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DIAGNOSTIC INCIDENCE
Les signes classiques de sinusite (douleur sus-orbitale, céphalées, L’incidence des sinusites nosocomiales dans la littérature varie
gonflement local) sont souvent absents chez le malade de réanima- de 1 à 100 pour cent, selon les critères diagnostiques utilisés, la
tion. La présence d’un jetage nasal purulent n’est pas spécifique et la nature rétrospective ou prospective de l’étude, la recherche systéma-
fièvre a peu de valeur d’orientation chez ces malades. De façon tique ou devant des signes d’appel, le moment de la recherche et le
idéale, pour affirmer le diagnostic, il faudrait pouvoir disposer d’un type de patients analysés [7]. Dans une étude pratiquée chez
examen fiable, peu invasif et réalisable au lit du patient. La sinos- 111 malades intubés par le nez ou la bouche pendant plus de
copie n’est pas réalisable en routine chez les patients de 48 heures, des auteurs [8] ont rapporté 26 cas (23 %) de sinusite
réanimation. Il faut s’adresser à la radiologie. Il peut s’agir de radio- radiologique. Cette étude a utilisé la radiologie conventionnelle
graphies conventionnelles pratiquées au lit du malade (incidence de pour établir le diagnostic de sinusite. Ceci est critiquable car les
Blondeau) en général de qualité médiocre. Une échographie des clichés sont réalisés au lit du malade avec un appareil mobile sur des
sinus peut être réalisée au lit du patient. Seuls les sinus maxillaires sujets ne pouvant pas être mis en position verticale.
peuvent être explorés par échographie. En pratique clinique, cela est Seule la tomodensitométrie permet d’explorer correctement les
suffisant, car ils sont les seuls à pouvoir être ponctionnés facilement. sinus chez ces malades. Dans un travail [9] réalisé chez 300 malades
L’air ne transmet pas les ultrasons. Ils traversent l’air et traversent intubés, un examen TDM des sinus était réalisé de façon systéma-
également l’os s’il est très mince, comme la paroi externe du sinus tique au septième jour de ventilation mécanique ou avant en cas de
maxillaire. L’image obtenue est dite normale en cas de barrière jetage nasal purulent et/ou de fièvre, puis tous les sept jours. Une
acoustique complète avec une absence de signal. Le signal patholo- sinusite radiologique était affirmée devant la présence d’un niveau
gique est la visualisation du sinus par la matérialisation de ses deux ou d’une opacité d’un sinus maxillaire. Une sinusite infectieuse était
parois latérales et de sa paroi postérieure, le contenu lui-même du affirmée devant les mêmes signes associés à une température égale
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montre les micro-organismes isolés des poumons et des sinus. Parmi 8, 10, 12, 14]. La suppression des corps étrangers au niveau des
23 malades ayant présenté une pneumopathie et une sinusite, narines peut diminuer l’infection à ce niveau et améliorer le drai-
10 fois le même micro-organisme a été isolé à partir des poumons et nage des sinus maxillaires.
des sinus.
En conclusion, la recherche et le traitement des sinusites noso-
comiales semblent pouvoir prévenir la survenue d’une
ANTIBIOTHÉRAPIE PAR VOIE GÉNÉRALE
pneumopathie nosocomiale chez les malades sous ventilation Une antibiothérapie est généralement prescrite. Il s’agit d’une
mécanique. antibiothérapie probabiliste dans un premier temps, puis d’une anti-
biothérapie adaptée aux micro-organismes isolés des sinus. Il peut
s’agir d’une monothérapie par une bêtalactamine à large spectre ou,
BACTÉRIÉMIES NOSOCOMIALES si un choc septique est associé, d’une bithérapie avec association
d’un aminoside ou d’une quinolone.
Chez les malades présentant une sinusite nosocomiale, les
mêmes germes sont parfois isolés dans les hémocultures et dans les
sinus. Dans une étude [6], parmi les 80 malades ayant développé une AUTRES MESURES
sinusite, 24 ont développé une bactériémie et 9 fois le germe était
D’autres mesures sont parfois conseillées : antibiothérapie
identique à celui isolé dans les sinus. Un modèle de Cox prenant en
locale, vasoconstricteurs en instillation nasale et rinçage des cavités
compte la survenue d’une sinusite au cours du temps a suggéré que
nasales par du sérum physiologique [5, 8]. La corticothérapie est
cet événement augmentait le risque de survenue d’une bactériémie
souvent prescrite dans les sinusites communautaires, mais n’est pas
d’un facteur 2,3.
proposée dans le traitement des sinusites nosocomiales.
Dans ces études [6, 9], les micro-organismes isolés étaient le
plus souvent des cocci à Gram positif (Staphylococcus aureus, Staphy-
lococcus epidermidis et Streptococcus sp.). Le tableau 196.1 montre les INTÉRÊT DE LA RECHERCHE ET DU TRAITEMENT DES SINUSITES
germes trouvés dans le poumon, les hémocultures et les sinus. Dans Une sinusite nosocomiale est la plupart du temps recherchée
une étude [9], sept malades présentaient à la fois une sinusite, une chez un patient présentant une fièvre isolée ou dont l’état septique
pneumopathie et une septicémie, et trois fois le germe isolé à partir persiste malgré un traitement adapté [10]. Mais, les patients de réani-
des trois sites était identique. mation peuvent présenter de multiples causes d’infection et la
présence d’une fièvre peut s’expliquer par la présence d’une sinusite
et/ou d’autres infections simultanées. Une fièvre en rapport avec une
TRAITEMENT péritonite, une pneumopathie ou une méningite, n’exclut pas la
présence d’une sinusite. Pour cette raison, une étude a été réalisée
TRAITEMENT CURATIF chez 399 malades sous ventilation mécanique [6]. Les malades
étaient randomisés en deux groupes. Dans le groupe étudié (199
MESURES THÉRAPEUTIQUES malades), une sinusite était recherchée de façon systématique. Si la
Le traitement classique associe un drainage des sinus, une réin- température était supérieure à 38 °C, un scanner des sinus était
tubation orotrachéale ou une trachéotomie, une réintubation réalisé au quatrième et huitième jour après l’intubation puis tous les
orogastrique et une antibiothérapie par voie générale [7, 8, 14]. sept jours. En présence d’une sinusite, les patients étaient traités par
Aucun de ces éléments n’a été évalué. drainage des sinus et antibiothérapie intraveineuse adaptée aux
germes. Dans le groupe contrôle (200 malades), les sinusites
DRAINAGE DES SINUS n’étaient pas recherchées de façon systématique et aucun malade n’a
subi de ponction de sinus ou n’a reçu d’antibiotique pour traiter une
Le drainage des sinus est recommandé par de nombreux auteurs sinusite. Dans le groupe étudié, une sinusite a été diagnostiquée et
[5-10, 12, 14]. La ponction du sinus s’effectue sous anesthésie géné- traitée chez 80 malades. L’incidence des pneumopathies nosoco-
rale, à l’aide d’un trocart muni d’un mandrin pointu qui va miales était de 34 % dans le groupe étudié et de 47 % dans le groupe
permettre de perforer la cloison entre la fosse nasale en dedans et le contrôle (p = 0,02, test du Logrank). La mortalité était de 36 % dans
sinus maxillaire en dehors. Une désinfection rigoureuse de la le groupe étudié et de 46 % dans le groupe contrôle (p = 0,03, test du
muqueuse nasale doit être réalisée avec une solution de povidone Logrank). Ce travail suggère que la recherche systématique et le trai-
iodée (Bétadine ORL). Cette ponction doit s’effectuer en passant sous tement d’une sinusite nosocomiale permet de prévenir la survenue
le méat inférieur, au niveau de la fente antéropostérieure qui sépare d’une pneumopathie nosocomiale. Les résultats observés sur la
le cornet inférieur en haut et en dedans de la paroi intersinusonasale mortalité mériteraient d’être contrôlés par une autre étude.
en dehors. Le méat inférieur est parfois peu visible s’il existe une
congestion avec épaississement muqueux du cornet inférieur. Pour
rétracter la muqueuse de façon à bien voir le méat, on pulvérise à ce TRAITEMENT PRÉVENTIF
niveau de la Xylocaïne naphazoline à 5 %, ou on met en place dans la
fosse nasale un tampon de coton imbibé de Xylocaïne naphazoline à Pour certains auteurs, l’intubation par voie orale permet de
5 %. Le temps de contact doit être environ de cinq minutes. Lorsque prévenir la survenue d’une sinusite radiologique [5, 8] et pour
le méat inférieur est bien vu, il faut appliquer encore pendant quel- d’autres, les sinusites infectieuses sont aussi fréquentes lors de l’intu-
ques minutes un porte-coton trempé dans de la Xylocaïne bation nasale que de l’intubation orale [9]. Une conférence de
naphazoline sous le cornet inférieur, pour diminuer la douleur liée à consensus récente a conclu qu’en l’absence d’évaluation exhaustive,
la ponction et le saignement. Pour réaliser la ponction, le trocart le choix entre la voie orale et nasale dépendait de l’expérience de
doit être mis en place sous le cornet, au point d’insertion entre le chacun [13]. La durée de l’intubation est un facteur favorisant la
cornet et la paroi intersinusonasale qui décrit un angle d’environ survenue d’une sinusite nosocomiale [6, 9, 14]. Il est donc important
150° ouvert en bas. Le trocart doit viser l’angle externe de l’œil et il de sevrer le malade le plus rapidement possible du respirateur. La
faut pour cela luxer légèrement la partie inférieure de la cloison. Le ventilation mécanique non invasive peut être proposée aux patients
trocart doit être poussé vigoureusement en le tournant légèrement présentant une décompensation d’une insuffisance respiratoire
dans un sens, puis dans l’autre. Cette pression doit être contenue, chronique et à certains patients présentant une insuffisance respira-
afin que le trocart ne dépasse pas la cavité. Le trocart étant en place, toire aiguë. Ce mode de ventilation préserve la ventilation des fosses
le contenu endosinusien doit être aspiré à la seringue et un drain nasales et pourrait prévenir la survenue d’une sinusite, mais ceci
d’Albertini est mis en place par le trocart qui est ensuite retiré. Ce reste à évaluer. La trachéotomie pourrait prévenir la survenue d’une
drain doit être fixé sur le front ou sur la joue et permet des irrigations sinusite, mais ceci n’a pas été évalué. La présence d’une sonde naso-
pluriquotidiennes. Celles-ci sont pratiquées avec du sérum physiolo- gastrique pourrait favoriser la survenue d’une sinusite [15] et
gique, doucement injecté dans le sinus puis réaspiré. L’opération est l’insertion par voie orale de la sonde gastrique pourrait diminuer
répétée jusqu’à ce que le liquide revienne clair. L’orifice externe du l’incidence des sinusites.
drain doit être maintenu fermé entre les lavages. La position demi-assise pourrait avoir un intérêt, ainsi que la
ventilation en décubitus ventral.
Le rinçage plusieurs fois par jour des cavités nasales par du
RÉINTUBATION PAR VOIE ORALE OU TRACHÉOTOMIE sérum physiologique, avec ou sans antibiotiques, pourrait diminuer
La plupart des auteurs conseillent une réintubation orotra- la quantité de sécrétions nasales purulentes et prévenir ainsi la
chéale ou une trachéotomie et une réintubation orogastrique [5, 7, survenue d’une sinusite. Cette mesure pourrait compléter celles
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habituellement réalisées telles que les soins de bouche et l’aspiration [4] Vargas F, Bui HN, Boyer A et al. Transnasal puncture based on echographic
régulière des sécrétions nasales purulentes. Une étude a été réalisée sinusitis evidence in mechanically ventilated patients with suspicion of
nosocomial maxillary sinusitis. Intensive Care Med 2006, 32 : 858-866.
chez des patients polytraumatisés [17]. L’utilisation locale en intra- [5] Rouby JJ, Laurent P, Gosnach M. Risk factors and clinical relevance of noso-
nasal d’alpha-adrénergiques et de corticoïdes a permis de réduire de comial maxillary sinusitis in the critically ill. Am J Respir Care Med 1994, 150 :
façon significative la survenue d’une sinusite radiologique. 776-783.
La décontamination digestive sélective a été proposée pour [6] Holzapfel L, Chastang C, Demingeon G, Bohe J, Piralla B, Coupr y A. A rando-
mized study assessing the systematic search for maxillary sinusitis in
prévenir les pneumopathies nosocomiales. De la même façon, on nasotracheally mechanically ventilated patients. Am J Resp Crit Care Med
peut penser que l’application de pâtes antibiotiques au niveau des 1999, 159 : 1-7.
fosses nasales et peut-être aussi au niveau des cavités oropharyngées [7] Talmor M, Li P, Barie PS. Acute paranasal sinusitis in critically ill patients :
pourrait prévenir l’apparition d’une rhinite purulente et de ce fait guidelines for prevention, diagnosis, and treatment. Clin Infect Dis 1997, 25 :
1441-1446.
d’une sinusite. Jusqu’à présent, aucune étude n’a évalué l’intérêt de [8] Salord F, Gaussorgues P, Marti-Flich J et al. Nosocomial maxillary sinusitis
ce type de traitement dans la prévention des sinusites nosocomiales. during mechanical ventilation : a prospective comparison of orotracheal
versus the nasotracheal route for intubation. Intensive Care Med 1990, 16 :
390-393.
CONCLUSION [9] Holzapfel L, Chevret S, Madinier G et al. Incidence of long term oro- or naso-
tracheal intubation on nosocomial maxillary sinusitis and pneumonia.
Results of a randomized clinical trial (300 patients). Crit Care Med 1993, 21 :
Chez les malades de réanimation sous ventilation mécanique, 1132-1138.
la survenue d’une sinusite constitue l’une des modalités d’infections [10] George DL, Falk PS, Meduri GU et al. Nosocomial sinusitis in patients in the
nosocomiales. Les études actuelles permettent d’estimer à 20 % la medical intensive care unit : a prospective epidemiological study. Clin Infect
probabilité de survenue d’une sinusite pour un malade ventilé Dis 1998, 27 : 463-470.
pendant 8 jours. Cette incidence justifie la recherche d’une sinusite [11] Legras A, Malvy D, Quinioux AJ et al. Nosocomial infections : prospective
survey of incidence in five French intensive care units. Intensive Care Med
chez un malade fébrile. La mise en évidence d’une sinusite nosoco- 1998, 24 : 1040-1046.
miale conduit habituellement à effectuer un drainage des sinus et à [12] Meduri GU, Mauldin GL, Wunderink RG et al. Causes of fever and pulmo-
prescrire une antibiothérapie, notamment pour prévenir l’apparition nary densities in patients with clinical manifestations of ventilator-
d’une pneumopathie nosocomiale. associated pneumonia. Chest 1994, 106 : 221-235.
[13] Chastre J, Bedock B, Clair B et al. Quel abord trachéal pour la ventilation
mécanique des malades de réanimation ? Rean Urg 1998, 7 : 435-442.
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[15] Desmond P, Raman R, Idikula J. Effect of nasogastric tubes on the nose and
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