LES PROBLEMES DE SANTE EN AFRIQUE CENTRALE ET L’AIDE AU
DEVELOPPEMENT : LE CAS DE LA R. D. CONGO
Par
Joël IPARA MOTEMA
Introduction
L’Afrique est en pleine ébullition en ce début de 21ème siècle. On connaît déjà la crise
multiforme qui secoue cet espace depuis la période des indépendances. L’on déplore
ici et là, des dynamiques différentes, la dégradation politique, économique et socio -
sanitaire de la majeure partie des pays de l’Afrique centrale. Aujourd’hui la crise des
Grands lacs s’est particularisée sur le continent africain entraînant des graves crimes
contre l’humanité, lesquels crimes ont affecté le vécu quotidien des populations et
réduit les chances des investissements du secteur privé.
Actuellement, le paludisme, la poliomyélite, la trypanosomiase, le
choléra, la tuberculose et les maladies diarrhéiques pour ne citer que ces quelques
cas sévissent et causent beaucoup de dégâts dans plusieurs communautés. Ces
pathologies présentent une menace contre la santé et constituent un frein au
développement de l’Afrique Centrale. A ce fardeau est venu s’ajouter le coût
dévastateur du VIH / sida dont les conséquences risquent de compromettre tous les
efforts consentis pour promouvoir le développement durable et atteindre les
objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ces maladies transmissibles
mettent la santé des communautés en péril et sont responsables d’un tiers de décès
environ à travers le monde et l’Afrique
Notre communication, voudrait répondre à la question suivante :
quelle est la place de l’aide au développement dans la résolution de problèmes de
santé en Afrique centrale? Le cas de la République Démocratique du Congo servira
d’illustration de la situation ci-haut décrite. Cette question mérite une réflexion et
un regard croisé d’anthropologues, des sociologues et des spécialistes de la santé
pour donner des orientations pratiques. Pour y parvenir, nous avons jugé utile
d’examiner tout d’abord les causes de dégradation de l’état de santé en Afrique
particulièrement en [Link].
La dégradation de l’état de santé en Afrique centrale et en [Link]
Notons tout d’abord que l’Afrique en général a hérité un système de
santé de ses anciennes métropoles basé sur l’exercice de la médecine moderne dite
scientifique. « Symbole de cette médecine, l’hôpital moderne se dresse aujourd’hui
au milieu de la brousse et de la forêt africaine comme vestige d’une civilisation venue
d’ailleurs et que le projet colonial voulait adapter à la terre africaine » constate
Lapika Dimomfu en 1985.
2
L’implantation de cette médecine a connu une expansion croissante
durant la période coloniale grâce aux mécanismes des apports exogènes notamment :
une économie forte dont la gestion permettait au système de santé d’assumer le coût
d’une médecine occidentale importée. Ainsi donc, le système de santé a fonctionné
en Afrique de façon plus ou moins correcte et ne pouvait connaître que quelques
difficultés facilement surmontables. Mais lors que dans les années 60, la plupart des
pays accédèrent à l’indépendance, le système de santé de type occidental fut resté en
place tandis que les apports exogènes se sont relâchés de plus en plus provoquant
ainsi une inaccessibilité de l’espace hospitalier par une fraction importante de la
population.
La dégradation de l’état de santé de la population en Afrique centrale
s’explique par la dérive du système de santé lié en grande partie à des crises
politico-militaires et économiques que connaissent les pays Africains depuis le
début des années 1980, les mesures inappropriées d’ajustement structurelles (PAS) .
Ces mesures au lieu d’apporter les solutions pratiques aux problèmes de santé, n’ont
fait qu’exacerber les problèmes existant déjà dans le secteur de la santé.
Les dépenses sociales des Etats en Afrique ont connu un déclin
prononcé occasionnant des contrecoups au secteur de la santé. Bon nombre
d’infrastructures médicales connurent rapidement une détérioration qui, en retour
causa une fuite de cerveau du secteur de la santé à la recherche des meilleures
conditions de vie ailleurs.
A cela s’ajoute la dégradation de l’écosystème de l’Afrique centrale et
l’appauvrissement de l’environnement de la sous région du grands lacs (notamment
la pollution des eaux, les déboisements, etc.) qui ont un impact négatif sur l’état de
santé des communautés. D’ailleurs, à l’échelle mondiale, plusieurs initiatives dont
les objectifs du millénaire pour le développement durable ( OMD) et les priorités
du groupe de travail WEHAB ( initiative sur l’eau, l’énergie, la santé, l’agriculture et
la biodiversité ) tentent de mettre en pratique la vision globale de gestion
rationnelle des ressources naturelles sans pour autant hypothéquer l’avenir en vue
de promouvoir la santé de la population.… . , (Unesco : 2005).
Actuellement, il est impensable de vivre en bonne santé dans un
monde sans malade, ni maladie si l’on n’améliore pas les conditions d’exploitations
de l’environnement. Surtout que la santé des humains est très étroitement liée à la
santé des écosystèmes. Les chercheurs dans les domaines des sciences sociales et de
la santé se penchent déjà sur la question au niveau du Centre de Recherche pour le
Développement International, CRDI en sigle. Leurs travaux ont démontré
que : « c’est le comportement de l’homme qui est à l’origine des « perturbations de
l’environnement », (Lebel : 2003). La réconciliation de la santé des écosystèmes avec
celle de leurs habitants exige un nouveau cadre de recherche, un cadre qui accueille
à la fois des scientifiques, des membres de la communauté, des représentants des
autorités traditionnelles et des groupes intéressés.
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Ce qui nous invite à innover sur le plan scientifique en faisant appel à
une participation très large des intervenants de la société pour maximiser les
possibilités des solutions à ce problème de santé publique. De cette manière, nous
pouvons être en mesure d’améliorer la santé des populations et de leur
environnement afin de réduire la pauvreté et de tendre vers un développement
durable. Si aucun effort n’est fourni dans ce sens, les conséquences seront
incalculables.
Dans les pays en développement plus de deux millions de personnes,
dont une majorité d’enfants, meurent tous les ans de maladies dues à l’absence d’une
eau potable salubre , d’installations sanitaires satisfaisantes, et à des affections
véhiculées par l’eau. Le paludisme et d’autres épidémies comme le choléra et la
typhoïde sont étroitement liées à la pollution des ressources en eau et au manque
d’installations sanitaires. Plus d’un million de personnes meurent chaque année de
paludisme, dont 90% en Afrique sub-saharienne. Les morts se comptent surtout
parmi les enfants, plus de 300 enfants africains en meurent chaque jour selon le
constat fait par le rapport de l’organisation Mondiale de la santé (OMS) en 2003.
Comme l’on peut constater, la prévalence du paludisme est étroitement
liée à des facteurs humains tels que l’irrigation, le déboisement et le défrichement.
Ces problèmes ne sont plus à démontrer dans le cas de la sous - région de l’Afrique
centrale. Récemment en 2000, les chefs d’Etat et de gouvernement réunis au siège
de l’Organisation de Nations Unies (ONU) à New York à l’occasion du Sommet du
Millénaire, ont adopté la déclaration du « Millénaire » et réaffirmé leur soutien à «
respecter la nature comme une valeur fondamentale ».
Malgré ces déclarations de bonne intention, 2,4 millions d’habitants
n’ont pas accès à un système d’assainissement et de santé appropriés selon le constat
fait par les participants au sommet Mondial du développement durable de
Johannesburg en 2002. Dans l’esprit de ce sommet, les déchets, la pollution et les
mauvaises conditions d’hygiène sont parmi les problèmes de santé et de pauvreté
dans les nombreux foyers en Afrique. L’ampleur de la dégradation de la situation
sanitaire et sociale que nous venons de décrire est préoccupante non seulement en
terme d’infrastructures sanitaires, mais aussi pour le développement du continent.
Ils sont devenu en tout cas, une problématique non évitable.
En conséquence, il s’observe :
· l’inaccessibilité par les communautés de la médecine moderne à cause de son
de coût de plus en plus élevé ;
· l’absence des services médicaux essentiels occasionnés par le délabrement des
structures de santé ;
· la multiplication des officines et centres de santé privés ;
· l’utilisation de la médecine traditionnelle comme une alternative à la crise du
système de santé pour une grande partie des populations en Afrique centrale.
· L’émergence des multiples pathologies parasitaires et infectieuses jadis
éradiquées (la polio, la fièvre jaune, la tuberculose, le sida, etc.).
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Si de 1960 à 1970, la médecine traditionnelle est restée viable seulement
dans les milieux ruraux en Afrique, les crises du système de santé actuelle ont
conduit cette médecine à s’implanter dans les zones urbaines dont sa présence est
indéniable à l’heure actuelle.
Le rapport du Secrétariat de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)
en sigle de 2003 note que : « au Ghana, au Mali, au Nigeria et en Zambie, les
plantes médicinales sont le traitement de première intention pour plus de 60 % des
enfants atteints de fortes fièvres. Des études menées en Afrique et en Amérique du
nord ont montré que 75 % des personnes vivant avec le VIH/sida ont recours à la
médecine traditionnelle, exclusivement ou en complément d’autres médecines, pour
plusieurs symptômes ou maladies »*. Afin, la médecine traditionnelle a connu un
regain d’attention et d’intérêt cette dernière décennie dans les milieux urbains
africains.
Fort de cette réalité, la stratégie de l’OMS depuis 2002 a commandée
aux gouvernements des Etats membres de : « intégrer les aspects pertinent de la
médecine traditionnelle dans les systèmes nationaux de santé en formulant des
politiques nationales en matière de médecine traditionnelle et en mettant en œuvre
des programmes ; et promouvoir l’usage rationnel de la médecine traditionnelle ».†
Par ailleurs, l’Union Africaine (UA) depuis la déclaration d’Alma Ata
en 1978 sur les soins de santé primaires, la charte du développement sanitaire en
Afrique en 1980, l’initiative de Bamako sur les médicaments essentiels en 1987, la
stratégie régionale sur la promotion du rôle de la médecine traditionnelle dans les
systèmes nationaux de santé en 2001(stratégie à laquelle la [Link] a adhérée ),
et tout récemment la déclaration des Chefs d’Etats et des gouvernements de l’OUA
sur la décennie 2001-2010, milite pour que les pays Africains intègrent la médecine
traditionnelle dans les systèmes nationales de santé de leurs pays respectifs ».
Pour concrétiser cet engagement politique régionale, la [Link] a
créée depuis 2002, un programme national de la promotion de la médecine
traditionnelle et des plantes médicinales et vient d’élaborer des documents
nécessaires à l’institutionnalisation de la médecine traditionnelle (la politique en
matière de la médecine traditionnelle ; le cadre de réglementation, le code de
déontologie et d’exercice de la profession du tradi-praticien. Pour se rendre compte
de la gravité de cette situation, nous avons identifiées quelques cas qui sévissent en
Afrique subsaharienne notamment au Congo – Kinshasa.
*
OMS : Cinquante-sixième Assemblée Mondiale de la santé du 31 mars 2003, point 14.10 de l’ordre du jour
†
Stratégie de l’OMS pour la Médecine traditionnelle pour 2002-2005. Document WHO/EDM/TRM / 2002
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Les problèmes de santé en Afrique centrale
S’agissant des maladies dominantes et émergentes, ils sont nombreux.
Nous pouvons citer à ce sujet : les infections respiratoires aiguës (I.R.A.) les
diarrhées, le choléra, le paludisme, la malnutrition, les maladies qui peuvent être
prévenues par la vaccination (la rougeole,…) sont parmi les fléaux qui menacent
l’environnement sanitaire en Afrique Centrale. En effet, selon le F.A.O (2005), 70%
de cas de mortalité infantile auraient cinq causes principales : maladies diarrhéiques,
infections aiguës des voie respiratoires inférieures, malnutrition, paludisme et
rougeole.
Ces données démontrent que les enfants Africains souffrent souvent de
ces affections. En soignant en même temps l’une ou l’autre de ces affections, cela
n’est pas suffisant pour mettre à l’abri d’autres affections sous - jacentes qui
peuvent leur paraître fatal. En ce qui concerne le VIH/SIDA son impact sur la
communauté est grave ; cependant il est clair que l’épidémie anéantit le progrès de
40 dernières années de développement si les mesures de lutte ne suivent pas de près
les actes concrets. Ceci pose un énorme problème aux gouvernements, aux
Organisations non gouvernementales (ONG) et à la Communauté Internationale.
Ces maladies ne sont plus un simple problème de santé mais c’est
devenu un grand problème de développement durable. Le taux de prévalence
semble se stabiliser, mais cette impression est principalement due à une hausse de
décès imputables au Sida et à une augmentation continue des nouvelles infections.
L’Afrique Sub- saharienne n’abrite guère plus de 10% de la population
mondiale, mais près de 2/3 du total des personnes sont infectées par le VIH. En
2004, on estime à 3 ,2 millions le nombre de nouvelles infections dans la région, les
jeunes femmes et les filles sont particulièrement à risque et constituent jusqu’à 75 %
des jeunes vivant avec le VIH/sida dans la région. A moins que la tendance ne soit
inversée, la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement sera
compromise ‡
Malgré que ce chiffre de prévalence soit alarmant, le Sida reste un sujet
tabou en Afrique. La peur de l’exclusion, de la discrimination est telle qu’une seule
personne sur 10 est au courant de sa séropositivité. Les maigres revenus des
‡
Médecine traditionnelle africaine : contribution à prévention de l’infection à VIH/sida, message du
directeur Régional de l’OMS/Afrique à l’occasion de la journée du 31 août 2005
6
populations africaines au sud du Sahara sont inférieurs à 600 $ US par an, dans
certains pays les habitants vivent avec moins d’1 $US par jour. C’est ce qui ne
permet pas l’accès au traitement aux anti-rétroviraux. Il reste évident que la maladie
continue à faire des ravages dans la mesure où les politiques sanitaires ne disposent
pas de moyens nécessaires à réaliser leurs objectifs et surtout à intégrer d’autres
partenaires locaux dans la lutte contre le Sida notamment les tradi-praticiens, les
pasteurs des églises dites de réveil, les travailleurs sociaux, les entreprises privés, etc.
(sic).
Avec la mobilité croissante des populations humaines et animales, la
prise en compte des problèmes de santé et des maladies nécessite de situer le débat et
les actions à entreprendre dans une perspective holistique. La mise en évidence de
cette complicité entre les populations, les milieux écologiques et les vecteurs des
maladies n’est plus à démontrer à ce moment avec l’émergence de l’épidémie de
marbourg et la fièvre Ebola, etc.
Déjà en 1933, le géographe Max SORRE l’avait bien décrite sous le
terme de « complexe pathogène », ensuite élargi par d’autres spécialistes aux notions
de paysage épidémiologiques et à celui de pathocénose, selon (Fleuret et Sechet :
2004). S’agissant surtout de l’Afrique Centrale, ces concepts sont redevenus
d’actualité avec les guerres, les déplacements des populations, les dégradations de
l’environnement. Les problèmes de santé, nous invitent à concevoir la maladie dans
une vision écosanté. Il s’agit là d’un vaste champ d’investigation qui touche à toutes
les dimensions de la vie humaine (qualité des eaux, cadre de vie, du travail, les
nuisances, les déchets, les perturbations sociales, etc.).
Santé et l’aide au développement : expérience de la R. D. Congo
Les problèmes de santé sont au cœur des enjeux du développement de
la République Démocratique du Congo. Dans un contexte marqué par la présence
d’un grand nombre des maladies endémiques, les indicateurs sanitaires sont parmi
les plus bas du monde et beaucoup de chemin reste à parcourir pour atteindre les
objectifs du développement pour le millénaire (ODM).
Pourtant, « dans les premières années qui ont suivi l’indépendance, les
efforts concertés de l’Etat congolais, de la communauté internationale et des
organisations non gouvernementales (notamment religieuses) avaient favorisé une
nette régression de la mortalité et de la morbidité » selon le constat fait par le
Programme Minimum de Partenariat pour la Transition et la Relance PMPTR en
2004.
Ainsi, entre les années 1960 et 1980, la mortalité infantile a baissé de
40 pour cent et celle des enfants d’un tiers, tandis que les campagnes de
vaccination fonctionnaient de manière tout à fait remarquable.
A cette époque, le secteur de santé publique en [Link] avait
développé une réputation d’excellence et d’innovation, tant sur le plan de la
recherche de financement que sur le plan institutionnel. Ces performances se sont
7
effritées au cours des années 1980 (année d’adhésion à la politique d’ajustement
structurel).
Pendant cette période, le financement du système de santé s’est mis à
reposer essentiellement sur les contributions de la population (qui supportait
environ 60 pour cent des dépenses) et des bailleurs de fonds.
Les promesses faites par ce programme d’ajustement structurel au plan
socio - sanitaire pour prévenir la pauvreté ont soulevé des faux espoirs au sein de la
population. Les acquis de la conférence internationale d’ Alma Ata en septembre
1978, « soulignant la nécessité de protéger et de promouvoir la santé de tous les
peuples du monde, de garantir à tout les êtres les mêmes chances et possibilités
d’accès aux structures de santé, et en assurant des prestations sanitaires et sociales
adéquates avant l’an 2000 » sont restés sans succès significatifs. En conséquence, très
peu des populations ont accès toujours aux soins de santé.
La [Link] est parmi les pays africains avoir réussit à décentraliser
l’administration de soins de santé primaires jusqu’au niveau des villages avec la mise
en place des zones de santé. Le concept de « zone4 » de santé est une bonne
illustration de la notion de collaboration entre des institutions publiques et privées
pour la gestion des services de santé en [Link]. Aujourd’hui, une bonne partie
de ces zones de santé est gérée par des structures non gouvernementales et où le
secteur privé joue parfois un rôle actif.
Depuis l’accession de la R.D.C à son indépendance en 1960. Jusqu’en
1965, la période qui couvre la première République, le pays connu une instabilité
politique en raison de l’existence de plusieurs rebellions. De 1965 à 1990, le Congo
est passé par plusieurs étapes allant d’une relative stabilité, par des conflits armés
ponctuels circonscrits à un contexte de dégradation lente, progressive et profonde de
la situation socio-économique. Cette situation n’a pas favorisé la relance de la
coopération bilatérale entre la [Link] et ses partenaires. A partir de cela, il eut
une succession de crises qui a produit un profond ralentissement sur les indicateurs
sociaux, économiques et sanitaires du pays.
Sur le plan économique, la R. D. Congo est l’un des pays les plus
pauvres du monde avec un produit intérieur brut (P.I.B) récemment estimé à US 110
par habitant et par an selon le rapport des experts du Programme Minimum du
Partenariat pour la Transition et la Relance, ci-haut cité.
Cette situation d’ensemble cache des disparités importantes entre
provinces, allant de US $ 32 dans les provinces du Bandundu et Orientale à US $138
dans les provinces du Bas Congo et du Katanga jusqu’à US$ 323 à Kinshasa. L’indice
4
La zone de santé constitue donc le niveau opérationnel et de base pour l’organisation et la planification
sanitaires en [Link]. Une zone de santé est un espace géographique bien défini comprenant une population
d’environ de 50 000 à 100 000 personnes en milieu rural et de 100 000 à 250 000 personnes en milieu urbain.
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de Développement Humain (IDH) en 1999, était de 0,429 à la fois en dessous de la
moyenne pour l’Afrique Sub- saharienne (0,467) et en dessous de celle calculée pour
les pays les moins avancés (0,442).
Le pays est classé au 142ème rang sur les 162 pays retenus au regard du
constant fait par la banque Centrale du Congo en 2001. Ce mauvais indicateur
économique contraste avec les énormes potentialités humaines et les ressources
naturelles abondantes du Congo. Mais alors, les négociations avec les institutions de
Bretton Woods (FMI et BM) se poursuivent avec pour toile de fonds le Programme
Multi sectoriel de Reconstruction et de Réhabilitation couvrant d’abord la période
2002-2004.
En outre, le gouvernement congolais dispose d’un plan national de
développement qui reflète la vision du développement dont les objectifs globaux
consistent à :
§ stabiliser l’environnement politique, économique, financier et social en
vue de réunir les conditions d’un arrêt de dégradation de l’activité
économique et de la relance de cette dernière ;
§ maintenir à terme cette stabilité en vue d’entreprendre des actions du
développement contribuant à la réduction de la pauvreté.
Au niveau du profil sanitaire, le secteur de santé congolais traverse une
crise profonde. Sa situation déjà difficile au début des années 1990 s’est
particulièrement détériorée avec la reprise de conflit à partir de 1996.
En examinant les principaux déterminants de la santé, notamment le
niveau de pauvreté, l’accès à l’eau potable, le taux d’alphabétisation et le poids
démographique, l’on constate que la majorité des indicateurs suivis par l’OMS entre
1980 à 1997 et ceux pris en compte lors de l’état de lieu effectué en 1998 confirment
l’effondrement progressif du système de santé et la dégradation de l’état de santé de
la population.
Aujourd’hui, cette situation ne fait que s’aggraver à cause surtout de la
guerre. Les 3/4 de la population n’a plus accès à des soins de santé de qualité et plus
de la moitié des zones de santé (entre 170 sur les 306 que compte le pays) ne
reçoivent aucun appui structurel. L’état de santé des groupes les plus vulnérables est
préoccupant aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. Les enquêtes récentes
menées par les Médecins Sans frontières (MSF) peints le profil épidémiologique de la
R.D.C.
Il est dominé par les pathologies infectieuses et parasitaires qui ont un
impact négatif sur des populations vulnérables et déjà exposées à la malnutrition, à
l’insécurité et à la précarité économique. Il s’observe une réémergence des maladies
jadis contrôlées comme la trypanosomiase au moins 150.000 personnes infectées
actuellement), la peste : 425 cas avec 41 décès en 2001, l’onchocercose ,7 millions des
personnes infectées et la lèpre : prévalence > à 1/10.000 pour l’ensemble du pays.
L’activité préventive comme la vaccination est fortement incomprise, ce
qui explique la flambée épidémique de rougeole, de poliomyélite et de coqueluche.
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Des maladies émergentes comme la fièvre hémorragique à virus Ebola (Kikwit) et
Marbourg (Watsa), le Monkey pox (Sankuru, Equateur, Bandundu, Kasaï Occidental)
font l’objet de la flambée épidémique locale aux quelles s’ajoute le choléra, la
dysenterie bacillaire, la méningite cérébro-spinale et le paludisme. Ces maladies
restent la principale cause de décès en République Démocratique du Congo.
Quant aux principales causes de morbidité et mortalité, nous avons
identifié :
§ le paludisme qui est responsable de nombreux décès surtout chez les enfants
(25 à30% de décès) et qui présente une résistance très élevée aux
médicaments ;
§ la malnutrition est toujours signalée dans toutes les provinces de la [Link]
à cause des guerres ;
§ Le VIH/SIDA : plusieurs facteurs favorisent l ‘émergence du sida comme le
mouvement des populations (réfugiés et déplacés, le déplacement des groupes
armés, l’absence des informations, le manque d’accès aux principaux moyens
de prévention, les transfusions sanguines non contrôlées qui aboutissent à
une augmentation significative de l’incidence du Sida. (70 nouveaux cas par
jour et près de 3millions des personnes infectées dans le pays selon le PNLS
2005) ;
§ La Tuberculose à cause de la faible couverture de soins de santé primaire la
[Link] occupe le 4ème rang en Afrique et est classée en 11ème position
parmi les 22 pays qui supportent 80% du poids de la maladie au niveau
mondial ;
§ La maladie du sommeil ,à l’heure actuelle est estimée à 20.000 nouveaux cas
détectées annuellement sur les 12,5millions d’habitants vivant dans des foyers
de la maladie en croire aux estimations du Programme national de Lutte
contre la Trypanosomiase humaine Africaine ( PNLTHA) en 2005.
L’on peut constater que la liste n’est pas exhaustive. La situation
sanitaire de la RDC dépend en grande partie des apports extérieurs notamment de
l’aide au développement des organisations non gouvernemental. Ce qui fait que, le
financement de la santé reste dominé par un fort désengagement de l’Etat sur le
terrain et d’une présence affirmée des partenaires non étatiques qui contribuent au
secteur de la santé.
Le coût de soins à la charge des populations a dramatiquement
augmenté, laissant les services médicaux hors de portée des populations les plus
pauvres. Les demandes de rémunération complémentaire par le personnel médical
sont courantes et les patients insolvables sont souvent gardés de force dans les
hôpitaux, soit ils hypothèquent leurs biens de valeur jusqu’à ce qu’ils s’acquittent
totalement de dettes dus aux soins reçus.
Le système de soins privés est souvent hors de portée pour des bourses
congolaises. Au cours de ces dernières années, un certain nombre d’actions ont été
10
entreprises depuis la tenue des états généraux de la santé depuis 1999 par le
gouvernement pour améliorer la situation dans ce secteur.
Ceci inclus les actions telles que la reprise graduelle de paiement de
personnel infirmier et médical, l’assainissement des finances publiques, le
renforcement de coopération avec les acteurs non gouvernementaux impliqués dans
le soutien aux zones de santé, etc.
Aide au développent de la Turquie : quelle opportunité pour la
[Link] ?
Etant donné que le financement de la santé en [Link] est marqué
par un faible engagement de l’Etat sur le terrain et qu’il s’observe une présence
remarquable des partenaires privés. Nous estimons qu’il y a nécessité de s’ouvrir
davantage aux partenaires extérieures comme la Turquie qui vient de donner le ton ;
en organisant ce deuxième congrès international « Turquie – Afrique
subsaharienne » pour créer des opportunités des investissements dans le secteur de
la santé.
Un tel partenariat permettra à la [Link] de :
· renforcer les capacités institutionnelles en équipement des
programmes nationaux ; de lutte contres les maladies
parasitaires et infectieuses, les laboratoires, centres de
recherches, universités ; ainsi que des zones de santé en vue de
optimaliser leurs capacités d’action sur le terrain ;
· réhabiliter les infrastructures hospitalières et sanitaires
existantes, puis examiner sur place les possibilités d’en
construire d’autres ;
· remettre à niveau le personnel tant médical que paramédical et
scientifiques pour qu’ils deviennent compétitifs dans
l’exécution de leurs taches quotidiennes.
Une telle action, ne peut aboutir à des résultats concrets que si l’Etat
s’engage en terme de financement, à une collaboration structurelle avec le secteur
privé et les organisations non gouvernementales. De cette manière, l’Etat congolais
peut réussir à revitaliser le système de santé enfin de pouvoir avancer sur la voie de
développement durable et de rattraper le retard causer par les années de guerres et
de turpitudes.
BIBLIOGRAPHIE
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