mesures
d’attractivité pour bénéficier de l’implantation des firmes étrangères dans différents domaines
notamment dans la santé.
L'industrie pharmaceutique est le secteur économique stratégique qui regroupe les activités de
recherche, de fabrication et de commercialisation des médicaments pour la médecine humaine ou
vétérinaire. C'est une des industries les plus rentables et importantes économiquement dans le
monde. Cette activité est exercée par les laboratoires pharmaceutiques et les sociétés de
biotechnologie et reste un secteur clé et un important moteur de croissance de l’économie
mondiale.
Les enjeux de l’industrie pharmaceutique dans les pays développés et les pays en développement
diffèrent. Si dans les premiers, la stratégie de développement des laboratoires pharmaceutiques
mondiaux est basée sur l’organisation de la recherche et de la production au niveau mondial,
pour les pays en voie de développement, l’Algérie en l’occurrence, les enjeux (politiques,
sociaux et économiques) convergent vers la nécessité de l’édification d’une industrie
pharmaceutique nationale.
3
- se positionner là où le marché est le plus dynamique.
Ces stratégies de défense sont adoptées par les laboratoires pharmaceutiques pour défendre leurs
intérêts. Il en résulte une course à l’implantation à l’échelle planétaire.
L’Algérie offre à ces laboratoires la perspective d’une extension substantielle de leurs activités.
En effet, vu son marché en pleine expansion : 2,5 milliard de dollars en 2013, ses 38 millions
d’habitants en 2014 (07 millions de malades chroniques), le vieillissement de la population,
l’Algérie semble représenter une zone très intéressante pour l’implantation des laboratoires
étrangers1.
En effet, plusieurs laboratoires d’envergure mondiale se sont installés en Algérie, soit par des
opérations d’investissements directs (par l’implantation des filiales sur le territoire algérien), soit
par la conclusion de divers contrats de coopération (la création de joint-venture, de contrats de
licence et de façonnage pharmaceutique). Le contexte dans lequel ces accords surviennent diffère
d’une relation à une autre ; certains accords peuvent découler d’une perspective stratégique
communément définie entre pays. D’autres, n’engagent que les intérêts limités des entreprises
concernées.
Par ailleurs, Le gouvernement algérien attache une grande importance à l’énorme projet du
« pôle d’industrie pharmaceutique innovante de Sidi Abdallah », le deuxième plus important
partenariat conclu entre l’Algérie et les Etats-Unis d’Amérique, après les hydrocarbures. Ce
partenariat vise à faire de la région de Sidi Abdellah le 4ème cluster2 de l’industrie
pharmaceutique, après celui des Etats Unis, de l’Irlande et de Singapour.
1
. Direction Générale de l’Intelligence Economique, des Etudes et de la Prospective, « L’industrie
pharmaceutique : état des lieux, enjeux et tendances lourdes…dans le monde et en Algérie », rapport sectoriel n°1,
janvier 2012.
2
. Un « cluster » c’est la concentration sur un espace géographique donné d’un groupe d’acteurs innovants et inter-
reliés (sociétés industrielles, organismes de recherche, d’enseignement supérieur et de valorisation) opérant dans un
domaine commun. Ces acteurs partagent une vision commune de la dynamique de croissance et développent une
démarche partenariale de transfert de connaissances en faveur de l’innovation, pour leur procurer des avantages
concurrentiels. Selon « Les clusters américains », une étude réalisée en 2008 par le cabinet Alcimed pour le compte
de la Direction Générale des Entreprises (DGE).
4
L’objectif de l’Etat étant d’encourager l’investissement pour la production locale et favoriser les
médicaments génériques. Or, la politique prônée ne cesse de révéler des émergences
inattendues : des ruptures de stock et des revirements qui déstabilisent les acteurs directement
impliqués dans le secteur.
Ainsi, force est de constater que la production nationale ne suffit pas à satisfaire totalement la
demande des consommateurs. En effet, certains médicaments font toujours défaut. Les ruptures
de stock concernent même des médicaments produits localement et interdits à l’importation,
sensés être disponibles sur le marché.
A ce stade, la seule alternative pour l’Etat, pour la promotion de son industrie pharmaceutique,
consiste en l’attractivité des investisseurs étrangers. C’est dire que le partenariat entre les
laboratoires pharmaceutiques algériens et étrangers s’avère nécessaire pour produire la quantité
de médicaments qui doit couvrir les besoins de la société algérienne.
Nous tenterons d’apprécier le rôle joué par les institutions et les mesures prises par le
gouvernement quant à la création d’un climat d’investissement favorable aux laboratoires
pharmaceutiques.
C’est par rapport à la problématique évoquée ci-dessus que s’articule notre travail dans lequel
nous tenterons de répondre à la question suivante :
Quels sont les facteurs déterminants qui incitent les multinationales pharmaceutiques à
s’implanter en Algérie?
En effet, Plusieurs autres questionnements peuvent être mis en avant. On s’en tient à trois :
5
Les questions ci-dessus engendrent les hypothèses suivantes :
H3 : Les pays d’accueil disposant d’avantages comparatifs attractifs (le taux des salaires,
la qualification et la productivité de la main d’œuvre, la densité des réseaux de communication et
de distribution, l’environnement technologique du pays…). Ces atouts économiques sont appelés
à être améliorés par l’Algérie afin de faire correspondre le climat d’investissement aux attentes
des laboratoires pharmaceutiques étrangers.
Afin de vérifier ces hypothèses, nous avons adopté la démarche méthodologique suivante :
Concernant la partie théorique, nous avons effectué une recherche bibliographique (ouvrages,
articles, mémoire et thèses, rapports,…). Cette dernière nous a permis de collecter les
informations nécessaires notamment sur les travaux empiriques consacrés à l’implantation des
multinationales ainsi que sur le marché pharmaceutique mondial.
Quant à la partie empirique, elle comporte une analyse SWOT du secteur pharmaceutique
algérien ainsi qu’une étude qualitative des IDE pharmaceutiques en Algérie.
6
portera sur l’analyse des expériences des multinationales pharmaceutiques dans les
pays du Maghreb (l’Algérie, le Marco et la Tunisie). Le dernier chapitre s’articule
autour des caractéristiques du marché algérien des médicaments. Une analyse SWOT
du secteur pharmaceutique algérien nous permet de dégager les forces et les
faiblesses de ce marché. Enfin, nous nous appuyons sur l’analyse des résultats relevés
du questionnaire destinés aux laboratoires étrangers afin d’évaluer leur degré de
satisfaction et de déduire les lacunes du secteur.
7
Partie I : La problématique de l’implantation des Firmes Multinationales à
l’étranger
Par ailleurs, l’implantation est réalisé lorsque se rencontre une « demande » de localisation des
firmes (selon leurs objectifs et stratégies), et une « offre » de sites des territoires pour leur
développement local, assurant ainsi un ensemble d’avantages correspondant le mieux possible
aux besoins de l’investisseur.
Pour mieux comprendre ce phénomène, nous avons divisé la première partie en trois chapitres.
Le premier met en évidence les théories et les stratégies de l’internationalisation des FMN. Le
deuxième chapitre, pour sa part, présente le processus d’internationalisation des firmes ; de
l’exportation jusqu’à la multinationalisation. Enfin, le dernier chapitre développe la politique
d’attractivité des pays d’accueil.
Cette dernière décennie a été marquée par le développement des échanges internationaux. Avec
le phénomène de la globalisation, les firmes se voient dans l’obligation d’externaliser leurs
activités afin de bénéficier des économies d’échelle et de rester, ainsi, compétitive.
3
. L’Organisation de la Coopération et le Développement Européen (OCDE), « L’investissement direct étranger
au service du développement : optimiser les avantages, minimiser les coûts », Paris, 2002.
8
Cependant, les stratégies d’implantation des firmes nécessitent une analyse approfondie des
objectifs et des théories d’internationalisation. Ces derniers renseignent, en effet, sur les
différents avantages spécifiques d’une firme ainsi que les différents avantages d’un pays ou d’un
territoire d’accueil pouvant inciter une firme à s’implanter dans un nouveau marché.
Ce chapitre a pour intérêt, d’abord de présenter un ensemble de théories qui fondent la décision
d’internationalisation des FMN (section I), et d’étudier ensuite les trois principales stratégies
d’implantation des FMN (section II).
Les déterminants liés à l’organisation de la firme vont prendre alors le pas sur les facteurs de
concurrence entre firmes en commençant par les théories de l’avantage spécifique permettant à la
firme de devancer ses concurrentes même sur un marché étranger. Quelques analyses vont
reprendre ensuite certains éléments de la théorie du commerce international, en mettant en
relation l’évolution des avantages comparatifs4 des pays et celle des avantages compétitifs des
firmes qui font le choix de l’internationalisation. Enfin, apparaissent les nouvelles théories de la
multinationalisation.
4
. Malgré ses limites du fait de sa caractéristique statique vis – à – vis de l’immobilité internationale des facteurs de
production, l’avantage comparatif de Ricardo est l’argument le plus puissant qui démontre l’intérêt de l’échange
international. Chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les produits pour lesquels il dispose d’un avantage relatif,
c'est-à-dire là ou l’avantage est le plus grand, ou bien là ou le désavantage est le moindre.
9
1.1 Les théories de l’avantage spécifique
Une des questions qui survient lors de la multinationalisation d’une firme est de savoir comment
une entreprise étrangère, malgré les coûts de transferts engendrés par une implantation à
l’étranger, pouvait tout de même concurrencer les entreprises locales déjà installées sur place.
La première réponse a été donnée par Hymer, qui a mis en avant l’argument de l’avantage
spécifique. La contribution de Hymer a influencé, par la suite, les travaux de Kindleberg et de
Caves qui ont travaillé sur les avantages oligopolistiques. On qualifie souvent de « tradition
HKC »5 les approches qui s’inspirent de Hymer, Kindleberger et Caves qui perçoivent la
multinationale en fonction du pouvoir de marché dont disposent les entreprises étrangères face à
la concurrence locale.
Le concept d’avantage au niveau international sera repris, plus tard, par Porter dans son travail
sur la stratégie d’entreprise (1986). Ainsi, est apparu le terme d’avantage concurrentiel. Ce
dernier repose sur la capacité à créer un environnement favorable à l'innovation technologique,
qui permet de réduire les coûts ou de mieux répondre à la demande.
Au départ, Hymer indique que les firmes étrangères sont désavantageuses par rapport aux firmes
nationales. Cela peut se manifester à plusieurs niveaux à savoir les barrières économiques et
juridiques, goûts et demandes des consommateurs différents,…
Néanmoins, l’auteur est frappé par l’avantage éclatant que les firmes américaines possédaient sur
les firmes locales qui n’avaient pourtant aucun frais de transport à supporter, ni aucun obstacle
linguistique, culturel, administratif ou institutionnel à surmonter pour dominer leurs propres
marchés.
Finalement, si les firmes peuvent s’implanter à l’étranger c’est bien que tout n’est pas égal par
ailleurs et qu’elles possèdent un « avantage spécifique », capable de combler l’écart perçu, par
rapport aux firmes locales. Il peut s’agir d’un avantage technologique, de coût ou de
différenciation, managérial ou financier.
5
. Hymer S.H., « The multinational corporation and the law of uneven development », in Bhagwati J., Economics
and World Order, London, Mc Millan, 1972.
10
1.1.2 L’apport de Kindleberger (1969)
Cependant, cette stratégie peut parfois s’avérer compliquée en raison des obstacles à l’entrée
sur un nouveau marché. En effet, les politiques protectionnistes des pays d’accueil rendent leur
marché imparfait et l’un des moyen de surmonter ces obstacles est de créer un IDE (Harisson ;
Dalkiran et Elsey, 2004). Il est donc nécessaire que la firme dispose d’un avantage spécifique lui
permettant d’opter pour une stratégie multinationale.
Essentiellement, Porter8 propose un modèle de cinq « forces » qui peuvent être utilisées pour
comprendre les dynamiques de concurrence dans un secteur. Etant donné que toute société
s’efforce de développer des avantages concurrentiels durables sur les autres, les quatre premières
forces aident à évaluer la cinquième, qui est le niveau de rivalité du secteur. En effet, l'entreprise
doit se doter d'une stratégie de long terme basée sur une analyse de la structure de son secteur,
selon les cinq composantes déterminant l'intensité de la concurrence: - les actions des autres
firmes en place ;
- le pouvoir de négociation des fournisseurs ;
- le pouvoir de négociation des clients ;
6
. Kindleberger C.P., « Amerian Buisness Abroad », New Haven, Yale University Press, 1969, in Guillén M.F. et
Garcia-Canal E, « The American Model of the Multinational Firm and the “New” Multinationals Forms Emerging
Economies », Academy of Management Perspectives, mai, 2009, pp 23-35.
7
. L’oligopole désigne une forme de marché caractérisé par un petit nombre d’offreurs face à une multitude d
demandeurs. Dans ce cas, les vendeurs peuvent se livrer à une concurrence féroce ou bien réaliser des ententes. En
effet, disposant d’une position dominante, les entreprises en situation oligopolistique sont tentés de s’accorder sur
les prix et les quantités offertes afin de se partager le marché. Toutefois cela peut représenter un frein pour la
croissance de la firme.
8
. Porter M., « The Competitive Advantage of Nations », The Free Press, New York, 1990.
11
- la menace de nouveaux entrants sur le marché et l'arrivée éventuelle de produits substituables
aux siens.
Pour empêcher aux entrants de prendre des parts de marché, les firmes cherchent à élever des
barrières à l'entrée (avance technologique, économies d'échelle, brevets, etc.). Se prémunir contre
l'arrivée de produits de substitution est plus difficile. Il faut empêcher la distribution du nouveau
produit, par exemple en obtenant un durcissement des normes, ou l'intégrer dans sa propre
gamme.
Par ailleurs, Porter va nuancer ses positions extrêmement libérales dans son analyse de la
compétitivité des territoires. Face à la perte de compétitivité des Etats-Unis dans les années 80,
Porter va construire un outil d'analyse simple, le "diamant de Porter"9 qui présente l'efficacité du
cluster, réseau d'acteurs locaux autour d'une industrie donnée qui réunit entreprises, universités,
laboratoires de recherche, organismes de financement et pouvoirs publics. Le prototype du
cluster est la Silicon Valley. Quatre éléments déterminent l'avantage national :
- les facteurs de production (la capacité de la firme à engendrer des facteurs spécialisés : des
compétences scientifiques, des savoir-faire, des centres de recherche….) ;
- le dynamisme de la demande (la capacité de la firme à s'adapter aux exigences des clients) ;
- les industries en amont (la capacité de la firme à s'appuyer sur des industries amont ou aval
elles-mêmes performantes: du fait des interdépendances, le succès des uns entraîne celui des
autres, les investissements des uns servent aux autres) ;
- la concurrence entre les firmes (l'intensité des rivalités domestiques entre entreprises
concurrentes).
Les théories de l’avantage spécifique citées précédemment restent incomplètes. Elles n’énoncent,
en effet, qu’une condition qui est peut être nécessaire mais qui n’est pas forcément suffisante
pour s’internaliser.
Le concept de l’avantage a été repris et amélioré par plusieurs autres auteurs ; parmi eux, on cite
Williamson, Vernon et Dunning.
9
. Magretta J., « Comprendre Michael Porter : Concurrence, Stratégie », ed. Eyrolles, 2012.
12
1.2.1 L’apport de Williamson (1975) : « la théorie des coûts de transaction »
En 1937, Coase10 avait montré que, contrairement au schéma théorique classique en économie
d'une production se déroulant de manière complètement décentralisée au travers des relations
interindividuelles, l'existence de coûts afférents aux transactions implique l'émergence de firmes
dès lors que les coûts de traitement de la transaction s'y avèrent inférieurs à ceux enregistrés sur
le marché.
Williamson Oliver E. a repris, approfondi et adapté cette économie des transactions ; il est
aujourd’hui considéré comme le père fondateur du courant de la théorie des coûts de
transaction11, qui a permis de fournir une explication logique aux éventuelles décisions des
firmes à produire à l’étranger. Lorsque la firme internalise une ou plusieurs parties de son
activité au sein de son organisation, les coûts de transaction deviennent importants. En effet,
toute transaction économique engendre des coûts préalables à sa réalisation et l’impact de ces
coûts a une influence directe sur le comportement stratégique des firmes. Selon Williamson, afin
de mener une analyse, il est nécessaire de combiner les facteurs humains (rationalité limitée, et
opportunisme), et la spécificité des actifs qui caractérisent le marché. En effet, les agents
humains possèdent une rationalité limitée, où le comportement est « intentionnellement
rationnel, mais seulement de façon limitée » (Simon, 1961) et par opportunisme, Williamson12
entend "une recherche d'intérêt personnel qui comporte la notion de tromperie. Cette dernière
inclut les formes les plus apparentes telles que le mensonge, le vol et la tricherie qui engendrent
des coûts.
Les différents coûts de transactions du marché peuvent également être liés à l’impossible contact
entre acheteurs et vendeurs, à la non-spécification du produit, à l’impossible accord sur un prix
de vente, à des défauts de qualité du produit, à des délais de livraison non respectés ou encore à
des coûts pour faire respecter les contrats en recourant à la justice. Ces risques mettent en
évidence les insuffisances des marchés, ou encore l’inexistence de certains marchés. Ces
différents obstacles conduisent la firme à faire une internalisation par la création de plusieurs
filiales afin de contrôler l’internationalisation des coûts de transaction par l’investissement direct
étranger ou par l’implantation13.
10
. Coase R.H., « The Nature of the Firm », Economica, New series, Vol 4, n° 16.Nov, 1937, pp. 386-405.
11
. Williamson O.E., « Transaction Cost Economics: an introduction », Discussion Paper, March, 2007.
12
. Fremeaux P., « Williamson et la nouvelle théorie institutionnelle », alternatives Economiques, N°122,
décembre 1994.
13
. Mucchieli J. L., « Relations économiques internationales », 4ème édition, ed. Hachette, Paris, 2001, p.82.
13
Par conséquent, la théorie des coûts de transaction reste une approche très pertinente dans
l’explication des choix d’internationalisation des firmes.
Cette théorie consiste à dire que les différences de capacités technologiques entre pays sont
répercutées directement dans le commerce extérieur. Le modèle de Vernon a permis de mettre un
lien entre commerce et investissement direct, combinant à la fois des éléments d’économie
industrielle et d’économie internationale en tenant compte de l’avantage comparatif du facteur
technologique14. En effet, l’innovation technologique permet à la firme de bénéficier d’un
monopole temporaire sur le marché.
Par analogie au cycle biologique, selon Vernon, la vie d’un produit passe par quatre étapes
successives : lancement, croissance, maturité et déclin15.
Source: Vernon R., « International investment and international trade in the product cycle », Quartely
Journal of Economics Vol. 80, n°2, 1966, pp. 190-207.
Ces étapes correspondent à l’internationalisation des firmes en trois phases successives et dont le
fondement repose sur le niveau de développement et la stratégie marketing des pays (les Etats-
Unis, les pays développés et les pays en voie de développement).
14
. Michalet C.A., « Dynamique des formes de délocalisation et gouvernance des firmes et des États », Revue
Française de Gestion, n° 177, 2007, pp. 141-148.
15
. Fenneteau H., « Le cycle de vie des produits », ed. Economica, Paris, 1998, p.62.
14
1.2.2.1 La première phase : lancement et croissance
Les firmes commencent à vendre le produit via l’exportation au début vers les pays développés
qui ont pratiquement la même caractéristique de la demande.
Progressivement, la demande du produit devient très forte dans le pays d’origine comme dans le
pays hôte, la firme passe donc à un mode de production en série (standardisation de la
production), lui permettant ainsi de baisser le coût moyen de la production.
En cette période, la firme ralentit les exportations pour installer des filiales de production sur le
marché européen afin de répondre à la demande sur place et réaliser de fortes économies
d’échelle. Cette phase est vite rattrapée par la phase de maturité car les producteurs européens
améliorent leurs performances et conquièrent de nouveaux clients sur le marché local. Par
conséquent, la firme américaine doit préparer une nouvelle génération de produits16.
C’est le cas des médicaments qui sont protégés par des « brevet » conférant aux laboratoires
pharmaceutiques l’exclusivité de production. Après expiration du brevet les autres laboratoires
pharmaceutiques produisent des génériques. D’où la nécessité pour les firmes de découvrir de
nouvelles molécules.
En cette phase, la firme américaine perd peu à peu son avantage concurrentiel technologique
absolu et les produits sont imités par des entreprises concurrentes, les producteurs locaux
bénéficient d’économies d’échelle comparable à ceux des concurrents américains, ce qui leur
permet d’exporter à leur tour. La production est donc abandonnée par la firme américaine et
laissée uniquement aux filiales étrangères. La perte de l’exclusivité pousse les firmes
américaines à changer de stratégie et tenter de récupérer leurs parts de marché par un procédé de
production déjà amortie, de faire disparaitre les coûts de transport, avoir une meilleure adaptation
de la production à la demande locale et augmenter les barrières à l’entrée par un meilleur
contrôle du marché intérieur. La stratégie de la firme devient donc défensive visant à maintenir
16
. Reinelli M., « La multinationalisation des firmes », ed Economica, Paris, 1979.
15
les marges de l’entreprise sur les différents marchés17 notamment les pays en voie de
développement où elle peut encore exploiter son avance technologique.
Les entreprises européennes bénéficient d’avantage de la production de masse par leur marché
local alors que les firmes américaines deviennent handicapées par les coûts élevés de la main
d’œuvre, elles abandonnent par conséquent la production sur le marché national et procèdent à
l’importation de ce produit devenu banalisé. En effet, avec le temps, le produit innové ne reste
plus un secret dans le monde et plusieurs firmes dans les pays en développement peuvent le
produire par imitation avec un prix plus bas et puis l’exporter vers les Etats-Unis. Cela peut être
expliqué par le fait que le produit standardisé ne demande plus une forte intensité en capital et de
technologie mais une forte intensité en main d’œuvre que les pays en développement détiennent
d’une manière abondante.
Enfin, Vernon précise lui même que son explication ne vaut que dans un contexte particulier : la
forme décrite s’applique seulement aux firmes américaines de 1945 à la fin des 60. Après cette
date, les modifications de l’environnement international, particulièrement la hausse des coûts
salariaux en Europe (qui conduit à une parité avec les conditions nord-américaines de
production) rendent ce schéma inadapté. Mais le principe général peut être repris et étendu à
d’autres pays en gardant les innovations comme principe explicatif des échanges internationaux.
L’une des premières tentatives de recensement des diverses combinaisons d'avantages qui
conduisent une entreprise à s’implanter à l’étranger et donc à choisir une nation particulière
comme lieu d’implantation s’inscrit dans la théorie dite éclectique de Dunning. Cette théorie,
connue également sous le nom de paradigme OLI (Ownership, Localisation, Internalisation),
suggère la présence de trois avantages qui expliquent le choix d’IDE par une firme
multinationale, il s’agit de la possession d’avantages spécifique, de localisation et
d’internalisation18 :
17
. Meier O., « Entreprise multinationale », ed. Dunod, Paris, 2005.
18
. Muchielli J. L., « Alliances stratégiques et firmes multinationales : une nouvelle théorie pour de nouvelles
formes de multinationalisation ». In: Revue d'économie industrielle. Vol. 55. 1er trimestre 1991. pp. 118-134.
16
1.2.3.1 L'avantage spécifique de la firme « O »
Cet avantage représente l'avantage exclusif que peut avoir la firme multinationale vis-à-vis des
firmes locales du pays d'accueil. Il consiste en la maîtrise d'un produit nouveau, d'un nouveau
processus de production ou d’un actif intangible comme la réputation de la qualité du produit ou
le management de l’entreprise.
Il est généralement lié aux caractéristiques du pays hôte. En effet, en produisant à l'étranger, la
firme peut éviter les barrières naturelles ou artificielles à l’échange comme les droits de douane,
les quotas à l’exportation ou l’importation, les coûts de transports, etc. Elle peut aussi bénéficier
d'un accès préférentiel à d'autres marchés, dont bénéficie le pays hôte. Cet avantage peut être lié
à l'allocation spatiale des ressources naturelles entre les pays.
Pour se rendre attractifs, les pays hôtes doivent passer par différents stades de développement.
Ainsi, Dunning étend une théorie sur ces différents stades. Il examine les relations entre deux
paradigmes, à savoir son analyse en termes OLI et une analyse de Koopman et Montias (1971)
appelée « paradigme ESP ».
Cette dernière étudie l’évolution des variables structurelles des pays concernant l’Environnement
(E), le Système (S) et le Politique (P). L’environnement (E) d’une économie comprend les
ressources naturelles et humaines ainsi que son infrastructure technologique disponible pour
utiliser et adapter ces ressources et la taille des marchés. Le système (S) concerne les institutions
politiques, économiques et sociales. L'interface entre le Gouvernement et le secteur privé fait
également partie de la variable système. Le politique (P) inclut les actions spécifiques des
autorités gouvernementales afin de réaliser leurs objectifs économiques et sociaux, ainsi que
leurs politiques commerciales internationales et d’investissement à l’étranger.
Ces variables structurelles changent avec le temps, c'est le cas, par exemple de la variable
« environnement » qui croît lorsque le PNB par habitant augmente. Pour la variable système,
plus le pays est développé et plus les marchés sont efficients ; cela engendre alors une préférence
pour les transactions externalisées. La variable politique évolue également lorsque, par exemple,
un gouvernement encourage les projets multinationaux avec participation de firmes locales,
comme c’est le cas dans les pays en voie de développement, mais aussi dans les pays
développés.
17
Dunning résume ces évolutions en indiquant, que la propension d’un pays à générer moins de
flux internalisés au sein des firmes et plus de flux externalisés, s'accroît du fait de l'efficience des
marchés, et ce, au fur et à mesure que le pays se développe. Les formes de l'investissement
international vont alors dépendre de l'évolution des variables S et P, influencées par les
interventions des Etats ainsi que par l'évolution de la variable E, influencée elle-même par la
croissance du Produit National Brut.
Ainsi, pour l'auteur, les droits de propriété et les produits intermédiaires seront d'autant plus
facilement transférés entre deux pays par l'intermédiaire du marché ou des accords contractuels.
Enfin, la firme multinationale dispose d'un avantage d’internationalisation car en présence des
deux précédents, il n'est pas toujours profitable d'installer une nouvelle filiale à l'étranger. Si la
firme envisage d'accorder une licence de production à une firme locale, elle sera confrontée à
deux principales difficultés : d'une part, elle n'est pas incitée à révéler la totalité de son processus
ou de sa technologie de production du fait que la firme à laquelle elle concède la licence peut
rejeter le contrat, copier la technologie à moindre coût et devenir une concurrente de la
multinationale. D'autre part, il existe un problème d'asymétrie d'information entre la
multinationale et le licencié, liée au fait que tout accord doit comporter des incitations à
maintenir la réputation sur la qualité ou la marque du produit pour ceux à qui on concède la
licence. Ces difficultés créent une incitation à internaliser les transactions au moyen de
l'implantation directe, donc à l'apparition des flux d'IDE.
Dans une revue récente de la littérature, Blonigen (2005) rassemble des travaux sur le sujet
autour de deux problématiques et deux approches méthodologiques19. En se basant sur le
paradigme OLI de Dunning, il examine les motivations et analyse les déterminants de l’IDE à
partir d'une approche d'équilibre partiel de la firme multinationale. D’une part, il discute des
facteurs spécifiques internes à la firme (modèles microéconomiques) qui expliquent la décision
de produire à l’étranger plutôt que d’exporter ou d’accorder des licences, autrement dit le choix
du mode d’accès à un marché étranger. Il s'agit essentiellement de facteurs comme la présence
d'actifs intangibles spécifiques à la firme tels que la technologie de production ou des savoir-
faire managériaux. D’autre part, il examine les facteurs externes (macroéconomiques exogènes)
qui expliquent le choix de la localisation et les flux d'entrée d’IDE dans une économie
19
. Driss S., « L’attractivité des investissements directs étrangers industriels en Tunisie » in « Région et
Développement », n° 25, 2007.
18
particulière. Ces facteurs sont représentés essentiellement par les effets liés à la volatilité des
taux de change, la taxation (ou la fiscalité), la qualité des institutions (incluant la corruption, la
propriété intellectuelle, le développement des infrastructures, etc.) et par la protection et la
libéralisation commerciale20.
Par ailleurs, en se focalisant sur l’avantage de localisation de Dunning (1993), Mucchielli stipule
que l’entreprise décidera de l’implantation d'une unité de production à l’étranger en fonction de
quatre déterminants principaux21 :
- la taille du marché en termes de demande exploitable à partir de chaque localisation ;
- le coût des facteurs de production ;
- le nombre d'entreprises locales et étrangères déjà présentes (c'est-à-dire en fonction du
niveau de développement et de la concurrence dans l'industrie en question) ;
- les différentes politiques locales qui peuvent intégrer des éléments comme les avantages
fiscaux, la possibilité de rapatriement des bénéfices, la création de zones de libre échange
et d’intégration régionale, etc.
Les quatre principaux déterminants de la localisation cités précédemment jouent un rôle plus ou
moins important en fonction de la nature d'implantation, verticale ou horizontale. Dans les
modèles d'intégration horizontale, les tailles du pays investisseur et du pays d'accueil (mesurés
par exemple à travers leur produit intérieur brut) apparaissent comme des déterminants
privilégiés de l'importance du degré d'internationalisation des économies (selon Ferrara et
Henriot, 2004). Par contre, les écarts des coûts salariaux constituent une des variables les plus
importantes du modèle d'intégration verticale. La distance géographique a un rôle ambigu22.
Conformément au modèle horizontal, les flux d'IDE devraient croître avec la distance entre pays
investisseur et pays d'accueil et, dans un modèle vertical, la distance joue un rôle de répulsion,
elle peut être considérée comme barrière commerciale (barrières tarifaires et non tarifaires, coûts
de transport). Aussi, la présence de différences culturelles et juridiques peut être un obstacle à
l'implantation des firmes dans un pays étranger.
Bien que les théories décrites précédemment apportent des explications sur la raison de
l’internationalisation des firmes, elles ont aussi fait l’objet de plusieurs critiques y compris la
20
. Ces facteurs seront étudiés en détails dans le 2ème chapitre de notre travail.
21
. Mucchielli J.L., « Multinational et mondialisation », ed. Seuil, Paris, 1998.
22
. Ferrara L. et Henriot A., « La localisation des entreprises industrielles : Comment apprécier l’attractivité des
territoires ? », Economie Internationales, 2004, pp. 91-111.
19
théorie du cycle de vie du produit et celle du paradigme électrique. Ce dernier a été critiqué
notamment pour son caractère statique, qui semble accorder peu d’importance au rôle que peut
jouer la stratégie des autres firmes. Dunning ne prend pas en compte les actions et les choix des
firmes concurrentes locales et étrangères. D’autres théories, connu sous les nouvelles théories de
la multinationalisation sont venu pour compléter les précédentes.
23
. Coissard S., « Perspectives. La nouvelle économie géographique de Paul Krugman Apports et limites », Revue
d’Économie Régionale et Urbaine, 2007, pp. 111-125.
24
. Mucchielli J.L. et Mayer T., « Economie internationale », ed. Dalloz, 2010.
20
Hymer et Rowthorn25 montrent que la délocalisation d’une firme appartenant au pays A vers le
pays B déstabilise les firmes du pays B appartenant au même secteur ; les firmes du pays B
réagissant en investissant à leur tour dans le pays A. Cette approche suppose que les firmes
effectuent la majorité de leur chiffre d’affaires sur leur marché national : toute entrée d’un
nouveau concurrent sur ce marché est donc susceptible de réduire les profits des firmes
installées. C’est ainsi que certains auteurs ont analysé la délocalisation des firmes européennes
aux Etats-Unis dans les années 1980 comme une riposte aux investissements américains en
Europe dans les années 1960-1970.
L’explication de la formation des oligopoles peut se tirer du principe du cycle de vie de produit,
fondé sur l’innovation de la firme. En effet, comme cela a été exposé par Vernon, pour les
firmes, lors de l’arrivée du produit à maturité, l’avantage technologique absolu s’estompe
progressivement, ce qui modifie la situation de monopole par la situation d’oligopole et
l’apparition des entreprises imitatrices.
Enfin, un certain nombre d’études se sont orientées vers une troisième voie, en estimant des
spécifications basées sur le modèle du capital-savoir (knowledge capital)26, qui combine
l’approche horizontale et verticale. Une augmentation de la différence de dotation en travail
qualifié conduit à une hausse de l’investissement du pays où l’emploi qualifié est abondant vers
le pays où la dotation en emploi qualifié est plus faible, conformément au modèle vertical. Mais
cet effet diminue lorsque le pays d’accueil est petit. Une distinction importante par rapport au
modèle horizontal réside dans le fait que, dans le modèle de knowledge capital, les centres de
décision utilisent davantage de travail qualifié que les unités de production. Les services des
centres de décision peuvent par ailleurs être fournis à plusieurs unités de production, avec un
faible coût marginal. Une prédiction de ce modèle est donc que les entreprises vont arbitrer leur
localisation en fonction des critères relatifs à l’abondance en travail qualifié et à la taille des
pays, et de l’interaction entre ces variables.
Par exemple, si deux pays sont différents en termes de dotation en travail qualifié, mais
similaires en termes de taille, il y a alors une incitation à localiser les centres de décision dans le
25
. Hymer S.H., « The efficiency of multinational corporations », The American Economic Review n°60, 1970, pp.
411-448. In Pitelis C.N., “Stephen Hymer, the Multinational Firm and Multinational Corporate Capital », 7th
Conference of the Greek Historiens of Economic Thought National University of Athens, 27-28 May, 2005.
26
. Ferrara L. et Henriot A., op.cit.
21
pays où le travail qualifié est abondant et la production dans le pays où le travail qualifié est rare.
Lorsque deux pays ont des dotations en travail qualifié comparables mais sont de tailles
distinctes, alors l’implantation dans le plus grand pays sera favorisée. Si les estimations de
Carr, Markusen et Markus (2001) conduisent à valider le modèle de knowledge capital,
Bloningen, Davies et Head (2003) rejettent cette hypothèse en insistant sur les problèmes de
spécification de la variable décrivant la dotation factorielle. Ils démontrent ainsi que le modèle
horizontal a une meilleure valeur prédictive : l’importance de l’activité des filiales à l’étranger
décroît lorsque la différence en dotation en travail qualifié entre le pays investisseur et le pays
hôte s’élargit.
Afin d’assurer sa pérennité, toute entreprise doit créer de la valeur. De ce point de vue, elle doit
orienter l’ensemble de son organisation vers cet objectif général. Cela se traduit par la réalisation
d’actions permanentes et spécifiques à l’essor de l’entreprise.
En effet, il existe trois types de stratégies pouvant guider les choix d’implantation d’une firme
(stratégie d’approvisionnement, stratégie de marché et stratégie par les coûts). Ces stratégies
peuvent être choisies en fonction des orientations géographiques mais aussi en fonction des
branches d’activités des multinationales, de leurs objectifs et des caractéristiques propres aux
pays hôtes. Il s’agit dans cette section de les énumérer en expliquant pourquoi les firmes
recourent à l’investissement à l’étranger et de présenter les critères qui guident la nature de cette
localisation.
27
. Levasseur S., « Investissement Direct à l’Etranger et Stratégie des entreprises multinationales », Revue de
l’OFCE : l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques, Paris, 2002.
22
2.1 Les stratégies de rationalisation de la production
Appelées aussi stratégies par les coûts, ces stratégies correspondent à la délocalisation de la
production de la société mère dans des pays à faibles coûts de production28.
En effet, la stratégie de rationalisation peut exprimer la volonté des firmes de baisser les coûts
des facteurs de production29 (en main d’œuvre, en matières premières, en logistique, en énergie,
en charges et fiscalité, etc.) afin d’améliorer la compétitivité des firmes (par la baisse des prix sur
le marché et augmenter ainsi les ventes).
Ce besoin de rationalisation des coûts correspond à une stratégie dite « verticale » ; Nord-Sud,
qui se traduit par l’implantation d’une « filiale atelier »30 spécialisée dans un segment particulier
du processus (en partant de la production jusqu’à la distribution). Selon l’optique de Lankes et
Venable (1996), ces IDE sont donc susceptibles de modifier les choix de localisation lorsque les
avantages comparatifs en terme de coût de production disparaissent.
Cependant, parmi les critères d’abaissement des coûts de production en Algérie, on compte en
majeur partie les activités nécessitant des matières premières abondantes telles que le gaz ou le
pétrole. Les autres pays du Maghreb (le Maroc et la Tunisie) sont mieux positionnés par rapport
à cet argument d’implantation, notamment dans la fabrication des composants de production.
En effet, par la recherche de compétitivité prix, les entreprises cherchent à réduire leurs coûts de
production, en l’occurrence les coûts salariaux.
Par la réduction des coûts salariaux, le coût unitaire de production (c’est-à-dire le coût moyen
par unité produite) est de même réduit, et permet ainsi à l’entreprise d’avoir une compétitivité
coût et donc prix, sur le marché. En effet, la baisse du coût salarial va permettre à l’entreprise de
produire le même produit, mais moins cher : le prix de vente baisse et concurrence les autres
entreprises.
28
. Le coût de production représente, en effet, l’ensemble des dépenses qui ont permis la production d’un bien ou
d’un service destiné à être vendu.
29
. Boualam F., « L’investissement direct à l’étranger : le cas de l’Algérie », thèse de doctorat en économie, sous la
direction du Pr. Dumas A., soutenue à l’université de Montpellier I, Faculté d’économie, Ecole doctorale Economie
et Gestion, juillet 2010.
30
. Van Huffel C., « Investissements directs étrangers : Problèmes et Enjeux pour les pays du Sud et de l’Est de la
méditerranée », Revue Région et Développement, n°13, 2001. pp.195-216.
23
L’entreprise renforce ainsi sa compétitivité prix par une stratégie de localisation de sa production
dans des pays à coûts salariaux relativement faibles.
Selon la définition de l’OCDE, les prix de transfert sont « les prix auxquels une entreprise
transfère des biens corporels, des actifs incorporels, ou rend des services à des entreprises
associées ».
Selon l’hypothèse de Weber A. (1868- 1958), l’entrepreneur cherche à réduire ses coûts de
transport entre les inputs (ce qui entre dans le processus de production) et les outputs (le
marché) selon une loi du moindre effort. Si le rapport inputs / outputs est supérieur à 1,
l’entreprise est dépendante des inputs telles que les matières premières, et va être incitée à
s’installer près d’une mine par exemple. En revanche si le rapport est inférieur à 1, l’entreprise
est dépendante des outputs, c’est-à-dire le marché, ce qui conduira à une localisation proche des
consommateurs potentiels.
En relation avec ce coût, il y a de plus le prix des matières premières, prix qui influence les prix
de production et la compétitivité des entreprises, particulièrement celles les plus dépendantes des
matières premières : par exemple, le pétrole pour transporter des produits semi-fini d’une filiale
atelier à une autre, ou des matières nécessaires à la confection du produit tel que le zinc et
l’aluminium.
Par ailleurs, la hausse des prix des matières premières a un impact sur les transports : si le
transport maritime représente en moyenne 4% du prix final des biens manufacturés. Cette
proportion atteint 10% à 20% pour les matières premières agricoles, et jusqu’à 25% ou 30% pour
les matières premières industrielles.
24
Par ces coûts, certaines entreprises vont se délocaliser afin d’avoir un accès direct ou meilleur
aux ressources naturelles et réduire ainsi la distance.
Aussi, les coûts de transfert de technologie rentrent dans ces dépenses : on entend par « transfert
de technologie » l’ensemble des compétences et des résultats techniques développés au sein des
laboratoires.
Les laboratoires généralement appelés émetteurs dans ce contexte, souhaitent transférer leurs
compétences à des récepteurs, c’est-à-dire les entreprises, qui peuvent être intéressés à acquérir
des technologies nouvelles. Le transfert découle donc de la rencontre d’un laboratoire cherchant
à transformer ses résultats de recherche en valeur économique et d’un industriel voulant faire
appel à un centre de compétences pour présenter une offre compétitive sur ses marchés.
Enfin, la notion de coût de transaction, qui représente l’ensemble des coûts induits par les actions
des entreprises (coût de recherche et d’information, coût de négociation et de décision, coût de
surveillance en cas de problème d’asymétrie et de décision), est un coût qui rentre dans le calcul
total des coûts de production.
L’ensemble de ces coûts sont compris dans le prix du produit vendu. Plus ces coûts sont
importants, plus le prix augmente, et moins l’entreprise est compétitive. Une entreprise peut
donc localiser sa production en fonction de l’ensemble de ces coûts, et aussi du coût de la main
d’œuvre, pour diminuer ses coûts de production et améliorer sa compétitivité - prix.
Cependant, l’avantage du faible coût de la main d’œuvre et des coûts inhérents à la production
n’explique pas à lui seul l’émergence et la multiplication des délocalisations. En effet, de plus en
plus d’entreprises sont attirées par les grands pôles de compétitivité qui réduisent les coûts de
transfert, de transport, de technologies, et par l’attractivité des territoires qui offre de nombreux
avantages, notamment la création de zones défiscalisées.
Contrairement aux idées dominantes, la première cause de délocalisation n’est pas forcément les
coûts salariaux, mais aussi l’attraction de certaines zones par une concentration géographique de
nombreuses entreprises et par des zones géographiques stratégiques aux caractéristiques
attrayantes.
25
Par ailleurs, comme vu précédemment, le choix d’implantation des firmes est motivé par
l’exploitation d’avantages spécifiques que possèdent ces dernières. Ces avantages (image de
marque, savoir-faire technique ou organisationnel, ect)31 leur permettent de tirer parti d’une
opportunité d’investissement plus facilement que les firmes locales, ne possédant pas ces
avantages.
La firme a intérêt à les exploiter elle-même plutôt que de tenter d’entrer dans une relation
contractuelle avec un partenaire local. Le meilleur exemple en est un secret de fabrication : par
définition, ce secret n’est pas disponible sur le marché pour un acheteur étranger. Et négocier la
valeur de ce secret avec un partenaire étranger conduirait à le dévoiler.
Cette volonté correspond généralement à une stratégie « horizontale » qui se traduit par une
implantation nord-nord et impliquant l’installation d’une « filiale relais »32. Cette dernière sert de
pont vers les pays étrangers difficiles d’accès à cause de certains paramètres tels que les barrières
protectionnistes, les coûts de transport et l’intensité de la concurrence, qui sont donc substitués
par des opérations d’exportation ou d’implantation directe d’unités de production sur un marché
étranger.
Les flux d’investissement nord-nord se développent au sein de la triade33 : (l'ensemble des trois
régions qui ont tendance à dominer l'économie mondiale et la conduite de la politique
internationale : l'Amérique du Nord (les États-Unis et le Canada), l'Europe occidentale (l’Union
européenne, la Norvège et la Suisse) et l'Asie-Pacifique (le Japon et la Corée du Sud). Ils
réalisent entre eux environ 80 % du commerce mondial.
31
. C’est ce que Porter a appelé par la suite « l’avantage concurrentiel » dans son ouvrage « L’avantage
concurrentiel » publié en 1985.
32
. Van Huffel C , op.cit.
33
. Michalet C.A., « Qu’est ce que la mondialisation ? », ed. La Découverte, Paris, 2002. P.61.
26
2.2.1 La stratégie des clusters
Lancés en 2004 pour maintenir et développer les activités industrielles en France, les pôles de
compétitivité ont pour objectif de créer une dynamique de cluster (grappes), un mode
d’organisation industrielle dont les vertus ont été mises en évidence par Alfred Marshall dès la
fin du XIXe et plus récemment par Becattini G. et Porter M.
En effet ils soulignent les effets bénéfiques des clusters sur la productivité, l’innovation et la
création d’entreprises. L’exemple le plus connu de ces clusters d’innovation étant Sillicon
Valley, née de la concentration d’entrepreneurs dans la vallée de Santa Clara.
Inspirés des districts marshalliens, des clusters et des effets d’entraînement des technopoles, telle
que Sophia Antipolis, les pôles de compétitivité ont pour vocation de soutenir l’innovation,
favoriser le développement des projets collaboratifs de recherche et développement (R et
D) particulièrement innovants.
Ces pôles attirent ainsi des entreprises, aussi par le fait que les États s’ «attachent à promouvoir
un environnement global favorable aux entreprises et à l’innovation et à soutenir l’effort de
recherche et de développement déployé au sein des pôles de compétitivité »35.
La multiplication de ces pôles permet à une économie nationale d’occuper une position
dominante par la généralisation des effets d’entraînement, mais attire aussi des entreprises qui se
délocalisent afin d’obtenir les effets bénéfiques de ces pôles de compétitivité et ainsi d’accroître
et d’améliorer leurs performances : en 2010, la Chine et les Etats-Unis ont attirés à eux seuls
respectivement 105 et 228 milliard de dollars US d’IDE selon la CNUCED.
En effet, les pôles de compétitivité ont les mêmes vertus que les districts marshalliens dans le
sens où l’agglomération des entreprises réduit les coûts de production, notamment de transaction,
facilite l’approvisionnement, et réduit ainsi les coûts de transfert, (par exemple l’entreprise
Renault qui est situé dans le même district que Michelin) par des effets de contact (contact direct
34
. Dang R.G. et Longhi C., « Clusters et stratégies de clusters : le cas su pôle de compétitivité « solutions
communicantes sécurisées », Revue d’Economie Industrielle, 4ème trimestre 2009, pp. 121. 152.
35
. Ibid.
27
entre l’entreprise qui produit des voitures et celle qui fabrique les pneus par exemple). Ces effets
d’agglomération, de regroupement, entraînent des externalités de connaissances, et plus
précisément ce que l’on appelle des « économies d’échelle externe ».
Le réseau attire, dans le cadre d’une compétitivité hors-coût et hors-prix, des entreprises qui
seront capables de fabriquer des produits de plus en plus performants, mais aussi d’attirer des
travailleurs de plus en plus qualifiés. Cela permet, en définitive, une hausse de la productivité par
une hausse de la qualité de la production.
Pour des causes stratégiques, certaines entreprises font des choix d’organisations industrielles
dans le sens où elles se délocalisent afin d’être plus proche de la demande, pour être flexible face
à l’évolution des goûts. Elles se rapprochent ainsi des marchés pour mieux répondre à la
demande des consommateurs.
Cette démarche est typique des entreprises qui se délocalisent non pas pour des raisons de coûts.
Elles recherchent plutôt des zones géographiques stratégiques leur permettant d’avoir un impact
bénéfique sur leurs ventes et de répondre à la variabilité de la demande des consommateurs.
Par ailleurs, la localisation à l’étranger peut aussi être motivée par un désir de se rapprocher des
consommateurs que l’entreprise ne pourrait sans cela atteindre (c’est le cas de nombreux services
n’étant pas exportables). En effet, l’entreprise peut mieux répondre aux besoins des
consommateurs et à leur évolution, en particulier en termes de différentiation et de
personnalisation. Elle peut aussi améliorer son image de marque en se donnant une image
d’entreprise nationale auprès des consommateurs, alors qu’elle est étrangère. La production par
la filiale relais représente actuellement la forme la plus répandue.
Enfin, certains pays ont des infrastructures mieux adaptées, un environnement, des
réglementations et une fiscalité plus attrayante. C’est ce dont traite Albert Michalet dans son
ouvrage « La séduction des nations ou comment attirer les investissements ».
28
Il s’agit d’une nouvelle génération de stratégie qui repose sur la vente de technologie : brevets,
licences, usines clés en main, savoir-faire, ingénierie et assistance technique36.
La stratégie techno-financière correspond à une forme d’internationalisation fondée sur les actifs
intangibles de la firme et les compétences de son capital humain plutôt que ses actifs financiers.
« La stratégie technico-financière marque l’aboutissement d’un glissement des activités à
l’étranger des firmes ; de la production matérielle directe vers la fourniture de services. La base
de sa compétitivité est désormais fondée sur la définition d’un savoir faire et sur la Recherche et
Développement (R et D). La firme va désormais tenter de valoriser cet avantage dans tous les
secteurs où des applications de ses compétences technologiques sont possibles. Par là, elle a
vocation à sortir de son secteur d’origine et à se diversifier selon des modalités entièrement
originales. Sa nouvelle force réside dans sa capacité à monter des opérations complexes, qui
exigeront de combiner des opérations venant d’horizons très divers : entreprises industrielles,
sociétés d’ingénierie, banques internationales, organismes multilatéraux de financement. Parmi
ceux-ci, certains seront locaux, d’autres étrangers, d’autres auront un statut international »37.
Cette stratégie a été développée par les FMN du secteur primaire au XIXème siècle. Elle
consiste à ce que la filiale étrangère fournit des produits à la société mère. En effet, les
entreprises s’internationalisent également pour avoir un accès direct à des matières premières
(pétrole, gaz, uranium…) qu’elles ne possèdent pas dans leur pays d’origine. Ainsi, apparait
l’implantation de filiales dans les pays producteurs de matières premières.
Les stratégies de localisation sont diverses, chacune ayant pour but final une maximisation du
profit, une recherche de compétitivité de plus en plus importante face à une concurrence de plus
en plus accrue. Outre le fait d’une recherche d’une compétitivité prix, se profile l’aspect
« qualitatif » des stratégies de localisation, dans le sens où les entreprises semblent être attirées
par des environnements favorables et attrayants qui offrent des avantages comme par exemple
des zones franches.
36
. Boualam F., op. cit.
37
. Michalet C.A, « Les multinationales et la crise, Tiers-Monde », vol.26, n°104, 1985, pp. 931-932 ; en Chesnais
F., « La mondialisation du capital », édition Syros, Paris, 1994, p.57.
29
En conclusion, plusieurs études empiriques, le plus souvent sur des données américaines et des
données relatives aux pays de l'OCDE, ont tenté de valider les modèles théoriques énumérées
dans ce chapitre. Brainard (1997) trouve que la localisation des entreprises américaines à
l'étranger est positivement corrélée avec le niveau des droits de douane, des coûts de transport et
des économies d'échelle au niveau de la firme. Markusen et Maskus (1999) montrent que la
localisation de ces mêmes entreprises est liée positivement à la taille du pays d'accueil et
négativement à la différence de taille des pays comme à la différence relative de qualification de
la main-d’œuvre.
Les résultats de ces travaux, qui plaident en faveur du modèle horizontal38, sont validés aussi par
Ferrara et Henriot (2004). Ils montrent que les activités des firmes multinationales sont
positivement liées à la similarité en termes de taille des marchés et négativement liées à la
distance géographique et aux différences de coûts salariaux.
Par ailleurs, si la majorité des travaux cités ci-dessus plaident en faveur du modèle d'IDE
horizontal entre pays développés, très peu de travaux s'intéressent au modèle d'IDE vers les pays
en développement (Bénassy-Quéré et Al, 2005). Ainsi, Hanson, Mataloni et Slaughter (2001)
soulignent que les choix de localisation des entreprises multinationales répondent à des
approches diversifiées (externalisation d’activité, plate-forme d’exportation, distribution) en
fonction des caractéristiques des pays d’accueil, mettant en évidence la possibilité
d’investissement directs de type vertical39.
Cependant, tous les secteurs d’activité n’ont pas nécessairement la même propension à se
multinationaliser et toute étude des déterminants de cette forme d’internationalisation devrait
38
. Driss S., op. cit.
39
. Ibid.
30
contrôler cette dimension sectorielle. En réalité, les entreprises multinationales sont
particulièrement présentes dans les secteurs à forte intensité en (R et D), à forte intensité en
travail qualifié, à forte différentiation des produits, bref au sein des activités où les actifs
incorporels (le knowledge capital) sont importants.
Ce type de principe permet de comprendre le dynamisme des échanges mondiaux pour les
produits l’industrie pharmaceutique. Sur la panoplie des théories traites précédemment, deux
peuvent être adaptées aux conditions du marché pharmaceutique. Il s’agit, de la théorie du cycle
de vie du produit et la théorie OLI qui fonderont la base de notre recherche.
En effet, les cycles de vie des médicaments suivent la même logique de Vernon. Ainsi, la phase
de lancement du médicament prend plusieurs années. Elle est munie de fortes capacités de
recherche et développement pour la découverte d’une nouvelle molécule. La phase de croissance
correspond à la période où le médicament est protégé par un brevet. La demande du produit
devient très forte dans le pays d’origine et dans le pays hôte. C’est en cette période que la firme,
grâce à l’avantage concurrentiel qu’elle possède, réalise des économies d’échelle. Environ
quinze ans plus tard, le brevet du médicament arrive à expiration, survient alors la phase de
maturité où des médicaments génériques (moins chers que le médicament éthique) seront
produits par d’autres laboratoires pharmaceutiques, qui commencent à délocaliser leur
production dans les pays en voie de développement. La perte de l’exclusivité pousse la firme à
mettre sur le marché un nouveau médicament lui permettant de rester compétitive. Enfin la phase
de déclin c’est lorsque les vente de la firme diminuent pour laisser place aux médicaments
génériques qui sont beaucoup moins chers et qui sont disponibles même dans le pays d’origine.
31
Chapitre II : Le processus d’internationalisation des firmes
L’expansion d’une firme multinationale sur des marchés étrangers peut prendre plusieurs formes
: exportation directe à partir de sa base nationale, implantation d'une filiale de commercialisation,
possession d'une unité de production (par création ou par rachat d'une entreprise locale),
concession d'une licence de production à une firme étrangère ou bien formation d'une joint-
venture avec une firme nationale du pays hôte. Le choix entre ces différentes alternatives est
fonction de plusieurs variables relatives non seulement au potentiel de la firme (évalué à travers
un diagnostic interne) mais aussi aux opportunités et menaces du marché ciblé (degré de maturité
du produit, barrières à l'échange, etc.).
D’une manière générale, la conquête de marchés étrangers se fait par étapes : l’exportation, la
mise en place d’un distributeur local puis d’une filiale commerciale et enfin la fabrication sur
place, la création de filiales relevant de l’investissement direct à l’étranger (IDE) et impliquant
un transfert de technologie etc. chacune de ces formules présente ses avantages et ses limites et
ne comportent pas toutes un engagement en capital.
Au stade initial de leur processus d’expansion internationale, les entreprises optent souvent pour
un mode d’entrée sans engagement en capital, car moins exigeant et moins risqué.
32
1.1 L’exportation directe
Les politiques d'exportation, qui permettent à l’entreprise de vendre ses produits à l’étranger,
font office de première étape de développement international. Elle les fabrique sur le marché
intérieur et les exporte vers des marchés étrangers. Le processus de production n'est en aucun cas
modifié, les produits ne subissent non plus aucune modification ni adaptation aux marchés
étrangers. Cette politique d'exportation peut être mise en œuvre en adoptant plusieurs méthodes.
L'entreprise n'aura pas donc besoin de participer à des salons professionnels à l'étranger, de
mobiliser une force de vente à l'étranger via des agents commerciaux ou des représentants
salariés40.
L’exportation indirecte, appelée aussi « l’exportation sous-traitée », est choisie lorsqu’une entité
contourne les difficultés liées à une exportation directe. L'entreprise recourt alors à la structure
de distribution d'intermédiaires qui ont les ressources et les compétences nécessaires en matière
commerciale, culturelle et linguistique, ainsi que l’expérience et la connaissance du marché
(modes de transport, clients, fournisseurs, réseaux de distribution, réglementations, etc.).
40
. Croue C., « Marketing international », ed. De Boeck-wesmaels, Bruxelles, 2002, p.41.
41
. Le concessionnaire est un importateur qui possède l’exclusivité de distribution sur une zone géographique donnée
42
. Meier O., « Entreprise multinationale », ed. Dunod, Paris, 2005, p.94.
33
1.2.1 La Société du Commerce Internationale (SCI)
La SCI est un négociant (trader). C'est une société d'import-export qui achète pour son propre
compte des produits appartenant à d'autres entreprises et qui ensuite les revend en son nom
propre sur les marchés étrangers en y appliquant la marge voulue43.
L'entreprise gagne un temps considérable dans la pénétration d'un marché étranger en se
déchargeant complètement de la gestion liée à la vente de ses produits auprès de la société de
commerce international. En effet, celle-ci dispose généralement :
- d’un réseau de distribution local (succursales, filiales, réseaux de détaillants, ...) et une
infrastructure logistique (entrepôts, moyens de transport, ...) ;
- d’une expertise approfondie des produits et des marchés dans lesquels elle est spécialisée
(langue, culture, mentalités, usages commerciaux, réglementations, environnement
politique, administratif et économique, réseaux de distribution, risque politique, ...). Elles
sont donc à même d'apprécier les chances de succès dans des marchés précis, notamment
les plus difficiles ;
- d’un réseau de contacts professionnels locaux.
Par ailleurs, le risque commercial à charge de l'exportateur est faible car la vente se réalise dans
le marché domestique. L'entreprise ne doit donc pas prospecter le marché, s'occuper du transport
et des formalités administratives liées à l'exportation.
- l'entreprise exportatrice perd tout le contrôle de l'activité d'exportation (la société décide
elle-même ce qui sera vendu, comment, où et à quel prix il sera vendu) et risque de
perdre le marché.
- les prix et les marges pour l'exportateur sont potentiellement faibles.
- les exigences de la société de commerce au niveau des conditions générales de vente,
d'emballage, de prix, ... peuvent être élevées. Celles-ci dépendent généralement de la
capacité d'achat de la société de commerce ;
- ces intermédiaires sont spécialisés géographiquement. Il est donc impossible d'y recourir
sur tous les marchés ;
- ces intermédiaires sont susceptibles de commercialiser des produits concurrents.
43
. « Les étapes clés de votre expansion » sur : http://www.cci.fr/web/international/developpement-International/-
/article/Vous+informer/Vous+informer.
34
Les entreprises qui ont peu d'expérience à l'exportation et qui n'ont pas de structure export ni de
personnel compétent et disponible pour l'exportation peuvent trouver un certain intérêt dans cette
formule.
Cette démarche conviendra également aux entreprises plus expérimentées qui veulent tester les
marchés difficiles, par exemple à cause de l'instabilité politique qui y règne.
La SGE est une société de service indépendante qui remplit l’ensemble des fonctions du
service export d'une entreprise, dans le cadre d'un contrat de mandat.
Elles agissent au nom de l’exportateur en tant que commissionnaires exportateurs à la
vente et sont rémunérées d’une part par un abonnement mensuel (fixé à l’avance ) et
d’autre part par une commission sur les ventes44.
Une entreprise exportatrice s'adressera à une société de gestion export lorsqu'elle ne dispose pas
de suffisamment de ressources humaines, de ressources financières, de savoir-faire et de temps
pour prendre en charge elle-même l'activité d'exportation. De telles sociétés fourniront également
une assistance ponctuelle à des entreprises dont le service export est surchargé.
44
. Suarez A., « Commerce international et environnement », ed. Hachette, 2010.
35
Il ne faut pas considérer ce mode de pénétration comme un moyen de développer une présence
durable à long terme sur un marché car généralement les sociétés de gestion export font écran
entre les clients étrangers et l'entreprise. De plus, lorsque les ventes atteignent un certain volume,
il est préférable que l'entreprise prenne elle-même en main l'activité d'exportation et développe
sa propre expertise.
Le bureau d'achat à l’étranger établi dans le pays domestique de l'exportateur est une cellule
d'achat mandatée qui agit pour le compte d'une entreprise « maison-mère » étrangère (chaînes de
distribution, entreprises industrielles, ...).
Cette cellule d'achat est à la recherche d'entreprises susceptibles de lui fournir des produits
adaptés aux besoins et aux goûts des consommateurs de leur pays d'origine. Ces produits sont
généralement des biens de consommation vendus sous marque et qui bénéficient d'une image
forte liée à leur pays d'origine45.
Le bureau d'achat possède en général un service logistique qui gère toutes les opérations
d'exportation (documents, transport, mode de règlement), si ce n'est le stockage.
L'exportation par l'intermédiaire d'un bureau d'achat à l’étranger présente les avantages suivants :
- la vente a lieu sur le territoire de l'exportateur ce qui implique que l'exportateur ne doit
pas mettre en œuvre de prospection pour pénétrer le marché étranger ;
- l'exportateur ne prend pas en charge les opérations logistiques, administratives et
financières associées à l'exportation ;
- le risque financier est très faible. En effet, le paiement a lieu sur le territoire domestique
de l'exportateur et s'effectue dans sa devise nationale ;
- l'exportateur ne doit pas maîtriser la langue de l'importateur ;
- les bureaux d'achat conseillent ou réclament souvent des adaptations au niveau des
produits afin qu'ils s'adaptent mieux aux exigences des consommateurs locaux. Il s'ensuit
que l'exportateur acquiert souvent une certaine connaissance des besoins locaux.
Malgré les atouts qu'offre cette formule, la vente à l'étranger par le biais d'un bureau d'achat
présente également quelques inconvénients :
45
. Ferrier D., « La concession commerciale », ed. Encyclopédie Dalloz, 1990.
36
- l’entreprise doit proposer des offres de prix très compétitives car elle affronte une
concurrence rude ;
- l’entreprise doit souvent adapter ses produits aux désirs du client ;
- l’entreprise est soumise à des contraintes strictes en matière de qualité et de respect des
délais ;
- les ventes sont ponctuelles ;
- l’exportateur n'a aucune connaissance des conditions de commercialisation de ses
produits, ni de leur succès sur le marché étranger.
La vente à l’étranger via un bureau d'achat conviendra particulièrement aux entreprises qui ne
disposent pas d’une organisation export, ni d’une expérience internationale fort importante.
37
Le franchisé est un commerçant indépendant qui gère le fonds de commerce et l'exploite à ses
risques. Il doit remplir un certain nombre d'obligations :
- financer la création du point de vente et prendre en charge une partie des frais de
commercialisation ;
- payer la rémunération prévue au contrat. Celle-ci peut se composer de droits d'entrée
fixes, d'une redevance annuelle d'exploitation des droits de propriété industrielle du
franchiseur proportionnelle au chiffre d'affaires ou encore d'une rémunération pour
prestation de services pour l'assistance commerciale et technique fournie par le
franchiseur ;
- veiller aux intérêts et à l'image de marque du franchiseur ;
- respecter la politique commerciale définie par le franchiseur (produits, méthodes,
marques, assortiments, garanties, ...). En général, il peut fixer lui-même les prix de vente
(la législation européenne impose d'ailleurs la liberté en cette matière) ;
- s’approvisionner exclusivement auprès du franchiseur ou d'autres fournisseurs agréés ;
- informer le franchiseur qui dispose d'un droit de regard ;
- ne pas commercialiser de produits et de marques concurrentes pendant et un peu après la
durée du contrat ;
- garantir la confidentialité des informations financières, techniques et commerciales
fournies par le franchiseur. Celui-ci restant propriétaire de la marque et du savoir-faire
commercial, le franchisé doit lui rendre toute la documentation technique et commerciale
en fin de contrat.
38
- filiale et joint venture. L'exportateur peut mettre en place un réseau de franchise dans un
marché étranger par le biais d'une société locale, qu'elle lui appartienne totalement ou
qu'elle soit co-propriété avec des partenaires locaux.
L’exportation via la constitution d’un réseau de franchisés présente quelques avantages pour
l'exportateur :
Certains pays interdisent la franchise commerciale car ils considèrent qu'elle est contraire au
principe de libre concurrence, notamment à cause de l'exclusivité territoriale dont bénéficie le
franchisé et de l'obligation qu'il a de s'approvisionner chez le franchiseur.
Le contrat de licence est un accord par lequel une entreprise d’un pays (donneur de licence ou
concédant) concède à une entreprise située dans un autre pays (licencié) le droit d'utiliser ou
d’exploiter, pendant une durée limitée et sous certaines conditions, l’un ou plusieurs droits de
propriété intellectuelle dont elle est titulaire sur un territoire défini.
La concession porte généralement sur un processus de fabrication ou une invention spécifiques
au donneur de licence et qui doivent être protégés dans le pays étranger visé. Dans ce cas on
parle de licence de brevet. Ce processus de fabrication peut également porter sur une marque,
auquel cas il y a cession de licence de marque. De plus, la vente du droit d’utiliser un processus
de fabrication doit parfois s’accompagner d’une formation du personnel et d’un transfert de
l’expérience opérationnelle liée à la technologie cédée. Il faut alors prévoir un contrat annexe de
cession de licence de savoir-faire (technique ou commercial).
La franchise commerciale s'apparente à la cession de licence de marque dans la mesure où il y a
utilisation par le franchisé de la marque du franchiseur. Cependant, il s'agit d'une licence
incomplète. En effet, un donneur de licence permet généralement au licencié de fabriquer un
produit complet alors qu'un franchiseur fournit généralement une part importante du produit fini
au franchisé.
Il existe également des licences réciproques. Celles-ci consistent pour chaque entreprise
contractante à accorder une licence pour ses produits à l'autre société partenaire. Cette formule
de partenariat permet à différentes entreprises de mettre en commun leur expertise et leurs
technologies d'une façon très simple.
Généralement, ce sont les entreprises qui ont une politique de R et D très poussée et des
technologies à courte durée de vie qui trouveront le plus d'intérêt à concéder des licences.
La concession de licence est un contrat temporaire et limité dans le temps (avec renouvellement
possible). Le lien entre les parties cesse donc en fin de contrat. Cependant, étant d'une durée
40
généralement longue (au moins 5 ans), ce contrat nécessite d'instaurer un véritable esprit de
partenariat.
Le plus souvent, le donneur de licence accorde une exclusivité territoriale au licencié c'est-à-dire
qu’il s'engage à ne pas concéder la même licence à une autre entreprise et à ne pas le
concurrencer lui-même sur le territoire défini. Il est cependant possible que l'entreprise
exportatrice ait plusieurs licenciés sur le même territoire pour des produits différents !
L'exclusivité est généralement réciproque. En effet, le licencié s'engage à ne pas exploiter et
distribuer des produits ou des marques concurrentes.
Lorsqu'elle cède une licence de brevet, de marque et de savoir-faire, l'entreprise exportatrice doit
respecter un certain nombre d'obligations, parmi lesquelles :
Le licencié étranger doit quant à lui respecter un certain nombre d'engagements, parmi lesquels :
- exploiter la licence en garantissant un certain niveau de qualité, conforme à celui fixé par
le donneur de licence ainsi qu'un volume de production et de ventes minima ;
- organiser la commercialisation du produit sous marque dans le territoire qui lui est donné;
- informer le donneur de licence de ses résultats ;
- assister le donneur de licence dans la lutte contre la contrefaçon ;
- apposer sur les produits une inscription du propriétaire de la licence, portant mention du
brevet ou de la marque ;
- respecter la confidentialité des informations qui lui sont transmises ;
- ne pas concurrencer le donneur de licence.
41
- une prime annuelle fixe à titre de garantie minimale ;
- une commission annuelle proportionnelle au volume de production ou aux ventes
réalisées par le licencié, à titre de rémunération principale.
Alors que les marques et brevets peuvent être protégés légalement, il n'en est pas de même pour
le savoir-faire. La seule protection de votre savoir-faire consiste à insérer dans le contrat des
clauses de confidentialité et de non concurrence.
La cession de licence présente de nombreux avantages pour l'entreprise exportatrice concédante :
- c’est un moyen très rapide, très facile et très peu coûteux de pénétrer et d’accroître la
notoriété d'une marque sur un marché étranger. Ce type d'exportation est particulièrement
adapté aux PME manquant de temps, de ressources humaines et financières. Le donneur
de licence utilise en effet l'infrastructure et l'expertise (connaissance du marché, des
consommateurs, en matière de gestion, ...) du licencié qui se charge de produire et de
commercialiser le produit sur le territoire concédé. Le capital à investir est très faible par
rapport aux autres modes d'implantation directe qui permettent une production locale. Les
coûts supportés par l'entreprise sont liés à la protection de ses droits de propriété
industrielle, à la recherche de partenaires potentiels, à la formation du licencié, à une
étude de faisabilité et de rentabilité, ... ;
- elle permet une production locale dans les marchés dont les gouvernements ne sont pas
favorables aux investissements directs réalisés par des étrangers. De tels pays favorisent
les licences aux investissements directs car elles permettent d'intégrer la technologie dans
leur marché et ce, à faible coût ;
- la production locale permet de "nationaliser" le produit et donc de faciliter les contacts
avec le gouvernement et les syndicats locaux mais aussi de fidéliser et de rassurer les
consommateurs ;
- elle permet de tester un marché en vérifiant son potentiel et l'intérêt que le produit suscite
auprès des consommateurs locaux, sans supporter de risque financier et sans investir trop
de temps ;
- le risque commercial est nul puisque le licencié assume l'intégralité de la
commercialisation ;
- elle permet de rentabiliser les investissements réalisé en recherche et développement qui
ont abouti à la mise au point d'une technologie.
42
L’implantation sur un marché étranger via une licence présente quelques inconvénients majeurs :
- risque de perte du marché car le licencié est un concurrent potentiel. En effet, le contrat
de licence implique le transfert d'une expertise qui peut s'avérer suffisante pour que le
licencié devienne autonome au terme du contrat ;
- risque que le licencié exploite de façon incomplète le marché et donc n'obtienne pas les
résultats commerciaux attendus. Or, dans le cas d'une exclusivité, le donneur de licence
n'a aucune possibilité d'action sur ce territoire. Toutefois, le maintien d'une licence peut
être lié à la réalisation d'objectifs minima ;
- difficulté potentielle de coordonner un licencié au niveau mondial et de ce fait, manque
de flexibilité ;
- difficulté de contrôler le licencié au niveau de la production (niveau de qualité) et de sa
politique commerciale (niveau de service offert, par exemple), même si le contrat prévoit
un tel contrôle. Si le contrôle et le niveau de qualité des produits sont insuffisants, il y a
un risque que l'image de marque soit ternie. Les meilleures façons de garantir le contrôle
sont d'une part, de maintenir l'assistance technique et commerciale et d'autre part,
d'innover et de développer le produit de façon continue. Ce faisant, le licencié ne peut
que rester motivé par le produit puisqu'il obtient une contrepartie à la hauteur des
commissions qu'il doit payer au donneur de licence ;
- mauvaise connaissance du marché, à moins que des clauses du contrat ne la favorisent ;
- rentabilité limitée : bien qu'aucun capital de départ ne soit nécessaire, les commissions
payées par le licencié peuvent paraître dérisoires (3% à 5% du chiffre d'affaires réalisé) à
certains donneurs de licence par rapport au temps qu'ils doivent investir dans la formation
et dans l'accompagnement technique ;
- risque de contrefaçon (imitation de la marque et du brevet) si la veille réalisée par le
licencié est insuffisante.
Nous abordons à présent les stratégies qui demandent à l’entreprise un engagement financier
important. Ces stratégies concernent les entreprises qui ont atteint une certaine taille ou ont une
maturité avancée dans leur développement international. Il s’agit principalement de la joint-
venture, la sous-traitance, la succursale, la filiale et les firmes transnationales.
43
2.1 La joint-venture (J.V)
La joint-venture est un accord entre deux partenaires issus de pays différents et qui consiste en la
création ou l'acquisition conjointe d'une filiale commune sur le marché du partenaire étranger.
Cette coopération est envisagée sur le long terme.
Il existe une multitude de raisons qui motivent des entreprises à s'associer en vue de créer une
filiale commune. Les principales sont généralement d'exercer sur une base commune des
activités de production ou de distribution et de vente de produits.
Il existe souvent une relation de fournitures et/ou de prestations de services entre la joint-venture
et les maisons mères. En voici quelques exemples :
47
. « Les étapes clés de votre expansion » sur : http://www.cci.fr/web/international/developpement-International/-
/article/Vous+informer/Vous+informer.
44
2.1.2 Les avantages de la joint-venture
La création conjointe d'une filiale peut présenter les forces suivantes pour une entreprise
exportatrice48 :
- pénétration des marchés plus facile et plus rapide pour une entreprise limitée en
ressources financières et humaines. En effet, elle peut disposer des circuits de distribution
déjà bien implantés localement de son partenaire, ce qui lui permet de réaliser un volume
de ventes plus élevé en moins de temps ;
- diminution des risques financiers et des coûts qui sont théoriquement partagés entre les
partenaires. La joint-venture permet ainsi à certaines entreprises, grâce à la mise en
commun de moyens, de financer des projets qui autrement auraient été inaccessibles ;
- diminution du risque commercial car l'entreprise peut bénéficier de l'expérience du
marché (culture, réglementations, contacts, ...) et des compétences de gestion de son
partenaire local. L'exportateur se familiarise et s'adapte en conséquence plus facilement
aux conditions et aux besoins spécifiques du marché étranger ;
- naturalisation des produits : la joint-venture n'étant pas perçue comme une entreprise
étrangère, elle permet d'établir de meilleures relations avec le gouvernement local et les
syndicats et ainsi simplifier les négociations et les formalités administratives (exemple :
obtention des certifications ou des licences). De plus, elle véhicule une image locale plus
forte que la succursale et même la filiale, ce qui peut constituer un facteur clé de succès
commercial auprès des consommateurs nationalistes ;
- la connaissance du marché et le contrôle de la politique commerciale de la joint-venture
sont susceptibles d'être bons à condition que l'entreprise exportatrice affecte du personnel
interne à la joint venture et qu'elle ait un droit de regard sur les décisions prises ;
- permet un accès à des technologies non maîtrisées.
- les bénéfices potentiels sont moindres car ils doivent être partagés ;
48
. Meier O., op.cit. p.107.
45
- les coûts de création et, le cas échant, de dissolution de la société sont assez importants.
Outre l'investissement financier, la création d'une entreprise conjointe exige un
investissement en temps et en énergie beaucoup plus important que les autres formes de
partenariats ;
- le formalisme de la structure est plus élevé que dans d'autres formes de partenariat. Le
montage juridique est très délicat à mettre en place ! ;
- le risque de mésentente à propos de la répartition des dividendes. L'évaluation des
apports de chaque partenaire, vu leur nature à la fois matérielle ou intellectuelle, est une
étape complexe et délicate ;
- le risque de mésentente sur les philosophies managériales à appliquer (stratégie, gestion
du personnel, politique marketing, recherche et développement, ...) ;
- le problème de fixation des prix de transfert entre l'exportateur et la joint-venture en
raison de conflits d'intérêt évidents ;
- le risque de résolution abusive de contrat ;
- le risque de vol du savoir-faire industriel sauf si la joint-venture est seule propriétaire des
nouvelles technologies qui découleraient de ce partenariat;
- le risque de conflit d'intérêt ; risque de perte de marché ;
- le risque de manque de communication avant, pendant et après la formation de la joint
venture ;
- le risque d'affecter les opérations sur d'autres marchés. Si l'entreprise exportatrice voulait
créer une structure locale dans un pays tiers où la joint venture est active
commercialement, elle devient alors un concurrent potentiel de la joint venture alors
qu'elle en est encore partenaire.
La joint-venture est un passage obligé dans des pays très fermés qui l'imposent légalement et qui
interdisent la création de sociétés détenues à 100% par des étrangers. C'est le cas, par exemple,
de la Chine, des Emirats Arabes Unis, de l'Inde et de l’Algérie. En effet, ce dernier limite la
participation étrangère dans les opérations locales à 49%.
La création d'une filiale commune avec des entreprises locales est également souhaitable pour
pénétrer durablement et efficacement certains marchés caractérisés par des législations, des
contraintes administratives, des différences culturelles ou commerciales, des réseaux de
distribution, ... qui les rendent trop complexes (Brésil, Japon, ...).
46
2.2 La sous-traitance internationale
Un mode d'exportation concertée auquel les entreprises peuvent avoir recours, quoique plutôt
passif car non vraiment recherché, est d'agir en tant que sous-traitant d'une entreprise (donneur
d'ordre) en réalisant, pour son compte, une tâche particulière (fourniture de pièces, de
composants et de services) qui sera incorporée dans les produits qu'elle exportera.
- il n'est pas nécessaire que l'entreprise sous-traitante ait une infrastructure et une
expérience du marché étranger ;
- l'entreprise sous-traitante ne doit pas disposer d'un personnel qualifié et disponible pour
l'export ;
- l'entreprise sous-traitante ne doit dégager aucun moyen financier spécifique pour son
développement à l'export.
On considère que la sous-traitance est une forme de coopération car les donneurs d'ordre, même
s'ils imposent leurs conditions aux sous-traitants, considèrent de plus en plus que la concertation
et le dialogue sont de mise afin de garantir la qualité des produits.
Il ne faut pas envisager la sous-traitance comme un mode d'exportation durable car la relation
n'est très souvent que ponctuelle.
47
d'assurer une présence permanente ou temporaire sur le marché.
Les fonctions qui incombent généralement au bureau de représentation sont la représentation
auprès des clients potentiels et des pouvoirs publics locaux, la prospection, la vente ainsi que la
coordination d'un réseau d'agents éventuel. Très exceptionnellement, le bureau de représentation
gère les fonctions administratives, logistiques ou financières.
Les fonctions d'une succursale sont généralement les mêmes que celles d'une filiale. Elles sont à
la fois commerciales et logistiques et destinées à assister une structure de vente existante : la
prospection ; la gestion des actions opérationnelles (promotion, communication, distribution) ; la
prise de commandes et éventuellement la vente ; le suivi des ventes (facturation, livraison,
recouvrement des factures, ...) ; l'information sur le marché ; .... Ce qui la distingue de la filiale
est qu'elle n'a aucune personnalité juridique et est donc complètement dépendante de l'entreprise
exportatrice qui est seule responsable.
Les avantages liés à l'implantation d'un bureau de représentation ou d'une succursale dans le
marché étranger sont les suivants :
48
soumise à une autorisation des pouvoirs publics ainsi qu'à d'autres opérations telles que la
déclaration d'ouverture, l'inscription au registre de commerce, ...
De plus, ces deux formes d'implantation ne disposant pas de personnalités juridique, fiscale
et commerciale propres, l'entreprise exportatrice assume l'intégralité du risque commercial
ainsi que la responsabilité de tous les actes qu'elles posent dans le marché visé.
Enfin, l'établissement de ces deux structures suppose un investissement financier assez lourd.
Qui plus est, le risque de double imposition est plus élevé que dans le cas de la filiale.
L’établissement d'un bureau de vente ou d'une succursale ne pourra s'envisager que pour :
- une entreprise disposant d'une expérience certaine à l'international ainsi que sur le marché
en particulier ;
- une entreprise disposant d'un personnel qualifié et disponible à l'export pour encadrer
l'activité de ces antennes ;
- des marchés susceptibles d'offrir un potentiel de ventes important et constant afin de
justifier le coût de ces structures.
Ces solutions seront également à privilégier lorsque les conditions du marché sont telles que
l'entreprise doit apporter des adaptations majeures à sa politique commerciale (produits,
marques, communication, ...) dont elle souhaite par ailleurs conserver la maîtrise.
La préférence d'un bureau ou d'une succursale à une filiale pour une entreprise voulant une
implantation locale sera généralement motivée par des raisons juridiques et techniques
(comptabilité, fiscalité, coût et responsabilité). Le bureau et la succursale sont des alternatives à
la filiale dans les pays qui interdisent la création d'une société de nationalité locale par des
étrangers ou qui imposent que les administrateurs de ces sociétés soient des nationaux (exemple :
Japon).
2.3.2 La filiale
Une filiale commerciale, encore appelée filiale de distribution est une société de nationalité
locale, indépendante juridiquement de la maison-mère et contrôlée majoritairement par celle-ci49.
49
. Suarez A, op. cit.
49
La filiale agit en son nom propre et à ses propres risques. Cependant, même si elle est autonome
du point de vue de la gestion quotidienne, elle reste fortement dépendante de la maison-mère au
niveau stratégique (notamment au niveau des investissements et de la définition de la politique
commerciale) dont elle doit se conformer aux objectifs. En fait, le degré d'autonomie dont jouit
la filiale dépend dans une large mesure de la politique d'adaptation ou de standardisation de la
stratégie marketing de l'entreprise exportatrice.
C’est le mode de pénétration le plus complet d’un marché étranger qui permet à l’entreprise
exportatrice d'établir une présence locale permanente, tout comme le bureau de représentation et
la succursale. Elle dispose cependant de plus d'autonomie et a plus de responsabilités que ces
deux formes d'implantation.
La création d'une filiale peut s’effectuer par la création d'une société nouvelle, par le rachat d'une
société existante (acquisitions), ou encore par la création d'une société en partenariat avec
d’autres entreprises (fusions).
La création « greenfild » est une création de filiale par les propres ressources d’une firme et dont
elle détient 100% du capital (greenfield investment)50. Cette technique a largement été utilisée
lors des premières implantations, cela dit, elle diminue considérablement, aujourd’hui, à cause
du besoin en investissement qu’elle requiert à la lenteur de sa mise en place et les conditions
juridiques et administratives que cette méthode entraîne.
Actuellement, la création d’entité est majoritairement délaissée au profit des méthodes plus
efficaces telles que les fusions et acquisitions.
Une filiale qui n'est pas détenue à 100% par l'entreprise exportatrice mais qui est co-propriété
d’un ensemble de partenaires extérieurs, est une joint-venture.
En plus des fonctions assumées par le bureau de représentation et de la succursale, la filiale
remplit les fonctions suivantes :
- la filiale achète ferme les produits de l'entreprise exportatrice et ensuite les revend. Elle
s'assimile donc à ce niveau à un importateur-distributeur ;
- elle participe à la définition de la politique commerciale (choix et adaptations du produit,
fixation des prix, ...) en respectant les objectifs stratégiques globaux et commerciaux
établis par la maison-mère ;
50
. Ibid.
50
- elle met en œuvre des actions commerciales (prospection, enregistrement des
commandes, service après-vente, ...), logistiques (acheminement, stockage et distribution
des produits) et administratives (dédouanement, facturation, recouvrement des créances)
grâce, notamment, à une force de vente qui lui est propre et qui est généralement recrutée
sur place.
- la connaissance du marché est très bonne grâce à une présence locale permanente sur le
marché, pour autant cependant que la filiale dispose d'une autonomie suffisante pour
s'adapter aux conditions locales ;
- le contrôle de la politique de commercialisation est très bon malgré que la filiale soit une
entité autonome ;
- la filiale ayant la nationalité du pays étranger, les produits de l'entreprise exportatrice sont
considérés comme des produits nationaux et les clients et partenaires potentiels se sentent
rassurés sur la pérennité de l'entreprise sur le marché. Sa crédibilité s'en trouve renforcée
;
- elle permet de simplifier et de rentabiliser les opérations logistiques, administratives,
commerciales et financières. L'entreprise peut dégager des économies d'échelle sur les
frais de distribution physique en rationalisant le transport et le stockage et ce, faisant
diminuer les coûts logistiques et de commercialisation. Par ailleurs, le service à la
clientèle ainsi que le suivi des recouvrements des factures sont simplifiés ;
- l'entreprise exportatrice n'est responsable des engagements de la filiale qu'à concurrence
du capital qu'elle a souscrit dans cette filiale. Elle n'est pas automatiquement engagée à
100% - comme avec la succursale - par les actes de sa filiale. On notera toutefois que par
le biais des cautions, souvent exigées de la maison-mère, les engagements peuvent aller
au-delà du capital initial ;
- elle permet parfois à l'entreprise de contourner certaines barrières administratives en
facturant avec un numéro de TVA local, par exemple.
51
- la formule suppose un engagement à moyen terme qui implique un risque plus élevé,
notamment d'ordre politique ou commercial lorsque les conditions de concurrence se
modifient ;
- elle exige des formalités de création assez importantes (capital minimum, actes de
création, ...) ;
- l'entreprise exportatrice doit se conformer à la législation locale (comptabilité, fiscalité,
droit du travail, code des investissements, ...), ce qui implique des compétences
importantes dans ce domaine ;
- le contrôle financier d'une filiale est plus difficile qu'avec d'autres formes d'implantation.
Une entreprise exportatrice ne peut envisager la création d'une filiale que lorsqu’elle a déjà une
bonne expérience à l'international ainsi que sur le marché en particulier. Par ailleurs, elle doit
disposer d'un personnel qualifié et disponible à l'export pour encadrer l'activité de la succursale.
De plus, les perspectives de ventes et de parts de marché doivent être bonnes et le risque pays
suffisamment faible afin de justifier et rentabiliser le coût de cette structure.
Cette solution sera également à privilégier lorsque les conditions du marché sont telles que
l'entreprise doit apporter des adaptations majeures à sa politique commerciale (produits,
marques, communication, ...) dont elle souhaite par ailleurs conserver la maîtrise ou lorsque elle
veut rationaliser les opérations de logistique.
Soulignons enfin la problématique des prix de transfert vers la filiale. Ceux-ci sont souvent sous
la loupe des administrations fiscales de manière à vérifier qu'ils ne contribuent pas à une fuite de
la base taxable par l'octroi de prix trop généreux à la filiale en question.
52
En conclusion, les entreprises disposent de différents types de stratégies de croissance qui leur
permettent d'initier, de consolider ou de renforcer leurs politiques de développement et
d'expansion. Leur objectif premier est de renforcer la compétitivité et la sécurité de leurs
activités, afin d'améliorer leur position concurrentielle.
Une entreprise peut développer simultanément plusieurs stratégies. Les raisons sont
nombreuses : domaines d’activités stratégiques exigeant des approches adaptées, marchés aux
contraintes réglementaires et culturelles spécifiques, phases du cycle de vie du produit
différentes d’un marché à un autre… Même si les stratégies sont a priori largement influencées
par les contextes sectoriel et concurrentiel, la recherche d’adéquation entre environnement et
stratégie n’impose pas un mode d’action uniforme. La diversité des modalités
d’internationalisation, l’influence des cultures nationales, les différentes facettes du marché, le
choix du segment commercial et la liberté décisionnelle des dirigeants expliquent pourquoi, dans
un même secteur d’activité, les stratégies développées par les entreprises sont parfois très
variées.
Nous avons présenté les différentes formes que peuvent prendre les FMN dans une logique
d’internationalisation. Nous déduisons que le phénomène de multinationalisation suit deux
grandes logiques de déploiement international. La première se traduit par un déploiement
international n’impliquant pas de transferts de capitaux, dont: la sous-traitance, l’accord de
licence, l’accord de franchise et le contrat de gestion. La seconde implique un investissement
international avec des transferts de capitaux, dont: la création de filiale (Greenfield Investment),
le rachat d’entreprise existante (Brownfield Investment), les accords de joint-venture, et les (F et
A). A partir de ces « nouvelles formes d’investissement», la FMN peut obtenir une influence
significative sur le management d’une firme à l’étranger par des moyens autres que l’acquisition
du capital.
53
La sous-traitance, qui suppose de faire fabriquer par une société tierce sous la marque de la
société donneuse d’ordre, est limitée à certaines activités intensives en travail. La licence
s’intensifie avec le mouvement d’ouverture aux IDE et le démantèlement des barrières tarifaires.
Par ailleurs, le choix de la forme de pénétration d’un marché étranger dépend aussi des
caractéristiques de ce dernier. D’où la nécessité, pour tous les Etats, de séduire les investisseurs
potentiels. En effet, quel que soit leur niveau de développement, les pays hôtes mettent en place
des logiques stratégiques et des techniques de promotion efficaces face à une concurrence des
territoires.
54
Chapitre III : La politique d’attractivité des territoires
Les facteurs d’attractivité des territoires sont les éléments nécessaires qui permettent aux pays
hôtes d’assurer un climat d’affaire favorable à l’IDE. En effet, l’implantation des FMN est le
résultat de l’interaction entre les caractéristiques propres à la firme (au niveau microéconomique)
et les caractéristiques des pays d’accueil (au niveau macroéconomique) ; d’où l’importance, pour
ces derniers, d’entreprendre une politique d’attractivité efficiente.
Ainsi, dans ce chapitre nous analyserons les études empiriques qui ont été réalisées sur les
déterminants de l’attractivité des IDE (section1) ; nous distinguerons les facteurs économiques ;
liés à la taille du marché domestique, à la stabilité politique et économique ainsi qu’à la qualité
des infrastructures ; des facteurs qui ont trait à la gouvernance notamment la lutte contre la
corruption. Enfin nous terminerons par les éléments d’incitations à l’IDE, notamment fiscales et
financières, qui sont également considérées comme des avantages de localisation (section2).
Le renforcement de l’attractivité d’un pays vis-à-vis des investissements directs étrangers est
devenu un nouvel impératif de la politique économique nationale. A partir des années 80, la
politique de libéralisation des activités économiques des Etats ne dépond plus de la simple
volonté de développement d’un pays. En effet, l’attractivité constitue une adaptation aux
nouvelles règles du jeu imposées par le processus de mondialisation qui obligent les Etats à
répondre à une pression exercée par les firmes internationales.
Dans la présente section, nous allons définir la notion d’attractivité et l’importance qu’elle revêt
dans l’économie actuelle. Ensuite nous énumérons les facteurs économiques, politiques et
règlementaires qui constituent le climat d’investissement d’un pays hôte.
Si les territoires ont besoin des firmes multinationales, les entreprises à leur tour ont besoin des
territoires (Hatem, 2004). D’une part, les groupes multinationaux cherchent à tirer profit des
avantages très divers offerts par les différentes régions du monde, en optimisant la structure
spatiale de leurs activités et en s’implantant là où elles espèrent trouver les meilleurs ressources
et avantages ; d’autre part, les gouvernements locaux cherchent à s’appuyer sur les firmes
55
multinationales à travers leurs investissements et les transferts de technologies associés, pour
atteindre leurs objectifs de croissance ou d’emploi.
Dans cette perspective, les gouvernements se sont lancés depuis plusieurs années dans des
politiques de promotion des territoires aboutissant au renforcement des facteurs d’attractivité,
afin qu’ils satisfassent au mieux les nouvelles exigences et attentes des firmes multinationales.
D’après les résultats d’une enquête menée récemment par le Foreign Investment Advisory
Service (FIAS)51, on constate que l’ensemble des firmes interrogées, quelle que soient leurs
nationalités, leurs appartenances sectorielles ou leurs stratégies, ont fait figurer pratiquement les
mêmes pays où elles souhaiteraient investir. Il est donc possible de parler d’une « short list » des
pays les plus attractifs.
Ce constat ne signifie pas pour autant que la liste des pays attractifs est définitivement fermée,
elle peut se modifier, entre autre du fait des politiques d’attractivité des pays d’accueil. D’où
l’intérêt que suscite cette notion.
Ainsi, pour être retenus comme lieux d’implantation des investissements directs étrangers, les
territoires doivent répondre favorablement et intégralement aux avantages de localisation requis
par les FMN.
En 1999, un ouvrage (Bouet et Le cacheux) publiait deux chapitres contigus qui, bien que conçus
indépendamment l’un de l’autre, avaient sur le fond un contenu très proche. L’un voyait dans
l’attractivité du pays hôte pour l’IDE le nouvel impératif de la politique économique (Michalet,
1999a), l’autre soutenait que les Etats hôtes se livraient à une surenchère des politiques
d’attractivité à l’égard des FMN pour ne pas être marginalisés de la mondialisation (Andreff,
1999a)52.
«Ce sont les choix des entreprises qui priment sur ceux des pouvoirs publics dans la
configuration actuelle de l’économie globale»53. Cela signifie que la globalisation transforme en
profondeur le statut de l’Etat-Nation dans le champ de l’économique. Il ne peut plus être placé au
centre du système de l’économie mondiale. Selon Michalet, l’Etat gendarme doit laisser place à
51
. FIAS est un département conjoint de la Banque Mondiale et de la Société Financière Internationale qui a mené
une enquête auprès d’une centaine de multinationales américaines, japonaises et européennes dans sept secteurs
d’activité.
52
. Michalet C.A, « Un nouvel impératif de la politique industrielle dans la globalisation : l’attractivité » in :Bouet
A. et C Le chacheux, globalisation et politique économique : les marges de manœuvre, Economica, Paris,1999.
53
. Id., « La séduction des nations ou comment attirer les investissements », Economica, 1999, p11.
56
la privatisation des entreprises publiques, des politiques monétaires et budgétaires orthodoxes et
la promotion des exportations et des IDE en guise de politique industrielle54.
Au contraire, Andreff trouve qu’une stratégie très active de l’Etat vient renforcer de ses
initiatives les stratégies globales des FMN. Le premier est un Etat séducteur, le second un Etat
«mondialisateur». Rien d’incompatible.
Cette condition ne signifie pas de faire disparaître toutes les disparités économiques, sociales ou
culturelles qui tiennent à l’existence ancienne des espaces nationaux. Selon l’économiste Hugon
(1997), « Les Etats sont aujourd’hui, au cœur de la disjonction territoires/nations. Ils cherchent
à réguler et développer des territoires nationaux notamment par une attractivité des firmes. Ils
agissent dans la contrainte de la globalisation. Ils mettent en place des privatisations, des codes
d’investissement ou des zones franches, et se concurrencent dans la demande de capital face à
une relative insuffisance de l’offre »55.
Selon Michalet, tout se passe comme si les investisseurs établissaient une « short list » des pays
les plus attractifs. Les investisseurs sont attirés par les régions dynamiques qui sont en pleine
expansion, et qui offrent de nouvelles opportunités d’investissement. La rationalisation finale
54
. Thématique reprise dans une réflexion relative à la régulation dans la mondialisation (Michalet, 2005).
55
. Boualam F., op. cit.
57
proposée par l’auteur en 1997 distingue quatre cercles distincts. Il est possible pour un pays de
passer d’un cercle à un autre lorsque les conditions de l’offre sont améliorées:
- dans le premier cercle figurent les pays de la Triade (Europe de l’Ouest, Amérique du
Nord, Japon) : ils sont à la fois des pays d’origine et des pays d’implantation ;
- le second contient les Pays de la Nouvelle Frontière (PNF)56 et rassemble plusieurs pays
émergents dans une « short list ». Ils sont principalement dans la position de receveurs
dont l’attractivité est la plus forte après les pays de la triade ;
- le troisième comprend les pays potentiels, ceux qui devraient entrer dans la short list
quand ils auront amélioré certaines composantes de leur attractivité (Russie, Maroc,
Tunisie, Egypte, etc.);
- le quatrième cercle est celui des pays périphériques dont l’attractivité repose
exclusivement sur l’existence d’un facteur abondant sur leur territoire et qui n’intéressent
qu’un nombre restreint de FMN.
58
L’attractivité est une notion présente dans les discours des décideurs politiques, et constitue un
grand intérêt pour les études théoriques et empiriques. Cette notion fait l’objet de plusieurs «
définitions générales et implicites de l’attractivité, mais pas de définition précise et partagée par
tous » (Mouriaux, 2004). Le concept de l’attractivité souffre d’un manque de précision dans sa
définition. Pour Hatem (2005), « il s’agit d’un terme d’utilisation relativement récente, à la
signification assez floue et donnant, de ce fait, lieu à une grande diversité d’interprétations ».
Coeuré et Rabaud (2003) définissent l’attractivité comme « la capacité d’un pays à attirer et
retenir les entreprises ».
A cette dernière définition, il est aussi associé la possibilité de conserver les entreprises déjà
présentes. Dans ce travail, nous retenons la définition selon laquelle l’attractivité est : l’action
d’intéresser ou de capter l’intérêt des investisseurs étrangers pour le territoire, les convaincre de
s’y installer en premier lieu puis de continuer de les intéresser pour maintenir leurs
investissements. L’idée est que la présence d’investisseurs étrangers en attire d’autres. Le
contraire de l’attractivité serait la répulsion et d’une certaine façon la marginalisation ou
l’exclusion. On serait tenté de rajouter à cette définition, l’attractivité du territoire pour les firmes
nationales, tout autant que les firmes étrangères. Néanmoins, l’attractivité d’un territoire se
mesure plus vis-à-vis des investissements mobiles à l’international, qu’au niveau national.
En réalité comme le note Hatem (2004), « l’attractivité ne peut être réduite à une définition et à
une méthode d’analyse uniques, mais doit faire l’objet de plusieurs approches distinctes et
complémentaires ». Dit autrement, l’attractivité est « un concept que l’on peut aborder sous
plusieurs aspects : étude des déterminants, théoriques ou empiriques ; mesure de la capacité
d’attraction potentielle de différentes économies. Il est également possible de comparer les
résultats effectivement obtenus par certains pays en matière d’implantation étrangère » (Boccara
et Nivat, 2004).
La définition généralement retenue dans les discours résume l’attractivité en « la capacité d’un
territoire donné à attirer une quantité importante d’activités productives ». Cette définition
restrictive est discutée par Hatem (2004), qui identifie d’ailleurs cinq grandes catégories
d’approches qui permettent de traiter l’attractivité dans sa globalité57 :
- L’approche « macro » par les indicateurs globaux, qui vise à identifier les déterminants globaux
expliquant la plus ou moins bonne attractivité « moyenne » du territoire considéré. Autrement
57
. Hatem F., « Attractivité : de quoi parlons-nous ? », Revue Pouvoirs Locaux, n°61, 2ème trimestre, 2004.
59
dit, sa capacité à attirer une part plus importante des investissements comparativement à d’autres
territoires.
- L’approche « méso » par les effets d’agglomération ou clusters, qui vise à comprendre
pourquoi une catégorie spécifique d’activités (secteur, fonction) sera davantage attirée par une
zone particulière.
- L’approche en termes d’image, qui vise à analyser la manière dont un territoire donné, en
créant un effet d’image dans l’esprit du décideur, peut accroître son attractivité (comme une
image de marque peut stimuler la vente d’un produit).
- L’approche « micro » par les comparaisons de rentabilité selon les sites, qui vise à déterminer
le meilleur site de localisation possible pour un projet particulier. Il s’agit de prendre en compte
de manière très précise et concrète les conditions d’investissement et d’exploitation d’un projet
donné.
- L’approche par les processus de décision qui s’intéresse au processus à travers lequel
l’investisseur choisit le site sur lequel il localisera son projet.
Autrement dit, plus les offres des territoires et les demandes des firmes sont en adéquation, plus
l’attractivité sera probable. Vu sous l’angle de la firme, acteur principal de l’investissement
international, le choix du territoire d’accueil potentiel ne peut se comprendre que sur la base de
sa stratégie d’organisation d’une part et de sa stratégie de localisation d’autre part.
Les travaux empiriques portant sur les déterminants d’IDE proposent toujours des variables
explicatives de plus en plus nombreuses.
60
Par ailleurs, en se focalisant sur l'avantage de localisation de Dunning (1993), Mucchielli (1998)
stipule que l'entreprise décidera de l'implantation d'une unité de production à l'étranger en
fonction de quatre déterminants principaux :
Après ce petit examen de la littérature, on peut dire que pour figurer dans la liste des pays
attractifs des IDE, les pays d’accueil doivent réunir plusieurs critères que nous pouvons
rassembler en trois groupes de facteurs: économiques, politiques et règlementaires et autres
facteurs secondaires.
Il convient de distinguer très clairement qu’une économie en bonne santé est toujours plus
incitante à l’implantation, par conséquent, les politiques de l’Etat ont des retombées
fondamentales sur le climat de l’investissement et l’attraction des entrepreneurs étrangers. Nous
citerons les principaux déterminants économiques :
La taille du marché domestique d’un pays est mesurée par le PIB et son éventuelle croissance
mesurée par le taux d’évolution de ce dernier. C’est à la fois un indicateur du pouvoir d’achat
moyen du marché et du niveau de productivité de la main d’œuvre. Un niveau de revenu par tête
plus élevé stimulera donc probablement les IDE. En effet un marché de taille considérable et
possédant des perspectives de croissance, est perçu par les FMN comme un avantage à long
terme59.
58
. Mucchielli J. L., « Multinationales et mondialisation », Op.cit., p.188.
59
. Selon l’OCDE, les autres déterminants « classiques » sont aussi importants à étudier et s’intègre parfaitement
dans le processus d’investissement mais représentent des avantages à court terme et ne rentre pas donc dans les
analyses stratégiques d’investissements à long terme.
61
De plus, la notion de taille de marché recouvre une vision dynamique, qui ne repose pas sur des
idées traditionnelles néoclassiques de « l’offre qui créée la demande », mais plutôt d’une
demande qui offre un accès à d’autres demandes, c'est-à-dire, si la taille d’un marché est
relativement modeste, mais offre des perspectives sur d’autres marchés de proximité de taille
considérable, le choix de l’implantation servira de tremplin pour la conquête d’autres marchés60.
Les dotations en facteur de production jouent sur les coûts relatifs de production, et comme le
prédit la théorie factorielle du commerce international, sur les spécialisations et avantages
comparatifs du pays d’accueil. De nombreux travaux montrent que les différences en ressources
naturelles (Dunning, 1993), en dotations factorielles, en coût de main d’œuvre et en qualification
de la main d’œuvre (Helpman, 1984 ; Wheeler et Mody, 1992 ; Culem, 1988) sont prises en
compte dans les décisions d’implantation des firmes transnationales.
Wheeler et Mody (1992), Culem (1988) ou Basu et Srinivasan (2002) ont souligné le poids
significatif des coûts salariaux dans l’attractivité, notamment en ce qui concerne les IDE
verticaux61.
Les dotations factorielles comptent significativement pour les IDE verticaux au niveau de
certains secteurs, comme les industries mécaniques et électroniques, ce qui permet aux PVD
d’intégrer les chaînes de production globales. De plus, les IDE verticaux recherchent les
externalités positives liées à l’agglomération des activités, telles que la formation de la main
d’œuvre qualifiée, la technologie, l’infrastructure, etc.
En plus des besoins classiques (main d’œuvre à bas cout), les FMN recherchent une main
d’œuvre qualifiée et compétente, notamment en matière d’actifs technologiques spécifiques et
une main d’œuvre « hign tech » constituée d’un ensemble de chercheurs, d’ingénieurs, de
créateurs, de techniciens, de chefs de projets qui maitrisent les nouvelles technologies, mais aussi
de concepteurs de l’innovation car les FMN utilisent aujourd’hui des méthodes de production
sophistiquées à haute valeur ajoutée, pour cela , le critère de la main d’œuvre bon marché et
l’avantage comparatif entre pays à bas couts salariaux ne constitue plus un facteur d’attractivité
60
. Graiche L., « Les formes d’implantation des firmes multinationales en Algérie : Objectifs et Stratégies »,
mémoire de magister en sciences de gestion, option : Management des entreprises, sous la direction du Pr.
Guendouzi B., soutenu à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, juin 2012.
61
. Il est à noter que d’autres facteurs de nature historique et culturelle comme la langue ou les anciennes colonies
notamment, semblent importants dans les décisions de localisation des firmes.
62
et figure à une place secondaire dans les déterminants de l’investissement. Par conséquent, les
gouvernements se livrent à une rude concurrence, en proposant de meilleurs programmes de
formation, pour atteindre le niveau de qualité exigé62.
La plupart des économistes insistent sur l’importance des multiples effets liés au rassemblement
sur le même site, d’une masse critique de compétences et de moyens industriels (Porter, 1993;
Ohmae, 1995). La taille du marché local (Veltz, 2000) et surtout la transmission du savoir et la
diffusion de l’innovation dans une économie fondée sur la connaissance (Storper, 1997;
Dunning, 2000; Duranton et Puga, 2001), mettent bien en évidence le fait que les territoires à
activités dites « diversifiées » offrent un cadre particulièrement favorable aux processus
d’innovation, en permettant la création de nouveaux procédés ou produits par le croisement de
technologies appartenant à des domaines différents.
Les politiques publiques doivent donc chercher à mettre en œuvre des conditions favorables à
l’émergence de réseaux de partenariat entre tous les acteurs (firmes, pouvoirs publics,
universités, centres de recherche); le but étant d’offrir aux entreprises les meilleures conditions
pour le développement de nouveaux savoirs, compétences et produits. Cet objectif peut être
atteint par différents moyens : programmes de coopération technologique, aménagement de
technopoles et d’autres zones d’activités permettant de rassembler sur un même lieu des acteurs
appartenant à la même filière, etc. (Dimou et Fernand, 2008).
Pour les IDE horizontaux, le but est d’entraver les barrières commerciales dans les pays
étrangers. Ces flux d’IDE peuvent diminuer lors d’une baisse des tarifs douaniers par exemple.
Une libéralisation commerciale généralisée (contrairement aux mesures limitées à des secteurs
choisis), un climat d’investissement favorable et d’autres mesures de libéralisation, qui mènent à
un meilleur climat économique et un marché intérieur plus riche, stimulent les IDE horizontaux.
Alors que les IDE verticaux, qui requièrent l’importation des inputs intermédiaires et
l’exportation des biens finaux, peuvent croître dans des conditions de grande ouverture et un
environnement de commerce plus libéral. L’impact direct de l’ouverture sur l’IDE est incertain.
62
. Graiche L., ibid, p.122.
63
1.3 Les facteurs politiques et règlementaires
Il est tout de même important de noter que les déterminants des flux d’investissements directs
étrangers ne sont pas qu’économiques, il s’agit aussi des facteurs qui relèvent de la gouvernance
au sein des pays d’accueil, à savoir la stabilité politique et l’amélioration des cadres
réglementaires.
En vue d’améliorer le climat d’investissement, les pouvoirs publics des pays d’accueil doivent
donc entreprendre des actions efficaces : instaurer la crédibilité et maintenir la dynamique des
réformes, améliorer la législation fiscale,…
La stabilité économique et politique s’inscrit au premier rang comme condition préalable à tout
investissement direct. Cette condition suppose un cadre juridique et règlementaire stable,
transparent et fiable. Lorsque l’environnement légal et réglementaire est sans cesse modifié de
manière arbitraire, et qu’il n’existe pas de juridictions capables d’en assurer le respect, les firmes
sont amené à limiter voire à suspendre leurs engagements financiers. (Voire Michalet 1997).
De manière générale, la stabilité économique est évaluée par des variables macroéconomiques
telles que : équilibre du budget, équilibre de la balance des paiements, taux d’inflation,
endettement extérieur, stabilité du taux de change.
La maîtrise de l’inflation repose sur la politique monétaire, qui détermine deux éléments
primordiaux dans les choix de localisation des firmes : le taux d’intérêt et le taux de change. En
effet, la politique monétaire a pour objectif d’établir et de maintenir la confiance dans la monnaie
nationale.
La viabilité de la monnaie est une condition nécessaire à la localisation des firmes étrangères.
Pour cela, la maîtrise du taux d’inflation, en utilisant certains outils, est nécessaire. Le taux
d’intérêt constitue souvent l’outil privilégié des autorités monétaires pour contrôler l’évolution
de la masse monétaire. Or, les investissements en portefeuille sont plus attirés par des taux
d’intérêts élevés, contrairement aux investissements directs qui peuvent en être découragés.
Donc, il est préférable pour les économies nationales de maintenir les taux d’intérêt à des
niveaux bas, ne serait ce que pour favoriser l’investissement intérieur.
64
Le taux de change est aussi lié à l’inflation et le taux d’intérêt. La stabilité du taux de change est
essentielle pour les investisseurs, puisqu’elle leur permet de faire des anticipations plus sûres en
éliminant les incertitudes lors de leurs échanges avec l’extérieur. Cet élément concerne plus les
investissements tourné vers l’exportation, que ceux destinés au marché local.
Les pouvoirs publics doivent également s’assurer que les nouvelles propositions de mesures ou
de règlements n’érodent pas le climat de l’investissement en introduisant des charges injustifiées
ou d’autres distorsions.
Les projets de lois et de règlements sont soumis à une évaluation quantitative de leurs coûts et de
leurs avantages, ces procédures permettent de veiller à ce que les propositions tiennent compte
de l’économie dans sa globalité. Ces examens supplémentaires permettent également de détecter
les comportements de recherche de rente.
En résumé, la stratégie à adopter par les pouvoirs publics en vue d’améliorer l’attractivité de
l’investissement doit comporter trois étapes importantes. D’abord, il faut prévoir la mise en place
des facteurs propres à la localisation de l’entreprise qui lui donneront la possibilité ou le désir
d’investir, de créer des emplois et de développer ses activités. Ensuite, les décideurs doivent
s’attaquer aux causes profondes de l’échec des politiques qui érodent le climat de
l’investissement. Pour ce faire, ils doivent prendre des mesures visant à lutter contre la
corruption et d’autres formes de recherche de rente qui alourdissent les coûts et introduisent des
distorsions dans les politiques, et à renforcer la crédibilité de la puissance publique afin de
rassurer les entreprises et de les inciter à investir. Enfin, il faut savoir que l’amélioration du
climat de l’investissement est un processus et non une action ponctuelle. Il n’est pas nécessaire
de s’attaquer à tous les problèmes en même temps et la perfection n’est indispensable dans aucun
des aspects de la politique publique. Il est possible de réaliser des progrès significatifs en prenant
des mesures pour lever des obstacles, qui pèsent lourdement sur les entreprises de manière à les
rassurer pour qu’elles investissent, et en instaurant une dynamique pour inscrire cette action
réformatrice dans la durée.
L’amélioration du climat d’investissement est un processus et non pas une action ponctuelle. Les
pouvoirs publics doivent donc veiller à maintenir la dynamique des réformes. Etant donnée
l’ampleur du programme d’action et le besoin d’un examen régulier des politiques. L’Etat a
65
intérêt à mettre en place des institutions chargées d’apporter leur concours pour des tâches
déterminées et de soutenir les progrés en vue d’améliorer le climat d’investissement.
Outre les caractéristiques économiques, politiques et règlementaires citées ci dessus, ils existent
des incitations de nature fiscale (dégrèvements, régime d’amortissements, crédits d’impôts…),
financière (crédits préférentiels, subventions et primes…) ou autres atouts (offre de terrains
viabilisés, bâtiments industriels, centres d’affaires...) pour lesquels le pays hôte peut être choisi
par les investisseurs étrangers.
Les incitations sont des avantages économiques mesurables accordés à des entreprises étrangères
par un Etat ou par une entité publique afin d'attirer les investisseurs étrangers et/ou les inciter à
modifier leur comportement et faire en sorte qu’ils contribuent plus spécifiquement à la
réalisation de certains objectifs des politiques publiques. Les incitations peuvent être
inconditionnelles ou conditionnelles, c'est-à-dire liées à des conditions particulières auxquelles
les investisseurs doivent se conformer.
Fondamentalement, les incitations ont pour objectif d'accroître le taux de rentabilité de l’IDE et
d’en réduire l'incertitude et le risque63.
La question des conditions de l'attractivité des IDE est devenue au cœur des réflexions
stratégiques des pays en voie de développement (Ferrara et Henriot, 2004). Durant ces dernières
années, on a assisté à une concurrence entre les responsables gouvernementaux pour attirer les
firmes multinationales. Certains ont joué sur les politiques fiscales, d’autres sur les politiques
financières. Ces deux politiques sont étudiées ci-dessous.
63
. Selon Jacky mathonnat, au sens strict, les incitations ne comprennent pas les politiques publiques telles que le
développement des infrastructures, la régulation générale de l'économie, les règles de droit commun en matière de
fiscalité et de gestion des affaires, le régime général de change, etc. Ces éléments auront un impact potentiel sur la
localisation des investissements étrangers, mais ils ne sont pas des incitations à proprement parler car ils ne sont pas
spécifiques aux IDE.
66
2.1.1 Les incitations fiscales
Leur objectif général est de réduire le taux de pression fiscale globale sur l'investisseur étranger.
Elles peuvent prendre des formes très variées comme la réduction ou l’exonération de
l'imposition sur les bénéfices, sur le chiffre d'affaires, sur la valeur ajoutée, la réduction ou
l'exonération des taxes à l’importation et à l'exportation, une accélération de l'amortissement du
capital, une réduction de cotisations sociales assises sur le travail, etc.
Il s’avère que la politique fiscale n’est pas toujours, pour les investisseurs étrangers, le facteur le
plus important dans leur décision de s’implanter à l’étranger64. En effet, toutes les études
prouvent que les incitations fiscales ne sont intéressantes que lorsqu’elles sont complémentaires
avec d’autres avantages attractifs liés à la taille du marché considérable, la stabilité politique, la
qualification de la main d’ouvre disponible, etc.
Toutefois, selon Rolf et al. (1993), les incitations fiscales peuvent influencer sérieusement
l’implantation lorsqu’il s’agit d’une jeune entreprise. Cette dernière réagit mieux aux
exonérations des taxes sur l'équipement ou le matériel nécessaire à son fonctionnement pour
baisser leur frais initiaux, tandis qu'une entreprise en expansion préfère des exonérations des
taxes sur le profit.
Bien que l'influence de la politique fiscale soit minime, il est difficile de nier son existence, au
regard du développement des paradis fiscaux (les Caraïbes et le Sud du pacifique par exemple) à
la fin des années 80 et au début des années 90. Le succès de l’Irlande qui a réussi à attirer des
investisseurs avec une politique fiscale dynamique, donne aussi un enseignement. Par ailleurs, il
a été constaté que l'impact de la politique fiscale sur la décision d'investissement dépend aussi de
la structure et des caractéristiques des firmes. Souvent, celles qui réagissent plutôt positivement
aux incitations fiscales sont déjà installées sur plusieurs sites et dont les transactions reposent sur
les mouvements fréquents des capitaux dans les différents pays et continents. Les firmes
orientées vers l’exportation, du fait qu’elles ont généralement une très forte concurrence et, par
conséquent, peu de marge dans leur politique de prix, s'intéressent plus aux incitations fiscales
que celles qui ciblent le marché local.
Wells et al. (2001) soulignent que des exemples positifs comme le Singapour ou l’Irlande, qui
ont réussi à attirer des flux importants d’IDE par leur politique fiscale sont plutôt rares. Au
contraire, de nombreux gouvernements ayant misé exclusivement sur des incitations fiscales
64
. D’après le constat de plusieurs auteurs (Michalet, 1999 ; Oman, 2000 ; Ahmed et Root, 1978).
67
pour l'attractivité des IDE ont échoué. Il est évident que les incitations fiscales à elles seules ne
suffisent pas. Sans stabilité du cadre institutionnel, les différentes exonérations ne font que
diminuer les recettes fiscales, et au final n’aboutissent pas à l’attractivité attendue. Pour les
autorités politiques, le défi consiste à définir un programme qui séduit les investisseurs étrangers
sans compromettre la viabilité des finances publiques (Gropp et Kostial, 2001)65.
Ici encore, une large panoplie d'instruments est à la disposition des Etats. Les plus importants
sont les subventions directes (conditionnelles ou non), des crédits publics à conditions bonifiées
(prêts à taux d'intérêt inférieurs aux taux d'intérêt du marché, garanties bancaires,...), une
participation publique au capital, une assurance à des taux préférentiels,… Traditionnellement
les incitations financières étaient relativement peu importantes dans les pays en transition car ils
devaient faire face à des contraintes budgétaires fortes. Il leur était préféré des avantages fiscaux
n’impliquant pas des dépenses directes. Ce type d’incitation s’est développé ces dernières
années.
Les politiques d’attractivité diffèrent d’un pays à l’autre. Certains ont joué sur les politiques
fiscales, en proposant des exonérations pendant une période donnée. D'autres pays ont proposé
des subventions spécifiques et une atténuation des restrictions imposées habituellement comme
le contenu local minimum ou bien la limitation de l'importation des biens intermédiaires à un
montant lié aux exportations, un niveau maximum d'exportation, etc. A titre d'exemple, le code
des incitations aux investissements en Tunisie, entré en vigueur en janvier 1994, prévoit de
nombreuses incitations sous forme d'exonérations fiscales, de primes à l'investissement, de prise
en charge de frais d'infrastructure ou encore des cotisations patronales au régime de sécurité
sociale (pendant une période allant de 5 à 10 ans et à hauteur de 25 à 100 %).
Rentrent dans cette dernière catégorie, toutes les mesures économiques spécifiques aux
investisseurs étrangers et qui visent à accroître la rentabilité de l'investissement par des moyens
non fiscaux et non financiers.
Les activités des agences consistent principalement en la publicité, l’assistance aux investisseurs
(l’obtention de visas et autres permis), l’organisation d’événements pour mettre en contact les
65
. Boualam F., op. cit.
68
investisseurs potentiels et la promotion de la politique d’investissement. L’enquête menée par
Wells et Wint (2001) a permis de répartir les activités des agences en trois catégories d’action et
les dépenses qui leur sont associées66 :
L’Etat se charge d’établir des agences de promotion pour améliorer l’image du pays à l’extérieur,
en assurant le suivi des investisseurs potentiels, des projets présentés et de ceux déjà présents.
La crédibilité du pays est plus importante que sa visibilité, de nombreux pays lancent des
compagnes prématurées et se trouvent, par la suite, dans l’obligation de redresser l’image du
pays affectée de façon durable par les expériences malheureuses des investisseurs leurrés par la
compagne antérieure. La construction de l’image, à elle seule, n’est pas suffisante dans une
stratégie de promotion.
Leur finalité est d’aider les firmes à réduire leurs coûts de transaction dans la recherche d’une
localisation spécifique pour leurs investissements.
Dans une première étape, les services portent sur la diffusion d’informations sur le pays et sur les
sites disponibles.
Dans une deuxième étape, il s’agira de faire visiter des sites à l’investisseur. La disponibilité et le
prix des terrains industriels et des locaux commerciaux deviennent des facteurs cruciaux au fur et
à mesure que la réalisation de l’investissement projeté approche. Il s’agit aussi de le mettre en
contact avec d’éventuels partenaires, de l’assister dans ses relations avec l’administration
centrale et locale.
Dans une troisième étape, l’agence chargée de promouvoir l’investissement assurera le suivi des
entreprises déjà installés dans le pays.
66
. Michalet C.A., « La séduction des nations ou comment attirer les investissements », ed. Economica, Paris, 1999.
69
Par ailleurs, le ciblage des investisseurs vise à repérer les firmes qui pourraient être intéressées
pas les avantages de localisation dont dispose le pays. Sa raison d’être est de pallier l’insuffisante
information des investisseurs potentiels en les contactant directement à l’occasion de missions
spécifiques. La logique de cette modalité de promotion est proche de la construction de l’image
mais à la différence de celle-ci, elle doit aboutir à un investissement collectif, la démarche relève
plus de l’intelligence économique que du marketing comme la souligne Michalet.
Une modalité encore plus perfectionnée du ciblage consisterait à être capable d’anticiper une
décision d’implantation à l’étranger d’une firme sur la base de l’utilisation d’un ensemble
d’informations sur les déterminants de l’investissement.
Pour la participation aux conseils du gouvernement au sujet des lois et réglementations tenant
compte des attentes des investisseurs, etc.
Morisset et Andrews-Johnson (2004) avancent que 80% des agences se servent de leur
participation à la politique de l’investissement pour en améliorer le climat. De plus, 60% des API
contrôlent activement, par le biais de sondages et autres moyens de recueil d’informations, le
climat d’investissement et, pour la plupart, ils renouvèlent ces expériences chaque année.
67
. Boualam F., op. cit.
70
Wells et Wint (2001) présentent les caractéristiques influant sur l’efficacité de l’activité de
l’agence :
- son âge ;
- son statut légal (par exemple sa création par décret) ;
- son lien avec le gouvernement (subventions, statut public, à moitié privé/public,
autonome, etc) ;
- son lien avec le secteur privé (subventions, fréquence des réunions, présence de
représentants du secteur privé dans le conseil de direction de l’agence, etc.) ;
- la présentation des rapports d’évaluation de l’efficacité de l’activité « reporting
mechanisms » à un représentant du gouvernement, au premier ministre, ou au président
lui-même ;
- l’existence de bureaux de liaison à l’étranger ;
- l’implication de l’agence dans les programmes de promotion de l’investissement (par
exemple, les programmes de privatisation, la promotion de l’exportation, etc.) ;
- la qualification du personnel de l’agence et sa politique salariale (l’emploi d’experts,
présence de stagiaires, le niveau des salaires comparativement au secteur privé, les bonus
et primes, etc.).
Outre les incitations fiscales, financières et les services aux investisseurs étrangers, plusieurs
d’autres existent, mais on peut en citer les trois plus importantes : les subventions liées aux
infrastructures (terrains, locaux, participation de l'Etat ou mise à disposition de l'investisseur
d'infrastructures, telles que télécommunications, électricité, etc.), le cadre administratif et la lutte
contre la corruption.
En termes d’infrastructures, la nature même des IDE impose l’existence d’un système de
télécommunication efficient ; les firmes multinationales devraient être reliées au reste du monde
et surtout à leurs sociétés mères. Leur organisation globale explique également l’importance
accordée à l’efficacité du réseau des transports ; leur fonctionnement exige la circulation des
informations, des produits, des compétences et des capitaux entre unités. Les contraintes de
temps et de flexibilité doivent être efficacement gérées.
71
Notons également que le développement des infrastructures (de transport en particulier) peut
améliorer la compétitivité au travers de la réduction des coûts de transport des biens et de la
productivité au travers de la réduction des coûts de déplacement de la main- d’œuvre (Ghio et
Van Huffel, 1999). Les politiques infrastructurelles ont donc un double rôle à jouer en facilitant à
la fois l’implantation des firmes multinationales et la mise à niveau des firmes domestiques.
Lorsque les coûts de transport sont trop élevés (la distance est importante entre le pays d’origine
et d’accueil), les IDE horizontaux sont favorisés. Cependant, l’impact direct des coûts de
transport sur l’IDE n’est pas certain.
En ce qui concerne les IDE verticaux orientés vers l’exportation (l’exportation des produits
finaux vers le marché d’origine et l’importation des composants de production), les FMN
peuvent être découragées par des coûts de transport élevés. Alors que les IDE horizontaux
peuvent remplacer les exportations.
Les frais administratifs et les procédures nécessaires pour l’implantation les investisseurs
étrangers varient d’un pays à un autre pays. Morriset et Lumenga Neso (2002) analysent ces
68
. Toumi S., « Facteurs d’attractivité des investissements directs étrangers en Tunisie », L'Actualité Economique,
vol. 85, n° 2, 2009, pp. 209-237.
72
facteurs dans une étude69 sur 32 pays en développement (incluant 20 pays africains et 7 pays
d'Europe de l'Est et d'Europe centrale), entre 1997 et 2001. L’étude révèle que les barrières les
plus importantes concernent les procédures d'accès aux terrains, notamment pour recevoir des
permis de construire, qui nécessitent dans plusieurs pays un délai de plus de deux ans. Les
barrières administratives donnent un signal négatif. Les auteurs constatent qu’il est courant qu'un
niveau élevé de frais administratifs se recoupe avec la corruption, les salaires au secteur public,
la qualité des institutions et le degré d'ouverture dans le pays. Les frais et les délais associés aux
procédures administratives ont une influence pratiquement décisive sur le choix d’implantation
des IDE (Dollar et al., 2001).
Lors de leur installation, les investisseurs doivent se faire enregistrer auprès de plusieurs
organismes, notamment la direction du travail (pour les permis de travail), les organismes de
sécurité sociale et de retraite, les services des impôts et des douanes. Cette démarche nécessite la
coordination de plusieurs organismes, qui devient compliquée dans le cas où les investisseurs
doivent faire valoir les dispositifs incitatifs dont ils ont bénéficié auprès de tous les organismes
concernés. Certains pays ont su faciliter ces procédures en appliquant un seul numéro
d'identification à toutes les démarches ou en les concentrant dans un seul organisme.
Emery et al. (2000) constatent qu’en règle générale, les frais d'établissement d'une entreprise
sont différents pour un investisseur local et étranger. Dans le cas de la Zambie, Madagascar et
l’Inde par exemple, les frais administratifs sont relativement plus avantageux pour les
investisseurs locaux, alors que pour la Roumanie, la Jordanie, la Slovénie et le Nigeria, ce sont
plutôt les investisseurs étrangers. Les frais administratifs en Afrique de Sud, Zambie et Chili sont
relativement modestes pour les investisseurs locaux, tandis qu'ils dépassent 5000 $ US par
procédure en Turquie, Mozambique et Roumanie.
Jacobs et Coolidge (2006) examinent les procédures administratives auxquelles une entreprise
peut être soumise pour l’exercice de son activité, et distinguent alors trois grandes catégories de
procédures nécessaires :
69
. Selon Mahhonat : les auteurs utilisent des informations non seulement sur les procédures en général, mais
également sur celles qui concernent l’enregistrement fiscal, la législation concernant l'accès à des terrains (achat de
propriétés par exemple), le développement des sites, les procédures d'importation, etc. Les deux sources principales
utilisées dans cette étude sont le "Foreign Investment Advisory Service (FIAS) et la "United States Agency for
International Développement (USAID). Les firmes qui sont entrées dans l'étude ont en commun de poursuivre des
activités industrielles ou commerciales, d'agir dans la ville la plus grande du pays (généralement la capitale), d'être
exonérées des exigences spécifiques concernant les activités industrielles, de participer au marché international,
d'employer des personnes de leurs pays d'origine et de disposer de 20 à 50 salariés. Elles ont acheté ou loué des
terrains, utilisé jusqu'à 10 lignes téléphoniques et consommé en moyenne 100 kwh d'électricité pendant les heures
les plus fortes (sinon la moitié) et ont un capital initial de 10.000 $ US
73
- Les procédures de démarrage : formalités de titres de séjour pour le personnel étranger,
divers permis par exemple de transport ou de construction, etc. ;
- Les procédures d'installation : les formalités concernant le développement d'un site, dont
l'attribution des terrains, les permis de construction, la connexion aux réseaux (téléphone
et internet), les divers contrôles et les permis d'occupation du site, etc. ;
- Les procédures d'exploitation : les formalités fiscales, les procédures d'import-export, les
certificats des produits, les procédures liés à la réglementation du travail.
Les auteurs présentent alors les leçons à tirer pour que les gouvernements puissent réduire les
frais et les procédures administratifs qui entravent le fonctionnement des entreprises et qui à
terme risquent de réduire leurs bénéfices. Les réformes suggérées ciblent l'efficacité, la
simplification et la transparence des procédures administratives. Bien que ces procédures
administratives semblent lourdes et pesantes aux yeux des investisseurs, les gouvernements ont
besoin de plus d'informations pour contrôler plus efficacement les risques de sécurité, de santé et
de l'environnement. Un bon gouvernement, selon les auteurs est celui dont les fonctions
publiques sont efficaces, transparentes, et adaptées aux principes d'un marché ouvert et
compétitif.
Par ailleurs, un retard social vaste et persistant caractérise les pays de la région MENA,
notamment pour l’attractivité des IDE70.
Pour la plupart des pays de la région MENA, l’environnement bureaucratique pour la conduite
des affaires, est encore à la traîne par rapport aux pays comparables (concernant
l’immatriculation par exemple qui peut prendre des mois). Les problèmes liés à la bureaucratie
réduisent non seulement le volume des flux d’IDE mais minimisent également la qualité et la
rentabilité des investissements déjà sur place. Les pays de la région MENA ont tout intérêt à
améliorer leur performance bureaucratique afin de réduire les incertitudes et les coûts de la
conduite des affaires (Banque Mondiale).
Enfin, le sujet de l’attractivité des IDE est au cœur des grands débats politiques actuels. La
concurrence inter-territoriale s’est intensifiée afin d’attirer les IDE. Les pays hôtes doivent
satisfaire un certains nombre de prés- requis leur permettant de figurer sur la « short list » qui est
prise en compte par les investisseurs internationaux.
70
. Banque Mondiale, « Rapport de suivi de la situation économique au Moyen-Orient et Afrique du Nord »,
octobre, 2014.
74
Conclusion
Les structures des FMN sont en perpétuel changement pour s’adapter aux conditions des
marchés internationaux. Les conséquences de tels changements induisent, pour la firme, des
choix de territoires perçus à la fois comme marchés de biens de consommation dans le cas de
production standardisée (l’approche classique du commerce international fondée sur la recherche
de coûts comparatifs) et comme marchés de facteurs de production, lieu de captage de ressources
spécifiques (facteurs de production, de technologie, et de savoir-faire). Dans une optique de
recherche de flexibilité et de spécialisation de plus en plus forte, les FMN modifient leurs
stratégies et les territoires adaptent alors leurs politiques d’attractivité. Au final, les politiques
d’attractivité sont un moyen de réaction des territoires face aux changements opérés par les
firmes.
En effet, après avoir défini les objectifs d’implantation, la FMN effectue un choix de zone
d’accueil, notamment par un recueil d’informations qualitatives sur les facteurs intangibles de la
localisation. En dépit de leurs mesures non chiffrées, ces informations sont notées ou classées et
font l’objet d’une étude comparative entre plusieurs pays et plusieurs territoires d’accueil.
D’autre part, afin d’attirer les investissements internationaux, l’Etat doit remplir certaines
conditions dont la stabilité politique et économique, la taille et le taux de croissance du marché,
l’existence d’entreprises locales performantes, etc. Afin d’être choisi comme pays hôte, il faut
aussi mettre l’accent sur les incitations à l’IDE à travers une politique de promotion efficiente et
d’un cadre administratif assez souple.
Cela suppose pour les pays désireux d’attirer les investissements internationaux qu’ils doivent
mettre en œuvre les moyens nécessaires pour assurer les caractéristiques qui sont susceptibles de
correspondre aux attentes des firmes dans leur recherche de localisation optimale. D’autres parts,
l’IDE entrainera plusieurs avantages aux pays hôtes tels que : la création d’emplois,
l’accroissement de la valeur ajoutée, l’accès aux marchés étrangers, le transfert de technologie
75
dans l’organisation et les méthodes de production, l’introduction de nouveaux produits, la
modernisation de la gestion des entreprises et la stimulation de leur esprit d’innovation par
l’intensification de la concurrence (Michalet, 1999).
La nécessité de convergence entre les stratégies micro et macroéconomiques - les stratégies des
firmes et les politiques économiques des gouvernements - est substantielle dans une logique de
globalisation. Un jeu combiné a surgit entre la stratégie des firmes et la concurrence des
territoires.
Enfin, les éléments développés ci-dessus nous permettent de mieux cerner le comportement des
firmes pharmaceutiques en général. A travers une étude empirique sur leur implantation en
Algérie, nous pourrons apprécier l’efficience de la politique algérienne d’attractivité des
investisseurs pharmaceutiques.
76
Partie II : L’implantation des laboratoires pharmaceutiques et la présentation
de l’expérience algérienne
Les firmes pharmaceutiques ont donc subi un double choc affectant leurs profits. D’une part,
l’augmentation de la protection des produits a été contrebalancée par le développement des
médicaments génériques qui se substituent progressivement aux produits protégés par les
brevets. D’autre part, l’essoufflement de découvertes issues de la chimie traditionnelle et les
retards dans les innovations issues de la biologie moléculaire ont entraîné un fort ralentissement
de la productivité de la Recherche et Développement, mesurée par la quantité et la qualité des
produits sortant des « pipelines »71 en fonction du temps et des sommes investies pour leur
développement.
Face à toutes ces contraintes, les grands groupes pharmaceutiques ont mis en œuvre différentes
stratégies. Certains se sont recentrés sur certaines activités ou certains champs thérapeutiques
pour lesquels ils ont une position de leader. D’autres se sont diversifiés pour diminuer leur
dépendance vis-à-vis de certains produits ou atteindre leurs objectifs de croissance. Or, dans le
contexte économique actuel, la plupart poursuivent une stratégie de développement mondial
basée sur l’internationalisation, tant au niveau de la production pour augmenter leur chiffre
d’affaire, que de la recherche et développement.
71
. « Pipeline » : mot anglais signifiant les canaux de commercialisation d’un produit.
77
En effet, l’objectif des multinationales pharmaceutiques est de réaliser des économies d’échelle
eu égard aux coûts de recherche, d’avoir une plus forte présence sur les marchés internationaux
et de faire face à la pression exercée par les pouvoirs publics sur les prix des médicaments.
Désormais, il est nécessaire de produire plus, plus vite, mieux, et au meilleur coût. Dans de telles
circonstances, les firmes se sont vite vues dans l’incapacité de rester efficaces et compétitives.
Leur internationalisation a été leur seule porte de sortie.
Un mouvement d’intégration verticale, en particulier aux États-Unis, s’était opéré avec les
entreprises de distribution du médicament ou les organismes privés gestionnaires de la maladie
(sécurités sociales privées). Le coût des opérations d’acquisition étant plus élevé, les entreprises
développent des accords ou des alliances entre elles et font appel à des compétences extérieures
(sous-traitance) à tous les niveaux : recherche, développement, fabrication,… En outre, le
partenariat peut prendre la forme d’accords de licence pour confier la commercialisation de
certains médicaments à d’autres entreprises. La recherche fait également appel à de nouveaux
modes de collaboration en réseau, entre la recherche publique et la recherche privée, par
exemple, ou via des partenariats internationaux.
Par ailleurs, si les activités des leaders pharmaceutiques étaient centrées dans les pays de
l’OCDE où est concentrée la demande, aujourd’hui leur environnement économique a changé et
exige de nouvelles stratégies de leur part. Ainsi, on observe une forte augmentation des flux
d’IDE pharmaceutiques vers le continent africain, spécialement en Afrique du sud et dans les
pays du Maghreb où de véritables fleurons de l’industrie pharmaceutiques ont émergé en une
dizaine d’années.
En effet, l’Algérie n’est pas le seul pays du Maghreb qui cherche à promouvoir la production
nationale des médicaments. C’est le cas de nos deux pays voisins qui imaginent également des
logiques de coproduction Nord-Sud qui pourraient permettre de trouver un équilibre entre
production locale et importation.
L’objectif de cette deuxième partie est d’étudier le marché pharmaceutique mondial à travers ses
caractéristiques et ses tendances de l’heure actuelle de la mondialisation (chapitre 1). Ensuite,
une étude comparative des trois marchés pharmaceutiques du Maghreb (Algérie, Maroc et
Tunisie) s’avère nécessaire. Cette comparaison nous permettra de rendre compte de la réalité du
marché algérien et des principales contraintes de l’implantation des multinationales
pharmaceutiques en Algérie (chapitre 2).
78
Le dernier chapitre constitue l’étude empirique. D’abord, une analyse SWOT du marché
pharmaceutique algérien nous permet de déduire ses forces et faiblesses, ses opportunités et
menaces. Enfin, afin d’apporter des éléments de réponse aux questions soulevées dans notre
problématique, une enquête qualitative sur l’implantation des laboratoires étrangers sera
effectuée.
79
Chapitre I : L’industrie pharmaceutique mondiale
L’industrie pharmaceutique est l’un des secteurs les plus dynamiques grâce à un marché mondial
aux perspectives de forte croissance. Ce secteur a d’ailleurs longtemps été considéré comme un
univers profitable et lucratif pour les profits considérables que réalisaient les firmes
pharmaceutiques. En effet, le modèle de production de médicament développés par les Big
pharma (les firmes dominantes du secteur) après la seconde guerre mondiale et qui reposait sur le
développement des blockbusters72 n’a cessé d’être rentable. Il s’agissait pour les laboratoires
pharmaceutiques de mettre l’accent sur l’invention de nouvelles molécules leur permettant
d’avoir le monopole sur le marché pharmaceutique grâce à un brevet accordé73.
Cependant, l’industrie pharmaceutique mondiale qui fut, dans sa grande période de croissance,
une industrie de l’invention, pas une industrie de la production74, est confrontée aujourd’hui à
plusieurs défis et rentre dans sa phase de maturité. En effet, on assiste depuis quelques années à
une « falaise des brevets » de laquelle sont tombés les grands blockbusters qui ont fait la fortune
des big pharma75. D’autre part, la mise au point de nouvelles molécules en de courts délais est de
plus en plus difficile et de plus en plus rare. Malgré les progrès de la médecine, les nouvelles
maladies découvertes nécessitent de plus en plus de recherche afin de mieux les comprendre, ce
qui rallonge le temps de création d’un produit adéquat. Ainsi, une firme pharmaceutique est
capable de créer environ dix médicaments par an contre une trentaine ou quarantaine dans les
années quatre-vingt-dix76.
Afin de mieux comprendre le fonctionnement des firmes pharmaceutiques, nous allons d’abord
analyser les caractéristiques du marché mondial des médicaments (section I) avant de mettre en
évidence les grandes tendances de l’industrie pharmaceutique (section II).
72
. Un blockbuster est un médicament qui génère un chiffre d'affaire (prix des ventes) de plus d'un milliard de dollars
au laboratoire pharmaceutique qui le commercialise.
73
. Les médicaments peuvent bénéficier de la protection accordée par un brevet s’ils satisfont à certaines conditions.
La durée de protection est généralement de 20 ans et peut être prolongée de 5 autres années.
74
. Pignare P., « Le grand secret de l’industrie pharmaceutique », Paris, La Découverte, 2004.
75
. Les brevets sont des droits de propriété industrielle qui confère à leur propriétaire le monopole de production des
médicaments
76
. Selon la FDA : Food and Drug Administration; l’agence américaine d’autorisation des médicaments.
80
Section I : Les caractéristiques du marché mondial du médicament
On entend par médicament toute substance ou composition présentée comme possédant des
propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines ou animales, ainsi que tout
produit pouvant être administré à l'homme ou à l'animal, en vue d'établir un diagnostic médical
ou de restaurer, corriger ou modifier leurs fonctions organiques.77
Un médicament agit par l'intermédiaire d'un ou plusieurs constituants appelés principes actifs
(substances réellement actives), qui sont associées à des excipients (substances non actives qui
permettent la préparation et l'administration du médicament). Nous allons présenter dans cette
section les trois segments des médicaments. Ensuite il nous parait nécessaire d’énumérer les
différentes phases du développement des entreprises pharmaceutiques. Enfin, nous terminerons
par l’Autorisation de Mise sur le Marché par les autorités compétentes.
Les molécules se classent en trois segments de marché à savoir le marché des princeps, celui des
génériques et celui des OTC.
Le marché des princeps présente une double originalité. D’une part, la demande y est ambiguë
puisque les trois aspects de cette demande (choix, paiement et consommation) sont distincts : le
prescripteur est le médecin, le payeur est l’assurance-maladie et le consommateur le patient.
D’autre part, l’offre est caractérisée par une forte concurrence pendant la longue phase de R et D
puis par une situation de monopole une fois le princeps sur le marché.
77
. Selon la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé.
78
. Les droits de la propriété industrielle concernent les brevets d'invention, les marques, les dessins et modèles. Ces
3 droits confèrent un monopole d'exploitation. Celui-ci est limité dans le temps.
81
Les évolutions de la demande ont particulièrement affecté les règles qui prévalent sur ce marché.
L’augmentation du pouvoir de décision du patient fondé sur l’amélioration de son savoir
(Abecassis et Coutinet, 2006) a bousculé le rôle de chaque acteur (patient, médecin, et système
de santé). Si les médecins restent les prescripteurs des princeps, leur pouvoir de prescription est
atténué par le savoir des patients. Ceux-ci disposent d’un droit à l’information et d’un pouvoir
croissant susceptible d’influencer la prescription. Par ailleurs, le paiement n’est plus entièrement
du ressort de l’assurance-maladie puisque les patients assument une part croissante de la dépense
de médicaments. Enfin, le patient hérite d’une partie des fonctions de choix et de paiement qui
lui échappaient. Enfin, le pharmacien dispose maintenant d’un pouvoir de prescription. Il peut en
effet, sauf refus du patient, substituer un générique au princeps prescrit par le médecin.
En règle général, la fabrication du principe actif se fait au sein du groupe, afin d’en garder la
maitrise. Ce travail n’est donc pas sous-traité, sauf éventuellement des parties non stratégiques
de la substance. Si la société pharmaceutique sous-traite totalement, elle le fait pour des
molécules moins importantes dans le portefeuille du groupe ou pour des molécules ayant perdu
leur brevet.
« On entend par spécialité générique d’une autre spécialité celle qui a la même composition
qualitative et quantitative en principe actif, la même forme pharmaceutique, et dont la
bioéquivalence avec l’autre spécialité a été démontrée par des études appropriées de
biodisponibilité ; les différentes formes pharmaceutiques orales à libération immédiate sont
considérées comme une même forme pharmaceutique. »79
Cette définition a été légèrement modifiée par la loi du 23 décembre 1998 de financement de la
sécurité sociale pour 1999. Elle intègre désormais la notion de spécialité de référence et prévoit
que celle-ci constitue avec ses génériques un groupe générique80.
Ainsi, tous les médicaments répondant à cette définition sont considérés comme médicaments
génériques.
Au moment où le brevet d'exploitation expire, tout laboratoire peut produire une copie légale du
princeps. Certains laboratoires produisent alors des médicaments génériques, désignés par leur
79
. Définition du médicament générique posée par l'ordonnance du 24 avril 1996, relative à la maîtrise médicalisée
des dépenses de soins.
80
. Ibid.
82
Dénomination Commune Internationale (DCI), qui fait référence au principe actif. Elle est la
même dans tous les pays du monde. Il faut remarquer que les spécialités portent aussi un nom
DCI qui figure obligatoirement en dessous du nom commercial. Ainsi, un même médicament a
un seul nom DCI, mais peut avoir plusieurs noms commerciaux.
Le marché des génériques est comparable sur bien des points au marché des princeps. Pourtant,
deux caractéristiques les opposent. La première concerne l’organisation de l’offre qui, par
structure, n’est plus monopolistique mais concurrentielle. Toutefois, puisque les molécules
vendues en génériques sont « anciennes », la concurrence entre firmes ne porte pas sur le
développement de nouveaux produits mais sur leur capacité à les produire à un coût faible. En
second lieu, les médicaments génériques sont par nature peu innovants.
En effet, les médicaments OTC peuvent être achetés librement au niveau des officines : les
patients délèguent généralement ce pouvoir aux pharmaciens, qui sont alors investis d’un rôle de
conseiller-prescripteur, ou aux médecins qui peuvent toujours prescrire des OTC.
Longtemps marginaux en termes de consommation, les médicaments OTC n’ont jamais été
considérés comme une catégorie homogène. Le développement du savoir des patients et la
nécessité de réduire les déficits de l’assurance-maladie contribuent cependant à identifier les
médicaments OTC comme une catégorie indépendante, dotée d’un marché spécifique que
chaque type d’acteur s’emploie à intégrer dans ses stratégies.
Le marché des OTC n’en est toutefois qu’à ses débuts, puisque, outre la difficulté d’en délimiter
parfaitement les contours, de nombreux freins, comme l’absence de véritable critère de qualité
ou la concurrence de médicaments remboursables, en ralentissent la croissance.
83
Sanofi-Aventis est leader dans ce domaine, il est le sixième acteur mondial en OTC avec
notamment six marques phares, dont le Doliprane, Lactacyd, Maalox qui font l’objet d’un
support promotionnel permanent et intègrent chaque année de nouvelles formulations81.
Une entreprise pharmaceutique comprend en général plusieurs pôles bien distincts (recherche et
développement, production, marketing, commercialisation et distribution). Ces pôles occupent
des poids relatifs différents et leurs logiques de localisation sont très différentes. En effet, le
médicament, avant qu’il arrive derrière le comptoir de la pharmacie, passe par plusieurs phases
regroupées en cinq principales82 :
- Dans la recherche :
1. La découverte du médicament et son développement.
- Dans la fabrication :
2. La production du principe actif ;
3. La formulation du médicament ;
4. Le conditionnement ;
5. Et la commercialisation.
81
. http://www.ims-pharmastat.fr/index.php/presentation/ims-health.
82
. Leem, « 100 Questions que l'on nous pose - Question 1 : Quelles sont les étapes de la vie d'un médicament? » ,
sur Site officiel du Leem, 6 juillet 2012 (consulté le 22 juin 2015).
84
Figure n° 2 : Le cycle de vie d’un médicament
La molécule retenue passe ensuite en phase de développement. Cette phase vise à passer d’une
molécule étudiée en laboratoire à une « spécialité pharmaceutique » qui fera, en général, l’objet
d’une prescription médicale et sera consommée par le patient.
85
Mais avant, le laboratoire doit passer par la recherche clinique qui consiste à faire des études
médicales organisées pour tester les effets d’un nouveau médicament ou d’un médicament déjà
existant.
Les objectifs des essais cliniques sont aussi de s’assurer de l’innocuité et la tolérance.
En général, ils sont réalisés en trois phases83, illustrées dans le tableau qui suit :
Source : Abecassis. P. et Coutinet. N., « caractéristiques du marché des médicaments et stratégies des
firmes pharmaceutiques, ed. La Doc.française n°7, 2008, pp. 111-139.
La première étape de la fabrication est la production du principe actif. On commence par isoler la
substance active, qui est produite dans des centres de fabrication spécialisés, puis on utilise des
excipients (substances auxiliaires) pour produire une forme galénique84 déterminée.
83
. Lorsque la molécule est déjà connue dans une autre indication thérapeutique, on passe directement aux essais de
phase II).
84
. Le médicament peut être sous forme de pommade, sirop, comprimé, injectable, suppositoire…
86
Le consommateur doit avoir la garantie que la sécurité des médicaments est irréprochable. C’est
pourquoi les usines doivent respecter les Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF).
Ces dernières sont les standards internationaux de la production de médicaments85. D’ailleurs, la
fabrication conformément aux BPF revêt une importance considérable pour la reconnaissance à
l’étranger des médicaments.
Après avoir ajouté les excipients, le médicament est conditionné à la machine c'est-à-dire placé
dans un emballage spécialement conçu à cet effet. Dans cette étape, se fait aussi le choix de la
forme du médicament.
Une fois introduit sur le marché, les consommateurs ne le connaissent pas encore et le produit
n’est donc pas encore rentable. Cette première phase est la phase de lancement.
En phase de croissance86, les ventes explosent et les profits apparaissent. L’objectif du
laboratoire pharmaceutique est d’augmenter au maximum les parts de marché. On couvre plus de
territoire, on mise encore sur la publicité mais plutôt dans une optique de positionnement
différencié. La promotion est limitée dans cette phase. La notoriété doit se créer pour lutter par
anticipation contre les futurs concurrents qui arriveront, dans la même classe thérapeutique ou à
l’expiration des brevets.
Ensuite vient la phase de maturité où les ventes stagnent voire décroissent et c’est le moment où
les profits sont les plus élevés puisque les frais de lancement (recherche, innovation, publicité…)
sont amortis. En effet, l’objectif du laboratoire pharmaceutique est de rentabiliser
l’investissement, d’augmenter les produits et de se maintenir sur un univers de plus en plus
concurrentiel puisque ses concurrents auront déjà produits des génériques.
Avant que le médicament rentre en phase de déclin, l’objectif du laboratoire est de réduire les
dépenses au maximum d’où l’externalisation d’une partie de son activité d’une part et
l’implication dans la recherche et développement, d’autre part, à travers le lancement d’un
nouveau médicament lui permettant de bénéficier encore une fois d’un avantage pionnier.
La délivrance des autorisations de mise sur le marché repose sur l’évaluation des pouvoirs
publics des résultats des tests et des essais menés par les laboratoires pharmaceutiques lors du
85
. Site de l’Association des sociétés pharmaceutiques suisse : interpharma : http://www.interpharma.ch/fr.
86
. Serre. M.C et Wallet-Wodka. D., « Marketing des produits de santé », ed. Dunod, 2ème édition, 2014, p 206.
87
développement de leur produit. L’industrie pharmaceutique a due se plier aux exigences
sanitaires de plus en plus strictes, qui se sont traduites par un renforcement des procédures
d’autorisation de mise sur le marché (AMM)87. En effet, pour prétendre à une telle autorisation,
une nouvelle molécule doit passer par un processus de développement strictement réglementé et
découpé en quatre phases successives (phases précliniques I à III et phase IV de
pharmacovigilance). Le but étant d’évaluer la tolérance au médicament et son efficacité et ce
processus dure de 12 à 16 ans. Des mesures de contrôle existent de la fabrication à la
commercialisation d’un médicament, la publicité est très encadrée et les prix sont réglementés ;
ce qui a également provoqué un accroissement du coût et de la durée d’accès au marché pour les
firmes88.
Source : http://www.gsk.fr/avenirdelasante/fiche_pratique/medicament/pdf/acceau%20marche.pdf
87
. Le nouveau produit devant présenter un rapport bénéfice/risque au moins équivalent à celui des produits déjà
commercialisés. Après l’évaluation scientifique, le dossier passe devant les commissions de l'Agence. Trois issues
sont possibles : avis favorable, demande de complément d’information ou avis non favorable.
88
. Le coût des procédures s’élève puisque le dossier d’approbation à remettre à la FDA, composé des résultats des
nombreux tests cliniques requis, comporte aujourd’hui en moyenne 100 000 pages contre 38 000 dans les années
1970. La densité de ces dossiers entraîne une augmentation du délai d’évaluation par les autorités et allonge l’attente
des firmes disposant d’une nouvelle molécule. Celle-ci est d’environ un an et demi aux États-Unis, entre deux et
trois ans en France.
88
1.3.1 L’expertise sur le médicament
L’expertise sur le médicament, à des fins d’autorisation de mise sur le marché AMM, au sens de
la spécialité pharmaceutique ; ainsi le suivi de son profil « bénéfice/risque » tout au long de sa
vie, répondant à un impératif de sécurité sanitaire. L’expertise sur le médicament ,dans son
objectif d’encadrement et de surveillance des spécialités pharmaceutiques doit donc s’étendre
comme une discipline qui permet d’aboutir à des propositions de décisions sanitaires pour
autoriser une spécialité pharmaceutique (médicament) aux différentes étapes de son
développement et de ca commercialisation, allant de l‘autorisation pour essais cliniques à
l’autorisation temporaire d’utilisation (ATU), puis l’AMM et le cas échéant à des décisions de
modification ou retrait de cette même AMM.
Les critères scientifiques et techniques sur lesquels les experts ont eu à se prononcer ont été
proposés pour la 1 ère fois dans la directive 75/318 .ils s’articulent autour de trois grands axes :
la qualité pharmaceutique du médicament, le profil de toxicologie et de sécurité et l’efficacité
thérapeutique. Tous ces éléments doivent être consignés dans le dossier de l‘AMM qui devient la
clef de voute de l’évaluation sur laquelle l‘expertise pourra se fonder pour dégager les mérites du
médicament à l’évaluation des autorités de santé, et rédiger une autorisation qui fixera les
conditions d’emploi, le ou les schéma(s) posologique (s), les populations cibles et les précautions
d‘emploi . Ces éléments techniques forment le contenu du Résumé des Caractéristiques du
Produit (RCP) qui est un élément clef de l’AMM car il décrit au mieux la connaissance que l’on
a du médicament au moment de sa mise sur le marché. Le RCP permet surtout d’assurer le bon
usage du médicament sur la base des connaissances accumulées tout au long du développement.
L’évaluation d‘un nouveau médicament reste un exercice complexe dans la mesure ou il va
s’agir de conclure sur un ratio très difficilement mesurable ou quantifiable : celui de l’estimation
du bénéfice escampé par apport à des risques d’effets secondaires toujours prévisibles avec un
principe actif, mais jamais quantifiable de façon absolue.
89
Une fois l’AMM obtenue, le médicament doit être évalué par la Commission de la Transparence
(CT) afin qu’elle détermine son Service Médical Rendu (SMR) et son Amélioration du Service
Médical Rendu (ASMR).
La CT est une des commissions spécialisées de la Haute Autorité de Santé (HAS), elle a pour
mission de fournir un avis sur l’intérêt d’un médicament à deux niveaux :
Le taux de remboursement du médicament est fixé par les organismes de sécurité sociale. Les
tarifs de référence de remboursement sont publiés sur le Journal Officiel89.
Le comité de fixation des prix est constitué de représentants des structures du Ministère de la
Santé Publique et de la Réforme Hospitalière (MSPRH)90.
89
. Journal Officiel, « l’arrêté de mars 2008, modifié et complété, fixant la liste des médicaments remboursables par
la sécurité sociale », 2014.
90
. Ministère de la Santé de la Population et de la réforme hospitalière (MSPRH), Direction des Produits
Pharmaceutiques (DPH), Hafed Hamou, Fixation des prix des médicaments en Algérie, 2011.
90
Le MSPRH est chargé de déterminer le prix des médicaments importés ou conditionnés en
Algérie ; FOB (Free on Board) ainsi que ceux fabriqués en Algérie ; PCSU (prix cession sortie
usine). Enfin, le Ministère du Commerce fixe le Prix Public Algérien (PPA).
Une fois que ces trois étapes ont été franchies, l’arrêté d’inscription sur la liste des soins
remboursables et les avis de fixation du taux de remboursement et du prix sont publiés
concomitamment au Journal Officiel (JO). Le médicament peut alors être commercialisé et
remboursé1 par l’Assurance Maladie.
L’industrie pharmaceutique traverse une période de transition, alimentée par une vague de
libéralisation économique qui déferle sur plusieurs continents. Si la fin des années 90 et le début
des années 2000 ont constitué une période très propice pour ce secteur91, cette tendance s'est
atténuée à partir de 2003, à cause de diverses raisons, comme par exemple l’explosion des coûts
de conception de nouveaux médicaments, le développement des génériques qui sont devenus
menaçants pour ces « global players »92 ou les contraintes règlementaires qui se sont renforcées.
Producteurs comme distributeurs sont concernés ; coté producteur, s’impose la nécessité de
brevets afin de protéger et de stimuler l’innovation. Coté distributeur, les règles d’accès au
marché doivent protéger le consommateur et participer à la régulation des dépenses. De
nouvelles stratégies des firmes pharmaceutiques apparaissent.
Ainsi, nous allons à travers section, étudier le marché des génériques avant d’analyser les
différentes stratégies des entreprises pharmaceutiques. Enfin, nous présenterons les chiffres clés
de cette industrie.
91
. Avec une croissance de l'ordre de 10% en volume, des niveaux de profitabilité élevés et des taux de marge
Opérationnels, forts pour les grands groupes. Les ventes en 2002 ont dépassé les 400 milliards de dollars.
92
. Pignare P., « Le grand secret de l’industrie pharmaceutique », opcit.
93
. IMS Health, « L’analyse mensuelle du marché des médicaments : médico-économie, le vrai départ ? », lettre
d’information n°74, décembre 2014.
91
marché des médicaments pour la période 2010-2015 est de l’ordre de 4% tandis que celui des
génériques est estimé à 12% (mais avec des écarts importants selon les pays).
L’objectif du laboratoire pharmaceutique, comme toute autre firme, est de vendre tous ce qu’il
produit comme médicament dans le but d’en tirer un bénéfice. Cependant, cette industrie est
complètement différente de la grande majorité des autres industries à cause des grands risques
économiques, sanitaires et sociétaux que comporte son domaine94.
Sur 10.000 molécules ciblées, l’industrie pharmaceutique peut espérer obtenir 10 médicaments
dont un seul sera finalement autorisé à la vente. Les frais les plus importants surviennent lors des
premières phases de recherche et développement de molécules qui ne deviennent pas des
médicaments autorisés. De plus, l’amortissement d’un nouveau médicament prend entre 7 et 10
ans et la part de médicaments qui permet cet amortissement est très petite : 3 médicaments
commercialisés sur 20 se repayent leurs propres frais de développement. Sur ces 3, un seul
permet de couvrir les frais des autres ainsi que de tous les échecs qui l’ont précédé. Cela
implique la nécessité, pour l’industrie pharmaceutique, de découvrir un médicament
« blockbuster » (médicament dont les ventes sont supérieures à 750 millions d’euros, soit 1
milliard de dollars) à intervalles réguliers de quelques années.
En 2010, aux États-Unis, 21 nouveaux médicaments ont été approuvés par la FDA, ce qui est
moins qu’en 2009 où 26 ont été approuvés et qu’en 2008, 24 ont été approuvés. La moyenne aux
États-Unis depuis 2001 se situe aux alentours de 22,9 nouveaux médicaments par an.
94
. Zerhouni E., « Les Grandes Tendances de l'innovation biomédicale au XXIe siècle », leçon inaugurale au
Collège de France, 20 janvier 2011, p. 27.
92
En moyenne, le coût général d’un produit, de la phase de recherche à celle de commercialisation,
est estimé à 1 milliard d’euros et peut atteindre les 1,5 milliards d’euros dans certains cas. Entre
2000 et 2005, la hausse du prix d’un médicament enregistrée touche les 60 %. Cette hausse
s’explique par la baisse du ratio de succès des médicaments, passée de 1 sur 8 en 2002 à 1 sur 13
en 2012.
La propriété industrielle protège les découvertes techniques (brevets d’invention), les créations
ornementales (dessins et modèles) et les signes distinctifs (marques commerciales, enseigne,
noms de domaine, appellations d’origine, etc.). Concernant les médicaments, il s’agit avant tout
de la mise en cause des droits de propriété industrielle que sont la marque et le brevet.
Signé en 1994 à Marrakech (au Maroc), l'accord sur les Aspects des Droits de la Propriété
Intellectuelle touchant au Commerce (ADPIC)) dans un contexte de mondialisation, prescrit à
tous les Etats membres de l'OMC de fournir une protection par brevet à tout inventeur de
produits ou de procédés pharmaceutiques95.
Le médicament est protégé par le droit à la propriété industrielle tant qu’il a fait l’objet d’un
dépôt de brevet et qu’il se distingue par une marque, voire un dessin et modèle.
Le brevet s’attache au produit tant qu’il apporte une innovation. Il peut être obtenu pour un
médicament comme pour tout autre type d’invention. Le brevet d’un médicament confère à son
titulaire une exclusivité commerciale pour une durée de 20 ans à compter du jour de dépôt de la
demande. Dans les faits, pour le médicament, cette protection sera bien moindre puisqu’après le
dépôt du brevet, le médicament devra encore faire l’objet de recherches complémentaires et
d’essais pendant presque 10 ans avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM)
et de pouvoir être exploité commercialement.
95
. OMC, « Les brevets pharmaceutiques et l’accord sur les Accord sur les aspects des Droits de Propriété
Intellectuelle qui touche au Commerce », septembre 2006.
93
La marque se définit comme signe (mot, lettre, logo, forme, couleur, sons, etc.) susceptible de
représentation graphique servant à distinguer les produits ou services d’une personne physique
ou morale. Dans le domaine pharmaceutique, le nom du laboratoire et celui du médicament sont
protégés par le droit des marques. Ce droit permet au patient de reconnaître le produit.
Reconnaissance qui s’accompagne d’une garantie de qualité et de sécurité.
L'année 2012 sera fatale pour les blockbusters, ces médicaments qui rapportent plus d'un milliard
de dollars par an aux laboratoires pharmaceutiques. Beaucoup de brevets qui les protègent
expirent, ouvrant la voie aux génériques, des copies légales et beaucoup moins chères, capables
de conquérir jusqu'à 80% d'un marché en moins de six mois.
La figure n°4 indique les pertes en termes de chiffres d’affaires enregistrées par les Big Pharma
suite à l’expiration des brevets de leurs blockbusters. Selon IMS Health, en 2012, les pertes de
brevets atteignent 46 milliards de dollars de chiffre d'affaires contre 22 miliaard de dollars en
2011.
94
La tombée dans le domaine public des molécules phares, qui ont fait la fortune des laboratoires
dans les années 1990, a provoqué une chute brutale de leur chiffre d’affaires.
Par exemple, les ventes de médicaments phares, comme Depakote (d’Abbott), Zocor (de Merck),
Mopral (d’Astra-Zeneca) ou Lipitor (de Pfizer), le médicament le plus vendu au monde avec un
chiffre d'affaires de 10,7 milliards de dollars en 2010, a perdu en novembre 2011 la protection de
son brevet , ont provoqué des pertes colossales pour les entreprises. Les ventes de Depakote
(Abbott) ont par exemple enregistré une baisse de 64 % au deuxième trimestre 2009 ; celles de
Mopral (Astra-Zeneca) ont diminué de 78 % depuis 2004, etc96.
Tous les laboratoires ne seront pas affectés de la même façon et les parades sont variées.
Plusieurs laboratoires espèrent sortir bientôt des produits innovants. Sanofi mise sur son
antidiabétique Lyxumia. Roche ou Janssen, une filiale de Johnson et Johnson, sur des traitements
du cancer. Gilead, une biotech américaine, qui vient de racheter Pharmasset, sur l'hépatite C.
D'autres misent sur les diversifications et sur les pays émergents, à l'image de Sanofi qui prévoit
de compenser de cette façon ses pertes de chiffre d'affaires.
Outre un taux de croissance des ventes plus élevé que celui des princeps, les médicaments
génériques présentent de nombreux avantages pour les firmes. D’un point de vue industriel, leur
développement implique des coûts de R et D relativement faibles car ces derniers ont déjà été
supporté et amorti par la firme qui a découvert la molécule.
Leur fabrication permet alors d’utiliser les capacités de production excédentaires. Ils offrent ainsi
de meilleures perspectives de profits aux investisseurs.
En termes de croissance des ventes, les génériques permettent de pénétrer de nouveaux marchés,
notamment ceux des pays émergents, les Pharmerging97. Ces derniers présentent un potentiel de
croissance particulièrement important du fait que leur contribution à la croissance du marché des
médicaments était de 37% sur la période 2006-2010 et est de 63% sur la période 2012-2015.
De nombreuses firmes ont pu, sur ce segment de marché, réaliser rapidement des profits et
atténuer les conséquences des difficultés qu’elles rencontraient sur celui des princeps. La plupart
d’entre elles ont, aujourd’hui, adapté leur modèle de production pour pénétrer ce marché soit
96
. Yakoub.N ,.Laperche. B, op.cit.
97
. « Pharmerging » : désignation attribuée aux pays émergents où une demande grandissante de produits
pharmaceutiques s'exprime. Les BRIC, bien sûr, mais aussi la Turquie, le Mexique et Corée du Sud, le reste de
l'Amérique latine (Venezuela, Argentine, Porto Rico, Colombie, Chili, Pérou, Equador), l'Arabie Saoudite, l'Afrique
du Sud, l'Egypte, l'Algérie, le Pakistan, la Thaïlande, l'Indonésie, les Philippines, le Vietnam et l'Europe de l'Est. Au
total : 3 milliards de personnes, soit 45 % de la population mondiale.
95
grâce à des opérations de fusions, d’acquisitions ou d’alliances soit par le développement
d’autogénériques.
Par ailleurs, les organismes de régulation, soumis à une forte contrainte budgétaire, ont
encouragé le développement des médicaments génériques. Pour cela, les autorités ont utilisé
différentes mesures telles que la simplification des procédures de dépôts d’AMM des génériques,
la mise en place de tarifs de référence ainsi que des incitations pour les médecins, pharmaciens et
patients à prescrire ou consommer des génériques.
Les différentes évolutions décrites précédemment ont progressivement conduit les firmes à
modifier leurs stratégies en termes à la fois d’organisation et de choix de produits. Elles ont alors
élaboré, d’une part, des stratégies industrielles, conduisant progressivement à l’émergence d’un
nouveau modèle de firmes pharmaceutiques et, d’autre part, des stratégies commerciales plus
directement axées sur les patients98. Notre recherche s’intéresse plus aux stratégies industrielles
qui se caractérisent par deux processus : une externalisation croissante de certaines activités et
une augmentation de la concentration du secteur (fusions/acquisitions, alliances).
Concernant la phase de recherche des produits éthiques, elle se fait généralement dans les pays
de la maison mère, principalement aux Etats-Unis, en France et au Royaume Uni.
98
. Moulle V., « Top 10 des big pharma en 2013 : la pharma mondiale en quête de nouvelles fusions », Industrie
Pharmaceutique, 2014.
96
Toutefois, les Etats Unis sont plus avancés dans le domaine, et ce grâce à la qualité des
ressources scientifiques qu’ils possèdent, l’existence d’un environnement favorable à la
recherche : compétences scientifiques, qui facilitent le transfert technologique, les clusters99,…
Les firmes ont donc développé des collaborations prenant la forme d’accords de licence de co-
développement ou, plus fréquemment, de Contract Research Organizations (CRO)100, qui sont
des organisations offrant à leurs clients un éventail de services de recherche. Ces services portent
principalement sur l’organisation des phases de développement et comprennent des activités
telles que le management d’essais cliniques, toutes phases confondues, le traitement et l’analyse
des données ou la gestion des dossiers de demandes d’AMM. Ces collaborations permettent aux
firmes de réduire leurs coûts et d’accéder plus rapidement au marché, de faire face aux
exigences croissantes des autorités et d’accéder enfin à des capacités n’appartenant pas à leur
cœur de compétences.
Quant à la phase de production, qui se divise elle-même en deux étapes, elle ne connait pas la
même logique de localisation ni les mêmes motivations :
Autrefois, les unités de fabrication étaient localisées dans le pays de la nationalité du groupe.
Pour les éthiques, protégées par un brevet, la localisation de ces usines se situe dans un pays qui
99
. IMS Health, « L’analyse mensuelle du marché des médicaments : médico-économie, le vrai départ ? », lettre
d’information n°74, décembre 2014.
100
. Abecassis P. et Coutinet N., « Caractéristiques du marché des médicaments et stratégies des firmes
pharmaceutiques » n° 7 – Janvier-Mars 2008.p12.
97
respecte la propriété industrielle, interdisant la fabrication de génériques avant l’expiration du
brevet. Ce qui exclue nombre de pays émergents.
Afin de garder le contrôle, en général la production du principe actif se fait au sein du groupe.
Sauf éventuellement pour des parties non stratégiques de la substance sinon pour des molécules
qui ont perdu leur brevet.
Pour Astra-zénéca par exemple, la matière active des principaux médicaments est fabriquée en
Grande Bretagne et en Suède.
La formulation peut exiger une forte technicité comme elle peut ne requérir aucune avance
technologique. Tout dépend du médicament.
En tout état de cause, lorsque les médicaments sont sous brevets, leur production par petits lots
doit être réactive à la demande, ce qui exclut une localisation de la formulation à grande distance
des marchés à servir (une localisation en Inde pour desservir le marché européen semble très
difficile).
Les unités de formulation comportent souvent le conditionnement des médicaments. Il peut aussi
être réalisé dans d’autres centres pour les raisons suivantes : les filiales nationales sont seules à
même de répondre aux disparités règlementaires.
De plus, il est obligatoire d’avoir ce type d’usine ou de passer par des fabricants locaux si on
veut faire desservir des marchés comme le Pakistan, le Vietnam, l’Indonésie, par exemple.
A l’opposé des médicaments éthiques, la fabrication des génériques peut être plus facilement
localisée dans des pays ayant une technologie moins sophistiquée.
Les génériques semblent être le domaine des indiens ; la société Rambaxy fabrique la matière
première en Inde. Le conditionnement est fabriqué dans le pays d’accueil. Il est fait appel à des
façonniers. Ils suivent la règle des 20-80 : 20% des produits génèrent 80% de la marge101.
101
. La Direction Générale des Entreprises, « La globalisation des leaders pharmaceutiques », 2004. document
téléchargé à l’adresse suivante : www.industrie.gouv.fr/pdf/pharma.pdf.
98
Les génériqueurs ne s’intéressent donc pas à tous les produits. Les molécules à faible volume ne
sont pas prises en compte, ce qui représente d’ailleurs un frein pour les pays en développement
ne fabricant pas de médicament.
Comme nous l’avons souligné précédemment, à partir de la deuxième moitié des années quatre-
vingt et surtout au cours des années quatre-vingt-dix, les Big pharma ont progressivement perdu
leurs brevets sur leurs blockbusters. Les baisses de chiffre d’affaires sont considérables et elles
incitent les firmes à acquérir les Blockbusters de leurs concurrents par l’intermédiaire
d’opérations de fusions et acquisitions (F/A). Ainsi, les années passées (à partir de 1990) ont été
marquées par une vague de F/A d’ampleur inégalée. Nous remarquons d’ailleurs que les plus
grandes firmes du secteur sont toutes le résultat de rapprochements successifs. Ainsi, le numéro
un mondial Pfizer a été constitué, entre autres, par l’acquisition de Pharmacia et de Warner-
Lambert102.
Prenons l’exemple de Sanofi. Depuis quelques années, le groupe tente de créer de la valeur et de
gagner en croissance externe.
Auparavant, c’était une entreprise spécialisée dans les produits pharmaceutiques. Aujourd’hui,
elle commence à se diversifier et s’attaque progressivement aux vaccins humains et aux produits
vétérinaires. Elle suit une stratégie différente de ses principaux concurrents qui eux, se
spécialisent et s’emploient à acquérir une véritable expertise et à fournir une innovation sur des
marchés clés.
102
. Sultan-Taïeb H., « Le rôle des alliances inter-entreprises dans les stratégies d‘innovation des entreprises du
secteur bio-pharmaceutique », Laboratoire d‘Economie et de Gestion, Université de Bourgogne, 2009.
99
Depuis 2008, Sanofi ne cesse de mettre en place des plans de réduction des dépenses en
recherche et développement pour poursuivre sa stratégie de croissance externe.
De plus, Sanofi travaille sur l’élargissement de sa répartition géographique dans les pays
émergents. Aujourd’hui, l’Europe comprend 30.8% de son chiffre d’affaires, les Etats-Unis
33.6% et les autres 35.6%.
Sanofi n’a pas eu le choix que de faire des fusions-acquisitions, des alliances et des partenariats
pour mettre en place ses options d’orientations stratégiques. En 2004, elle commence par
Aventis, puis en 2012 elle acquit le leader mondial des maladies rares Genzyme et renforce sa
position de croissance. En avril 2014, Sanofi participe avec d’autres grands groupes (Pfizer,
Merck, Biogen Idec…) au développement de nouveaux traitements contre le diabète et la
maladie d’Alzheimer. En outre, elle commercialise de nombreux produits en partenariat avec
d’autres laboratoires concurrents. Par exemple, le blockbuster Plavix est commercialisé aux
États-Unis par le laboratoire Bristol-Myers-Squibb dans le cadre d’un accord commercial. Ces
différentes stratégies lui ont permis d’accéder à de nombreuses technologies.
Néanmoins, le coût des opérations d’acquisitions étant plus élevé, les entreprises développent
des accords ou des alliances entre elles et font appel à des compétences extérieures (sous-
traitance) à tous les niveaux : recherche, développement, fabrication. En outre, le partenariat peut
prendre la forme d’accords de licence pour confier la commercialisation de certains médicaments
à d’autres entreprises103. La recherche fait également appel à de nouveaux modes de
collaboration en réseaux, entre la recherche publique et la recherche privée par exemple ou via
des partenariats internationaux…. Cependant, on observe deux formes juridiques dominantes
aujourd’hui, les joint-ventures et les contrats de licence, ces derniers jouant un rôle nettement
prédominant. Ces deux formes juridiques d’alliances produisent des formes organisationnelles
103
. Abecassis P. et Coutinet N., « Une approche descriptive des stratégies de F/A et d’alliances des firmes
pharmaceutiques», Journal d’Économie Médicale, vol 26, n°6-7, 2008, pp. 317-330.
100
tout à fait différentes, caractérisés par une structure organisationnelle très souple, plus informelle
et non marquée par une ligne hiérarchique nouvelle.
Pour cette raison, le nombre d'accords de joint-venture et d'alliances, signés par une firme avec
des sociétés du secteur, peut apparaître comme un indicateur de performance fiable. Ne serait-ce
que parce qu'un grand nombre d'alliances peut être le signe d’une position dominante, ou forte,
de la firme au sein du secteur. En fait, les alliances/accords peuvent présenter un certain nombre
d’avantages pour les firmes de haute technologie, à un coût de fonctionnement et de
restructuration marginal réduit:
- des possibilités d'économies d'échelle aux niveaux de la production;
- le partage du risque de R et D;
- le gain d'expérience et d'expertise dans les domaines d'excellence R et D du partenaire;
- le développement des technologies nouvelles et coûteuses;
- le co-développement de projets importants;
- une présence globale sur les marchés, l'échange de produits, la commercialisation
conjointe (économies de marketing, distribution et force de vente) ;
- renforcer les avantages compétitifs des firmes;
- contribuer à augmenter leur profitabilité;
- générer une valeur économique marginale.
Cette série d'avantages explique sans doute la multiplication des accords de partenariat dans
l'industrie pharmaceutique, au sens large : joint- ventures, co-marketing, co-promotion, licensing,
co-développement de produits. D'une façon très marquante, c'est le leader mondial, Merck, qui a
pris l'initiative sur le terrain des alliances stratégiques majeures : en 1988, avec le laboratoire
« Johnson and Johnson », en 1989, avec « DuPont »104.
Nous citerons quelques chiffres importants à savoir, la répartition du marché pharmaceutique par
zone géographique et les dix premières entreprises pharmaceutiques.
104
. Pineau.R. « les rapprochements d‘entreprises : alliances au sein de l‘industrie pharmaceutique», thèse de
doctorat, université de Nantes, 2003, pp 60-66.
101
2.3.1 La présentation du marché pharmaceutique mondial par zone géographique
Figure n°5 :
Le marché américain constitue le plus important marché pharmaceutique avec 40.6% du marché
mondial. Les multinationales pharmaceutiques ont, en effet, toujours été avancées en matière de
recherche et développement de nouveaux médicaments.
L’Asie vient en troisième position avec 23.4%, réalisé principalement par l’Inde. Ensuite, se
classe l’Amérique latine avec un faible taux de 5.5% et en dernier l’Afrique et le moyen orient
qui connaissent une industrie pharmaceutique très jeune et dépendante des importations.
102
2.3.2 Les dix premiers laboratoires pharmaceutiques
Tableau n°2 :
Le tableau montre que la part des dix premières multinationales pharmaceutiques est à environ
40% du marché mondial des médicaments.
Le secteur pharmaceutique est aujourd’hui composé de très grosses firmes leaders, les big
pharma, parmi lesquelles se trouvent Pfizer (n°2 en 2013 est devenu n°1 en 2015) et Novartis
(n°1 en 2013) qui ont, sur la période, très fortement accru leur taille et leur part de marché.
- Le 1er laboratoire Novartis est un groupe pharmaceutique suisse qui a été créé en 1996 par la
fusion de Ciba-Geigy et Sandoz et dont le siège social est à Bâle, en Suisse.
Novartis est depuis 2012 devenu le premier groupe pharmaceutique au monde. Il réalise, en
2013, 5.1% du chiffre d’affaires mondial et détient 6 % du marché mondial de vaccins.
- Fondée en 1849, Pfizer a été le n°1 mondial des compagnies pharmaceutiques avec un chiffre
d’affaires de 46 milliards de dollars en pharmacie en 2006 et 71,13 milliards de dollars en
2009105. L’entreprise avait perdu, il y a quelques années, cette place de leader mondial avec
l’expiration des brevets de ses deux médicaments « vache à lait » : la célèbre pilule bleue Viagra
105
. Pfizer France, http://www.pfizer.fr/recherche/les-axes-de-recherche-258.aspx
103
et le Lipitor. Ainsi, suite au déclin de ses produits, le groupe change de stratégie et évolue dans
d’autres pays européens et africains pour couvrir certains domaines thérapeutiques en se mettant
à la disposition des patients et des professionnels du secteur de santé.
En effet, Pfizer ne commençait à apparaitre dans le marché mondial qu'après son invention du
Viagra et de Lipitor106 ou le Tahor qui s'utilise pour le traitement du cholestérol en effectuant un
saut quantitatif dans le domaine et réalisant ainsi une évolution remarquable en termes de
production et de rentabilité.
En novembre 2015, Pfizer effectue la fusion la plus importante du secteur pharmaceutique lui
permettant de regagner la première place. Il s’agit en effet d’une fusion avec l’irlandais
Allergan. Il s’emparerait d’un autre bestseller du monde de la santé : le Botox. Un traitement
incontournable pour la chirurgie esthétique, qu’Allergan a aussi largement développé dans de
nombreuses aires thérapeutiques, comme l’incontinence urinaire.
Résultat, le Botox lui rapporte encore 2,4 milliards de dollars de ventes annuelles, sans compter
ses activités bien établies dans l’ophtalmologie et les prothèses mammaires. Des produits
brevetés qui permettraient à Pfizer de pérenniser sa croissance.
L’ambition de Pfizer, qui avait déjà tenté de racheter l’an dernier pour 117 milliards de dollars le
britannique AstraZeneca, est de s'implanter fiscalement hors des Etats-Unis. Plus question de
payer un taux de taxe effectif de 25%, alors qu’il pourrait le limiter à 15% en Irlande, estime-t-il.
Cette fusion lui permet donc de contourner le dispositif fiscal américain.
Les deux firmes, citées ci-dessus, coexistent avec des firmes telles que Sanofi-Synthélabo ou
Roche, de taille plus réduite mais qui sont très actives sur le marché mondial. Ces big pharma
106
. Le Lipitor c’est la première molécule vendue chez Pfizer (12,886 milliards $ en 2006) et dans le monde.
107
. IMS Health, « Une vision internationale du marché pharmaceutique », Intelligence 360, Juin 2012.
104
fondent leur stratégie sur leur présence dans toutes les classes thérapeutiques porteuses et
privilégient donc des médicaments « de masse » prescrits par les généralistes.
- Sanofi-Aventis est un groupe pharmaceutique français qui s'est transformé par des acquisitions
successives, en particulier en 1999, quand le groupe fusionne avec Synthélabo (filiale
de L'Oréal), formant le groupe Sanofi-Synthélabo, ainsi qu'en 2004, avec une fusion avec le
groupe franco-allemand Aventis pour devenir Sanofi-Aventis en 2004, renommé Sanofi en 2011.
Sanofi poursuit sa stratégie mise en œuvre depuis 2008, visant à assurer des revenus moins
dépendants des blockbusters à travers la diversification des activités, la réorganisation de la
R&D, les investissements dans les plateformes de croissance. Le groupe envisage 1 à 2 milliards
d’euros d’acquisitions dans les pays émergents (non BRIC) dans l’OTC, les vaccins, la santé
animale. Les partenariats devraient aussi se poursuivre, comme le montre celui conclu en mars
2014 avec UCB, dans les maladies auto-immunes. Sanofi affiche sa confiance pour 2014 et
prévoit un BNPA en hausse de 4 à 7 %, à taux de change constants.
Avec plus de 105 000 collaborateurs répartis dans 110 pays, Sanofi-Aventis assure une présence
internationale forte aussi bien sur les marchés traditionnels que dans les régions émergentes.
- Merck, cette multinationale allemande est fondée en 1668. Elle opère dans les domaines de la
pharmacie (Merck Serono) et de la chimie. Les priorités sont la production de produits
pharmaceutiques originels (Nasivin, Toxogonin, Kohlekompretten, Concor avec l'agent
Bisoprolol, Fortecortin et Metformin), des génériques et différentes offres dans le secteur de
produits chimiques. Avec différentes filiales, Merck KGaA faisait partie des chiffres d’affaires
les plus importants parmi les fabricants de génériques, et dans différents pays. En terme de
chiffre d’affaires, ce laboratoire est classé 4ème.
108
. http://www.medafco.org/article/14/12/2011/sanofi-aventis-la-annonce-production-en-algerie-de-medicaments-
destines-au-traitement-de-lhta-0.
105
À côté de ces big pharma existent des firmes spécialisées qui se focalisent sur un créneau
thérapeutique ou sur une zone géographique et ne sont pas toujours présentes sur toutes les
étapes de production (par exemple la R et D, le marketing ou la fabrication). En outre, ces firmes
sont caractérisées par leur mode de développement qui s’effectue au moyen d’opérations de F/A.
Parmi ce type de firmes, certaines se développent en délivrant des médicaments princeps, comme
Elan ou Bioval, des génériques, comme Watson ou Teva, ou encore des « little big pharma »,
comme Forest ou Allergan. Ces firmes de taille moyenne adoptent des stratégies de niche : elles
choisissent des classes thérapeutiques dans lesquelles les big pharma sont peu présentes. Ces
clases se caractérisent généralement par un grand nombre de besoins insatisfaits et qui touchent
une population importante.
Les firmes biotechnologiques constituent le troisième type de firmes. Elles sont plus récentes et
subissent une forte concurrence sur un marché en perpétuel mouvement. En effet, leur
croissance, après avoir été très forte sur la période 1992-2000, s’est affaiblie en 2001 en raison
du ralentissement boursier mais aussi après l’échec, en phases de développement, de certaines
molécules (comme l’anticancéreux Cetuximab). Les contraintes auxquelles sont soumises ces
firmes, en termes de réduction des coûts de R et D et d’augmentation des profits, tout comme la
forte concurrence des autres firmes du secteur, influencent considérablement leurs stratégies de
croissance. Parmi ces firmes se trouvent par exemple Amgen, créée en 1980, qui est une firme
biotechnologique intégrée, ou Human Genome Sciences, qui est une firme de développement.
109
. IMS Health, « Le marché pharmaceutique dans le monde et en France : bilan et perspective », intelligence.360,
2010.
110
. Les pays BRICS sont : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud.
106
pharmaceutique mondial a affiché une croissance de 3% par rapport à 2011 », note IMS lors de
sa présentation, en mars 2013, de son étude annuelle sur le développement du marché du
médicament. « Cette progression va se poursuivre au cours des prochaines années, tirée par les
marchés émergents, dont la croissance annuelle devrait être comprise entre 11 et 14% d’ici
2016 »111.
Les rapprochements des grands groupes mondiaux (implantation géographique stratégique des
entreprises, regroupement des entreprises par domaine d’intérêt thérapeutique, joint-venture,
accord de licence,…) ont pour but d’atteindre une taille critique. Cela leur permet de réaliser des
économies d’échelle compte tenu des coûts élevés de la recherche et des pertes des brevets des
molécules phares. Aussi, l’objectif des firmes pharmaceutiques est d’acquérir des compétences
et connaissances scientifiques, des infrastructures spécifiques (intervenant dans la phase de
développement clinique, ou dans la phase de commercialisation), des ressources financières, de
partager le risque, d’avoir une plus forte présence sur les marchés internationaux et de faire face
à la pression exercée sur les prix des médicaments par les pouvoirs publics.
Un autre aspect du choix de localisation est la fiscalité. La localisation peut dépendre plus de
l’imposition des bénéfices que de la proximité d’un important marché étant donné que les coûts
de transport du principe actif sont faibles par rapport aux coûts de production.
D’autre part, la localisation des sites peut suivre différentes logiques. Ainsi, Sanofi-aventis
s’achemine vers une logique de fabrication de ses médicaments selon plusieurs aspects du
produit. Elle se fait par forme galénique par type de produit. La spécificité d’un produit peut
conduire à des choix particuliers de localisation de leur fabrication.
111
. Ibid.
107
Exemple : l’Aspégic est sensible à l’humidité, sa production s’effectue en France. Le sirop est un
produit lourd à transporter, sa fabrication doit être donc proche du marché et donc de la zone
géographique à approvisionner.
Enfin, c’est le croisement de différents impératifs qui détermine le choix d’une localisation et
chaque décision pouvant être considéré comme une ponctuation dans la vie des sociétés
pharmaceutiques, en fonction de leur maturité.
Les pays en voie de développement, par exemple, ne sont pas suffisamment attractifs des centre
de recherche car ils ne possèdent pas encore des compétences nécessaires dans ce domaine.
Concernant les marchés où l’accès est difficile ou ceux dont le coût de la main d’œuvre est élevé,
les firmes préfèrent se contenter d’un accord de licence. Ainsi, elles vendent leur procédé de
fabrication au lieu de s’implanter.
D’une manière générale, les alliances entre laboratoires sont établies pour gagner en
compétitivité. Chacune des parties recherche constamment un rapport « gagnant- gagnant » avec
son allié.
Les nouvelles stratégies des firmes pharmaceutiques ont entraîné une forte transformation des
flux d’investissements internationaux, qui se concentrent de plus en plus dans les pays du
Maghreb, en l’occurrence, en Algérie.
108
Chapitre II : Les expériences des multinationales pharmaceutiques dans les
pays du Maghreb
Avec un marché d’environ 3 milliards d’euros en 2011 et estimé à 3,5 milliards à l’horizon
2016112, le Maghreb s’impose comme l’une des zones les plus dynamiques du continent.
En effet, la région intéresse de plus en plus les investisseurs internationaux, spécialement dans le
secteur pharmaceutique qui n’a pas été réellement touché par la crise économique de 2009.
Les pays du Maghreb arabe ont un objectif commun : promouvoir la production nationale des
médicaments. Cependant, la mise en place des filières pose la question des capacités industrielles
et technologiques des pays et de la stratégie à développer afin de se procurer les capacités qui ne
sont pas suffisamment disponibles localement. Ce qui mène justement à la problématique de
l’attractivité des laboratoires pharmaceutiques étrangers, possédant plus de savoir et
d’expérience.
112
. Pauron. M., « Maghreb : ambitions en laboratoires », Revue Jeune Afrique, 07/09/2011.
113
. Le secteur de l’industrie pharmaceutique marocaine fabrique une large gamme de produits obéissant aux
standards internationaux. A cet effet, l’OMS a classé l’industrie Pharmaceutique marocaine dans la zone Europe
pour les standards de qualité.
114
. Ipemed (l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen), « Les systèmes de santé en
Algérie, Maroc et Tunisie : défis nationaux et enjeux partagés », n°13, avril 2012 . Disponible au : www.
ipemed.coop/fr/nosprojets- r16/sante-c89/ chantier-sante-sc89.
115
. Ibid.
109
Section I : L’état des lieux des marchés pharmaceutiques au Maghreb
(Algérie, Maroc et Tunisie)
Cette section comporte une description de l’offre des médicaments dans les trois pays du
Maghreb ainsi qu’une étude comparative des trois marchés. En effet, si les trois pays visent le
même objectif de la promotion de la production nationale, les politiques mises en œuvre pour
l’atteindre diffèrent d’un pays à l’autre.
Il est nécessaire de souligner que malgré l’augmentation des investissements dans la production
nationale, l’Algérie reste fortement dépendante du marché mondial du médicament. Elle importe
en moyenne 70% des médicaments consommés.
En termes de production des médicament en Algérie, l’entreprise Saidal accaparait la plus grande
part (39,8%), suivi de Sanofi Aventis (26%) alors que Pfizer ne représentait que (11,5%) des
médicaments fabriqués en 2005. En revanche, 10 ans plus tard et après la promulgation des lois
favorisant les partenariats algéro-étrangers, le groupe Saidal perd en parts puisqu’il baisse à
8,7%. En effet, le marché du médicament algérien est, aujourd’hui, largement dominé par des
groupes étrangers.
Actuellement, les plus importants investissements du secteur sont (par ordre d’importance) :
Sanofi Aventis 14%, Bio Pharm 10%, Saidal 8.7%, LPA 4,6%, Pfizer 4,4%, Laboratoire Salem
4,3%, Hikma pharma 4,2% et Prodiphal 4,2%. Viennent après Glaxo Smith Kline, Novartis,
Novonordisk et Astrazeneca.
Les 314 autres laboratoires nationaux et internationaux opérant en Algérie se partagent ce qui
reste du marché pour une valeur se rapprochant de 1,05 milliard de dollars.
84% de la production reviennent au secteur privé et 16% au public.
110
Elle a connu au cours des vingt dernières années un développement sans précédent. D’ailleurs,
l’Organisation mondiale de la santé l’atteste d’une expérience confirmée et d’un savoir-faire
avéré et la classe dans la zone Europe.
En ce qui concerne la production et l’importation de l’année 2009, Sanofi Aventis est au premier
rang, avec 10,52% des parts du marché en termes de valeur, talonné par Maphar avec 9,30% puis
vient Laprophan 8,63%. La part de Pfizer est de 4.43%.
Quant aux exportations de médicaments, elles concernent aussi bien les médicaments génériques
marocains que des séries industrielles européennes délocalisées par certains groupes étrangers,
qu’ils soient princeps ou génériques. Elles sont passées de 28 millions de $ US en 2005 à 56
millions de $ US en 2011, connaissant une croissance soutenue avec des taux dépassant 10% par
an. Entre 2005 et 2008, ces évolutions ont atteint les 26%. Malgré cette performance, les
116
. OMS, « Rapport des travaux de la commission consultative du médicament et des produits de santé », Janvier
2013.
111
exportations du pays restent en deçà des réalisations de certains pays de la zone MENA tels que
la Jordanie, la Turquie et l’Egypte.
L’effet majeur du système de corrélation en Tunisie a été celui d’une forte croissance des
capacités de la production locale. En effet, en 2010 la production nationale couvre 49% de la
consommation globale contre 45% en 1999, 14% en 1990 et 8% en 1987. Cette production est
répartie entre princeps 39% et médicaments génériques 61%. Le nombre d’AMM délivrées pour
les produits locaux est de 1733 sur un total de 3548 AMM commercialisées.
En 2009, les laboratoires Adwa, Teriak, Saiph, Sanofi Aventis, Siphat, Gal pharma, Unimed,
Medis, Winthrop Pharma, Berg Life Sciences, produisent les vingt spécialités qui accaparent la
plus grande part du chiffre d’affaires du marché des médicaments en Tunisie.
Quant à l’importation, le marché du médicament tunisien est largement dominé par des groupes
étrangers. Les plus importants importateurs du secteur pharmaceutique en Tunisie sont: Novartis,
Aventis Pharma, Novo Nordisk, Roche Pharma Schweiz, Norgine Pharma, Serono Pharma
Schweiz, BMS et Astra Zeneca.
Le tableau suivant illustrera, à travers divers indicateurs, les principales similitudes et différences
des trois marchés pharmaceutiques du Maghreb.
Tableau n°3 : Les principales similitudes et différences des trois marchés pharmaceutiques
du Maghreb
112
1. le ministère de la 1. le ministère de la 1. le ministère de la
santé publique : santé. Santé publique : A
l’importation, la 2. le ministère du travers La direction de
fixation des prix des commerce et des la pharmacie et du
Les médicaments les nouvelles technologies. médicament (DPM) :
Administra- mécanismes bancaires, 3. l’administration des elle délivre
-tions douaniers, fiscaux,… douanes. l’autorisation de
de tutelle et de 2. le ministère du dédouanement des lots
régulation travail et de la sécurité importés, de l’AMM.
sociale : administration 2. le Centre National de
de tutelle de la Pharmacovigilance :
CNAS117 : réalise des recherches
remboursement des dans la littérature sur
médicaments et des les effets indésirables
frais des soins des médicaments.
médicaux. 3. l’administration des
3. le ministère chargé douanes.
de l’industrie, de la
PME et de promotion
des investissements.
- Très encadrée : le - Très encadrée : le L’importation est un
médicament est soumis médicament est soumis monopole de l’Etat
à une autorisation à une autorisation exercé par la Pharmacie
administrative préalable administrative préalable Centrale de Tunisie
L’importation à l’importation. à l’importation. (PCT).
des
- lois interdisant
médicaments
l’importation des
médicaments produits
localement.
- l’obligation, pour les
importateurs de passer à
la production après 2
ans d’exercice.
117
. CNAS : Caisse Nationale de la Sécurité Sociale.
113
La consommation La consommation
La demande moyenne par habitant a moyenne par habitant a
des été évaluée à 165 été évaluée à 44 dollars
médicaments dollars en 2006. en 2009.
La Propriété Non respect des BPF ni Respect des BPF Non respect
intellectuelle / de la propriété
BPF intellectuelle.
Bien que presque toute
Importante Couverture Faible couverture la population bénéficie
d’assurance maladie et sociale : La majorité de la sécurité sociale
La Sécurité de remboursement de des dépenses de santé et du système de la
sociale médicaments est assurée par les gratuité totale ou
paiements directs des partielle, le poids des
ménages dépenses directes
des ménages reste élevé
(40% de la dépense
totale de santé).
Médicaments à la Les prix des Médicaments à la
Prix des portée des malades. médicaments sont 2 à 3 portée des malades.
médicaments fois plus élevés que
dans la plupart des pays
voisins
- L’absence totale des L’existence
entreprises (publique et actuellement de
privée) de l’activité de 35 centres de
la recherche recherche, de 147
- L’absence d’une vraie laboratoires et de 610
Recherche et
politique nationale unités spécialisées
innovation
d’innovation. dans la recherche
scientifique dont 50%
opèrent dans la
biotechnologie.
Nous analyserons les indicateurs clés, susceptibles d’influencer la décision des multinationales
pharmaceutiques :
114
1.2.1 L’encadrement et la règlementation du secteur
Le secteur pharmaceutique des trois pays du Maghreb est encadré par plusieurs départements
administratifs qui ont une influence considérable et décisive sur le marché. Le ministère de la
Santé reste le département qui exerce les principales prérogatives de régulation et d’encadrement
par des règles régies par des textes réglementaires et via des structures diversifiées (Direction du
médicament et de la pharmacie, Centre de pharmacovigilance, Laboratoire de contrôle des
médicaments, Direction de l’inspection pharmaceutique, etc.).
Ainsi, le marché des médicaments est fortement réglementé tant en Algérie, qu’au Maroc et en
Tunisie. Cette réglementation traite l’ensemble des aspects liés à l’environnement des produits
pharmaceutiques et définit les conditions et les modalités qui régissent le secteur. Les textes
d’application sont très divers (décret, arrêté, circulaire, décision, etc.) illustrant ainsi la variabilité
du niveau de leur mise en œuvre. Le champ d’application de ces textes reste relativement plus
homogène, intéressant l’ensemble de la filière du médicament (importation, enregistrement,
utilisation, etc.).
En effet, les trois pays du Maghreb disposent d’une procédure d’enregistrement des médicaments
impliquant l’intervention d’une commission technique placée sous la tutelle du Ministère de la
Santé. Le demandeur d’AMM doit fournir un dossier technique et un dossier administratif dont
la nature des pièces constitutives varie cependant d’un pays à l’autre118.
Par ailleurs, le dépôt des échantillons du produit, pour lequel est demandée une AMM, est
indispensable et fait partie de la procédure réglementaire des trois pays. Les échantillons sont
analysés sous tous les aspects par les laboratoires nationaux de contrôle des produits
pharmaceutiques.
Il existe également des procédures de contrôle des médicaments importés, aux postes frontières
des trois pays, qui concernent aussi bien la vérification de l’AMM que le contrôle physique des
118
. Daré I., « Harmonisation de l’enregistrement et du contrôle des médicaments vétérinaires en Afrique »,
Conférence OIE, 2007.
115
produits. Celui-ci peut aussi consister en des prélèvements aléatoires pour analyse par le
laboratoire.
Nous soulignons que l’Algérie est le seul pays de la région qui interdit l’importation des
médicaments produits localement. Ce point sera étudié dans le dernier chapitre de cette
partie.
- L’industrie pharmaceutique marocaine est réputée être aux normes internationales. Le secteur
est soumis à une extrême rigueur de fabrication dans le sens où les entreprises sont tenues de
respecter les normes de Bonnes Pratiques de Fabrication préconisées par l’OMS119 et par les
agences européennes du médicament. Elles sont également soumises au contrôle direct du
Ministère de la Santé via la Direction du médicament et de la pharmacie (inspection de la
pharmacie et le Laboratoire national de contrôle des médicaments).
D’autre part, le contrôle de la qualité se réfère aux standards et aux référentiels techniques
internationaux, notamment les pharmacopées120 européenne et américaine, les directives de
l’OMS, les guidelines européens (EMA, EDQM) et américains (FDA), les guidelines de la
Conférence internationale de l’harmonisation des techniques d’enregistrement des médicaments
à usage humain, les guides des Bonnes Pratiques de Fabrication européens et de l’OMS et aussi
les normes nationales.
- La Tunisie applique aussi un cadre réglementaire et juridique qui a permis la mise en place
d’un système national d’assurance qualité des médicaments répondant aux normes
internationales dont la coordination est assurée par la Direction de la pharmacie et du
médicament.
- Quant à l’Algérie, les normes appliquées ne sont pas en accord avec les normes internationales
du médicament. Les déficiences notées sont de divers ordres, principalement dans
l’administration, la gestion et l’organisation générale, avec une sous-informatisation. Les normes
de référence appliquées sont essentiellement des normes ISO et non les normes pharmaceutiques
BPF qui sont les seules normes valables pour une reconnaissance de la qualité des médicaments.
119
. Chaoui F. et Legros M., « Les systèmes de santé en Algérie, au Maroc et en Tunisie: Défis nationaux et enjeux
partagés », Les Notes Ipemed. Etudes et analyses, avril 2012.
120
. La pharmacopée est le recueil officiel des pharmaciens contenant la nomenclature des médicaments et leur
description (composition, effets, etc.). Elle est devenue aujourd’hui une liste exhaustive de toutes les substances qui
peuvent légalement entrer dans la composition d’un médicament.
116
Ainsi, le respect des BPF est un critère important pour l’attractivité des multinationales
pharmaceutiques car il confère aux médicaments une certaine crédibilité à l’échelle mondiale. Ce
qui faciliterait leur exportation.
- En Algérie, les caisses de sécurité sociale jouent un rôle majeur, en termes de prise en charge
de la facture nationale du médicament. La seule couverture médicaments assurée actuellement
par la Caisse Nationale d’Assurance Sociale (CNAS) se situe à plus de 110 Milliards de DA
(+16% par rapport à 2010). Cela sans compter les médicaments directement distribués sur les
réseaux de soins publics.
- Contrairement à l’Algérie, le prix du médicament marocain est très élevé. En effet, l’industrie
pharmaceutique marocaine est une industrie de formulation et de conditionnement, comme le
souligne l’OMS. Elle est donc fortement dépendante de fournisseurs étrangers qui maîtrisent la
production et la commercialisation d’un bien stratégique : le principe actif. Ce dernier est
intégré, par la suite, dans des formules par les producteurs pour obtenir la forme galénique du
médicament.
La faiblesse des volumes de production et la dépendance vis-à-vis des étrangers ont un effet
direct sur les prix du médicament. D’une part, des séries courtes ont un effet sur les prix dans
une industrie où les économies d’échelle sont cruciales et constituent un avantage concurrentiel
déterminant outre la détention de brevets ou des dépenses élevées de marketing. D’autre part,
l’industrie marocaine est dépendante de fluctuations de prix, plus ou moins importantes, des
matières premières selon leur provenance et leur qualité. Par ailleurs, dans la mesure où les
entreprises produisent sous licence, souvent les accords commerciaux obligent le détenteur de la
licence devra s’approvisionner en matières premières auprès de l’entreprise qui octroie la
licence. Cela implique des frais que le producteur doit intégrer dans le prix de revient du
médicament.
117
Ainsi, le Maroc se caractérise par une faible couverture sociale malgré le prix élevé des
médicaments. La majorité des dépenses de santé est assurée par les paiements directs des
ménages.
Afin de pouvoir cerner les lacunes qui empêchent ou qui ralentissent le développement de notre
jeune industrie, nous analyserons les expériences des multinationales pharmaceutiques dans les
trois pays du Maghreb. Pourquoi nos voisins immédiats le Maroc et la Tunisie ont une industrie
pharmaceutique qui couvre leurs besoins à des taux supérieurs ? L’implantation des laboratoires
pharmaceutiques a-t-elle un impact sur la quantité et la qualité des médicaments produits ?
Nous classons les plus importants investisseurs de la région en trois groupes : les investisseurs
européens et les investisseurs américains. Puis, nous présenterons les critères d’attractivité de ces
multinationales.
Dans la perspective de diminuer les coûts de production, le Maghreb semble présenter des atouts
pour les leaders pharmaceutiques. En effet, Le secteur pharmaceutique des pays du Maghreb est
en pleine évolution. Même si l’organisation et le développement sont différents d’un pays à
118
l’autre, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont réussi, chacun à son rythme, à développer une
industrie pharmaceutique qui leur permet, aujourd’hui, de couvrir une grande partie de la
consommation locale. Nous allons nous intéresser à quatre laboratoires provenant de l’Europe.
- Au Maroc, le Groupe Sanofi est présent depuis plus de 50 ans à travers 2 filiales : sanofi-
aventis Maroc et Maphar121. Le groupe a su saisir l’opportunité de se lancer dans la fabrication
du médicament dès 1965 lorsque le Maroc a développé une activité pharmaceutique nationale.
Engagement qui s’est traduit par des investissements scientifiques, humains et industriels de
grande envergure.
Le Groupe Sanofi dispose au Maroc d’un site industriel (Maphar Zenata) qui a bénéficié de plus
de 55 millions de $ US d'investissements au cours de ces 5 dernières années pour la
modernisation de son outil de production. Il s'agit, à ce titre, de l'investissement industriel le plus
important jamais consenti en Afrique ce qui témoigne de la volonté du Groupe Sanofi d'affirmer
sa présence industrielle et de renforcer la croissance de ses activités au Maroc.
Le site industriel de Zenata est certifié par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour la
production d’ASAQ Winthrop (Antipaludéen), qui est exporté dans plus de 30 pays d'Afrique
Subsaharienne.
121
. Sanofi-aventis : http://www.sanofi.fr/l/fr/fr/index.jsp
119
Le chiffre d’affaires cumulé des 2 filiales dépasse les 220 millions de $ US et le Groupe Sanofi
occupe, actuellement, une position de leader sur le marché de l’industrie pharmaceutique au
Maroc avec une part de marché cumulée de près de 20% et une production industrielle de plus de
70 millions de boites.
- En Tunisie, le Groupe Sanofi dispose d’un site industriel (Mégrine) qui a bénéficié de plus de
45 millions de $ US d'investissements au cours de ces 5 dernières années pour la modernisation
de son outil de production. Un investissement continu qui témoigne de la volonté du Groupe
Sanofi d'affirmer sa présence industrielle et de renforcer la croissance de ses activités en Tunisie.
Le site Mégrine est composé de 2 laboratoires industriels : Winthrop pharma Tunisie et Sanofi
Aventis pharma Tunisie. Le site s’étend sur une surface de 15 000 m² dont 7.000 m2 d’édifices.
Ce laboratoire a produit en 2013 près de 30.000 millions d’unités de plus d’une centaine de
spécialités différentes.
Leader dans le marché de la fabrication locale, le site industriel de Sanofi en Tunisie permet,
aujourd’hui de fournir plus que 80% des médicaments Sanofi vendu en Tunisie.
L’engagement de Sanofi pour favoriser l’accès au médicament pour tous, s’est traduit par le
développement de son activité générique Winthrop en Tunisie. En effet, cela répond à une
double vocation : d’une part, permettre au plus grand nombre l’accès à des médicaments
génériques de qualité Sanofi, d’autre part, de contribuer à la réduction des dépenses de santé en
Tunisie en proposant ses génériques à des prix adaptés.
Dans un souci de faire bénéficier la médecine tunisienne des nouvelles avancées médicales,
Sanofi s'associe régulièrement aux sociétés savantes nationales, pour la promotion de la
formation médicale continue.
- En Algérie, la présence de Sanofi remonte au début des années 90. Elle est aujourd’hui présente à
travers trois entités juridiques locales à savoir122:
122
. Atmani M. « le laboratoire Sanofi Aventis Algérie confirme son engagement sur le marché algérien »le
Maghreb, 2008.
120
Sanofi est le premier laboratoire dans le classement des ventes de médicaments en Algérie. Ce
dernier a investi dans la construction de deux unités de fabrication en Algérie et un complexe
industriel est à l’étude. Une usine à Aïn Benian produisant les formes liquides et une autre usine
à Oued Smar produisant les formes sèches. Cette dernière est réalisée en partenariat avec Saidal
dans le cadre de la joint-venture Winthrop Pharma Saïdal. Les capacités de production seront
portées à 80 millions d’unités ventes lorsque la nouvelle usine de Sidi Abdellah entrera en
production (projet en cours d’étude).
Sanofi aventis Algérie emploie plus de 670 collaborateurs et son portefeuille en Algérie
comporte 162 médicaments, dont 52 produits localement (43 princeps et 9 génériques) sur ses
propres sites et 8 dans les sites de ses partenaires locaux.
L’accord entre les associés de l’usine de Sidi-Abdellah s’inscrit dans le care du partenariat
algéro-français. Un accord à l’issue duquel Sanofi Aventis ambitionne de fabriquer localement
80 à 85% de sa gamme de produits pharmaceutiques. Selon le Directeur Général de Sanofi
Aventis Algérie, «La nouvelle implantation de cette usine confirme l’engagement de Sanofi
Aventis en faveur du développement de l’industrie pharmaceutique locale. Elle témoigne
également des belles perspectives de ce secteur en Algérie et devrait permettre de recruter de
nombreux employés dans la région»123.
Sanofi Aventis Algérie emploie plus de 630 personnes, avec un chiffre d’affaires de 289 millions
de $ US en 2010, est disposé à assurer une transmission des compétences à travers un
programme de formation et d‘accompagnement de ses salariés ainsi que des professionnels de
santé en Algérie.
Enfin, l’une des stratégies de Sanofi Aventis Algérie est de poursuivre sa politique de transfert
de compétences en investissant davantage dans les ressources humaines.
Une autre stratégie du groupe est de participer fortement à la substitution des produits importés
par des produits fabriqués localement. En effet, la décision du gouvernement d’obliger les
123
. Meziane A, « Le laboratoire Sanofi Aventis Algérie confirme son engagement sur le marché algérien
Construction d'une usine à Sidi Abdellah », le Maghreb, juin 2011.
124
. Atmani M., opcit.
121
laboratoires pharmaceutiques étrangers à investir dans la production de médicaments en Algérie
et d’interdire l'importation des médicaments et produits pharmaceutiques fabriqués localement
commence à porter ses fruits. Longtemps gelé, le partenariat entre le groupe public Saidal et le
groupe français Sanofi-aventis a été réactivé fin janvier 2009.
Les deux groupes ont relancé leur filiale commune Winthrop Pharma Saidal (WPS) avec comme
objectif principal la production de médicaments génériques en Algérie, et permettre ainsi de
réduire la facture des médicaments importés, et préserver les fonds de la sécurité sociale, sachant
que le lobby pharmaceutique pèse lourd sur nos finances publiques.
- En Algérie, Novonordisk est présent depuis 1936. Cette multinationale a investi, la première
fois, dans l'industrie pharmaceutique au niveau local à Oued Aïssi (Tizi-Ouzou) en 2006. Une
usine gérée par des cadres algériens.
Cette usine a entamé la production de la "Novoformine"125 (500, 850 et 1000 mg). Elle couvre
actuellement 70% des besoins du marché national en ce médicament, tandis que sa capacité de
production (30 millions de boites/an) dépasse la demande nationale. La production de l'usine est
passée de plus de 97.000 boites en 2008 à près de 14 millions de boites en 2013.
Relevant des laboratoires danois Novo Nordisk et de la société de droit algérien ALDAPH-SPA
d'importation, de production, de distribution et de promotion des médicaments, l'usine est
considérée l'unique unité, dans le monde, à produire la forme sèche de médicaments administrés
par voie orale pour diabétiques. L'usine, actuellement en cours d'équipement pour la fabrication
du Novonorm que l'Algérie continue toujours à importer, pourra "répondre" aux besoins du
marché national et assurer ce médicament à long terme.
125
. Novoformine est un médicament destiné pour le traitement de diabète de type 2, connue au niveau international
sous l'appellation de "Metformine".
122
Ainsi, l'Algérie est un «partenaire important» pour Novo Nordisk dans la région MENA ;
« L'Algérie est un pays extrêmement important pour Novo Nordisk », a affirmé M. Surensen
dans un entretien réalisé en août 2013126.
Pour ce qui est du partenariat entre le groupe SAIDAL et Novo Nordisk, M. Surensen a indiqué
qu'il permet de renforcer les relations avec les autorités publiques. Concernant les médicaments
innovants lancés ces dernières années par Novo Nordisk, ce dernier souhaite que le ministère de
la Santé et le laboratoire danois parviennent à un «compromis» pour enregistrer ces médicaments
en Algérie à l'instar des pays européens. Soumis à des tests cliniques, ces médicaments ont
prouvé leur «efficacité» et contribué à améliorer la qualité de vie des diabétiques. Evoquant la
recherche scientifique dans le domaine du diabète, le PDG de Novo Nordisk a précisé qu'en dépit
des progrès encourageants réalisés ces dernières années, il n’est pas encore sur le point de faire
cette découverte révolutionnaire avant 2020-2025. Mais malgré cela, le chiffre d’affaires réalisé
en Algérie leur semble satisfaisant.
- Au Maroc, Novartis est présent depuis plus de trente ans. Très actif sur le segment des produits
innovants, le groupe Novartis dispose de l’un des « pipelines» les plus fournis en termes de
recherche et développement de nouvelles molécules alors même que la courbe de libération de
nouveaux produits est en phase descendante dans l’industrie pharmaceutique en général.
Novartis a développé une gamme de spécialités qui couvre l’oncologie, certaines maladies
orphelines graves, dont quelques-unes ne disposaient d’aucune alternative thérapeutique.
Aujourd’hui, il propose des traitements pour traiter des patients atteints de cancers et pour qui
l’espérance de vie était extrêmement faible. Il s’agit d’une avancée considérable, il traite
également des maladies comme la dégénérescence maculaire, très invalidante, la sclérose en
plaques, pathologie pour laquelle Novartis a développé le premier traitement oral, la maladie
d’Alzheimer, avec un traitement sous forme de patch, une forme galénique qui facilite la prise du
traitement et l’observance, la maladie de Parkinson.
126
. http://www.lefinancier-dz.com
123
conduite par Peter Jager, conseiller principal aux relations gouvernementales chez Novartis
international127.
Le laboratoire, qui a misé depuis plusieurs années déjà sur le marché attractif du médicament en
Algérie, compte «confirmer ses engagements selon les priorités tracées par le gouvernement
algérien en matière de santé, en s’attelant à accroître ses investissements en Algérie». Le
laboratoire entend ainsi affirmer son intention de répondre à la demande des pouvoirs publics
algériens qui tentent de réduire une facture d’importation de médicaments toujours en hausse, en
encourageant la production nationale, à travers le partenariat avec les laboratoires étrangers.
Le laboratoire pharmaceutique suisse est présent en Algérie depuis une douzaine d’années, à
travers plusieurs filiales, dont Sandoz installé à Oued Smar, à Alger.
- En Algérie : un accord de partenariat a été signé entre ce dernier et le laboratoire privé algérien
Biopharm128 en avril 2012 ; un accord qui s’inscrit lui aussi dans la stratégie du gouvernement
visant à assurer une suffisance interne en matière de médicaments.
C’est dans le même ordre d’idée que le représentant d’AstraZeneca a précisé que leurs décisions
vont dans le sens de la politique des autorités, avec l'objectif de produire des médicaments de
qualité supérieure qui apporteront une différence significative pour la santé des patients dans le
pays.
« L'accord démontre concrètement que nous avons en Algérie un engagement et une vision qui
s'inscrivent dans le long terme. Il reflète notre stratégie visant à créer et soutenir notre croissance
dans les marchés émergents», a déclaré le représentant d’AstraZeneca. Ajoutant qu’a travers ce
partenariat, ce groupe souhaite pérenniser ses activités en Algérie, grâce à une relation de
distribution existante déjà, qui a fait de Biopharm un partenaire de grande valeur129.
Malheureusement et malgré l’ambition manifestée par ces deux laboratoires, leur partenariat fut
un échec. Selon M. Bennaceur, président d’Astra Zeneca Afrique du Nord et de l’Ouest, le
127
. Sassi M., « Industrie pharmaceutique : une délégation de Novartis en Algérie », Algérie patriotique, octobre
2014.
128
. Le groupe Biopharm, créé en 1992, employait en 2011 1.300 personnes, dont un tiers sont des scientifiques. Il
dispose, depuis 2005, d'une unité de production d'une capacité de 50 millions d'unités de vente par an. En 2010, le
groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 19 milliards de dinars.
129
. Radji Z., « Partenariat dans l’industrie pharmaceutique : AstraZeneca s’installe en Algérie », l’Actualité, avril
2012.
124
projet n’a pas abouti pour la simple raison que ce groupe a ouvert son capital après avoir signé la
joint-venture. A la question de savoir si le prix de la matière première transférée en Algérie sera
aligné sur celui pratiqué dans d’autres pays arabes tels que l’Egypte (où AstraZeneca a implanté
une usine). En réalité, cela ne doit pas être différent et son laboratoire ambitionne d’assurer la
qualité et les standards internationaux dans cette usine algérienne destinée à couvrir les besoins
nationaux et voire même exporter vers les pays voisins.
Deux ans après, en 2014, Astrazénéca a signé un partenariat d’accord avec deux sociétés
algériennes ; AHT Health sarl du groupe salhi et le groupe Hasnaoui finance Sarl.
Ce partenariat, inclus dans le cadre de la loi des 51/49% et ayant une enveloppe de 125 millions
de dollars, a pour objectif la création d’une société par actions de droit algérien, AstraZeneca El
Djazaïr de fabrication et de distribution des produits pharmaceutiques.
L’unité sera implantée dans la zone industrielle de Rouiba et prendra effet en octobre 2015, selon
un responsable de la multinationale, la stabilité économique, le dialogue ouvert, les possibilités
de partenariat en Algérie sont autant d’éléments qui ont conforté la multinationale anglo-
suédoise à investir en Algérie et à implémenter la direction régionale Afrique du Nord et de
l’Ouest en Algérie, a-t-il précisé en ajoutant que c’est dans ce contexte que la multinationale a
accéléré son projet de production nationale et de transfert de technologie en Algérie. De plus, le
projet créera plus de 104 emplois directs et 231 emplois indirects.
Plusieurs sociétés pharmaceutiques américaines ont choisi l'Algérie comme «plaque tournante
pour la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord », rapporte l'AFP. Des laboratoires
américains ont signé le 9 juin 2015 un protocole d'accord avec les ministères algériens de
l'Industrie et de la Santé. La signature a eu lieu dans le cadre du forum santé Algérie-USA qui
s'est ouvert le 7 juin 2015 à Alger. L'accord vise à créer un pôle international de biotechnologie
et de production de médicaments en Algérie. « En vertu de cet accord, les grands groupes
américains s'engagent à faire beaucoup de R&D en Algérie dans les domaines de la
biotechnologie et de l'industrie pharmaceutique », a expliqué Smaïl Chikhoune, président du
Conseil d'affaires algéro-américain (USAB). Il ajoute que l'objectif est « de créer une ville
susceptible d'accueillir les futurs laboratoires de recherche et les unités de production des
médicaments en partenariat avec ces groupes américains ». Selon le ministre de la Santé Ould
125
Abbas, cité par le quotidien national Le Temps d'Algérie, la conjoncture pharmaceutique actuelle
« offrent aux pays émergents l'occasion de développer une industrie pharmaceutique locale en
mesure de couvrir une part importante de leurs besoins en médicaments essentiels mais aussi la
possibilité de baser ce développement sur des technologies de pointe, telles que les
biotechnologies ». Via ce projet, l'Algérie, qui importe 70 % de ses médicaments, souhaite
réduire ces importations qui se sont élevées à 1,85 Mrds $ en 2008.
- Au Maroc, la société dispose d'un laboratoire et une unité de production. Elle commercialise
plusieurs médicaments génériques et autres pour usage de traitement de maladies cancéreuses.
- En Tunisie, Pfizer est présent depuis, à travers un bureau de liaison. A partir de 1989 des
mesures d’encouragement à la fabrication locale ont été prises en Tunisie et l’acteur majeur de la
santé, s’est depuis engagé dans un processus de développement continu. Son unité de fabrication
nationale a été lancée en joint-venture avec la Siphat en 1998.
Le site de fabrication emploie à ce jour plus de 90 personnes. Pfizer Tunisie fabrique localement
19 produits dont 13 dans son unité de Ben Arous et 6 dans le cadre de partenariats. Aujourd’hui,
45 % des médicaments sont fabriqués localement, contre 5% en 2000.
communication#sthash.UJ0Czm1z.dpuf.
126
- En Algérie, cette multinationale américaine est implantée à travers deux entités à savoir Pfizer
Saidal-manufacturing (PSM) et Pfizer pharma Algérie (PPA).
PSM est une société créée en 1998 en joint-venture entre Pfizer (70%) et Saidal (30%), avec un
investissement de 20 millions de US $, pour la réalisation et l'exploitation d'une usine de
fabrication de médicaments à usage humain de la gamme Pfizer131. Grâce à cet investissement,
aujourd'hui, Pfizer Algérie produit localement 13 médicaments, soit plus de 55% de son
portefeuille produits. PSM qui assure la fabrication de formes sèches comprimés et gélules de
différentes spécialités (produits pharmaceutiques pour l’urologie, la gastro-entérologie, la
gynécologie…), produit actuellement entre 6 et 8 millions d'unités-ventes par an.
Cette unité de production est un important investissement : rien que pour les équipements 5
millions d'euros ont été débloqués. Outre la contribution au développement du tissu industriel
pharmaceutique local, ce partenariat est de nature à substituer 10 millions d'euros d'importation
au profit de la production nationale et ainsi diminuer les dépenses en devises étrangères de 12,5
millions d'euros. «La signature de cette déclaration commune avec notre partenaire algérien
Novapharm symbolise de manière concrète notre engagement en Algérie depuis bientôt quinze
ans. A travers cet investissement majeur, est prévu un transfert de technologie et de savoir-faire
et la création de plus de 150 emplois qualifiés en Algérie132.
131
. « Pfizer Saïdal Manufacturing triple sa capacité de production » la Tribune , avril 2010.
132
. Selon Le Dr. Karim Bendhaou, président de Merck NW Africa.
127
segments de marché les plus attractifs, en termes de volumes de consommation, de l’importance
du chiffre d’affaires, de dynamisme et de niveau de prix.
L'industrie pharmaceutique implantée dans les pays du Maghreb, qu'elle soit nationale ou
internationale, est diverse tant par ses origines historiques que par sa capacité à évoluer et à
s'adapter aux récentes exigences réglementaires.
Si le Maroc couvre aujourd’hui 70% des besoins en médicaments c’est en grande partie grâce à
l’ouverture du marché à l’extérieur. Et ce dès le lendemain de son indépendance. Ainsi, plusieurs
groupes pharmaceutiques ont saisi l’opportunité de se lancer dans la fabrication des médicaments
au Maroc notamment Sanofi-Aventis qui s’est implanté dès 1965 et après 30 ans environ il s’est
implanté en Algérie.
La politique entreprise par le Maroc dans les années 60 afin de développer une activité
pharmaceutique nationale a permis la mise à niveau de plusieurs firmes locales par le phénomène
de clusters. En effet, actuellement les firmes pharmaceutiques marocaines possèdent un savoir-
faire technologique et une certaine expérience dans le domaine leur permettant de se démarquer
des entreprises pharmaceutiques tunisiennes et algériennes.
En effet, depuis l’acquisition de leur indépendance, les trois pays du Maghreb se sont dotés
d’une véritable industrie pharmaceutique en vue de fabriquer leurs propres médicaments, seuls
ou dans le cadre de partenariats avec les grands groupes multinationaux. Ils ont retenu, pour leur
secteur pharmaceutique, l’intervention d’acteurs publics et privés avec une prédominance qui
varie d’un pays à l’autre.
- L’Algérie fait contribuer les deux secteurs avec une grande prédominance du secteur public. En
effet, le marché du médicament relevait, jusqu’à 1990, exclusivement de l’État. Depuis, le pays a
ciblé le développement de son industrie pharmaceutique locale afin de réduire la facture des
importations et de devenir une plate-forme de production du générique. La suppression du
monopole de l’État a permis l’émergence des opérateurs privés qui connaissent actuellement un
accroissement important et rapide.
- Le Maroc a opté, dès l’indépendance, pour une industrie pharmaceutique où l’initiative privée a
été le principal vecteur de développement. Les modalités de transfert technologique dans le
domaine pharmaceutique ont pris place par l’association du capital privé national et du capital
128
international (multinational). Les pouvoirs publics ont opté, depuis 1957, pour le développement
d’une industrie pharmaceutique de production nationale, de distribution et de délivrance ouverte
au secteur privé, dans le cadre d’une économie libérale réglementée sous la tutelle du ministère
de la Santé.
- La Tunisie se situe quelque part entre les deux pays. Elle a fait un effort dans la régulation du
secteur pharmaceutique, qui présente des spécificités engageant l’interven2tion d’acteurs publics
et privés. La politique pharmaceutique s’appuie depuis de nombreuses années sur un secteur
public fort. On retrouve ainsi des structures publiques d’approvisionnement qui centralisent les
importations des médicaments destinés à la fois au secteur public et au secteur privé. La PCT
joue un rôle prépondérant et constitue l’opérateur et le régulateur principal.
Si certes, les sites de production installés au Maroc ont été les premiers du Maghreb, fruits de
pharmaciens pour la plupart formés en France, ils pêchent, à la différence des sites algériens et
tunisiens, par diverses pratiques qui les pénaliseront à terme s'ils n'en prennent pas conscience :
celle tout d'abord de la transmission de sites, créés par des fondateurs historiques, à des
successeurs familiaux ou non. Les premiers ont fait fortune et se contentent de la gérer, et ne
maîtrisent pas toujours les évolutions techniques, technologiques et réglementaires. Ils ont quitté
leurs petits sites historiques pour construire des usines, etc.
Concernant la qualité des infrastructures, c’est la Tunisie qui devance ses pays voisins. Le
rapport sur la compétitivité globale 2011-2012, attribue à la Tunisie une note de 5 sur une échelle
de 1 à 7 de la qualité des infrastructures. Parmi ses multiples infrastructures:
129
- Importants programmes d’investissement en vue du renforcement des infrastructures des
régions intérieures du pays (routes, zones industrielles, espaces technologiques, zones
irriguées…).
L’Algérie quant à elle, dans le cadre d’une politique d’accroissement du transfert de technologies
et de l’innovation dans les secteurs pharmaceutique et biotechnologique, encourage les
entreprises à s’installer dans les parcs dédiés, tel que le parc technologique de Sidi Abdallah et le
parc industriel à Constantine, qui abrite déjà près de 20 usines pharmaceutiques.
Les frais à la charge du patient représentent seulement 20,9% de l’ensemble des dépenses de
santé en Algérie, selon l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen
(IPEMED), un chiffre bien moins élevé qu’en Tunisie (39,8%) ou qu’au Maroc (53,5%).
Par ailleurs, c’est un véritable exercice d’équilibre auquel se livre actuellement le secteur
pharmaceutique des pays du Maghreb. En effet, si la préoccupation de l’Algérie est la promotion
de la production locale, le Maroc quant à lui cherche à baisser de 30 à 60% les prix élevés des
médicaments.
« Le marché marocain tente à la fois d’améliorer l’accès aux médicaments tout en tenant compte
des inquiétudes des fabricants et des pharmaciens face au recouvrement des coûts », déclarent les
analystes du cabinet Oxford Business Group (OBG) qui a livré une analyse du marché en octobre
2012. Selon ces derniers, la production locale joue un rôle essentiel dans la satisfaction de la
demande intérieure mais le marché s’est longtemps montré préoccupé par les prix des produits
de marque, entrainant de la part du gouvernement une augmentation de la distribution des
médicaments génériques et une politique de baisse des prix pour l’utilisateur final.
Au Maroc, près de deux ans après l'adoption d'un décret faisant baisser les prix des médicaments,
le secteur a gagné en transparence… mais perdu en chiffre d'affaires. Le principe était de prendre
130
comme référence les tarifs pratiqués dans sept pays (Espagne, Portugal, France, Belgique,
Turquie, Grèce et Arabie saoudite) et choisir le moins élevé comme prix de base du produit
original (princeps), celui des génériques subissant une baisse supplémentaire. Résultat : une
baisse des prix de 30 %. Mais quel bilan, les industriels du secteur dressent-ils de cette mesure ?
La logique de la baisse des prix des médicaments devrait aller de pair avec « davantage de
remboursements ». « Or la majorité des produits lancés depuis trois ans n’est pas remboursée,
mais les discussions avec les autorités sont fluides et ouvertes sur ce point133», précise le patron
de Novartis Maroc, qui regrette néanmoins de ne pas pouvoir tabler sur une échéance claire.
Suite à la baisse des prix des médicaments, le laboratoire suisse Novartis décide de quitter le
pays pour s’installer en Tunisie. En effet, le laboratoire pharmaceutique va boucler l’année 2013
avec une baisse des ventes de l’ordre de 30%, et vit des difficultés énormes qui ont poussé le
groupe à recadrer sa stratégie d’expansion, ceci est arrivé un an après ( décembre 2012 ) avoir
quitté Aïn Sebaâ pour s’établir sur la colline de Sidi Maârouf dans des nouveaux locaux
flambants neufs.
Effectivement, pour un grand laboratoire pharmaceutique, il est important de s’installer sur les
marchés à forte consommation (pouvoir d'achat national, pouvoir d'achat des caisses maladie) ou
à forte proportion de maladies "chères". L’une des raisons pour lesquelles les grandes firmes
s’intéressent à investir en Algérie qui connait une demande de plus en plus croissante de
médicaments.
La hausse des ventes s’explique en grande partie par la mutation démographique que connait
actuellement l’Algérie : le pays, dont la population atteint 39,5 millions d’habitants en 2015,
enregistre une croissance importante du nombre d’adolescents et de personnes âgées par rapport
au reste de la population, selon l’ONU. Le ratio de dépendance démographique, qui désigne la
proportion des personnes de moins de 15 ans et de plus de 64 ans par rapport à la population en
âge de travailler, était de 52% en 2014, selon les chiffres publiés par la Banque Mondiale.
De plus, comme c’est le cas pour de nombreux marchés émergents, l’augmentation du niveau de
vie s’est accompagnée d’une transition épidémiologique. Les maladies infectieuses ont fait place
à des maladies chroniques associées à un mode de vie, tels que le diabète, nécessitant des
traitements plus complexes et plus coûteux.
133
. Wenger S., « Au Maroc, l’industrie pharmaceutique s’impatiente », Jeune Afrique, septembre 2015.
131
En conclusion, il existe plusieurs similitudes entre les marchés pharmaceutiques maghrébins. Il
s’agit de la volonté affichée de développer la production des médicaments et notamment des
génériques, la multiplicité d’unités de production de petite taille, non concurrentielles, des
problèmes d’approvisionnement notamment dans le secteur public, etc.
Ainsi, certains textes réglementaires laissent entrevoir des possibilités d’améliorations dans le
domaine du médicament. En effet, ce marché est très réglementé en raison d’impératifs liés à la
protection et à la préservation de la santé publique. La réglementation algérienne appliquée au
domaine des produits pharmaceutiques à usage humain est relativement développée et traite de
l’ensemble des aspects liés à l’environnement du produit. Cependant, elle souffre d’insuffisances
dans son ancrage législatif à cause des dispositions considérées depuis longtemps comme
désuètes et frappées d’obsolescence.
D’autre part, et suite aux changements profonds intervenus depuis le début des années 1990,
avec l’initiation d’un processus d’ouverture du secteur de la pharmacie étendu en direction du
capital privé tant national qu’étranger, d’importantes mesures d’organisation (sur
l’enregistrement, sur la détermination du prix, sur l’encouragement du générique, sur la
protection de la production nationale, etc.) ont été prises à travers des circulaires, notes ou
instructions. Cela a eu des répercussions négatives sur la cohérence de la réglementation, sur sa
transparence et sans doute sur les conditions de sa mise en œuvre.
D’autant plus que cette jeune industrie est soumise à des problématiques liées à la maitrise des
processus de fabrication, à l’absence de savoir faire en matière de développement
pharmaceutique, à un environnement économique contraignant et au manque de stratégie
industrielle intégrée.
Quant à l’attractivité des laboratoires étrangers, l’industrie pharmaceutique algérienne reste celle
qui suscite le plus d’intérêt de la part des groupes multinationaux, étant donnée la taille du
marché considéré comme le plus important de la région, la forte demande du peuple algérien
bénéficiant d’une importante sécurité sociale, etc.
132
Toutefois, les investisseurs étrangers sont confrontés à plusieurs contraintes notamment le non
respect des BPF, l’obligation d’avoir un partenaire algérien détenant au moins 51% du capital,
l’absence totale des entreprises (publique et privée) de la recherche et développement. En effet,
cela constitue un frein pour l’internationalisation des activités des multinationales. Le deuxième
constat est que le problème de la recherche en Algérie ne réside pas dans l’allocation des moyens
(humains, matériels et financiers) mais dans l’élaboration d’une vraie politique nationale
d’innovation qui met en interaction les différents acteurs concernés. Cela constitue, pourtant, le
noyau de tout développement industriel.
Les informations ainsi que l’étude comparative établie dans ce chapitre, nous ont permis de
mieux comprendre les avantages et les insuffisances du secteur pharmaceutique algérien. Il nous
est désormais possible d’effectuer notre étude empirique dans le but de vérifier nos hypothèses.
133
Chapitre III : Etude empirique sur le secteur algérien des médicaments
Le marché algérien de médicament est estimé à plus de 2.5 milliards de dollars US, dont 1.85
milliards de dollars US pour l’importation et le reste pour la production locale, dont 84%
reviennent au secteur privé et 16% au secteur public.
En effet, l’Algérie importe des médicaments dont la valeur s’élève à environ 1,8 milliard de
dollars par an, ce qui représente près de 70% de la consommation annuelle algérienne.
D’une part, consciente de la menace qui plane sur notre système de santé, l’Algérie veut
développer son industrie pharmaceutique locale, afin de réduire la facture des importations et
devenir une plate-forme de production de génériques. Ainsi, l’Etat a procédé au développement
de la santé par le renforcement du dispositif de traitement avec le médicament générique.
L’objectif étant l’accessibilité aux mêmes soins à un prix abordable pour tous les citoyens et
d’autre part, à mieux contrôler les dépenses de l’Etat.
Comme nous l’avons vu dans la première partie de notre travail, l’internationalisation des
multinationales pharmaceutiques s’avère une réponse stratégique pour soutenir leur activité et
financer leur recherche et développement et réaliser ainsi des économies d’échelle. Nous
rappelons qu’après la perte des brevets et l’explosion du modèle de génériques, le marché
pharmaceutique devient de plus en plus concurrentiel.
De plus, afin d’atteindre l’objectif tracé par l’Etat, la contribution des laboratoires
pharmaceutiques étrangers parait nécessaire. En effet, pour que les médicaments soient
disponibles sur le marché (en quantité et en différentes spécialités) tout en réduisant leur
importation, l’implantation de firmes étrangères est le seul moyen. D’où la nécessité, pour l’Etat,
d’assurer un climat d’investissement favorable, correspondant aux attentes des laboratoires
pharmaceutiques. Revient alors la notion de l’attractivité des territoires.
134
La première section consiste à analyser le cadre règlementaire régissant le secteur
pharmaceutique en Algérie, notamment l’obligation de s’implanter dans pays, pour les
laboratoires étrangers qui veulent commercialiser leurs médicaments en Algérie.
Dans la même section, nous réaliserons une analyse SWOT du secteur pharmaceutique algérien,
à travers l’importance que revêt cet outil dans la prise de décision des investisseurs.
La deuxième section, quant à elle, sera consacrée à la réalisation de l’enquête, puis à l’analyse et
le traitement des résultats obtenus.
La taille totale du marché en Algérie est formée de 28% d’entreprises internationales, 44% des
dix premières sociétés multinationales et 28% d’entreprises locales134. Saïdal est le plus grand
fabricant du pays, il possède un centre de R et D qui développe cinq à six médicaments
génériques par an. Simedal et la Centrale algérienne de Pharmacie sont les deux autres
entreprises du secteur public concernées par l’importation de produits pharmaceutiques. La
production nationale des fabricants satisfait 35% de la demande des consommateurs en produits
pharmaceutiques (mais à peine 10% des produits médicaments essentiels)135.
Cette hausse s’explique aussi, par le souci de l’Etat d’assurer la disponibilité de différents types
de médicaments dont les anticancéreux qui sont coûteux, alors que les années précédentes
avaient été marquées par des ruptures de stock récurrents.
Antérieurement, nous établirons une revue des points faibles (faiblesses et menaces) ainsi que
les points forts (forces et opportunités) du secteur ; et ce à travers une analyse SWOT.
134
. La Direction Générale de l’Intelligence Economique, des Etudes et de la Prospective, op. cit.
135
. Ibid.
135
1.1 La politique pharmaceutique en Algérie
Les besoins du marché pharmaceutique sont fournis par la fabrication locale et l’importation : la
fabrication locale s’appuie sur des fabricants algériens et étrangers.
Ceci dit, afin d’encadrer ce secteur, l’Algérie a mis l’accent sur l’importation et la production des
médicaments. La figure suivante illustre le cadre règlementaire régissant ce secteur.
136
Figure n°6 : Les décisions de l’encadrement du secteur pharmaceutique en Algérie
137
Les décisions prises par le Conseil du gouvernement, citées ci-dessus, seront soigneusement
analysées :
Pour alléger la facture de l’importation, l’arrêté ministériel du 30 octobre 2008 établie un cahier
des conditions techniques à l’importation des produits pharmaceutiques et des dispositifs
médicaux destinés à la médecine humaine. En effet, le gouvernement a pris de nouvelles
mesures, imposant aux opérateurs pharmaceutiques d’investir obligatoirement dans la production
locale. Il a interdit également l’importation des médicaments produits localement. L’objectif de
ces nouvelles réglementations est de réduire la facture du médicament au fur et à mesure qu’il
diminue le volume des importations136.
Ceci dit, la liste des médicaments fabriqués localement, interdits d’importation par souci de
mettre de l‘ordre sur le marché des médicaments, est publiée dans le Journal officiel du 14
décembre 2008. Le gouvernement passe donc sérieusement à l’acte et use de la force de la loi
pour amener les importateurs à suivre une ligne de conduite bien définie. Une ligne tracée depuis
plusieurs années mais qui n’a pu être mise en application pour raison de monopole de certains
lobbies. Rappelons, à ce propos, qu’il y a près de huit ans, le ministère de la Santé avait décidé
de soumettre l’importation des médicaments à l’obligation de leur fabrication localement après
deux ans de présence d’un laboratoire étranger en Algérie. Cette décision a suscité la grande
opposition des laboratoires qui, aidés par la conjoncture économique de l’époque, ont réussi à
annuler son application. En 2003 et 2004, une liste de 128 produits interdits d’importation a été
136
. La Direction Générale de l’Intelligence Economique, des Etudes et de la Prospective, op. cit.
137
. Journal Officiel, « L’arrêté relatif à l’interdiction d‘importation des produits pharmaceutiques et dispositifs
destinés à la médecine humaine fabriqués en Algérie», novembre 2008.
138
publiée mais a été remise en cause par la suite. Le travail dans l’ombre des lobbies du
médicament a mis en échec toutes les tentatives de réduire un tant soit peu la facture
d‘importation des médicaments en Algérie.
Cette fois-ci, le gouvernement fait preuve d’une grande détermination à aller au bout de son
objectif. Pour en revenir à la liste nominative, elle contenait près de 300 médicaments138 et
dispositifs médicaux en 2008. Cette liste «sera révisée et actualisée, en tant que de besoin, en
fonction des impératifs du marché, des capacités de production nationale et de la satisfaction des
besoins nationaux en la matière»139.
D’ailleurs, l’Etat s’est résolue, par la suite, d’interdire à l’importation 800 produits
pharmaceutiques en 2012 contre 300 en 2009140.
1.1.2 Les décisions relatives à la production : l’obligation d’investir en Algérie pour les
laboratoires désireux investir et distribuer leurs produits en Algérie
Sur ce point, l’Etat compte appliquer toutes les lois en vigueur et inviter toutes les parties,
intervenant dans ce secteur, dans sa nouvelle feuille de route. « L’Etat va œuvrer à l’application
du texte réglementaire qui fait obligation à tout importateur de produire dans un délai ne
dépassant pas deux ans». « Tous les importateurs qui veulent travailler en association avec des
étrangers ou des entreprises publiques sont les bienvenus pour peu qu’ils sachent que l’intérêt
national reste suprême, car le médicament reste un produit stratégique », avait affirmé Ould
Abbes, l’ex Ministre se la santé. « Tous les producteurs locaux et étrangers accrédités à Alger
sont invités à adhérer à cette politique en vue de garantir la couverture à 70% des besoins du
pays en matière de médicaments à l’horizon 2014 », ajoutera l’ex Ministre.
Le pays a affiché qu’il compte sur l’investissement productif local qui peut se faire en partenariat
avec les laboratoires pharmaceutiques étrangers. Ainsi, la promotion d’une industrie
pharmaceutique nationale qui produirait, en Algérie, l’essentiel des besoins en médicaments, sera
138
. Ibid.
139
. UNOP, Mokrani K., « Les médicaments interdits d‘importation connu », La Tribune, 2008.
140
. Journal Officiel, op.cit.
139
la seule monnaie d’échange avec les laboratoires ou fournisseurs désirant traiter avec l’Algérie
dans le domaine du médicament et de l’équipement médical.
Le Ministre avait déclaré également que : « Nous exigeons de chaque laboratoire intéressé d’être
un vrai partenaire en s’installant en Algérie »141. Pour lui, c’est le rejet de toute question qui vise
l’importation des médicaments ou d’équipements médicaux, mais plutôt l’installation d’usines en
Algérie à travers des contrats de partenariats. « Nous avons des compétences et de l’argent. Ceux
qui veulent traiter avec l’Algérie dans le cadre du plan quinquennal doivent savoir que nous
avons besoin de fabrication du médicament, de vaccins et d’équipements médicaux dans notre
pays », a-t-il précisé. « Le transfert des technologies est impératif pour nous. Notre
préoccupation est la diversification de nos partenaires. Nous exigeons, donc, que l’installation et
le montage se fassent chez-nous », avait enchaîné Ould Abbès142.
Or, afin que cela puisse se réaliser, il faudra que ce nouveau cadre du secteur pharmaceutique
algérien corresponde aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques étrangers afin de les motiver
à s’installer en Algérie.
D’autant plus, que ce secteur se caractérise par l’absence de vocation industrielle de certaines
entreprises pharmaceutiques, initialement importatrices de produits manufacturés.
Répondre à l’obligation de produire localement engendre les difficultés suivantes :
- L’incapacité des industriels locaux d’évoluer vers une maîtrise intégrée du processus industriel
de fabrication. L’incapacité d’évoluer des phases de conditionnement à des phases de
fabrication proprement dites seules à même de garantir une rentabilité suffisante et donc un
amortissement des investissements consentis.
- L’absence de capacités de développement technique et technologique, d’une expertise
réglementaire et juridique spécifique et d’une capacité de négociation internationale143.
Le marché des génériques est comparable, sur bien des points, au marché des princeps. Pourtant
deux caractéristiques les opposent :
La première concerne l’organisation de l’offre qui, par structure, n’est plus monopolistique mais
concurrentielle.
141
. Cela a été déclaré en marge d’une séance de travail avec la délégation de l’entreprise polonaise.
142
. Le Ministre actuel de la santé, Boudiaf A. maintient les mêmes principes et donc la même politique
pharmaceutique.
143
. Abed L., Benbahmed L. et Touafek A., opcit.
140
La deuxième concerne le prix des génériques. Ces derniers sont de nature peu innovants, ce qui
se traduit par un prix de vente inférieur d’au moins 30% à celui du princeps associé.
Les génériques deviennent ainsi une variable de maîtrise des dépenses de santé. Consciente de
cela, l’Etat algérien incite et sensibilise les professionnels de la santé à la prescription et à la
délivrance de médicaments génériques.
Trois actions ont joués un rôle non négligeable dans la promotion des génériques :
- Le prescripteur ne doit pas s‘y être expressément opposé pour des raisons particulières
tenant au patient ;
144
. Broutelle A. et Rocle R., « Les génériques, une révolution sur le marché des médicaments », Regards croisés
sur l‘économie, ed. La Découverte, Vol n°5, 2009.
145
. Derraji A., « Droit de substitution: craintes et réalité », Rédacteur en chef de L’Officinal, 2009.
141
La nouvelle liste comprend plusieurs classes thérapeutiques allant des antihistaminiques aux
anti-infectieux en passant par les antalgiques, les anti-inflammatoires, les antihypertenseurs, les
bêtabloquants, les produits de cardiologie et angiologie et les corticoïdes avec broncho-
dilatateurs. La nouvelle liste contient également les hormones contraceptives, les anticoagulants,
les antianémiques, les antidépresseurs et les anxiolytiques.
En 2008, la dépense de remboursement du médicament s’était élevée à plus de 74 de dinars pour
la CNAS et de plus de 5 de Dinars pour la CASNOS.
L’allègement des procédures : un médicament générique, comme tout autre médicament, ne peut
être commercialisé qu’après avoir obtenu une Autorisation de Mise sur le Marché. Néanmoins,
ces spécialités relèvent d’une demande d’AMM dite « allégée ».
Dès lors, une grande partie des coûts de recherche et développement étant déjà amortie, il s’en
suit un moindre prix de revient pour la spécialité générique et de ce fait, un prix de vente
nettement inférieur à celui de la spécialité de référence.
Outre le fait que les procédures d’AMM ont été simplifiées, les délais d’enregistrement des
génériques ont été diminués.
Toutefois, un laboratoire peut commercialiser sa spécialité sans attendre la publication de son
autorisation de mise sur le marché au journal officiel.
142
1.2.1 L’impact sur l’importation
En mai 2010, les importations algériennes avaient connu une sérieuse cure d’amaigrissement les
médicaments étant en première ligne, sur le sillage des grandes orientations de la LFC
2009.selon les statistiques du CNIS (douanes), le poste des médicaments a enregistré une chute
drastique des importations, avec :
- Une baisse de 44.36% à 110.43 millions de dollars US en mai 2010, contre
198.47millions de dollars en mai 2009.
- Au mois d’avril 2010, les importations de médicaments avaient déjà enregistré une baisse
notable de 29.32% à 112 millions de dollars US, contre 158.48 millions de dollars au
mois d‘avril 2009.
L’année 2011 a connu une reprise assez importante. Les solutions structurelles semblent en effet,
prendre du temps pour se mettre en place : une industrie musclée de substitution aux
importations ne verra sa concrétisation qu’après quelques années.
En 2013, et toujours selon les chiffres du Centre national de l’informatique et des statistiques
(Cnis) des Douanes algériennes, « les importations de l’Algérie de médicaments ont atteint près
de 2.08 milliards de dollars US, contre 2.23 milliards US en 2012, ce qui représente une baisse
de 16,35%».
Les quantités de médicaments importées ont également reculé de 8,21%, passant de 26.084
tonnes à 23.941 tonnes durant la même période de comparaison.
143
Ce recul de la facture de médicaments, après une hausse de plus de 13% en 2012, s’explique
notamment par la baisse de 35% des produits parapharmaceutiques et de 16% des médicaments à
usage humain qui représentent l’essentiel des importations globales de médicaments de
l’Algérie.
Malgré ce recul, la facture des médicaments à usage humain reste toujours la plus importante
avec 1,34 milliard de dollars US, contre 1,60 milliard durant la période de référence, en baisse
de 16%.
Les importations des médicaments se sont établies à 2.3 milliards de dollars US en 2014, contre
2.08, en hausse de 14.45% par rapport à 2013.
Or, si le coût des médicaments a augmenté, leur quantité a connu une tendance légèrement
baissière de 1.67%.
Enfin, le gouvernement semble avoir trouvé la solution ; les 5 premiers mois de 2015 ont connu
une forte baisse des importations des médicaments. La facture a baissé à 591.44 millions de
dollars US, contre 984.83 millions de dollars US sur la même période de 2014, soit un recul de
39% (source APS douane juillet 2015).
La quantité des médicaments importée a connu la même tendance passant de 10 560 tonnes
durant les 5 premiers mois de 2014 à 8 776 tonnes à la même période de l’année en cours, soit un
recul de 17%.
Dans ce contexte, il y a lieu de relever que les encouragements de l’Etat se reflètent de plus en
plus sur nos importations mais malgré ces progrès, beaucoup reste à faire afin d’atteindre les
objectifs tracés.
Tout cela pose la question de la « production nationale » comme mesure phare pour faire face
aux besoins en médicaments (en quantité et en qualité) et éviter ainsi les ruptures de stock.
Cela implique évidemment la nécessité de l’implantation des laboratoires pharmaceutiques
étrangers. D’autant plus que cette jeune industrie est soumise à des problématiques liées à la
maitrise des processus de fabrication, à l’absence de savoir faire en matière de développement
pharmaceutique, à un environnement économique contraignant et au manque de stratégie
industrielle intégrée.
144
1.2.2 L’impact des décisions sur la production
Cependant, malgré les efforts fournis dans le domaine du médicament et le nombre de projets
enregistrés ces dernières années, beaucoup reste à faire pour que l’objectif fixé soit atteint.
L'industrie nationale du médicament ne couvre, malgré certains progrès, qu'une très faible partie
des besoins du marché national ; en effet, nous restons très loin des objectifs visés par la
politique du médicament. De plus, la chaîne de distribution du médicament est dans une situation
de dérèglement totale qui pénalise les patients.
L’un des axes sur lequel repose la nouvelle politique du gouvernement est de faire du groupe
Saidal le leader dans le marché national du médicament pour améliorer la distribution du
médicament et sa disponibilité. Selon les différents comptes-rendus de la presse nationale, le
Conseil des Participations de l'Etat (CPE) doit valider lors de sa prochaine réunion, un plan de
reprise de certains actifs dans le secteur pharmaceutique par le groupe public numéro un du
médicament générique en Algérie.
145
Les principaux partenaires de l'unité sont des laboratoires de renommée mondiale présents sur le
marché algérien tels que Pfizer et Sanofi-Aventis, des laboratoires algériens tels que Solupharm
Generic LAB et des pays arabes tels que : Dar Ed Dawa (Jordanie).
Les décisions prises par l’Etat algérien dans le but de recadrer son secteur pharmaceutique
manifestent la volonté politique des autorités publiques de promouvoir la production des
médicaments.
L’analyse des résultats des décisions citées montre que le marché algérien reste très dépendant
des importations, que la production nationale a plus que doublé mais qu’elle reste toujours en
retrait par rapport à la croissance rapide du marché. L’Etat reste loin d’atteindre son objectif
majeur à savoir la satisfaction de 70% des besoins en médicaments.
Ainsi, certains textes réglementaires laissent entrevoir des possibilités d’amélioration dans le
domaine du médicament. En effet, ce marché est très réglementé en raison d’impératifs liés à la
protection et à la préservation de la santé publique. La réglementation algérienne appliquée au
domaine des produits pharmaceutiques à usage humain est relativement développée et traite de
l’ensemble des aspects liés à l’environnement du produit. Cependant, elle souffre d’insuffisances
dans son ancrage législatif à cause des dispositions considérées depuis longtemps comme
désuètes et frappées d’obsolescence.
Cependant, ce taux reste très faible comparativement aux autres pays notamment en Europe.
Malgré un prix relativement abordable, la question du médicament générique n’en finit pas de
susciter de vives réactions notamment parmi les patients.
Les malades doutent à tous les coups de l’efficacité du générique.
146
.http://www.tsa-algerie.com/economie-et-business/un-marche-de-pres-de-3-milliards-de-dollars-domine-par-les-
etrangers_12470.html
146
Aussi, l’obstacle à la prescription de médicaments génériques provient de la méfiance, peu
argumentée, des médecins à leur égard et d’une insuffisance de campagnes de sensibilisation sur
le générique.
Par ailleurs, une véritable anarchie s’est installée sur le marché pharmaceutique national, jusqu’à
créer une pénurie. En effet, plus de 300 médicaments sont actuellement en rupture de stock147 . «
Il n’y a pas de stabilité. Les produits apparaissent d’une façon sporadique et avec des quantités
insuffisantes. Pourtant, il s’agit de produits vitaux et indispensables », affirme Mr. Manaâ S.E.,
porte-parole du SNAPO.
Les nouvelles mesures prises de manière brutale en faveur du médicament générique, pour
freiner les importations, risquent, selon les professionnels, compliquer davantage la situation148.
Cette pénurie a encouragé une pratique assez étrange dans le domaine du médicament. D’une
part, profitant des circonstances, les grossistes du médicament pratiquent la vente concomitante,
en complicité avec les importateurs. D’autre part, des médicaments importés clandestinement
sont écoulés dans des pharmacies, sous le comptoir et à des prix doubles, triples, voire
quadruples.
Cet état de fait amène à s’interroger sur les résultats atteints par les politiques publiques en
matière d‘encouragement de la production nationale.
La démarche SWOT est une méthode d’analyse interne et externe qui utilise comme support une
matrice à quatre fenêtres : Forces, Faiblesses, Opportunités et Menaces. Cette analyse permet
d’identifier des stratégies en vue d’atteindre les objectifs recherchés. L’analyse interne identifie
les forces et les faiblesses. L’analyse externe identifie les opportunités et les menaces.
Cet outil représente un support pour une démarche structurée de réflexion en groupe. Elle permet
aux membres d’une organisation ou aux participants d’un projet d’exprimer leurs expériences,
déceptions, espoirs et inquiétudes par rapport à l’organisation ou le projet.
L’analyse SWOT du secteur pharmaceutique algérien permet l’identification des ses forces et ses
faiblesses, à la lumière des opportunités et menaces de l’environnement pharmaceutique externe.
147
. Selon la liste établie par le Syndicat National Algérien des Pharmaciens d’Officine (SNAPO) en juin 2015.
148
. R.N « pénurie des médicaments : c’est la faute des grossistes et importateurs », Le soir d’Algérie, août 2015.
Disponible sur : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2015/08/18/article.php?sid=182951&cid=2
147
Les laboratoires pharmaceutiques peuvent réaliser cette analyse afin d’appréhender au mieux les
potentialités et spécificités du marché algérien. SWOT pourrait appuyer leur décision d’investir
en Algérie.
L’analyse interne consiste en l’analyse des forces et des faiblesses du secteur. En effet, les
Investissements Direct Etrangers sont aussi en permanence influencés par différents facteurs
internes.
Les forces sont les éléments internes qui contribuent, facilitent, aident, à la réalisation de la
mission/vision institutionnelle du projet.
Les faiblesses sont les éléments du contexte qui empêchent ou qui font obstacle à la réalisation
de la mission ou vision institutionnelle du projet.
Il s’agit de déterminer les forces et les faiblesses au moment de l’analyse et de les prioriser en
remplissant le tableau.
Atouts Handicaps
Forces : Faiblesses :
148
2012).
- La lenteur et la longueur
- Le marché algérien des médicaments est un des procédures
marché porteur, car Les algériens sont aujourd'hui d’enregistrement et
les plus grands consommateurs de médicaments d’approbation des
en Afrique. programmes d’importation
déstabilisent
- L’existence d’un système de remboursement de l’approvisionnement du
médicaments et de sécurité sociale performant. marché.
- L’absence de collaboration
en termes de compétences
techniques.
Opportunités : Menaces:
149
algérien. détriment de la production.
- La lenteur des
enregistrements des dossiers.
- L’absence de législation en
matière de propriété
intellectuelle.
(protection des donnés).
L’organisation qui ignore le contexte extérieur comme l’état de variables internes s’isole de la
réalité et finit souvent par s’éloigner de ses objectifs.
Par contre, l’organisation au sein de laquelle le contexte et les facteurs internes sont étudiés et
analysés peut prévenir des situations, prendre des mesures pour s’adapter, et ainsi éviter des
surprises qui peuvent déstabiliser son fonctionnement.
150
Sur la base des conclusions de l’analyse externe et interne, des stratégies seront définies :
chacune des principales occasions ou potentialités identifiées fait l’objet d’une réflexion pour
définir la stratégie qui permettra de la mettre à profit.
L’analyse SWOT du secteur pharmaceutique est donc à relativiser, à utiliser comme un guide et
non comme une recette à appliquer de manière stricte et contraignante.
Si l’outil SWOT est censé faciliter la réflexion pour arriver à définir des stratégies, il peut se
transformer, en cas d’application rigide et mécanique, en un outil qui empêche la réelle réflexion
stratégique149.
L’analyse SWOT, présentée dans la section précédente, reste une méthode subjective. La
pertinence et l’efficacité de l’outil est fonction de notre capacité à être aussi objectif que possible
vis-à-vis de la réalité perçue. Ainsi, pour savoir, avec certitude, si une compétence donnée
représente une force ou une faiblesse pour le secteur pharmaceutique algérien, nous avons été
dans l’obligation de réaliser une enquête auprès des laboratoires pharmaceutiques implantés en
Algérie.
Il nous parait nécessaire de rendre compte de la méthodologie choisie ainsi que l’échantillon sur
lequel notre enquête s’est basée.
149
. Certains auteurs (Mintzberg, Ahlstrand et Lampel) critiquent l’outil, et plus globalement le concept de
planification stratégique pour différentes raisons notamment Le processus, réunit des informations, les intègre, les
manipule, mais comme tout système formel il ne peut jamais les intérioriser, les comprendre et les synthétiser. Toute
discussion créative risque d’être étouffée.
151
- Le degré de satisfaction des laboratoires étrangers par rapport au climat d’investissement et leur
perception des différentes lois régissant le secteur pharmaceutique.
Afin de mener à bien notre entretien, nous avons élaboré « un guide d’entretien » sous forme de
questionnaire.
Lors des entretiens avec nos interlocuteurs, nous nous sommes d’abord présentés. Nous avons,
par la suite, fait un résumé de notre travail expliquant notre objectif de recherche et les attentes
de cet entretien. La durée de ce dernier était e 30 à 45 minutes par personne interrogée.
2.1.3 L’échantillonnage
L’étude empirique de notre travail devait permettre d’étendre notre analyse à une partie plus
grande des entreprises pharmaceutiques étrangères implantées en Algérie. Cela n’a pas été
possible à cause du faible taux de répondants des entreprises ciblées. En effet, seules six
entreprises ont accepté de nous recevoir alors que plusieurs autres ont été sollicitées. Sans
succès.
150
. « Guide d’entretien » en annexe page….
151
. L’enquête quantitative quant à elle, elle mesure les comportements et les opinions des consommateurs d’un
produit ou d’un service. Aussi, l’échantillon étudié est plus large et son analyse est plutôt superficielle.
152
Néanmoins, cela ne devrait pas soulever un problème de pertinence de cet échantillon vu que les
objectifs et la stratégie d’internationalisation sont pratiquement identiques chez toutes les firmes
du secteur.
1. Le français Sanofi-aventis,
2. Le danois Novo Nordisk,
3. L’américain Pfizer,
4. Le suisse Novartis,
5. L’anglo-suédois Astrazeneca,
6. L’allemand Merck.
Notre guide est organisé en trois volets et comporte 39 questions. Il s’agit en majorité de
questions fermées avec plusieurs possibilités de réponse.
Il permet de connaitre les motivations des six firmes pharmaceutiques, citées ci-dessus, à
s’implanter en Algérie et à s’associer avec un partenaire algérien.
Leur stratégie peut, en effet, être justifiée par le coût de la main d’œuvre, par l’existence de
matières premières de médicaments, par l’existence d’un environnement concurrentiel
avantageux, par le fait que le marché algérien soit prometteur (car la demande de médicaments
croit d’année en année en Algérie et l’offre ne satisfait pas tous les besoins), ou tout simplement
par la situation géographique du pays: aux portes de l’Europe et dans le même temps portail de
l’Afrique.
L’accord d’alliance, entre les laboratoires étrangers et algériens, peut être motivé soit par les
avantages fiscaux du partenariat, par l’existence d’infrastructures spécifiques, par l’apport en
technologie, le savoir faire managérial et la formation du personnel, ou plutôt parce que la loi
49/51% les obligent à avoir un partenaire.
153
2.2.2 Le deuxième volet
L’objectif du dernier volet du questionnaire est de traiter l’impact des différentes lois et
règlementations sur le comportement des firmes ainsi que leur degré de satisfaction.
Comment sont elles perçues par la multinationale pharmaceutique. Comment ces dernières ont
répondu à la commande gouvernementale qui leur impose l’investissement local en acceptant
notamment de satisfaire à la règle des 51/49 en faveur du partenaire algérien.
Enfin, l’entretien nous permet d’avoir une idée sur le degré de satisfaction des laboratoires
pharmaceutiques afin de déduire les lacunes de la politique pharmaceutique du pays et pouvoir
par la suite proposer des recommandations.
Nous avons utilisé le logiciel SPSS152, l’outil le plus performant du codage des questionnaires.
Ainsi, nous avons attribué un code à chaque réponse en vue de leur inscription sur un support
adapté à un traitement informatique. Les réponses sont regroupées en catégories pertinentes.
Pour cerner les motivations des firmes pharmaceutiques étrangères à s’implanter en Algérie,
plusieurs questions ont été posées à nos interlocuteurs (les représentants des laboratoires
étrangers), avec plusieurs possibilités de réponse.
Nous présentons les comptes-rendus des entretiens d’abord d’une manière générale. Nous allons
par la suite traiter les points les plus importants.
152
. SPSS (Statistical Package for the Social Sciences) est un logiciel utilisé pour l'analyse statistique. C'est aussi le
nom de la société qui le revend (SPSS Inc).
154
- La situation géographique du pays : aux portes de l’Europe et dans le même temps portail
de l’Afrique,
- L’abondance et la qualification de la main d’œuvre,
- Le faible coût de la main d’œuvre,
- Le marché de consommation prometteur (Les algériens sont aujourd’hui de grands,
consommateurs de médicaments),
- L’existence d’un environnement concurrentiel avantageux,
- L’existence de matières première pour la production de médicaments
- L’extension de la sphère économique et commerciale (bénéficier d’économie d’échelle).
17%
Valide Non
Valide Oui
83%
83% des laboratoires étrangers se sont installés en Algérie entre autres, pour la situation
géographique du pays : aux portes de l’Europe et dans le même temps portail de l’Afrique.
En effet, les échanges bilatéraux diminuent avec la distance géographique des pays partenaires et
la majorité des investissements provient de l’Europe. D’autant plus que l’internationalisation des
155
firmes pharmaceutiques commence généralement par l’exportation avant d’accéder directement
au marché étranger pours se rapprocher du consommateur.
Par ailleurs, les multinationales pharmaceutiques produisent en Algérie dans l’espoir d’exporter
aux autres pays de l’Afrique afin de servir leurs marchés.
60
40
20 Pourcentage
0
Non Oui
Valide
156
Figure n° 9: Le faible coût de la main d'oeuvre
valide oui
88% des laboratoires interrogés considèrent que la main d’œuvre algérienne est peu qualifiée
(figure n°8) mais ils ont tous affirmé que le faible coût de la main d’œuvre constitue l’une des
principales motivations permettant aux entreprises de minimiser les coûts de production.
Cependant, en dépit des coûts de main-d’œuvre absolus peu élevés en Algérie, toutes les
entreprises ne jouissent pas d’un avantage en matière de coût en raison de la faible productivité
de la main-d’œuvre. En effet, selon nos interlocuteurs, tous le personnel bénéficie de formation ;
souvent d’ordre technique, managériale et techniques de vente. Cela représente des coûts pour
l’entreprise.
valide oui
157
A l’unanimité, les représentants des multinationales pharmaceutiques nous déclarent qu’ils
investissent dans la production en Algérie car les algériens sont de grands consommateurs de
médicaments.
150
100
50
pourcentage
0
valide Non
Concernant ces deux propositions, tous nos interlocuteurs ont répondu négativement. C'est-à-dire
que le marché algérien des médicaments n’est pas concurrentiel et ne contient pas de matières
premières de production de médicaments.
158
2.3.1.6 Le bénéfice d’économie d’échelle
Lors des entretiens réalisés avec les six firmes pharmaceutiques, ces dernières ont toutes
manifesté leur intérêt à externaliser différentes phases de leur activité, notamment la production.
En effet, le contexte actuel de la mondialisation économique, particulièrement l’industrie
pharmaceutique internationale, se caractérise par un environnement de plus en plus
concurrentiel. Cela est du notamment à la perte des brevets et l’explosion du modèle de
génériques qui incitent les firmes à vouloir minimiser leurs coûts. L’implantation de ces
dernières dans les pays en voie de développement, en l’occurrence l’Algérie, s’avère une
stratégie efficace pour réaliser des économies d’échelle et d’obtenir un meilleur rapport
coût/efficacité.
Afin de vérifier l’hypothèse H 2, un important nombre de questions a été posé aux six entreprises
pharmaceutiques. En effet, les contraintes peuvent se présenter comme suit :
159
- La négociation avec le partenaire algérien avant l’implantation,
- La lenteur dans l’enregistrement d’un nouveau médicament,
- La lenteur dans la délivrance de l’AMM,
- La lenteur du système bancaire,
- La loi interdisant l’importation des médicaments produits localement,
- La loi 49/51% octroyant la majorité au partenaire algérien,
- Le manque de qualification du personnel.
Valide Non
Valide Oui
83% des laboratoires nous ont assuré qu’ils ne trouvent pas de difficultés à négocier avec leur
associé algérien. Cela peut s’expliquer par le fait que, dans la plupart des cas, les deux
partenaires se connaissaient déjà et que la loi 49/51% leur épargne une bonne partie de la
négociation puisque elle octroie d’office la majorité à l’associé algérien.
160
2.3.2.2 La lenteur dans les différentes procédures d’installation et de fonctionnement :
2,
Valide 6 100,0 100,0 100,0
00
100
pourcentage
50
0
valide 2
100
pourcentage
50
0
valide 2
161
- La lenteur dans la délivrance de l’AMM
Tableau 16 : La lenteur dans la délivrance de l’AMM
100
pourcentage
50
0
valide 2
100
pourcentage
50
0
valide 2
Tous nos interlocuteurs ont affirmés qu’ils n’ont jamais eu un refus suite à la demande
d’enregistrement d’un nouveau médicament. Cependant, tous se plaignent de la lenteur de cet
162
octroi. Le même constat est pour la délivrance de l’agrément de l’établissement de production
ainsi que la délivrance de l’Autorisation de Mise sur le Marché. Ils nous déclarent que l’octroi de
l’AMM prend souvent deux ans, ce qui représente un réel frein. Les contraintes de temps et de
flexibilités doivent être efficacement gérées.
Selon la figure, pour 50% des laboratoires étrangers la loi, interdisant l’importation des
médicaments produits localement, représente une contrainte.
163
Figure n° 19 : La loi 49/51%
60%
40%
20%
Pourcentage
0%
Non Oui
Valide
Pour répondre à la commande gouvernementale qui impose l’investissement local aux firmes
étrangères, les laboratoires pharmaceutiques ont annoncé leur implantation en Algérie en
acceptant notamment de satisfaire à la règle des 51/49 en faveur du partenaire algérien. Les
interlocuteurs avec qui s’est déroulé notre entretien ont avoué que cette règle représentait au
début une contrainte majeure, mais que par la suite, l’idée d’un partenariat et d’une coopération
basée sur le gagnant-gagnant commence sérieusement à faire son chemin.
Valide 1
Valide 2
164
Selon la figure, 66.7% des laboratoires, le manque de qualification du personnel dans le secteur
pharmaceutique est considéré comme une contrainte.
1/5
3/5 ↙
↘ 17% 17%
Valide 1sur5
Valide 2sur5
Valide 3sur5
2/5 → 66%
Toujours d’après les données communiquées par les sociétés interrogées, les compagnies
pharmaceutiques peuvent choisir de situer leurs unités de production dans les pays où existent un
165
faible coût de main d’œuvre et une forte demande de médicament. C’est le cas de l’Algérie. Or,
la main d’œuvre abondante dont dispose notre pays est, malheureusement, peu qualifiée.
A ce propos, 66.7% des laboratoires ont manifesté un degré de satisfaction de 2 seulement sur
une échelle de 5. Selon eux, chaque recrutement est systématiquement suivi d’une formation ;
qu’elle soit d’ordre managérial, technique ou aussi et surtout en techniques de vente. Ce qui
représente un coût supplémentaire.
Nos différents interlocuteurs manifestent leur mécontentement quant aux changements des lois
et règlements qui encadrent le secteur pharmaceutique. Ainsi, 50% déclarent être satisfait à 2 sur
5, 33.3% à 3 sur 5 et seulement 16.7% à 4 sur 5.
166
2.2.3.3 Le degré de satisfaction concernant les réseaux de communication et de distribution
Tableau n°23 : Le degré de satisfaction des réseaux de communication et de
distribution
↙
Valide 3sur5
Valide 4sur5
↙ Valide 5sur5
Enfin, nous avons présenté, dans ce chapitre, les résultats de l’enquête que nous avons mené.
Une fois les réponses du questionnaire obtenues, l’interprétation des résultats et leur analyse
seront faites afin de pouvoir établir des recommandations concernant la politique
pharmaceutique du pays ainsi que le climat d’investissement qui permet l’attractivité des
167
différentes multinationales pharmaceutiques, ce qui représente la problématique de notre
mémoire de magister.
Selon la société de services informatiques à destination du secteur de santé, IMS Health, près de
30 grands fabricants de médicaments sont déjà implantés sur le marché algérien, dont le groupe
français Sanofi Aventis, le géant britannique GlaxoSmithKline, Hikma Pharmaceuticals de
Jordanie et le Danois Novo Nordisk. Si traditionnellement, la chaine logistique a été dominée par
des groupes français, les entreprises chinoises et indiennes jouent désormais un rôle plus
important.
Les acteurs étrangers, qui en vertu de la législation actuelle sont limités à une participation de
49%, sont également tenus d’accepter les prix fixés par l’Etat pour ce qui est des médicaments,
ainsi que de réduire progressivement les importations et de stimuler la production locale, en
particulier en matière de génériques.
Tout au long de cette partie, nous avons essayé d’apprécier l’efficience de cette politique quant à
l’attractivité des investisseurs internationaux. Pour ce faire, nous nous sommes référés aux trois
hypothèses de notre problématique. Ainsi, nous avons mis l’accent sur trois mots clés :
« motivations », « contraintes » et « degré de satisfaction ». Il s’agit des motivations des
laboratoires pharmaceutiques à investir en Algérie, des contraintes auxquelles ils sont confrontés
ainsi que de leur degré de satisfaction quant au climat d’investissement.
168
Pour pouvoir mener à bien l’ensemble du processus de production, de formulation ou de
commercialisation, les multinationales pharmaceutiques effectuent des partenariats
gagnant/gagnant avec un laboratoire algérien.
Les objectifs poursuivis par les partenaires lors de la conclusion d’une alliance peuvent être
définis sur la base de différentes formes de complémentarités et d’échanges : compétences et
connaissances scientifiques, infrastructures spécifiques (intervenant dans la phase de
développement clinique, ou dans la phase de commercialisation), ressources financières,
avantages fiscaux et partage du risque, …
Cependant, les laboratoires locaux, qui disposent de toutes ces compétences réunies, sont rares
étant donné que la plus part de nos unités de production ne correspondent pas aux normes
internationales et ne pourront pas, sans une mise à niveau, servir de base à une industrie locale
moderne et performante. Ce qui explique pourquoi les laboratoires étrangers ne nouent des
alliances qu’avec un nombre restreint de laboratoires algériens, presque exclusivement avec
Saidal.
Les multinationales affirment que mis à part la loi 49/51% qui l’oblige, l’accord d’alliance est
motivé par les avantages fiscaux du partenariat, l’apport en infrastructures et de capitaux
financiers.
Ainsi, les cadres interrogés (représentants des laboratoires étrangers) donnent dans un ordre
décroissant de priorité, les motivations suivantes :
- 100% des laboratoires étrangers espèrent bénéficier d’un apport de capitaux financier, ce
taux élevé peut être expliqué par l’obtention des laboratoires pharmaceutiques algériens
de crédits d’investissements de la part du Conseil de participations de l’État (CPE).
En effet, le CPE a donné son feu vert pour un plan de développement d’un montant de 18
milliards de dinars (soit 216 millions de $ US) du groupe pharmaceutique public. Ce plan
comprend notamment un accord du gouvernement pour un crédit d’investissement d’un montant
de 1,81 milliard de dinars (21 millions de $ US) pour le financement de la création d’un centre
de biotechnologies. Ce crédit d’une durée de financement de 20 ans est assorti d’un taux
d’intérêt de 2%, avec un différé de cinq ans pour lesquels les intérêts seront à la charge de l’État.
Le groupe public de médicaments a bénéficié également de l’accord du CPE pour un crédit
d’investissement pour la création d’un centre de recherche et d’un laboratoire de bioéquivalence
169
pour 660 millions de dinars (7 millions de $ US). Le groupe Saidal a également obtenu l’accord
du CPE pour poursuivre sa mise à niveau avec un crédit de financement de 7,05 milliards de
dinars ainsi qu’un crédit de 9 milliards de dinars pour la réalisation de nouvelles unités de
production de médicaments.
- 70% des laboratoires étrangers affirment avoir conclue le partenariat pour bénéficier des
avantages fiscaux.
- Enfin, 50% ont été motivés par l’apport en infrastructures du partenaire algérien.
Le second point important dans le traitement de notre recherche porte sur les contraintes
auxquelles sont confrontées les firmes pharmaceutiques.
La loi qui oblige les importateurs à passer à la production du médicament dont le générique est
produit en Algérie, semble représenter une contrainte pour 50% des laboratoires interrogés.
Ainsi, la production en 2016 du Novonorm au niveau local contribuera, selon les experts, à
réduire la facture des médicaments importés et à garantir la disponibilité de ces médicaments à
des prix raisonnables au niveau national.
Selon notre interlocuteur, une fois le marché national algérien satisfait, l’usine « exportera vers
d’autres pays africains ». Nous déduisons que la loi citée apporte ses fruits.
En faveur de la même loi, le laboratoire Merck s’installe en Algérie. En effet, depuis 2001, le
laboratoire algérien Novapharm était l’importateur exclusif de médicaments des laboratoires
Merck et s'est ensuite spécialisé dans le conditionnement local en 2004. La relation
d’import/export qu’ont connu les deux entreprises autrefois, se transforme aujourd’hui en une
joint-venture octroyant la majorité à la firme algérienne. Ainsi, en 2010 et après l'obtention de
l'agrément d'investissement local, la joint-venture s'est spécialisée dans la production de près de
quinze types de médicaments secs sous forme de comprimés, notamment les médicaments
génériques.
D’autre part, pour répondre à la commande gouvernementale qui impose l’investissement local
aux firmes étrangères, les laboratoires pharmaceutiques ont annoncé s’implanter en Algérie en
acceptant notamment de satisfaire à la règle des 51/49 en faveur du partenaire algérien. Les
170
interlocuteurs, avec qui s’est déroulé notre entretien, ont avoué que cette règle représentait au
début une contrainte majeure, mais que par la suite, l’idée d’un partenariat et d’une coopération
basée sur le gagnant-gagnant commence sérieusement à faire son chemin.
Le représentant de Novonordisk nous a aussi avoué que cette dernière a préféré faire de Saidal
son partenaire, pour le projet de production de l’insuline, alors qu’elle n’était pas obligé puisque
elle possède elle-même une société de droit algérien, Aldeph, et qu’elle avait donc le droit de
mener cet investissement seule. Sa motivation s’explique, en effet, par l’apport de Saidal en
infrastructures (l’usine de Constantine que possède Saidal).
Nous rappelons que la minimisation des coûts de production, notamment celui de la main
d’œuvre, est l’un des principaux objectifs de l’implantation dans les pays en voie de
développement. Or, la main d’œuvre abondante dont dispose notre pays est, malheureusement,
peu qualifiée.
A ce propos, 66.7% des laboratoires ont manifesté un degré de satisfaction de 2 seulement sur
une échelle de 5. Selon eux, chaque recrutement est systématiquement suivi d’une formation ;
qu’elle soit d’ordre managérial, technique ou aussi et surtout en techniques de vente. Ce qui
représente un coût pour la firme.
171
CONCLUSION GENERALE
L’objectif fixé en 2008 par les autorités publiques algériennes concernant la production des
médicaments, à savoir celui d’atteindre les 70% de satisfaction des besoins du marché national,
peut paraitre très ambitieux. Il s’agissait en effet de doubler le volume de la production nationale.
Pour la réalisation de cet objectif, les alliances stratégiques semblaient être la seule porte de
sortie. En effet, la coopération des firmes pharmaceutiques étrangères était nécessaire en raison
de leur apport tant en technologie qu’en savoir faire managérial et scientifique.
De ce qui précède, nous allons dresser un récapitulatif de l’objet de notre recherche et des
résultats obtenus à partir de la grande interrogation :
« Quelles sont les facteurs déterminants qui incitent les multinationales pharmaceutiques à
s’implanter en Algérie ? ».
Ainsi, consciente du poids que constitue l’attractivité des firmes étrangères dans le
développement de sa jeune industrie pharmaceutique, l’Algérie, à l’instar des pays désireux
d’attirer les capitaux étrangers, concentre sa politique pharmaceutique sur les incitations fiscales
et financières.
Cela permet de tracer les opportunités et menaces du marché afin d’en déduire les lacunes.
172
Les entreprises multinationales pharmaceutiques semblent apprécier les avantages fiscaux et
financiers qui leur sont accordés par l’Etat, dans le cadre de sa politique promotionnelle du
médicament. A savoir : l’exonération de l’impôt sur le bénéfice des sociétés, l’exonération de la
taxe sur les activités professionnelles (TAP) pour les médicaments produits localement, le
financement des projets pharmaceutiques, les réductions des prélèvements de sécurité sociale, le
financement des équipements ou encore la prise en charge par l’Etat des travaux d’infrastructures
nécessaires à la réalisation de l’investissement.
Par ailleurs, notre marché est prometteur car les algériens sont devenus de grands
consommateurs de médicaments. L’évolution de la demande s’explique par l’augmentation du
niveau de vie, la transition épidémiologique et démographique ainsi que l’amélioration de la
prise en charge de certaines pathologies, mais aussi et surtout par l’assurance maladie. Nous
rappelons que le citoyen algérien bénéficie d’une sécurité sociale performante lui permettant le
remboursement de presque la majorité des médicaments. En outre, avec la numérisation et
l’introduction de la carte magnétique « Chifa », les procédures de gestion sont plus rapides et
simplifiées.
Il se trouve qu’en Algérie, l’industrie pharmaceutique est jeune. En phase d’édification. Ce qui
n’empêche pas les pionniers dans ce domaine de rêver d’un avenir où la production locale du
générique palliera aux importations de médicaments.
En prenant en considération les points de vue cités ci-dessus, nous pouvons déduire que « le
marché algérien des médicaments suscite l’intérêt de plusieurs groupes pharmaceutiques qui
classent l’Algérie comme un terrain attractif ». Ce qui confirme notre première hypothèse.
Cependant, malgré les différentes mesures prises par l’Etat dans le but d’augmenter la
production de médicament, l’objectif tracé n’est pas atteint. Selon les statistiques, la faible
couverture de la demande est à 40% avec une légère amélioration depuis la promulgation de la
loi obligeant les importateurs des médicaments à en faire la production localement.
173
Paradoxalement, les unités de production algériennes ne correspondent pas, pour la plupart, aux
normes internationales. De ce fait, sans une mise à niveau, elles ne pourront pas servir de base à
une industrie locale moderne et performante. D’ailleurs, depuis la mise en œuvre de la loi en
question, les laboratoires ayant décidé de produire localement, sauf exception, n’arrivent
toujours pas à concrétiser leurs projets. D’où un scénario de rupture.
Par ailleurs, les laboratoires étrangers, implantés ou non en Algérie, acceptent de satisfaire,
souvent sans réserve, à la règle des 51/49% en faveur du partenaire algérien.
En vérité, ce ne sont pas fondamentalement les 49/51% qui posent problème, ni même les autres
mesures, comme par exemple, l’obligation faite aux entreprises étrangères de financer leurs
projets d’investissement en dinars via les banques algériennes, et sous certaines conditions, par le
Fonds national d’investissements essentiellement.
« La vitesse des réactions et la facilitation dans les démarches sont des facteurs clés de succès
dans l’attrait de l’investissement international », nous déclare l’un des cadres des
multinationales.
Ceci dit, si les incitations fiscales, financières ou autres, peuvent susciter un intérêt, elles
suffiront rarement à palier l’absence de facteurs tangibles tels que la stabilité politique, la qualité
des infrastructures ou celle de la main d’œuvre, jugés plus fondamentaux.
En effet, la stabilité économique et politique s’inscrit au premier rang comme condition préalable
à tout investissement direct. Lorsque l’environnement légal et règlementaire est sans cesse
modifié, et qu’il n’existe pas de juridictions capables d’en assurer le respect, les firmes sont
amenées à limiter leurs engagements financiers.
Dans ce sens, les laboratoires pharmaceutiques plaident pour un cadre règlementaire sûr,
prévisible, transparent et stable alors que le secteur connait paradoxalement des perturbations,
entre autre, l’instabilité au niveau de l’institution de tutelle, à savoir, le ministère de la santé. Le
changement fréquent de la réglementation pour des raisons plutôt subjectives ou politiques que
par intérêt économique.
174
Ainsi, il reste à exploiter beaucoup de pistes pour améliorer l’attractivité du pays. Moderniser et
fluidifier notre management et nos pratiques administratives est une orientation très sérieuse.
Organiser une meilleure intercommunication avec les partenaires potentiels, en est une autre.
Rehausser le niveau de qualification des ressources humaines serait un sérieux atout.
En effet, l'Algérie accuse un retard considérable dans la formation des cadres, particulièrement
ceux spécifiques à l'industrie pharmaceutique. C'est certainement un point fondamental qui doit
requérir toute l'attention. Le développement de l'industrie pharmaceutique étant aussi un
problème de ressources humaines qualifiées. Cependant, à ce jour, il n'existe pas de chaire de
pharmacie industrielle, ni de centre de formation pour les techniciens alors que l'université
produit chaque année des centaines de pharmaciens généralistes sans débouché.
Toutes ces menaces ont toutefois lourdement pesé pour différer toute décision stratégique de la
part des firmes multinationales. Ces dernières ont cependant, pour la plupart, tenu à garder une
présence sur le marché algérien.
De toutes les décisions importantes que l’on devrait prendre, ce sont exactement les mêmes qui
pourraient développer l’investissement productif national car en définitif, c’est ce dernier qui
peut développer durablement le pays. Cela exigerait une révision profonde de nos priorités.
Au vue des points cités ci-dessus, la deuxième hypothèse (la politique pharmaceutique nationale
peut être efficace à condition que certaines contraintes politiques, administratives et
règlementaires obsolètes soient levées, et que des mesures incitatives soient prises) ainsi que la
troisième (afin de répondre aux attentes des investisseurs étrangers l’Etat doit améliorer certains
avantages comparatifs tels que la qualification et la productivité de la main d’œuvre, la densité
des réseaux de communication et de distribution…) sont confirmées.
Enfin, parvenir à produire 70% de la demande en médicament passe par la création, pour le
producteur, d’un environnement favorable du point de vue économique, administratif, technique
et règlementaire :
- Un environnement économique qui favorise l’investissement dans la production plutôt que dans
l’importation. Pour le producteur cela signifie, un environnement où l’acte d’investir serait plus
profitable que l’acte d’importer.
- Un environnement administratif et technique qui accompagne efficacement les producteurs et
leur allège les contraintes bureaucratiques actuelles.
175
- Un cadre légal et réglementaire stable, transparent et cohérent avec l’objectif de développement
rapide d’une production nationale de qualité.
Pour ce faire, l’intervention de l’Etat doit être axée sur des piliers stratégiques comme :
Quels sont les facteurs clés qui conditionnent le succès d’une alliance pharmaceutique ?
On peut se demander, à travers cette question, si les partenariats algéro-étrangers dans le secteur
pharmaceutique permettront le transfert de technologie et une mise à niveau des firmes locales.
176
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184
ANNEXE 1
1. Depuis quand êtes vous implanté en Algérie ? Cliquez ici pour taper du texte.
Non
7. Pour vous, quelles ont été les principales contraintes liées à l’implantation ?
La négociation avec le partenaire
La lenteur dans l’enregistrement d’un nouveau produit. Veuillez préciser le délai.
La lenteur dans la délivrance de l’Autorisation de Mise sur le Marché.
La lenteur dans la délivrance de l’agrément de l’établissement de production.
Le manque de qualification du personnel.
La lenteur du système bancaire
Autres : Cliquez ici pour taper du texte.
186
Déroulement de l’activité
8. Vous produisez des médicaments
Génériques
Princeps
Oui
Non si NON, veuillez préciser le pourcentage Cliquez ici pour tap%er du texte.
Oui
Non
D’ordre technique
D’ordre managérial
Autres :
Pourquoi ? :
187
14. Comptez- vous faire une nouvelle implantation en Algérie ?
Oui
Non
16. Projetez-vous d’exporter une partie des médicaments produits en Algérie vers
d’autres pays de la région ?
Oui
Autres
18. Ya t-il eu des ruptures de stock des médicaments que vous produisez en Algérie ?
Oui
Non
188
20. Le partenariat vous permis :
Autres :
Oui
Non
22. Pourquoi ?
Oui
Non
Oui
Non
189
25. S’agit-il d’un médicament générique ?
Oui
Non
26. Sur une échelle de 1 à 5quel est votre degré de satisfaction concernant les
caractéristiques suivantes :
Qualification du personnel
27. Etes- vous satisfait des résultats réalisés en Algérie ? (les résultats réalisé correspondent –
ils à vos attentes initiales ?)
Oui
Non
190
LISTE DES ABREVIATIONS
191
LISTE DES TABLEAUX
Tableau n°2 : Les dix premières entreprises pharmaceutiques mondiales en 2013 .................... 101
Tableau n°3 : Les principales similitudes et différences des trois marchés du Maghreb ............ 110
Tableau n°4 : L’évolution des importations des médicaments depuis 2004 ............................... 141
Tableau n°13 : La négociation du laboratoire étranger avec le partenaire algérien .................... 158
Tableau n°14 : La lenteur dans l’enregistrement d’un nouveau médicament ............................. 159
Tableau n°16 : La lenteur dans la délivrance de l’Autorisation de Mise sur le Marché ............. 160
Tableau n°22 : Le degré de satisfaction des lois régissant le secteur pharmaceutique ............... 164
Tableau n°23 : Le degré de satisfaction des réseaux de communication et de distribution ........ 165
192
LISTE DES FIGURES
Figure n°5 : Le marche pharmaceutique mondial par zone géographique ................................. 100
Figure n°6 : Les décisions de l’encadrement du secteur pharmaceutique en Algérie ................ 135
Figure n°14 : La lenteur dans l’enregistrement d’un nouveau médicament ................................ 159
Figure n°16 : La lenteur dans la délivrance de l’Autorisation de Mise sur le Marché ................ 160
Figure n°22 : Le degré de satisfaction des lois régissant le secteur pharmaceutique .................. 164
193
TABLE DES MATIERES
Introduction .................................................................................................................................... 6
194
2.2.1 La stratégie des clusters ............................................................................................. 25
2.2.2 La stratégie de la demande ......................................................................................... 26
2.2.3 La stratégie technico-financière ................................................................................. 26
2.3 La stratégie d’approvisionnement ........................................................................................... 27
195
1.2.1 La taille du marché........................................................................................................ 59
1.2.2 Le coût des facteurs de production ............................................................................... 60
1.2.3 La libéralisation des politiques commerciales .............................................................. 61
1.3 Les facteurs politiques et règlementaires................................................................................. 62
1.3.1 La stabilité économique et politique ............................................................................. 62
1.3.2 L’examen des politiques et loi existantes...................................................................... 63
1.3.3 Le maintien de la dynamique des réformes................................................................... 63
Conclusion ..................................................................................................................................... 73
196
1.2.1 La découverte du médicament et son développement ................................................. 83
1.2.2 La production du médicament...................................................................................... 84
1.2.3 La commercialisation du médicament ......................................................................... 85
1.3 La mise sur le marché d’un médicament ................................................................................. 85
1.3.1 L’expertise sur le médicament ..................................................................................... 87
1.3.2 La phase administrative................................................................................................ 87
1.3.3 Le remboursement d’un médicament .......................................................................... 88
Section I : L’état des lieux des marchés pharmaceutiques au Maghreb .............................. 108
1.1 Les caractéristiques de l’offre de médicaments dans les trois pays ...................................... 108
1.1.1 L’offre de médicament en Algérie ........................................................................... 108
1.1.2 L’offre de médicament au Maroc............................................................................. 109
1.1.3 L’offre de médicament en Tunisie ........................................................................... 110
1.2 L’étude comparative des trois marchés ................................................................................. 110
1.2.1 L’encadrement et la règlementation du secteur ........................................................ 113
1.2.2 L’application des bonnes pratiques de fabrication .................................................... 114
1.2.3 Le prix des médicaments et le rôle de la sécurité sociale ......................................... 115
197
Section II : L’implantation des firmes pharmaceutiques étrangères dans le Maghreb...... 116
Chapitre III : Etude empirique sur le secteur algérien des médicaments............................ 132
198
2.1.3 L’échantillonnage ..................................................................................................... 150
2.2 L’élaboration du guide d’entretien ........................................................................................ 151
2.2.1 Le premier volet ........................................................................................................ 151
2.2.2 Le deuxième volet ..................................................................................................... 152
2.2.3 Le troisième volet ...................................................................................................... 152
199
« L’implantation des firmes multinationales dans le secteur pharmaceutique en Algérie ».
Résumé :
Notre ambition à travers cette étude était d’apprécier le rôle joué par les institutions et les
mesures prises par le gouvernement algérien, permettant de créer un climat d’investissement
favorable aux laboratoires pharmaceutiques étrangers. En effet, le partenariat avec des
investisseurs étrangers figure parmi les voies privilégiées pour le développement d’une industrie
pharmaceutique. Ainsi, l’objectif de l’Etat est de produire localement 70% des besoins en
médicaments. Tout d’abord nous étudions la stratégie des firmes multinationales et la politique
d’attractivité des pays d’accueil. Nous traiterons par la suite, le marché pharmaceutique mondial
et ses tendances actuelles, avant d’analyser, à travers la démarche SWOT, le secteur
pharmaceutique algérien. Enfin, notre partie empirique comporte un entretien effectué avec six
laboratoires étrangers. L’objectif étant de connaitre leurs motivations à s’implanter en Algérie,
les contraintes auxquelles ils sont confrontées ainsi que leur degré de satisfaction quant au climat
d’investissement. L’analyse et le traitement des résultats nous permettront de mettre à jour
différentes recommandations pour une politique pharmaceutique efficiente.
Mots clés : Multinationalisation, Politique d’attractivité des IDE, Partenariats, Stratégies d’internationalisation,
Industrie de médicament, Politique pharmaceutique. Climat d’investissements.
Abstract :
Our ambition through this study was to appreciate institutions and the measures taken by the
Algerian government that allow the creation of a favorable investment climate for foreign
pharmaceutical laboratories. Indeed, the partnership with foreign investors is one of the
privileged ways for the development of the pharmaceutical industry. Thus, the goal of the state is
to produce locally 70% of medication needs. First of all, we study the strategy of multinational
firms and the attractiveness policy of the host country. Then, we will deal with the global
pharmaceutical market and its current trends, before analyzing, through the SWOT process, the
Algerian pharmaceutical sector.
Finally, our empirical part includes an interview done with six foreign laboratories. The aim is to
know their motivations to set up in Algeria, the constraints they face and their level of
satisfaction by the investment climate. The analysis and the treatment of the results will allow us
to update different recommendations for an efficient pharmaceutical policy.
200
» تمركز الشركات متعددة الجنسيات في قطاع الصناعات الدوائية في الجزائر«
ملخص :
كان طموحنا من خالل ھذه الدراسة تقدير الدور الذي تلعبه المؤسسات والتدابير التي اتخذتھا الحكومة الجزائرية التي تسمح
للخلق مناخ موات لالستثمار المختبرات الصيدالنية األجنبية .والواقع أن الشراكة مع المستثمرين األجانب ھي واحدة من الطرق
المتميزة لتطوير صناعة المستحضرات الصيدالنية .وبالتالي ،فإن ھدف الدولة ھو إنتاج محليا ٪70من احتياجاتھا من الدواء.
أوال وقبل كل شيء ،نحن دراسة استراتيجية الشركات متعددة الجنسيات والسياسة جاذبية البلد المضيف .ثم ،وسنتعامل مع سوق
الدواء العالمي واتجاھاته الحالية ،قبل القيام ،من خالل عملية ،SWOTقطاع األدوية الجزائري وأخيرا ،يتضمن الجزء
الخاص بنا التجريبية مقابلة القيام به مع ستة مختبرات أجنبية .والھدف من ذلك ھو معرفة دوافعھم القامة في الجزائر،
والمعوقات التي تواجھھا ومستوى رضاھم عن طريق مناخ االستثمار .وتحليل ومعالجة نتائج تسمح لنا لتحديث توصيات
مختلفة للسياسة الدوائية الفعالة.
الكلمات الرئيسية Multinationalisation :والسياسة جاذبية بيئة تطوير متكاملة ،والشراكات ،واستراتيجيات التدويل،
صناعة الطب ،المناخ لالستثمار.
201