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Le Contrat

Le document présente une histoire de mariage de convenance entre Lisa et Kayn, où Lisa se sent piégée et méprisée par son futur mari. Malgré une apparence de gentillesse de Kayn, des tensions et des violences sous-jacentes émergent, mettant en lumière la dynamique toxique de leur relation. L'intrigue explore les thèmes de la manipulation, de la lutte pour le respect et des conséquences émotionnelles d'un mariage forcé.

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Le Contrat

Le document présente une histoire de mariage de convenance entre Lisa et Kayn, où Lisa se sent piégée et méprisée par son futur mari. Malgré une apparence de gentillesse de Kayn, des tensions et des violences sous-jacentes émergent, mettant en lumière la dynamique toxique de leur relation. L'intrigue explore les thèmes de la manipulation, de la lutte pour le respect et des conséquences émotionnelles d'un mariage forcé.

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LE CONTRAT

« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les


copies ou reproductions destinées à une utilisation
collective. Toute représentation ou reproduction
intégrale ou partielle faite par quelque procédé que
ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses
ayant droit ou ayant cause, est illicite et constitue
une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et
suivants du Code de la propriété intellectuelle. »

© 2019, Jane A Kenner

ISBN : 978-2-9566969-0-2

Achevé d’imprimer en Décembre 2019


par [Link] à Lille (Nord)
Imprimé en France

Dépôt légal : Décembre 2019

7,50 € TTC
« Seuls ceux qui sont assez fous pour
penser qu’ils peuvent changer le monde
y parviennent ! »

Jean-Henri Dunant
1

Point de vue de Lisa :

Je m'avance vers le grand miroir et je le


regarde. Je ne souris pas. Pourquoi est-ce que
je le ferais ? je dois me marier avec un homme
qui me méprise pour que mes parents puissent
garder leur société. Cela fait des semaines que
les préparatifs ont commencé et je ne l'ai vu
que trois fois. Chaque fois, je n'ai vu que son
regard insistant et malveillant. Si maman
n'avait pas été malade, je me serais
probablement enfuie. Un mariage de
convenance, une abomination pour une femme
comme moi, qui n'ai jamais connu l'amour et
ne le connaîtrais probablement jamais. Je
regarde mon reflet dans le miroir. Ma robe
blanche bustier est simple et élégante, mes
cheveux blonds sont relevés en un chignon
parfait et mon maquillage est simple. Seule ma
bouche rouge ivoire donne l'illusion du souffle
de vie qui m'habite encore. S'ils savaient. La
porte s'ouvre dans un fracas qui me fait
sursauter. Je le vois lui, mon futur mari,
tellement beau dans son costume trois-pièces
gris. Je n'ose pas le regarder et baisse la tête.
Pourquoi est-ce que je le regarderais ? Pour
qu'il m'épie de nouveau avec son regard noir
1
qui laisse entendre «je te hais mais le contrat
c'est un mariage, un héritier ».
Il s'avance vers moi et me prend la main
délicatement, un geste qu'il n'a pas l'habitude
d'avoir. Il relève ma tête doucement et me fixe
avec des yeux tendres... serait-il capable de
tendresse ?
KAYN : Une Carter ne baisse jamais le regard,
et surtout pas si c'est une femme aussi belle
que vous.
Je le regarde et esquisse un sourire.
KAYN : Allons-y !
Il me prend la main et nous allons à la
cérémonie. Comme convenu, tout se passe
bien. Personne ne pourrait croire que c'est une
mascarade. Il a été gentil toute la journée, ce
qui change de son comportement des semaines
précédentes. Ma mère n'est pas là, mais mon
père si ! Il sourit, il semble heureux et
s'accommode d'avoir vendu sa fille contre sa
firme ! Je danse avec Kayn, il me regarde
intensément, cela me met mal à l'aise. Il me
murmure à l'oreille.
KAYN : Vous faites des jalouses ma chère.
Je lui souris et le rouge me monte aux joues.
LISA : Probablement la robe.
KAYN : Je dirais plutôt qu'il s'agit du fait d'être
mariée au plus beau et au plus riche des
hommes de la ville.

2
Ça m'aurait étonné qu'il ne dise que des choses
gentilles mais aujourd'hui je n'ai absolument
pas la force de répondre.
LISA : Vous avez probablement raison.
Il arrête de danser, et me regarde comme s'il
me sondait.
KAYN : Qu'avez-vous ?
LISA : Rien, pourquoi posez-vous cette
question ?
Il me prend par la main et me dirige dans le
petit salon. Nous sommes seuls. Il me regarde
avec insistance ce qui me met mal à l'aise, je
détourne le regard.
KAYN : Je réitère ma question : qu'avez-vous ?
LISA : Je ne comprends pas votre question
Kayn.
KAYN : Vous devez m'appeler monsieur !
LISA : Sérieusement ? Vous plaisantez ?
Il me prend par le bras et se rapproche de mon
oreille, il est furieux ! Je connais ce regard je
frissonne est mon pouls s'accélère. Si ça
continue j'aurais de nouveau mal à la poitrine.
Calme le jeu Lisa.
KAYN : Je vous connais, ne pensez pas le
contraire. Vous êtes une femme de caractère je
le sais, et je pense avoir réussi à vous
discipliner. Cependant, je vois à votre regard
que ça ne va pas ! Alors dites-moi pourquoi
avant que je ne perde patience.
Il avait posé sa main sur mon bras, et j'avais de
plus en plus de mal à me concentrer sur ma
3
respiration. Ne fais pas un malaise ici et
surtout pas devant lui.
LISA : Je ...je suis impatiente de me retrouver
seule avec vous ce soir Kay...monsieur.
Il relâche son emprise et part chercher la
voiture. Nous quittons la cérémonie. Une fois
installée dans la limousine, je ressens une
angoisse grandissante. C'est la première fois
pour moi mais hors de question qu'il le sache.
Je me sens nerveuse et je me tortille les doigts
dans tous les sens.

Point de vue de Kayn :

Je la sens nerveuse depuis le début de la


soirée. Ses doigts se tortillent. J'ai remarqué
qu'elle faisait ça quand elle était anxieuse. J'ai
un pincement au cœur de la voir comme ça.
C'est un sentiment nouveau pour moi. On entre
dans la maison et je lui montre sa chambre elle
semble étonnée et me regarde.
LISA : Nous ne dormons pas ensemble ?
Kayn : Je ne dors jamais avec une femme !
LISA : Même s'il s'agit de votre épouse ?
Elle a l'air furieuse, je pensais pourtant que ça
lui ferait plaisir.
LISA : Je ne suis pas un jouet, je suis votre
femme, pas une personne avec laquelle vous
faites vos petites affaires pour ensuite quitter
la chambre. Je ne suis pas une...
KAYN : Une prostituée ? Vous ferez ce que je
vous demande de faire ! Vous avez du
4
caractère et je trouve ça très excitant mais
méfiez-vous, je ne vous permettrai pas de
dépasser les bornes !
Je pars et la laisse dans la chambre. J'ai
toujours détesté sa famille. Son père
manipulateur sans scrupule et sa mère qui n'a
jamais été capable de lui tenir tête. Ils ont tout
fait pour faire couler mon entreprise.
Aujourd'hui ils sont dans le besoin. Je ferai
souffrir leur petite fille chérie qui leur
ressemble tant...même si, je dois l'admettre,
elle joue pour le moment parfaitement son
rôle. Elle paraîtrait presque différente.
Elle est si belle et semble douce et
bienveillante… mais je sais pertinemment
qu’il ne faut pas se fier aux apparences ! Elle
est à moi désormais et je pourrai en faire ce
que je veux : la femme la plus belle de la ville
m’appartient et portera mon enfant.
Lorsque je décide de la rejoindre, la porte est
fermée à clé…elle n’a pas osé !
Je tambourine violemment à la porte et lui
ordonne d'ouvrir mais je n’obtiens aucune
réponse !
Je prends une chaise et décide de m'installer
devant la porte. Elle devra sortir à un moment
ou à un autre. Elle regrettera alors son attitude
d’enfant gâtée !

5
Point de vu de Lisa :

J’ai très mal dormi cette nuit. Déçue, écœurée


par la tournure que prennent les choses. Il
s’agit de ma vie, pourtant j’ai la sensation de
n’avoir aucun contrôle sur la situation.
J’ai heureusement pu fermer la porte à clé. Je
ne suis pas une pute, un contrat peut être, mais
je mérite tut de même un minimum de respect.
Je l’ai entendu tambouriner, hurler à travers la
porte. Je dois dire que cela m’a fait sourire,
cependant j’ai la certitude que ce sourire ne
sera que de courte durée. Aujourd’hui,
personne ne peut se mettre en travers du
chemin de Kayn et il est dangereux et nocif.
Le bel hématome violacé que j’observe sur
mon avant-bras est là pour me le rappeler.
Lorsqu’il m’a saisi par le bras hier, je ne
pensais qu’il avait été aussi violent. Pourtant
c’est le cas.
Je ne me vois pas avoir des rapports intimes
avec quelqu’un qui puisse être violent.
La peur au ventre je décide de m’habiller, un
simple jean un débardeur blanc en dentelle. Je
prends soin de cacher mon hématome avec un
gilet noir à manches longues. Je ne veux pas
qu’il le voit.
Je suis blanche de peau et je marque très vite.
Je ne le laisserai pas penser que je suis fragile,
hors de question. J’ouvre la porte doucement
en prie à voix basse pour ne pas avoir à

6
l’affronter ce matin, je suis trop épuisée pour
cela.
Je suis à peine surprise lorsque je le vois,
debout devant la porte. Il a le regard noir ce
qui me fait frissonner. J’ai un mouvement de
recul quand je le vois s’approcher de moi.
KAYN : Descends, maintenant !
Je ne préfère rien dire, il est si en colère.
Nous allons dans la cuisine et deux petits
déjeuners sont servis sur la table.
Je m’assois, mon estomac me rappelle à quel
point j’ai faim. Il prend mon assiette garnie et
la jette dans la poubelle.
Je le regarde stupéfaite, il s’assied sur la chaise
en face de moi et commence à manger.
Lisa : Que faites-vous
KAYN : Tu es punie pour ton manque de
respect.
LISA : Un manque de respect… c'est une
plaisanterie ?
KAYN me scrute avec un regard froid et un
sourire qui me donne des frissons.
KAYN : Une femme qui n’est pas capable de
contenter son mari et une mauvaise épouse.
LISA : Parce qu’un époux qui traite sa femme
comme une prostituée avec laquelle on couche
et qu'on jette ensuite est un bon époux ? Est-ce
que tu es sérieux !
Il se lève et frappe la table. Je sursaute. Il
semble furieux.

7
KAYN : Ne me parle plus jamais comme ça ! Je
suis ton mari maintenant et je t'interdis de me
tutoyer.
Je détourne le regarde. Il me fait peur. Je
décide de quitter la pièce, je courre à présent.
Je ne sais où je vais, mais il faut que je
m'éloigne de lui. Je ne connais pas encore la
maison. Je sors dehors et cours encore sans un
regard derrière moi. Mes larmes roulent sur
mes joues et rendent ma vue floue. J’en perds
mon gilet. Cette propriété est immense. Je
m’arrête près d’un arbre, un jardinier
m'observe.
… : Madame, vous vous sentez bien ?
LISA : Oui je vous remercie. Pouvez-vous me
laisser seule ?
… : Bien sûr madame.
Il s'en va. J’ai le cœur qui tambourine dans ma
poitrine. Il bat tellement fort que j’en ai des
nausées. Cet homme est un monstre dénué de
sentiment. Je suis écœurée… c’est à ça que se
résumera ma vie à présent ? La sensation de
nausées s'intensifie, je me sens partir, un voile
noir devant mes yeux et plus rien.

Point de vue de Kayn :

Je m'en veux de m'être emporté. Cette fille me


met hors de moi, autant qu’elle m'attire. Se
refuser à moi… Cela m’a mis dans une colère
noire et j'aimerais pouvoir me contrôler
lorsque je suis dans cet état.
8
J’aurais peut-être dû… non ne te laisse pas
amadouer par cette petite aguicheuse.
Cela fait des heures qu'elle a disparu.
KAYN : Vous l’avez retrouvée ?
NICOLAS : Non, je suis navré. Mais ne vous en
faites pas monsieur. Elle ne doit pas être bien
loin.
KAYN : La propriété est grande mais pas autant
que l’Uruguay à ce que je sache. Trouvez-la !
… : Monsieur Carter ?
KAYN : Qui êtes-vous ?
NICOLAS : C’est Hector, le jardinier du côté
nord Monsieur.
KAYN : Que me voulez-vous ?
HECTOR : Je… Tenez.
Il me tend le gilet de Lisa.
Je m’approche de lui rapidement et le prends
par les épaules
KAYN : Est-ce qu’elle va bien ? Où est-elle ?
HECTOR : Je l’ai vu pleurer ce matin et se
précipiter vers le Grand Chêne. Si vous le
permettez, je vais vous y conduire Monsieur.
Nous nous mettons en chemin.
La nuit commence à tomber. Je suis inquiet, je
dois l'admettre.
Je dois admettre que je suis surpris de ressentir
une telle inquiétude. Je l'aperçois enfin,
allongée sur le sol, immobile.
Une terreur se répand dans tout mon corps et
je cours vers elle. Je glisse et tombe à ses
côtés.
9
Je la prends dans mes bras. Elle a la peau
glacée et n'a aucune réaction lorsque je la
secoue lentement.
Je vous en prie ! Faite qu’elle n’ait
rien...Qu'ai-je fait ? Pourquoi suis-je aussi
stupide ?

10
Point de vu de Lisa :

Je me réveille doucement, il fait chaud.


J’ouvre les yeux et m’aperçois que Kayn est
avec moi il me tient la main. Je ne comprends
pas. Je suis dans ma chambre. Comment suis-
je arrivée ici ?
KAYN : Tu vas bien ?
LISA : Euh … oui…je crois…que s'est-il
passé ?
Je m’assois, il m’aide. Pourquoi ?
Je me souviens de notre dispute de ce matin. Il
semblait si en colère et est si calme
maintenant.
KAYN : Tu as fait un malaise après notre
dispute de ce matin.
Je me souviens enfin. Le rouge me monte aux
joues et je détourne le regard.
LISA : Oh non... Veuillez m’excuser Monsieur.
KAYN : Tu t’excuses d’avoir fait un malaise ?
LISA : En effet.
Je me lève doucement.
Je connais parfaitement mes faiblesses et sais
pertinemment que si je me lève trop
rapidement, je succomberai de nouveau. Il
regarde mon bras. Je remonte mon gilet mais il
est plus rapide que moi.
Il s’approche et l’enlève d’un geste sec. Puis il
me regarde avec les yeux plissés
KAYN : Qui t’a fait ça ?
Je ne réponds pas.
11
KAYN : Je t’ai posé une question !
LISA : C'est vous monsieur !
Je prends le temps de bien articuler ces
derniers mots avec un mépris dont je ne me
savais pas capable. Il m’observe. Il semble
gêné. La honte et même… le regret semblent
se lire sur son visage. Nicolas entre dans la
chambre.
NICOLAS : Monsieur, Mademoiselle Catherine
est là.
KAYN : Bien !
Je le prends par le bras et le regarde, furieuse.
Catherine, son ex conquête dans notre
maison ! Il se retourne surpris.
LISA : Catherine, votre ex conquête ?
NICOLAS : Je vais vous laisser.
Nicolas quitte la pièce et ferme la porte
derrière lui.
Kayn me regarde avec un léger sourire aux
lèvres.
KAYN : C’est tout à fait ça.
LISA : Vous osez ramener votre ex conquête
dans notre maison ?
KAYN : J’ai des besoins que tu ne veux pas
satisfaire.
LISA : Vraiment ?
Soudainement, je le plaque contre le mur et
l'embrasse vigoureusement.
Des frissons parcourent tout mon corps.

12
Je préfère me donner à lui plutôt que le laisser
m’humilier, ici, chez nous. Il me rend mon
baiser, un baiser doux et tendre.

Point de vue de Kayn :

Soudainement, elle me plaque contre le mur et


m'embrasse.
Cela me surprend. Je ressens l'excitation
grandir en moi.
Je lui rends son baiser. Nos lèvres
s’entrouvrent et notre baiser devient de plus en
plus intense.
Elle empoigne mes cheveux et se serre contre
mon corps. Je ne contiens plus mon excitation
et la soulève pour la reposer sur le matelas.
Elle ne relâche pas son étreinte. J’ai tellement
envie d’elle. Et pourtant je la hais. Elle me
mordille le lobe de l’oreille et défait le bouton
de mon pantalon tendu par mon érection.
Je la sens frémir sous mes doigts lorsque je
glisse mes mains sous son t-shirt pour caresser
sa poitrine douce et voluptueuse. Ses mains
glissent jusqu'à mon entrejambe et je grogne
de plaisir. Nous sommes nus à présent sur le
lit.
Je ne peux me contenir plus longtemps à la
vue de son corps si obscène. Je la pénètre alors
doucement. Je la sens se cambrer de plaisir. Je
sais que je suis le premier homme à entrer en
elle.
Cela m'excite plus encore.
13
Je commence une série de va et vient, lents
pour commencer. J’accélère ensuite le rythme.
Je l’entends gémir de plus en plus fort lorsque
j'éjacule et nous atteignons l’extase ensemble.
Nous avons fait l’amour plusieurs fois cette
nuit-là.
Elle s’est endormie.
Je la regarde, elle est si jolie, ses cheveux
blonds en bataille lui donnent l’air d’un ange.
J’ai réussi à obtenir ce que je voulais d'elle. Je
suis le premier, le seul, je déguste cette
victoire. Il est hors de question de faiblir
maintenant.
Je me lève à l'aube et la laisse dormir.
Je prends une douche chaude, m’habille et pars
rapidement au bureau.
La journée passe lentement. Je pense à elle… à
sa réaction lorsqu'elle ouvrira les yeux pour
découvrir qu'elle est seule.
Je sens une pointe de culpabilité en pensant à
la peine qu'elle éprouvera à ce moment-là.
Mais une autre partie de moi m'ordonne de ne
pas être cet homme faible et sentimental ! Cela
lui donnera une bonne leçon.
Je me laisse aller à repenser à ces baisers
fougueux, à la chaleur de son corps… Une
douleur lancinante se fait ressentir en bas de
mes reins.

Point de vu de Lisa :

14
Je n'arrive toujours pas à croire qu’on ait fait
ça… et plusieurs fois en plus ! Je dois
admettre que j’ai adoré et que ça n’a pas été
difficile.
Le plus dur en revanche a été de me lever
seule. Après ce qu'il s'est passé j'aurais cru
que… je me sens tellement humiliée.
Mais malgré tout je préfère ressentir cela
plutôt que de le savoir avec une autre, sous
notre toit. Lorsque je pense à lui, je dois
reconnaître que sa beauté et son charisme
pourraient faire chavirer n'importe quelle
femme. Il sait manifestement les satisfaire,
mais je le jure, je ne tomberai jamais
amoureuse d’un être aussi abject.
C'est un maniaque du contrôle et un homme
qui ne se sent exister que lorsqu'il a le pouvoir
sur les autres.
Il montre constamment sa domination, sa
toute-puissance. Je suis sûre qu’il a senti que
c’était ma première fois, le fait qu’il soit parti
sans un mot en dit long sur notre relation. Est-
ce que ce sera toujours comme cela ? une
partie de jambes en l’air et à demain ? Sans
partager autre chose comme un couple
normal ?
À quoi est ce que je pensais ! Idiote ! Nous ne
serons jamais un couple comme les autres
nous ne sommes qu’un contrat, deux pauvres
signatures sur un bout de papier voilà tout.

15
Je décide de consacrer cette journée à la
découverte de la maison et de ses jardins. Mais
malgré tous mes efforts je ne peux m'empêcher
de penser à lui. Je me demande ce qu’il fait, à
quoi il pense, est-ce que c’était aussi bien pour
lui que ça l’était pour moi ?
Je me dirige vers la cuisine et j’entends
Nicolas.
NICOLAS : Monsieur vous êtes rentré ?
KAYN : Oui, j'attends de la visite.
Lisa : Bonsoir nous recevons des invités ce
soir ?
Il m'ignore totalement et donne son manteau à
Nicolas.
LISA : Je vous ai posé une question, pourquoi
m’ignorez-vous ?
Il m’enfonce un poignard dans le cœur.
Comment peut-il être aussi froid et distant
après la nuit que nous avons passée ?
Il daigne enfin me parler sans me regarder tout
en déboutonnant ses boutons de manchette.
KAYN : Nous ? Je reçois quelqu'un.
Cette annonce me coupe le souffle. J'aimerais
exploser de colère, lui hurler tout ce que je
ressens, mais rien ne sort de ma bouche.
Une personne entre dans la pièce. Catherine,
une femme splendide, elle donnerait des
complexes à Venus en personne. Grande avec
des courbes voluptueuses, des cheveux noirs,
des yeux vert émeraude.

16
J'ai un haut le cœur lorsque je vois Kayn la
prendre par la taille et l'amener vers le salon.
Je ne peux retenir mon émotion plus
longtemps et sens perler des larmes sur mes
joues. Comme on abat un homme à terre, il se
retourne vers moi et me dit d'un ton glacial :
KAYN : Tu peux disposer.
Une larme coule le long de ma joue.
Je pense qu’il l’a vu. Il doit jubiler.
Je m'en veux d'être aussi faible.
Je monte les marches et me dirige vers ma
chambre. Je prends une veste, redescends et
ouvre la porte d'entrée.
Je sors et marche, marche, et marche encore.
Je sens des gouttes de pluie tomber sur mon
visage, c'est rafraîchissant. Je suis tellement en
colère contre lui que je me sens fiévreuse.
Je suis trempée désormais et je tremble. Mais
étrangement je ne ressens pas le froid. J’aurais
aimé avoir un mari aimant et gentil, quelqu'un
qui s'inquiète de moi et de mes sentiments.
Mais la vie ne ressemble pas à cela.
Je devrai refaire l’amour avec cet homme, oui
je le dois parce que j'ai signé ce foutu contrat.
Un héritier…c'est là tout ce qu'il veut de moi.
Je ne suis rien de plus qu’une marchandise à
ses yeux, un moyen d'arriver à ses fins.
J'imaginais qu’avec le temps on pourrait se
connaître mieux et apprendre à s’aimer. Ou du
moins avoir une vie conjugale avec du respect,
être amis ou amants.
17
Je mériterais des claques, je suis si naïve. J'ai
toujours voulu voir le bon en chaque être
humain mais en lui, je ne vois rien…
absolument rien.
Je suis éblouie par des phares de voiture.
Je me retourne et place ma main en visière
pour tenter d'apercevoir quelque chose : oh
non, c’est lui !
Je décide d’accélérer le pas mais il me suit. Il
ouvre la vitre de la voiture côté passager et me
parle. Je détourne le regard et continue ma
route. Je n'ai aucune envie d'écouter ce qu'il a
à dire. Il s'arrête, descend de la voiture. Il me
rattrape rapidement et tente de me prendre le
bras mais je me débats. Il finit par lâcher prise.
Je ne sais d'où me vient cette soudaine force au
vu de la situation.

Point de vu de Kayn :

Catherine me parle mais je n'écoute pas. Mon


plan a fonctionné : La faire venir ici juste pour
observer la réaction de Lisa était amusant.
Lui faire croire qu’elle n’a aucune importance
à mes yeux, que nos ébats ne représentaient
rien pour moi, cela a fonctionné, mieux que ce
que j'espérais.
Je me félicite d'avoir eu cette idée...enfin je
crois.
NICOLAS : Monsieur, Madame est sortie.
Je me lève rapidement.

18
KAYN : Mais il pleut à torrents, où est-elle allée
?
NICOLAS : Je ne sais pas monsieur mais elle est
partie à pied.
KAYN : Catherine tu peux partir.
Je prends ma veste et mes clés de voiture. Il
pleut des cordes, quelle idiote ! Cela me met
hors de moi.
Je m'inquiète pour elle et je déteste ressentir
cette émotion.
Je démarre la voiture et roule au hasard il pleut
beaucoup.
Je suis rassuré quand je l'aperçois enfin.
J'approche ma voiture et essaie de lui parler en
ouvrant la vitre.
Mais elle ne répond pas et poursuit sa route
tête baissée, d'un pas soutenu. Je décide alors
d'arrêter la voiture et de lui faire face. Elle ne
pourra plus m'ignorer.
Je descends, la rattrape rapidement et la prends
par le bras. Elle se retourne et me fusille du
regard.
Je ne l'ai jamais vu aussi furieuse : ses yeux
sont remplis d'un mélange de haine et de
colère. Je ne parviens pas à distinguer si elle
pleure, la pluie est trop forte.
Je la prends par les épaules mais elle enlève
mes mains violemment.
KAYN : Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond
chez toi ? Sortir sous cette pluie, est-ce que tu
es folle ?
19
Elle se met à ricaner nerveusement. Elle
commence sérieusement à me faire peur. Je ne
l’ai jamais vu aussi nerveuse, elle s’est
toujours contenue devant moi.
LISA : Folle, c'est le mot oui, je suis folle, folle
d’avoir cru qu’on pourrait s’entendre un
minimum, folle d’avoir pensé que tu aurais un
minimum de respect, folle d'avoir imaginé que
tu serais capable d’un peu d'amitié, pas
d'amour non… ça c'est certain tu ne sauras
jamais aimer. Mais je n'arrive pas à croire que
tu me hais à ce point-là ! Je ne t’ai jamais,
jamais fait de mal et toi tu amènes ta maîtresse
sous notre toi ! Quel genre d'homme peut faire
une chose pareille ? tu… tu… tu…
Je suis choqué, je ne m'attendais pas à de telles
attaques, bien méritées pourtant.
Elle semble à bout de souffle, elle respire de
plus en plus fort et de manière de plus en plus
saccadée.
Je tente de m'approcher d'elle, mais elle recule.
Elle tombe sur les genoux et se met à vomir.
Je ne pensais pas que l'on pouvait être en
colère au point de vomir.
Je l'aide à se relever et à s'installer dans la
voiture. Je la sens vide et à bout de force. Elle
se laisse faire et cela n'est jamais arrivé
auparavant. Elle s'endort presque
immédiatement. Je suis extrêmement inquiet
pour elle et j'admets que je me sens coupable.

20
Je n'ai pas le courage de la réveiller lorsque la
voiture arrive devant le manoir.
Je décide de la porter jusqu'à sa chambre, je lui
ôte ses vêtements mouillés et la pose
délicatement sur son lit. Je m’assois à côté
d’elle et lui caresse les cheveux du bout des
doigts. A ce moment-là je me sens
monstrueux.
Elle a totalement raison, elle n’a rien fait pour
mériter ça.
Je quitte la chambre la mort dans l’âme.
Je n’ai pas réussi à dormir cette nuit et je n’irai
pas au bureau aujourd’hui.
Je dois m’assurer qu’elle va bien.
Les heures défilent et je ne la vois pas
descendre. Je décide donc de monter dans sa
chambre. Je frappe plusieurs fois à la porte
mais n'ai aucune réponse. Cela m'inquiète, il
faut que j'entre. Je la vois là devant moi, assise
sur le petit fauteuil, elle regarde par la fenêtre.
Elle semble si triste. Je me dirige vers elle et
pose ma main sur son épaule. Elle ferme les
yeux un instant et se lève mais ne me regarde
toujours pas.
KAYN : Comment te sens-tu aujourd’hui ?
LISA : Je vais bien merci, navrée de ne pas être
descendue, j’étais perdue dans mes pensées.
KAYN : Descendons maintenant.
LISA : Très bien monsieur.

21
J'ai l'habitude que l'on m'appelle monsieur,
pourtant venant de sa bouche cela me met mal
à l'aise.
Nous allons dans la cuisine et le déjeuner est
servi. Je suis assis en face d'elle, elle ne me
regarde toujours pas et ne touche pas son
assiette non plus.
KAYN : Tu ne manges pas ?
LISA : Non monsieur je n’ai pas faim.
Kayn : Tu dois manger.
LISA : Je souhaiterais m'excuser.
Je suis sous le choc, de quoi parle-t-elle ?
KAYN : Pourquoi ?
LISA : Je vous ai tutoyé et je vous comprends
maintenant.
Elle ne me regarde toujours pas et continue
d’une voix monocorde, sans émotion.
LISA : Je comprends votre distance et j’ai enfin
pris conscience que cela était vital pour vous et
pour moi également. Je ferai en sorte à l’avenir
de ne plus vous importuner ou vous tutoyer. Je
compte également éviter de vous croiser et ne
plus interférer dans votre vie privée. Vous
pourrez, si vous le souhaitez, venir dans ma
chambre pour enfin pour… concevoir votre
héritier. Je ne demanderai en échange qu’une
seule petite chose.
Je suis stupéfait et ne peux pas répondre.
Quelle horreur on dirait un robot.
LISA : Pourriez-vous essayer de faire vos…
petites affaires avec vos maîtresses de façon
22
extrêmement discrète de façon à ce que
personne ne puisse le savoir ? Je serais
disposée à me rendre dans un hôtel si vous le
souhaitez pour que vous puissiez faire ces
choses-là dans la maison.
Je me lève et m’approche d’elle. Elle ne bouge
pas. Je la force à se lever et là regarde droit
dans les yeux. Elle retient ses larmes, je
commence à la connaître.
KAYN : Ne fais pas ça !
LISA : Que voulez-vous dire ?
KAYN : Tu parles comme si tu avais baissé les
bras, lâcher prise…
Elle se défait de mon emprise et ne me regarde
pas.
LISA : C’est ce que vous souhaitiez monsieur.
J'espère que vous êtes heureux à présent.
Veuillez m'excuser, maintenant je souhaite
aller dans ma chambre.
Je la vois quitter la pièce. Je ne sais plus quoi
penser.
Qu'ai-je fait ?

23
Point de vu e de Lisa :

Merci mon Dieu, ça s’est mieux passé que je


ne le pensais.
Il n'a pas élevé la voix et ne m'a pas suivi.
J'ai dit ce que j’avais à dire. Maintenant les
choses devraient mieux se passer entre nous.
Il suffit que je ne le croise pas, que je reste
bien à ma place.
Il devrait être plus calme et moi aussi. Après
tout, je ne tiendrai pas longtemps si je fais des
malaises tous les jours.
Je me sens déjà tellement faible. Quelle vie
infernale ! Si ma mère a survécu dans cette
situation je dois pouvoir en faire autant.
J'espère juste tomber rapidement enceinte.
Après ça, je suppose que nous n'aurons plus de
raison de nous voir. Je décide de me changer.
Je mets un jean, un pull noir et une petite veste
pour aller dans le jardin. Marcher me fera du
bien.
Je sors, je marche et marche encore.
Décidément cette propriété est immense ! Ça
me rassure, je ne le verrai pas très souvent.
Je vois une balançoire au loin, cela me fait
sourire. Je me surprends à imaginer un jour
mon enfant sur cette balançoire. Rapidement,
la culpabilité m'envahit. C'est horrible de faire
un enfant sans amour. J’espère qu’il l'aimera,
même s’il ne m’aime pas moi. Les heures
passent mais je n’ai pas envie de rentrer, je
24
n’ai pas envie de le voir, cet homme, auquel
mon destin est désormais lié.
Allez, courage Lisa.
Je rentre et me précipite dans les escaliers en
espérant ne pas le croiser. Je jette un coup
d'œil par-dessus mon épaule, quand soudain
mon pied percute quelque chose de dur ce qui
me fait perdre l’équilibre.
Un bras me rattrape de justesse et je sens
quelqu'un me presser contre lui. Je reconnais
sa voix.
Pourquoi faut-il que mon cœur s’emballe
toujours en sa présence ?
Pourquoi est-ce que j'aime tant lorsque ma
peau entre en contact avec la sienne…
KAYN : Ça va ? Je te cherchais.
J'essaye en vain de me défaire de lui mais il
me presse contre sa poitrine avec une telle
force. Il me caresse les cheveux lentement.
Sa tendresse me fait du bien, quel dommage
que cela vienne de lui. Il me dirige vers ma
chambre, est-ce que je vais devoir faire
l’amour avec lui ?
Il referme la porte derrière nous.
Je prends une grande inspiration et décide de
me retourner pour lui faire face, j’évite
cependant son regard et reste concentrée. Ça
va aller je suis une grande fille. Je commence
par déboutonner mon pull.
Au moment où je commence à faire de même
avec mon jean, je ne me rends pas compte
25
mais je tremble légèrement. Il prend alors mes
mains dans les siennes et plante son regarde
dans le mien.
KAYN : Pas comme ça.
LISA : Je ne comprends pas monsieur vous ne
souhaitez pas concevoir un héritier ?
KAYN : Ne sois pas comme ça ! Ta froideur et
ta résignation me tuent !

Point de vue de Kayn :

Elle me regarde étonnée.


KAYN : Je te veux toi, mais pas comme ça.
Notre première nuit ensemble a été
spectaculaire au point que je ne pouvais pas
supporter de te l'avouer, mais je ne veux pas
faire ça de cette manière.
Elle paraît surprise. Je tente le tout pour le tout
et l'embrasse langoureusement. Elle se laisse
faire, mais ça n’est pas comme la première
fois, elle ne fait rien ne bouge pas, ne me rend
pas mon baiser. Je ne sens plus aucune fougue
ou passion. L'aurais-je perdu ?
Nous sommes interrompus par Nicolas qui
frappe à la porte.
NICOLAS : Monsieur, Mademoiselle Laurine est
là.
Elle esquisse un petit sourire en coin qui sonne
faux.
LISA : Vous en avez combien ? Pardonnez-moi,
oubliez ma question c’est du domaine privé.

26
Sa froideur me met en colère et je la relâche de
mon étreinte.
Je fronce les sourcils, elle ne me regarde
toujours pas, je décide de quitter la pièce en
claquant la porte. Je descends les escaliers et
reconnais immédiatement Laurine.
Elle m’attend dans mon bureau, toujours aussi
sexy. Je ne lui adresse pas un mot et lui fais
l'amour avec violence. Je suis tellement vexé
mais aussi en colère. Après avoir fait mes
petites affaires, je reboutonne ma chemise,
quand la porte s’ouvre brutalement.
Oh non, tout mais pas ça !
Lisa entre et se décompose en me voyant avec
Laurine qui est extrêmement mal à l'aise.
Elle remonte rapidement la fermeture éclair de
sa robe et quitte la pièce en baissant les yeux.
KAYN : Je …
LISA : Inutile de vous justifier monsieur, je me
suis trompée de porte. Votre maison est très
grande et je ne me suis pas encore habituée à
tout cet espace.
Je suis surpris qu’elle ne se mette pas en
colère… mais bon sang, dis quelque chose ! Je
la vois faire demi-tour et je parviens à la
rattraper par le bras.
KAYN : Attends, tu vas me dire que ça ne te fait
rien ?
LISA : Je ne comprends pas de quoi vous parlez
monsieur. Les choses sont claires.

27
KAYN : Arrête de m'appeler monsieur bon sang,
tu me vois avec une autre et tu ne ressens
rien ?
LISA : Que voulez-vous que je dise, j'en suis
incapable, en réalité je suis… je ne suis rien, je
ne ressens rien.
KAYN : Mais qu’est-ce que tu racontes tu n’es
pas rien !
LISA : Vraiment ? Je ne suis pas chez moi, je
suis chez vous, je dois vous vouvoyer, vous
appeler monsieur et je suis humiliée par vos
conquêtes mais je ne vous le reproche pas j’ai
accepté de vous épouser. Je dois faire au
mieux pour vous convenir alors le mieux
maintenant c'est de me taire et de faire avec.
Je n'ai pas d'autre choix.
Je suis en colère, je la prends par les épaules
fermement.
KAYN : Arrête ça tout de suite ! Ne me dis pas
que tu ne ressens rien au fond de toi, je ne te
crois pas !
LISA : Étrangement c'est le cas. J'ai accepté
cette situation de mon plein gré. Je ne peux
rien changer désormais. Néanmoins j'aurais
apprécié que vos conquêtes ne soient pas sous
notre toit. Mais après tout j'ai bien saisi qu'il
s'agissait de votre toit, il est donc tout à fait
normal que vous agissiez comme bon vous
semble. Je vous prie de m'excuser mais je
souhaiterais aller dans ma chambre
maintenant.
28
Je la vois s'en aller, j’ai envie de vomir. Je ne
peux pas la blâmer, après tout c'est moi qui ai
créé cet être dénué de sentiment. La femme
qui me tenait tête me manque à présent.

Point de vue de Lysa :

Je me prépare pour ce soir, je me rends à


l’inauguration d’une galerie d'art. Je vais enfin
pouvoir respirer et me sentir bien, ça il ne peut
pas me l’enlever. Je mets une robe longue
noire et mes talons préférés, je prends ma
pochette, mon châle, me voilà prête.
Kayn devait travailler tard ce soir et ne me
verras pas partir.
Je dois dire que cela m'arrange bien. J'ai été
dévastée jusqu'au plus profond de mon être
lorsque j'ai vu cette femme dans son bureau
qui se rhabillait.
Je ne sais pas comment j’ai réussi à garder
mon sang-froid et ce que je pense pour moi à
ce moment-là.
Mais là dernière chose que je souhaitais c'était
qu'il ne voit ma faiblesse.
Mais cela me coûte de faire semblant,
d’ailleurs ça me provoque des douleurs à
l'estomac. Il semble tellement complexe, je ne
parviens plus à suivre ses états d’âme : un jour
c'est appelle-moi monsieur, je fais ce que je
veux, tu n’es rien et le lendemain redeviens
toi-même !

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Si c'est pour subir des nouveaux conflits et me
rabaisser, non merci !
Je préfère largement mes maux de ventre et ma
respiration difficile.
Je prends la voiture et arrive à la galerie. Je
bois un verre de champagne et discute avec
quelques personnes. C’est une soirée
mondaine et il est d'usage de se présenter à
tout le monde. Je sens une main me toucher le
bas du dos.
Je me retourne et vois monsieur Doyle, un
homme d’un certain âge qui me donne envie
de vomir avec ses regards insistants sur ma
poitrine.
Si j'avais dû choisir entre lui et Kayn, le choix
aurait été vite fait, si on peut appeler ça un
choix, entre un pervers et un colérique…
MR DOYLE : Madame Carter, vous êtes
splendide comme toujours.
Il me prend la main et y dépose un baiser,
beaucoup trop long à mon goût. Cela me
donne la nausée.
LISA : Monsieur Doyle je suis surprise de vous
rencontrer ici.
MR DOYLE : J’aurais tout fait pour pouvoir ne
serait-ce que vous apercevoir ma chère. Quant
à moi je suis surpris de ne pas voir votre mari
à vos côtés. Il est risqué de laisser seule une
femme telle que vous.
Soudainement je le vois se décomposer. Il
lâche ma main d'un geste trop brusque pour
30
être naturel. Au même instant une main se
pose sur mon dos.
Je reconnais ce parfum. Il m’embrasse sur la
tempe.
KAYN : Bonsoir mon ange, navré du retard.
J’espère que je ne t'ai pas trop faite attendre ?
LISA : … euh non je discutais avec…
KAYN: Bien entendu, monsieur Doyle, celui qui
voulait épouser ma femme !
Non pas ça, je le prends par le bras et le dirige
plus loin.
LISA : Kayn, reprends-toi, nous sommes en
public.
KAYN : Non mais tu as vu sa façon de te
regarder !
LISA : Oui je sais, j’ai cru vomir quand il m’a
touché mais…
KAYN : Il t’a touchée ? Je vais le tuer !
Je le prends dans mes bras pour l’empêcher de
partir à la rencontre de Monsieur Doyle. Cela
fonctionne, je le sens se détendre à mon
contact.
Il pose ses mains sur moi pour m’enlacer.
Étrangement, j’apprécie ce moment.
LISA : Ta jalousie n'est vraiment pas la
bienvenue dans un endroit comme celui-là.
KAYN : Quelle jalousie ?
LISA : Faire celui qui est jaloux pour montrer
que je t’appartiens c’est inutile, nous sommes
mariés.

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Sans que je ne le remarque, nous sommes en
train de danser sur la piste à présent.
KAYN : Attends, tu crois que je fais semblant
d’être jaloux ?
Je me rapproche de lui et je sens qu’il
frissonne.
LISA : Oui mais c’est inutile Kayn !
Il sourit et resserre son étreinte.
LISA : Pourquoi tu souris ?
KAYN : Tu m’as appelé par mon prénom.
LISA : Oui, devant les autres il le faut bien.
Je m'arrête brusquement et une colère
commence à me submerger. Kayn suit mon
regard et nous voyons Catherine avec une robe
rouge splendide, la robe qui dit "regardez-moi,
je suis à point".
LISA : Tu… tu l’as invitée ?
J’aurais voulu que ma voix ne laisse rien
transparaître, mais je ne peux plus contenir
tout ça, je ressens encore de la peine.
KAYN : Non, ce n’est pas ce que tu crois !
LISA : Mais j’ai fait tout ce que tu me
demandais…

Point de vue de Kayn :

Elle recule de quelques pas, elle a l’air


dévastée. Je la vois faire demi-tour et partir en
direction des toilettes. Je la rejoins aussitôt et
la prends par le bras. Elle se retourne, ses yeux
sont emplis de rage. Elle articule du bout des
lèvres.
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LISA : Ne me touche pas !
Je la vois déglutir difficilement, je sens que
quelque chose ne va pas.
Je tente de m’approcher mais elle m’en
empêche. Elle prend une grande inspiration. Je
sens qu'elle tente de se contenir une fois de
plus mais cela semble difficile.
Elle ne me regarde pas et s'enferme dans les
toilettes. Catherine me rejoint avec un petit
sourire machiavélique sur le visage.
Je la regarde rouge de rage.
CATHERINE : Ta femme se sent mal ?
KAYN : La faute à qui ? Qu’est-ce que tu fais là
?
CATHERINE : C'est une soirée mondaine, tu sais
que j’assiste toujours aux soirées mondaines.
Je la prends violemment par le bras ce qui l’a
fait sursauter.
CATHERINE : J'aime ta force, tu le sais.
KAYN : Tu me connais, tu sais de quoi je suis
capable, ne me pousse pas à bout.
Je la vois avaler sa salive difficilement.
CATHERINE : Je ne te comprends pas, tu m'as
dit toi même qu’elle n’avait aucune
importance à tes yeux !
Je me défais d’elle et replace ma cravate.
KAYN : Les choses changent ma chère
Catherine. Je te demanderai donc de ne plus
venir chez moi et de ne plus jamais, jamais,
approcher ma femme, suis-je clair ?
Elle me regarde avec une rage palpable.
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KAYN : Et tu sais ce qui arrivera si tu ne
m'écoutes pas !
LISA : Votre chère maîtresse m'a seulement
rappelé ce que je suis.
Je vous avouerais que je n'avais pas besoin de
ce rappel.
KAYN : Je vais perdre patience. Dis-moi
exactement ce qu'elle t'a dit.
Elle pose ses yeux sur moi sans expression
particulière.
LISA : Vous lui avez dit que je n'étais rien à vos
yeux, que je n'avais aucune importance, que
mon rôle se limitait à celui de porter votre
enfant.
Elle regarde de nouveau par la fenêtre. Les
minutes semblent être des heures
interminables. Cela m'insupporte, je préférais
quand elle me criait dessus.
KAYN : À quoi penses-tu ?
Lisa : Et vous ?
KAYN : Je pense que je suis un idiot.
Ça l'a fait sourire au moins, j'ai gagné un
sourire.
KAYN : Et toi ?
LISA : Je pense à ma mère.
KAYN : Doyle on a parlé tout à l'heure, qu'à t-il
voulu dire ?
LISA : En quoi cela peut vous intéresser, vous
ne l'aimez pas.
KAYN : Tu sais que je peux faire appel à un
détective privé et à ce moment-là je le saurai.
34
Elle écarquille les yeux et je peux y lire de la
panique.
LISA : Très bien, ma mère est malade depuis
des années, une malformation cardiaque rare.
On ne peut pas faire grand-chose
malheureusement.
Elle est hospitalisée dans une clinique depuis
plusieurs mois déjà et c'est pour ça qu'elle
n'était pas présente à notre mariage.
Sur ces mots elle tourne la tête et continue de
contempler le paysage.
KAYN : Quel est le rapport avec Doyle ?
Comment aurait-il pu t'aider ?
LISA : Mon père m'a mise face à un dilemme :
je devais me marier avec vous pour qu'il
accepte de financer les soins afin que ma mère
reste en vie. Dans le cas contraire... tout
s'arrête.
Elle fait un sourire sans joie et se retourne
pour mieux me regarder dans les yeux.
LISA : Ça pourrait paraître horrible mais mon
père a toujours été un monstre, que ce soit
avec ma mère ou avec moi. Il est allé la voir
une fois à l'hôpital. Tout cela n'a pas empêché
ma mère d'être resté éperdument amoureuse de
lui et cela n'a fait qu'aggraver son état de santé.
Que dire j'ai de la peine pour elle. Nous
arrivons et elle descend pour aller directement
dans sa chambre. C'est la soirée la plus étrange
que j'ai passé, je n'imaginais pas qu'elle puisse

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avoir ce genre de relation avec son père et cela
me fend le cœur.

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Point de vue de Lisa :

Je descends les escaliers. Je me suis levée très


tôt ce matin, à vrai dire, je n'ai pas très bien
dormi.
J'ai de nouveau ressenti ces douleurs intenses
dans la poitrine. Je devrais probablement
consulter de nouveau. Je vais dans la cuisine et
vois Nicolas préparer le petit-déjeuner.
NICOLAS : Bonjour madame.
LISA : Bonjour, où est monsieur ?
Il paraît surpris par ma question et me dépose
face à moi un café latte ainsi qu'un croissant.
LISA : Vous savez que je ne mange rien ici
Nicolas ?
NICOLAS : Je ne perds pas espoir de vous voir
manger ici un jour Madame. Donc je vous
préparerai votre petit-déjeuner chaque matin.
Quant à Monsieur, il est parti régler une affaire
importante au Japon. Il sera absent durant 3
semaines.
LISA : Très bien je pourrais être tranquille
durant ce temps.
NICOLAS : Ne soyez pas trop dur avec lui
Madame.
LISA : Il ne faut pas trop m'en demander
Nicolas.
Il me sourit, il a toujours été gentil depuis que
je suis là. Discret et serviable, une personne
que j'apprécie énormément.
NICOLAS : Vous savez Madame, Monsieur n'a
pas eu une vie facile. Malgré sa froideur, c'est
37
un homme bien, il faut néanmoins lui laisser le
temps de se dévoiler.
LISA : Que voulez-vous dire par il n'a pas eu
une vie facile ?
Il s'approche de moi comme pour me
murmurer un secret bien gardé.
NICOLAS : Il n'a jamais connu sa mère, quant à
son père.... Un vrai monstre ! Quand il
pleurait, il le laissait dehors sous la pluie pour
qu'il cesse et qu'il agisse comme un homme.
Il l'a endurci, l'a formé comme s'il s'agissait
d'un soldat. Il voulait en faire une sorte d'arme
de destruction, un homme sans cœur.
Heureusement pour lui, ma femme était
présente et a pu lui apporter la tendresse et
l'affection dont il avait besoin.
Mais elle est décédée quelques années plus
tard. Je pense qu'il a perdu un autre repère à ce
moment-là.
LISA : Où était sa mère durant toutes ces
années ?
NICOLAS : Partie avec un de ses nombreux
amants. Elle est décédée quelques années
après sans jamais avoir eu le désir de connaître
son fils.
LISA : C'est horrible... le pauvre.
NICOLAS : Personne ne connaît cette histoire,
mais vous pouvez me croire si vous êtes
patiente, il aura confiance en vous et vous
montrera le vrai Kayn.

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LISA : Ce n'est pas une raison valable, mon
père est également un monstre, mais cela ne
m'a pas rendu froide et insensible pour autant.
Je le vois sourire, je décide de sortir dans le
jardin et de me balader un peu. Je dois
admettre que même si cela n'excuse pas tout,
l'histoire de Kayn me fait de la peine et me
touche. J'ai la sensation que cela m'aide à
mieux comprendre son comportement, mais je
ne le cautionne pas pour autant.
Je l'imagine enfant, sous la pluie, seul, quelle
horreur.
HECTOR : Bonjour Madame.
Je sursaute, me retourne et aperçois Hector
travailler.
LISA : Vous m’avez fait peur Hector. Comment
allez-vous ? Et votre adorable petite fille ?
Il me sourit et semble à la fois heureux et
étonné que je pose la question, comme si
personne ici ne se souciait du fait qu’il venait
de devenir père.
HECTOR : Elle ressemble à sa mère, elle est
parfaite, je suis si heureux. J’espère que vous
connaîtrez aussi ce bonheur bientôt Madame !
Je lui souris.
LISA : Oui je l'espère aussi. Dites-moi Hector,
est-ce qu'il serait possible d'accrocher une
balançoire sur le Grand Chêne ? Je voudrais
avoir une balançoire rouge comme quand
j'étais petite.

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HECTOR : Bien sûr Madame, je m'y mets dès
que possible.
LISA : Merci c’est adorable Hector.
Mon téléphone vibre dans ma poche et je vois
apparaître le nom de mon père sur l’écran. Je
suis surprise, je n'ai eu aucune nouvelle depuis
le mariage. Quelques secondes plus tard, je
reçois un texto de sa part. Je l'ouvre le cœur
serré.
En le lisant, je me décompose et deviens
livide. Ma respiration se fait courte et j’ai du
mal à inspirer.
Hector me rejoint inquiet.
HECTOR : Madame, vous allez bien ?
LISA : Je… ma … ma mère vient de mourir.
Je ne peux retenir des sanglots.
Hector lâche sa pelle et m’aide à rentrer à la
maison.
Je suis sous le choc, il m’aide à m’asseoir sur
le canapé et appelle Nicolas pour lui faire part
de la nouvelle.
Je vois Nicolas accourir et me dire quelque
chose mais je n’entends rien de ce qui sort de
sa bouche.
J'entends un bourdonnement sourd dans mes
oreilles, je n’arrive pas à y croire. J'ai reçu
cette nouvelle par texto ! Je ne l’ai même pas
revue depuis qu'elle est hospitalisée.
Je vois ma vie défiler.
Une mère absente, j’attendais le soir qu’elle
vienne me lire des histoires, je l'attendais
40
toujours les matins de Noël… Je l'imaginais
débarquer les bras remplis de cadeaux.
Mais non, j'étais seule, je n'ai jamais eu
personne avec qui les ouvrir et partager de la
joie et des rires.
NICOLAS : Madame, voici votre médecin.
Je relève les yeux et prends conscience que
cela fait plus de deux heures que je suis
absente.
Il m’ausculte et prend un air grave.
Médecin : Madame, je pense qu’il serait temps
de commencer un traitement cardiaque et ce
sans plus attendre. Je me répète, vous ne
pouvez plus attendre.
Je déglutis difficilement.
LISA : Je vais … est ce que … ma mère…
Il se retourne et prend mes mains dans les
siennes.
MÉDECIN : Votre mère a cessé de se battre, si
elle avait pris ses traitements, les choses
auraient été différentes. Quant à vous, avec ces
traitements vous pourrez avoir une vie proche
de la normale.
LISA : Oui, mais est-ce que….
Cette question me brûle les lèvres depuis si
longtemps.
Est-ce que je pourrai avoir un enfant ?
Il baisse le regard.
MÉDECIN : Je suis navré de vous le dire
Madame mais je vous le déconseille fortement.
Votre cœur ne le supportera pas. Vos chances
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de survie suite à un accouchement sont très
faibles et les risques durant la grossesse sont
extrêmement importants pour vous et pour le
bébé.
Il se lève, me dépose une ordonnance puis s'en
va. Nicolas entre à ce moment-là, il me
regarde inquiet.
NICOLAS : Je suis désolé Madame, j’ai
malheureusement entendu le médecin.
Je me lève précipitamment, la peur au ventre.
LISA : N'en parlez pas à Monsieur je vous en
prie !
NICOLAS : Vous avez ma promesse, je ne ferai
jamais une chose pareille.
Je ferme les yeux et une larme coule le long de
ma joue.
NICOLAS : Ne pleurez pas.
LISA : Ne vous inquiétez pas, tout ira bien, j'en
suis sûre. Je vais monter me reposer
maintenant.
NICOLAS : Laissez-moi aller chercher vos
médicaments.
LISA : Non je …
NICOLAS : Je sais que vous n’acceptez pas tout
ce qui vient de Kayne mais cela ne s'applique
pas à moi. Montez vous reposer et laissez-moi
y aller, pas en tant que membre du personnel
de Monsieur, mais en tant qu'ami. Je vous
prendrai votre sandwich préféré en revenant.
Je lui souris et n’ai pas la force de le
contredire. Je décide de monter et de
42
m'allonger. Je suis toujours sous le choc et je
ne réalise pas la situation. Avoir la même
maladie que ma mère est une chose que je
savais déjà au fond de moi mais apprendre son
décès dans le même temps est un coup dur.

Point de vue de Kayn :

Ça fait seulement deux semaines que je suis au


Japon et l'unique chose que j'ai envie de faire
est de rentrer et de la voir. Que je le veuille ou
non, je me suis beaucoup attaché à elle.
Quand je téléphone à la maison elle n'est
jamais disponible. Elle dort, elle dort encore
ou bien elle est sortie.
Je trouve cette situation étrange et ce qui
m’inquiète le plus, c'est que je sens que
Nicolas est évasif à chaque fois, comme s’il
me cachait quelque chose.
Comme chaque matin, le maître d'hôtel m'a
déposé le journal, histoire que je puisse
continuer à suivre les événements, même
durant mon absence.
Je prends le journal et commence à le lire. Un
article attire mon attention, ce que je lis me
glace le sang !
Dans la rubrique nécrologique, je peux lire le
nom de la mère de Lisa.
Je me lève et envoie valser le journal contre le
mur de ma chambre.

43
Je suis rouge de colère, comment est-il
possible que je ne sois pas au courant de cette
situation ?
J’appelle ma secrétaire pour la prévenir de
mon départ immédiat. Dans mon jet, je ne fais
que penser à elle. Je comprends mieux les
raisons pour lesquelles elle était distante, pour
lesquelles elle ne m’a pas appelé, après tout je
suis parti comme un voleur. Je fuyais mes
sentiments.
Mais Nicolas aurait dû me prévenir ! Le fait de
partir ne m’a pas aidé en quoi que ce soit, mes
sentiments n'ont fait que se renforcer et je me
rends compte maintenant que je tiens vraiment
à elle, et plus que jamais, je veux être auprès
d'elle en cette instant difficile.
J’arrive à la maison plusieurs heures après. Je
suis fatigué du voyage mais je veux
absolument la voir.
Lorsque je rentre, je vois Nicolas se
décomposer. Je ne l’avais pas prévenu de mon
retour.
NICOLAS : Monsieur, j’ignorais que vous
deviez revenir aujourd’hui.
Je le regarde avec un air de reproche.
KAYN : Allonge-toi maintenant, je vais
m'occuper de toi, il faut vraiment que tu te
reposes. Ah et encore une chose, je t'en prie,
ne me vouvoie plus jamais et ne m'appelle plus
Monsieur.

44
Je m'exécute et m'allonge, il remonte les draps
jusqu'à mes épaules et m'embrasse de nouveau
sur le front. Il quitte la pièce le sourire aux
lèvres. Je suis soulagée, son comportement à
tellement changé !
J'espère réellement qu'on pourra mieux
s'entendre désormais. Je crois que je n'aurais
pas supporté de devoir Affronter Kayn en plus
du deuil de ma mère.
Je pense réellement que ses excuses sont
sincères même si je reste un peu méfiante.
Mais pour l'instant je pense que nous allons
vers des jours meilleurs.

45
Point de vue de Kayn :

KAYN : Nicolas, pouvez-vous préparer un


pique-nique pour Lisa et moi ? Il faut lui faire
son plat préféré.
Nicolas me regarde étrangement comme si
j'avais dit quelque chose de surréaliste.
KAYN : J'en ai assez de ne pas comprendre,
dites-moi tout de suite ce qui se passe
Nicolas ! Ne me prenez pas pour un idiot,
votre visage vous trahi, je vois bien qu'il y a
quelque chose et je ne suis pas réputé pour ma
patience comme vous le savez.
NICOLAS : Madame ne mange jamais ici.
KAYN : Mais qu'est-ce que vous me racontez
là !
NICOLAS : Votre femme n'a jamais, jamais,
mangé ici.
Si je ne connaissais pas aussi bien Nicolas, je
penserais qu'il plaisante, mais vu son regard je
sais qu'il dit la vérité.
Comment est-ce possible ? comment peut-on
ne jamais manger chez soi ?
KAYN : J'ai du mal à comprendre...
NICOLAS : De manière générale elle se fait
livrer des plats ou bien se déplace et va acheter
ses sandwichs préférés dans une petite
boulangerie qui se trouve au coin de la rue.
KAYN : Mais pourquoi ?
NICOLAS : Vous devriez lui poser vous-même
la question.

46
Face à mon désarroi, Nicolas me vient en aide
comme à chaque fois.
NICOLAS : je vais appeler la petite boulangerie
et ferai livrer ses plats préférés.
KAYN : Merci Nicolas.
Je me pose dans mon bureau et me sers un
verre. Je n'arrive toujours pas à croire ce que je
viens d'entendre, bien qu'au final cela ne
m'étonne pas. Je me suis vraiment mal
comporté avec elle alors qu'elle ne le méritait
pas. J'espère réellement pouvoir me rattraper
avec elle, d'autant plus que j'ai des sentiments
de plus en plus forts pour elle.
J'aimerais tant qu'elle me pardonne
sincèrement mon comportement et qu'on
puisse recommencer à zéro. Quelqu'un frappe
à la porte du bureau et je vois Lisa entrer.
LISA : Je ne te dérange pas ?
Je me lève pour la rejoindre et l'invite à entrer.
KAYN : Bien sûr que non, j'espère que tu te sens
mieux.
LISA : Oui merci, cette petite sieste m'a fait du
bien, est-ce que tu vas bien ?
KAYN : Oui.
Elle me regarde et lève un sourcil.
LISA : Tu as pourtant l'air... pensif ?
KAYN : Disons juste que je me rends compte à
quel point j'ai été stupide.
LISA : Je t'en prie arrête.
KAYN : Comment fais-tu pour ne pas m'en
vouloir ?
47
LISA : Et à quoi ça m'avancerait de t'en
vouloir ? Je ne suis pas ce genre de personne.
Même si je sais qu'à la base notre mariage est
un simple contrat, j'aimerais tout de même que
ça se passe au mieux et t'en vouloir alors que
tu fais un pas vers moi ne m'aidera pas et toi
non plus.
KAYN : Tu es vraiment une femme surprenante.
Elle ne peut contenir un sourire. Nicolas entre
à ce moment-là.
NICOLAS : Tout est prêt Monsieur.
Il referme la porte, Lisa me regarde d'un air
interrogateur.
LISA : Qu'est-ce qui est prêt ?
KAYN : Une petite surprise.
Je lui tends la main, elle la saisit avec une
petite hésitation que je ne peux que
comprendre.
Nous nous dirigeons vers l'extérieur et nous
allons vers le Grand Chêne qu'elle a l'air
d'adorer.
Un pique-nique est disposé sur le sol. Nicolas
a bien fait les choses comme toujours. C'est
romantique et j'avoue ne pas être le genre de
personne à me soucier de ce que pense ou
ressent une femme. Pourtant, quand je vois ses
grands yeux se poser sur le tapis avec un large
sourire et des yeux étincelants, je suis ravi.

Point de vue de Lisa :

48
Je vois sur l'herbe une grande couverture posée
ainsi que des canettes et des sandwichs un vrai
petit pique-nique. Je trouve ça très mignon et
surprenant venant de sa part. C'est un geste
qu'il fait envers moi et j'ai bon espoir qu'on
puisse réussir à s'entendre et apprendre à se
connaître. Je m'installe, il s'installe à mes
côtés.
Il me tend une canette, je l'ouvre et me
désaltère avec la boisson. Il me regarde, il a
l'air content et j'avoue que cela me fait du bien.
LISA : Toi aussi tu es surprenant !
KAYN : Et encore tu n'as rien vu !
Il me regarde avec un délicieux petit sourire. Il
a tant de charme en cet instant ! Je n'ai pas
l'habitude de le voir sourire et ça lui va bien.
Lisa : J'adore cet endroit !
Il me regarde.
KAYN : J'ai grandi ici mais disons que quand
j'étais petit, ça ne ressemblait pas vraiment à
un paradis.
Je me souviens de ce que Nicolas m'a dit et de
ses souvenirs d'enfant. Je pose ma main sur la
sienne, il me sourit et poursuit.
KAYN : mais maintenant je vois les choses
autrement. Tu apportes de la lumière à cette
maison et je pense que nos enfants pourront
grandir heureux ici, en tout cas je ferai tout
pour cela.
Je retire ma main soudainement.

49
Il parle d'enfant... je ne sais même plus si cela
pourra être possible...Pourrais-je mener une
grossesse à son terme ? Est-il possible que je
survive ? Quelles sont les chances pour que
mes enfants soient en bonne santé ?
KAYN : Est-ce que tu vas bien ?
LISA : Oui, excuse-moi je suis un peu fatiguée.
KAYN : On devrait probablement rentrer pour
que tu puisses te reposer.
LISA : Non, s'il te plaît restons ensemble, je
suis bien ici.
Il me sourit et s'approche de moi pour me
prendre dans ses bras. Je pose ma tête sur son
torse dur, il me caresse les cheveux. Je ferme
les yeux et me laisse aller contre lui.
On est réellement bien ensemble, même si je
me méfie toujours un petit peu. J'aimerais
profiter de cet instant, profiter des futurs
moments avec lui sans trop réfléchir. Nous
restons ainsi un moment, puis avec son doigt il
relève mon menton et me regarde dans les
yeux. Il s'approche de moi délicatement et
pose ses lèvres douces sur les miennes. Je
ferme les yeux et je savoure ce moment
intense.
Des frissons me parcourent tout le corps. Il
intensifie cet instant en entrouvrant les lèvres
et en caressant ma langue avec la sienne. Je le
sens se presser plus fort encore contre moi.
Après ce long baiser, il pose son front contre le
mien et me dit avec une voix essoufflée.
50
KAYN : Nous devrions monter.
Il me prend par la main et me dirige à
l'intérieur, quand Nicolas intervient.
NICOLAS : Monsieur un appel téléphonique
urgent du Japon dans votre bureau.
Je l'entends grogner. Je m'apprête à monter
seule mais il ne lâche pas mon poignet et
m'entraîne avec lui vers son bureau. Il ferme la
porte, s'assoit sur le siège et décroche le
téléphone avec nervosité et dégoût ce qui me
fait sourire.
KAYN : Oui !
Je l'entends discuter avec son interlocuteur et
décide de m'amuser un petit peu.
Je commence à déboutonner lentement ma
chemise, tout en avançant vers lui. Il me toise
avec un regard à la fois surpris et plein d'envie.
Je retire délicatement ma chemise et je la lance
plus loin sur le sol.
Je le sens se tendre alors qu'il répond à son
interlocuteur. J'enlève alors la barrette que j'ai
dans les cheveux afin que mes boucles
retombent sur mes épaules.
Je me mordis la lèvre de satisfaction lorsque
j'observe sa réaction. Il tente de rester calme
mais son regard le trahi. Je décide de ramasser
ma chemise et de la lui poser sur les épaules en
lui faisant un petit clin d'œil.
Il raccroche soudainement.
KAYN : Tu veux jouer avec moi ?
LISA : Pourquoi pas ?
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KAYN : Tu veux me rendre fou
LISA : Alors ça fonctionne ?
KAYN : Tu n'as pas idée...
Il se colle à moi et je sens son érection, il me
colle violemment contre le mur, pose sa main
sur mon cou et m'embrasse avec une fougue
qui me fait frissonner. Cela fait naître une
douce chaleur dans mon bas ventre. Je lui
rends son baiser et je l'entends grogner. Il me
soulève, je l'enlace avec mes jambes ce qui le
fait grogner de plus belle. Il me dépose sur le
petit sofa.
KAYN : Tu es la créature la plus magnifique
que j'ai jamais vu.
Je lui souris et nous continuons à nous
embrasser.
Ce moment est extrêmement intense. Il finit de
me déshabiller lentement en embrassant
chaque centimètre de ma peau. Je suis enivrée
par la force des sensations que je ressens à ce
moment-là. C'est tellement différent de la
première fois...
Quelques instants plus tard il est enfin en moi.
Je me sens partir je ne peux plus lutter et nous
unissons dans cet intime effort.

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Points de vue de Kayn :

Je regarde Lisa dormir et me rends compte que


j'ai de la chance de l'avoir. Vivre cet instant
avec elle, le fait qu'elle ait eu la force de me
pardonner, est ce que cela est vraiment réel ?
J'ai toujours peur qu'elle finisse par prendre la
décision de partir ou qu'elle me reproche de
m'être mal comporté avec elle. Le moment que
nous venons de passer était tout simplement
extraordinaire, moi qui pensais ne pas pouvoir
ressentir ce genre de chose.
Moi qui n'avais au compteur que des histoires
sans lendemain, des moments plats qui ne
m'ont finalement rien apporté.
Je vois ses grands yeux s'ouvrir.
Elle me regarde et sourit, ce qui me touche.
KAYN : Bonjour ma belle au bois dormant. Tu
as bien dormi ?
LISA : Oui, même si je ne comprends pas
comment j'ai bien pu dormir vu la taille du
sofa.
KAYN : Tu as dormi sur moi une partie de la
nuit. C'est probablement moi qui devais être
moelleux et confortable.
Elle s'empourpra délicieusement et se leva
pour me rejoindre.
KAYN : Ma chemise te va mieux qu'à moi !
Elle me sourit et me fait un délicat petit baiser
sur la bouche.
Lorsqu'elle regarde le plateau sur la table avec
du café et des croissants elle se met à sourire.
53
LISA : C'est toi qui a fait ça pour moi ?
KAYN : Oui.
Je la vois hésiter à prendre un croissant mais
cela ne dure que quelques instants puis elle se
décide finalement à le manger.
KAYN : Je voulais te demander quelque chose.
LISA : Oui.
KAYN : Nicolas m'a dit que tu refusais de
manger ici. Je me demandais pourquoi.
LISA : Je n'en sais trop rien je pense que j'avais
l'impression d'être un poids pour toi, d'être
gênante mais je me suis dit que si je te voyais
le moins possible et que si je... enfin...
Je m'avance vers elle, la prends dans mes bras
et l'oblige à me regarder.
KAYN: Une Carter ne baisse....
LISA : Jamais les yeux je sais
Elle me sourit.
LISA : J'aimerais qu'on arrête de parler du passé
si tu veux bien.
KAYN : Oui, c’est une bonne idée, il me semble
que l'on a bien d'autres choses à faire…
Je la déshabille du regard et elle se met à rire.
LISA : Tu n'es donc jamais rassasié ?
KAYN : Je dis seulement qu'il faut rattraper le
temps perdu.
Nous finissons notre petit déjeuner ensemble
et je pars rapidement au bureau, en espérant
que mon départ anticipé du Japon ne posera
pas trop de problème.

54
Lisa promet de me rejoindre plus tard pour que
l'on puisse déjeuner ensemble et je suis plutôt
content qu'elle le fasse. La matinée est très
longue, je manque de concentration. Mes
pensées volent vers elle continuellement. La
secrétaire me parle à l'interphone, cela me sort
de mes rêveries.
KAYN : Oui, Clarisse ?
CLARISSE : Une jeune femme demande à vous
voir Monsieur.
KAYN : Ah oui, faites-la entrer, je n’avais pas
vu l'heure, merci d'annuler tous mes rendez-
vous de l’après-midi, je serai absent.
CLARISSE : Très bien Monsieur.
Je me lève, remets ma cravate en place et
déplace quelques dossiers quand la porte
s'ouvre. J'aperçois alors avec surprise et
nervosité une silhouette familière.
CATHERINE : Salut mon ange !
KAYN : Qu'est-ce que tu fais là ?
Elle s’avance vers moi en se dandinant de
manière provocante.
Si elle imagine une seule seconde pouvoir me
séduire, elle se trompe. Elle s’approche de moi
et pose ses deux mains sur mon torse, ce qui
me fait grimacer.
CATHERINE : Je n’avais pas de nouvelle de toi,
donc je suis venue te voir pour te faire une
petite surprise.
Elle commence à déboutonner son chemisier et
le fait tomber sur le sol. Elle porte un soutien-
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gorge noir en dentelle et me regarde telle une
prédatrice.
KAYN : Je pensais avoir été clair la dernière
fois, je ne veux plus te voir ni avoir affaire à
toi.
CATHERINE : Oh je t’en prie Kayn, tu me
désires autant que moi je te désire et tu le sais
parfaitement. Tu ne vas tout de même pas
gâcher notre histoire pour cette petite chose !
Je la prends sèchement par les épaules et me
rapproche d'elle.
KAYN : Tu te trompes je ne te désire pas et je
t’interdis d’appeler ma femme cette chose !
Entre nous, il n’y aura jamais rien et tu le
savais dès le départ.
J’entends un grincement et je me retourne
brusquement. Lisa est là, près de la porte, elle
nous observe, elle semble tétanisée. Catherine
lui lance un petit sourire provoquant, comme
s’il se passer quelque chose entre nous. Je me
recule, Lisa entre avec un petit sourire que j’ai
du mal à comprendre. Elle s’approche de moi
et m’embrasse, elle se retourne vers Catherine
qui se décompose.
LISA : Quelle étrange tenue avez-vous là ?
Vous devriez aller travailler sur le trottoir d’en
face, c’est un endroit qui vous ira à ravir.
Elle me regarde.
LISA : J'ai réservé une table dans un petit
restaurant Italien pas loin d'ici. Nous devrions
y aller.
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Je lui prends la main et nous nous dirigeons
vers la sortie.
Je me retourne vers Catherine qui est
littéralement rouge de colère mais qui ne dit
rien. Une telle humiliation, elle en avait besoin
et j’espère qu’elle a compris qu’elle ne devait
plus s’approcher de nous.
KAYN : Si tu n’es pas sortie dans cinq minutes
la sécurité se chargera de le faire.
Nous nous dirigeons vers l’ascenseur et je sens
que Lisa est un peu tendue. Nous rentrons à
l’intérieur et les portes se ferment. Je la force à
me regarder.
KAYN : J'espère que tu ne crois pas que j’ai…
LISA : Non, ne t’inquiète pas, j’avoue ne pas
avoir apprécié qu’elle soit si proche de toi
mais je connais ce genre de personne qui ne
recule devant rien pour essayer de briser un
couple. J'ai vu des personnes qui se
permettaient de faire ça avec mes parents, à la
différence que mon père lui était réellement
coupable.
KAYN : Il n’y a que toi qui compte pour moi je
veux que tu le saches.
Elle me regarde, visiblement touchée par ma
confidence, je suis heureux de lui avoir dit.
Elle se love dans mes bras et je lui caresse le
dos.
Nous allons au restaurant et nous déjeunons
tranquillement tout en rigolant en nous
racontant nos histoires. Nous parlons de tout,
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nos bons moments mais aussi nos mauvais. Je
la trouve remarquable, belle, intelligente, je
sens que je tombe éperdument amoureux
d'elle. Étrangement ça ne me fait pas peur
même si c’est allé extrêmement vite entre
nous. Je n'arrive plus à me souvenir de la
rancœur que j'entretenais envers elle et sa
famille à présent. Je sais que c’est quelqu’un
de bien et je sais que c’est elle, la seule à
pouvoir faire de moi un homme, un vrai.
J’espère tant qu’elle pourra avoir les mêmes
sentiments un jour à mon égard.
Nous nous levons pour partir, et je sens qu’elle
se retient à la table comme si elle était prise
d’un malaise. Je m’approche d'elle très inquiet.
KAYN : Tu vas bien ? Tu es pâle.
LISA : Oui, oui, j’ai un vertige ce n’est rien.
KAYN : Je t’emmène tout de suite voir un
médecin.
LISA : Non, non, c’est inutile je t'assure.
KAYN : Ce n’est pas négociable. Viens, nous y
allons.
Je la soutiens par le bras et l’emmène
directement voir un médecin à l'hôpital. Après
une demi-heure d’auscultation avec son
médecin de famille, qui m'a interdit d'entrer, je
suis très inquiet.
L’attente est insupportable et j’imagine le pire.
Depuis le jour où il a appris ma grossesse il ne
cesse de me chouchouter et de prendre soin de
moi.
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Mais surtout il s'inquiète de tout.
Je n'ose même pas imaginer son inquiétude s'il
connaissait toute la vérité. J'espère qu'il pourra
me pardonner de lui avoir caché une chose
aussi importante.

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Deux mois ont passé.

Point de vue de Lisa :

Je suis toujours aussi essoufflée, je reste


allongée la plupart du temps et prends soin de
faire le minimum d'efforts. Le problème c'est
que j'ai toujours des vertiges lorsque je me
lève et cela inquiète beaucoup Nicolas et
Kayn.
J'ai réussi à faire croire à Kayn que ces
symptômes étaient normaux à ce stade de la
grossesse, mais ce mensonge ne pourra plus le
convaincre bien longtemps.
Je rejoins Nicolas dans la cuisine.
Il m'a fait un petit déjeuner avec un yaourt, des
fruits frais, deux pancakes et un thé. Je
m'assois sur la chaise et je sens sur moi son
regard insistant.
LISA : Ne me regardez pas comme ça je vous
en prie !
NICOLAS : Il va falloir le lui dire Madame, vous
ne pouvez pas continuer comme ça, plus vous
tarderez plus ce sera compliqué pour vous et
pour lui.
LISA : Je ne sais pas comment lui dire et par où
commencer et je suis sûre qu'il m'en voudra...
Je ne sais même pas s’il pourra me pardonner.
NICOLAS : Peut-être qu'il vous en voudra au
début, mais vous ne pouvez pas le lui cacher
plus longtemps.
KAYN : Me cacher quoi ?
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Je sursaute, me retourne et je le vois derrière
moi, adossé à la porte.
Il semble furieux.
LISA : Je souhaitais te faire un cadeau. J'ai
acheté des billets d'avion pour faire un petit
voyage en tête à tête.
Il me sourit et s'approche de moi en me faisant
un délicat bisou sur la joue. Je n'arrive pas à
croire que ce mensonge soit sorti de ma
bouche avec tant de naturel et surtout qu'il l'ait
cru.
Je m'en suis bien sortie cette fois-ci, mais
quand je regarde la tête de Nicolas je me rends
compte qu'il n'a pas tort. Ce n'est qu'une
question de temps avant qu'il n'apprenne la
vérité et je sais qu'il m'en voudra.
Mais j'espère tant qu'avec le temps il pourra
me pardonner et qu'il pourra comprendre
pourquoi j'ai agi de cette façon. Il me prend la
main.
KAYN : Tu vas bien ? Tu m'as l'air fatiguée et je
te trouve très pâle...
LISA : Oui ne t'inquiète pas, tout va bien.
KAYN : En ce qui concerne ce voyage, je pense
que c'est une excellente idée. Mais je préfère
attendre la naissance de l'enfant pour que nous
puissions y aller tous les trois. Je ne veux pas
que tu prennes le moindre risque ou que tu te
fatigues pour rien.
LISA : Tu as raison.

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Point de vue de Kayn :

Je sens que quelque chose ne va pas. Lisa me


fuit du regard depuis quelques temps. Je savais
que les grossesses pouvaient poser quelques
problèmes hormonaux, mais je trouve ça tout
de même bizarre. Je me lève pour me prendre
une tasse de café.
Je la vois se lever également et se maintenir à
la table. Le plateau tombe et se brise. Je me
précipite vers elle et la maintiens par le bras.
Je l'aide à s'asseoir délicatement et sens sa
respiration difficile et saccadée. Je décide
d'appeler son médecin pour qu'il vienne le plus
rapidement possible. Je sens que quelque
chose se passe et je ne me trompe quasiment
jamais.
Je la déplace sur le canapé et l'allonge. Elle me
tient le bras et me regarde avec une tristesse
infinie.
LISA : Attends Kayn...Il faut que je te parle.
Je n'ai pas le temps de lui répondre, Nicolas
fait entrer le médecin.
MÉDECIN : Je vais l'ausculter. Veuillez sortir
Monsieur.
KAYN : Il en est hors de question ! Je reste et ce
n'est pas négociable !
Le médecin regarde Lisa et Lisa le regarde à
son tour. Elle semble paniquée.
KAYN : Il se passe quelque chose, je le sais !
Le médecin sort son matériel et ne me répond
pas. Il l'ausculte dans un silence de plomb.
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MÉDECIN : Prenez-vous vos médicaments ?
Elle me regarde et ne répond pas. Elle semble
avoir perdu tous ses moyens. Je n'arrive pas à
comprendre ce qu'il se passe. Et j'ai horreur de
ne pas comprendre, horreur de ne pas savoir.
J'essaie de ne pas m'énerver de ne pas avoir
l'air en colère pour ne pas lui faire peur.
MÉDECIN : Madame répondez-moi s'il vous
plaît.
KAYN : De quel médicament parlez-vous ?
Le médecin me regarde, étonné, puis regarde
Lisa sévèrement.
LISA : Je ne lui ai encore rien dit.
Sa voix est comme un faible murmure et
pourtant j'ai bien entendu sa phrase.
KAYN : Ne pas m'avoir dit quoi ?
Lisa baisse les yeux et je vois une larme couler
le long de sa joue. Je répète ma question d'un
ton plus sec et un peu plus fort ce qui la fait
sursauter. Le médecin me demande de sortir
avec lui dans le couloir.
KAYN : Me dire quoi ? Mais enfin qu'est-ce qui
se passe ?
MÉDECIN : Votre femme est malade Monsieur.
Elle doit prendre un traitement tous les jours
mais elle le refuse.
KAYN : Attendez, attendez, quoi ?
Malade ? Mais de quoi vous parlez ? Quel
traitement ? Et pourquoi ?
Le médecin me raconte tout depuis le début.
Ses problèmes de santé, les mêmes que ceux
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qui ont emporté sa mère, les traitements
cardiaques, la grossesse à haut risque.
Je l'écoute et une colère s'installe en moi,
quelque chose qui n'avait pas été là depuis des
années, que je pensais avoir enfoui, dompté
mais elle est bien là et elle se réveille. Je
n'arrive pas à croire qu'elle ne m'ait rien dit,
qu'elle m'ait menti tout ce temps...
Lorsque le médecin s'en va, je me dirige
directement dans mon bureau et ferme la porte.

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Point de vue de Kayn :

Je me sers un verre de scotch, puis deux, puis


trois.
On frappe à la porte. Lisa entre avec un regard
de petite fille qui a fait une grosse bêtise.
Je fronce les sourcils, je suis tellement en
colère, je ne peux le cacher et l'alcool ne
m'aide pas à contrôler mon humeur.
LISA : Je suis tellement désolée, je ne savais
pas comment te le dire !
KAYN : Avec des mots !!!
Elle baisse le regard
KAYN : Tu comptais me le cacher combien de
temps ? Tu voulais que je le sache le jour où je
retrouverai ton corps inerte ?
Elle lève le regard, choquée par mes propos. Je
frappe mon bureau avec la paume de ma main,
suffisamment fort pour qu'elle sursaute.
J'essaye de me calmer mais la colère est trop
forte.
LISA : Je... je...
Je finis mon verre d'un coup sec et le pose
fortement sur la table.
Je me dirige vers elle et je pointe son ventre du
doigt, son ventre arrondi qu'elle protège de ses
mains.
KAYN : Tu m'as menti délibérément ! Je croyais
que tu avais assez confiance en moi pour tout
me dire ! Moi je t'ai tout dit ! Je ne t'ai rien
caché ! Comment as-tu pu faire une chose

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pareille ! Tu cherchais quoi ? Tu voulais quoi,
que je m'en occupe seul ?
LISA : Arrête de dire ce genre de chose, ça ne
se terminera pas comme ça !
KAYN : Ah bon ? Et comment peux-tu le savoir
? tu commences à peine ton quatrième mois et
tu es déjà épuisée ! Tu passes ton temps à faire
des malaises et tu as du mal à respirer ! Tu
croyais quoi, pouvoir tenir jusqu'à 9 mois ? Et
puis l'accouchement tu y as pensé ? Tu pensais
que comme un abruti je m'occuperais de notre
enfant, seul, quand tu nous auras abandonné !
LISA : Tu dis des choses horribles !
KAYN : Je dis seulement la vérité ! Si tu es
aveugle au point de penser que tu vas t'en
sortir, très bien pour toi, mais dans ce cas-là tu
seras seule !
LISA : Qu'est-ce que tu veux dire par là...
Elle commence à hausser le ton ce qui
m'énerve encore plus ! Il ne manquait plus que
ça !
Que ce soit elle qui soit en colère alors que
c'est moi qui a été trahi !
KAYN : C'est simple, tu t'en débarrasses ou tu
seras seule !
Il est hors de question que je sois mêlé à ça !
LISA : Très bien, si c'est ce que tu souhaites
alors je décide d'être seule !
Elle tourne les talons et se dirige vers la porte.
Elle s'arrête en posant la main sur la poignée et
parle d'un ton calme et résigné.
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LISA : Je sais maintenant pourquoi j'ai tant
hésité à te le dire et finalement j'avais raison.
KAYN : Va-t-en ! Je ne veux plus te revoir.
Elle claque la porte et je me retrouve seul avec
ma colère. Je me sers encore un verre puis un
autre.
L'alcool ne résout pas les problèmes mais a le
mérite de les atténuer momentanément et c'est
ce dont j'ai besoin maintenant.

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Point de vue de Lisa :

Je suis installée à côté de la balançoire, je


regarde les feuilles d’automne tomber
lentement sur le sol déjà parsemé de ces
couleurs que j'aime tant. Cette saison et l’une
de mes préférées.
Je n’arrive pas à croire que cela fait déjà plus
de 3 mois que nous avons eu cette violente
dispute. Je ne pensais pas non plus qu’il était
sérieux, ou du moins j'espérais que la tension
pourrait s'atténuer avec le temps.
Je ne le vois que très rarement et ce n'est pas
plus mal, il est souvent en voyage d’affaires et
ne revient que rarement. Mais quand il revient
je suis en général allongée sur le lit à attendre,
encore attendre. Plus le temps passe, plus je
ressasse ces horribles moments et me demande
si j'aurais pu faire quelque chose pour que cela
se passe dans des bonnes conditions. Je
repense aussi aux bons moments que j'ai passé
avec lui, ces moments où je pouvais entrevoir
mon avenir avec cet homme, imaginer que
nous pourrions former un couple, une famille
heureuse. Et cela me brise le cœur. Mais je ne
peux pas me permettre de me laisser aller, il
faut que je tienne encore deux mois pour que
ma petite fille puisse naître en bonne santé.
NICOLAS : Madame, il faut rentrer maintenant.
LISA : Encore un instant Nicolas.
NICOLAS : Vous allez attraper froid.
LISA : Très bien, rentrons.
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Nicolas pousse mon fauteuil pour rentrer à la
maison. Je n’arrive pas à croire que je suis
obligée de rester clouée là-dedans. Mais je n'ai
pas le choix, je ne dois faire aucun effort
physique afin que mon cœur soit préservé.
Nous allons dans la cuisine. Nicolas me
prépare du thé.
NICOLAS : Vous avez l’air si triste, j’aimerais
tellement pouvoir faire quelque chose pour
vous rendre la vie plus agréable…
Je lui souris faiblement et bois une gorgée de
mon thé.
LISA : Vous avez déjà fait tellement pour moi
Nicolas.
Mon nez me démange. Ce tuyau nasal qui
m’apporte l’oxygène dont j'ai besoin me gêne
énormément. Cela me démange
continuellement et c’est très agaçant.
NICOLAS : Vous devriez arrêter de faire ça,
vous allez finir avec un masque à oxygène.
LISA : J'en ai tellement assez de cette situation,
de cette grossesse sans fin ! Je suis heureuse
que ma fille aille bien mais cela devient de
plus en plus contraignant et de plus en plus
difficile à supporter.
Heureusement que vous êtes là.
Nicolas me sourit tristement.
NICOLAS : Ça s’arrangera peut-être…
LISA : Non, vous savez très bien que non. Sa
décision il l’a prise, il n’a pas voulu être
présent et je ne lui pardonnerai jamais.
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NICOLAS : Je suis désolé de vous annoncer ça,
mais il rentre ce soir.
Je le regarde, j’avale ma salive difficilement et
mon oxymètre se met à biper ce qui a le don
de m'irriter encore plus. C'est comme si tout le
monde pouvait avoir accès à mon cœur, à mes
émotions les plus intimes, un vrai détecteur de
mensonges ! Je ne peux même plus conserver
mes pensées secrètes.
Je décide d’aller dans ma chambre et je fais
rouler le fauteuil jusqu'à l’entrée. Nicolas me
suit. Je m’arrête Soudainement et je le vois.
Il a une barbe non rasée, il me paraît amaigri et
n’a pas une belle allure.
Il semble n'être plus que l'ombre de lui-même.
Je devrais être peinée ou éprouver de la
compassion, mais ce n’est pas le cas. Je suis en
colère et malheureusement pour moi, encore
une fois mon oxymètre décide de me trahir. Il
me regarde, je ne saurais définir ce que son
regard signifie.
Je décide de retirer l'appareil de mon doigt. Je
me sens honteuse. Qu'il puisse penser que sa
présence me fasse ressentir quelque chose
m'est insupportable. Je décide de me lever et
de conserver le peu de dignité qui me reste
pour aller dans ma chambre. Nicolas me suit
de près. Il a probablement peur que je chute.
Arrivée dans ma chambre, je décide de
m’allonger sur le lit. Nicolas me regarde avec
une compassion infinie. Je remercie le ciel
70
qu’il soit près de moi comme un ami, qu’il soit
présent pour m'aider à supporter ma grossesse
et tous mes maux.
NICOLAS : Madame je suis…
LISA : Tout est prêt pour demain ?
NICOLAS : Euh… oui, bien sûr.
LISA : Très bien, je vous remercie.
Je vais dormir maintenant, je me sens un peu
fatiguée.
Nicolas s’en va en refermant la porte derrière
lui. Je reprends ma respiration calmement et
ferme les yeux.
Je pensais que le croiser me ferait beaucoup de
mal, plus que je ne ne saurais le supporter. Et
finalement, cela ne m'a pas atteint comme je le
pensais. J'ai la sensation que mon cœur est
comme anesthésié.
Ou peut-être que la colère que je ressens est
plus forte que l’amour que j’ai pour lui. Je
pense à ma petite fille en me disant qu’elle
grandira sans père et je suis anéantie à cette
pensée. Je m’endors en versant quelques
larmes.

Point de vue de Kayn :

Je me lève ce matin avec une migraine


énorme. Je me suis encore écroulé sur mon
bureau après avoir bu quelques verres. Le fait
de l’avoir aperçue hier m’a brisé le cœur.
Je m’en veux d’avoir fait ça, de l’avoir
ignorée, de l’avoir laissée tomber...
71
Je me rends compte aujourd'hui que ma colère
a causé bien des dégâts, tant sur moi que sur
elle.
Je sais qu’elle ne me pardonnera jamais et je
ne lui en veux pas. Même si je le voulais, je ne
saurais plus par où commencer. Je suis allé
trop loin, j'ai perdu sa confiance et si des
sentiments pouvaient exister auparavant de son
côté, je sais que ce n'est plus le cas désormais.
Le fait de l'avoir vue sur ce fauteuil roulant, la
voir si fragile, m'a complètement brisé.
Je décide de prendre une douche froide et de
me raser. Je n’irai pas au bureau aujourd’hui,
je travaillerai de la maison. Cela me permettra
de pouvoir ne serait-ce que l’apercevoir.
Je descends et me dirige vers la cuisine.
Nicolas a préparé le petit-déjeuner.
NICOLAS : Bonjour Monsieur.
KAYN : Bonjour Nicolas.
NICOLAS : Je vous apporte votre café dans une
minute, ainsi qu’un médicament pour le mal de
tête.
Je le regarde avec un sourire en coin. Il me
connaît si bien.
KAYN : Je vais prendre mon café ici ce matin.
NICOLAS : Je suis navré Monsieur. Madame a
un rendez-vous ce matin.
KAYN : Un rendez-vous, vraiment ?
NICOLAS : En effet, mais je ne dirai rien de
plus.

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Je fronce les sourcils la colère commence à
refaire surface.
KAYN : Pourquoi cela ?
NICOLAS : Suis-je obligé de me justifier
Monsieur ?
KAYN : Oui Nicolas, j’ai peine à vous
comprendre.
NICOLAS : Avec tout le respect que je vous
dois, je serai franc avec vous. Dans ce cas
c’est moi qui ai peine à vous comprendre.
Vous avez fait le choix de laisser votre femme,
enceinte et seule. Maintenant vous revenez et
pensez avoir le droit de demander des
informations concernant sa vie privée ?
J’aimerais répondre quelque chose mais
malheureusement je ne peux pas. Néanmoins
la colère est toujours présente et je m’en veux.
Mais je suis quelqu’un qui a du mal à exprimer
sa culpabilité… Foutu caractère.
Je m’approche du placard pour feindre de
prendre une orange et en profite pour appuyer
sur le bouton de l’interphone qui relie la
cuisine à mon bureau. De cette façon je
pourrais au moins écouter leur conversation et
je saurais peut-être avec qui elle a rendez-vous
et surtout pourquoi.
Je quitte la cuisine en claquant la porte et me
rends directement dans mon bureau. J’essaye
de travailler en vain. Me servir un autre verre
me démange… mais à quoi bon ! J'ai déjà un
mal de crâne pas possible.
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Le médicament que Nicolas a posé dans mon
bureau ne m’a pas beaucoup aidé. J'essaye de
concentrer mon attention sur un dossier pour
tuer le temps en attendant son rendez-vous,
mais je ne parviens pas à penser à autre
chose...
C'est une torture et c'est comme cela depuis
des mois. Je tourne et retourne dans ma tête
tout ce que j'ai mal fait, tous les mots que je
regrette d'avoir prononcé. Je me souviens de
son regard, de son dégoût quand elle m'a vu
hier. Tous ces branchements, elle avait
vraiment l’air mal en point et je n’ai pas été là
pour elle.
MR BRON : Bonjour Madame Carter.
LISA : Bonjour, merci d’être venu si
rapidement. J'imagine que votre emploi du
temps doit être chargé.
MR BRON : En effet, mais c’est un plaisir pour
moi. Je sais à quel point ce document est
important pour vous.
Je me demande à ce moment précis qu’est-ce
que Monsieur Bron, son notaire, fait ici et
surtout quel document important devait-il
remettre.
MR BRON : Tout a été rédigé comme vous me
l'aviez demandé. Vous n’avez plus qu’à signer
le testament.
Le testament ? Mais pourquoi signer un
testament ?
LISA : Je vous remercie.
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MR BRON : Il y a cependant quelque chose qui
me chiffonne et qui pourrait poser problème
pour l’avenir de votre fille.
Une fille ! C'est une fille ! Je vais avoir une
fille ! Du calme, il faut absolument que je reste
concentré sur ce qu’ils disent.
MR BRON : Et si le père de votre fille décidait
d'intervenir ?
LISA : Ne vous inquiétez pas pour cela
monsieur, il n’y aura pas le moindre problème.
Il n'a jamais voulu de cet enfant et cela lui sera
complètement égal. J'ai juste besoin d’être sûr
que tout sera fait comme je le souhaite, qu’elle
puisse être la propriétaire de l’appartement de
New York à ses 18 ans et qu’elle puisse aussi
être prise en charge par la personne que j’ai
désigné. Je voudrais également qu’elle puisse
obtenir la fameuse boîte dont je parlais tout à
l'heure. Merci encore pour tout. Pardonnez-
moi mais je souhaiterais me reposer
maintenant. Je suis extrêmement fatiguée.
MR BRON : Oui, bien évidemment Madame, je
suis navré. Tout sera fait selon vos exigences.
Je l’entends claquer la porte et décide de me
lever. Je suis extrêmement en colère ! Je la
rejoins et la vois assise dans la cuisine là tête
entre les mains.
KAYN : Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
Je la vois se lever comme si je n’étais pas là.
Je réitère ma question et elle se retourne vers
Nicolas.
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LISA : C’est à moi qu’il est en train de parler ?
KAYN : Oui, c’est à toi ! Qu’est-ce que cet
homme faisait ici et pourquoi as-tu besoin de
faire un testament ?
LISA : Je n'arrive pas à croire ce que j'entends,
tu m’as espionné ?
KAYN : J'ai posé une question !
LISA : Bien que je ne te doive aucune réponse,
je vais quand même avoir l’amabilité de t'en
donner une.
Je la vois se gratter le nez avec sa canule qui a
l’air de la gêner cela me fend le cœur. Mais je
suis tellement en colère qu'elle me traite
comme cela et qu'elle aborde le sujet de
l'avenir de notre fille aussi légèrement !
LISA : En effet j’ai fait un testament et je pense
que c’est la meilleure chose à faire dans ma
situation, parce que finalement, tu avais
totalement raison. J'ai mis longtemps à en
prendre conscience et à me rendre compte des
choses qui allaient se produire, mais il est hors
de question pour moi de laisser ma fille
comme ça !
KAYN : Attends, attends, je ne comprends pas
de quoi tu parles et où tu veux en venir !
LISA : Tu avais raison, je vais mourir ! J'ai
juste mis plus de temps que toi à intégrer la
nouvelle ! Donc sachant cela, il est tout à fait
normal que je prépare l’avenir de ma fille !
Je ne sais pas quoi dire je suis à la fois en
colère, mais je ne saurai dire si c’est plus
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contre elle ou contre moi. Il est hors de
question qu’elle meurt ! Hors de question
qu’elle m’abandonne ! Hors de question
qu’elle abandonne notre fille !
Je la vois fermer les yeux, elle semble se sentir
mal et se tient fermement à la table.
KAYN : Il est hors de question que tu meurs,
hors de question que tu m'abandonnes et hors
de question que tu l'abandonnes !
LISA : Nicolas… Nico…
Je la vois ouvrir les yeux, me regarder et
soudainement elle s'écroule devant moi. Je
parviens à la rattraper juste avant que sa tête
ne heurte le sol. Nicolas qui avait quitté la
pièce pour nous laisser un peu d’intimité se
précipite vers le téléphone pour appeler
l'hôpital.
Lisa me regarde.
KAYN : Lisa, reste avec moi… je t’en prie reste
avec moi !
Ses yeux se ferment. Tout se précipite. Nous
nous retrouvons à l’hôpital avec Nicolas. Cela
fait plus d'une heure que nous attendons dans
la salle d'attente. Les minutes semblent être
des heures et je ne fais que des allers venues
dans la salle, angoissé, les poings serrés. Je
regrette tellement, tout, tout depuis le début,
mon comportement surtout. J’en viens à me
dire que si elle ne m’avait jamais rencontré,
elle n’en serait pas là aujourd'hui. Si elle
mourait, je m’en voudrais toute ma vie. Le fait
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de ne pas avoir pu être près d’elle, qu'elle ne
puisse pas savoir à quel point je l’aime, à quel
point j’étais inquiet, stupide, idiot.

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Point de vue de Kayn :

NICOLAS : Tenez monsieur.


Il me tend un café et nous nous asseyons.
KAYN : Comment faites-vous pour avoir
toujours l'air aussi calme ? Et pourquoi êtes-
vous encore auprès de moi ? J'ai été un tel
monstre, je ne vous ai jamais bien traité.
NICOLAS : Je ne dirais pas ça monsieur, vous
êtes simplement un homme qui ne sait pas
montrer son amour et qui est dépassé par la
situation.
Je le regarde. J'aimerais lui sourire mais je n'en
ai pas la force.
KAYN : Si elle venait à… jamais je ne pourrais
me le pardonner. Tout est ma faute.
NICOLAS : Les regrets ne vous apporteront rien
Monsieur, ce qui est fait et fait. Il ne reste plus
qu'à prier et espérer que les choses puissent
bien se terminer, tant pour Alice que pour
Lisa.
Je le regarde, étonné.
KAYN : Alice ?
NICOLAS : En effet Alice.
KAYN : C'est parfait.
Le médecin entre dans la pièce. Je me lève
précipitamment, mon cœur bat à tout rompre.
DOCTEUR : L'accouchement s'est plutôt bien
passé, votre fille est hors de danger.
KAYN : Et comment va ma femme ?
DOCTEUR : Votre femme a fait deux arrêts
cardiaques successifs. Elle est très affaiblie
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mais a néanmoins réussi à mettre au monde
votre fille. Elle a fait preuve d'un courage
extraordinaire. Elle est actuellement sous
sédatifs et dort profondément.
KAYN : Est-ce que je peux la voir ?
DOCTEUR : Oui, cependant elle risque de ne
pas réagir à votre présence. Vous ne pourrez
rester que quelques minutes. Je vous conduirai
ensuite vers la nurserie pour que vous puissiez
voir votre fille.
J'accompagne le médecin. Lorsque j'entre dans
la chambre et que je vois Lisa allongée sur ce
lit, accrochée à tous ces fils et tubes, j'ai un
pincement au cœur.
Je m'approche d'elle et lui prends la main.
Je n'arrive pas à croire qu'elle est encore là. Je
suis tellement heureux de la voir ici, même si
je sais qu'elle me déteste, je sais aussi que ce
sentiment ne l'a quittera plus, je ne pourrais
sûrement plus jamais lui tenir la main... et
pourtant je sens une légère pression, je crois
qu'elle est en train de serrer ma main dans la
sienne. Elle est pourtant censée dormir ! Elle
ouvre les yeux difficilement et me regarde.
LISA : Alice...
KAYN : Tout va bien, Alice va bien, calme-toi.
Tu as été extraordinaire, tu as lutté jusqu'au
bout pour mettre au monde ta merveilleuse
petite fille.
LISA : Où est-elle ? Tu es sûr qu'elle va bien ?

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KAYN : Ne t'inquiète pas, elle va très bien. Il
faut que tu te reposes maintenant.
LISA : Je veux la voir.
Je me lève et lui fais un bisou sur le front en
lui promettant de lui ramener sa petite fille très
rapidement. Elle ferme les yeux, épuisée, et se
rendort.

Deux semaines sont passées depuis


l'accouchement.
Alice est enfin auprès de sa mère et dort à côté
de son lit. Je passe les voir tous les jours.
Lisa se remet petit à petit mais sa santé reste
fragile.
Je me sens extrêmement coupable. Lisa ne me
parle pas. Elle semble insensible à ma
présence, à mes attentions. Cela me déchire
encore plus. J'ai tellement peur, peur qu'elle ne
finisse par prendre la décision de me quitter
sans dire un mot, sans me laisser l'occasion de
lui expliquer, de lui dire....
KAYN : Où est Alice ?
LISA : Ils l'ont emmenée pour l'examiner avant
que l'on puisse rentrer.
Je pose les sandwichs que je lui ai acheté sur la
table. Je suis étonné qu'elle puisse rentrer aussi
tôt.
Elle semble encore tellement affaiblie.
KAYN : Vous allez pouvoir rentrer aujourd'hui ?
Est-ce que tu es sûre que tu vas bien ?

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Elle me sourit en préparant ses affaires
doucement.
LISA : Oui je vais bien, mais ça ira beaucoup
mieux quand je serai enfin à la maison.
KAYN : À la maison ? Tu veux dire dans notre
maison à nous ?
Elle interrompt ce qu'elle est en train de faire
et me regarde un peu étonnée.
LISA : Oui, de quelle maison veux-tu que je
parle ?
Je m'approche d'elle et la prends par les
épaules. Je m'attends à ce qu'elle recule mais
elle n'en fait rien.
KAYN : Tu vas me dire qu’avec tout ce qu'il
s’est passé, avec tout ce que j’ai pu te faire, tu
vas rentrer dans notre maison ? Tu veux dire
avec moi ?
LISA : J'ai failli mourir Kayn ! Je peux te dire
que ça fait réfléchir, plus que tu ne le penses.
Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le passé.
KAYN : Je m’en veux tellement à un point que
tu ne peux imaginer. Je n’ai pas été là pour toi
au moment où tu as eu le plus besoin de moi.
Comment fais-tu pour ne pas vouloir
m'égorger ?
LISA : Je mentirais si je te disais que je n’avais
pas eu envie de te tordre le cou ! Mais des
choses se sont passées entre temps et parfois
on se rend compte de la chance que l'on a, ne
serait-ce que de pouvoir respirer. Je n’ai pas
envie d’élever ma fille seule. Je sais que tu
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l’aimes et je sais que tu as eu peur. C'est vrai
qu’une partie de moi t'en veux toujours, d’être
parti, de m'avoir abandonnée à ce moment-là.
Mais je veux une vie de famille, une vie stable,
une vie avec ma fille. Je ne vivre ce que mes
parents ont vécu, je ne veux pas être seule, je
ne veux pas que ma fille paye les pots cassés,
je ne veux pas lui faire vivre l'absence d'un
père.
En entendant ces mots, je sais enfin, j'ai enfin
compris, il faut que cela cesse, je dois lui dire
maintenant, cesser de mentir, cesser de me
protéger, me mettre à nu devant cette femme,
ma femme, l'amour de ma vie.
KAYN : Je t’aime et cela depuis le premier jour
où je t’ai vu. C'est la raison pour laquelle j’ai
absolument voulu t’épouser.
LISA : Mais qu’est-ce que tu racontes ?
KAYN : C'est la vérité. Quand j’ai su que ton
père avait des problèmes, je me suis dit que
c’était le moment ou jamais, je devais tenter
ma chance. J’ai toujours voulu être avec toi,
j'ai toujours eu des sentiments pour toi, mais je
sais aussi que si cette occasion ne s'était pas
présentée, tu ne te serais jamais intéressée à
moi et de toute façon ton père aurait tout fait
pour t'en dissuader. Mes sentiments pour toi
sont tellement forts que cela me fait mal.
Aujourd'hui je te connais mieux encore et je
t'admire et t'aime encore plus. Je ne te
demande pas de me dire que tu m'aimes
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également. Je sais que j'ai été monstrueux avec
toi et même si tu arrives à passer à autre chose,
sache que moi je n'oublierai jamais ce que j'ai
pu te faire. J'ai eu peur, peur de moi, de mes
sentiments, peur de souffrir, de m'ouvrir et je
te demande pardon.
Je reprends ma respiration et tente de retrouver
mes esprits.
Elle pose ses mains de chaque côté de ma
nuque et me regarde droit dans les yeux avec
un petit sourire.
LISA : Je t’aime aussi, même si tu es un
maniaque du contrôle et que, je dois
l'admettre, tu es un petit peu dingue, mais je
t’aime aussi. Je sais que tu as beaucoup de mal
à exprimer tes sentiments quand tu es inquiet,
je ne veux pas vivre dans un passé aussi
sombre que le mien. Je veux vivre, et
construire notre avenir pour notre famille.
Je suis touché en plein cœur par ses mots. Je
n’arrive pas à croire que ça puisse être possible
! Je l’embrasse comme si c’était la première
fois. Le fait qu’elle réponse à mon baiser avec
tant de fougue me rend tellement heureux que
j’ai du mal à croire que je vis cet instant pour
de vrai, moi qui pensais l’avoir perdu pour
toujours.

84
Épilogue

5 mois plus tard.

Lisa est dans le salon, allongée avec Alice qui


vient de s'endormir. Ce portrait me ravit et me
fait chaud au cœur.
LISA : Qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ?
KAYN : Vous deux, vous êtes tellement
mignonnes !
Elle se lève et me saute dans les bras. Elle
m’embrasse délicatement.
LISA : Tu m’as manqué !
KAYN : À moi aussi, tu n’as pas idée ! J’ai
quelque chose pour toi. Il faut que tu
m’accompagnes à mon bureau.
Je lui prends la main et l'emmène vers mon
bureau. Elle me sourit toute excitée à l’idée
d’avoir une petite surprise. J'espère que ça se
passera bien, qu’elle sera heureuse.
LISA : Où est cette surprise ?
KAYN : Tu gigotes comme une petite fille de 5
ans… regarde dans mon tiroir.
Elle s’y précipite et sors un petit écrin. Elle me
sourit et me regarde.
KAYN : Et bien, ouvre-le.
Quand elle ouvre l’écrin, elle me regarde d'un
air interrogateur.
LISA : C'est une bague de fiançailles ?
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Je la rejoins et prends la bague pour la mettre à
son doigt.
KAYN : C'est tout à fait ça. Et je décide que tu
as dit oui.
LISA : Elle est tout simplement magnifique !
Mais il me semble que nous sommes déjà
mariés…
KAYN : Je veux qu’on se marie de nouveau, un
mariage qui nous ressemble et qui comble tous
tes désirs.
Elle regarde la bague émue et me sourit. Je la
prends dans mes bras et nous nous
embrassons.
LISA : Ce n'est pas à ce moment-là qu’on
utilise le terme : tout est bien qui finit bien ?
KAYN : Non, je crois que c’est : ils vécurent
heureux…
Elle m’enlace et je profite de ce moment en
espérant pouvoir être à ses côtés pour toujours.

86
Remerciements

A ma meilleure amie, Yuna sans qui se


livre n'aurais jamais vu le jour, à toutes
nos créations et nos moments partagés

A Célia qui m'a aidée a créé ce livre et


qui a toujours était l'ami dont j'avais
besoin.

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