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Textes 1G5

Le document présente des extraits de plusieurs œuvres littéraires, dont 'Les Caractères' de La Bruyère, 'Manon Lescaut' de l'abbé Prévost, 'On ne badine pas avec l'amour' d'Alfred de Musset et 'Les Cahiers de Douai' d'Arthur Rimbaud. Chaque texte aborde des thèmes variés tels que la comédie sociale, les relations amoureuses et les réflexions sur la nature humaine. Ces extraits illustrent la richesse et la diversité de la littérature française à travers les siècles.

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Le document présente des extraits de plusieurs œuvres littéraires, dont 'Les Caractères' de La Bruyère, 'Manon Lescaut' de l'abbé Prévost, 'On ne badine pas avec l'amour' d'Alfred de Musset et 'Les Cahiers de Douai' d'Arthur Rimbaud. Chaque texte aborde des thèmes variés tels que la comédie sociale, les relations amoureuses et les réflexions sur la nature humaine. Ces extraits illustrent la richesse et la diversité de la littérature française à travers les siècles.

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Objet d’étude 1 : Les Caractères, de La Bruyère

Parcours : La Comédie sociale.

Texte 1

Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J’y suis
encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu’il fait froid ; que ne disiez-
vous : " il fait froid " ? Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites : " il pleut,
il neige. " Vous me trouvez bon visage 1, et vous désirez de m’en féliciter : dites : " Je vous
trouve bon visage. "
- Mais répondez-vous, cela est bien uni et bien clair ; et d’ailleurs qui ne pourrait pas en dire
autant ? – Qu’importe, Acis ? Est-ce un si grand mal d’être entendu quand on parle, et de
parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables les
diseurs de phœbus, vous ne vous en défiez point et je vais vous jeter dans l’étonnement : une
chose vous manque, c’est l’esprit. Ce n’est pas tout : il y a en vous un chose de trop, qui est
l’opinion d’en avoir plus que les autres ; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos
phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. Vous abordez cet homme,
ou vous entrez dans cette chambre ; je vous tire par votre habit, et vous dis à l’oreille : " Ne
songez point à avoir de l’esprit, n’en ayez point, c’est votre rôle ; ayez, si vous pouvez, un
langage simple, et tel que l’ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit : peut-être alors
croira-t-on que vous en avez.

Jean de La Bruyère, Les Caractères, fragment 7, chapitre V, « De la société et de la


conversation »,1688.

1
Objet d’étude 1 : Les Caractères, de La Bruyère
Parcours : La Comédie sociale.

Texte 2

Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel 1, et il se
donne pour tel : il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. On
parle à la table d’un Grand 2 d’une Cour du nord : il prend la parole, et l’ôte à ceux qui
allaient dire ce qu’ils en savent ; il s’oriente dans cette région lointaine comme s’il en était
originaire ; il discourt des mœurs de cette Cour, des femmes du pays, de ses lois et de ses
coutumes ; il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les trouve plaisantes, il en rit le
premier jusqu’à éclater. Quelqu’un se hasarde de le contredire, et lui trouve nettement qu’il
dit des choses qui ne sont pas vraies. Arrias ne se trouble point, prend feu 3 au contraire contre
l’interrupteur 4 : « Je n’avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache d’original : je l’ai
appris de Sethon, ambassadeur de France dans cette Cour, revenu à Paris depuis quelques
jours, que je connais familièrement, que j’ai fort interrogé, et qui ne m’a caché aucune
circonstance. » Il reprenait le fil de la narration avec plus de confiance qu’il ne l’avait
commencée, lorsque l’un des conviés lui dit : « C’est Sethon à qui vous parlez, lui-même, et
qui arrive de son ambassade. »

Jean de La Bruyère, Les Caractères, fragment 7, chapitre V, « De la société et de la


conversation »,1688.

1 Un homme universel : un hommes qui sait tout.


2 Grand : seigneur, noble proche du roi.
3 prend feu : s’énerve.
4 L’interrupteur : l’homme qui l’a interrompu.
Objet d’étude 2 : Manon Lescaut, de l’abbé Prévost.
Parcours : Personnages en marge, plaisirs du romanesque.

Texte 3

Nous marchâmes aussi longtemps que le courage de Manon put la soutenir, c’est-à-
dire environ deux lieues, car cette amante incomparable refusa constamment de s’arrêter plus
tôt. Accablée enfin de lassitude, elle me confessa qu’il lui était impossible d’avancer
davantage. Il était déjà nuit. Nous nous assîmes au milieu d’une vaste plaine, sans avoir pu
trouver un arbre pour nous mettre à couvert. Son premier soin fut de changer le linge de ma
blessure, qu’elle avait pansée elle-même avant notre départ. Je m’opposai en vain à ses
volontés. J’aurais achevé de l’accabler mortellement si je lui eusse refusé la satisfaction de me
croire à mon aise et sans danger, avant que de penser à sa propre conversation. Je me soumis
durant quelques moments à ses désirs. Je reçus ses soins en silence et avec honte. Mais
lorsqu’elle eut satisfait sa tendresse, avec quelle ardeur la mienne ne prit-elle pas son tour ! Je
me dépouillai de tous mes habits, pour lui faire trouver la terre moins dure, en les étendant
sous elle. Je la fis consentir, malgré elle, à me voir employer à son usage tout ce que je pus
imaginer de moins incommode. J’échauffai mes mains par mes baisers ardents, et par la
chaleur de mes soupirs. Je passai la nuit entière à veiller près d’elle, et à prier le Ciel de lui
accorder un sommeil doux et paisible. Ô Dieu ! que mes vœux étaient vifs et sincères ! et par
quel rigoureux jugement aviez-vous résolu de ne les pas exaucer.
Pardonnez, si j'achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur
qui n'eut jamais d'exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais, quoique je le porte
sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d'horreur, chaque fois que j'entreprends
de l'exprimer.

Abbé Prévost, Manon Lescaut, deuxième partie, 1731.


Objet d’étude 3
On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset
Parcours : les jeux du cœur et de la parole.

Texte 4

Acte I, scène 1

Une place devant le château.

Le Chœur
Doucement bercé sur sa mule fringante, messer* Blazius s’avance dans les bluets*
fleuris, vêtu de neuf, l’écritoire au côté. Comme un poupon sur l’oreiller, il se ballotte sur son
ventre rebondi, et les yeux à demi fermés, il marmotte* un Pater noster* dans son triple
menton. Salut, maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore
antique.
Maître Blazius
Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d’importance, m’apportent ici
premièrement un verre de vin frais.
Le Chœur
Voilà notre plus grande écuelle* ; buvez, maître Blazius ; le vin est bon ; vous parlerez
après.
Maître Blazius
Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient
d’atteindre à sa majorité, et qu’il est reçu docteur* à Paris. Il revient aujourd’hui même au
château, la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu’on ne sait que lui
répondre les trois quarts du temps. Toute sa gracieuse personne est un livre d’or* ; il ne voit
pas un brin d’herbe à terre, qu’il ne vous dise comment cela s’appelle en latin ; et quand il fait
du vent ou qu’il pleut, il vous dit tout clairement pourquoi. Vous ouvririez des yeux grands
comme la porte que voilà, de le voir dérouler un des parchemins qu’il a coloriés d’encres de
toutes couleurs, de ses propres mains et sans en rien dire à personne. Enfin, c’est un diamant
fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens annoncer à M. le baron. Vous sentez que cela
me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur depuis l’âge de quatre ans ; ainsi
donc, mes bons amis, apportez une chaise, que je descende un peu de cette mule-ci sans me
casser le cou ; la bête est tant soit peu rétive*, et je ne serais pas fâché de boire encore une
gorgée avant d’entrer.

*messer : De l’italien « messere », monsieur.


*les bluet : forme ancienne de « bleuet », plante qui fleurit en août.
*marmotter : parler entre ses dents, « marmonner ».
*le Pater noster : prière chrétienne.
*une écuelle : récipient creux.
*docteur : titre universitaire le plus élevé.
*le livre d’or : A Venise, le livre d’or contenait les noms des familles nobles, inscrits en lettres d’or.
*rétive : difficile à diriger.
Objet d’étude 4
Les cahiers de Douai, d’Arthur Rimbaud
Parcours : « Emancipations créatrices ».

Texte 5

« Vénus Anadyomène »

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête


De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates


Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût


Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;


-Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

Les Cahiers de Douai, d’Arthur Rimbaud, 1870.


Objet d’étude 4
Les cahiers de Douai, d’Arthur Rimbaud
Parcours : « Emancipations créatrices ».

Texte 6

« Le mal »

Tandis que les crachats rouges de la mitraille


Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable broie


Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
-Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…-

-Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées


Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées


Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Les Cahiers de Douai, d’Arthur Rimbaud, 1870.

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