LICENCE 1
GRANDS COURANTS DE
L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE
Pr Claude KOUTOU
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INTRODUCTION
Si la sociologie, en tant que discipline scientifique, naît « officiellement » à la fin du XIXe
siècle, les interrogations sur les raisons qui poussent les hommes à vivre en sociétés et les
façons dont celles-ci fonctionnent sont bien plus anciennes. À cet égard, la révolution
intellectuelle des Lumières constitue une étape majeure. En effet, elle remet en question deux
piliers essentiels à la société : d'abord la primauté du collectif sur l'individuel, ensuite celle de
la religion sur la raison. L'exemple des sciences de la nature stimule les travaux des premiers
sociologues, désireux eux aussi de découvrir le « mécanisme » de la vie en société et ses « lois
naturelles ».
Pendant longtemps, l'analyse des sociétés reste limitée à l'étude du fait politique, elle-même
fortement imprégnée d'une dimension morale : il s'agit d'améliorer la société et son
gouvernement, on cherche à créer la « cité idéale » (cf. Thomas More : Utopie, 1516).
Au milieu du XVIIIe siècle, Montesquieu (1689-1755) introduit un changement radical dans
l'analyse du fait politique. Il rejette les explications de nature théologique. Surtout, il se
propose d'étudier non pas le monde tel qu'il devrait être mais bien tel qu'il est. Il pose donc les
jalons d'une discipline qui se doit d'observer le réel à travers l'étude des régimes politiques ou
des mœurs des populations.
Les grands courants de la sociologie contemporaine seront abordés en insistant sur leur
ambition de dépassement des grandes oppositions théoriques qui ont durablement structuré la
tradition sociologique : société vs individu, holisme vs individualisme, objectivisme vs
subjectivisme.
Chap. 1 : VOCABULAIRE DES GRANDS COURANTS SOCIOLOGIQUES
Effets pervers : Effet non désiré contraire à l’objectif de l’action entreprise.
Egalité des conditions : caractérise la société démocratique selon A de Tocqueville (1805-
1859) dans de la démocratie en Amérique (1835). Elle est à la fois égalité juridique (égalité
devant la loi), égalité sociale (égalité des chances et mobilité sociale), égalité de respect (égale
dignité de chacun). Elle n’implique pas l’égalité réelle, c’est-à-dire l’égale répartition des
biens sociaux (richesse, pouvoir, prestige) mais la possibilité ouverte à chacun d’entrer dans la
compétition pour y accéder (en opposition à la société aristocratique caractérisée par la
concentration de ces biens et leur transmission héréditaire au profit du même groupe) car la
passion pour l'égalité anime les sociétés démocratiques. Si l'égalité des libertés politiques y est
acquise, celle des conditions ne l'est jamais complètement mais c'est un but que rien ne
semble interdire d'atteindre
Holisme : théorie selon laquelle le tout est plus grand que la somme des parties qui le
composent, ainsi les comportements individuels ne peuvent s'expliquer sans référence aux
structures sociales et au milieu social dans lequel se situent les individus (s'oppose à
individualisme méthodologique).
Individualisme méthodologique : mode d'explication des phénomènes sociaux par la
reconstruction des motivations des individus concernés par le phénomène en question, le
phénomène social étant le résultat de l'agrégation des comportements individuels dictés par
ces motivations (s'oppose à Holisme).
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Interactionnisme : Mouvance sociologique américaine vivace à partie des années soixante ;
les auteurs qui s’en réclament partagent l’idée que la réalité sociale ne s’impose pas telle
quelle aux individus ou aux groupes, mais qu’elle est en permanence modelée et reconstruite à
travers les processus d’interaction. En cela ils s’opposent tant aux postulats (intégration
fonctionnelle qu’aux méthodes fonctionnalistes (techniques quantitativistes) et privilégient les
études monographiques fondées sur l’observation directe, in situ, voire, dans certains cas,
l’observation participante
Lutte des classes : concept central de l’analyse marxiste. Antagonisme entre classes sociales
à partir d’intérêts contradictoires, et pouvant prendre la forme extrême de la guerre civile.
Sociologie comparative : comme celle de Tocqueville reposant sur une étude comparée des
valeurs et des représentations des acteurs sociaux, entre deux pays ou deux époques.
Sociologie compréhensive : démarche sociologique de M Weber pour qui la sociologie est
une science dont l’objet est de comprendre par interprétation l’activité sociale, pour ensuite
expliquer causalement le développement et les effets de cette activité.
Sociologie explicative : démarche d’E Durkheim qui cherche à expliquer causalement la
réalité sociale. Sociologie de la domination : sociologie qui accorde une grande importance
aux situations hiérarchiques et aux positions de pouvoir dans la société. Elle montre par
exemple comment les classes sociales se reproduisent (P Bourdieu…).
Sociologie de l’intégration : sociologie préoccupée par la cohésion de la société, des
institutions et des valeurs qui contribuent à son équilibre, des facteurs et des situations qui
signalent les défauts de l’insertion des individus dans une collectivité .
Sociologie objectiviste : sociologie influencée par E Durkheim qui considère que les faits
sociaux, (faits collectifs) sont extérieurs aux individus. Par conséquent, il convient de les
étudier comme des choses, sans se préoccuper des motivations personnelles des individus qui
les accomplissent.
Sociologie subjectiviste : les phénomènes sociaux sont examinés à partir de la signification
que les individus donnent à leurs actions (sociologie de M Weber par exemple)
Chap. 2 : GENERALITES SUR LA SOCIOLOGIE
1. DES SOCIOLOGUES AVANT LA SOCIOLOGIE
Le siècle des Lumières ouvre la voie à une recherche sur les fondements rationnels de la
société. L'œuvre de Montesquieu (1689-1755) en fournit une illustration. Dans les Lettres
persanes (1721) Montesquieu se livre à une critique des mœurs de son temps : il imagine une
correspondance entre des voyageurs persans parcourant l'Europe : ce procédé lui permet de
railler les coutumes et usages qui lui paraissent injustifiés ou ridicules (comme l'absolutisme
royal) et de poser un regard distancié sur les modes de vie de ses contemporains, en recourant
au regard d'un prétendu observateur étranger.
Dans L'Esprit des lois (1748), Montesquieu montre comment, par-delà la diversité des
institutions humaines, il est possible de découvrir des principes généraux qui permettent de
rendre compte de toute vie en société. Il élabore une typologie des régimes politiques d'après
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le principe qui les anime : la République se fonde sur la vertu, la Monarchie sur l'honneur et le
Despotisme sur la crainte. Il cherche aussi à comprendre les correspondances existant entre
les lois sociales et politiques et les mœurs des sociétés auxquelles elles s'appliquent.
2. LES PRECURSEURS DE L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE
Considéré comme un des pères de la sociologie, Auguste Comte (1798-1857) poursuit une
volonté de rationalisation scientifique de tous les champs de la connaissance. Il entend fonder
une « physique sociale » qu'il finit par nommer « sociologie ». À la différence des
philosophes des Lumières ou des économistes libéraux, Comte ne s'intéresse pas à la nature
de l'être humain, à sa raison, à ses passions, ses droits ou ses motivations. Seule la société et
les faits sociaux doivent retenir l'attention car les comportements humains évoluent en
parallèle avec les progrès des sciences, qui ouvrent et transforment l'esprit. C'est donc la
science qui, en évoluant, guide la société. Auguste Comte identifie trois « états » de
l'intelligence humaine :
l'état théologique (le surnaturel fournit les explications) ;
l'état métaphysique (les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites
comme facteurs explicatifs) ;
l'état positif (l'homme s'efforce d'énoncer des lois invariables à partir de l'observation
et du raisonnement).
Il constate les progrès des sciences « positives » (physiologie, astronomie, physique,
chimie…) qui ont atteint « l'état positif » du raisonnement humain. Mais il constate aussi que
la science des phénomènes sociaux reste guidée par des méthodes théologiques ou
métaphysiques. L'homme doit donc achever le passage à la « philosophie positive » en
fondant la « physique sociale » ou « sociologie ».
Du fait de la pluralité des domaines abordés et des tensions entre analyse scientifique et
idéologie, l'œuvre de Karl Marx (1818-1883) est difficile à appréhender. Force est de
constater qu'elle a laissé une empreinte durable par sa représentation du social (matérialisme,
déterminisme), sa méthode (holisme) et ses concepts (État, classes, aliénation).
La sociologie de Marx accorde une place centrale à l'économie : les hommes sont totalement
soumis à des rapports sociaux de production qui leur échappent ; la société, ses institutions,
ses productions matérielles et culturelles ne sont que le produit d'un état de développement
des forces productives.
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3. LES FONDATEURS DE LA SOCIOLOGIE
Au tournant du XXe siècle, la sociologie devient une science tout en s'opposant au caractère
réductionniste de l'économie. Émile Durkheim et Max Weber peuvent être considérés comme
les fondateurs de la sociologie dans la mesure où ils donnent à la discipline des méthodes
rigoureuses et orientent sa réflexion vers des thèmes propres à l'organisation des sociétés.
En France, Durkheim réfute les théories utilitaristes qui réduisent la vie sociale à
l'échange marchand. Il affirme au contraire que le fondement de la vie sociale réside dans
la morale, c'est-à-dire dans l'ensemble des règles sociales.
Au même moment, Weber reproche à Marx de ramener l'ensemble des phénomènes
sociaux à la seule infrastructure économique ; il insiste sur le rôle joué par les valeurs
dans l'apparition du capitalisme. Au-delà de leurs différences, Durkheim et Weber ont en
commun de s'interroger sur la dimension culturelle de la société, dimension que
l'économie ignore.
À la fin du XIXe siècle, Émile Durkheim et Max Weber, considérés comme les « pères de la
sociologie », vont donner une place très importante à l'explicitation de leur objet de recherche
et à la méthodologie utilisée.
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Chap. 3 : LES DIFFERENTS COURANTS
3.1 : LES FONDATEURS
A. EMILE DURKHEIM (1858-1917)
Durkheim définit les faits sociaux comme des « manières de penser, d'agir et de sentir
extérieurs à l’individu, et qui sont doués d’un pouvoir de coercition en vertu duquel ils
s’imposent à lui ». Le fait social est donc toute action ou pensée qui respecte deux conditions :
il a une origine sociale ; il dure à travers le temps alors que les individus disparaissent
et sont remplacés par d’autres à s’il existe avant et après les individus, c’est qu’il
existe en dehors d’eux, en dehors des consciences individuelles (extériorité).
Il possède un pouvoir de coercition, de contrainte qu’il exerce ou est susceptible
d’exercer sur les individus. Quand ils respectent les normes, les individus considèrent
que leur comportement va de soi : ils ne ressentent pas le pouvoir de coercition des
faits sociaux. Mais, pour Durkheim, tous les faits sociaux sont contraignants : il
suffit de transgresser une règle pour provoquer une sanction ou une réaction négative
de l'entourage à c’est bien la société qui fait pression sur l'individu pour lui imposer
telle ou telle action.
Le sociologue doit considérer les faits sociaux comme des choses, il doit être extérieur à
son sujet d'étude s'il veut que son travail soit scientifique. Pour cela, il doit faire abstraction
des « prénotions » (les idées non scientifiques) tirées de ses propres expériences, qui font
obstacle à la connaissance scientifique. Les idées préconçues ont souvent la force de
l'évidence mais sont issues d'expériences personnelles nécessairement limitées. Il serait donc
hasardeux de les tenir pour représentatives. En définitive :
1. Objet et méthodes de la sociologie
Selon lui c’est la science des faits sociaux
- Elle a pour objet d'expliquer causalement la réalité sociale (sociologie explicative).
- Les faits sociaux peuvent être normaux ou pathologiques, on ne peut pas les réduire à
d’autres faits, notamment psychologiques et biologiques.
Emile Durkheim se rattache à la sociologie objectiviste, et holiste.
- Il considère que les faits sociaux, (faits collectifs) sont extérieurs aux individus et s’imposent
à lui.
- Par conséquent, il convient de les étudier comme des choses, sans se préoccuper des
motivations personnelles des individus qui les accomplissent.
- Sa sociologie relève donc du holisme. Pour lui les comportements individuels ne peuvent
s'expliquer sans référence aux structures sociales et au milieu social dans lequel se situent les
individus (s'oppose à individualisme méthodologique
Par exemple dans son ouvrage : le suicide (1897)
- Il cherche à expliquer ce phénomène à partir de données statistiques (sur la répartition par
sexe, l'état matrimonial, la religion...) et en écartant toute analyse des motivations
personnelles des personnes qui s'étaient suicidées.
- Le taux de suicide varie en effet en proportion inverse du degré d’intégration des groupes
sociaux dont fait partie l’individu.
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2. Une sociologie de l’intégration : « la division du travail social » (1893)
Sa préoccupation centrale est celle de la cohésion de la société,
- Des institutions et des valeurs qui contribuent à son équilibre,
- Des facteurs et des situations qui signalent les défauts de l'intégration individuelle et
collective
Il définit une véritable typologie de la vie en société, construite à partir de deux types
possibles
- La solidarité mécanique, qui se caractérise par le fait que les individus s’imitent les uns les
autres en se conformant à une société qui les transcende
- La solidarité organique, qui se définit par la fusion des individus et de la société dans le
cadre d’une véritable division du travail.
3. Les formes et les déterminants du lien social
Ces liens sont qui relient les individus dans leur vie quotidienne sont
- Culturels,
- Sociaux
- Economiques
Ils sont plus ou moins forts en fonction.
- De l’intensité de la conscience collective
- De l’intériorisation des contraintes institutionnelles par l’individu.
Il y a donc des sociétés que l’on peut juger malsaines.
- Durkheim définit à ce titre l’anomie, qui est une forme pathologique de la division du
travail,
- Celle où il n’existe pas de réglementation, ou seulement une réglementation insuffisante
dans les règles légales instituant les fonctions spécialisées et réglant leur rapport
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B. MAX WEBER UNE SOCIOLOGIE COMPREHENSIVE DU MONDE
MODERNE (1864-1920)
Max Weber définit la sociologie comme « une science qui se propose de comprendre par
interprétation l'activité sociale et par-là d'expliquer causalement son développement et ses
effets ». Le sociologue doit analyser l'action sociale et en expliquer les motifs, autrement
dit les significations que l'agent social confère à son action.
La sociologie préconisée par Max Weber est donc une sociologie compréhensive.
Pour Weber, la société est composée d'une multitude d'actions individuelles liées les unes aux
autres, puisque orientées les unes par rapport aux autres. Une action étant un comportement
volontaire, une action sociale présente trois caractéristiques :
l'acteur (qui peut être un groupe) doit agir en tenant compte des autres acteurs ;
l'action sociale doit avoir un sens pour les autres ;
enfin, pour être sociale, une action doit tenir compte de la façon dont elle va être
interprétée par les autres.
L'action sociale nécessite donc que l'agent donne un sens à son action. Elle ne saurait se
réduire à un simple acte mécanique qui ne reposerait pas sur l'interprétation : une collision
entre deux cyclistes ne saurait être définie comme une action sociale, mais l'altercation qui
s'ensuit le sera. Weber répertorie quatre types principaux d'actions sociales :
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l'action traditionnelle, guidée par la routine et la force des habitudes ;
l'action affective, inspirée par les sentiments ;
l'action rationnelle en valeur conduit l'individu à agir conformément à un ensemble
de principes qui lui autorisent ou lui interdisent certains comportements ;
l'action rationnelle en finalité consiste à adopter un comportement après avoir évalué
les moyens et les fins et envisagé ses conséquences éventuelles.
1. Une sociologie compréhensive
• Sa sociologie privilégie la «neutralité axiologique»,
- C’est-à-dire le rejet de tout point de vue moral
- Et de toute proposition acceptée comme vraie sans démonstration.
• Il s’oppose à la théorie marxiste
- Qui relève du déterminisme économique,
- Il tente de démontrer à travers une étude historique que la causalité historique ne se réduit
pas à l’économie.
2. Une sociologie subjectiviste
• Elle met l’accent sur la nécessité de saisir le sens de l’action sociale pour les acteurs
- Et s’appuie sur la méthode de l’idéal type.
- Toute recherche est considérée comme une modélisation de la réalité et non comme l’image
même de cette réalité
• Centrée sur les valeurs
- Dans son ouvrage central «L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme», (1904-1905), il
observe que les idées morales et religieuses ont exercé une forte influence sur le
développement du capitalisme.
- Il développe ce thème dans ses derniers écrits sur les religions asiatiques, dans lesquelles il
postule que les valeurs religieuses et philosophiques dominantes en Asie ont empêché le
développement du capitalisme dans les sociétés anciennes, malgré la présence de facteurs
économiques favorables.
3. Le désenchantement du monde
• La religiosité s’efface devant la rationalité dans les sociétés contemporaines.
- Mais la réduction de toute activité à un calcul rationnel assure l’efficacité mais peut aussi
priver de sens les actions humaines.
- On recherche les organisations les plus efficaces dans la gestion de l’Etat (bureaucratie),
celles des entreprises (taylorisme par exemple), les partis politiques (naissance des grandes
organisations).
• La notion de rationalité désigne
- Un ensemble de motivations qui guident les choix des individus au-delà du seul calcul
économique.
- Max Weber distingue quatre type-idéaux de rationalité qui fondent quatre formes d'action
des individus : l'activité rationnelle par finalité (motivée par la rationalité au sens
économique), l'activité rationnelle liée à des valeurs, l'action émotionnelle et l'action
traditionnelle
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Weber définit ainsi le capitalisme : « Nous appellerons action économique « capitaliste »
celle qui repose sur l'espoir d'un profit par l'exploitation des possibilités d'échange, c'est-à-
dire sur des chances pacifiques de profit ». Pour Weber, l'action économique de type
capitaliste n'est pas le propre du monde moderne : le capitalisme se retrouve à d’autres
époques et dans d'autres cultures.
Ce qui fait la spécificité des sociétés modernes selon Weber, c'est l'émergence d'un
capitalisme « moderne ». Son caractère spécifique tient au fait qu'il accumule les profits en
exploitant le travail de salariés libres (contrat) au sein d'entreprises où ce travail est
organisé rationnellement. Le capitalisme moderne s'éloigne d'autres formes « traditionnelles
» de capitalisme comme la quête de butin par exemple.
Pour Weber, plusieurs conditions ont permis l'émergence de ce capitalisme moderne :
la séparation de l'entreprise et du ménage ;
l'organisation rationnelle de l'entreprise ;
la comptabilité rationnelle ;
le travail libre.
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C. A DE TOCQUEVILLE (1805-1859)
1. Le mouvement «d’égalisation des conditions »
• L’époque contemporaine se distingue par un mouvement inéluctable de «moyennisation».
- Les différences de classe iraient s’atténuant
- Les couches moyennes seraient de plus en plus nombreuses dans une démocratie
• Ce mouvement d’égalité des conditions est menacé tout à la fois par la tyrannie de la
majorité,
- La dictature de l’opinion et la centralisation des pouvoirs.
- Pour garantir la liberté politique Tocqueville prône la décentralisation, la séparation des
pouvoirs, l’existence de contre-pouvoirs comme la presse ou les associations.
2. Sa méthode d’analyse
• C’est une sociologie comparative
- Reposant sur une étude des valeurs et des représentations des acteurs sociaux, entre les
situations françaises, américaines et européennes.
- Ou la comparaison entre la France d’ancien régime et celle de la révolution.
• Il pratique aussi
- L’enquête sur le terrain (de la démocratie en Amérique 1835-1840)
- Le travail d’archives.
3. Une théorie du changement social : l‘Ancien Régime et la Révolution
• D’après lui, la Révolution française trouve ses origines dans les tensions entre
- Une société qui, dès avant 1789, tendait à l’indifférenciation sociale
- Et un droit qui, au contraire, demeurait profondément inégalitaire.
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• À la fin de l’Ancien Régime,
- Les hommes des classes supérieures étaient de plus en plus semblables par leur mode de vie,
- Mais ils différaient par leurs droits. La Révolution fut une manière brutale d’adapter le droit
aux mœurs.
C. K MARX (1818-1883)
1. La lutte des classes et le matérialisme historique
• Chaque époque historique est censée être caractérisée par
- Un mode spécifique de production et d'exploitation
- Auquel correspondent un système de pouvoir particulier et une classe dominante
• L'histoire est faite de transformations dont le moteur est la lutte des classes.
- De l’esclavage au féodalisme et du féodalisme au capitalisme, on assiste à des transitions,
- Lorsque les forces de production (force de travail et machines) ne peuvent plus se
développer à l'intérieur des rapports de classes existants.
• Le capitalisme ne correspond qu'à un système transitoire de rapports sociaux et économiques
- Il a, lui-même, dû abolir le mode féodal de production, pour se développer.
- Ses propres contradictions internes produiront, à leur tour, sa destruction.
2. Capital et surtravail : l’exploitation
• Le capitalisme est fondé sur
- Le principe de l'investissement et de l'accroissement de valeur.
- Seul le capital industriel peut produire une quantité de valeur supplémentaire : la plus-value.
• Dans le salariat, le prix de la force de travail est sous-évalué par rapport à la valeur qu'elle
produit.
- Le salaire que chaque travailleur reçoit pour consommer et reproduire ainsi sa force de
travail reste inférieur à la valeur que son travail produit :
- Chaque salarié fournit donc un excédent de travail, un surtravail. Le principe même qui
permet de dégager la plus-value
3. La superstructure et la société capitaliste
• Définition
- Les propriétaires des moyens de production détiennent aussi le pouvoir. Et déterminent à
leur avantage l'orientation globale de la société.
- Une «superstructure» politique complexe faite de lois et d'idéologies contribue à reproduire,
à perpétuer les rapports sociaux. D’exploitation
• La société capitaliste
- Est essentiellement tournée vers la circulation marchande et monétaire
- Or cette dernière est improductive.
3. L’inéluctable crise du capitalisme
• A pour origine la concurrence
- Cette dernière conduit les capitalistes non efficaces à la faillite
- Les moyens de production se concentrent donc nécessairement de plus en plus.
• Pour faire face à la baisse de leur taux de profit
- Les capitalistes sont incités à allonger la durée du travail quotidien, à augmenter
l’exploitation
- Il apparaît alors comme légitime que les travailleurs s'associent de façon à leur opposer une
résistance.
- Le prolétariat sera l’agent du dépassement historique du capitalisme dans la révolution
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L’analyse de la société ou le matérialisme historique
Comment Marx décompose-t-il une société en éléments simples ? Quelles sont les lois
régissant les rapports entre ces éléments simples, constitutifs du social ? Cette théorie
marxiste du social est intitulée classiquement : le matérialisme historique. Pourquoi parle-t-on
d’un matérialisme ? Essentiellement pour deux raisons :
Une société est composée d’individus qui n’agissent pas librement, selon leur pure
fantaisie. Les rapports humains sont des rapports déterminés, nécessaires, définis en
dehors des individus et de leur conscience. Marx écrit en 1859 : «Voici, en peu de
mots, le résultat auquel j’arrivais et qui, une fois obtenu, me servit de fil conducteur
dans mes études. Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des
rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté. »
Ce déterminisme des rapports humains prend racine dans « les conditions matérielles
de la vie». Le déterminisme social est donc à base matérielle, à base économique.
Anatomie de la structure sociale
La compréhension marxiste du déterminisme social à base économique s’exprime à l’aide
d’une image, d’une métaphore, celle de l’édifice. Une société est comme un édifice, une
construction avec ses fondations, sa base et ses étages successifs. À la base de l’édifice, selon
Marx, à la base de toute formation sociale, on rencontre les forces productives matérielles et
les rapports de production (voir tableau). Les forces productives matérielles sont constituées
par les moyens de production (matières premières, machines, état des sciences et des
techniques) et par la force de travail (les capacités physiques et intellectuelles des
travailleurs). Les rapports de production, c’est-à-dire les différentes manières d’organiser les
forces productives, ce sont plus précisément les formes de la propriété (qui est propriétaire
des moyens de production?), la division en classes sociales, le système de répartition des
revenus.
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3.2 : VISAGES DE LA SOCIOLOGIE CONTEMPORAINE
A. L’INDIVIDUALISME METHODOLOGIQUE DE R BOUDON
1. Une approche individualiste de la société
• Inscrite dans la lignée de Max Weber
- Les phénomènes sociaux sont considérés comme le produit de l'agrégation (l’addition)
d'actions individuelles.
- Les individus sont le point de départ de comportements qui s'ajustent progressivement les
uns aux autres.
• Cette approche s’oppose à la démarche «holiste»
- Le sociologue doit donc partir des stratégies individuelles pour expliquer le groupe et ses
interactions
- Et en pas privilégier le jeu des structures pour rendre compte des comportements des agents
et des évolutions de la société.
2. Des individus rationnels
• Ce postulat est à rapprocher de l'utilitarisme de l'économie classique.
- Doctrine philosophique et morale selon laquelle l’utile, du point de vue individuel, est le
fondement de l’action et des comportements des individus qui ne cherchent que la satisfaction
de leur intérêt personnel.
- L'individu calcule et choisit comme le consommateur sur un marché.
- En recherchant son seul intérêt personnel, chacun va choisir de se conformer aux attentes
d'autrui ou, au contraire, de violer les règles et les normes pour atteindre ses buts.
• L'ordre social va progressivement émerger de cette recherche par chacun de sa place sociale,
- En respectant certaines règles du jeu mises en place par le système culturel et les institutions,
- Afin que chacun puisse jouer son rôle et tirer parti de ses atouts personnels et de ses
préférences.
3. Les effets pervers
• Définition et exemples
- L'agrégation des comportements individuels peut créer des phénomènes sociaux non
attendus, souvent indésirables,
- Par exemple, l'investissement scolaire accru de nombreux ménages entraîne pour toute
l'élévation du seuil requis (en matière de dépenses et de diplômes) pour la réussite sociale.
• Le sociologue cherche à expliquer comment le groupe crée des règles propres.
- Une file d'attente établira ainsi une règle du jeu par rapport aux nouveaux arrivants,
(tolérance plus ou moins grande vis-à-vis des resquilleurs etc.….).
- Il y aura ainsi des effets d'amplification, des effets pervers lorsque la recherche par chacun
de son intérêt propre ira à l'encontre du but recherché
B. UNE SOCIOLOGIE DE LA DOMINATION (P BOURDIEU)
1. Ce sociologue s'inspire de la pensée de K. Marx,
• Il accorde une grande importance aux situations hiérarchiques et aux positions de pouvoir
dans la société,
- Il montre par exemple comment les classes sociales transmettent leurs valeurs culturelles,
- Et notamment comment la bourgeoisie se reproduit au moyen de l’enseignement.
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• Puis il s’oriente vers l’examen des clivages sociaux au travers de comportements
spécifiques, qu’il appelle habitus.
- Désignant l’ensemble des dispositions durables pus ou moins conscientes
- Acquises au sein du milieu social d’origine
- Qui guide les perceptions, les opinions et les actions des individus.
2. Il s’efforce de concilier le point de vue objectiviste et l'orientation subjectiviste.
• .objectiviste
- Qui considère que les faits sociaux, (faits collectifs) sont extérieurs aux individus
- Lorsqu'il étudie la répartition des étudiants dans l'enseignement supérieur, Pierre Bourdieu
s'appuie sur des données quantitatives pour montrer que les étudiants des catégories sociales
défavorisées, moins dotées en capital social, économique et culturel s'orientent plutôt vers les
filières les moins valorisées de l'Université
• Subjectiviste
- Les phénomènes sociaux sont examinés à partir de la signification que les individus donnent
à leurs actions
- Les étudiants peuvent vivre leurs études comme un véritable accomplissement personnel,
une "vocation".
C. QUELQUES AUTRES GRANDS COURANTS
1. Le culturalisme anthropologique
• Est un courant américain (développé à partir des années trente), et
- Influencé par la psychologie et la psychanalyse
- Centré sur l'étude des comportements humains appréhendés comme manifestation de la
culture d'une société.
• Les concepts fondamentaux élaborés par ce courant sont
- Ceux de modèle culturel (ou pattern)
- Et de personnalité de base.
• L'individualité biologique est entièrement investie par la culture.
- Prime éducation,
- Rapports entre les sexes,
- Âges de la vie.
2. Le fonctionnalisme
• Cette théorie conçoit la société comme
- Un ensemble d’éléments (division du travail, institutions, idéologies)
- Fonctionnant en vue de se maintenir entre eux,
- La perturbation d’un élément produisant un réajustement des autres.
• La société est assimilée à un organisme vivant ou à une machine.
- Qui s'autorégule et tend à l'équilibre
- Les conflits et les dysfonctionnements. Sont secondaires,
- Seule l’intégration et une coopération harmonieuse des éléments est importante
• Par exemple la stratification sociale est analysée
- Comme le produit nécessaire d'une division du travail fonctionnelle.
- Les places élevées de la hiérarchie correspondent à des fonctions importantes pour le
maintien et le fonctionnement de la société.
3. L’Interactionnisme
• Cette mouvance sociologique américaine (années 60) privilégie.
- L’observation directe,
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, les relations interpersonnelles
- Les événements quotidiens
- les institutions et les organisations
• Les formes d'intégration ou de domination sont interprétées à partir des contenus de
l'interaction entre les acteurs sociaux
- Autrement dit par la façon dont «les individus cherchent à ajuster mutuellement leurs lignes
d'actions sur les actions des autres perçues ou attendues» (H.S. Becker).
- Par exemple celui qui souhaite s’intégrer à un groupe de taggers cherche à connaître leurs
normes de comportement et à s’y conformer
• La théorie de l'«étiquetage» (H.S. Becker)
- Voit dans la déviance moins une transgression de l'ordre social
- Qu’une caractérisation statutaire conférée à des individus ou à des petits groupes.
• La vie sociale est perçue comme une scène théâtrale par E. Goffman,
- Dans la mesure où, dans les processus d'interaction les plus communs, les individus sont
toujours en représentation
- Tenant les rôles qu’ils estiment adéquats à la situation.
CONCLUSION
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