INTRODUCTION
La liberté est pour l’homme une valeur fondamentale. Elle constitue sa dignité. Mais, la
liberté est aussi un terme problématique et difficile à cerner. C’est pourquoi, selon Paul
Valéry, la liberté «« c’est un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens ; qui
chantent plus qu’ils ne parlent ; qui demandent plus qu’ils ne répondent ». Alors qu’est-ce
que la liberté ?
Dès lors, pour traiter la question de la liberté, nous formulons la problématique de la manière
suivante : Si l’homme est libre, de quelle liberté s’agit-il ? Peut-on parler de liberté comme
absence totale de contraintes ? Comment concevoir la liberté face au déterminisme et au
fatalisme ? Les lois garantissent-elles la liberté des hommes ? Le fait d’être déterminé,
reviendrait-il à dire que nous devons accepter la fatalité et fuir nos responsabilités ?
I) La question de la liberté absolue
Le premier aspect de la liberté est celui de sa conception commune. Celle-ci consiste à définir
la liberté comme la capacité d’agir sans contrainte. C’est-à-dire, la faculté de faire ce qu’on
veut sans que rien ni personne nous en empêche. André Lalande, dans le Vocabulaire
technique et critique de la philosophie, définit la liberté comme étant l’ « état de l’être qui ne
subit pas de contrainte, qui agit conformément à sa volonté, à sa nature ».
1) La théorie du libre arbitre
Cette liberté absolue se manifeste par le libre arbitre. L’homme est libre à partir du moment
où il est doté d’un libre arbitre. C’est la faculté qu’a l’homme d’agir, de penser, de décider
sous la seule conduite de sa volonté. Le libre arbitre repose sur la capacité de l’homme à
exercer sa volonté de manière autonome. Etre libre, c’est agir volontairement sans être
déterminé par une cause extérieure. Le libre arbitre est alors compris comme étant la théorie
selon laquelle l’homme possèderait une liberté totale et absolue. André Gide illustre bien cette
forme de liberté dans Les Caves du Vatican (l’acte gratuit).
Selon Descartes, « la liberté de notre volonté se connait preuves, par la seule expérience que
nous en avons. » L’homme a une volonté libre qui lui permet d’affirmer ou de nier, de choisir
ou de ne pas choisir. De par sa volonté, il jouit d’une liberté absolue. Ce qui lui permet d’agir
indépendamment de toute contrainte. Mais, pour Descartes, cette forme de liberté est une
liberté d’indifférence. Autrement dit, une liberté non réfléchie, qui n’est pas guidé par la
raison.
Par conséquent, on se demande si cette liberté absolue et illimitée est acceptable. Etant donné
que l’homme est un être qui vit au sein d’une société où il y a des normes et des lois, peut-il
prétendre être libre de manière absolue ?
2) Critique du libre arbitre
L’homme ne peut pas se permettre de faire tout ce qu’il veut, si l’on sait qu’il y a un ensemble
de contraintes qui le déterminent. Cette liberté absolue est irréalisable. Car, elle n’est pas
conforme avec les exigences de vie sociale.
D’où la critique de Baruch Spinoza. Selon lui, le libre arbitre est une illusion. L’individu se
croit libre parce qu’il ignore les causes extérieures qui déterminent ses actions. Pour lui, « les
hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs désirs mais ignorants des
causes qui les déterminent ». Cette liberté absolue n’existe pas et l’homme ne peut prétendre
détenir une volonté libre d’agir sans aucune influence. D’un coté ou d’un autre, l’homme est
toujours déterminé par des causes à la fois internes et externes.
II) Liberté entre déterminisme et fatalisme
Peut-on être libre face au déterminisme et au fatalisme ?
1) Liberté et déterminisme
Le déterminisme est une doctrine philosophique selon laquelle tout l’univers est inscrit dans
une succession nécessaire de cause et d’effet. Même l’action de l’homme est déterminée par
ce principe de causalité. Dans le déterminisme il n’y a pas de hasard, les mêmes causes
produisent les mêmes effets. Ainsi, il y a plusieurs formes de déterminismes telles que : le
déterminisme physique ou naturel, le déterminisme social, le déterminisme psychologique …
Mais comment le déterminisme rend possible la liberté ?
Le déterminisme naturel permet de comprendre que l’homme, en tant qu’un être doté de corps
et vivant dans une nature, obéit à des lois qui ne dépendent pas de sa volonté. Spinoza écrit
dans ce sens : « l’homme n’est pas un empire dans un empire ». Ensuite, le déterminisme
social montre que l’homme est un être social dont tous les actes sont déterminés par les
valeurs et normes sociales. Et le déterminisme psychologique nous apprend, sous le contrôle
de Freud, que la plupart de nos actes sont déterminés par l’inconscient psychique.
Cependant, le déterminisme peut rendre possible la liberté. Car, il s’agit de comprendre
d’abord que l’homme n’est pas absolument libre, il est déterminé. Etre libre, c’est savoir agir
ou se comporter d’une certaine façon vis-à-vis de la société, des lois de nature… Avec le
déterminisme, la liberté de l’homme est rationalisée et encadrée par des mob
2) Liberté et fatalisme
Le fatalisme est la conception selon laquelle tous les évènements sont fixés à l’avance par le
destin. L’homme quoi qu’il fasse, ne pourrait échapper au sort qui lui est réservé. Il est
condamné à l’avance car ce « qui est écrit ou prédit se réalisera quelles que soient les
causes » nous dit Alain. Le mythe d’Œdipe constitue une belle illustration du fait que nos
actes soient vains sous le fatalisme.
Etre libre serait plutôt synonyme d’accepter et se conformer à la fatalité. C’est dans cette
logique que s’inscrit Epictète lorsqu’il écrit : « la liberté consiste à vouloir que les choses
arrivent non comme elles te plaisent mais comme elles arrivent ». Chez les stoïciens, le
fatalisme n’est pas contraire à la liberté, l’homme reste libre dans sa manière de faire face au
destin. Etre libre, c’est accepter le destin. L’homme libre serait celui qui accepte les choses
telles qu’elles viennent. Et ne serait pas libre celui qui refuserait de se conformer à l’ordre
naturel des choses.
III) Liberté et responsabilité
Si être libre, c’est accepter la fatalité, que serait le sens de la responsabilité ?
Au-delà des déterminismes et du fatalisme, il faut envisager une conception de la liberté qui
correspond avec la notion de responsabilité. Le terme français responsabilité vient du latin
« respondere » qui veut dire répondre de, se porter garant. Ce qui signifie que l'homme doit
répondre de ses actes, se connaître comme l'auteur de ses actes. En effet, le rapport entre
liberté et responsabilité nous renvoie à la conception de Sartre. Selon ce dernier, « l’homme
est condamné à être libre », il est responsable de ses actes, car rien ne le détermine. Sartre
rejette l’existence de Dieu et d’un quelconque fatalisme ou déterminisme. L’homme serait
seul dans le monde, abandonné et condamné à prendre son destin en main. Selon Sartre,
« chez l’homme, l’existence précède l’essence », ce qui traduit que l’homme vient au monde
comme une table rase et il s’accomplit à travers les choix et les actes qu’il pose. L’homme
vient au monde d’abord et après il devient quelque chose. Donc, être libre, c’est être capable
de faire des choix et en assumer la responsabilité.
IV) La liberté et les lois
Les lois garantissent ou annihilent-elles la liberté des hommes ?
Dans la vie en société, la coexistence des libertés individuelles est problématique : Comment
être libre en obéissant aux lois ? Faire tout ce qui me plait revient nécessairement à faire ce
qui déplait aux autres, car « ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Sous
peine de tomber dans un mortel combat, il faut des limites face à l'indépendance des hommes.
- Les lois garantissent la liberté des hommes.
Pour les théoriciens du droit naturel comme Rousseau, Montesquieu, les lois doivent avoir
comme prérogative absolue la garantie des libertés des individus. Cette liberté n’est point à
entendre comme absence de contrainte. La société est régie par des lois qui assurent son bon
fonctionnement et garantissent les libertés individuelles, car l’absence de lois peut aboutir à
l’écrasement du plus faible par le plus fort. Selon Rousseau, en obéissant à la loi, le citoyen
n’obéit qu’à lui-même, car « la loi est l’expression de la volonté générale ». En cela
Rousseau soutient que « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». L’obéissance
aux lois est une condition indispensable à la réalisation de la liberté. Montesquieu considère
que la liberté n’est effective que dans son rapport avec la loi. Il dit à ce propos que « la liberté
politique ne consiste point à faire ce que l’on veut (…), la liberté c’est le droit de faire ce
que les lois permettent ». Ainsi, sans loi il n’y a point de liberté, toute liberté s’identifie à un
respect des lois.
- Dans quelle condition les lois annihilent la liberté ?
L’être humain est un citoyen qui vit dans un Etat. Mais quand on est dans un Etat totalitariste
où les lois sont confisquées par une personne ou par un groupe de personnes qui décident à
leur faveur : dans ce cas, la liberté ne serait pas possible. Ces lois seraient injustes, dans la
mesure où elles émanent d’une personne qui nous les impose. C’est ce qui amène Rousseau à
dire : « Un peuple libre obéit, mais ne sert pas (…) ; et c’est par la force des lois qu’il
n’obéit pas aux hommes ».
CONCLUSION
La réflexion sur le concept liberté nous a conduits à la concevoir sur plusieurs niveaux. On est
passé de la conception de la liberté comme absence de contrainte à la liberté politique, c’est-
à-dire à une liberté conçue au sein des institutions politiques et juridiques, en passant par a
conception sous l’angle du déterminisme et du fatalisme. Si la liberté, sous toutes ses formes,
fait toujours appel à la raison humaine, il n’en demeure pas moins que cette raison puisse, elle
aussi, être déterminée par quelque chose qui la dépasse. En effet, la liberté devrait finalement
être conçue en tenant en compte des contraintes ou déterminismes de tous ordres. Etant
impossible d’envisager une quelconque liberté en faisant fi des contraintes, les hommes
devraient la concevoir comme la possibilité d’opérer des choix au milieu des déterminismes.