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Facteurs du décrochage scolaire analysés

La revue de littérature examine les facteurs socioéconomiques influençant le décrochage scolaire, en se concentrant sur six thématiques principales. Les recherches mettent en évidence l'impact des inégalités territoriales, de la pression sociale, du capital culturel et de l'engagement parental sur la réussite scolaire des élèves. Les résultats soulignent que les élèves issus de milieux défavorisés sont particulièrement vulnérables au décrochage en raison de l'accès limité aux ressources éducatives et du manque de soutien familial.

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Facteurs du décrochage scolaire analysés

La revue de littérature examine les facteurs socioéconomiques influençant le décrochage scolaire, en se concentrant sur six thématiques principales. Les recherches mettent en évidence l'impact des inégalités territoriales, de la pression sociale, du capital culturel et de l'engagement parental sur la réussite scolaire des élèves. Les résultats soulignent que les élèves issus de milieux défavorisés sont particulièrement vulnérables au décrochage en raison de l'accès limité aux ressources éducatives et du manque de soutien familial.

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1.3.

REVUE DE LITTERATURE

Cette partie du mémoire, vise à passer en revue la littérature relative aux conditions du
décrochage scolaire dont principalement des facteurs socioéconomiques.

Cette revue de littérature a permis de faire ressortir la sélection des articles scientifiques
retenus pour la recension des écrits. Les grandes lignes que nous allons étudier se présentent
sous la forme de six grandes thématiques : Les facteurs environnementaux et territoriaux, les
facteurs collectifs, les facteurs institutionnels, les facteurs psychologiques ou individuels, les
facteurs cognitifs et neurologies et les facteurs technologiques et numériques pour mieux
comprendre les facteurs qui déterminent le décrochage scolaire des jeunes élèves.

1.3.1. Les principaux différents facteurs du décrochage scolaire

Les différents facteurs incriminés par les auteurs incluent : Les facteurs environnementaux et
territoriaux, facteurs collectifs, les facteurs psychologiques et individuels et les facteurs
institutionnels.

 FACTEURS ENVIRONNEMENTAUX ET TERRITORIAUX

- Inégalités territoriales et accès aux ressources éducatives

Thomas Piketty et Mathieu Val dénaire (2006) démontrent que les inégalités territoriales ont
un impact direct sur la réussite scolaire. Les élèves issus de quartiers défavorisés disposent de
moins de ressources éducatives (bibliothèques, accès au numérique, soutien scolaire), ce qui
réduit leurs chances de réussite.
Une étude de Laurie Devijver (2020) étudie le cas de Marseille et montre que la ségrégation
urbaine et sociale influence le décrochage scolaire. Les jeunes vivant dans des quartiers
marginalisés sont confrontés à des écoles sous-cotées et à un environnement peu propice à
l’apprentissage.
Aussi, Manon Garrouste et Miren Lafourcade (2024) mettent en évidence que le classement
des quartiers en “zones prioritaires” entraîne une stigmatisation des collèges publics. Cette
perception négative pousse certaines familles à éviter ces établissements, ce qui renforce la
ségrégation scolaire et sociale.
Dorceta Taylor (2018), professeure à l’université du Michigan, analyse les inégalités d’accès
aux ressources dans différents contextes. Elle démontre que les communautés défavorisées ont
un accès limité aux infrastructures éducatives, ce qui impacte directement la réussite scolaire
des élèves issus de ces milieux.

- Transport et éloignement des établissements

Cebolla-Boado et Medina (2011) montrent que l’éloignement géographique d’un


établissement peut être un facteur de décrochage scolaire, notamment en milieu rural. Les
longs trajets quotidiens augmentent la fatigue des élèves et réduisent leur temps d’étude, ce
qui nuit à leur engagement scolaire.
Goux et Maurin (2012) indiquent que les lycéens des zones rurales ou périurbaines ont
souvent moins de choix de filières adaptées à leurs aspirations. Cette contrainte peut les
démotiver et les conduire à abandonner prématurément leur parcours scolaire.
Cécile Van de Velde (2015) analyse les parcours éducatifs des jeunes en fonction de leur
territoire. Elle montre que les élèves vivant dans des régions éloignées ont plus de difficultés à
accéder à un enseignement de qualité, ce qui les expose davantage au risque de décrochage.
David Harvey (2008), géographe britannique, explique comment l’organisation des villes et
les politiques urbaines influencent l’accès aux services, y compris l’éducation. Il met en avant
le fait que les élèves issus de zones mal desservies ont plus de mal à suivre un parcours
scolaire stable.

- Influence des pairs et pression sociale

Dans son étude, James Coleman (1961) sur les adolescents américains, met en évidence que
les pairs exercent une influence significative sur l’engagement scolaire. Il montre que les
élèves appartenant à des groupes valorisant l’éducation ont plus de chances de réussir, tandis
que ceux intégrés à des groupes désinvestis scolairement risquent davantage le décrochage.
Michel Fize (1994) analyse le phénomène en France et souligne que la recherche de
conformité au sein du groupe d’amis peut mener certains jeunes à rejeter l’école, notamment
dans des contextes où la réussite académique est perçue comme une trahison des valeurs du
groupe.
Willis Paul (1977), dans son ouvrage Learning to Labour, décrit comment certains jeunes
issus de milieux ouvriers adoptent une culture de résistance à l’école, préférant l’entrée rapide
sur le marché du travail. Cette opposition à l’institution scolaire est souvent renforcée par le
groupe de pairs.
Bourdon et Establet (2008) démontrent que les dynamiques de bande, surtout dans les
quartiers défavorisés, jouent un rôle central dans le décrochage. Les jeunes engagés dans des
groupes où l’école est dévalorisée développent un sentiment d’appartenance plus fort à leur
communauté qu’au système éducatif.

- Pression sociale et attentes familiales

La pression sociale et les attentes familiales peuvent également peser sur la persévérance
scolaire.
Nancy Hill et Diana Tyson (2009) montrent que les familles issues de certaines communautés
exercent une pression importante sur la réussite scolaire. Dans certains cas, cette pression
excessive peut entraîner du stress et du découragement chez les élèves.
Vincent Tinto (1975) explique que les jeunes issus de familles nombreuses ou défavorisées
peuvent ressentir une obligation de quitter l’école pour contribuer financièrement à leur foyer.
Ce phénomène est particulièrement visible dans les pays en développement.
Annette Lareau (2011), dans Unequal Childhoods, met en avant les différences d’éducation
entre classes sociales et souligne que les enfants de familles ouvrières reçoivent moins de
soutien structuré pour leurs études, ce qui peut les conduire à décrocher plus facilement.

 FACTEURS COLLECTFIS

- Capital culturel et engagement parental

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, (1970) introduisent le concept de capital culturel


pour expliquer comment les inégalités sociales se reproduisent à travers le système éducatif.
Ils soutiennent que les familles défavorisées, caractérisées par un faible niveau d’instruction
des parents, possèdent un capital culturel limité. Cette limitation entrave leur capacité à
transmettre à leurs enfants des valeurs, des compétences et des ressources éducatives
valorisées par l’école, augmentant ainsi le risque de décrochage scolaire. Les enfants issus de
ces milieux arrivent souvent à l’école avec un bagage culturel moins en phase avec les
attentes scolaires, ce qui peut entraîner des difficultés d’adaptation et de performance.

Fortin et al. (2004) approfondissent cette analyse en examinant l’implication des parents dans
la scolarité de leurs enfants. Ils observent que les familles monoparentales ou celles où le
niveau d’instruction est faible montrent souvent une moindre implication dans le suivi
éducatif de leurs enfants. Cette absence d’engagement peut se manifester par un manque de
supervision des devoirs, une participation réduite aux réunions scolaires ou une
communication limitée avec les enseignants. Cette faible implication aggrave le désavantage
scolaire des enfants, car le soutien parental est un facteur clé de la réussite académique. Les
enfants peuvent alors se sentir moins soutenus et moins motivés, ce qui peut conduire à une
baisse des performances et, éventuellement, à un abandon scolaire.

En Afrique, plusieurs chercheurs ont étudié l’impact du capital culturel et de l’engagement


parental sur la réussite scolaire. Par exemple, François Itoua et D.A. Tettekpoe, (1993),
analysent comment les structures familiales africaines influencent le développement de
l’enfant. Ils soulignent que dans de nombreuses familles africaines, le faible niveau
d’éducation des parents limite leur capacité à soutenir efficacement la scolarité de leurs
enfants. Cette situation est exacerbée par des facteurs socio-économiques tels que la pauvreté,
qui contraint souvent les enfants à participer aux activités économiques de la famille au
détriment de leur éducation. Les auteurs appellent à une meilleure sensibilisation des parents à
l’importance de l’éducation et à la mise en place de politiques publiques visant à soutenir les
familles défavorisées.

De même, Aminata Traoré (2008) dans ses travaux sur la famille et le développement en
Afrique, met en évidence le rôle crucial de l’engagement parental dans la réussite scolaire des
enfants. Elle note que les parents ayant un faible capital culturel sont souvent moins
conscients des exigences du système éducatif et moins aptes à naviguer dans celui-ci pour
soutenir leurs enfants. Cette situation peut conduire à une marginalisation accrue des enfants
issus de ces milieux, renforçant ainsi les inégalités sociales.
- Taille du ménage et dispersion des ressources

Gary Becker et H. Gregg Lewis, dans leur étude de 1973, ont introduit le concept de
compromis entre la quantité et la qualité des enfants au sein des familles. Selon leur analyse,
les familles nombreuses disposent de ressources financières, temporelles et éducatives
limitées, qui doivent être réparties entre tous les enfants. Cette dispersion des ressources
signifie que chaque enfant reçoit une part moindre d’attention, de soutien éducatif et de
moyens financiers. En conséquence, les investissements dans l’éducation, la santé et le
développement personnel de chaque enfant sont réduits, ce qui peut entraîner une diminution
de la qualité de ces investissements. Cette situation augmente les risques de décrochage
scolaire, car les enfants peuvent ne pas bénéficier du soutien nécessaire pour réussir
académiquement.

Vincent Tinto, en 1975, a développé une théorie sur le décrochage scolaire en se concentrant
sur l’intégration académique et sociale des étudiants. Il a observé que les enfants issus de
familles nombreuses peuvent éprouver des difficultés à s’intégrer pleinement dans le milieu
académique et social. Cette situation est souvent due à un soutien parental limité, car les
parents, devant s’occuper de plusieurs enfants, disposent de moins de temps et de ressources
pour accompagner chacun individuellement. De plus, les ressources scolaires peuvent être
insuffisantes pour compenser ce manque de soutien familial, ce qui peut conduire à une
marginalisation des élèves concernés. Cette double insuffisance, tant au niveau familial que
scolaire, peut entraîner une baisse de la motivation et de l’engagement des élèves, augmentant
ainsi le risque de décrochage scolaire ont étudié l’impact de la taille des ménages sur la
réussite éducative des enfants. Par exemple, une étude menée par Glick et Sahn (2000) a
examiné les effets de la taille de la famille et de l’ordre de naissance sur les résultats scolaires
au sein de ménages africains. Leurs recherches ont révélé que les enfants issus de familles
nombreuses, en particulier ceux nés en dernier, ont tendance à recevoir moins de ressources
éducatives et de soutien parental. Cette situation est souvent exacerbée par des contraintes
économiques, obligeant les enfants à participer aux activités économiques de la famille, au
détriment de leur éducation. Ces facteurs contribuent à une diminution des performances
scolaires et à une augmentation du risque de décrochage.

De même, une étude intitulée “Inégalité, Fécondité et Croissance en Afrique Centrale” (2016)
a exploré la relation entre la taille des familles et le statut social atteint par les enfants à l’âge
adulte. Les résultats indiquent que dans les familles nombreuses, les ressources limitées sont
réparties entre un grand nombre d’enfants, ce qui réduit les investissements éducatifs pour
chacun. Cette situation limite les opportunités éducatives et professionnelles des enfants,
perpétuant ainsi le cycle de la pauvreté et des inégalités sociales.

- Pressions domestiques et emploi des enfants

Les pressions domestiques et le recours au travail des enfants constituent des obstacles
majeurs à la scolarisation en Afrique de l’Ouest. Les recherches de Kazeem, Jensen et Stokes
(2010) mettent en évidence que, dans cette région, les enfants issus de familles nombreuses
sont fréquemment retirés de l’école pour contribuer aux revenus familiaux. Cette situation est
particulièrement prégnante dans les ménages confrontés à des contraintes économiques
sévères, où chaque membre est sollicité pour subvenir aux besoins essentiels. Les enfants, en
participant à des activités génératrices de revenus ou en assumant des tâches domestiques,
voient leur parcours éducatif interrompu, compromettant ainsi leur avenir académique et
professionnel.
En Côte d’Ivoire, Bamba (2016) a étudié la situation des jeunes filles dans les familles rurales
défavorisées. Ses travaux révèlent que ces jeunes filles sont souvent contraintes d’abandonner
l’école en raison de lourdes responsabilités domestiques. Dans les zones rurales, les tâches
ménagères, telles que la collecte de l’eau, la préparation des repas et la garde des enfants,
incombent majoritairement aux filles. Cette répartition des rôles limite leur temps disponible
pour les études et les expose à un risque accru de décrochage scolaire. De plus, les normes
socioculturelles peuvent privilégier l’éducation des garçons, considérés comme les futurs
soutiens de famille, au détriment des filles, renforçant ainsi les inégalités de genre en matière
d’accès à l’éducation.

Ces dynamiques sont également observées dans d’autres pays africains. Par exemple, une
étude menée au Burkina Faso a montré que les enfants de familles nombreuses sont plus
susceptibles de participer au travail agricole ou domestique, ce qui réduit leur assiduité et
leurs performances scolaires. De même, au Mali, les jeunes filles des zones rurales sont
souvent retirées de l’école pour assumer des responsabilités domestiques ou en raison de
mariages précoces, limitant ainsi leurs opportunités éducatives et professionnelles.

- Encadrement parental et engagement éducatif

Fortin et al. (2004) ont mené une étude approfondie sur les facteurs contribuant au décrochage
scolaire. Leurs recherches indiquent que les élèves issus de familles monoparentales ou dont
les parents ont un faible niveau d’instruction sont plus susceptibles de décrocher. Ces familles
offrent souvent un encadrement limité, en raison de contraintes telles que des horaires de
travail exigeants ou un manque de ressources éducatives. Cette absence de soutien se traduit
par une supervision réduite des devoirs, une participation moindre aux activités scolaires et
une incapacité à fournir des conseils académiques appropriés. Les élèves concernés peuvent
alors éprouver des difficultés à suivre le rythme scolaire, se sentir démotivés et, finalement,
abandonner leurs études.

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, dans leur ouvrage de 1970, ont introduit le concept
de “capital culturel” pour expliquer les disparités de réussite scolaire entre les classes sociales.
Selon eux, les parents disposant d’un faible capital culturel, c’est-à-dire ayant un niveau
d’éducations limitées et une faible familiarité avec les codes culturels valorisés par le système
éducatif, ne sont pas en mesure de transmettre à leurs enfants les outils nécessaires à la
réussite scolaire. Cette carence se manifeste par une absence de soutien dans les devoirs, une
méconnaissance des attentes scolaires et une incapacité à encourager des pratiques culturelles
enrichissantes. En conséquence, les enfants de ces familles se retrouvent désavantagés,
peinent à s’adapter aux exigences scolaires et sont plus vulnérables au décrochage.

En Côte d’Ivoire, une étude menée par Kouadio Kouassi (2012) s’est penchée sur les facteurs
influençant le décrochage scolaire dans les quartiers précaires d’Abidjan. Les résultats ont
révélé que le manque de soutien parental constitue un facteur clé du décrochage. Dans ces
quartiers, de nombreuses familles font face à des défis socio-économiques importants, tels que
le chômage, la pauvreté et l’instabilité familiale. Ces conditions limitent la capacité des
parents à s’impliquer activement dans l’éducation de leurs enfants. Les élèves, sans
encadrement adéquat, sont plus susceptibles de manquer l’école, de présenter des
comportements à risque et, finalement, d’abandonner leurs études.

- Taille des ménages et contraintes familiales


Les recherches de Becker et Lewis (1973) ont mis en évidence que, dans les familles
nombreuses, les ressources financières et éducatives disponibles pour chaque enfant sont
souvent limitées. Cette situation réduit la capacité des parents à soutenir efficacement
l’éducation de chacun de leurs enfants, augmentant ainsi le risque de décrochage scolaire. Les
parents, confrontés à des contraintes budgétaires, peuvent être incapables de fournir le
matériel scolaire nécessaire, de financer des activités parascolaires ou d’offrir un
environnement propice à l’étude. De plus, le temps et l’attention que chaque parent peut
consacrer à l’aide aux devoirs ou au suivi scolaire diminuent avec le nombre d’enfants, ce qui
peut entraîner une baisse des performances académiques.

En Côte d’Ivoire, Moussa Traoré (2012) a étudié l’impact de la taille des familles sur la
scolarisation des enfants. Ses travaux révèlent que les familles nombreuses manquent souvent
de moyens pour garantir une scolarisation stable pour tous leurs enfants. Les coûts associés à
l’éducation, tels que les frais de scolarité, les uniformes, les livres et autres fournitures,
représentent une charge financière significative pour ces ménages. Face à ces défis, les
parents peuvent être contraints de prioriser l’éducation de certains enfants, souvent en
fonction du genre ou des performances scolaires perçues, laissant les autres sans soutien
adéquat. Cette situation perpétue le cycle de la pauvreté et limite les opportunités socio-
économiques des enfants non scolarisés.

Une étude menée par l’Institut National d’Études Démographiques (INED) en 2000 a
également souligné que la taille de la famille influence la demande d’éducation. Les familles
nombreuses, en raison de ressources limitées, peuvent percevoir l’éducation comme un
investissement trop coûteux, surtout si les bénéfices attendus, tels que l’amélioration du statut
socio-économique, ne sont pas immédiatement visibles. Cette perception peut conduire à une
moindre valorisation de l’éducation et à une réduction des taux de scolarisation au sein de ces
familles.

Ces constats sont corroborés par une analyse de l’Institut de Recherche pour le
Développement (IRD), qui indique que les comportements familiaux en matière de fécondité
et d’éducation sont étroitement liés. Les familles nombreuses, en raison de contraintes
économiques et sociales, peuvent adopter des stratégies qui limitent l’investissement éducatif
par enfant, affectant ainsi le niveau global d’éducation au sein de la société.

- Encadrement parental et statut professionnel

Les conditions socio-économiques des parents, notamment la précarité de l’emploi et la taille


de la famille, ont une influence significative sur la scolarité des enfants. Les recherches de
Filmer (2004), Kouadio Kouassi (2012), Moussa Traoré (2012) et Becker et Lewis (1973)
apportent des éclairages pertinents sur ces dynamiques.

En Côte d’Ivoire, Kouadio Kouassi a analysé l’effet du chômage et de l’emploi précaire des
parents sur la motivation et l’engagement des élèves. Ses recherches indiquent que le manque
de soutien parental, lié à l’instabilité professionnelle ou au chômage, affecte directement la
motivation des élèves. Les enfants de parents confrontés à ces défis économiques peuvent
ressentir une insécurité financière et émotionnelle, ce qui se traduit par une diminution de
l’assiduité, une participation réduite en classe et une baisse des aspirations scolaires.

Becker et Lewis (1973), ont développé une théorie économique sur la taille des familles et
l’investissement dans le capital humain. Ils ont soutenu que dans les familles nombreuses,
surtout lorsque les parents ont des statuts professionnels instables, les ressources éducatives
par enfant diminuent. Cette réduction des ressources, qu’elles soient financières, temporelles
ou émotionnelles, aggrave les risques de décrochage scolaire. Les parents peuvent ne pas être
en mesure de fournir un environnement propice à l’apprentissage, d’investir dans des supports
éducatifs ou de consacrer du temps à l’aide aux devoirs, ce qui affecte négativement la
performance scolaire des enfants.

- Dynamique familiale et influence des pairs

Les recherches de Kazeem, Jensen et Stokes (2010) ont mis en évidence que, en Afrique de
l’Ouest, les enfants issus de familles précaires sont souvent confrontés à des environnements
éducatifs moins favorables. Cette situation est fréquemment exacerbée par le faible statut
professionnel des parents, qui limite leur capacité à fournir un soutien adéquat à la scolarité de
leurs enfants. Les parents occupant des emplois précaires ou informels disposent
généralement de ressources financières limitées et de moins de temps pour s’impliquer dans le
suivi éducatif, ce qui peut entraîner une diminution de la performance scolaire et une
augmentation du risque de décrochage.

Dans une étude menée au Cameroun, Habib Fidèle et Fangmegni Wandji (2021) ont exploré
la relation entre la catégorie socioprofessionnelle des parents et la scolarisation des enfants
dans la région du Nord-Cameroun. Leurs résultats indiquent que le niveau socioéconomique
des parents influence significativement la scolarisation des enfants. Les enfants de parents
ayant un statut socioprofessionnel élevé bénéficient d’un meilleur accès à l’éducation et d’un
suivi scolaire plus rigoureux, tandis que ceux dont les parents occupent des emplois moins
valorisés ou précaires rencontrent davantage de difficultés scolaires.

Une autre étude, réalisée par Adjiwanou (2004) a analysé l’impact de la pauvreté sur la
scolarisation et le travail des enfants. Les résultats montrent que les enfants issus de ménages
pauvres ont moins de chances d’être scolarisés et sont plus susceptibles d’être engagés dans
des activités économiques pour soutenir leur famille. Cette situation est souvent liée au faible
statut professionnel des parents, qui limite leur capacité à financer l’éducation de leurs enfants
et à leur fournir un environnement propice à l’apprentissage.

À l’échelle mondiale, les travaux de Gary S. Becker (prix Nobel d’économie en 1992) ont
largement contribué à la compréhension de l’impact du capital humain sur le développement
économique. Becker a souligné que les familles avec un faible capital humain, souvent
caractérisé par un faible niveau d’éducation et un statut professionnel précaire des parents,
sont moins capables d’investir dans l’éducation de leurs enfants. Cette incapacité à fournir un
soutien éducatif adéquat perpétue le cycle de la pauvreté et limite les opportunités socio-
économiques des générations futures.

- Ressources limitées dans les familles nombreuses

Les recherches de Gary S. Becker et H. Gregg Lewis (1973) ont mis en évidence que les
familles nombreuses allouent souvent leurs ressources de manière moins efficace, ce qui peut
entraîner un soutien éducatif insuffisant pour chaque enfant. Cette situation est
particulièrement préoccupante dans des contextes où les ressources financières et temporelles
sont limitées.
À l’échelle mondiale, des études ont également exploré l’impact de la taille des familles sur la
scolarisation des enfants. Par exemple, une recherche sur les enfants d’immigrés a révélé que
la taille de la fratrie influence les trajectoires scolaires, les enfants issus de familles
nombreuses ayant tendance à obtenir des niveaux de diplôme moins élevés.

En Afrique, une étude menée à Ouagadougou a examiné le rôle des réseaux familiaux dans la
relation entre fécondité et scolarisation. Les résultats suggèrent que les familles nombreuses
peuvent bénéficier de réseaux de soutien élargis, mais que ces avantages ne compensent pas
toujours les défis liés à la répartition des ressources au sein de la famille

- Niveau d’instruction des parents et encadrement familial

Le niveau d’instruction des parents joue un rôle déterminant dans l’encadrement familial et la
réussite scolaire des enfants. Les parents ayant un faible niveau d’éducation peuvent
rencontrer des difficultés à soutenir efficacement la scolarité de leurs enfants, ce qui peut
compromettre leur parcours éducatif.

Fortin et al. (2004) ont observé que les parents moins instruits investissent généralement
moins dans la scolarité de leurs enfants, réduisant ainsi leurs chances de réussite scolaire. Ce
manque d’investissement peut se manifester par une moindre participation aux activités
scolaires, un suivi moins rigoureux des devoirs et une absence de communication avec les
enseignants.

En Côte d’Ivoire, une étude menée par Hugues Kouadio Kouassi, directeur de l’École
Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée (ENSEA) d’Abidjan, a examiné
l’impact des inégalités éducatives entre les partenaires conjugaux sur la scolarisation des
enfants. Les résultats ont montré que les familles où les deux parents sont instruits offrent un
environnement plus favorable à l’éducation, tandis que celles où l’un ou les deux parents ont
un faible niveau d’éducation peuvent rencontrer des difficultés à soutenir efficacement la
scolarité de leurs enfants.

À l’échelle mondiale, une étude publiée en 2006 dans l’European Journal of Psychology of
Education a développé une typologie des élèves à risque de décrochage scolaire, en identifiant
les facteurs personnels, familiaux et scolaires associés à ce risque. Les résultats ont montré
que les élèves à risque de décrochage scolaire proviennent souvent de familles où les parents
ont un faible niveau d’éducation, ce qui limite leur capacité à soutenir l’apprentissage de leurs
enfants.

- Pressions domestiques et abandon scolaire

Les pressions domestiques constituent un facteur significatif de l’abandon scolaire, en


particulier dans les familles nombreuses où les enfants sont souvent sollicités pour participer
aux tâches ménagères ou contribuer financièrement au foyer.

Kazeem, Jensen et Stokes (2010) ont mené une étude en Afrique de l’Ouest révélant que les
enfants issus de familles nombreuses sont plus susceptibles d’abandonner l’école pour aider
aux tâches domestiques ou apporter un soutien économique à leur famille. Cette situation est
exacerbée par des contraintes économiques qui obligent les familles à prioriser la survie
immédiate au détriment de l’éducation des enfants.
En Côte d’Ivoire, Bamba (2016) a observé que les filles des zones rurales sont
particulièrement vulnérables à l’abandon scolaire en raison des attentes domestiques liées à
leur rôle au sein des ménages nombreux. Elles sont souvent contraintes de quitter l’école pour
assumer des responsabilités domestiques, telles que la collecte de l’eau, la préparation des
repas et la garde de leurs frères et sœurs, limitant ainsi leur temps disponible pour les études.

À l’échelle mondiale, l’UNESCO a identifié plusieurs facteurs contribuant à la déperdition


scolaire, notamment les longues distances entre le domicile et l’école, des programmes
scolaires surchargés, et la pénurie d’enseignants qualifiés. Ces obstacles structurels, combinés
aux pressions domestiques, augmentent le risque d’abandon scolaire, surtout dans les
communautés défavorisées.

En Afrique, une étude menée par Vandermeersch (2000) a mis en évidence que les enfants
confiés à d’autres ménages sont souvent considérés comme des domestiques, ce qui a une
influence négative sur leurs performances scolaires. Ces enfants, en plus de leurs tâches
domestiques, peuvent être moins bien nourris et bénéficier de moins de soutien pour leurs
études, augmentant ainsi leur risque d’abandon scolaire.

 FACTEURS PSYCHOLOGIQUES OU INDIVIDUELS

- Anxiété et bien-être émotionnel

L’anxiété et le bien-être émotionnel jouent un rôle crucial dans l’engagement scolaire des
élèves. Une mauvaise gestion de ces aspects peut entraîner un désengagement, voire un
abandon scolaire.

Jean-François Guillaume (2018) a identifié l’anxiété, la dépression et le sentiment


d’inefficacité personnelle comme des facteurs majeurs expliquant le désengagement scolaire
des élèves. Ces états émotionnels négatifs diminuent la motivation et la capacité des élèves à
s’investir dans leurs études, les conduisant parfois à se retirer progressivement du milieu
scolaire.

À l’échelle mondiale, une étude publiée dans la revue “Orientation Scolaire et


Professionnelle” propose un modèle de décrochage scolaire fondé sur le processus de stress.
Cette recherche met en évidence que le stress chronique, résultant de pressions académiques
ou personnelles, peut conduire à un désengagement progressif des élèves, affectant leur bien-
être émotionnel et leur performance scolaire.

En Afrique, une enquête menée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2020 a
révélé qu’environ 25 % des étudiants africains souffrent de troubles liés au stress et à l’anxiété
en raison des exigences académiques élevées. Cette pression académique intense, combinée à
des attentes sociétales élevées, affecte le bien-être général des jeunes et peut entraîner un
désengagement scolaire.

- Démotivation et parcours chaotiques

Pierre-Yves Bernard et Maud Pierronnet (2013) mettent en évidence que des relations tendues
avec les enseignants, associées à une stigmatisation sociale, exacerbent la démotivation des
élèves, les conduisant parfois au décrochage scolaire. Ces dynamiques relationnelles
négatives peuvent créer un environnement scolaire hostile, diminuant l’engagement des
élèves.

En Afrique, Abdoudramane Bakari Diomandé (2017) a étudié les causes de la démotivation


scolaire en Côte d’Ivoire. Il a identifié plusieurs facteurs contributifs, notamment des
conditions socio-économiques défavorables, un manque de soutien familial, et des méthodes
pédagogiques peu adaptées aux réalités locales. Ces éléments combinés créent un fossé entre
les attentes des élèves et les offres du système éducatif, menant à une perte d’intérêt pour
l’école.

Une autre étude africaine souligne l’impact de la démotivation des enseignants sur les
performances scolaires des élèves. Elle révèle que des conditions de travail précaires, une
rémunération insuffisante et un manque de reconnaissance professionnelle contribuent à la
démotivation des enseignants, ce qui se répercute sur la qualité de l’enseignement et, par
conséquent, sur la motivation des élèves.

- Anxiété et démotivation

Jean-François Guillaume (2018) souligne que les troubles émotionnels tels que l’anxiété et la
dépression augmentent la probabilité de décrochage scolaire, car les élèves se sentent
inefficaces face aux exigences académiques. Cette perception d’inefficacité personnelle peut
entraîner une diminution de l’engagement et de la motivation, conduisant éventuellement à
l’abandon scolaire.

Christ Joigneau (2009) explique que la démotivation découle souvent de l’insatisfaction


scolaire et du manque de lien avec les enseignants. Une relation distante ou conflictuelle avec
le corps enseignant peut renforcer le sentiment d’isolement de l’élève, réduisant son intérêt
pour les études et augmentant le risque de décrochage.

En Afrique, Abdoudramane Diomandé (2018) a mené une étude sur les causes de la
démotivation scolaire en Côte d’Ivoire. Il a identifié plusieurs facteurs contributifs,
notamment des conditions socio-économiques défavorables, un manque de soutien familial, et
des méthodes pédagogiques peu adaptées aux réalités locales. Ces éléments créent un fossé
entre les attentes des élèves et les offres du système éducatif, menant à une perte d’intérêt
pour l’école.

Jean-Baptiste Ndagijimana (2014) a étudié les facteurs de la faible motivation et leurs effets
sur l’apprentissage au Rwanda. Il a constaté que les mauvaises conditions socio-économiques
et professionnelles des enseignants du primaire constituent des facteurs de démotivation pour
les élèves. Cette démotivation se manifeste par l’absentéisme, le découragement, et une baisse
des performances scolaires, pouvant conduire à l’échec ou à l’abandon scolaire.

- Pressions sociales et estime de soi

Pierre-Yves Bernard et Maud Pierronnet (2013) ont mis en évidence que des parcours
scolaires chaotiques, associés à des relations difficiles avec les enseignants, peuvent affaiblir
l’estime de soi des élèves, aggravant ainsi leur démotivation.
Une étude menée au Togo a révélé une relation significative entre l’estime de soi et les
performances scolaires. Les adolescents ayant une estime de soi positive présentent un taux de
réussite plus élevé que ceux avec une estime de soi négative, qui sont plus enclins à l’échec
scolaire.

De même, une recherche sur l’estime de soi, le soutien social et la performance scolaire des
élèves a montré que les élèves bénéficiant d’un soutien social adéquat et possédant une estime
de soi élevée obtiennent de meilleures performances scolaires. Cette étude souligne
l’importance du soutien social dans le maintien d’une estime de soi positive, essentielle pour
la réussite académique.

- Anxiété et stress lié au contexte économique familial

Jean-François Guillaume (2018) souligne que les enfants issus de familles où les parents
occupent des emplois précaires souffrent souvent de stress et d’anxiété, ce qui nuit à leur
réussite scolaire.

Abraham Maslow, dans sa théorie de (1943), met en évidence que la non-satisfaction des
besoins fondamentaux, tels que la sécurité et l’estime de soi, peut entraîner une démotivation
et un désengagement scolaire. Lorsqu’un élève ne se sent pas en sécurité ou manque de
confiance en ses capacités, sa motivation à participer activement aux activités scolaires
diminue, affectant ainsi ses performances académiques.

En Afrique, les défis économiques exacerbent ces problématiques. Une étude sur le bien-être
des écoliers en Afrique pendant la pandémie de COVID-19 a révélé que les fermetures
d’écoles ont perturbé les programmes de cantine scolaire, privant de nombreux enfants de
repas quotidiens gratuits. Cette situation a non seulement affecté leur nutrition, mais a
également accru le stress et l’anxiété liés à l’insécurité alimentaire, impactant négativement
leur bien-être et leurs performances scolaires.

De plus, les effets néfastes de l’instabilité économique mondiale sur les enfants se manifestent
par une augmentation du stress et de l’incertitude associés aux difficultés financières
familiales. Ces conditions peuvent exacerber l’anxiété et la dépression chez les parents, ce
qui, à son tour, affecte le bien-être émotionnel des enfants et leur capacité à se concentrer sur
leurs études.

- Motivation et engagement scolaire

Christ Joigneau (2009) a observé que la motivation scolaire des élèves tend à diminuer
lorsqu’ils perçoivent que leurs parents ne peuvent pas les soutenir financièrement ou
académiquement. Cette situation est particulièrement marquée chez les familles où les parents
occupent des emplois précaires ou peu rémunérés, voire sont en situation de chômage.
Lorsque les parents ont un statut professionnel instable, ils disposent généralement de moins
de ressources pour accompagner leurs enfants, que ce soit en termes de temps consacré au
suivi scolaire ou en termes de moyens financiers pour payer du soutien scolaire, du matériel
éducatif ou des activités extrascolaires. En conséquence, les élèves issus de ces familles
peuvent éprouver un sentiment d’abandon ou de frustration, se sentant désavantagés par
rapport à leurs camarades dont les parents peuvent leur offrir un encadrement plus structuré et
des ressources supplémentaires. Ce sentiment d’injustice ou de résignation peut les conduire à
un désengagement progressif vis-à-vis de l’école, renforçant ainsi leur risque de décrochage
scolaire.

Pierre-Yves Bernard et Maud Pierronnet (2013) ont également mis en avant l’importance des
relations entre les enseignants, les élèves et leurs familles dans la motivation scolaire. Ils
constatent que lorsque les parents sont absorbés par des emplois précaires et stressants, ils ont
souvent moins de temps et d’énergie pour s’investir dans le suivi éducatif de leurs enfants.
Cette absence de dialogue entre l’école et la famille peut engendrer des malentendus et
renforcer le sentiment de marginalisation de l’élève. Par ailleurs, les relations entre
enseignants et élèves peuvent se tendre dans ce contexte. Un élève qui manque de motivation
ou qui se sent en difficulté peut être perçu comme indiscipliné ou peu investi par ses
professeurs. À l’inverse, un enseignant qui ne parvient pas à comprendre les difficultés
spécifiques d’un élève issu d’un milieu défavorisé peut adopter une attitude plus distante ou
rigide, ce qui accentue le désengagement de l’élève.

En Afrique, ces dynamiques sont particulièrement prononcées en raison de contextes socio-


économiques spécifiques. Yacouba Sitta (2021) souligne que le rôle du didacticien dans
l’amélioration de la motivation scolaire consiste à aider, en premier lieu, l’élève à développer
une confiance en soi dans l’apprentissage. Cette approche est essentielle pour compenser le
manque de soutien parental dû à des contraintes économiques.

De plus, une étude menée au Rwanda par Léonce Nsabumuremyi et Froduald Ndayambaje
(2020) a révélé que les perceptions négatives des élèves et des enseignants à l’égard de
l’enseignement du français étaient influencées par un manque de soutien familial et des
conditions socio-économiques défavorables. Ces perceptions négatives ont un impact direct
sur la motivation des élèves et leur engagement dans le processus d’apprentissage.

 FACTEURS INSTITUTIONNELS

- Échec des systèmes scolaires

L’échec des systèmes scolaires est un phénomène complexe influencé par divers facteurs,
notamment l’absence d’accompagnement personnalisé et de relations positives entre
enseignants et élèves, comme l’a souligné Mireille Pouget (2012).

En Afrique, ces défis sont exacerbés par des contextes socio-économiques spécifiques. Joseph
Ki-Zerbo (1980) a mis en évidence que les systèmes éducatifs africains, hérités de la
colonisation, ne sont pas toujours adaptés aux réalités culturelles et sociales locales, ce qui
peut entraîner un désengagement des élèves et des taux élevés de décrochage. Il souligne
l’importance de repenser ces systèmes pour les aligner sur les besoins et les aspirations des
populations africaines.

De même, Amadou Hampâté Bâ (1991) a critiqué l’uniformisation des programmes scolaires


qui négligent les savoirs traditionnels africains. Selon lui, cette déconnexion entre l’éducation
formelle et les cultures locales contribue à l’échec scolaire, car les élèves ne se reconnaissent
pas dans le contenu enseigné. Il plaide pour une intégration des savoirs endogènes dans les
curricula afin de rendre l’éducation plus pertinente et motivante pour les apprenants africains.
De plus, Janosz et Leblanc (1996) ont identifié des facteurs organisationnels, tels que la
mauvaise gestion des écoles et l’absence de politiques globales favorisant la réussite scolaire,
comme étant responsables de nombreux cas d’abandon.

- Politiques éducatives et réformes nécessaires

Rumberger (2011) souligne l’importance de repenser les politiques éducatives afin de garantir
que tous les élèves, quel que soit leur milieu socioéconomique, puissent bénéficier des
ressources nécessaires à leur réussite scolaire. Dans de nombreux systèmes éducatifs, les
inégalités de financement entre les établissements scolaires conduisent à une répartition
inégale des moyens pédagogiques : les écoles situées dans des zones défavorisées disposent
souvent de moins d’enseignants expérimentés, de classes plus surchargées et de moins
d’équipements numériques ou de soutien scolaire.

Le réseau Eurydice (2014) analyse les stratégies mises en place à l’échelle européenne pour
lutter contre le décrochage scolaire et insiste sur l’importance des mécanismes d’intervention
précoce. L’un des défis majeurs est de détecter rapidement les élèves à risque afin de leur
apporter un soutien personnalisé avant qu’ils ne s’éloignent définitivement du système
scolaire. Plusieurs pays européens ont mis en place des dispositifs de suivi individualisé, tels
que des cellules d’accompagnement au sein des établissements, permettant de repérer les
élèves en difficulté et d’agir dès les premiers signes de désengagement (absentéisme répété,
baisse des résultats, démotivation). Ces dispositifs impliquent souvent une collaboration entre
enseignants, psychologues scolaires et travailleurs sociaux pour proposer des solutions
adaptées, allant du soutien pédagogique au suivi social et psychologique.

Par ailleurs, certaines politiques éducatives favorisent la diversification des parcours scolaires
afin d’éviter que les élèves ne se sentent enfermés dans un modèle unique d’apprentissage qui
ne leur correspond pas. L’introduction de filières plus professionnalisantes ou de parcours
modulables permettrait ainsi de répondre à une plus grande diversité de besoins et d’intérêts
chez les élèves, réduisant ainsi le risque de décrochage.

En Afrique, plusieurs chercheurs ont mis en évidence la nécessité de réformes adaptées aux
contextes locaux. Par exemple, une analyse des politiques éducatives en Afrique
subsaharienne souligne que, malgré des efforts notables, les systèmes éducatifs peinent à
réduire les disparités régionales et les inégalités de genre. Les auteurs recommandent des
politiques spécifiques pour combattre ces inégalités et améliorer l’accès à une éducation de
qualité pour tous.

De plus, une étude sur les réformes éducatives en Afrique subsaharienne indique que, malgré
des efforts appréciables pour établir des institutions éducatives, les systèmes en place restent
souvent inadéquats par rapport aux réalités des pays africains. Les auteurs suggèrent que les
réformes devraient être mieux articulées avec les besoins locaux et les contextes socio-
économiques pour être réellement efficaces.

- Climat scolaire et relation élève-enseignant

En Afrique, plusieurs études ont mis en évidence l’impact du climat scolaire sur le bien-être et
les performances des élèves. KOFFI Mariette Ahou Celica (2020) a analysé l’influence du
climat scolaire sur le bien-être et le rendement scolaire des élèves dans des établissements
secondaires publics d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ses recherches indiquent que les élèves
évoluant dans un climat scolaire favorable présentent un meilleur bien-être et des
performances académiques supérieures.

Par ailleurs, une étude menée par Aimé Désiré HEMA (2022) au Burkina Faso a examiné la
relation élève-enseignant et la qualité de l’enseignement primaire. Les résultats ont révélé que
des relations positives entre élèves et enseignants, caractérisées par le respect et la
coopération, contribuent à améliorer la qualité de l’enseignement et les performances des
élèves

Pierre Merle (2012) analyse l’impact des pratiques pédagogiques et de la relation enseignant-
élève sur le décrochage scolaire. Il souligne que des pratiques d’évaluation perçues comme
injustes, un manque de pédagogie différenciée et une relation distante entre élèves et
enseignants augmentent le risque de désengagement scolaire.

Erica N. Walker (2005), étudie comment les approches pédagogiques influencent la


motivation et la réussite des élèves issus de milieux défavorisés. Elle met en évidence que des
stratégies d’enseignement inclusives et adaptées aux besoins des élèves réduisent les risques
d’échec scolaire.

Une étude menée dans le district d’Abidjan révèle que 34,9% des jeunes interrogés identifient
les infrastructures scolaires inadéquates, telles que des bâtiments délabrés et des classes
surchargées, comme des obstacles majeurs à une éducation de qualité. Ces conditions
matérielles défavorables découragent les élèves et peuvent les pousser à abandonner l’école.

Mireille Pouget (2012) a démontré que l’adoption de méthodes pédagogiques innovantes et la


promotion d’un climat scolaire positif peuvent réduire significativement les taux de
décrochage.

De même, la Fédération autonome de l’enseignement (2012) souligne que des relations de


confiance entre enseignants et élèves sont déterminantes pour maintenir l’engagement
scolaire.

Debarbieux et Blaya (2001) mettent en évidence le lien entre le climat scolaire et le


décrochage. Ils démontrent que la violence à l’école, le harcèlement scolaire ou un sentiment
d’insécurité augmentent significativement le risque d’abandon. Un environnement scolaire
rassurant et bienveillant joue donc un rôle clé dans la réussite des élèves.

- Politiques éducatives et ressources communautaires

Les politiques éducatives et les ressources communautaires jouent un rôle essentiel dans la
lutte contre le décrochage scolaire, notamment dans les zones défavorisées.

Ndri Mathias (2020) a étudié la situation en Côte d’Ivoire et a mis en évidence le rôle central
du manque de ressources éducatives et d’infrastructures dans les quartiers défavorisés. Dans
de nombreuses zones urbaines et rurales du pays, les écoles souffrent d’un sous-équipement
important : classes surchargées, manque de manuels scolaires, absence de bibliothèques et
d’espaces dédiés à l’apprentissage. De plus, les distances importantes entre le domicile des
élèves et l’école peuvent représenter un obstacle supplémentaire, en particulier pour les
familles à faibles revenus qui ne peuvent pas assumer les coûts de transport.

Ce déficit d’infrastructures et de matériel pédagogique limite considérablement les chances de


réussite des élèves et accentue leur démotivation. Lorsqu’ils se retrouvent dans des conditions
d’apprentissage précaires, ils peuvent progressivement perdre confiance en l’école et finir par
décrocher. Cette réalité montre l’importance d’investissements publics pour améliorer la
qualité et l’accessibilité des établissements scolaires, en particulier dans les quartiers les plus
vulnérables.

De son côté, Rumberger (2011) plaide pour des réformes éducatives axées sur l’inclusion des
élèves défavorisés, en insistant sur l’importance de rendre les infrastructures éducatives
accessibles à tous. Selon lui, les politiques éducatives doivent prioriser la construction et
l’entretien des écoles dans les zones les plus pauvres, mais aussi garantir un accès équitable
aux ressources pédagogiques (enseignants qualifiés, matériel scolaire, technologies
éducatives). Il met également en avant la nécessité de renforcer les dispositifs de soutien pour
les élèves issus de milieux défavorisés, notamment par le biais de bourses scolaires, de
programmes de tutorat et d’un meilleur accompagnement pédagogique. Une telle approche
permettrait d’atténuer l’impact des inégalités socioéconomiques sur la réussite scolaire et de
réduire les risques de décrochage.

Eurydice (2014) analyse les politiques européennes mises en place pour lutter contre le
décrochage scolaire et souligne l’importance des mécanismes d’intervention rapide pour les
élèves en difficulté. L’objectif principal de ces politiques est d’identifier au plus tôt les signes
de désengagement scolaire afin de mettre en place un accompagnement adapté.

En Afrique, les défis en matière d’éducation sont particulièrement prononcés. Une analyse
des politiques éducatives en Afrique subsaharienne souligne que, malgré des efforts notables,
les systèmes éducatifs peinent à réduire les disparités régionales et les inégalités de genre. Les
auteurs recommandent des politiques spécifiques pour combattre ces inégalités et améliorer
l’accès à une éducation de qualité pour tous.

Par ailleurs, une étude sur les réformes éducatives en Afrique subsaharienne indique que,
malgré des efforts appréciables pour établir des institutions éducatives, les systèmes en place
restent souvent inadéquats par rapport aux réalités des pays africains. Les auteurs suggèrent
que les réformes devraient être mieux articulées avec les besoins locaux et les contextes
socio-économiques pour être réellement efficaces.

- Ressources institutionnelles et soutien familial

Les ressources institutionnelles et le soutien familial sont des éléments clés pour assurer la
réussite scolaire des élèves, notamment ceux issus de milieux défavorisés.

En Afrique, plusieurs chercheurs ont étudié l’impact des ressources institutionnelles et du


soutien familial sur la réussite éducative. Jean-Marie De Ketele (2021) analyse le phénomène
de l’« éducation de l’ombre » en Afrique, c’est-à-dire le soutien scolaire privé, et ses
implications politiques. Il souligne que ce type de soutien, bien que bénéfique, peut accentuer
les inégalités entre les élèves issus de milieux favorisés et défavorisés. Il recommande donc la
mise en place de politiques publiques visant à réguler et à soutenir le soutien scolaire privé
afin de garantir une équité éducative.
Par ailleurs, une étude sur l’engagement des parents dans l’éducation en Afrique de l’Ouest
révèle que la participation communautaire et la conception élargie de la famille favorisent une
implication active des parents dans la scolarité de leurs enfants. Cependant, face à la précarité
de l’emploi et aux défis économiques, cette solidarité familiale et communautaire est mise à
rude épreuve. Les auteurs suggèrent que les politiques éducatives devraient renforcer le
soutien aux familles et encourager la participation communautaire pour compenser les effets
négatifs de l’instabilité professionnelle des parents.

L’approche écologique du développement humain proposée par Bronfenbrenner (1979) met


en évidence l’influence des différents environnements sociaux sur le parcours éducatif des
enfants. Dans cette perspective, le contexte familial, économique et scolaire interagit pour
façonner la réussite ou l’échec scolaire d’un élève. Parmi les facteurs de risque identifiés,
l’emploi précaire des parents joue un rôle déterminant dans la motivation et la persévérance
scolaire des jeunes. Lorsque les parents occupent des emplois précaires, marqués par
l’instabilité des horaires, de faibles revenus et un stress financier constant, leur capacité à
accompagner leurs enfants dans leur scolarité est souvent réduite. En raison d’horaires
irréguliers, ils peuvent avoir moins de temps à consacrer au suivi des devoirs ou aux échanges
avec les enseignants. De plus, l’insécurité économique peut entraîner des tensions familiales,
qui peuvent à leur tour affecter le bien-être émotionnel et scolaire de l’enfant.

Dans ce contexte, les élèves issus de familles précaires peuvent être davantage exposés au
risque de décrochage scolaire. Ils peuvent manquer de ressources éducatives essentielles
(livres, matériel informatique, cours de soutien) et se sentir moins soutenus dans leur
parcours.

- Climat scolaire et ressources communautaires

De même, Ndri Mathias (2020) met en évidence qu’en Côte d’Ivoire, les établissements situés
dans des quartiers défavorisés souffrent d’un manque d’infrastructures éducatives et
d’interventions ciblées pour soutenir les élèves en difficulté.

Pour approfondir cette problématique, il est pertinent de se référer aux travaux de Jean-Marie
De Ketele (2021), qui analyse le phénomène de l’« éducation de l’ombre » en Afrique, c’est-
à-dire le soutien scolaire privé, et ses implications politiques. Il souligne que ce type de
soutien, bien que bénéfique, peut accentuer les inégalités entre les élèves issus de milieux
favorisés et défavorisés. Il recommande donc la mise en place de politiques publiques visant à
réguler et à soutenir le soutien scolaire privé afin de garantir une équité éducative.

- Niveau de vie des familles et politiques éducatives

En Afrique, les défis sont accentués par des inégalités d’accès à l’éducation et un financement
souvent insuffisant. Selon un rapport de l’UNESCO, en 2020, on estimait que 40 % des élèves
défavorisés sur le plan socio-économique dans les pays à revenu faible et moyen inférieur
n’avaient reçu aucun soutien pendant la fermeture des écoles, exacerbant ainsi les inégalités
existantes.

Une étude pertinente sur la relation entre le niveau de vie des familles et les politiques
éducatives est celle de Georges Felouzis (2016). Ce rapport analyse les liens entre les
inégalités scolaires et les politiques éducatives, en mettant en évidence comment l’origine
sociale influence le niveau éducatif atteint. Il souligne également que le fonctionnement du
système scolaire ne saurait tout expliquer, et qu’il est essentiel de prendre en compte les
anticipations des acteurs concernant l’utilisation de leur diplôme.

- Soutien communautaire et conditions familiales

En Afrique, les dynamiques familiales et communautaires présentent des particularités qui


influencent le développement des enfants. Selon François Itoua et al (1993), la famille
africaine, souvent étendue, joue un rôle central dans l’éducation et la socialisation des enfants.
Cependant, les transformations socio-économiques et culturelles actuelles mettent à l’épreuve
ces structures traditionnelles, rendant nécessaire l’adaptation des politiques de soutien familial
et communautaire pour répondre aux nouveaux défis.

L’étude menée par Véronique Gagnon (2017), met en lumière l’importance de


l’environnement familial dans la réussite scolaire des adolescents. Selon cette recherche, un
encadrement parental fort, caractérisé par un suivi scolaire régulier, une communication
ouverte et un soutien affectif, réduit considérablement le risque de décrochage. À l’inverse,
les élèves issus de familles peu structurées ou confrontées à des difficultés économiques
importantes sont plus susceptibles d’abandonner l’école prématurément.

Les recherches de M. D. Saporito et B. L. Sohoni (2007), renforcent cette analyse en


démontrant que les quartiers où existent des structures de soutien solides, comme des
associations locales ou des programmes de mentorat, affichent des taux de décrochage
scolaire plus faibles. Selon cette étude, les élèves vivant dans des environnements où la
communauté est impliquée dans l’éducation bénéficient d’un accompagnement renforcé qui
compense parfois les faiblesses du cadre familial.

 FACTEURS COGNITIFS ET NEUROLOGIES

Les troubles de l’apprentissage, également appelés troubles neurodéveloppementaux, sont


l’un des facteurs cognitifs les plus significatifs influençant le décrochage scolaire. Ils
incluent des conditions telles que la dyslexie, la dyscalculie, la dysgraphie et le trouble du
déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Ces troubles affectent
directement la capacité des élèves à assimiler les contenus scolaires traditionnels, ce qui
entraîne un retard scolaire, un sentiment de frustration et un désengagement progressif.

- Troubles d’apprentissage et risque du décrochage

Snowling & Hulme (2012) soulignent que les enfants atteints de dyslexie ou d’autres troubles
spécifiques de l’apprentissage sont particulièrement vulnérables au décrochage scolaire. La
dyslexie, qui affecte la lecture et l’écriture, complique la compréhension des consignes et
ralentit la progression académique des élèves. De même, d’autres troubles, comme la
dyscalculie (difficulté en mathématiques) ou la dyspraxie (trouble de la coordination des
gestes), peuvent rendre certaines matières scolaires particulièrement ardues. Sans une prise en
charge adaptée, ces élèves accumulent du retard et peuvent ressentir un sentiment de
frustration et d’échec. Le manque de compréhension et de soutien au sein de l’institution
scolaire peut les conduire à une perte de motivation, voire à un désengagement progressif du
système éducatif.

Dans une étude, Lyon et al. (2003) ont montré que les élèves souffrant de TDAH sont plus
susceptibles de quitter prématurément l’école s’ils ne bénéficient pas d’un accompagnement
spécifique. Ce trouble, qui se caractérise par une impulsivité, une difficulté à maintenir
l’attention et, parfois, une hyperactivité, peut perturber les apprentissages et la socialisation
des élèves. Dans un environnement scolaire standard, ces élèves peuvent éprouver des
difficultés à suivre les consignes, à rester concentrés en classe et à gérer leurs interactions
avec leurs camarades et leurs enseignants. Le manque de reconnaissance et d’adaptation de la
pédagogie à leurs besoins peut entraîner des sanctions fréquentes, un sentiment d’exclusion et,
à terme, un rejet de l’école.

Vellutino et Scanlon (2002) insistent sur l’importance d’une détection précoce des troubles
cognitifs afin d’éviter une marginalisation progressive des élèves concernés. Plus un trouble
est repéré tôt, plus l’enfant peut bénéficier d’un soutien adapté, ce qui réduit les risques
d’échec scolaire et de décrochage.

- Niveau de développement socio-émotionnel

Goleman (1995) introduit la notion d’intelligence émotionnelle, qui désigne la capacité à


reconnaître, comprendre et gérer ses propres émotions ainsi que celles des autres. Selon lui,
les élèves qui développent ces compétences sont mieux préparés à affronter les défis scolaires
et sociaux. Un élève capable de gérer son stress face aux évaluations, d’interagir positivement
avec ses enseignants et camarades et de persévérer malgré les obstacles a plus de chances de
réussir sur le long terme. À l’inverse, un manque de compétences socio-émotionnelles peut
conduire à des comportements impulsifs, des conflits interpersonnels et une démotivation
progressive, augmentant ainsi le risque de décrochage.

Aussi les auteurs Heckman et Rubinstein (2001) mettent en évidence que les élèves ayant une
faible maîtrise de soi et des difficultés à gérer leurs émotions sont plus enclins au décrochage.
Une mauvaise gestion émotionnelle peut se traduire par une faible tolérance à la frustration,
des difficultés à accepter l’échec et un manque de résilience face aux défis scolaires. Par
exemple, un élève qui se décourage rapidement après une mauvaise note ou qui réagit de
manière agressive aux remarques des enseignants peut progressivement s’éloigner du cadre
scolaire. Ces comportements peuvent également entraîner des sanctions disciplinaires, des
conflits répétés et, à terme, une désaffection pour l’école.

Une étude de Duckworth & Seligman (2005) démontre que la persévérance et l’autodiscipline
sont des prédicteurs plus fiables du succès académique que le quotient intellectuel (QI). Leur
recherche montre que les élèves capables de maintenir leurs efforts sur le long terme, de gérer
leurs impulsions et de faire preuve de patience dans l’apprentissage réussissent mieux que
ceux qui se reposent uniquement sur leurs capacités intellectuelles. Un manque de
persévérance peut conduire certains élèves à abandonner face aux difficultés, notamment s’ils
ne perçoivent pas l’école comme un levier d’ascension sociale ou s’ils ne sont pas encouragés
à développer leur autodiscipline. Ainsi, renforcer ces compétences socio-émotionnelles dès le
plus jeune âge peut jouer un rôle clé dans la prévention du décrochage scolaire.
 FACTEURS TECHNOLOGIQUES ET NUMERIQUES

- Dépendance aux écrans et distractions numérique

L’usage massif des écrans, en particulier des réseaux sociaux et des jeux vidéo, est un
phénomène de plus en plus préoccupant dans le domaine éducatif. Lorsqu’il est excessif et
mal encadré, il peut avoir des effets négatifs sur la concentration, la motivation scolaire et le
temps consacré aux apprentissages. Plusieurs études ont mis en évidence un lien entre la
dépendance numérique et le risque accru de désengagement, voire de décrochage scolaire.

Les auteurs comme Twenge et Campbell (2018) ont analysé l’effet des réseaux sociaux sur
l’attention et la motivation des élèves. Leur étude montre qu’un usage excessif des écrans
réduit le temps consacré aux devoirs et à la lecture, ce qui nuit aux performances scolaires.
Les réseaux sociaux, par leur fonctionnement basé sur la gratification immédiate (likes,
notifications, commentaires), captent fortement l’attention des jeunes et rendent plus difficile
la concentration sur des tâches scolaires demandant un effort soutenu. De plus, l’exposition
continue aux contenus numériques peut générer de l’anxiété et de la comparaison sociale,
affectant la motivation et l’engagement scolaire.

Une autre étude de Bavelier et Green (2011) ont étudié l’impact des jeux vidéo sur les
capacités attentionnelles et le comportement scolaire des jeunes. Leur recherche indique que
si certains jeux peuvent améliorer des compétences cognitives spécifiques, une surexposition
aux jeux vidéo, notamment aux jeux en ligne addictifs, peut entraîner une diminution de la
capacité à se concentrer sur des tâches prolongées et académiques. Les élèves qui passent de
nombreuses heures à jouer risquent de développer un mode d’attention fragmenté, rendant
difficile la gestion du temps et l’accomplissement des devoirs. De plus, la fatigue liée à des
sessions de jeu prolongées peut impacter le rendement scolaire et favoriser un désengagement
progressif de l’école.

L’étude de Lauricella Wartella & Rideout (2015) ont montré que les élèves qui utilisent
massivement les technologies sans encadrement éducatif présentent un risque plus élevé de
décrochage. L’accès illimité aux écrans sans contrôle parental ou scolaire peut favoriser des
comportements d’évitement des tâches scolaires, une désorganisation du travail et une perte
de motivation.

- Cyber-harcèlement et pression numérique

L’essor des technologies numériques et des réseaux sociaux a introduit de nouveaux défis
pour les élèves, notamment le cyber harcèlement et la pression sociale en ligne. Ces
phénomènes, en créant un climat d’anxiété et d’insécurité, peuvent conduire à un
désengagement scolaire progressif, voire au décrochage.

Tokunaga (2010) définit le cyber harcèlement comme un facteur aggravant du stress scolaire,
qui peut mener à l’isolement et au décrochage. Contrairement au harcèlement traditionnel, le
cyber harcèlement ne se limite pas aux heures passées à l’école : il s’étend au domicile et au
quotidien des élèves à travers les réseaux sociaux, les messageries et autres plateformes
numériques. En subissant des attaques constantes, les élèves victimes de cyber harcèlement
peuvent développer une anxiété importante liée à l’école. La peur d’être confronté à leurs
harceleurs, la honte associée à la diffusion d’informations personnelles ou encore la perte de
confiance en soi peuvent les amener à éviter progressivement l’école. Dans certains cas, cette
souffrance psychologique se traduit par des absences répétées, une baisse de concentration en
classe et un désintérêt pour les apprentissages, ce qui favorise le décrochage scolaire.

Nous avons l’étude de Patchin et Hinduja (2015) ont montré que les élèves victimes de cyber
harcèlement développent un désengagement progressif vis-à-vis de l’école. Ils expliquent que
le sentiment d’exclusion sociale et la peur du regard des autres les poussent à se replier sur
eux-mêmes, à limiter leurs interactions en classe et à perdre toute motivation scolaire. Ce
processus d’isolement peut conduire à un décrochage total lorsque l’élève ne trouve plus
aucun soutien ni à l’école, ni dans son entourage.

Englander (2013) souligne que la pression sociale exercée à travers les réseaux numériques
peut générer une anxiété qui affecte la motivation scolaire. Les adolescents sont exposés en
permanence à des standards de réussite, de popularité et d’apparence qu’ils tentent d’atteindre
pour être acceptés socialement. Cette pression les pousse à passer un temps considérable sur
les réseaux, parfois au détriment de leur travail scolaire. Le besoin de reconnaissance en ligne
et la comparaison sociale excessive peuvent aussi entraîner une perte d’estime de soi, en
particulier chez les élèves qui ont déjà des difficultés scolaires ou sociales. Ceux qui ne se
sentent pas à la hauteur peuvent se désinvestir progressivement de leurs études, voyant l’école
comme une source supplémentaire de stress et de jugements.

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