Nations Unies A/79/832
Assemblée générale Distr. générale
25 mars 2025
Français
Original : anglais
Soixante-dix-neuvième session
Points 34 et 35 de l’ordre du jour
La situation au Moyen-Orient
Question de Palestine
Lettre datée du 24 mars 2024, adressée au Secrétaire général
par les représentants de l’Arabie saoudite, de Bahreïn,
de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de l’Indonésie,
de la Jordanie, du Nigéria, du Qatar et de la Türkiye
et l’Observateur permanent de l’État de Palestine auprès
de l’Organisation des Nations Unies
Nous avons l’honneur de vous écrire sur ordre de nos gouvernements respectifs.
Au vu de l’évolution de la situation dans la bande de Gaza et des violations
répétées de l’accord de cessez-le-feu conclu à Doha le 15 janvier 2025 et entré en
vigueur le 19 janvier 2025, étant donné notamment qu’Israël a repris les hostilités
dans la bande de Gaza le 18 mars 2025, les membres du Comité ministériel chargé
par le sommet extraordinaire conjoint de la Ligue des États arabes et de l’Organisation
de la coopération islamique d’examiner l’évolution de la situation dans la bande de
Gaza se disent très inquiets de la situation humanitaire dans la bande de Gaza, qui
continue de se dégrader. Nous soulignons l’urgente nécessité de faire pleinement
observer l’accord de cessez-le-feu afin de protéger la vie des civils et de prévenir
toute nouvelle violence et toute nouvelle escalade dans la région.
Le Comité interministériel arabo-islamique constate le grand rôle qu’ont joué
les États-Unis dans les négociations ayant mené à l’accord de cessez-le-feu, lequel a
permis d’atténuer les souffrances des civils et jeté les bases d’un cessez-le-feu
définitif et durable.
Le Comité ministériel arabo-islamique souligne que la situation actuelle
particulièrement grave résulte directement de l’incapacité à entamer les négociations
en vue de la deuxième phase selon le calendrier prévu par l’accord et conformément
à la résolution 2735 (2024) du Conseil de sécurité. Ce retard entrave les efforts visant
à instaurer un cessez-le-feu durable, empêche la poursuite de la libération des otages
et des prisonniers et exacerbe la crise humanitaire à Gaza. Il est indispensable de
respecter le cadre convenu pour réaliser des progrès tangibles en vue d’un règlement
durable.
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Le Comité ministériel arabo-islamique appelle à la reprise immédiate des
négociations afin de s’entendre sur les modalités de la deuxième phase. Seules ces
négociations peuvent permettre de préserver la vie des Palestiniens à Gaza, de garantir
la libération en toute sécurité des otages israéliens encore en vie et d ’assurer la
libération de centaines de détenus palestiniens. Elles sont également indispensables
pour promouvoir la stabilité et mettre fin à la catastrophe humanitaire en cours. En
leur qualité de médiateurs, la République arabe d’Égypte et l’État du Qatar, membres
du Comité, restent déterminés à ne ménager aucun effort pour continuer à faciliter ces
négociations.
Le Comité ministériel arabo-islamique souligne que prendre pour cible des
civils, entraver l’acheminement de l’aide humanitaire et mener des opérations
militaires dans des zones densément peuplées constituent de graves violations du droit
international humanitaire. Il demande que des mesures soient prises sans tarder pour
protéger les populations civiles et permettre aux équipes médicales et aux organismes
d’aide humanitaire d’accéder sans entrave à toutes les zones touchées de la bande de
Gaza.
Les pays que nous représentons sont convaincus qu’il faut œuvrer à la
désescalade dans le Territoire palestinien occupé afin d’éviter de nouvelles
souffrances et créer les conditions de la paix. Ils restent fermement attachés à une
paix globale, juste et durable au Moyen-Orient, à même de garantir le respect du droit
international, la sécurité, la stabilité, la coexistence et la prospérité de tous les peuples
de la région.
Nous aimerions également appeler votre attention sur la déclaration conjointe
publiée à l’issue de la rencontre entre le Comité ministériel arabo-islamique et la
Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique
de sécurité, Kaja Kallas, qui a eu lieu au Caire le 23 mars 2025 (voir annexe).
Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir faire distribuer le texte de la
présente lettre et de son annexe comme document de l’Assemblée générale, au titre
des points 34 et 35 de l’ordre du jour.
L’Ambassadeur,
Représentant permanent du Royaume d’Arabie saoudite
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Abdulaziz M. Alwasil
L’Ambassadeur,
Représentant permanent du Royaume de Bahreïn
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Jamal Fares Alrowaiei
L’Ambassadeur,
Représentant permanent de la République arabe d’Égypte
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Osama Mahmoud
L’Ambassadeur,
Représentant permanent des Émirats arabes unis
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Mohamed Issa Abushahab
L’Ambassadeur,
Chargé d’affaires par intérim à la Mission permanente
de la République d’Indonésie
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Hari Prabowo
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L’Ambassadeur,
Représentant permanent du Royaume hachémite de Jordanie
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Mahmoud Daifallah Hmoud
L’Ambassadeur,
Chargé d’affaires par intérim à la Mission permanente
du Nigéria auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) George Ehidiamen Edokpa
L’Ambassadrice,
Représentante permanente de l’État du Qatar
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Alya Ahmed Saif Al-Thani
L’Ambassadeur,
Représentant permanent de la Türkiye
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Ahmet Yıldız
L’Ambassadeur,
Observateur permanent de l’État de Palestine
auprès de l’Organisation des Nations Unies
(Signé) Riyad H. Mansour
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Annexe à la lettre datée du 24 mars 2024 adressée au Secrétaire
général par les représentants de l’Arabie saoudite, de Bahreïn, de
l’Égypte, des Émirats arabes unis, de l’Indonésie, de la Jordanie,
du Nigéria, du Qatar et de la Türkiye et l’Observateur permanent
de l’État de Palestine auprès de l’Organisation des Nations Unies
Déclaration conjointe
Le Comité ministériel arabo-islamique s’est réuni ce 23 mars 2025 au Caire en
présence de la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires
étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas.
Les parties se sont entretenues de l’évolution récente de la situation dans le
Territoire palestinien occupé et ont exprimé leur profonde inquiétude face à la rupture
du cessez-le-feu à Gaza et au grand nombre de victimes civiles causées par les
dernières frappes aériennes.
Elles ont condamné la reprise des hostilités ainsi que les attaques visant les
civils et les infrastructures civiles et demandé que l’accord de cessez-le-feu et de
libération des otages et détenus entré en vigueur le 19 janvier avec la médiation de
l’Égypte, du Qatar et des États-Unis soit de nouveau immédiatement et intégralement
appliqué. Elles ont souligné qu’il fallait avancer vers la deuxième phase de l’accord,
en vue de sa mise en œuvre complète, à savoir notamment la libération de tous les
otages, une cessation permanente des hostilités et le retrait total des forces
israéliennes de Gaza, conformément à la résolution 2735 du Conseil de sécurité de
l’ONU.
Les parties ont en outre appelé au respect total du droit international humanitaire
et du droit international. Elles ont souligné qu’il fallait assurer un accès humanitaire
rapide, durable et sans entrave et la fourniture d’une assistance humanitaire à l’échelle
requise dans toute la bande de Gaza. À cette fin, elles ont exigé la levée de toutes les
restrictions entravant l’acheminement de l’aide humanitaire, ainsi que le
rétablissement immédiat de tous les services de base dans la bande de Gaza,
notamment l’approvisionnement en électricité, y compris pour les usines de
dessalement d’eau.
Les parties ont salué le Plan arabe de relèvement et de reconstruction présenté
lors du Sommet du Caire du 4 mars, adopté ensuite par l’Organisation de la
coopération islamique et accueilli favorablement par le Conseil européen.
Les parties ont souligné que ce plan veillait à ce que le peuple palestinien reste
sur son territoire et déclaré à cet égard qu’elles s’opposaient catégoriquement à tout
déplacement ou à toute expulsion du peuple palestinien hors de son territoire, de Gaza
ou de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, avertissant que toute action visant à
déplacer ou à expulser des Palestiniens aurait de graves répercussions.
Les parties ont souligné à cet égard qu’il fallait soutenir la Conférence sur le
relèvement rapide et la reconstruction de Gaza qui se tiendrait au Caire en présence
des parties concernées. Elles ont demandé à la communauté internationale de
s’employer à mobiliser des ressources, dont les montants seraient annoncés à la
Conférence, en vue de remédier à la situation catastrophique qui régnait à Gaza.
Les parties ont souligné qu’il fallait réunir la bande de Gaza et la Cisjordanie
sous l’autorité de l’Autorité palestinienne, aider l’Autorité palestinienne à s’acquitter
de toutes ses responsabilités dans la bande de Gaza et veiller à ce qu ’elle soit en
mesure de bien administrer à la fois Gaza et la Cisjordanie. Elles ont indiqué qu ’il
fallait respecter et préserver l’intégrité territoriale et l’unité du Territoire palestinien
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occupé, ce qui permettrait d’asseoir l’État palestinien dans les frontières du 4 juin
1967, y compris à Jérusalem, comme le prévoyaient les résolutions des organes de
l’ONU et la solution des deux États, en vue d’instaurer une paix et une stabilité
durables dans la région. Elles ont réaffirmé à cet égard que la bande de Gaza faisait
partie intégrante du territoire occupé en 1967, redit que, selon ce qui était envisagé
dans la solution des deux États, la bande de Gaza ferait partie de l’État palestinien,
conformément au droit international et notamment aux résolutions du Conseil de
sécurité sur la question, et souligné que toute discussion sur l’avenir de la bande de
Gaza devrait partir de ce postulat.
Les parties se sont également dites très préoccupées par les incursions militaires
israéliennes en Cisjordanie occupée et les pratiques illicites qui y avaient cours,
comme les activités de colonisation, les démolitions de maisons et les violences
perpétrées par les colons, qui portaient atteinte aux droits du peuple palestinien,
nuisaient aux perspectives d’une paix juste et durable et enracinaient encore
davantage le conflit. Elles ont rappelé qu’il incombait à Israël, Puissance occupante,
de protéger les civils et de se conformer au droit international humanitaire. Elles ont
dit s’opposer fermement à toute tentative d’annexion et à toute mesure unilatérale
visant à modifier le statu quo juridique et historique régissant les lieux saints de
Jérusalem.
Ensemble, les parties ont redit leur soutien sans réserve à un règlement politique
du conflit sur la base de la solution des deux États prévoyant qu ’Israël et la Palestine
vivent côte à côte dans la paix et la sécurité, compte tenu des résolutions des organes
de l’ONU sur la question, du mandat de la conférence de Madrid, notamment du
principe de l’échange de territoires contre la paix, et de l’Initiative de paix arabe, ce
qui ouvrirait la voie à une paix durable et à la coexistence entre tous les peuples de la
région. Elles ont redit à cet égard leur appui à la conférence internationale de haut
niveau qui sera convoquée en juin à New York sous les auspices des Nations Unies
afin d’avancer dans la mise en œuvre de ces objectifs et dont l’Arabie saoudite et la
France assureront la présidence.
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