Leçon 3 : L’ACCESSION DE L’ALGERIE A L’INDEPENDANCE
INTRODUCTION
L’Algérie est conquise par la France dès le 14 juin 1830. Elle fut une colonie de peuplement et est devenue
par la suite un département Français. Mais à partir de1954, les colonisés algériens engagent une guerre de
libération qui aboutit à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Quelles sont alors les causes de la montée d'un
nationalisme violent en Algérie ? Quelles sont les grandes étapes de la lutte émancipatrice algérienne ? la
réponse à ces préoccupations fera l’objet de cette leçon.
I- LES CAUSES DE LA MONTEE D’UN NATIONALISME ALGERIEN : 1830-1954
1- Le statut politique et administratif de l'Algérie
L’occupation de l’Algérie par la France remonte à 1830. Ce territoire est une colonie de peuplement pour la
France jusqu’en décembre 1848, date à laquelle elle devient une partie intégrante de la France (DOM). La
colonie change de statut et est alors divisée en 3 départements (Alger, Oran, Constantine) et placée sous
l'autorité d'un gouvernement général nommé et relevant du Ministère de l'intérieur français. Par ce nouveau
statut, l'indépendance de l'Algérie est exclue.
2- Une communauté algérienne victime des inégalités socio- économiques
L’Algérie coloniale était peuplée par deux grandes communautés : les Européens et les Juifs, considérés
comme les " Français d’ Algérie " et les " indigènes" musulmans. La population d'origine française estimée à
environ un million (1 000 000) d’habitants dont 80% sont nés en Algérie, occupait les fonctions
administratives et industrielles en ville et pratiquait une agriculture très moderne sur les meilleures terres. A
l'inverse, la population autochtone et musulmane d'Algérie, estimée à plus de huit millions (8 000000)
d’habitants vivait sous tutelle et sans véritable partage de l'autorité. Elle pratiquait une agriculture
traditionnelle et rudimentaire. Le sous-emploi, la précarité et la misère caractérisaient cette importante
proportion de la population algérienne. Malgré leur participation à l'effort de guerre de 1914-1918, aucune
amélioration de leurs conditions de vie n'était envisagée et la minorité française refusait toute réforme qui
donnerait l'égalité entre elle et les Musulmans algériens. Toutes ces inégalités vont éveiller la conscience
nationale dans l'élite algérienne réduite à des commerçants, des rares intellectuels des milieux ouvriers et des
anciens combattants.
3- La naissance et l’affirmation du nationalisme Algérien
a- Les différentes tendances nationalistes
On peut distinguer 3 grandes tendances :
- la tendance traditionnelle. Elle est dirigée par les Ouléma dont le leader est Abdelhamid Ben Badis. Il crée
en 1931 le mouvement « Association des Ouléma » qui rejette l'assimilation et prône l'affirmation et la
restauration de l'Islam en Algérie. Sa devise est : « L'Islam est ma religion, l'Arabe est ma langue et l'Algérie
est ma patrie. » ;
- la tendance révolutionnaire et populiste dirigée par Messali Hadj Ahmed à travers « l'Etoile Nord-africaine
» fondée en 1927 dans les milieux ouvriers parisiens et transformée en 1939 en « Parti du Peuple Algérien »
(PPA). Elle réclame l'indépendance de l'Algérie avec le concours de la France ;
- la tendance modérée ou réformiste incarnée par Ferhat Abbas, très occidentalisé et leader de la Fédération
des Elus Indigènes créée en 1927. Il ne revendique pas de prime abord l'indépendance mais plutôt
l'assimilation et la complète égalité entre toutes les populations algériennes.
b) La réorganisation du nationalisme algérien
A partir de 1946, on assiste à la réorganisation du nationalisme algérien en deux grandes tendances qui sont :
- l'Union Démocratique du Manifeste Algérien (UDMA) fondé par Ferhat Abbas : elle préconise une
République algérienne autonome associée à la France dans le cadre de l'Union Française ;
- le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) crée par Messali Hadj : il veut obtenir
l'indépendance d'une Algérie musulmane et arabe.
4- La radicalisation du nationalisme algérien
En septembre 1947, la France adopte de nouvelles réformes en faveur des Algériens :
- L'extension de la citoyenneté française à la communauté musulmane.
- La création en Algérie d'un parlement local ou Assemblée Territoriale avec 120 députés et ayant pour rôle le
vote du budget.
Mais ces réformes sont rejetées par les Algériens, car elles excluent l'indépendance de leur pays. Cette situation
va renforcer la vision d'une lutte armée chez les Algériens indigènes. Dès lors, le nationalisme algérien se
radicalise : en mars 1954, les nationalistes algériens mettent en place le CRUA (Comité Révolutionnaire
d'Unité et d'Action) et fixe la date de l’insurrection le 1er novembre 1954. Cette structure sera coordonnée et
dirigée par des chefs révolutionnaires comme Belkacem Krim, Ben Bella, etc.
II- DE L’INSURRECTION ARMEE A L’INDEPENDANCE DE L’ALGERIE
1. L’insurrection algérienne
L’insurrection commence effectivement dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954 par une série
d’attentats: c’est le complot de la Toussaint ou la Toussaint Rouge. Bien avant ce jour, le CRUA devient le
Front de Libération Nationale (FLN) avec une branche militaire : l’Armée de Libération Nationale (ALN).
Les hommes du FLN déclenchent des attaques dans diverses régions de l'Algérie contre des installations
militaires, des équipements de communication, et des bâtiments publics. La métropole qui venait quelques
mois plus tôt de perdre ses colonies d’Indochine (voir la guerre du Vietnam), réagit violemment devant cette
insurrection qualifiée de sédition.
2. Le développement du conflit
Du 20 au 26 août 1955, la guerre change radicalement de visage avec les évènements sanglants qui secouent
le Nord du département de Constantine. Les indépendantistes mènent de nombreux attentats occasionnant la
mort de nombreux Français d’Algérie : 117 Européens sont tués ainsi qu'une centaine de musulmans
francophiles et 47 membres des forces de police. La France réagit par une vague de répressions contre les
Algériens. Elle augmente son effectif de 5000 à 120 000 hommes et l’armée quadrille tout le pays. La guerre
d'Algérie oppose l'armée française aux troupes indépendantistes de l'Armée de libération nationale (ALN),
branche armée du FLN. Les dirigeants du FLN sont arrêtés (Ben Bella, Ben Boudiaf, Ben Krim) en octobre
1956. En février 1958, l’armée française cherchant à détruire les bases du FLN bombarde un village tunisien
(Sakiet-Sidi-Yusef). Le président tunisien Habib Bourguiba, porte plainte à l’ONU. Les USA et la Grande
Bretagne font pression sur la France afin qu’elle trouve une solution. Forts de ce soutien, le 09 septembre
1958, le FLN forme le Gouvernement Provisoire de la République d’Algérie (GPRA) à Tunis avec pour
président Ferrat Abbas.
Le gouvernement de Guy Mollet est incapable de résoudre le problème et l’opinion française supporte de plus
en plus difficilement la guerre de maintien des colonies. En mai 1958, tout l'exécutif français démissionne. Le
1er juin 1958, le général De Gaulle revient au pouvoir en France pour résoudre la crise née de la guerre
d'Algérie.
3. De l’autodétermination à l’indépendance de l’Algérie : 1959-1962
Le 1er septembre 1959, De Gaulle organise en Algérie un référendum d'autodétermination : Il propose aux
Algériens trois solutions de sortie de crise : l'indépendance totale de l'Algérie, l'assimilation de l'Algérie à la
France et l'autonomie et l'association de l'Algérie avec la France.
Les nationalistes algériens votent massivement pour l'indépendance de l'Algérie. Mais, les « Pieds Noirs »
s'opposent à la marche de l'Algérie vers l'indépendance et accusent De Gaulle de trahison. Ils créent l'OAS
(Organisation Armée Secrète) et organisent le putsch d'Alger pour prendre le pouvoir en Algérie. Mais le coup
de force des « Pieds Noirs » échoue. A partir du 20 mai 1961, les autorités françaises et les nationalistes
algériens (le FLN) engagent des négociations à Evian. Elles aboutissent à la signature des accords d'Evian le
18 mars 1962. Ces accords ont pris les décisions suivantes:
- Le cessez-le-feu en Algérie.
- La formation d’un Etat algérien indépendant et souverain.
- La coopération entre la France et l’Algérie
- La libération des nationalistes algériens emprisonnés.
- Des garanties politiques pour les Français d'Algérie.
Le 1er Avril 1962 est organisé en Algérie et en France un référendum. Les Français et les Algériens votent
pour l'indépendance de l'Algérie. Le 03 Juillet 1962, l'Algérie devient indépendante, avec Hamed Ben Bella
comme président.
CONCLUSION
Les abus de la colonisation, le statut de l'Algérie et les intransigeances des autorités françaises ont contribué
à la naissance d'un nationalisme violent en Algérie. Ce nationalisme s'est traduit par une guerre de
décolonisation longue et meurtrière qui aboutit à l’indépendance de leur pays..