HDI HDI: HDI S2.docx (Université Paris-Panthéon-Assas) HDI S2.docx (Université Paris-Panthéon-Assas)
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HDI
Examen :
- 20 questions réponses courtes : pas de justification
Jamais de question sur les dates
- 2 questions réponses développées : transversales, 25/30 lignes => si l’on ne peut pas
tout dire : sélectionner les points importants et les énoncer au devant de la réponse.
- Questions portant sur un texte ou ébauche d’un plan de commentaire de texte (étape
de l’introduction, plan).
- Dans l'espace : Rome à l’origine est une cité modeste qui devient un empire
gigantesque au fil du temps. Lors de l’apogée (IIème siècle), les frontières s’étendent
de la Bretagne jusqu’au Golfe Persique, de l’Afrique du Nord jusqu’à la mer Noire, de
la Nubie jusqu’au Danube et au Rhin.
- Dans la durée : Rome a été fondée en -753, l’empire Romain d’Occident s’est
effondré en 476 et l’empire Romain d’Orient a duré jusqu’en 1453 (prise de
Constantinople). Rome a existé pendant 14 siècles, et a connu différents régimes
politiques : la royauté, puis la République et enfin l’Empire.
Rome a donc été une puissance millénaire qui finit par s’effondrer.
L’Empire Romain se définit comme l’ensemble de territoires qui sont groupés autour de la
Méditerranée et réunis sous la direction d’un même pouvoir politique se trouvant à Rome.
Tous ces territoires vont être influencés par l’héritage / le legs romain.
L’Etat romain s’est vu assigné différentes fonctions, pour remplir un objectif précis :
sauvegarder l’intérêt général : la « res publica », la chose publique.
C’est une particularité de la civilisation antique, car c’est elle qui a mis l’accent sur le but
qu’il fallait assigner à l’Etat. En effet, c’est cette finalité qui va fonder son action politique et
qui va fonder ses fonctions. A Rome, les citoyens sont soumis au droit, et sont intéressés par
la res publica.
À la tête de cet Empire romain, on trouve un empereur que les Romains désignent sous
plusieurs appellations : Auguste ou César.
D’abord, le mot qui va le mieux désigner l’empereur va être « princeps » qui est traduit
comme “prince”. Le mot correspondant au régime politique du princeps, est le Principat, qui
a lieu de -27 jusqu’à 284.
Ensuite, l’empereur va asseoir davantage son autorité, son pouvoir et son rang : l’on passe au
terme « Dominus » avec le régime politique du Dominat (284 - 476).
A) La potestas
La potestas est le pouvoir légal que détenaient les magistrats sous la République romaine.
Sous l’empire, ces magistrats exercent leurs fonctions, mais ils partagent cette potestas avec
l’empereur.
- L’imperium : l’empereur est Imperator ; un titre militaire, qui était décerné par les
soldats à leur général. L’empereur va hériter d’un pouvoir de commandement militaire
illimité. En effet, cet imperium s’exerce sans limite de temps et sans limite territoriale.
Cette potestas va donner à l’empereur une position privilégiée puisqu’elle exprime à la fois le
droit de commander, de prendre des décisions et le droit de se faire obéir. L’empereur est au
cœur du pouvoir avec tous les moyens nécessaires pour assurer la direction de l’empire.
B) Auctoritas
Celui qui a l’auctoritas va infléchir toute prise de décision dans son sens, car il est le seul à
posséder le pouvoir nécessaire pour cela ⇒ qualité par laquelle quelqu’un se fait obéir.
La personne qui la détient est au-dessus des autres.
C) La dimension religieuse
L’empereur est un grand pontife. Il peut présider des cérémonies religieuses, il a l'obligation
de veiller sur les lieux saints. Progressivement, on va assister à une sacralisation de
l’empereur. Après la mort de l’empereur, on voue un culte impérial à l’empereur, c’est un
élément essentiel de l'affirmation du pouvoir.
Mais ce pouvoir n’est pas arbitraire, il agit dans un cadre légal : il doit être guidé par la
satisfaction de l’intérêt général.
Du -Ier siècle jusqu’au IVème, Rome va intégrer progressivement des territoires dans son
immense empire, par le biais de conquêtes militaires. Rome va diffuser la romanité
(romanitas), cette culture romaine sur laquelle repose la civilisation.
- Une facilité de circulation : Rome a établi un vrai réseau routier, efficace, bien
entretenu. Ce dispositif routier est d’abord utilisé à des fins militaires, puis à des fins
commerciales, pour permettre la circulation des hommes et des marchandises.
- D’abord, au cours du Ier et du IIème siècle, les empereurs parviennent à contenir les
barbares.
- Enfin, à partir de la fin du IVème siècle, Rome est confrontée à des migrants. À partir
de 380, des barbares viennent d’Asie, les Huns, et poussent des populations entières à
passer en territoire romain et à demander la protection de l’empire.
Face à cette situation, l’empire constate qu’il a besoin de davantage de soldats, ce que les
barbares possèdent. L’armée romaine va les employer sur ses frontières et la population
romaine va être amenée à cohabiter avec ces populations barbares pacifiques. Ils vont devenir
les garants de la sécurité locale. Ces populations vont se convertir au christianisme.
Comment un empire si puissant et une autorité politique aussi bien organisée ont-ils pu
disparaître en moins d’un siècle ?
Il y a deux raisons principales qui expliquent la crise profonde que traverse l’empire romain :
- La crise économique : à la fin du IVème siècle, les populations vont être obligées de
se déplacer dans tout l’empire. Rome fait appel aux barbares comme main d’œuvre.
Les esclaves se raréfient et une baisse de natalité survient.
À partir de 395, les empereurs de la partie occidentale qui vont se succéder sont faibles :
- Trop jeunes
- Influencés par leur entourage
- Très souvent, ces empereurs finissent mal : assassinat, coup d’état...
Au Vème siècle, on peut dire qu’il n’y a plus d’autorité centrale énergique capable d’assurer
la défense de l’empire.
- Elles vont disposer de leurs propres royautés, contrôlées par leurs propres rois.
- Elles disposent de leur propre armée que les empereurs romains vont chercher à
utiliser dans leur propre conflit.
Ces barbares de l’intérieur deviennent de plus en plus puissants et indispensables. Ils vont
servir les politiques impériales des deux côtés. Ces barbares vont devenir les mercenaires des
empereurs : ils disposent donc d’un moyen de pression sur l’empire.
Par exemple, en 410 : une peuplade barbare, les Wisigoths, menée par Alaric, pille la ville de
Rome, car ils sont mécontents des conditions auxquelles on les emploie comme mercenaires.
Les Romains constatent de plus en plus l’impuissance de l’empereur à les protéger. Une idée
prend forme : peut-être que les Romains seraient mieux protégés s’ils vivaient sous la
domination d’un roi barbare ?
D’autant plus que pendant tout le Vème siècle, on constate que l’empereur romain est
incapable de faire face aux pillages réalisés par les peuplades barbares. Rome, pour essayer
de mettre fin à ces attaques qui viennent de l’extérieur, va recourir aux services militaires des
barbares de l’intérieur. Rome organise leur installation dans une partie de l’empire, plus
précisément en Gaule, pour défendre des territoires que Rome ne peut plus défendre
elle-même.
Trois exemples de populations : les Wisigoths dans le Sud de la Gaule, les Burgondes dans le
Sud de la Bourgogne et l’Est de la France, et les Francs dans le Nord de la France.
Rome va fixer juridiquement avec ces barbares les conditions d’une installation permanente :
le régime de l’hospitalitas : ancienne pratique visant à assurer l'entretien des gens de guerre.
Dès 416, Rome conclut un traité avec les barbares, un foedus : un traité par lequel les
barbares qui conservent leur propre roi et leur propre droit, se voient confiés la défense et la
protection d’un territoire en l’échange de moyens de subsistance et des revenus fiscaux.
Les barbares qui ratifient ces traités sont considérés comme des peuples fédérés de Rome. Ils
sont au service de Rome et ce foedus va donner naissance de façon presque officielle à des
royaumes romano-barbares.
En effet, ces royaumes sont « romains », parce qu'ils s'intègrent dans l’ordre politique et
administratif existant. Certains s’inspirent des pratiques juridiques des Romains (édit de
Théodoric). Le roi barbare est un fonctionnaire romain, mais il est avant tout le chef de son
peuple. L’hospitalitas met en place une cohabitation romaine et barbare de l’intérieur.
Mais au milieu du Vème siècle, une nouvelle crise va secouer l’empire romain d’Occident.
En effet, vers 444, l’Occident va être attaqué par les Huns conduits par Anla. Cette armée va
être vaincue par une armée composée de Romains et des peuplades barbares.
Au milieu du Vème siècle, on voit se multiplier les royaumes barbares, ce qui traduit un
degré d’autonomie de ces peuples fédérés très important.
On va assister à une évolution en deux temps :
- De 455 à 476 : la réalité du pouvoir n'apparaît plus aux derniers empereurs romains,
ce sont les généraux en chef de l’armée romaine qui ont le pouvoir. Souvent, ces
généraux sont des barbares. Ils n’hésitent pas à affirmer leur indépendance.
Finalement, l’empire romain d’Occident est mort ce 4 septembre 476. Mais cet évènement ne
semble pas émouvoir les contemporains, pour deux raisons :
Cette chute de l’empire romain d’Occident va mettre un terme à une des civilisations les plus
brillantes, qui avait porté le droit à un niveau très élevé. Désormais, sur ce territoire de
l’empire, on voit se juxtaposer des espaces de pouvoir indépendants qui s’incarnent dans des
royaumes « nationaux ».
Avec l’effondrement de l’empire, les rois barbares vont dominer les populations indigènes qui
vivaient déjà sur ces territoires. Ils vont donner à leur pouvoir une dimension territoriale. Ce
qui était avant une royauté militaire et personnelle sur un peuple se transforme en une royauté
territoriale sur des peuples.
Dans le dernier tiers du Vème siècle, l’Europe et plus particulièrement la Gaule vont être le
théâtre de profond bouleversements politiques. Ils sont liés à l’affrontement et l’expansion
des peuples barbares.
Remarque importante : il existe plusieurs tribus franques, et parmi ces tribus, une est
intéressante : les francs saliens. Ils constituent l’entité la plus importante, celle qui dominera
l’ensemble de la Gaule. Ils sont organisés sous la forme d’une monarchie héréditaire : les rois
se succèdent de père en fils, au sein d’une même famille ⇒ la famille des Mérovingiens.
Ce terme vient de “Mérovée”, deuxième roi des francs saliens. Le fils supposé de Mérovée,
Childéric Ier, va s’imposer comme le plus puissant des rois francs pendant son règne (457 –
481). Toutefois, il demeure très en retrait par rapport aux rois Wisigoth et Burgonde, présents
dans le reste de la Gaule.
Moment clé : en 481, Clovis succède à son père à la tête des Francs. L’ère de la dynastie
mérovingienne va s’ouvrir. En l’espace de quelques décennies, Clovis va conquérir et réunir
sous son autorité presque tous les royaumes barbares de Gaule.
Clovis va fonder le royaume des Francs, d’où la France va tirer son nom. Il a 2 traits
principaux : un royaume chrétien marqué par la tradition barbare et l’héritage romain.
Puis, grâce à son talent politique : Clovis est un stratège. Il va s’imposer durablement à
l’intérieur du territoire conquis. Cette qualité va lui permettre de poser les fondements de la
permanence du royaume franc. Il va fonder une dynastie, puis une alliance entre pouvoir
politique et religieux (le trône et l’autel).
En 511, Clovis meurt, mais ses fils vont parachever son œuvre. Pendant plusieurs siècles, la
Gaule va être gouvernée par une même autorité. Les Mérovingiens gouvernent un royaume
où coexistent sur un même territoire des peuples ou des ethnies qui ont des traditions
juridiques et politiques différentes.
Ils doivent faire face à un problème : la stabilisation de ce nouvel ensemble territorial. Donc,
ils mettent en place une royauté consacrant une conception personnelle du pouvoir.
Les Francs vont développer une conception relativement simple du pouvoir. Cette conception
est héritée de leur passé barbare. Elle est en retrait par rapport à l’idée romaine de res publica
et la notion d’Etat.
A) Le lien personnel
La tradition franque est fondée sur l’honneur militaire, elle favorise une relation d’homme à
homme, qui va se matérialiser dans un serment, le leudesamio. Un serment de fidélité prêté
au roi par les Grands du royaume (aristocrates). Ceux qui s’engagent sont les leudes, ses
fidèles. Le leude ne pas nuire à son roi, lui obéir, le suivre au combat.
- Le pouvoir du roi mérovingien est fondé sur le charisme qui est propre à la personne
du roi. On ne trouve pas l’idée d’un ordre juridique supérieur. On obéit au roi non
parce qu’il est le roi, mais parce qu’il est lui.
Ce charisme personnel s’enracine à la fois dans les victoires au combat mais également dans
l’appartenance à une dynastie. La manifestation par excellence de ce caractère personnel du
pouvoir est l’apparence physique : les rois mérovingiens sont des rois chevelus, reges crini.
⇒ manifester aux yeux de tous son pouvoir et son statut social.
Dans la royauté franque classique, le caractère personnel du pouvoir suppose une acclamation
du nouveau roi par les Francs. En pratique, tous les Grands (hommes libres, élites) acclament
le nouveau roi, elle s'apparente à une élection, on élève le roi sur un bouclier (pavois).
Avec Clovis, une dynastie s’impose : le pouvoir royal se transmet de façon patrimoniale.
Clovis et ses descendants deviennent roi à une époque où l’idée d’Etat, de res publica, a
disparu. Donc pour eux, le royaume est la chose privée du roi (res privata), qui est acquise par
droit de conquête. Alors cette nouvelle notion s'oppose à la res publica, chose publique.
Un principe est posé : la transmission du royaume est réglée par le recours au droit privé de la
succession. On assimile le pouvoir royal au cas des alleux : des terres possédées en toute
propriété par une famille à titre héréditaire. La loi salique précise que les alleux sont transmis
de mâle en mâle, à égalité entre les descendants. On adopte cette règle pour la dévolution du
pouvoir.
Application du principe : la succession d’un roi se règle comme une succession ordinaire,
alors le titre royal et le royaume reviennent à ses fils, à parts égales. Clovis meurt en 511 : le
royaume est divisé entre ses 4 fils (Théodoric, Clotaire, Clodomir, Childebert).
On passe à des royaumes (regna), chaque héritier possède le titre de roi des Francs avec une
zone d’influence.
Remarque : cette patrimonialité de la royauté présente une ambiguïté, elle est franque dans
son esprit mais romaine par son objet car chaque roi va s’estimer porteur des mêmes droits
politiques que ses voisins ⇒ susceptible de voir ses frères comme des rivaux.
Par conséquent, guerre civile quasi- permanente entre rois au cours du VIème et au début du
VIIème siècle. Un des héritiers va triompher : Clotaire Ier, il réunifie le royaume.
Les apports romains et chrétiens sont rendus inévitables par la rencontre des cultures. Les
emprunts faits au pouvoir romain, et le rapprochement effectué avec l’Eglise, sont la
conséquence d’un calcul politique de la part des mérovingiens.
A) L’héritage romain
Les rois mérovingiens doivent régner sur une majorité de sujets gallo-romains. Pour être
légitime à leurs yeux, les rois mérovingiens ont intérêt à s’inscrire dans la continuité de
l’empire romain.
Les Francs veulent retrouver le vocabulaire romain dans les titres qu’ils s'attribuent. Ils se
considèrent toujours comme les défenseurs de la romanitas, et insistent sur le contenu de leur
pouvoir.
Par exemple, Clovis et son père portaient le nom de rex. À partir de 511, les rois
mérovingiens porteront le nom de rex francorum. Aussi, le roi mérovingien est qualifié de
princeps.
A Rome, la toute-puissance de l’empereur se manifeste par l’usage répété du qualificatif du
mot princeps.
En 507, après la victoire de Clovis, il se fait attribuer par l’empereur romain d’Orient
(Anastase) le titre d’Auguste. Or ce titre est réservé aux empereurs romains, il signifie celui
qui possède l’auctoritas et lui permet de renforcer les décisions de l’empereur.
Clovis va revêtir les insignes romains (vêtements), il va s’inscrire dans la continuité de Rome.
Le mot res publica n’est pas utilisé par les Francs. Mais on retrouve dans les textes royaux
des formules qui traduisent l’idée que la fonction royale a pour finalité la satisfaction de
l’intérêt général.
Les mots necessitas, utilitas, regnum, patria sont souvent utilisés. Preuve qu’on a conscience
que le roi franc doit s’occuper des droits des peuples qui lui sont soumis.
Dans le royaume des Francs au VIème siècle on voit s’imposer une conception de la légalité.
Cette conception de la légalité présente 3 caractères :
B) L’héritage chrétien
Les rois mérovingiens recherchent constamment l’appui de l’Eglise, il font des dons
importants aux grands monastères, à des abbayes, dans le but de bénéficier de leur soutien, et
de leurs prières.
Par exemple, Clotaire 1er se fait exhumer à l’abbaye Saint-Médard de Soissons ou encore le
roi Dagobert se fait enterrer dans la basilique Saint-Denis.
Dans l’empire romain, l’Eglise avait une place de choix. On constate que les évêques avaient
pris la place des fonctionnaires quand l’empire s’était désagrégé. C’était les seuls détenteurs
d’une autorité morale, politique et économique.
Clovis va comprendre qu’il a besoin du soutien de l’Eglise. Cette prise de conscience est une
nouvelle manifestation de son sens politique, notamment dans le contexte religieux de
l’époque.
Au Vème siècle, les chefs barbares sont essentiellement des ariens. L’arianisme est une
branche dérivée du christinnaisme qui adhère aux idées d’Arius.
Les ariens nient la pleine divinité du Christ, et donc la Sainte Trinité. Ce ne sont pas des
chrétiens romains, car ils ne reconnaissent pas l’autorité du pape. Dans la plupart des
territoires barbares, les évêchés chrétiens romains sont soit persécutés ou écartés du pouvoir.
L’Eglise chrétienne romaine ne va accorder son soutien à aucun chef barbare pour être
tranquille.
Aux alentours de 496, Clovis est baptisé par l’évêque de Reims. C’est un acte politique
extrêmement fort, avec deux conséquences :
Trois remarques :
- L’Eglise catholique assure une meilleure assise au pouvoir franc, il est renforcé, donc
la monarchie mérovingienne est une royauté chrétienne.
Le prince mérovingien s’inscrit dans la tradition des origines. Il exerce un pouvoir fort qui est
fondé sur la puissance militaire. Il a deux pouvoirs :
A) Le mundium
- De manière générale, il s’exerce à l’égard de tous les sujets du royaume. Ses sujets
peuvent avoir recours au roi dans l’hypothèse où ils ont été victimes d’un tort.
Dans les deux hypothèses, lorsque le roi rend la justice, il ne le fait pas gratuitement: il reçoit
une partie de l’amende versée à la victime. Le montant de l’amende évolue
proportionnellement au rang de la victime et au niveau de protection dont bénéficiait cette
victime : le Fredum, ou Friede Geld.
B) Le bannum
Le souverain l’exerce sans limite avec des applications très concrètes et variées.
Il peut :
- convoquer l’armée
- exiger des impôts
- promulguer des actes qui sont de nature « législative ».
C) Conclusion
Les Mérovingiens ont essayé de se substituer aux structures romaines qui avaient disparu.
Ces Mérovingiens ont essayé de pérenniser leur royaume, et de le réformer. Mais ils ont
échoué à construire une entité politique stable. Leurs pratiques personnelles et leurs
patrimoniales du pouvoir ont fragilisé structurellement la royauté.
On va donner un surnom à ces rois dès le IXème siècle : les rois fainéants. Cette situation va
aboutir à une dilution du pouvoir.
La réalité du pouvoir va passer des mains des rois mérovingiens aux mains de l'aristocrate
(les Grands). L'aristocratie va s’enrichir sous le règne des Mérovingiens, elle va devenir
arrogante vis-à-vis de ces rois faibles.
Cette ascension de cette famille va s’incarner dans Charles Martel, et ses fils :
- 737 : le roi meurt. Charles Martel, maire du palais, ne va pas lui chercher de
successeur. Le trône reste vacant. Charles Martel va exercer le pouvoir, en toute
illégalité et ne prend pas le titre de roi (rex).
- 741 : Charles Martel meurt, laisse son pouvoir à ses deux fils, Pépin et Carloman
- 743 : les deux fils décident de replacer sur le trône un roi mérovingien. Ce roi, c’est
Childéric III. Au fil du temps, les membres du clergé et une partie de l’aristocratie
contestent la légitimité des Pippinides.
- 747 : Carloman se retire dans un monastère, son frère est le seul maire du palais.
En 751, une nouvelle dynastie prend le pouvoir : les Carolingiens. Elle se met en place à la
suite d’un concours de circonstances et grâce au talent politique de Pépin Le Bref.
En 747, lorsque Carloman se retire dans un monastère, Pépin devient le seul dirigeant du
royaume, malgré la présence des rois mérovingiens. Il va s’octroyer lui-même le titre de roi.
La façon dont il va procéder va montrer la force de la tradition mérovingienne. Cette royauté
mérovingienne va se manifester à travers ses racines germaniques, mais également à travers
sa dimension religieuse.
Vers 750, Pépin envoie une délégation auprès du pape Zacharie, en demandant l'autorisation
de mettre fin à la dynastie mérovingienne. Le pape, qui soutient le royaume franc, accepte
cette requête. Pépin peut se débarrasser de Childéric III, dernier roi mérovingien.
- La chevelure est synonyme de charisme, donc les rois détrônés doivent être rasés,
avant d’être soit enfermé, soit tué. Pépin va faire raser Childéric III.
- L'élection par l’acclamation est une condition essentielle pour désigner un nouveau
roi. Pépin se fait élire par acclamation par les Grands à la fin 751.
Mais ça ne suffit pas, car Pépin, bien qu’élu, apparaît encore comme un usurpateur parce
qu’il n’a pas ce charisme inhérent à la dynastie mérovingienne.
Comment imposer ce qui est un véritable coup d'État et donc parachever cette prise de
pouvoir ?
Pépin va montrer à son peuple qu’il a le soutien de l’Eglise et du pape. Il va se faire sacrer
roi, deux fois : en 751 et en 754. Il s’agit d’un moment historique, car c’est la première fois
qu’un roi est sacré dans les royaumes francs.
Pépin s' inscrit dans un processus de légitimation, qui va permettre de fonder la dynastie
carolingienne et plus celle des pipinides, qui régnera pendant 2 siècles et demi jusqu'en 987.
Le terme “carolingien”, dérivé du mot « Carolus », prénom de Charles Martel.
Etant donné les circonstances de leur accession aux trônes, les carolingiens vont être conduits
à poursuivre un objectif, l'unification de l’Occident. Ils le feront en s’appuyant sur l’Eglise.
Les Carolingiens vont sauvegarder l’unité du royaume en procédant à toute une série de
conquêtes, qui étendront leur domination au-delà des limites du royaume mérovingien.
En plus de ces conquêtes militaires, les carolingiens vont contribuer à poser les fondements
de ce qu’on va appeler l’idéologie médiévale de la royauté. En développant une conception
théocratique du pouvoir, et en reprenant l’héritage impérial romain.
La marque de l’Eglise s’est manifestée très tôt par ce double sacre de Pépin le Bref. En 751,
Pépin se fait sacrer roi une première fois, à Soissons, par l’archevêque Boniface. En 754, il va
profiter de la venue du pape (Etienne II) pour renforcer sa légitimité : il se fait sacrer une
seconde fois avec ses deux fils, Charles et Carloman.
- Une origine immédiate : c’est une innovation des carolingiens. L’originalité de cette
cérémonie repose sur l'onction d’une huile sainte. Il est porteur d’une charge mystique
très forte entretenue par les carolingiens.
Les mérovingiens n’ont pas recouru au sacre, mais il y avait un rituel d’accession au
trône, comprenant une bénédiction par les évêques. La première apparition du sacre
est apparue dans le royaume des Wisigoths (fin VIIème siècle).
- Une origine ancienne : la pratique de l’onction est adressée par la Bible, elle était
utilisée par les premiers rois d’Israël notamment par le roi David. Cette origine est
essentielle à la promotion du sacre.
B) La portée du sacre
Cet esprit divin, du fait de l’alliance entre le royaume et l’Eglise, doit animer le souverain
dans l’exercice de son pouvoir. Ce rituel va singulariser la personne du roi, il devient
extraordinaire. Le sacre fait du roi l’élu de Dieu.
A partir de Charlemagne, pour exprimer cette élection divine : on va dire que le roi est « rex
francorum dei gratia ».
⇒ Ce sacre confère au roi un caractère prophétique, car il est roi et prêtre. Grâce au sacre,
l’Eglise va s’imposer aux côtés du roi, elle va s’appuyer sur les rois carolingiens. Elle va
imposer aux rois une éthique de la fonction royale.
L’entourage du roi carolingien estime que la mission de la royauté doit s’inscrire dans la
continuité de l’empire romain, qui avait autrefois incarné l’idée d’universalisme. On veut que
le roi carolingien endosse un rôle providentiel d'autant plus lorsque l'Empire est devenu
chrétien.
Ce retour au modèle romain va être rendu possible grâce au règne du fils de Pépin le Bref,
Charlemagne. D’abord roi des Francs, puis empereur d’Occident entre 768 et 814. Il va
contribuer à la restauration de l’empire romain.
Son règne est également synonyme d’une importante renaissance intellectuelle et politique. À
travers cette renaissance, on constate que l'Antiquité (Rome) redevient un modèle. Par
conséquent, la conception du pouvoir va être profondément affectée.
A) La restauration impériale
Le 25 décembre 800, Charlemagne est couronné empereur à Rome par le pape Léon III, selon
le cérémonial pratiqué par les empereurs romains. C’est la restauration de l’empire, la
renovao imperii : Charlemagne récupère le titre d’ “Auguste”.
Pour bien comprendre le sens que prend cette restauration de l’empire en Occident, il faut
évoquer une lettre, écrite par Alcuin à Charlemagne en juin 799. Dans cette lettre, il expose
une situation qui serait susceptible de conduire Charlemagne à revendiquer cette fameuse
dignité impériale.
Alcuin estime que le roi des Francs est la seule autorité capable de guider le peuple chrétien
car il a davantage de sagesse et de puissance. Par conséquent, Alcuin place Charlemagne dans
une démarche universaliste, et lui suggère de restaurer l’empire en Occident.
L’idéologie impériale carolingienne n’est pas exactement la même que l’idéologie impériale
romaine. L’empire de Charlemagne prolonge bien l’empire romain, mais cet empire va être
de plus en plus perçu comme étant avant tout un empire chrétien et franc :
D’une part, cet empire est chrétien par l’idéal qu’il véhicule et également par sa finalité,
puisque son but est de propager la foi et de faire régner la justice de Dieu.
D’autre part, cet empire est également franc de par sa réalité profonde : les Francs s’y
considèrent comme la nation dominante, comme le « peuple élu ».
Cette renaissance intellectuelle se traduit par un nombre important d’ouvrages doctrinaux. Ils
traitent de la nature du pouvoir royal, de l’institution, et sur la finalité de l'action.
D’abord ils exaltent le pouvoir royal. Ensuite, on constate que ces ouvrages soulignent le
caractère subordonné de ce pouvoir royal.
- La res publica : issue de la tradition politique romaine, elle désigne la chose publique.
Elle est tombée en désuétude sous les mérovingiens.
Sa réhabilitation est liée au retour de l’idée impériale en Occident. Cette notion va donner à la
royauté franque la conscience qu’elle doit gérer elle-même une part de la chose publique. Le
roi doit agir pour satisfaire l’intérêt général.
En réalité, cette expression renaît au règne de Louis le Pieux. A partir de son règne, cette
notion s'inscrit dans la durée. Res publica est souvent utilisée comme complément du nom
utilitas, salus, status. Et comme complément d’objet des verbes gouverner, régir, administrer.
Donc la res publica désigne bien, au IXème siècle, comme à Rome, une entité supérieure à la
personne de ses gouvernants, à la réalisation de laquelle tous doivent œuvrer. L’empereur
carolingien va ouvertement être appelé Auguste, César, et même princeps.
Mais on constate que les ressources de l’Etat carolingien ne vont pas supporter très longtemps
ces structures politiques et administratives. Inadéquation entre les ressources et les ambitions.
Dès 822 – 823, on commence à apercevoir les premiers signes d’éclatement de l’empire.
A) Le partage du royaume
Logiquement, le renouveau de l’Etat à partir des années 750 aurait dû renforcer l’unité du
royaume. En effet, la dignité impériale rejette toute conception patrimoniale du pouvoir.
Normalement, la dignité impériale exclut toute idée de partage du territoire.
Mais la tradition germanique va persister, elle va favoriser le maintien des partages, qui va
favoriser le morcellement.
- Louis le Pieux est désireux de maintenir l’unité de l’empire et pour cela, il promulgue
en 817 un texte qui s’intitule « l’ordinatio imperii » : l’ordonnancement de l’empire.
C’est une nouvelle loi de succession, qui consacre le droit d’ainesse (l’ainé prime). Son fils
ainé, Lothaire, est désigné par ce texte pour récupérer SEUL le titre d’Empereur.
Ses frères, Louis et Pépin (encore un autre Pépin), récupèrent un royaume en compensation
sous le contrôle de leur aîné. En théorie, l’unité de l’empire serait juridiquement maintenue,
même si sur le plan territorial, il serait divisé.
- En 823, ce projet est remis en question. Louis le Pieux, s’est remarié et à eu un autre
fils : Charles, qui deviendra Charles le Chauve.
Cela déclenche une crise de succession. La révolte des trois frères contre leur père, puis
guerres entre frères, qui vont déboucher sur une véritable guerre civile.
- En 840, Louis le Pieux meurt, son fils Pépin aussi. Le combat continue, et en 843, les
3 frères décident de parvenir à un accord, ils concluent le traité de Verdun.
Ce traité va valider le partage de l’empire en 3. Lothaire, le fils ainé, est toujours le SEUL
héritier du titre d’empereur, et récupère la partie médiane de l’empire, la Lotharingie, ou
Francie médiane. Ce territoire est trop disparate et va finir par disparaître en moins d’un
siècle.
Louis va récupérer la partie orientale, la Germanie, et on va l’appeler Louis le Germanique.
Charles va prendre possession de l’Ouest, la Francie Occidentale. L’expression sera « regnum
franciae ».
Le système politique des Francs a un problème : il repose toujours sur des liens dits «
personnels », d’homme à homme. Il s’agit d’une conception primitive du pouvoir mis en
place par les mérovingiens, et va l’emporter à la fin du règne des carolingiens.
L’empire est immense. Le prince carolingien ne peut pas avoir une emprise directe : il fait
appel à des représentants (comtes et missi dominici), qui ne parviennent pas à traduire cette
réalité du pouvoir.
Le prince carolingien va également faire appel à l'aristocratie : les rapports entre l’empereur
et cette aristocratie vont être règlementés par un contrat vassalique, présentant plusieurs
caractères. Un phénomène dramatique pour l’Etat carolingien se met en place : l’hérédité des
charges publiques.
1. Le contrat vassalique
Le lien de vassalité repose sur un contrat : la commendatio : un contrat entre hommes libres
engendrant des obligations bilatérales diverses.
4 caractéristiques en découlent :
- Il s’agit d’un contrat entre hommes libres : ils décident de se mettre volontairement au
service d’autres hommes libres qui sont plus puissants qu’eux. Il peut s’agir du prince
carolingien, ou de l'aristocrate.
- Il s’agit d’un contrat qui implique des obligations bilatérales : elles concernent celui
qui se soumet et celui qui est en position de domination, qui protège.
Ce lien de vassalité est scellé par une cérémonie d'investiture avec un serment de fidélité sur
des reliques. Ce rite est fondamental, il marque un engagement complet du vassal, qui se
soumet au seigneur, et d’autre part il traduit une soumission du vassal vis-à-vis de Dieu.
Lorsque le roi est puissant, la vassalité apparaît comme un moyen sûr de lier les hommes à la
royauté. Par extension, la vassalité permet de garantir leur fidélité. Les princes carolingiens
vont promouvoir ce rituel, vont l’encourager pour fidéliser l'aristocratie, les Grands. Une
évolution se produit sous Charlemagne (802) : généralisation du serment public qui fait
référence exclusivement à la commendatio.
Ce serment va faire naître des obligations à la charge du vassal. Elles sont essentiellement
négatives : le vassal ne doit pas causer un préjudice quel qu’il soit au prince carolingien. Le
vassal, grand seigneur, est potentiellement dangereux. Ce serment de fidélité publique est une
sorte de garantie, de garde-fou qui évitera que le vassal se révolte contre le prince.
Au fil du temps, les vassaux du roi se multiplient. Or, ces vassaux du roi sont eux-mêmes des
grands seigneurs, puissants, et donc ils vont désirer eux aussi avoir leurs propres vassaux. Ce
système va donner naissance aux réseaux vassaliques.
A partir du moment où la royauté n’est plus assez puissante, les liens qui unissent les grands
vassaux à leurs propres vassaux vont devenir plus forts et prioritaires sur la fidélité et les
devoirs qui sont dus au prince carolingien. Deux risques apparaissent :
Le roi choisit fréquemment au sein de la haute aristocratie, il veut leur confier une charge
publique. Cette haute noblesse possède déjà un patrimoine foncier très important, elle va
s’enrichir avec les terres concédées en même temps que la charge publique.
Le danger devient de plus en plus grand pour la royauté lorsque ces charges publiques
deviennent héréditaires. Distinguons 3 moments :
- En 843, Charles le Chauve est un jeune roi contesté, devant faire face à plusieurs
révoltes. Il va adopter le capitulaire de Coulaines en autorisant « la jouissance
paisible de leur fonction et de leurs biens ». Un contrat entre le roi et les Grands à
condition d’être reconnu comme roi.
- En 847, capitulaire de Mersen par lequel il oblige tous les hommes libres du royaume
à entrer en vassalité. Le but est d’officialiser et de généraliser cette obligation de
vassalité dans l’espoir pour le roi de contrôler à son profit le système vassalique.
L’effet contraire va se produire : les carolingiens vont parachever le système. Ce
capitulaire va superposer à la hiérarchie publique (roi et les sujets) une pyramide de
liens personnels qui sont fondés sur des contrats privés.
Charles le Chauve meurt en décembre 877. A sa mort, l'aristocrate est encore plus puissant
car d’une part, les charges publiques ne sont désormais plus révocables, d’autre part, ces
charges commencent à être héréditaires alors que la royauté s’affaiblit.
Les années 843 et 877 marquent deux temps forts dans la mise en œuvre du processus de
désintégration de l’empire. On assiste à la formation de grandes principautés avec une
importante autonomie politique. Une sorte de gouvernement aristocratique va conseiller le roi
et puis progressivement le contrôler. L’aristocratie va jouer le plus souvent sur ces fameux
liens personnels qui l’unissent au prince carolingien.
Le territoire du roi s’émiette en plusieurs principautés (grandes régions). Les chefs sont de
plus en plus indépendants de l’autorité royale. Ces grands seigneurs vont contester la
puissance et l’autorité du roi. On constate que le roi ne règne de façon effective que sur une
petite partie du royaume, à la condition d’être élu par les Grands.
L’autorité royale est sur le déclin. Ce développement des principautés va se conjuguer avec
l'apparition de grands personnages. Ils vont parvenir à asseoir leur influence au niveau local.
A partir du moment où les Grands contestent l’autorité royale, le roi ne peut gouverner que
s’il obtient le sou,en de ces Grands : consensus. Les Grands sont désormais en position de
force pour reconnaître ou non le roi.
Le sacre du roi prend une portée très particulière : l'héritier qui doit monter sur le trône naît
élu et sacré à la condition qu’il s’engage à respecter le pacte conclu.
À la mort de Charles, la situation se dégrade de sorte que son fils (Louis, le Bègue) ne va
s’imposer qu’avec le soutien des Grands. Cela représente cette situation de faiblesse, Louis
promet de gouverner son peuple « par le commun conseil de ces fidèles » et il promet de
respecter les privilèges et les lois de l’Eglise. Ces promesses faites par Louis le Bègue vont
s’imposer comme l’une des étapes essentielles du sacre.
Parmi ces Grands qui vont s’imposer au roi, on en trouve un qui occupe une place singulière :
Robert le Fort. Vers 850, Charles le Chauve lui confie un territoire entre la Loire et la Seine
pour combattre les Normands.
Cette mission est le début d’une escalade : Robert va cumuler les charges publiques. Il
devient si puissant que ses fils vont devenir roi à la place des carolingiens. Rober le Fort est à
l’origine de la dynastie capétienne.
Conclusion :
A la place de l’Etat, on voit apparaître une nouvelle organisation,on politique au plan local :
c’est la seigneurie. Ce nouveau cadre va devenir institutionnel, juridique, économique et
social de la vie collective. C’est la féodalité. L’Etat va être mis en sommeil.
- Dans le monde franc, Hugues Capet est un seigneur reconnu et puissant, mais son
accession au trône intervient dans un contexte de faiblesse du pouvoir royal. Il arrive
au pouvoir dans l’indifférence générale.
- L’atrophie du pouvoir politique. D’une part, on n’assiste pas sous Capet à une
renaissance culturelle et intellectuelle et cette crise se constate au sommet du royaume
et au niveau des comtés.
Au Xème siècle, toutes les strates de la société vont être régies par ce nouvel ordre politique
et juridique. Mais les contraintes varient selon la place de chaque individu dans la société :
- Les seigneurs vont exercer le droit de ban, avec lequel ils exercent une emprise
juridique sur leur territoire et ses habitants. C’est un système seigneurial, qui repose
sur la domination.
- Les liens qui unissent les seigneurs aux autres seigneurs ne reposent pas sur le même
fondement juridique : pas de domination puisque chacun à son territoire. Leurs
rapports juridiques résultent d’un contrat : le contrat féodo-vassalique.
La royauté traverse une vraie crise politique, qui se traduit par une dissémination du pouvoir.
A partir de là, la réalité du pouvoir va passer dans les mains des seigneurs et des princes
locaux, ils vont récupérer le pouvoir en usurpant des prérogatives de puissance publique pour
asseoir leur autorité sur les populations.
L’unité de domination du territoire n’est plus l’Etat, c’est la seigneurie. Le cadre de la vie
politique et juridique va se resserrer autour du château du seigneur dont le point central est la
capitale. On va assister à une privatisation de l’autorité. Le pouvoir de ban est assuré par les
seigneurs et les princes locaux, ce n’est plus le roi.
Le terme seigneurie désigne le territoire et le droit d’y exercer les prérogatives de puissance
publique.
Toutes les principautés territoriales sont touchées par les effets de cette crise politique qui
débouche sur l’indépendance des seigneurs. L’impression générale est celle d’un chaos
politique général : le royaume désormais se décompose en seigneuries.
Il doit assurer la protection de ses sujets, rendre la justice et exiger des services et
contributions de la part des hommes qui vivent sur sa seigneurie.
On assiste à une prise de pouvoir des seigneurs au détriment de l’autorité royale, et cela se
traduit dans chaque ressort seigneurial. Ça se manifeste par une emprise juridique sur le
territoire et sur les hommes par le seigneur. L’autorité du seigneur s’exerce sur les
populations qu’il protège et qui vivent sur son territoire.
Toutes les populations qui vivent dans la seigneurie sont juridiquement sous la dépendance
du seigneur. Les habitants sur ce territoire sont in potestate, sous l’emprise.
- Les hommes libres : ces hommes, bien que libres, sont dans la dépendance juridique
du seigneur. Ils sont considérés comme les sujets du seigneur parce qu’ils vivent sur
son territoire. Ces hommes libres sont les bourgeois dans les villes, et les vilains
(paysans libres) dans les campagnes.
- Les hommes non libres, les serfs : juridiquement, ces hommes sont des choses. Ils
sont unis au seigneur par un lien réel (différent du lien personnel) : ces serfs ne sont
pas attachés à la personne du seigneur, mais à sa terre.
- Un pouvoir militaire : faire la guerre est une fonction importante du seigneur car c’est
le moyen de régler les conflits par soi-même, sans intervention du roi.
Ce lien comporte deux aspects. D’un côté, il y a un aspect personnel qui sanctionne
l’engagement d’un homme envers un autre homme. De l’autre côté, on a un aspect réel qui
prend la forme d’une terre concédée au vassal.
Au XIème siècle, le contrat vassalique est fait par deux formes essentielles : l’hommage et le
serment.
Hommage : le vassal est agenouillé devant le seigneur, il joint ses mains dans celles du
seigneur et prononce certaines paroles. Ce cérémonial est une marque publique, qui montre
que le vassal se met à la dépendance du seigneur.
Serment : le vassale prête un serment de fidélité sur une relique. Ce serment est fondamental,
il permet de garantir moralement la fidélité du vassal.
Au début du XIème siècle, l’élément personnel est le plus important du contrat. La terre
concédée au vassal pour subvenir à ses besoins (le fief) va prendre une importance
progressive au cours du XIème siècle.
* La prépondérance de l’élément réel. Le fief est l’ancêtre du bénéfice carolingien. C’est une
terre concédée par le seigneur à son vassal en échange de services. Il a pour but de servir à
l’entretien du vassal.
- L’aide (auxilium) :
L’aide militaire entend prêter main forte au seigneur, assurer un service de garde au
château. Il y a aussi, le service d’oste et de chevauchées : service militaire.
En cas de non-respect des obligations à la charge des parties, le contrat est rompu et des
sanctions sont prévues. Il y a deux hypothèses :
Si le vassal n’a pas respecté ses obligations : le seigneur peut faire prononcer soit la
confiscation temporaire du fief du vassal (la saisine), soit la confiscation définitive (la
commise).
Si le seigneur n’a pas respecté ses obligations : le vassal peut commencer la procédure de
désaveu. Il va saisir le seigneur de son seigneur : le vassal deviendra le vassal du grand
seigneur.
Tout d’abord, l’hérédité du fief. Avant, le fief était viager, il était donné pour la durée de vie
du vassal. Le vassal peut transmettre son fief à son fils aîné, donc le seigneur perd le contrôle
de ses fiefs, donc il perd le choix de ses vassaux.
Toutefois, des dispositions sont mises en place pour préserver le pouvoir du seigneur : le fils
aîné du vassal doit prêter serment au seigneur qui reçoit un droit de mutation de la part de
l'héritier.
Puis, l'aliénation du fief. Le vassal peut vendre son fief à un tiers. Là encore, les droits du
seigneur sont ménagés de trois façons : l’accord du seigneur est obligatoire, le nouvel
acheteur doit prêter serment au seigneur, un droit de mutation est perçu par le seigneur.
A la fin du XIème siècle, le fief reste la propriété du seigneur, sauf que ce fief est pleinement
entré dans le patrimoine du vassal. Ce fief apparaît pour le vassal comme un moyen
d’enrichissement et comme un moyen de puissance.
A partir du XIIème siècle, le contrat féodo-vassalique est un contrat dans lequel les deux
parties trouvent leur compte. Le seigneur peut se constituer une clientèle militaire, symbole
de sa puissance. Le vassal fait rentrer dans son patrimoine des fiefs importants, ce qui lui
permet d’augmenter ses ressources.
Par conséquent, les vassaux multiplient les contrats pour obtenir plusieurs fiefs : cela
superpose des liens de fidélité. Une vraie anarchie se produit dans la hiérarchie féodale car il
devient difficile de déterminer à quel seigneur le vassal doit ses obligations.
Cette confusion est renforcée par une règle juridique mise en place dès le XIème siècle : « le
vassal de mon vassal n’est pas mon vassal ».
Pour remédier à l’anarchie, on va s’efforcer d’organiser les différents hommages selon des
modalités diverses, selon les traditions juridiques. Deux étapes successives :
Mais, elle peut être aménagée dans le sens des intérêts du seigneur secondaire, alors
l’engagement plus important n’est pas nécessairement prioritaire : cela fragilise sa portée.
Jusqu’à la fin du XIIème siècle, c’est la féodalité qui l’emporte. Cela se traduit par une phase
d’effacement du pouvoir royal. Par exemple, au moment où Hugues Capet monte sur le trône,
son autorité effective se limite à son domaine, très restreint. L’Etat continue à survivre à
travers le roi, même si ses pouvoirs sont inexistants au quotidien.
En 987, Hugues Capet est sacré à Noyon par Adalbéron, archevêque de Reims. Cela
transforme le roi élu en roi régnant.
La promesse : on définit la mission du roi avec un cadre strict pour contrôler cette action. Lié
par sa promesse, il utilise les prérogatives qui lui sont confiées : défendre l’Eglise, faire
régner la justice, combattre les ennemis de Dieu et maintenir la paix.
L’élection : cérémonie publique où l’évêque élit le roi par le sacre Le roi est désigné à
l’approbation des Grands et des évêques. Le peuple aussi donne son approbation.
L’onction : l’archevêque oint le roi, grâce à une huile sainte : le roi devient l’élu de Dieu donc
il exerce pleinement ses fonctions. La légende du saint chrême est entretenue par les moines
de l’entourage du roi au cours des XIème et XIIème siècles car ça renforce le caractère
religieux de la royauté, affaiblie face à la féodalité.
La remise des insignes : 3 insignes : l’anneau d’or (alliance entre l'Eglise et le roi et son
peuple), le sceptre (puissance et commandement), l’épée (équité et droit).
Le couronnement et l'intronisation : l’archevêque place la couronne sur la tête du roi puis les
grands du royaume soutiennent le roi au moment où il rejoint son trône : symbole de
l’autorité suprême du monarque.
Reims est considérée comme la ville du sacre. On note que depuis 848, sacre de Charles le
Chauve, on considère que le sacre est le privilège personnel de l’archevêque de Reims. Au
IXème et au Xème siècle, ce privilège est revendiqué et administré par d’autres évêques. Dès
1027, sacre anticipé d’Henri Ier : le sacre devient le privilège réel de l’Eglise de Reims.
Sauf les sacres de Louis VI le Gros en 1108 à Orléans, et Henri IV en 1514 à Chartres.
B) La portée du sacre
- Jusqu’au XIVème siècle : le sacre est un acte constituant, créateur de droit, de roi. Le
sacre légitime la royauté. Pour preuve de l’importance de ce sacre, les années de règne
de ce roi sont comptées à partir de la date du sacre, pas à partir de d’accession au
trône.
Les papes vont vouloir contrer la force créatrice du sacre, et vont défendre la théorie
selon laquelle le roi est subordonné au pouvoir spirituel.
Vers la fin du XIIème siècle, l’Eglise va affirmer la différence entre le sacre du roi et la
consécration de l’évêque : elle évacue l’onction royale de la liste des sacrements.
Malgré tout, la royauté entretient dans l’imaginaire du peuple l’idée que le roi a des pouvoirs
surnaturels. Ces pouvoirs manifesteraient sa prédisposition à gouverner le peuple chrétien.
Dès le milieu du XIème siècle, une croyance se forge : les rois ont un pouvoir thaumaturgique
(miraculeux) à l’égard des malades, notamment ceux de la maladie des écrouelles.
L’accession au trône d’Hugues Capet démontre que l’avènement du roi est subordonné à
l'élection du candidat par les Grands du royaume. Il a conscience de la difficulté pour lui
d’asseoir une nouvelle dynastie donc il va enraciner sa dynastie, en prévalant l’hérédité au
détriment de l'élection.
A) La persistance de l’élection
Le principe électif est posé et réaffirmé avec force par la doctrine des Xème et XIème siècles.
Par exemple, Adalbéron de Reims, lors de l’élection d’Hugues Capet affirme « le trône ne
s’acquiert point par droit héréditaire ». Pour lui, l'élection offre la possibilité pour les Grands
d’empêcher que le pouvoir royal ne soit confié à un prince indigne.
Lorsqu’il parle des rois faibles, il fait implicitement référence aux règnes passés des derniers
rois carolingiens, notamment au règne de Charles III, dit Charles le Simple, qui a régné de
898 à 922. Il est évincé à deux reprises en 881 et 888, n’est sacré qu’en 893, et ne devient roi
qu’en 898.
Sous son règne, on voit se développer les grandes principautés territoriales, qui affirment leur
indépendance et qui deviennent de vrais acteurs de la vie politique du royaume.
⇒ Le pouvoir royal ne parvient pas à s’imposer à cause de Charles et en 922, il est déposé
par les Grands, qui vont élire Robert Ier, fils de Robert le Fort.
Abbon de Fleury, un théologien, rappelle la diversité des modes d’accès aux plus hautes
fonctions. Il pose le principe de l'élection du roi des francs : une réalité qu’on ne peut pas
remettre en cause car elle permet de choisir le meilleur prétendant.
On constate chez les Francs, que le principe électif est en vigueur : les rois sont acclamés par
les Grands et sont hissés sur un pavois.
Les rois carolingiens vont devenir faibles, et on constate que le principe électif va reprendre
le dessus sur le principe héréditaire. Il va être théorisé (alternance carolingiens/robertiens).
Hugues Capet est élu, mais il va essayer de raviver ce principe héréditaire. Son objectif est
d’imposer le principe héréditaire à la fois sur le plan théorique mais également l’imposer dans
la pratique. Le Robertien Hugues Capet est élu roi des Francs face à son adversaire
carolingien qui est Charles de Lorraine.
Sur le plan théorique, des auteurs influents vont défendre le principe héréditaire : Richer de
Reims. Pour des raisons politiques et stratégiques, ils soutiennent Hugues Capet mais une fois
qu’il est élu ces auteurs reviennent au principe héréditaire.
⇒ Le principe héréditaire postule que l’intégrité et l’appartenance à une race illustre font
présumer la vertu. Charles de Lorraine fait preuve d’une absence notoire de vertu : il a prêté
serment de fidélité à un prince étranger, ODon II, héritier du SERG.
⇒ L’élection n’a fait que souligner la vigueur du principe héréditaire. Charles de Lorraine
n’était pas un héritier en ligne directe : l’oncle du roi décédé, sans héritier. L’élection est un
système par défaut, qui ne remet pas en cause la pérennité du principe héréditaire.
Sur le plan pratique, Hugues Capet va recourir au sacre anticipé (pratique utilisée par les
carolingiens, qui consiste à faire acclamer et sacrer l'héritier du trône du vivant de son
prédécesseur). Le père fait sacrer son fils, futur roi, en même temps que son propre sacre.
En décembre 987, 6 mois après avoir accédé au trône, Hugues Capet fait élire et sacrer son
fils unique, Robert, et l'associe au trône. Robert pareil dès 996 : son fils aîné, Hugues, en
1017, puis, à la mort de celui-ci, son second fils, Henri, en 1025, qui deviendra Henri Ier.
La fonction royale est considérablement affaiblie mais son idéologie survit. Grâce au sacre, le
roi, bien que faible, se voit reconnaître des pouvoirs généraux non négligeables, mais qui
dépassent ses vrais moyens d'action.
Au XIème siècle, certains princes et seigneurs ont depuis longtemps cessé d’entretenir des
relations suivies avec le roi. Sur le plan juridique, ils ne sont pas les vassaux du roi. Dans
l’hypothèse où il y aurait un contrat de vassalité, ce contrat implique seulement l’engagement
de ne pas se nuire mutuellement.
Le roi ne gouverne plus sur le royaume comme pouvaient le faire les rois carolingiens.
Malgré la faiblesse du roi, les conseillers des premiers capétiens vont essayer de redonner une
certaine vigueur à l’idéologie royale.
Abbon de Fleury, membre d’une abbaye : l’un des plus grands centres intellectuels de
l’époque, va donner une nouvelle jeunesse à la vieille théorie du ministerium regis. En effet,
dans l’un de ses recueils, il consacre un chapitre entier à la fonction royale, qu’il définit
explicitement comme une charge publique. Le titre de ce chapitre est « de ministerio regis ».
Il va théoriser ce que doit être la conduite du roi, ce qu’est un bon roi est celui qui s'exerce
comme un office en vue de satisfaire le bien commun.
Cet auteur s’inscrit dans la tradition des « miroirs des princes » : des manuels à l’attention du
roi, qui contiennent des préceptes moraux destinés à le guider pour que ce roi règne
conformément à la volonté de Dieu.
Il analyse les principales prérogatives du roi en suivant un raisonnement en trois temps :
⇒ Abbon de Fleury fait une proclamation de principe. Cela va diffuser une certaine vision du
pouvoir royal, à un moment où l’autorité royale est faible. Donc cette affirmation va créer une
prise de conscience, qui permettra de mener un combat : celui de la restauration de la
souveraineté du roi, qui va permettre de structurer à nouveau l’Etat autour du pouvoir du roi.
En application du ministerium regis, le roi doit agir selon une certaine éthique : ne doit pas
abuser de son pouvoir, défendre les plus pauvres, etc..
Dès le début de la période féodale, l’Eglise s’est faite le relais de l’Etat défaillant. Le roi a
recours à deux institutions de paix :
- La paix de Dieu : au Xème siècle, à l'initiative des évêques : mouvement qui vise à
répondre aux violences et aux exactions en faisant jurer solennellement la paix aux
nobles, paysans et diocésains.
- La trêve de Dieu : fin des années 1020, limitation temporaire de la guerre.
Il faut attendre le XIIème siècle pour que Louis VII impose pleinement son autorité aux
Grands. En 1155, il va réunir une assemblée dans la ville de Soissons pour que ces seigneurs
et prélats jurent une paix de 10 ans. Ce pacte est sanctionné par la promulgation d’une
ordonnance royale pour l’ensemble du royaume (en théorie). Surtout, cette loi générale est la
première depuis des siècles.
* Un roi protecteur : une fonction qui demeure limitée dans son application aussi bien à
l’égard de l’Eglise qu’à l’égard des simples individus.
- La protection des églises, beaucoup sont tombées entre les mains des grands princes
territoriaux et des seigneurs. Le roi continue à les protéger via l’ensemble du clergé et
spécialement les abbayes, puis en veillant à ce que les décisions soient bien exécutées
et que les canons des conciles soient exécutés.
- La protection des particuliers se manifeste à travers deux techniques : l’asseurement
(2 ou + personnes prêtent un serment réciproque de ne pas se faire la guerre et le roi
place ses personnes sous sa protection) et la sauvegarde (le roi place sous sa
protection particulière une ou plusieurs personnes). Ces deux techniques sont
pourvues de sanctions si elles ne sont pas respectées.
- Dans le domaine : la situation est différente. Le roi exerce une autorité réelle et directe
sur l’ensemble des terres et des hommes.
B) La réalité du pouvoir
En principe, le pouvoir de ban doit donner au roi la capacité d’agir directement dans tous les
grands secteurs du royaume. Dans le domaine judiciaire, législatif, militaire ou encore fiscal.
Or, la réalité du pouvoir du roi varie selon qu’il s’agit du royaume ou du domaine.
- Dans le domaine : normalement, l’emprise du roi doit être totale. Mais, à l’intérieur
du domaine royal, on trouve des seigneuries indépendantes qui ont à leur tête des
chefs féodaux, et elles vont former un écran à l’exercice des prérogatives du roi.
Jusqu’au début du XIIème siècle, les rois capétiens ne parviennent pas à réduire ces
enclaves qui font obstacle au développement de leur pouvoir.
La situation change avec l’arrivée au pouvoir de Louis VI qui parvient à réaffirmer son droit
de ban sur les seigneurs les plus puissants. Au milieu du XIIème siècle, le domaine est
entièrement pacifié, il est soumis au roi. Cette reconquête lancée par Louis VI est
fondamentale. Le domaine royal va constituer le point de départ de la reprise en main de
l’ensemble du royaume par le roi.
- Sur le plan politique : la puissance seigneuriale s’affaiblit, elle pâtit d’une nouvelle
économie qui a désormais pour cadre les villes.
Les rapports avec les paysans évoluent, desserrements de l’étau des seigneurs, et les
villes se dotent de statuts municipaux qui les émancipent de la tutelle. Le pouvoir
royal s’impose en France et dans plusieurs pays d’Europe : renouveau de la
monarchie face à la féodalité.
- Sur le plan juridique : dans toute l’Europe commence à apparaître une culture profane
dans laquelle on dénote une vraie exigence de rationalité. On voit émerger une science
du droit qui va donner naissance aux universités : Bologne pour le droit et Paris pour
la théologie. Le droit va devenir un vrai phénomène complexe, et l’enjeu de luttes
politiques de plus en plus concurrentielles.
Le XIIe siècle correspond à l’une des grandes renaissances que l’Europe a connues dans son
histoire depuis l'Antiquité. On peut isoler 3 étapes :
Elles ont toutes compté dans l’histoire du droit de l’occident et se distinguent par un retour à
l'Antiquité classique. Le début de ce siècle se distingue par les efforts déployés par les
intellectuels dans l’entourage du roi : renforcer l’idéologie royale. À la fin du XIIe siècle,
l’on assiste à une reconstruction autonome de l’Etat, à une réaffirmation du pouvoir du roi.
- Dès les règnes de Louis VI (1108–1137) et Louis VII (1137–1180), la royauté renaît
en s’affranchissant de la tutelle féodale.
Au début du XIIe siècle, le roi est un seigneur comme les autres, qui est à la tête d’un
domaine qui lui est propre, constitué de ce qui correspond actuellement de l’île de France. Le
roi va peu à peu affermir son autorité : entre le début du XIIe siècle et le début du XIVe
siècle. On voit apparaître une nouvelle vision de la royauté, sur le plan idéologique et
pratique. D’abord, l’autorité royale se positionne au sommet de la pyramide féodo-vassalique.
Puis, on voit se dessiner timidement l’idée de souveraineté. Cette restauration va se traduire
par une reconquête politque et territoriale
Au cours du XIIe siècle s’élabore une nouvelle définition du pouvoir royal en harmonie avec
la réalité féodale de l’époque. La royauté se voit conférer une légitimité par le sacre et va
ajouter une légitimité féodale à son existence et à son autorité. Cet ordre hiérarchique féodal
au profit de la royauté a un nom : la suzeraineté royale. Cette suzeraineté royale s’appuie sur
la théorie de la mouvance, qui fait que le roi ne doit l’hommage à personne.
A) La théorie de la mouvance
Cette idée de la suprême suzeraineté du roi connaît ses premiers balbutiements avec Abbon
de Fleury, mais elle se développe surtout avec l’abbé Suger qui va agir sous les règnes de
Louis VI et VII.
Moment important : Durant le XIIe siècle, le roi et son entourage vont essayer de se placer
sur le terrain des relations féodo-vassaliques pour mieux fonder le pouvoir royal : ils veulent
obtenir des Grands ce que ces Grands exigent de leurs vassaux.
Un acteur important est l’abbé Suger, abbé de Saint-Denis, conseiller de Louis VI et Louis
VII. Il va, à travers la théorie de la mouvance, s’appuyer sur la place prise par l’élément réel
sur le contrat vassalique pour entreprendre la réaffirmation de l’autorité du roi.
Suger transpose ce vocabulaire féodal à l’ensemble des relations entre le roi et les Grands. La
seigneurie se meut (issue) d’une principauté s’inscrivant dans un autre territoire : le royaume.
Ce fief dépend de la seigneurie, d’une terre plus grande, qui dépend de la principauté, qui
dépend du royaume : la seigneurie dépend du roi.
Suger s’appuie sur le fief qui est devenu l’unité commune de référence du rapport vassalique.
Il fait preuve de pragmatisme, il va détourner le système féodo-vassalique au profit du
pouvoir royal.
Suger va montrer qu’il existe une hiérarchie féodale dominée par le roi en tant que suzerain.
Suger tient un raisonnement en trois temps :
- Le suzerain ne doit l’hommage à personne : la fidélité des seigneurs est à son profit
- Les vassaux doivent au roi : l’hommage, le serment de fidélité et tous les nobles
services qui en découlent.
Abbon de Fleury revendiquait cette subordination théorique, Suger va en faire une réalité. Ce
principe est affirmé explicitement pour la première fois en 1185 au sujet de l’acquisition d’un
comté par le roi, le comté d’Amiens :
Point important : l’entourage du roi va explorer toutes les conséquences qui découlent de
cette notion de hiérarchie inhérente à l’hommage féodal.
- Une augmentation des hommages rendus au roi, en particulier dans les régions
du royaume qui étaient assez indépendantes vis-à-vis du pouvoir royal
(notamment le midi). Cette évolution va se traduire par l'apparition de
nouveaux mots : les grands seigneurs soumis au roi sont les feudataires du roi.
À la fin du règne de Philippe II en 1223, l'évolution est remarquable. Le roi désormais est au
sommet de la pyramide féodale ce qui illustre le triomphe de la suzeraineté royale.
Conclusion :
- Remarque 1 : la théorie de la mouvance et ses effets reposent sur une fiction juridique
: elle ne reflète pas l’histoire de la féodalité. Elle voudrait que toutes les terres
appartiennent au roi, or ces grandes seigneuries sont apparues à la suite du
démembrement du royaume et à la suite d’une privatisation des prérogatives de
puissance publique.
La corona désigne l’élément matériel de la royauté que le prince porte sur sa tête le jour du
sacre. De façon abstraite, la corona va s’imposer comme un principe supérieur qui symbolise
la permanence de la fonction royale, la permanence des droits et des prérogatives du roi
(ensemble des droits et prérogatives du roi sont les regalia).
Cette évolution préfigure l’Etat avec son territoire et avec ses droits. Le roi a simplement
pour mission de l’incarner et désormais, le roi ne pourra pas en disposer librement.
Au XIIIe siècle, cette démonstration imaginée par Fleury, entamée par Suger, est reprise et
approfondie par des juristes royaux. Leur objectif est clair : transformer la suzeraineté en
souveraineté, passer de la supériorité du roi dans la hiérarchie féodo-vassalique à celle du roi
sur l’ensemble des habitants du royaume.
La souveraineté du roi doit s’étendre à tous, par-dessus la médiatisation féodale.
* L’apport de Jean de Blanot. En 1255, il affirme que celui qui ne reconnaît pas de supérieur
est prince en son royaume. Pour justifier l’indépendance du roi, Blanot va recourir à
différents arguments qu’il va puiser dans le droit romain :
⇒ Blanot en conclut que « le roi est empereur en son royaume ». A partir de là, il va en
déduire deux principes qu’il faut appliquer à l’intérieur du système féodo-seigneurial :
- Un vassal qui suivrait son seigneur en s’insurgeant contre le roi se rebellera contre
celui qui est « prince dans son royaume » (« princeps in regno suo »). Il se rendrait
coupable d’un crime de lèse-majesté.
À partir de la fin du XIIIe siècle, le roi est capable d’exercer sur son royaume une emprise
territoriale très forte. Tous les sujets sont soumis à son contrôle : ce roi ne relève de personne.
B) Le contenu de la souveraineté
* Un roi justicier : attribut essentiel de la fonction royale. Sur le plan symbolique, cette
mission de justice va se manifester au cours du sacre. Il promet de rendre la justice et il reçoit
pour cela le sceptre. Au XIIIe siècle, les juristes vont dépasser les théories façonnées à
l’époque carolingienne autour du ministère royal.
Ils vont façonner l’image d’un roi justicier. Ils vont imposer deux principes :
* Un roi législateur : le roi ne légiférait que très rarement à cause du système féodal qui
limitait considérablement son pouvoir normatif. Dès la seconde moitié du XIIIe siècle, tout
change avec le développement de la notion de souveraineté : les juristes royaux vont théoriser
le principe d’une souveraineté législative en s’appuyant sur le droit romain.
Le roi a toujours eu le pouvoir législatif mais ne l’exerçait que sur des points particuliers, le
roi ne pouvait pas innover, il était contraint dans son action. Au cours du XIIIe siècle, il y a
une évolution, le roi apparaît comme un véritable créateur du droit or il ne peut édicter des
lois à portée générale qu’en nombre limité dans des domaines particuliers.
Dès le règne de Philippe II, l'objectif est d’imposer l’autorité du roi aux seigneurs les plus
indépendants et de restaurer l’unité politique du royaume. L'affirmation de la souveraineté va
se manifester par une restauration de l’assise territoriale du roi. La royauté entreprend de
rattacher au domaine royal les principales principautés et seigneuries. La royauté va
s’appuyer sur la guerre et la paix, sur le droit féodal et privé.
La diplomatie et la négociation vont jouer un rôle important dans la guerre, elle va permettre
de faire entrer les principautés et seigneuries dans la sphère de la souveraineté.
* Un roi de guerre : Louis VI (règne : 1108-1137) va imposer son autorité dans son domaine
royal de deux façons : il mène de nombreuses guerres contre les seigneurs rebelles, et en
imposant sa fonction de justicier et sa fonction de défenseur des églises.
Ces succès vont encourager Louis VI à aller en dehors de son domaine royal : jusqu’en
Auvergne pour combattre le comte Guillaume VI qui va finir par lui prêter allégeance.
Louis VII (1137-1180), sur le plan intérieur, est régulièrement en conflit avec des princes
territoriaux, il use de la guerre comme moyen d’affirmer son autorité. Sur le plan extérieur, il
va participer à la deuxième croisade qui échoue en 1149. Cet échec va avoir un effet positif
sur le roi : pour mener cette croisade, le roi a réussi à mobiliser SES grands seigneurs pour se
rendre en terre sainte, hors de la simple défense du royaume.
* Le roi de paix : l'usage de la diplomatie est beaucoup plus fréquent que la guerre.
Philippe II, par la diplomatie, redonne une assise territoriale à une partie du royaume. Il va
lancer un grand mouvement d’extension du domaine royal, qui à sa mort, a quadruplé, les
tous les territoires rattachés à la couronne ont presque doublé.
Louis VIII (1123-1126) et Louis IX (Saint louis 1126-1170) : des rois négociateurs
Beaucoup de traités vont être signés, ils permettent à la royauté d’assurer définitivement son
emprise sur certains territoires, notamment dans le midi de la France. Après avoir récupéré
ces territoires, ils sont le point de départ de nouvelles extensions domaniales. Par exemple, le
rattachement du Languedoc à la couronne se concrétise par le traité de Paris (1229).
Le droit est un instrument pour étendre son domaine et mettre en œuvre sa politique de
reconquête territoriale.
* Le droit féodal. Trois techniques de droit féodal sont utlisées par le roi :
En 1202, Philippe II va utiliser les règles du jeu de la justice féodale et s’appuyer sur la
plainte d’un de ses arrières vassaux pour citer à comparaître le roi d’Angleterre,
Jean-sans-terre, vassal du roi de France qui refuse.
La Cour du roi prononce la commise sur les fiefs du roi d’Angleterre tenait du roi de France.
- La réversion de fief : lorsqu’un seigneur meurt sans héritier et sans avoir vendu ses
terres, ces terres reviennent au roi : il augmente son assise territoriale.
En 1361, le duc de Bourgogne meurt sans héritier et le duché de Bourgogne revient au roi.
- La confiscation : récupère les fiefs des seigneurs condamnés pour un crime capital.
- Les mariages royaux : la future reine apporte en dot une principauté, un fief ou une
seigneurie.
En 1180, Isabelle de Hainaut, 1ère épouse de Philippe II, apporte en dot l’Artois et le
Bourbonnais.
L'objectif des conseillers du roi est d’imposer le royaume de France comme un Etat souverain
: exempt de toute subordination terrestre. Cela implique de reconnaître l’indépendance
politique du royaume à l’égard de 2 autorités temporelles, l’empereur Germanique et papauté.
Dans l’Europe médiévale, deux formes politiques majeures ont coexisté : l’empire et le
royaume. L’empire s’inspire du modèle romain pour régir différents peuples qui conservent
leur spécificité propre et une large autonomie. Ce modèle impérial va s’épanouir d’abord
dans l’ancien royaume de Germanie.
Le royaume est une structure politique propre à un peuple appelé à réaliser une unité
politique. La France capétienne, malgré la féodalité, apparait comme le royaume par
excellence.
Les capétiens vont combattre les prétentions universalistes de l’empereur germanique et
donner au roi de une vraie stature de chef d’Etat indépendant.
Le traité de Verdun de 843 avait partagé l’empire carolingien en 3 : le royaume des Francs de
l’Ouest s’est toujours considéré comme l’égal des deux autres. Les rois francs de l’Est, qui
était d’abord carolingien puis scapétiens, n’ont jamais considéré que leur royaume devait être
soumis à l’Empire.
Cet empire carolingien (la Lotharingie) va être absorbé par la Germanie et la « France » :
l’Empire de Charlemagne se crée en 962, dans la partie orientale, du côté de la Germanie par
le Duc de Saxe, ODon Ier.
Au XIIe siècle, l'empereur affirme un projet de domination universelle qui va prendre corps
avec la redécouverte du droit romain en Occident. Cela apporte aux juristes impériaux des
«outils doctrinaux», afin de soutenir les ambitions impériales. L’empereur germanique
Frédéric Ier, dit Frédéric Barberousse, est le premier à revendiquer ce lien. En 1158,
l’empereur tient une diète, à Roncaglia en Italie pour imposer son autorité et sa loi. Les
juristes impériaux étudient ce droit romain retrouvé et expliquent que Frédéric 1er est le
véritable héritier des anciens empereurs romains.
- L’empereur dispose sur l’ensemble du monde une autorité aussi étendue que celle qui
appartenait aux empereurs romains : il est le dominus mundi (maître du monde)
- Dès le règne de Philippe II (1180 – 1223), les légistes du roi défendent la thèse de
l’indépendance du royaume et ils défendent la thèse de l’équivalence parfaite des
dignités impériales et royales.
Ces légistes du roi vont trouver des alliés chez les canonistes voulant eux aussi mettre fin aux
prétentions de l’empereur. En 1202, le pape Innocent III va promulguer une décrétale, la
décrétale Per Venerabilem. Il précise que « le roi ne reconnaît aucun supérieur au temporel ».
⇒ Les légistes vont s’appuyer sur ce passage pour affirmer que leur roi de France ne saurait
en aucun cas être soumis à l’empereur.
L'idéal d'égalité entre l’empereur germanique et le roi de France, empereurs et héritiers des
empereurs romains. Le roi Philippe II, en 1204, voit accoler à son nom le qualificatif
d’Auguste.
En 1272, un coutumier intitulé les Établissements de Saint Louis, indique « le roi ne doit tenir
de nul », hormis de Dieu et de lui-même.
Dans les faits, la puissance militaire des capétiens assure le triomphe de la souveraineté du
roi. Toutefois, malgré son affaiblissement, l’empire persiste à se montrer ambitieux. Pour
preuve, en 1312, le nouvel empereur germanique Henri VII fait parvenir aux différents
monarques européens : une lettre reprenant les arguments classiques qui fondent la
supériorité de son pouvoir. Le roi de France, Philippe IV Le Bel, répond à cette lettre, en
réaffirmant que le royaume de France est un Etat complètement indépendant.
A la fin du XIIIe siècle, l’autorité du pape pèse encore sur le roi et plus largement le royaume
de France. Dans la seconde moitié du XIème, le pape Grégoire VII promulgue la réforme
grégorienne, posant le principe du primat de l’Eglise sur l’Etat.
Le pape a une primauté spirituelle incontestée, il revendique aussi une supériorité politique
(temporelle) sur tous les princes. Le pape serait investi d’une autorité universelle sur le
peuple chrétien et sur les princes laïcs. Leur pouvoir temporel serait confié par le pape.
⇒ De la fin du XIe jusqu’au milieu du XIIIe, la conception des deux pouvoirs (spirituel et
temporel) va engendrer un conflit entre le pape et l’empereur. L’Eglise gagne sur l’Empire
avec la mort de Frédéric II.
Un nouveau combat va s’engager du roi de France contre l’Eglise : Philippe IV le Bel contre
Boniface VIII. Cette lutte va aboutir à une nouvelle manière d’envisager les rapports de
l’Eglise et de l’Etat en France.
Les premières difficultés entre la papauté et le roi apparaissent au début du XIIIe siècle sous
le règne de Philippe II. Le pape Innocent III va tenter de s’immiscer dans des conflits
opposant le roi de France au roi d’Angleterre Jean sans Terre. Un point de non-retour est
atteint avec le conflit opposant Philippe le Bel à Boniface VIII.
- En 1296, Philippe le Bel (roi) décide de lever des impôts sur les biens de l’Eglise de
France sans autorisation du pape.
- Le roi s'appuie sur les paroles du Christ, rapportées par les évangiles : « Rendez à
César ce qui est à César. Mon royaume n’est pas de ce monde ». Il marque la
distinction entre spirituel et temporel.
Pour le roi, dans un pays où les clercs et les laïcs coexistent et coopèrent, il apparaît
évidemment que tous doivent contribuer aux charges de l’Etat.
Le 2ème :
- En 1301, Philippe le Bel fait arrêter l’évêque de Pamiers (Bernard Saisset), accusé de
l’avoir publiquement insulté. Il souhaite le faire traduire cet évêque devant la justice
royale, ce qui est contraire à leurs privilèges juridictionnels.
- Boniface VIII écrit une autre bulle : Ausculta fili dans laquelle il réaffirme la
supériorité du pouvoir spirituel sur le roi
Cette assemblée confirme que le roi ne doit relever de personne et il est seulement son
royaume de Dieu.
- Boniface VIII répond de nouveau avec la bulle Unam Sanctam comprenant la théorie
des deux glaives. On y retrouve tous les arguments classiques de la théocratie
pontificale, c’est une interprétation politique d’un passage de l’évangile de Luc qui
fait référence à « deux glaives » : les deux pouvoirs que le Christ lui-même leur a
confiés, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel délégué au Prince : soumission.
Pour marquer définitivement son autorité, le pape menace le roi d'excommunication.
- Le conflit prend fin en 1303, avec le décès du pape Boniface VIII, 1 mois après
l’attentat d’Anagni.
En 1304, son successeur Benoit XI lève toutes les condamnations contre le roi. En
1305, un nouveau pape est élu, c’est Clément V, pape français qui assure le triomphe
de la cause du roi de France.
Aucune rupture religieuse : le pape demeure le gardien des dogmes catholiques et le roi
n’intervient pas dans le domaine théologique et garantie les libertés de l’Eglise de France
- La royauté va profiter du Grand Schisme d’Occident (1378 – 1417) pour solidifier les
bases du gallinacisme, met en présence 2 papes rivaux l’un à Rome, l’autre à
Avignon.
- En 1431 a lieu le concile à Bâle (Suisse) qui consacre une théorie : au sein de l’Eglise,
le concile général (assemblée générale des évêques) représente la puissance suprême :
le pape doit donc s’y soumettre.
- En 1438, le roi de France va réunir dans la ville de Bourges une assemblée de prélats
du royaume. Elle va se déclarer solidaire de la théorie de Bâle.
L’Eglise de France s’est en partie libérée du pape, mais elle reste toujours dominée par la
tutelle du roi de France. Le pouvoir et le prestige du roi de France sont renforcés.
Dès le Moyen-Age, les juristes français s’efforcent de dégager un corps de règles supérieures
qui régissent les conditions de transmission et d’exercice du pouvoir. On parle de façon
variable, des « lois de la couronne », ou de la « loi salique ».
Vers 1575, on va utiliser les « lois fondamentales du royaume » et au XVIIIe siècle un autre
terme s'impose le mot : « Constitution ».
- Les lois du roi : les lois ordinaires que le prince peut corriger comme bon lui semble
- Les lois du royaume : règles permanentes et immuables, qui s’imposent aux différents
rois qui se succèdent sans qu’ils puissent les transgresser (= des normes de nature
constitutionnelle).
Cette distinction est révélatrice d’une dissociation essentielle entre deux choses :
Cette distinction s’exprime à travers une métaphore : les « deux corps du roi ». D’un côté, le
corps mystique du roi qui comprend la fonction royale. De l’autre, le corps physique du roi,
désignant le roi mortel. Cette distinction donne naissance aux lois fondamentales, et
présentent 3 caractères généraux :
Les lois fondamentales n’ont jamais fait l’objet d’une liste précise. Toutefois, on s’accorde à
réserver “loi fondamentale” à 2 types de dispositions : celles organisant la dévolution de la
couronne, puis celles qui régissent la continuité de l’Etat.
La fonction et les pouvoirs du roi transcendent sa propre personne : l’on dépasse le stade
physique. Le maintien de la royauté permet d’assurer le fonctionnement de l’Etat. La fonction
royale doit être permanente, et l’on voit se dégager un statut de la couronne : loi de
dévolution. ⇒ hérédité par primogéniture de mâle en mâle
⇒ indisponibilité de la couronne
* L’hérédité.
En 987, Hugues Capet est élu roi par les Grands. A première vue, le caractère contractuel de
la monarchie semble l’avoir emporté sur le principe dynastique : l'élection fait le roi. Hugues
Capet va exhumer une pratique utilisée par les premiers carolingiens : associer son fils au
trône via le sacre.
Hugues Capet fait élire son fils Robert comme son successeur par les Grands, et le fait sacrer
en 988. Capet gouverne avec son fils, qui est un associé au trône : « rex designatus ». En 996,
Hugues Capet meurt, son fils devient roi sous le titre de Robert II, sans aucune contestation.
Pendant 2 siècles, cette technique de l'association et du sacre anticipé du fils (du vivant du
père) va être appliquée jusqu’en 1179 et elle permettra d’enraciner le principe héréditaire. En
1179, le roi Louis VII fait élire et sacrer son fils Philippe, le futur Philippe II Auguste.
Tout le monde admet que l'élection du roi par les Grands n’est plus qu’une formalité : la
Couronne est héréditaire.
⇒ L’élection devient une coutume constitutionnelle : Louis VIII monte sur le trône sans avoir
été expressément élu du vivant de son père.
* La primogéniture.
Principe qui signifie que lorsque le roi aura deux fils, l’ainé sera toujours choisi pour hériter
de la Couronne. En 1027, lors d’un conflit entre les deux fils de Robert II : Henri l’ainé et un
autre Robert, il va trancher et fait primer le droit d'aînesse.
Avec ce principe, l’unité du royaume est respectée.
B) Le principe de masculinité
Puisque les capétiens ont toujours eu un fils pour leur succéder, la question féminine ne s’est
jamais posée : le « miracle capétien » qui entretient l’illusion d’une succession masculine
automatique. La mort du roi Louis X (fils de Philippe IV) en 1316 remet en question cela.
Lorsque se pose la question de la succession féminine, l'on dégage la loi de masculinité avec
deux idées : l’exclusion des femmes et l’exclusion des parents par les femmes.
- Le roi Louis X meurt et laisse une fille, Jeanne, et la reine enceinte. Pour gouverner le
royaume, une régence est instaurée par Philippe de Poitiers, frère de Louis X, jusqu’à
l’accouchement de la reine.
Pendant cette période, le régent exerce en son nom PROPRE la totalité des pouvoirs
régaliens en s’appuyant sur les principaux conseillers du roi mort.
Si la reine donne naissance à un fils, il sera roi et le régent Philippe conservera la garde du
royaume jusqu’à sa majorité.
Si la reine accouche d’une fille, la décision définitive sera ajournée jusqu’à la majorité de
Jeanne : en théorie, elle pourrait faire valoir son droit à la Couronne.
La reine accouche d’un garçon, Jean, qui meurt quelques jours plus tard.
- Le régent Philippe va écarter Jeanne : il réunit une assemblée de prélats et cette se fait
proclamer roi sous le nom de Philippe V, jusqu’en 1322. Au moment de son décès, il
ne laisse que des filles. L’exclusion prononcée en 1316 à l’encontre de Jeanne se
retourne désormais contre les propres filles de Philippe.
⇒ Ce principe d’exclusion est fixé dans la coutume. La Couronne de France est réservée aux
mâles, à défaut de garçons en ligne directe ⇒ mâle le plus proche en ligne collatérale.
Charles IV meurt à son tour, il ne laisse que des filles. Ses filles sont écartées de la succession
et il n’a plus de frère puiné pour assurer la régence.
Mais, quelle est la place de la femme dans la succesion ? Faut-il exiger la parenté par les
mâles ?
Si l’on prend en compte la proximité du degré : la Couronne doit revenir à Edouard III. Si on
prend la parenté par les mâles : la Couronne doit revenir à Philippe de Valois (Philippe VI).
Les partisans de l’exclusion des femmes développement soit des arguments politiques :
- Du fait du sacre, la royauté est une fonction quasi- religieuse. L'exclusion des femmes
est la même que dans l’Eglise.
- Evêque Jean de Marigny va invoquer l’évangile de Mathieu : principal conseiller de
Philippe VI, il va tirer de ce passage la formule « les lis ne filent point ».
- Le droit romain : personne ne peut transmettre un droit dont il n'est pas lui-même
titulaire. Les légistes font appel à un adage romain : « nemo dat quod non habet ».
Si la mère d’Edouard III, est exclue comme toutes les femmes de la succession royale, n’a
jamais possédé le moindre tire de succession, elle ne peut pas donner ce qu’elle n’a jamais eu.
- Le droit privé : s’inspirer des règles en vigueur à propos des fiefs où la règle
coutumière générale est l’exclusion des femmes pour la succession au fief toutes les
fois qu’elles entrent en concurrence avec des hommes.
Des arguments juridiques sont bien avancés, mais aucun de ces arguments ne relève du droit
public alors que la succession au trône est régie par des règles de droit public.
La prétention du roi d’Angleterre va entraîner un conflit avec le roi de France, qui va être le
point de départ de la guerre de Cent ans. Les juristes anglais soulignent l’inexistence
d’arguments de droit public pour fonder la loi de masculinité. Comment justifier
juridiquement ?
En 1358, un moine de Saint-Denis, Richard Lescot, va exhumer la loi salique qui soutient le
principe de masculinité. Particulièrement, Lescot s’appuie sur le titre 59 qui exclut les
femmes de la succession à la terre des ancêtres. Il projette cette règle de droit privé dans le
droit public : fiction juridique. Dans son Traité contre les prétentions d’Edouard III à la
couronne de France, Lescot rajoute : « in regno » (dans le royaume) : modification de la
teneur de ce titre pour servir ses intérêts politiques. Cette loi salique va devenir l’argument
principal d’exclusion des femmes et de leur descendance de la succession à la couronne.
Désormais, le fils aîné est considéré immédiatement comme le roi. On voit apparaître un
ensemble de principes juridiques qui régissent la Couronne. Il faut en figer le statut : on fait
émerger le principe de l’indisponibilité de la Couronne, avec de nombreux effets juridiques.
A) L’énoncé de la règle
Au début du XVe siècle, c’est une période difficile pour le royaume de France en pleine
guerre de Cent ans. Pour 3 raisons principales, cette difficulté est prédominante :
- Le roi Charles VI (règne de 1380 à 1422) est sujet à de graves faiblesses mentales. On
le surnomme Charles le Fol. Son règne est une alternance de folies et de rémission.
- A l’intérieur du royaume de France, il y a une vraie guerre civile : les Armagnacs
soutiennent la France et les Bourguignons soutiennent l’Angleterre.
- L’armée française subit une défaite cuisante en 1415 à Azincourt : une grande partie
du royaume de France est occupée par les Anglais.
Dans l’entourage du roi, on se dit que la meilleure solution c'est de mettre un terme à la
guerre. L’entourage du roi de France propose à Charles VI la solution suivante : on demande
au roi de France d’écarter du trône son propre fils, le dauphin, qui s’appelle aussi Charles,
pour donner la Couronne de France au roi anglais, Henri V à condition qu’il se marie avec la
princesse Catherine (fille de Charles VI).
En 1420, le traité de Troyes est signé : le roi d’Angleterre est adopté par le roi de France, ce
qui fait que le roi de France va « exhérer » son propre fils, l'héritier légitime.
Ce traité est-il valable ? Cette solution, dès 1419, va entraîner une réaction virulente de la
part de juristes français. Jean de Terrevermeille, avocat du roi à Nîmes, publie un Traité des
droits du successeur légitime aux héritages royaux.
A partir du moment où on considère que le roi ne peut pas « disposer de la Couronne », on dit
que la Couronne est « indisponible ».
- Le successeur au trône n’est pas juridiquement lié par les obligations de son
prédécesseur. Il s’agit d’une différence fondamentale avec les héritiers ordinaires.
Elle est essentielle, car elle vise à préserver le pouvoir mais également le territoire sur lequel
il s’exerce.
Ce principe illustre la permanence de l’Etat entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle. Il
s’esquisse autour de la question de la majorité royale puis il va être consacré dans
l'affirmation d’une loi fondamentale : l’instantanéité de la succession.
- Cette discontinuité est encore plus grave lorsque le nouveau roi est mineur : mise en
place une régence.
Un roi mineur, même sacré, ne peut pas gouverner. C’est le régent qui règne et l’Etat se
trouve potentiellement affaibli. La régence est considérée comme une simple tutelle, exercée
sur la fonction royale.
⇒ Pour éviter que la régence ne s’installe dans la durée, on va fixer un âge le plus précoce
pour déterminer la majorité royale. En 1374, édit de Charles V qui fixe la majorité à 13 ans.
C’est la 1ère étape dans la mise en place de la continuité de la succession. Le sacre va
commencer à perdre son caractère constituant.
B) L’instantanéité de la succession
2 ordonnances de Charles VI (le fou) sont prises en 1403 et 1407 elles complètent la règle de
la continuité de la fonction royale. Elles formulent une nouvelle loi fondamentale : le principe
d’instantanéité de la succession.
L'héritier légitime doit être considéré comme roi dès la mort de son prédécesseur :
- Dès cet instant, l'héritier est pleinement roi : pas de rupture de la fonction royale.
- Avant d’être sacré ou d’être majeur : le nouveau roi à la totalité de ses prérogatives
Trois remarques :
- Plusieurs adages : « le roi de France est toujours majeur », « le roi de France est
toujours vivant », « le roi est mort, vive le roi »
- Ce principe d’instantanéité renforce la doctrine des deux corps du roi. D’un côté on a
un corps physique mortel, et de l’autre, un corps mystique (la Couronne) qui ne meurt
pas.
Ce principe de la continuité de la fonction royale veut assurer par le roi la pérennité de l’Etat.
A) L’énonciation de la règle
Le XIIIe siècle est parsemé d’aliénation domaniale importante. Elles sont liées au principe
d’indivisibilité du royaume au profit du fils aîné. Le règne de Philippe II se caractérise par
d’importantes conquêtes territoriales. Son successeur, Louis VIII, entend profiter de cette
richesse territoriale : dotations territoriales à ses fils.
Le but de ces dotations/aliénations est double :
Ces aliénations traduisent encore une vision patrimoniale du domaine, comme si le domaine
appartenait en propre au roi. Dès le début du XIIIe siècle, cette façon de gérer le territoire
royal va être critiquée par la papauté dans le reste de l’Europe. Le pape Honorius III va
critiquer les nombreuses donations domaniales consenties par le roi de Hongrie André II.
⇒ La pratique du roi de France va à son tour être l’objet de critiques. Si ces aliénations
territoriales menacent gravement le domaine de la Couronne, cela diminue les revenus du roi.
Une prise de conscience qui se forme, ce qui forme cette règle de l’inaliénabilité du domaine.
Au début du XIVe siècle, les légistes commencent à se préoccuper de limiter les aliénations
domaniales faites par le roi. Une première partie de cette législation vise à réprimer les abus,
puis l’on annonce le principe d’inaliénabilité ;
- Le roi Jean II est prisonnier des Anglais dans la guerre de Cent ans, son fils Charles
doit assurer l’intérim du pouvoir (pas de régence) sous le titre de lieutenant général du
royaume
- En plus de la guerre de Cent ans, le pays fait face à de graves problèmes financiers.
Charles décide de convoquer les Etats généraux pour faire voter de nouveaux impôts, et
remédier à la situation délicate du pays. Ils vont profiter de cette réunion pour dénoncer la
politique du roi en matière domaniale. Le dauphin Charles est contraint d’insérer dans une
ordonnance une prescription générale contre ces aliénations. Ce pouvoir en matière de
concession de terre est encadré. Lorsque le roi prête serment, il protège le domaine royal..
Malgré l’affirmation de cette règle, les aliénations et donations persistent. Elles sont si
courantes que l’une va finir par être acceptée comme une exception légale à la règle
d’inaliénabilité : l’apanage. Puis, l’on reconnaît une 2nd exception : l’engagement pour
nécessité de guerre.
C’est une pratique répandue, le roi va essayer d’en limiter les conséquences tout en la tolérant
* Une pratique répandue. Elle permet au roi de constituer au bénéfice de ses enfants puinés
une dotation en terres plus ou moins importante, toujours prélevée sur le domaine royal. Cette
pratique est une application directe d’une règle de droit féodal.
Cette règle avait tempéré la trop grande rigueur du droit d’ainesse. Dans le cadre d’un fief,
l’ainé va conserver les terres principales, alors que les puinés vont hériter d’autres terres plus
petites et un manoir par exemple.
Cette coutume va rejaillir sur la succession au trône, et va être courante jusqu’à la fin du
Moyen-Age. Cette pratique va conduire les rois à ne pas respecter la règle d’inaliénabilité qui
pourtant est en cours d'élaboration. Cette pratique peut se révéler destructrice donc elle va
être encadrée.
Cette pratique permet à la royauté de trouver des ressources financières en temps de conflit
en mettant en gage des biens du domaine. Ces alinéations doivent obéir à 3 conditions :
Ce sont des engagements provisoires mais la royauté s’expose à un risque : être sous la
dépendance financière des engagistes.
À compter du XIIème siècle, l’on disait que la corona, le regnum préfigurent l’Etat. Puis, à la
fin du XVème c’est le mot d'État qui est utilisé. Il apparaît comme une entité supérieure qui
se distingue du roi, et il doit s'imposer au roi : il doit édicter des normes obligatoires qui
doivent s’imposer au prince. Désormais, on ne confond plus l’Etat avec la personne du roi car
il en est le dépositaire (représentant).
Au XVIème siècle, la monarchie prévaut en France et dans d’autres États d’Europe puis va se
développer au cours du XVIIème et XVIIIème siècles. On élabore les fondements de cette
doctrine et à la fin du XVIIème la doctrine de l'absolutisme monarchique va être complétée
par une autre théorie : le droit divin des rois.
Ce mouvement n’est pas nouveau au XVIème siècle, il s'inscrit déjà dans un sillon ouvert par
d’autres auteurs du XVème. On retrouve Jean de Blanot et Philippe de Beaumanoir. Ainsi, le
XVIème siècle est l’héritier de ces doctrines médiévales comme le prouve la consécration du
concept de souveraineté.
En outre, une fois qu’elle est conceptualisée, la souveraineté comporte des caractéristiques :
A) La conceptualisation de la souveraineté
Jean Bodin, pour définir la souveraineté, doit d’abord définir l'État dans les Six Livres de la
République (1576) :
“La République est un droit gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est
commun avec puissance souveraine”.
⇒ “plusieurs ménages” : ménage = familles, Bodin pense que les hommes y sont intégrés.
Pour lui, la famille est la cellule de base de la société politique : le fondement de l’Etat.
⇒ “de ce qui leur est commun” : Bodin insiste sur la nécessité de donner à l’Etat une base
communautaire. Si pas de communautés, alors pas d'État : il faut un intérêt commun qui unie.
⇒ “avec une puissance souveraine” : Bodin indique que la souveraineté est le fondement de
l’Etat : une organisation politique qui à le pouvoir de décider en dernier ressort.
Conséquences :
La souveraineté apparaît comme ce lien qui unit les familles entre elles, pour former l’Etat.
Cette souveraineté est une force de cohésion, sans elle rien n'existerait et surtout pas l’Etat.
Conclusion :
Au cours du XVIIème siècle, d’autres juristes royaux et penseurs absolutistes vont achever la
théorie de l’absolutisme monarchique.
Parmi eux : Guy Coquille, Charles Loyseau et Cardin Le Bret qui confirment la théorie de
Bodin. Ils procèdent à 2 rappels dans leurs écrits : le rapport nécessaire entre la souveraineté
et l’Etat, puis une puissance royale absolue comme parfaite et entière.
Le mot “absolu” vient du latin “absolutus” : être libre, être délié de. La souveraineté ne tolère
aucune condition, aucune restriction, elle est associée à l’idée d’unité et implique que le roi
n’est pas lié juridiquement. Autrement dit, le roi souverain est libre. Bodin implique :
- Pour Bodin, il n’y a pas de liens de subordination entre le prince et le pape car
le premier est souverain. Ainsi, il affirme que le pouvoir du roi est équivalent à
la “plenitudo potestatis” du pape. Ils sont mis à égalité pour contrer les
prétentions du pape à contrôler les souverains.
- Le roi n’est pas lié par les lois de ses prédécesseurs, ni par les siennes propres.
Il peut modifier la loi comme il l’entend : “principes legibus solutus est”
- Le roi est seul législateur et sa volonté à force de loi : “quod principi placuit
legis habet vigorem”
La souveraineté ne connaît pas de fin, car si elle venait à disparaître, l'Etat aussi. Elle n’est
donc pas limitée dans le temps, elle est irrévocable. Cette idée est illustrée par une loi
fondamentale déjà rencontrée : la loi fondamentale de la continuité de la fonction royale avec
le principe de l'instantanéité de la succession. La souveraineté, à la mort du prince, se
transmet automatiquement au successeur.
Pour Bodin, la souveraineté est parfaite lorsqu’elle est indivisible, elle appartient à un seul et
unique organe : le roi. Si l’on venait à la partager, elle n’existerait plus pour Bodin : risque
d’avoir des divergences et/ou des alliances, le pouvoir serait paralysé.
Conséquences :
Bodin rejette toute forme de gouvernement mixte, c’est-à-dire toute forme de gouvernement
dans laquelle la souveraineté serait partagée entre plusieurs personnes.
Bodin abandonne tous les régimes politiques qui prévoient une séparation des pouvoirs.
En 1632, Cardin Le Bret affirme que “la souveraineté n’est pas plus divisible que le point
en la géométrie”.
Lorsque Bodin conceptualise la souveraineté, il affirme clairement son soutien pour le régime
monarchique. Il dresse la liste des différents pouvoirs du prince et les qualifient de “marques
de souveraineté”.
La souveraineté étant définie comme un pouvoir qui décide en dernier ressort, sans supérieur,
et est indépendante : qui doit être le titulaire de la souveraineté ?
Bodin présente une typologie des régimes politiques via le critère de la souveraineté. Tandis
qu’Aristote prenait en compte le nombre de gouvernants ou l’utilité commune. L'État apparaît
comme le siège de la souveraineté et du gouvernement qui est la manière dont on exerce la
souveraineté.
Remarque n°1 : quelque soit la forme de l’Etat, pour Bodin la souveraineté doit toujours être
une puissance absolue, perpétuelle et indivisible.
Remarque n°2 : pour Bodin il est possible dans toutes les formes de l’Etat, de mettre en place
un gouvernement mixte. Il peut donc exister un Etat dans lequel la souveraineté appartient au
peuple (démocratique), avec un gouvernement confié à une portion ( aristocratique).
Bodin rejette toute hypothèse pour une régime politique idéal, puisque par l’idée d’un
gouvernement mixte : la souveraineté serait fragilisée entre plusieurs personnes. Le régime
politique idéal serait alors la monarchie : la meilleure forme d’Etat, puis de gouvernement. La
monarchie est la forme idéale parce qu’un seul individu détient la souveraineté.
Bodin défend cette monarchie pour 2 autres raisons :
- C’est le régime le plus conforme avec la “nature” qui veut que les corps sociaux
soient dirigés par une seule personne.
- C’est la meilleure expression de la puissance souveraine de l’Etat : moins bien si elle
est partagée.
Remarque n°1 :
Cette monarchie royale ou légitime par Jean Bodin va être qualifiée de monarchie absolue.
Remarque n°2 :
Cette monarchie absolue ne doit pas être confondue avec une monarchie arbitraire. Dans une
monarchie absolue, le pouvoir personnel est encadré par des institutions (Conseil du Roi, Etat
Généraux) et des lois. Dans une monarchie arbitraire, le roi est délié de toute soumission.
Bodin fait la synthèse des prérogatives du roi : ce sont des marques de souveraineté, parmi
elles il y a le législatif, l'exécutif, et le judiciaire. Il ressort que chez Bodin, la volonté du roi
est le moteur de l’Etat : il y a une confusion des pouvoirs. Cette confusion illustre
l'indivisibilité de la souveraineté : tous les pouvoirs vont au roi, titulaire de la souveraineté.
1. Le pouvoir législatif
Bodin pose un principe clé : la liberté législative du roi qui s’impose à tous :
- Il n’est pas lié par les lois de ses prédécesseurs, ni même par ses propres lois
- Il exerce le pouvoir législatif sans partage et sans consentement : “Qui veut le roi, si
veut la loi” Loisel (1536-1617)
Remarque n°1 :
On trouve à la fin de chaque ordonnance royale (forme de loi) une formule : “car tel est notre
plaisir”. Cela ne traduit pas un caprice royal, mais l’idée que la loi est le résultat de la raison
bienfaisante du roi. Il prend une loi en s’appuyant sur sa propre volonté, pour satisfaire
l’utilité publique (res publica) : “ce qui plaît au prince à force de loi”.
Remarque n°2 :
Au moment où Bodin élabora cette théorie de la souveraineté législative, le pouvoir législatif
du roi n’est pas encore aussi puissant. Il y a donc un décalage entre les écrits et la réalité.
À partir du XVIIème, il va s’élargir et va devenir à travers la loi, la source principale du droit.
2. Le pouvoir judiciaire
- La justice retenue : par le roi lui-même, ou par son propre Conseil (la Cour). Il peut y
recourir à tout moment.
3. Le pouvoir exécutif
Dès le début du XVIème siècle, le pouvoir royal est confronté au “problème protestan”.
- D’abord, le mouvement de la réforme en 1517 sous l’impulsion de Martin Luther met
en péril l’unité religieuse de l'État. Il y a les catholiques, et les “réformés”.
- Puis, on voit se former en France, un groupe protestant qui cherche à atteindre les
hautes sphères de l’Etat.
Conséquences :
Dès la fin des années 1540’s, Henri II s’attaque à cette religion qui est jugée hérétique. Pour
cela, il met en place une politique de persécution qui va déboucher sur les guerres de religion.
Il y a donc une méfiance du protestantisme qui remet en cause l'origine divine du pouvoir.
Dans la seconde moitié du XVIème siècle, des menaces pèsent sur la monarchie. Par les
contestations des protestants mais aussi de certains catholiques. Les penseurs de ces deux
religions s'opposent sur le plan religieux mais parfois ils ont des positions politiques
communes, sur question de l'origine divine directe du pouvoir royal, il y en a 3 :
- Le pouvoir politique est voulu par Dieu mais le roi ne participe pas du divin : on place
le pouvoir suprême sous le contrôle des hommes
- Ils refoulent le gallicanisme sur le plan religieux, en défendant le concept médiéval de
république chrétienne unique et universelle.
Les théoriciens du roi vont se placer sur le terrain de la théologie pour revaloriser le roi. Ils
veulent réaffirmer l'immédiateté du lien entre Dieu et le roi. L'objectif est de riposter à une
entreprise de désacralisation de la royauté.
Les théoriciens du pouvoir royal admettent que c’est à Dieu seul que le roi doit rendre des
comptes. Il est ainsi considéré comme irresponsable vis-à-vis des Hommes.
- Le roi est irresponsable face au pape qui n’est “qu’un homme”. Il n'a pas le droit de se
présenter au temporel comme un être supérieur au roi.
- Le roi est irresponsable à l'égard de ses sujets qui n’ont aucun moyen de contrôle et de
pouvoir de sanction.
⇒ Il en résulte une sacralisation du pouvoir royal et de son titulaire. L’Etat est divinisé et le
roi est ouvertement considéré comme étant de droit divin.
⇒ Au XVIIème siècle, cette doctrine du droit divin s'impose et les penseurs absolutistes en
font un élément complémentaire de la monarchie absolue. Elle est approuvée par des grands
juristes absolutistes : Charles Loyseau, ou Cardin Le Bret.
B) Le parachèvement de la théorie
Bossuet va finaliser la théorisation du droit divin et donc renforcer la monarchie absolue dans
son ouvrage : La politique tirée des propres paroles de l’Ecriture Sainte (1670-1679). Il y
développe et systématise l'idéologie du droit divin.
Bossuet s’appuie principalement sur la Bible, qu’il interprète librement et s’en sert pour
étayer son argumentation. Il va exalter le pouvoir exercé par le roi en consolidant son assise
divine. Le roi a ce rôle par ses actions, et par le fondement divin de son pouvoir.
Il faut distinguer 2 moments :
- Bossuet va identifier le roi à Dieu : le roi au sens de personne est une personne
publique, mais la fonction royale est divine.
- Le roi, de droit divin, ne s’appartient pas à lui-même : destiné par Dieu au bien public.
Le droit divin conçu par Bossuet vise surtout à renforcer l'institution royale. Il faut obéir au
prince : devoir aussi sacré que la soumission à Dieu. L’auteur appuie ceci en affirmant que :
⇒ On justifie le pouvoir absolu du roi qui peut le faire par son lien direct avec Dieu.
Cette doctrine n’ajoute rien à la dimension religieuse traditionnelle du roi. Le sacre traduisait
jusqu’au XVIème siècle la dimension religieuse du pouvoir, puis après il conserve une portée
symbolique. Toutefois, cette construction théorique présente tout de même un double intérêt :
- Le roi a pu résister à des événements qui avaient pour but d’abattre le schéma royal
(seconde moitié du XVIème avec les guerres de religion)
- On a entretenu une mystique royale, même si à partir des années 1730 elle décline.
Section 2 : Une monarchie absolue de droit divin encadrée par les lois
fondamentales
La monarchie, bien que absolue, demeure évidemment soumise aux lois fondamentales. Au
cours de l’Ancien-régime, la liste et le contenu de ces lois continuent de s’allonger et de se
préciser.
Certains auteurs viennent à évoquer l’existence d’une constitution coutumière du royaume.
Le contenu de ces règles de succession va être enrichi à l'occasion des guerres de religion en
France (seconde moitié du XVIème siècle). La nouvelle règle est le principe de catholicité,
puis la loi d'indisponibilité va se renforcer après différentes tentatives de contournements.
Jusqu’au XVIème, la question de la catholicité du roi ne s’était jamais posée pour 2 raisons :
- Le roi règne sur un État chrétien et catholique
Conséquences :
- 1er moment :
Dès les débuts de la réforme en 1517, on constate que le courant protestant prend ses
distances avec l'Eglise catholique romaine, car il est impossible de réformer l’Eglise
de l’intérieur.
Donc, ils vont créer leur propre Église : les protestants, ceux qui protestent contre ce
qui est, vont donc beaucoup se développer surtout en Europe de Nord.
- 2ème moment :
Dans l’Empire, il y a d’un côté Charles-Quint (empereur des catholiques et des
princes protestants sur les mêmes terres), souhaitant pacifier les relations en concluant
la Paix d’Augsbourg.
C’est un compromis entre l’Empereur catholique et les princes protestants. Il va poser
un principe qui va dominer tout le droit public de l’Europe jusqu'à la fin du XVIIIème
: “cujus regio, cujus religio”. Tous les sujets doivent ainsi pratiquer la religion de leur
prince.
À partir de là, dans plusieurs pays d'Europe du Nord, des princes protestants arrivent
au pouvoir : elle devient religion d’Etat dans certaines principautés de l'Empire
germanique puis la religion de la principauté.
En France, le problème auquel est confronté l’Empire germanique ne se pose pas vraiment
car les rois sont traditionnellement catholiques malgré l'existence au milieu du XVIème
siècle, d’une minorité protestante (10%). La préservation de la tradition catholique va
conduire le pouvoir royal à intensifier la répression du protestantisme dès 1560’s. C’est le
point de départ d’une succession de guerres civiles jusqu'en 1598. L’image la plus connue est
le massacre de la St-Barthélémy, le 24 août 1572.
De quelle façon la question de la religion du roi fait-elle irruption dans le débat public
en France ?
La question de la religion du roi fait irruption en 1584. Le frère cadet du roi Henri III,
François de France, décède alors qu’il est l’héritier désigné du trône. Le roi Henri III n’a que
des filles pour descendantes donc l'héritier présomptif du trône est le roi de Navarre, Henri de
Bourbon. Malgré qu’il soit cousin avec le roi Henri III au 21ème degré, il est désigné comme
tel par les lois fondamentales. Cependant, c’est l’un des leaders du parti protestant donc la
majorité des français refusent son passage au trône.
Cosnéquences :
En 1576, se forme la Ligue avec pour défendre la religion cahtolique. Elle veut empêcher à
tout prix l'arrivée d'un prince protestant sur le trône. Il est considéré comme un hérétique.
Il y a 4 moments :
- Juillet 1588 : les Ligueurs obtiennent la promulgation de l'Édit d’union. C’est une loi
faisant du principe de catholicité une loi fondamentale du royaume. En octobre, les
Etats généraux réunis à Blois approuvent à leur tour cette règle.
Sur le plan juridique, cette loi n’est pas nouvelle, on considère que cette loi de catholicité
existe depuis le baptême de Clovis et elle est rappelée régulièrement à travers le sacre. On
réaffirme officiellement un principe qui existe déjà depuis longtemps mais qui est menacé.
- Août 1589 : le roi Henri III est assassiné par le moine Clément. Les Ligueurs opposés
à Henri de Navarre, essayent de trouver un « digne successeur à Henri III ».
Ils sont prêts à violer les lois fondamentales du royaume, ils envisagent 2 options :
- 1589 : ils choisissent l’oncle d’Henri de Navarre, Charles Ier de Bourbon qui
est catholique. Sauf qu’il meurt avant que cela puisse se concrétiser. Cette
solution violait délibérément la loi d’indisponibilité de la Couronne.
1593 : les états généraux réunis à Paris et dominés par la Ligue catholique
envisagent même l’avènement sur le trône d’une femme (infante d’Espagne
Isabelle, fille du roi Philippe II et petite-fille de l’ex-roi de France Henri II).
Sauf que cette option pose un problème car elle viole la loi de masculinité.
- Juin 1593 : le Parlement de Paris, cour de justice, se prononce sur le sujet alors que
normalement il n’est pas juridiquement habilité à le faire.
Le Parlement rend l’arrêt Lemaistre le 28 juin 1593, dans lequel il réaffirme les lois
d’indisponibilité et de masculinité et confirme comme loi fondamentale le principe de
la nécessaire catholicité du roi. Par cela, il sous-entend que la seule solution est
qu’Henri de Navarre se convertisse au catholicisme.
Conclusion :
Par la loi de catholicité, on admet que le roi de France régnant sur une nation catholique ne
peut être d’une autre religion. Contrairement à l’Empire, la religion du prince ne s’impose pas
à ses sujets, c’est le contraire, la religion majoritaire des sujets doit être celle du prince.
Fin du règne de Louis XIV, ce principe d’indisponibilité va être réaffirmé dans 2 affaires :
- L’affaire de la succession d’Espagne :
En 1700, le roi d’Espagne Charles II n’a pas de descendance. Il décide de désigner par
testament pour lui succéder sur le trône d’Espagne l’un des petits fils de Louis XIV qui est
Philippe duc d’Anjou. Le roi de France accepte ce testament, le duc d’Anjou devient roi
d’Espagne sous le nom de Philippe V.
En régnant sur l’Espagne, il est susceptible de régner aussi sur le royaume de France.
Cette perspective va alors attiser la crainte des puissances européennes étrangères qui
déclarent la guerre à la France en représailles.
La France perd et conclut le traité d’Utrecht en 1713. L’un des articles va obliger Philippe V
à renoncer à ses droits à la succession sur la couronne de France, clause contraire à la loi
d’indisponibilité de la Couronne puisqu’un héritier nécessaire ne peut pas résigner ses droits
au trône.
Les juristes français déclarent alors nulle et sans effet la renonciation de Philippe V : pour
eux il demeure le successeur potentiel au royaume de France. Les français craignent une
reprise de la guerre et Louis XIV est obligé d’accepter le traité d’Utrecht.
Il reste Philippe V mais qui ne peut prétendre à la couronne à cause du traité d’Utrecht. Il
reste donc un autre arrière petit fils qui sera le futur Louis XV.
Le roi va prendre l’Edit de Marly de 1714 : il donne à ses 2 fils la qualité de prince du sang.
Louis XIV crée un autre ordre successoral parallèle, ce qui signifie que ces princes sont
susceptibles d’être appelés au trône dans l’hypothèse ou il n’y aurait plus de prince de sang
légitime.
Cette décision viole la loi d’indisponibilité : le prince ne peut pas modifier l’ordre
successoral. Il pouvait légitimer ses bâtards mais pas les reconnaître héritiers.
En septembre 1715, Louis XIV meurt. Se réunit un conseil de régence qui assure l’intérim du
pouvoir durant la minorité de Louis XV. Il rend un arrêt sous forme d’édit qui date de juillet
1717 qui annule toutes les dispositions prises par Louis XIV dans l’édit de Marly de 1714.
Conclusion :
Cette décision de Louis XIV a pour effet de se poser la question de savoir ce qu’il se passerait
si la dynastie royale disparaissait.
Qui serait alors compétent pour choisir une autre dynastie royale ?
Cet édit de juillet 1717 fait référence aux droits de la Nation : elle (les E.G) doit disposer de
la couronne pour la confier à un autre roi qui serait élu.
Au XVème siècle, les juristes vont détailler cette règle de l’inaliénabilité. Ils recourent à la
métaphore du mariage : le roi est considéré comme l’époux de la res publica.
Lors de ce mariage entre le roi et l’Etat, le roi reçoit en dot le domaine de la couronne. Or, on
considère que les biens reçus en dot sont inaliénables sauf si l’épouse (la respublica) donne
son accord.
Il s’agit d’une théorie précisant que les biens du royaume ne tombent pas en commerce, en
pratique les choses sont différentes. Depuis le Moyen-Âge, les affaires qui touchent aux
domaines de la couronne sont nombreuses, surtout au début du XVIème siècle.
Conséquences :
Il apparut nécessaire pour les juristes de mettre par écrit ces règles de l’inaliénabilité du
domaine. Cela se fait en 2 temps :
- Février 1566 : édit de Moulins pris par Charles IX qui précise le statut du domaine qui
est le support territorial de la Couronne.
L’importance du texte se vérifie à travers sa procédure d’adoption : préparé par une
assemblée de notables et de Grands du royaume, rédigé par le chancelier Michel de
l’Hospital, avant d’être enregistré au Parlement.
Conclusion :
On a jamais eu besoin d’un texte pour fixer les règles de succession à la couronne. Les
difficultés de succession sont relativement rares. Mais, les affaires domaniales posent un
problème de sécurité juridique au roi et aux particuliers. On avait besoin d’une consécration.
B) Le statut du domaine
1. Le domaine fixe
Le domaine fixe comprend tous les biens et les droits acquis à la couronne à l’avènement du
roi, y compris son domaine propre puisqu’il est uni à la Couronne par un mariage mystique.
Ils sont absolument inaliénables.
Conséquences :
Le roi est le gérant du domaine et non comme un propriétaire. Il ne peut pas avoir de
patrimoine propre car tous les biens avant son avènement basculent dans ce domaine fixe.
2. Le domaine casuel
Le domaine casuel rassemble tous les biens et droits du roi pendant son règne selon différents
modes d’appropriation : achat, succession ou confiscation. Le roi peut en disposer librement.
Mais,
- Au bout de 10 ans, tous les biens et les droits du domaine casuel tombent à leur tour
dans le domaine fixe et deviennent inaliénables
- La totalité du domaine casuel d’un roi bascule dans le domaine fixe à la mort du roi
Conclusion :
L’édit de Moulins de 1566 reconduit les 2 exceptions (pratique des apanages et l’engagement
en cas de nécessité). Cette règle de l'inaliénabilité du domaine va parachever une idée : la
soumission du roi à l’Etat.
Les biens et les droits de la couronne sont confiés au roi. Ils apparaissent comme des outils
pour que le roi puisse accomplir sa mission qui est la satisfaction de l’intérêt général.