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Propriété Intellectuelle

Le document traite du droit de la propriété littéraire et artistique, en soulignant la distinction entre la propriété intellectuelle et la propriété industrielle. Il présente les lois clés régissant ces domaines, ainsi que les caractéristiques exclusives, temporaires et intellectuelles de la propriété intellectuelle. Enfin, il aborde l'évolution historique de la propriété intellectuelle, ses implications juridiques et la controverse sur sa qualification en tant que droit de propriété.

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Propriété Intellectuelle

Le document traite du droit de la propriété littéraire et artistique, en soulignant la distinction entre la propriété intellectuelle et la propriété industrielle. Il présente les lois clés régissant ces domaines, ainsi que les caractéristiques exclusives, temporaires et intellectuelles de la propriété intellectuelle. Enfin, il aborde l'évolution historique de la propriété intellectuelle, ses implications juridiques et la controverse sur sa qualification en tant que droit de propriété.

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Siwar Ben Rezgui – M2 Droit des Affaires – Droit de l’Entreprise

DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Droit de la propriété littéraire et artisti/que

Propriété intellectuelle

Propriété littéraire et artistique Propriété industrielle

Droits d’auteur droits voisins créations nouvelles signes distinctifs

Lois importantes :

- Loi 94-36 du 24 février 1994 relative à la propriété littéraire et artistique :


JORT n°17 du 1er mars 1994, p. 361 et ss.
- Loi 2009-33 du 23 juin 2009 modifiant et complétant la loi n° 94-36
relative à la propriété littéraire et artistique : JORT n° 52 du 30 juin 2009,
p. 1724 et ss.

Introduction sur l’ensemble de la matière :

 Doit protéger l’auteur + intérêt de la société et du public (santé publique).


 Propriété limitée par le domaine public.
 Œuvre intellectuelle propriété intellectuelle
support

I. Notion de la propriété intellectuelle :

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Siwar Ben Rezgui – M2 Droit des Affaires – Droit de l’Entreprise
DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Le terme propriété intellectuelle comprend le droit de la propriété littéraire et


artistique et le droit de la propriété industrielle.
Cette division de la propriété intellectuelle représente une Summa Divisio
historique qui met en valeur la différence entre les propriétés plongées dans le
droit économique (les brevets, les marques, les dessins et modèles …) et celles
qui ne le sont pas (les droits d’auteur).
Ainsi, le droit de la propriété littéraire et artistique qui constitue une branche du
droit de la propriété intellectuelle englobe le droit d’auteur et les droits voisins
du droit de l’auteur.
Le droit d’auteur s’entend de l’ensemble des prérogatives d’ordre moral (respect
de l’œuvre, retirer l’œuvre, divulgation …) et d’ordre patrimonial reconnu aux
auteurs d’œuvre de l’esprit.
Les droits voisins désignent les prérogatives reconnues aux auxiliaires de la
création littéraire et artistique que sont les artistes interprètes, chanteurs,
musiciens, producteurs de phonogramme et de vidéogramme ainsi que les
entreprises de communication audiovisuelle.
Quant à la deuxième branche de la propriété intellectuelle, à savoir la propriété
industrielle, elle renferme depuis la classification opérée par Roubier les droits
sur les créations nouvelles et les droits sur les signes distinctifs (marques,
enseignes, locales …) – Paul ROUBIER, « Droits intellectuels ou droits de
clientèle », RTDCI 1935, p. 251 et ss, p. 301 (développement).
Les premiers ont pour objet de fruits d’une création intellectuelle et confèrent à
leurs titulaires la faculté de s’opposer en principe à toute exploitation non
autorisée de la création protégée ; il s’agit du brevet d’intention, du certificat
d’obtention végétale, les schémas de configuration de circuits intégrés ou
topographie ainsi que les dessins et modèles industriels.
Quant aux droits sur les signes distinctifs, ils ont pour objet non pas une création
de l’esprit à proprement parlé, mais un signe ayant pour objet ou même parfois
seulement pour effet d’identifier les produits ou services ou les distinguer d’un
autre ; c’est le cas des marques de fabrique, de commerce et de service.
La division de la propriété intellectuelle en branches et en sous branches
témoigne à première vue de son émiettement, éparpillement et de son caractère
disparate. Mais il existe entre ces diverses branches et sous branches des
éléments d’identité et des facteurs d’unité à tel point qu’un auteur a pu qualifier
les propriétés incorporelles « d’un pluriel bien singulier » - L’étude du Pr.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Jacques RAYNARD « Propriété incorporelle : un pluriel bien singulier »,


mélange BURST, Litec, Paris 1997, p. 527 et ss.

A. Caractère exclusif :

Il existe en effet des traits communs qui caractérisent la notion de propriété


intellectuelle. Parmi ces traits communs, le caractère exclusif occupe une place
de choix puisqu’il confère à son titulaire sur le territoire ouvert par le droit un
monopole d’exploitation de l’objet du droit.
Ainsi, le titulaire d’un brevet d’intention bénéficie sur le territoire pour lequel ce
brevet a été octroyé d’un monopole d’exploitation, de l’invention couvert par le
droit.
Par conséquent, le titulaire du bien peut se défendre contre l’exploitation ou les
copies non autorisées (contrefaçon) par une puissante action spécifique ; à savoir
l’action en contrefaçon.

B. Caractère temporaire :

Par ailleurs, la propriété intellectuelle toute branche confondue est temporaire ;


càd d’une durée variable selon les types de propriétés intellectuelles (sauf pour
les marques qui sont indéfiniment renouvelables). Autrement dit, à l’expiration
du délai légal de protection, la création tombe dans le domaine public si bien
qu’elle peut être utilisée ou exploitée par tous.
Par conséquent, la limitation de la propriété intellectuelle dans le temps révèle la
volonté du législateur de concilier d’appropriation privée des créations avec le
respect de l’intérêt général.

C. Caractère intellectuel :

Enfin, toutes les propriétés dites intellectuelles le sont parce qu’elles portent sur
des biens intellectuels comme la propriété immobilière a pour objet un bien
immobilier.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Le bien intellectuel constitue un bien immatériel créé par l’esprit peu importe
qu’il s’agisse d’œuvre ou d’invention tant qu’ils proviennent d’une activité de
l’esprit.
Ainsi, la propriété intellectuelle porte sur des biens immatériels, incorporels,
lesquels sont de pure abstraction envisagée indépendamment de leur support
physique ; en d’autres termes, le bien est immatériel qu’il soit attaché par un
objet corporel tel qu’une œuvre musicale gravée sur un CD ou qu’il ne le soit
pas lorsque par exemple l’œuvre musicale en format audio est enregistrée dans
un fichier numérique.
- Article 1 de la loi de 1994 : « Le droit d'auteur couvre toute œuvre
originale littéraire, scientifique ou artistique quelqu' en soit la valeur, la
destination, le mode ou la forme d'expression, ainsi que sur le titre de
l’œuvre. Il s'exerce aussi bien sur l’œuvre dans sa forme originale que sur
la forme dérivée de l'original [..] ».

Résumé :

➔ Les caractères exclusifs et temporaire de la propriété intellectuelle et la


spécificité de l’objet sur lequel elle porte constituent le facteur d’unité
entre les diverses branches qu’elle comprend.
➔ On peut ainsi définir la propriété intellectuelle comme un droit qui permet
à son titulaire d’exploiter en exclusivité certains biens immatériels créés
par l’esprit mais aussi d’interdire leur usage ou leur exploitation par autrui
et de se défendre contre les usages ou exploitations non-autorisées.
➔ Cette définition révèle l’unité de la notion de propriété intellectuelle
laquelle n’est pas nouvelle puisqu’elle plonge ses racines dans l’histoire.

II. Evolution historique de la propriété intellectuelle :

(liée à l’évolution technologique)


L’histoire de la propriété intellectuelle est une histoire moderne. En examinant
de près, les sorts du développement du droit de la propriété intellectuelle, on le
voit lié au contexte économique lui-même fortement marqué par les évolutions
techniques ; prenant le cas de la propriété littéraire et artistique qui doit sa
naissance entre autres à l’apparition de l’imprimerie en 1439, celle-ci permet la
diffusion d’un grand nombre de copies d’œuvres littéraires et entraine des

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

retombées juridiques importantes. Quant à la propriété industrielle, elle est


entièrement liée au développement d’une industrie fard à Venice notamment.
C’est au 15ème siècle après Jésus Christ où le premier titre s’apparentait à un
brevet aurait été délivré et la première législation votée. Par ailleurs, les marques
qui s’apparentent à l’origine à une technique d’identification résultent du
développement du commerce.
Mais toutes ces nouvelles techniques ayant favorisé la mécanisation de la
reproduction des œuvres et des inventions (imprimerie) ont menacé les auteurs
et inventeurs parce que leurs biens ont alors perdu la rareté qui les rendait
précieux.
Pour l’essentiel, leurs valeurs n’était plus mêlée à leurs supports lesquels
pouvaient être dupliqués en masse, il fallait donc la force et l’ingéniosité du
droit pour recréer une rareté.
Mais à côté des développements techniques, le droit de la propriété intellectuelle
doit aussi son développement au principe de la liberté du commerce et de
l’industrie (exemple : les marques), c’est à juste titre qu’un auteur considère que
ce droit « ne se conçoit que dans les systèmes économiques fondés sur la liberté
d’entreprendre il n’existait pas dans l’Europe du moyen-âge et de l’ancien
régime où l’application des techniques été contrôlée par les corporations » -
MARINO-.
C’est dans ce contexte au 18ème siècle, la jurisprudence du conseil d’Etat du roi
commence à tenir compte des réclamations des auteurs et va jusqu’à reconnaitre
une « propriété de droit » aux auteurs.
Après l’abolition des privilèges accordée aux auteurs sous le règne du régime
corporatif, le législateur français a tracé la première ébauche du droit d’auteur en
France. Les deux lois alors votés consacrent des droits patrimoniaux, l’une porte
sur le droit de représentation des auteurs d’œuvres dramatiques (1791), l’autre
sur le droit de reproduction (communication indirecte : imprimerie) des auteurs
décrits en tous genres, des compositeurs de musique, peintres et dessinateurs
(1793).
Ces textes ont fait écho Statute of Anne (en anglais) première loi sur le
Copyright pour les œuvres littéraires (1710).
Par ailleurs, la loi française de 1791 relative aux brevets et celle de 1824 sur les
marques ont constitué la première pierre apportée à l’édifice de la propriété
industrielle en France.

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C’est de la loi française de 1791 et des lois qui l’ont modifié mais également des
principes généraux dégagés par la jurisprudence en la matière pendant le 19ème
siècle que s’est inspiré le décret beylical tunisien du 15 juin 1889 sur la propriété
littéraire et artistique.

- Article : Mme Nabila Mezghani, « Aperçu sur le droit de propriété


littéraire et artistique en Tunisie », RTD, 1982, p. 335 et ss.
- Ensemble d’article : Nabila Mezghani.

Ce premier texte a été suivi par 3 autres, à savoir :

• Décret 26 décembre 1888 sur les brevets d’invention.


• Décret 3 juin 1889 sur les marques de fabrique et de commerce.

Quant à la protection des dessins et modèles industriels, elle a fait l’objet d’un
décret beylical datant du 25 février 1911.
Mais l’évolution technologique remarquable qu’a connu le 20ème siècle
caractérisé par l’apparition de la télévision, des magnétophones et des
magnétoscopes a posé des problèmes juridiques qui ont incité le législateur à
modifier ces textes ; c’est ainsi que le décret du 15 juin 1889 précité qui été un
texte succin et court a été abrogé par la loi n° 66-12 du 14 février 1966 relative à
la propriété littéraire et artistique.
Ce sont des considérations semblables relevant entre autres de la nécessité de
tenir compte de l’évolution technologique due à l’apparition des logiciels, par
exemple qui ont motivé la promulgation de la loi n° 94-36 du 24 février 1994
relative à la propriété littéraire et artistique.
Les textes concernant la propriété industrielle n’ont pas connu un meilleur sort
puisqu’elles ont été abrogées à leur tour et remplacées par des textes que nous
examineront dans le cadre des sources du droit de la propriété intellectuelle,
mais force est de constater que ces différents textes se referrent à la « Propriété »
qu’elle soit littéraire et artistique ou industrielle.
Le problème est de savoir si l’expression de propriété doit être prise au pied de
la lettre, il est par conséquent indispensable de vérifier la nature juridique de la
propriété intellectuelle.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

III. La nature juridique de la propriété intellectuelle :

La propriété intellectuelle constitue-elle une propriété ?


 Cette question a longtemps suscité la controverse.
En effet, certains auteurs ont dénié le caractère de propriété à la propriété
intellectuelle, c’est ainsi que Paul Roubier a proposé au cours de la
première moitié du 20ème siècle une qualification originale qui a connu un
large écho.
L’article de ROUBIER « Droit intellectuel et droit de la clientèle » : il a
soutenu que la propriété intellectuelle constitue avec un certain nombre
d’autres droits tels les droits sur le fonds de commerce une troisième
catégorie de droits patrimoniaux aux cotés de droits réels et de droits
personnels : les droits de clientèle.
Cette qualification est retenue pour le motif que la propriété intellectuelle
place son titulaire dans une situation préférentielle dans les relations avec
la clientèle et par l’emprise de celle-ci lui permettant d’en tirer des
bénéfices dans la concurrence économique.
Dans le même ordre d’idées, le juriste allemand KOHLER et le juriste
belge PICARD ont défendu la thèse du droit d’auteur droit intellectuel.
D’autres auteurs à l’inverse ont plaidé pour la qualification de droit de
propriété ; il en est ainsi des professeurs RENARD et LUCAS.
La qualification de la propriété intellectuelle de droit de propriété permet
de faciliter l’interprétation des textes qui la régissent à la lumière du droit
des biens qui est considéré dans ce cas comme le droit commun.
Par ailleurs sur le plan international, cette qualification permet de retenir
le statut réel qui est une catégorie de rattachement au sens du droit
international privé.
Vu les intérêts qui découlent de la qualification exacte de la propriété
intellectuelle, nous allons examiner sa nature juridique ; nous allons voir que la
propriété intellectuelle ne peut être considérée comme étant des droits
intellectuels ni un droit de clientèle, mais elle constitue un droit de propriété
spécial.

A. Les qualifications rejetées de la propriété intellectuelle :

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Certains auteurs ne considèrent pas la propriété intellectuelle comme étant un


droit de propriété, ils ont proposé d’autres qualifications celle de droits
intellectuels et celle de droits de clientèle.
En examinant les deux qualifications proposées, nous allons nous rendre compte
que ni l’une ni l’autre ne reflète la nature juridique exacte de la propriété
intellectuelle.

1. L’impertinence de la qualification de la propriété intellectuelle de droit


intellectuel :

Le jurisconsulte belge PICARD trouve qu’il est impossible de classer la


propriété intellectuelle dans la catégorie des droits réels ni dans celle de droits
personnels. Ouvrage : Droit pur.
Il a eu l’idée de créer une troisième catégorie de droits patrimoniaux qui
comprend les droits des inventeurs et des auteurs, les droits des commerçants sur
leurs marques, leurs dessins ou modèles, leur nom commercial, ainsi que les
droits des agents de l’assurance sur leurs portefeuilles et des médecins sur leurs
cabinets. Ainsi, cette troisième catégorie renferme des droits spéciaux sui
generis objet chacun d’un régime légal particulier et dont le seul trait commun
est qu’ils rentrent tous dans la catégorie des droits patrimoniaux.
La proposition de PICARD a été reprise et développée par COLIN et
CAPITANT.
Mais la proposition de droit intellectuel a rencontré des critiques, celles-ci
concernent d’abord leur appellation ; en effet, le nom de droit intellectuel
évoque l’origine de ces droits qui prennent naissance dans une création de
l’esprit.
Cette appellation peut être adoptée pour désigner les droits d’inventeur ou les
droits d’auteur puisqu’ils procèdent d’un acte de création intellectuelle.
Cependant, elle ne peut pas désigner le droit sur une marque de fabrique ou un
nom commercial qui n’implique pas que celui qui l’a choisi et fait acte de
création intellectuelle.
En outre, la qualification de droit intellectuel n’a qu’un caractère négatif
puisqu’elle se contente de dire ce que les droits intellectuels ne sont pas ; ils ne
sont ni des droits réels ni des droits de créance, mais à part leur caractère
patrimonial, la qualification de droit intellectuel ne précise pas les traits
communs qui caractérisent cette catégorie.
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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

C’est pour indiquer le contenu d’une troisième catégorie de droits patrimoniaux


comprenant la propriété intellectuelle que ROUBIER a qualifié celle-ci de droit
de clientèle.

Droits

Réels De Créance Intellectuels

2. L’impertinence de la qualification de la propriété intellectuelle de droit


de clientèle :

L’article ROUBIER « Droit intellectuel et droit de la clientèle ».


En recherchant l’utilité économique des droits de la propriété intellectuelle,
ROUBIER a remarqué qu’ils tendent tous à la conquête de la clientèle soit pour
un bien immatériel (les inventions, les œuvres d’art, ..) soit à l’aide d’un bien
immatériel (une marque, un nom, une enseigne, ..).
L’emprise sur la clientèle permet à son titulaire d’obtenir des bénéfices dans la
concurrence économique.
Mais la qualification de la propriété intellectuelle de droit de clientèle privilégie
un élément à savoir la fonction des droits qui, normalement, n’entrent pas en
ligne de compte pour leur classification.
Ensuite, même en s’inscrivant dans la logique opposée, la catégorie des droits de
clientèle n’a pas l’autonomie revendiquée (cherchée) ; les biens corporels se
prêtent après tout eux aussi à la conquête de la clientèle.
En effet, selon ce raisonnement, la propriété de certains biens corporels comme
un manège pour enfants par exemple, devrait être qualifié aussi de droit de
clientèle.

Résumé :
 Par conséquent, ni la qualification de droit intellectuel (première théorie),
ni celle de droit de clientèle (deuxième théorie) ne reflètent la nature
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juridique exacte de la propriété intellectuelle, il nous reste maintenant à


vérifier si celle-ci constitue une propriété.

B. La qualification retenue de la propriété intellectuelle :

En reprenant les arguments avancés par les auteurs qui ont dénié à la propriété
intellectuelle la qualification de propriété, on se rend compte que ces arguments
ne résistent pas à la critique.
D’autant plus que la propriété intellectuelle satisfait les caractères et les attributs
du droit de propriété (jouissance, usus, fructus, ..), mais compte tenu du
caractère immatériel du bien sur lequel elle porte, la propriété intellectuelle
présente un caractère spécial.

1. Les justifications de la qualification de la propriété intellectuelle de


droit de propriété :

Pour contester la qualification de propriété, certains auteurs invoquent le


caractère temporaire du droit exclusif reconnu à l’inventeur ou à l’auteur et
surtout ils avancent qu’elle n’est pas compatible avec le droit moral ou qu’en
tout cas elle ne permet pas d’en rendre compte.
Article 8 – paragraphe 1er de la loi du 24 février 1994 :
« L’auteur jouit de droits moraux et patrimoniaux sur son œuvre. Les droits
moraux sont imprescriptibles, ne peuvent faire l’objet de renonciation et sont
inaliénables. Ils sont toutefois transmissibles par voie de succession ou par
testament. Les droits patrimoniaux peuvent être transmis partiellement ou
totalement par voie de succession ou par cession. Ils sont exercés par l’auteur
lui-même, son représentant ou tout autre titulaire de ces droits au sens de la
présente loi».
Commençons par vérifier si le caractère temporaire de la propriété intellectuelle
empêche de la qualifier de droit de propriété ; il faut noter que la perpétuité n’est
pas de l’essence du droit de propriété. Le code des droits réels admet d’ailleurs
les suretés réelles parmi les droits réels malgré leur caractère par essence
temporaire (nantissement, droit de rétention, ..).

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

En outre, la propriété d’une chose corporelle périssable (exemple : denrées


alimentaires,..) n’a rien de perpétuel.
Enfin, les limites apportées par les textes à une durée de protection qui
pourraient être perpétuelles tiennent seulement aux soucies de garantir d’autres
intérêts que ceux du titulaire et en premier lieu l’intérêt général.
Par conséquent, le caractère temporaire de la propriété intellectuelle n’exclu pas
la qualification de propriété.

Caractère perpétuel ≠ caractère temporaire


Article d’André LUCAS, « Droit des biens et biens spéciaux : l’exemple de la
propriété intellectuelle », dans Les modèles propriétaires au 21ème siècle en
hommage au professeur Henri-Jacques LUCAS, LGDJ, Paris, 2013, p. 15 et ss.
Quant au libre accès du public à l’œuvre qui contredit l’exclusivité de l’usus
caractérisant le droit de propriété, il faut noter que l’auteur comme l’inventeur
n’a évidemment pas la prétention de se réserver l’accès intellectuel à la création
qu’il a divulgué, mais seulement l’accès juridique ; celui-ci désigne la possibilité
d’exploiter cette création.
Ce mécanisme traduit une métrise moins directe que celle du propriétaire sur
une chose corporelle. Cependant, cela tient simplement à la nature spécifique de
l’objet du droit laquelle ne devrait pas en bonne logique condamner sa
qualification.
Article 9 -ter- paragraphe 1er de la loi de 1994 :
« Aucun exploitant autre que le propriétaire de l’œuvre ou son représentant ne
peut procéder à l’exécution des actes cités à l’article 9-bis- susvisé s’il ne justifie
d’une autorisation préalable de l’ayant droit ou de son représentant ».
Les auteurs qui dénient la qualification de propriété intellectuelle soutiennent
qu’elle n’est pas compatible avec le droit moral de l’auteur. Le droit moral qui
s’oppose aux droits patrimoniaux, dont jouit l’auteur, confère à celui-ci
notamment le droit au respect de l’œuvre.
Exemple : Affaire Lamine NAHDI « Sardouk nraychou » il l’a communiqué au
public sans l’accord de l’auteur.
Vu le caractère extrapatrimonial du droit moral, certains auteurs trouvent que la
qualification de propriété ne permet pas de rendre compte de ce droit. Certes, le
droit moral est une « émanation de la personnalité », mais la propriété elle-

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

même n’est-elle pas dans certaines conceptions une émanation de la personnalité


au moins lorsqu’elle résulte du travail et de l’activité individuelle. De même, on
a pu relever que le droit de propriété peut parfaitement assurer la protection
d’intérêt des intéressés comme les lustres, la valeur morale des bijoux de
familles ou bien des tableaux de souvenirs. On peut aussi, en remontant plus
loin, observer qu’en droit médiéval, la terre est le prolongement de la personne.
Ainsi, l’obstacle du droit moral n’est pas à son tour insurmontable ! De ce fait,
on va conclure qu’aucun des arguments avancés pour dénier à la propriété
intellectuelle la qualification de propriété n’est convainquant !
En revanche, certains caractères de la propriété intellectuelle permettent de
considérer celle-ci comme une propriété.
En effet, l’opposabilité Erga Omnes (à l’égard de tous) autorise à user ici du
terme propriété autrement que comme une simple commodité de langage.
Par ailleurs, les attributs de la propriété intellectuelle permettent au titulaire de
jouir de la chose objet de son droit (jouissance de fructus) d’en user et d’en
disposer.

L’usus : lui permet d’exploiter la chose en exclusivité ou de la mettre à la


disposition d’un tiers.
Le fructus : lui permet de tirer profit de l’exploitation de la chose soit
directement soit en accordant moyennant rémunération des autorisations
d’exploitation (exemple : licences).
L’abusus : lui permet de disposer de son droit à travers sa transmission à
un tiers à titre onéreux ou gratuit.

Par conséquent, la propriété intellectuelle comprend tous les attributs et


constitue bien une propriété comme le témoigne les textes qui la régissent
lesquels se réfèrent à la propriété :
On peut citer à titre d’exemple :
• Article 21 de la loi n° 2001-36 du 17 avril 2001 relative à la protection
des marques de fabrique, de commerce et de services qui dispose
que : « L’enregistrement de la marque confère à son titulaire un droit
de propriété sur cette marque pour les produits et services qu’il a
désignés lors du dépôt ».

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• Article 8 de la loi du 6 février 2001 relative à la protection des dessins


et modèles industriels :
« La propriété d’un dessin ou d’un modèle industriel appartient à celui
qui l’a créé ou à ses ayants droits. Le premier déposant dudit dessin ou
modèle industriel est présumé, jusqu’à preuve contraire, en être le
créateur ».

Aussi, la propriété intellectuelle constitue une propriété, mais est-ce qu’elle peut
être assimilée à la propriété régie par le code du droit réel.
La propriété intellectuelle porte sur des biens immatériels incorporels si bien que
le législateur l’a soumise à des régimes spéciaux. La spécificité de l’objet de la
propriété intellectuelle est de nature à rendre insusceptible toute maitrise
naturelle d’une œuvre de l’esprit ou d’une invention contrairement aux choses
corporelles (on ne peut pas parler d’une possession). Une maitrise privative ne
peut résulter alors que d’une loi particulière précisant les conditions d’octroi, la
teneur et les limites du droit. Ainsi, toute atteinte à un droit de propriété
intellectuelle est qualifiée de contrefaçon et non pas de vol car celui-ci suppose
une soustraction qui est impossible dans notre cas.
La même définition de la contrefaçon est retenue pour presque tous les droits de
propriété intellectuelle.
Exemple : L’article 8 - paragraphe 3ème de la loi de 1994 :
« Sauf exceptions légales, nul n’a le droit de communiquer au public ou
reproduire une œuvre appartenant à un tiers sous une forme ou dans des
circonstances qui ne tiennent pas compte des droits moraux et patrimoniaux de
l’auteur».
La particularité de la contrefaçon tient donc au droit de propriété intellectuelle
qui en est l’[Link] propriété intellectuelle se distinguant des autres droits de
propriété, la contrefaçon présente des traits propres qui en justifiaient la création
d’une action spécifique, à savoir l’action en contrefaçon.
En outre, la procédure de saisie-contrefaçon est distincte de celle de la saisie
portant sur un immeuble ou sur un meuble corporel.
En raison de l’objet de la propriété intellectuelle, le législateur a aménagé un
système équilibré d’appropriation privée des créations dans le respect de
l’intérêt général ; ainsi s’explique notamment la limitation des droits de

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propriété intellectuelle dans le temps (sauf pour les marques qui s’opposent à la
propriété).
La création doit pouvoir être utilisée ou exploitée par tous au bout d’un certain
délai, elle tombe alors dans le domaine public ; par conséquent, la propriété
intellectuelle ne peut pas être assimilée à la propriété de droit commun, elle est
spéciale, mais la spécificité de la propriété intellectuelle apparait également en
étudiant ses sources.

IV. Sources de la propriété intellectuelle :

Nous allons examiner les sources de la propriété intellectuelle en respectant la


hiérarchie des normes, ainsi nous allons commencer par les textes qui sont au
sommet de la pyramide ; à savoir la constitution pour passer ensuite aux
conventions internationales ratifiées par Tunisie, enfin, nous étudierons les
sources législatives et réglementaires de la propriété intellectuelle.

A. La constitution :

La constitution de 2022 a consacré des dispositions relatives aux libertés


d’opinion, de publication, de pensée et d’expression (article 37) la liberté de
création culturelle (article 49).
Plus intéressante est la disposition est de l’article 29 – paragraphe 2ème selon
laquelle « La propriété intellectuelle est garantie ».

B. Les conventions internationales :

Quant aux conventions internationales ratifiées par la Tunisie, elles peuvent être
classées en fonction des institutions internationales qui les ont administrées. Ces
institutions sont de l’ordre de deux :
• L’organisation mondiale de la propriété intellectuelle : OMPI : l’une
des agences de l’organisation des nations unies.
• L’organisation mondiale du commerce : OMC.

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1. Conventions administrées par l’OMPI :

Cette institution est créée en 1967, c’est l’une des agences des nations unies et
elle a son siège à Genève. Elle regroupe aujourd’hui 184 Etats membres. Elle a
pour mission officielle : « De promouvoir la protection de la propriété
intellectuelle à travers le monde par la coopération des Etats ».
 La Tunisie a ratifié la convention de Stockholm instituant l’OMPI le 28
aout 1975. Cette institution administre des traités internationaux dont
deux d’entre eux sont sectoriels plusieurs fois révisés.
 Ainsi la convention de Paris de 1883 dite CUP (convention d’union de
Paris) porte sur la propriété industrielle. La Tunisie est devenue partie à
cette convention le 7 juillet 1884.
 La convention de Berne adoptée en 1886 toujours en vigueur pour la
protection des œuvres littéraires et artistiques : Elle pose un standard
minimum des droits d’auteur et des droits voisins que l’on appelle « Le
minimum de Berne ». La Tunisie a adhéré à cette convention le 5
décembre 1887.
 D’autres traités établissent une classification internationale commune
comme l’arrangement de Nice pour les marques datant de 1957. La
classification de Nice établie un catalogue de produits et services en 45
classes. La Tunisie est devenue partie à cet arrangement le 29 mai 1967.
 Des traités organisent enfin l’enregistrement international des titres de
propriété intellectuelle, c’est le cas de l’arrangement de Madrid et de son
protocole pour les marques auquel la Tunisie a adhéré en 1991, elle est
devenue partie au protocole de Madrid le 16 octobre 2013.

1. La convention administrée par l’OMC : les accord ADPIC :

Un accord du cycle d’Uruguay : aspect des droits de propriété intellectuelle qui


touche au commerce (ADPIC) et reproduit à l’annexe de l’accord de Marrakech
instituant l’organisation mondiale du commerce signé à Marrakech au Maroc le
15 avril 1994. La Tunisie a ratifié ces accords par une loi n° 95-6 du 23 janvier
1995, JORT n°9 du 31 janvier 1995, p. 271.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

(Article de Mme. Nabila MEZGHANI : « Les implications des accords ADPIC


sur le droit de la propriété intellectuelle dans les pays arabes du Maghreb »,
RJL : CEJJ, 1997, n°5, p. 41 et ss.).
Son objectif étant la protection et le respect des droits de propriété intellectuelle,
il tend à fortifier et harmoniser le droit de la propriété intellectuelle sur le plan
mondial. Cet accord s’étend à presque tous les droits de la propriété
intellectuelle.
Ensuite, cet accord fait basculer la propriété intellectuelle dans le monde du
commerce et même dans le monde du commerce international.
L’immersion dans l’économique bouscule spécialement les droits d’auteur et les
droits voisins auxquels une partie de l’accord est consacrée ; pour les pays
industrialisés, c’est un instrument de domination : « Vous avez le pétrole, nous
avons les idées ».
Ce traité s’impose aux Etats sous la menace de sanctions commerciales, c’est ce
qui fait sa force. L’accord contraint et oblige en effet les parties contractantes à
assurer une protection minimale de la propriété intellectuelle qui est la condition
pour bénéficier des avantages douaniers prévus par l’accord général sur les tarifs
douaniers et le commerce (les accords du GAT).

C. Les lois et les règlements :

On distingue entre :

1. Droits et règlements relatives à la propriété


industrielle :

- La loi n° 2000-84 du 24 aout 2000 relative aux brevets d’inventions.


- La loi n° 2001-36 du 17 avril 2001 relative à la protection des marques
de fabrique, de commerce et de service.
- La loi n° 2001-21 du 6 février 2001 relative à la protection des dessins
et modèles industriels.
- La loi n° 2001-20 du 6 février 2001 relatives à la protection des
schémas de configuration des circuits intégrés (puces électroniques,..).

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

- La loi n° 99-42 du 10 mai 1999 relative aux semences, plants et


obtention végétale telle que modifiée par la loi n° 2000-66 du 3 juillet
2000.
- La loi n° 2009-38 du 30 juin 2009 relative au système national de
normalisation (INORPI).
- La loi n° 99-57 du 28 juin 1999 relative aux appellations d’origine et
aux indications de provenance des produits agricoles.
- La loi n° 2007-68 du 27 décembre 2007 relative aux appellations
d’origine, aux indications géographiques et aux indications de
provenance des produits artisanaux.

2. Droits et règlements relatives à la propriété littéraire et artistique :

- La loi de 1994 n° 94-36 du 24 février 1994 précité :


Celle-ci a renforcé la protection des droits d’auteur par l’extension du
domaine de protection des œuvres de l’esprit (protection des œuvres
audiovisuelles, des logiciels, etc.) et par la prise en considération des
nouveaux moyens technologiques de diffusion de l’œuvre.
Voir L’article de Mme. Nabila MEZGHANI, « Les implications des accords
ADPIC sur le droit de la propriété intellectuelle dans les pays arabes du
Maghreb », RJL, mai 1997, p. 41 et ss.
Cependant, la loi du 24 février 1994 a été modifiée et complétée par la loi n°
2009-33 du 23 juin 2009 qui a ajouté notamment un chapitre relatif aux droits
voisins.
Au titre des textes d’applications de la loi du 24 février 1994, on peut citer un
décret n° 2013-2860 du 1er juillet 2013 relatif à la création de l’organisme
tunisien des droits d’auteur et des droits voisins et fixant son organisation
administrative et financière et ses modalités de fonctionnement.
 En France : code de propriété intellectuelle : une codification de tout le
droit.

Les différences existantes entre les sources relatives à la propriété littéraire et


artistique et celles qui concernent la propriété industrielle justifient l’étude de la
propriété intellectuelle en s’appuyant sur la Summa Divisio historique.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Ainsi, une première partie sera consacrée à la propriété littéraire et artistique


(1ère partie) et une deuxième partie sera réservée à la propriété industrielle (2ème
partie).

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Partie première : La propriété littéraire et artistique

La propriété littéraire et artistique comprend le droit d’auteur et les droits voisins


du droit d’auteur :

• Le droit d’auteur a pour objet des œuvres de l’esprit ; par exemple des
œuvres littéraires, des œuvres musicales, cinématographiques,
artistiques ou photographique. Il en assure la protection grâce aux
droits patrimoniaux et moraux reconnus à l’auteur.
• Des droits analogues, similaires ont notamment été reconnus aux
artistes interprètes des œuvres, on les nomme droits voisins du droit
d’auteur : Voir l’article d’Henri DESBOIS, « Les droits dits voisins du
droit d’auteur », m »langes offerts à René SAVATIER, Dalloz, Paris,
1965, p. 249 et ss
➔ ceux-ci désignent selon l’article 47bis – paragraphe 1er de la loi du
24 février 1994 « [..] les droits dont jouissent les artistes interprètes
ou exécutants, les producteurs de supports audios ou audiovisuels et
les Organismes de radio et de télévision [..] ».

La composition bipartite de la propriété littéraire et artistique, un premier titre


sera consacré au droit d’auteur (Titre 1er) tandis qu’un titre deuxième portera
sur les droits voisins du droit d’auteur (Titre 2ème).

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Titre premier : Le droit d’auteur

Chapitre premier : Les œuvres protégées

Sujet d’étude : l’article 1er de la loi du 24 février 19941.


- Voir : Thèse : CHERPILLOD, L’objet du droit d’auteur, CEDIDAC,
Lausanne, 1985.
- GAUDRAT, « réflexion sur la forme des œuvres de l’esprit »,
mélanges FRANCON, 1995, p. 195.

Le droit d’auteur porte sur des œuvres de l’esprit, celle-ci constitue par
conséquent l’objet du droit d’auteur.
C’est ainsi que l’article premier de la loi du 24 février 1994 précitée s’est
intéressé aux œuvres investies du droit d’auteur, l’article 1er susvisé comprend 3
alinéas :
• 1er alinéa : il a déterminé un critère permettant de discerner les œuvres
qui donnent prise au droit de propriété littéraire et artistique ; à savoir,
l’originalité.
Il a par ailleurs imposé de procéder à l’élimination de considérations
qui ne doivent pas entrer en ligne de compte dans la détermination des
œuvres investies du droit d’auteur. Il ne faut porter aucune exclusion
en raison du genre auquel l’œuvre appartient ; càd genre littéraire,
scientifique, artistique, une pièce de théâtre protégée comme un
manuel scolaire ou un roman, une composition musicale, etc.
Il faut de même faire abstraction de la forme d’expression (œuvre
écrite ou orale comme les conférences).
Enfin, il importe au moment de décider si une œuvre est ou non
investie des droits d’auteur de ne pas se soucier du mérite (la valeur de
l’œuvre) et de la destination.
Originalité = touche et empreinte de la personne = aspect subjectif
 Une question qui a connu un développement : aspect objectif (la question
des logiciel).

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

• 2ème alinéa : il a procédé par voie d’illustration, d’exemple, en donnant


une liste non-exhaustive d’œuvres protégées « Parmi .. ».
Parmi ces œuvres, on trouve celles qui sont écrites ou imprimées telles
que les livres ou brochures.
Font partie également de cette liste les tapisseries et les objets créés
par les métiers artistiques et les arts appliqués ainsi que les œuvres
inspirées du folklore.
Enfin, les logiciels et les œuvres numériques (exemple : les bases de
données) comptent parmi les œuvres concernées par le droit d’auteur.
• 3ème alinéa : a exclu de la protection au titre du droit d’auteur les idées,
les procédures, les méthodes de fonctionnement ou concepts
mathématiques entant que tel.
De même, il a éliminé les textes officiels d’ordre législatif,
administratif ou judiciaire ainsi que les nouvelles du jour ou les faits
divers qui ont le caractère de simples informations de presse.

Ainsi, l’alinéa 1er de l’article 1er précité détermine les caractéristiques des
œuvres protégeables. Toutefois, il est de bonne méthode avant d’analyser ces
caractéristiques (Section 2ème), de tenter de cerner la notion d’œuvre de l’esprit
(Section 1ère).

Section 1ère : La notion d’œuvre de l’esprit :

Le législateur n’a pas défini l’œuvre de l’esprit, la doctrine trouve qu’elle est
une notion imprécise voir fuyante, toutefois, elle mérite d’être définie ne serait-
ce que pour englober la notion d’invention industrielle. C’est ainsi que l’œuvre
de l’esprit désigne selon certains auteurs le résultat formel d’une création
intellectuelle par un auteur (V. POLLAUD-DELIAN, Le droit d’auteur,
Economica, Paris, 2005, n° 104).
Traditionnellement, la doctrine définit l’œuvre comme une création de forme
(Paragraphe 1er), ce qui la distingue des idées, des méthodes intellectuelles, des
inventions ou des découvertes notamment (Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : l’œuvre de l’esprit : une création de forme :

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

L’œuvre s’adresse à la sensibilité et à l’intelligence de l’Homme, elle se traduit


donc nécessairement par une forme sensible ; elle s’exprime dans un langage
peu importe que ce langage soit immédiatement intelligible ou codé comme
dans le cas d’un logiciel, d’une partition musicale ou d’une œuvre écrite en
braille par exemple.
Cette forme peut avoir fait l’objet d’une fixation sur un support matériel ou être
demeurée immatérielle. L’œuvre peut avoir reçu par exemple une forme
purement orale tel que les conférences.

Distinction essentielle entre l’œuvre de l’esprit (le support) et le droit d’auteur

Mais quand on parle de l’exigence d’une création de forme, on veut surtout dire
que le droit d’auteur ne protège les œuvres que dans la mesure où leur originalité
se situe dans leur forme et que ce n’est pas dans le fond qu’il faut la rechercher.
Pour FICHTE, chacun peut, par un travail de lecture et de compréhension que
rend possible l’achat du livre meuble corporel, s’approprier les idées ou les
découvrir par lui-même. En revanche, nul ne peut s’approprier la forme dans
laquelle l’auteur a exprimé ses idées, forme qui lui est propre et personnelle.

Paragraphe 2ème : L’exclusion de la protection des idées et des objets


purement techniques ou utilitaires :

On traitera successivement de l’exclusion de la protection des idées (A), puis de


l’exclusion des objets purement techniques ou utilitaires (B).

A. L’exclusion de la protection des idées :

Les idées sont de libres parcours.


« La protection au titre du droit d’auteur s’étend aux expressions et ne couvre
pas :
- Les idées, procédures, méthodes de fonctionnement ou concepts
mathématiques, en tant que tels ;

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

- Les textes officiels d’ordre législatif, administratif ou judiciaire et leurs


traductions officielles.
- Les nouvelles du jour ou les faits divers qui ont le caractère de simples
informations de presse ».
Le droit d’auteur protège la forme et non les idées ; d’ailleurs, l’article 1er alinéa
3 de la loi de 1994 a limité le champ de la protection au titre du droit d’auteur
aux « expressions » et on a exclu les idées, procédures, méthodes de
fonctionnement ou concepts mathématiques en tant que tel, ne relève pas non
plus du champ de la protection les nouvelles du jour ou les faits divers qui ont le
caractère de simples informations de presse.
Les idées ne sont pas appropriables du tout et constituent le fond commun qui
est ouvert à tous et participe du domaine public, le droit du public à
l’information, le droit à l’éducation et la liberté de création font obstacle à ce
que des informations ou des évènements publics ou encore des découvertes ou
des faits historiques soit l’objet d’un monopole.
De même, les principes et théories scientifiques ne sont pas appropriables afin
qu’ils puissent nourrir d’autres recherches scientifiques ou être répandu dans des
ouvrages d’enseignement ou de vulgarisation, mais aussi être mise en œuvre
dans l’industrie.
Seule la forme dans laquelle l’idée est exprimée ou dans laquelle les
informations sont présentées est susceptible de protection. Par exemple, un
auteur ne peut pas prétendre accaparer un style ou un genre artistique
(impressionnisme ou cubisme de Picasso), mais il peut obtenir un droit exclusif
sur l’œuvre particulière dans laquelle il a mis en application ce style ou ce genre
d’une façon originale (le naturalisme de Zola) ➔ l’œuvre est protégée mais
l’idée et le style ne le sont pas.
C’est ainsi que la jurisprudence française a admis que « Christo » avait un droit
d’auteur sur l’emballage artistique qu’il avait fait du « Pont 9 » à Toulouse, mais
elle a refusé de lui accorder un monopole sur le genre artistique que constitue
l’emballage artistique de monuments en général ; ce qui veut dire qu’un autre
artiste peut donc librement emballer à son tour d’autres monuments.
DEBOIS exprime ce principe fondamental dans une formule devenue célèbre :
« Les idées sont de libre parcours » : chacun doit pourvoir reprendre librement
les idées ou les situations ou encore les thèmes pour en donner sa propre vision
dans une forme différente et personnelle, la solution contraire stériliserait toute
création.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Par ailleurs, même si les idées ne sont pas protégées par le droit d’auteur ni par
un autre droit de propriété intellectuelle, cela ne signifie pas que l’on puisse les
reprendre systématiquement en toutes circonstances.
En effet, les modalités de la reprise des idées d’autrui peuvent être parfois
critiquées et sanctionnées sur le fondement de la responsabilité civile et plus
particulièrement au titre de la concurrence déloyale.
Il en va ainsi lorsque des circonstances particulières obligent la personne à
laquelle on a confié une idée à ne pas la révéler à autrui.
 Ce n’est pas alors un droit privatif que l’on invoque, mais le caractère
fautif ou déloyal de la transmission et de la reprise de l’idée ; c’est le cas
par exemple si une société d’édition musicale à laquelle un auteur a
proposé une chanson en vue de la faire éditer refuse cette chanson et en
communique ensuite l’idée à d’autres auteurs qui composent une autre
chanson sur ce même thème. En révélant cette idée, la société d’édition a
commis une faute et causé à l’auteur un préjudice consistant dans
l’impossibilité d’exploiter utilement sa propre œuvre.

B. L’exclusion des objets purement techniques ou utilitaires :

Puisqu’il s’agit de couvrir des créations de forme, le droit d’auteur ne peut servir
à protéger des objets purement utilitaires des formes essentiellement
techniques. Il en va de même du droit des dessins et modèles qui, pour être
destiné à défendre les créations des arts appliqués, ne doit pas être détourné de
sa vocation pour approprier des formes techniques.
L’objet à caractère technique relève pour sa protection du seul droit des brevets
pour autant qu’il remplisse des conditions de brevetabilité ou bien du secret.
Réciproquement, le droit des brevets est radicalement inapplicable aux créations
qui relèvent du droit d’auteur et qui n’ont pas de fonction technique.
L’article 2 de la loi n° 2000-84 du 24 aout 2000 relative aux brevets d’invention
ne considère pas comme invention les : « Les créations purement
ornementales ».
L’invention est définie habituellement comme la réponse technique apportée à
un problème technique par des moyens eux-mêmes techniques. De prime abord,
le domaine respectif des différents droits de propriété intellectuelle semble bien
délimité. Au droit d’auteur revient la protection des créations de forme, et parmi
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Siwar Ben Rezgui – M2 Droit des Affaires – Droit de l’Entreprise
DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

celles-ci, sous condition de dépôt, les créations des arts appliquées peuvent
bénéficier en outre du droit des dessins et modèles (charnière entre les deux
aspects artistique et industriel).
En réalité, les choses sont plus compliquées, d’une part, le législateur a introduit
un objet de caractère technique parmi les œuvres de l’esprit ; à savoir le logiciel
(article 1er + article 43 et ss. de la loi de 1994) ➔ protégé par le droit d’auteur.
D’autre part, il arrive fréquemment qu’un même objet comporte simultanément
une création de forme, càd un aspect ornemental (décoratif ou esthétique) et un
aspect technique, une fonction technique ou utilitaire. Or, les deux types de
protections juridiques le droit des brevets et le droit d’auteur sont très différents
quant à leur fondement, leur condition d’octroi, leur durée et leur étendu ; en
d’autres termes, les deux droits ne sont nullement interchangeables ni
équivalents.
Ainsi, l’œuvre de l’esprit est une création de forme, ce qui la distingue des idées,
des méthodes intellectuelles, des inventions ou des découvertes notamment.
Il convient de voir maintenant les caractéristiques des œuvres protégeables.

Section 2ème : Les caractéristiques des œuvres protégeables :

L’alinéa 1er de l’article 1er de la loi du 24 février 1994 dispose que :


« Le droit d'auteur couvre toute œuvre originale littéraire, scientifique ou
artistique quelqu' en soit la valeur, la destination, le mode ou la forme
d'expression, ainsi que sur le titre de l’œuvre. Il s'exerce aussi bien sur l’œuvre
dans sa forme originale que sur la forme dérivée de l'original ».
Ainsi, le législateur délimite les œuvres qui donnent prise au droit d’auteur en
exigeant la condition d’originalité tout en appelant à faire abstraction de
certaines considérations, à savoir le genre, la valeur, le mode ou la forme
d’expression.
Par conséquent, la détermination des œuvres susceptibles d’être investies du
droit d’auteur nécessite l’examen de la condition d’originalité (Paragraphe
2ème) et les caractéristiques indifférentes prévues par l’article précité
(Paragraphe 1er).

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Paragraphe 1er : Les caractéristiques indifférentes des œuvres


protégeables :

Le législateur a prévu des considérations qui ne doivent pas entrer en ligne de


compte dans la détermination des œuvres investies du droit d’auteur. Ces
considérations seront étudiées successivement ; il s’agit du genre (A), de la
valeur (B), de la destination (C) et de la forme d’expression (D).

Forme originale ≠ forme originelle

A. L’indifférence du genre :

Les œuvres qui peuvent donner prise aux droits d’auteur sont littéraires,
scientifiques ou artistiques, peu importe le genre auquel appartient l’œuvre à
partir du moment où la faveur du législateur n’est pas réservée à une catégorie
bien déterminée.
La distinction entre les œuvres littéraires (exemple : un roman), scientifiques et
artistiques est discutable ; d’abord, parce que les œuvres aussi bien littéraires
que scientifiques communiquent par le vêtement des mots. Ensuite, la catégorie
des œuvres artistiques regroupe des œuvres de natures bien différentes
puisqu’on trouve par exemple les œuvres audiovisuelles et les œuvres d’art
plastique (les sculptures, les dessins d’ornement et les dessins et modèles).
Le qualificatif artistique est d’ailleurs lui-même équivoque (ambigu) en raison
de l’interprétation extensive à laquelle il se prête qui permettrai à la limite
d’englober toutes les œuvres de l’esprit.
Enfin, il y a des chevauchements (regroupements) entre les catégories comme le
montre les œuvres audiovisuelles ou celui des œuvres numériques.
La liste des œuvres sur lesquelles porte le droit d’auteur n’est pas limitative. On
peut classer ces œuvres en 3 catégories :
• Les œuvres qui figurent habituellement dans la détermination de
l’objet du droit d’auteur.
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• Celles qui relèvent du contexte traditionnel tunisien, par exemple : les


œuvres inspirées du folklore.
• Celles qui nouvellement prévues résulte de l’évolution de la
technologie moderne.

 Cette classification : article Nabila Mezghani, « Tunisie : une nouvelle loi


relative à la propriété littéraire et artistique », Bulletin du droit d’auteur
volume 29 n° 3, juillet-septembre 1995, Unesco, p. 31 et ss.

Concernant les œuvres qui figurent habituellement dans la détermination de


l’objet du droit d’auteur, on peut citer :
• Celles qui sont écrites ou imprimées telles que les livres, brochures,
relèvent également de cette catégorie les œuvres dramatiques, les
compositions musicales et les œuvres de dessin, de peinture et de
sculpture.
• Celles qui font partie du contexte traditionnel tunisien : on peut citer :
« les tapisseries et les objets crées par les métiers artistiques et les arts
appliqués, aussi bien les croquis ou modèles que l'œuvre elle-même ».
L’art. 1er – al.2 de la loi de 1994 considère les œuvres inspirées du
folklore parmi celles qui sont concernées par le droit d’auteur. La loi
précitée a prévu dans son art. 7 un régime de protection du folklore
national ainsi que les œuvres inspirées de ce folklore.
• Celles nouvelles : il s’agit des œuvres audiovisuelles, des logiciels et
des œuvres numériques : des dispositions spécifiques comprises dans
le chapitre 6 de la loi de 1994 sont relatives aux œuvres audiovisuelles.
De même, le législateur a consacré le chapitre 7 de la même loi aux
logiciels.
L’article 1er de la loi mentionne les logiciels comme œuvres protégées
par le droit d’auteur sans que le mot « logiciel » a été défini ; il est
généralement admis qu’il présente une signification plus large que ce
que l’on entend par « programmes d’ordinateurs ».

 La liste prévue dans l’al. 2 de l’art. 1er de la loi de 1994 étant précédée par
l’expression « parmi » elle n’est pas limitative.
 Il est donc indifférent que l’œuvre ne puisse être rattachée à l’un des cas
énumérés par l’al. 2 de l’art. 1er précité.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Peuvent ainsi accéder au bénéfice de la protection les mises en scène de


spectacles vivants.
Le caractère indicatif de la liste résulte d’un jugement du tribunal de 1ère
instance de Tunis n° 28094 rendus le 10 janvier 1995 ; d’après les faits de
l’espèce, un artiste peintre a cédé un de ses tableaux qui a été à son tour
cédé encore une fois par l’acheteur à une société d’édition qui, sans avoir
obtenu l’autorisation (préalable), a reproduit le tableau en question sur la
couverture d’un livre qu’elle a édité pour son propre compte sans
mentionner ni le nom ni la signature du peintre. C’est ainsi que celui-ci a
assigné en justice la société d’édition et l’acheteur.
Son action a été fondée d’une part sur l’inobservation des dispositions de
l’art. 3 de la loi de 1994 notamment celle relative à l’obtention d’une
autorisation du titulaire de l’œuvre et d’autre part sur les dispositions de
l’art. 23 de la même loi.
L’artiste peintre a demandé notamment au tribunal l’engagement de la
responsabilité solidaire de la société d’édition et de l’acheteur pour la
réparation du préjudice subi et la confiscation et la destruction des copies
du livre.
Quant aux défenderesses (la société), elles ont prétendu que la loi relative
à la propriété littéraire et artistique visera les œuvres exécutées en
peinture, à l’acide nitrique ou sur bois ; alors que le tableau en question
est exécuté sur papier simple.
Toutefois, le tribunal a donnée gain de cause au demandeur, il semble
qu’il n’a pas fait sienne l’interprétation avancée par les défenderesses des
dispositions de l’art. 1er de la loi de 1994 précitée.
En effet, parmi les œuvres protégées, l’art. 1er susvisé cite celles exécutées
en peinture, dessin, gravure, à l’acide nitrique ou sur bois et autres œuvres
du même genre. Il semble que le tribunal a considéré que les termes
« acide nitrique ou sur bois » se rapportent aux gravures.
La décision prise par le tribunal laisse penser que l’énumération faite par
l’al. 2 a un caractère indicatif comme le montre les termes « et autres
œuvres du même genre ».

 Certaines catégories d’œuvres sont régies par des dispositions spécifiques,


ainsi le chapitre 6 de la loi de 1994 est relatif aux œuvres
cinématographiques et audiovisuelles.
 De même, le législateur a réservé le chapitre 7 de la même loi aux
logiciels.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

 Ces régimes spécifiques ne remettent pas en cause l’indifférence du genre


mais ils obligent à raisonner par catégorie pour tracer les frontières qui se
révèlent parfois incertaines.

B. L’indifférence de la valeur :

L’art. 1er de la loi de 1994 impose de ne pas tenir compte dans la détermination
des œuvres investies du droit d’auteur de la « valeur de l’œuvre » ; autrement
dit, le juge doit s’interdire de procéder à toute appréciation portant sur le mérite
de la création. Cette interdiction vaut d’abord pour l’opinion formulée sur la
valeur esthétique de l’œuvre. Sous cet aspect, elle se justifie facilement, il n’y
aurait eu aucune sécurité juridique si l’on devait fait dépendre l’application de la
loi du bon vouloir d’un juge érigé en critique.

Nabila Mezghani, « Panorama jurisprudentiel relatif au droit d’auteur au bout


des Cinque dernière décennies : 50 ans de jurisprudence civile », 1959-2009, éd.
C.P.U., Tunis, 2010, p. 105 et ss.

De façon générale, l’art. 1er exclu tout jugement de valeur sur le contenu de
l’œuvre. Ainsi, la protection légale ne pourra être refusée sur la base de
considérations d’ordre moral naturellement étrangère au droit d’auteur lequel
doit subsister même en cas de censure.
Pas d’avantage il ne devrai être tenu compte de la banalité ou du caractère
contestable des thèses développées dans un ouvrage ce qui va généralement de
soi puisque le monopole ne porte pas sur les idées.

C. L’indifférence de la forme d’expression :

D’après l’art. 1er de la loi de 1994, il faut faire abstraction du mode ou de la


forme d’expression. Pour DESBOID, la forme d’expression d’entend de la
manière dont les créations sont communiquées au public ; ce qui inclut la forme
écrite comme la forme orale.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

L’art. 1er al. 2 de la loi de 1994 cite « Les œuvres exprimées oralement, telles que
les conférences, allocutions et autres œuvres similaires ».
Vu le caractère indicatif des œuvres orales, celles-ci peuvent englober les
plaidoiries, les serments comme c’est le cas en droit français.
La forme d’expression peut également s’entendre dans un sens différent
permettant par exemple d’opposer les compositions musicales avec ou sans
paroles et dans le domaine des arts plastiques le dessin, la peinture, la sculpture.

D. L’indifférence de la destination :

En principe, la destination de l’œuvre est indifférente, mais il y est des cas où le


législateur écarte ce principe et tient compte de la destination de l’œuvre pour
restreindre la protection.

1. Le principe : théorie de l’unité de l’art :

L’art. 1er de la loi de 1994 interdit au juge de se fonder sur la destination de


l’œuvre pour décider du principe et de l’étendu de sa protection par le droit
d’auteur.
Peu importe à quoi sert l’œuvre, à quoi celui qui l’a créé, qu’il a commandé ou
qu’il exploite la destine, dès lors qu’il s’agit d’une œuvre originale, on ne peut
restreindre ou écarter sa protection au motif qu’elle a une destination particulière
jugée moins noble que « L’art pour l’art » ou que cette œuvre est destinée à
s’insérer dans un évènement public.
Par exemple : un jeu de lumière original associé à un feu d’artifice destinée à
mettre en valeur une tour peut constituer une œuvre protégée peu importe que
cette œuvre soit destinée à la célébration publique d’un anniversaire de ce
monument.
L’exclusion du critère tiré de la destination du caractère artistique ou esthétique
ou de l’affectation de l’œuvre correspond à la volonté affirmée de ne pas
réserver la protection au seul œuvre d’art pur.
Au contraire, le droit d’auteur couvre toutes les œuvres y compris les œuvres des
arts appliqués à l’industrie ou encore les logiciels, le dessin destiné à orner du

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

papier peint décoré où la forme originale est arbitraire donnée à un objet


utilitaire pour le rendre plus attractif seront protégées aussi bien que le tableau
de maître ou la sculpture.
D’une part, il est difficile en pratique d’opérer une discrimination objective et
indiscutable entre art pur et art appliqué.
D’autre part, une telle discrimination est injuste car l’auteur sui créé pour
l’industrie pour mettre en valeur des produits industriels n’en est pas moins un
créateur.
Ainsi, le droit d’’auteur a adopté le principe de l’unité de l’art selon lequel il faut
traiter de façon identique au regard du droit de la propriété littéraire et artistique
les créations relevant de l’art pur et celles qui font partie des arts appliqués.

2. Les limites :

Il arrive que le législateur écarte le principe et tient le compte de la destination


de l’œuvre pour restreindre la protection ; c’est le cas des textes officiels et des
formes fonctionnelles.

a. Les textes officiels :

L’art. 1er al.3 de la loi de 1994 exclu « Les textes officiels d’ordre législatif,
administratif ou judiciaire et leurs traductions officielles » du champ de la
protection par le droit d’auteur.
DESBOIS trouve l’exclusion comme une dérogation au principe de
l’indifférence de la destination, il justifie cette exclusion par l’idée que « toute
entrave qui serait mise à leur diffusion contrarierai le destin des dispositions qui
y sont contenues ». Pour lui, l’exclusion est en quelque sorte le corolaire
(conséquence) de la règle « Nul n’est censé ignorer la loi ».
L’explication est peut être un peu courte pour les décisions judiciaires qui ne
sont pas visées par la règle de l’art. 545 du C.O.C.
Au-delà des lois, règlements et décisions judiciaires qui sont directement visés
par l’exclusion, peut-on admettre que celles-ci s’appliquent à toutes les œuvres
comportant des dispositions ayant « valeur normative ».

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

A ce sujet, on trouve deux interprétations, une extensive et l’autre restrictive :

- En faveur de la première approche, on invoquera le droit du public


essentiel en démocratie, le droit du public d’accéder aux informations
contenues dans tous les textes officiels.
- En faveur de l’approche étroite, on fera valoir qu’il s’agit d’une
exception au principe posé par l’al. 1er de l’art. 1er de la loi de 1994 qui
doit donner lieu à interprétation stricte.

Dans la première approche, on est porté à étendre l’exclusion à tous les rapports
officiels ce que parait admettre la loi espagnole refendue de 1996 sur le droit
d’auteur en visant de manière générale dans son art. 13 : « Les actes, les
décisions, les délibérations et les rapports des organismes publics ».

Dans la seconde, le droit d’auteur ne devrait être écarté que pour les lois et
règlements.

 S’agissant d’une exception qui doit être interprétée d’une façon stricte,
nous trouvons la deuxième interprétation plus convaincante que la
première, ce qui fait que le domaine de l’exclusion se limiterai aux lois,
règlements et décisions judiciaires.

b. Les formes fonctionnelles :

La forme dans laquelle doit s’incarner l’œuvre de l’esprit ne lui permet pas
d’accéder à la protection du droit d’auteur si elle est purement fonctionnelle.
L’exclusion peut prendre appui sur l’exigence d’originalité qui, quelque soit
l’approche retenue, implique une part d’arbitraire. Elle correspond aussi à une
politique législative qui vise à articuler de manière cohérente entre eux les
différents droits de propriété intellectuelle, ici le brevet et le droit d’auteur.
Selon l’art. 2 al. 2 de la loi n° 2001-21 du 6 février 2001 relative à la protection
des dessins et modèles industriels : « [..] si le même objet a été considéré à la
fois comme un dessin ou un modèle industriel nouveau et comme une invention

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

brevetable, et si les éléments constitutifs de la nouveauté du dessin ou du modèle


sont inséparables de ceux de l’invention, le dit objet ne peut être protégé que
conformément aux dispositions de la loi sur les brevets d’invention ».
D’après ce texte, il existe des cas dans lesquels le statut des brevets prend la
place tant du régime des droits d’auteur que de la législation des modèles et
dessins industriels. Pour déterminer ces cas, les tribunaux ont dans chaque
espèce à rechercher si la forme a une raison d’être utilitaire ou non.
La [Link]. qui remet aux juridictions du fond le soin de discerner quelle est la
destination de la forme nouvelle, a à plusieurs reprises affirmé qu’ « une
création de forme n’été protégeable comme telle que si elle été indépendante de
l’obtention d’un résultat industriel ».
Ainsi, si la forme a été appropriée non à l’ornementation (décoration) et à
l’agrément mais à l’usage pratique, c’est la loi du 24 aout 2000 relative aux
brevets d’inventions qui doit être appliquée.
Exemple : la pince enfermée dans une boite de produits pharmaceutiques est
dont le dessin a été imaginé pour faciliter le retrait des cachets ne peut pas être
protégée par les lois du 24 février 1994 ou du 6 février 2001 précité ; car la
forme est commandée par l’usage auquel elle est destinée.

Paragraphe 2 : La condition d’originalité :

L’art. 1er de la loi de 1994 précité exige l’originalité de l’œuvre pour que celle-ci
soit investi du droit d’auteur. La doctrine considère l’originalité comme la seule
condition de protection des droits d’auteur sur cette œuvre voire « La pierre de
touche des droits d’auteur », cette expression est empruntée à DESBOIS.
Malgré son importance, l’originalité n’est pas définie par le législateur. A cette
première difficulté se sont ajoutés deux obstacles :
• premier est relatif à l’approche qui doit être retenue pour appréhender
la notion de l’originalité. En effet, l’extension continue du champ
d’application du droit d’auteur en direction des œuvres utilitaires (les
logiciels) a fait apparaitre les limites d’une approche subjective de
l’originalité. Certains auteurs relèvent que l’originalité est en voie
d’objectivation et souligne sa flexibilité.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

• Le deuxième obstacle vient du fait que le droit d’auteur protège au-


delà des œuvres premières (originaires) des œuvres dérivées, ce qui
fait apparaitre le caractère relatif de l’originalité.

A. Le caractère flexible de l’originalité :

En l’absence de définition légale de l’originalité, la jurisprudence et la doctrine


en ont adopté une approche subjective, mais celle-ci a montré ses limites qui
sont traduites par l’évolution de l’originalité vers une approche moins
subjective.

1. L’approche subjective de l’originalité

Voir l’article de LUCAS (A.) et SIRINELLI (P.), « L’originalité en droits


d’auteur », jurisclasseur, la semaine juridique, éd. G., 1993, volume 1, 3681.
Voir l’article de Nabila MEZGHANI, « Panorama jurisprudentielle relatif aux
droits d’auteur au cours des 5 dernières décennies », in 50 ans de jurisprudence,
Tunis, 2009.
Le législateur exige l’originalité de l’œuvre sans pour autant la définir.
Ainsi, on peut recourir à la jurisprudence pour essayer de dégager une définition.
Sous l’empire de la loi du 14 février 1966, le tribunal de 1 ère instance de Tunis a
rendu le 29 décembre 1975 une décision pouvant contribuer à éclairer la notion
d’originalité. D’après les faits de l’espèce, une demanderesse se prévalait d’un
contrat qu’elle aurait passé avec les héritiers du poète Abu al Kacem al Chabbi
pour publier un recueil de poèmes « Les chansons de la vie », elle prétendait
s’être chargée de la vérification du texte initial des poèmes et de la recherche de
leurs dates ; ce qui selon s’est dire lui aurait conféré le droit d’auteur sur le
recueil précité. A ce titre, elle demanda la destruction des exemplaires d’un livre
publié par la société tunisienne de distribution intitulée « Abu el Kacem al
Chabbi, sa vie, ses poèmes » qui reprend la majorité des poèmes contenues dans
les chansons de la vie et dont l’auteur est Mohammed Kerrou.
Mais le tribunal a débouté (rejeté) la demanderesse et la dénié la qualité d’auteur
parce que la recherche de la date des poèmes et des circonstances de leurs

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

créations ne pouvait pas être assimilée à une création personnelle (originale) qui
donne lieu à l’octroi du droit d’auteur.
Ainsi, la décision précitée a donné à l’originalité une définition négative.
Dans une autre affaire, les juges tunisiens ont eu à se prononcer sur la notion
d’originalité mais cette fois-ci à propos d’un interview. D’après les faits de
l’espèce, une journaliste a pris l’habitude de publier des articles dans une revue
dont le propriétaire est N.B. dans son numéro paru le 19 mai 1999, la journaliste
a publié une interview avec une militante palestinienne ; par la suite, la
journaliste s’est aperçue que le propriétaire de la revue a procédé à la
publication de la même interview à une autre revue en son nom personnel et ce
sans même obtenir une autorisation de la journaliste. Sur ce, la journaliste a
intenté une action en justice pour violation de son droit d’auteur sur la base de
l’article 8 (droit moral) de la loi du 24 février 1994 afin de réclamer la
réparation du préjudice qu’elle aurait subi.
Mais la cour a débouté la journaliste puisqu’elle a estimé que « poser des
questions et reproduire les réponses lors d’une interview ne peut constituer une
œuvre originale au sens de l’article 1er de la loi du 24 février 1994. La
journaliste ne peut se prévaloir des dispositions de l’article 8 de la loi précitée
qui ne saurait s’appliquer à une œuvre dont l’originalité fait défaut ».
Toutefois, dans cet arrêt, la cour n’a pas non plus défini l’originalité puisqu’elle
s’est contentée de la dénier à l’interview en question.
C’est dans un arrêt de la cour d’appel de Tunis en date du 12 février 1997 qu’on
trouve pour la première fois une définition de l’originalité. Selon les faits de
l’espèce, Mr. SLAMA est l’auteur d’un livre intitulé Football : Les règles du jeu
et l’art de l’arbitrage, il s’est rendu compte que le journal hebdomadaire « al
osboua al mousawar » a sciemment publié et reproduit intégralement plusieurs
passages du livre en question dans plus de 56 numéros de ce journal, et ce sans
avoir obtenu l’autorisation de l’auteur ni même mentionné le titre du livre et le
nom de son auteur. L’auteur a assigné le journal en justice réclamant la
réparation de son préjudice moral et matériel subi.
Le tribunal de 1ère instance de Tunis lui a donné gain de cause mais le journal a
interjeté appel par son représentant légal à l’encontre de la décision de la
juridiction du 1er degré. L’appelant a estimé que Mr. SLAMA ne pourrait se
prévaloir d’un quelconque droit d’auteur sur le livre litigieux parce qu’il ne
présente aucun caractère original. L’appelant trouve que l’auteur n’a fait que
reproduire un ensemble de règles juridiques établies par la FIFA.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Avant d’apprécier l’originalité du livre en question, la cour d’appel de Tunis a


rappelé la définition subjective de l’originalité qui implique « l’idée selon
laquelle l’œuvre doit, d’une part, renfermer l’empreinte de la personnalité de
l’auteur et relever, d’autre part, de la propre création ».
Cette définition a conduit la cour à écarter du champ de protection les règles du
jeu présentées par l’auteur car elles ne relèvent pas de sa propre création.
En revanche, elle a reconnu l’originalité des parties historiques et scientifiques
du livre. Cette originalité qui reflète la personnalité de l’auteur, apparait à travers
la particularité de son style littéraire et la démarche adoptée pour présenter
l’information qui a pris la forme de question-réponse.
Copyright (conception objective = nouveauté, intériorité) ≠ droits d’auteur
français (conception subjective).
Ainsi, la cour d’appel de Tunis a, dans l’arrêt précité, adopté une définition
subjective de l’originalité. En effet, selon cette définition, l’originalité s’entend
de l’empreinte de la personnalité de l’auteur ou encore le reflet de la
personnalité de l’auteur sur son œuvre. Force est de constater que toutes les
expressions utilisées pour définir l’originalité mettent l’accent sur le lien établi
entre l’auteur et son œuvre qui en est le prolongement.
Grâce à la définition subjective, l’originalité se distingue de la nouveauté qui
trouve son domaine d’élection dans le droit de la propriété industrielle,
l’antériorité dont on dit dans le vocabulaire de la propriété industrielle qu’elle
détruit la nouveauté n’exclue pas forcément l’originalité.
DESBOIS prend l’exemple devenu célèbre de deux peintres qui sans être
concertés et se promettre un mutuel appui, fixent l’un après l’autre sur leurs
toiles le même cite dans la même perspective et sous le même éclairage. Le
second tableau, dit-il : « ne sera pas nouveau mais il sera original dès lors que
les deux peintres ont déployé une activité créatrice l’un comme l’autre en
traitant, indépendamment l’un de l’autre, le même sujet ».
Par ailleurs, l’originalité au sens subjectif ne peut pas se déduire d’avantage du
fait que l’œuvre n’a pas été copiée même si cette circonstance est un indice
décisif, car il reste à établir la marque de la personnalité de l’auteur ; il en va
autrement dans les systèmes de Copyright où l’originalité s’entend d’abord et
avant tout de l’absence de copie même si l’on relève quelque peu le seuil de
l’exigence en ajoutant que l’œuvre doit révéler un minimum d’effort intellectuel.
Le titre de l’œuvre comme l’œuvre elle-même peut être protégé par le droit
d’auteur s’il est original. En effet, l’art. 1er – al. 1er de la loi de 1994 dispose que

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

« Le droit d’auteur couvre toute œuvre originale [..] ainsi que sur le titre de
l’œuvre ».
Effectivement, le titre d’une œuvre peut être protégé par le droit d’auteur en tant
qu’œuvre de l’esprit à condition que ce titre soit original ; càd qu’il exprime la
personnalité de son auteur, l’originalité du titre doit s’apprécier au jour de la
création de ce titre et non au jour où le juge statue, car un titre qui été original
initialement peut devenir ensuite une expression du langage courant, notamment
en raison du succès de l’

2. L’évolution de l’originalité vers une approche moins subjective :

Le champ d’application du droit d’auteur a connu une extension considérable


puisqu’il a intégré notamment les logiciels et les bases de données. Or, les
logiciels qui constituent des créations intellectuelles irréductibles aux catégories
connues non pas pour vocation de transmettre des sentiments ou des
informations à d’autres humains, mais seulement de permettre l’utilisation des
machines. Par conséquent, on ne peut pas adopter une définition subjective lors
de l’appréciation de l’originalité des logiciels. En effet, ceux-ci ne peuvent pas
révéler l’empreinte de la personnalité de l’auteur.
Le problème est que la loi de 1994 a considéré dans son art. 1er les logiciels
parmi les œuvres protégeables. Autrement dit, il est interdit de leur dénier par
principe tout caractère original, mais cette loi n’a pas précisé en quoi peut
consister cette originalité.
Le problème de l’appréciation de l’originalité des logiciels ne s’est pas encore
posé devant les juridictions tunisiennes, mais face à ce problème, la [Link].
n’a eu d’autres solutions que d’écarter l’exigence traditionnelle de la
personnalité de l’auteur.
En effet, dans le célèbre arrêt PACHOT, la [Link]. a préféré se contenter de
relever pour caractériser l’originalité « que l’auteur avait fait preuve d’un effort
personnalisé allant au-delà de la simple mise en œuvre d’une logique
automatique et contraignante et que la matérialisation de cet effort résidait dans
une structure individualisée ».
Il semble dès lors que l’on se contente d’un simple effort ou apport intellectuel
dans lequel la personnalité de l’auteur n’intervient plus nécessairement si ce
n’est par des choix.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

A cause de l’infléchissement de la définition subjective, l’opposition entre


l’originalité et la nouveauté n’a plus la netteté qu’on lui prête.
De même, l’originalité est devenue selon certains une notion à géométrie
variable ; autrement dit, pour les œuvres esthétiques, on exige l’emprunte de la
personnalité de l’auteur, en revanche, pour les autres œuvres, la protection est
subordonnée au constat d’une création indépendante. Ainsi, l’originalité a perdu
l’unicité permettant de tracer la frontière entre ce qui peut être protégé et ce qui
ne peut l’être.
La crise que connait la notion d’originalité ne se manifeste pas uniquement par
la difficulté inhérente à l’approche qu’on doit adopter pour la définir, mais elle
provient également de son caractère relatif.

B. Le caractère relatif d’originalité :

L’adjectif « relatif » est employé pour indiquer que l’œuvre peut être originale
tout en étant tirée du folklore ou du patrimoine commun architectural ou, plus
généralement, en empruntant à une œuvre antérieure même lorsqu’un tel
emprunt porte sur des éléments donnant prise au droit d’auteur. On parle dans
cette dernière hypothèse d’œuvre seconde ou encore d’œuvre dérivée.
Cette œuvre a été définie par l’art. 5 de la loi de 1994 :
C’est le cas de la traduction d’une œuvre littéraire par un auteur qui a essayé
d’exprimer sa propre personnalité dans la traduction en interprétant le texte en
cherchant des équivalences et en essayant de rendre l’atmosphère et le temps de
l’œuvre initiale. L’œuvre accomplie par le traducteur est originale, mais son
originalité n’est que relative.
Il faut noter que le droit d’auteur s’exerce selon l’art. 1er de la loi 1994 aussi
bien sur l’œuvre dans sa forme « originale » que sur la forme dérivée de
« l’original ». dans cet ordre d’idées, l’art. 6 de la loi précitée dispose que :
« Les auteurs de traductions, d'adaptations, transformations ou arrangements
des œuvres littéraires, scientifiques ou artistiques, jouissent de la protection
instituée par la présente loi, sans préjudice des droits de l'auteur de l'œuvre
originale.
Il en est de même des auteurs de recueils d’œuvres, tels que les encyclopédies ou
les anthologies, des recueils d’expression du folklore ou les bases de données
comprenant de simples faits ou des données, qui par le choix, ou la disposition
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des matières, constituent des créations intellectuelles, sans préjudice des droits
des auteurs des œuvres originelles ».
Certaines œuvres citées par l’art. 6 constituent des œuvres dérivées parce que
leurs auteurs partent d’œuvres préexistantes ; tel est le cas des traductions,
adaptations, transformations ou arrangements.
En revanche, d’autres œuvres citées par l’art.6 se contentent de recenser des
données, càd des informations qui ne sont protégées par le droit d’auteur
(exemple : un annuaire, le calendrier d’un spectacle, etc.). ces bases ou recueils
ne sont pas des œuvres dérivées lorsqu’ils ne partent pas d’œuvres préexistantes.
Ainsi, l’étude du caractère relatif de l’originalité sera menée en faisant la
distinction entre les œuvres dérivées (1) et les recueils ainsi que les bases de
données (2).

1. Les œuvres dérivées :

Ces œuvres peuvent concerner des traductions ou adaptations (inspiration


/‫)اقتباس‬. Ceux-ci, au sens propre, ne s’entendent que d’un emprunt à une œuvre
existante qui se concrétise dans une œuvre seconde ayant une existence
autonome, ce qui par exemple exclue les simples mises à jour.
Elle inclut ce que l’art.6 vise sous la dénomination d’arrangement. Ceci
s’entende traditionnellement en matière musicale de l’adaptation d’une œuvre
écrite pour un instrument à un autre ou de la réduction d’une symphonie à
l’usage d’un seul instrument ou de plusieurs.
L’auteur second (traducteur, arrangeur, auteur de la révision ou de la refonte ou
d’un commentaire ou adaptateur) va exprimer sa propre personnalité tout en
restant fidèle à l’œuvre initiale soit seulement par une expression originale
donnée à l’œuvre (traduction et arrangements), soit par une expression et une
composition partiellement différente (l’adaptation).
Que l’œuvre dérivée ne soit qu’une originalité relative et que l’auteur second
soit lié par un devoir de fidélité plus au moins rigoureux, cela n’altère en rien
l’exigence de l’emprunte de la personnalité dans l’œuvre dérivée.
Par exemple : une même œuvre littéraire peut donner lieu à de multiples
traductions personnelles à leurs auteurs tant qu’il est évident qu’un traduction
mot à mot littérale ne rend pas les nuances de la pensée, l’esprit et le style d’une

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œuvre, ce qui oblige le traducteur à prendre une certaine liberté par rapport à
l’œuvre initiale, d’en ajouter comme d’en retrancher des passages.
La loi n° 2009-33 du 23 juin 2009 modifiant et complétant la loi du 24 février
1994 a ajouté à l’article 6 un deuxième alinéa dans lequel figurent les
anthologies (une anthologie désigne un recueil de morceaux choisis en prose ou
en vers). Quant au recueil, il constitue un ouvrage ou volume réunissant des
écrits et des documents.
La protection des anthologies telles que celles de la poésie française de JIDE
s’inscrit parfaitement dans l’approche subjective de l’originalité.
DESBOIS justifie ainsi la protection par l’idée de la sélection )‫ (المنتخبات‬à
laquelle se livre l’auteur de l’anthologie révèle ses préférences, ses conceptions,
son idéologie, et donc, sa personnalité. Mais l’anthologie ne peut donner prise
au droit d’auteur qu’à la condition de résulter d’une véritable activité créative.

2. Les recueils et les bases de données :

Le législateur cite dans l’al.2 ajouté par la loi de 2009 à l’art.6 précité les
recueils et les bases de données. S’agissant des recueils qui rassemblent des
données, càd des informations qui ne sont pas protégées par le droit d’auteur, par
exemple un annuaire ou un catalogue de programme de spectacle, ils ne
constituent pas des œuvres dérivées puisqu’ils ne doivent rien à une œuvre
préexistante. Leur originalité ne réside pas dans les informations mais dans le
choix opéré ou la présentation choisie. D’ailleurs, le législateur a employé deux
critères pour apprécier l’originalité de ces recueils ou bases de données ; à savoir
le choix ou la disposition des matières.
Mais la référence à ces deux critères s’est faite d’une façon alternative. Ainsi, il
suffit que le recueil ou la base comprenne des données qui sont présentées selon
un ordre alphabétique ou chronologique pour le recueil en question remplisse la
condition d’originalité.
La base de données bénéficie de la protection au titre du droit d’auteur sans être
pour autant définie par le législateur. En revanche, le législateur français a, dans
son article 112-3 du code de la propriété intellectuelle, l’a défini comme suit :
« On entend par base de données un recueil d'œuvres, de données ou d'autres
éléments indépendants, disposés de manière systématique ou méthodique, et

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

individuellement accessibles par des moyens électroniques ou par tout autre


moyen ».
La protection par le droit d’auteur de la base de données ou du recueil est
dissociée du caractère protégeable ou non du contenu par le droit d’auteur.
La particularité de la base c’est l’indépendance des matériaux rassemblés et que
l’on peut consulter individuellement. Néanmoins, la compilation ne doit pas être
aléatoire ou inorganisée. La loi exige un classement organisé et méthodique :
classement alphabétique, chronologique, thématique, etc. qui facilite les
recherches.
L’art.6 – al.2 de la loi de 1994 (tel que modifié par la loi de 2009) s’est contenté
de donner des exemples d’œuvres protégées, d’autres cas peuvent être ajoutés
par la jurisprudence aux exemples énumérés par l’art.6. d’ailleurs, les
sommaires de jurisprudence sont cités par le législateur français dans la liste des
œuvres dérivées mais ils ont été investis du droit d’auteur par les juridictions
françaises.
La notion d’originalité est fuyante, voire en crise en raison de son caractère
relatif et de sa flexibilité à tel enseigne qu’elle a perdu son unicité qui lui été
reconnue sous l’empire de la loi de 1966.

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Chapitre 2ème : Les titulaires des droits

Les titulaires des droits sont les personnes qui bénéficient des droits d’auteur sur
l’œuvre. Mais l’auteur ; càd la personne qui a créé l’œuvre n’est pas toujours
celle qui en est titulaire des droits d’auteur. En effet, l’auteur peut céder tout ou
partie des droits patrimoniaux sur l’œuvre à un exploitant.
En outre, après sa mort, ses héritiers vont devenir titulaires de droits sur son
œuvre. Ainsi, les titulaires de certains droits peuvent ne pas être l’auteur même
de l’œuvre.
Il est donc essentiel de déterminer sur quelle tête naissent les droits d’auteur ne
serait-ce pour conserver en toutes hypothèses à ce titulaire initial l’exercice du
droit moral.
La notion d’auteur est intimement liée à l’acte de création, or celui-ci ne peut
émaner que d’une personne physique qui seule possède une capacité créatrice.
Ainsi, le droit d’auteur ne peut être attribué, en principe, qu’à une personne
physique (section 1ère). Toutefois, des dérogations sont apportées à ce principe
en vertu desquelles le législateur a, dans certains cas admis qu’une personne
morale puisse être investie du droit d’auteur (section 2ème).

Section 1ère : L’attribution des droits d’auteur en principe à la personne


physique créatrice de l’œuvre :

Nous allons examiner successivement la preuve de la qualité d’auteur personne


physique (paragraphe 1er) et les applications du principe (paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : La preuve de la qualité d’auteur personne physique :

La loi du 24 février 1994 précitée ne définit pas l’auteur d’une œuvre de l’esprit.
Toutefois, la doctrine trouve que l’auteur ne peut être que celui qui a créé
l’œuvre.
Le rapport étroit entre la notion d’auteur et l’acte de création se manifeste par la
protection accordée à l’œuvre par l’art.18 – al.1 de la loi du 24 février 1994 :

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« La protection est accordée à l’œuvre du seul fait de sa création quel que soit la
forme et le mode d’expression et même si elle n’est pas fixée sur un support
matériel ».
En effet, seule une personne physique peut exprimer sa personnalité : càd sa
personnalité, son talent, ses idées, dans une œuvre, jamais une personne morale
dont la personnalité juridique artificielle ne recouvre en rien cette aptitude-là.
L’implication de la personnalité du créateur dans la création exclue radicalement
qu’une personne morale puisse être qualifiée d’auteur.
En principe, la création est un fait se prouve par tous moyens, mais dès lors que
la protection légale est accordée du seul fait de la création, l’auteur peut
éprouver quelques difficultés à prouver sa qualité.
C’est pourquoi l’art.4 - al.1er de la loi de 1994 lui vient en aide en établissant une
présomption :
« L'auteur d'une œuvre est sauf preuve contraire, celui sous le nom de qui
l'œuvre est divulguée ».
En d’autres termes, lorsque l’œuvre est présentée ou publiée pour la première
fois avec l’indication d’un nom d’auteur, cette notion est présumée refléter la
réalité.
Il faut noter que la présomption établie par l’art.4 précité jour pour toutes les
œuvres et au profit de tous les auteurs dont le nom a été porté à la connaissance
du public d’une manière quelconque.
Encore faut-il que cette manière soit dépourvue d’ambiguïté tel n’est pas le cas
de la formule « avec le concours de ».
Cette présomption qui désigne l’auteur présumé d’une œuvre ne peut bénéficier
qu’à des personnes physiques puisque, comme on l’a vue, la qualité d’auteur ne
peut pas revenir à une personne morale.
Ne bénéficiant pas de l’art.4, une personne morale qui invoque des droits sur
une œuvre de l’esprit doit donc prouver en principe soit qu’elle a bénéficié de la
cession des droits de l’auteure, soit que l’œuvre relève de la catégorie des
œuvres collectives et qu’elle en est le promoteur au sens de l’art.5 – al.5 de la loi
de 1994 précitée.
Mais la présomption édictée par l’art.4 est simple parce qu’elle admet la preuve
contraire, ainsi le véritable auteur a toujours la possibilité de rapporter la preuve
contraire et de démontrer que l’œuvre est la sienne même si elle a été divulguée
anonymement ou sous un autre nom.
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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

L’art.4 – al.4 de la loi de 1994 permet à l’auteur « de déclarer ou déposer » ses


œuvres auprès de l’organisme chargé de la gestion collective des droits d’auteur
et des droits voisins. Mais cette déclaration n’a qu’une fonction probatoire
puisqu’elle « fait foi à l’égard des tiers jusqu’à preuve du contraire ».
Autrement dit, la déclaration ou le dépôt n’a aucune incidence sur la naissance
du droit d’auteur parce que la protection est accordée à l’œuvre selon l’art.18 de
la loi de 1994 « du seul fait de sa création ».

Paragraphe 2ème : Les applications du principe :

On trouve 2 applications du principe selon lequel les droits d’auteur sont


attribués à la personne physique créatrice de l’œuvre.
Il s’agit d’abord de l’octroi des droits d’auteur sur l’œuvre produite par des
agents d’une personne morale au dit agent.
Quant à la deuxième application du principe, nous trouvons l’attribution des
droits d’auteur sur l’œuvre de collaboration aux personnes physiques ayant
concourus à sa réalisation.

A. L’octroi des droits d’auteur sur l’œuvre produite par des agents d’une
personne morale au dit agent :

L’extension du champ d’application du droit d’auteur notamment au secteur de


l’informatique donne aux créations des agents d’une personne morale une
dimension particulière. L’employeur qui est porté à voir dans le droit d’auteur
une technique juridique destinée à rentabiliser l’investissement est naturellement
en clin à en revendiquer le bénéfice au moins pour les œuvres créées dans le
cadre des fonctions.
L’agent quant à lui n’est pas toujours conscient de sa qualité d’auteur qu’il ne
découvre le plus souvent qu’au moment de la rupture.
C’est ainsi que l’art.4 – al.2 de la loi 1994 dispose que :
« [..] lorsque l’œuvre est produite par des agents d'une personne morale
publique ou privée dans le cadre de leurs fonctions, le droit d'auteur revient aux
dits- agents, sauf stipulation contraire découlant d'un contrat existant entre les

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

deux parties, et exception faite du producteur d’œuvres cinématographiques et


audiovisuelles, qui demeure le propriétaire du droit d'auteur ».
Ainsi, les droits d’auteur sont attribués à l’agent de l’Etat, d’une collectivité
territoriale, d’un établissement public à caractère administratif (EPA), à une
société, même lorsque l’œuvre a été créée dans l’exercice des fonctions ou
d’après les instructions reçues. Par conséquent, le législateur a voulu préserver
les droits moraux et pécuniaires de l’agent ou de l’employé.
Il s’agit d’une solution originale puisqu’elle tranche avec celle retenue en
matière de brevets d’inventions.

B. L’attribution des droits d’auteur sur l’œuvres de collaborations aux


personnes physiques ayant concourues à sa réalisation : l’œuvre
plurale :

Certaines œuvres n’émanent pas d’un seul auteur mais de plusieurs. Le


législateur a consacré à ses œuvres l’art.5 de la loi de 1994 susvisé. Parmi ces
œuvres, on trouve celle de collaboration.
Celle-ci est : « l’œuvre à la création de laquelle ont concouru deux ou plusieurs
personnes physiques dont les contributions sont inséparables les unes des
autres ».
Cette définition fait apparaitre que la qualification suppose la réunion de 3
éléments ; il faut à la fois que les participants soient des personnes physiques,
que leur contribution soit de nature à leur donner la qualité d’auteur et que leur
participation soit inséparable les unes des autres.
Ainsi, pour que l’œuvre créée soit une œuvre de collaboration, il faut qu’elle soit
le fruit d’une concertation, DESBOIS met l’accent sur « la communauté
d’inspiration et le mutuel contrôle ».
D’après l’art.5 – al.2 de la loi de 1994, le droit d’auteur portant sue œuvre de
collaboration « est la propriété collective de toutes les personnes qui ont
concouru à sa réalisation ».
Par conséquent, l’art.5 instaure une véritable indivision entre les co-auteurs.
Aussi, l’attribution des droits d’auteur sur l’œuvre de collaboration relève-elle
du principe car toutes les personnes physiques ayant concourues à sa création
sont considérées comme co-auteurs.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Section 2ème : Les dérogations du principe :

Des dérogations sont apportées au principe susvisé en vertu desquelles le


législateur a, dans certains cas, admis qu’une personne morale puisse être
investie du droit d’auteur. Ces cas sont au nombre de 2 :
• Le premier : celui du logiciel créé par des salariés (A).
• Le deuxième : celui des œuvres collectives et cinématographiques (B).

A. L’attribution des droits d’auteur sur le logiciel créé par des salariés à
l’employeur :

Article Mme Nabila MEZGHANI, « La protection du logiciel par la loi n° 94-36


du 24 février 1994 relative à la propriété littéraire et artistique », RTD 1994, p.
39 et ss.
D’après l’art. 43 – al.1er de la loi de 1994, « sauf stipulation contraire, le logiciel
créé par un ou plusieurs salariés d'un organisme dans l'exercice de leurs
fonctions appartient à l'organisme employeur, auquel sont dévolus tous les droits
reconnus aux auteurs ».
Il en est de même lorsque le logiciel est créé par des agents de l’Etat, des
collectivités publiques locales et des établissements publics, c’est l’art.43 – al.2.
Le terme « dévolus » employé par l’art.43 précité laisse penser que le droit né en
la personne de l’auteur, donc du salarié, et se trouve transféré à l’employeur.
La règle prévue par l’al.1er de l’art.43 de la loi de 1994 ne vise que les logiciels
créés par des salariés « dans l’exercice de leurs fonctions ».
Par conséquent, ceux créés en dehors de l’exercice des fonctions des employés
appartiennent à ses derniers.
Mais la formule demeure assez large et susceptible d’une interprétation très
favorable au profit de l’employeur. Il peut s’agir de logiciels créés dans le cadre
de la mission du salarié ou même en dehors de cette mission pourvu qu’il soit
créé au cours de l’exécution des fonctions.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

La règle de l’art.43 – al.1er semble inclure les droits tant patrimoniaux que
moraux parce qu’elle emploi des termes généraux ; à savoir l’organisme
employeur auquel sont dévolus tous les droits reconnus aux auteurs.
Le législateur a voulu favoriser l’employeur qui a investi dans la création de
logiciels en lui attribuant le bénéfice des droits d’auteur.
La solution s’impose dans le cadre d’une politique cohérente d’encouragement
aux investissements dans ce secteur.
Accorder au créateur salarié des droits d’auteur sur son œuvre c’est lui permettre
de faire obstacle à l’exploitation et à la commercialisation du logiciel. Il fallait
donc écarter toutes les contraintes que pourrait subir les entreprises spécialisées
du fait de l’exercice par les salariés des droits d’auteur. Or, l’employeur auquel
sont dévolus les droits d’auteur est généralement une personne morale, ainsi le
législateur a dérogé au principe de l’attribution des droits d’auteur à la personne
physique ayant créé l’œuvre.
L’appartenance des droits d’auteur sur des œuvres collectives ou
cinématographiques au promoteur ou au producteur.

1. L’octroi des droits d’auteur sur une œuvre collective au promoteur :

Selon l’art.5 – al.5 de la loi 1994, « est dite collective l’œuvre créée sur
l'initiative d'une personne physique ou morale qui la divulgue sous sa direction
et son nom, et dans laquelle la contribution personnelle des divers auteurs
participant à son élaboration se fond dans l'ensemble en vue duquel elle est
conçue, sans qu'il soit possible, d'attribuer à chacun d'eux un droit distinct sur
l'ensemble réalisé ».
La qualification d’œuvre collective suppose donc la conjonction de 2 éléments ;
d’une part une œuvre créée à l’initiative et sous la direction d’un promoteur,
d’autre part, une fusion des contributions empêchant l’attribution aux
participants de droits distincts sur l’ensemble. D’abord, il n’ y a œuvre collective
que si le promoteur démontre que l’œuvre est due à son initiative et qu’il a joué
un rôle moteur pendant la phase d’élaboration.
La qualification sera par exemple admise pour une histoire de la Tunisie en
bonde dessinée créée par une maison d’édition qui en assure la conception
générale et lui donne son caractère culturel ou pédagogique. C’est le cas aussi

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

d’un site web dont la conception et l’élaboration ont été dirigées et coordonnées
par une société.
Il faut ajouter que le promoteur ne doit pas se contenter de prendre l’initiative
car il faut également qu’il divulgue l’œuvre sous sa direction et en son nom.
Ensuite, pour qu’il y est œuvre collective, il faut une fusion des contributions
empêchant l’attribution aux participants de droits distincts sur l’ensemble.
Une œuvre ne peut être dite collective que si elle résulte de plusieurs
contributions, mais cela ne devrait pas exclure l’identification de ces
contributions comme le montre l’exemple d’œuvres qui ont été qualifiées de
collectives ; un dictionnaire, une encyclopédie, un journal, etc.
Tout travail en équipe réalisé sous la direction d’une personne ne donne pas
l’essence à une œuvre collective, il faut encore, précise l’art.5 précité que
l’œuvre ait été créée dans des conditions tel qu’il soit impossible d’attribuer à
chacun des créateurs un droit distinct sur l’ensemble.
Pour ne pas étendre le champ d’application de la notion d’œuvre collective,
DESBOIS suggéré de retenir comme critère le rôle joué par les divers auteurs au
regard de la conception générale de l’œuvre. Selon lui, c’est seulement lorsqu’ils
n’ont pas pris part à cette conception et que leur apport se limite au domaine qui
leur a été assigné, que l’œuvre pourrait être qualifiée de collective faute pour
chacun de pouvoir revendiquer un droit indivis.
Dans les autres cas, il y aurait lieu de s’en tenir à la qualification d’œuvre de
collaboration. Autrement dit, la fusion des contributions ne serait aucunement un
indice en faveur de l’œuvre collective, elle pourrait même si elle passe par un
échange entre les participants, l’exclure.
Quant au droit d’auteur sur l’œuvre collective, il appartient, selon l’art.5 – al.6
de la loi 1994, à la personne physique ou morale qui a ordonné la réalisation et
l’édition de l’œuvre à moins qu’il ne soit prévu le contraire dans un contrat écrit.
Mais en pratique, le titulaire des droits sur l’œuvre collective est presque
toujours une personne morale. Ainsi, l’attribution des droits d’auteur au
promoteur constitue une exception au principe de l’octroi des droits d’auteur à la
personne physique créatrice de l’œuvre.
Dans cet ordre d’idées s’inscrit un arrêt inédit rendu par la [Link]. le 1er octobre
2003. D’après les faits de l’espèce, Mr. Ali est l’interprète de chanson
enregistrée à l’initiative et sous la direction de l’ERTT. Sous prétexte d’enrichir
sa bibliothèque privée, il a présenté une demande au directeur de l’ERTT afin
d’obtenir l’autorisation d’enregistrer les dites chansons qu’il a interprétées et
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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

que l’ERTT a reproduite. Après avoir donné son autorisation, l’ERTT s’est
aperçu de l’existence d’affiches publicitaires pour des casettes comportant
l’enregistrement de cette chanson lequel l’enregistrement avait été cédé à une
société par l’interprète des dites chansons. Ainsi, l’ERTT a agi en justice sur le
fondement de l’art.32 de la loi de 1994 pour réclamer le retrait de
l’enregistrement litigieux du marché et la réparation du préjudice subi.
La demanderesse a obtenu gain de cause auprès des juridictions du fond.
Quant à la [Link]., elle a commencé par rappeler les dispositions de l’art.5 qui
définisse l’œuvre collective et détermine son propriétaire. Elle a ensuite précisé
que malgré la participation commune du poète et du compositeur de la musique
pour la réalisation de la chanson, leur œuvre reste l’exécution de l’idée de
l’ERTT qui eu l’initiative de la direction et de l’organisation. Cet établissement
s’est chargé en outre de toutes les dépenses de l’enregistrement, des honoraires
des musiciens et de la chorale. La seule interprétation de la chanson ne constitue
pas une œuvre, au contraire, il faut prendre la chanson dans sa globalité ; la
chanson se compose de paroles, de répartitions musicales exécutées et de son
interprétation. La direction de l’enregistrement de tous ces éléments sur la même
cassette créé l’œuvre.
Cette direction a été assurée par l’ERTT qui est devenue de ce fait propriétaire
de l’œuvre.

2. L’octroi des droits d’auteur sur une œuvre cinématographique au


producteur :

Le législateur accorde le droit d’auteur sur les œuvres cinématographiques et


audiovisuelles au producteur ; celui-ci est, selon l’art.38 al.2 de la loi du 24
février 1994 précitée : « La personne physique ou morale qui prend l’initiative
de la production et la responsabilité de l’exploitation de l’œuvre ».
La reconnaissance du droit d’auteur au seul producteur s’explique par
l’importance des capitaux qu’il a engagé. C’est le producteur qui a payé les frais
les plus souvent considérables du tournage et qui prend en charge l’édition des
dispositifs.
Ainsi, le producteur a des intérêts à faire valoir puisqu’il lui importe d’assurer la
rentabilité de son initiative et de ses risques.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Concernant les droits patrimoniaux, le législateur a instauré au profit du


producteur une présomption de cession du droit exclusif d’exploitation ; ce qui
est une conséquence normale de l’octroi du droit d’auteur au producteur.
Au terme de l’art.39 de la loi de 1994 précitée, « Le producteur est tenu, avant
d'entreprendre la production de l’œuvre cinématographique et audiovisuelle, de
conclure des contrats avec tous ceux dont les œuvres sont conçues pour la
réalisation.
Les contrats, exception faite de ceux conclus avec les auteurs de compositions
musicales avec ou sans paroles, comportent, sauf clause contraire, cession à son
profit du droit exclusif d'exploitation ».
La présomption de cession des droits pécuniaires au profit du producteur
comporte certaines limites :
❖ Elle n’est pas irréfragable puisqu’il y a possibilité d’une clause contraire.
❖ Elle n’atteint pas les auteurs de compositions musicales.
❖ Elle n’englobe pas l’exploitation séparée par les auteurs de leurs
contributions. En effet, aux termes de l’art.41 al.3 de la 1994 « Sauf
stipulation contraire, les collaborateurs d'une œuvre cinématographique
ou audiovisuelle peuvent disposer librement de leur contribution
personnelle en vue de son exploitation dans un genre différent, à
condition de ne pas porter préjudice à l'exploitation de l’œuvre à laquelle
ils ont collaboré ».

Ainsi, le droit d’auteur sur une œuvre cinématographique est attribué au


producteur, celui-ci est généralement une personne morale vue l’importance de
la production cinématographique qui a été justement qualifiée d’industrie. Par
conséquent, l’octroi du droit d’auteur sur ces œuvres à une personne morale
déroge au principe de l’attribution de ses droits à la personne physique créatrice
de l’œuvre.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Chapitre 3ème : Le contenu des droits

Les droits dont jouit l’auteur sur son œuvre sont, d’après l’art.8 de la de 1994,
d’ordre moral et patrimonial. Cette loi a réservé son chapitre deuxième aux
droits de l’auteur.
Les droits d’auteur représentent une propriété incorporelle permettant à l’auteur
par exemple de reproduire son œuvre ou de la divulguer, il mérite d’être
distingué du support dans lequel l’œuvre est incorporée. Il arrive par exemple
qu’un peintre cède son tableau mais cela ne l’empêche pas de rester titulaire du
droit d’auteur. Quant à la propriété du support matériel, à savoir le tableau, elle
revient au cessionnaire.
Ainsi, la distinction entre la propriété incorporelle de l’œuvre et la propriété
corporelle du support se révèle nécessaire et fructueuse pour déterminer l’étendu
du droit de reproduction et s’agissant des prérogatives morales du droit de
divulgation.
D’ailleurs, l’indépendance entre les prérogatives relevant de la propriété
corporelle du support et celles faisant partie de la propriété intellectuelle de
l’œuvre de l’esprit est signalée par la loi de 1994 dans deux dispositions.
• La première est prévue par l’art.18 qui accorde la protection à l’œuvre
du seul fait de sa création « même si elle n’est pas fixée sur un support
matériel ».
• La deuxième est prévue par l’art.23 qui dispose que « La cession du
droit de communiquer l’œuvre au public n'implique le droit de la
reproduire sur un support matériel tel que l'enregistrement sur bande à
titre d'exemple, de même l’œuvre qui est enregistrée sur un support
matériel ne peut être communiquée au public sans l'autorisation de
l'auteur ».

Ce texte de l’art.18 a été appliqué par le tribunal de 1ère instance de Tunis dans
son jugement rendu le 10 janvier 1995 pour trancher un litige qui lui a été
soumis. D’après les faits de l’espèce, Mr. Zied, un peintre a cédé un de ses
tableaux à Mme. Nicole qui, à son tour, l’a cédé à une société d’édition. Celle-ci,
sans avoir obtenu l’autorisation du peintre, a reproduit le tableau en question sur
la couverture d’un livre qu’elle a édité pour son compte sans mentionner ni le
nom ni la signature de l’auteur. Ce dernier a ainsi assigné en justice les deux

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

cessionnaires du tableau afin d’obtenir notamment la réparation du préjudice


qu’il a subi.
Le demandeur a obtenu partiellement gain de cause auprès du tribunal puisqu’il
a considéré que « La cession du tableau n’emporte pas la cession du droit de
son exploitation dans la mesure où la cession de l’œuvre ne vaut pas
nécessairement la cession des droits d’auteur et ce conformément aux
dispositions de l’art.23 de la loi du 24 février 1994 ».
Ainsi, le tribunal a condamné les deux défenderesses à la réparation du préjudice
moral subi par le demandeur. Cette décision illustre l’indépendance entre les
prérogatives relevant de la propriété corporelle du support et celles faisant partie
de la propriété intellectuelle de l’œuvre de l’esprit.
Mais l’indépendance entre l’œuvre et le support connait des limites à cause de la
reconnaissance du droit de suite par l’art.25 de la loi de 1994 au profit des
auteurs de manuscrits et d’œuvres plastiques. Ceux-ci bénéficient, nonobstant
toute cession de l’œuvre d’origine, d’un droit de participation au produit de la
vente de cette œuvre faite aux enchères publics ou par l’intermédiaire d’un
commerçant.
Ainsi, le droit de suite qui est lié à la qualité d’auteur interfère avec la propriété
corporelle puisqu’il s’exerce à l’occasion de l’aliénation du support.

Après cet aperçu sur le rapport entre les droits d’auteur et la propriété corporelle,
il faut examiner le contenue de ces droits en faisant la distinction entre les droits
patrimoniaux (Section 1ère) et le droit moral (Section 2ème).

Section 1ère : Les droits patrimoniaux :

L’art.9 bis de la loi du 24 février 1994 reconnait à l’auteur « des droits exclusifs
[..] d’exploiter son œuvre » comprenant le droit de reproduction et le droit de
représentation.
A ces deux droits, le législateur a ajouté deux autres dans le même texte, à savoir
le droit de traduction et celui d’adaptation d’une part et la location commerciale
d’autre part.
En plus des droits exclusifs d’exploitation, le législateur reconnait un droit de
suite aux auteurs de manuscrit et d’œuvres plastiques.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Ce droit consiste non pas dans un monopole mais dans le droit d’exiger un
pourcentage lors des aliénations indiquées par l’art.25 de la loi de 1994. Il n’en
constitue pas moins pour l’auteur un droit de nature patrimonial.

Droits patrimoniaux

Droits assurant un monopole droit de suite

Reproduction représentation traduction et adaptation location commerciale

Ainsi, nous allons étudier en premier lieu les droits de reproduction, de


représentation, de traduction et de location commerciale qui constituent un
monopole d’exploitation (§ 1ère) avant de passer en second lieu au droit de suite
(§ 2ème).

§ 1 – Les droits conférant à leur auteur un monopole d’exploitation de son


œuvre :

Comme on vient de les voir, ces droits sont le droit de reproduction et le droit de
représentation ainsi que les droits de traduction, d’adaptation et le droit de
location commerciale.
Nous allons d’abord analyser en quoi consiste les prérogatives conférées par les
droits d’exploitation de l’œuvre (Paragraphe 1er) pour passer ensuite aux
exceptions relatives à ces droits (Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : La teneur des prérogatives :

L’énumération des différents droits d’exploitations par le législateur dans l’art.9


bis précité laisse penser qu’il a renoncé à leur classification en deux catégories ;
à savoir le droit de reproduction d’une part et le droit de représentation d’autre
part.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

De ce fait, les droits de traduction et de location commerciale apparaissent


comme « des prérogatives distinctes ». en revanche, en droit français, les
prérogatives d’ordre patrimonial reconnues aux auteurs sous réserve du droit de
suite relèvent nécessairement du droit de reproduction ou du droit de
représentation.
Les droits de traduction et d’adaptation sont considérés comme des corolaires
des deux droits précités.
Vu la spécificité de la classification des droits d’exploitation en droit tunisien,
nous allons analyser successivement les droits de reproduction (A) et re
représentation (B) pour passer ensuite aux prérogatives dites distinctes (C).

A. Le droit de reproduction :

Aux termes de l’art.9 bis de la loi de 1994 précitée, « Les droits patrimoniaux de
l’auteur représentant des droits exclusifs dont jouit l’auteur de l’œuvre,
d’exploiter son œuvre ou d’autoriser son exploitation par autrui, en
accomplissant l’un quelconque des actes suivants :
a) reproduire l’œuvre par tous procédés et notamment par imprimerie, dessin,
enregistrement audio ou audio-visuel sur bandes magnétiques, disques, disques
compacts ou par tout système informatique et autres moyens ».
on remarque que le législateur a essayé de clarifier la notion de reproduction
moyennant une énumération d’exemples ou de cas. Même si cette énumération a
tenu compte de l’évolution technologique, elle demeure non-exhaustive vue
d’adverbe « notamment » qui l’a précédé.
A partie des divers exemples énumérés pour illustrer la notion de reproduction,
celle-ci peut être définie comme le droit pour l’auteur d’autoriser ou d’interdire
la fixation matérielle de l’œuvre par tout procédés qui permettent de la
communiquer au public d’une manière indirecte.
Le législateur considère la reproduction comme une fixation matérielle peu
importe qu’elle soit réalisée ou non à partir d’une autre fixation. Ainsi,
l’enregistrement d’une œuvre orale relève du droit de reproduction.
La production de disques comportant des morceaux extraits de la musique relève
du droit de reproduction et demeure de ce fait soumis à une autorisation de
l’auteur de la composition musicale.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

C’est dans ce sens que s’inscrit un arrêt rendu par la [Link]. le 16 juin 1998. Il
résulte des faits de l’espèce qu’une société a enregistré tous les morceaux
extraits de la musique du film « le silence des palais » sur des disques et
cassettes audiovisuelles sans obtenir une autorisation du compositeur ; à savoir
Anouar BRAHEM.
Celui-ci a obtenu gain de cause auprès des juridiction du fond qui ont relevé
l’absence d’une autorisation exigée par l’art.32 de la loi de 1994 pour pouvoir
exploiter une œuvre musicale. Elles ont décidé d’interdire la circulation du
disque produit de confisquer et de détruire toutes les copies du disque.
Le pourvoi en cassation formé à l’encontre de l’arrêt de la Cour d’appel a été
rejeté.

B. Le droit de représentation :

1. La notion de représentation :

selon l’art.9 bis de la loi 1994, l’auteur a le droit exclusif de :


« b) communiquer l’œuvre au public par tous procédés et notamment par :
- la représentation dans les lieux publics tels que les hôtels, les restaurants, les
moyens de transport terrestre, maritime et aérien, ainsi que les festivals et les
salles de spectacles ;
- la représentation dramatique ou exécution publique ;
- diffusion avec ou sans fil des œuvres en utilisant :
• les moyens de transmission et réception de radio et télévision et
électronique et autres ;
• hauts parleurs ou tout autre instrument transmetteur de signes, de sons ou
d’images ;
• satellites, câbles, réseaux informatiques ou par d’autres moyens
similaires ».
on remarque que le législateur n’a pas retenu la conception synthétique de la
définition, il a préféré énumérer de façon précise les prérogatives qui rentrent
dans le cadre de la représentation. Ce faisant, il semble que le législateur s’est
inspiré des art.11 et ss de la convention de Berne.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Il résulte de l’énumération faite de l’art.9 bis précité que tous les procédés sont
admis pour que l’auteur puisse communiquer son œuvre.
Il n’y a pas lieu d’opérer la moindre distinction selon les moyens techniques
utilisés pour établir la relation entre l’œuvre et le public.
Relève de la représentation d’une chanson ou d’une composition musicale.
Il faut noter que la représentation n’est soumise au monopole que si elle
communique l’œuvre au public.
Bien que la loi e contente d’utiliser la communication, la doctrine s’accorde à
considérer que ce qui compte est « la mise à la disposition du public » de sorte
qu’il est indifférent que la communication ne soit pas effective et qu’il suffit
d’un public potentiel.
DESBOIS observe dans ce sens que la pièce jouée devant une salle vide n’en est
pas moins représentée.

2. Les procédés de représentation :

L’analyse de l’art.9 précité conduit à distinguer dans la représentation deux


modes de communication direct ou indirect. Il existe en effet deux sortes
d’initiatives ; celles qui permettent de communiquer l’œuvre au public
directement par le moyen d’interprète présent en face du public, exemple la
représentation dramatique, et celles qui permettent une communication au public
par le moyen de support matériel (les disques, les films, les émissions de radio
ou de télévision).

a. La communication directe au public :

Il s’agit de représentation au sens où on les comprenait avant l’apparition des


moyens modernes de diffusion des œuvres de l’esprit.
Parmi les exemples cités par l’art.9 bis, la représentation dans les lieux publics
tels que les hôtels, les festivals et les salles de spectacles ainsi que la
représentation dramatique.

b. La communication indirecte au public :


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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Relève de cette communication l’audition de disques et la projection de films de


même que la télédiffusion.
Concernant d’abord l’audition des disques et la projection de films, dans ces
deux cas, une différence avec la communication directe et notable. Si dans
celles-ci il y a une simultanéité de l’exécution et de la communication au public,
il y a un décalage dans le temps entre ces deux faits lorsque sont utilisés le
disque ou le film. Mais peu importe ce décalage, car la communication au public
de l’œuvre ne s’en opère pas moins.
Quant à la télédiffusion dont l’art.9 bis donne les exemples suivants :
« La diffusion des œuvres en utilisant les moyens de transmission et réception de
radio et télévision et électroniques et autres, hauts parleurs ou tout autre
instrument transmetteur de signe, de son ou d’image ».
Font également partie de la télédiffusion la diffusion par satellite, câbles,
réseaux informatiques ou par d’autres moyens similaires. »

C. Les prérogatives distinctes :

En plus des droits de reproduction et de représentation, l’art.9 bis précité a


ajouté « c) toute forme d’exploitation de l’œuvre en général, y compris la
location commerciale de l’original et de ses exemplaires.
d) La traduction, l’adaptation, l’arrangement et autres transformations de
l’œuvre considérées en vertu de la présente loi comme des œuvres dérivées ».

Paragraphe 2ème : Les exceptions aux droits d’exploitation :

[on ne parle pas de limites mais plutôt d’exceptions car les limites sont plus
générales que les exceptions et nous n’allons pas parler de toutes les limites]

[il y a des exceptions gratuites et d’autres moyennant une rémunération]

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Le législateur a prévu des cas dans lesquels le droit exclusif d’exploitation est
paralysé ; il s’agit de cas qui constituent des dérogations à l’exclusivité du droit
dont jouit l’auteur.

Les exceptions peuvent être classées en 2 catégories :

• Exceptions propres au droit de reproduction (A).


• Exceptions communes au droit de reproduction et représentation (B).

A. Exceptions propres au droit de reproduction :

Les exceptions propres au droit de reproduction peuvent être classées en deux


catégories :

➔ Des reproductions destinées à l’usage privé (photocopier pour préparer un


mémoire, un article, intenter une action pour un avocat, etc.).
➔ Des reproductions destinées à l’usage public (citer l’auteur dans un article
ou un mémoire, photocopier des ouvrages destinés à la recherche).

1. Les reproductions destinées à l’usage privé :

L’art.10 de la loi du 24 février 1994 a rendu licite, sans autorisation de l’auteur


ni contrepartie, la reproduction de l’œuvre destinée à l’usage privé à condition
que cette reproduction en porte pas atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre
ni cause un préjudice injustifié aux intérêts matériels légitimes de l’auteur.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Exemple : on peut citer le cas de celui qui recopie un ouvrage entier afin de se
dispenser de l’acheter ou encore le cas de l’étudiant amassant une
documentation pour son travail personnel.

[Télécharger un film pour le regarder dans une sphère privée ≠ magasin


télécharge un film pour le vendre (contrefaçon)]

La reproduction de l’œuvre destinée à l’usage privé n’est licite que lorsqu’elle


répond favorablement à deux conditions exigées par le législateur.

La première condition est que la reproduction ne porte pas atteinte à


l’exploitation normale de l’œuvre.

Quant à la deuxième, elle consiste en l’absence d’un préjudice injustifié aux


intérêts matériels légitimes de l’auteur.

Le législateur fait échapper l’usage privé aux droits exclusifs de l’auteur, mais il
a tenu compte des conséquences néfastes que cette utilisation à titre privé
pourrait avoir sur l’exploitation économique d’une œuvre et notamment du
préjudice subi par l’auteur du fait de la multiplication des reproductions privées.

Il a prévu dans l’art.37 de la loi 1994 une taxe d’encouragement à la création qui
est due à l’importation et localement sur les supports audio et audiovisuels non
enregistrés ainsi que sur les appareils et équipements d’enregistrement et de
reproduction.

Mais au terme de l’art.46 al.1er de la loi de 1994, « est permis sans autorisation
de l’auteur ou son représentant, la réalisation d’une seule copie de sauvegarde
du programme d’ordinateur par le propriétaire de l’exemplaire licite de ce
programme d’ordinateur ».

Ce texte contient des dispositions qui permettent de relever au profit du logiciel


un régime de protection plus favorable que celui du droit commun.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Le texte interdit la copie privée du logiciel en autorisant seulement la copie de


sauvegarde ; alors que l’art.10 précité rend tout à fait licite la copie privée à des
conditions.

Par conséquent, la copie privée n’échappe pas au monopole du titulaire du


logiciel. [exception de l’exception = principe]

2. Les reproductions destinées à l’usage public :

a. Les reproductions gratuites :

- Les citations et emprunts :

L’examen de l’art.11 de la loi de 1994 permet de constater qu’il est possible pour
un auteur de citer dans son œuvre des passages figurant dans une autre œuvre.

[La doctrine se base sur la liberté d’expression]

Mais 4 conditions bien spécifiées dans l’art.11 doivent être remplies :

• A condition que l’œuvre d’où est puisée la citation soit « déjà licitement
rendue accessible au public ».
Autrement dit, il faut que l’œuvre soit déjà publiée (divulgation de
l’œuvre au public).
• Les citations et emprunts soient conformes aux bons usages
(proportionnalité).
• Qu’elle soit justifiée par un but scientifique, éducatif ou d’information à
atteindre. L’atteinte au monopole de l’auteur trouve sa justification dans la
liberté d’information et de critique ou la diffusion du savoir.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

• Enfin que de telles citations et emprunts soient accompagnées de la


mention de la source et du nom de l’auteur (droit à la paternité).

L’art.11 de la loi précitée fait également échapper au droit exclusif de l’auteur


les citations et emprunts d’articles sous forme de revue de presse.

La notion de revue de presse n’est pas définie par le législateur mais elle
implique selon la [Link]. du 30 janvier 1978, Dalloz, 1979, p. 583 :
« une présentation conjointe et par voie comparative de divers commentaires
émanant de journalistes différents et concernant un même thème ou un même
événement ».

- La parodie, le pastiche et a caricature :

L’art.10-f de la loi de 1994 considère comme licite la parodie, le pastiche et la


caricature compte tenu des lois du genre.

DESBOIS enseigne que la parodie intéresse les œuvres musicales, le pastiche les
œuvres littéraires et la caricature les œuvres d’art.

[faute de [Link]]

Mais la [Link]. du 12 janvier 1982, Revue internationale de droit


d’auteur n°3, 1988 et commentée par André Françon s’est situé sur un autre
terrain en affirmant que la parodie se distinguait du pastiche en ce qu’elle
permettait « l’identification immédiate de l’œuvre parodiée, la caricature
consistant à se moquer d’un personnage par l’intermédiaire de l’œuvre
caricaturée ».

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

La controverse ne mérite pas de focaliser l’attention dès lors que le régime de la


dérogation est identique dans toutes les hypothèses entrant dans le champ
d’application de l’art.10-f précité. Il ne devrait donc pas y avoir d’objections à
utiliser le mot parodie dans un sens générique puisque parmi les termes utilisés
par le législateur c’est celui dont l’acception commune, la signification, parait
être la plus large.

[Qu’on appelle parodie, caricature ou pastiche on va appliquer le même régime]

[Basée sur la liberté d’expression]

Plus encore que l’exception de citation, l’exception de parodie est fondée sur la
liberté d’expression.

- L’utilisation par les bibliothèques :

L’art.12 de la loi de 1994 a prévu la possibilité pour les bibliothèques publiques


de reproduire une œuvre en un ou deux exemplaires pour la préserver ou la
remplacer au cas où elle serait détruite, perdue ou rendue inutilisable pour les
besoins de l’enseignement.

Mais l’art.12 a subordonné cette reproduction à l’absence d’un but commercial,


en revanche, elle n’est pas soumise à l’autorisation de l’auteur et elle est
gratuite.

Le législateur fait échapper également au droit exclusif de l’auteur la


reproduction par les bibliothèques publiques d’un article ou d’un court extrait
d’un écrit autre qu’un programme d’ordinateur publié dans une collection
d’œuvres ou dans un numéro d’un journal ou d’un périodique lorsque le but de
la reproduction est de répondre à la demande d’une personne physique et aux
fins de recherche et d’enseignement.
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b. Les reproductions avec contrepartie pécuniaire :

Le législateur a prévu l’octroi de licences non exclusives par le ministère chargé


de la culture et ce pour la reproduction ou la traduction d’une œuvre protégée
selon des conditions déterminées par les art.13 et 14 de la loi de 1994 précitée.

La délivrance de ces licences est de nature à porter atteinte aux droits exclusifs
de l’auteur.

Le nom de l’auteur et titre original de l’œuvre doivent être indiqués sur tous les
exemplaires de la reproduction ou de la traduction publiée en vertu des licences
délivrées. L’auteur bénéficie en contrepartie de la délivrance de ces licences
d’une rémunération équitable.

Tout en précisant le but de la délivrance des licences qui consiste dans


l’enseignement et la recherche, l’art.14 de la loi précitée détermine la procédure
à suivre pour l’obtention de ces licences.

B. Les exceptions communes aux droits de représentation et de


reproduction :

1. L’utilisation en relation avec des thèmes ou événements d’actualité :

L’art.10-d de la loi de 1994 admet la possibilité de soustraire au consentement de


l’auteur la reproduction par la presse ou la communication au public d’articles
sur « des sujets d’actualité économique, politique ou sociale ; ou des œuvres
radiodiffusées ayant le même caractère ».
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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Le législateur a soumis cette utilisation à plusieurs conditions :

• D’abord, la liberté de reproduire et de communiquer au public des articles


ou des œuvres radio diffusées n’existe que si l’utilisation n’est pas
expressément réservée.
• Ensuite, dans le cas où l’utilisation vise à rendre compte d’un événement
d’actualité, elle doit être limitée à ce qui est nécessaire pour atteindre « ce
but d’information ». [idée de proportionnalité = l’adéquation = dans la
mesure du nécessaire]
• Enfin, l’utilisateur doit, dans l’hypothèse d’utilisation d’articles ou
d’œuvres radio diffusées indiquer clairement la source et le nom de
l’auteur ; obligation qui disparait lorsque ce nom ne figure pas dans la
source.

2. La reproduction d’œuvre d’art figuratif ou architectural pour les


besoins de la cinématographie :

Le législateur permet de reproduire les œuvres d’art figuratif ou architectural qui


sont exposées d’une manière permanente dans un lieu public et ce pour les
besoins de la cinématographie ou de la télévision.

Toutefois, le législateur a soumis la reproduction des œuvres précitées à la


condition que leur insertion dans le film cinématographique ou de l’émission
télévisée revête un caractère accidentel ou secondaire par rapport au sujet
principal du film ou de l’émission.

En revanche, le droit exclusif retrouve toute sa force lorsque l’utilisation n’est


plus accessoire (art.16 de la loi de 1994).

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3. L’utilisation dans le cadre de l’enseignement et de la recherche :

Le législateur fait échapper au droit exclusif de l’auteur l’utilisation de l’œuvre à


titre d’illustration à des fins d’enseignement dans des imprimés, d’exécution,
représentation dramatique ou enregistrement audio ou audiovisuel.

L’utilisation permise va beaucoup plus loin que la citation car c’est l’œuvre tout
entière qui peut être reproduite ou communiquée. On trouve dans l’art.10-c de la
loi de 1994 une autre exception du droit exclusif de l’auteur qui consiste dans la
possibilité de reproduire pour l’enseignement ou pour les examens dans les
établissements d’enseignement, les articles isolés licitement publiés dans un
journal ou périodiques, de courts extraits d’une œuvre ou d’une courte œuvre
licitement publiée.

Mais le législateur a soumis cette exception aux conditions suivantes :

• Il faut d’abord que le but de la reproduction ne soit pas commercial.


• Ensuite, la reproduction doit être dans la mesure justifiée par le but à
atteindre.
• Enfin, le législateur exige l’indication aussi bien de la source de manière
complète que du nom de l’auteur chaque fois où l’œuvre est utilisée.

4. L’utilisation d’un exemplaire d’une œuvre protégée dans une


procédure judiciaire :

Art.10-e de la loi de 1994.

Le droit d’auteur ne peut faire échec à « la reproduction ou l’enregistrement


d’un exemplaire d’une œuvre protégée en vue de son utilisation dans une

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

procédure judiciaire ou un contentieux administratif, dans les limites exigées


par ces procédures ou contentieux, tout en indiquant de la source et le nom de
l’auteur ».

Ainsi, l’art.10 qui a prévu cette exception pourrait être appliqué pour légitimer la
communication par l’éditeur du manuscrit de l’auteur dans le cadre d’un litige
avec un autre éditeur.

Toutes ces exceptions constituent des atteintes au monopole dont bénéficie


l’auteur dans l’exploitation de son œuvre.

En plus des droits qui font l’objet d’un monopole au profit de l’auteur, d’autres
droits ne lui accorde qu’un pourcentage prélevé sur le prix de vente ; il s’agit du
droit de suite.

§ 2 – Le droit de suite :

Le droit de suite est régi par l’art.25 de la loi du 24 février 1994. Cet art. dispose
que « Les auteurs de manuscrits et d’œuvres plastiques ont, nonobstant toute
cession de l'œuvre originale, un droit inaliénable de participation au produit de
toute vente de cette œuvre faite aux enchères publiques ou par l'intermédiaire
d'un commerçant. Après le décès de l'auteur, ce droit de suite persiste pendant
l'année grégorienne en cours et les cinquante années suivantes, il est prélevé au
bénéfice de l'auteur ou de ses héritiers, cinq pour cent sur le produit de la
vente ».

L’étude du droit de suite comprend l’analyse de son fondement et sa nature


(Paragraphe 1er) ainsi que son régime (paragraphe 2ème).

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Paragraphe 1er : Le fondement et la nature du droit de suite :

A. Le fondement du droit de suite :

Le droit de suite repose sur des considérations d’équite.

On sait bien que l’auteur d’un manuscrit ou d’une œuvre plastique en tire
généralement qu’un maigre profit de l’exercice du monopole de reproduction ou
de représentation et que l’essentiel de ses ressources provient de l’aliénation de
l’objet matériel dans lequel s’incorpore son œuvre. Or, il est fréquent qu’un
artiste qui n’a pas encore connu le succès soit contraint par les circonstances à
céder à bas prix un objet dont la valeur augmentera de façon spectaculaire
lorsqu’il devient célèbre.

C’est l’hypothèse qui a servi de base à la consécration légale du droit de suite ;


celui-ci permet d’associer l’auteur et après lui ses héritiers et ses héritiers
éventuellement à la plus-value. Ainsi, on veut compenser l’infériorité dans
laquelle il se trouve par rapport aux autres créateurs. [considérations d’équité]

B. La nature du droit de suite :

Le droit de suite a bien du mal à trouver place dans la palette des droits d’auteur.
En effet, il parait bien y avoir une différence de nature entre le droit privatif qui
permet d’interdire l’exploitation d’une œuvre de l’esprit en tant que telle et le
simple droit de créance qui s’exerce à l’occasion de l’aliénation d’un objet
corporel.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

La nécessaire distinction entre l’œuvre et son support matériel n’incite pas à la


confusion.

Henri DESBOIS objecte que le droit de suite présente au même titre que le droit
de reproduction ou de représentation la particularité de restreindre la propriété
corporelle ; càd le support matériel.

Mais, outre que la restriction n’affecte pas directement les prérogatives des
propriétaires, l’observation est de portée limitée et ne permet pas en tout cas de
déduite l’identité de nature.

Même en admettant que le droit de suite remplisse le patrimoine de l’auteur dès


l’instant où celui-ci consent à l’aliénation initiale, il n’est qu’une virtualité aussi
longtemps que l’acquéreur ne prend pas lui-même l’initiative d’une vente
susceptible de donner lieu à l’application de l’art.25 de la loi de 1994 précitée.

Reste que le droit de suite est destiné à compléter dans le domaine des arts
graphiques et plastiques la panoplie des droits patrimoniaux traditionnels et qu’il
est lié à la qualité d’auteur.

Paragraphe 2ème : Le régime du droit de suite :

A. Le domaine d’application du droit de suite :

Le domaine d’application du droit de suite :

• Le bénéficiaire.
• Les œuvres qui donnent prise au droit de suite.
• Les ventes qui donnent lieu à l’exercice du droit de suite.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

1. Les bénéficiaires du droit de suite :

Le droit de suite n’est accordé qu’à l’auteur et à ses héritiers .

2. Les œuvres qui donnent prise au droit de suite :

Le droit de suite a pour objet le support matériel, càd l’objet corporel qui donne
lieu à l’exercice de ce droit. Celui-ci ne s’applique qu’aux manuscrits et aux
œuvres plastiques tels que les tableaux et les peintures.

L’art.25 précité vise « l’œuvre originale » ; càd l’œuvre créée par l’artiste lui-
même. L’originalité ne renvoie pas ici à l’œuvre mais seulement au support
matériel.

3. Les ventes donnant lieu à l’exercice du droit de suite :

D’après l’art.25 de la loi de 1994, le droit de suite s’exerce à l’occasion de toute


vente faite de l’œuvre aux enchères publics ou par l’intermédiaire d’un
commerçant.

Cette formule a une longue portée, il faut inclure non seulement des reventes
dans la négociation desquelles un commerçant intervient comme intermédiaire
ou encore mandataire de l’une des parties mais aussi celles dans lesquelles il a
qualité de vendeur. Seules sont donc soustraites au droit de suite les ventes
originaires, càd les ventes qui ont été faites par l’auteur lui-même et celles dont
l’initiative est prise par l’artiste lui-même.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

B. L’objet du droit de suite :

L’art.25 précité accorde à l’auteur un droit de « participation aux produits de


toute vente » de l’œuvre. Il ne s’agit pas d’une taxe que l’acquéreur aurait à
payer en sus du prix de vente et qui, au lieu d’être versée dans une caisse
publique, serait remise aux ayants droits. (taxe déduit)

Le montant est distrait du prix de vente pour être versé aux intéressés.

C’est le vendeur qui supporte le droit de suite.

Le droit de propriété du vendeur subit une restriction dans l’exercice de


l’abusus, càd le droit de disposition, étant donné que le prix de vente n’est pas
intégralement versé au vendeur. Le montant du prélèvement est encaissé par
l’artiste ou ses ayants droit.

D’après l’art.25, il est prélevé au bénéfice de l’auteur ou de ses héritiers 5% sur


le produit de la vente.

Section 2ème : Le droit moral : art.8 et art.9 :

L’art.8 de la loi du 24 février 1994 précitée classe les droits de l’auteur en droits
patrimoniaux et moraux. Le législateur précise les caractères des droits moraux
dans l’al.2 de l’art.8 précité.

Quant aux attributs des droits moraux ; à savoir le droit de divulgation, le droit
de retrait, le droit à la paternité et le droit au respect de l’œuvre, ils sont
déterminés par l’art.9 de la même loi.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Avant d’analyser ces attributs (§ 2ème), il apparait opportun de mener une


réflexion d’ensemble sur la théorie générale du droit moral ( § 1ère).

§ 1ère – La théorie générale du droit moral :

Dans le cadre de la théorie générale du droit moral, nous allons examiner la


nature (Paragraphe 1er) et les caractères du droit moral (Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : La nature du droit moral :

Le droit moral revêt un caractère extrapatrimonial qui permet de l’opposer aux


droits patrimoniaux.

Mais cette opposition ne suffit pas à justifier l’inclusion du droit moral dans la
catégorie des droits de la personnalité. Un tel rattachement ne rend pas compte
de la richesse de la notion laquelle apparait mieux si la perspective se déplace
vers les droits patrimoniaux de l’auteur.

A. Le droit moral et les droits de la personnalité :

Le fait que l’œuvre porte l’empreinte de la personnalité de son auteur ne saurait


suffire à justifier l’inclusion du droit moral dans la catégorie des droits de la
personnalité.

Le droit moral n’existe en effet qu’à travers une œuvre de l’esprit, ce qui lui
donne une spécificité qu’on doit se garder (s’empêcher) de sous-estimer.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Il ne s’agit pas d’abord d’une prérogative innée inhérente à la qualité d’être


humain, mais d’un droit acquis par le travail de l’auteur.

Il porte ensuite sur un bien incorporel ayant une existence autonome et donnant
prise à un monopole d’exploitation et non sur un attribut intrinsèque de son
titulaire.

Il ne s’éteint pas enfin au décès de ce denier mais se transmet à ses héritiers et


persiste aussi longtemps que subsiste l’œuvre.

➔ Cette spécificité du droit moral par rapport au droit de la personnalité


s’oppose finalement à un véritable rattachement du premier au second :

Le droit moral est d’abord et avant tout un droit d’auteur au même titre que le
monopole d’exploitation.

B. Le droit moral et les droits patrimoniaux :

L’opposition entre droit moral et droits patrimoniaux rend compte d’une réalité
Elle n’exclut pas toutefois les chevauchements ; on sait bien que le droit moral
est parfois exercé en pratique à des fins patrimoniales. Mieux, l’exercice du droit
moral peut commander l’exercice des droits patrimoniaux comme nous le
verrons pour le droit de divulgation.

La frontière entre les deux types de prérogatives se révèle alors difficile à tracer.

Paragraphe 2ème : Les caractères du droit moral :

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Art.8 – al.2 de la loi du 24 février 1994 dispose que « Les droits moraux sont
imprescriptibles, ne peuvent faire l’objet de renonciation et sont inaliénables. Ils
sont toutefois transmissibles par voie de succession ou par testament ».

La consécration législative du droit de l’auteur à la paternité et au respect de son


œuvre montre que ce droit a un caractère personnel.

Ensuite, c’est un droit inaliénable ; càd qu’il ne peut pas être cédé.

En plus de l’inaliénabilité, le droit moral ne peut pas faire l’objet de


renonciation. Comme le note DESBOIS, « L’auteur ne peut renoncer à la
défense de sa personnalité sous peine de commettre un suicide moral ».

Même si l’insaisissabilité a échappé au législateur, ce caractère apparait comme


la conséquence logique de l’inaliénabilité. Certains auteur français (notamment
LUCAS) trouvent que l’insaisissabilité du droit moral va de soi.

Le droit moral est selon l’art.8 – al.2 de la loi de 1994 imprescriptible ;


autrement dit, il ne se perd pas par son non-usage.

§ 2 – Les attributs du droit moral :

Les attributs du droit moral énumérés par l’art.9 de la loi de 1994 sont de l’ordre
de quatre ; il s’agit du droit de la divulgation, du droit du retrait, du droit à la
paternité et du droit au respect de l’œuvre.

En examinant ces attributs, on se contente que le droit de la divulgation et celui


de retrait peuvent être étudiés ensemble parce qu’ils peuvent permettre de faire
obstacle à toute exploitation, voire toute utilisation de l’œuvre (Paragraphe 1 er).
En revanche, les droits à la paternité et au respect de l’œuvre ne faisant que

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

limiter la liberté de l’exploitant, ou plus généralement des tiers, ils méritent


d’être étudiés ensemble (Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : Les droits permettant de faire obstacle à toute exploitation


de l’œuvre :

A. Le droit de la divulgation :

1. La notion de divulgation

Professeur LALIGANT : thèse : La divulgation des œuvres artistiques,


littéraires et musicales, LGDJ, Paris, 1983.

Divulguer c’est, selon le Petit Robert, porter à la connaissance du public, telle


est également l’acception retenue en droit des brevets.

La divulgation doit donc s’entendre d’un fait matériel comme la publication qui
en est une des manifestations. Ainsi, l’œuvre est divulguée lorsqu’elle est rendue
accessible pour la première fois au public.

Le fait matériel ne vaut exercice du droit de la divulgation qu’à la condition de


révéler clairement la volonté de l’auteur de communiquer l’œuvre au public.

La divulgation d’une pièce de théâtre par exemple ne doit être faite qu’avec le
consentement préalable et écrit de l’auteur.

Tel est l’enseignement qu’on peut tirer d’un arrêt rendu en référé par la Cour
d’Appel de Tunis n° 1945 le 24 octobre 1994.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

D’après les faits de l’espèce, la société NEHDI production et l’acteur Lamine


NEHDI ont procédé à la distribution et à la représentation publique de la pièce
MEKKI ET ZAKIA sans verser la part qui revient à l’auteur et sans avoir obtenu
le consentement par écrit de ce dernier. Ces agissements ont continué même
après les différentes réclamations et mise en demeure qui leur ont été adressées
par l’auteur de la pièce en vue de faire cesser la dite exploitation. L’auteur
(MONCED DHOUIB) a alors intenté une action en référé contre la société de
production en vue de faire interdire la représentation publique de la pièce.

Le TPI de Tunis a donné gain de cause à l’auteur demandeur. La Cour d’Appel a


rejeté de recours interjeté par la défenderesse (société de production) car seul
l’auteur a le droit de présenter son œuvre au public par tous moyens et procédés,
or, en l’espèce, la divulgation de la pièce a été faite en l’absence de tout
consentement préalable et écrit de l’auteur.

2. La portée du droit de la divulgation :

Si le droit de divulgation ne conditionne pas la naissance des droits


patrimoniaux, il peut en affecter l’exercice. L’hypothèse suppose que la
divulgation ne soit pas encore intervenue au moment de la cession du droit de
reproduction ou du droit de représentation.

La question est alors de savoir si l’auteur peut reprendre sa parole.

➔ La solution ne fait guerre de doute (il a le droit), décider le contraire


reviendrait en effet à considérer que le contrat portant cession du droit
d’exploitation vaut renonciation anticipée à exercer le droit de la
divulgation alors qu’une telle renonciation est contraire à l’ordre public.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

B. Le droit de retrait :

L’art.9 de la loi de 1994 reconnait à l’auteur qui a cédé son monopole


d’exploitation le droit « de retirer son œuvre de la circulation auprès du public
en contrepartie d’une juste indemnité au profit de l’exploitant autorisé ayant
subi un préjudice ».

Sur le plan terminologique, on remarque que le législateur utilise le terme « droit


de retrait » uniquement sans citer « le droit de repentir » qui été prévu par la loi
du 24 février 1994 avant d’être modifiée et complétée par la loi du 23 juin 2009.

Bien que le retrait consiste à mettre fin à l’exploitation de l’œuvre et que le


repentir consiste à la modifier. Il semble que le législateur emploi le retrait dans
la nouvelle version de l’art.9 dans un sens large susceptible d’englober le
repentir.

Le droit de retrait permet de tenir en échec la force obligatoire des contrats afin
de respecter les scrupules (volonté) de l’auteur ; en quoi il se distingue du droit
qu’a celui-ci (l’auteur) de nier sa paternité.

1. Le domaine d’application du droit de retrait :

Le législateur reconnait à l’auteur le droit « de retirer son œuvre de la


circulation auprès du public ».

Ainsi, le droit de retrait qui suppose que l’œuvre a été divulguée au public
permet à l’auteur de mettre fin à son exploitation.

2. Le régime du droit de retrait :


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Le droit de retrait tient en échec la force obligatoire du contrat qui lie l’auteur à
l’exploitant ; l’auteur doit payer une juste indemnité à l’exploitant autorisé ayant
subi un préjudice.

Paragraphe 2ème : Les droits limitant la liberté de l’exploitation ou des


tiers :

A. Le droit à la paternité :

Art.9 de la loi de 1994 : L’auteur d’une œuvre a le droit exclusif « de


revendiquer sa paternité en utilisant son nom ou un pseudonyme ou de
conserver l’anonymat ».

Ainsi, le droit à la paternité se manifeste de 2 façons ; la première est positive ,


elle consiste dans le droit de revendiquer la paternité (1), quant à la deuxième,
elle est négative puisque l’auteur préfère l’anonymat ou l’usage d’un
pseudonyme (2).

1. Le droit de revendiquer la paternité :

L’auteur peut exiger la diffusion de l’œuvre sous son nom ; il a le droit de


respect de son nom. En effet, l’art.9 précité exige l’indication du nom de l’auteur
de manière conforme aux bons usages chaque fois que l’œuvre est
communiquée au public.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Le même texte impose l’indication du nom de l’auteur sur tout exemplaire


reproduisant le contenu de l’œuvre chaque fois qu’elle est présentée au public
sous un mode ou une forme d’expression quelconque.

L’auteur ou ses ayants droit seront donc fondés à rétablir la vérité en cas
d’usurpation ou d’omission ou d’erreur dans l’orthographe.

DESBOIS observe à juste titre qu’il s’agit là d’un « droit inné » qui se relie à
l’acte de création intellectuel.

Dans cet ordre d’idées s’inscrit un jugement rendu par le TPI Tunis le 19 mars
2007. D’après les faits de l’espèce, MONCEF DHOUIB a créé en 1995 une
pièce de théâtre intitulée « FLOUS » ou encore « TELVZA JEYA » puis une
convention a été conclue avec l’acteur LAMINE NEHDI par laquelle ce dernier
reconnait que MONCEF DHOUIB est l’auteur de ladite pièce. Celle-ci fut
enregistrée par l’auteur à l’office tunisien de protection des droits d’auteur le 29
octobre 2001 sous le titre de « TELVZA JEYA » mais il s’aperçu que LAMINE
NEHDI a procédé sans son autorisation à la représentation de la pièce sous un
autre tire « FI HEK EL SARDOUK NRAYCHOU » et qu’il l’a enregistré en son
nom à l’office tunisien de protection des droits d’auteur « OTPDA » sous le
même titre le 30 janvier 2001.

Ainsi, MONCEF DHOUIB a intenté une action en justice pour réclamer


notamment la paternité de l’œuvre litigieuse et la réparation du préjudice
matériel et du préjudice moral subi suite à la représentation de la pièce litigieuse
sans son autorisation.

Le TPI de Tunis s’est référé au contrat conclu entre les deux parties au litige et
dans lequel le défendeur reconnait que le demandeur est titulaire du droit
d’auteur. Puis, le tribunal a examiné les correspondances adressées par le
directeur du festival de Hammamet en 1997 et par le représentant légal d’une

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société algérienne en 1998 qui révèle que le demandeur est considéré comme
l’auteur de la pièce litigieuse.

Ainsi, le tribunal a attribué la paternité de l’œuvre litigieuse au demandeur.

Il faut noter que toute atteinte au nom de l’auteur ne peut pas être sanctionnée
sur le fondement du droit à la paternité. En réalité, le droit à la paternité comme
tous les autres attributs du droit moral n’est en cause qu’à travers une œuvre de
l’esprit, notamment, il n’a pas pour objet de protéger l’auteur contre des atteintes
à l’honneur ou à la réputation.

2. Le droit de ne pas révéler sa paternité :

L’auteur est libre de ne pas faire état de sa paternité en choisissant de rester


anonyme. Hypothèse qui doit être distinguée de celle dans laquelle un peintre
ayant d’abord divulguer sous son nom prétend par la suite effacer sa signature,
ou dans laquelle le coauteur d’un film se voit reconnaitre le droit de faire retirer
son nom su générique en cas de désaccord.

L’auteur peut selon l’art.9 de la loi de 1994 précitée utiliser un pseudonyme.

Il est généralement admis que l’usage du pseudonyme est licite en principe


même dans les actes juridiques dès lors qu’il n’en résulte aucun préjudice pour
les tiers.

Mais lorsque le pseudonyme ne cache pas l’identité de l’auteur au public ou si


l’auteur d’une œuvre anonyme ou portant un pseudonyme révèle sa vraie
identité, la durée de protection est celle prévue par l’al.2 de la l’art.18 de la loi
précitée.

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B. Le droit au respect de l’œuvre :

1. Les principes :

L’art.9-b consacre le droit au respect de l’œuvre puisqu’il reconnait à l’auteur le


droit « de s’opposer à toute mutilation, déformation, ajout ou autre modification
de son œuvre sans son consentement écrit, ainsi qu’à toute autre atteinte à la
même œuvre, préjudiciable à l’ honneur de l’auteur ou à sa réputation ».

Le respect dû à l’œuvre passe par le maintien de son intégrité, le cessionnaire, le


propriétaire de l’objet matériel dans lequel s’incorpore l’œuvre et au-delà les
tiers doivent d’interdire toute suppression, adjonction ou modification.

L’auteur doit établir une atteinte à son honneur ou à sa réputation comme l’exige
l’art.6 bis de la convention de Berne. L’auteur est seul juge de l’opportunité de
modifier son œuvre quelque soit l’importance de cette modification.

Si toute atteinte à l’intégrité viole en principe le droit au respect de l’œuvre,


l’hésitation est néanmoins permise quand la modification est très minime ou
lorsqu’elle est apparemment justifiée.

Par la force des choses, on s’attachera alors à rechercher si cette modification est
compatible avec l’esprit de l’œuvre.

Ainsi, il a été jugé (arrêt inédit- [Link] le 3 novembre 1999) que l’insertion
d’une préface dans le livre par la maison d’édition et l’adjonction des termes
« poème en prose » au titre initial sans avoir obtenu l’autorisation préalable de
l’auteur constitue une violation du droit moral portant sur l’œuvre et son titre.

2. Les limites :

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a. Limites tenant à la nature de l’œuvre :

Nous avons vu que dans la conception traditionnelle au moins, l’originalité


s’entend de l’empreinte de la personnalité de l’auteur et qu’elle se manifeste à
des degrés divers selon la nature de l’œuvre. Il est dès lors facile de comprendre
que le droit au respect sera moins impérieux lorsque l’originalité de l’œuvre sera
faible, voire douteuse.

Ainsi, l’art.45 de la loi du 24 février 1994 précitée dispose que « Sauf stipulation
contraire, l'auteur ne peut s'opposer à l'adaptation du logiciel par des tiers dans
la limite des droits qu'il leur a cédés ».

A titre de rappel, « le logiciel » comme terme est employé par le législateur dans
la loi de 1994 qui malgré ça elle ne l’a pas défini.

Il est généralement admis que le terme « logiciel » revêt une signification plus
large que ceux « programme d’ordinateur ».

- Le logiciel, d’après un arrêté ministériel français du 22 décembre 1981


relatif à l’ensemble du vocabulaire de l’informatique : « est l’ensemble
des programmes, procédés et règles et éventuellement de la
documentation, relatifs au fonctionnement d’un ensemble de
données ».
- Le programme d’ordinateur : c’est l’ensemble des informations
traduisant un algorithme en une expression intelligible par la machine
ou par un programme de traduction. C’est une série d’instructions
adressées à l’ordinateur en vue du traitement.
Le programme d’ordinateur constitue la composante essentielle du
logiciel ; celui-ci inclus en outre les principes qui président à

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

l’organisation du système tout entier ainsi que la documentation


connexe.

De ce point de vue, le logiciel présente encore une fois une particularité par
rapport aux œuvres de droit commun étant donné qu’une certaine modification
est autorisée par la loi.

b. Limites tenant aux droits des tiers :

Bien qu’elle intéresse au premier chef les droits patrimoniaux, certaines


exceptions au monopole ne peuvent rester sans incidence sur le droit moral.

Ainsi, la citation est par définition une atteinte à l’intégrité de l’œuvre, elle a
pourtant toujours été tolérée.

La parodie peut de son côté mettre en cause le respect dû à l’esprit de l’œuvre.


Mais les exigences de la liberté d’expression conduisent à rechercher un point
d’équilibre moins favorable aux intérêts de l’auteur.

c. Limites tenant aux engagements pris par


l’auteur :

Le caractère relatif du droit au respect de l’œuvre apparait clairement lorsque la


cession est limitée au droit d’adaptation. En effet, l’adaptation, de même que
l’arrangement qui est au domaine musical ce que l’adaptation est au monde
littéraire, impliquent par la force des choses une distance par rapport à l’œuvre
préexistante. De là à mettre en cause l’esprit de cette œuvre, il n’y a évidemment
qu’un pas. (Adaptation et non pas copier-coller).

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Chapitre 4ème : La durée des droits :

Les droits moraux sont imprescriptibles selon l’art.8 de la loi de 1994. En effet,
l’œuvre survit à son auteur tout en restant marquée de l’empreinte de sa
personnalité.
Quant aux droits patrimoniaux, ils ont une durée limitée. Ainsi, la propriété
littéraire et artistique est limitée dans le temps contrairement au droit de
propriété qui est perpétuel.
Le législateur a dû tenir compte de ce que « Les droits exclusifs sont exercés aux
dépends de la société tout entière » (DESBOIS) ; ce qui impose un compromis.
Le législateur a limité la durée de protection des droits patrimoniaux dans
l’art.18 de la loi de 1994. Celui-ci comprend une durée de droit commun prévue
par son al.2 et des cas particuliers voire des dérogations contenues dans les
al.3,4 et 5 du même texte et dans les art.19, 42 bis et 47 de la même loi.
Nous analyserons le principe ; càd la durée de droit commun (Section 1ère) avant
de voir les dérogations apportées à ce principe (Section 2ème).

Section 1ère : Le principe :

Article : Pr. Frédérique POLLAUD-DULIAN : « La durée du droit d’auteur »,


Revue internationale de droit d’auteur, 1998, n°2, p.83 et ss.
Nous allons examiner la durée de droit commun (Paragraphe 1er) et nous allons
voir que c’est cette durée qui s’applique aux programmes d’ordinateur
(Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : La durée de droit commun :

Aux termes de l’al.2 de l’art.18 précité, « La protection des droits patrimoniaux


de l’auteur dure pendant toute sa vie, le restant de l’année de son décès et les
cinquante années, à compter du premier janvier de l’année suivant celle de son
décès ou de la date retenue par le jugement déclaratif de son décès, en cas
d’absence ou de disparition ».

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Ainsi, les droits patrimoniaux subsistent durant toute la vie de l’auteur et


pendant une durée de 50 ans après sa mort.
Le texte a précisé également le mode de calcul du délai.
Nous allons donc examiner la règle des 50 ans post mortem (A), et le mode de
calcul dd délai (B).

A. La règle des 50 ans post mortem :

La durée post mortem qui est de 50 ans correspond au délai prévu par l’art.7 –
al.1er de la convention de Berne.
Mais en droit français, cette durée a été portée à 70 ans. L’allongement a été
justifié par l’idée que la volonté de faire bénéficier deux générations d’héritiers
des droits patrimoniaux objectif que le délai de 50 ans ne permettait plus
d’atteindre compte tenu de l’augmentation de la durée de vie moyenne.

B. Le mode de calcul du délai :

Le législateur a assorti le principe d’une durée de 50 ans d’une modalité de


calcul qui a pour conséquence de prolonger ce délai d’une période qui peut
comporter dans les cas extrêmes une année entière.
En effet, le délai de 50 ans ne commence à courir que le 1er janvier de l’année
qui suit celle au cours de laquelle l’auteur est décédé.
Cette correction qui est bénéfique pour les ayants droits a été apportée
essentiellement afin de simplifier les calculs dans lesquels se glissaient aisément
des erreurs lorsqu’il fallait tenir compte du jour auquel été mort le de cujus.
Une fois le terme survenu, l’œuvre de l’esprit tombe dans le domaine public ;
celui-ci signifie que l’œuvre est en principe à la disposition de tous et qu’elle
peut être exploitée librement, en particulier l’auteur et ses ayants droit ne
sauraient invoquer la théorie de la concurrence déloyale pour prétendre par ce
biais reconstituer le droit privatif disparu.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Paragraphe 2ème : L’application de la durée du droit commun aux


programmes d’ordinateur :

L’art.47 de la loi de 1994 a rendu els dispositions de l’art.18 applicables aux


programmes d’ordinateurs. En d’autres termes, la durée de protection des droits
patrimoniaux portant sur des programmes d’ordinateur est de 50 ans.
Le législateur a, par conséquent, uniformisé la durée de protection des droits
patrimoniaux parce qu’avant la promulgation de la loi de 2009, la durée des
droits portant sur des logiciels été limitée à 25 ans de la date de la création
(rédaction initiale de l’art.47 de la loi de 1994).
Mais à partir de quel moment le délai de 50 ans commence-il à courir pour les
programmes d’ordinateur ?
L’art.18 comprend plusieurs al. ; un principe et des cas particuliers relatifs aux
œuvres de collaboration et œuvres anonymes de sorte que le délai peut être
comptabilisé à partir du décès de l’auteur ou de la publication de l’œuvre.
Il semble que le législateur a voulu soumettre le mode de calcul du délai de
protection des droits portant sur des logiciels au principe prévu par l’art.2 de
l’art.18.
Si tel n’était pas le cas, il aurait pu prévoir une dérogation comme il l’a faite
pour les œuvres de collaboration et els œuvres anonymes.
Ainsi, la protection des droits patrimoniaux portant sur un programme
d’ordinateur dure pendant toute la vie de son auteur le restant de l’année de son
décès et les 50 années à compter du 1er janvier de l’année suivant celle de son
décès ou de la date retenue par le jugement déclaratif de son décès en cas de
disparition.

Section 2ème : Les dérogations au principe :

Certaines dérogations ont pour effet d’abréger la durée du monopole


(Paragraphe 1er) alors que d’autres ont pour effet de l’allonger (Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : L’abréviations de la durée du monopole :

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(Article : Pr. Hajer FATNASSI : ،2009 ‫"قانون الملكية األدبية والفكرية على ضوء قانون‬
.)‫ وما بعدها‬65.‫ ص‬،2010 ‫ نوفمبر‬،‫مجلة القضاء والتشريع‬
Pour certaines œuvres, la durée du monopole est calculée en fonction non pas de
la date du décès de l’auteur mais du jour de la publication ou de la
représentation publique voire de la réalisation.
A leur égard en effet, il serait impossible de se révéler au décès ou tout au moins
une telle référence conduirait à un résultat inacceptable ; tel est le cas des œuvre
anonymes ou pseudonymes (A), des œuvres cinématographiques (B) et des
œuvres photographiques (C).

A. La durée de protection des droits portant sur des œuvres anonymes :

L’art.18 - al.4 de la loi de 1994 dispose que « Quant aux œuvres anonymes ou
portant un pseudonyme, la protection dure cinquante années à compter du
premier janvier de l’année suivant celle de la première publication de l’œuvre ».
C’est par nécessité de la date du décès que la date du décès de l’auteur n’a pas
été prise en considération. Les œuvres pseudonymes présentent la particularité
d’être divulguées sans mention de la paternité.
Cette substitution a le plus souvent comme conséquence d’abréger la durée de la
protection en comparaison avec le calcul qui est établi par rapport à la date du
décès.

B. La durée de protection des droits portant sur des œuvres


cinématographiques :

Concernant le calcul de la durée de 50 ans prévue par l’art.42 bis pour protéger
les droits portant sur des œuvres cinématographiques, le législateur fait la
distinction entre l’œuvre qui a fait l’objet d’une représentation publique et celle
qui ne l’a pas été.
Dans la première hypothèse, le délai commence à courir « de la première
représentation publique licite de l’œuvre ». Ce mode de calcul est de nature à
abréger la durée de la protection en comparaison avec le calcul qui est établi par
rapport à la date du décès.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Mais le législateur ne retient la représentation comme point de départ du délai


qu’à la condition d’être licite. Autrement dit, les représentations qui ont eu lieu
d’une manière illégale par exemple en faisant recours au piratage ou celles qui
ne sont pas autorisées par l’auteur de l’œuvre ne peuvent pas être prises en
considération pour le calcul du délai.
Quant à la deuxième hypothèse, le délai commence à courir de la date de
réalisation de la première copie de référence.

C. La durée de protection des droits portant sur des œuvres


photographiques :

La durée de protection des droits portant sur des œuvres photographiques qui est
de 50 ans est comptabilisée de la date de leur réalisation. Ce mode de calcul
entraine à son tour une abréviation de la durée de protection en comparaison
avec le calcul qui est établi par rapport à la date du décès.

Paragraphe 2ème : L’allongement de la durée du monopole :

Concernant le délai de 50 ans prévu pour la protection des droits portant sur des
œuvres de collaborations, ce délai commence à courir du « du premier janvier de
l’année suivant celle du décès du dernier auteur collaborateur ou de la date
retenue par le jugement déclaratif de décès, en cas d’absence ou de
disparition » (art.18 – al.4).
Il serait en effet inéquitable de traiter différemment les droits respectifs des co-
auteurs selon les hasards de la vie et de la mort et d’admettre que le délai
commencerait à courir séparément pour chacun à partir de son décès.
La collaboration qu’exprime sur le plan juridique le régime de l’indivision
implique que l’œuvre n’aurait pu voir le jour tel qu’elle a été publiée si tous les
co-auteurs n’avaient coordonné leurs efforts créateurs.
La participation de chacun ayant été une condition nécessaire du résultat, il
convient d’instaurer un régime égalitaire entre tous et par conséquent de
n’ouvrir pour tous le court du délai qu’au décès du dernier auteur.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Chapitre 5ème : La dévolution successorale des droits :

Les droits moraux sont, d’après l’al.2 de l’art.8 de la loi de 1994, sont
transmissibles par voie de succession ou par testament.
Cependant, la loi de 1994 n’a pas réservé de textes spéciaux à la transmission du
droit moral. Celle-ci s’effectue par conséquent selon els règles du droit commun.
Ainsi, la transmission du droit moral ne présente pas de particularité.
En revanche, la dévolution des droits patrimoniaux revêt certaines spécificités
qu’on peut relever dans quelques textes prévus par la loi de 1994. En effet, cette
dernière comprend :
• d’une part des dispositions régissant la dévolution des droits patrimoniaux
portant sur des œuvres divulguées du vivant de l’auteur.
• elle comprend d’autre part des dispositions relatives à la dévolution des
droits portant sur des œuvres divulguées après la mort de l’auteur.
C’est ainsi que nous allons nous concentrer sur la dévolution successorale des
droits patrimoniaux en faisant la distinction entre les œuvres divulguées du
vivant de l’auteur (Section 1ère) et celles qui sont divulguées après sa mort
(Section 2ème).

Section 1ère : La dévolution des droits portant sur des œuvres divulguées du
vivant de l’auteur :

Les droits patrimoniaux comprennent les droits d’exploitation et le droit de


suite. Nous allons examiner en premier lieu la dévolution des droits
d’exploitation (Paragraphe 1er) puis la dévolution du droit de suite portant sur
des œuvres divulguées du vivant de l’auteur (Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : La dévolution du droit d’exploitation :

Dans le silence de la loi, le droit d’exploitation est dévolu conformément aux


règles générales du droit des successions. Le décès de l’auteur ne remet pas en
cause, sauf clause contraire, les droits des cessionnaires. La solution pourrait

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

être fondée sur l’idée que les héritiers ou légataires doivent respecter les droits
que les cessionnaires tiennent des contrats passés avec le de cujus.
Indépendamment des règles relatives à la dévolution proprement dite, c’est tout
le droit successoral qui a vocation à s’appliquer y compris pour le
fonctionnement de l’indivision sauf à observer que le partage en nature n’est
guère concevable en pratique même en faisant abstraction du droit moral et que
l’évaluation présente par la force des choses un caractère quelque peu arbitraire.
Il faut noter que la dévolution des droits patrimoniaux d’auteur est indépendante
de la dévolution des objets corporels qui constituent le support matériel de
l’œuvre ou dans lesquels ladite œuvre s’incorpore.
Ceci suive normalement le même sort que tous les autres meubles sous réserve
de l’application éventuelle des règles dérogatoires relatives aux souvenirs de
famille.

Paragraphe 2ème : La dévolution du droit de suite :

Selon l’art.25 de la loi de 1994, le droit de suite persiste après le décès de


l’auteur pendant l’année grégorienne en cours et les 50 années suivantes, il est
prélevé au bénéfice de ses héritiers 5% sur le produit de vente.

Section 2ème : La dévolution des droits portant sur des œuvres divulguées
après la mort de l’auteur :

Les droits de publication après la mort de l’auteur qui sont régis par l’art.18 – al.
dernier de la loi de 1994 procède non pas de l’acte de création d’une œuvre de
l’esprit mais de la divulgation réalisée après le décès du créateur.
Le législateur les a institués afin de stimuler la publication d’œuvres qui
risqueraient de demeurer inconnues du public si elles n’avaient pas été
aménagées.
Prenons le cas d’une œuvre littéraire que l’auteur n’a pas publié de son vivant
mais qu’il n’a pas interdit de divulguer après sa mort. 50 années s’écoulent sans
que la publication ait lieu, plus tard, il est à craindre qu’elle ne demeure à jamais
inédite. Personne en effet n’osera assumer les frais de la publication si une
protection adéquate n’est aménagée contre une menace de concurrence.
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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Cette œuvre étant au moment même où elle aura été publiée absorbée par le
domaine public. D’autres éditions pourront impunément voir le jour et celui qui
aura la témérité de courir les risques de la publication initiale perdra le fruit de
ses efforts, ses concurrents peuvent profiter du succès qu’il a rencontré pour
suivre son exemple.
Pour éviter ce péril et décider ses appréhensions, l’institution d’un monopole
apparu opportun au profit de celui qui prend l’initiative de la divulgation
posthume.
Il convient de le mettre à l’abri de la concurrence tout au moins pendant un
certain délai. Ainsi, les droits d’auteur et les droits de publication posthumes
diffèrent essentiellement par leurs fondements et leurs raisons d’être. Ils ne sont
donc pas de même nature.
Le droit de publication posthume n’est pas un droit d’auteur transmis à cause de
mort mais un droit propre naissant après le décès de l’auteur. Il mérite cependant
d’être analysé dans le cadre de l’étude de la dévolution successorale des droits
patrimoniaux de l’auteur parce que le bénéfice en est parfois réservé par la loi
aux héritiers ou aux légataires de l’auteur.
Nous allons étudier les droits de publication après la mort de l’auteur an
analysant les conditions de leur existence (Paragraphe 1er) et les effets de la
publication posthume (Paragraphe 2ème).

Paragraphe 1er : Les conditions d’existence du droit de publication après la


mort de l’auteur :

L’art.18 – al.6 de la loi de 1994 dispose que « Quant aux œuvres publiées après
la mort de leur auteur, la protection dure cinquante années à compter du
premier janvier de l’année suivant celle de la première publication de l’œuvre,
le droit d'auteur est exercé dans ce cas par les héritiers et les légataires, dans
les limites indiquées dans la loi en vigueur ».
Ce texte exige la publication de l’œuvre après la mort de l’auteur sans tenir
compte de la nature de l’œuvre objet de la publication.

A. L’indifférence de la nature des œuvres publiées :

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Siwar Ben Rezgui – M2 Droit des Affaires – Droit de l’Entreprise
DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Le législateur ne précise pas si toutes les œuvres publiées après la mort de leurs
auteurs bénéficient de l’application de l’art.18 précité ; il s’est contenté
d’employer l’expression « œuvres publiées après la mort de leurs auteurs » sans
la concrétiser. Mais la généralité des termes employés par le législateur incite à
considérer que toutes les œuvres artistiques, littéraires ou musicales relèvent du
champ d’application de l’art.18 précité.

B. L’exigence de la publication de l’œuvre après la mort de l’auteur :

L’œuvre publiée après la mort de l’auteur est celle qui n’a pas été divulguée de
son vivant par l’auteur lui-même ; autrement dit, si l’œuvre a été publiée du
vivant de l’auteur, le droit de publication posthume ne peut plus naitre.
Mais le problème se pose à propos de l’expression de publication prévue par
l’art.18 précité. La doctrine enseigne que la publication doit s’entendre dans le
sens le plus large incluant toute communication au public par un moyen
quelconque. Il suffit que, sous une forme quelconque de communication directe
ou indirecte au public, l’œuvre soit divulguée après la mort de l’auteur pour que
les droits de publication posthumes entrent en scène.
Ainsi, les notions de divulgation et de publication doivent être tenues ici pour
synonymes. Mais le droit de publication posthume ne peut, d’après la doctrine,
récompenser qu’une divulgation respectant le droit moral de l’auteur.

Paragraphe 2ème : Les effets du droit de publication après la mort de


l’auteur :

La publication posthume de l’œuvre entraine la naissance d’un monopole


d’exploitation (A) qui reste tout de même limité dans le temps (B).

A. La naissance d’un monopole d’exploitation :

Le droit de publication après la mort de l’auteur consiste en un monopole une


exclusivité d’exploitation tout comme les droits d’auteur relatifs à la création.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Ainsi, l’acte de publication posthume donne naissance à des droits dont la


structure est la même que celle des droits d’auteur qui procèdent d’un acte de
création encore que le fondement en soit tout différent comme la nature.
Celui qui a procédé à la publication jouit d’un droit exclusif comme l’auteur et
ce droit exclusif n’est autre que le droit d’exploitation qui comporte, comme
pour l’auteur, notamment les droits de représentation et de reproduction.
Les bénéficiaires de droit de publication posthume sont les héritiers et les
légataires.

B. La limitation du monopole dans le temps :

La protection des droits de publication après la mort de l’auteur dure 50 années à


compter du 1er janvier de l’année suivant celle de la première publication de
l’œuvre.
Ainsi, au lieu d’inclure la vie du titulaire et les 50 années suivant le décès, le
législateur a adopté une durée sur laquelle la date de la mort n’exerce aucune
incidence 50 ans à partir de la publication.

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DROIT DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE : MR. WALID MOKRANI

Chapitre 6ème : Les contrats d’exploitation des droits d’auteur :

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